Revue internationale de droit
comparé
Le juge de l’exécution au pluriel ou la parturition au Cameroun
de l’article 49 de l’Acte uniforme OHADA sur les voies
d’exécution
Joseph Fometeu
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Fometeu Joseph. Le juge de l’exécution au pluriel ou la parturition au Cameroun de l’article 49 de l’Acte uniforme
OHADA sur les voies d’exécution. In: Revue internationale de droit comparé. Vol. 60 N°1,2008. pp. 19-44;
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Abstract
As result of two laws on judicial organisation and instituting a judge responsible for hearing
litigations related to difficulties in the enforcement of judgements, all the presidents of law courts,
the president of the Supreme court inclusive, are henceforth competent to hear litigations related
to difficulties in the enforcement of judgements in Cameroon. Such competence gives rise to this
question : does Article 40 of the OHADA uniform Act on measures of execution refer to a single
court in each member states or can a state create several courts with the responsibility to hear
difficulties referred to the enforcement of judgements ? It would seem that the above provision
refer to the former that is, a single court with exclusive jurisdiction. In fact, it is difficult to envisage
a multiplicity of courts competent in this domain without the risk of changing the object of the court
action in which the enforcement of judgements is examined. Therefore, Cameroonian legislation
which has poorly translated the communitary law should be repealed by reason of the Article 10 of
OHADA treaty.
Résumé
À la faveur de deux textes législatifs portant respectivement organisation judiciaire et institution
d’un juge du contentieux des difficultés d’exécution, tous les présidents des juridictions de l’ordre
judiciaire, y compris celui de la Cour suprême, sont désormais compétents au Cameroun, pour
connaître du contentieux des difficultés d’exécutions. Cette compétence suscite une question :
l’article 49 de l’Acte Uniforme OHADA portant organisation des procédures simplifiées de
recouvrement et des voies d’exécution renvoie-t-il à une seule juridiction à l’intérieur de chaque
État membre de l’OHADA ou alors, un État peut-il créer plusieurs juridictions de l’exécution ?
Diverses raisons portent à croire que le juge de l’exécution est un juge unique, à compétence
exclusive. En effet, il est difficile d’admettre la multiplication des juridictions de l’exécution sans
pervertir la philosophie de l’instance en difficultés d’exécution et sans courir le risque de
compromettre les voies de recours contre la décision rendue à la suite d’un procès relatif à cette
matière. Dès lors, la législation camerounaise qui a opéré une parturition de la loi communautaire
mérite d’être frappée par l’effet abrogatif automatique de l’article 10 du traité OHADA.
R.I.D.C. 1-2008
LE JUGE DE L’EXÉCUTION AU PLURIEL
OU LA PARTURITION AU CAMEROUN DE L’ARTICLE
49 DE L’ACTE UNIFORME OHADA
SUR LES VOIES D’EXÉCUTION
Joseph FOMETEU∗
À la faveur de deux textes législatifs portant respectivement organisation
judiciaire et institution d’un juge du contentieux des difficultés d’exécution, tous les
présidents des juridictions de l’ordre judiciaire, y compris celui de la Cour suprême,
sont désormais compétents au Cameroun, pour connaître du contentieux des
difficultés d’exécutions. Cette compétence suscite une question : l’article 49 de
l’Acte Uniforme OHADA portant organisation des procédures simplifiées de
recouvrement et des voies d’exécution renvoie-t-il à une seule juridiction à
l’intérieur de chaque État membre de l’OHADA ou alors, un État peut-il créer
plusieurs juridictions de l’exécution ?
Diverses raisons portent à croire que le juge de l’exécution est un juge unique,
à compétence exclusive. En effet, il est difficile d’admettre la multiplication des
juridictions de l’exécution sans pervertir la philosophie de l’instance en difficultés
d’exécution et sans courir le risque de compromettre les voies de recours contre la
décision rendue à la suite d’un procès relatif à cette matière.
Dès lors, la législation camerounaise qui a opéré une parturition de la loi
communautaire mérite d’être frappée par l’effet abrogatif automatique de l’article 10
du traité OHADA.
As result of two laws on judicial organisation and instituting a judge
responsible for hearing litigations related to difficulties in the enforcement of
judgements, all the presidents of law courts, the president of the Supreme court
inclusive, are henceforth competent to hear litigations related to difficulties in the
∗
Docteur d’État en Droit privé, chargé de cours à Faculté des sciences juridiques et politiques,
de l’Université de Ngaoundéré (Cameroun).
20 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 1-2008
enforcement of judgements in Cameroon. Such competence gives rise to this
question : does Article 40 of the OHADA uniform Act on measures of execution refer
to a single court in each member states or can a state create several courts with the
responsibility to hear difficulties referred to the enforcement of judgements?
It would seem that the above provision refer to the former that is, a single court
with exclusive jurisdiction. In fact, it is difficult to envisage a multiplicity of courts
competent in this domain without the risk of changing the object of the court action
in which the enforcement of judgements is examined.
Therefore, Cameroonian legislation which has poorly translated the
communitary law should be repealed by reason of the Article 10 of OHADA treaty.
1. Nul ne pouvait se douter que l’entrée en vigueur au Cameroun d’un
nouveau Code de procédure pénale rouvrirait une plaie dont la cicatrisation
était quasiment terminée ! Alors qu’on se croyait au crépuscule de la longue
chevauchée de la jurisprudence camerounaise vers l’identification de son
juge de l’exécution, voici que le législateur national, tel Sisyphe roulant son
rocher, vient de ramener le monde juridique camerounais à la case de départ
par deux textes successifs adoptés en l’espace de trois mois. En effet, on
avait à peine fini de prendre connaissance de la loi n° 2006/015 du 29
décembre 2006 portant organisation judiciaire1, que le législateur s’est
partiellement remis en cause, en adoptant celle qui vient d’être promulguée
sous le n° 2007/01 du 19 avril 2007 avec pour objet, l’institution d’un juge
du contentieux de l’exécution et la fixation des conditions de l’exécution au
Cameroun, des décisions judiciaires et actes publics étrangers ainsi que des
sentences arbitrales étrangères2.
Ces deux textes successifs constituent des conséquences collatérales
causées par l’entrée en vigueur du nouveau Code de procédure pénale. En
effet, sa publication devait logiquement provoquer le réajustement d’un
certain nombre de textes pour cadrer avec ses prescriptions. Il en est ainsi de
la législation sur l’organisation judiciaire3, qui devait nécessairement être
revue pour réadapter les structures des cours et tribunaux aux exigences
nouvelles4. Prenant prétexte de cette réorganisation des juridictions de
l’ordre judiciaire, le législateur a saisi l’occasion pour s’attaquer à la délicate
question de la détermination du juge compétent en matière de contentieux de
l’exécution.
1
Ce texte est publié à la revue Juridis périodique, n° 68, p. 45, obs. F. ANOUKAHA.
2
Cameroon Tribune, n° 8834/5033, 20 avril 2007, p. 13.
3
V. Ord. n° 72/4, 26 août 1972 portant organisation judiciaire, telle que modifiée et complétée
par la loi n° 89/029, 29 déc. 1989.
4
Ce dernier a notamment remis au goût du jour le juge d’instruction, qui avait disparu de
l’organisation judiciaire à la faveur de la grande réforme de 1972.
J. FOMETEU : CAMEROUN : JUGE DE L’EXÉCUTION 21
2. Selon toute vraisemblance5, l’objectif de cette réforme du droit du
contentieux de l’exécution est double : il s’agit, d’une part, par ces deux lois
successives, de remédier à une situation fâcheuse constatée sur le terrain et
dans laquelle semble-t-il, des décisions des juridictions supérieures sont
remises en cause par celles inférieures sous le couvert de l’examen des
difficultés d’exécution. En effet, selon le quotidien gouvernemental
Cameroon tribune, « à l’heure actuelle, ces difficultés d’exécution sont
portées devant le Président du tribunal de première instance du lieu de
l’exécution. Or, il arrive que ledit Président ait à connaître du contentieux
des décisions rendues par la Cour d’appel et même par la Cour suprême.
C’est ainsi que l’on s’est parfois retrouvé avec des ordonnances contredisant
les décisions dont l’exécution a provoqué la difficulté (…). Le projet de loi
en étude permet donc d’éviter ces contradictions »6.
D’autre part, il s’agit de renvoyer un écho favorable aux attentes de la
doctrine qui souhaite que soit établie une nette cloison entre le juge des
référés et le juge de l’exécution7.
3. Mais, les options choisies pour parvenir à la satisfaction de ces
préoccupations sont-elles les meilleures ? Rien n’est moins sûr. Car, en
décembre, le législateur intervient pour attribuer au Président du tribunal de
première instance, la connaissance du contentieux de l’exécution de tout
titre autre que ceux émanant des tribunaux de grande instance et des
juridictions supérieures. Au Président du tribunal de grande instance, il
attribue la compétence pour le contentieux de ses propres jugements et, à la
Cour d’appel, il laisse les difficultés d’exécution de ses propres arrêts. Mais,
dans la logique qu’il choisit, il s’embourbe et omet deux aspects
fondamentaux : la question des voies de recours contre l’arrêt d’appel
statuant en matière de difficultés d’exécution et celle de la juridiction
5
Aussi curieux que cela puisse paraître, aucune justification de l’éclatement de la juridiction
de l’exécution par la loi du 29 déc. 2006 ne se trouvait dans son exposé des motifs. D’après cet outil
explicatif de la modification législative, celle-ci avait pour principal objectif, l’adaptation de
l’organisation judiciaire à la nouvelle structure de la Cour suprême nationale et aux situations
prévues par le nouveau Code de procédure pénale national. Aucune allusion n’avait été faite, dans
cet exposé, à la juridiction de l’exécution.
6
Cameroon Tribune des 20 et 22 mars 2007. Pour plus de précisions, v. le site internet de ce
journal. Ces difficultés ont ainsi rendu nécessaire l'institution formelle du juge du contentieux de
l’exécution. Selon la même source, à « ces exigences internes dont le but est de combler un vide
juridique existant, il faut ajouter les contraintes découlant du droit communautaire OHADA
applicable dans l'ensemble des pays pour une uniformisation de la législation nationale ».
7
V. Notamment : S. MINOU, « La juridiction prévue à l’art. 49 de l’Acte Uniforme n° 6
portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution est-elle le
juge des référés au Cameroun ? », Juridis périodique n° 62, avril-mai-juin 2005, p. 97, note n° 6 ; H.
TCHANTCHOU, « Le contentieux de l’exécution et des saisies dans le nouveau droit OHADA »,
Juridis Périodique, n° 46, janv.-fevr.-mars 2001, p. 102.
