AFT Le Législateur Camerounais Et Le Juge de L'exécution
AFT Le Législateur Camerounais Et Le Juge de L'exécution
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A-F Tjouen, « Le législateur camerounais face à la question du juge du contentieux de l’exécution »,
Revue Penant, 2013, vol. 123, no 884, pp. 367-394.
Plan détaillé
Introduction
Conclusion
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A-F Tjouen, « Le législateur camerounais face à la question du juge du contentieux de l’exécution »,
Revue Penant, 2013, vol. 123, no 884, pp. 367-394.
Résumé
Abstract
Since the advent of OHADA, the question of justice of the litigation execution of a major
business leads have deeply divided the doctrine and judges Cameroon. The main cause of these
exchanges has been proven or not the inconsistencies between article 49 of the OHADA uniform act
on procedure simplified recovered and execution pathways and section 182 and following code of
civil procedure and commercial Cameroonian.
Near tads say more years, the national legislature finally reacts. Instead of calming tension, the
reform of 2006-2007 was rather revived. It is about today to find a lasting solution to this mess that
has only spans.
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A-F Tjouen, « Le législateur camerounais face à la question du juge du contentieux de l’exécution »,
Revue Penant, 2013, vol. 123, no 884, pp. 367-394.
Introduction
Le 19 avril 2007, la loi no 2007/001 est votée à l’Assemblée nationale. Elle institue le nouveau
juge du contentieux de l’exécution et fixe les conditions de l’exécution au Cameroun des décisions
judiciaires et actes publics étrangers ainsi que les sentences arbitrales étrangères. Ce texte 1 vient
abroger certaines dispositions de la loi n o 2006/015 du 29 décembre 2006 portant organisation
judiciaire. Il détermine entre autres le rôle précis du juge de l’exécution pour éviter toute confusion
possible avec le juge des référés. L’article 49 de l’acte uniforme OHADA 2 portant organisation des
procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution (AUPSRVE), entré en vigueur le
10 juillet 1998, disposait déjà que : « La juridiction compétente pour statuer sur tout litige ou toute
demande relative à une mesure d’exécution forcée ou à une saisie conservatoire est le président de
la juridiction statuant en matière d’urgence ou le magistrat délégué par lui. »
D’entrée de jeu, la question se pose de savoir qui est législateur en droit camerounais ?
Le législateur est généralement défini comme la personne qui fait les lois, qui donne des lois à
un peuple3. La Constitution est la norme suprême du Cameroun et le législateur doit établir des lois
qui lui sont conformes. Mais de quel législateur s’agit-il ?
D’une part, il s’agit certainement du législateur national c’est-à-dire le pouvoir législatif qui
vote les lois dites ordinaires et le pouvoir exécutif qui signe des décrets et arrêtés voire des
ordonnances qui ont valeur de lois ordinaires lorsque le parlement est dans l’impossibilité de le
faire. D’autre part, sur la base de la hiérarchie des normes, les conventions internationales et
communautaires font partie intégrante de la législation camerounaise lorsqu’elles sont ratifiées par
le parlement camerounais. De ce fait nous considérons dans ce travail que le législateur
camerounais est à la fois le législateur communautaire et celui national.
Cette précision terminologique faite, le législateur OHADA en établissant la règle de
l’article 49, pensait avoir trouvé la bonne formule pour désigner le juge de l’exécution. Il avait
espéré qu’ainsi cette règle ne souffrirait d’aucune difficulté d’application dans les Etats parties.
Malgré le noble souci d’harmonisation qui l’a inspiré, l’article 49 a pourtant eu un effet inattendu en
droit camerounais à cause des nombreuses interprétations qu’il suscite. Cela est dû au caractère
assez vague de la notion de « juridiction statuant en matière d’urgence ».
Certes, la loi est la matérialisation de la règle de droit dont le but principal est d’éviter le
désordre au sein d’une société4. Mais, quel que soit le souci de précision du législateur, il ne peut
1
Il fait partie des nombreuses réformes dans lesquelles s’est engagé le Cameroun dans la période de 2003 à 2007. On
peut citer entre autres la loi de 2003 sur la chambre des comptes, celle de 2005 sur le code de procédure pénale et les
nombreuses lois de 2006 sur la Cour suprême, les tribunaux administratifs, les tribunaux régionaux des comptes et
l’organisation judiciaire dans son ensemble. L’objectif de ce vaste mouvement de réformes était essentiellement de
mettre en place les institutions prévues par la Constitution de 1996 (c’est-à-dire prévues près de dix ans plus tôt).
2
Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires. Cette organisation a été instituée par le Traité
signé à Port Louis dans l’Ile Maurice le 17 octobre 1993 par quatorze Etats africains de la zone franc.
3
Josette REY-DEBOVE et Alain REY (sous la direction de) : Le nouveau Petit Robert de la langue française, éd. Le
Robert, 2008.
4
C’est ainsi que la doctrine explique que « comme il n’existe pas d’ordre social spontané et que l’état d’anarchie ne
serait que le règne du plus fort, le droit a pour fonction générale d’assurer l’ordre social.» (Henri MAZEAUD, Léon
4
A-F Tjouen, « Le législateur camerounais face à la question du juge du contentieux de l’exécution »,
Revue Penant, 2013, vol. 123, no 884, pp. 367-394.
pas toujours prévoir toutes les difficultés pratiques surtout lorsqu’il s’agit d’une norme
communautaire. Il est donc nécessaire, voire indispensable, d’interpréter la loi 5 afin qu’elle soit
adaptée à chaque situation particulière c’est-à-dire, dans le cas d’espèce, à chaque Etat partie. C’est
cette interprétation qui peut, dans certains cas, être créatrice de la règle de droit car, comme l’a
rappelé la doctrine, « quand il faut rechercher le sens d’un texte obscur ou vague ou alors appliquer
la règle à un cas qui n’entre pas exactement dans ses prévisions, l’interprète est [le véritable]
créateur »6. Mais encore faut-il que l’interprétation soit commune pour toutes les sources ; ce qui
n’est pas le cas s’agissant du juge du contentieux de l’exécution en droit camerounais.
Contrairement à ce qui était espéré par le législateur communautaire, l’interprétation des
dispositions de l’article 49 AUPSRVE a divisé la doctrine et les juges à tel point que l’incertitude
s’est installée. L’on s’est alors demandé si ce juge était toujours le Président du Tribunal de
Première Instance (TPI), jusqu’à lors juge de l’urgence entendu comme juge des référés.
L’une des véritables questions sous-jacentes aux dispositions de loi communautaire portait sur
le concept d’urgence. Selon la doctrine qui s’appuie sur la position de la Cour de cassation
française, l’urgence doit être appréciée au regard de la gravité du préjudice qu’un retard dans la
décision de justice est susceptible de causer au débiteur soumis à l’exécution forcée. Comme le
précise un auteur, « une célérité particulière est alors requise en pareille situation. C’est du reste ce
qui est attendu de la juridiction compétente de l’article 49 al. 1 er de l’Acte uniforme relatif aux voies
d’exécution. »7
Quoiqu’il en soit, le législateur national s’était efforcé de définir la compétence matérielle 8 et
territoriale9 du juge de l’exécution si bien que le but de la loi de 2007 n’était pas de créer un
nouveau juge ex nihilo. Mais malgré l’apparente clarté sur l’identification et le rôle du juge de
l’exécution, des difficultés sont apparues en droit camerounais dans la détermination de son statut à
cause des dispositions des articles 182 et 183 Code de Procédure Civile et Commerciale. Aux
termes de ces articles, dans tous les cas d’urgence, ou lorsqu’il s’agira de statuer provisoirement sur
les difficultés relatives à l’exécution d’un titre exécutoire ou d’un jugement, la demande sera portée
à une audience tenue à cet effet par le Président du TPI. A partir des dispositions de l’article 49
MAZEAUD et al.: Leçons de droit civil: Introduction à l’étude du droit, 8e éd, Montchrestien, 1986, Tome I, vol. I,
p.19).
5
Tel est le rôle de la jurisprudence, la doctrine et la pratique.
6
Henri MAZEAUD, Léon MAZEAUD et al. op. cit., p. 105.
7
MODI KOKO BEBEY : L’identification de la juridiction compétente de l’article 49 de l’acte uniforme portant
organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution, séminaire international sur le
recouvrement des créances et les voies d’exécution, Douala, 5 et 6 octobre 2004, www.ohada.com, doctrine, p. 3.
