Chapitre 5 : La mondialisation des échanges
Leçon 1 : les aspects, facteurs et limites de la mondialisation
Introduction
Le terme « mondialisation » apparaît dans la langue française au début
des années 1980 dans le cadre de travaux économiques et géopolitiques.
Il désigne l’extension planétaire des échanges qu’ils soient culturels,
politiques, économiques ou autres. Autrement dit, la mondialisation
désigne un processus historique par lequel des individus, des activités
humaines et des structures politiques voient leur dépendance mutuelle et
leurs échanges matériels autant qu’immatériels s’accroître sur des
distances significatives à l’échelle de la planète.
Dès lors quels sont les enjeux de ce phénomène à l’échelle planétaire ?
Nous verrons pour cela les aspects, puis les facteurs de la mondialisation
avant d’aborder ses limites.
I- Les aspects de la mondialisation
La mondialisation est envisagée sous les aspects économiques, financiers,
culturels, politiques, humains et sociaux.
a) Aspects économiques
Il comprend plusieurs volets, très contrastés selon les régions
économiques du monde. En effet, pour les pays riches, la mondialisation
économique comporte deux bénéfices essentiels. Le premier profite au
consommateur, qui a accès à un éventail plus large de biens (diversité) à
un prix plus faible que s’ils étaient fabriqués dans le pays même
(délocalisation des entreprises). Le second bénéfice profite aux détenteurs
du capital, qui obtiennent un meilleur rendement de leurs capitaux. En
revanche, les pays les plus pauvres restent largement en dehors du
processus de mondialisation. Leur ressource économique principale,
l’agriculture, reste dominée par les stratégies protectionnistes des pays
riches, sauf pour les cultures propres aux pays pauvres.
b) Aspects financiers
Après la Seconde Guerre mondiale les marchés financiers étaient
réglementés nationalement et cloisonnés. Sous l’influence du FMI et de la
Banque mondiale, les marchés ont subi une triple évolution dite « les trois
D » : déréglementation (abolition des contrôles des changes et des
restrictions aux mouvements de capitaux), désintermédiation ou accès
direct des opérateurs aux marchés financiers sans passer par des
intermédiaires et décloisonnement (éclatement des compartiments qui
existaient).C’est pourquoi les spécialistes parlent plutôt de « globalisation
» financière que simplement de mondialisation. La mondialisation introduit
une explosion sans précédent dans l’histoire des flux financiers à l’échelle
du monde, qui est engendrée en grande partie par les facilités d’échanges
informatiques sur la Toile. La globalisation financière a favorisé le
financement des entreprises et celui des balances des paiements.
En supprimant les obstacles à la circulation du capital elle a donné une
impulsion sans précédent aux marchés financiers. Cependant, les vrais
gagnants au jeu de la finance internationale moderne sont surtout les
firmes multinationales, les Trésors publics, les établissements de crédit et
les investisseurs institutionnels.
c) Aspects culturels
L’accès d’un nombre croissant d’individus à des réseaux d’information et
de communication communs conduit à une prise de conscience accrue de
la diversité culturelle et de l’interdépendance de l’ensemble des individus.
Du fait de la multiplication des sources d’information, on assiste à une
meilleure connaissance de l’environnement et des enjeux mondiaux.
L’émergence d’une sorte de « culture commune » marquée notamment
par le recours à un « anglais de communication » (parfois appelé globish,
pour global english), version appauvrie de la langue anglaise, des
références culturelles américaines ou occidentales portées par des
produits culturels (cinéma, musique, télévision, informatique) ou des
modes de vie (sports occidentaux, cuisine italienne, chinoise…). Certains y
voient un risque d’appauvrissement de la diversité culturelle, voire la
domination d’une certaine conception des rapports économiques et
sociaux. Le terme de civilisation universelle est en soi objet de polémique.
Certains auteurs, y compris dans le monde anglo-saxon, n’hésitent pas à
parler d’un impérialisme linguistique de l’anglo-américain.
d) Aspects politiques
La mondialisation génère des agents économiques, des moyens
d’information et des flux financiers dont l’ampleur échappe au contrôle de
la structure des États-nations. De ce fait, la plupart des gouvernements
déplorent leur impuissance face à ces phénomènes tant que les relations
internationales ne sont pas réglées par d’autres règles que l’intérêt des
États.
