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Panorama IAA

Le Panorama des industries agroalimentaires 2022 présente un état des lieux des entreprises françaises dans ce secteur, soulignant leur importance économique et leur diversité. Le document aborde les défis actuels, tels que la souveraineté alimentaire, la durabilité, et les impacts des crises récentes, tout en mettant en avant les efforts de coordination et d'adaptation des acteurs de la chaîne alimentaire. Il souligne également le rôle crucial des politiques publiques pour soutenir la compétitivité et l'innovation dans les industries agroalimentaires.

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Panorama IAA

Le Panorama des industries agroalimentaires 2022 présente un état des lieux des entreprises françaises dans ce secteur, soulignant leur importance économique et leur diversité. Le document aborde les défis actuels, tels que la souveraineté alimentaire, la durabilité, et les impacts des crises récentes, tout en mettant en avant les efforts de coordination et d'adaptation des acteurs de la chaîne alimentaire. Il souligne également le rôle crucial des politiques publiques pour soutenir la compétitivité et l'innovation dans les industries agroalimentaires.

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PANORAMA DES INDUSTRIES

AGROALIMENTAIRES

ÉDITION 2022
Élaboré tous les deux ans, le Panorama des industries agroalimentaires est le résultat d’un travail piloté par la direc-
tion générale de la performance économique et environnementale des entreprises (DGPE) en collaboration avec
le service de la statistique et de la prospective, la direction générale de l’enseignement et de la recherche, la direc-
tion générale de l’alimentation, la direction de la communication et les directions régionales de l’alimentation, de
l’agriculture et de la forêt du ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire.

Le Panorama fait le point sur la situation des entreprises françaises actives dans les domaines des industries ali-
mentaires et de la fabrication de boissons, respectivement divisions 10 et 11 de la nomenclature d’activité fran-
çaise (NAF rév. 2, 2008).

Il est consultable et téléchargeable sur internet à l’adresse suivante : http://agriculture.gouv.fr/Le-panorama-des-IAA


SOMMAIRE 1

PANORAMA DES IAA 2022


4
TOUR D'HORIZON
29
FACTEURS
65
L'ENVIRONNEMENT
87
ENJEUX ÉMERGENTS
DU SECTEUR DE COMPÉTITIVITÉ INTÉGRÉ AU SEIN ET DÉFIS DU SECTEUR
AGROALIMENTAIRE DES FILIÈRES AGROALIMENTAIRE
EN FRANCE
30 FRANÇAIS

Répartition de la valeur :
la loi EGalim 2 et les
enjeux pour la chaîne
88
Responsabilité
agroalimentaire sociétale
des entreprises

38 92
4
Dynamisme
Financements
et investissements Resilience
et indépendance
économique du secteur :
principaux faits
et données
42
Emploi, formation
du secteur
agroalimentaire

macroéconomiques et attactivité
des métiers 95
6
Dynamique récente 51 66
Le respect
La logistique
en temps de crise

du secteur et des
leaders français
La différenciation
des produits
de l'environnement
99
9
agroalimentaires
72 Contrôle, qualité
sanitaire et gestion

Échanges commerciaux 59 Climat et


biodiversité
du risque

15
S’organiser pour être
plus efficace :
la gouvernance du 79 107
Nutrition
Mutations et secteur agroalimentaire La bioéconomie et alimentation
perspectives du système
alimentaire français
82 114
17
Diversité des produits
Diminuer le plastique
et développer
l'économie circumaire
Technologies,
blockchain
et traçabilité
alimentaires en france

25 119
Recherche,
L’ancrage territorial développement
de l’agroalimentaire et innovation
français

27 130
ACCOMPAGNEMENT
Consommer durable : DES ENTREPRISES
Les projets alimentaires Dispositif d'aides
territoriaux
2
ÉDITO
DU MINISTRE DE L’AGRICULTURE
ET DE LA SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE

Notre pays fait face aujourd’hui aux conséquences en cascade de la


guerre en Ukraine, dont la manifestation la plus évidente est la forte
inflation sur un grand nombre de matières premières et les risques
de pénurie temporaires de certains produits. Plus encore que la crise
sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19, cette situation a remis au pre-
mier plan l’enjeu de la souveraineté alimentaire et de la réduction des
dépendances extra-européennes, alors que dans le même temps notre
potentiel de production agricole est remis en cause par l’accélération
des effets du changement climatique, provoquant une augmentation
de la fréquence et de l’intensité des aléas météorologiques. Elle a rap-
pelé en particulier le rôle crucial de l’accès à l’énergie pour pouvoir pro-
duire une alimentation de qualité et accessible à tous.

Ces crises aux répercussions internationales nous rappellent que l’alimentation est un bien com-
mun mondial, auquel chaque zone de production apporte une contribution qui, si petite parfois
puisse-t-elle être, constitue une brique essentielle. Les crises traversées nous invitent à bâtir des
systèmes agricoles et agroalimentaires agiles et capables, grâce à nos connaissances scientifiques
et savoir-faire technologiques, de s’adapter aux conséquences du changement climatique.

La période récente nous rappelle que derrière chaque produit alimentaire, des femmes et des
hommes s’appliquent, sans relâche, à nourrir leurs prochains. Ils ont également pris conscience
de la capacité de cette chaîne alimentaire à fournir des produits favorables à leur santé.

Le secteur agroalimentaire français a fait la démonstration de sa robustesse et de sa capacité


d’adaptation. Nous pouvons collectivement vous en remercier. Si, à aucun moment, les Françaises
et les Français n’ont eu à craindre de ruptures majeures d’approvisionnement, c’est que l’en-
semble des salariés, dirigeants d’entreprises, organisations professionnelles, services publics se
sont mobilisés sans compter, pour que la production et la distribution ne s’arrêtent pas malgré
une organisation du travail rendue plus compliquée. Un des facteurs essentiels de cette réussite
est l’efficacité de la coordination entre les maillons : la production agricole, la transformation
alimentaire, la distribution, mais également la logistique, dont le rôle est crucial.

C’est justement parce que ce secteur est fondamental que l’industrie agroalimentaire a fait l’ob-
jet de mesures fortes pour s’assurer de sa solidité à long terme. Tous les citoyens doivent avoir
accès à une alimentation de qualité quand les pouvoirs publics ont le devoir de garantir la souve-
raineté alimentaire de notre pays. C’est bien sûr ce à quoi s’emploie tout particulièrement notre
3

PANORAMA DES IAA 2022


industrie agroalimentaire avec un engagement de chaque instant. Le plan France 2030 annoncé
par le président de la République le 12 octobre 2021 comporte ainsi de nombreux dispositifs qui
permettront à ce secteur clé de notre économie d’investir pour consolider sa compétitivité et
s’adapter encore davantage aux attentes nouvelles de la société.

En tant que ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, j’ai la conviction qu’il est
indispensable d’aborder le secteur alimentaire dans sa globalité, depuis la production agricole
jusqu’au consommateur, dont il est lui-même, par les choix qu’il fait et les débouchés qu’il offre
à nos producteurs et nos entreprises, un acteur majeur. Les entreprises agroalimentaires sont des
maillons essentiels de la chaîne pour assurer un approvisionnement en produits sains, sûrs et
durables, répondant aux attentes des consommateurs et assurant des débouchés rémunérateurs
aux producteurs.

Aussi, j’ai le plaisir de vous présenter ce nouveau Panorama des IAA qui propose un tour d’horizon
de ce secteur, représenté par plus de 15 000 entreprises et employant 440 000 salariés, un secteur
d'une extraordinaire diversité qui compte des multinationales implantées dans le monde entier
tout en étant composé à 98 % de TPE/PME.

Les industries agroalimentaires sont des acteurs structurants de nos territoires. Grâce aux liens
étroits qui les lient aux agriculteurs elles sont omniprésentes, des zones rurales aux villes, bourgs
et villages. Dans leurs zones d’implantation, elles offrent des emplois d’une grande diversité, por-
teurs de sens pour tous niveaux de qualification. L’agroalimentaire, c’est l’industrie au bout du
champ, au cœur de nos campagnes.

En cette période de crise, le secteur de l'industrie agroalimentaire doit relever de très nombreux
défis : assurer une juste répartition de la valeur afin de sécuriser ses approvisionnements, relever
le défi de la décarbonation, reconquérir des parts de marché à l'export, répondre aux nouvelles
attentes des consommateurs, moderniser son potentiel industriel, intégrer la révolution numé-
rique, adapter ses compétences, renforcer l’attractivité de ses métiers, etc. Ce document pré-
sente l’ensemble de ces thématiques, les tendances récentes et le rôle des politiques publiques
pour capter les formidables opportunités de développement de ce secteur.

Mon ministère continuera à être aux côtés des professionnels de l'agroalimentaire pour soutenir
leurs démarches et les transformations nécessaires afin de répondre à l’ensemble de ces défis et
d’ouvrir de nouvelles opportunités de développement. J'ai confiance en notre capacité à réussir,
grâce à l'engagement de tous.

Marc Fesneau
Ministre de l'Agriculture
et de la Souveraineté alimentaire
TOUR D'HORIZON DU SECTEUR
4 AGROALIMENTAIRE FRANÇAIS

Dynamisme économique du secteur :


principaux faits et données
macroéconomiques
Les industries agroalimentaires (IAA) correspondent à IAA), devant celui de la viande et préparation à base de
l'ensemble des entreprises dont l'activité principale fait viande avec 36,2 milliards d’euros (soit 18 %), et celui de
partie des industries alimentaires et de la fabrication des la fabrication de boissons avec 32,3 Md€ (soit 16 %)2. La
boissons (divisions 10 et 11 de la Nomenclature d'acti- valeur ajoutée dégagée par l’ensemble des activités agri-
vités française - NAF rén. 2), à l'exclusion de l'artisanat coles et agroalimentaires représente 3,6 % du produit
commercial (boucherie, charcuteries, boulangeries et intérieur brut français. Les IAA ont dégagé en 2019 une
patisseries artisanales). Les industries agroalimentaires valeur ajoutée de 40 243 millions d’euros3.
utilisent 62 % de la production françaises issue de la
branche «agriculture-sylviculture-pêche» en 20191. Elles De plus, l’agroalimentaire français est le deuxième euro-
commercialisent leurs produits soit à d'autres indus- péen après l’Allemagne en termes de chiffre d’affaires.
tries agroalimentaires, soit à des circuits de distribution Les exploitations agricoles françaises produisent 18 % de
(grossistes, grandes et moyennes surfaces, commerces la production agricole de l’Union européenne à 27 pays,
de détail, restauration hors domicile), soit directement pour une valeur de 68 milliards d’euros en 2020. La
auprès des consommateurs. France, premier producteur agricole européen, se situe
parmi les cinq premiers pays pour les quantités de bois
En 2019, sur le périmètre des IAA strico sensu (donc hors récoltés et de sciages produits et se place en deuxième
commerce de gros de produits agroalimentaires et arti- position pour la production de produits de la pêche
sanat commercial), les 16 431 entreprises réalisent un et de l’aquaculture. Elle est leader européen de la pro-
chiffre d’affaires (hors taxe) de 197 538 millions d’euros. duction d’huîtres avec 85 % de la production totale. En
Elles emploient 436 547 équivalents temps plein (ETP). France, 125 milliards d’euros de produits agroalimen-
Ce sont en grande majorité des microentreprises (moins taires sont commercialisés en 2020. En 2019, la France
de 10 salariés) à 81 % ou des petites et moyennes entre- assurait 16 % de la production commercialisée totale de
prises (PME de 10 à 249 salariés) à 17 % soit 98 % de TPE- l’Union europénne.
PME. Cependant, les entreprises de taille intermédiaire
(de 250 à 5 000 salariés) et les grandes entreprises (plus Enfin, les entreprises agroalimentaires doivent faire face
de 5 000 salariés), au nombre de 315, réalisent 84 % du à plusieurs défis, qui seront détaillés dans les pages sui-
chiffre d’affaires et 92 % du chiffre d’affaires à l’expor- vantes :
tation. Les 23 plus grandes entreprises génèrent la plus > sociétaux (réduction du gaspillage, solidarité et
grande part du chiffre d’affaires (43 %), de la valeur ajou- éthique, responsabilité sociétale des entreprises, équi-
tée (40 %) et du chiffre d’affaires à l’exportation (54 %) libre nutritionnel, bien-être animal) ;
du secteur. > sociaux (plaisir, convivialité, facilité d’achat et d’utili-
sation) ;
Cinq régions (Bretagne, Auvergne-Rhône-Alpes, > environnementaux (durabilité et respect de l’environ-
Nouvelle-Aquitaine, Pays de la Loire, Île-de-France) nement, changement climatique, résilience) ;
regroupent 54 % ETP des établissements dont l’activité > sanitaires (santé, sécurité sanitaire) ;
principale relève des IAA (hors artisanat commercial) et > économiques (modernisation des outils industriels,
du commerce de gros agroalimentaire. prix des aliments, revenus des agriculteurs, rentabilité
des entreprises, parts de marché et compétitivité,
Des disparités existent également selon les productions : attractivité de l’emploi) ;
le secteur des produits laitiers est le premier contribu- > technologiques (conception de processus alimen-
teur au chiffre d’affaires de l’industrie agroalimentaire taires intégrés à une chaîne écoresponsable, qualité
française avec 41,3 milliards d’euros (soit 21 % du CA des et traçabilité, outils numériques).

1. INSEE (tableau des entr es sorties 2019)


2. Agreste, Graph’Agri 2021
3. Agreste, Graph’Agri 2021
CHIFFRES CLÉS DES ENTREPRISES AGROALIMENTAIRES EN 2019
Source : Insee - Esane, traitements SSP
5
Entreprises Chiffre
16 431 d'affaires HT 197 537

PANORAMA DES IAA 2022


(en millions d'euros)
38 468 14 644

22 927 155 502

Effectifs Valeur ajoutée


salariés (ETP) 436 725 (en millions d'euros) 40 241

145 602 6 849

185 846 16 300

Industries agroalimentaires* Artisanat commercial Commerce de gros de produits


agroalimentaires
* (y compris fabrication de boissons)
Champ : IAA, artisanat commercial et commerce de gros agroalimentaire, DOM inclus.
Dynamique récente du secteur
6 et des leaders français
En 2021, suivant la même dynamique que la moyenne prix (prix à la production des IAA + 2,1 % en 2021 après
des IAA dans les autres pays européens (zone euro), + 0,2 % en 2020). Le rythme est moins soutenu que dans
le chiffre d’affaires des IAA françaises s’accroît nette- l’ensemble de l’industrie manufacturière (+ 13,3 %) mais
ment (+ 7,8 % sur un an), après une diminution de 1,4 % les montants sont bien au-dessus de ceux des années
en 2020. Cette hausse est due à l’effet combiné de la d’avant la crise, contrairement à l’ensemble de l’indus-
hausse de la production en volume (+ 2,9 % en 2021 trie manufacturière.4
après une baisse de 1,6 % en 2020) et de la hausse des

LES LEADERS FRANCAIS DES IAA


Source : Insee - Indice brut de chiffre d'affaires (ICA), base 100 en 2015

135

125

115

105

95

85

75
Trimestre 1 Trimestre 2 Trimestre 3 Trimestre 4 Trimestre 1 Trimestre 2 Trimestre 3 Trimestre 4 Trimestre 1 Trimestre 2 Trimestre 3 Trimestre 4

2019 2020 2021

Produits de l'industrie manufacturière Boissons Produits des industries alimentaires

D’après les résultats de l’enquête annuelle réalisée par de Lactalis et Pernod-Ricard. Très internationalisés, ces
le groupe RIA sur un échantillon d’IAA composé de entreprises réalisent plus de 80 % de leurs activités hors
117 sociétés et groupes français de plus de 100 millions de France, et jusqu’à 94 % pour Pernod Ricard. 8 coo-
d’euros de chiffre d’affaires (CA)5, le CA de ces entre- pératives sont présentes dans le classement 2020 des
prises a reculé de 1,2 % en moyenne en 2020 alors qu’il 25 leaders français.
avait progressé de 2,4 % en 2019, de 0,3 % en 2018 et
3,4 % en 2017. Il a à nouveau augmenté en 2021. S’il ne fait pas partie de ce classement pour des raisons
méthodologiques, il est à noter que le groupe InVivo,
En 2020, comme depuis de nombreuses années, les réseau de 192 coopératives sociétaires, affiche un chiffre
trois groupes agroalimentaires français présentant les d’affaires de 5,1 Md€ en 2021. Il s’agit du 1er groupe coo-
plus importants chiffres d’affaires sont : Danone suivi pératif agricole français.

4. SSP - Conjoncture – Synthèses IAA - N°392, mai 2022


5. RIA n°837, octobre 2021, Champions français, le palmarès
CLASSEMENT DES 30 PREMIERS GROUPES FRANÇAIS EN 2021 SELON LE CHIFFRE D'AFFAIRES1
7
Groupe Danone 1 23 620
24 281
Groupe Lactalis 2 21 100
22 000

PANORAMA DES IAA 2022


Pernod Ricard 3 8 448
8 824
Groupe Avril 4 5 766
6 854
Groupe Agrial 5 5 957
6 218
Möet Hennessy 6 4 755
5 974
Savencia Fromages&Dairy 7 5 160
5 610
Tereos 8 4 317
5 086
Groupe LDC 9 4 428
5 069
Groupe Terrena 10 4 763
5 005
Groupe Bigard 11 4 586
4 700
Invivo 12 5 100
4 700
Groupe Sodiaal 13 4 835
4 668
Groupe Soufflet 14 4 935
4 617
Agromousquetaires 15 4 428
4 242
Nestlé en France 16 3 670
3 502
Groupe Roquette 17 3 500
Groupe Bel 18 3 456
3 379
Axéréal 19 3 027
3 128
Vivescia 20 3 200
3 110
Eureden 21 3 100
Groupe Bonduelle 22 2 279
2 892
Roullier 23 2 000
2 650
Cooperl Arc Atlantique 24 2 511
2 451
Groupe Even 25 2 127
2 274
Groupe Le Duff 26 2 200
Lesaffre 27 2 200
Andros 28 2 200
Coca-Cola European 2 064
Partners France 29

Unilever France 30 2 008


2 022

CA 2020 (M€) CA 2021 (M€)


6. RIA n°837, octobre 2021, Champions français, le palmarès
1. La revue de l’industrie agroalimentaire, septembre 2022, page 27.
CLASSEMENT DES IAA SELON LEUR CHIFFRE D’AFFAIRES RÉALISÉ EN FRANCE EN 20211
8
Groupe Lactalis 1 4 400
22 000

Groupe LDC 2 4 005


5 069

Groupe Bigard 3 3 854


4 700

Groupe Agrial 4 3 591


6 218

Agromousquetaires 5 3 546
4 242

Nestlé en France 6 3 502


3 502

Sodiaal 7 3 268
4 668
Coca-Cola European 8 2 064
Partners France 2 064

Groupe Terrena 9 2 057


5 005

Cooperl Arc Atlantique 10 2 037


2 451

Mars France 11 2 000


2 000

Groupe Danone 12 1 942


24 281

Savencia Fromages&Dairy 13 1 762


5 610

Mondelez France 14 1 690


1 707

JDE France 15 1 559


1 559

Andros 16 1 500
2 200

Ferrero France 17 1 359


1 430

Heineken Entreprise 18 1 227


1 227

PepsiCo France 19 1 167


1 283

Kermené 20 1 067
1 067

Groupe Even 21 959


2 274

Kronenbourg 22 830
830

Groupe Bel 23 811


3 379

Groupe LSDH 24 795


935
Suntory Beverage 25 771
& Food France 912

CA IAA France (M€) CA 2021 (M€)

1. La revue de l’industrie agroalimentaire, septembre 2022, page 26.


Échanges commerciaux
9
Le secteur agricole et agroalimentaire Forte augmentation des exportations
est le 3e poste d’excédent commercial agricoles et agroalimentaires françaises

PANORAMA DES IAA 2022


français en 2021

Le secteur agricole et agroalimentaire est l’un des sec- En 2021, la valeur des exportations françaises de pro-
teurs qui contribue le plus à la puissance exportatrice duits agricoles et agroalimentaires s’est nettement
française. Il est le 3e poste d’excédent commercial améliorée pour s’établir à 69,7 Md€, soit + 13 % par
de notre pays avec 8 Md€ en 2021, après les secteurs rapport à 2020 et + 9 % par rapport à 2019. La part des
Aéronautique et spatial (19,7 Md€) et Chimie, parfums, exportations françaises vers l’Union européenne (UE)
cosmétique (15,2 Md€). est de 54 %, en légère hausse par rapport à 2020.

En 2021, l’excédent commercial agricole et agroalimen- En 2021, la France reste le 6e pays exportateur de produits
taire français augmente de 31 % par rapport à 2020 agricoles et agroalimentaires mondial avec une part de
(6,1 Md€) et de 3,4 % par rapport à 2019 (7,7 Md€). La marché de 4,5 %, derrière les États-Unis (9,6 %), les Pays-Bas
nette amélioration du solde commercial, que ce soit (6,9 %), le Brésil (5,4 %), l’Allemagne (5 %) et la Chine (4,5 %).
avec l’Union européenne (+28 % par rapport à 2020) Les exportations de l’UE représentent 37,3 % des expor-
ou avec les pays tiers (+ 7 % par rapport à 2020), est en tations mondiales. Concernant les produits agroalimen-
grande partie imputable aux vins et spiritueux dont les taires, incluant les vins et spiritueux, la progression des
exportations ont repris en 2021, après une année 2020 exportations est de 18 % en 2021 pour atteindre 53,5 Md€.
particulièrement difficile pour ce secteur. Ces résultats placent la France au 4e rang mondial pour les
exportations de produits agroalimentaires.

Suivant la même dynamique que les exportations,


les importations françaises de produits agricoles et
agroalimentaires ont augmenté de 11 % par rapport à
2020 et de 10 % par rapport à 2019. Bien que largement
majoritaires, les importations d’origine européenne
(66 %) ont été moins dynamiques (+9 %) que celles en
provenance des pays tiers (+14 %).

PLAN DE RELANCE DU COMMERCE AGROALIMENTAIRE


FRANÇAIS À L'INTERNATIONAL

Pour faire face aux impacts de la crise sanitaire 2. Proposer une offre adaptée à la demande des
COVID-19 et accompagner la relance écono- clients et partenaires à l’international pour
mique, le Gouvernement français a lancé dès conforter voire reconquérir les marchés tradi-
octobre 2020 un plan de relance du commerce tionnels et saisir toute nouvelle opportunité ;
agroalimentaire français à l’international. Ce plan
s’appuie sur trois axes stratégiques : 3. Promouvoir l’offre française à l’international
sur les marchés stratégiques en lançant un dis-
1. Sécuriser les dispositifs d’exportation (logis- positif de communication globale porté par la
tique, certification Sécurité et de Protection nouvelle marque sectorielle « Taste France » et
de la Santé et assurance-crédit) pour consoli- en accompagnant la projection des entreprises
der les flux commerciaux à l’international ; agroalimentaires à l’international (en particu-
lier les primo-exportateurs).
ÉVOLUTION DES IMPORTATIONS, EXPORTATIONS ET DU SOLDE DES ÉCHANGES AGROALIMENTAIRES(en Md€)
Source : Douanes

10 70
Exportations
Importations Soldes

65
14
60
13
55 12
50 11
45 10
40 9
35 8
30 7
6
25
5
20
4
15 3
10 2
5 1
0 0
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021

Exportations produits agricoles Importations produits agricoles Solde global


Solde (produits des IAA)
Exportations produits des IAA Importations produits des IAA Solde (produits agricoles)

ÉVOLUTION DES ÉCHANGES AVEC LES PAYS TIERS ET L'UNION EUROPÉENNE (en Md€)
Source : DGDDI (douanes)

En 2021, seuls les échanges de produits bruts avec les pays tiers se dégradent

14

12

10

-2

-4

-6
UE Pays tiers UE Pays tiers
PRODUITS BRUTS PRODUITS TRANSFORMÉS (HORS TABAC)

2019 2020 2021


ÉCHANGES PAR ZONES DE PRODUITS AGRICOLES ET ISSUS DES IAA (HORS TABAC) (en Md€)
Source : Douanes

45
11
40

PANORAMA DES IAA 2022


35

30

25

20

15

10

0
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021

Importations UE Exportations UE
Importations pays tiers Exportations pays tiers

LES PRINCIPAUX EXCÉDENTS ET DÉFICITS DE LA FRANCE (en Md€)


Source : Douanes

4,5

4,0

3,5

3,0

2,5

2,0

1,5

1,0

0,5

-0,5

-1,0

-1,5

-2,0

-2,5

-3,0
Espagne

Pays-Bas

Brésil

Pologne

Côte-d'Ivoire

Norvège

Irlande

Maroc

Inde

Équateur

Luxembourg

Hong Kong

Italie

Singapour

Japon

Algérie

Allemagne

Royaume-Uni

Chine

États-Unis

Moyenne 2008-2010 Moyenne 2019-2021


Polarisation des excédents/déficits commerciaux autour de certaines filières8

12 Filières Rang de la France


parmi les pays
Exportations
en valeur en
Hausse des
exportations
Part de
marché
Hausse de la
part de marché
Solde
commercial
exportateurs 2021 en valeur par mondiale mondiale par en 2021
mondiaux rapport à 2020 en 2021 rapport à 2020

Vins et spiritueux 1er 17,3 Md€ + 25% 19 % + 1,6 point + 13,9 Md€

Céréales et
8e 7,6 Md€ + 6% 5,4 % - 0,9 point + 6,3 Md€
dérivés

Lait et produits
4e 7,6 Md€ +5% 8,7 % - 0,1 point + 3,4 Md€
laitiers

Animaux vivants
et génétique 1er 2,2 Md€ -2% 10,3 % - 0,4 point + 1,8 Md€
animale

Sucre 4e 1,4 Md€ + 41 % 5,3 % + 0,8 point + 0,9 Md€

Oléagineux
12e 2,7 Md€ + 39 % 1,3 % + 0,1 point - 1,2 Md€
et dérivés

Viande et produits
10e 4,9 Md€ + 16 % 2,9 % + 0,1 point - 1,5 Md€
carnés

Produits d'épicerie 8e 10 Md€ +8% 4,4 % - 0,1 point - 4,1 Md€

Produits de
la pêche et 21e 1,9 Md€ + 38 % 1,5 % + 0,3 point - 4,6 Md€
d'aquaculture

Fruits et légumes 13e 4,8 Md€ +1% 2,1 % - 0,1 point - 6,8 Md€

Vins et spiritueux9 Le chiffre d’affaires des exportations françaises est


en forte augmentation vers les pays tiers (+29 %), qui
S’établissant à 17,3 Md€ en 2021, les exportations fran- pèsent 72 % des exportations, en particulier vers les
çaises de vins et spiritueux ont augmenté de plus de États-Unis (PDM 24 %, évolution 2020-2021 +33 %), suite
25 % par rapport à 2020 et de 10 % par rapport à 2019. à la suspension des taxes additionnelles américaines.
La France reste ainsi le 1er pays exportateur mondial de Le Royaume-Uni représente le 2e marché des pays tiers
vins et spiritueux, avec une balance commerciale en (PDM 10 %, évolution +17 %) devant la Chine qui se place
forte augmentation (+30 %). Les exportations françaises en 3e position (PDM 8 %, +54 %).
de vins et spiritueux sont à leur plus haut niveau histo-
rique, après une année 2020 particulièrement difficile Les gains de chiffre d’affaires pour les exportations de
dûe à la crise sanitaire du COVID-19 et à l’instauration vins et spiritueux sont plus modérés vers les pays de l’UE
de taxes américaines sur les vins français fin 2019. (+18 %), avec un chiffre d’affaires de 4,8 Md€. Par rapport
à 2020, la France augmente ses parts de marché dans la
En valeur, la part de marché de la France est de 19 % en plupart des pays européens, notamment en Allemagne,
2021 (soit 2 points de plus qu’en 2020), contre 10 % pour en Belgique et aux Pays-Bas, ses trois premiers clients
l'Italie, son principal concurrent. Cette reprise concerne européens.
à la fois toutes les catégories de produits et les diffé-
rentes régions du monde. Les vins tranquilles d’appella- Produits laitiers
tion d'origine protégée (AOP) en bouteille, le Cognac et
le Champagne, davantage touchés par la crise sanitaire, La France est le 4e pays exportateur mondial de lait et
ont connu un rattrapage particulièrement fort en 2021 produits laitiers avec 8,7 % de part de marché. En 2021,
(85 % des gains). les exportations françaises ont atteint 7,6 Md€, en hausse
de 5 % par rapport à 2020 et de 5,6 % par rapport à 2019.

8. Source : Les performances à l’export des filières agricoles et agroalimentaires françaises : situation en 2021, FranceAgriMer, mai 2022
9. Le groupe « vins et spiritueux » est composé des vins, spiritueux, cidres/poirés, bières et boissons alcoolisées aromatisées.
Plus d’un tiers de cette augmentation est attribuable aux Viandes et produits carnés
envois de fromages et plus de 20 % aux matières grasses
ainsi qu’à la poudre de lait écrémé. En revanche, les
exportations ont été pénalisées par le lait liquide et les
La France est le 10e pays exportateur mondial de viande
et produits carnés. Avec 4,9 Md€, les exportations
13
poudres infantiles, ces dernières continuant de subir la progressent de 16 % par rapport à 2020, et ce malgré
baisse des demandes chinoise et algérienne. un contexte marqué par les épizooties d’influenza

PANORAMA DES IAA 2022


aviaire hautement pathogène (IAHP) et de peste por-
Les exportations françaises ont augmenté dans l’UE cine africaine (PPA).
principalement vers l’Allemagne (+ 4 %) et la Belgique
(+ 2 %) grâce aux exportations de poudre grasse et de Vers l’UE, les exportations françaises progressent de
beurre. Elles ont également augmenté vers la Chine 22 % par rapport à 2020. L’Allemagne en devient la
(+ 11 %), son principal débouché hors UE, grâce à la 1ère destination en 2021 (3e destination en 2020, expor-
hausse des exportations de lactosérum, de poudre de tations en hausse de 36 % sur un an). La Belgique,
lait écrémé et de poudre grasse. En revanche, les expor- 2e client de la France, est également une destination en
tations ont diminué vers le Royaume-Uni (- 7 %), son forte croissance (+ 25 %). Vers les pays tiers, les exporta-
2e marché au sein des pays tiers, pénalisés en particu- tions françaises augmentent de 5 % en 2021. La Chine
lier par les fromages et les matières grasses. reste de loin la 1ère destination, mais elle recule de 2 %
par rapport à 2020. 2e destination au sein des pays tiers,
Produits d’épicerie le Royaume-Uni recule de 8 % en 2021.

En 2021, la France a perdu une place au rang des pays En 2021, la France a importé l’équivalent de 6,4 Md€ de
exportateurs mondiaux des produits d’épicerie et se viandes et produits carnés, en hausse de 18 % par rap-
classe désormais 8e avec 10 Md€, soit 4,4 % des parts du port à 2020 et de 11 % par rapport à 2019. Ses impor-
marché mondial. La croissance du commerce mondial tations sont principalement constituées de viandes et
sur ces produits (+ 9 % entre 2021 et 2020) a moins béné- abats (4,7 Md€), de préparations et conserves de viande
ficié à la France (+ 8 %) qu’à certains de ses concurrents (0,7 Md€) et de saucisses et saucissons (0,3 Md€). La
(+ 14 % pour le Brésil et l’Espagne). Les exportations fran- balance commerciale de la France dans ce secteur est
çaises de ce secteur sont constituées à 24 % de produits ainsi de - 1,5 Md€.
de la boulangerie / pâtisserie (2,4 Md€), 14 % du café
(1,4 Md€), 13 % de chocolat (1,3 Md€) et 8 % à parts égales
pour les sodas et les eaux minérales (0,8 Md€). Structure des entreprises exportatrices
et de commerce de gros10
En 2021, la France a importé 14,1 Md€ de produits d’épi-
cerie, en hausse de 7 % par rapport à 2020 et 2019. Ses En 2019, 9 200 entreprises, soit 23 % de l’ensemble des
importations sont principalement constituées de café, entreprises des industries agroalimentaires hors artisa-
thé, maté et épices (3,1 Md€), de produits de la boulan- nat commercial (IAA) et du commerce de gros de pro-
gerie / pâtisserie (2,3 Md€) et de chocolat (2,1 Md€). La duits agroalimentaires, déclarent un chiffre d’affaires
balance commerciale de la France dans ce secteur est total à l’exportation de 73 Md€. Les IAA contribuent
ainsi de - 4,1 Md€. davantage aux exportations que le commerce de gros
de produits agroalimentaires (47 Md€ contre 26 Md€).
Au sein de l’UE, toutes les destinations sont en progres- Parmi les entreprises exportatrices, les grandes entre-
sion par rapport à 2020, et même par rapport à 2019. prises, qui représentent 0,3 % de l’ensemble des entre-
Les exportations françaises en produits d’épicerie aug- prises exportatrices, réalisent 42 % des exportations.
mentent vers ses deux principaux clients que sont la
Belgique (+ 8 % par rapport à 2020, soit 15 % de part de Le taux d’exportation11 des IAA est de 26 %. Si le taux
marché) et l’Allemagne (+ 6 %, soit 13 % de part de mar- d’exportation varie peu selon la taille d’entreprise, il dif-
ché). En revanche, elles diminuent fortement (- 13 %) vers fère en revanche selon les filières. Il est élevé dans le
son 3e client, le Royaume-Uni (1er client pays tiers) en rai- travail du grain (51 %), les boissons (37 %) et la fabrica-
son de la forte baisse des exportations de café (-  85 %), tion des huiles (32 %). Il est plus faible dans le secteur de
les autres produits principaux étant en nette augmenta- la boulangerie/pâtisserie industrielle (18 %), de la trans-
tion. La France consolide sa position vers les États-Unis, formation du poisson (13 %) et de la transformation de
son 2e client pays tiers, grâce à une croissance de 21 % la viande (12 %), des industries de produits périssables.
de ses exportations. Le taux d’exportation est de 22 % dans le commerce de
gros de produits agroalimentaires.

10. Agreste, GRAPH’AGRI 2021


11. Le taux d’exportation est calculé sur le champ des seules entreprises exportatrices. Il s’agit de la part de chiffre d’affaires réalisée par les entreprises
exportatrices à l’export
EXPORTATIONS ET IMPORTATIONS DE PRODUITS AGRICOLES ET AGROALIMENTAIRES
DE LA FRANCE DANS LE MONDE EN 2021 (en Md€)
Source : Douanes, traitements SSP

14 6,6 7

1,5
0,6
0,2
0,9
RUSSIE + EX-CEI
AMÉRIQUE 1,9
DU NORD 1,5 ASIE DU NORD

0,3 0,2
0,7
AFRIQUE PROCHE-ORIENT 0,1
DU NORD ASIE
1 1,9
0,6 0,6 DU SUD-OUEST
1,4
0
AMÉRIQUE 1,6 1,8
MOYEN-
CENTRALE ORIENT
ASIE
3 DU SUD-EST
AFRIQUE
SUB-SAHARIENNE

0,4
0,8 0,6 0,5
AMÉRIQUE 0,5
DU SUD OCÉANIE
AFRIQUE
AUSTRALE

Boissons
Produits agricoles
EXPORTATIONS
IMPORTATIONS

Produits des IAA


6,3
Exportations 46,1 Md€ 7,2
Importations 46,2 Md€ 4,4
Europe occidentale + PECO 5,9
7,5
6,8
5,3

3,8

PAYS-BAS

ALLEMAGNE

ROYAUME-UNI
BELGIQUE
1,1
0,6

IRLANDE

8,1
1,8
1,2

5,4 POLOGNE

5,8
5,2

ESPAGNE
0,9 0,6

PORTUGAL
ITALIE

Champ : produits agricoles et agroalimentaires, France


Mutations et perspectives
du système alimentaire français 15
Par Bruno Hérault et Julia Gassie,
Centre d’études et de prospective (CEP) du ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire

PANORAMA DES IAA 2022


Les activités concourant à l’alimentation quotidienne demande des ménages y contribuera plus efficacement
de la population française ne cessent de se transformer. encore : de plus en plus de mangeurs voudront accéder
Si nos régimes alimentaires, entreprises de transforma- à de plus en plus de recettes, saveurs et goûts, vécus
tion ou circuits d’approvisionnement ont des spécifici- comme de nouvelles découvertes des authenticités culi-
tés reconnaissables, héritées du passé, ils continueront naires du monde entier.
à évoluer dans les prochaines années. Anticiper ces évo-
lutions est une nécessité pour donner aux décideurs Loin d’entraîner une homogénéisation des régimes ali-
une capacité d’intervention sur les réalités du monde mentaires, cette globalisation s’accompagnera de réin-
de demain. terprétations et d’hybridations, les baies d’açaï ou les
algues prenant la suite du pamplemousse et du kebab.
Cette réflexion prospective doit être large et globale, Notre système alimentaire sera plus diversifié, com-
car le futur de l’alimentation résultera du croisement plexe, et l’exotisme gastronomique sera une source
de nombreuses variables, alimentaires ou non. Loin de d’activités et de profit.
la vision linéaire habituelle en termes de « filière », nous
raisonnerons ici sur le « système alimentaire », c’est- Cette mondialisation, même fluctuante, suscitera des
à-dire l’ensemble des organisations, des acteurs, des contre-tendances de promotion de l’autonomie natio-
règles, des valeurs et des comportements ayant une nale et de la proximité. Devant l’incertitude des ori-
finalité nourricière. Ce système n’est pas indépendant gines des produits, des procédés de fabrication et des
mais entièrement imbriqué dans le fonctionnement modes de distribution, certains consommateurs ver-
d’ensemble de la société : la consommation alimentaire ront les terroirs et l’Hexagone comme une authenticité
n’est qu’une facette des modes de vie. protectrice. Localisme et souverainisme concerneront
certaines denrées, à certains moments de l’année, mais
Plutôt que de proposer des scénarios contrastés, nous pas l’ensemble de nos régimes alimentaires, la diversité
présenterons quatre familles de tendances actuelles quotidienne continuant à reposer sur les productions
ayant de fortes probabilités de se prolonger dans les intra-nationales et les importations.
10-15 prochaines années.

Une alimentation privilégiant la santé,


Une alimentation recherchant le bien-être, la naturalité
authenticité, diversité et qualité
La société de demain sera de plus en plus celle de la
Au plus fort de la pandémie de COVID-19, l’engouement performance individuelle, de l’esthétique du corps,
pour les productions locales a été exagéré, en particu- de la lutte contre les conséquences du vieillissement.
lier par les médias, alors même que la crise limitait la Cette tendance se traduira par un affaiblissement des
présence des produits de proximité dans les rayons prescriptions alimentaires religieuses, régionales ou
(comme les fromages). Aujourd’hui, les différents cir- familiales, par une moindre recherche de commensalité
cuits d’approvisionnement ont retrouvé leurs niveaux et par l’essor de tout ce qui est « bon pour la santé » :
et tendances d’avant-crise. Demain, il y aura donc tou- les mangeurs auront une relation thérapeutique à leur
jours un fort décalage entre l’attrait exprimé pour les assiette et jugeront son contenu au regard de l’opposi-
circuits de proximité et la réalité des comportements tion sain/pathologique, « manger bien » devenant une
d’achat. façon de « se soigner ». Se développera la promotion
d’une alimentation enrichie, à fonction nutritive ciblée,
Après l’usure du multilatéralisme et le développement selon une vision plus chimique que gastronomique.
des échanges Sud-Sud, la guerre en Ukraine ouvre une
nouvelle période géostratégique et remet la sécurité ali- L’éloignement avec le monde agricole renforcera la
mentaire au coeur des relations internationales. Qu’elle méconnaissance des modes de production et de la
ait accéléré ou ralenti, la mondialisation agricole et ali- filière alimentaire. La désagricolisation de l’alimenta-
mentaire restera néanmoins toujours une réalité, portée tion sera plus poussée, les produits strictement agri-
par l’internationalisation de la science agronomique, coles moins présents, remplacés par des plats préparés
des contrôles sanitaires, des réseaux de distribution, du et une cuisine d’assemblage, juste-à-temps, adaptée aux
tourisme culinaire, du commerce de commodités, etc. La styles de vie.
Cette distanciation s’accompagnera de nouvelles figures personnes vivant seules. Il faudra toujours plus de ser-
de la naturalité alimentaire. Alors même qu’elle peut vices alimentaires dédiés, de sur-mesure pour « pouvoir

16 être dangereuse, la vision d’une nature sage et nourricère


s’affirmera. S’amplifieront aussi la recherche d’aliments
tout manger, partout et tout de suite ». Ces acheteurs
exigeants et autocentrés resteront néanmoins éloignés
« sans » et l’attente d’une « purification » des processus de la figure idéalisée du « consomm'acteur », mangeant
de production, le « principe de précaution » étant de moins mais mieux, selon une frugalité raisonnée.
plus en plus compris comme un principe de suppression.
Enfin, les préoccupations de santé et d’animalité favori-
seront la baisse de la consommation de viandes, le fort Une alimentation composant
développement des substituts végétaux et les premières entre quête de sens, identité et risques
mises sur le marché de muscles de synthèse.
Dans les deux ou trois prochaines années se prolon-
Les vertus « santé » et « environnement »   des produits geront l’inflation et la volatilité des prix agricoles et
biologiques, premiers déterminants de l’achat, ne suf- alimentaires, suite à la pandémie de COVID-19 et à la
firont peut être plus à assurer le développement de guerre en Ukraine. Se multiplieront aussi les mesures de
la filière. L’excès d’offre actuel, qui entraîne une crise soutien des ménages et des filières, ainsi que les débats
inédite du secteur, pourrait se prolonger un an ou sur la répartition de la valeur et la rémunération « juste »
deux compte tenu de la forte attention portée par les des producteurs. Sur un plus long terme, la concurrence
consommateurs aux différentiels de prix, en période de exacerbée entre grands distributeurs devrait ramener
retour de l’inflation. Les produits biologiques risquent à des prix bas, surtout par comparaison avec d’autres
aussi de pâtir de la concurrence croissante d’autres secteurs.
signes de qualité et de la préférence marquée pour les
produits locaux. La « proximité » rassurera de plus en À l’inverse, la valeur sociale de l’alimentation augmen-
plus les consommateurs, leur donnera l’impression de tera, gagnant de plus en plus en dimension symbo-
maîtriser leurs approvisionnements, et de répondre aux lique et distinctive. Des communautés alimentaires se
impératifs de « souveraineté ». construiront autour d’identités, de régimes ou de styles
de vie spécifiques, avec l’appui des réseaux sociaux.
L’alimentation gagnera aussi et surtout en valeur cultu-
Une alimentation pratique, rapide relle, portée par la bonne résistance de la gastronomie,
et d’accompagnement des signes de qualité et de la nostalgie des goûts de l'en-
fance. Enfin, dans une société de plus en plus individua-
L'alimentation continuera à se banaliser et à perdre en lisée, sa valeur psychique croîtra, en tant que registre
importance par rapport à d'autres activités plus valori- d’expression des personnes. Les mangeurs voudront être
sées et considérées comme prioritaires : travail, loisirs, exemplaires, intériorisant une diversité de contraintes
déplacements, famille et amis. Manger sera de plus en (moins de gaspillage, d'emballages, de sucre, etc.).
plus un acte secondaire, intercalaire, qui passera « après
le reste ». L’alimentation sera de plus en plus vécue comme un
« risque », dans une « société du risque ». La méfiance
La praticité alimentaire sera donc recherchée. Après la envers les différentes composantes du système ali-
forte accélération donnée par la pandémie de COVID- mentaire augmentera encore, entretenue par la
19 l’e-alimentation (achats à distance, drives, livraisons demande infinie de « transparence », de contrôle et de
à domicile, dark kitchens), se multiplieront les sites, justification.
réseaux sociaux, applications et autres tiers de confiance
renforçant les goûts, facilitant les achats, aidant à cuisi-
ner. Cette digitalisation de masse permettra à chacun, CONCLUSION
en quelques clics, de défendre des causes (buycott) ou
de ruiner des réputations (boycott), sur la base d’exper- Les innovations quotidiennes des dizaines de millions
tises scientifiques ou de croyances peu fondées. de mangeurs font et feront changer, lentement mais
sûrement, le système alimentaire français. Ce der-
Le système alimentaire continuera aussi à accompagner nier évoluera aussi sous la pression de tendances et
l’accélération des temps sociaux et des rythmes de vie : contre-tendances plus structurelles, internes à notre
raccourcissement des repas, fractionnement des prises, pays : spécialisation des zones de culture, modification
prêt-à-manger, surgelés, pré-cuisinés. Il s’adaptera à des conditions pédoclimatiques, adaptation aux incita-
l’évolution des rapports à l’espace, à l’accélération des tions de la Politique agricole commune, stratégies des
moyens de transports, avec de nouveaux lieux d’achat entreprises agroalimentaires, etc. Il se transformera
et de consommation. enfin au gré du contexte international, des rapports de
force géostratégiques, des échanges commerciaux ou
Le nomadisme alimentaire des mangeurs sera renforcé des nouvelles routes logistiques. Dans tous les cas, la
par l’individualisation des styles de vie, la diminution de question alimentaire a été remise, pour de nombreuses
la taille des ménages et l’augmentation du nombre de années, sur le haut de la pile des priorités politiques.
Diversité des produits
alimentaires en france 17