8
Aux termes des articles 182 et suivants du Code de procédure civile et commerciale (cpcc), il était chargé de statuer
sur tous les cas d’urgence. Il devait également veiller à la bonne exécution des décisions de justice. Il était saisi par
requête lorsqu’un justiciable rencontrait des difficultés dans l’exercice d’un jugement définitif. C’est lui qui prenait
toutes les mesures pour faire exécuter les décisions y compris celles administratives. Lorsque le titre exécutoire était
contesté, c’est également lui qui était saisi pour y trouver une solution juridique.
9
Aux termes de l’article 291 cpcc : « les contestations élevées sur l’exécution des jugements … seront portées au
Tribunal de première instance du lieu où l’exécution se poursuivra. » L’article 292 énonçait pour sa part que « si les
difficultés élevées sur l’exécution des jugements ou actes requièrent célérité, le tribunal du lieu y statuera
provisoirement et renverra la connaissance du fond au tribunal d’exécution. » En un mot, le Tribunal de première
instance du lieu de l’exécution et plus précisément son Président (conformément à l’article 182 précité) était la
juridiction compétente pour connaître du contentieux de l’exécution, sauf dans les cas d’urgence où cette même
juridiction devait d’abord statuer en référé.
5
A-F Tjouen, « Le législateur camerounais face à la question du juge du contentieux de l’exécution »,
Revue Penant, 2013, vol. 123, no 884, pp. 367-394.
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Pour la plupart, le juge de l’article 49 était le juge des référés qui ne pouvait pas trancher le fond mais plutôt statuer
« par provision, en renvoyant les parties à mieux se pourvoir ainsi qu’elles aviseront ». Mais pour certains juges, il
devait statuer au fond lorsqu’il s’agissait d’un litige relatif à l’application de l’article 49 et dans le cas où il était saisi
d’une assignation comportant le dispositif classique en matière de référé, il se déclarait incompétent à statuer (TPI
Douala-Bonanjo, aff. SGILC/TOMEKO René, 4 juin 2002). Chaque juge, investi d’une mission d’interprétation de la
loi, se sentait alors dans l’obligation d’improviser.
11
Suite au silence du législateur malgré le règne de la confusion due à des interprétations jurisprudentielles ondoyantes
et diverses, une concertation entre les auxiliaires de justice et les autorités judiciaires a eu lieu. La pratique admise a été
de saisir le Président du Tribunal de première instance, seul juge de l’urgence au Cameroun, avec la précision qu’il lui
était demandé de statuer non pas comme juge des référés, mais en tant que juge du contentieux de l’exécution.
(Exemple : TPI Yaoundé, no 96 du 31 octobre 2000, Ansari Trading Company c/ BEAC, SCB-Crédit Lyonnais, inédit).
Lire dans ce sens Marie-Andrée NGWE : L’application des actes uniformes de l’OHADA au Cameroun, Penant no 850,
janvier-mars 2005, pp. 87-88 ; Sterling MINOU : La juridiction prévue à l’article 49 de l’acte uniforme OHADA n o 6
portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution est-elle le juge des référés au
Cameroun ? Juridis Périodique no 62, 2005, pp. 97 et s.
12
CCJA, arrêt no 006/2002 du 21 mars 2002, Recueil de jurisprudence de la CCJA, numéro spécial, janvier 2003, p. 42 ;
voir aussi CCJA, arrêt no 008/2002 du 21 mars 2002, Recueil de jurisprudence de la CCJA, numéro spécial, janvier
2003, p. 49.
13
Voir par exemple TPI Douala-Bonanjo, audience des référés du 9 octobre 2002.
14
Joseph FOMETEU : Le juge de l’exécution au pluriel ou la parturition au Cameroun de l’article 49 de l’acte
uniforme OHADA portant voies d’exécution, Juridis périodique, no 70, avril-mai-juin 2007, p. 103.
15
Paul-Gérard POUGOUE : Les figures de la sécurité juridique, RASJ, vol. 4, no 1, 2007, p. 1.
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A-F Tjouen, « Le législateur camerounais face à la question du juge du contentieux de l’exécution »,
Revue Penant, 2013, vol. 123, no 884, pp. 367-394.
des règles à la fois intelligibles et accessibles à ceux qui sont appelés à les utiliser. Dans le cas
contraire, il favorise la complexité et l’incertitude du droit, tous deux incompatibles avec la notion
de l’Etat de droit16. C’est d’ailleurs en grande partie à cause de l’insécurité juridique (due entre
autres au caractère obsolète et éparse des textes) que le droit uniforme OHADA a été institué 17.
Avant son intervention, l’on assistait à une accumulation de lois qui avait fini par brouiller la
perception de la politique suivie, si tant est qu’il y en avait une, en matière d’exécution des
décisions de justice.
Plus concrètement, la sécurité juridique vise à créer des règles qui donnent à l’individu
l’assurance qu’il pourra faire valoir ses droits dans les meilleures conditions. Pour cela, le
législateur doit contribuer à créer des règles dont l’ensemble doit être cohérent, intelligible, servi
dans une langue claire, dense et précise. Ce n’est qu’au prix de cet effort que l’adage « Nul n’est
censé ignorer la loi » trouve tout son sens18. Peut-on dire que sur la question qui nous préoccupe, le
législateur a respecté ces consignes de clarté, simplicité, logique et précision ? Tel est l’objet de
notre étude. On s’apercevra rapidement que si l’apport du législateur communautaire est indéniable
dans ce sens (I), celui du législateur national est plutôt mitigé (II).
16
Le citoyen est égaré dans un environnement d’incertitude voire d’insécurité juridique alors qu’il est censé être protégé
par les droits fondamentaux dont l’un est l’égalité de tous devant la loi et la justice ; l’entreprise quant à elle se voit
mise au défi de faire ses choix stratégiques d’investissement ou d’embauche dans un univers juridiquement incertain, et
les investisseurs, surtout étrangers, sont les premiers découragés (Josseline DE CLAUSADE : Sécurité juridique et
complexité du droit : considérations générales du Conseil d’Etat, Dalloz 2006, no 11, Tribune, p. 737).
17
Martin KIRSCH : Historique de l’OHADA, Penant no 827, mai-août 1998, pp. 129-135.
18
André AKAM AKAM : Libres propos sur l’adage « Nul n’est censé ignorer la loi », RASJ, vol. 4, no 1, 2007, pp. 31
et s.
7
A-F Tjouen, « Le législateur camerounais face à la question du juge du contentieux de l’exécution »,
Revue Penant, 2013, vol. 123, no 884, pp. 367-394.
président de la juridiction statuant en matière d’urgence ou le magistrat délégué par lui. » Le juge
du contentieux de l’exécution désigné par cet article étant donc le juge de l’urgence, l’on s’est
empressé au Cameroun de penser qu’il s’agissait de toute évidence du Président du TPI 19. Pourtant
les dispositions de l’article 49 sont à la fois vagues et précises. Les dispositions vagues apparaissent
dans le choix de la notion de "juridiction statuant en matière d’urgence". Cette expression oblige à
interroger avec prudence le droit camerounais pour se rendre compte qu’en matière civile, plusieurs
juges statuent dans le cadre des procédures d’urgence 20. Lequel d’entre eux était-il visé par l’article
49 ?
Pour y répondre, il faudrait d’emblée observer que l’article 49 est assez précis sur la matière
concernée : les mesures d’exécution forcée et les saisies conservatoires c’est-à-dire a priori21, le
contentieux de l’exécution des décisions de justice et les voies d’exécution. Dans ce sens, il faudrait
donc distinguer, deux catégories de juges de l’urgence : ceux qui statuent dans les matières autres
que le contentieux de l’exécution (il s’agit du juge des requêtes et du juge statuant en matière
d’injonction de payer) et ceux dont le domaine de compétence porte entre autres sur ce contentieux.
Incontestablement, la première catégorie de juges n’est pas concernée par les dispositions de
l’article 49. Les raisons de cette exclusion sont différentes selon le juge concerné. S’agissant du
juge des requêtes, il ne saurait être juge du contentieux de l’exécution parce que la procédure visant
les ordonnances sur requête est non contentieuse 22. Elle ne vise qu’à établir23 ou rétablir24 un droit.
Quant au juge statuant en matière d’injonction de payer, bien qu’il intervenait dans le cadre d’un
contentieux, il statue au principal, c’est-à-dire qu’il n’est pas juge de l’exécution. C’est plutôt la
décision qu’il aura définitivement rendue qui, posant éventuellement des difficultés d’exécution,
ferait l’objet d’un recours devant le juge du contentieux de l’exécution.
C’est dans la catégorie des juges statuant en matière d’exécution qu’il faut retrouver celui
désigné par l’article 49 puisqu’il dispose que le juge de l’urgence compétent est celui qui statue sur
toute affaire « relative à une mesure d’exécution forcée ou à une saisie conservatoire ».