E) Aspects humains et sociaux
Aujourd’hui, environ 3% de la population mondiale vit en dehors de son
pays de naissance. C’est environ 200 millions d’immigrants qui ont quitté
leur pays natal, en tenant compte des 7 milliards d’habitants dans le
monde. Les flux humains de migration permanente sont les grands oubliés
de la mondialisation. La mobilité internationale durable reste le sort des
plus défavorisés, déplacés par les guerres, ou l’apanage des mieux formés
à la recherche de la meilleure rémunération pour leurs compétences. La
mondialisation met également en évidence des inégalités de revenus à
l’intérieur des pays développés (dirigeants / employés, travailleurs
qualifiés / travailleurs non qualifiés) et entre pays développés, pays en
développement et pays pauvres.
La mondialisation présente divers aspects, lesquels s’appuient sur un
certain nombre de facteurs.
II- Les facteurs de la mondialisation
La forme actuelle de la mondialisation de la fin du XXe siècle et du XXIe
siècle repose sur deux facteurs essentiels :la faiblesse des coûts de
transport (au sens économique du terme), qui touche les biens matériels,
la baisse des coûts de communication au niveau mondial, qui touche la
diffusion sous forme numérique des informations, y compris financières
A) La faiblesse des coûts de transport
Ce facteur s’explique par la mise en place d’une division internationale du
travail, puisqu’il peut être rentable de faire fabriquer une marchandise
dans un pays pour la transporter et la vendre dans un autre. La
généralisation de ce procédé à l’ensemble du processus de production (un
bien est fabriqué en plusieurs étapes correspondant à autant de pays
différents) entraîne la croissance d’interdépendances économiques
d’autant plus fortes que les échanges le sont. La France et l’Allemagne en
sont un exemple (fabrication de l’avion Air Bus). Ce phénomène constitue
essentiellement une continuité de ce qui avait été amorcé au XIXe siècle.
Ce processus trouve sa contrepartie dans la volonté des pays les plus
riches de diminuer les droits de douane existant entre eux ainsi que ceux
portant sur leurs produits dans les pays moins industrialisés. Les
négociations de l’Organisation mondiale du commerce voient ainsi une
diminution considérable des barrières douanières ainsi que l’élargissement
de ce processus à l’agriculture et aux services.
b) La baisse des coûts de communication
La grande nouveauté de la mondialisation du début du XXIe siècle est la
mise en place de technologies de l’information (TIC), à l’échelle mondiale.
Avec l’accès à ces outils, la mondialisation touche autant les individus que
les États ou les entreprises, avec une perception très variable selon les
individus. Le premier effet de cette mutation technologique est la
financiarisation de l’économie et le développement des entreprises
multinationales et transnationales. La meilleure information sur les
différences de coûts entre les pays permet en effet aux capitaux de
circuler sans l’intermédiation des banques en permettant l’établissement
de marchés financiers intégrés au niveau international. Contrairement aux
facteurs purement financiers, la mondialisation des technologies de
l’information du type web, internet et autres médias touche directement
les individus. L’exposition à des produits culturels étrangers (dessins
animés japonais, cinéma indien, danses d’Amérique du Sud…) n’est plus le
privilège d’une élite. Elle fait prendre conscience de la diversité des
cultures au niveau mondial.
De nos jours, la mondialisation fonde son succès sur la réduction de
l’espace-temps à l’échelle du monde et l’interconnexion planétaire.
Toutefois, elle n’est pas sans limite.
III- Les limites de la mondialisation
La mondialisation a aussi, en elle-même, des conséquences néfastes et
des effets pervers. Depuis la fin des années 2000, ces limites apparaissent
de plus en plus clairement. Elle ne p »end pas en compte les différences
culturelles ou civilisationnelles et les excès.