PANORAMA DES IAA 2022


GRANDES CULTURES

Carte d’identité de la filière La boulangerie artisanale occupe 180 000 emplois et


réalise un chiffre d’affaires de 11 Md€, la boulangerie
• Les grandes cultures désignent un ensemble de pro- industrielle 40 000 emplois et 8 Md€, la pâtisserie-biscui-
ductions agricoles qui correspond à la quasi-totalité des terie-biscotterie industrielle 12 000 emplois et 3,5 Md€.
terres arables et occupe 55 % de la surface agricole utile La semoulerie-pasterie transforme 600 000 tonnes (t) de
(SAU) française avec 16 millions d’hectares (Mha). blé dur pour fabriquer 240 000 t de pâtes et 90 000 t de
• Les céréales, oléoprotéagineux, fourrages annuels, semoule à couscous et occupe 1 300 personnes dans une
prairies artificielles et betteraves à sucre sont les prin- douzaine de sites. La malterie fabrique 1,4 Mt de malt
cipales cultures. d’orge par an et la France est le premier pays exporta-
• Ces productions sont utilisées essentiellement sous teur mondial. 2 300 brasseries fabriquent annuellement
forme d’une très large gamme de produits transformés 15 millions d'hectolitres (Mhl) de bières. Plus de 4 Mt de
pour l’alimentation humaine ou l’alimentation animale blé et de maïs sont utilisés par l’amidonnerie-glutenne-
ainsi que pour certains usages industriels : du pain à rie qui fabrique une multitude de produits (sirops de
l’huile en passant par le sucre ou les pâtes, les aliments glucose, dextrose, fructose, maltodextrines, polyols,
du bétail ou les croquettes pour chien, les ingrédients caramels colorants et gluten) avec une très grande
texturants issus de l’amidon ou les bio-carburants. diversité de débouchés : industries alimentaires variées,
• Ces produits correspondent à un grand nombre de papeterie-cartonnerie, biochimie, industries pharma-
filières industrielles très diffèrentes. ceutiques et cosmétiques, matériaux de construction,
textiles et adhésifs. Enfin 1 Mt de blé et maïs sont trans-
Contenu formés en biocarburants.
• Les produits de la transformation des oléagineux et
• Les produits de la transformation des céréales. Avec protéagineux. Les oléagineux et les protéagineux consti-
13 Md€ les céréales constituent la première production tuent ensemble la deuxième sole12 des grandes cultures
agricole française en valeur. Près de la moitié de la pro- où dominent le colza et le tournesol. L’industrie de l’hui-
duction de céréales est exportée. La filière céréalière lerie-trituration utilise 5,7 Mt de graines oléagineuses
dans son ensemble occupe environ 460 000 emplois, dans une trentaine de sites en France, pour produire
dont 180 000 pour la production agricole, 30 000 pour 1,8 Mt d’huile de colza, 0,5 Mt d’huile de tournesol et
la collecte et le commerce des grains, 30 000 également 0,1 Mt d’huile de soja. La production de tourteaux issue
pour la première transformation (meunerie, amidonne- de cette trituration atteint 3,6 Mt, dont 2,4 Mt issues du
rie, fabrication d’aliments pour animaux, éthanolerie) et colza, 0,6 Mt du tournesol et 0,6 Mt du soja. Les importa-
250 000 pour la deuxième transformation (boulangerie, tions nettes de tourteaux sont importantes pour le soja
pâtisserie, biscuiterie, pasterie). avec 2,9 Mt, principalement du Brésil, et le tournesol
• L'alimentation animale est le premier débouché avec 0,9 Mt, principalement d’Ukraine. La production
national pour les céréales, avec près de 10 millions française de biodiesel atteint 2,2 Mt, dont les 3/4 pro-
de tonnes (Mt) sous forme d'aliments transformés et viennent de matières premières importées.
6 Mt autoconsommées dans les exploitations agricoles, • Sucre. La France est le 1er pays producteur européen
principalement maïs et orge. L’industrie de la nutri- de sucre (environ 5 Mt/an), le 2e producteur mondial de
tion animale représente environ 200 entreprises, 300 sucre de betterave et 9e pays producteur mondial de
usines et 15 000 emplois répartit sur tout le territoire. sucre. La filière est constituée d’environ 23 700 plan-
Elle produit plus de 20 Mt pour un chiffre d’affaires de teurs de betteraves et 5 groupes sucriers qui disposent
6,5 Mds€. de 21 sucreries réparties dans le nord de la France.
• Les céréales utilisées pour l'alimentation humaine Cinq sucreries dans les DROM produisent également
représentent 6 Mt, principalement de blé tendre. La du sucre (environ 0,2 Mt/an) à partir de la canne appor-
meunerie est assurée par près de 400 moulins appar- tée par 6 000 planteurs. Plus d’un tiers de la production
tenant à 300 entreprises et produit 3,8 Mt de farine. française est exportée dans l’Union européenne (Italie,

10. Une sole correspond à une étendue de terre labourable destinée à une certaine culture pendant une période donnée de la rotation
Espagne, Allemagne). Sur le marché français, les débou- phytosanitaires néonicotinoïdes qui seront interdits en
chés sont les industries agroalimentaires (IAA) et la res- 2024 afin d’éviter une baisse des surfaces betteravières

18 tauration hors foyer (58 %), l’alcool et éthanol (19 %), l’in-
dustrie chimique et pharmaceutique (12 %) et le sucre
qui conduirait à des fermetures de sucreries. La filière
canne est confrontée à une dégradation de l’état sani-
de bouche (11 %). Une production de sucre biologique taire des parcelles du fait d’une forte pression liée aux
se développe depuis 2019 mais reste pour le moment adventices, qui rend nécessaire une lutte permanente
marginale (2 000 hectares, 0,5 % des surfaces). contre l’enherbement par les opérations culturales
• Le secteur dispose également de 12 distilleries produi- (épaillage, binage mécanique ou manuel), ou par l’usage
sant de l’alcool à partir de betteraves (43 %) et céréales d’herbicides.
(57 %) qui est destiné à la production de bioéthanol
(62 %) et d’alcool traditionnel (38 %). Les deux princi- Innovation et nouveaux projets
paux acteurs (80 % de la production) sont deux coo-
pératives : Tereos (1er fabricant français de sucre, 2e au • France Relance et Oléagineux. Le ministère de l’Agri-
niveau européen et présent au Brésil) et Cristal Union, culture et de la Souveraineté alimentaire a lancé en
présent en Italie et en Algérie. 2020 un Plan protéines qui a pour ambition de dou-
bler de 1 à 2 Mha les surfaces en légumineuses à graines
Actualités de la filière (soja, protéagineux, légumes secs) et fourragères
(prairies artificielles dont luzerne) à l’horizon 10 ans.
• Céréales et oléagineux. Le conflit en Ukraine a exa- Le développement de ces productions doit en effet
cerbé les tensions sur les marchés mondiaux des contribuer à réduire la dépendance de la France aux
céréales et des oléagineux, déjà haussiers en 2021. En importations de soja grains et tourteaux pour l'alimen-
plus des risques en matière de sécurité alimentaire pour tation animale, à diminuer les apports d'engrais azotés
de nombreux pays importateurs, la forte augmentation minéraux grâce à l'introduction de ces cultures dans
des prix impacte directement les industries de trans- les rotations et à augmenter la résilience des exploi-
formation utilisatrices de ces matières premières. Ces tations de grandes cultures par la diversification des
hausses sont partiellement répercutées sur les consom- assolements. C’est un enjeu essentiel pour l’atteinte de
mateurs, comme avec l’augmentation constatée sur le l’objectif assigné à l’agriculture dans la stratégie natio-
prix de la baguette, du paquet de pâtes ou de la bou- nale bas carbone.
teille d’huile. Mais certaines entreprises ont peu de Sucre. Le Gouvernement français a initié un Plan National
marges de manœuvre pour répercuter leurs hausses de de Recherche et d’Innovation (PNRI, 20 M€ dont 7 mil-
coûts sous peine de perdre en compétitivité par rap- lions d'euros de financements publics) pour accélérer
port à des produits ou des origines alternatives, comme l’identification d’alternatives efficaces aux néonicoti-
pour l’alimentation animale ou l’amidonnerie. noïdes d’ici 2024 afin d’assurer la pérennité de la filière.
• Sucre. Depuis la fin du régime des quotas sucriers
(2017) le secteur a traversé une crise économique Le saviez-vous ?
(chute des cours en 2018 et 2019) qui a provoqué une • Les 35 000 boulangeries artisanales françaises
restructuration du secteur européen avec la fermeture fabriquent chaque jour plus de 16 000 000 baguettes,
de 8 sucreries dont 4 en France en 2020. Mais depuis soit 6 000 000 000 baguettes par an.
2020 les cours mondiaux et européens du sucre se sont • La filière betterave – sucre produit, en plus du sucre,
nettement redressés. Dans l’UE ils dépassent à nouveau un biocarburant qui permet de lutter contre le réchauf-
depuis fin 2021 le niveau du prix de référence, pour la fement climatique. Le bioéthanol pur produit en
première fois depuis 2017. En revanche la campagne Europe permet de diminuer les émissions nettes de gaz
2020/21 a été parmi les plus mauvaises depuis 30 ans en à effet de serre (en équivalent CO2) de plus de 70 % en
raison du virus de la jaunisse. Le principal enjeu pour le moyenne en 2020 par rapport à l’essence fossile substi-
secteur consiste à trouver des alternatives aux produits tuée (ePURE).
FRUITS ET LÉGUMES

Carte d’identité de la filière de production de pommes, abricots, pêches, poires,


19
prunes mirabelles, reines-claudes et cassis pour l’ap-
• Filières comprenant les fruits, les légumes et les provisionnement des usines de transformation sur les

PANORAMA DES IAA 2022


pommes de terre. segments de marchés des compotes, confitures, fruits
• Il existe deux filières distinctes pour les fruits et surgelés, jus de fruits, liqueurs, alcools et autres utilisa-
légumes : le frais et le transformé. Ces filières com- tions (préparations de fruits…).
prennent divers métiers : des producteurs aux distribu- • Les acteurs des fruits et légumes pour le marché du
teurs et détaillants, en passant par les transformateurs, frais sont regroupés au sein d’une interprofession : l’in-
les expéditeurs, et les grossistes. terprofession des fruits et légumes frais (Interfel), à l’ex-
• Très consommatrices en main d’œuvre, les filières fruits ception des acteurs de la banane qui est suivie par l’As-
et légumes cherchent à gagner en compétitivité et en sociation Interprofessionnelle de la banane (AIB). Les
productivité. producteurs peuvent se regrouper en organisations de
producteurs (OP), qui leur permettent de bénéficier des
Contenu aides prévues dans le cadre de l’organisation commune
de marché pour les fruits et légumes (hors pomme
• En France, en 2020, la production de légumes frais de terre). Environ 300 OP sont dénombrées en France
sélève à 6 millions de tonnes, en baisse par rapport à représentant la moitié de la production nationale.
la moyenne 2015-2019 (- 3,4 %). La France est ainsi le • Les acteurs de la pomme de terre sont regroupés en
quatrième pays producteur européen après l’Italie, deux interprofessions :
l’Espagne et la Pologne. La production métropolitaine - le Comité national interprofessionnel de la pomme de
de fruits de table s'élève quant à elle à 2,2 millions de terre (CNIPT) pour la pomme de terre de consommation,
tonnes ce qui la place en cinquième position des pays - le Groupement interprofessionnel pour la valorisation
européens producteurs de fruits après l’Espagne, l’Ita- de la pomme de terre (GIPT) pour la pomme de terre
lie, la Grèce et la Pologne. Au stade de la production, le destinée à la transformation.
chiffre d’affaires de la filière fruits et légumes frais est
de plus de 6 Md€. Actualités de la filière
• Les volumes produits en fruits et légumes transfor-
més approvisionnent 144 unités de transformation. Ce • Les filières fruits et légumes ont beaucoup d’atouts qui
secteur représente environ 30 000 emplois directs équi- devraient leur permettre de développer la production
valent temps plein. Le chiffre d’affaires industriel est (impact positif pour la santé, moindre impact clima-
estimé à 2,9 Md€. tique) mais elles souffrent de la concurrence avec les
• En 2020, 192 000 hectares (ha) de pommes de terre importations avec des coûts de production plus élevés
ont été emblavés (hors plants : 24 000 ha) ; la produc- en France, notamment pour les productions non méca-
tion était de 7,018 millions de tonnes (89 % de pommes nisables du fait des coûts de main d’œuvre.
de terre de consommation et 11 % de fécule). La filière • Les filières fruits et légumes sont par ailleurs forte-
pomme de terre d’industrie, qui représente 3 millions de ment déstabilisées par les interdictions de molécules
tonnes, fonctionne avec 57 % des volumes de tubercules aux niveau européen et français. Du fait du nombre
produits en France ; 38 % de la production de tubercules important de productions et d’usages différents, les
est exportée (78 % en pommes de terre fraîche, 22 % en entreprises spécialisées dans la santé des plantes sont
produits transformés à base de pomme de terre). peu mobilisées pour investir et apporter des alterna-
• Les acteurs des fruits et légumes transformés sont tives s’adressant à peu de producteurs et finalement
regroupés au sein d’associations : peu rentables.
- l’association nationale interprofessionnelle des fruits • L’agriculture biologique est un important segment de
et légumes transformés (ANIFELT) qui regroupe six croissance et de valorisation pour la filière. Les fruits
filières spécifiques : la betterave rouge (ADIB), les et légumes sont une des premières filières bio avec
bigarreaux d’industrie, la pêche, la poire d’industrie, 17 % des volumes au stade détail. La production a for-
confits et en conserve (ANIBI), le champignon de tement progressé depuis 2017 avec une augmentation
couche (ANICC), le pruneau (BIP), la tomate d’indus- de plus de 15 % des surfaces. Elle représente actuelle-
trie (SONITO), 15 légumes verts en conserve et surge- ment environ 53 000 ha soit 14 % de la surface agricole
lés (UNILET) ; utilisée. Les fruits représentent 45 % des volumes contre
- l’association française interprofessionnelle des 55 % pour les légumes. Toutefois, la filière est inquiète
fruits et légumes à destinations multiples (AFIDEM), d’une stagnation récente voire d’un recul de la consom-
membre associé INTERFEL et qui recouvre les filières mation sur ce segment.
Innovation et nouveaux projets

20 La filière est lourdement impactée par la hausse des coûts


de production et l’augmentation importante récente des
coûts de l’énergie et particuliérement les serristes. Dans Le saviez-vous ?
ce contexte, des travaux sur la décarbonation des serres • 74% des tomates destinées à la consommation en frais
maraîchères ont été lancés avec les ministères concernés. de mars à novembre sont produites sous serres.

Pour plus d’informations veuillez consulter les fiches FranceAgriMer :


https://www.franceagrimer.fr/fam/content/download/63219/document/FICHE%20FILIERE%20FRUITS.pdf?version=1 https://
www.franceagrimer.fr/fam/content/download/63223/document/FICHE%20FILIERE%20LEGUMES.pdf?version=1
https://www.franceagrimer.fr/content/download/63218/document/FICHE%20FILIERE%20FRUITS%20ET%20LEGUMES%20
TRANSFORMES.pdf de la filiere.

LAITS ET PRODUITS LAITIERS

Carte d’identité de la filière 56 500 salariés dans 762 sites de transformation qui
appartiennent à plus de 500 sociétés. Ces entreprises
• La France est le 2e producteur européen de lait de ou groupes laitiers représentaient un chiffre d’affaires
vache derrière l’Allemagne et le 8e producteur mondial. de 39 milliards d’euros en 2020.
Elle compte environ 3,4 millions de vaches laitières et Les deux principaux débouchés des produits laitiers
moins de 50 000 exploitations laitières, produisant près transformés en France sont la vente de produits aux
de 24 milliards de litres de lait par an. Près de 900 000 ménages via la distribution et les exportations qui valo-
chèvres produisent également environ 640 millions de risent chacun près de 40 % du lait produit, et les indus-
litres de lait et 1,3 million de brebis produisent environ tries agroalimentaires et la restauration hors domicile.
330 millions de litres de lait. • Les groupes laitiers privés (Lactalis, Danone, Savencia,
• La production de lait de vache biologique est en plein Bel, Sill, Saint Denis de l’Hôtel) ou coopératifs (Sodiaal,
essor et représente 5,2 % de la production totale, la Agrial, Laïta, Isigny Sainte Mère, Ermitage, Maîtres
production sous indication géographique (AOP ou IGP) Laitiers du Cotentin, Ingrédia) côtoient une multitude
s’établit à 15 %. La France compte 51 appellations d'ori- d’entreprises laitières de tailles et de positions de mar-
gine protégée (AOP) laitières, dont 46 fromages AOP, ché très différentes. En effet, certains groupes sont
3 beurres AOP et 2 crèmes AOP, et 11 IGP (10 fromages devenus des multinationales avec une forte implanta-
et une crème). tion internationale (dans le top 25 mondial) et d’autres
• La France est le 4e exportateur mondial de lait et de sont de petites coopératives fromagères. Les dix princi-
produits laitiers, derrière la Nouvelle-Zélande, les Pays- paux groupes laitiers assurent désormais 80 % de la col-
Bas et l’Allemagne. Le solde français des échanges de lecte et de la transformation nationale.
produits laitiers est positif avec 3,4 milliards d’euros en • Les sites de transformation se situent sur une large
2021. Il s’agit du 3e poste de la balance commerciale agri- part du territoire, en lien avec les zones de production,
cole française derrière les vins-spiritueux et les céréales. et les produits fabriqués sont très divers pour répondre
à la demande tant en France qu’à l’export. La collecte
Contenu française est principalement transformée en fromages
pour près d’un tiers du lait, suivis des poudres de lait
• Plus de 55 % des élevages livrent leur lait à une coo- et du beurre valorisant chacun près de 1/5 du lait. Les
pérative et 45 % à des transformateurs non coopératifs. laits liquides conditionnés, la crème, et les ultra-frais
Près de 98 % de la collecte de lait de vache est trans- (yaourts, desserts lactés et fromages blancs) mobilisent
formée en France. La transformation laitière emploie au total un peu moins de 10 % du lait.

Pour plus d’informations veuillez consulter les fiches FranceAgriMer :


https://www.franceagrimer.fr/fam/content/download/68215/document/20220615_FICHE_FILIERE_LAIT_DE_
VACHE_2022.pdf?version=6
VIANDES ET APICULTURE
21
Carte d’identité de la filière • S’il est nécessaire de pouvoir valoriser les filières de
qualité et de favoriser les circuits de proximité plébis-

PANORAMA DES IAA 2022


• Les entreprises de l’aval de la filière viande sont avant cités par les consommateurs tout en limitant le temps
tout des abattoirs assurant aussi pour la plupart des de transport des animaux dans des zones à faible
activités de découpe et de transformation de la viande. densité, il est tout aussi fondamental de conserver des
La filière élevage et viande regroupe un large panorama outils industriels d’abattage et de transformation per-
de métiers : des éleveurs et éleveuses (bovins, ovins, formants et compétitifs afin d’être en capacité de
équins, veaux) aux bouchères et bouchers (boucherie valoriser les productions sur les marchés nationaux et
artisanale ou grande surface) en passant par les com- internationaux.
merçants en animaux, les responsables qualité et les • Plusieurs entreprises du secteur du miel, soucieuses
opérateurs en transformation des viandes. de l’authenticité des produits commercialisés, ont signé
• Les outils d'abattage constituent un maillon essentiel et appliquent une charte de déontologie afin de lut-
de la production alimentaire, une étape intermédiaire ter contre tout type de fraudes grâce à des contrôles
obligée pour les producteurs, un vecteur de la traçabilité stricts et systématiques précédant toute mise sur le
et de la sécurité alimentaire pour les consommateurs. marché. Par ailleurs, en vue d’améliorer l’information
• Les entreprises de l’aval de la filière apicole française des consommateurs, un décret relatif à l'étiquetage du
sont des conditionneurs de miels et des transforma- miel a été publié le 6 avril 2022. Ce décret prévoit une
teurs qui comprennent quelques entreprises agro-ali- obligation pour les conditionneurs d'indiquer le nom
mentaires (confiserie, biscuiterie, pâtisserie, plats cui- des pays d'origine pour les mélanges de miels condition-
sinés, compléments alimentaires et produits de santé) nés en France.
et autres entreprises non alimentaires (cosmétique,
beauté , hygiène). La gelée royale est essentiellement Innovation et nouveaux projets
importée et destinée à la transformation (compléments
alimentaires, cosmétique, hygiène). • Dans le cadre de France Relance (Plan de relance
économique de la France de 2020-2022), le plan de
Contenu13 modernisation des abattoirs visait à soutenir les inves-
tissements matériels ou immatériels dans les outils
• La production de viande et de produits à base de d’abattage sur le territoire national, notamment pour
viandes représente 21,2 % de la production totale des améliorer la protection animale et les conditions de tra-
Industries agroalimentaires (IAA) en 2021, soit une vail des opérateurs et des opératrices.
baisse de 1,4 % par rapport à 2020. Ce secteur représente • Au total, 180 dossiers ont pu être sélectionnés, soit
16,7 % des exportations françaises des IAA en 2021. un abattoir sur 5 en France, pour un montant de
• Ce secteur représentant, en 2019, 103 388 salariés 115 millions d’euros d’aides. Le succès de cette mesure
en équivalent temps plein (ETP) en France ainsi qu’un se manifeste par la diversité des projets qui ont pu être
chiffre d’affaires de plus de 31 millions d’euros (dont soutenus. Toutes les espèces sont concernées (44 abat-
9 millions à l’export). toirs en volaille, 78 en ovin, 78 en porcin, 90 en bovin),
• Sur les 55 000 tonnes de miel produit et importé, sachant que la moitié des abattoirs aidés sont multi-es-
31 000 tonnes sont destinées aux entreprises de condi- pèces. De plus, les investissements prévus contribuent
tionnement. Le volume destiné aux transformateurs notablement à l’amélioration de la protection animale,
et transformatrices (IAA) est estimé à 6 500 tonnes et avec notamment 59 projets incluant des dispositifs
2 500 tonnes aux autres industries non alimentaires. La de contrôle par vidéosurveillance, 90 prévoyant des
part des miels français étant très limitée sur ce circuit, formations complémentaires des opératrices et des
il s’agit essentiellement de miels d’importation. La gelée opérateurs et 170 portant sur au moins un investisse-
royale (183,5 tonnes, dont 180 importées) est quant ment concernant les bouveries, chemins d'amenée
elle destinée majoritairement à la transformation. ou dispositifs d'abattage. Ces projets contribueront
également à la création de 540 emplois et à la forma-
Actualités tion de plus de 1 800 employés. Les aides attribuées,
avec une moyenne de 625 000 euros, s’adressent à
• Les capacités et outils d’abattage sont complémen- des projets de toute dimension économique : 60 %
taires, diversifiés et adaptés aux besoins de la produc- des dossiers correspondent à des projets de dimen-
tion et de la consommation. sion petite à moyenne (moins de 500 000 €). Ce plan

13. Source Service de la statistique et de la prospective (SSP) et FranceAgriMer


de modernisation des abattoirs a également eu pour 20 décembre 2001 relative au miel. L’objectif de cette
rôle clé de soutenir les projets valorisant les produits révision est d’obtenir une plus grande transparence du

22 des filières de proximité, pour conforter les activités


d’élevage dans l’ensemble du territoire et l'alimenta-
marché et une harmonisation entre les pays, en impo-
sant dans tout l’espace de l’Union européenne, l’indica-
tion locale. tion de chaque pays d’origine sur l’ étiquette. Il s’agit
• La Commission européenne a initié une démarche d’une mesure très attendue par les conditionneurs
visant à réviser les normes de commercialisation, implantés en France qui seraient ainsi sur un même pied
incluant une révision de la Directive 2001/110/CE d’égalité avec leurs homologues européens.

Pour plus d’informations veuillez consulter les fiches FranceAgriMer :


https://www.franceagrimer.fr/fam/content/download/68211/document/FICHE%20FILIERE%20BOVINE%202022.
pdf?version=4
https://www.franceagrimer.fr/fam/content/download/68221/document/FICHE%20FILIERE%20OVINE%202022.
pdf?version=4
https://www.franceagrimer.fr/fam/content/download/68229/document/FICHE%20FILIERE%20PORCINE%202022.
pdf?version=4
https://www.franceagrimer.fr/fam/content/download/68231/document/FICHE%20FILIERE%20VOLAILLE%20DE%20
CHAIR%202022.pdf?version=5
https://www.franceagrimer.fr/fam/content/download/68224/document/FICHE%20FILIERE%20OEUF%202022.pdf?version=5
https://www.franceagrimer.fr/fam/content/download/68209/document/FICHE%20FILIERE%20APICULTURE%202022.
pdf?version=4

GÉNÉTIQUE ANIMALE

Le secteur de la génétique ani- historique entre le secteur privé et ruminants en 2020) et d’exportation
male se place en amont des filières la recherche publique (Institut natio- à l’étranger de la génétique française
d'élevage et met sur le marché des nal de recherche pour l'agriculture, (3,5 millions de doses vendues). Ces
animaux reproducteurs mâles ou l'alimentation et l'environnement). entreprises représentent un chiffre
femelles (y compris oeufs à cou- Dans le secteur des ruminants d’affaires de 375 millions d’euros en
ver, poussins d’un jour) et des pro- (bovins, ovins et caprins) et des por- 2020. Dans les autres cas, la diffu-
duits germinaux (sperme, ovocytes, cins, la sélection est pilotée par les sion se fait essentiellement par des
embryons) historiquement sélec- organismes ou entreprises de sélec- animaux reproducteurs vivants (tau-
tionnés sur des critères d’efficacité tion et la France compte 108 opéra- reaux, béliers et boucs).
économique (productivité, qua- teurs agréés pour conduire 229 pro-
lité des produits) mais qui s’ouvre grammes de sélection approuvés par Dans le secteur porcin, l’IA est éga-
désormais à de nouveaux critères les pouvoirs publics. lement majoritaire pour diffuser le
de sélection pour répondre aux progrès génétique par la voie mâle. La
attentes en matière de changement Le secteur de la génétique animale France compte une dizaine d’entre-
climatique ou de bien-être animal. (toutes espèces confondues) consti- prises de sélection sur son territoire
tue le 4e poste de la balance commer- dont des filiales de groupes internatio-
La filière génétique française s’il- ciale agricole française avec un solde naux. Les leaders français sont Axiom
lustre par une diversité d’espèces commercial qui s’est élevé en 2020 et Nucléus.
et de races sélectionnées : 49 races à un peu plus de 300 millions d’eu-
de vache, 58 races de moutons, 15 ros. Un oeuf sur cinq produit dans Dans le secteur avicole, les activités
races de chèvres, 53 races de che- le monde est issu d’une génétique de sélection sont très concentrées au
vaux et d’ânes, 12 races de porcs sélectionnée sur le territoire français. niveau international sur les grandes
et 26 lignées hybrides, 11 espèces filières viande et ponte. La France
de volailles, 17 espèces de pois- Dans le secteur des ruminants compte beaucoup d’entreprises
sons, mollusques et crustacés dont (bovins et ovins laitiers en particu- impliquées dans la sélection en lien
les qualités sont reconnues et per- lier), les entreprises de sélection avec la diversité des espèces et des
mettent de répondre tant à la et d’insémination artificielle (IA) races élevées. Toutefois, la plupart de
demande nationale qu’à l’export (Innoval, Gènes Diffusion, Umotest, ces entreprises sont intégrées dans
mais également par la maîtrise sani- Auriva Elevage, Origen) jouent un des groupes internationaux multi-fi-
taire des élevages en sélection et par rôle important de diffusion du pro- lières (Hubbard, Grimaud) et la péren-
un haut-niveau de recherche et déve- grès génétique dans les élevages nité de leur activité est indispensable
loppement grâce à un partenariat (7,5 millions d’IA réalisées sur des à la poursuite de ces filières.
PÊCHE ET AQUACULTURE

Carte d’identité de la filière partagés pour les 3/4 par la grande distribution, 5 % par
23
les poissonneries et marchés et 1/5e pour la restauration,
• La filière de la pêche et de l’aquaculture est une plutôt commerciale. Les produits surgelés sont quant

PANORAMA DES IAA 2022


filière historique et structurante de la façade maritime eux distribués à 30 % par la restauration et le reste par la
française. grande distribution.
• En 2020, la production française en produits de la mer
(pêches et élevés) représentait 652 257 tonnes en équi- Actualités de la filière
valent poids vif.
• Les activités principales des entreprises de transforma-
Contenu tion sont les produits de la mer salés, séchés, fumés ainsi
que les produits préparés ou conservés, puis viennent
• La flotte de pêche française compte 6 034 navires et les produits frais, congelés, entiers, avant les plats cui-
débarque 461 000 tonnes de produits de la mer. Cette sinés et bâtons de poissons. En 2018, on comptait 217
activité recouvre 13 120 emplois à temps plein. Elle se entreprises de transformation employant 14 767 per-
compose majoritairement des navires mesurant moins sonnes. Les établissements français de transformation
de 12 mètres et pratiquant la petite pêche14 et la pêche des produits aquatiques présentent la double particula-
côtière15. rité d’être fortement créateurs de valeur ajoutée, et de
• L’aquaculture regroupe 521 entreprises de piscicul- dépendre d’un approvisionnement largement importé.
ture (marine et continentale) et 2 307 entreprises de • En France, la balance commerciale des produits de la
conchyliculture, créant environ 10 685 emplois en équi- mer (frais et transformés) est déficitaire de 4,3 milliards
valents-temps-plein. En 2020, le secteur aquacole a pro- d’euros en valeur. Le total des importations représente
duit 191 257 tonnes dont principalement 80 789 tonnes 5,6 milliards d’euros en valeur : elles sont dominées par
d’huîtres, 61 219 tonnes de moules et environ 37 000 le saumon (1 311 millions d’euros), la crevette (765 M€)
tonnes de truites et salmonidés. et le thon (658 M€). La valeur des exportations s’élève
• 35 halles à marée et criées sont réparties sur tout le à 1,5 milliard d’euros. Les principales espèces exportées
littoral de la France métropolitaine, et commercialisent sont le thon (en conserves) et le saumon (fumé) essen-
environ 160 000 tonnes de produits pêchés par an. Elles tiellement vers l’Espagne et l’Italie.
constituent un réseau de première mise en marché des
produits frais de la pêche et font des mareyeuses et Le saviez-vous ?
mareyeurs un maillon clés de la filière. • Les Français sont classés comme les plus impor-
• Le nombre d'entreprises de la branche professionnelle tants consommateurs européens de produits de la
du mareyage s'élève à 480 et elles emploient 10 700 mer avec 33,3 kg par habitant et par an. Les espèces
salariés, principalement des PME et TPE (58 % comptent les plus consommées sont le cabillaud et le saumon,
moins de 11 salariés). et représentent les 2/3 des volumes de poissons frais
• La grande majorité des produits aquatiques est distri- consommés.
buée par la grande distribution. Les produits frais sont

Pour plus d’informations veuillez consulter les fiches FranceAgriMer :


https://www.franceagrimer.fr/fam/content/download/68225/document/FICHE%20FILIERE%20PECHE%20AQUA%202022.
pdf?version=4

VINS ET AUTRES BOISSONS ALCOOLISÉES

Contenu

• La filière vin est très structurée. Elle est d’une part représentent 98 % des coopératives viticoles, soit près
segmentée en signes d’identification de la qualité et de 600 caves ou unions de caves coopératives, pour
de l’origine (SIQO) avec 365 appellations d’origine pro- plus de 45 % des volumes vinifiés hors Cognac) et en
tégée/contrôle et 75 indications géographiques pro- caves particulières (les Vignerons indépendants de
tégées (IGP) représentant près de 93 % des volumes France représentent près de 7 000 adhérents répartis
commercialisés. Elle est d’autre part organisée en dans les 32 fédérations départementales et 10 fédéra-
coopératives (les Vignerons Coopérateurs de France tions régionales couvrant tout le territoire viticole).

14. Petite pêche : c’est une pêche pratiquée sur des petits navires inférieurs de 12 mètres et qui s’absentent du port 24h seulement et pêche dans la zone de 12 milles.
La pêcheuse et le pêcheur peuvent travailler seuls.
15. Pêche côtière : elle a lieu dans la zone des 12 miles. Les équipages sont généralement composés de 2 à 3 personnes. Les sorties en mer varient entre 1 et 4 jours.
• Les deux familles de la filière (producteurs et négo- cidre ») représentant 80 % de la production de cidre, et
ciants) s’organisent majoritairement autour de 24 inter- des producteurs indépendants, représentant 20 % de la

24 professions maillant l’ensemble des vignobles. La filière


compte par ailleurs 700 maisons de négoce (négociants).
production, dispersés entre artisans et productions fer-
mières (environ 600 cidriers), qui s’organisent autour deux
• La filière viticole représente près de 85 000 entreprises interprofessions, l’Union Nationale Interprofessionnelle
(exploitations, cave coopératives, négociants vinifi- Cidricole pour les fruits à cidre et les cidres non AOC
cateurs) pour un chiffre d’affaires total de 29 Md€ en et l’Interprofession Des Appellations Cidricoles pour les
2020, dont près de 12 Md€ au stade de la production et produits sous signe de qualité. 5 cidres et poirés AOC/
de 17 Md€ au stade de l’aval. AOP sont dénombrés ainsi que 2 cidres IGP, 2 eaux-de-
• S’agissant des spiritueux, plus de 200 entreprises vie de cidre et poiré IG, 2 eaux-de-vie de cidre AOC, 3
sont présentes en France, pour un chiffre d’affaires de AOC Calvados et 3 AOC Pommeau. La filière réalise un
9,1   Md€ et 53 indications géographiques de boissons chiffre d’affaires de 450 millions d’euros (en incluant
spiritueuses sont dénombrées. l’export de pommes) dont 225 millions d’euros pour le
• La France reste le premier pays exportateur de vin en cidre. La filière est fragilisée par la baisse de consom-
valeur et le deuxième en spiritueux. Les exportations de mation du cidre dont le marché domestique représente
vins et spiritueux ont atteint un chiffre record de 15,5 85 % des ventes, réparties entre grande distribution à
Mds d’euros en 2021 (+ 28 %). Le solde des échanges 60 % et consommation hors domicile à 40 %.
s'élève à 14,2 Md€ (+ 29 %), confirmant la place de
second excédent commercial après l’aéronautique. Actualités
• La filière distillation valorise les sous-produits viniques
(lies, marcs) qui à défaut seraient considérés comme • Aprés les difficultés liées à la crise sanitaire du COVID-19,
de simples déchets, lui permettant ainsi de s’inscrire aux taxes douanières américaines sur les vins européens et
au cœur de la bioéconomie. La filière distillation est au gel 2021, la guerre en Ukraine, à l’instar d’autres filières,
représentée par 75 distilleries enregistrées auprès de vient peser fortement sur les coûts liés aux prix de l’énergie
FranceAgriMer pour le traitement des marcs et des lies, et des matières sèches (verre et bouchons notamment).
dont 61 sont également certifiées et peuvent donc pré-
tendre aux aides financières europèennes. Les distilleries Innovation et nouveaux projets
sont membres de la Fédération Nationale des Distilleries
Coopératives Viticoles ou de l’Union Nationale des • L’ambition et la dynamique en matière de pratiques
Distilleries Viticoles pour un chiffre d’affaires de plus de culturales vertueuses sont importantes : au 1er juillet 2021,
220 millions (M) d’euros. Les débouchés des distilleries 14 721 exploitations viticoles étaient certifiées de Haute
sont diversifiés et concernent des secteurs d’activités Valeur Environnementale (77 % du total des exploitations
variés comme les usages énergétiques type carburant, certifiées). En 2020, 9 784 exploitations viticoles sont cer-
les usages industriels type gel hydro-alcoolique et les tifiées bio soit 79 752 hectares (+ 16 % par rapport à 2019),
usages alimentaires type alcool de bouche. et 57 691 hectares sont en cours de conversion (+ 31 %
• La filière brassicole se caractérise par une forte dyna- par rapport à 2019), l’ensemble représentant 17 % de la
mique d’installation (près d’une entreprise créée par superficie plantée en vigne en France. La filière cidricole
jour en 2020 et 2021) avec près de 2 300 brasseries dont a atteint son objectif de 30 % de surfaces en AB, soit un
plus de la moitié sont des micro-brasseries produisant triplement des surfaces bio depuis 2017.
moins de 1 000 hectolitres (hl) de bière, réparties dans • La filière viticole, en coordination avec le ministère
l'ensemble des régions, avec une forte spécialisation de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, met
des régions de l'Est et du Nord de la France. 70 % des progressivement en place des outils de régulation pour
bières consommées en France sont produites sur le ter- aider les producteurs à faire face et atténuer les effets
ritoire français. La filière représente 15 Md€ de chiffre des aléas climatiques sur l’offre ou les fluctuations de la
d’affaires de l’amont à l’aval, dont 4,1 Md€ pour la bras- demande sur les marchés. D’autre part et afin de faire
serie. L’interprofession du houblon a été reconnue en face à cet enjeu structurant pour l’avenir, elle s’est dotée
février 2021 et associe les producteurs de houblon, les d’une stratégie globale face au changement climatique.
négociants et les brasseurs.
• Quant à la filière cidricole française, les principales Le saviez-vous ?
entreprises cidricoles appartiennent au secteur coopé- • 5 millions de touristes étrangers visitent les entreprises
ratif. La filière est répartie entre deux Organisations de de vins et spiritueux en France pour un chiffre d’affaires
Producteurs (les coopératives « Les Celliers » et « Agrial lié dépassant les 5 Md€.

Pour plus d’informations veuillez consulter les fiches FranceAgriMer :


https://www.franceagrimer.fr/fam/content/download/68208/document/202201198_FICHE_FILIERE_VIN_2022.pdf?version=3
https://www.franceagrimer.fr/fam/content/download/68230/document/FICHE%20FILIERE%20SPIRITUEUX%202022.
pdf?version=4
L’ancrage territorial
de l’agroalimentaire français 25

PANORAMA DES IAA 2022


La crise sanitaire de 2020-2021, puis la crise due à la La mise en oeuvre du principe des avantages compara-
guerre russo-ukrainienne de 2022, ont remis en avant tifs a abouti au haut niveau de spécialisation des diffé-
l’importance de l’ancrage territorial des activités de rentes régions agricoles que nous connaissons, accom-
production agricole et alimentaire. Les termes de « relo- pagné d’une forte réduction de la diversité des espèces
calisation », « reterritorialisation » ont fait florès dans les cultivées et d’une augmentation sans précédent de la
médias et les discours politiques français. Cette tendance productivité. Au niveau des industries agroalimentaires,
préexistait déjà depuis plusieurs années et les sondages la même logique a prévalu, avec une recherche d’écono-
d’opinion montrent que les consommateurs sont de plus mie d’échelles et une homogénéisation des procédés,
en plus sensibles à l’origine locale des produits. En effet, qui a permis d’augmenter la production tout en garan-
une étude Opinion Way de 201816 indique que 82 % des tissant la stabilité des produits et leur sûreté sanitaire.
Français font confiance aux produits des petits produc-
teurs et 67 % aux produits origine française. Or, les crises internationales remettent régulièrement
au-devant de la scène les risques liés à cette forte spéciali-
Le terme d’ancrage territorial de l’alimentation fait sation et le fait que la France ne peut pas totalement s’af-
référence au fait que les consommateurs d’un territoire franchir de la nature « vivante » des produits alimentaires,
donné ont un lien privilégié avec les produits alimen- notamment de leur lien au territoire. L’approche dite
taires issus d’un territoire auquel ils s’identifient. Une « territoriale » du développement économique considère,
telle définition reste très générale et très floue, la notion contrairement au principe des avantages comparatifs,
de territoire d’origine de l’alimentation étant elle-même que le territoire est bien plus qu’un support, mais qu’il
nécessairement variable selon l’aliment considéré. Mais consiste en une « alchimie » entre la terre et ses habitants.
d’abord, cette recherche d’accroissement de l’origine
locale est-elle justifiée ? L’approche territoriale est à la base des signes de qualité
liés à l’origine géographique (AOP, IGP), fortement sou-
tenus historiquement par les pouvoirs publics français.
Est-il pertinent de renforcer l’ancrage Ces démarches, très répandues dans le secteur viticole,
territorial de l’alimentation ? ainsi qu’à un degré moindre dans les produits laitiers,
représentent cependant une part relativement faible
Dans l’enseignement classique de l’économie, ce qui a de la production dans les autres secteurs (voir l’article
trait à l’ancrage local des activités est souvent implici- « La différenciation des produits alimentaires »). Mais
tement considéré comme inefficace. En effet, l’analyse les signes de qualité liés à l’origine, qui tirent en général
économique considère la mobilisation de l’ensemble leur force de caractéristiques géographiques très spéci-
des ressources utiles à la production sans distinction de fiques, ne sont pas la seule démarche de valorisation du
localisation. Les caractéristiques des territoires n’appa- « facteur territorial ».
raissent qu’à travers le principe des avantages compara-
tifs de Ricardo. Selon la théorie des avantages compa- Une seconde caractéristique des approches territoriales
ratifs, peu importe si un pays a des avantages absolus et la recherche d’une valorisation des interactions entre
ou pas : il gagne à se spécialiser dans la production des les ressources locales. L’un des exemples les plus simples
biens pour lesquels son avantage comparatif est le plus est l’association locale entre agriculture et élevage, qui
élevé, c'est-à-dire dont les coûts relatifs sont les plus bas, profitent d’externalités positives réciproques entre fer-
et à acquérir les biens qu'il ne produit pas ou moins effi- tilisation et alimentation animale. Mais les possibilités
cacement. C’est le cas notamment avec l’exemple his- d’utilisation d’externalités positives sont multiples (opti-
torique de l’échange de vin et de laine entre le Portugal misation des rotations en grandes cultures, agroforeste-
et la Grande-Bretagne où chaque pays (ou région) se rie et valorisation des coproduits végétaux et animaux
spécialise dans la production pour laquelle son avan- des unités de transformation). Beaucoup restent encore
tage relatif est le plus élevé. Cet avantage est en géné- à inventer. Depuis le début des années 2010, avec la mon-
ral considéré comme résultant des dotations naturelles tée en puissance de l’enjeu de l’économie circulaire, les
(matières premières, conditions pédoclimatiques), et recherches sur l’écologie industrielle territoriale se mul-
plus récemment de son niveau technologique ou de la tiplient, et plusieurs territoires sont suivis de près par le
qualification de sa main d’œuvre. gouvernement français, à l’image de la Biovallée17 dans la

16. Opinion Way, Les Fran ais et l’alimentation : exigence et vigilance sur la composition et la qualit des produits, 2018, French Food Capital.
17. https://biovallee.net/nos-actions/#PIA
Drôme. Il s’agit de mieux connaître les conditions d’émer- de répondre à ce jour de manière totalement conclu-
gence et de développement d’interactions réciproque- sive. Concernant le développement des circuits courts,

26 ment avantageuses entre plusieurs types d’activités, de la


sphère agricole mais aussi d’autres secteurs (emballages,
qui est le marqueur le plus évident de la tendance à
la reterritorialisation, la statistique agricole publique
outils de production). a commencé à documenter précisément ce phéno-
mène à partir du recensement agricole de 2010. Le
L’une de ces conditions de succès est sans contexte recensement agricole de 2020 confirme la tendance
la capacité des acteurs locaux à se mobiliser collec- croissante : 23 % des agriculteurs sont engagés dans
tivement pour valoriser efficacement les ressources une démarche de circuits courts, soit 6 points de plus
spécifiques et leurs interrelations potentielles. Or, les qu’en 2021. Toutefois, la situation est très hétérogène
territoires diffèrent fortement dans leur efficacité col- selon les productions et les territoires avec des engage-
lective à mobiliser efficacement et durablement leurs ments territoriaux par exemple de 9 % pour les grandes
ressources, et l’intervention des pouvoirs publics est cultures à 74 % pour le maraîchage et de 9 % en Eure-et-
nécessaire pour favoriser l’éclosion des démarches ter- Loir à 92 % en Corse-du-Sud.
ritoriales là où elles peinent à émerger spontanément.
Ces résultats, confirment la limite de la « reterritoriali-
Ces constats expliquent que le terme d’ancrage local, sation » en ce qui concerne les grandes cultures, qui
ou de « territorialisation » de l’alimentation recouvre des forment la base de l’apport énergétique. Ils montrent
formes aussi diverses que les types de territoires. Les aussi le lien entre territorialisation et socialisation,
démarches d’alimentation territoriale, fortement encou- manifeste dans le cas de la vente directe de légumes.
ragées par les pouvoirs publics), continuent à connaître
un essor remarquable (voir l’article suivant « Consommer Même s’il n’existe pas aujourd’hui de changement radi-
durable : les Projets Alimentaires Territoriaux »). cal de paradigme remettant en cause les principes de
recherche d’économies d’échelle et d’industrialisation
Mais même si les leviers cités ci-dessus permettent de de la production alimentaire, il paraît néanmoins clair
développer des approches territoriales réellement com- que la prise en compte du « facteur territorial » comme
pétitives, il est essentiel de rappeler que les produits facteur de production continuera à croître, y compris
agricoles sont par nature soumis à nombre d’aléas. Le chez les grandes entreprises. Il semble que les modèles
commerce international reste donc un outil essentiel tendent vers une coexistence établie entre une logique
pour garantir une sécurité alimentaire globale, comme territoriale (basée sur les complémentarités locales faci-
la crise ukrainienne le rappelle de manière claire dans le litées par la proximité) et une logique de spécialisation
secteur des grandes cultures. et d’économies d’échelle.