Concrètement, ces mesures renvoient certainement aux voies d’exécution et à d’autres procédures
19
Robert NEMEDEU : Le juge camerounais du contentieux de l’exécution ou le clair-obscur entre l’esprit et la lettre
de l’article 49 de l’Acte uniforme portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies
d’exécution (AUPSRVE), Juridis périodique no 83, juillet-août-septembre 2010, p. 96. Dans le même sens : A. ANABA
MBO : La nouvelle juridiction présidentielle dans l’espace OHADA : L’endroit et l’envers d’une réforme multiforme,
Revue Camerounaise de Droit des Affaires, no 3, 2000, p. 9 ; P. IPANDA : L’interdiction de préjudicier au principal
existe-t-elle encore en matière de saisies mobilières, Revue Camerounaise de Droit des Affaires, no 3, 2000, pp. 63 et
s. ; Henri TCHANTCHOU : Le contentieux de l’exécution et des saisies dans le nouveau droit OHADA, Juridis
périodique no 46, 2004, pp. 98 et s. ; Sterling MINOU : La juridiction prévue à l’article 49….., op. cit., p. 95.
20
Dans ce sens : Président TPI Bafoussam, ordonnances de référés n o 39 du 26 janvier 2001 ; no 81 du 21 septembre
2002 ; TPI Bafoussam, jugement civil no 102 du 21 septembre 2001, Juridis périodique, n o 55, juillet-août-septembre
2003.
21
Cette définition semble unanimement admise par la doctrine et les juges. Elle reste cependant critiquable. Nous y
reviendrons.
22
J. VINCENT et S. GUINCHARD : Procédure civile, 27e éd., Dalloz 2003.
23
Exemple : Le jugement d’hérédité.
24
Exemple : La reconstitution ou rectification judiciaire d’actes.
8
A-F Tjouen, « Le législateur camerounais face à la question du juge du contentieux de l’exécution »,
Revue Penant, 2013, vol. 123, no 884, pp. 367-394.
Le seul juge des référés était27 et demeure28 au Cameroun, le Président du TPI. Si en 2006 le
législateur semble avoir clairement distingué ses compétences en matière de référés d’une part et de
contentieux de l’exécution d’autre part, ce n’était pas aussi évident avant cette date.
L’interprétation de l’article 49 de l’acte uniforme a été divergente. Pour certains, ce texte
renvoyait aux articles 182 et 183 (contenus dans le titre dix-huitième intitulé "Des référés") du
Code de procédure civile et commerciale qui faisaient du Président du TPI, le juge des référés
compétent « dans tous les cas d’urgence, ou lorsqu’il s’agira de statuer provisoirement sur les
difficultés relatives à l’exécution d’un titre exécutoire ou d’un jugement… ». En un mot, et toujours
25
L’astreinte est une mesure de contrainte destinée à obtenir l’exécution d’une décision de justice le plus rapidement
possible. Elle consiste pour le juge à condamner une personne à une somme d’argent fixée à tant par jour de retard ou
toute autre unité de temps dans l’exécution de la décision. Il s’agit d’une institution juridique de création prétorienne,
aucun texte Camerounais n’existant pas en la matière (Raymond GUILLIEN et Jean VINCENT (sous la direction de) :
Lexique des termes juridiques, 14e éd., Dalloz, 2003, vo Astreinte).
26
L’exécution provisoire est une mesure qui déroge au principe de l’effet suspensif des voies de recours ordinaires. Il
permet à celui qui a gagné le procès d’exécuter le jugement dès lors que celui-ci a été signifié. Lorsque l’exécution
provisoire a été ordonnée, le jugement peut être immédiatement exécuté même s’il fait l’objet d’une voie de recours.
27
Art 183 du Code de procédure civile et commerciale.
28
Art 15(2) de la loi n°2006/015 du 29 décembre 2006 portant organisation judiciaire.
9
A-F Tjouen, « Le législateur camerounais face à la question du juge du contentieux de l’exécution »,
Revue Penant, 2013, vol. 123, no 884, pp. 367-394.
selon cette tendance, le juge de l’exécution était donc, avant 2006, le juge des référés 29. Pour
d’autres par contre, le juge désigné par l’acte uniforme est un juge autonome qui ne correspond à
aucun de ceux qui existaient jusque-là30 à cause de ses pouvoirs qui excédaient ceux d’un juge des
référés ordinaire. A défaut d’une dénomination qui le distinguerait des autres juges, cette tendance
doctrinale a choisi de l’appeler "le juge de l’article 49".
La CCJA a tranché le débat 31 en optant pour une solution intermédiaire. Certes elle a désigné
le juge des référés32 comme étant "le juge de l’article 49". Mais elle ne s’est pas contentée de
préciser que ce juge statue en matière de contentieux de l’exécution. Elle est allée plus loin en
ajoutant qu’il peut, le cas échéant, statuer sur des contestations sérieuses.
L’on pourrait ainsi penser que la CCJA a élargi le concept de "référés". Cette notion est
désormais entendue au sens strict et au sens large. Au sens strict ou classique, elle renvoie
uniquement à des situations d’urgence qui imposent au juge de prendre une décision rapide mais
provisoire, sans préjudicier au principal33. Au sens large, elle désignerait, en matière d’exécution
des décisions, toutes les situations d’urgence dont le juge peut être saisies et dans lesquelles il a la
possibilité de statuer au fond.
Pour bien comprendre la position de la CCJA, il convient d’abord de préciser que devant le
juge de l’exécution, il existe deux types de questions de fond : celle principale sanctionnée par le
procès ordinaire et celle accessoire soulevée à l’occasion du contentieux de l’exécution 34 et qui ne
doit pas tendre à « remettre en cause le titre (querellé) dans son principe [ou à contester] la validité
des droits et obligations qu’il constate »35. Si habituellement le juge de l’exécution ne doit
s’intéresser qu’à la seconde catégorie de questions de fond, pour la CCJA par contre, il semble que
29
P.G. POUGOUE et F. TEPPI KOLLOKO, La saisie-attribution des créances en OHADA, coll. Vade-mecum, PUA,
Yaoundé 2005, p.74. Dans le même sens : F. ANOUKAHA et A.D. TJOUEN, Les procédures simplifiées de
recouvrement et les voies d’exécution, coll. Droit Uniforme, PUA, Yaoundé, 1999, p.26 ; Me F. IPANDA, note sous
TPI Yaoundé, jugements n°508/RC et n°550 des 04 et 15 mai 2000 ; ord. n°590 du 25 avril 2000 et n°618 du 04 mai
2000, RCDA n°4, p.85 ; J. ISSA-SAYEGH, Quelques aspects techniques de l’intégration juridique : l’exemple de Actes
Uniformes OHADA, préc., note n°37, Revue de droit uniforme, 1999.
30
A. NDZUENKEU, note sous TPI Douala-Bonanjo, ord. référé n°392 du 26 février 2003 ; S. MINOU, op. cit., p.101 ;
J. FOMETEU, note sous CCJA, arrêts n° 039 du 02 juin 2005 (Drabo Bia et autres c/ Madame Touré Magbé) et
n°012/2002 du 18 avril 2002 (Total Fina Elf c/ Sté Cotracom), in P.G. POUGOUE et S.S. KUATE TAMEGHE (sous la
direction de) : Les grandes décisions de la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage de l’OHADA, L’Harmattan, Paris,
2010, p. 600.
31
Voir par exemple CCJA, arrêts n os 006 et 008/2002 du 21 mars 2002, op. cit. ; CCJA, arrêt no 17/2003 du 09 octobre
2003, Ohadata J-04-120.
32
C’est-à-dire le Président du TPI statuant conformément aux dispositions des articles 182 et suivants du CPCC.
33
C’est pour cette raison que le juge des référés renvoie les parties « à mieux de pourvoir ainsi qu’elles aviseront ».
34
Joseph FOMETEU, note sous CCJA, arrêt n o 001/2008, 24 janvier 2008, in Les grandes décisions de la cour
commune de justice et d’arbitrage de l’OHADA, Paul Gérard Pougoué et Sylvain Sorel Kuaté (sous la dir. de),
L’Harmattan, Paris, 2010, p. 358.
35
Cass. civ. 1ère, 27 janvier 2000, Juris-data n°000228 et 10 mai 2000, Juris-data, n°0001914. Le droit comparé enseigne
que le juge de l’exécution peut statuer en référé. Ainsi par exemple, aux termes de l’article 809 du Nouveau code de
procédure civile français, « [il] peut toujours, ‘‘même en présence d’une contestation sérieuse’’, prescrire en référé les
mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent, soit pour un dommage imminent, soit pour faire cesser un
trouble manifestement illicite ». Le législateur Camerounais pourrait s’en inspirer pour permettre une résolution plus
rapide du contentieux de l’exécution.