22 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 1-2008
compétente pour connaître des difficultés soulevées lors de l’exécution des
arrêts de la Cour suprême.
Il tente alors, dans la loi du 19 avril 2007, de revoir humblement sa
copie et de corriger les imperfections de celle de décembre. Mais, il s’y
prend encore maladroitement. D’une part, il déclare dès le titre de la loi,
instituer un juge de l’exécution au Cameroun. Cette institution était-elle
nécessaire alors que l’organisation judiciaire préexistante permettait d’en
choisir un dans l’échiquier en respectant les directives du droit OHADA ?
D’autre part, en persistant dans la même logique qui consiste à éviter de
faire connaître à un juge, des difficultés d’exécution d’un titre émanant
d’une juridiction qui lui est supérieure, il devait inéluctablement déboucher
sur la création de plusieurs juridictions de l’exécution. C’est ce qui ressort
de l’article 3, alinéa 1, de la nouvelle loi. Celui-ci dispose, de manière
générale, que « le juge du contentieux de l’exécution des décisions
judiciaires nationales est le Président de la juridiction dont émane la
décision contestée statuant en matière d’urgence, ou le magistrat de sa
juridiction qu’il délègue à cet effet ». Quatre juridictions de l’exécution sont
nées au Cameroun, à la suite de cette parturition de l’article 49 de l’Acte
Uniforme OHADA portant Procédures Simplifiées de Recouvrement et
Voies d’Exécution (AUPSRVE) ; il s’agit du Président du tribunal de
première instance, du Président du tribunal de grande instance, du Président
de la Cour d’appel et du Président de la Cour suprême.
4. In extenso, ce texte communautaire dispose que « la juridiction
compétente pour statuer sur tout litige ou toute demande relative à une
mesure d’exécution forcée ou à une saisie conservatoire est le Président de
la juridiction statuant en matière d’urgence ou le magistrat délégué par lui ».
5. À l’unanimité, l’ensemble du monde juridique africain et
camerounais en particulier admet qu’il s’agit bien du siège législatif de la
juridiction des saisies conservatoires et des difficultés susceptibles de
survenir lors de l’exécution d’un titre exécutoire, quel qu’il soit. Tout autant
à l’unanimité, il est clairement reconnu que la nouvelle juridiction créée par
l’article 49 est une juridiction présidentielle, c’est-à-dire un tribunal spécial
dont les compétences sont exercées par un seul magistrat investi d’une
fonction juridictionnelle en sa qualité de Président de la juridiction qu’il
dirige. Cette reconnaissance, d’abord mise en doute par la loi du 29
décembre 2006 qui attribuait la compétence pour connaître des difficultés
d’exécution des arrêts de la Cour d’appel à cette même cour, vient d’être
définitivement clarifiée par l’article 3 précité de la nouvelle loi qui, comme
on l’a relevé, parle du « Président de la juridiction dont émane la décision
contestée ». Par conséquent, de ce point de vue, la nouvelle législation de la
juridiction de l’exécution ne peut être contestée. Elle identifie bien cette
juridiction comme une juridiction présidentielle.
J. FOMETEU : CAMEROUN : JUGE DE L’EXÉCUTION 23
6. Mais, c’est surtout, contrairement à ce qu’indique le titre de la loi du
19 avril 2007, l’institution de plusieurs juges de l’exécution qui suscite
l’interrogation la plus importante. La formule sus-citée de l’article 49 de
l’AUPSRVE prévoit-elle un seul juge compétent en matière de difficultés
d’exécution ou peut-elle permettre qu’il en existe plusieurs ? L’intérêt de
l’interrogation n’est pas négligeable. Si l’on admet que la loi communautaire
n’a prévu qu’un seul juge, cela signifie que celui-ci bénéficie d’un pouvoir
relativement étendu, lui permettant à la fois, en amont, d’autoriser toute
saisie conservatoire et, en aval, d’examiner les difficultés nées à l’occasion
de l’exécution d’un titre exécutoire, quelle que soit l’autorité judiciaire qui
est à l’origine dudit titre. Cette unification serait source d’efficacité et de
célérité. En retour, il y aurait lieu de craindre d’éventuels dérapages,
notamment qu’à l’occasion de l’examen d’une difficulté d’exécution, ce
juge se méprenne sur l’étendue de son pouvoir et remette en cause les droits
consacrés par la décision dont l’exécution a vu naître la difficulté. Si, en
revanche, on admet que l’article 49 peut tolérer l’existence de plusieurs
juges de l’exécution, on aboutit à une dispersion de compétences dans
laquelle on serait tenté de laisser à chaque juge, le pouvoir de connaître du
contentieux de l’exécution de ses décisions. L’avantage d’un tel système est
indéniable : le juge qui a connu de l’affaire a d’ores et déjà un vue
panoramique de la situation ; dès lors, il appréciera d’autant plus vite, la
difficulté qui gêne la concrétisation des droits qu’il a consacrés. En retour,
ce pouvoir est dangereux et inutile. Dangereux, il l’est parce que le juge
ayant connu de l’affaire peut être tenté de saisir l’occasion de la difficulté
d’exécution pour revenir sur les droits consacrés. Inutile, ce pouvoir l’est
parce que le contentieux de l’exécution est un contentieux distinct de celui
qui a aboutit à la consécration des droits dont la concrétisation connaît des
difficultés.
7. Sans aucun doute, ayant pesé ces différents arguments, le législateur
communautaire a opéré un choix en faveur d’un juge unique chargé de
centraliser l’ensemble du contentieux de l’exécution, quel que soit le titre
dont la mise en œuvre a créé la difficulté. C’est pour cette raison que la
rédaction de l’article 49 a fait recours à un singulier défini. Il en résulte
qu’en multipliant les juridictions de l’exécution, c’est-à-dire en lisant le
singulier de l’article 49 au pluriel, la loi camerounaise du 19 avril 2007
devrait être vouée à une abrogation automatique certaine.
24 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 1-2008
I. LE SINGULIER DE L’ARTICLE 49, DE L’ACTE UNIFORME
OHADA PORTANT ORGANISATION DES PROCÉDURES
SIMPLIFIÉES DE RECOUVREMENT ET DES VOIES D’EXÉCUTION
8. La lecture du texte de l’article 49 laisse transparaître que le singulier
par rapport à la compétence en matière de saisies conservatoires et de
difficultés d’exécution est clairement exprimé. Simplement, il fallait
parvenir, dans chaque État membre de l’OHADA, à identifier le juge
exclusivement compétent en ces matières. Cet exercice s’est avéré
particulièrement périlleux pour certains États, ainsi que le démontrent les
errements rencontrés au Cameroun.
A. - L’expression du singulier
9. Selon les termes de l’article 49 de l’AUPSRVE, la juridiction des
saisies conservatoires et des mesures d’exécution forcée est « le Président de
la juridiction statuant en matière d’urgence ou le magistrat délégué par lui ».
Cette formule paraît univoque. Elle semble ne renvoyer qu’à une seule
juridiction qui reçoit du législateur OHADA, une compétence exclusive
pour statuer sur toute demande ou sur tout litige relatifs aux deux domaines
qu’elle vise. Rendu à l’intérieur de chaque État, cette juridiction est, selon la
lettre même du texte, le Président du tribunal qui est investi par l’ordre
juridictionnel interne, du pouvoir de statuer en matière d’urgence.
10. Le singulier qui ressort de cette interprétation ne fait l’ombre
d’aucun doute. Il révèle d’ailleurs et tout simplement, que l’objectif
poursuivi a été atteint car, l’institution d’un juge unique de l’exécution « est
une tendance législative moderne »8. En effet, la doctrine constate que, « de
la formule très large de l’article 49, on note un désir d’unification de la
procédure en matière de saisie conservatoire ou de mesures d’exécution
forcée »9. Ce désir a été inspiré au législateur OHADA, par le droit français
de l’exécution issu de la réforme de 1991 et 1992, qui a fourni l’essentiel du
contenu de l’Acte Uniforme relatif aux voies d’exécution10. Il se justifie
amplement par un souci d’efficacité et de célérité11.
8
J. VINCENT et J. PREVAULT, Voies d’exécution et procédures de distribution, 17ème éd.,
Dalloz, 1993, n° 53, p. 35 et 36.
9
Me IPANDA, note sous TPI Yaoundé, jugements n° 508/RC et n° 550 des 4 et 15 mai 2000 ;
ord. référé n° 590 du 25 avril 2000 et n° 618 du 4 mai 2000, Rev. Cam. Dr. Aff. n°4, p. 101.
Apparemment dans le même sens, A. M. ASSI-ESSO écrit que « les fonctions de juge de
l’exécution sont exercées par le Président de la juridiction compétente ». Cf. commentaire sous l’art.
49, in Code annoté OHADA, Juriscope, 2000.
10
En ce qui concerne particulièrement le juge de l’exécution, l’art. L. 213-5-1 du nouveau
Code de l’organisation judiciaire dispose que « les fonctions de juge de l’exécution sont exercées
J. FOMETEU : CAMEROUN : JUGE DE L’EXÉCUTION 25
En effet, par la concentration entre les mains d’un même magistrat de
l’ensemble du processus, l’Acte Uniforme permet un meilleur suivi du
déroulement de l’exécution. Car il est évident par exemple, que le magistrat
qui a, en amont, ordonné une mesure conservatoire est plus à l’aise, en aval,
pour statuer sur des difficultés survenues lors de l’exécution de cette mesure.
Dans la même logique, si la mesure conservatoire est ultérieurement
convertie en mesure d’exécution, le même magistrat demeurera la personne
idoine pour connaître des questions soulevées lors de l’exécution de la
mesure convertie. De toute évidence, il appert que la « structure linéaire
facilite la rédaction de l’exorde (de la décision) et permet par voie de
conséquence, des plaidoiries mieux ciblées »12. À l’arrivée, « le travail du
juge gagne en efficacité et en rapidité »13.
11. Enfin, la concentration de la compétence en matière d’exécution au
profit d’une juridiction unique14 présente l’avantage de supprimer la cloison
qui existait autrefois, entre le principal et le provisoire. En effet, l’article 49
de l’AUPSRVE implique que la fameuse instance en validité qui devait être
introduite devant le juge du fond après l’exercice d’une saisie
conservatoire15 a disparu, autant que disparaît toute obligation de saisir ce
juge alors même que seule est en cause une difficulté d’exécution.