Pour être efficace en termes de compétitivité, cette


Les tendances globales observées prise en compte du facteur territorial devra autant que
possible combiner les trois points forts de l’approche
Les démarches d’ancrage les plus anciennes n’avaient pas territoriale en termes économiques : la valorisation fine
de vocation à garantir l’autonomie alimentaire locale mais des ressources spécifiques, l’utilisation d’interdépen-
à conforter des avantages comparatifs. La démarche la dances vertueuses et la capacité d’action collective.
plus ancienne, Produit en Bretagne, créée en 1993 à l’ini- Seule la combinaison de ces trois principes permettra
tiative de quelques acteurs économiques, a été suivie par de contrebalancer les logiques de baisse de coûts qui
de nombreuses initiatives similaires avec des formes et rendent le modèle dominant aussi puissant (tant éco-
des succès divers. Bien que les démarches d’affirmation nomiquement que sur le plan de la pensée). L’utilisation
du lien avec les agriculteurs datent elles aussi du début des interdépendances devra se faire en considérant glo-
des années 1990 (« Filière qualité Carrefour » a été lancé balement les usages, alimentaires comme non alimen-
en 1992), ce n’est que récemment que les distributeurs taires, des ressources biologiques et donc raisonner en
ont multiplié les initiatives pour mettre en avant leurs termes de bioéconomie territoriale. Moyennant quoi,
liens avec les producteurs locaux. des gains importants d’efficacité sont envisageables au
niveau du gaspillage alimentaire ou de l’énergie actuel-
Au regard des tendances observées, qui concernent à lement perdue dans les processus de transformation ou
la fois les aspirations des consommateurs et le déve- de transport. Cette combinaison est variable selon les
loppement d’initiatives territoriales en matière d’ali- territoires car chacun diffère par sa capacité à mobili-
mentation, peut-on discerner des signes d’un réel ser collectivement les acteurs dû à ses caractéristiques
changement de paradigme productif ? Il est difficile culturelles ancestrales.
Consommer durable :
Les projets alimentaires territoriaux 27

PANORAMA DES IAA 2022


Afin d’accélérer la transition agricole et alimentaire, le Visant une approche systémique, les PAT doivent en
Programme National pour l’Alimentation 2019-2023 a effet avoir à la fois des ambitions économiques, envi-
été développé. L’objectif est d’accompagner l’agricul- ronnementales et sociales. Cela peut recouvrir plusieurs
ture française vers des modèles plus performants sur le types d’action :
plan économique, social, environnemental et sanitaire > économique : structurer et consolider les filières dans
afin que chacun puisse accéder à une alimentation les territoires, en lien avec les entreprises agroalimen-
saine, sûre et durable. Ce programme s’appuie sur trois taires, rapprocher l’offre et la demande, participer au
axes d’actions thématiques : la justice sociale, la lutte maintien de la valeur ajoutée sur le territoire, contribuer
contre le gaspillage alimentaire et l’éducation à l’alimen- à l’installation d’agriculteurs et ou encore assurer la pré-
tation, et deux leviers transversaux : les projets alimen- servation du foncier agricole ;
taires territoriaux et la restauration collective. > environnementale : accompagner l’évolution des pra-
tiques alimentaires (diversification des sources de pro-
téines, saisonnalité des produits, consommation de pro-
Une forte dynamique de développement duits durables et de qualité), accompagner les modes
des projets alimentaires territoriaux de production agroécologiques (agriculture biologique,
exploitations à haute valeur environnementale, préser-
Le dispositif des projets alimentaires territoriaux (PAT) vation des sols et de l’eau, atténuation et adaptation
défini en 2014 par la loi d’avenir pour l’agriculture, l’ali- au changement climatique), améliorer l’efficience de la
mentation et la forêt, permet de construire de manière logistique, de la chaine de production, de transforma-
concertée avec tous les acteurs volontaires d’un terri- tion et de distribution, ou encore contribuer la lutte
toire un cadre stratégique et opérationnel pour l’éla- contre le gaspillage alimentaire ;
boration de systèmes alimentaires locaux et durables. > sociale et sanitaire : participer à l'éducation alimen-
Afin de favoriser les initiatives territoriales et la démo- taire, créer du lien social, des ateliers de cuisine soli-
cratie participative, la définition d’un PAT est souple. daire, valoriser le patrimoine ou lutter contre la préca-
Plusieurs échelles territoriales sont possibles, allant de rité alimentaire.
la commune au département en passant par l’établis-
sement public de coopération intercommunale (EPCI), Cette dimension sociale et sanitaire a notamment été
le Pays, ou le Parc Naturel Régional par exemple. Les renforcée lors de la pandémie de COVID-19 où les
acteurs impliqués varient d’un PAT à l’autre. En pra- acteurs de l’alimentation présents dans des territoires
tique, ils sont souvent portés par une collectivité, et ayant mis en place des PAT ont démontré leur résilience.
les partenaires impliqués peuvent être des agriculteurs, En effet, habitués à travailler ensemble, ces acteurs ont
des acteurs économiques de la transformation et de la pu mettre en place rapidement et efficacement des
distribution, du développement agricole et du monde chaînes d’approvisionnement ad-hoc permettant d’ap-
associatif. porter de l’aide aux publics les plus démunis.

Quelle que soit l’échelle territoriale couverte, les acteurs La résilience est devenue alors une priorité comme l’at-
partenaires ou les axes d’action choisis, le PAT permet teste la loi du 22 août 2021 portant lutte contre le dérè-
de répondre aux contraintes et enjeux spécifiques du glement climatique et renforcement de la résilience
territoire. Pour cela, il s’appuie sur un diagnostic par- face à ses effets.
tagé, recensant la production agricole et alimentaire
locale, les besoins et demandes alimentaires des habi- Cette loi dite « loi Climat et Résilience » vise à accélérer la
tantes et habitants, les acteurs et les actions déjà en transition écologique de la société et de l'économie fran-
place ainsi que les atouts et contraintes sociales, écono- çaise et à renforcer la volonté de déploiement des PAT en :
miques et environnementales du territoire. Ce diagnos- > fixant un objectif d’au moins un PAT déployé dans
tic permet ensuite aux partenaires de définir un plan chaque département d’ici 2023. Au 1er avril 2022, cet
d’action opérationnel. objectif est quasiment atteint puisqu’un seul départe-
ment n’a pas de PAT sur son territoire ;
Les actions menées au sein d’un PAT recouvrent une > assignant de nouveaux objectifs aux PAT qui doivent
large gamme d’enjeux et ils sont aujourd’hui des outils favoriser la résilience économique et environnementale
de déclinaison de la politique nationale de l’alimentation des filières territorialisées, contribuer à la souveraineté
dans les territoires. alimentaire nationale et prendre en compte la stratégie
nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat
qui devra être mise en place en juillet 2023 ;
> confirmant le rôle d’un réseau national des PAT pour projets, soient plus de 850 actions opérationnelles, por-
suivre leur déploiement, mettre en avant les bonnes tées par les porteuses et porteurs de PAT ou leurs par-

28 pratiques et construire des outils méthodologiques au


service des collectivités territoriales.
tenaires, ont ainsi été retenues dans 95 départements.
Leur mise en œuvre pourra se dérouler jusqu’en 2024. De
nombreux domaines d’action (production, transforma-
À ce stade, le Réseau national des PAT (RnPAT) propose tion, distribution, logistique, restauration collective, lutte
un observatoire et des ressources pour les PAT (projet contre la précarité alimentaire et le gaspillage, anima-
porté par Terres en Ville et les Chambres d'agriculture tion) sont couverts par les projets, portés par des acteurs
France (APCA)). L’action du RnPAT s’ajoute à l’action des variés (établissement publics, collectivités, associations,
Direction régionales de l'alimentation, de l'agriculture producteurs, entreprises). Les acteurs économiques, et
et de la forêt (DRAAF) et de réseaux régionaux spéci- en particulier les entreprises agroalimentaires, ont su
fiques mis en place dans certaines régions, visant les trouver leur place dans ce dispositif. En effet, 175 projets
échanges de pratiques entre PAT et la représentation lauréats sont portés par des entreprises, représentant
des PAT auprès des autres acteurs des territoires. 27 % du montant total d’aides accordées. Parmi les 120
projets ayant pour thématique principale la transforma-
L’action de l’État pour appuyer le déploiement des PAT tion (25 % des aides accordées), les acteurs économiques
s’incarne notamment par des actions du ministère de sont particulièrement bien représentés et portent la
l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. D’une part, moitié de ces projets. 5 entreprises ont par exemple reçu
le ministère délivre une labellisation officielle des PAT en des aides pour la création de légumeries. D’autres projets
deux niveaux : le premier étant délivré pour 3 ans aux PAT lauréats proposent la transformation de légumes locaux,
émergents et le second étant réservé aux PAT opération- pouvant allier des actions d’éducation à l'alimentation,
nels. D’autre part, le ministère accorde un soutien finan- de soutien aux produits locaux et biologiques ou de valo-
cier aux PAT émergents labellisés via l’appel à projet natio- risation du patrimoine alimentaire. Le développement
nal du Programme national pour l'alimentation (PNA). des filières biologiques territoriales est représenté par la
création d’unités de transformation dédiées et des pro-
Le plan France Relance a permis d’amplifier le soutien jets portés par l’industrie laitière, la meunerie-boulange-
de l’État au déploiement des PAT en augmentant l’enve- rie, et les huileries.
loppe du PNA destinée au soutien des PAT émergents et
en dédiant 77 millions d’euros au financement d’actions Au 1er avril 2022, plus de 370 PAT sont labellisés par le minis-
opérationnelles s’inscrivant dans un PAT. Plus de 650 tère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire17.

17. https://agriculture.gouv.fr/plus-de-370-projets-alimentaires-territoriaux-reconnus-par-le-ministere

LA RESTAURATION COLLECTIVE :
UN LEVIER POUR LA TRANSITION ALIMENTAIRE

La restauration collective est Résilience, pour atteindre l’ob- services et donne l’accès à un
identifiée comme un levier impor- jectif de 50 % de ses approvision- autodiagnostic à destination des
tant pour accélérer la transition nements en produits durables gestionnaires, des acheteurs de
alimentaire et l’accès à une ali- et de qualité, dont 20 % de pro- la restauration collective. Mise
mentation saine, sûre et durable duits biologiques. Si cet objec- en ligne depuis février 2021, elle
pour tous. Elle est importante par tif n’est pas encore atteint, une regroupe l’ensemble des res-
son poids dans l’alimentation des vraie dynamique est enclen- sources à disposition, notam-
Français (3,5 milliards de repas chée. Les travaux menés dans le ment les différents guides à éla-
par an servis dans près de 100 000 cadre du Conseil national de la borés dans le cadre des groupes
restaurants), la diversité du public restauration collective (CNRC), de travail du CNRC.
touché (de la crèche à l’établis- mis en place en janvier 2019 par
Elle permet également à chaque
sement d'hébergement pour per- le ministère de l’Agriculture et
restaurant de faire savoir aux
sonnes âgées dépendantes, en de la Souveraineté alimentaire,
convives les efforts faits en
passant par l’école, l’université, permettent d’accompagner les
approvisionnements de qua-
l’entreprise ou l’hôpital) et du rôle acteurs de ce secteur.
lité et durables, pour la lutte
social qu’elle peut jouer (accès
Les acteurs de la restauration contre le gaspillage alimentaire,
des publics sensibles, éducation
collective peuvent être accom- la diversification des sources de
alimentaire).
pagnés par exemple grâce à la protéines et substitution des
C’est pourquoi la loi EGalim a plateforme « Ma cantine1 » déve- plastiques et de créer une com-
prévu des mesures spécifiques, loppée par l’État. « Ma cantine » munauté d’utilisateurs permet-
renforcées par la loi Climat et apporte des informations et des tant l’émulation.

1. https://ma-cantine.beta.gouv.fr/accueil
29

PANORAMA DES IAA 2022 FACTEUR DE COMPÉTITIVITÉ


DE COMPÉTITIVITÉ
FACTEURS
RÉPARTITION DE LA VALEUR :
LA LOI EGALIM 2 ET LES
ENJEUX POUR LA CHAÎNE
AGROALIMENTAIRE

30 Une action législative complémentaire pour aller au bout de l’ambition


portée par la loi EGalim

Issue des États généraux de l’alimentation C’est dans ce contexte que le précédent
(EGA) de 2017, la loi du 30 octobre 2018 pour ministre de l’Agriculture et de l’Alimenta-
l'équilibre des relations commerciales dans tion et la précédente ministre déléguée
le secteur agricole et alimentaire et une chargée de l’industrie ont confié la mission
alimentation saine, durable et accessible à à Serge Papin, ancien co-président de l’ate-
tous, dite loi EGalim, a constitué une avan- lier 5 des EGA et directeur général du grou-
cée importante pour une meilleure réparti- pement système U, d’émettre des recom-
tion de la valeur le long de la chaîne agro-ali- mandations pour améliorer la répartition
mentaire. Elle a notamment permis d’inscrire de la valeur au sein de la chaîne agroalimen-
dans les pratiques de nouveaux modes de taire. Le rapport préconisait de renforcer la
négociation en inversant la construction du marche en avant de la construction du prix,
prix, et d’encadrer précisément les moda- la transparence dans les relations commer-
lités et le contenu de la contractualisation ciales et le dispositif de médiation.
écrite. Ce nouveau paradigme a permis une
évolution majeure : changer l’état d’esprit S'appuyant sur ces recommandations, mais
des relations existantes le long de la chaîne aussi sur des travaux parlementaires, notam-
alimentaire en impulsant une dynamique ment dans le cadre de la commission de l’As-
collective inédite. semblée nationale sur la grande distribution,
de nouveaux dispositifs de régulation et de
Ce changement de paradigme n’est toute- transparence ont pu être conçus et votés par
fois pas allé au bout de l’ambition initiale le Parlement sur la base de la proposition de
de la loi, celle de mettre fin à la guerre loi déposée par le député Grégory Besson-
des prix. En 2020, deux ans après la paru- Moreau. La loi visant à protéger la rémunéra-
tion d’EGalim, la déflation du prix convenu tion des agriculteurs, dite EGalim 2, promul-
entre transformateurs et distributeurs avait guée le 19 octobre 2021, permet de remédier
certes été interrompue, mais la tendance aux faiblesses constatées dans la mise en
ne s’était pas inversée. Par ailleurs les filières œuvre de la loi EGalim. Ces dispositions vont
s’étaient inégalement saisies des nouveaux encore plus loin en rendant la contractuali-
outils que leur offrait la loi, en particulier en sation écrite obligatoire par principe dans
matière de contractualisation écrite. toutes les filières et en rééquilibrant les rela-
tions commerciales à l’aval.
Mieux protéger la rémunération des agriculteurs
dans le cadre du premier contrat de vente de produits agricoles

A l’amont agricole, la loi EGalim 2 rend la déjà été rendu obligatoire par la loi EGalim
contractualisation écrite pluriannuelle obli- pour les modalités de détermination du prix
gatoire à partir du 1er janvier 2023 et prévoit des contrats conclus selon une formule de
une entrée en vigueur anticipée pour cer- prix. Ce sont les indicateurs notamment de
taines filières, notamment la filière bovine, coûts de production et de prix de marché.
confrontée à des crises multiples ces der- Les parties demeurent toutefois libres de
nières années et à un besoin de structura- définir la formule de révision du prix et les
tion. Si la loi EGalim 2 inverse la logique qui indicateurs utilisés.
prévalait jusqu’ici en posant le principe de
la contractualisation écrite obligatoire, des La généralisation de la contractualisation
31
dérogations demeurent possibles, notam- écrite pour la vente d’un produit agricole
ment dans le cadre d’un accord interpro- permet de renforcer le principe de « marche

PANORAMA DES IAA 2022 FACTEUR DE COMPÉTITIVITÉ


fessionnel étendu ou par décret en Conseil en avant »1 de la construction du prix des
d’État. produits alimentaires. La loi EGalim avait
certes créé le chaînage, avec l’obligation
Le cadre contractuel issu de la loi EGalim est de répercuter les indicateurs pour la déter-
par ailleurs renforcé. Afin de mieux prendre mination du prix, en cascade à l’aval, mais
en compte les évolutions liées aux coûts la négociation commerciale ne pouvait
de production et au marché, la loi crée un pas toujours s’appuyer sur un contrat écrit
mécanisme de révision automatique du prix au niveau du producteur, en raison d’un
lorsqu’il est fixe. Cette clause s’appuie sur déploiement inégal de la contractualisation
les catégories d’indicateurs dont l’usage a dans les filières.

Rendre le prix de la matière première agricole transparent


et non négociable

Afin de rétablir la confiance nécessaire à Parallèlement, la clause de renégociation


une plus juste répartition de la valeur, la est maintenue avec un périmètre élargi. Elle
loi renforce la transparence du prix de la est activable notamment en fonction de
matière première agricole et elle consacre l’évolution de coût de l’énergie, du trans-
son caractère non négociable. Un article port ou encore des matériaux entrant dans
L. 441‑1‑1 est ainsi créé dans le code de la composition des emballages.
commerce afin de régir spécifiquement le
contenu des conditions générales de vente Ces mécanismes apportent des garanties
(CGV) des produits alimentaires contenant aux transformateurs, dont le tarif bénéficie
plus de 50 % de matière première agricole. en outre de l’application de la non-discri-
Dans les CGV, doivent figurer les matières mination sans contreparties réelles (article
premières agricoles utilisées et leur prix L. 442-1) et du principe du « ligne à ligne »
d’achat, selon une des trois options de (article L. 443-8) pour les produits alimen-
transparence imposée par la loi. taires soumis au principe de la transparence
et non négociabilité de la matière première
De plus, un nouvel article L. 443‑8 prévoit agricole (article L. 441-1-1). La convention
que la convention écrite conclue à l’issue doit ainsi faire apparaître chacune des
de la négociation commerciale exclut de obligations réciproques auxquelles se sont
la négociation commerciale la matière pre- engagées les parties, ainsi que leur prix uni-
mière agricole. Ces contrats devront égale- taire. Enfin, les pénalités logistiques infli-
ment contenir une clause de révision auto- gées par les distributeurs aux fournisseurs
matique des prix en fonction de l’évolution sont davantage encadrées.
du coût des matières premières agricoles.

1. « La marche en avant » dans l'espace consiste à créer un circuit par lequel les denrées saines ne doivent pas emprunter le circuit que suivent les denrées sales et
permettre une progression continue dans l'élaboration du déroulement de fabrication.
Renforcer le rôle du médiateur des relations commerciales
agricoles et l’articuler avec le comité de règlement des différends
commerciaux agricoles

Les missions du médiateur des relations ailleurs, la saisine obligatoire du médiateur


commerciales agricoles (MRCA) bien que en cas de litige, préalablement à toute sai-
déjà étendues par la loi EGalim, ont encore sine du juge, est étendue à la négociation
été renforcées par la loi EGalim 2. En effet, des contrats et accords-cadres et non plus
ce dernier peut connaître tout litige relatif à seulement à leur exécution.
la conclusion ou à l’exécution d’un contrat
de vente d’un produit agricole ou alimen- Pour permettre une résolution plus rapide

32 taire, c’est-à-dire à l’amont ou à l’aval. Le


MRCA est également compétent pour tout
des litiges concernant les contrats amont, la
loi EGalim 2 prévoit désormais l’intervention
litige concernant la clause de renégociation. d’un Comité de règlement des différends
Son périmètre d’intervention s’articule avec agricoles (CRDCA) sur la base des conclu-
celui du médiateur de la coopération agri- sions de la médiation du MRCA, avant toute
cole, compétent dans les litiges relatifs aux saisine du juge, sauf dans le cas des litiges
relations entre un associé coopérateur et liés à l’exécution du contrat où les parties
sa coopérative, entre coopératives et/ou pourront directement saisir le juge. Instance
unions de coopératives. Dans le cadre de quasi-juridictionnelle, le CRDCA dispose
la loi EGalim 2, le médiateur peut désor- d’un pouvoir d’action étendu pour accélé-
mais, en plus de ses conclusions, avis ou rer le règlement du litige. Il peut enjoindre
recommandations, rendre publics les refus aux parties de se conformer à sa décision,
des parties de communiquer les éléments assortir cette injonction d’une astreinte et
nécessaires à la médiation des litiges. Par prendre des mesures conservatoires.

Prolonger l’expérimentation du relèvement du seuil de revente


à perte et l’encadrement des promotions

L’ordonnance relative au relèvement du L’encadrement des avantages promotion-


seuil de revente à perte et à l'encadrement nels à 34 % en valeur du chiffre d’affaires
des promotions pour les denrées et cer- prévisionnel et à 25 % du volume prévision-
tains produits alimentaires a été publiée le nel prévu par le contrat, était fortement
13 décembre 2018. Ces deux mesures attendu par le milieu agricole. Ces promo-
étaient souhaitées par les parties prenantes, tions souvent importantes contribuaient
afin de favoriser une meilleure répartition à déséquilibrer fortement les relations
de la valeur et un rééquilibrage des relations commerciales au sein de la chaîne de pro-
commerciales entre la distribution et les duction alimentaire, au détriment des pro-
acteurs de la filière agroalimentaire. ducteurs agricoles et étaient destructrices
de valeur. Des promotions trop fortes
Le relèvement du seuil de revente à perte et fréquentes font, en effet, perdre au
affecte au prix d’achat effectif un coeffi- consommateur le sens de la valeur réelle
cient égal à 1,1 (10 %) pour les produits et du produit et contribuent au gaspillage
denrées alimentaires. Cette disposition est alimentaire.
entrée en vigueur le 1er février 2019. Elle vise
les produits dit « produits d'appel », vendus Cette expérimentation a été reconduite
avec une marge très faible, voire nulle, par jusqu’au 15 avril 2023 dans le cadre de la
la grande distribution. La mesure vise à per- loi dite « ASAP »2. Pour prendre en compte
mettre au distributeur de rééquilibrer ses la situation particulière des produits pré-
marges sur l'ensemble des produits alimen- sentant un caractère saisonnier marqué, la
taires vendus en rayon, et ainsi de redonner loi EGalim 2 introduit la possibilité de faire
de la valeur et du prix aux productions agri- déroger par décret certaines filières des
coles qui étaient souvent surmargées. fruits et légumes du relèvement du seuil

2. Loi n° 2020-1525 du 7 décembre 2020 d'accélération et de simplification de l'action publique.


dès lors que son application se traduit productions concernées et de leurs ventes
par une baisse du revenu du producteur ou de modalités particulières de commer-
agricole en raison de la saisonnalité des cialisation de ces produits.

Un suivi gouvernemental rapproché pour faire face aux crises

La guerre en Ukraine (débutée en février distributeurs) de façon exceptionnelle


2022) et l’influenza aviaire (débutée en après la date butoir du 1er mars et sur une
août 2021) ont des impacts immédiats et fréquence hebdomadaire. Dans ce cadre,
importants sur les filières agricoles fran-
çaises, à l’amont comme à l’aval. Pour y
des discussions se sont engagées entre four-
nisseurs et distributeurs et ont abouti à la
33
faire face, le Gouvernement français a sou- signature d’une charte d’engagements le
haité l’ouverture de nouvelles négociations 31 mars 2022 pour établir les principes

PANORAMA DES IAA 2022 FACTEUR DE COMPÉTITIVITÉ


commerciales entre les fournisseurs et les devant s’appliquer à ces renégociations. En
distributeurs, en mobilisant les mécanismes signant cette charte, les distributeurs s’en-
d’indexation et de renégociation prévus par gagent ainsi à ne pas appliquer de pénalités
la loi EGalim 2. logistiques aux fournisseurs en difficulté et à
examiner les demandes de hausses de prix
Pour accélérer ces négociations, le gou- qui leur sont soumises. En contrepartie, les
vernement français a réuni à nouveau le transformateurs s’engagent à faire preuve de
comité hebdomadaire de suivi des négo- transparence et à justifier leurs demandes
ciations commerciales (syndicats agri- de hausse, ainsi qu’à proposer des méca-
coles, fédérations de transformateurs et nismes de détermination du prix réversibles.

ENCADREMENT DES RELATIONS ENTRE PRODUCTEURS DE MARQUE


DE DISTRIBUTEUR ET DISTRIBUTEURS

Créés au début des années 1980, les propriété intellectuelle relatifs au pro- les contrats MDD doivent notamment
produits vendus sous marque de dis- duit appartiennent au distributeur, qui appliquer le dispositif de la cascade
tributeur (MDD) ont depuis connu a défini les caractéristiques du pro- introduit par la loi EGalim et donc
une forte évolution et sont désormais duit dans son cahier des charges, et faire référence et expliciter les condi-
présents dans la quasi-totalité des le savoir-faire revient au fournisseur. tions dans lesquelles les indicateurs,
rayons de grande surface. En 2021, la Lorsque les produits MDD relèvent d'un lorsqu'ils existent, sont pris en compte
part de marché en valeur des MDD en contrat à façon, il n'y a pas au sens juri- pour la détermination des prix. La loi
France était de 31,9 %3. Les petites et dique de vente entre l'industriel et le EGalim 2 s’est attachée à renforcer le
moyennes entreprises sont particuliè- distributeur. Ce dernier étant proprié- cadre juridique applicable aux MDD.
rement concernées par la production taire du produit au moment de sa fabri- Ces contrats doivent désormais inté-
de MDD. cation, il ne peut y avoir de revente et grer une clause de révision automatique
par conséquent le dispositif sur le seuil des prix en fonction de la variation du
Les marques de distributeur font l’ob- de revente à perte ne s'applique pas. coût de la matière première agricole.
jet d’un dispositif juridique qui leur En revanche, l'encadrement des pro- Par ailleurs, toujours dans l’objectif de
est propre. Si certaines relèvent d’un motions s'applique aux produits MDD, parvenir à une rémunération plus juste
contrat de fourniture classique sur base qu'ils relèvent du contrat d'entreprise du travail des agriculteurs, la loi apporte
d’un catalogue du fournisseur, étant ou de la convention unique. un ensemble de garanties et de protec-
alors sous le régime de la convention tions aux fabricants de MDD, afin que le
unique, la plupart relèvent de contrats Du fait de leur poids économique rééquilibrage du rapport de force entre
de fabrication à façon, conclus à la important, l’ordonnance du 24 avril ces derniers et les distributeurs allège la
suite d’un appel d’offres du distribu- 2019 a complété les dispositions spé- pression qui s’exerce parfois en amont
teur. Dans ce cas, tous les droits de cifiques à ce type de contrat. Depuis, sur les agriculteurs.

3. NielsenIQ ScanTrack, 2021.


La poursuite de la structuration des filières pour une meilleure
répartition de la valeur

Les organisations de producteurs associations d’organisations de producteurs


se sont développées et renforcées (AOP) concernées, renforcer leur pouvoir
d'action et de négociation vis-à-vis des ache-
Une organisation de producteurs (OP) est teurs et ainsi rééquilibrer le rapport de force
constituée à l’initiative d’un ensemble au sein des filières concernées.
d’agriculteurs qui se regroupent dans l’ob-
jectif de mutualiser leurs moyens afin de La reconnaissance très récente des pre-
rééquilibrer les relations commerciales qu’ils mières AOP dans le secteur de la viande

34 entretiennent avec les acteurs économiques


de l’aval de leur filière. Avec l’adoption des
est l’illustration de ce dynamisme. En sep-
tembre 2021, la première AOP a ainsi vu le
lois EGalim et EGalim 2, cette structuration jour dans le secteur porcin (plus de 3 500
de l’amont agricole a été encouragée pour producteurs), rapidement suivie de la recon-
que ce maillon pèse davantage dans la naissance, au premier semestre 2022, de
répartition de la valeur au sein de la chaîne deux AOP dans le secteur bovin (plus de
agroalimentaire. Un développement et un 7 500 producteurs).
renforcement des OP sont ainsi consta-
tés. Dans les secteurs où la structuration Enfin, dans le cadre de France relance,
en OP était déjà en place, une tendance à un appui aux OP et aux AOP a été mis en
la concentration des producteurs et des œuvre avec un volet investissement (finan-
structures est observée dans le cadre d'opé- cement des outils et des services néces-
rations de fusion, notamment dans les sec- saires à la négociation collective) et un
teurs des fruits et légumes et de l'élevage. volet formation (compétences juridiques,
Les objectifs sont d'augmenter les volumes économiques, négociation collective,
de production couverts par les OP ou les contractualisation).

Une dynamique de filière portée par les organisations


interprofessionnelles

La création des organisations interpro- renforcer la compétitivité et la résilience


fessionnelles agricoles est fondée sur la des filières françaises. D’autre part, les lois
volonté de différents maillons d’une filière les obligent désormais à élaborer et publier
de s’impliquer dans les problématiques col- les indicateurs qu’elles jugent pertinents et
lectives et enjeux de la filière aux stades de qui deviennent des indicateurs de référence
la production, de la transformation et de pour chaque filière. Depuis février 2022, en
la commercialisation, y compris jusqu’à la application d’EGalim 2, l’Observatoire de
distribution. Les interprofessions sont des la formation des prix et des marges (OFPM,
éléments essentiels de la structuration ver- voir encadré ci-dessous) publie sur son site
ticale. Historiquement, elles ont favorisé la internet un tableau présentant les indica-
compétitivité des filières, notamment par teurs de coût de production agricole trans-
leurs investissements en matière de promo- mis par les interprofessions, avec des liens
tion, d’innovation et par la mise en place de vers des fiches de description, ainsi que des
normes qualitatives exigeantes. Le nombre indicateurs de marché et des indices des prix
d’accords étendus, qui oscille entre 60 et d’achat des moyens de production agricoles.
80 par an toutes filières confondues, est le
reflet de ce dynamisme. Depuis 2018, trois nouvelles interprofessions
ont été reconnues, à savoir Interhoublon
Le rôle des interprofessions a été renforcé (houblon), Interapi (produits de la ruche)
depuis les lois EGalim et EGalim 2. D’une et Anvol (interprofession de la volaille de
part, elles ont été invitées à élaborer des chair). En septembre 2022 la majorité des
plans de filière, soit des plans stratégiques filières agricoles françaises sont représen-
pour chaque filière, à horizon 3 à 5 ans, pour tées par une interprofession.
La répartition de la valeur
APPLICATION DE LA LOI EGALIM 2 ajoutée entre les différents
AUX COOPÉRATIVES AGRICOLES maillons

La loi EGalim trouve son application dans les relations L'Observatoire de la formation des prix
entre un associé-coopérateur et sa coopérative par et des marges (OFPM) a été créé par la loi
le biais des effets similaires à la contractualisation. En de modernisation de l'agriculture et de la
effet, lorsqu’un producteur est membre d’une coopé- pêche en 2010 et a notamment pour voca-
rative, l’article L. 631-24-3 du Code rural et de la pêche tion d'éclairer les acteurs économiques et
maritime (CRPM) prévoit que les règles de contractuali- les pouvoirs publics sur la formation des prix
sation ne sont pas applicables aux relations des sociétés et des marges des produits alimentaires, et
coopératives agricoles avec leurs associés coopérateurs,
si leurs statuts, leur règlement intérieur ou des règles ou
d'étudier les coûts de la production agricole,
de la transformation et de la distribution
35
décisions prévues par ces statuts ou en découlant com- dans l'ensemble de la chaîne de commer-
portent des dispositions produisant des effets similaires cialisation. Chaque année, l'OFPM remet

PANORAMA DES IAA 2022 FACTEUR DE COMPÉTITIVITÉ


à ceux des clauses mentionnées au III de l'article L. 631- un rapport au Parlement, avec l'objectif de
24. Ces dispositions permettent aux sociétés coopéra- faire apparaître la répartition de la valeur
tives agricoles de choisir le moyen le plus adéquat, pour ajoutée entre les différents maillons.
assurer aux associés coopérateurs des garanties équiva-
lentes (protection de rémunération) à celles des clauses En 2021, les prix des moyens de produc-
mentionnées à l’article L. 631-24 du CRPM. tion ont augmenté de 9,0 % par rapport à
20204. De même, les prix à la production
Pour une coopérative, dans le cas général, la conformité agricole5 ont progressé de manière pronon-
avec la contractualisation a été traduite par l’ordonnance cée (+9,2 %), avec des disparités selon les
du 24 avril 2019 relative à la coopération, agricole qui pré- produits concernés. Concernant les filières
voyait notamment un renforcement de l’information des animales, elles ont vu pour la plupart leur
associés-coopérateurs sur les modalités de rémunération. prix à la production augmenter (+7,4 % pour
Ainsi, le règlement intérieur de chaque coopérative doit la filière bovine, +5,9 % pour les volailles, ou
contenir les critères et modalités de détermination et de encore +4,2 % pour la filière lait de vache), à
révision du prix des apports, comprenant les modalités l’exception de la filière porcine (-4,3 %). Cette
de prise en compte des indicateurs mentionnés à l'article hausse est encore plus importante pour les
L. 631-24 choisis pour calculer ce prix. filières végétales, atteignant +27,3 % pour le
prix du blé dur, +25,0 % pour le blé tendre, et
L'information communiquée à l'associé-coopérateur doit +16,0 % pour les fruits frais, tandis que les prix
être la plus précise et détaillée possible en indiquant de des légumes frais à la production ont reculé
manière concrète comment les indicateurs sont pris en de 1,1 %.
compte, par exemple par catégories d’animaux. La coo-
pérative choisit le niveau de précision souhaité. La men- Les prix des produits des industries alimen-
tion de ces critères et les modalités de détermination et taires suivent également une augmentation
de révision du prix des apports n'emporte cependant pas globale, avec une progression moyenne de
l'obligation pour les coopératives de prévoir une formule +2,2 % en 2021 par rapport à l’année précé-
de prix dans leur règlement intérieur, en raison de la spé- dente. De fortes disparités sont observées
cificité du fonctionnement coopératif. En revanche, à la selon les filières, avec une hausse de +6,3 %
fin de la campagne, les associés-coopérateurs doivent pour les pâtes alimentaires et de +3 % pour
recevoir une information précise sur leur rémunération la viande bovine par exemple, mais une
détaillant concrètement la manière dont les indica- chute dans la viande de porc fraîche (-4,5 %)
teurs figurant dans le règlement intérieur ont été pris ou le jambon (-4,4  %). Dans le même temps,
en compte. Ainsi, l'obligation de préciser la pondération l’Institut national de la statistique et des
des indicateurs intervient en fin de campagne. Dans tous études économiques (INSEE) note qu’en
les cas, l'associé-coopérateur doit recevoir après l'as- 2021, la hausse des prix des produits alimen-
semblée générale une information individualisée sur sa taires à la consommation ralentit nettement
rémunération. par rapport à 2020 : +0,6 % en moyenne,
après +1,9 % l’année précédente. La hausse

4. Rapport 2022 de l'Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires.
5. Le prix de production agricole correspond à la valeur de la matière première agricole incorporée dans le produit final.
est également inférieure à l’inflation obser- L’étude de l’euro alimentaire6 met en évi-
vée au travers de l’évolution des prix à la dence plusieurs éléments. En 2018, pour
consommation tous produits (+1,6 % en 100 euros dépensés en France en consom-
2021). L’année 2021 met donc en évidence mation alimentaire (y compris dans la
l’effet d’amorti des variations de prix amont restauration), 63,1 euros correspondent
par les maillons aval déjà relevé par l’OFPM à la valeur ajoutée induite, le reste cor-
au fil de ses rapports. En effet, les hausses respondant à des taxes et à des importa-
de prix des intrants et produits agricoles ont tions. Parmi les 63,1 euros de valeur ajoutée
été principalement absorbées par l’indus- induite, 6,9 euros reviennent à l’agriculture,
trie et le commerce, ces derniers n’en réper- la pêche et l’aquaculture, et 10,4 euros aux
cutant qu’une partie au consommateur. industries alimentaires et de boissons, le
reste se répartissant entre d’autres services

36 Dans l’analyse des comptes, le rapport


identifie pour les exploitations agricoles
comme la logistique, la restauration ou le
commerce.
une baisse de résultat courant avant impôt
(RCAI) conséquente entre 2019 et 2020, pas- L’évolution de cette répartition depuis
sant de 17,2 % en moyenne, toutes exploita- 2010 met en évidence la hausse de la part
tions confondues, à 15,5 %. Pour le secteur des importations et des taxes induites par
de l’industrie alimentaire, les données INSEE la consommation alimentaire. Concernant
montrent que sur la période précédente, le les autres branches de l’économie, les parts
RCAI avait au contraire progressé de 2,9 % en de leurs valeurs ajoutées induites par la
2018 à 3,7 % en 2019 pour atteindre 5,7 mil- consommation alimentaire sont en légère
liards d’euros. La tendance était inverse pour baisse. En 2018, la part de la valeur ajou-
le secteur de la grande distribution, qui avait tée de l’agriculture induite par la consom-
vu son RCAI chuter de 1,5 % en 2018 à -0,7 % mation alimentaire retrouve les niveaux de
en 2019, soit -1,4 milliard d’euros. 2010 et 2011.

RÉPARTITION DE LA CONSOMMATION ALIMENTAIRE EN VALEUR AJOUTÉE INDUITE


DANS LES BRANCHES, TAXES ET IMPORTATIONS
100

90

80

70

60

50

40

30

20

10

0
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018

Agriculture Industries alimentaires Restauration Commerce


et fabrication de boissons
Importations Autres services Taxes
& autres industries

Source : Rapport au Parlement de l’Observatoire de la formation des prix et des marges, 2022.

6. L’approche « euro-alimentaire » vise à évaluer les trois indicateurs économiques suivants : la valeur de production agricole nationale nécessaire pour la
consommation alimentaire nationale ; l’évaluation de la valeur de la production agricole incluse dans la consommation alimentaire (c’est la partie de la valeur
précédente (production nécessaire) après déduction faite des valeurs des intra consommations directes et indirectes; l’évaluation des valeurs ajoutées induites
dans chaque branche de l’économie par la consommation alimentaire (c’est le partage de « l’euro alimentaire » du consommateur).
LE DÉVELOPPEMENT LES ÉVOLUTIONS LÉGISLATIVES DEPUIS 2001
DES CONTRATS TRIPARTITES
ET AUTRES FORMES
En 2008, la loi de modernisation de l'économie7 assouplit la négociation des condi-
DE CONTRAT
tions de vente et des tarifs entre fournisseurs et distributeurs. En contrepartie, elle
renforce la répression des comportements abusifs et sanctionne les situations de
Destinés à assurer une meilleure rémunération déséquilibre significatif.
des producteurs agricoles, les contrats tripar-
En 2010, la loi de modernisation de l'agriculture et de la pêche8 introduit la possibi-
tites, bien qu’il soit difficile de les quantifier
lité de rendre obligatoire, par décret ou par extension d'accord interprofessionnel,
précisément, se multiplient depuis quelques
la conclusion de contrats de vente écrits entre les producteurs et leurs premiers
années, particulièrement dans le lait de vache
acheteurs, ou entre les opérateurs économiques propriétaires de la marchandise et
et les filières d'élevage en viandes. Bien qu'ap-
leurs acheteurs. Le dispositif est mis en œuvre dans le secteur du lait de vache et
pelés tripartites, ces démarches ne sont géné-
ralement pas des contrats associant trois par-
des fruits et légumes. 37
ties, mais une succession de contrats bipartites En 2014, la loi relative à la consommation (dite Loi Hamon) rend obligatoire la pré-
9

signés entre le producteur et le distributeur sence d'une clause de renégociation dans tous les contrats supérieurs à une durée

PANORAMA DES IAA 2022 FACTEUR DE COMPÉTITIVITÉ


d'une part et le transformateur et le distribu- de trois mois et portant sur la vente de produits dont la liste est définie par décret.
teur d'autre part. Ces contrats sont souvent La même année, la loi d'avenir pour l'agriculture renforce la procédure de médiation
conclus dans le cadre d'une démarche qualité en la rendant obligatoire, avant toute saisine du juge, pour l'exécution de contrats
et d'un cahier des charges associé. portant sur la vente de produits agricoles et alimentaires.

L'Autorité de la concurrence (ADLC), dans son En 2015, la loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques10
avis du 3 mai 2018 relatif au secteur agricole, prévoit une convention unique simplifiée pour les relations entre grossistes et four-
indique que les démarches tripartites sont sus- nisseurs, et oblige les centrales d'achat à notifier à l'Autorité de la concurrence tout
ceptibles de produire de nombreux gains d'ef- accord entre elles visant à négocier de manière groupée l'achat de produits ou de
ficacité à plusieurs niveaux. Ces démarches services aux fournisseurs.
permettent une meilleure rémunération pour
En 2016, la loi relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la
le producteur et leur garantissent des débou-
modernisation de la vie économique11, renforce les missions de l'observatoire de
chés. Ils constituent également une garantie
la formation des prix et des marges des produits alimentaires en permettant à son
d'approvisionnement pour l'aval, conforme à
président de proposer au président du tribunal de commerce d'adresser une injonc-
ses exigences en termes de qualité, et pour les
tion aux entreprises n'ayant pas déposé leurs comptes. La loi donne la possibilité
consommateurs, une meilleure transparence
aux industriels et à la grande distribution de conclure des accords pluriannuels de
et une qualité améliorée. L'avis de l'ADLC
trois ans, intégrant une clause obligatoire de révision de prix. Par ailleurs les condi-
indique toutefois que les accords ne doivent
tions générales de vente relatives à des produits alimentaires comportant un ou
pas dépasser le seuil de 30 % de parts de mar-
plusieurs produits agricoles non transformés soumis à la contractualisation doivent
ché et qu'il ne doit pas contenir de restriction
préciser le prix prévisionnel moyen payé aux producteurs. Dans les contrats amont,
caractérisée, telle que l'imposition de prix de
les critères et modalités de détermination du prix doivent faire référence à un ou
vente par un fournisseur ou des restrictions
plusieurs indicateurs publics d'évolution des coûts de production en agriculture et
territoriales.
à un ou plusieurs indices publics des prix des produits agricoles ou alimentaires, et
Au-delà des contrats tripartites, d’autres un accord-cadre est mis en place entre les acheteurs et les organisations de produc-
formes de contractualisation se développent : teurs ou associations de producteurs, pour les filières soumises à contractualisation
• produits de marque de distributeur avec écrite obligatoire.
une contractualisation directe entre pro-
En 2018, la loi sur l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et
ducteurs et distributeur. Le transformateur
alimentaire et une alimentation saine et durable12 dite EGalim, rénove la contrac-
réalise une simple prestation de service
tualisation. Par ailleurs, le dispositif de sanctions en cas de non publication des
pour le compte du distributeur ;
comptes est renforcé pour les entreprises agroalimentaires, l’astreinte pouvant aller
• produits à marques producteurs où les pro-
jusqu’à 2 % du chiffre d’affaires de l’entreprise.
ducteurs commercialisent eux-mêmes un
produit fini à la distribution avec une pres- En 2021, la loi visant à protéger la rémunération des agriculteurs13 dite EGalim 2,
tation de transformation par l’industriel. renforce les mécanismes mis en place par la loi EGalim, en établissant le principe de
la contractualisation écrite obligatoire pour l’amont et en protégeant la valeur de
la matière première agricole à l’aval.

7. Loi n° 2008-776 du 4 août 2008 de modernisation de l'économie.


8. Loi n° 2010-874 du 27 juillet 2010 de modernisation de l'agriculture et de la pêche.
9. Loi n° 2014-344 du 17 mars 2014 relative à la consommation.
10. Loi n° 2015-990 du 6 août 2015 pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques.
11. Loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique.
12. Loi n° 2018-938 du 30 octobre 2018 pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous.
13. Loi n° 2021-1357 du 18 octobre 2021 visant à protéger la rémunération des agriculteurs.
FINANCEMENTS
ET INVESTISSEMENT

Les entreprises agroalimentaires ont des les microentreprises et les PME réalisent de
besoins de financements dans les différentes meilleures performances, avec des rentabi-
phases de leur existence. Le secteur étant lités économiques supérieures (respective-

38 constitué d’une très grande majorité de très


petites entreprises (81 % des entreprises en
ment de 13 % et 9 %). Cette dégradation de
la rentabilité économique globale, et donc
2019) et de petites et moyennes entreprises de l’efficacité économique des IAA, s’ac-
(17 %). Les entreprises agroalimentaires ont compagne de la stagnation du taux d’auto-
souvent un actionnariat familial qui apporte nomie financière16 (figure 2). Elle constitue
des capitaux permettant d’autofinancer un facteur de fragilisation de la stratégie de
une part des investissements. Les investis- financement par l’emprunt des entreprises,
sements réalisés par les entreprises peuvent à l’exception des PME pour lesquelles le
être des investissements financiers (achats ratio d’autonomie financière est supérieur
d’actions ou d'obligations), incorporels (bre- à la moyenne de l’ensemble des catégories
vets, licences, fonds de commerce) ou cor- d’entreprises du secteur (figure 3).
porels (usines, machines, terrains). D’après
Auris finance, en 2021, 43 % des opérations Cependant, le taux d’investissement17 des
de fusion-acquisition ont été réalisées par IAA est globalement en progression sur
l’intermédiaire de fonds d’investissement14 10 ans (figure 4), avec un pic atteint en 2018
(le reste étant réalisé par des industriels), (18 %). Il est supérieur de 3 points au taux
traduisant l’attrait des fonds pour le secteur d’investissement de l’industrie manufac-
agroalimentaire. turière, les entreprises du secteur alimen-
taire ayant de plus forts besoins en inves-
La rentabilité économique15 des industries tissements corporels (achats de biens et
agroalimentaires (IAA) diminue depuis immeubles : bâtiments, usines, machines,
dix ans, malgré un léger rebond en 2019 matériels, terrains). Entre 2018 et 2019, une
(figure 1). Historiquement supérieure à la baisse des investissements totaux des IAA
rentabilité économique de l’industrie manu- de l’ordre de 2,2 milliards d’euros18 (de 26 565
facturière, les ratios de rentabilité écono- millions d’euros à 24 353 millions d’euros)
mique de l’industrie manufacturière et des est toutefois constatée. Cette baisse est
IAA ont en moyenne, convergé en 2019. En cependant moins marquée pour les inves-
effet, la performance économique des IAA tissements corporels (donc matériels) que
se dégrade et cela entraine donc un désé- pour les autres types d'investissements
quilibre entre capitaux propres et finance- (immatériels). En conclusion, les IAA
ments extérieurs. Cependant, il est à noter continuent d'investir dans leurs outils de
qu’au sein des entreprises agroalimentaires, production.