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A-F Tjouen, « Le législateur camerounais face à la question du juge du contentieux de l’exécution »,
Revue Penant, 2013, vol. 123, no 884, pp. 367-394.
toutes ces questions doivent être examinées par le juge des référés statuant comme juge du
contentieux de l’exécution. Il s’agirait alors là d’une véritable révolution juridique car en clair, la
CCJA reconnaîtrait ainsi au juge de l’article 49, quelle que soit sa dénomination 36, le pouvoir de
préjudicier au principal37.
Mais une telle conception doit-elle prospérer ? Reconnaître au juge des référés statuant en
matière d’exécution le pouvoir de préjudicier au principal est dangereux, pour deux raisons au
moins. D’une part, l’objectif du référé classique est quelque peu différent de celui du contentieux de
l’exécution. La procédure de référé tend à prendre en compte l’intérêt du débiteur qui risque de tout
perdre si une mesure urgente n’est pas prise en attendant l’issue définitive de la procédure. La
procédure d’exécution forcée par contre est un moyen de satisfaire le créancier en tenant compte de
la situation du débiteur. Or mettre dans un même panier destiné au juge les questions de référé et
d’exécution c’est un peu comme composer un cocktail sulfurique qui finira par exploser tôt ou tard.
D’autre part, cette conception remet considérablement en cause l’organisation judiciaire.
Nous savons que les jugements rendus par les tribunaux et qui ont acquis autorité de la chose jugée
ne peuvent normalement être frappés que par l’appel devant une Cour d’appel (s’ils sont rendus en
premier ressort) ou du pourvoi en cassation devant la juridiction suprême (s’ils sont rendus en
premier et dernier ressort). La raison de cette procédure est que les cours sont des juridictions
supérieures aux tribunaux. Or, admettre même indirectement que le juge de l’article 49 réexamine le
litige principal ferait du Président du TPI le véritable deuxième degré de juridiction, car il
deviendrait une juridiction supérieure aux tribunaux à cause de son pouvoir de réexaminer les faits
et le droit. Mais cette juridiction resterait inférieure aux Cours d’appel qui occuperaient désormais
la place de troisième degré. Le législateur national a-t-il perçu ce danger en 2006 pour l’éliminer ?
Nous le verrons plus loin. En attendant, il faut reconnaître qu’avant cette date, l’OHADA avait déjà
pris la peine de déterminer le domaine de compétence du juge de l’exécution.
son obligation soit de manière volontaire 38, soit contre sa volonté. C’est donc au juge de l’exécution
de régler définitivement ce litige. Il doit trouver une issue au contentieux, quitte à adapter la
solution du juge dans le litige principal, à la réalité qui se présente au moment de l’exécution de la
décision. Par exemple, saisi par un créancier de sommes d’argent toujours insatisfait malgré la
décision de justice rendue, il peut entre autres constater l’insolvabilité temporaire ou la récalcitrance
du débiteur solvable pour décider d’un payement échelonné de la dette dans le premier cas ou alors
ordonner une exécution forcée dans le second cas. L’idée est souvent de ne pas punir absolument le
débiteur (qui du reste, bénéficie d’un minimum de protection39), mais de tenir compte de sa situation
difficile qui empêche que le créancier soit sinon rapidement, du moins normalement remboursé de
sa créance.
Les voies d’exécution, encore appelées par la doctrine « procédures civiles d’exécution »40, font
également partie du domaine de compétence du juge de l’article 49. Plus connues depuis longtemps
sous le nom de « saisies », elles sont définies comme « des moyens légaux mis à la disposition des
créanciers qui ne peuvent obtenir de leurs débiteurs l’exécution volontaire des obligations dont
ceux-ci sont tenus à leur égard. Elles tendent donc à l’exécution forcée desdites obligations. »41
L’usage de ces procédures suppose que le bénéficiaire dispose d’un titre qui peut être la décision de
justice devenue exécutoire. Le juge de l’exécution intervient alors lorsque le détenteur de ce titre
éprouve des difficultés à le faire exécuter car cela rentre dans la catégorie des mesures définies par
l’article 49 AUPSRVE comme étant d’exécution forcée.
Mais la décision de justice n’est pas le seul titre exécutoire. Il en existe d’autres qui sont
énumérés par l’article 33 de l’AUPSRVE 42. De ces dispositions, il ressort à une exception près que
deux personnes sont habilitées à établir les titres exécutoires : le juge et le notaire. Ces titres sont
donc globalement des décisions juridictionnelles et des actes authentiques 43. Ce sont les actes
authentiques qui sont envisagés par l’article 49 lorsqu’il dispose que le juge de l’exécution est
compétent en matière de « saisie conservatoire ».
38
Elle usera alors des voies de recours qui lui sont offertes ou bien elle organisera son insolvabilité s’il s’agit d’une
créance de somme d’argent.
39
Monique Dorette PODIO et Olivier FANDJIP : Les voies d’exécution en droit OHADA à l’épreuve des droits de
l’homme : le cas du débiteur, Juridis périodique no 83, juillet-août-septembre 2010, pp. 102 et s.
40
Voir par exemple Philippe THERY : La place des procédures civiles d’exécution, RTDciv 1993, numéro spécial, pp.
1 et s.
41
Gérard COUCHEZ : Voies d’exécution, 5e éd., Sirey, 1999, p. 3.
42
Aux termes de cet article : « Constituent des titres exécutoires : 1) Les décisions juridictionnelles revêtues de la
formule exécutoire et celles qui sont exécutoires sur minute ; 2) Les actes et décisions juridictionnelles étrangers ainsi
que les sentences arbitrales déclarés exécutoires par une décision juridictionnelle, non susceptibles de recours suspensif
d’exécution, de l’Etat dans lequel ce titre est invoqué ; 3)Les procès verbaux de conciliation signés par le juge et les
parties ; 4) Les actes notariés revêtus de la formule exécutoire ; 5) Les décisions auxquelles la loi nationale de chaque
Etat partie attache les effet d’une décision judiciaire. »
43
Pour plus d’analyses sur les dispositions de l’article 33 AUPSRVE, cf. Alex-François TJOUEN, note sous CCJA,
arrêt no 031/2008, 3 juillet 2008, in P.-G. POUGOUE et S. S. KUATE (sous la direction de) : Les grandes décisions de
la Cour commune de justice et d’arbitrage, op. cit., pp. 429 et s.
12
A-F Tjouen, « Le législateur camerounais face à la question du juge du contentieux de l’exécution »,
Revue Penant, 2013, vol. 123, no 884, pp. 367-394.
Le domaine de compétence du juge de l’exécution est bien fixé par le législateur. Il convient tout
de même de s’interroger sur le point de savoir si la notion d’exécution forcée a été épuisée au point
de conclure qu’elle renvoie définitivement à l’exécution des décisions de justice en général et les
voies d’exécution en particulier. La jurisprudence de la CCJA laisse penser que la Haute juridiction
communautaire aurait élargi le domaine de compétence du juge de l’article 49.
44
CCJA, arrêt no 006/2002 du 21 mars 2002, op. cit.
45
Une obligation est juridiquement définie comme tout devoir qui pèse sur une personne. C’est un « lien de droit par
lequel une ou plusieurs personnes (le ou les créanciers) peuvent exiger d’une ou d’autres (le ou les débiteurs),
l’exécution d’une prestation de faire, de ne pas faire ou de donner » (Rémy CABRILLAC : Droit des obligations, 3e éd.,
Dalloz, 1998, p. 1).
46
C’est l’application de la règle prévue par l’article 2092 du Code civil selon laquelle le patrimoine du débiteur est le
gage général sur lequel le créancier a un droit.
47
Jacques FLOUR, Jean-Luc AUBERT et al. : Droit civil, les obligations : Le rapport d’obligation, 4e éd., Sirey, 2006,
p. 103 et s.
13
A-F Tjouen, « Le législateur camerounais face à la question du juge du contentieux de l’exécution »,
Revue Penant, 2013, vol. 123, no 884, pp. 367-394.
débiteur48. Dans ce dernier cas, il pourrait exercer au moins trois types d’actions : l’action oblique,
l’action paulienne ou encore l’action directe.
L’action oblique permet au créancier d’exercer contre un tiers, les droits et actions non
exclusivement attachés à la personne de son débiteur négligent et insolvable (art. 1166 du Code
civil). Cette action a pour effet d’obliger le débiteur à rentrer dans ses droits envers un tiers. Pour
cela le créancier se substituera à lui dans l’exercice de ses actions.