Désormais, sur le fondement de l’article 49, un seul juge est compétent pour
« toute demande » ou « tout litige ». En utilisant « un article défini singulier
pour désigner la juridiction compétente »16, le législateur communautaire
s’est refusé de partager la compétence entre plusieurs juridictions17. Par
conséquent, lorsque par exemple la validité d’une saisie-vente vient à être
par le Président du tribunal de grande instance ». L’art. L. 213-6 précise que « ce juge connaît, de
manière exclusive, des difficultés relatives aux titres exécutoires et des contestations qui s’élèvent à
l’occasion de l’exécution forcée, même si elles portent sur le fond du droit, à moins qu’elles
n’échappent à la compétence du juge judiciaire.
Dans les mêmes conditions, il autorise les mesures conservatoires et connaît des contestations
relatives à leur mise en œuvre ».
11
Aujourd’hui, ainsi que l’écrit un éminent auteur, « le temps n’est plus ce qu’il était. La
rapidité est devenue l’exigence première (de la justice) ». cf. Y. STRICKLER, « Les lenteurs de la
justice, Le procès », in Annales de la Faculté des sciences sociales de Toulouse, 1996, t. XLIV,
p. 33.
12
Y. STRICKLER, art. préc.
13
Ibid. v. également, en faveur de l’unité de procédure, F. ANOUKAHA, commentaire de la
loi n° 2006/015 du 29 déc. 2006 portant organisation judiciaire, juridis périodique n°68, oct.-nov.-
déc. 2006, p. 45.
14
L’article 5 de la loi de 2007, maintient au profit du Président du tribunal de première
instance, la compétence exclusive pour connaître des difficultés d’exécution des décisions de justice
et des actes publics étrangers, preuve qu’il est conscient que la centralisation de ce contentieux
recèle quelque avantage.
15
Cf. art. 300, Code de procédure civile du Cameroun.
16
H. TCHANTCHOU, « Le contentieux de l’exécution et des saisies dans le nouveau droit
OHADA », Juridis Périodique, n° 46, janv.-fevr.-mars 2001, p. 102
17
En ce sens : H. TCHANTCHOU, ibid.
26 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 1-2008
contestée au motif que le bien saisi serait la propriété d’un tiers, le
législateur a voulu que le juge de l’exécution puisse se prononcer sur le
moyen tiré de la propriété sans se heurter à une question préjudicielle qui
l’aurait obligé à renvoyer l’affaire devant une autre juridiction18. Il en est de
même lorsqu’il s’agit de statuer sur l’existence ou non d’une immunité
d’exécution19, sur le caractère saisissable ou insaisissable d’un bien, ou
encore, a fortiori, sur l’action qui tendrait à obtenir la simple discontinuation
des poursuites ou la reprise de saisie après la clôture d’un premier procès
verbal et avant la vente amiable ou forcée des effets saisis, lorsque ceux-ci
apparaissent insuffisants. Ce juge peut même ordonner une astreinte comme
mesure de contrainte en vue d’assurer l’exécution d’un titre exécutoire ou,
réciproquement, accorder des délais de grâce. En la forme, il peut prononcer
la nullité d’un acte de procédure intervenu à quelque étape que ce soit dans
la saisie20. Et cette énumération est loin de l’exhaustivité.
12. De l’ensemble de ce qui précède, il apparaît que l’Acte Uniforme
OHADA visait un juge unique en matière de saisie conservatoire et de
difficultés d’exécution, à l’intérieur de chaque État. Ce faisant, le législateur
communautaire ne s’est pas contenté de créer une norme d’administration
judiciaire à l’intérieur des États membres. Dès lors qu’il a également et
surtout défini les matières dont la connaissance échoit à ce juge
révolutionnaire, il a créé une règle de compétence d’attribution. Or on le
sait, ce type de normes recèle un caractère d’ordre public, hostile à la
concurrence d’autres juges21. Comme corollaire, tout autre juge saisi doit
relever d’office son incompétence. S’il omet de le faire, sa décision est
exposée à une censure certaine22.
Mais, ces principes sont indiscutablement acquis. La vraie difficulté
consistait surtout à identifier, dans l’ordre juridictionnel interne, le juge à
compétence exclusive visé par le texte communautaire.
18
Il s’agit d’affirmer la compétnce du juge de l’exécution pour connaître de l’action en
distraction d’un bien saisi, dont la propriété est discutée.
19
TPI Ngaoundéré, ord. référé n° 03/ord. du 20 déc. 1999, Aff. Université de Ngaoundéré, C/
Nang Mindang Hyppolite, Juridis périodique n° 44, p. 31, obs. J. FOMETEU.
20
V. par ex. pour une nullité prononcée pour incompétence de l’huissier instrumentaire : TPI
Yaoundé, ord. Référé n° 183 du 8 déc. 1999, Rev. Cam. Dr. Aff. n° 3, p. 59
21
A. NDZUENKEU, note sous : TPI Douala-Bonanjo, ord. référé n° 392 du 26 févr. 2003 ;
TPI Garoua, ord. Référé n° 09/R du 16 janv. 2002, TPI Yaoundé-Ekounou, ord. référé n° 31 du 7
nov. 2002 ; Juridis Périodique n° 57, p. 51. Cet auteur écrit que « dans le domaine spécifique des
saisies, (la juridiction de l’art. 49) ne tolérerait la concurrence d’aucun autre juge, fût-il le juge des
référés ».
22
En ce sens : A. NDZUENKEU, ibid.
J. FOMETEU : CAMEROUN : JUGE DE L’EXÉCUTION 27
B. - Les errements provoqués par le singulier
13. Le texte de l’article 49 présentait, on l’a vu, une apparente clarté
dans sa rédaction. Cependant, l’on pouvait pressentir qu’il susciterait des
difficultés dans son application à l’intérieur d’au moins une partie des États
membres de l’OHADA. Car au vrai, le texte n’a pas tenu compte de ce que
dans un pays membre, il pouvait ne pas exister une juridiction spéciale à
laquelle la loi nationale attribuait une compétente exclusive en matière
d’urgence, ni de ce que la juridiction de l’urgence éventuellement existante
pouvait déjà être un Président23, ni enfin, de ce que dans un État, il pouvait y
avoir plusieurs juridictions chargées de l’urgence24.
14. Pour le cas du Cameroun, l’unique juge pour lequel l’urgence25
constitue la condition sine qua non de saisine est le juge des référés. Ce juge
est en lui-même, non un véritable tribunal, mais plutôt, le Président d’un
tribunal. Dès lors, il fallait adapter le texte, car il devenait impossible de
désigner le Président de la juridiction statuant en matière d’urgence comme
juge des saisies conservatoires et des difficultés d’exécution.
De cette voie unique offerte aux juristes camerounais, est né un débat
qui, au lieu d’être clôturé par la loi du 19 avril 2007, a emprunté une
nouvelle direction. Pour rester dans l’ancienne qui est loin d’être surannée,
la question est celle de savoir si le juge visé à l’article 49 de l’AUPSRVE est
le juge des référés ou le Président du tribunal de première instance doté
d’une nouvelle attribution.
15. Un point préalable de convergence mérite d’être relevé avant la
présentation des éléments du débat : aucun auteur ne conteste que le juge
visé par le texte uniforme est bien le Président du tribunal de première
23
La désignation du juge de l’exécution devrait se faire en deux étapes. La première
consisterait à identifier dans l’ordre juridictionnel interne de chaque État le juge compétent en
matière d’urgence et la seconde consisterait à désigner le Président de cette juridiction comme juge
visé par le texte communautaire. En ce sens : S. MINOU, « La juridiction prévue à l’article 49 de
l’Acte Uniforme n° 6 portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies
d’exécution est-elle le juge des référés au Cameroun ? », Juridis périodique n° 62, avril-mai-juin
2005, p. 97.
24
Hypothèse dans laquelle, pour s’en tenir au singulier, il aurait fallu désigner un des
Présidents de ces juridictions comme juge de l’exécution…
25
Un auteur estime que le juge des référés n’est pas l’unique juge de l’urgence. Pour lui,
lorsqu’il y a urgence, « les tribunaux coutumiers, de premier degré, de première et grande instance
peuvent vider le fond de leur saisine avec plus ou moins de célérité ; ils n’ont pas à se déclarer
incompétents ». cf. : H. TCHANTCHOU, art. préc. Aussi vrai que soit cette opinion, il est évident
que l’urgence ne constitue pas le cas d’ouverture à la saisine de ces juridictions. Par conséquent, leur
évocation ne les met nullement en concurrence avec le juge visé à l’article 49. D’ailleurs, M.
TCHANTCHOU n’envisage pas la désignation des Présidents de ces juridictions comme juges de
l’exécution, mais, bien plutôt le Président du tribunal de première instance, qu’il reconnaît
implicitement ce faisant, comme juge spécialisé de l’urgence.
28 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 1-2008
instance26. Seul reste par conséquent en désaccord, le point de savoir si
celui-ci statue en tant que juge des référés ou s’il doit revêtir un autre
manteau avant de se prononcer sur une saisie conservatoire ou sur une
difficulté d’exécution.
16. Pour certains, « la juridiction du référé est celle à laquelle renvoie
l’article 49… »27. Dans le même sens, Me Ipanda est d’avis que, « si
l’urgence était une condition propre au référé avant l’Acte uniforme, elle
devient une notion partagée » entre le référé et la juridiction de l’exécution,
laquelle est sans équivoque, « la juridiction présidentielle, c’est-à-dire (au
Cameroun), le juge des référés »28. Cette première tendance s’appuie, d’une
part, sur un argument technique de poids : dès lors que les législations
nationales font recours à des termes divers pour désigner la juridiction
statuant en matière d’urgence, les rédacteurs des Actes Uniformes étaient
contraints de recourir à des termes génériques pour faire référence à diverses
autorités29, de sorte que « le juge des référés est devenu le juge statuant en
urgence ; la cour d’appel, la juridiction statuant au second degré ; le tribunal
de commerce, la juridiction statuant en matière commerciale… »30. D’autre
part, elle se conforte par une jurisprudence très critiquable de la CCJA.
En effet, la Haute juridiction communautaire laisse croire que le juge
visé par l’article 49 pourrait être le juge des référés. Dans une espèce où il
était reproché à ce juge d’avoir retenu sa compétence alors que les moyens
qui lui étaient soumis tendaient à la nullité du procès verbal de saisie
conservatoire et à l’inexistence des conditions de validité de l’autorisation31
de saisie exigées par l’article 54 de l’AUPSRVE, griefs qui se rapportent
intrinsèquement au fond et, par conséquent, échappent à la compétence du
référé, juge du provisoire, la CCJA a estimé que conformément aux
prescriptions combinées des articles 49 et 62, de l’Acte Uniforme,
« n’excède pas ses pouvoirs, le juge des référés du tribunal de première
26
On pourrait en dire autant de la jurisprudence camerounaise. Cependant, ramant à contre-
courant, certains juges du fond saisis de litiges relatifs aux saisies mobilières ont retenu leur
compétence au mépris du texte communautaire. V. par ex. TGI Yaoundé, jugement n° 183 du 3
janv. 2001 (mainlevée de saisie-attribution de créance), inédit ; TPI Maroua, jugement n°
11/CIV/TPI du 16 mai 2000 (opposition à saisie-attribution), inédit.