14. https://auris-finance.fr/
15. Rentabilité économique : mesure l’efficacité de l’entreprise dans l’exercice de son activité principale, indépendamment de son mode de financement (fonds
propres, emprunt). Elle correspond au ratio entre, d’une part, l’excédent brut d’exploitation et, d’autre part, les immobilisations corporelles et incorporelles et le
besoin en fonds de roulement.
16. Taux d’autonomie financière : mesure le degré d’indépendance de l’entreprise vis-à-vis des financeurs extérieurs, notamment les banques, il correspond au
ratio entre les capitaux propres et le total du bilan. Ce ratio donne une indication sur le niveau d'endettement de la société et indique notamment l'importance
des fonds propres par rapport à l'ensemble des ressources à la disposition de l’entreprise.
17. Taux d’investissement : ratio entre les investissements corporels bruts et la valeur ajoutée brute
18. https://www.insee.fr/fr/statistiques/4255834?sommaire=4256020
Figure 1
RENTABILITÉ ÉCONOMIQUE DES INDUSTRIES MANUFACTURIÈRES ET DES INDUSTRIES ALIMENTAIRES
Ensemble des catégories d'entreprise en %
Source : Insee, Esane

14

12

10

6
39
4

PANORAMA DES IAA 2022 FACTEUR DE COMPÉTITIVITÉ


2

0
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019

industrie manufacturière industries alimentaires


Champ : France, industries alimentaires (NAF 10) hors artisanat commercial. Ne comprend pas la fabrication de boissons (NAF 11)

Figure 2
TAUX D’AUTONOMIE FINANCIÈRE DES INDUSTRIES MANUFACTURIÈRES
ET DES INDUSTRIES AGROALIMENTAIRES
Ensemble des catégories d'entreprise en %
Source : Insee, Esane

50

45

40

35

30

25

20

15

10

0
2015 2016 2017 2018 2019

industrie manufacturière industries alimentaires

Champ : France, industries alimentaires (NAF 10) hors artisanat commercial. Ne comprend pas la fabrication de boissons (NAF 11)
D’une manière générale, il faut noter une Dans le cadre de la crise sanitaire COVID-19,
forte variabilité des taux d’investissement l’État a souhaité aider les entreprises par le
selon les secteurs de l’industrie agroalimen- biais de mesures de court terme comme les
taire et les années (figure 5). Ces investis- prêts garantis par l’État ou le fonds de soli-
sements, en partie autofinancés, sont éga- darité, mais également soutenir certaines
lement financés par le recours à l’emprunt. industries stratégiques via un vaste plan inti-
L’effet levier19 permet de juger de l’intérêt tulé France Relance prévoyant des soutiens
du recours à l’endettement pour financer un directs aux investissements productifs.
investissement. Il est légèrement plus élevé L’industrie agroalimentaire a été identifiée
dans le secteur des industries alimentaires comme un des secteurs stratégiques visés
que manufacturière (69 contre 67, en 2019). par ce plan ce qui a permis à certaines IAA
Les IAA ont donc plus recours à l’endette- de bénéficier de subventions pour investir

40 ment pour financer leurs investissements


que les industries manufacturières. En
dans leur outil productif. France Relance a
été prolongé par le plan France 2030, qui
contrepartie d’un effet de levier important, vise à poser les bases du renouvellement
le secteur des industries alimentaires sen- productif de la France en vue d’une crois-
sible aux variations conjoncturelles (aléas et sance durable.
effets du changement climatique, pénurie
d’approvisionnement, guerre en Ukraine) Les différents types de financements
est plus exposé à des difficultés de rem- dédiés spécifiquement aux entreprises
boursement des emprunts. Si l’autofinan- agroalimentaires sont présentés dans la
cement et le financement bancaire restent partie « Dispositifs d'aide aux IAA » de ce
les sources de financement privilégiées par document.
les entreprises du secteur, celles-ci ont éga-
lement recours aux financements publics
(Crédit d'impôt recherche, aides publiques
régionales, avances remboursables) et aux
fonds privés.

Figure 3
TAUX D’AUTONOMIE FINANCIÈRE - PETITES ET MOYENNES ENTREPRISES (PME),
HORS MICROENTREPRISES (en %)
Source : Insee, Esane

50

45

40

35

30

25

20

15

10

0
2015 2016 2017 2018 2019

industrie manufacturière industries alimentaires


Champ : France, industries alimentaires (NAF 10) hors artisanat commercial. Ne comprend pas la fabrication de boissons (NAF 11)

19. L’effet levier est utilisé pour mesurer l'efficacité/rentabilité du recours à l'endettement pour une entreprise pour financer ses investissements. Dans le but
de financer un investissement, une entreprise peut emprunter ou utiliser ses fonds propres. Dans un environnement de croissance économique dynamique,
il est recommandé de s'endetter pour investir plutôt qu'utiliser ses fonds propres. En contrepartie, si la conjoncture économique se retourne et si un
ralentissement de la croissance apparaît, alors les entreprises avec des effets de leviers élevés auront plus de difficultés à rembourser leur dette et donc à être
solvables.
Figure 4
TAUX D’INVESTISSEMENT DES INDUSTRIES MANUFACTURIÈRES ET ALIMENTAIRES
Ensemble des catégories d'entreprise en %
Source : Insee, Esane

20

18

16

14

12 41
10

PANORAMA DES IAA 2022 FACTEUR DE COMPÉTITIVITÉ


6

0
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019

industrie manufacturière industries alimentaires


Champ : France, industries alimentaires (NAF 10) hors artisanat commercial. Ne comprend pas la fabrication de boisson (NAF 11)

Figure 5
TAUX D’INVESTISSEMENT DES INDUSTRIES AGROALIMENTAIRES
Ensemble des catégories d'entreprise
Source : Insee, Esane

14 % / 14 % 17 % / 17 % 16 % / 14,5 % 19 % / 21 % 17 % / 19 % 14 % / 14 %

Industrie Industries Fabrication Aliments Autres Boulangerie-


manufacturière agroalimentaires de boissons pour produits pâtisserie
animaux alimentaires & pâtes

26 % / 19,6 % 20 % / 18 % 19 % / 26,5 % 19 % / 23 % 21 % / 14 % 14 % / 16 %

Grains, Produits Huiles Fruits et Poisson, Viande et


amylacés laitiers et graisses légumes crustacés, préparation
transformés etc. à base
de viande

Chiffres 2019 / Chiffres 2017


Champ : France, entreprises des secteurs de l'industrie agroalimentaire (y compris artisanat commercial)
EMPLOI, FORMATION
ET ATTRACTIVITÉ DES MÉTIERS

L’agroalimentaire est le premier employeur en zone rurale font de la filière alimentaire


industriel de la France avec plus de 430 000 une filière essentielle non seulement en
emplois (voir « Dynamisme économique du termes de développement local, de maillage,

42 secteur : principaux faits et données macroé-


conomiques »). Les nombreuses implantations
d’équilibre des territoires, mais aussi au regard
des enjeux de souveraineté alimentaire.

RÉPARTITION DES IAA ET DES EMPLOIS ASSOCIÉS DANS LES RÉGIONS FRANÇAISES
Source : Esane 2019, Flores 2018, Sirus, Insee, traitements SSP

/ Effectifs salariés en ETP


23 176
/ Nombre d'unités légales
938
13 341
HAUTS-

689
DE-FRANCE

49 342 13 176 26 669

1 187
NORMANDIE
1 156 1 707
ÎLE-
BRETAGNE DE-FRANCE GRAND EST

34 142 942 509


BOUGOGNE-
PAYS DE LA LOIRE 8 045 943 FRANCHE-COMTÉ

CENTRE-
VAL DE LOIRE
12 708

29 337 NOUVELLE
27 997
AQUITAINE
AUVERGNE-
RHÔNE-ALPES 2 233
2 289

OCCITANIE
PROVENCE-ALPES-
CÔTE D'AZUR

21 883
1 614
2 283
9 468 CORSE

344
1 056
DÉPARTEMENTS D'OUTRE-MER

GUYANE MARTINIQUE GUADELOUPE LA RÉUNION

100
198 391 345

343 1 479 1 878 3 985

Champ : IAA dont fabrication de boissons et hors artisanat commercial, France. Nombre d’unités légales mono-régionales ou quasi mono-régionales et
leurs ETP Note : La régionalité a été calculée à partir de celle de 2018 et complétée par le répertoire SIRUS. Les chiffres présentés sont provisoires. Une
entreprise peut être localisée dans plusieurs régions. Ces données sont basées sur les unités légales monorégionales ou quasi mono-régionales. Entreprise
mono-régionale : tous les salariés (ou à défaut les établissements) sont dans la région. Entreprise quasi mono-régionale : le nombre de salariés (et à défaut
les établissements) est à plus de 80 % dans la région. Source Panorama des chiffres clés 2022.
Une filière pourvoyeuse d’emplois

D’après l’étude sectorielle publiée par Pôle Les projets de recrutement en 2021 et 2022
emploi en novembre 202120, le secteur de sont à la hausse.
la viande représente un quart de l’emploi
salarié. Pour 2021 :
• 80 510 projets de recrutements (+3,8 %
Parmi les secteurs de la filière les plus pour- par rapport à 2019) ;
voyeurs d’emplois figurent le secteur de la • 33 % des établissements recruteurs (+5 %) ;
viande et préparation de produits à base • 48 % de recrutements envisagés en CDI
de viande (26 % des salariés), la fabrication (+5 %) ;
• 48 % de recrutements jugés difficiles.
des produits de boulangerie-pâtisserie et
de pâtes alimentaires (14 %), les produits
43
laitiers (11 %), la fabrication des boissons Pour 2022 :
(10 %). Deux régions concentrent 1/10e des • 95 560 projets de recrutements (+18,78 %

PANORAMA DES IAA 2022 FACTEUR DE COMPÉTITIVITÉ


salariés : la Bretagne (6,2 %) et le Pays-de-la- par rapport à 2021) ;
Loire (4,4 %). La filière a maintenu un niveau • 61,1 % de recrutements jugés difficiles
d’embauche important dans le contexte de toutes régions confondues.
crise sanitaire. En effet, entre octobre 2020
et septembre 2021, Pôle emploi a enregistré Quatre régions concentrent la moitié des
28 200 offres d’emploi, soit une augmenta- projets de recrutements :
tion de +13,9 % sur un an contre 21,4 % pour • Nouvelle Aquitaine : 11 390 projets de
les autres secteurs. recrutements, 70 % étant jugés difficiles ;
• Pays-de-la-Loire : 11 360 projets de recru-
Les 3 métiers les plus recherchés par les tements, 67 % étant jugés difficiles ;
employeurs concernent : • Bretagne : 11 280 projets de recrutements,
1. La conduite d’équipement de production 78 % étant jugés difficiles ;
alimentaire (23,2 %) • Auvergne Rhône-Alpes : 11 120 projets de
2. La vente en alimentation (5,2 %) recrutements, 65 % étant jugés difficiles.
3. L’abattage et la découpe de viandes (5,1 %).

Les femmes dans l’industrie agroalimentaire

Dans le secteur agroalimentaire, les sous-représentées dans les métiers de la


femmes représentent 43 % des effectifs du maintenance et des travaux neufs et dans
secteur en 2020, en hausse par rapport à la logistique et sont au contraire majori-
2012 (38 %). Cette moyenne est plus élevée taires dans les métiers de contrôle, analyse
que la moyenne de l’industrie, qui s’établit et laboratoire, gestion, administration, res-
à 28 %21. Les femmes sont peu représen- sources humaines ou marketing. En matière
tées dans les secteurs de la sucrerie et de de rémunération et de statut au sein de
la raffinerie, dans la meunerie, et dans les l’entreprise, une enquête menée par l’Apec
entreprises de production de boissons sans en mars 2013 concluait à une différence de
alcool, d’eau ou de bières22. À l’inverse, les 25 % entre hommes et des femmes au poste
femmes sont nombreuses dans la biscuite- de cadre dans l’agroalimentaire, les femmes
rie, la confiserie, la boulangerie-pâtisserie, ayant un salaire annuel brut médian de
les aliments pour l’enfance et la diététique 44 000 euros contre 55 000 euros pour
ou encore les industries de produits alimen- les hommes. Selon l’étude Mutationelles
taires élaborés. Par ailleurs, seuls 1 % des 2013, les écarts de salaires, sur l’ensemble
techniciens de maintenance industrielle des salaires, seraient d’environ 20 % mais
sont des femmes et elles ne représentent pourraient atteindre 50 % pour les ingé-
que 17 % des superviseurs de production. De nieurs. Selon Observia, les disparités sont
façon générale, les femmes sont largement plus importantes chez les cadres et elles se

20. Cette étude porte sur un périmètre de 356 670 salariés et 12 580 établissements. https://www.pole-emploi.org/accueil/actualites/infographies/lemploi-dans-
lagroalimentaire--les-chiffres-cles-a-connaitre.html?type=article
21. https://www.violainecherrier.com/quelle-est-la-place-des-femmes-dans-lindustrie/
22. https://www.agro-media.fr/analyse/represention-femmes-dans-industrie-agroalimentaire-8742.html
creusent avec l’âge et les interruptions de
CONTRIBUTION DU PROGRAMME
carrières. 6 % de femmes sont cadres dans
ERASMUS + À L’ATTRACTIVITÉ
l’agroalimentaire et la plus grande majorité
ET AU DÉVELOPPEMENT DU SECTEUR
(49 %) sont ouvrières.
AGROALIMENTAIRE
L’étude qualitative réalisée par Kalliópê
Avec un financement de 97 millions d’euros sur l’ensemble de la Conseil et ManageriA publiée en 202023
programmation 2014-2020 au profit de l’enseignement agricole, révèle que les femmes24 qui travaillent dans
le programme Erasmus + soutient la politique éducative d’ou- le secteur de l’agroalimentaire sont globale-
verture à l’Europe et à l’international au bénéfice des jeunes des ment satisfaites d’évoluer dans ce secteur
établissements de l’agriculture. Cette part de 8,4 % des finan- mais qu’elles attendent une reconnaissance
cements nationaux bénéficie à l’attractivité des établissements par la rémunération ou les possibilités

44 et avant tout à l’ouverture d’esprit, à l’employabilité ainsi qu’au


sentiment d’appartenance à l’Union européenne de celles et
d’évolution et la disparation du plafond de
verre25.
ceux qui y étudient et y travaillent. C’est aussi de façon plus
globale, aux territoires ruraux et à l’égalité des chances pour
toutes et tous, quel que soit son lieu de résidence, que participe
ce programme européen. Le nouveau programme Erasmus + Des enjeux forts d'attractivité
2021-2027 s’annonce ambitieux en faveur de l’inclusion, du et de fidélisation des salariés
numérique et du développement durable, ce dernier axe se
déclinant au travers de l’ensemble des politiques européennes
et de différents projets. Le secteur doit faire face à la fois à de forts
besoins en emplois et en compétences et
Dans ce cadre, le projet VIRTUALITY a pour ambition, sur la base à d'importants renouvellements de main
d’une analyse des besoins des industries agroalimentaires et des d’œuvre. Selon les professionnels, le poten-
centres de formation, de créer des modules de formation en tiel d'embauche est très important puisque
réalité virtuelle notamment pour augmenter leur employabilité 30 000 à 40 000 emplois seraient non pour-
en leur permettant une montée en compétence facilitée. vus, essentiellement sur des métiers en
tension, notamment en production, en
Le projet AISkill4CircularTransition1 vise à renforcer la prise de maintenance et dans le domaine commer-
conscience, améliorer les connaissances et les compétences cial. Le secteur connaît 27 000 à 47 000
des professionnels de l'agroalimentaire dans les domaines de recrutements/an depuis 2015, dont 55 % en
l’intelligence artificielle et de l’économie circulaire, afin de leur CDI. Plus de 80 000 projets de recrutement
permettre de s'engager dans des activités de transformation et ont été enregistrés en 2021 pour toute la
d'innovation qui auront un impact positif sur le développement filière26.
de leurs entreprises et sur la transition écologique. Dans ce contexte, les actions visant à amé-
liorer l'attractivité du secteur, notamment
1. https://www.aiskills4ct-erasmus.eu/ par une meilleure connaissance des métiers,
prennent une importance particulière. Au
total, de nombreuses initiatives, nationales
et locales sont déployées en faveur de l'at-
tractivité et de la fidélisation des salariés
de la filière sur les territoires. Elles visent
à instaurer et entretenir des dynamiques
et synergies entre les acteurs (employeurs,
acteurs de l'emploi, de la formation et de
l'insertion) au bénéfice de l'emploi dans la
filière alimentaire. Elles sont notamment
portées dans le cadre de la Charte emploi
et du Contrat stratégique de la filière
agroalimentaire.

23. Étude quantitative exhaustive investiguant les rapports qu’entretiennent avec leur secteur les professionnels de l’agroalimentaire a été réalisée puis publiée fin
2020. Qu’est -ce qui rend les Femmes du secteur de l’Agroalimentaire heureuses ?
24. Le terme femme désigne l’être dans l’espèce humaine de sexe féminin et/ou qui s’identifie au genre féminin.
25. Le plafond de verre désigne les freins invisibles à la promotion des femmes dans les structures hiérarchiques. Il constitue un obstacle dans l’évolution de leur
carrière au sein de l’entreprise et limite leur accès à des postes à responsabilité.
26. ANIA – Partenariats et projets en cours. https://www.ania.net/wp-content/uploads/2021/11/Affaires-sociales-Partenariats-et-des-projets-en-cours.pdf
LES ENGAGEMENTS DE LA FILIÈRE AGROALIMENTAIRE EN FAVEUR DE L’EMPLOI
DES JEUNES ET DES PUBLICS ÉLOIGNÉS DE L’EMPLOI

L’État et les représentants de la filière (entreprises agroalimen- agricole une convention de partenariat2 avec l’Institut de
taires, organisations syndicales) ont signé le 28 février 2022 un formation régional des industries alimentaires (IFRIA) Île-de-
avenant au contrat stratégique de la filière agroalimentaire1 France dans le cadre du projet « Archipel » issu du Plan d’inves-
pour encourager un déploiement vers plus de compétitivité, tissement dans les compétences3 (PIC) 100 % inclusion, soutenu
de durabilité et de création d’emplois. Plusieurs actions visent par l’État et la Caisse des Dépôts.
à consolider le positionnement des industries agroalimentaires
en tant qu’acteur majeur de l’emploi. Il s’agit en particulier de Par ailleurs, le CSF Agroalimentaire a signé, via l’ANIA, le 26
promouvoir l’attractivité des métiers et les parcours d’appren- janvier 2022 un partenariat avec le Réseau E2C4 en faveur de
tissage et de participer au développement des territoires et à
la cohésion sociale. La majorité des entreprises de la filière sont
l’emploi des jeunes sans qualification. L’ambition de ce par-
tenariat est de faciliter la mise en œuvre de projets et d’ex-
45
d’ores et déjà engagées pour l’emploi et la formation, notam- périmentations favorisant l’accès à l’emploi des jeunes sur
ment des jeunes et des publics éloignés de l’emploi. l’ensemble du territoire. Il s’agit de permettre la découverte

PANORAMA DES IAA 2022 FACTEUR DE COMPÉTITIVITÉ


des métiers du secteur agroalimentaire, mettre en valeur les
Pour les jeunes sans qualification, le comité stratégique de perspectives et débouchés dans ce secteur et susciter des
filière (CSF) Agroalimentaire a rejoint dès 2021 le plan lancé par vocations.
le ministère du Travail, du Plein emploi et de l'Insertion intitulé
« 1 jeune 1 solution », proposant des solutions de formation et Enfin, le 4 mars 2022, la filière agroalimentaire a formalisé, via
d’emploi. l’ANIA et la Coopération Agricole, son engagement avec le
Collectif Mentorat5, pour promouvoir le mentorat des jeunes
S’agissant des publics éloignés de l’emploi, le CSF Agro- auprès des industries agroalimentaires, favoriser la réussite sco-
alimentaire a signé en mai 2021 via l’ANIA et la Coopération laire et améliorer l’insertion professionnelle.

1. Le Contrat Stratégique de la filière Agroalimentaire (CSFA) vise à renforcer la capacité d’innovation des entreprises, au moyen d’actions concrètes et structurantes, cohérentes
avec les conclusions des États Généraux de l’Alimentation (EGA) et en lien avec les territoires. Ce CSFA doit permettre aux entreprises de mieux répondre aux attentes des
consommateurs sur les enjeux sanitaires, économiques, environnementaux et sociaux.
2. Le projet Archipel vise au déploiement de parcours de remobilisation spécifiques en alternance pour les personnes éloignées de l’emploi. 720 personnes seront accompagnées
dans ce cadre. Ce projet réunit grandes entreprises, professionnels de l’emploi et partenaires locaux dans l’objectif de favoriser l’insertion professionnelle des personnes éloignées
de l’emploi. https://www.ania.net/affaires-sociales/cp-lania-et-lifria-ile-de-france-signent-une-convention-de-partenariat-dans-le-cadre-du-projet-pic-100-inclusion-archipel
3. Le Plan d’investissement dans les compétences (PIC) est le 2e axe du Grand plan d’investissement 2018-2022. Il a pour objectif de renforcer les compétences et améliorer
la qualification par la formation des jeunes et des demandeurs d'emploi, pour permettre un retour à l'emploi. Concrètement, le gouvernement souhaite d’une part proposer un
« accompagnement renforcé » à un million de jeunes en situation de décrochage, et d’autre part former un million de demandeurs d’emplois éloignés du marché du travail.
4. Le Réseau E2C regroupe 139 sites-écoles de la deuxième chance répartis sur l’ensemble du territoire national. Ceux-ci proposent un parcours de formation et d’accompagnement
individualisé pour les jeunes sans qualification souhaitant accéder à un emploi ou une formation.
5. Le Collectif Mentorat https://lementorat.fr/ pilote et anime la plate-forme « 1 jeune1mentor » https://www.1jeune1mentor.fr/ qui permet d’orienter vers les associations de mentorat
les jeunes qui souhaitent être mentorés et les bénévoles qui proposent de devenir mentors. Cette initiative s’inscrit dans le plan « 1jeune1solution ». Elle vise à donner
aux jeunes toutes les ressources pour préparer leur avenir.

#LESENTREPRENEURSDUVIVANTRECRUTENT

En 2021, le Gouvernement français a décidé le lancement des établissements scolaires et au sein des commerces ainsi
d’une campagne de communication d’ampleur inédite que dans près de 500 gares) et relayée par un dispositif digital
« #LesEntrepreneursDuVivantrecrutent » portée par le plan France s’adressant tout particulièrement aux jeunes. Enfin, une page
Relance1. Axée sur l’attractivité des métiers de l’agroalimentaire, internet dédiée « https://agriculture.gouv.fr/entrepreneurs-du-
mais aussi de l’agriculture, du paysage, de la forêt, de l’aquaculture vivant » a été ouverte pour aiguiller les candidats intéressés vers
et de la pêche, cette campagne d’envergure s’est adressée aux les différents sites d’information sur les métiers et les formations
publics jeunes et à leurs familles, ainsi qu’aux actifs en reconversion. existantes ainsi que vers les plateformes d’offres d’emploi.
Elle a été déployée à compter de juillet 2021 sur différents canaux : Les directions régionales du ministère de l’Agriculture et de la
télévision, presse quotidienne nationale et presse quotidienne Souveraineté alimentaire et du secrétariat d’État chargé de la mer
régionale. Elle a été suivie d’une deuxième vague de diffusion ont été pleinement mobilisées sur les territoires pour relayer ces
en septembre 2021, complétée par une campagne d’affichage opérations et mettre en œuvre des initiatives complémentaires au
sur le territoire (dans les zones urbaines et semi-urbaines, près regard des enjeux locaux.

1. Le plan France Relance a proposé des mesures concrètes à destination des particuliers, des entreprises, des associations, des collectivités et des administrations pour accélérer les
transformations écologiques, industrielles et sociales de la France. Afin de relancer rapidement l’économie et d’obtenir des résultats en matière de décarbonation, de reconquête
industrielle, de renforcement des compétences et des qualifications sur l’ensemble du territoire, un plan exceptionnel de 100 milliards d’euros est déployé par le Gouvernement
français autour de trois volets : la transition écologique, la compétitivité et la cohésion.
OCAPIAT, l’opérateur Données clés d'OCAPIAT (2020)27:
de compétences au service • 50 branches professionnelles représentées
de la filière agri, agro, pêche • 179 000 entreprises adhérentes et diri-
geants non-salariés (pêche) dont 98,5 %
emploient moins de 50 salariés ;
Créé le 1er avril 2019, l'opérateur de compé- • 1 262 642 salariés couverts dont 5 sur 10
tences OCAPIAT regroupe l'interbranche travaillent dans une entreprise de moins
des entreprises et exploitations agricoles et de 50 salariés ;
des acteurs du territoire, le secteur alimen- • 1,11 milliard d’euros d’engagements finan-
taire (industries alimentaires, coopération ciers en 2021 ;
agricole et familles associées, commerce • 211 125 actions de formation financées
agricole), la pêche, les cultures marines et la soit 92 millions d’heures de formation

46 coopération maritime. pour 640 443 bénéficiaires ;


• 30 points de proximité OCAPIAT implan-
OCAPIAT s’est donné pour ambition de : tés dans les directions régionales et 350
• soutenir la compétitivité des entreprises salariés.
et de l’économie ;
• faciliter l’accès des salariés des TPE/PME
et des personnes les moins qualifiées à la
formation ; FOCUS
• développer l’alternance, SUR L’APPRENTISSAGE
• accompagner l’effort de professionnalisa-
tion des salariés ; L’apprentissage est la voie privilégiée
• développer des services de proximité pour accéder à une formation en
dans les territoires, agroalimentaire, qui va du certificat
• être vecteur d’efficacité au service d'aptitude professionnelle (CAP) au
des politiques de branches ou d’inter- master. Il allie théorie et pratique en
branches en matière de formation profes- entreprise et permet aux jeunes de
sionnelle et d’alternance. trouver plus facilement un emploi
à l’issue de leur formation tout en
Les orientations stratégiques d'OCAPIAT, étant rémunérés. Tous secteurs
dans une logique d’approche intégrée de la confondus, le nombre de contrats
filière, sont les suivantes : d’apprentissage a été multiplié par
• accompagner les branches profession- 2,4 entre 2017 et 2021. L’industrie
nelles dans la définition de leur politique alimentaire est le 3e secteur à avoir
de formation et de certification profes- recruté le plus d’apprentis en 2020
sionnelle ; avec 30 772 apprentis recrutés1.
• développer les compétences des actifs OCAPIAT propose depuis 2020 un
(salariés ou futures recrues) au sein des portail en ligne pour faciliter les
entreprises, notamment les TPE/PME et démarches des futurs apprentis et
les alternants ; des entreprises qui souhaitent les
• soutenir financièrement les projets de accueillir : « Cap vers l’alternance2 »
formation et de recrutement en alter- qui donne accès à une information
nance des entreprises ; claire et à des actualités sur cette
• faciliter l’accès des personnes les moins voie de formation en plein essor.
qualifiées à la formation. L’apprentissage dans l’enseignement
agricole a atteint un niveau histo-
À partir de 2022, la collecte des contribu- rique en 2021 avec 45 717 apprentis,
tions de formation professionnelle et de la en hausse de 22 % sur un an, après
taxe d’apprentissage (CUFPA) est confiée à une progression de 20 % en 2019-
l’Union de recouvrement des cotisations de 2020 et de 16 % en 2018-2019.
Sécurité sociale et d'allocations familiales
(Urssaf) et à la Mutualité sociale agricole 1. Source : Les chiffres de l’apprentissage en
(MSA). Les contributions conventionnelles 2020 – Ministère du Travail, du Plein emploi et de
l’Insertion professionnelle - https://travail-emploi.
de formation professionnelle et les verse- gouv.fr/actualites/l-actualite-du-ministere/article/
ments volontaires de formation profession- apprentissage-en-2020-une-annee-record-malgre-la-
crise-sanitaire
nelle continuent à être versées aux orga- 2. https://www.ocapiat.fr/capalt/capverslalternance/
nismes collecteurs comme OCAPIAT.

27. https://www.ocapiat.fr/chiffres-cles/
Les formations dédiées au secteur alimentaire
dans l'enseignement technique agricole

Les établissements d'enseignement tech- et fromages, produits carnés et poissons, jus


nique relevant du ministère de l’Agricul- de fruits et boissons, produits céréaliers et
ture et de la Souveraineté alimentaire plats cuisinés. Afin d'accroître leur visibilité
proposent des formations du niveau 3 au au plan national auprès des partenaires insti-
niveau 528 pour se préparer aux métiers tutionnels et des branches professionnelles,
de l’agroalimentaire, qui s'adressent aussi 47 établissements publics locaux à domi-
bien aux jeunes en formation initiale sco- nante agroalimentaire travaillent ensemble
laire ou en apprentissage qu'aux actifs en au sein du réseau « Formation agroalimen-
formation professionnelle continue. Ces
formations portent sur les activités profes-
taire - F2A ». Cela permet une mutualisation
des compétences spécifiques en ingénierie
47
sionnelles d'élaboration et fabrication des de formation et des ressources des établis-
produits alimentaires, de contrôle de la sements pour renforcer les liens avec les

PANORAMA DES IAA 2022 FACTEUR DE COMPÉTITIVITÉ


qualité des aliments et de commercialisa- entreprises des branches alimentaires.
tion des produits.

La formation professionnelle
Les diplômes du ministère de continue dans l'enseignement
l’Agriculture et de la Souveraineté technique agricole
Alimentaire préparant aux métiers
de l'agroalimentaire En plus des formations diplômantes, acces-
sibles également par la formation continue,
Du CAP agricole (niveau 3) au brevet de les établissements d'enseignement agricole
technicien supérieur (BTSA) (niveau 5), interviennent sur 3 types de prestations :
les diplômes proposés par le ministère de
l’Agriculture et de la Souveraineté alimen- 1. Actions de formation certifiante intra ou
taire préparant aux métiers de l'agroalimen- inter-entreprises
taire sont nombreux, et permettent d'ac- En réponse aux besoins des entreprises, les
céder à une grande diversité de niveaux de établissements interviennent auprès des
qualification. entreprises (in situ) ou dans leurs propres
locaux sur différentes thématiques. Cela
Les métiers visés par les diplômes de niveau offre aux salariés l’accès à des blocs de com-
3 et 4 sont très variés : opérateurs polyva- pétences, ce qui permet leur reconnaissance
lents de fabrication de produits alimen- en tant que partie de certification profes-
taires, conducteurs de lignes de production sionnelle, tout en bénéficiant de finance-
agroalimentaire, employés d’entreprises de ments de la formation professionnelle.
distribution spécialisées dans les produits
alimentaires… Par ailleurs, le BTSA permet 2. Conception de parcours d'intégration de
d’exercer une fonction de technicien supé- nouveaux salariés
rieur salarié. Il vise les métiers de technicien Après un positionnement pour évaluer leurs
de production, d’agent de relation avec la compétences, les opérateurs qualifiés (ou
production agricole, de technicien de labo- non qualifiés) ou les demandeurs d’emploi
ratoire agroalimentaire et de technico-com- peuvent suivre une formation adaptée à
mercial en industrie agroalimentaire. leurs besoins et à ceux de l'entreprise, d'une
durée de 2 à 10 semaines.
Les établissements de formation spécialisés
Les établissements d’enseignement tech- 3. Reconversion ou évolution professionnelle
nique agricole qui dispensent des forma- Le Projet de Transition Professionnelle est
tions agroalimentaires disposent pour une une modalité particulière de mobilisation
bonne part d'ateliers technologiques, qui du compte personnel de formation (CPF),
sont des plateaux techniques d'enseigne- permettant aux salariés souhaitant chan-
ment à rayonnement régional. Selon les ger de métier ou de profession de financer
établissements, ces structures sont spécia- des formations certifiantes en lien avec leur
lisées dans l’élaboration de produits laitiers projet.

28. CAP, BEP sont de niveau 3 (anciennement V), Baccalauréat de niveau 4 (anciennement IV), DEUG, BTS, DUT, DEUST de niveau 5 (anciennement III), Licence,
licence professionnelle, BUT de niveau 6 (anciennement II), Maîtrise, master 1 de niveau 6 (anciennement II), Master, diplôme d'études approfondies, diplôme
d'études supérieures spécialisées, diplôme d'ingénieur de niveau 7 (anciennement I), Doctorat, habilitation à diriger des recherches de niveau 8 (anciennement I).
Les certificats de qualification professionnelle
des branches professionnelles

Ces deux dernières années, des travaux ont Pour 2022-2023, la filière alimentaire souhaite :
été menés en matière d’ingénierie des certi- • faire évoluer l’offre de formation certi-
fications afin de réviser les blocs de compé- fiante afin de répondre aux enjeux écono-
tences des certificats de qualification pro- miques, technologiques, écologiques et
fessionnelle (CQP) du secteur alimentaire, sociétaux ;
en visant leur mise en conformité avec les • adapter les outils digitaux de traçabilité,
attendus de France Compétences et leur de positionnement et d’évaluation des
réinscription au répertoire national des cer- candidats au fur et à mesure de la mise

48 tifications professionnelles (RNCP). Afin de


promouvoir l’ensemble des certifications
à jour des référentiels CQP(I) pour conti-
nuer à répondre aux besoins de des entre-
créées à l’initiative des branches profes- prises de la filière alimentaire et de leurs
sionnelles et la démarche associée, un site salariés ;
(https://cqp.ocapiat.fr/) a été lancé en 2020. • adapter la plateforme d’évaluation, de
En 2022, le secteur alimentaire dénombre gestion et de traçabilité des CQP afin d’y
70 CQP dont : 15 CQP transverses aux intégrer toutes certifications, d’y accéder
branches des 3 sous-secteurs du secteur ali- via l’ensemble des supports existants (PC,
mentaire (IAA, Coopératives et Commerce smartphones, tablettes) et de suivre les
agricole), 1 CQP transverse aux branches cohortes.
des IAA, 6 CQP spécifiques reconnus par
plusieurs branches professionnelles. 32 CQP
sont inscrits au RNCP.

La charte emploi de la filière alimentaire étend son périmètre


à l’agriculture et à la pêche (2020-2023)

L’État et les représentants du secteur alimen- agroécologique au service d’une alimen-


taire ont signé en mai 2020 une cinquième tation saine, durable, locale et accessible
charte emploi alimentaire29 pour la période pour tous et s’adapter au réchauffement
2020-2022. Dans une volonté partagée de climatique.
travailler aux enjeux emploi-formation-com-
pétences transverses à la filière, tout en L’évolution des compétences des salariés,
respectant les spécificités des secteurs qui notamment les moins qualifiés, et la sécu-
la composent, les parties prenantes ont risation des parcours professionnels sont
décidé d’étendre le périmètre de la Charte déterminants pour relever ces défis. Il faut
à deux secteurs amont de la filière : l’inter- tenir compte des évolutions (transforma-
branche des entreprises/exploitations agri- tions numériques, mutations économiques,
coles et des acteurs du territoire, ainsi que sociétales, environnementales, réglemen-
la pêche, les cultures marines et la coopéra- taires) et des spécificités sectorielles et ter-
tion maritime. ritoriales, comme de la saisonnalité de cer-
tains emplois, tout en visant l’amélioration
Les différents secteurs sont en effet des conditions de travail et de la qualité de
confrontés à des difficultés de recrutement vie au travail.
similaires et, du fait de leur fort ancrage ter-
ritorial, sont au cœur des enjeux de déve- La charte, étendue à l’ensemble du péri-
loppement local en termes d’emplois, de mètre, a été signée par l’État et les branches
compétences et de mobilités profession- professionnelles le 4 mars 2022. Prolongée
nelles. Ils font par ailleurs face à des enjeux jusqu’à fin 2023, elle est dotée d’un budget
stratégiques communs : assurer la souve- prévisionnel de 14 millions d’euros, dont un
raineté alimentaire, accélérer la transition tiers apporté par l’État.

29. La Charte emploi alimentaire vise à anticiper les conséquences sur l’emploi, les métiers et les compétences des mutations en cours, à accompagner
les branches professionnelles et les entreprises dans leurs démarches de Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences (GPEC) et à adapter l’offre
des certifications et des formations permettant l’acquisition des compétences.
La charte emploi permet notamment de :
LA CHARTE EMPLOI SOUTIENT
• appuyer le conseil ressources humaines LA FILIÈRE VOLAILLES –
(RH) aux entreprises : accompagner les
FOIE GRAS PENDANT
entreprises de moins de 300 salariés,
L’ÉPISODE DE GRIPPE AVIAIRE
notamment les structures de moins de
50 salariés sans fonction RH structurée,
à la gestion prévisionnelle de l’emploi et Comme plusieurs pays d’Europe, la France a été confrontée à un épi-
des compétences ; sode d’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) à partir de la
• développer l’accompagnement des mobi- mi-novembre 2020, puis à partir de l’automne 2021. La maladie cir-
lités, favoriser les passerelles entre métiers cule activement dans la faune sauvage et se manifeste à l’occasion
et entre secteurs, et sécuriser l’emploi à des migrations vers le Sud. Le Sud-Ouest a été particulièrement tou-
travers des parcours qualifiants : acquisi- ché. En l’absence de nouveaux foyers dans la région, des remises en
tion de blocs de compétences de CQP et
CQP Interentreprises par des actions de
place sous conditions strictes ont été rendues possibles à partir du
29 mars 2022 dans la zone réglementée du Sud-Ouest. Au global,
49
formation inter-entreprises ; depuis le début de la crise, près de 4,18 millions animaux ont été
• accompagner les salariés les plus fragiles abattus, dont 3,44 millions dans le Sud-Ouest.

PANORAMA DES IAA 2022 FACTEUR DE COMPÉTITIVITÉ


pour faciliter leur intégration dans l’emploi ;
• mener des actions pour renforcer l’attrac- Un plan Grippe Aviaire dédié a été mis en place pendant cette
tivité des métiers et des entreprises, telles période qui a fortement impacté l’activité des entreprises (activité
que des actions de sensibilisation collec- partielle). En complément, la Charte Emploi a été mobilisée pour
tive à la marque employeur et des actions répondre aux besoins de développement de compétences des
en faveur de la qualité de vie au travail. entreprises et des salariés de la filière : coopératives spécialisées
dans le canard et le foie gras, entreprises de transformation notam-
Début 2022, plus de 1 000 entreprises ment conserveries, groupements d’employeurs intervenant dans la
alimentaires avaient déjà bénéficié de la filière. Il s’agit principalement de TPE et PME.
charte emploi alimentaire.
La Charte a soutenu des actions et parcours de développement
de compétences visant à : renforcer l’employabilité et la mobilité
interne et externe, développer des compétences métiers (hygiène,
L’agroalimentaire : environnement, produits, commercial) et acquérir des certifications
une filière résiliente face (certificat de connaissances et de compétences professionnelles
à la crise sanitaire COVID-19 (socle CLEA), parcours Français Langues Etrangères, langues, mana-
gement, CQP du secteur alimentaire).

OCAPIAT a mené une grande enquête de Les publics, issus des entreprises impactées par la crise aviaire, sont
mars à début mai 2021 auprès de ses 50 essentiellement des opérateurs, employés qualifiés et non quali-
branches professionnelles adhérentes pour fiés, agents et techniciens de maintenance, encadrants de premier
évaluer l’impact de la crise sanitaire sur niveau et encadrants d’ateliers, agents des services qualité, supports
l’activité économique et les emplois dans administratifs et commerciaux.
les entreprises, identifier leurs stratégies de
sortie de crise, et anticiper leurs besoins de
recrutements et de compétences pour l’an-
née à venir.

Ce diagnostic-action COVID-1930 a été réa-


lisé dans le cadre de la démarche portant
Engagement de développement de l’em-
ploi et des compétences (EDEC). Il a béné-
ficié d’un cofinancement et de l’expertise
du ministère du Travail, du Plein emploi et
de l’Insertion professionnelle (Délégation
générale à l'emploi et à la formation profes-
sionnelle) au titre du Plan d’Investissement

30. Quel est l’impact de la crise COVID-19 sur les entreprises des secteurs agriculture, agroalimentaire et pêche ? – Synthèse du diagnostic-action – Janvier 2022 -
https://www.ocapiat.fr/quel-est-limpact-de-la-crise-COVID-19-sur-les-entreprises-du-secteur-agriculture-agroalimentaire-et-peche/
dans les compétences (PIC). 4 309 entre- S’agissant des restructurations, le nombre
prises ont été interrogées, dont 2 116 entre- de plan de sauvegarde de l'emploi, de
prises du secteur agricole, 1 169 entreprises Rupture conventionnelle collective ou d’ac-
relevant des industries agroalimentaires, 681 cord de performance collective est resté
des entreprises de la coopération agricole très réduit en 2020. En effet, seules 4 % des
et 255 entreprises du commerce agricole. entreprises du secteur de l’agroalimentaire
déclarent y avoir eu recours et seulement
Ce diagnostic a mis en avant la bonne 10 % des entreprises déclarent avoir renoncé
résilience de ces filières où en moyenne à au moins un recrutement qui était prévu
le chiffre d’affaires n’a chuté que de 2,5 % à cause de la crise sanitaire. Par ailleurs, les
entre 2019 et 2020, contre 11,5 % dans les difficultés de recrutement se sont accrues
autres secteurs de l’économie. Les PME dans l’industrie alimentaire atteignant 56 %

50 ont le plus souffert de la crise. Les grandes


entreprises ont porté le secteur en 2020
en 2020, contre 38 % en 2016 et 48 % en
2018. Ces difficultés concernent d’abord les
car elles ont pu rapidement s’adapter aux métiers de production et de conditionne-
nouvelles habitudes de consommation ment (39 %), puis de l’achat-commercialisa-
des français, du fait de la diversification tion-vente-marketing (17 %). La cause princi-
déjà existante de leurs marchés. Les entre- pale est liée à l’inadéquation en nombre et
prises positionnées sur les produits haut de en qualité des candidatures.
gamme ont été les plus touchées, quel que
soit le secteur. Dans le secteur agroalimen- Dans une perspective de sortie de crise et
taire, les mesures phares en matière d’em- pour surmonter les principaux défis RH de
ploi pour faire face à la crise ont été le télé- la filière, le diagnostic-action formule des
travail (48 % des entreprises), le chômage pistes de recommandations, telles que le
technique et partiel (44 % des entreprises) renforcement des travaux prospectifs et
et l’aménagement des horaires de travail des ingénieries d’accompagnement des
(34 %). Le maintien de l’emploi pérenne démarches compétences ou encore l’adop-
des salariés permanents (CDI) semble avoir tion d’une stratégie de promotion de la
primé tandis que de nombreux contrats « Marque employeur31 » dans les différentes
courts n’ont pas été reconduits. branches de la filière.

31. La marque employeur désigne l’ensemble des problématiques d’image de marque liées à la gestion des ressources humaines et au recrutement
d’une entreprise.
LA DIFFÉRENCIATION
DES PRODUITS
AGROALIMENTAIRES

La différenciation des produits est un de production ou leur origine. Ils renforcent


des principaux moyens dont dispose une
entreprise pour capter de la valeur : elle lui
le développement des secteurs agricoles et
agroalimentaires par une stratégie de dif-
51
permet de capter un pouvoir de marché férenciation claire sur la qualité et l'origine
et d’échapper partiellement à la pression des produits. Ils garantissent des aliments

PANORAMA DES IAA 2022 FACTEUR DE COMPÉTITIVITÉ


compétitive sur les coûts de production. de qualité, typiques, élaborés dans le res-
Il s’agit d’un mécanisme particulièrement pect de l'environnement et du bien-être
important dans le secteur alimentaire, où animal, et permettent de répondre aux
coexistent de nombreux produits mais aussi attentes des consommateurs, tant sur le
modes de production. La pression compé- marché national qu’international.
titive forte à laquelle est soumis le secteur
alimentaire (voir le chapitre « répartition de La majorité des modes officiels de valori-
la valeur ») a engendré une multiplication sation entrent dans le champ de l'article
des démarches privées de différenciation, 24 de la loi 2018-938 du 30/10/2018, publié
encadrées ou non par un cahier des charges à l'issue des États Généraux de l'Alimenta-
et un système de certification. La puissance tion, et modifié par l’article 257 de la loi
publique a défini depuis longtemps des n°2021-1104 du 22 août 2021 portant lutte
modes officiels de valorisation des produits, contre le réchauffement climatique et ren-
qui sont l’objet du présent chapitre. forcement de la résilience face à ses effets,
dite loi Climat et résilience33. Cet article pré-
Les modes officiels de valorisation des voit que la part des produits durables et de
produits agricoles et alimentaires32 prévus qualité soit au moins égale à 50 %, dont 20 %
par le code rural et de la pêche maritime pour l'agriculture biologique, dans la com-
(CRPM) comprennent les signes d’identifi- position des repas servis en restauration col-
cation de la qualité et de l’origine (AOP, IGP, lective. Ces objectifs doivent être atteints à
STG, Label rouge et Bio), les mentions valo- compter du 1er janvier 2022 pour la restaura-
risantes (certification environnementale, tion collective à vocation de service public
fermier, pays, et montagne) et la démarche (articles L. 230-5-1 et L. 230-5-2 du CRPM) et
de certification de conformité des produits à compter du 1er janvier 2024 pour tous les
(CCP). restaurants dont des personnes morales de
droit privé ont la charge, y compris les res-
Ces différents modes de valorisation, garan- taurants collectifs des entreprises privées
tis par l’État, permettent la promotion de la (loi Climat). Des précisions sont apportées
diversité des produits et l’identification de dans la partie 3.4 Climat et biodiversité du
leurs caractéristiques, ainsi que leur mode présent Panorama des IAA.