L’action paulienne est celle par laquelle le créancier demande en justice la révocation des actes
d’appauvrissement accomplis en fraude de ses droits par son débiteur insolvable (art. 1167 du Code
civil). Tandis que l’action oblique protège le créancier contre la négligence de son débiteur, l’action
paulienne lui donne plutôt « un moyen de se protéger de sa fraude, la fraude consistant pour [le
débiteur] à diminuer son patrimoine et donc à affaiblir [son] gage. »49
Quant à l’action directe, elle est celle exercée par un créancier en son nom personnel, directement
contre le débiteur de son débiteur. Contrairement à l’action oblique qui a pour effet de faire entrer
les sommes dans le patrimoine du débiteur, lequel est le gage commun de tous ses créanciers,
l’action directe a pour effet de faire entrer ces sommes directement dans le patrimoine du seul
créancier poursuivant.
Si donc la notion d’exécution forcée doit être entendue au sens large comme semble le permettre
la CCJA, le juge de l’exécution devient-il aussi le juge des astreintes, des dommages-intérêts et des
autres actions précitées ? En un mot, devient-il un véritable juge du contentieux né de l’inexécution
des obligations contractuelles ?
En supposant que la réponse soit positive, le domaine de compétence du juge de l’exécution
serait alors élargi à la matière contractuelle. Mais cela emporterait quelques difficultés. D’une part,
et nous l’avons déjà souligné, l’organisation judiciaire interne de chaque Etat partie à l’OHADA
subirait un véritable bouleversement. D’autre part, il y aurait risque d’empiètement par le juge de
l’exécution sur la compétence du juge du litige principal statuant en matière contractuelle. C’est
justement pour éviter ce type de conflits que le juge des référés est normalement privé du pouvoir
de statuer sur les contestations sérieuses : après avoir examiné l’affaire à lui soumise, il renvoie les
parties « à mieux se pourvoir ainsi qu’elles aviseront. »
Finalement, deux hypothèses sont envisageables, chacune emportant des observations. Si les
analyses qui viennent d’être faites sont erronées, alors la CCJA devrait préciser sa pensée, à défaut
d’un texte communautaire qui clarifierait définitivement le sens des dispositions de l’article 49. Si
ces analyses sont plutôt pertinentes, la Haute Cour serait obligée d’admettre qu’elle a accordé plus
de pouvoirs qu’il n’en faudrait au juge du contentieux de l’exécution. Il lui serait donc demandé de
mieux réfléchir.
48
Rémy CABRILLAC, op. cit., p. 301 et s.
49
Jacques FLOUR et al., op. cit., p. 64.
14
A-F Tjouen, « Le législateur camerounais face à la question du juge du contentieux de l’exécution »,
Revue Penant, 2013, vol. 123, no 884, pp. 367-394.
Aux termes de l’article 3(1) de la loi de 2007 : « Le juge du contentieux de l’exécution des
décisions judiciaires nationales est le président de la juridiction dont émane la décision contestée,
statuant en matière d’urgence, ou le magistrat de sa juridiction qu’il délègue à cet effet ». Il ressort
de cette disposition que le législateur a multiplié les juges du contentieux de l’exécution à la
surprise générale52. Désormais le juge de l’exécution est non seulement le Président du TPI mais
aussi celui du TGI, de la Cour d’Appel et de la Cour Suprême. Cette nouvelle règle pose une
difficulté majeure lorsqu’elle est confrontée aux dispositions de l’article 49(2) AUPSRVE selon
lequel la décision rendue par le juge du contentieux de l’exécution est susceptible d’appel. Ce qui
signifie que ce juge ne peut être que le Président d’une juridiction du premier degré. Lorsque le
législateur national désigne aussi le Président de la Cour d’appel et celui de la Cour suprême, il se
pose la question de savoir s’il a tenu compte de l’article 49 AUPSRVE. La réponse est certainement
négative pour deux raisons dont l’une est tirée des règles de la procédure civile et l’autre de la
théorie du droit.
En procédure civile, lorsqu’une Cour d’appel ou son Président a rendu une décision
contradictoire, celle-ci ne peut être attaquée que par la voie du pourvoi en cassation. Lorsqu’il s’agit
de la Cour suprême, sa décision acquiert force de chose jugée, donc est irrévocable. Ni l’une ni
l’autre décisions ne peuvent donc être attaquées par la voie de l’appel tel qu’il est prévu à l’art 49(2)
AUPSRVE.
En théorie du droit, les dispositions de l’article 3(1) de la loi de 2007 obligent à s’interroger sur
la hiérarchie des normes et plus précisément sur la conventionalité des lois. L’article 10 du Traité
OHADA qui institue la supranationalité de ce droit communautaire, dispose que « les actes
uniformes sont directement applicables et obligatoires dans les Etats Parties, nonobstant toute
disposition contraire de droit interne, antérieure ou postérieure. » La question précise porte alors sur
la conformité de la loi de 2007 à l’article 49 AUPSRVE. Le texte de 2007 est une loi nationale
tandis que l’article 49 est une disposition qui relève du droit communautaire entendu comme un
ensemble de règles applicables de manière uniforme à une communauté d’Etats dans un espace
52
Cette solution est surprenante en ce sens que le problème ne semblait pas se poser au niveau de la surcharge
d’activités du Président du TPI. Le droit comparé enseigne d’ailleurs que cette question est malvenue puisque en France
par exemple, seul le Président du TGI est compétent en la matière (art. L.311-12 COJ) sans qu’on se plaigne dans ce
système d’une quelconque surcharge car, comme en droit camerounais, il peut déléguer ses fonctions à un ou plusieurs
juges de ce tribunal.
16
A-F Tjouen, « Le législateur camerounais face à la question du juge du contentieux de l’exécution »,
Revue Penant, 2013, vol. 123, no 884, pp. 367-394.
géographique déterminé53. Or, les actes uniformes qui constituent le droit communautaire OHADA,
ont une valeur supérieure aux lois nationales.
Si l’article 49(2) dudit Acte Uniforme a prévu l’appel comme voie de recours contre la décision
rendue par le juge54, cela veut dire que le législateur communautaire reconnaît indirectement le juge
du premier ressort comme exclusivement compétent en matière de contentieux de l’exécution. Mais
l’article 3 de la loi de 2007 ne va pas dans ce sens 55 si bien que ces dispositions devraient être
déclarées anti conventionnelles. Cela s’explique non seulement par les dispositions de l’article 10
du Traité OHADA56, mais surtout parce que juridiquement, les textes dérivés des conventions
internationales ou régionales ont la même valeur que ces conventions 57. Si donc les dispositions de
l’article 3(1) sont anti-conventionnelles sur ce point, quelles conséquences doit-on en tirer ?
Autrement dit, quel est le juge compétent à statuer sur cette question ? Certes la Constitution de la
République camerounaise désigne le Conseil constitutionnel pour veiller à la constitutionnalité des
lois par un contrôle a priori (art. 47 de la Const.), mais il y a un vide législatif sur la question de la
conventionalité des lois. Comme l’a souligné la doctrine 58 appuyée par la jurisprudence59, il faudrait
dans ce cas adopter mutatis mutandis la position française selon laquelle c’est le juge judiciaire qui
y veille par un contrôle a posteriori par voie d’exception. Cette position louable est depuis peu
confirmée par la Cour suprême60.
53
Jacques MEGRET : La spécificité du droit communautaire, RIDC, no 3, juillet-septembre 1967, pp. 565-577.
54
Rappelons qu’aux termes de l’article 49 AUPSRVE : « La juridiction compétente pour statuer sur tout litige ou toute
demande relative à une mesure d’exécution forcée ou à une saisie conservatoire est le président de la juridiction
statuant en matière d’urgence ou le magistrat délégué par lui.
Sa décision est susceptible d’appel dans un délai de quinze jours à compter de son prononcé. »
55
En rappel, l’article 3 dispose que : « (1) Le juge du contentieux de l’exécution des décisions judiciaires nationales est
le président de la juridiction dont émane la décision contestée, statuant en matière d’urgence, ou le magistrat de sa
juridiction qu’il délègue à cet effet.
(…)
(5) Lorsque le juge du contentieux de l’exécution est le président de la Cour d’appel ou le magistrat que celui-ci a
délégué à cet effet, sa décision est susceptible de pourvoi dans un délai de quinze (15) jours à compter de son prononcé.
(…)
(6) Lorsque le juge du contentieux de l’exécution est le premier président de la Cour suprême ou le magistrat qu’il a
délégué à cet effet, sa décision est insusceptible de recours. »
56
Aux termes de l’article 10 du Traité OHADA : « Les actes uniformes sont directement applicables et obligatoires
dans les Etats parties, nonobstant toute disposition contraire de droit interne, antérieure ou postérieure. »
57
Jacques GHESTIN et Gilles GOUBEAUX : Traité de droit civil, Introduction générale, 2e éd., LGDJ, 1983, pp. 239
et s.