27
P.G. POUGOUÉ et F. TEPPI KOLOKO, La saisie-attribution des créances en OHADA,
coll. « Vade-mecum », PUA, Yaoundé 2005, p. 74. Dans le même sens : F. ANOUKAHA et A. D.
TJOUEN, Les procédures simplifiées de recouvrement et les voies d’exécution, coll. « Droit
Uniforme », PUA, Yaoundé, 1999, p. 26.
28
Me IPANDA, note sous TPI Yaoundé, jugements n° 508/RC et n° 550 des 4 et 15 mai
2000 ; ord. référé n° 590 du 25 avril 2000 et n° 618 du 4 mai 2000, Rev. Cam. Dr. Aff. n° 4, p. 85.
29
B. MARTOR, N. PILKINGTON, D. SELLERS et S. THOUVENOT, Le droit uniforme
africain des affaires issu de l’OHADA, Litec, 2004, n° 98, p. 25.
30
J. ISSA SAYEGH, « Quelques aspects techniques de l’intégration juridique : l’exemple de
Actes Uniformes OHADA », note n°37, Revue de Droit Uniforme, 1999-1 ; site Internet [Link].
31
En l’espèce, il s’agissait des circonstances de nature à menacer le recouvrement de la
créance litigieuse, qui justifient une saisie conservatoire.
J. FOMETEU : CAMEROUN : JUGE DE L’EXÉCUTION 29
instance de Douala qui, après avoir relevé que la nullité du procès-verbal de
saisie ne saurait avoir d’incidence sur l’ordonnance d’autorisation, et
constaté que Guy Deumany n’a pas rapporté la preuve de l’existence de
circonstances de nature à menacer le recouvrement de la créance litigieuse
ainsi qu’il est prescrit à l’article 54 de l’Acte Uniforme précité, a ordonné
mainlevée de la saisie conservatoire pratiquée par Michel Ngamako »32. La
reconnaissance de la compétence du juge des référés par la CCJA ne faisait
l’ombre d’aucun doute.
Pour le confirmer, la CCJA va récidiver dans un autre arrêt rendu le
même jour. Dans cette espèce, il était reproché au juge des référés, juge du
provisoire, d’avoir délivré un titre exécutoire sur le fondement de l’article
168 de l’AUPSRVE, alors que la délivrance d’un tel titre ressortit de la
compétence d’un juge du fond. Pour rejeter cette critique, la CCJA estime
que le titre exécutoire devant être délivré contre le tiers qui a reconnu ou qui
a été jugé débiteur des sommes appartenant au débiteur peut bien émaner du
juge des référés lequel est compétent selon l’article 49, pour délivrer un titre
exécutoire tel que visé à l’article 33, alinéa 1, du même Acte Uniforme. De
l’ensemble de ces dispositions, elle conclut que, « d’une part, le juge des
référés est bien compétent en l’espèce, pour trancher la présente contestation
(car) le large champ de l’article 49 ouvert à tout litige ou toute demande
relative à une mesure d’exécution forcée inclut les cas d’urgence et de
difficultés relatives à l’exécution d’une décision de justice ou de tout autre
titre exécutoire et que, d’autre part, le juge des référés peut bien délivrer un
titre exécutoire… »33. Elle termine alors, de manière sentencieuse, en
affirmant que « les fins de non recevoir tirées de l’incompétence du juge des
référés et de la violation de l’article 33, alinéa 1 de l’Acte Uniforme ne sont
pas fondées et doivent être rejetées ».
17. Selon toute vraisemblance, une confusion provoquée par la société
demanderesse34 avait guidé, dans la dernière espèce tout au moins, le
raisonnement des juges de la CCJA. Tout porte en effet à croire que la
reconnaissance de la compétence du juge des référés pour examiner les
difficultés d’exécution est une résultante de son aptitude à délivrer des titres
32
CCJA, arrêt n° 006/2002, du 21 mars 2002, Recueil de jurisprudence de la CCJA, numéro
spécial, janv. 2003, p. 42.
33
CCJA, arrêt n° 008/2002, du 21 mars 2002, Recueil de jurisprudence de la CCJA, numéro
spécial, janv. 2003, p. 49.
34
La société Palmafrique demanderesse sollicitait l’infirmation de l’ordonnance de référé
rendue par le Président du tribunal de première instance d’Abidjan au motif que « le juge des référés
ne peut, en raison de la limitation de sa compétence au provisoire, délivrer un titre exécutoire contre
le tiers saisi », cette compétence étant du ressort du juge du fond. Elle appuyait ses allégations en
relevant que « l’ordonnance signifiée à la société Palmafrique n’est pas un titre exécutoire, n’est pas
revêtue de la formule exécutoire et ne remplit donc pas les conditions fixées par l’article 33 de
l’Acte Uniforme… ».
30 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 1-2008
exécutoires. S’il fallait raisonner de la sorte, on devrait aboutir à
l’investiture de toutes les juridictions comme juges de l’exécution,
puisqu’elles délivrent toutes des titres exécutoires. Or, c’est une lapalissade,
la répartition matérielle des compétences entre les juridictions est une
question d’ordre public. Le juge des référés délivre bien des titres
exécutoires, mais, ses titres doivent demeurer valables uniquement dans les
domaines où il est matériellement compétent.
18. Au vrai, la question soumise au jugement des Hauts magistrats était
bien celle qui intéresse la présente réflexion : le juge compétent pour
délivrer le titre exécutoire contre le tiers saisi est-il le juge des référés ou un
juge du principal ?
S’ils avaient répondu à cette question fort limpide, ils se seraient très
vite rendus compte que la position qu’ils allaient adopter par la suite était
teintée d’illogisme. Car, ainsi que le soutient une autre partie de la doctrine,
le juge visé à l’article 49 de l’AUPSRVE ne peut être le juge des référés
pour plusieurs raisons relativement convaincantes.
Tout d’abord, ainsi que le rappellent les tenants de cette thèse du refus,
le juge des référés ne connaît que du provisoire et, comme le savent tous les
processualistes, il ne doit en aucun cas préjudicier au principal. Il n’est,
d’après une formule fort révélatrice, qu’une ambulance judiciaire chargée
d’administrer des sédatifs35, en attendant que le juge « spécialisé »
intervienne pour apporter la médication appropriée après un diagnostic
approfondi. Au contraire, le juge de l’article 49 est, eu égard aux pouvoirs
que lui reconnaît le texte communautaire, un véritable juge du principal. Par
conséquent, sa décision vide définitivement le contentieux pour la question
qui lui est soumise alors que celle du juge des référés renvoie toujours les
parties « à se pourvoir au principal… »36.
Ensuite, ils évoquent un argument de raison : la reconnaissance de la
compétence en matière d’exécution au juge des référés restaure l’état du
droit que la réforme de l’OHADA tendait à transcender. Dans l’ancien Droit
qu’a voulu moderniser le texte uniforme, le juge des référés, inapte à
connaître des contestations sérieuses, devait renvoyer au juge du principal.
Dans le nouveau Droit, cette multiplication des instances (une provisoire et
une principale) devrait disparaître.
Enfin, un argument de droit comparé peut leur être prêté : dès lors que
les procédures d’exécution en OHADA sont inspirées de la réforme
française de 1991 et 1992 qui a consacré un juge autonome de l’exécution,
35
La formule est de H. TCHANTCHOU, art. préc.
36
Dans leur dispositif, toutes les ordonnances de référé renvoient « les parties à se pourvoir au
principal ainsi qu’elles aviseront ».
J. FOMETEU : CAMEROUN : JUGE DE L’EXÉCUTION 31
on peut penser que le législateur OHADA a entendu faire de même à
l’article 49.
Pour l’ensemble de ces raisons, le juge visé à l’article 49 est « une
juridiction autonome qui resterait bien distincte de toutes les autres
juridictions du premier degré »37.
19. En réalité, la thèse de l’investiture du juge des référés, pour
séduisante qu’elle soit38, est porteuse d’une certaine contradiction d’ailleurs
reconnue par ses propres défenseurs. L’un d’eux écrit, en effet, que « saisi
comme juge des référés dans une matière ressortissant de l’article 49, il ne
peut que se déclarer incompétent »39.
Si le juge de l’article 49 est le juge des référés, pour quelle raison doit-il
se déclarer incompétent lorsqu’il est saisi d’une matière relevant de cette
disposition ? La reconnaissance de sa compétence doit s’accompagner de
toutes les conséquences logiques : dès lors qu’il est saisi, il doit statuer et
trancher les litiges pour lesquels il est investi, du moment où le demandeur a
précisé qu’il le saisit pour telle ou telle de ses compétences. On constatera
alors très vite que l’office du juge des référés ne cadre pas avec les pouvoirs
qu’attribue l’article 49 au juge qu’il désigne.
En revanche, si on lui renie toute compétence en matière de saisie
conservatoire et de difficultés d’exécution, il faut s’arrêter de dire que le
juge des référés est compétent en la matière et rechercher une terminologie
plus appropriée40. Elle a d’ailleurs déjà été trouvée. C’est le Président du
tribunal de première instance statuant, non pas comme juge des référés, mais
plutôt sous le couvert de sa nouvelle attribution de juge des saisies
conservatoires et des difficultés d’exécution41. Cette thèse, plus logique dès
37
A. NDZUENKEU, note préc. Dans le même sens : S. MINOU, op. cit. ; H.
TCHANTCHOU, op. cit. ; telle paraît également être l’opinion de M. SOH, in « La situation du
salarié dans les procédures d’exécution ou le difficile équilibre des intérêts en présence », Juridis
Périodique n° 49, janv.-févr.-mars 2002, p. 101.
38
La thèse aujourd’hui consacrée par la CCJA et défendue par une partie de la doctrine est
celle que soutenait l’auteur de ces lignes il y a quelques années. Nous écrivions en effet, que le juge
des référés est compétent en matière de difficultés d’exécution, sous la seule réserve que, investi
d’une compétence exclusive en tant que juge du fond, il ne doit plus renvoyer à un autre juge qui
serait chargé de trancher au principal, ce qui signifiait d’après nous, que le dispositif de
l’ordonnance devait être autrement rédigé. Cf. J. FOMETEU, note sous TPI Ngaoundéré, ord.