32. https://agriculture.gouv.fr/valorisation-des-produits-tout-savoir-sur-les-signes-officiels
33. Détails présentés dans la partie 3. ENVIRONNEMENT INTEGRE AUX FILIERES du Panorama des IAA 2022.
DÉMARCHES ET PRISE EN COMPTE LA HAUTE VALEUR
DES ATTENTES SOCIÉTALES ENVIRONNEMENTALE

Un certain nombre d’attentes sociétales se développent et


sont prises en compte en fonction des spécificités de chaque
démarche. Pour la première fois, la réforme de la politique
agricole commune (PAC) adoptée en 2021, introduit explici-
tement que la contribution au développement durable fait Si la dynamique de la certification
partie des propriétés conférant une valeur ajoutée aux pro- Haute valeur environnementale (HVE)
duits bénéficiant d’une indication géographique. est réelle, la confiance des consom-
mateurs en ce label qui a près de

52 Les professionnels de l’Institut national de l'origine et de


la qualité (INAO) ont adopté, en décembre 2020, une pro-
10 ans d'existence doit être renforcée.
Un chantier de rénovation du référentiel
position visant à encourager l’intégration des dispositions a été lancé fin 2021. Ces réflexions ont
agro-environnementales ou une certification environne- été conduites au sein de groupes de tra-
mentale ou une certification biologique dans les cahiers des vail et au sein de la CNCE, qui portaient
charges des produits sous signes de qualité. Cette orientation à la fois sur les items du référentiel de la
est maintenant déployée dans un cadre européen rénové et HVE, mais aussi sur le niveau plus global
dans celui de la loi Climat et résilience de 2021. de chacun des quatre indicateurs (biodi-
versité, phytosanitaire, fertilisation, irri-
Les demandes de modifications des cahiers des charges qui gation) pour préserver la vision globale
pourront intégrer ces dispositions sont évaluées par les ins- du niveau d’exigence du référentiel. Le
tances de l’INAO, au sein desquelles siègent des représen- nouveau référentiel s’est appliqué pour
tants des consommateurs, et depuis mars 2022, des associa- les nouveaux certifiés au cours du der-
tions de protection de l’environnement. nier trimestre 2022 et une phase transi-
toire est prévue pour les exploitations
En matière de production biologique, le règlement (UE) déjà certifiées.
2018/848 du Parlement européen et du Conseil du 30 mai
2018 relatif à la production biologique et à l’étiquetage des
produits biologiques, publié au Journal officiel de l’Union
européenne le 14 juin 2018, et applicable depuis le 1er janvier
2022, prévoit de nouvelles exigences réglementaires qui tra-
duisent de manière opérationnelle les principes fondamen-
taux de la production biologique.

Par exemple il est prévu de :


• rendre obligatoire la présence de cultures de légumineuses
dans les rotations ;
• renforcer le seuil d’autonomie alimentaire en portant à
30 % le taux d’aliments devant provenir de l’exploitation
ou de la région pour les élevages de porcs et volailles
(contre 20 % aujourd'hui) ;
• renforcer le bien-être animal en interdisant le limage des
dents et la caudectomie pour les porcs1.

1. La caudectomie consiste à couper la queue des porcs pour éviter les morsures
(caudophagie) qui peuvent entraîner des réactions en chaîne en élevage, les mordus
devenant mordeurs.
Signes d’identification de la qualité et de l’origine

Les signes d’identification de la qualité et L'indication géographique (IG)


de l’origine (SIQO) sont garantis, reconnus s'appliquent aux boissons spi-
et contrôlés par l’État. Ils sont facilement ritueuses lorsque la qualité,
reconnaissables grâce à leurs logos natio- la réputation ou une autre
naux et/ou européens. caractéristique déterminée du
produit peut être attribuée essentiellement
Le Label rouge est un signe à l'origine géographique. Il existe en France
français qui désigne un pro- 35 indications géographiques (Cognac,
duit, encadré par un cahier Calvados).
des charges précis, qui par
ses conditions particulières de production L'indication géographique
53
ou de fabrication, a un niveau de qualité protégée (IGP) est un signe
supérieure par rapport aux autres produits distinctif européen qui pro-

PANORAMA DES IAA 2022 FACTEUR DE COMPÉTITIVITÉ


courants similaires habituellement com- tège un produit répondant à
mercialisés. Au 31 mai 2022, on compte un cahier des charges précis et
436 cahiers des charges Label rouge, dont dont au moins une étape de fabrication est
plus de 330 dans les filières viandes (dont réalisée dans une zone géographique défi-
œufs), charcuteries et salaisons. Le suivi du nie, pour les IGP du secteur agroalimentaire.
maintien dans le temps de la qualité supé- Au 31 mai 2022, 148 IGP sont enregistrées
rieure est assuré par la réalisation d’analyses en France dont plus de la moitié en produits
sensorielles et de tests organoleptiques, qui carnés auxquelles s'ajoutent 75 IGP viticoles
comparent le produit Label rouge avec le et 2 cidres.
produit courant.
La spécialité traditionnelle
L'appellation d'origine pro- garantie (STG) protège une
tégée (AOP) protège un pro- recette traditionnelle au
duit, répondant à un cahier niveau de l'Union européenne.
des charges précis et dont Sa qualité est liée à une pratique
toutes les étapes de fabrication traditionnelle d'un mode de production, de
(la production, la transformation et l'élabo- transformation ou à l'utilisation de matières
ration) sont réalisées dans une même zone premières ou ingrédients traditionnel-
géographique. Sa qualité et ses caractéris- lement utilisés dans l'élaboration d'une
tiques sont dues essentiellement ou exclu- denrée alimentaire. En France les Moules
sivement à un milieu géographique parti- de bouchot et le Berthoud bénéficient de
culier et aux facteurs naturels et humains cette distinction.
qui lui sont inhérents. C'est un signe euro-
péen qui protège le nom du produit dans La production
toute l'Union européenne (UE). Au 31 mai biologique est
2022, 102 AOP sont décomptées dont 51 encadrée par une
AOP laitières et 51 AOP agroalimentaires règlementation
auxquelles s’ajoutent les 365 AOC/AOP du européenne qui
secteur viticole. garantit le respect de l'environnement et
du bien-être animal. Un produit est consi-
L’appellation d’origine contrô- déré comme bio, uniquement s'il est un
lée (AOC) constitue une étape produit agricole ou une denrée alimentaire
vers l’AOP et permet une pro- issu de l’agriculture biologique et que de
tection de la dénomination sur fait, il répond aux exigences de la législa-
le territoire français, en atten- tion européenne avec aucune utilisation de
dant son enregistrement et sa protection produits chimiques de synthèse (pesticides,
au niveau européen34. engrais, désherbants), aucune utilisation

34. Dans le secteur vitivinicole, l'AOC constitue également une mention traditionnelle. Ces mentions sont reconnues et protégées au niveau européen (Règlement
(CE) n° 479/2008 du Conseil du 29 avril 2008 portant organisation commune du marché vitivinicole). En 2022, la France dénombre 17 AOC boissons spiritueuses et
5 cidres et poirées AOC/AOP.
d’organisme génétiquement modifié, la Ils constituent donc un excellent instrument
prise en compte du respect du bien-être favorisant l'accès au marché, notamment
animal (transport, conditions d’élevage, pour les entreprises de taille modeste. Les
abattage) et pour les produits transformés, produits concernés, qui bénéficient de la
une quantité de 95 % au moins des ingré- garantie du respect d'un cahier des charges,
dients issus de l’agriculture biologique. Le accèdent plus facilement à la grande distri-
logo européen Eurofeuille peut être com- bution et aux marchés d'exportation.
plété par l’apposition du logo national AB.
Dans le contexte de demande toujours
Les SIQO permettent de créer de la valeur plus forte des consommateurs d’une infor-
ajoutée tout au long de la chaîne alimen- mation claire et sûre sur les produits qu’ils
taire et les filières deviennent motrices dans consomment, l'implication de l’État leurs

54 le développement de la diversité et la typi-


cité des produits. Ils protègent les bassins
apporte une garantie sur des aliments de
qualité, typiques ou élaborés dans le res-
de production traditionnels, valorisent le pect de l'environnement et du bien-être
savoir-faire des entreprises et permettent animal. De plus, les dénominations enregis-
aux producteurs de commercialiser des trées sont protégées contre les usurpations
produits différenciés ayant des caractéris- et les détournements de notoriétés.
tiques spécifiques clairement identifiables.

Les SIQO, un poids économique majeur dans l’agroalimentaire

La production biologique sont réalisées pour 50,2 % dans les grandes


et moyennes surfaces alimentaires (GMS),
En 2021, l'agriculture biologique occupe pour 27 % dans les magasins spécialisés
2,78 millions d’hectares, soit 10,3 % de la (Grande surface spécialisée (GSS)), pour
surface agricole utile (SAU) française et 11 % en vente directe, le reste s'effectue
concerne 13,4 % des exploitations (58 413). chez les artisans commerçants et en res-
Les fermes en agriculture biologique tauration collective et commerciale. Alors
emploient en moyenne 2,4 salariés en équi- que les canaux majoritaires de distribution
valent-temps-plein (ETP) (RA 2020), soit (GMS et GSS) connaissent une légère baisse
30 % de main d’œuvre de plus que dans les en 2021, les 3 autres canaux de distribution
fermes non bio. Les opérateurs agroalimen- sont en hausse et représentent donc un
taires biologiques (transformateurs, distri- potentiel de croissance important pour le
buteurs, restaurateurs) sont quant à eux développement du marché biologique dans
au nombre de 29 220 en 2021. Au total, la les années à venir.
production biologique génère plus de 200
000 emplois ETP, ancrés dans les territoires, Grâce aux efforts importants des filières
dont 114 000 non délocalisables, au sein des biologiques françaises pour développer
exploitations agricoles. une offre 100 % française, les importa-
tions ont baissé en 2021 par rapport à
L’année 2021 conserve un rythme impor- 2020, notamment sur les produits de la
tant de conversions agricoles (plus de boulangerie. Elles représentent 31,9 % de
7 750 engagements, représentant plus de la valeur au stade de gros. Ainsi, hors pro-
260 000 hectares (ha) en première année de duits exotiques, les filières biologiques
conversion) avec une dynamique plus forte sont approvisionnées à plus de 81 % par
en viticulture et en maraîchage. La baisse des produits français. Les filières majoritai-
généralisée du marché alimentaire français rement importatrices sont la mer, sauris-
en 2021 (-2,3 % selon l’INSEE) a également serie, fumaison, l'épicerie et boissons non
touché le marché bio qui accuse une baisse alcoolisées et les fruits (agrumes, bananes
de 1,5 % par rapport à 2020 (année excep- et autres fruits exotiques). Les exportations
tionnelle liée à la crise sanitaire COVID-19). de produits biologiques se sont fortement
Pourtant, le marché biologique continue de développées en 2021, avec +18 % en valeur,
représenter en 2021 un marché de 13 mil- pour atteindre 1 047 millions d'euros, parti-
liards d'euros (consommation à domicile culièrement grâce aux vins, aux fruits, aux
et restauration hors domicile), soit 6,6 % produits laitiers et aux produits d'épicerie
du marché alimentaire national. Les ventes sucrée et salée.
Autres signes d’identification de la pour lesquels les produits sous SIQO hors
qualité et de l’origine bio sont relativement peu représentés, les
volumes et surtout les chiffres d'affaires
En 2020, le chiffres d'affaires à la première sont conséquents. Ainsi par exemple, dans
mise en marché des produits sous SIQO le secteur des fruits et légumes, les volumes
hors bio est estimé à environ 32 milliards sous SIQO hors bio s'élevaient à 133 587
d'euros hors taxes, dont environ 20 milliards tonnes en 2020, pour un chiffre d'affaires
pour les vins et eaux-de-vie sous SIQO, soit de 343 millions d'euros.
une augmentation d'un peu plus de 3 mil-
liards par rapport à 2018. Les industries agroalimentaires (IAA) contri-
buent de manière importante au dynamisme
En 2020, plus d’un tiers des exploitations des SIQO. Les produits sous SIQO hors bio
agricoles françaises disposent d’au moins
une production sous AOP/AOC, IGP et Label
(hors production viticole) sont, soit des pro-
duits bruts (viandes, produits de la pêche,
55
rouge, ce qui représente plus de 1 100 pro- fruits et légumes), soit des produits élaborés,
duits. La part des produits sous SIQO hors dont le nombre ne cesse d'augmenter. En

PANORAMA DES IAA 2022 FACTEUR DE COMPÉTITIVITÉ


bio est très variable selon les filières. La pro- 2021 ont ainsi été reconnus en Label rouge, le
duction de vin est pour l’essentiel commer- Hachis parmentier surgelé (n° LA 03/20), les
cialisée sous AOP et IGP (93 % des volumes Lasagnes bolognaises surgelées (n° LA 02/21),
commercialisés). Les produits sous SIQO la Soupe aux araignées de mer (n° LA 03/21)
hors bio sont majoritaires dans le secteur ou encore la Soupe de poissons (n° LA 04/21).
des palmipèdes gras (58 %) mais très minori- Par ailleurs, la Raviole du Dauphiné, le Boudin
taires dans les secteurs des fruits et légumes blanc de Rethel, la Brioche vendéenne et la
(2 %) et des farines, pains et viennoiseries Gâche vendéenne sont des dénominations
(3 %). Toutefois, même dans les secteurs protégées en tant qu'IGP.

CHIFFRE D'AFFAIRES BIO ET CHIFFRE D'AFFAIRES DES AUTRES SIQO EN 2020


ET ÉVOLUTION PAR RAPPORT À 2019 (en millions d’euros)
Source : INAO et Agence BIO

Secteurs dans lesquels la part du bio


Secteurs dans lesquels la part des autres SIQO est plus importante
est plus importante que celle du bio que celle des autres SIQO
100000
-9 %

10000
-8 %

+1 %
+8 %

+12 %
+9 %

+11 %

1000
-4 %

+5 %

+14 %
+11 %
+10 %
+2 %

+10 %

-11 %
+9 %

+16 %

-5 %
+4 %
+28 %

100

10
17 776

3 398

2 398
1 150

406

420
499
453

485
358

344
220

538
919

319

152
911

117
60

95

1
Vins Boissons Produits Volailles Charcuteries Produits de Viandes Fruits et Farines, Œufs
spiritueuses laitiers salaisons la pêche et hors Légumes pains et
et cidres (inclus lait bio) de l’aquaculture volailles viennoiseries

CA de la production française issue de l’AB 2019 CA de la production française issue de l’AB 2020
CA de la production sous autres signes de la qualité CA de la production sous autres signes
et de l’origine 2019 de la qualité et de l’origine 2020
INDICATIONS GÉOGRAPHIQUES Une gouvernance alliant actions
(IG) : UNE RÉVISION EUROPÉENNE EN des professionnels et des pouvoirs
COURS publics

Le système des signes d’identification de la


Le 31 mars 2022, la Commission européenne a publié une qualité et de l’origine s'appuie sur l'engage-
proposition de révision de la réglementation européenne ment conjoint de l’État et des profession-
des IG. Cette proposition vise à simplifier les procédures nels (agriculteurs, transformateurs, distribu-
d’enregistrement, augmenter le niveau de protection des teurs). Le dispositif repose sur l'engagement
IG, déléguer certaines compétences à l’Office de l’Union volontaire des professionnels dans la mise
européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), ren- en place et le suivi d'une démarche qua-
forcer les rôles des groupements et valoriser les actions en lité, soit individuellement (production bio-

56 faveur de la durabilité. logique), soit collectivement (les autres


signes).

LABEL ROUGE : LES CONDITIONS L'élaboration de cahiers des charges (AOP/


DE PRODUCTION COMMUNES IGP/STG et Label rouge) nécessite une
organisation collective des producteurs
Les produits Label rouge doivent répondre aux exigences et de leurs partenaires de l'aval en ce qui
définies dans leur cahier des charges. Pour certaines concerne la définition même du produit, de
filières, le cahier des charges est complété par des condi- ses qualités et de ses processus de produc-
tions de production communes (CPC), qui sont des cri- tion. Cette capacité d’organisation collec-
tères minimaux que doivent respecter l’ensemble des tive favorise une répartition équilibrée de la
cahiers des charges de la filière concernée (agneau, gros valeur générée entre les différents maillons
bovins de boucherie, porc, volailles fermières de chair, des filières. Les cahiers des charges, exa-
veau). Les cahiers des charges, allégés de ces critères minés par l’Institut national de l'origine et
communs, vont ajouter des exigences soit spécifiques, de la qualité (INAO) et validés par les pou-
soit plus contraignantes que les CPC. Les CPC sont éla- voirs publics, sont transmis à la Commission
borées par des groupes de travail où sont nommés des européenne (pour les AOP/IGP/STG) en vue
professionnels de la filière, des représentants de l’adminis- de leur approbation, pour un enregistre-
tration, des représentants d’organismes de contrôle, des ment au niveau européen de la dénomina-
membres professionnels des instances de l’INAO. tion concernée.

Dans le secteur de la production biologique,


FONDS AVENIR BIO, UN OUTIL les familles professionnelles de la produc-
DE STRUCTURATION DES FILIÈRES tion à la distribution sont également plei-
nement associées, aux côtés des pouvoirs
Le Programme Ambition Bio 2022 porte l'ambition de publics, à la gouvernance de ce signe et
parvenir à 12,5 % de la surface agricole utile française sont membres des instances décisionnelles
conduite en agriculture biologique en 2022 et 20 % de de l'Agence bio35 et de l’INAO36. Des orga-
produits issus de l'agriculture biologiques en restaura- nismes de contrôle, organismes tiers, impar-
tion collective. Cette ambition repose sur une croissance tiaux et indépendants, assurent le contrôle
équilibrée de l'offre et de la demande tant sur le territoire du respect des cahiers des charges spéci-
métropolitain que dans les territoires d’outre-mer. Le fiques ou de la réglementation s'agissant
fonds Avenir Bio, créé en 2008 et géré par l’Agence bio de la production biologique. Ils sont accré-
est l'outil financier du Programme Ambition Bio, dédié à dités par le comité français d'accréditation
la structuration des filières. Il permet en effet d’accom- (COFRAC) et obtiennent un agrément de
pagner financièrement des projets impliquant des acteurs l’INAO. Par ailleurs, la Direction générale de
économiques à différents stades de la filière, engagés sur la concurrence, de la consommation et de la
plusieurs années. répression des fraudes (DGCCRF) exerce un
Pour en savoir plus sur le Fonds Avenir bio et les autres dis- contrôle de ces produits sur le marché pour
positifs d’aide à l’investissement dans les IAA et à la struc- en vérifier la conformité et vérifie la loyauté
turation des filières, veuillez consulter la partie Dispositifs de la communication réalisée. Enfin, l’INAO
d’aide aux IAA. assure également la défense des différents
SIQO et veille, tant en France qu'au plan
international, à prévenir les usurpations.

35. https://www.agencebio.org/
36. https://www.inao.gouv.fr/
Mentions valorisantes

Différentes mentions valorisantes Certifications environnementales

Les mentions valorisantes concernent des La certification environnementale des


produits ou productions agricoles et agroa- exploitations agricoles répond au besoin de
limentaires pour lesquels un qualificatif spé- reconnaître les exploitations engagées dans
cifique est mis en avant. Diverses mentions des démarches particulièrement respec-
valorisantes existent et font l'objet d'un tueuses de l’environnement. La Commission
étiquetage particulier. L'usage de ces men- nationale de certification environnementale
tions est volontaire et la Direction générale (CNCE), a été créée le 25 octobre 2011 pour
de la Concurrence, de la Consommation et
de la Répression des fraudes (DGCCRF) s’as-
suivre la mise en œuvre du dispositif. Elle est
composée de représentants de l’État, des
57
sure que leur emploi n’est pas de nature à syndicats agricoles, des organismes certifi-
induire en erreur les consommateurs. cateurs, d’associations agréées pour la pro-

PANORAMA DES IAA 2022 FACTEUR DE COMPÉTITIVITÉ


tection de l’environnement, de l’industrie
Les mentions « montagne » et « produit de agro-alimentaire, de la distribution et d’orga-
montagne » conditionnent la production et nisations de consommateurs.
la transformation à une zone géographique
précise. La mention « produit de mon- La CNCE a notamment validé les plans de
tagne » est encadrée par la réglementation contrôle définissant le cadre précis per-
européenne. Les mentions « fermier », « pro- mettant la certification des exploitations
duit de la ferme », « produit à la ferme », agricoles pour chacun des niveaux du dis-
sont définies par catégorie de produits positif. Les niveaux de certification environ-
(volailles, fromages) afin de tenir compte nementale :
de leurs spécificités. La mention « produits • niveau 1 : respect des exigences environ-
pays » concerne les départements et les col- nementales de la conditionnalité et réali-
lectivités d'outre-mer. sation par l’agriculteur d’une évaluation de
l’exploitation au regard du référentiel du
La mention « issu d'une exploitation Haute niveau 2 ou des indicateurs du niveau 3.
Valeur Environnementale » est réservée aux • niveau 2 : respect d’un référentiel com-
produits bruts issus d’exploitations certi- portant 16 exigences, efficientes pour
fiées Haute Valeur Environnementale (le l’environnement.
plus haut niveau du dispositif de certifica- • niveau 3 : qualifié de « Haute Valeur
tion environnementale des exploitations Environnementale », il est fondé sur des
agricoles) ou de produits transformés com- indicateurs de résultats relatifs à la biodi-
portant au moins 95 % de produits agri- versité, la stratégie phytosanitaire, la ges-
coles issus d’exploitations Haute Valeur tion de la fertilisation et l’irrigation.
Environnementale.

Les mentions valorisantes permettent d'ap- Haute valeur environnementale


porter aux consommateurs une garantie
par rapport à une provenance particulière La Haute valeur environnementale (HVE)
ou une caractéristique du produit. Elles correspond au niveau le plus élevé d'un
peuvent également permettre un déve- dispositif officiel de certification environ-
loppement des territoires en maintenant nementale des exploitations agricoles. Elle
l'activité économique dans des zones spé- vise à identifier et valoriser les exploitations
cifiques, soumises parfois à des handicaps qui s’engagent volontairement dans des
naturels. Par l’obligation de réaliser toutes pratiques respectueuses de l’environne-
les étapes de fabrication du produit en zone ment. Elle est accessible à toutes les filières
de montagne, les mentions « montagne » et concerne l’ensemble de l’exploitation.
ou « produit de montagne » se posent ainsi
comme un outil de développement du ter- La HVE mesure la performance environ-
ritoire. Cette mention est notamment utili- nementale de l’exploitation en s’appuyant
sée pour valoriser les miels ou les produits sur des indicateurs de biodiversité, irriga-
laitiers de montagne. tion, limitation des engrais, limitation des
produits phytosanitaires. Cette certifica- Certification
tion permet donc de valoriser les exploita- de conformité produit
tions qui réduisent la pression des pratiques
agricoles sur l’environnement et qui parti- Créée en 1988, la certification de confor-
cipent à la préservation de la biodiversité. mité produit, ou CCP, est une démarche
Des précisions sont apportées sur ce sujet de valorisation des produits agricoles et ali-
dans la partie Climat et biodiversité du pré- mentaires, reconnue et encadrée par l’État.
sent Panorama des IAA. Le certificat de conformité est délivré à un
opérateur, ou à une structure collective,
Depuis les États généraux de l'alimentation, ayant constitué un cahier des charges. Ce
de nombreux acteurs des filières agricoles cahier des charges est contrôlé par un orga-
et alimentaires se sont mobilisés pour déve- nisme certificateur tiers, accrédité.

58 lopper la Haute valeur environnementale.


Plusieurs distributeurs et entreprises de Pour chaque filière, il existe des exigences,
transformation agro-alimentaires ont déjà relatives aux règles de production, de trans-
sorti leurs premières gammes de produits formation et de conditionnement et des
issus d'exploitations certifiées HVE (vins, recommandations, qui sont les règles à
légumes, fruits, pain), ce qui génère une respecter pour pouvoir communiquer sur
forte croissance du nombre d’exploitations les caractéristiques certifiées (par exemple
agricoles certifiées HVE (24 827 au 1er jan- pour un produit alimenté avec un certain
vier 2022 contre 1 518 au 1er janvier 2018), pourcentage de céréales). Les produits
appuyée par la mise en place d’un crédit reposent sur des critères définis, objectifs,
d’impôt pour les exploitations certifiées mesurables et contrôlés. Qu'ils soient incor-
HVE et la loi EGalim (elle inclut en effet les porés dans un produit fini ou vendus en
produits issus d’exploitations certifiées de l'état aux consommateurs, ils constituent
niveau 2 ou 3 parmi les produits éligibles ainsi un gage de qualité, pour les IAA et les
pour atteindre l’obligation de 50 % dans la consommateurs. En effet, certaines CCP
restauration collective). L’enjeu principal est sont avant tout destinées aux industries, tels
de mieux faire connaître la HVE auprès des les blés au secteur de la panification, alors
consommateurs, afin de valoriser les efforts que d'autres sont destinées aux consom-
des agriculteurs et des agricultrices qui s’en- mateurs, comme la viande de volailles.
gagent dans des pratiques agroécologiques. La CCP compte à l'heure actuelle environ
Les produits bruts et transformés, issus de 129 démarches différentes, dont 110 en
ces exploitations certifiées HVE, sont iden- filières viande (volailles, porcs, gros bovins,
tifiés par le logo « issu d’une exploitation œufs) et charcuterie.
Haute Valeur Environnementale ».

Après une dizaine d’années d’existence, une


rénovation du référentiel HVE a été menée
afin de renforcer significativement le niveau
d’exigence sur les indicateurs existants,
constituant ainsi un socle de base en cohé-
rence avec les règles environnementales
européennes et les évolutions des pratiques
agricoles, et ainsi consolider ce label.
Les industries agroalimentaires (IAA) qui
sont des actrices clés entre l’amont agricole
et les consommateurs ont un rôle majeur à
jouer pour le développement de la HVE et
l’atteinte de l’objectif ambitieux de 50 000
exploitations certifiées HVE à l'horizon
2030.
S’ORGANISER POUR ÊTRE
PLUS EFFICACE :
LA GOUVERNANCE
DU SECTEUR AGROALIMENTAIRE

Une gouvernance centrée autour des interprofessions agricoles


59
et de nombreuses organisations de l’aval

PANORAMA DES IAA 2022 FACTEUR DE COMPÉTITIVITÉ


Le secteur agroalimentaire se distingue négocient sur des marchés internationaux à
par une diversité de types de produits l’image de celle du sucre. L’interprofession
beaucoup plus grande que dans d’autres s’arrête souvent lorsque le produit d’origine
secteurs industriels. Cette hétérogénéité est mélangé avec d’autres, comme dans le
aboutit à une diversité de réponses organi- cas des plats préparés, biscuits et gâteaux.
sationnelles selon les caractéristiques des Les interprofessions longues (allant jusqu’à la
produits, et en particulier selon leur degré distribution) concernent généralement des
de périssabilité, l’existence de substituts ou produits rapidement périssables comme
l’intensité capitalistique de la production. les fruits et légumes frais. Mais certaines
La notion centrale caractérisant le secteur interprofessions de produits de commodité
agroalimentaire est celle de filière agricole. peuvent avoir une structure complexe, à
Constituée autour d’un type de produit l’image d’Intercéréales qui regroupe la pro-
agricole donné, une filière est un regroupe- duction, la collecte et la transformation
ment d’actrices et acteurs de plusieurs mail- (meunerie, malterie, amidonnerie, semou-
lons de la chaîne alimentaire interagissant à lerie, alimentation animale). De plus, une
travers des relations économiques. interprofession cotise et effectue une contri-
bution volontaire obligatoire (CVO) pour
En France, les filières agroalimentaires s’in- financer des actions de l'interprofession
carnent dans les interprofessions agricoles d'intérêt collectif pour la filière. L’objectif
qui regroupent une ou plusieurs organisa- de la CVO est de promouvoir une filière
tions pour chaque maillon, dont celui de la professionnelle et son développement éco-
production et au moins un second maillon, nomique, par exemple au moyen d'actions
dans le but d’améliorer collectivement l’ef- d'information et de communication.
ficacité de la filière. Ainsi, l’interprofession
du lait (Centre national interprofessionnel À l’aval de la première transformation, les
de l'économie laitière) regroupe les maillons nombreuses organisations professionnelles
des producteurs de lait (Fédération natio- sont plutôt basées sur des familles de pro-
nale des producteurs de lait, Coordination duits ou de marchés. Le syndicat profes-
rurale, Confédération paysanne), de la sionnel en est l’élément de base, et plu-
transformation (Fédération nationale des sieurs syndicats peuvent être rassemblés
industries laitières pour les entreprises pri- en une fédération, elle-même adhérente
vées, Coopération agricole métiers du lait) à l’Association nationale des industries ali-
et de la distribution (Fédération du com- mentaires (ANIA). Une exception au sein
merce et de la distribution). de l’ANIA concerne le GECO Food service
(qui regroupe les industriels qui livrent la
Les interprofessions se différencient essen- consommation hors foyer), organisé non
tiellement par leur longueur (nombre de pas autour d’un type de produit mais d’une
maillons) et leur capacité de mobiliser des destination. Au niveau régional, 17 associa-
moyens mutualisés. Les interprofessions tions régionales (ARIA) sont dénombrées,
courtes ne comportent que deux maillons très hétérogènes par leur taille et leur repré-
et concernent typiquement des produits sentativité (entre 70 et 300 entreprises
ayant une nature de commodité, c’est-à-dire adhérentes, sans corrélation avec le nombre
des produits relativement homogènes qui se d’entreprises de la région).
La figure ci-dessous illustre l’imbrication entre interprofessions et organisations de l’aval
agroalimentaire à travers l’exemple de la pomme de terre.

SCHÉMA REPRÉSENTANT LA FÉDÉRATION NATIONALE DES TRANSFORMATEURS


DE POMME DE TERRE AU CROISEMENT ENTRE INTERPROFESSION
ET ORGANISATIONS DE L’AVAL AGROALIMENTAIRE

GIPT
(interpro
pomme de terre
60 transformée)

UNPT CNIPT
(producteurs) (interpro pomme de terre en frais)

CSF
(féculiers)

ANIA FNTPT FEDALIM

ANIA Association nationale des industries alimentaires


CNIPT Comité national interprofessionnel de la pomme de terre
CSF Chambre Syndicale de la Féculerie de Pommes de Terre
FEDALIM Pôle de regroupement de fédérations ou syndicats professionnels
de l'industrie alimentaire
FNTPT Fédération Nationale des Transformateurs de Pommes de Terre
GIPT Groupement interprofessionnel pour la valorisation de la pomme de terre
UNPT Union Nationale des Producteurs de Pommes de Terre (UNPT)
Au niveau de la distribution se trouvent se sont révélées efficaces pour échan-
des fédérations spécialisées dans les dif- ger sur les problématiques communes
férents types de commerce : Fédération aux filières et mutualiser les moyens de
du commerce et de la distribution (FCD) promotion, d’élaboration de standards,
pour la grande distribution, Confédération de recherche et d’innovation (les insti-
française du commerce de gros et interna- tuts techniques agricoles y étant souvent
tional (CGI) pour le commerce de gros et adossés). Les pouvoirs publics incitent les
Confédération générale de l’alimentation organisations agricoles et agroalimentaires
en détail (CGAD) pour le commerce alimen- à se fédérer en interprofessions. Par ail-
taire de proximité. leurs, les États généraux de l’alimentation
se sont vu confier l’élaboration de plans
Le secteur coopératif, qui représente envi- de filière pour définir des objectifs parta-
ron le tiers des marques alimentaires,
dispose de sa propre organisation, La
gés répondant aux attentes des marchés et
aux objectifs de durabilité. Cette volonté
61
Coopération agricole, elle-même organisée s’est affirmée dans les dispositifs d’aide
en filières. Enfin, deux organisations ras- du plan de relance par un appel à projets

PANORAMA DES IAA 2022 FACTEUR DE COMPÉTITIVITÉ


semblent les entreprises (pas uniquement (AAP) Structuration des filières agricoles
agroalimentaires) clientes de la grande dis- et agroalimentaires, qui vise à accompa-
tribution, la Fédération pour les entreprises gner des projets qui s’inscrivent dans une
et entrepreneurs de France (FEEF) pour les démarche collective mobilisant différents
petites et moyennes entreprises et l’Institut maillons d’une ou de plusieurs filières et
de liaisons des entreprises de consomma- impliquant des entreprises.
tion (ILEC) pour les grandes entreprises. Il
convient pour être complet de citer aussi Cette variété organisationnelle est en réalité
les acteurs représentants de la société civile, une conséquence directe de la nature des
qui entendent de plus en plus peser sur les produits. L’origine vivante de l’alimentation
choix publics en matière de mode de pro- impose une organisation qui soit centrée
duction alimentaire, ainsi que les acteurs sur le produit agricole initial, et non sur une
de la gestion des déchets et coproduits. logique de chaîne de valeur (partant du pro-
La figure page suivante donne une vision duit final), comme c’est classiquement le
synoptique des principaux types d’acteurs. cas. L’intégration verticale est d’autant plus
grande que les produits sont sensibles à des
Malgré son foisonnement apparent, le sys- aléas (sanitaires, climatiques, économiques)
tème actuel est assez cohérent. Spécificité et que les cycles de production sont courts.
française à l’origine, qui a peu à peu essaimé Par exemple, le secteur de la volaille est très
au niveau européen, les interprofessions intégré, avec des contrats de long-terme.
LES INDUSTRIES AGROALIMENTAIRES AU SEIN DU SYSTÈME AGROALIMENTAIRE

AGROFOURNITURE AGRICULTURE INDUSTRIES DISTRIBUTION SOCIÉTÉ CIVILE GESTION DES DÉCHETS


& ÉLEVAGE AGROALIMENTAIRES ET COPRODUITS

Interprofessions Associations SIFCO


environnementales
Syndicats des
Regroupement d'organisations représentant la production agricole et, selon les cas, FNE, WWF, FNH, industries françaises
la transformation, la commercialisation et la distribution d’une même filière Zero waste, des coproduits,
Greenpeace... 19 entreprises
adhérentes

62 Association d’OP ANIA FCD UFC Que choisir CITEO

OP Environ 50 adhérents, Union fédérale Entreprises agréées


Association 35 syndicats enseignes de la des consommateurs de recyclage au titre
d’agriculteurs métiers, grande distribution, Que choisir, de la responsabilité
du même secteur 17 ARIA alimentaire 141 000 adhérents élargie des
de production ou spécialisée producteurs en
matière d’emballages

Syndicats agricoles CGAD ADEIC

FNSEA, CNJA, Organisation représentative Association


Confédération des entreprises alimentaires de défense,
paysanne, de proximité d’éducation et
Coordination rurale, d’information
Modef du consommateur
13 adhérents

APCA ILEC FCA CLCV

Assemblée 50 entreprises Une centaine Consommation,


permanente agroalimentaires de groupements logement et
des Chambres de produits de commerçants cadre de vie,
d’agriculture de grande associés disposant 31 000 adhérents
France consommation d’une stature
nationale

La Coopération Agricole FEDALIS, CGF

Fédération Regroupement
de 2 200 entreprises coopératives des entreprises
de gros et de
détail spécialisé

FEEF Organisations
de la restauration
collective
Association
de 900 TPE, PME RESTAU'CO,
et ETI AGORES,
SNARR, SNRC

Autres
organisations
agroalimentaires

ADEPALE,
SYNABIO, FIA,
Culture viande...
Une gouvernance en évolution

Le modèle actuel de gouvernance du sec- en place de conseils spécialisés plus vastes,


teur agroalimentaire français présente et imposant une parité entre acteurs de
cependant plusieurs limites, notamment l’amont et de l’aval. Ainsi, le conseil spécia-
face à l’impératif de transition écologique37. lisé Grandes cultures permettra de traiter
D’une part, sa structure très verticale rend dans un même lieu des enjeux de la filière
difficile la prise en compte des externalités céréalière et des productions riches en
et ne permet pas certains rapprochements protéines. De même, le conseil spécialisé
vertueux entre activités. D’autre part, le Ruminants traitera à la fois des probléma-
fait que son fondement soit un croisement tiques de la filière lait et de la valorisation
entre type d’activité (production, transfor-
mation) et produit complique l’adaptation
de la viande. De plus, les organisations non
gouvernementales et les experts scienti-
63
aux attentes de la société. Par exemple, fiques des domaines de l’agroalimentaire
l’agriculture biologique implique de coor- pourraient être associés aux prises de déci-

PANORAMA DES IAA 2022 FACTEUR DE COMPÉTITIVITÉ


donner l’ensemble des activités concourant sions des entreprises agroalimentaires.
à la production : relativement simple pour
les fruits et légumes frais, cela est plus com-
plexe pour les plats préparés ou la viande 2 > approche territoriale
pour lesquels il faut coordonner élevage et
production d’alimentation animale. Enfin, Les politiques en faveur de cette approche,
bien que les interprofessions aient pour telles que les Projets alimentaires territo-
principale vertu de coordonner plusieurs riaux (PAT) ou les Plans climat air énergie ter-
maillons, elles incluent rarement celui de la ritorial (PCAET) permettent de développer
distribution (le plus proche du consomma- de nouveaux cadres de pensée, nécessaires
teur) ou l’amont de la production agricole à la concrétisation du potentiel de l’écono-
(agrofournitures, agroéquipements). Or, la mie circulaire, et donc mieux à même de
transition écologique implique un chan- gérer les externalités générées par l’activité
gement radical dans l’usage des intrants, agricole et agroalimentaire.
fertilisants, produits phytosanitaires, médi-
caments vétérinaires et machines et la dimi-
nution d’émission de gaz à effet de serre. 3 > organisations transversales
Cette organisation a certes l’avantage d’évi-
ter la collusion entre production agricole et Les organisations transversales sont focali-
fabricants d’agrofournitures mais ne facilite sées sur un enjeu sociétal et fédérant aussi
pas la recherche de solutions concertées bien des grandes entreprises que des fédé-
pour réduire l’impact environnemental des rations professionnelles ou associatives.
pratiques agricoles. Danone par exemple s’est engagé en en tant
que partenaire pour la réalisation des objec-
Trois types de réponses peuvent être appor- tifs de développement durable, objectifs
tées pour répondre aux effets de verrouil- établis par les États membres des Nations
lage institutionnel occasionnés par le sys- unies et qui sont rassemblés dans l'agenda
tème de gouvernance actuel. 2030 sur des axes stratégiques. L’entreprise
est partenaire pour l’ODD 2 par exemple sur
les thématiques de la sécurité alimentaire
1 > favoriser les échanges et agriculture durable où la coalition One
entre interprofessions connexes Planet Business for Biodiversity (OP2B) avec
et entre l’amont et l’aval le World Business Council for Sustainable
Development (WBCSD) a été lancée lors de
FranceAgriMer, qui est chargé par le minis- l’assemblée générale des Nations Unies en
tère de l’Agriculture et de la Souveraineté septembre 2019. Cette organisation a pour
alimentaire du suivi de la situation écono- ambition de protéger et restaurer la biodi-
mique des filières et de l’organisation du versité végétale et cultivée et rassemble 20
dialogue avec les professionnels, a vu sa entreprises à la fin 2019. Pourtant, ces ini-
gouvernance réformée en 2019, avec la mise tiatives d’organisations transversales sont

37. Détails présentés dans la partie 3. ENVIRONNEMENT INTEGRE AUX FILIERES du Panorama des IAA 2022.
facilement soupçonnées de greenwashing et l’organisation systémique des liens sociaux
et mobilisent parfois des moyens financiers liés à cette gouvernance devrait être d’avan-
non négligeables. Le green washing, ou en tages étudiés. Les activités de recherche et
français l’éco blanchiment, consiste pour d’accumulation de connaissance, de sa cir-
une entreprise à orienter ses actions marke- culation et de stratégies relationnelles éco-
ting et sa communication vers un position- nomiques, politiques, scientifiques et acadé-
nement écologique (ADEME). Il s’agit la plu- miques engendrées peuvent en effet influer
part du temps de grandes multinationales les évolutions de la gouvernance du secteur
qui de par leurs activités polluent excessive- agroalimentaire français.
ment la nature et l’environnement et inves-
tissent dans la communication et le marke- Plusieurs facteurs laissent à penser que les
ting pour « blanchir » leur image. trois types d’évolutions discutées ci-dessus

64 Ces évolutions amènent à s’interroger sur la


continueront à prospérer. Le premier est
l’augmentation de plus en plus manifeste
lisibilité d’ensemble de la juxtaposition de des effets négatifs du paradigme produc-
toutes ces organisations. La question se pose tiviste (changement climatique, qualité de
de savoir si ces initiatives continueront d’exis- l’air, biodiversité) et la prise de conscience
ter en marge du système dominant, si elles croissante de ces effets38. Le second est la
finiront par s’y fondre, ou si l’on assiste aux digitalisation de l’économie, qui démulti-
prémices d’une modification profonde de plie les possibilités de coordination dans un
la gouvernance du secteur alimentaire. Il est système complexe et qui devrait favoriser
compliqué de conclure de manière tranchée l’efficacité des approches territoriale et de
sur l’existence d’un réel processus de trans- coordination globale. Enfin, les évolutions
formation profonde, et encore plus de défi- de cette gouvernance restent dépendantes
nir le mode d’organisation qui serait le plus et remises en question par les différentes
souhaitable. Les relations complexes entre crises successives (COVID-19, guerre en
tous les acteurs du secteur agroalimentaire Ukraine).

38. Détails présentés dans la partie 3. ENVIRONNEMENT INTEGRE AUX FILIERES du Panorama des IAA 2022.
L'ENVIRONNEMENT
INTÉGRÉ AU SEIN
DES FILIÈRES 65

PANORAMA DES IAA 2022 L'ENVIRONNEMENT INTEGRE AU SEIN DES FILIERES

Cuves à lait.
Hall des technologies
laitières et alimentaires
(HTLA).
LE RESPECT
DE L’ENVIRONNEMENT

Quelques éléments sur la part du secteur agroalimentaire


dans les émissions de gaz à effet de serre, d’eau et de déchets1
dans l’environnement

Les émissions les plus importantes du sec- de CO2 (8,3 % des émissions totales en 2020)
teur agroalimentaire relativement aux (Figure 5). Pour l’ensemble des autres émis-
autres industries correspondent aux rejets sions (polluants atmosphériques, autres
dans l’eau de carbone organique total rejets dans l’eau, production déchets), le
(12,9 % des émissions totales du secteur secteur agroalimentaire contribue à moins
industriel en 2017) (Figure 2) et aux émissions de 6 % des émissions totales.