58
Adolph MINKOA SHE, Droit de l’homme et droit pénal au Cameroun, Paris, Economica, coll. « la vie du droit en
Afrique », 1999, no 190 ; Dominique ZAMBO ZAMBO, Le législateur camerounais et la hiérarchie des normes, RASJ,
vol. 8, no 2, 2011, p. 78.
59
TPI de Ngaoundéré, jugement correctionnel no 404 du 12 mai 2003, aff. Ministère public contre MOHAMADOU Sani,
ZAINABOU, BALLA SEIDOU ; TGI du Mfoundi, jugement civil no 224 du 17 janvier 2007, aff. Dame NJOMOU contre
ZEBAZE Jules ; CA du Centre, arrêt du 17 octobre 2007, aff. Dame YONKEU Christine contre LIMAN SAIBOU et
MAMOUDOU SAIBOU in Yvonne Léopoldine AKOA (Magistrate, Juge au TPI de Yaoundé, Centre administratif) : La
mise en œuvre de la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF),
première partie, Miroir du Droit, no 002, juil.-août-sept. 2009, pp. 49 et s.
60
CS, arrêt no 21/civ du 15 juillet 2010, aff. Michel Zouhair Fadoul c/ Omaïs Kassim, inédit.
17
A-F Tjouen, « Le législateur camerounais face à la question du juge du contentieux de l’exécution »,
Revue Penant, 2013, vol. 123, no 884, pp. 367-394.
Dans son domaine de compétence, le législateur camerounais n’a pu abroger que les règles
relatives aux juridictions de droit interne. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir qui est le
juge du contentieux de l’exécution des décisions de la CCJA ? L’interrogation est pertinente car
l’article 3(1) de la loi de 2007 est clair : le juge de l’exécution est le Président de la juridiction qui a
rendu la décision. Cela veut dire qu’a priori le Président de la CCJA62 serait juge de l’exécution des
décisions de cette Haute juridiction. Il existe cependant une règle juridique selon laquelle aucune loi
nationale (en dehors de la Constitution) ne peut abroger la loi communautaire OHADA. Cette règle
a d’ailleurs été expressément reprise à l’article 10 précité du Traité.
La CCJA est la juridiction suprême créée par le Traité OHADA, texte supranational. Ce qui
signifie qu’aucun juge de l’exécution camerounais n’est directement visé par la nouvelle législation
nationale comme étant compétent à statuer sur les décisions de la CCJA. L’on aurait pu se référer à
l’article 49 AUPSRVE qui désigne le Président de la juridiction statuant en matière d’urgence ou le
magistrat délégué par lui, c’est-à-dire, selon la CCJA, le Président du TPI statuant en matière de
référé. Mais la question de l’identification du juge de l’article 49 réapparaît à cause du fait que le
juge des référés, compétent en matière d’exécution des décisions en vertu des article 182 et suivants
du Code de procédure civile et commerciale, a été dépossédé de cette compétence au profit d’une
multitude de juges nationaux différents qui ne statuent pas en référé mais toujours en matière
d’urgence (article 3(1) de la loi de 2007). Lequel de ces nouveaux juges sera alors saisi en cas de
contentieux de l’exécution des décisions de la CCJA sachant que l’article 49 s’applique à toutes les
difficultés d’exécution des décisions de justice y compris celle de la Haute juridiction
communautaire ?
La réforme contient une lacune importante du fait qu’il existe désormais deux catégories de
juges du contentieux de l’exécution au Cameroun : d’une part le juge des référés qui demeure le
61
Il y a pluralisme juridique dès lors qu’il existe au sein d’un même système juridique non seulement plusieurs sources
de création du droit (pluralisme substantiel) mais aussi plusieurs juridictions compétentes à statuer sur le même litige
(pluralisme judiciaire). Résistant au temps, il est consubstantiel au droit des pays de l’Afrique noire à cause de leur
double culture locale et occidentale depuis la colonisation. A ce pluralisme classique s’est ajouté un nouveau : celui qui
distingue le droit purement interne du droit communautaire.
62
La doctrine dans sa majorité semble ignorer la CCJA comme faisant partie de l’architecture judiciaire camerounaise.
Pourtant, bien qu’étant une juridiction communautaire, elle est bel et bien la juridiction suprême camerounaise
exclusivement compétente à statuer sur les affaires relevant du droit OHADA. La nuance est juste que sur le plan
territorial, sa compétence va au-delà du territoire national camerounais et s’étend sur toute la zone OHADA qui
comprend actuellement dix-sept Etats parties.
18
A-F Tjouen, « Le législateur camerounais face à la question du juge du contentieux de l’exécution »,
Revue Penant, 2013, vol. 123, no 884, pp. 367-394.
63
J. FOMETEU, note sous CCJA, arrêts n° 039 du 02 juin 2005 et n°012/2002 du 18 avril 2002, op.cit., p. 597.
19
A-F Tjouen, « Le législateur camerounais face à la question du juge du contentieux de l’exécution »,
Revue Penant, 2013, vol. 123, no 884, pp. 367-394.
est la juridiction suprême compétente en matière OHADA pour l’ensemble des Etats membres de
cette organisation qui en compte actuellement dix-sept. D’autre part, en supposant que le législateur
communautaire suive cette logique, il devrait le prévoir expressément. Une telle solution serait
cependant difficilement applicable à cause de l’éloignement actuel de la CCJA des lieux
d’exécution de ses décisions alors que lesdites exécutions sont le plus souvent urgentes. L’idéal
serait de délocaliser la CCJA64. Le problème pourrait alors être réglé si le législateur communautaire
créait des représentations locales de la CCJA dans chaque Etat partie 65. Parmi les difficultés que
connaît cette Cour66, cette solution serait le moindre mal, car elle permettrait entre autres de
désigner comme juge de l’exécution celui du lieu où la décision a été rendue : le Président de la
formation locale de la CCJA.
La multiplication des juges posant déjà des difficultés en Droit, il est peu envisageable et non
souhaitable que cette proposition soit retenue. La solution la plus appropriée serait de désigner le
Président du TPI comme étant le seul juge du contentieux de l’exécution. Mais encore faudrait-il
déterminer sa compétence territoriale. Aux termes de l’article 291 du Code de procédure civile et
commerciale : « Les contestations élevées sur l’exécution des jugements […] seront portées au
Tribunal de première instance du lieu où l’exécution se poursuivra. » Compte tenu de la multitude
de TPI existant sur l’ensemble du territoire national, la juridiction territorialement compétente est
logiquement celle située dans la ville où doit être exécutée la décision. S’il s’agit de Yaoundé, ces
difficultés devraient être réglées par le Président de l’un des tribunaux de première instance de cette
ville : Centre Administratif et Ekounou.
64
Le droit communautaire OHADA prévoit la possibilité d’audience foraine sans pour autant délocaliser la Haute Cour.
Aux termes de l’article 19 du Règlement de Procédure (RP) de la CCJA, le siège de la CCJA est fixé à Abidjan en Côte
d’Ivoire. Mais l’article précise que « La Cour peut toutefois, si elle le juge utile, se réunir en d’autres lieux, sur le
territoire d’un Etat partie, avec l’accord préalable de cet Etat qui ne peut en aucun cas être impliqué financièrement ».
65
A cause des nécessités économiques et des enjeux politiques, cela ne semble pas encore admis. L’éloignement de la
CCJA constitue pourtant un obstacle pour les justiciables les plus démunis qui ne peuvent s’y rendre facilement. Pour
plus de détails sur cette question, cf. A.-F. TJOUEN : Les rapports entre les juridictions suprêmes nationales et la
CCJA de l’OHADA, Thèse de Doctorat, Université de Paris II, Cujas, 2006.
66
Sur ce point, cf A.-F. TJOUEN : Les rapports entre les juridictions… op. cit., Ière partie.
67
R. NEMEDEU : Le juge camerounais du contentieux de l’exécution…, op.cit, p.93.
20
A-F Tjouen, « Le législateur camerounais face à la question du juge du contentieux de l’exécution »,
Revue Penant, 2013, vol. 123, no 884, pp. 367-394.