Référé n° 03/ord. du 20 déc. 1999, Juridis Périodique n°44, oct.- nov.-déc. 2000, p. 31.
39
P.G. POUGOUE et F. TEPPI KOLOKO, La saisie-attribution des créances en OHADA, op.
cit., p. 75.
40
Au vrai, la contradiction née de la reconnaissance du juge des référés comme juge de
l’exécution est si flagrante que l’on peut se demander si ce n’est pas l’expression qui nuit à l’idée
chez ceux qui soutiennent qu’il est le juge visé à l’art. 49. Sinon, comment expliquer que certains le
désignent comme juge compétent en même temps qu’ils préconisent son dessaisissement ?
41
M. MINOU écrit que « l’Acte Uniforme procède à une extension des pouvoirs du Président
du tribunal de première instance (…), en le revêtant d’une nouvelle casquette ». cf. S. MINOU, art.
préc.
32 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 1-2008
le premier abord, paraît avoir les faveurs des jurisprudences nationales. En
Côte d’Ivoire – l’exemple est emblématique –, la jurisprudence semble
considérer que le juge de l’article 49 est un juge spécial distinct du juge des
référés42.
20. Au Cameroun, la situation s’était quasiment stabilisée. De plus en
plus, les Présidents des tribunaux de première instance saisis comme juge
des référés pour connaître d’une matière relevant de l’article 49 se
déclaraient incompétents43. Dans le même temps, ils retenaient leur
compétence lorsqu’ils étaient saisis comme juge des difficultés d’exécution
et des saisies conservatoires. On était alors en droit de croire que le débat
était en passe de se clore. Malheureusement, le législateur national est
intervenu pour l’orienter vers une nouvelle direction. Désormais, au
Cameroun tout au moins, il n’est plus simplement question de débattre sur le
titre dont excipe le Président du tribunal de première instance lorsqu’il se
prononce sur une difficulté d’exécution. Il est surtout question, après
l’entrée en vigueur de la loi du 19 avril 2007, de savoir si cette compétence
lui échoit à titre exclusif ou si l’article 49 de l’AUPSRVE laisse la
possibilité de faire coexister plusieurs juges de l’exécution.
II. LE PLURIEL DE LA LOI CAMEROUNAISE DU 19 AVRIL 2007
21. Il ressort de l’article 3, de la loi n°2007/01 du 19 avril 2007, que le
législateur camerounais a éclaté la compétence du juge de l’article 49, entre
les Présidents des tribunaux de première instance, de grande instance, de la
Cour d’appel et de la Cour suprême44. Il passe ainsi du singulier de l’article
49 de la loi communautaire à un pluriel de droit interne. Ce pluriel
clairement exprimé fait présager de fâcheuses conséquences dont un conflit
qui risque fort bien de se conclure par l’inapplicabilité de la loi nouvelle.
A. - L’expression du pluriel
22. L’article 3, alinéa 1, de la loi du 19 avril 2007 dispose que « le juge
du contentieux de l’exécution des décisions judiciaires nationales est le
42
CA Abidjan, arrêt du 23 sept. 2003, Actualités juridiques, n° 44, p. 31 et s, cité par M.
MAÏDAGI, in « Le défi de l’exécution des décisions de justice en Droit OHADA », Penant n° 855-
2006, p. 176.
43
V. notamment : TPI Douala-Bonanjo, ord. référé n° 392 du 26 févr. 2003 ; TPI Garoua, ord.
référé n° 09/R du 16 janv. 2002, TPI Yaoundé-Ekounou, ord. référé n° 31 du 07 nov. 2002 ; Juridis
Périodique n° 57, p. 51, note A. NDZUENKEU.
44
Dans la loi du 29 déc. 2006, la répartition des compétences résultait des art. 15, al. 2, art. 18,
al. 2, a) et art. 22 c).
J. FOMETEU : CAMEROUN : JUGE DE L’EXÉCUTION 33
Président de la juridiction dont émane la décision contestée statuant en
matière d’urgence, ou le magistrat de sa juridiction qu’il délègue à cet
effet »45. En émiettant ainsi, la compétence qui jusque là était dévolue par la
jurisprudence au seul Président du tribunal de première instance46, le
législateur camerounais consacre une pluralité de juridictions en matière de
saisie conservatoire et de contentieux de l’exécution.
23. Sans doute, le législateur camerounais a cru s’inspirer du système
judiciaire français. En effet, en France, la compétence est partagée entre le
juge de l’exécution et d’autres juges. Il en est ainsi, en matière commerciale,
où il existe une compétence facultative partagée entre le tribunal de
commerce et le juge de l’exécution, selon les termes de l’article 69, de la loi
du 9 juillet 1991, pour lequel une mesure conservatoire peut être pratiquée
sur autorisation du Président du tribunal de commerce ou du juge de
l’exécution47. Il en est également ainsi, pour les astreintes : celles-ci peuvent
être ordonnées, puis ultérieurement liquidées par tout juge de l’ordre
judiciaire du premier ou du second degré48. Il en est enfin ainsi en matière
de délais de grâce49.
Dans d’autres matières, cette compétence lui échappe purement et
simplement. C’est le cas pour toutes les questions relatives à l’exequatur et à
la vente des biens des mineurs, conformément à l’article L. 311-11, du Code
de l’organisation judiciaire. C’est aussi le cas pour la saisie des
rémunérations, pour lesquelles l’article L. 145-5, du Code du travail attribue
une compétence exclusive au tribunal d’instance « qui exerce les pouvoirs
du juge de l’exécution »50.
45
La loi camerounaise du 29 décembre 2006 disposait à l’article 15, alinéa 2, que le Président
du tribunal de première instance ou le magistrat du siège par lui délégué est compétent, entre autres,
pour « connaître du contentieux de l’exécution des décisions du tribunal de première instance et
d’autres titres exécutoires à l’exclusion de ceux émanant des tribunaux de grande instance, des
Cours d’appel et de la Cour suprême ». Cette disposition qui en annonce au moins une autre est
complétée par les art. 18, al. 2, a) et art. 22 c) qui disposent respectivement, que le Président du
tribunal de grande instance est compétent pour le contentieux de l’exécution des jugements rendus
par ce tribunal et la Cour d’appel pour le contentieux de ses propres décisions.
46
Indépendamment de la question de savoir si celui-ci statue en tant que juge des référés ou en
tant que juge revêtu d’une nouvelle compétence d’attribution.
47
M. et J.B. DONNIER, op. cit., n° 81, p. 30. Cette compétence du Président du tribunal de
commerce se justifie par le fait que l’attention du tribunal peut être attirée sur la situation d’un
commerçant et permettre, en cas de besoin, l’ouverture d’une procédure collective.
48
Selon l’art. 33, al. 1, de la loi du 9 juill. 1991, « tout juge peut, même d’office, ordonner une
astreinte pour assurer l’exécution de sa décision ». Cette disposition est complétée par l’article 88,
pour lequel « l’astreinte définitive est liquidée par le juge de l’exécution, sauf si le juge qui l’a
ordonnée reste saisi de l’affaire ou s’en est expressément réservé le pouvoir ».
49
Cf. art. 83, loi du 9 juill. préc. Cette compétence revient au juge de l’exécution dès le
moment où le juge qui a statué est dessaisi.
50
M. et J.B. DONNIER, op. cit., n° 80, p. 30.
34 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 1-2008
24. En analysant ces compétences en matière d’exécution forcée et de
saisies conservatoires sous le prisme de la pureté des principes, il n’existe
pas un juge véritablement exclusif de l’exécution en droit français, ce qui a
pu faire penser au législateur camerounais que rien, sur le plan purement
processuel tout au moins, ne s’oppose à ce que la compétence en cette
matière soit éclatée entre plusieurs juridictions.
25. D’ailleurs, un certain pluriel existe déjà dans la zone OHADA elle-
même. D’un côté en effet, le juge de l’exécution tel que prévu par l’article
49 de l’AUPSRVE n’a pas compétence universelle, en dépit de ce que sa
désignation est contenue dans les dispositions générales normalement
applicables à toutes les saisies. Son existence se conjugue, d’une part, avec
celle d’un autre juge auquel l’article 248 du même Acte Uniforme51 attribue
une compétence exclusive pour toute la procédure de saisie immobilière52.
D’un autre côté, l’existence du juge de l’article 49 ne fait pas obstacle à la
compétence des autres juridictions qui statuent au fond ou au provisoire.
Ainsi l’article 170 de l’AUPSRVE relatif aux contestations en matière de
saisie-attribution renvoie, en son alinéa 3, le débiteur qui n’aurait pas élevé
de contestation dans le délai prescrit à agir en répétition de l’indu devant la
juridiction du fond compétente selon les règles applicables à cette action,
tandis que les articles 64, 120, 211 et 261, relatifs respectivement à la saisie
conservatoire des biens meubles corporels, à la vente forcée des biens saisis,
à la cession des rémunérations, et à la publication du commandement aux
fins de saisie, font expressément référence à « la juridiction compétente pour
statuer en matière d’urgence », ce qui s’interprète sans contestation possible
comme renvoyant au juge des référés.
26. Au vrai, la pluralité des compétences en matière d’exécution est
trompeuse. En matière de saisie conservatoire et de contentieux de
l’exécution, la juridiction compétente à laquelle renvoie l’article 49 est, tout
comme celle organisée par les articles L.213-5 et L.213-6 du Code français
de l’organisation judiciaire, une juridiction unique, tant que le bien objet de
la mesure est un meuble. Et pour éviter toute saturation, il a reçu la
51
Ce texte qui a été interprété au Cameroun comme attribuant une compétence exclusive au
tribunal de grande instance (et non à son Président), en matière de saisie immobilière dispose que :
« La juridiction devant laquelle la vente est poursuivie est celle ayant plénitude de juridiction dans le
ressort territorial où se trouvent les immeubles ».
52
Le juge des référés de Nkongsamba a eu l’occasion de préciser que l’art. 49 de l’Acte
Uniforme n’est pas applicable en matière de saisie immobilière et que seul le tribunal de grande
instance est compétent. Cf. TPI Nkongsamba, ord. référé n° 18/Ref du 8 févr. 2000, et n° 40/Ref du
13 sept. 2000, Juridis périodique n° 51, p.48, obs. F. TEPPI KOLLOKO. Néanmoins, la CCJA,
tirant profit de ce que cette disposition se situe dans les dispositions générales applicables à
l’ensemble des saisies, considère que c’est elle qui régit le délai d’appel en matière de saisie
immobilière, faute pour l’art. 300 d’avoir précisé le délai d’appel et son point de départ. Cf. CCJA,
arrêt n° 013/2002 du 18 avril 2002, Recueil de jurisprudence de la CCJA, numéro spécial, janv.