66
ÉMISSIONS INDUSTRIELLES DANS L'AIR EN POURCENTAGE DE LA FRANCE PAR SECTEUR
(sur la base des données rapportées dans le cadre de la convention sur la pollution atmosphérique transfrontière à longue distance (LRTAP) et du mécanisme
pour la surveillance et la déclaration des émissions de gaz à effet de serre)
Source : AEE 2020
Source graphique : https://www.eea.europa.eu/themes/industry/industrial-pollution/industrial-pollution-country-profiles-2020/france

Gaz à effet de serre (CO2-eq)

Métaux lourds (pondéré selon écotoxicité)

Métaux lourds
(pondéré selon toxicité pour l'homme)

Oxydes d'azote

Composés organiques
volatils non méthaniques

Particules fines (PM10)

Oxydes de souffre

0 20 40 60 80 100

Industrie chimique Métallurgie Traitement des eaux usées


Energie Autres industries manufacturières Industrie extractive
Industrie agroalimentaire Traitement des déchets Secteurs non industriels

1. Selon la loi du 15 juillet 1975, un déchet correspond à tout résidu d’un processus de production, de transformation ou d’utilisation, toute substance, matériau,
produit, ou plus généralement tout bien meuble abandonné ou que le détenteur destine à l’abandon (article L.541-1-1 du Code de l'environnement).
ÉMISSIONS INDUSTRIELLES DANS L'EAU EN POURCENTAGE DE LA FRANCE PAR SECTEUR
Source : AEE 2020
Source graphique : https://www.eea.europa.eu/themes/industry/industrial-pollution/industrial-pollution-country-profiles-2020/france

Azote total

Carbone organique total

Phosphore total

Métaux lourds (pondéré selon écotoxicité)

Métaux lourds (pondéré


selon toxicité pour l'homme)

0 20 40 60 80 100

Industrie chimique Métallurgie Traitement des eaux usées


Energie Autres industries manufacturières Industrie extractive
Industrie agroalimentaire Traitement des déchets

67

PANORAMA DES IAA 2022 L'ENVIRONNEMENT INTEGRE AU SEIN DES FILIERES


ÉMISSION DE DÉCHETS NON DANGEREUX2 ET DÉCHETS DANGEREUX3
Source : AEE 2020
Source graphique : https://www.eea.europa.eu/themes/industry/industrial-pollution/industrial-pollution-country-profiles-2020/france

1,4 %

1,3 %

5,5 % 31,2 %

3,8 % 17,8 %

61,9 % Déchets 8,5 % 0,2 % Déchets


0,8 %
non dangereux dangereux
5%

17,4 % 8,1 %
32,8 %

4,3 %
0,3 %

Industrie chimique Métallurgie Industrie extractive


Energie Autres industries manufacturières Secteurs non industriels
Industrie agroalimentaire Traitement des déchets
et des eaux usées

2. Les déchets non dangereux non inertes sont variés et définis par défaut comme étant ceux qui ne présentent aucune des caractéristiques spécifiques
aux déchets dangereux.
3. Les déchets dangereux contiennent, en quantité variable, des éléments toxiques ou dangereux qui présentent des risques pour la santé humaine
et l’environnement. Ils sont soumis à une réglementation particulière pour leur gestion et leur valorisation.
RÉPARTITION DES ÉMISSIONS DE CO2 DU SECTEUR DE L'INDUSTRIE MANUFACTURIÈRE
ET CONSTRUCTION EN FRANCE (MÉTROPOLE ET OUTRE-MER UE)
Source : CITEPA, inventaire Secten 2022

160

140

120

100

80

60

40

20

0
1990

1991

1992

1993

1994

1995

1996

1997

1998

1999

2000

2001

2002

2003

2004

2005

2006

2007

2008

2009

2010

2011

2012

2013

2014

2015

2016

2017

2018

2019

2020
68
Agroalimentaire Chimie Autres industries manufacturières
et de construction
Minéraux non-métalliques, Métallurgie
matériaux de construction (métaux ferreux et non ferreux)

Une industrie agroalimentaire engagée


dans la protection de l’environnement

En 2019, l’industrie agroalimentaire a consa- En 2019, les dépenses courantes des indus-
cré 248 millions d’euros d’investissements tries agroalimentaires (IAA) pour protéger
ou d’études afin de protéger l’environne- l’environnement (hors dépenses liées à
ment, soit 30 millions de plus qu’en 2018. l’eau) ont atteint 474 millions d’euros. Les
C’est le deuxième secteur à investir pour deux tiers de ces dépenses servent à payer
l’environnement après celui de l’énergie. les redevances et taxes, liés aux déchets
et aux achats de services de protection
Grande consommatrice d’eau pour le lavage de l’environnement. Un quart est dédié au
et le traitement industriel des matières fonctionnement des équipements antipol-
premières ou pour le nettoyage des équi- lution. Le reste des dépenses est consacré
pements de production, l’industrie agroa- à la gestion de l’impact environnemental
limentaire affecte 35 % de ses investisse- des activités (certification aux normes ISO,
ments en faveur de l’environnement dans le formation) ou à divers autres usages (primes
domaine des eaux usées, contre 16 % pour d’assurance). Les dépenses en gestion envi-
l’ensemble de l’industrie. La limitation des ronnementale ont augmenté de 11 millions
émissions de gaz à effet de serre4 constitue d’euros depuis 2016, pour atteindre 29 mil-
le deuxième poste d’investissement (31 %), lions d’euros en 20195.
devant la protection de la qualité de l’air
(13 %).

4. Les gaz à effet de serre (GES) sont des gaz d'origine naturelle (vapeur d'eau) ou anthropique (liée aux activités humaines) qui absorbent une partie des rayons
solaires en les redistribuant sous la forme de radiations au sein de l’atmosphère terrestre, phénomène appelé effet de serre.
5. Graph’agri 2021, Maîtrise des pollutions dans les IAA.
DÉPENSES DE L'INDUSTRIE EN FAVEUR DE L'ENVIRONNEMENT PAR SECTEUR DEPUIS 2013
(en millions d'euros)
Lecture : en 2019, les établissements de l’agroalimentaire ont dépensé 248 millions d’euros pour lutter contre la pollution
Source : Insee, SSP, enquête sur les investissements pour protéger l'environnement (Antipol)
Source graphique : https://www.insee.fr/fr/statistiques/5408393#onglet-2

700

600

500

400

300

200

100

0
2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019

Énergie Industrie agroalimentaire Industrie chimique Métallurgie et produits


métalliques

Champ : France, industries extractive et manufacturière (y compris artisanat commercial) et énergie, établissements de 20 salariés ou plus.
69

PANORAMA DES IAA 2022 L'ENVIRONNEMENT INTEGRE AU SEIN DES FILIERES


INVESTISSEMENT DES INDUSTRIES AGROALIMENTAIRES POUR PROTÉGER L’ENVIRONNEMENT
PAR DOMAINE EN 2019
Source : Agreste, Insee - Enquêtes annuelles sur les dépenses pour protéger l’environnement
Source graphique : https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/download/publication/publie/GraFra2021Chap9.5/GraFra2021_maitrise-des-pollutions.pdf

31 %
Limitation des gaz 14 %
à effet de serre Air

9%
Sols, eaux

5%
Déchets

4%
Bruits et vibrations
5%
35 % Sites, paysages, biodiversité et autres
Eaux usées

Champ : France y compris Dom, établissements agroalimentaires de 20 salariés et plus (divisions 10 , 11 de la NAF rév. 2) y compris artisanat commercial.
Actualités règlementaires

Adaptation des entreprises pour le climat d'ici à 20508. Dans le même


agroalimentaires et laitières aux temps, elle vise à stimuler l'innovation, à
nouvelles meilleures techniques récompenser les entreprises industrielles
disponibles pionnières dans la réduction de leurs émis-
sions de gaz et de déchets et à contribuer à
Les meilleures techniques disponibles (MTD) l'égalité des conditions de concurrence sur
correspondent aux techniques les plus effi- le marché de l'UE.
caces pour atteindre un niveau général élevé
de protection de l’environnement dans son Plus spécifiquement, la proposition de la
ensemble6. Ces MTD ont été mises à jour Commission européenne vise à :
par la décision d'exécution (UE) n°  2019/2031 • améliorer l’efficacité des autorisations :
établissant les conclusions sur les meilleures la procédure d'autorisation devra évaluer
techniques disponibles dans les industries les possibilités d'atteindre les meilleures
agroalimentaire et laitière, au titre de la direc- performances. Les règles relatives à l'oc-
tive 2010/75/UE du Parlement européen et du troi de dérogations seront renforcées ;
Conseil (directive dite IED7). Les entreprises • favoriser l’émergence de nouvelles tech-
relevant de cette directive avaient jusqu’au niques : des autorisations plus souples
4 décembre 2020 pour remettre à l'inspec- pourront être accordées pour tester des
tion des installations classées un dossier de techniques émergentes. L’Innovation

70 réexamen des conditions d'autorisation de


l’installation selon ces nouvelles MTD. Les
Centre for Industrial Transformation
and Emissions (INCIT) aidera l'industrie
600 établissements des plus gros sites de pro- à trouver des solutions de lutte contre la
duction du secteur de l'agroalimentaire (ali- pollution. D'ici à 2030 ou 2034, les exploi-
mentation humaine et alimentation animale) tants devront élaborer des plans de
doivent dorénavant mettre en œuvre les transformation pour leurs sites afin d'at-
nouvelles dispositions avant le 4 décembre teindre les objectifs fixés par l'UE pour
2023. Concernant le secteur des abattoirs et l'ambition zéro pollution d'ici à 2050,
installations de transformation de sous-pro- l'économie circulaire, la bioéconomie9 et
duits animaux, le chantier de révision des la décarbonation10 ;
MTD a démarré en 2019 et se poursuit en • favoriser l’économie circulaire11 où les
2022. Seront concernés 143 abattoirs et nouvelles meilleures techniques dispo-
42 installations de transformation de sous- nibles pourraient inclure des niveaux de
produits animaux relevant de la directive performance contraignants en matière
IED. d'utilisation des ressources. Le système
de gestion environnemental existant sera
amélioré afin de réduire l'utilisation de
Évolutions à venir produits chimiques toxiques12 ;
dans l’encadrement européen • l'efficacité énergétique13, les synergies
des industries agroalimentaires technologiques et d'investissement entre
décarbonation et dépollution seront sys-
En avril 2022, la Commission européenne a tématiquement prises en considération
présenté des propositions visant à mettre lors de la détermination des meilleures
à jour et à moderniser la directive IED. Son techniques disponibles.
objectif est d’orienter les investissements
industriels nécessaires à la transition de La proposition de directive a été soumise
l'Union européenne (UE) vers une écono- aux deux co-législateurs (Conseil de l’UE
mie zéro pollution, compétitive et neutre et Parlement européen) pour examen et

6. Pour la définition exacte, se référer à l’arrêté du 2 mai 2013 relatif aux définitions, liste et critères de la directive 2010/75/UE du Parlement européen
et du Conseil du 24 novembre 2010 relative aux émissions industrielles (prévention et réduction intégrées de la pollution).
7. Industrial Emissions Directive.
8. Plus de détails dans la sous-partie 3.4 Climat et biodiversité du Panorama des IAA 2022.
9. Plus de détails dans la sous-partie 3.3 Bioéconomie du Panorama des IAA 2022.
10. La décarbonation (ou décarbonisation) désigne l’ensemble des mesures et techniques mises en place en vue de limiter l’empreinte carbone d’une entreprise,
d’un secteur d’activité, d’un pays ou d’une économie.
11. L’économie circulaire correspond à un système économique d’échange et de production qui vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources
et à diminuer l’impact anthropique sur l’environnement. Il s’agit de découpler la consommation des ressources de la croissance du produit intérieur brut (PIB)
tout en assurant la réduction des impacts environnementaux et l’augmentation du bien-être (Agence nationale de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie).
12. Les produits chimiques présentent des dangers pour les personnes, les installations ou l'environnement (intoxications aiguës, asphyxie, incendie, explosion,
pollution). Ils peuvent aussi provoquer des effets plus insidieux, après des années d’exposition du travailleur à de faibles doses, voire plusieurs années après la fin
de l’exposition. Ces dangers immédiats et différés doivent être pris en compte dans le cadre d’une même démarche de prévention des risques chimiques.
13. L'efficacité énergétique consiste à utiliser moins d'énergie tout en recevant une qualité de service identique. Il s’agit du rapport entre la quantité d'énergie
récupérée et l'énergie consommée.
adoption dans le cadre de la procédure le marché de 98 % d'ici à 2050 (par rapport
législative ordinaire, prévue par le Traité sur à 2015). De nouvelles restrictions sur l'uti-
le fonctionnement de l’Union européenne lisation des gaz fluorés dans les équipe-
(articles 289 et 294). Au cours de cette pro- ments sont également prévues ;
cédure, qui devrait durer deux ans environ, • renforcer et améliorer l’application et le
le texte initial proposé par la Commission respect des règles : la proposition permet-
pourra être modifié au fur et à mesure des trait aux autorités douanières et de sur-
négociations entre les deux co-législateurs. veillance de contrôler plus facilement les
importations et les exportations. Un prix
La Commission Européenne a également fixe des quotas sera introduit et les sanc-
présenté une proposition législative visant tions seront plus sévères et plus homo-
à mettre à jour le règlement14 sur les gaz gènes dans l'UE ;
fluorés15, au premier rang desquels figurent • assurer une surveillance plus complète :
les hydrofluorocarbures. L’objectif global par exemple en couvrant un éventail plus
de la proposition législative est de parve- large de substances et d'activités et en
nir à des réductions supplémentaires des améliorant les procédures de déclaration
émissions de gaz fluorés afin de contribuer et de vérification des données ;
à la réalisation d’une réduction globale de • assurer la conformité avec le protocole
55 % des émissions de GES de l’ensemble de Montréal19 sur les substances qui
des secteurs d’ici à 2030 et de la neutralité appauvrissent la couche d’ozone20.
carbone16 à l’horizon 2050, en adéquation
avec les objectifs du Green Deal17 et de la loi Après une longue période relativement
européenne sur le climat adoptée en 2021. stable, de 2005 à 2015, les émissions de
hydrofluorocarbures (HFC) de l’industrie
71
Plus spécifiquement, la proposition vise à : manufacturière sont en forte baisse depuis
• relever le niveau d’ambition : la proposi- 2017. La mise en application de la règle-

PANORAMA DES IAA 2022 L'ENVIRONNEMENT INTEGRE AU SEIN DES FILIERES


tion a pour objet de renforcer le fonction- mentation (UE) n° 517/2014 a fortement
nement du système de quotas pour limiter impacté le marché des HFC et progressive-
les hydrofluorocarbures18 (et de permettre ment réduit les émissions liées à leur usage.
leur réduction progressive), réduisant ainsi Les émissions d’HFC atteignent en 2020 un
la quantité d’hydrofluorocarbures mis sur niveau équivalent à celui de 2002.

RÉPARTITION DES ÉMISSIONS DE HFC DU SECTEUR DE L'INDUSTRIE MANUFACTURIÈRE


ET CONSTRUCTION EN FRANCE (MÉTROPOLE ET OUTRE-MER UE)
Source : CITEPA, inventaire Secten 2022
Source graphique : https://www.citepa.org/wp-content/uploads/Citepa_Rapport-Secten-2022_Industrie_v1.0.pdf

6000

5000

4000

3000

2000

1000

0
1990

1991

1992

1993

1994

1995

1996

1997

1998

1999

2000

2001

2002

2003

2004

2005

2006

2007

2008

2009

2010

2011

2012

2013

2014

2015

2016

2017

2018

2019

2020

Chimie Biens d'équipements, Agroalimentaire Autres


matériels de transport

14. Règlement (UE) n°517/2014 sur les gaz fluorés.


15. Les gaz fluorés et les substances appauvrissant la couche d'ozone (SACO) sont des gaz à effet de serre d'origine anthropique très puissants qui contribuent
au réchauffement de la planète lorsqu'ils sont rejetés dans l’atmosphère. Ils sont souvent plusieurs milliers de fois plus forts que le dioxyde de carbone (CO2).
16. La neutralité carbone implique un équilibre entre les émissions de carbone et l'absorption du carbone de l'atmosphère par les puits de carbone. Pour
atteindre des émissions nettes nulles, toutes les émissions de gaz à effet de serre dans le monde devront être compensées par la séquestration du carbone.
17. L'objectif du Green Deal est d'augmenter la capacité des puits de carbone qui est actuellement de 268 mégatonnes à 310 mégatonnes de CO2.
18. Les hydrofluorocarbures (HFC) sont des composés halogénés gazeux utilisés en remplacement des substances appauvrissant la couche d’ozone (CFC) et qui
entrent dans le processus d'effet de serre. Ces gaz sont principalement utilisés comme réfrigérants dans les climatiseurs et les réfrigérateurs, ou encore comme
agents de propulsion dans les aérosols.
19. Le Protocole de Montréal est l’accord international qui assure la protection de la couche d’ozone par l’élimination graduelle à l’échelle mondiale des SACO
(Protocole à la Convention de Vienne pour la protection de la couche d’ozone).
20. La couche d'ozone est une couche de la stratosphère terrestre qui se trouve entre 20 et 50 kilomètres d'altitude. Elle se caractérise par une concentration
en ozone (O3) proportionnellement plus importante que dans les autres couches de l'atmosphère, de l'ordre de dix parties par million (ppm).
CLIMAT ET BIODIVERSITÉ

Le défi du changement climatique est d’au- Les industries agroalimentaires françaises


tant plus complexe pour le secteur agricole (IAA) ont un rôle majeur à jouer dans la
et agroalimentaire qu’il est appelé à contri- lutte contre le changement climatique et
buer à la baisse des émissions, qu’il est pour- la perte de la biodiversité au travers du
voyeur de solutions concrètes tout en étant choix des matières premières, du mode de
l’une des premières victimes de ce dérègle- production et de son impact sur l'environ-
ment. Ces aléas ont des impacts considé- nement, des étapes de transformation, des
rables et dévastateurs pour les agriculteurs emballages et des modes de transport. Tous
et l’ensemble des filières dont les industries ces éléments sont des leviers pour atteindre
agroalimentaires, et menacent la souverai- les objectifs climatiques, lutter contre la
neté agroalimentaire française. perte de biodiversité et regagner en souve-
raineté alimentaire. Il est donc essentiel de
poursuivre et de construire durablement les
transitions grâce à une vision transversale.

72
BIODIVERSITÉ

La biodiversité désigne l’ensemble fournissant matières premières et De plus, la biodiversité nous pro-
des êtres vivants ainsi que les éco- énergies. La biodiversité fournit tège des risques environnemen-
systèmes dans lesquels ils vivent et des services écosystémiques consi- taux. Par exemple, la préserva-
les interactions des espèces entre dérables de support (production tion et la restauration de prairies
elles et avec leurs milieux (Office primaire), d’approvisionnement inondables permettent de dimi-
français de la biodiversité). La (nourriture, combustible), de régu- nuer l’impact des inondations en
biodiversité répond directement lation (climat, risques naturels) et absorbant l’eau. Ce surplus d’eau
aux besoins primaires de l’espèce culturels (patrimoine, religion). En alimente par la suite les nappes
humaine en apportant oxygène, agriculture, la biodiversité est pri- souterraines et pourra être utilisé
nourriture et eau potable. Elle mordiale avec la contribution des dans l’agriculture lors de période
contribue également au dévelop- organismes pollinisateurs ou parti- de sécheresse et par les industries
pement des activités humaines en cipant au renouvellement des sols. agroalimentaires.

CLIMAT ET CHANGEMENTS CLIMATIQUES

Le climat correspond aux condi- la température et des modèles le pétrole et le gaz. La combustion
tions météorologiques moyennes météorologiques (Nations Unies). de combustibles fossiles génère
(températures, précipitations, Il peut s’agir de variations natu- des émissions de gaz à effet de
ensoleillement, humidité de l'air, relles, dues par exemple à celles serre qui agissent comme un
vitesse des vents) qui contrôlent du cycle solaire ou anthropiques. dôme autour de la Terre, empri-
une région donnée durant une Depuis les années 1800, les activi- sonnant la chaleur du soleil et
longue période (au moins 30 tés humaines constituent la cause entraînant une hausse des tempé-
ans pour l'Organisation météo- principale des changements cli- ratures. Les émissions de dioxyde
rologique mondiale). Les chan- matiques, essentiellement en rai- de carbone et de méthane,
gements climatiques désignent son de la combustion de combus- notamment, sont à l’origine des
les variations à long terme de tibles fossiles comme le charbon, changements climatiques.
Changements climatiques et biodiversité dans l’agriculture
et la filière forêt-bois française

L’agriculture et la filière forêt-bois sont parti- l'évolution des pratiques agricoles vers
culièrement exposées au changement clima- l’agroécologie (réduction des intrants, ges-
tique (phénomènes extrêmes, évolutions de tion durable de la ressource en eau et des
température, précipitations) et à la diminu- sols, implantation d’infrastructures agroé-
tion de la biodiversité (destruction et dégra- cologiques comme les haies) et de l’alimen-
dation des écosystèmes et des services qu’ils tation (lutte contre le gaspillage, projets
rendent, disparition des espèces, réduction alimentaires territoriaux) sont des pistes de
de la diversité génétique). Les productions progrès. Les productions agricoles, fores-
agricoles et forestières doivent d'ores et tières et alimentaires peuvent participer à la
déjà s'adapter aux évolutions actuelles et à limitation des émissions des autres secteurs
venir : lutte contre l’artificialisation des sols, industriels en développant la bioéconomie,
contre le déclin de la pollinisation, sélection la substitution de matériaux, les énergies
d'animaux et de variétés végétales adaptées renouvelables, la méthanisation, l’usage du
aux conditions climatiques à venir, dévelop- bois dans la construction et un engagement
pement de l’agroforesterie et amélioration zéro déforestation pour les filières d'im-
de la gestion de l'eau. portation. Ces enjeux de développement
durable qui répondent aux besoins écono-
Des solutions de lutte contre la perte de la miques, sociaux et environnementaux du
biodiversité et le changement climatique
peuvent provenir directement de ces sec-
présent sans compromettre la capacité des
générations futures à répondre aux leurs,
73
teurs. La limitation des émissions via la pré- sont discutés au niveau international, euro-
servation des terres agricoles et des prairies, péen, national et local.

PANORAMA DES IAA 2022 L'ENVIRONNEMENT INTEGRE AU SEIN DES FILIERES


Enjeux du changement climatique et de la biodiversité
à l’échelle internationale

Les enjeux du changement climatique et concentrations des gaz à effet de serre pré-
de la biodiversité ont été pris en compte sents dans l'atmosphère à un niveau tel que
pour la première fois par les gouvernements ceux-ci ne risquent pas d'entraîner de modi-
internationaux lors de la Conférence des fications dangereuses du climat. La CLD23 a
Nations Unies sur l'environnement et le pour objectif de lutter contre la désertifi-
développement (1992) souvent appelée le cation et d’atténuer les effets de la séche-
Sommet de la Terre de Rio. Trois conven- resse dans les pays gravement touchés par
tions ont été signées à l’issue de ce sommet : la sécheresse et/ou la désertification, en
la Convention-cadre des Nations Unies sur particulier en Afrique, grâce à des mesures
les changements climatiques (CCNUCC), efficaces à tous les niveaux, appuyées par
la Convention sur la diversité biologique des arrangements internationaux de coopé-
(CBD) et la Convention sur la lutte contre la ration et de partenariat, dans le cadre d’une
désertification (CLD). La CBD21 est un traité approche intégrée compatible avec le pro-
international juridiquement contraignant gramme Action 2124, en vue de contribuer à
qui a pour objectifs la conservation de la l’instauration d’un développement durable
diversité biologique, l'utilisation durable de dans les zones touchées.
la diversité biologique et le partage juste
et équitable des avantages découlant de Ces conventions sont dirigées par des
l'utilisation des ressources génétiques. La Conférences des Parties (COP) composées
CCNUCC22 a pour objectif de stabiliser les de tous les gouvernements et États qui les

21. https://www.cbd.int/doc/legal/cbd-fr.pdf
22. https://treaties.un.org/doc/Treaties/1994/03/19940321%2004-56%20AM/Ch_XXVII_07p.pdf
23. https://catalogue.unccd.int/936_UNCCD_Convention_FRE.pdf
24. Le Programme Action 21 défini lors du Sommet de la Terre à Rio en 1992 est un programme d’actions de mise en œuvre du développement durable à l’échelle
locale, régionale, nationale et internationale, composé de plus de 2 500 recommandations au sein de 40 chapitres, orientées vers la lutte contre la pauvreté,
la protection des forêts, océans, biodiversité, atmosphère, le développement social, la sécurité alimentaire, la situation des femmes dans le monde et l’agriculture
raisonnée.
ont ratifiées et signées (les Parties), ainsi que (IPBES). Le GIEC aide les Parties à dresser
les acteurs de la société civile (organisations des inventaires nationaux des émissions
non gouvernementales, collectivités terri- de gaz à effet de serre, par source et par
toriales, syndicats et entreprises). Dans le puits afin de respecter la CCNUCC et son
domaine de l’environnement, il existe ainsi Protocole de Kyoto27.
trois COP, nées de trois conventions signées
à l’issue du Sommet de la Terre de Rio en Aujourd’hui ces enjeux sont développés au
1992 : la COP sur la biodiversité, la COP sur travers des 17 objectifs de développement
la lutte contre la désertification et la COP durable28 et leurs 169 cibles forment l’agenda
sur les changements climatiques. L’Accord 2030. Ils couvrent l’intégralité des enjeux du
de Paris24 conclu à la COP 21 prenait acte développement durable tels que le climat,
du fait qu’en dépit de tous les efforts d’at- la biodiversité, l’énergie, l’eau mais aussi la
ténuation des émissions de gaz à effet de lutte contre la pauvreté, l’égalité des genres,
serre réalisés, une part du changement cli- la prospérité économique ou encore la paix,
matique était jugée inévitable. Les Parties se l’agriculture et l’éducation. L'Organisation
réunissent tous les deux ans pour examiner des Nations unies pour l’alimentation et
les progrès accomplis, établir des priorités l’agriculture (FAO, Food and Agriculture
et décider de plans de travail. Les Parties Organization of the United Nations), par
s’appuient sur des expertises de point tels exemple, mène les efforts internationaux
que les rapports fournis par le Groupe d’ex- vers l’élimination de la faim. L’objectif est
perts intergouvernemental sur l’évolution d’atteindre la sécurité alimentaire pour tous
du climat (GIEC)26 et la Plateforme intergou- et d’assurer un accès régulier et suffisant à

74 vernementale scientifique et politique sur la


biodiversité et les services écosystémiques
une nourriture de bonne qualité permettant
à tous, de mener une vie saine et active.

Politiques et stratégies nationales et européennes


en faveur de la biodiversité

Concernant la biodiversité, le cadre euro- pour la plupart portant sur des espèces
péen concerne moins directement les indus- (espèces de la directive oiseaux), types
tries agroalimentaires et se concentre sur d'espèces (par exemple les pollinisateurs),
la préservation des espèces et espaces à ou grands types d'écosystèmes (urbains,
enjeux écologiques, à travers les directives forestiers, agricoles, etc.) : principalement
« Oiseaux » et « Habitats », qui participent des objectifs qualitatifs, visant l'améliora-
notamment à définir les zones de protec- tion d'indicateurs proposés ;
tion Natura 2000. Un futur règlement euro- • élaborer un plan national de restauration
péen est à l'étude avec les objectifs suivants : de la nature, permettant notamment
• mettre en place des mesures de restaura- d'orienter des financements vers les
tion couvrant, d'ici à 2030, au moins 20 % actions de restauration.
des zones terrestres et marines de l'Union
et, d'ici à 2050, l'ensemble des écosys- Des espaces agricoles et forestiers seront
tèmes ayant besoin d'être restaurés ; concernés par cette nouvelle règlementa-
• restaurer une proportion chiffrée d'ha- tion, mais l'impact en termes de quantité
bitats d'intérêt communautaire pour et de localisation des surfaces concernées,
chacun des États membres (par exemple et donc l'impact pour les exploitations agri-
objectifs 30 % à horizon 2030) ; coles, reste difficile à estimer en raison de
• au delà des habitats d'intérêts commu- besoins de clarifications et d'évolution du
nautaires, améliorer des indicateurs, projet de texte.

25. https://unfccc.int/fr/processus-et-reunions/l-accord-de-paris/l-accord-de-paris
26. Le GIEC a été créé en 1988 en vue de fournir des évaluations détaillées de l’état des connaissances scientifiques, techniques et socio-économiques
sur les changements climatiques, leurs causes, leurs répercussions potentielles et les stratégies de parade. Il élabore des méthodologies et des lignes directrices
pour les inventaires nationaux de gaz à effet de serre (GES).
27. Le protocole de Kyoto, signé en décembre 1997 et entré en vigueur en 2005, vise à réduire les émissions de six gaz à effet de serre : dioxyde de carbone,
méthane, oxyde nitreux, hydrofluorocarbone, hydrocarbure perfluoré et hexafluorure de soufre.
28. https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable/
Stratégie nationale
pour la biodiversité 2030
INITIATIVES DES ENTREPRISES
EN FAVEUR DE LA PROTECTION
La stratégie nationale biodiversité 2030 DE LA BIODIVERSITÉ
(SNB) traduit l'engagement de la France
tel qu’il est défini par la Convention sur La crise actuelle de la biodiversité résulte de la pression
la diversité biologique (CDB). L’adoption exercée par l’activité des hommes sur son environnement.
d’une SNB marque la volonté de faire entrer L’artificialisation et l’agriculture en sont les principales causes
la biodiversité dans le champ de toutes les avec les changements d’usage des terres, la surexploitation des
politiques publiques. En mars 2022, le pre- ressources, la pollution, l’augmentation des espèces exotiques
mier volet de la SNB3, précédant la tenue envahissantes et du changement climatique. Dans le secteur
de la conférence des Parties n°15 de la CDB, privé, de nombreux outils et solutions sont développés pour per-
a été adopté. Cette nouvelle stratégie sera mettre aux entreprises de mieux intégrer la question biodiversité
mise en place jusqu’en 2030. Elle succèdera dans leurs décisions. La commission biodiversité de l’Association
aux deux premières qui ont couvert respec- française de normalisation (AFNOR) travaille actuellement sur
tivement les périodes 2004-2010 et 2011- une norme relative aux modalités de prise en compte des enjeux
2020. Ce premier volet est le fruit d’une de biodiversité dans les organisations, exigences et lignes direc-
vision collective et de 18 mois de concer- trices (X32-011). Elle utilise l’outil Global Biodiversity Score (GBS)
tation avec les acteurs des territoires de de l’entreprises privée CDC Biodiversité (filiale de la Caisse des
métropole et d’outre-mer, les élus et toutes Dépôts) qui permet aux entreprises d’estimer leur « empreinte
les parties prenantes. Une consultation du biodiversité ». Les entreprises souhaitant s’engager sur ces ques-
public a également été menée pour nourrir
le texte. D’une manière générale, elle vise à
tions se sont organisées en réseaux ou forums, comme l’associa-
tion française des entreprises pour l’environnement (EpE), au
75
protéger et restaurer la nature, accompa- niveau national, le réseau Act4nature ou la coalition One Planet
gner la transition écologique des activités Business for Biodiversity (OP2B) au niveau international.

PANORAMA DES IAA 2022 L'ENVIRONNEMENT INTEGRE AU SEIN DES FILIERES


humaines les plus néfastes, et soutenir l’évo-
lution d’une société plus en harmonie avec
l’environnement.
L’ambition climatique européenne pour 2030

Dans ses conclusions du 12 décembre transports, bâtiment, agriculture ou encore


2019, le Conseil européen a pour objectif forêt. Les propositions comprennent des
de parvenir d'ici 2050 à une Union euro- logiques et mesures de :
péenne (UE) neutre pour le climat, confor- • renforcement et d’extension du marché
mément aux objectifs de l'accord de Paris, carbone à des secteurs qui n’étaient pas
mettre en place un cadre facilitateur qui concernés jusqu’à présent comme le sec-
profite à tous les États membres et com- teur maritime ;
prenne des instruments, des mesures inci- • équité pour les industriels face à des
tatives, un soutien et des investissements concurrents d’autres régions du monde
adaptés (Communiqué de presse, Conseil qui ne sont pas soumis aux mêmes règles
européen). Le 4 mars 2020, la Commission climatiques avec le mécanisme d’ajuste-
européenne a adopté sa proposition de loi ment carbone aux frontières ;
européenne sur le climat, qui constitue un • accélération de la décarbonation de sec-
élément important du pacte vert pour l'Eu- teurs comme l’automobile ou le bâtiment
rope. Dans ses conclusions de décembre avec des normes climatiques de plus en
2020, le Conseil européen a approuvé un plus exigeantes ;
objectif contraignant consistant en une • développement des puits de carbone,
réduction nette des émissions de gaz à effet c’est-à-dire de la capacité à entretenir et
de serre dans l'UE d'au moins 55 % d'ici 2030 protéger les forêts et à changer les pra-

76 par rapport aux niveaux de 1990. Le Conseil


et le Parlement européen sont parvenus à
tiques agricoles pour absorber du CO2 et
atteindre la neutralité carbone.
un accord politique provisoire sur la propo-
sition le 21 avril 2021. La loi européenne sur Cet ensemble de mesures inclue notam-
le climat étant désormais adoptée par le ment une réduction des quotas d’émission
Parlement européen et par le Conseil, elle alloués à titre gratuit à l’industrie sur le mar-
va être signée et publiée au Journal officiel, ché européen du carbone. Cette évolution
avant d'entrer en vigueur. accentuant le risque de fuite de carbone
pour plusieurs secteurs industriels forte-
Pour arriver à cet objectif, la Commission ment émetteurs et consommateurs d’éner-
européenne a proposé en juillet 2021 un gie en Europe, la Commission européenne
nouveau Paquet Climat, intitulé Fit for 55. a également introduit l’idée d’un méca-
Ce nouveau paquet ambitieux de 12 pro- nisme d’ajustement carbone aux frontières
positions législatives touche l’ensemble (MACF) pour lequel un projet de règlement
des secteurs de l’économie : industrie, a été présenté le 14 juillet 2021.

MÉCANISME D’AJUSTEMENT CARBONE AUX FRONTIÈRES


ET SON IMPACT SUR LES INDUSTRIES AGROALIMENTAIRES FRANÇAISES

La proposition de règlement établissant un mécanisme Les produits issus des secteurs suivants devraient être
d’ajustement carbone aux frontières vise à lutter contre couverts par le MACF : ciment, aluminium, engrais, pro-
le risque de fuite de carbone résultant des politiques duction d’énergie électrique, fer et acier.
climatiques asymétriques des pays tiers (dont les poli-
tiques de lutte contre le changement climatique sont Le MACF est conçu pour fonctionner parallèlement au
moins ambitieuses que celles de l'UE). L’objectif princi- système d'échange de quotas d'émission de l'UE (SEQE
pal de cette mesure environnementale est de prévenir de l'UE), dont il serait le pendant et le complément en ce
les fuites de carbone et d’inciter les pays partenaires à qui concerne les marchandises importées. Il remplacera
mettre en place des politiques de tarification du car- progressivement les mécanismes existants de l'Union
bone pour lutter contre le changement climatique. européenne destinés à faire face au risque de fuite de
carbone, en particulier l'allocation de quotas à titre gra-
tuit dans le cadre du SEQE de l'UE.
Stratégie française pour l’énergie et le climat

La future stratégie française pour l’énergie de programmation énergie-climat (LPEC),


et le climat (SFEC) constituera la nouvelle la 3e édition de la stratégie nationale bas
feuille de route pour atteindre la neutralité carbone (SNBC), la programmation plurian-
carbone en 2050, et pour assurer l’adapta- nuelle de l’énergie (PPE) et le plan national
tion de la société aux impacts du change- d’adaptation au changement climatique
ment climatique. La SFEC regroupe la loi (PNACC).

Stratégie nationale bas carbone

La France s'était engagée en 2015, avec la • le stockage de carbone dans les sols et
Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC), à dans la biomasse ;
réduire de 75 % ses émissions GES à l'hori- • l'économie et la production d’énergie et
zon 2050 par rapport à 1990. La révision de de matériaux à partir de biomasse (agro-
la SNBC sera l’occasion de dresser un pre- carburants, biogaz qui réduisent les émis-
mier bilan des résultats obtenus en termes sions en se substituant aux énergies fos-
de réduction des émissions, et de fixer une siles, biomatériaux) ;
nouvelle trajectoire de réduction d’émis- • la modification de la demande et de la
sions plus ambitieuse, conformément aux
engagements de l’Accord de Paris et des
consommation dans les filières agro-ali-
mentaires de manière à réduire le gaspil-
77
objectifs européens rehaussés à 2030. Pour lage alimentaire, favoriser la montée en
atteindre la neutralité carbone, les seules gamme des productions ou encore infor-

PANORAMA DES IAA 2022 L'ENVIRONNEMENT INTEGRE AU SEIN DES FILIERES


stratégies de réduction des émissions ne mer et sensibiliser sur les recommanda-
peuvent suffire. Il est nécessaire de les com- tions nutritionnelles.
pléter par des actions pour favoriser :

Plan national d’adaptation au changement climatique

Le Plan national d’adaptation au change- national de l’alimentation et de la nutri-


ment climatique (PNACC) établi par le minis- tion (PNAN) ;
tère de l’Agriculture et de la Souveraineté • Axe 4 : Accompagner l’adaptation des
alimentaire s’appuie sur l’ensemble des filières agricoles et forestières face
politiques publiques du ministère et trace aux conséquences du changement
une route pour atteindre les objectifs clima- climatique ;
tiques en s’appuyant sur de très nombreux • Axe 5 : Enseigner à produire autrement et
leviers. innover avec la recherche et le dévelop-
pement agricole ;
Ce plan se structure autour de six axes : • Axe 6 : Avec le souci de l’exemplarité, le
• Axe 1 : Accélérer le développement des ministère multiplie les actions pour garan-
pratiques agricoles permettant d’atté- tir un haut niveau d’écoresponsabilité.
nuer les émissions de gaz à effet de serre ;
• Axe 2 : Développer le potentiel de L’objectif général du Plan national
séquestration du carbone dans les sols et d’adaptation au changement climatique
la biomasse forestière ; 2018-2022 (PNACC-2) est de mettre en
• Axe 3 : Soutenir la demande et la consom- œuvre les actions nécessaires pour adapter,
mation en produits alimentaires vers des d’ici 2050, les territoires de la France métro-
pratiques à moindre impact environ- politaine et outre-mer aux changements cli-
nemental, en lien avec le Programme matiques régionaux attendus.
LE LABEL BAS-CARBONE

Le dispositif national de Label de le faire, et ne peut se prévaloir de l’achat de crédits


bas-carbone (LBC) est un cadre LBC pour répondre à ses éventuelles obligations en
de certification publique de matière de diminution des émissions de GES dans le
projets permettant à la fois de cadre par exemple de la réglementation européenne
réduire les émissions de GES et de séquestrer du carbone (SEQE de l’UE). Ainsi, le LBC fait partie de la politique RSE
sur le territoire français. Ce dispositif s'adresse notam- d’une entreprise. Dans le cadre du développement du
ment aux secteurs agricoles et forestiers. Il vise à répondre LBC, un groupe de travail regroupant plusieurs IAA sous
à la demande d'organisations privées et publiques souhai- l’égide de l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE)
tant compenser de manière volontaire leurs émissions et s’est réuni pour apporter des réponses concrètes et opé-
valoriser les efforts des agriculteurs par des revenus com- rationnelles aux financeuses et financeurs du LBC29. A ce
plémentaires. La compensation volontaire signifie que jour, 6 méthodes agricoles ont été reconnues30 et d’autres
l’acheteuse ou l’acheteur de crédits n’a pas d’obligation projets sont en cours de développement.

Les feuilles de route décarbonation, déclinaison opérationnelle


de la stratégie nationale bas carbone

78 L’atteinte des objectifs climatiques et éner-


gétiques, actuels et rehaussés, de la France
Ces travaux seront conduits à l'échelle
des chaines de valeur, c’est-à-dire sur l'en-
repose sur un bouquet diversifié et complé- semble du cycle de vie des produits allant
mentaire de mesures aux niveaux national des intrants (matières premières, énergie)
et local et implique la contribution de tous jusqu'au traitement des déchets, en pas-
les acteurs : État, collectivités, agriculteurs, sant par la production et les diverses trans-
entreprises et industries agroalimentaires, formations. L’objectif est ainsi d’engager les
citoyennes et citoyens. branches sectorielles dans l’identification
des leviers d’action disponibles, et les tra-
En particulier, la loi dite Climat et résilience duire dans des engagements concertés et
prévoit l’élaboration, de feuilles de route partagés. Ils s’appuieront sur les feuilles de
établies conjointement par les représen- route élaborées dans le cadre du Contrat
tants des filières économiques, le gouverne- stratégique de filière (CSF) agroalimentaire
ment et les représentants des collectivités pour l’ensemble de l’industrie agroalimen-
territoriales. Pour chaque filière, ces feuilles taire, et déjà déclinées dans les secteurs du
de route décarbonation listent les mesures sucre, de l’amidon et du lait.
mises en œuvre par chacune des parties
pour atteindre les objectifs climatiques de
la France.

29. https://www.i4ce.org/download/action-climatique-label-bas-carbone-climat/
30. https://www.ecologie.gouv.fr/label-bas-carbone
LA BIOÉCONOMIE

La bioéconomie englobe l’ensemble des innovants, des produits biosourcés en


activités de production et de transforma- lieu et place de produits pétrosourcés :
tion de la biomasse agricole, forestière ou détergents, solvants, colles, plastiques,
aquacole, à des fins alimentaires ou non produits pharmaceutiques et cosmé-
alimentaires pour la production de bioéner- tiques, produits de biocontrôle alternatifs
gies, matériaux biosourcés ou de produits aux pesticides classiques).
biosourcés. Outre l’enjeu primordial de l’ali-
mentation humaine et animale, la bioéco- La crise sanitaire engendrée par la pandé-
nomie contribue à la transition écologique mie du COVID-19 a démontré l’importance
vers une économie décarbonée, grâce à la de la bioéconomie comme facteur de rési-
production de débouchés non alimentaires, lience pour les filières et les territoires, en
regroupés en trois catégories : créant de nouveaux débouchés au service
1. Bioénergies (sous forme de biocarburants de la souveraineté alimentaire et de la tran-
liquides et gazeux, de biométhane, de sition écologique, tout en maintenant des
combustibles destinés à produire de la emplois non délocalisables en milieu rural.
chaleur ou de l’électricité) ;
2. Matériaux biosourcés (pour la construc-
Les conséquences de la guerre menée
par la Russie contre l’Ukraine depuis le 24
79
tion, l'ameublement, le papier-carton, les février 2022 confirment le rôle de la bioé-
composites d'équipement pour les véhi- conomie avec la nécessité d’accélérer la

PANORAMA DES IAA 2022 L'ENVIRONNEMENT INTEGRE AU SEIN DES FILIERES


cules, le textile) ; décarbonation de notre économie et tout
3. Chimie biosourcée (molécules permet- particulièrement le développement des
tant de fabriquer, selon des processus bioénergies.

La bioéconomie, facteur de résilience des filières et des territoires

La valorisation du chanvre : à septembre sans traitement phytophar-


un exemple de filière offrant maceutique, la production française de
un retour de valeur ajoutée chanvre représente plus de 20 000 hec-
aux agriculteurs et des emplois tares en France. Outre le fait que le chanvre
non délocalisables présente un intérêt dans la rotation des
cultures et requiert peu d’intrants, ses pro-
La France est le premier producteur euro- priétés techniques le destinent à de nom-
péen de chanvre. La filière chanvre fait l’ob- breux usages, que ce soit dans le secteur du
jet d’une structuration croissante depuis bâtiment, des transports ou de l’alimenta-
plusieurs années, conduisant à la créa- tion, ce qui en fait une source intéressante
tion de chanvrières autour desquelles se de création de valeur pour les agriculteurs
développe la production. Cultivée d’avril et pour les territoires.

GÉOCHANVRE

En 2020, lors de la crise sanitaire COVID-19, une entre- toiles de feutre de chanvre en remplacement des films
prise spécialisée dans le chanvre se lance dans la pro- plastiques pour les maraîchers, a démarré la fabrication
duction massive de masques de protection. Cette de masques de protection contre la COVID-19 en 2020,
jeune entreprise, Géochanvre, de 9 salariés, située dans est désormais homologuée par le ministère des Armées.
l’Yonne et spécialisée dans la production de toiles de Cette entreprise a ainsi commercialisé plus de 200 000
paillages biodégradables en chanvre, notamment de masques par semaine, en valorisant 150 ha de chanvre.
Les débouchés du chanvre sont multiples, principalement valorisée en paillage et dans
avec d’une part, les débouchés pour la paille la construction (bétons fibrés). La graine est
avec la fibre et la chènevotte, et d’autre valorisée en oisellerie, ou en alimentation
part, les débouchés pour la graine. Pour la humaine avec la valorisation de la protéine,
fibre, le principal débouché est la papeterie de l’huile et des graines décortiquées. Ces
(55 %), suivi de l’isolation bâtiment qui est valorisations sont liées aux performances
un marché en croissance. En complément, spécifiques de ces matières (renforcement,
le marché de l’automobile se développe allègement, isolation thermique et pho-
avec l’intégration des fibres de chanvre nique, amortissement) mais aussi à la capa-
dans les panneaux d'habillage des portières cité d’entreprises pionnières à mettre au
et les tableaux de bord. La chènevotte est point des innovations clés.