A) Les différences culturelles et civilisationnelles
Il existe de nombreuses différences très anciennes parfois millénaires
entre les cultures, les langues, les religions dans le Monde Ces civilisations
précèdent de loin la mondialisation. Or, la mondialisation pousse à une
relative uniformisation. La domination du modèle culturel américain et
occidental : culture et consommation de masse en provenance des Etats-
Unis. Les modes de consommation alimentaire inspirés des habitudes
occidentales en particulier américaines se développent (tout spécialement
en Asie et en Afrique dans les nouvelles classes moyennes). La baisse de
la diversité culturelle et linguistique au niveau mondial entraine
l’extinction de nombreuses langues dans le monde. Plusieurs centaines en
Amérique, Afrique et Asie. Selon un rapport de l’Unesco, 96% des langues
de la planète sont parlées par 3% de la population mondiale 90% des
langues pourraient avoir disparu à la fin du XXIe siècle ce qui va à
l’encontre de la Convention de l’UNESCO sur la diversité culturelle (signée
en octobre 2005).
b) Les excès de la mondialisation
La mondialisation apparaît comme en contradiction avec les défis
environnementaux du XXIe siècle. À l’échelle locale, la concentration des
flux de la mondialisation dans quelques lieux est source de pollutions et de
dégradations de l’environnement. Les 1ères victimes des catastrophes
environnementales sont les pays déjà faibles, en particulier les PMA. En
outre, les déchets de la mondialisation sont souvent exportés dans des
zones périphériques de non-droit environnemental (Ex : bateaux envoyés
dans des chantiers navals en Inde pour y être démantelés et/ou
désamiantés / Ex : décharges géantes en Afrique subsaharienne où sont
dépecés et recyclés des composants d’appareils hors d’usage, etc…). La
mondialisation ne permet que partiellement aux pays du Sud de se
développer : certains PED sont incapables de supporter leur mise en
concurrence (par le biais de la libéralisation du commerce mondial voulue
par l’OMC) avec les pays développés et les nouveaux pays émergents. Ex :
dossier sur les échanges agricoles, les pays d’Afrique noire voient leur
agriculture écrasée par les produits agro-industriels importés d’Europe,
d’Amérique ou d’Asie orientale
Parallèlement, la mondialisation officielle et légale, développent les
mondialisations criminelles : mafias internationales et trafics au niveau
mondial (produits de contrefaçon, trafics de drogue, réseaux de
prostitution internationale, réseaux de passeurs pour l’immigration
illégale, etc. Ces réseaux profitent des innovations et des technologies de
la mondialisation pour se développer. La plupart de ces flux sont dirigés
vers les pays du Nord, en particulier vers les pôles de la Triade (à fort
pouvoir d’achat).
La délinquance des exclus de la mondialisation : la piraterie, le
kidnapping… Ex : les pirates somaliens profitent du passage près des
côtes somaliennes d’énormes flux de marchandises se dirigeant vers
l’Europe pour « capter » une partie de cette richesse dont leur pays en
ruine (Somalie= PMA en guerre civile depuis 1991) est totalement exclu.
Les « zones grises » de la mondialisation : certains profitent des failles
juridiques et réglementaires de la mondialisation ainsi que des
dérégulations accompagnant l’essor du libre-échange et l’affaiblissement
des États pour développer des activités certes non illégales mais nuisibles
à l’intérêt général. Ex : les paradis fiscaux : des particuliers mais aussi des
FTN se domicilient dans ces paradis fiscaux pour échapper aux taxes et
aux impôts de leurs pays d’activité réelle (on parle pudiquement «
d’optimisation fiscale »). Elles ne contribuent donc pas aux budgets
d’États dont elles profitent (marchés de consommation, infrastructures,
main d’œuvre formée…).
Conclusion
La mondialisation se présente sur les aspects économiques, financiers,
culturels, politiques, humains et sociaux. Elle fonde son succès sur la
réduction de l’espace-temps à l’échelle du monde et l’interconnexion
planétaire. Toutefois, elle ne prend pas en compte d’une part les
différences culturelles ou civilisationnelles et les excès d’autre part.
Face à ses paradoxes, ne s’oriente-t-on pas vers un monde multipolaire
dominé par quelques grandes puissances (dont la Chine et les USA) ?