2003, p. 58.
J. FOMETEU : CAMEROUN : JUGE DE L’EXÉCUTION 35
possibilité de déléguer ses fonctions à un ou plusieurs magistrats du siège53.
Les autres n’interviennent qu’à titre exceptionnel. S’il s’agit d’un immeuble,
le juge exclusivement compétent pour l’ensemble de la procédure est celui
de l’article 248 de l’AUPSRVE54.
27. Le législateur camerounais aurait-il cru, en procédant à une
véritable répartition des compétences matérielles entre toutes les juridictions
de l’ordre judiciaire écrit, que l’Acte Uniforme a conféré un trop large
pouvoir au juge unique de l’exécution, Président du tribunal de première
instance, lui permettant de remettre en cause les décisions des juridictions
supérieures ? Telle semble être, en effet, la justification de l’éclatement au
Cameroun de la compétence de la juridiction de l’exécution. De fait, le
législateur camerounais semble avoir été obsédé par l’idée d’enlever à tout
juge inférieur, le pouvoir de connaître d’une décision rendue par un juge
supérieur, fût-on en matière de difficultés d’exécution. Les formules
utilisées le démontrent à loisir.
Tout d’abord, la désignation de l’ensemble des Présidents de la
hiérarchie judiciaire de droit écrit constitue l’indice révélateur de cette idée.
Ensuite, en désignant non pas le, mais, les juges compétents, le législateur
parle du « Président de la juridiction dont émane la décision contestée »55.
Enfin, comme pour sacraliser la supériorité des Présidents des Cour d’appel
et de la Cour suprême, il leur donne le pouvoir de prononcer le caractère
suspensif de l’exercice de l’appel et du pourvoi en cassation56.
Indépendamment du commentaire que suscite ce pouvoir exceptionnel
qui leur est donné, cela signifie que le parlement camerounais s’est
étonnamment mépris sur la réalité du pouvoir du juge de l’exécution. Celui-
ci est un peu à l’exécution, ce qu’est le référé pour l’ensemble des
procédures de droit civil et commercial. Dans un cas en effet, et pour
reprendre une heureuse formule souvent utilisée, la compétence du juge des
référés est plus large que celle de la juridiction dont il est le Président. Car
en étudiant la compétence de ce juge, il faut oublier celle de la juridiction
tout entière. À défaut, on sera contraint de décalquer sa compétence sur celle
53
Cf. art. L. 213-5, al. 2, Code français de l’organisation judiciaire. V. également, M. et J.B.
DONNIER, op. cit., n° 77, p. 29.
54
Ces compétences laissent intact le domaine traditionnel du juge des référés.
55
Cette formule démontre que dans l’esprit de la loi camerounaise, c’est la décision en cours
d’exécution qui est contestée devant le juge de l’exécution. cf. infra.
56
L’art. 3, al. 5 dispose que : « lorsque le juge du contentieux de l’exécution est le Président
de la cour d’appel ou le magistrat que celui-ci a délégué à cet effet, sa décision est susceptible de
pourvoi dans un délai de 15 jours de son prononcé » ;
« Le délai de pourvoi comme l’exercice de cette voie de recours n’ont pas un caractère
suspensif, sauf décision contraire spécialement motivée du Président de la cour suprême ».
Quant à l’al. 6, il est ainsi libellé : « lorsque le juge du contentieux de l’exécution est le
premier Président de la cour suprême ou le magistrat qu’il a délégué à cet effet, sa décision est
insusceptible de recours ».
36 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 1-2008
de sa juridiction et de dire que le Président du tribunal de première instance
n’est compétent, en référé, que pour les matières relevant de ce tribunal. Or
la philosophie qui gouverne l’instance en référé est favorable à l’extension
de la compétence de sa juridiction à l’ensemble du droit privé. On le sait, ce
juge ne doit retenir sa compétence que s’il y a urgence et surtout, il doit
renvoyer les parties à se pourvoir au principal dès qu’une contestation
sérieuse soulevée par un des plaideurs entraîne la juridiction sur le terrain du
principal. Par conséquent, sa décision, qui se borne à ordonner des mesures
propres à éviter toute compromission définitive des droits du demandeur est,
par définition, provisoire.
Dans la même logique de refus de s’attaquer au principal, le juge de
l’exécution n’examine jamais la chose tranchée par la décision dont
l’exécution soulève des difficultés. Il se contente de gérer les questions de
fond soulevées à propos de l’exécution et non celles de fond tirées des droits
consacrés par le titre dont l’exécution est querellée.
La nuance entre les deux fonds est claire : le premier fond du droit
auquel ne doit nullement s’attaquer le juge de l’exécution est celui qui, en
amont, a fait l’objet du procès dont la décision connaît une exécution
difficultueuse. Le deuxième fond du droit qui relève de la compétence de ce
juge spécial se situe en aval. Il s’agit de toutes les questions nées, non du
droit dont la contestation avait ouvert le premier procès, mais, plus
simplement, de l’exécution de la décision issue de ce premier procès.
En réalité, l’intervention du juge de l’exécution n’est sollicitée que
lorsqu’une contestation est soulevée à l’occasion d’une exécution. Toutes les
exécutions qui ne connaissent pas de difficultés ne lui sont pas déférées, pas
plus que ne lui sont soumises les contestations qui ne surviennent pas à
l’occasion d’une exécution (ou d’une mesure conservatoire).
28. La Cour de cassation française a eu l’occasion de préciser l’étendue
de la compétence du juge de l’exécution.
Pour elle, la demande portée au juge de l’exécution ne doit pas tendre à
« remettre en cause le titre (querellé) dans son principe » ou à contester « la
validité des droits et obligations qu’il constate »57. La doctrine en déduit que
« le juge de l’exécution est incompétent pour contester le titre lui-même en
vertu duquel la mesure d’exécution a déjà été engagée, qu’il ne peut
intervenir que sur des faits survenus en aval du titre exécutoire lui-même »58
et qu’il « ne peut intervenir que pour vérifier le caractère exécutoire du titre
qui sert de fondement aux poursuites afin de voir si les opérations effectuées
sont régulières ou non. En aucun cas, il ne peut intervenir sur le contenu
57
Cass. Civ. 1ère, 27 janv. 2000, Juris-data n° 000228 et 10 mai 2000, Juris-data, n° 0001914.
58
M. et J.B. DONNIER, Voies d’exécution et procédures de distribution, LITEC, 2001, n° 99,
p. 37.
J. FOMETEU : CAMEROUN : JUGE DE L’EXÉCUTION 37
même du titre qui échappe à sa compétence »59. On dira plus simplement
qu’à cause de l’autorité de la chose jugée60, les décisions devenues
définitives sont de véritables forteresses, au demeurant imprenables, autant
pour le juge de l’exécution que pour tout autre juge61.
Dans ce contexte où il ne s’agit que de régler les problèmes survenus à
l’occasion de l’exécution, la répartition des compétences matérielles entre
les juridictions et la hiérarchie judiciaire ne présentent plus les mêmes
enjeux. Un juge même inférieur dans la hiérarchie judiciaire peut très bien
connaître de toutes les difficultés, l’appel ayant d’ailleurs été ouvert contre
sa décision par l’article 49, alinéa 2, de l’AUPSRVE, pour corriger
d’éventuelles erreurs d’appréciation.
29. La ligne de démarcation est ainsi précisée : lorsque le juge de
l’exécution intervient en amont de toute procédure, ce n’est jamais pour
vider le contentieux. Son intervention se borne à l’octroi de mesures à
caractère provisoire, notamment les saisies conservatoires. Lorsque celles-ci
sont pratiquées par un créancier qui ne dispose pas d’un titre exécutoire,
celui-ci est exigé pour la conversion de cette saisie en mesure d’exécution.
Cette exigence conduira, le plus souvent, le créancier devant le juge du fond
compétent pour trancher la contestation et délivrer le titre dont l’exécution
permettra la conversion. Et lorsqu’il intervient en aval, ce n’est plus pour
remettre en cause les droits consacrés par un juge du principal, mais, pour
résoudre les difficultés soulevées lors de la concrétisation de ces droits.
30. Ce cantonnement du pouvoir du juge de l’exécution a une
justification proche du trivial : si l’on estime que ce juge est compétent pour
remettre en cause la décision dont l’exécution est entreprise, « on arrive à
une absurdité complète : l’affaire peut avoir été examinée en première
instance, en appel et en cassation, le créancier ayant obtenu gain de
cause »62. Peut-on sérieusement soutenir que le juge de l’exécution peut
reconsidérer les intérêts en présence malgré les décisions intervenues ? Une
réponse négative ne fait pas de doute. Pourtant, le législateur camerounais,
en parlant de « la décision contestée », laisse comprendre aisément qu’il a
été guidé par l’idée d’éviter la remise en cause par un juge inférieur, des
droits consacrés par la décision en cours d’exécution.
31. Curieux raisonnement ! La décision étant devenue définitive, elle
n’est plus susceptible d’aucun réexamen. Dès lors, il n’avait aucune raison
de craindre que le juge de l’exécution ait été érigé en super juridiction de
59
R. TENDLER, Les voies d’exécution, Ellipses, 1998, p. 45.
60
Les présents développements n’intègrent pas l’hypothèse de l’exécution provisoire.
61
Sous réserve des voies de recours exceptionnelles telles que le pourvoi en révision prévu
aux art. 49 et 50 du règlement de procédure de la CCJA ou la requête civile des art. 223 et s. du
Code de procédure civile et commerciale du Cameroun.
62
R. TENDLER, Les voies d’exécution, op. cit., p. 43.
38 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 1-2008
recours contre les jugements et arrêts rendus dans l’ensemble de l’ordre
judicaire civil et commercial, ni qu’il soit saturé63 du fait de l’exclusivité de
sa compétence64. Par conséquent, le pluriel qu’il a adopté n’était pas
nécessaire. Il va, au contraire, générer des problèmes relativement sérieux.
B. - Les implications du pluriel
32. Plusieurs problèmes d’importance résultent de l’éclatement de la
compétence d’attribution en matière de saisie conservatoire et de difficultés
d’exécution.
