Ohadata D-08-43
LES SURETES CONVENTIONNELLES A L’EPREUVE DES PROCEDURES
COLLECTIVES DANS L’ESPACE OHADA
Par SOUPGUI Eloie
Thèse 408 pages
RESUME DE LA THESE DE DOCTORAT/PH.D.
Les sûretés conventionnelles ont pour finalité exclusive, la protection des créanciers
contre l’insolvabilité des débiteurs. Cependant, l’ouverture de la procédure collective
compromet le paiement de tous les créanciers, notamment, les titulaires de sûretés. Dans une
approche analytique et comparative, la présente étude met en évidence la différence de
traitement des sûretés conventionnelles, lorsque l’entreprise dépose son bilan. Toutes les
sûretés conventionnelles ne subissent pas le même sort dans les procédures collectives. Deux
tendances majeures peuvent être dégagées : les sûretés réelles sans dépossession subissent
des atteintes sérieuses alors que les sûretés-refuges sont épargnées des procédures collectives.
Les atteintes portées aux sûretés sans dépossession sont de divers ordres : certaines
sûretés sont méconnues par les organes de la procédure et les sûretés reconnues sont
neutralisées par la discipline commune. En effet, le syndic dispose des moyens légaux lui
permettant de rendre inefficaces certaines sûretés, en l’occurrence l’action en inopposabilité
et l’action paulienne. De même, le dépôt du bilan met un terme à l’inscription des sûretés et,
par conséquent, les créanciers titulaires ne peuvent plus s’en prévaloir vis à vis de la masse.
Lorsque les sûretés sont reconnues et validées par le juge-commissaire, les créanciers
titulaires sont neutralisés par la discipline commune. Leur condition juridique se résume à
une double obligation d’abstention et d’action. Abstention en ce sens qu’ils ne peuvent
prendre aucune initiative tendant à obtenir paiement à cause de la suspension des poursuites
individuelles. S’agissant de l’action, ces derniers doivent produire leurs créances dans le
délai légal, sous peine de forclusion. La survie de la créance et corrélativement de la sûreté,
est subordonnée à l’accomplissement de cette formalité dont l’inobservation est
rigoureusement sanctionnée par le législateur.
En outre, les créanciers munis de sûretés conventionnelles subissent une réduction
substantielle de leur créance à travers l’arrêt du cours des intérêts, les remises de dettes et les
délais de paiement imposés par les circonstances. A l’issue de la procédure collective, leur
paiement n’est pas certain, que l’entreprise soit placée en redressement ou en liquidation.
Dans l’hypothèse du redressement, ils sont payés, dans le meilleur des cas, suivant
l’échéancier arrêté dans le concordat. Même si la loi fait du redressement de l’entreprise une
priorité, elle reconnaît que, pas plus que la médecine ne peut ressusciter les morts, le droit ne
peut redonner vie à une entreprise dont la situation est irrémédiablement compromise et qui
n’a aucun espoir de retour à une exploitation équilibrée. Le réalisme commande alors de ne
pas gaspiller des énergies, du temps et de l’argent dans un acharnement procédural aussi
décevant que l’acharnement thérapeutique. Par conséquent, l’entreprise moribonde doit être
liquidée.
Dans l’hypothèse de la liquidation, la situation des créanciers munis de sûretés
conventionnelles n’est pas favorable, qu’il s’agisse de la liquidation par cession globale
d’actif ou de la liquidation par vente séparée des biens. Lorsque la liquidation est faite par
cession globale d’actif, une quote-part du prix de cession est affectée à chaque bien contenu
dans l’actif cédé et le créancier doit se contenter de la portion attribuée à l’objet de sa sûreté.
Il a été démontré que, cette quote-part est généralement inférieure à la valeur vénale du bien,
étant donné que le prix de cession globale ne tient pas compte de chaque élément pris
individuellement. Lorsque les biens de l’entreprise sont vendus « en pièces détachées », les
titulaires de sûreté sont supplantés par des créanciers de rang supérieur. En effet, la procédure
génère une pluralité de privilèges de rang supérieur : super-privilège des salaires, fisc trésor,
et surtout les frais élevés de la procédure. En plus, les maigres dividendes sont généralement
payés aux créanciers après plusieurs mois, voire des années.