La première question qui se pose est d’ordre théorique. Il s’agit de désigner les juridictions dites
de droit traditionnel. S’agit-il uniquement des juridictions francophones (encore appelées
juridictions de l’ex-Cameroun Oriental) statuant en matière de droit local et mettant en jeu la
coutume des parties ou alors doit-on aussi y classer les juridictions anglophones (encore appelées
juridictions de l’ex-Cameroun occidental) ? A notre avis, toutes ces juridictions devraient être
concernées conformément aux articles 1 er de la Constitution, 2 et 3 de la loi de 2006 portant
organisation judiciaire. Aux termes de l’article 2 de la loi de 2006, « la justice est rendue sur le
territoire de la République au nom du peuple camerounais ». Cette République est, selon l’article
1(2) de la Constitution, « une et indivisible ». Ce qui veut dire que la justice doit être rendue par
toutes les juridictions aussi bien de l’ex-Cameroun oriental (y compris les juridictions de droit
traditionnel prévues à l’article 3 de la loi de 2006) que de l’ex-Cameroun occidental.
Aux termes de l’article 23(1) dudit Décret : « L’exécution forcée des jugements des juridictions
traditionnelles est poursuivie conformément aux textes applicables à l’exécution des décisions des
tribunaux de droit moderne ». Cette disposition combinée à l’article 3(1) de la loi de 2007 signifie
que le Président de la juridiction traditionnelle concernée a non seulement l’exclusivité de la
compétence en matière de contentieux de l’exécution de ces décisions, mais il doit aussi s’arrimer à
la procédure suivie devant les juges de droit écrit, c’est-à-dire les TPI et les TGI.
Des difficultés apparaissent cependant lorsqu’on analyse les dispositions de l’article 23(2) du
même Décret. D’après cet article, en cas de difficultés dans l’exécution des décisions des
juridictions de droit traditionnel, l’Huissier « en dresse procès-verbal et se rend devant le Président
du Tribunal de Première Instance qui statue par ordonnance de référé ». En réalité cette disposition
est abrogée et ne peut par conséquent plus s’appliquer pour deux raisons : d’une part, le respect de
la hiérarchie des normes étant de rigueur, un décret ne saurait avoir une valeur supérieure à une loi
ordinaire, ce d’autant plus que la loi abroge toutes les dispositions antérieures qui lui sont
contraires. D’autre part, l’article 23(2) ne peut plus s’appliquer depuis la réforme de 2006-2007
puisque qu’aux termes de l’article 15(2) de la nouvelle loi portant organisation judiciaire,
désormais, le Président du TPI en sa qualité de juge des référés, n’est plus compétent en matière
d’exécution des décisions. Certes le TPI est la juridiction de droit moderne que la pratique, inspirée
par l’article 22 du Décret de 1969 69, avait désignée pour pallier la carence des juridictions
68
Décret n° 69/DF/544 du 19 décembre 1969 portant organisation judiciaire et la procédure devant les juridictions
traditionnelles du Cameroun oriental. Il a été modifié en 1971.
69
Article 22 du Décret de 1969 : « Le jugement, une fois définitif, est revêtu de la formule exécutoire par le Greffier en
Chef du Tribunal de Première Instance du ressort, sur ordonnance du Président. ... »
21
A-F Tjouen, « Le législateur camerounais face à la question du juge du contentieux de l’exécution »,
Revue Penant, 2013, vol. 123, no 884, pp. 367-394.
traditionnelles sur l’ensemble du territoire national 70. C’est d’ailleurs pour cette raison que le
Président de cette juridiction, en sa qualité de juge des référés, a toujours été exclusivement
compétent pour statuer en matière de contentieux de l’exécution. Mais la réforme de 2006-2007 a
combattu et brisé cette tendance en distinguant clairement les compétences du Président du TPI en
matière de référé et de contentieux de l’exécution.
70
En fait, il existe au sein des Tribunaux de Première Instance une chambre coutumière statuant en matière de droit
local.
71
Dans le même sens, ANOUKAHA : La réforme de l’organisation judiciaire…, op. cit., p.53.
72
J. FOMETEU : Le juge de l’exécution au pluriel… op. cit., p. 103.
22
A-F Tjouen, « Le législateur camerounais face à la question du juge du contentieux de l’exécution »,
Revue Penant, 2013, vol. 123, no 884, pp. 367-394.
loi du 14 août 199273, c’est la chambre du contentieux de l’exécution de la Cour d’Appel qui est
devenue compétente pour statuer sur les difficultés rencontrées dans l’exécution des décisions (art.
4(5)).
La raison profonde de ce changement de compétence était de supprimer la "superpuissance"
constatée du Président de ladite Cour 74. Mais l’on observe que la chambre du contentieux des
décisions de la Cour d’appel maintenue par la loi de 2006 avait une double nature en matière de
contentieux de l’exécution. D’une part elle statuait, conformément à l’article 49(2) AUPSRVE, sur
les appels interjetés à l’encontre des ordonnances rendues en matière de contentieux de l’exécution
des décisions du TPI et du TGI. D’autre part elle devait connaître en premier ressort du contentieux
de l’exécution des décisions de la Cour d’appel.
La loi de 2006 est en partie mort-née puisque seulement quatre mois après, le législateur a
réattribué au Président de la Cour d’appel sa compétence perdue pour statuer sur le contentieux de
l’exécution des décisions de ladite Cour. Il n’y a cependant plus de raison de s’inquiéter de sa
superpuissance puisque sa décision est désormais susceptible de pourvoi (art. 3(5) de la loi de
2007). Ce changement est salutaire, parce que la doctrine a tôt fait de soulever les risques encourus
par l’attribution desdites compétences à la chambre du contentieux75.
Mais la crainte demeure (c’est la deuxième inquiétude) relativement à la nature juridique de la
Cour d’appel76. Comme l’a rappelé la doctrine, la nature juridique reconnue à la Cour d’appel
statuant en tant que juge du contentieux de l’exécution de ses propres décisions constituait
une violation du principe du double degré de juridiction de jugement 77. S’il est vrai que ce principe
n’est pas absolu et que des exceptions peuvent toujours être apportées 78, tel ne saurait cependant
être le cas lorsqu’une disposition supranationale, en l’occurrence l’article 49 AUPSRVE, reconnaît
ce droit au justiciable79. Heureusement que quelques mois plus tard, le législateur reconnaissait son
73
Loi no 92/008 du 14 août 1992 fixant certaines dispositions relatives à l’exécution des décisions de justice.
74
Alexandre-Dieudonné TJOUEN : L’exécution provisoire des décisions judiciaires en matière non répressive en droit
africain : l’exemple du Cameroun (Etude de droit comparé) RIDC no 1, 1987, p. 111.
75
Il faudrait plutôt mettre cette innovation à l’actif du rôle de la doctrine qui a tôt fait d’alerter sur les risques encourus
par l’attribution desdites compétences à la chambre du contentieux. Voir par exemple François ANOUKAHA : La
réforme de l’organisation judiciaire, op. cit.
76
La Cour d’appel est en principe considérée comme un second degré de juridiction. Cela veut dire que lorsque la
décision d’une juridiction du premier degré statuant en premier ressort a été frappée d’appel, la Cour d’appel peut à
nouveau être saisie de l’intégralité de l’affaire pour la juger en fait et en droit grâce à son pouvoir naturel d’évocation.
Lire dans ce sens : Jean VINCENT : Les dimensions nouvelles de l’appel en matière civile, D. 1973, chron., pp. 179 et
s. ; Françoise DUMAS (F.) : L’évolution de l’évocation en matière civile, Thèse de Doctorat en Droit, Rennes 1968.
77
En reconnaissant à cette Cour plutôt qu’à son Président, le pouvoir de statuer non seulement sur les appels des
décisions rendues en premier ressort, mais aussi sur le contentieux de l’exécution de ses propres décisions, l’article 22
de la loi de 2006 lui a reconnu une double nature : d’une part elle restait un double degré de juridiction lorsqu’elle était
saisie par la voie de l’appel, d’autre part elle devenait un premier degré de juridiction en cas de difficulté rencontrée
dans l’exécution de ses propres décisions.
78
Voir Loïc CADIET et Emmanuel JEULAND : Droit judiciaire privé, 4e éd., Paris, Litec 2004, no174 et s.; pp.101 et
s.
79
F. ANOUKAHA op. cit. p. 54.
23
A-F Tjouen, « Le législateur camerounais face à la question du juge du contentieux de l’exécution »,
Revue Penant, 2013, vol. 123, no 884, pp. 367-394.
erreur car, la loi spéciale80 du 19 avril 2007 rétablissait la règle du double degré de juridiction en
transférant la compétence de la chambre du contentieux de l’exécution de la Cour d’appel au
Président de ladite Cour en matière d’exécution de ses propres décisions. De plus, l’article 3(5) de
cette loi a prévu la possibilité d’exercer le pourvoi en cassation des décisions des Présidents de
Cours d’appel dans le délai de 15 jours à compter de leur prononcé.