La valorisation des coproduits

Les débouchés alimentaires et non alimen- souveraineté alimentaire nationale, et


taires de la bioéconomie valorisent des allant dans le sens d'une autonomie éner-
biomasses très variées (résidus de culture, gétique. La filière de production d'étha-
coproduits de la sylviculture, déchets orga- nol a su rapidement s'adapter pour pro-
niques). Les valorisations des coproduits duire du gel hydroalcoolique pour faire

80 s'inscrivent dans l'approche de la bioécono-


mie en permettant de maximiser la valorisa-
face à la crise sanitaire.

tion de biomasse. • Les résidus de l’industrie sucrière (issus


de betterave) peuvent être utilisés pour
• Les filières biocarburants ont permis, dès la fabrication d’acides organiques via des
le début de la crise sanitaire COVID-19, de processus de fermentation ou de molé-
maintenir la production d’alimentation cules d’intérêt utilisées par des nombreux
animale grâce à la production de copro- secteurs d’activité à haute valeur ajoutée
duits générés par la production de biodie- (cosmétiques, arômes et parfums, nutri-
sel (tourteaux de colza) ou de bioéthanol tion animale, chimie verte).
(pulpes de betteraves), contribuant à la

UNE NOUVELLE GAMME DE MAQUILLAGE PRODUITE


À PARTIR D’UNE MOLÉCULE ISSUE DE RÉSIDUS SUCRIERS
A REÇU LE PRIX D’EXCELLENCE DE LA BEAUTÉ 2022,
CATÉGORIE INNOVATION
(PRIX DU MAGAZINE MARIE-CLAIRE)

Global Bioenergies a mis au point en de cette molécule est réalisée sur le


2021 une molécule issue de la fermen- site de Pomacle-Bazancourt situé près
tation de mélasse de la betterave ser- de Reims. Cette entreprise française
vant de base pour une gamme de 18 est le fruit d’une démarche collective
références de produits cosmétiques de long terme initiée et portée par des
(rouge à lèvres, mascaras). Cette molé- agriculteurs. D’une façon générale la
cule est destinée à être vendue à des production de produits biosourcés aux
grandes marques de cosmétiques, en débouchés industriels divers contribue
raison notamment de ses performances à ancrer des emplois non délocalisables
de tenue dans le temps, de résistance à dans cette région et à assurer un retour
l'eau et de sa naturalité. La production de valeur ajoutée aux agriculteurs.
La bioéconomie : un levier primordial au service de la décarbonation

Dans le contexte de l’invasion de l’Ukraine biocarburant gazeux. La méthanisation est


par la Russie, plusieurs actions ont été enga- une technologie particulièrement adaptée
gées au niveau national pour développer aux industries agroalimentaires qui doivent
la décarbonation des énergies, et en parti- gérer des déchets organiques issus de la pro-
culier réduire la dépendance nationale au duction et traiter des effluents chargés en
gaz russe par le développement de la pro- matières organiques et qui ont des consom-
duction de biométhane. La Commission mations d'énergie importantes. La méthani-
européenne a également lancé en mars sation produit également des digestats qui
2022 l’initiative RePowerEU, plan qui vise à sont épandus sur les sols en cultures, ce qui
rendre l’Union européenne indépendante limite les intrants et engrais pétrosourcés, et
des combustibles fossiles russes avant 2030. réduit les coûts d'exploitation.
Ce plan prévoit notamment que les États
membres devront augmenter leur produc- Le potentiel de développement de la métha-
tion de biométhane à partir de sources de nisation agricole est important à moyen
biomasse durable, notamment de déchets terme : l’Agence de l'environnement et de
et résidus agricoles. la maîtrise de l'énergie (ADEME) estime le
gisement global de biomasse mobilisable à
La méthanisation constitue aujourd’hui la 2030 pour la méthanisation à 130 millions
seule technologie mature de production de tonnes de matière brute, représentant
de gaz renouvelable, réalisée à partir de
matières fermentescibles. La méthanisation
56 térawatts-heures (TWh) d’énergie pri-
maire en production de biogaz (soit 42 TWh
81
est un processus biologique de dégradation de gaz renouvelable), sans conflit d’usage
de la matière organique par des bactéries avec l’alimentation humaine ou animale. Ce

PANORAMA DES IAA 2022 L'ENVIRONNEMENT INTEGRE AU SEIN DES FILIERES


dans un milieu sans oxygène qui permet à gisement est composé à 90 % de matières
la fois de traiter les déchets organiques et agricoles (effluents d’élevage, résidus de
de produire une énergie renouvelable. Elle cultures, cultures intermédiaires à vocation
peut se retrouver soit sous forme de bio- énergétiques d’hiver). Le recours au bio-
gaz utilisé pour produire de l'électricité et/ méthane fait l'objet d'une programmation
ou de la chaleur, soit sous forme de biomé- pluriannuelle de l’énergie, qui en définit les
thane qui peut être injecté dans les réseaux niveaux de production selon un calendrier
de gaz naturel et/ou être utilisé comme à long terme.

Site de méthanisation "Bioénergie" à Vihiers. Reprise de digestat liquide par un épandeur.


DIMINUER LE PLASTIQUE
ET DÉVELOPPER L’ÉCONOMIE
CIRCULAIRE

La place du plastique dans l’emballage alimentaire

En France, en 2020, 5,4 millions de tonnes En France en 2018, les emballages plastiques
(Mt) d’emballages ménagers ont été mis représentaient 46,3 %36 de la consommation
sur le marché, dont 2,6 Mt pour le verre, de plastique et sont devenus incontour-
1,2 Mt pour les plastiques, et 1,2 Mt pour nables dans le secteur alimentaire en raison
les papiers-cartons. Le secteur alimentaire de leurs nombreux avantages : facilité et
représente la part majoritaire de ces embal- faible coût de fabrication, fonctionnalité,
lages soit, en tonnage, environ 83 % du total performance, solidité, durée de vie et légè-
en 202031. reté. Ainsi 60 à 70 % des emballages plas-

82 L’accumulation et la dispersion des déchets


tiques sont destinés à l’alimentaire, dont la
moitié constituée d’emballages ménagers
plastiques sont devenus un problème mon- et l’autre moitié d’emballages industriels
dial. Accumulés sur terre dans de gigan- ou destinés à la restauration hors domicile.
tesques décharges à ciel ouvert, souvent Les fonctions des emballages sont multi-
localisées dans des pays en voie de déve- ples : protection du produit, des consomma-
loppement32 où elles posent d’importants teurs, aide au transport et à la distribution,
problèmes de santé publique33, les déchets support d’informations pour les consom-
plastiques se dispersent dans les océans34 mateurs. Certains cahiers des charges de
avec des effets destructeurs sur la faune produits sous signes officiels de qualité et
et la flore sous-marine. Les plastiques sous d’origine sont très prescriptifs à cet égard.
toutes les formes et tailles (macro, micro,
nano) ont des impacts majeurs sur l’environ- La prise en compte de ces enjeux a donné
nement (émissions de gaz à effet de serre, lieu à des politiques publiques vigoureuses
pollution, consommation de ressources, en matière de réduction des emballages en
santé publique). Enfin, le plastique peut Europe et en France. Les industries agroali-
mettre des centaines, voire des milliers d'an- mentaires étant des utilisateurs importants
nées à se décomposer35, de sorte que les d’emballages plastiques, elles ont un rôle
dommages causés à l'environnement sont majeur à jouer dans la réduction de cette
durables. pollution.

31. Édouard FOUQUE, Sylvain PASQUIER, ADEME, Guillaume BERNEAU, Anaëlle CHRÉTIEN, Amaury GALTIER, In Extenso Innovation Croissance. 2021.
Emballages ménagers : données 2020 - Rapport annuel.69 pages
32. FERRONATO, Navarro et TORRETTA, Vincenzo. Waste mismanagement in developing countries: A review of global issues. International journal of
environmental research and public health, 2019, vol. 16, no 6, p. 1060.
33. SARKINGOBIR, Yusuf, DIKKO, Malami, ALIYU, Sulaiman, et al. The dangers of plastics to public health: A review. NIPES Journal of Science and Technology
Resaerch, 2020, vol. 2, no 2, p. 195-200.
34. ROJAS, Juan. Plastic Waste is Exponentially Filling our Oceans, but where are the Robots?. In : 2018 IEEE Region 10 Humanitarian Technology Conference
(R10-HTC). IEEE, 2018. p. 1-6.
35. KYRIKOU, Ioanna et BRIASSOULIS, Demetres. Biodegradation of agricultural plastic films: a critical review. Journal of Polymers and the Environment, 2007,
vol. 15, no 2, p. 125-150.
36. Plastics Europe.
Politique globale des emballages

Les trois objectifs de réduction, du réem- compostable à partir du 1er juillet 2016, la
ploi et du recyclage des emballages (3R), Loi n° 2018-938 du 30 octobre 2018, dite
au-delà des seuls plastiques à usage unique, loi EGalim, comportait des interdictions
sont devenus emblématiques de la poli- comme celle des contenants de réchauffe
tique de transition vers l’économie circu- en plastique dans la restauration collec-
laire appliquée aux emballages. Ils résument tive à l’horizon 2025, et dès 2020, celle
un ensemble de réflexions collectives, d’ac- des touillettes et pailles en plastique dans
cords volontaires et de réglementations, la restauration, la vente à emporter, les
élaboré sur plusieurs années. L’ensemble cantines et les commerces alimentaires,
des textes juridiques sur l’économie circu- et celle des bouteilles d’eau minérale dans
laire constitue un édifice complexe, qui, les cantines scolaires. Elle anticipait sur la
au-delà du cas du plastique à usage unique, Directive sur les plastiques à usage unique
traite de tous les types d’emballages (pri- (dite SUP) 2019/904 du 5 juin 2019 relative à
maire au contact des produits, secondaire la réduction de l’incidence de certains pro-
pour leur regroupement, et tertiaire, pour duits en plastique sur l’environnement. Elle
le transport) et de tous les matériaux. Un a été précisée par le Décret n° 2020-1828
quatrième terme doit d’ailleurs être accolé du 31 décembre 2020 relatif à l'interdiction
au trois premiers : celui de substitution. de certains produits en plastique à usage
C’est en effet en leur substituant, par unique.
exemple, des emballages en papier-car-
ton, ou en revenant au verre, qu’une partie Ce sont les lois anti-gaspillage pour une éco-
83
des objectifs de réduction des plastiques nomie circulaire (AGEC) du 10 février 202039
à usage unique sera réalisée. Quant à la et Climat et résilience du 22 août 202140 qui

PANORAMA DES IAA 2022 L'ENVIRONNEMENT INTEGRE AU SEIN DES FILIERES


sobriété et en particulier au vrac, ils ren- achèvent la transposition de cette directive
voient souvent aussi à certaines formes et surtout qui aboutissent à l’édifice cohé-
de réemploi ou de réutilisation, toutes ces rent concernant tous les emballages et tous
interrelations renvoyant elles-mêmes à la les matériaux introduit ci-dessus. Une partie
question générale de l’alimentarité, c’est-à- des décrets d’application de ces deux lois
dire de l’innocuité chimique ou bactériolo- ont déjà été publiés, d’autres sont encore en
gique (cf. l’encadré page 87) des emballages cours d’élaboration.
en contact avec les denrées alimentaires.
Cet ensemble législatif et réglementaire, Ces textes législatifs et réglementaires
dont nous donnons ici quelques jalons, a innovent en particulier en fixant des objec-
été précédé par des engagements collec- tifs pour les « 3R » (tous matériaux) :
tifs volontaires, comme le Pacte plastique • sur le réemploi : définition d’une trajec-
européen37. toire nationale d’augmentation de la part
des emballages réemployés mis en mar-
L’application du principe pollueur-payeur38 ché par rapport aux emballages à usage
aux metteurs en marché d’emballages s’est unique (5 % en 2023 et 10 % en 2027), défi-
concrétisée par la création des premières nition par décret de la proportion mini-
filières de responsabilité élargie des pro- male d’emballages réemployés à mettre
ducteurs (REP) dans les années 90. Depuis sur le marché annuellement en France.
2015, une nouvelle dynamique est à l’œuvre, Le premier de ces décrets, n°2022-507 du
interdisant, ou limitant, dans un premier 08/04/2022 couvre une première période
temps, la mise sur le marché de certains de 5 ans. Création d’un observatoire du
produits en plastique, puis s’élargissant aux réemploi et de la réutilisation sous l’égide
autres matériaux avec un objectif de dyna- de l’Agence de l'environnement et de
misation de l’ensemble. Sur le plan législatif, la maîtrise de l'énergie (ADEME), mise
après une première loi interdisant les sacs à l’étude, notamment, de dispositifs de
de caisse en plastique à usage unique non consigne.

37. https://www.ecologie.gouv.fr/pacte-plastiques-europeen-maitriser-lusage-du-plastique-economie-circulaire-lechelle-europeenne
38. Le principe pollueur-payeur, adopté par l'OCDE en 1972, repose sur le fait que les frais résultant des mesures de prévention, de réduction de la pollution
et de lutte contre celle-ci doivent être supportés par le pollueur.
39. Loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire.
40. Loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets.
• Sur la réduction et le recyclage : l’article vrac. Cette élaboration est progressive car
61 de la loi AGEC dispose que seuls les elle actionne, l’un après l’autre, différents
emballages recyclables pourront être mis leviers, mais aussi parce qu’à côté d’ob-
en marché à partir de 2030. Le décret jectifs provisoires pour une durée limitée,
n° 2021-1318 du 8 octobre 2021 crée une des états des lieux et des études sur les
obligation de présentation à la vente des marges de manœuvre pratiques dans les
fruits et légumes frais non transformés différents secteurs économiques, sont
sans conditionnement composé pour systématiquement conduites, comme
tout ou partie de matière plastique. Le c’est le cas via la stratégie 3R ou l’obser-
décret n° 2021-1610 du 9 décembre 2021 vatoire du réemploi. Les spécificités de
est relatif à l'incorporation de plastique chaque secteur, avec des possibilités de
recyclé dans les bouteilles pour boissons. compensation entre ceux pour lesquels
Le décret (en cours d’élaboration) en vue le potentiel de transformation est plus
de l’application de l’article 23 de la Loi grand, et ceux qui comportent plus de
« Climat et résilience » introduit un objec- contraintes, sont prises en compte.
tif de 20 % de surface de vente dédiée au

Vers la fin des emballages plastiques à usage unique

84 Concernant ces emballages, la loi AGEC


a fixé un objectif de sortie au plus tard en
usage unique d'ici au 1er janvier 2025, et
pour y parvenir, que les emballages en
2040, par la mise en œuvre simultanée de plastique à usage unique mis sur le mar-
différentes méthodes : définition d’ une ché soient recyclables, ne perturbent pas
trajectoire d’augmentation progressive du les chaînes de tri ou de recyclage, et ne
réemploi ou de la réutilisation41 des embal- comportent pas de substances ou élé-
lages ; incitation à l’éconception et à la mise ments susceptibles de limiter l’utilisation
en place de logistiques adaptées (circuits de du matériau recyclé.
collecte, consignes, station de lavage) ; et
enfin, effort pour atteindre 100 % de plas- Au-delà de cet outil purement réglemen-
tique recyclé d’ici au 1er janvier 2025. taire, une première version de la stratégie
3R (Réduction, Réemploi, Recyclage), pour
Trois objectifs ont été fixés par le premier les emballages à usage unique, publiée
décret « 3R »42 pour la période 2021-2025 : en avril 2022 pour cinq ans, donne une
1> objectif de 20 % de réduction des embal- impulsion collective nouvelle et originale.
lages plastiques à usage unique d'ici à Accompagnant la mise en œuvre des diffé-
2025, dont au minimum la moitié obte- rentes lois, cette stratégie a déterminé, en
nue par recours au réemploi et à la réu- concertation avec les professionnels, des
tilisation ; objectifs et les mesures nécessaires pour les
2> objectif de tendre vers une réduction atteindre. Elle sera révisée tous les cinq ans
de 100 % des emballages en plastique à avec les filières industrielles concernées, les
usage unique « inutiles »43, d’ici à 2025 ; collectivités territoriales et les associations
3> objectif de tendre vers 100 % de recy- des consommateurs et de protection de
clage des emballages en plastique à l'environnement.

41. Le droit français, contrairement au droit européen, distingue le réemploi et la réutilisation. La réutilisation d’un emballage suppose que celui-ci soit d’abord
passé par l’état de déchet, ou qu’il s’agisse d’un nouvel usage différent de l’usage initial, par exemple, par un consommateur, celui d’une bouteille d’eau minérale
pour contenir un autre liquide. Pour simplifier, on citera ci-dessous uniquement le réemploi, qui correspond à l’essentiel des réalités industrielles.
42. Décret no 2021-517 du 29 avril 2021 relatif aux objectifs de réduction, de réutilisation et de réemploi, et de recyclage des emballages en plastique à usage
unique pour la période 2021-2025.
43. Les plastiques à usage unique inutiles sont définis comme ceux n'ayant pas de fonction technique essentielle, comme une fonction de protection, sanitaire
et d'intégrité des produits, de transport, ou de support d'information règlementaire (par exemple les blisters plastiques autour des piles et des ampoules).
Accompagnant la mise en œuvre des diffé- LE CONSEIL NATIONAL DE L’ALIMENTATION
rentes lois, cette stratégie a déterminé, en ET LES EMBALLAGES
concertation avec les professionnels, des
objectifs et les mesures nécessaires pour les Positionné comme un « Parlement de l’alimentation », le Conseil
atteindre. Elle sera révisée tous les cinq ans national de l’alimentation et des emballages (CNA) développe
avec les filières industrielles concernées, les depuis plus de 35 ans un processus de concertation intégrant les
collectivités territoriales et les associations préoccupations des filières agroalimentaires et de la société civile.
des consommateurs et de protection de Répartis en 8 collèges, ses 63 membres nommés représentent les
l'environnement. principaux acteurs de la filière alimentaire : producteurs agricoles,
transformateurs et artisans, distributeurs, restaurateurs, associa-
tions des consommateurs et d’usagers, de protection de l’envi-
ronnement, de protection animale, d’aide alimentaire, syndicats
La question de l’alimentarité de salariés, représentants du Parlement français ainsi que des per-
des emballages sonnalités qualifiées, des établissements publics de recherche et
d’évaluation scientifique et des collectivités territoriales. Le CNA
a élaboré, en concertation entre ces diverses catégories d’acteurs,
L’alimentarité des emballages est leur apti- trois avis sur les emballages entre 2020 et 2021 :
tude au contact alimentaire. Tout au long Avis n° 86 – 09/2020 – Fruits et légumes pouvant être exemptés de
de la chaîne de production et d’approvi- l’interdiction de présentation dans des emballages plastiques
sionnement, les denrées sont en contact Avis n° 87 – 03/2021 – Substitution des contenants composés de
avec des emballages, entraînant un risque plastique en restauration collective
de transfert de matière et de contaminants Avis n° 88 – 07/2021 – Sobriété en emballages alimentaires –
chimiques ou microbiologiques. Développement du vrac et autres pistes d’action 85
Une règlementation-cadre existe visant à 44

limiter au maximum les risques potentiels

PANORAMA DES IAA 2022 L'ENVIRONNEMENT INTEGRE AU SEIN DES FILIERES


liés à la migration de contaminants. Elle
place la charge de la preuve du côté des
metteurs en marché des emballages dont d’encres minérales. Si les acteurs des filières
les industriels de l’alimentation. Le nouveau agroalimentaires ne trouvent pas dans les
cadre législatif et réglementaire exposé connaissances scientifiques disponibles, la
ci-dessus a pour finalité de réduire les possibilité de fournir aux consommateurs
emballages par des allégements, des sup- les garanties sur l’innocuité de ces nou-
pressions, des extensions de la vente en vrac veaux emballages, ceux-ci ne seront pas uti-
ou des substitutions de matières premières. lisés. Le développement des connaissances
Ces démarches augmentent la pression sur et pratiques industrielles garantissant l’ali-
les metteurs en marché et rendent néces- mentarité est donc une condition incon-
saire un effort particulier de recherche. tournable de l’économie circulaire dans les
emballages alimentaires. C’est pourquoi le
De plus, les études sur les risques de migra- Gouvernement français a décidé de consa-
tion d’additifs éventuellement libérés par crer une mesure du plan France 2030 à l’ali-
les processus de recyclage ou sur l’évolution mentarité des emballages, comportant des
des emballages réemployés après lavages et actions de soutien à la recherche et des
décontaminations multiples devraient être actions d’accompagnement. Dans ce cadre,
approfondies. Le développement du vrac des appels à projet sont prévus par l’agence
met directement les denrées en contact nationale de la recherche (ANR), afin d’ap-
avec les emballages secondaires en carton porter un soutien public aux actions de
qui recyclés pourraient contenir des résidus recherche sur le sujet.

44. (CE) n°1935/2004, (CE) 10/2011 et le (CE) n°2023/2006 relative aux règles de bonnes pratiques de fabrication.
86
PANORAMA DES IAA 2022
87

ENJEUX ÉMERGENTS ET DÉFIS DU SECTEUR AGROALIMENTAIRE FRANÇAIS


ET DÉFIS DU SECTEUR
ENJEUX ÉMERGENTS
AGROALIMENTAIRE
FRANÇAIS
RESPONSABILITÉ SOCIÉTALE
DES ENTREPRISES

La responsabilité sociétale des entreprises et leurs relations avec leurs parties pre-
(RSE) est définie par la Commission euro- nantes1. Toutes les entreprises, multina-
péenne comme un concept qui désigne tionales, petites et moyennes entreprises
l’intégration volontaire, par les entreprises, (PME) comme très petites entreprises (TPE),
de préoccupations sociales et environne- peuvent s’en saisir.
mentales à leurs activités commerciales

La RSE, des enjeux multiples

La RSE s’inscrit dans la stratégie à long Enjeux sociaux


terme des entreprises et vise à contribuer
au développement durable. L’objectif est Dans le cadre de sa démarche RSE, une
ainsi d’être économiquement viable, d’avoir entreprise reconnaît son rôle dans l’appli-
un impact positif sur la société mais égale- cation des droits humains des personnes
ment de mieux respecter l’environnement, ayant un lien direct ou indirect avec ses acti-
trois enjeux interdépendants. vités. Cela englobe ses consommateurs et
ses salariés, mais également ses fournisseurs
et sous-traitants en France et à l’étranger.
Enjeux économiques Plus largement, la démarche RSE vise à aller
au-delà de la réglementation pour assurer

88 Dans un contexte de mondialisation et de


concurrence, la valeur économique qualita-
aux salariés un environnement de travail
sécurisé et serein. Ainsi, la relation employé/
tive de l’entreprise, qui repose notamment salarié doit être équilibrée et toute forme
sur l’éthique, la réputation et le capital de discrimination, y compris à l’embauche,
environnemental, est un argument de dif- doit être proscrite. De plus, l’attractivité
férenciation significatif qui peut passer par est un enjeu important pour les IAA, qui
un affichage. L'enjeu premier sur l'écono- peinent à recruter (Voir 2.3 Emploi, forma-
mie avec la RSE est le sujet de la création de tion et attractivité des métiers) : l’engage-
valeur via cette démarche. Or, aujourd'hui, ment dans une démarche RSE peut être un
ce n'est pas le cas. En réponse à ce besoin, de facteur d’attractivité. Enfin, l’engagement
nombreux labels et certifications ont vu le de l’entreprise doit également s’ancrer dans
jour. Ils sont un moyen de communiquer sur le développement local et la vie de la com-
les engagements et le positionnement choi- munauté. L’objectif est ici de permettre au
sis auprès des clients et des consommateurs. tissu local de se dynamiser par le maintien
Cependant, la RSE ne répond pas qu’à une d’une activité économique et sociale ainsi
volonté d’affichage pour gagner des parts de que le développement d’une offre de for-
marché à court terme. Intégrer les attentes mation en accord avec les besoins des
de la société et les problématiques environ- territoires.
nementales permet d’assurer la pérennité et
le développement de l’entreprise.

1. https://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/pdf/Communication_du_25_octobre_2011_de_la_Commission_europeenne_sur_la_RSE_cle434613.pdf
Enjeux environnementaux dimensions de la protection de l’environ-
nement pourra avoir une meilleure maîtrise
Troisième pilier de la RSE, le respect de de son impact et de ses consommations en
l’environnement est de plus en plus ancré ressources. Les différents sujets en lien avec
dans les réglementations auxquelles sont l’environnement telle que la biodiversité, le
soumises les entreprises. Réelle attente changement climatique ou encore le gaspil-
sociétale, il s’agit désormais d’aller au-delà lage alimentaire doivent être pris en compte
de ces obligations pour en faire une marque (voir sous parties 3.1 Respect de l’environne-
d’engagement et une source d’économie. ment et 3.2 Climat et biodiversité).
L’entreprise, en identifiant l’ensemble des

La norme ISO 26 000

Publiée en novembre 2010, la norme société et sur l’environnement. Cela se tra-


ISO 26 0002 a été élaborée par les orga- duit par un comportement transparent et
nismes de normalisation d’une centaine de éthique qui contribue au développement
pays puis approuvée à une large majorité. durable, y compris à la santé et au bien-
L'ISO (Organisation internationale de nor- être de la société, qui prend en compte les
malisation) est une organisation internatio- attentes des parties prenantes, respecte
nale non gouvernementale, indépendante, les lois en vigueur, est compatible avec les
dont les 167 membres sont les organismes normes internationales, et, enfin, est inté-
nationaux de normalisation. La norme ISO gré dans l’ensemble de l’organisation. Ainsi,
26 000 indique que la responsabilité socié- cette norme internationale fixe les lignes
tale des organisations est la responsabilité directrices de la RSE et guide les entreprises
d’une organisation vis-à-vis des impacts dans sa mise en place.
de ses décisions et de ses activités sur la

La norme ISO 26 030


89
Forts du succès de la norme ISO 26 000 et possibilités de contribution des entreprises

ENJEUX ÉMERGENTS ET DÉFIS DU SECTEUR AGROALIMENTAIRE FRANÇAIS


PANORAMA DES IAA 2022
sur la base de ce texte, les acteurs fran- et des organisations au développement
çais ont souhaité, en 2016, engager des durable, mais aussi de proposer les moda-
discussions internationales afin d’élabo- lités opérationnelles pour y parvenir. Pour
rer un guide d’application de cette norme ce faire, la France a réussi à fédérer de nom-
pour le secteur agroalimentaire. 20 pays breux pays et organismes autour de ce pro-
se sont alors engagés pour participer aux jet, qui a recueilli le soutien de l’Organisa-
travaux. Ce groupe de travail a été animé tion des Nations Unies pour l’alimentation
par La Coopération Agricole avec l'aide de et l’agriculture (FAO).
Bordeaux Sciences Agro, et son secrétariat a
été assuré par l’Association française de nor- C’est ainsi que fin 2019 a été finalisé le pro-
malisation (AFNOR). L’enjeu était d’élaborer jet de norme internationale ISO/TS 26 0303
un document partagé à l’échelle mondiale pour le développement durable et la res-
pour entériner une définition commune ponsabilité sociétale appliquée à l’agroa-
du développement durable pour l’agroa- limentaire. Grâce à des lignes directrices
limentaire. Sa motivation était d’explici- claires sur la façon d’intégrer les questions
ter de façon pédagogique les différentes fondamentales de responsabilité sociétale

2.https://www.iso.org/fr/iso-26000-social-responsibility.html
3. https://www.iso.org/fr/standard/71624.html
dans la chaîne alimentaire, ce document des stratégies ambitieuses. Pour cela, les
a pour vocation d’encourager, à l’échelle entreprises sont amenées à développer
mondiale, toutes les entreprises du secteur des démarches de transparence, et à réa-
agroalimentaire à fonctionner de manière liser des évolutions des modes de produc-
éthique et durable. Ainsi, six enjeux spéci- tion dans un sens éthique avec les parties
fiques au secteur de l’agroalimentaire, qui prenantes dans les territoires. Ces leviers
sont au cœur des attentes sociétales, sont constituent des axes de performance éco-
abordés : le bien-être animal, le gaspillage nomique, de compétitivité, de différencia-
alimentaire, le comportement éthique, les tion, de création de valeur, mais aussi de
parties prenantes, le devoir de vigilance, et résilience4. En 2022, près de la moitié des
le respect des cultures locales. entreprises agroalimentaires a mis en place
une démarche volontaire en lien avec la
Consciente des effets qu’elle exerce sur la RSE. La filière agroalimentaire est d’ailleurs
société (impacts sur l'eau, sur la production plus avancée que d’autres secteurs en la
des déchets et sur la pollution des sols) et matière : selon l’Insee, dès 2016, 69 % des
des demandes sociétales et environnemen- industries agroalimentaires avaient mis en
tales de plus en plus exigeantes de la part œuvre une gestion économe des ressources
des citoyens, la filière agroalimentaire se (matières premières, eau) contre 58 % dans
transforme et s’adapte en développant l’ensemble de l’industrie5.

BioED : un label pour l’agroalimentaire bio

Premier label RSE à destination des entre- santé, sécurité et naturalité des produits
prises agroalimentaires bio, ce label et ancrage territorial). Issues de la norme
créé par le syndicat national des entre- ISO 26 000, ces exigences ont été adaptées
prises agroalimentaires bio (Synabio) en au secteur de la bio en concertation avec
2014 et révisé en 2019 compte en 2022, ses parties prenantes. Pour chaque critère,
37 entreprises labellisées (distributeurs, le degré de maturité de l’entreprise est éva-
transformateurs). La grille d'évaluation lué pour aboutir à une note de conformité

90 Bio entreprise durable (BioED) repose


sur 28 critères, regroupés en 6 thèmes
globale. BioED valorise ainsi les entreprises
certifiées biologiques, qui s’engagent dans
(gouvernance, relations et conditions de une démarche d’amélioration continue
travail, respect de l’environnement, pra- avec des objectifs dépassant le champ de
tiques d’achat et de vente responsables, la règlementation bio européenne.

D’autres initiatives sectorielles pour la RSE dans l’agroalimentaire

Lancée en septembre 2017, la plateforme auto-évaluation de leur démarche RSE (sur


Valorise est le fruit d’une collaboration la base de la norme ISO 26 000), d’identi-
entre l’Association nationale des indus- fier les voies d’amélioration possibles et de
tries alimentaires (ANIA), La Coopération transmettre les résultats aux distributeurs
Agricole, la Fédération du commerce et de leur choix via la plateforme. Après avoir
de la distribution (FCD) et la FEEF, en par- accompagné plus de 500 entreprises inté-
tenariat avec GreenFlex6. Il s’agit d’un outil ressées par la démarche RSE, elle cesse ses
permettant aux fournisseurs de réaliser une activités en 2022.

4. Selon l’étude Responsabilité sociale des entreprises et compétitivité : Évaluation et approche stratégique, publiée en janvier 2016 par France Stratégie,
« quelles que soient la mesure de la performance économique (profit par tête, excédent brut d’exploitation ou valeur ajoutée) et la dimension de la RSE
(environnement, éthique, ressources humaines, relation client, relation fournisseur), on observe un écart de performance économique d’environ 13 %
en moyenne entre les entreprises qui mettent en place des pratiques RSE et celles qui ne le font pas ».
5. https://www.insee.fr/fr/statistiques/3197097
6. GreenFlex est une entreprise française du secteur du développement durable spécialisée dans l'accompagnement de la transition environnementale
et sociétale des entreprises et des territoires.
En partenariat entre Bordeaux Sciences Par ailleurs, dans le cadre de la plateforme
Agro et La Coopération agricole, un MOOC RSE, un diagnostic sur les labels RSE sec-
RSE & Agroalimentaire a été monté sur la toriels a été réalisé. Le secteur agricole et
plateforme FUN pour mieux faire connaître alimentaire était le plus représenté avec la
la RSE dans le secteur agricole et alimen- Coopération agricole, Synabio, Demain la
taire. Il a rassemblé plus de 20 000 auditeurs terre, Vignerons engagés...7
en quatre saisons.

PME+ : le label RSE des PME/ETI fournisseurs de la distribution

Le label PME+ porté par la Fédération des Environnement8. La labellisation s’appuie


entreprises et entrepreneurs de France sur un référentiel comportant 20 exigences
(FEEF) a été créé en 2014 afin de valoriser et s’inspirant de l’ISO 26 000 (disponible
l’engagement durable des TPE, PME et des sur le site internet du label). À la date du
entreprises de tailles intermédiaires (ETI) 1er juillet 2022, 200 entreprises sont label-
indépendantes françaises en matière de lisées PME+ ce qui représente 39 000 pro-
RSE. Pour être labellisée, une entreprise doit duits, 7 milliards d’euros de chiffres d’af-
atteindre un niveau de conformité minimal faires et 22 000 emplois dans les territoires.
lors d’un audit annuel réalisé par Ecocert

La communauté BCorp

Fondée en 2006 aux États-Unis, la commu- 80/200 et ce lors de chaque renouvellement


nauté BCorp9 réunit dans le monde plus de (tous les 3 ans). L’entreprise et les consom-
2 500 entreprises souhaitant mettre leur mis- mateurs peuvent ainsi avoir une base pour
sion sociétale au cœur de leur raison d’être. comparer les performances de chaque
En France, une centaine d’entreprises ont
obtenu la certification après une évaluation
entreprise. Toutefois, s’adressant initiale-
ment aux PME américaines, ce processus
91
réalisée par l’ONG B Lab. Les critères sociaux, d’évaluation reste empreint de la culture et
environnementaux, de transparence et de réglementation américaines, et prend peu

ENJEUX ÉMERGENTS ET DÉFIS DU SECTEUR AGROALIMENTAIRE FRANÇAIS


PANORAMA DES IAA 2022
gouvernance permettent de décerner une en compte les spécificités locales ou la com-
note. Celle-ci doit alors être supérieure à plexité d’organisation à plus grande échelle.

7. https://www.strategie.gouv.fr/publications/labels-rse-propositions-labels-rse-sectoriels-destines-aux-tpe-pme-eti
8. Ecocert est une entreprise française créée en 1991 agissant comme organisme de certification et utilisant son nom comme marque de certification.
9. La communauté B Corp a été fondée en 2006, aux États-Unis, avec l’intention de faire évoluer le capitalisme et repenser la notion de succès dans les affaires.
Les objectifs affichés de la communauté B Corp sont de réduire les inégalités, réduire la pauvreté, assurer un environnement plus sain, rendre les communautés
plus résilientes et créer des emplois de meilleure qualité. Le label B Corp, certification octroyée par l'ONG indépendante B-Lab, est accordé à des entreprises qui
se fixent des objectifs extra financiers sociaux ou environnementaux et qui répondent à des critères exigeants en matière de responsabilité et de transparence.
RÉSILIENCE
ET INDÉPENDANCE
DU SECTEUR
AGROALIMENTAIRE

L’usage du terme de résilience s’est généra- mobiliser des ressources alternatives per-
lisé dans les discours politiques et média- mettant de compenser la difficulté d’accès
tiques depuis la crise sanitaire, témoignage à certaines ressources. Une des conditions
de la crainte que le système économique ne premières de la résilience est la redondance
puisse pas s’adapter et se relever de cette des sources d’approvisionnement (mais
situation inédite. La résilience désigne à aussi des débouchés), ce qui implique de
l’origine la capacité d’un système méca- ne pas être dépendants de certains four-
nique à continuer à fonctionner en dépit nisseurs ou clients, ou a minima de pouvoir
de contraintes tels que des chocs. Par rapidement leur trouver des substituts.
extension, elle désigne l’aptitude d’un sys-
tème complexe (être vivant, écosystème, La résilience doit s’analyser à toutes les
société) à endurer de fortes perturbations échelles : l’individu ou le ménage, l’entre-
et à revenir à un fonctionnement normal ou prise, la chaîne de production et de trans-
satisfaisant. formation, le pays dans son ensemble… Ces
principes de redondance et de réduction
La résilience et l’indépendance sont deux des dépendances concernent donc non
notions très liées. En effet, une des condi- seulement les biens pris isolément mais
tions de la résilience est la capacité à aussi les systèmes productifs.

92
Le secteur agroalimentaire français est-il résilient ?

La crise sanitaire de 2020 a joué un rôle d’approvisionnement notable. Les diffé-


d’expérience naturelle pour éprouver la rési- rents acteurs de la chaîne de production,
lience de l’économie, et en particulier du de transformation et de distribution ont
secteur alimentaire. Longtemps considérée su s’adapter aux contraintes et se coordon-
comme évidente au vu des énormes gains ner efficacement, y compris pour réussir à
de productivité dans l’agriculture depuis la absorber sans heurts significatifs l’augmen-
seconde guerre mondiale, la question de tation des coûts générée par la situation.
l’accès à l’alimentation est redevenue très En outre, les soutiens publics massifs ont
rapidement une préoccupation centrale. permis de maintenir en activité la plupart
des entreprises et d’éviter toute disconti-
Dans son rapport public annuel 202210, la nuité majeure de l’approvisionnement.
Cour des comptes s’interroge sur la sécurité L’expérience de la crise sanitaire de 2020
des approvisionnements alimentaires. Le a d’ailleurs permis, dès le début de la crise
rapport souligne tout d’abord que tout au ukrainienne, de mettre en place rapidement
long de la crise, il n’y a eu aucune rupture un plan de résilience national11.

10. https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2022-02/20220216-RPA-07-securite-approvisionnements-alimentaires.pdf
11. https://www.economie.gouv.fr/plan-resilience-economique-sociale-gouvernement
La crise sanitaire a cependant mis en évi- certains fruits et légumes et les produits
dence des points de fragilité majeurs, de la mer. Elle concerne aussi, de manière
qui auraient pu constituer des facteurs plus inattendue, certains intrants importés,
de risque si elle s’était prolongée dans le qui représentent parfois une part faible des
temps. Le premier, qui était déjà bien identi- coûts de production, mais qui sont essen-
fié, est la dépendance (général à l’ensemble tiels à l’activité : additifs (vitamines, acides
de l’Union européenne) de l’ensemble des aminés), pièces détachées, composants
filières d’élevage en protéines végétales électroniques et certains emballages.
importées, essentiellement sous forme de
tourteau de soja. L’annonce du blocage de Un autre point de fragilité important a été
vraquiers en provenance du Brésil a causé la capacité à mobiliser la main-d’œuvre,
un vent de panique (heureusement de notamment étrangère (saisonniers du sec-
courte durée) d’autant plus qu’il s’ajoutait teur des fruits et légumes ou du secteur viti-
aux difficultés logistiques intra-françaises cole par exemple), mais aussi domestique
pour amener les aliments du bétail depuis malgré les mesures adoptées comme le
les régions céréalières vers les régions cumul possible CDD et RSA et la facilitation
d’élevage. Or, une rupture d’approvision- de l’échange de salariés en cas de baisse
nement, même de courte durée, aurait eu d’activité. Le secteur agricole et alimentaire
des conséquences catastrophiques (écono- continue de faire l’objet de problèmes d’at-
miques, environnementales, sociales et bien tractivité, tant en ce qui concerne l’instal-
entendu en termes d’approvisionnement lation agricole, le salariat agricole que les
alimentaire) sur l’ensemble des filières d’éle- métiers de l’agroalimentaire.
vage, tout particulièrement des granivores
(volailles, porcins), les herbivores pouvant se Le rapport de la Cour des comptes insiste
reporter partiellement et temporairement sur l’importance de mieux anticiper les
sur les herbages. crises à travers une véritable stratégie natio-
nale incluant notamment des actions pour
Cette situation de dépendance concerne diversifier les approvisionnements, que
également d’autres produits pour lesquels ce soit au niveau international (réduire la
la production nationale est insuffisante dépendance aux importations) et national
pour couvrir les besoins, en particulier (développer les circuits de proximité).

93
Rendre le secteur alimentaire plus résilient

ENJEUX ÉMERGENTS ET DÉFIS DU SECTEUR AGROALIMENTAIRE FRANÇAIS


PANORAMA DES IAA 2022
Veiller à une plus grande diversification, réponse à la problématique de la résilience.
tant des approvisionnements que des Sans capacité à importer de la volaille depuis
débouchés est essentiel et davantage les pays indemnes d’influenza aviaire, l’ap-
encore lors d’une superposition de crises. provisionnement en viande aurait été gra-
Ainsi la crise ukrainienne s’est doublée de la vement menacé. De la même manière, sans
plus grave crise d’influenza aviaire de l’his- le déploiement des porte-greffes d’origine
toire, qui a abouti à l’euthanasie massive de américaine lors de la crise du phylloxéra à
16 millions de volailles et palmipèdes fran- la fin du 19e siècle, il n’existerait plus de viti-
çais, y compris au niveau de l’accouvage, culture française aujourd’hui.
ce qui implique qu’il a fallu reconstituer la
totalité des lignées de production. La crise ukrainienne renforce cette néces-
sité de penser la résilience au niveau
Cette observation montre bien que la international. D’une part, avec une indé-
recherche d’indépendance prise au sens pendance au niveau européen, pour mobi-
premier d’autonomie productive (ou autar- liser une plus grande masse critique et une
cie) ne doit être en aucune façon la seule diversité de contextes pédoclimatiques,
mais aussi d’accroître les solidarités entre disposer de solutions souveraines, tant pour
les États-membres. D’autre part, en diversi- les matériels, les logiciels que pour le stoc-
fiant les flux entre régions du monde, afin kage des données, doit être encouragée à
de limiter les effets géopolitiques tels que l’échelon national et européen. Ces objec-
ceux observés actuellement dans le secteur tifs sont pleinement pris en compte dans
des céréales. France 2030, mais aussi dans la politique
européenne de souveraineté numérique.
Pour autant, il reste essentiel de poursuivre
les efforts en matière de reterritorialisa- Le Gouvernement français a donc mis à dis-
tion de l’alimentation, c’est-à-dire de veiller position des actrices et acteurs de l’alimenta-
à maintenir des capacités de production tion des moyens conséquents pour répondre
locale suffisamment diversifiées, à même à l’enjeu majeur de nourrir la population
de jouer un rôle de « tampon » en temps française et de contribuer à la souveraineté
de crise, mais aussi de générer des effets européenne dans ce domaine. La France,
induits positifs : lien social, végétalisation, en tant que premier producteur agricole de
bioéconomie (valorisation des coproduits). l’Union européenne, a en effet une respon-
L’action publique pour la résilience de notre sabilité particulière qui l’oblige à l’égard de
secteur alimentaire sa propre population mais également vis-à-
vis de la population de ses partenaires euro-
Le Gouvernement français a pris la pleine péens. Tant d’un point de vue structurel que
mesure de l’importance de renforcer la conjoncturel, l’État dispose désormais d’un
résilience alimentaire dès 2020. Ainsi, le panel de dispositifs propres à réaliser les
plan de France relance comportait un volet ambitions de la France et de l’Union euro-
agricole de 1,2 Md€, dont une grande par- péenne de renforcement de la résilience et
tie était consacrée à l’autonomie protéique d’accroissement de la souveraineté.
et à l’implantation de nouvelles filières ou à
une meilleure structuration des filières exis- Au-delà des programmes de soutien à l’in-
tantes. France relance a notamment contri- novation et à l’investissement, la recherche
bué à une accélération remarquable du de résilience s’appréhende de façon systé-
déploiement des Projets alimentaires terri- mique par les pouvoir publics, prenant en
toriaux (passage de 50 à plus de 300 début compte non seulement les aspects liés aux
2022 – voir l’article relatif aux PAT). capacités de production et de transforma-

94 Cette volonté a été confirmée et amplifiée


tion ou à la sécurisation de flux logistiques
mais aussi les éléments sous-jacents de
à travers le plan France 2030, qui comporte long-terme tels que l’anticipation du chan-
un volet agricole, alimentaire et forestier de gement climatique et de ses conséquences,
2,9 milliards d’euros, largement tourné vers le maintien de rapports de force équilibrés
la relocalisation d’activités et le déploie- favorables à une juste répartition de la
ment d’innovations permettant de gagner valeur ajoutée, ainsi que plus généralement
en compétitivité pour créer ou consolider au bon fonctionnement de la société, ce
des filières complètes, incluant production que l’on désigne parfois sur le terme de capi-
agricole mais aussi intrants non agricoles. tal social. La capacité des actrices et acteurs
de la chaine alimentaire à se coordonner, et
Un cas de dépendance plus subtil mais surtout le volontarisme sans faille des sala-
d’importance croissante est la dépendance riés de toutes les entreprises concernées
numérique. Les nouvelles technologies de (agricoles, agroalimentaires, logistiques,
production nécessitent et génèrent quan- commerciales) a été en effet sans doute
tité de données dont la maîtrise est deve- l’élément le plus déterminant de la bonne
nue un enjeu stratégique. La capacité à continuité de la production alimentaire.
LA LOGISTIQUE
EN TEMPS DE CRISE

Un lien fort entre les évolutions de la logistique,


les industries agroalimentaires et l’agriculture

La logistique a largement déterminé, substitutions entre matières premières en


depuis le 19e siècle, l’organisation spatiale fonction des cours, le développement de
des filières agroalimentaires et des sites la chaîne du froid et du conditionnement
de transformation. En effet, le dévelop- (emballages en plastique), l’automatisation
pement du chemin de fer a joué un rôle de la manutention (conteneurs) ont égale-
important dans la spécialisation viticole ment joué un rôle important dans l’évolu-
du Languedoc, dans le développement des tion des industries agroalimentaires et leur
fruits et primeurs dans la vallée du Rhône et logistique. Par la suite, l’externalisation de
en Provence, des céréales dans les grandes la fonction logistique s’est développée vers
plaines. À une autre échelle, les bateaux des acteurs spécialisés avec des spécificités
frigorifiques ont permis l’importation mas- liées aux types de produits (frais, vivants)
sive de viande d’Amérique du Sud. Les sites qui nécessitent des compétences et un
de transformation, quant à eux, se sont en savoir-faire particulier.
partie déplacés des bassins de production
vers les lieux de consommation (abattoirs, Le tableau 1 permet la comparaison de dif-
minoteries, brasseries). Cette relation entre férents secteurs économiques du point de
la localisation des cultures par rapport à vue de l’importance qu’y prend la logis-
une ville-marché centrale et le coût du tique. La croissance entre 2012 et 2017 du
transport a été théorisée par l’économiste transport des produits alimentaires est en
prussien Von Thünen, dès le début du
19e siècle12. Les évolutions se sont accélé-
hausse (+0,4 % par an en moyenne entre
2012 et 2017 et +0,74 % en 2018 pour les
95
rées après la Seconde Guerre mondiale produits alimentaires, boissons et tabac) en
avec l’amélioration générale des réseaux comparaison des autres produits (-0,64 %

ENJEUX ÉMERGENTS ET DÉFIS DU SECTEUR AGROALIMENTAIRE FRANÇAIS


PANORAMA DES IAA 2022
notamment routiers, la mise à disposition sur l’ensemble des produits en moyenne
de nouvelles sources d'énergie à bas coût entre 2012 et 2017).
(pétrole, nucléaire), la mise en place d’in-
frastructures de télécommunications per- Enfin, la spécialisation territoriale basée sur
mettant de passer des ordres et de suivre des distances importantes parcourues par
les opérations presque instantanément, les produits a suscité des contre-modèles
quelle que soit la distance et d'assurer leur qui se traduisent par un foisonnement d'ini-
traçabilité. L’élargissement de la gamme des tiatives en faveur d'un raccourcissement
produits transportables et stockables, les des chaînes logistiques.