33. Le premier a trait aux recours contre la décision rendue en matière
de contentieux de l’exécution. Pour bien le présenter, il convient de
retourner à l’article 49. Celui-ci, tout en prévoyant un juge unique de
l’exécution, octroie une compétence générale pour connaître des difficultés
survenues à l’occasion de l’exécution de tout titre exécutoire, quelle que soit
l’autorité judiciaire ou l’officier public qui l’a délivré65. Ainsi, ce juge,
Président du tribunal de première instance, est considéré comme apte à
examiner les difficultés nées de l’exécution des jugements rendus par les
tribunaux de droit coutumier66, de même que son pouvoir s’étend aux actes
notariés et aux décisions des juridictions de l’ensemble de l’ordre
juridictionnel civil et commercial. D’après la nouvelle loi camerounaise, le
Président du tribunal de première instance ne devrait plus connaître que de
tous les titres exécutoires autres que ceux émanant des tribunaux de grande
instance, des Cours d’appel et de la Cour suprême. Si ce texte devait
s’appliquer, une difficulté inextricable surgirait, eu égard à certaines
dispositions de l’Acte Uniforme portant voies d’exécution, qui organisent
les voies de recours contre la décision rendue par le juge de l’exécution. En
effet, selon l’alinéa 2 de l’article 49 et l’article 172 notamment, la décision
du juge de l’exécution est susceptible d’appel. Or l’intérêt qui se rattache à
la création d’une telle voie de recours à un type de litige est, on le sait, d’une
importance indéniable. Elle implique la reconnaissance du double degré de
juridiction, lequel offre la possibilité de provoquer un nouvel examen
63
On ne peut non plus justifier l’éclatement par la surcharge de la juridiction de l’exécution
dans la mesure où l’art. 49 de l’AUPSRVE rappelle la possibilité pour le juge de l’exécution de
déléguer ses fonctions à autant de magistrats que le permet son personnel, dans la mesure dictée par
les nécessités du service.
64
Tout au plus, on aurait pu, pour tenir compte de cette nouvelle compétence du Président du
tribunal de première instance, augmenter le personnel magistrat des Tribunaux de première instance.
65
La seule limite étant, comme celle prévue par l’art. L. 213-6 du nouveau Code français de
l’organisation judiciaire, que le titre dont l’exécution est en cause ne soit pas insusceptible d’être
examiné par un juge judiciaire.
66
Il s’agit, pour le cas du Cameroun, du tribunal coutumier et du tribunal de premier degré.
J. FOMETEU : CAMEROUN : JUGE DE L’EXÉCUTION 39
intégral du litige67. Par conséquent, si l’on attribue compétence au Président
de la Cour d’appel et, a fortiori, à celui de la Cour suprême pour connaître
du contentieux de l’exécution des arrêts de ces juridictions, il est évident que
la procédure d’appel devient inorganisable.
Cependant, les deux textes camerounais qui se sont succédé ont adopté
des approches différentes dans le règlement de la question du recours contre
les arrêts d’appel prononcés en matière de difficultés d’exécution. Celui du
29 décembre 2006, avait conservé un étonnant mutisme à propos de ce
recours. Au contraire celui du 19 avril 2007 s’est prononcé expressément. À
l’alinéa 5, de l’article 3, la loi nouvelle dispose, en effet, que « lorsque le
juge du contentieux de l’exécution est le Président de la cour d’appel ou le
magistrat que celui-ci a délégué à cet effet, sa décision est susceptible de
pourvoi dans un délai de 15 jours de son prononcé » ;
« Le délai de pourvoi comme l’exercice de cette voie de recours n’ont
pas un caractère suspensif, sauf décision contraire spécialement motivée du
Président de la cour suprême ».
Mais, à la vérité, cette disposition ne procure aucun avantage nouveau
au justiciable. En effet, l’on avait compris que seule restait ouverte la
possibilité de former un pourvoi en cassation68 et ce – précision importante –
devant la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage ou devant la Cour
suprême nationale selon le texte appliqué pour résoudre la difficulté69.
Cette méconnaissance de l’appel est intolérable pour la Cour Commune
de Justice et d’Arbitrage. Saisie d’un litige dans lequel la juridiction des
référés de la Cour d’appel d’Abidjan avait ordonné mainlevée d’une saisie-
attribution, elle a estimé que le fait pour une juridiction d’appel de statuer en
cette matière viole le double degré de juridiction institué en l’espèce par
l’article 172 de l’AUPSRVE70.
Au contraire, les prévisions de la loi nouvelle créent deux
incompatibilités supplémentaires avec le droit communautaire.
La première résulte de l’embrigadement du justiciable dans la seule
possibilité d’exercer un pourvoi en cassation devant la Cour suprême
nationale alors que nombre de difficultés d’exécution mettent en cause
67
Pour le Pr F. ANOUKAHA, le principe du double degré de juridiction est d’ailleurs en
passe d’être érigé en droit fondamental de l’homme. Cf. F. ANOUKAHA, commentaire préc., sp.
54.
68
Et l’on comprend également, sans que besoin soit de le réaffirmer comme le fait l’al. 6 de
l’art. 3, de la loi du 19 avril 2007, que les décisions rendues par le premier Président de la Cour
suprême sous la loi nouvelle ne soient susceptibles d’aucun recours.
69
Par ex., en matière de personnes et de biens insaisissables, seule la législation nationale est
applicable alors qu’en matière de vices de forme l’Acte Uniforme portant voies d’exécution est seul
applicable.
70
CCJA, arrêt n° 012/2002 du 18 avril 2002, Recueil de jurisprudence de la CCJA, Numéro
spécial, janv. 2003, p. 53.
40 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 1-2008
l’interprétation ou l’application de l’Acte Uniforme portant organisation des
Procédures simplifiées de Recouvrement et des Voies d’Exécution.
Quant à la seconde, elle provient du pouvoir donné aux juridictions
supérieures pour connaître de l’opportunité de prononcer le caractère
suspensif ou non des recours formés contre les décisions rendues en matière
de difficultés d’exécution. En effet, les alinéas 2 et 5 in fine, de l’article 3 de
la loi camerounaise disposent que le délai d’appel et de pourvoi, comme
l’exercice de ces voies de recours n’ont pas un caractère suspensif, sauf
décision contraire spécialement motivée du Président de la Cour d’appel ou
de la Cour suprême, selon que la décision querellée émane d’un Président de
tribunal ou d’un Président de Cour d’appel. Ces nouvelles orientations de la
législation camerounaise entrent en contradiction avec l’article 49, alinéa 2
in fine, de l’AUPSRVE. Celui-ci, de manière plus logique, dispose que « le
délai d’appel autant que l’exercice de cette voie de recours n’ont pas un
caractère suspensif, sauf décision contraire spécialement motivée du
Président de la juridiction compétente ». En d’autres termes, il s’agit
simplement de laisser au juge de l’exécution prévu à l’alinéa 1, le pouvoir de
juger de l’opportunité d’accorder ou non le caractère suspensif du recours.
Le législateur OHADA n’aurait pas eu à s’embarrasser d’une formule
alambiquée s’il avait voulu conférer ce pouvoir aux juridictions supérieures.
Si telle avait été sa pensée, des formules pour l’exprimer n’auraient pas
manqué. Par exemple, il aurait simplement pu disposer que le recours n’est
pas suspensif, « sauf décision contraire spécialement motivée de la
juridiction d’appel » 71.
Par conséquent, on peut affirmer que la juridiction de l’exécution
épuise, en instance, la question du caractère suspensif qui serait soulevée
devant lui par un plaideur, au travers d’une « décision spécialement
motivée » si elle accorde la suspension de l’exécution de sa décision ayant
statué sur la difficulté, jusqu’à l’arrêt d’appel.
33bis. De l’ensemble de ce qui précède, il résulte que la voie choisie
par le législateur camerounais est plus complexe en ce qu’elle oblige le
justiciable à exercer deux recours juridiquement distincts : un premier grâce
auquel il solliciterait de la juridiction supérieure qu’elle lui accorde le
caractère suspensif de l’exercice du recours72, un second dans lequel il
inviterait le juge à réexaminer l’entier contentieux de l’exécution.
34. Le deuxième problème est relatif à l’étendue de la compétence du
juge de l’exécution. À ce sujet, l’approche adoptée par la loi camerounaise
laisse entièrement de côté, un aspect de l’article 49 de l’AUPSRVE. Il ne
71
Au lieu de « sauf décision contraire spécialement motivée du Président de la juridiction
compétente ».
72
Étant entendu que le bénéfice du caractère suspensif du délai lui-même est d’office perdu,
celui-ci courant à compter du prononcé de la décision.
J. FOMETEU : CAMEROUN : JUGE DE L’EXÉCUTION 41
faut en aucun cas l’oublier, cette disposition n’attribue pas compétence au
juge de l’exécution pour connaître uniquement des difficultés survenues lors
de l’exécution d’un titre exécutoire. Ce juge est également le dépositaire du
pouvoir d’examiner « toute demande » ou « tout litige » relatif à une saisie
conservatoire, ce qui signifie, qu’il a compétence exclusive pour autoriser
les saisies conservatoires.
35. Le troisième est inspiré du droit comparé. Selon l’article 221 du
Code ivoirien de procédure civile, commerciale et administrative, les
difficultés d’exécution sont réglées par le Président du tribunal, le premier
Président de la Cour d’appel ou le Président de la Cour suprême, selon que
la décision à exécuter émane respectivement du tribunal, de la Cour d’appel
ou de la Cour suprême. Cette répartition des compétences correspond à celle
adoptée par la loi camerounaise du 19 avril 2007. Or, cette disposition qui
ventile la compétence en matière d’exécution en prenant pour critère la
juridiction qui a rendu la décision critiquée a été condamnée par la Cour
Commune de Justice et d’Arbitrage73. Selon elle, le premier Président de la
Cour d’appel d’Abidjan « a violé les dispositions de l’AUPSRVE,
notamment les articles 49, 170 et 172...» en retenant sa compétence. Pour la
Cour communautaire, la Cour d’appel saisie aurait dû, pour se conformer
aux prescriptions de l’article 49, « renvoyer devant les juridictions de
première instance »74, même si le titre dont l’exécution difficultueuse était,
ainsi que l’avait constaté la Cour d’appel, un arrêt de cette juridiction du
second degré.
36. Mais, au-delà de ces questions, il faut poser l’interrogation
fondamentale que suscite la loi camerounaise. Il s’agit de repréciser la
marge d’autonomie que conservent les législateurs nationaux avec
l’avènement de l’OHADA. Pour circonscrire le débat à la matière des voies
d’exécution, il s’agit de savoir si ces législateurs ont la faculté de créer des
juridictions qui, dans leur entendement, contribuent à mettre en œuvre les
Actes Uniformes. La doctrine pense que les États membres de l’OHADA
disposent bien de ce pouvoir. Pour elle, « les Actes Uniformes n’ont pas
cherché à harmoniser l’organisation administrative et judiciaire des États
membres »75, car « l’OHADA, comme toute Organisation d’intégration
73
CCJA, arrêt n° 012/2002 du 18 avril 2002, Recueil de jurisprudence de la CCJA, Num. sp.,
janv. 2003, p. 53.