La troisième inquiétude porte cependant sur l’effet des décisions rendues par le Premier
Président de la Cour suprême qui, aux termes de l’article 3(6) de la loi de 2007, sont insusceptibles
de recours. Autrement dit, elles acquièrent force de chose jugée dès leur prononcé. Cette solution
est « condamnable » pour la raison déjà évoquée de la violation de la règle du double degré de
juridiction81, mais aussi à cause du risque de superpuissance, anciennement reproché au Président de
la Cour d’appel, désormais ressuscité en faveur du Premier Président de la Cour suprême sans
aucune garantie pour le justiciable ; ce qui constitue un motif supplémentaire pour réformer la
législation actuelle.
80
Rappelons qu’en application du principe « specialia generalibus derogant », la loi spéciale de 2007 déroge à celle
générale de 2006.
81
R. NEMEDEU, Le juge camerounais du contentieux de l’exécution…, op. cit., p. 101.
82
J. FOMETEU, op. cit., p.100.
83
J. FOMETEU, op. cit., note 23 ; voir aussi S. MINOU : La juridiction prévue à l’article 49 …, op. cit, p. 67.
24
A-F Tjouen, « Le législateur camerounais face à la question du juge du contentieux de l’exécution »,
Revue Penant, 2013, vol. 123, no 884, pp. 367-394.
formulation étant moins problématique que la première. Ainsi selon M. Patrick LEVOA 84, l’article
49 devrait être reformulé de la manière suivante : « Le contentieux des saisies mobilières est de la
compétence du juge de l’exécution. Le juge de l’exécution est le président de la juridiction désignée
par chaque Etat partie ou le magistrat qu’il délègue à cet effet.»85 Suivant cette formule, les
incertitudes analysées plus haut sur la désignation de ce juge n’auraient plus de raison d’être. Mais
cette option a deux limites. D’une part l’aventure, apparemment simple, s’annonce périlleuse à
cause de la mobilisation difficile de l’ensemble des Etats membres pour engager un débat à l’issue
incertaine et qui de surcroît, n’intéresserait que le Cameroun. D’autre part, même si la loi
communautaire était ainsi modifiée, il faudrait encore réformer les lois internes camerounaises.
Les rapports entre les règles de droit communautaire OHADA et celles de droit interne n’ont pas
toujours été pacifiques à cause des difficultés d’interprétation nées dès l’entrée en vigueur des actes
uniformes86. Pour les résoudre, la doctrine insistait déjà sur « l’inutilité d’une réforme de
l’organisation judiciaire interne. »87 Ce relais que la doctrine a tendu au législateur comme presque
toujours au Cameroun, a été rejeté et la loi de 2007 a été votée.
Mais cette loi est si critiquée aujourd’hui qu’elle mérite d’être modifiée ou abrogée. Trois options
s’offriraient au législateur : revenir à l’ancien système, créer un nouveau juge de l’exécution dans
l’appareil judiciaire camerounais, ou enfin amender certaines dispositions de la loi de 2006.
Le législateur peut opter pour le retour à l’ancien système applicable sur le territoire national
avant l’entrée en vigueur de l’article 49 de l’acte uniforme et qui semblait ne pas poser de problème
de cette nature, c’est-à-dire l’application des dispositions des articles 182 à 185 du Code de
procédure civile et commerciale camerounais. Il s’agirait de reconnaître au Président du TPI, juge
des référés, le pouvoir de statuer par ordonnance sur tout le contentieux de l’exécution des décisions
de justice quelles qu’elles soient. Cette solution aurait l’avantage d’être en conformité avec la lettre
et l’esprit des dispositions de l’article 49(2) AUPSRVE car en prévoyant l’appel comme unique
voie de recours contre les décisions du juge de l’urgence comme en référé, le législateur OHADA a
sans doute voulu attribuer cette compétence à un juge du premier ressort.
Une autre solution serait de créer un nouveau juge de l’exécution distinct de tous ceux que le
droit camerounais a connus jusqu’ici. Compte tenu des nouvelles charges de plus en plus
importantes sur le plan administratif des Présidents des Tribunaux de première et grande instances
84
Patrick LEVOA : Les compétences juridictionnelles dans l'espace OHADA et l'espace CEMAC, Thèse de Doctorat,
Université de Yaoundé II, 2009, pp. 394-395.
85
Selon l’auteur, une telle formulation aurait l’avantage d’être conforme à l’interdiction faite à l’OHADA de
s’immiscer dans l’organisation judiciaire de ses Etats membres. Quant à la CCJA, il pense qu’elle devrait tirer toutes les
conséquences de l’imbroglio causé par l’actuelle formulation de l’article 49 en ne jugeant plus recevables les recours en
cassation formés devant elle pour incompétence.
86
Il s’est par exemple agi du conflit entre les dispositions des articles 49 AUPSRVE et ceux de l’article 291 du cpcc
camerounais. Cet article prévoit la compétence de principe du Tribunal du lieu où l’exécution se poursuivra et non la
compétence du Président de la juridiction.
87
MODI KOKO BEBEY (H. D.) : L’identification de la juridiction compétente de l’article 49 de l’acte uniforme
portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution, Séminaire international sur le
recouvrement des créances et les voies d’exécution, Douala, 5-6 octobre 2004, ohadata D-04-35, p. 5.
25
A-F Tjouen, « Le législateur camerounais face à la question du juge du contentieux de l’exécution »,
Revue Penant, 2013, vol. 123, no 884, pp. 367-394.
et des autres juridictions, il serait, semble-t-il, judicieux de les priver d’une charge aussi lourde que
celle du contentieux de l’exécution des décisions de justice. A l’instar du juge d’instruction par
exemple dont la mission est limitée dans son domaine de compétence, le juge de l’exécution ainsi
créé serait uniquement chargé du contentieux de l’exécution des décisions rendues par toutes les
juridictions, y comprises celles supérieures. Mais contrairement au juge d’instruction, il ne serait
rattaché à aucune juridiction comme c’est le cas à l’heure actuelle.
S’il est vrai que les présidents ci-dessus ont des attributions administratives et juridictionnelles
importantes, l’on ne saurait conclure à leur surcharge. Le contentieux de l’exécution des décisions
n’est pas une attribution de trop pour eux. L’idée de créer un juge à part, unique et autonome en
matière d’exécution des décisions de justice paraît donc être une solution inopportune d’autant plus
qu’elle risquerait de porter atteinte à la règle du double degré de juridiction déjà tant décriée pour
toutes les décisions rendues par les présidents de toutes les juridictions.
La meilleure solution serait de maintenir le Président du TPI comme seul juge du contentieux de
l’exécution au Cameroun sans que cette compétence soit confondue avec ses pouvoirs en matière de
référé, le cumul de fonctions devant donc être retenu 88. Il resterait alors à chaque justiciable
demandeur, de préciser la nature de la juridiction qu’il a décidé de saisir : Président du TPI, juge des
référés ou le Président du TPI, juge du contentieux de l’exécution.
Conclusion
L’on mesure la valeur d’une loi dans son application. C’est ainsi qu’en fin de compte, après les
analyses qui viennent d’être faites, l’on peut constater, à notre sens, que l’article 49 AUPSRVE ne
posait réellement pas de véritables problèmes pour nécessiter l’intervention au Cameroun des lois
de 2006 et 2007 instituant le juge du contentieux de l’exécution inexistant jusque là dans l’appareil
judiciaire camerounais. C’est au contraire le contenu et l’interprétation de ces lois qui restent
jusqu’à l’heure actuelle critiquables à cause des lacunes soulevées. Raison pour laquelle il serait
nécessaire de calmer les tensions des justiciables et des praticiens de droit au Cameroun, en invitant
le législateur de ce pays à modifier les lois de 2006 et 2007, avec l’aide des théoriciens et
spécialistes en la matière pour un retour aménagé, au système camerounais antérieur à l’avènement
pourtant appréciable et apprécié de l’OHADA.
88
Le législateur camerounais s’inspirerait alors d’expériences étrangères car dans le système juridique français par
exemple le Président du Tribunal de Grande Instance est à la fois juge des référés, juge des requêtes et juge de
l’exécution. Mais contrairement au droit camerounais, la répartition des compétences est assez lisible en droit français
grâce non seulement à la clarté des dispositions de la loi (Lire les articles 484 à 492 et 808 à 810 à propos des
ordonnances de référé, 493 à 498 à propos des ordonnances sur requête, L. 311-10 et suivants du Code français de
l’organisation judiciaire à propos du juge de l’exécution) mais aussi à l’œuvre de pédagogie de la doctrine (Lire par
exemple dans ce sens Gérard COUCHEZ : Procédure civile, 10e éd., Dalloz-Sirez, 1998, pp. 42 et s.).
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