La neutralisation des sûretés réelles sans dépossession amène les créanciers à recourir
aux sûretés sur lesquelles, les procédures collectives n’auraient pas une grande influence. Il
s’agit des sûretés –propriétés et des sûretés personnelles.
Les sûretés reposant sur la propriété, qu’elle soit retenue ou transférée, sont
relativement à l’abri des contraintes imposées par les procédures collectives. Elles peuvent
être mises en œuvre, en dépit du jugement d’ouverture de la procédure. Le créancier gagiste
peut exercer son droit de rétention jusqu’à complet paiement, alors que, le créancier
bénéficiaire d’une sûreté fiduciaire qui, jusque là n’était qu’un propriétaire précaire, produit
sa créance à titre informatif, et devient propriétaire définitif du bien. De même, le crédit-
bailleur et le créancier réservataire sont en droit de revendiquer leur bien, afin qu’ils soient
distraits de la procédure. Le retrait du bien n’est possible que si le syndic n’offre pas de le
conserver, surtout lorsqu’il est nécessaire à la poursuite de l’activité de l’entreprise. Ainsi
peut-il lever l’option d’achat pour le bien objet du crédit-bail, ou payer le reliquat du prix de
vente pour conserver le bien dont la propriété a été réservée par le créancier.
Le législateur OHADA se préoccupe peu du sort des personnes qui se sont engagées
auprès du débiteur en difficulté. Le régime de la réalisation des sûretés personnelles est
conservé et peut être mis en œuvre. Les sûretés personnelles protègent les créanciers titulaires
contre deux risques : la diminution de la créance et la perte ou l’inefficacité de la sûreté. La
diminution de la créance est évitée par plusieurs dispositions légales : les remises de dettes
consenties au débiteur en difficulté ne profitent pas au garant qui doit payer l’intégralité de la
somme due par le débiteur et surtout, à l’échéance initiale. Le risque de perte ou d’inefficacité
de la sûreté est jugulé par la validité des sûretés consenties pendant la période suspecte, et la
possibilité de poursuivre le garant après l’ouverture de la procédure. Ces mesures garantissent
le paiement du créancier et accroissent l’efficacité des sûretés personnelles dans les
procédures collectives.
Si certaines dispositions semblent favorables aux créanciers, d’autres, au contraire,
placent le garant et plus particulièrement la caution, dans une position assez confortable. La
caution poursuivie en paiement peut mettre en œuvre la responsabilité du créancier ou
invoquer la perte du bénéfice de subrogation pour s’exonérer, reléguant ainsi le créancier
muni de sûreté au rang de simple chirographaire.
En définitive, les atteintes portées par les procédures collectives aux sûretés classiques
poussent les opérateurs économiques à solliciter les sûretés, parfois plus gênantes pour les
débiteurs, qui visent à les protéger de manière autonome.
Date de la soutenance : 14 juillet 2008
Composition du jury :
Président : Professeur Adolphe MINKOA SHE, Vice-Recteur chargé de la recherche et de la
coopération de l’université de Yaoundé II (SOA) ;
Rapporteurs :
- Professeur Charles MBA OWONO, Doyen de la Faculté des Sciences Juridiques et
Politiques de l’Université OMAR BONGO de Libreville (GABON) ;
- Professeur Yvette Rachel KALIEU ELONGO, Vice-Doyen chargé de la Scolarité de
la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques de l’Université de DSCHANG ;
Membres :
- Professeur Victor-Emmanuel BOKALLI, Doyen de la Faculté des Sciences
Juridiques et Politiques de l’Université de Yaoundé II-SOA (Directeur de
recherches) ;
- Professeur Alain KENMOGNE SIMO, Maître de conférences à la Faculté des
Sciences Juridiques et Politiques de l’Université de Yaoundé II-SOA.
MENTION : TRES HONORABLE
SOUPGUI Eloie
Enseigant-chercheur à la Faculté
des Sciences Juridiques et Politiques
Université de Yaoundé II SOA (CAMEROUN)
B.P : 759 Yaoundé
Tél. (237) 99 51 62 50
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