74
Même l’urgence invoquée par la Cour d’appel d’Abidjan pour justifier la compétence du
juge des référés d’appel statuant en premier ressort n’a pas suffi aux yeux de la Haute juridiction.
Pour elle, l’art. 49 inclut les cas d’urgence et par conséquent, exclut toute saisine du juge des référés
pour cause d’urgence dans le domaine des difficultés d’exécution. Au total, le juge des référés ne
peut statuer en appel parce qu’il faut respecter le double degré de juridiction. Mais, si ce même juge
ressortit d’un tribunal, l’art. 49 n’est nullement violé.
75
B. MARTOR, N. PILKINGTON, D. SELLERS et S. THOUVENOT, Le droit uniforme
africain des affaires issu de l’OHADA, Litec, 2004, n° 98, p. 25.
42 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 1-2008
juridique, laisse aux États, leur autonomie institutionnelle et procédurale »76.
Par conséquent, « chaque État membre détermine les juridictions
compétentes et leurs pouvoirs selon les règles régissant son organisation
judiciaire propre »77.
En effet, « il semble acquis que, dans le strict domaine judiciaire,
l’OHADA doit s’abstenir de toucher à l’organisation judiciaire des États
parties »78. De plus, un texte d’intégration juridique, si exhaustif et si précis
soit-il, ne peut régler l’intégralité des détails de son application dans
l’ensemble des États membres. Ceux-ci disposent toujours d’une certaine
marge d’autonomie, pour adapter le texte au contexte institutionnel et
procédural national. La question est celle de l’étendue de cette marge.
37. Pour ce qui concerne l’OHADA et la définition de la juridiction de
l’article 49, une doctrine autorisée pense que « l’OHADA n’avait pas pour
ambition de modifier l’organisation judiciaire des États membres »79, dès
lors que « les spécificités nationales donnant lieu à une multiplicité de
vocables pour désigner le même organe judiciaire, ont conduit les rédacteurs
à faire usage de périphrases ou de termes génériques et non spécifiques pour
ce faire»80. Cet important courant doctrinal déduit des termes génériques
employés par l’Acte Uniforme, une liberté absolue accordée aux législateurs
nationaux en matière d’organisation judiciaire81. De cette liberté, découle
alors la possibilité de multiplier les juges de l’exécution. En effet, écrit le
Professeur Anoukaha82 : « il est admis en sémantique et sémiotique, que
l’article singulier défini peut être utilisé comme générique dans des
contextes précis. On parle alors du singulier typifiant ou exemplaire selon le
cas ». Cependant, il semble qu’une approche différente puisse être
envisagée. Car si cette interprétation était retenue, elle engendrerait d’autres
questions relativement délicates.
D’une part, elle soulèverait une question importante en matière de
saisies conservatoires. En effet, le singulier de l’article 49 permet de penser
que l’unique juge compétent en matière d’exécution reçoit « toute demande
ou tout litige » concernant ces saisies. Or, si on les démultiplie, non
seulement on s’éloignerait de l’unification recherchée en matière
76
A. NDZUENKEU, note préc.
77
Ibid.
78
J. ISSA SAYEGH, « Quelques aspects techniques de l’intégration juridique : l’exemple de
Actes Uniformes OHADA », Revue de Droit Uniforme, 1999-1, sp. n° 14 et 24 ; site Internet
[Link]. Dans le même sens : F. ANOUKAHA, commentaire préc., sp. pp. 45 et 54.
79
F. ANOUKAHA, ibid., sp. pp. 45 et 54.
80
J. ISSA SAYEGH, ibid. Dans le même sens : B. MARTOR, N. PILKINGTON, D.
SELLERS et S. THOUVENOT, op. cit., n° 98, p. 25.
81
La seule limite étant, pour le cas d’espèce, l’obligation de réserver la possibilité d’interjeter
appel de la décision du juge de l’exécution.
82
F. ANOUKAHA, ibid.
J. FOMETEU : CAMEROUN : JUGE DE L’EXÉCUTION 43
d’exécution et de saisies conservatoires, mais aussi, il faudrait se demander
quelles règles devront présider à la saisine des différentes juridictions
investies. Seront-elles saisies selon les règles traditionnelles de répartition
des compétences entre le tribunal de première instance et celui de Grande
instance83 ? D’autre part, il faudrait justifier, que toutes les juridictions
investies du pouvoir de connaître des difficultés d’exécution et des saisies
conservatoires sont des juridictions « statuant en matière d’urgence »
comme le prescrit l’article 49 de l’AUPSRVE. L’ensemble des Présidents
investis par la loi camerounaise est loin de satisfaire à ce critère. Si le
Président du tribunal de première instance est bien le juge de l’urgence, il
n’en est pas de même pour les Présidents du tribunal de grande instance, de
la Cour d’appel et de la Cour suprême. Or pour, reprendre les mots de la
CCJA rappelant le critère légal d’identification de la juridiction des saisies
conservatoires et des difficultés d’exécution84, il doit s’agir de « la
juridiction des urgences telle que déterminée par l’organisation judiciaire de
chaque État membre de l’OHADA »85. La Haute Cour affirme ainsi, que la
(et non les) juridiction à retenir doit être celle reconnue par l’ordre
juridictionnel interne de chaque État, comme compétente en matière
d’urgence.
38. On en vient à dire que la loi camerounaise doit être frappée par les
règles de la supranationalité du traité OHADA et de l’effet abrogatif de plein
droit résultant de l’article 10 dudit traité86. Le pouvoir des législateurs
nationaux a été bien encadré. Dans les pays, où une juridiction de l’urgence
83
L’intérêt de la question vient de ce que, en aval, chacune de ces juridictions est seule
compétente pour connaître du contentieux éventuel qui naîtrait de l’exécution de la décision
ultérieure à intervenir. Par ailleurs, il faut relever la réserve concernant la compétence du Président
du tribunal de première instance, qui devrait recevoir les contestations survenues lors de l’exécution
de tout autre titre exécutoire.
84
En ce sens : S. MINOU, art. préc., sp. p. 102.
85
CCJA, Avis n° 001/99/JN du 7 juill. 1999, Juridis périodique n° 48, p.1 07.
86
Selon la CCJA, l’art. 10 du Traité OHADA « contient une règle de supranationalité parce
qu’il prévoit l’application directe et obligatoire dans les États parties des Actes Uniformes et institue
par ailleurs leur suprématie sur les dispositions de droit interne antérieures ou postérieures ». En
outre, cet article 10 implique un effet abrogatoire automatique. Aussi, un texte « législatif ou
réglementaire de droit interne présent ou à venir ayant le même objet que les dispositions des Actes
Uniformes et étant contraires à celles-ci, (ou) les dispositions identiques à celles des Actes
Uniformes » sont considérés comme abrogés, sans qu’il soit nécessaire, de procéder de manière
expresse. Cf. CCJA, avis n° 001/2001/EP du 30 avril 2001, Rev. Cam. Dr. Aff. n° 10, p. 126 ; dans le
même sens : CCJA, avis n° 002/99/EP du 19 octobre 1999, Rev. Cam. Dr. Aff. n° 10, p. 97. Cet avis
est relatif à un projet de loi malien qui restreignait le droit du débiteur au délai de grâce tel qu’ils
ressortissent des art. 336 et 337 de l’AUPSRVE. Dans cette logique, certaines dispositions de la loi
camerounaise de 2007 allant dans le même sens que l’AUPSRVE méritent elles aussi, une
abrogation automatique. Il s’agit notamment de l’art. 3, al. 4 qui, reprenant l’art. 49, al. 2, de
l’AUPSRVE dispose que « lorsque le juge du contentieux de l’exécution est le Président du tribunal
de première instance ou le Président du tribunal de grande instance, ou le magistrat délégué à cet
effet, sa décision est susceptible d’appel dans un délai de 15 jours à compter de son prononcé ».
44 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 1-2008
existe, le pouvoir du droit interne se cantonne à la désignation de son
Président comme juge unique de l’exécution. Dans le cas où une telle
juridiction est, non un tribunal au sens institutionnel, mais, un Président
comme dans la plupart de pays où la seule juridiction institutionnelle de
l’urgence est le juge des référés, aucun choix ne s’offre véritablement. Seul
ce juge peut répondre aux exigences de l’article 49. Enfin, si, par
extraordinaire, aucune juridiction n’est institutionnellement investie de la
compétence en matière d’urgence, le législateur national peut alors la créer
et investir son Président comme juge de l’exécution.
39. Et, en aucun cas, l’autonomie du législateur national ne lui ouvre le
droit de définir les pouvoirs de ce juge. L’article 49 de l’AUPSRVE a été
relativement exhaustif, en étendant la compétence du juge de l’exécution à
« tout litige ou toute demande relative à une mesure d’exécution forcée ou à
une saisie conservatoire ».
CONCLUSION
40. Faut-il, ainsi que le souhaite M. Maïnagi87, que le législateur
communautaire crée plus nettement « un juge de l’exécution chargé du
contentieux des saisies, de manière à ce que chaque État partie l’institue
dans son organisation judiciaire » ? Cela ne semble pas ou plus nécessaire à
ce jour. De fait, la longue pérégrination des droits nationaux et de la CCJA
commençait à ressortir les premiers traits du profil du juge de l’article 49
AUPSRVE. D’un côté, la CCJA admet que le juge des référés pourrait être
compétent, pourvu qu’il statue en tant que juge d’instance de sorte que soit
respectée la règle du double degré de juridiction. De l’autre, des
jurisprudences nationales se sont développées en faveur de la désignation du
Président du tribunal de première instance. Ces deux orientations ont pour
avantage commun, la reconnaissance du titre de juge de l’exécution à un
Président de juridiction statuant en matière d’urgence et en premier ressort.
Il ne restait donc qu’à s’accorder sur le manteau que revêt ce juge au
moment où il statue dans l’une des matières visées par le texte
communautaire.
Dans un tel contexte, si un législateur national emprunte une autre voie
comme celle du parlement camerounais qui a fait échapper, dans certains
cas, cette compétence à la juridiction de l’urgence statuant en première
instance, son texte interne doit être déclaré contraire au droit communautaire
et subir l’effet abrogatif automatique de l’article 10 du Traité OHADA.
87
Cette opinion est de M. MAÏDAGI, qui est -détail important- juge à la CCJA. Cf. « Le défi
de l’exécution des décisions de justice en Droit OHADA », Penant n° 855-2006, p. 176.