TABLEAU 1. TRANSPORT NATIONAL INTÉRIEUR Niveau (en mil-


TERRESTRE PAR TYPE DE MARCHANDISES liards de tonnes Evolutions annuelles (%)
kilomètres)
Source : CGEDD/ SDES, Bilan des transports en 2019, décembre 2020,
page 119, et Les comptes des transports en 2017, août 2018, page 144 Moyenne
2019 2018
2017/2012
Produits de l'agriculture, de la chasse, de la forêt et de la pêche 33,2 7,2 0,7
Produits alimentaires, boissons et tabac 26,5 0,7 0,4
Produits manufacturés 73,1 0,9 -1,6
Matières premières, coke, produits pétroliers, métaux, minéraux 28,6 -7,4 -1,1
Conteneurs et marchandises non identifiables 47,6 6 -0,1
Ensemble 208, 9 1,7 -0,6

10. Thünen, Johann Heinrich von. 1783-1850. Der Isoleirte Staat in Beziehung auf Landwirthschaft und Nationalökonomie. (l'État isolé en relation avec l'agriculture
et l'économie nationale) 1826.
Diversité des flux logistiques selon les types de produits

Quatre grands types de logistiques peuvent 4. logistique inverse pour les déchets, vers
être distingués : des sites de stockage, de retraitement ou
1. logistique amont ou d’approvisionnement, de recyclage.
2. logistique interne qui correspond aux flux
de transformation à l’intérieur du lieu de La rentabilité de nombreux flux est liée à
production, l’existence de flux retours, souvent concer-
3. logistique aval pour l’approvisionnement nant des marchandises sans rapport avec
des réseaux de distribution, l’agroalimentaire.

TABLEAU 2. TRANSPORT NATIONAL INTÉRIEUR


TERRESTRE PAR TYPE DE MARCHANDISES
CGEDD/ SDES, Bilan des transports en 2019, décembre 2020, page 119, Part du transport routier (%)
et Les comptes des transports en 2017, août 2018, page 144
2012 2017 2019
Produits de l'agriculture, de la chasse, de la forêt et de la pêche 82 87,3 87,2
Produits alimentaires, boissons et tabac 90,1 91,5 91,3
Produits manufacturés 84,5 84 81,7
Matières premières, coke, produits pétroliers, métaux, minéraux 34,7 32,5 77,1
Conteneurs et marchandises non identifiables 74,9 69,8 71,7
Ensemble 74,8 74,3 80,9

Les flux logistiques agroalimentaires ont grâce à la capacité logistique des acteurs
connu une évolution parallèle à ceux des de la filière). Dans le domaine des fruits et
autres secteurs de l’économie industrielle. légumes frais, l'affaire du train des primeurs
Le tableau 2 montre que le transport routier menacés de suppression entre Perpignan et
des produits alimentaires est devenu prédo- Rungis, a en 2019 mis l’accent sur le risque
minant pour les transports terrestres, avec de basculement de ces flux vers le trans-
une part modale de 91,3 %, contre 10 % pour port routier (10 000 camions supplémen-

96 le fret ferroviaire. La part modale du trans-


port fluvial peut atteindre 20 % sur les bas-
taires par an). L’annonce du rétablissement
de la liaison Perpignan-Rungis a été faite le
sins navigables. En moyenne française, elle 15 octobre 2021. Mais l’avenir de cette ligne
est de l’ordre de 3 %. Les pouvoirs publics symbolique, qui utilise des wagons spéci-
recherchent continuellement les moyens fiques, passera à terme par un transport
d’un meilleur équilibre entre modes, notam- combiné, comme il en existe déjà au départ
ment en encourageant le transport com- de Provence vers la gare de Valenton.
biné. Pour les transports maritimes, la part
des transports de containers s’est accrue Les flux d’exportation sont généralement
par rapport au vrac. concernés par la longue distance des envois.
Il s’agit principalement de transports par
Certains secteurs sont caractérisés par des mer. Le vrac demeure important pour les
envois par grandes quantités. Il s’agit en pre- céréales, les oléagineux, mais même dans
mier lieu de la filière céréalière au sens large. ces secteurs, le transport par containers se
La logistique y est un élément essentiel de développe. Ce dernier est devenu prédomi-
compétitivité, qu’il s’agisse de collecte sur nant pour les viandes, les vins et spiritueux,
le territoire, de livraison à des clients dis- les produits transformés en général, les
persés (aliments du bétail), de livraison aux fruits et les légumes. Ce mode de transport
outils industriels (amidonnerie, meunerie…) a été profondément impacté entre 2019
et d’exportation. La voie ferrée et la voie et 2021 par la crise sanitaire du COVID-19,
d’eau continuent d’y jouer un rôle impor- accompagnée par un embouteillage des
tant, ce qui pose le problème de la préser- ports et des tensions sur la disponibilité des
vation des lignes capillaires ferroviaires ou containers, notamment à température diri-
fluviales. En horticulture la maîtrise logis- gée (reefers). La guerre menée par la Russie
tique est un facteur constitutif de la com- en Ukraine depuis février 2022 a impacté le
pétitivité des filières (face à la concurrence secteur agroalimentaire et un rééquilibrage
des Pays-Bas qui s'imposent sur les marchés en faveur du transport de containers par
voie ferrée est attendu. Enfin, le transport actuellement principalement du secteur
aérien concerne des produits à haute valeur routier. La part du coût du transport dans
ajoutée, notamment frais (crustacés, huitres) la valeur ajoutée y est faible. La question du
ou d’animaux vivants, comme des poussins report modal de ces flux passe par les trans-
d’un jour en vue de l’élevage de volailles de ports combinés (ferroutage, « autoroutes
chair vers les territoires outre-mer, ou d’ani- maritimes » et un développement de la
maux reproducteurs. Ces envois s’effec- conteneurisation). Des spécificités peuvent
tuent souvent sur des vols pour les passa- être liées à l’éloignement des grands axes
gers, plus fréquents et plus prévisibles mais que peuvent avoir à surmonter les petites et
qui ont été fortement réduits lors de la crise moyennes entreprises (PME) installées dans
sanitaire COVID-19. les zones rurales. Les enjeux ne se posent
pas seulement en termes de compétitivité
Les opérations de mise en marché de la plu- sur les coûts, et concernent aussi l’accès
part des produits agricoles, frais et agroali- effectif au marché (risques de retard, par
mentaires, sont caractérisés par des envois exemple), facteur important dans les négo-
fréquents. Ces flux logistiques relèvent ciations commerciales avec la distribution.

Les implications du développement du commerce électronique

Les acteurs de la distribution observent Dans ce contexte, la problématique du der-


l’arrivée du commerce électronique sur nier kilomètre deviendrait essentielle. Le der-
le segment du B2C13 avec inquiétude. La nier kilomètre désigne la dernière étape de
tendance, déjà à l’œuvre en 2019, a été la chaîne logistique dans les villes (alternative
confirmée par la crise sanitaire. Ces évo- à la massification du commerce en grande et
lutions pourraient se traduire pour les moyenne surface). Cette notion concerne
fournisseurs de l’agroalimentaire par une notamment la livraison par le distributeur
multiplication des plateformes vers les- soit à domicile, soit dans des points de
quelles livrer, y compris avec l’apparition retrait. Cette étape se traduit par des coûts
de formats nouveaux (entrepôts urbains, beaucoup plus élevés que pour les autres
petits hubs logistiques) et donc une com-
plexification de la logistique vers l’aval, et
étapes de la chaîne logistique. Les réflexions
concernent, pour l'avenir, les perspectives
97
un renchérissement. de partage de ce coût entre le distributeur
et le client. Mais aujourd'hui, ce coût est inté-

ENJEUX ÉMERGENTS ET DÉFIS DU SECTEUR AGROALIMENTAIRE FRANÇAIS


PANORAMA DES IAA 2022
Si les grandes plates-formes spécialisées gralement supporté par le distributeur, car
comme Amazon devaient prendre une ce type de différenciation par le service est
part de marché importante, la tendance à central dans les stratégies de concurrence
la fragmentation de la logistique en serait actuelle entre distributeurs, sur un marché
sans doute encore renforcée. La répartition de détail sans croissance. Les conditions
des parts de marché entre les acteurs his- dans lesquelles une partie de ce coût pour-
toriques de la grande distribution pourrait rait être imposé ultérieurement aux produc-
être modifiée en fonction de la pertinence teurs ne peuvent donc être connues à ce
de leurs ajustements sur ces segments stade, car elles dépendront notamment de
nouveaux. la recomposition finale du secteur.

Enseignements post-crise sanitaire

Chaque crise affectant le secteur des d’effet aussi systémique et aussi révéla-
transports a eu des effets sur le système teur de l’importance de la logistique pour
agroalimentaire, comme lors des mou- le secteur que la crise sanitaire COVID-19.
vements sociaux dans le transport ferro- L’approvisionnement alimentaire de la popu-
viaire de 2018 et 2019. Mais aucun n’a eu lation a dépendu du bon fonctionnement

13. L'abréviation B to C ou B2C désigne l'ensemble des relations entre les entreprises et les consommateurs finaux.
des chaines logistiques malgré le confine- seuils qui auraient été définitivement fran-
ment. Les transporteurs ont eu à faire face chis en matière de commerce électronique
notamment à l’impossibilité de trouver des et notamment de livraison à domicile. Les
chargements retour, facteur de renchérisse- effets structurels à long terme sur les chaines
ment des coûts, à des problèmes d’absen- logistiques liées aux crises restent à évaluer.
téisme de leur propre personnel, mais aussi
à des difficultés dans les services (contrôles Dans le domaine maritime, les tensions
techniques, entretien des véhicules, aires durables en matière de disponibilité de
de repos pour les chauffeurs, aiguillages). conteneurs réfrigérés et la création de
À l’inverse, le fret ferroviaire a eu moins à nouveaux monopoles sur certaines lignes,
souffrir de la concurrence pour les sillons notamment vers la Chine, doivent être
avec les trains de voyageurs, qui en temps anticipées. Certains armateurs pourraient
horaire ordinaire, sont prioritaires. La crise réduire leur flotte pour s’adapter à la baisse
a aussi permis de révéler la faiblesse rela- actuelle du trafic maritime. Pour tous les
tive des capacités de stockage, notamment modes de transport, la numérisation des
frigorifique. S’agissant enfin de la distribu- documents d’accompagnement des mar-
tion, notamment en milieu urbain ou péri- chandises, comme la lettre de voiture inter-
urbain, il sera nécessaire d’être attentif aux nationale, pourrait être accélérée.

L’action des organismes professionnels et des pouvoirs publics

La Banque Mondiale réalise un classement prise en compte des besoins de ses clients,
international de la performance des services et sur la simplification et l’efficacité du pas-
logistiques, selon lequel la France se classe à sage aux frontières (ports maritimes).
la seizième position14, une amélioration est
donc nécessaire. Compte tenu du caractère Depuis la mise en place de cette stratégie
essentiel de la logistique pour la compéti- nationale, la gouvernance du secteur a été
tivité de l’économie et l’approvisionnement renforcée (création de France Logistique,
de la population, le Gouvernement français fédérant les acteurs privés et du Comité

98 a lancé dès 2015 une stratégie nationale :


Logistique 2025. Celle-ci comporte notam-
interministériel pour la logistique). Plusieurs
mesures, notamment pour faciliter le pas-
ment des objectifs d’accompagnement et sage aux frontières, soutenir la numérisa-
de mise en réseau des petites et moyennes tion, et stimuler la construction d’entrepôts
entreprises, de densification des infrastruc- ont été introduites. Le développement de
tures (objectifs fonciers pour les entrepôts l’attractivité portuaire, très important pour
et plateformes), de promotion de l’inter- le secteur agro-alimentaire est un véritable
modalité, de développement du capital enjeu. Cette réforme de la gouvernance est
humain et du numérique, d’utilisation de la une opportunité pour les entreprises de
logistique comme levier de transformation l’agroalimentaire et leurs syndicats profes-
des politiques industrielles et de transition sionnels, qui trouveront un interlocuteur
énergétique (logistique inverse15 pour l’éco- pour traiter des enjeux globaux. Enfin, les
nomie circulaire, responsabilité sociétale pouvoirs publics sont attentifs au maintien
des entreprises) et de gouvernance intégrée. des infrastructures ferroviaires (lignes capil-
En février 2019, une mission sur la compéti- laires qui desservent les silos ou les sites de
tivité de la chaîne logistique en France a été transformation des céréales) et des voies
confiée à MM. Eric Hemar et Patrick Daher d’eaux et coopèrent avec les collectivités
pour définir des priorités d’action, dans territoriales, les organisations profession-
un secteur caractérisé par une très grande nelles, le réseau SNCF, Voies Navigables de
diversité des entreprises. Elle a souligné la France, avec les moyens renforcés du plan
nécessité pour le secteur d’améliorer la de relance de 2020-2021.

14. La Banque Mondiale a publié en 2018 son 6e rapport concernant les performances logistiques des pays du monde.
Cette édition de 2018 de Connecting to complete évalue 160 pays avec un outil de mesure appelé Logistics Performance Index. L’indicateur de la Banque
mondiale est basé sur une enquête internationale menée auprès des opérateurs de terrain (transitaires et entreprises de transport), fournissant des informations
sur les facilités logistiques des pays dans lesquels ils opèrent et de celles des pays avec lesquels ils opèrent.
15. La logistique inverse correspond au processus de planification et de contrôle du retour des produits depuis les points de consommation (utilisateur final)
jusque chez le fabricant ou le distributeur pour effectuer leur récupération, leur réparation, leur recyclage, voire leur élimination.
CONTRÔLE,
QUALITÉ SANITAIRE
ET GESTION DU RISQUE

La qualité sanitaire

Le socle réglementaire européen : complexe qui s’appuyait sur des directives


le paquet hygiène sectorielles multiples, conduisant au niveau
français à une simplification ou à l’abroga-
La politique relative à la sécurité sanitaire de tion de nombreux textes réglementaires
l’alimentation est une politique uniformisée nationaux ; sur le fond, en séparant claire-
à l’échelle de l’Union européenne (UE). La ment les responsabilités des profession-
législation européenne dans ce domaine, nels de celles des services de contrôle, il a
appelée « Paquet hygiène », correspond à amélioré la lisibilité des textes européens
un ensemble de textes européens qui défi- relatifs à l'alimentation. Cette réglemen-
nissent le cadre réglementaire pour l’hygiène tation englobe l'ensemble de la chaîne ali-
des denrées alimentaires et des aliments mentaire depuis l’élevage et la production
pour animaux. Ces textes sont pris en appli- de semences jusqu'aux consommateurs en
cation du règlement (CE) n° 178/2002, fonda- passant par l'industrie de l’alimentation
teur de la législation alimentaire européens animale, l’agroalimentaire, les métiers de
dite food law, qui a notamment affirmé la bouche, le transport, la restauration et la
responsabilité primaire des exploitants du distribution.
secteur alimentaire quant à la sécurité sani-
taire des denrées mises sur le marché. Cette Le paquet hygiène fixe une obligation de
réglementation européenne a été adoptée
en réponse aux nombreuses crises qui ont
résultat pour les opérateurs en leur laissant
une certaine latitude sur les moyens : les
99
touché la filière agroalimentaire dans les opérateurs sont responsables de la sécurité
années 1990 (« vache folle », dioxine). Elle a sanitaire des aliments qu’ils mettent sur le

ENJEUX ÉMERGENTS ET DÉFIS DU SECTEUR AGROALIMENTAIRE FRANÇAIS


PANORAMA DES IAA 2022
pour objet de garantir un niveau élevé de marché et sont tenus de mettre en œuvre
sécurité sanitaire de l’alimentation humaine tous les moyens qui permettent de garantir
et animale au bénéfice de la protection des l’atteinte de cet objectif. Cette approche
consommateurs, tout en tenant compte réglementaire permet aux professionnels
des enjeux économiques (libre circulation de s’affranchir d’obligations prescriptives
des produits au sein de l’Union européenne) qui préexistaient, notamment en matière
et culturels (produits traditionnels du patri- de locaux ou d’équipements. S'ils gardent
moine gastronomique). Lors de son élabo- de ce fait une certaine liberté dans le choix
ration, la législation de l’UE tient également des moyens à mettre en œuvre pour maî-
compte des normes et accords internatio- triser la sécurité de leurs fabrications, ils
naux afin de faciliter le commerce mondial doivent néanmoins justifier de leurs choix
de denrées alimentaires saines. Cette régle- et en assumer la responsabilité. En particu-
mentation est en application directe depuis lier, les professionnels (hors production pri-
janvier 2006 dans tous les États membres et maire) doivent mettre en place et appliquer
également en application obligatoire pour un plan de maîtrise sanitaire (PMS) qui com-
les pays tiers qui souhaitent exporter vers prend en premier lieu un système de traça-
l’Union européenne. bilité et de gestion des non-conformités et,
en second lieu, des procédures fondées sur
Ce corpus réglementaire a permis de sim- les principes HACCP (pour Hazard analysis
plifier le dispositif réglementaire européen critical control point), c’est-à-dire l’iden-
antérieur, tant sur la forme que sur le fond : tification des dangers liés aux matières
sur la forme il a remplacé un dispositif premières et aux différentes opérations
effectuées sur l’aliment, leur hiérarchisa- denrées importées ou exportées sont systé-
tion, la détermination des points critiques matiquement inspectées. Dans le domaine
où ces risques peuvent apparaître et la mise de la sécurité sanitaire des aliments, 480 775
en place d’outils de maîtrise de ces risques. inspections ont été réalisées en 2021 par
Les services de contrôle du ministère de les agents du MASA. Ces inspections ont
l’Agriculture et de la Souveraineté alimen- généré 260 230 suites dont 410 procès-ver-
taire (MASA) ont pour mission de s’assurer baux, 200 480 avertissements, 40 740 mises
que les professionnels atteignent les objec- en demeure, 40 retraits ou suspensions
tifs qui leur sont fixés par la réglementation d'agrément effectifs et 500 fermetures
et notamment qu’ils ne mettent sur le mar- totales ou partielles effectives. À l’importa-
ché que des denrées saines. Aucun maillon tion, 420 200 produits d’origine animale et
de la chaîne alimentaire n’échappe à l’ins- denrées en contenant ont été contrôlés en
pection sanitaire. Avec 5000 000 exploi- 2017.
tations agricoles et 400 000 restaurants et
entreprises agroalimentaires, les contrôles Le corpus réglementaire du paquet hygiène
mobilisent plus de 40 000 inspectrices et a été renforcé ces dernières années autour
inspecteurs et 140 000 vétérinaires habilités de deux logiques intégratives :
par l’État. Les services de contrôle du MASA 1. Couverture de l’ensemble de la filière
sont présents sur l’ensemble du territoire agroalimentaire dans une logique farm to
et à tous les stades des filières agroalimen- fork : depuis la production primaire, ani-
taires : depuis la production (agriculteurs, male et végétale jusqu’à la distribution
éleveurs, pêcheurs), jusqu’à la distribution aux consommateurs finaux, en passant
(transports, entrepôts, restauration collec- par l’industrie agroalimentaire, les métiers
tive, commerces) en passant par la trans- de bouche, et le transport.
formation (coopératives, industries agroali- 2. Approche one health qui lie les problé-
mentaires et abattoirs). Aux frontières, les matiques sanitaires des secteurs animal,
animaux, les végétaux ainsi que toutes les végétal et alimentaire.

La maîtrise du risque sanitaire par les exploitants


du secteur alimentaire
100
Chaque exploitant du secteur alimentaire professionnels mettent en place différentes
est responsable des produits qu’il met sur mesures qui forment le plan de maîtrise
le marché. La réglementation du paquet sanitaire : les bonnes pratiques d'hygiène,
hygiène consacre l’obligation de résultats c'est-à-dire l'ensemble des opérations des-
par rapport aux obligations de moyens, tinées à garantir l'hygiène ; une analyse des
désormais définis sous la responsabilité des dangers au niveau des points critiques, qui
exploitants. Il doit donc choisir et mettre permet de prendre des mesures précises en
en œuvre les mesures adaptées pour fabri- fonction du circuit de production (HACCP) ;
quer des produits sains et sûrs, et en rendre une traçabilité et des procédures de retrait/
compte notamment aux autorités compé- rappel. Des guides de bonnes pratiques d'hy-
tentes. Pour établir ces mesures, l'exploi- giène (GBPH) sont conçus par les branches
tant a recours à des outils de deux ordres : professionnelles des différents secteurs.
réglementaire (d’application obligatoire) et Ils sont particulièrement utiles aux petites
d’application volontaire. et moyennes entreprises (PME) car ils per-
mettent aux exploitants du secteur alimen-
Les outils réglementaires sont définis par taire de mutualiser les premières étapes de la
les règlements européens. Ces derniers démarche du système d'analyse des risques
sont complétés par des règlements d'appli- et de maîtrise des points critiques (HACCP),
cation pour préciser la mise en œuvre pra- en développant des éléments de maîtrise
tique de certaines mesures, ainsi que par des concrets et adaptés à leur structure d’entre-
documents d’interprétation pour clarifier prise. Ces guides rassemblent les recomman-
certains points, ou des dispositions natio- dations spécifiques au secteur alimentaire
nales dans des cas bien précis. Pour assurer qu’ils visent. Enfin, en cas de non-conformité
la sécurité sanitaire de leurs produits, les détectée dans des produits ou d’apparition
de malades à la suite de la consommation 22 000. Après avoir effectué des audits
de ces produits (alerte sanitaire), les exploi- d’observation des contrôles réalisés, cer-
tants à tous les stades de la chaîne alimen- tains points de contrôle de ces dispositifs
taire doivent retirer ces produits du marché. privés ont été considérés comme corres-
Ils doivent de plus informer les consomma- pondant à ceux de la grille d’inspection
teurs qui les détiennent encore de ne pas en sécurité sanitaire des aliments utilisée
les consommer (mesure de rappel), afin de par les services de l’État. Ainsi, le contenu
faire cesser immédiatement l’exposition des et le temps nécessaire à la réalisation des
consommateurs à un danger manifeste. contrôles officiels pourront être adaptés
dans les établissements concernés. Le tra-
S’agissant des outils d'application volon- vail avec les propriétaires des dispositifs
taire, la direction générale de l’alimenta- privés se poursuit afin d’élargir progres-
tion (DGAL) a reconnu pour partie les dis- sivement, le cas échéant, le champ de la
positifs privés de certification IFS et FSSC reconnaissance.

Alim’confiance : la transparence des résultats des contrôles sanitaires

Depuis le 3 avril 2017, les consommateurs Pour les abattoirs, le niveau de maîtrise sani-
ont accès aux résultats des contrôles sani- taire de l’établissement intègre également
taires officiels dans tous les établissements le respect des normes en matière de pro-
de la chaîne alimentaire, grâce à l’appli- tection des animaux.
cation mobile Alim’confiance et au site
internet alimconfiance.gouv.fr. La publica- Quatre niveaux d’hygiène ou de maîtrise
tion des résultats des contrôles sanitaires sanitaire sont possibles : très satisfai-
officiels dans le secteur alimentaire (res- sant, satisfaisant, à améliorer, à corriger
taurants, cantines, abattoirs, IAA) est une de manière urgente. Seuls les établisse-
attente légitime des citoyens qui participe à ments dont le niveau d'hygiène est à cor-
l’amélioration de la confiance des consom- riger de manière urgente présentent des
mateurs. Prévue par la Loi d’avenir pour non-conformités susceptibles de mettre
l’agriculture, l’alimentation et la forêt de
2014, cette mesure s’inscrit dans une évo-
en danger la santé des consommateurs.
Aussi, l’autorité administrative en ordonne
101
lution vers une plus grande transparence la fermeture, le retrait ou la suspension de
de l’action de l’État. Les données rendues l’agrément sanitaire. Les délais pour mettre

ENJEUX ÉMERGENTS ET DÉFIS DU SECTEUR AGROALIMENTAIRE FRANÇAIS


PANORAMA DES IAA 2022
publiques concernent les contrôles officiels en place les mesures correctives sont jugés
réalisés depuis le 1er mars 2017 et portent au cas par cas en fonction de la nature des
sur le nom de l’établissement, la date de la non-conformités et de la situation sanitaire
dernière inspection et le niveau d’hygiène. de l'établissement incriminé.

Les exigences sanitaires pour les produits du commerce international

Les aliments d'origine animale font l'ob- de pays tiers autorisés par la Commission
jet d'un contrôle systématique dans tous européenne, mais aussi des établissements
les postes de contrôle frontaliers (PCF) agréés par celle-ci. De plus, les services offi-
de l'Union européenne, selon une législa- ciels de ces pays doivent certifier la qua-
tion européenne harmonisée qui doit être lité sanitaire des aliments au moment de
appliquée par tous les États membres. En leur expédition vers l'Union européenne.
France, ce sont des inspecteurs du minis- Dans les PCF, le rôle des inspecteurs est de
tère de l'Agriculture et de la Souveraineté vérifier en particulier la présence et la vali-
Alimentaire qui sont chargés de ces dité des documents prouvant l'origine des
contrôles dans les ports et aéroports inter- produits ainsi que du certificat sanitaire
nationaux. Seuls sont admis à l'importa- délivré par les autorités compétentes du
tion les produits provenant non seulement pays tiers d'origine. Tout lot non-conforme
à la législation européenne est refusé à phytosanitaire auprès, respectivement, des
l'introduction sur le territoire de l'Union services territoriaux départementaux ou
européenne. Quel que soit le point d’en- régionaux dépendant du MASA. L’ensemble
trée au niveau européen, dès lors qu’une des contrôles réalisés tout le long de la
non-conformité est détectée, l’information chaîne de production dans les établisse-
est communiquée en temps réel à travers ments français est pris en compte pour la
un système d’information européen à tous certification à l’exportation. Lorsque les
les États membres, ce qui renforce l’har- pays tiers ont des conditions sanitaires dif-
monisation des contrôles à travers l’UE. En férentes de celles de l’Union européenne,
2021, à la suite du retrait du Royaume-Uni des contrôles complémentaires peuvent
de l'Union européenne, les contrôles à l'im- être réalisés tels que la prise d’échantil-
portation ont été déployés sur les marchan- lons pour analyse et la réalisation de trai-
dises en provenance de Grande-Bretagne. À tements des lots à exporter. Les certificats
cette fin, 8 PCF ont été créés ou renforcés sanitaires et phytosanitaires attestent de
sur la façade Manche-Mer du Nord, dont la conformité des lots de produits d’origine
certains en activité 24h/24 et 7j/7. L'activité animale ou d’origine végétale exportés à la
de contrôle "Brexit" a représenté en 2021 réglementation sanitaire ou phytosanitaire
52 % du nombre total de contrôles réalisés à (SPS) du pays importateur. Pour aider les
l'importation dans les PCF français. exploitants français à exporter, des sessions
de formation sont régulièrement co-organi-
La sécurité sanitaire des aliments d’origine sées par la DGAL, FranceAgriMer et l’École
animale et végétale exportés de France nationale des services vétérinaires-France
vers les pays tiers est certifiée par des ins- vétérinaire international (ENSV-FVI). Ces
pecteurs du MASA qui vont attester de leur formations sont destinées à des exploitants
conformité avec les exigences sanitaires des du secteur agroalimentaire et aux services
pays tiers. De nombreux pays tiers modi- officiels chargés de l’agrément des établisse-
fient régulièrement leurs réglementations ments et de la certification export vers les
sur l’importation de produits destinés à pays tiers. Ces séminaires permettent une
l’alimentation humaine, ce qui conduit à meilleure compréhension de la thématique
une complexification des procédures pour sanitaire et phytosanitaire dans le cadre des
attester de la conformité des lots. Les expor- échanges d’organismes vivants et des pro-
tateurs sollicitent le certificat sanitaire ou duits animaux et végétaux vers les pays tiers.

102
Gestion du risque et politique de contrôle

La gouvernance de la sécurité sanitaire des La gestion des risques passe par une poli-
aliments évolue face aux crises sanitaires tique de contrôle claire. La pression des
alimentaires (pénurie, infection alimentaire, contrôles et les analyses officielles sont pro-
santé publique). La réactivité et la résilience portionnées aux risques sanitaires engen-
de la gestion du risque et de la politique de drés par un type de production et au niveau
contrôle se sont révélées essentielles. Dans de maîtrise de l’hygiène d’un établissement
l'Union européenne, l'analyse des risques donné. La réglementation cherche néan-
est composée de trois volets interconnec- moins à harmoniser les méthodes et les rap-
tés : l'évaluation, la gestion et la commu- ports d’inspection. L’équité de traitement
nication sur le risque. Ces trois volets, bien des entreprises est assurée et chaque opéra-
que liés, sont indépendants dans leur fonc- teur sait clairement sur quoi porte l’inspec-
tionnement. En France, l’Agence nationale tion et ce qui est attendu par les services
sécurité sanitaire alimentaire nationale de contrôle. De plus, la règlementation
(Anses) est l’organisme en charge de l’éva- leur permet d’être flexible et de s’adapter
luation des risques sanitaires liés à l’alimen- à tous les types de production en fonction
tation et la gestion du risque est attribuée du volume traité, de l’aspect traditionnel ou
aux différents ministères impliqués. industriel de la fabrication, ou du circuit de
commercialisation. Cetteflexibilité est fon- convient donc de trouver un équilibre entre
damentale pour la préservation du patri- la sécurité sanitaire des aliments et la flexi-
moine culinaire, des diversités culturelles bilité sans compromettre la sécurité sani-
et des productions artisanales françaises. Il taire des aliments.

Renforcement des moyens d’action


de la direction générale de l'alimentation
à travers la loi de finances 2022

Face à cet enjeu prioritaire de santé publique, hausses permettront de faire face aux
la France consacre des moyens importants à dépenses nouvelles en 2022 découlant
la mise en œuvre de la politique sanitaire. La notamment de la mise en œuvre de la loi
loi de finances 202216 a prévu une augmen- de santé végétale et de la loi de santé ani-
tation des moyens du ministère de l’Agri- male. Ces crédits, ainsi que ceux consacrés
culture et de la Souveraineté alimentaire à la politique de l'alimentation, sont pleine-
dans les domaines de la sécurité sanitaire ment orientés pour répondre aux attentes
des aliments, de la santé et de la protection fortes et légitimes des Français : prise en
animale et de la santé des végétaux, avec compte du bien-être animal17, réduction de
un budget en hausse de +2,6 % en ce qui l'utilisation des produits phytopharmaceu-
concerne les autorisations d'engagement tiques, promotion de certaines méthodes
de crédits (614 millions d’euros) et +2,1 % alternatives et territorialisation de l’ali-
en ce qui concerne les crédits de paiement mentation française. L’augmentation des
(611 millions d’euros), par rapport à la loi de moyens budgétaires est également cou-
finances initiale 2021. plée à une augmentation des emplois de
+10 équivalent temps plein (ETP), destinée
Cette augmentation du budget souligne à renforcer l'intervention du ministère sur
l'importance accordée à la sécurité et la les thématiques du bien-être animal en ser-
qualité sanitaire de l'alimentation. Ces vices territoriaux.

103
Réorganisation de la direction générale de l'alimentation
pour maintenir un haut niveau de sécurité sanitaire

ENJEUX ÉMERGENTS ET DÉFIS DU SECTEUR AGROALIMENTAIRE FRANÇAIS


PANORAMA DES IAA 2022
et renforcer la résilience des systèmes alimentaires français

La nouvelle organisation de la direction Service des Actions Sanitaires qui rassemble


générale de l'alimentation (DGAL) mise en les trois sous-directions en charge respecti-
place depuis le mois d’avril 2021 a pour vement de la santé animale, de la santé des
objectif de mieux répondre aux attentes végétaux et des aliments. Cette nouvelle
des citoyennes et citoyens, de maintenir structure permet de disposer d’un pilotage
un haut niveau de sécurité sanitaire et de unique de la programmation opérationnelle
renforcer la résilience des systèmes ali- des contrôles officiels selon une approche
mentaires. Cette nouvelle organisation, intégrée tout au long de la chaine alimen-
construite autour d’un plan stratégique taire, dans un environnement fortement
2021-2023, entend pleinement incarner interministériel.
l’approche One Health (une seule santé)
qui place l’interdépendance entre santé Au sein de la sous-direction en charge de la
humaine, santé animale, santé végétale et sécurité des aliments (SDSSA), la création du
santé environnementale au cœur de son bureau en charge de l’appui à la maitrise des
action. Cette approche intégrative se tra- risques alimentaires (BAMRA) a pour objec-
duit notamment par la mise en place d’un tif de mieux prendre en compte l’ensemble

16. Loi n° 2021-1900 du 30 décembre 2021 de finances pour 2022.


17. Le bien-être des animaux est défini comme « l'état mental et physique positif lié à la satisfaction de ses besoins physiologiques et comportementaux, ainsi
que ses attentes. Cet état varie en fonction de la perception de la situation par l'animal » (Avis Anses, février 2018). En effet, un animal ressent des besoins, mais
également des attentes. Selon les réponses à ces attentes et ces besoins, il est capable d'éprouver des sentiments positifs comme négatifs.
des risques pesant sur la sécurité sanitaire risques chroniques, et spécialement toxico-
des aliments : aux risques biologiques sont logiques liés aux contaminants chimiques,
ainsi associés des risques émergents jusqu’à et des risques zoonotiques.
présent gérés à part, en particulier des

Une police unique en charge de la sécurité sanitaire des aliments

L’arbitrage rendu le 6 mai 2022 clarifie les Il crée ainsi une police unique en charge
compétences des différentes administra- de la sécurité sanitaire des aliments par
tions par le regroupement, sous un pilotage le transfert de compétences du ministère
unique, de la compétence en matière de chargé de l'Économie vers le ministère de
sécurité sanitaire de toute l’alimentation l’Agriculture et de la Souveraineté alimen-
(humaine et animale) au sein de la DGAL taire. Cet arbitrage emporte également
d’une part, et des compétences en matière l’ambition de renforcer la pression de
de lutte contre les fraudes et de loyauté contrôle sur les établissements les plus à
dans le domaine alimentaire au sein de la risque de la chaine alimentaire, pour mieux
Direction générale de la concurrence, de protéger les citoyens.
la consommation et de la répression des
fraudes (DGCCRF) d’autre part.

Le rôle de l’État dans la gestion des crises


et des délinquances sanitaires

Malgré les efforts de prévention de la conta- L'exploitant concerné doit mettre en œuvre
mination des aliments, des non-conformi- des mesures correctives pour faire cesser le
tés ou des événements environnementaux risque et éviter qu'il se reproduise. Lorsque

104 peuvent survenir et conduire à des alertes


sanitaires. Au sein de la DGAL, la mission
l'aliment dangereux est encore sur le mar-
ché ou est susceptible d'être encore détenu
des urgences sanitaires (MUS) est chargée par des consommateurs, les exploitants
de la coordination des investigations, des concernés procèdent en tant que de besoin
contrôles et des mesures prises par l'ad- au retrait, à l'information des consomma-
ministration auprès des exploitants ou sur teurs et au rappel des produits.
les denrées alimentaires, dans le cadre de
la gestion des alertes d'origine alimentaire La MUS coopère étroitement avec les
relevant de son champ de compétence. autres services centraux en charge de la
Elle a aussi en charge l'élaboration d'outils gestion des alertes sanitaires (principale-
nécessaires à une meilleure coordination et ment le Centre opérationnel de régulation
efficacité dans la gestion de ces alertes. et de réponse aux urgences sanitaires et
Une alerte d'origine alimentaire corres- sociales (CORRUSS) de la Direction géné-
pond à la situation suivante : la denrée est rale de la Santé (DGS), l'Unité d'alerte de
considérée comme dangereuse et cette la Direction générale de la Concurrence, de
denrée n'est plus sous le contrôle direct de la Consommation et de la Répression des
l'exploitant au niveau duquel est survenu fraudes (DGCCRF), Santé publique France)
l’événement conduisant à la dangerosité ainsi qu'avec les laboratoires de référence et
de l'aliment. Le signal à l'origine de l'alerte les experts. Lorsque l'alerte s'étend au-delà
peut-être un résultat d'autocontrôle, des des frontières, le réseau d’alerte européen
plaintes des consommateurs, un résultat rapid alert system of food and feed (RASFF)
de contrôle officiel, un lien de causalité et le réseau international international food
épidémiologique démontré entre des cas safety authorities network (INFOSAN) sont
humains et la consommation d'un aliment. activés.
De nouvelles dispositions dans la loi EGalim
pour renforcer la sécurité sanitaire des aliments

L’article 50 de la loi du 30 octobre 2018 transmission du résultat brut et doit égale-


pour l’équilibre des relations commerciales ment comprendre une analyse des risques
dans le secteur agricole et une alimentation réalisée par le professionnel et préciser les
saine, durable, et accessible à tous, dite loi mesures prévues. Enfin, cet article de la loi
EGalim, concerne l'obligation de transmis- EGalim renforce également les obligations
sion au fil de l'eau d’informations sanitaires de communication de résultats d'analyses
supplémentaires à l’autorité administrative. par les laboratoires, sur demande des ser-
Avant l’entrée en vigueur de la loi EGalim, vices de contrôle.
tout résultat d’autocontrôle défavorable
obtenu sur un produit (denrée alimentaire Dans le but de simplifier la mise en œuvre
ou alimentation animale) mis sur le marché de cette disposition, la DGAL travaille
devait déjà être notifié dans les plus brefs avec les représentants des opérateurs des
délais à l’autorité administrative. Depuis filières agroalimentaires sur deux outils en
l’entrée en vigueur de la loi EGalim, cette cours de finalisation : une instruction tech-
obligation d’information est étendue aux nique apportant des réponses concrètes
résultats d’autocontrôles défavorables sur pour aider les opérateurs dans l’évaluation
les produits non encore mis sur le marché, et des situations de non-conformité devant
aux résultats d’autocontrôles défavorables être notifiées à l’administration ainsi qu’un
obtenus dans l’environnement de produc- formulaire du centre d'enregistrement et
tion (locaux et matériel par exemple), dès de révision des formulaires administra-
lors que ces résultats laissent penser que tifs (CERFA) unique pour la transmission
les produits sont susceptibles d’être préju- par les opérateurs à l’administration de
diciables à la santé humaine et/ou animale. ces non-conformités ainsi que des alertes
Cette information ne se limite pas à la sanitaires.

Agir en faveur du bien-être animal dans les abattoirs : les premiers


retours des expérimentations prévues par la loi EGalim
105
L’expérimentation sur le contrôle par vidéo prise en charge de ces équipements. À cet

ENJEUX ÉMERGENTS ET DÉFIS DU SECTEUR AGROALIMENTAIRE FRANÇAIS


PANORAMA DES IAA 2022
en abattoir, instaurée par l’article 71 de la loi égard, le plan de relance, via la mesure de
EGalim, prévoyait la mise en œuvre, à titre modernisation des abattoirs, a permis de
expérimental et sur la base du volontariat, soutenir des investissements matériels ou
pour une durée de deux ans, d’un dispositif immatériels dans les abattoirs, afin d’amé-
de contrôle par vidéo des postes de saignée liorer en particulier la protection animale
et de mise à mort, visant à évaluer l'effi- et les conditions de travail des opérateurs.
cacité des protocoles et l'application de La procédure de demande de financement
la réglementation du bien-être animal. Un ouverte le 15 décembre 2020, a rapidement
rapport du Comité de suivi et d’évaluation rencontré un franc succès. Parmi les projets
de l’expérimentation a été remis au Ministre sélectionnés, 50 incluent le financement de
de l’Agriculture et de la Souveraineté ali- dispositifs de contrôle par vidéo de la pro-
mentaire au mois de juin 2021 : cette expéri- tection animale.
mentation a montré l’intérêt du recours à la
vidéosurveillance pour assurer de manière L’expérimentation relative aux dispositifs
permanente la protection animale en abat- d’abattoirs mobiles prévue par l’article
toir. Même si le nombre d’abattoirs enquêtés 73 de la loi EGalim est encore en cours. Les
a été faible, les exploitants concernés sont projets mettent notamment en avant les
unanimement satisfaits. Le rapport conclut objectifs suivants : favoriser le bien-être
par un jugement très positif sur le contrôle animal en permettant l’abattage sur le lieu
interne par vidéo et la nécessité d’en encou- d’exploitation pour éviter le stress des ani-
rager la généralisation, notamment par la maux pendant le transport, favoriser le
développement d’un réseau rural de proxi- réglementation européenne pour l’abattage
mité en circuit court pour la valorisation des animaux dangereux, au modèle d’abat-
de viandes de qualité, maintenir des filières toir complet déjà agréé. Le rapport de l’ex-
traditionnelles d’élevage malgré la fermeture périmentation devra être remis au Parlement
d’abattoirs de proximité. Cette expérimen- à l’automne 2022. Sans attendre, la DGAL a
tation a pour objectif d’identifier les éven- porté cette question au niveau européen
tuelles difficultés d’application de la régle- dans le cadre des réunions des responsables
mentation européenne. À l’heure actuelle, des autorités compétentes des 27 États
un seul abattoir mobile a été agréé en France membres (réunions des CVOs) qu’elle a orga-
(août 2021) : il s’agit d’un abattoir mobile nisées en mars et juin 2022 dans le contexte
complet permettant l’habillage et le ressuage de la Présidence française de l’Union euro-
des carcasses de bovins abattus sur leur lieu péenne. Ces réunions ont permis d’acter
d’élevage. En parallèle, de nombreux projets la mise en place par la Commission euro-
existent à des stades plus ou moins avancés péenne d’un groupe de travail d’experts des
qui présentent une grande diversité dans États membres chargés d’étudier l’applica-
les étapes de l’abattage concernées par la bilité de la réglementation européenne aux
mobilité : il s’agit de projets allant du simple différents types d’abattoirs mobiles recensés
caisson d’abattage tel qu’autorisé par la (lancement en septembre 2022).

106
NUTRITION
ET ALIMENTATION

Politiques nationales de nutrition et d’alimentation pour accélérer


la transition vers un système alimentaire plus durable

Une alimentation et une nutrition La nutrition désigne l’ensemble des proces-


saine et durable sus à l’œuvre dans la transformation des
aliments, qui permet d’assurer les fonctions
L’alimentation désigne tout ce qui est lié à métaboliques de l’organisme. Elle comporte
la nourriture et est constituée d’aliments deux aspects : un volet physiologique qui
qui sont préparés pour être ingérés au cours étudie l’impact des nutriments (macro et
des repas, ensuite digérés et enfin absorbés micro) sur les mécanismes biochimiques
pour participer au métabolisme. Au cours cellulaires, ainsi que les effets tissulaires
de ce processus, les aliments sont trans- d’un déséquilibre entre les entrées (l’énergie
formés en nutriments, dont il existe trois consommée) et les sorties (l’énergie dépen-
catégories que sont les protides (les proté- sée) et un volet psychologique qui analyse
ines), les glucides (les sucres) et les lipides les comportements alimentaires individuels
(les graisses). Les principaux instruments et collectifs, les sensations de faim, de soif
permettant d’accompagner les consomma- et de satiété, ainsi que les troubles du com-
teurs vers une alimentation plus saine et plus portement alimentaire. Enfin, des actions
durable pour tous sont déjà bien identifiés : auprès de l’industrie pour améliorer la qua-
l’éducation à l’alimentation tout au long de lité nutritionnelle des aliments, les dispo-
la vie au plus près du terrain assortie d’outils sitifs d’aide alimentaire et la fiscalité com-
de partage et d’évaluation des pratiques. portementale permettent d’accompagner
Des dispositifs d’information nutritionnelle
et environnementale et l’encadrement de la
les consommateurs vers une alimentation
saine et durable.
107
publicité y contribuent également.

ENJEUX ÉMERGENTS ET DÉFIS DU SECTEUR AGROALIMENTAIRE FRANÇAIS


PANORAMA DES IAA 2022
Plans structurant la politique de l’alimentation en France

La feuille de route gouvernementale de la la politique de l'alimentation et de la nutri-


politique de l’alimentation pour 2018-2022, tion pour cinq ans (2019-2023) en articulant
issue des États généraux de l'alimentation de manière complémentaire les actions du
(EGA) en 2017, et les dispositions de la loi programme national pour l’alimentation
n°2018-938 dite EGalim, constituent le cadre (PNA3) et du programme national nutrition
structurant pour l’action des ministères en santé (PNNS4).
matière d’alimentation. C’est à la suite de
ces travaux que le programme national de Le programme national pour l’alimentation
l’alimentation et de la nutrition (PNAN), (PNA) propose une approche transversale
porté par le ministère des Solidarités et et intégrative s’adressant à des publics
de la Santé et par le ministère de l’Agricul- cibles très divers (enfants, adultes, collec-
ture et de la Souveraineté alimentaire, a tivités, professionnels de la chaîne alimen-
été élaboré. Ce programme fixe le cap de taire et associations).
De manière concrète, le PNA3 est structuré isolées d’accéder à une alimentation locale
en : et de qualité à travers une enveloppe de
• trois axes thématiques : la justice sociale, 30 millions d’euros. Au niveau national,
la lutte contre le gaspillage alimentaire, elle a permis de financer 9 projets structu-
l’éducation alimentaire ; rants et innovants (pour 4,12 millions d’eu-
• deux axes transversaux (en lien avec les ros), portés par des organismes nationaux
attentes exprimées lors des EGA) : les à vocation agricole et rurale, l’assemblée
projets alimentaires territoriaux et la res- permanente des chambres d’agriculture et
tauration collective (voir paragraphe 1.9 les réseaux d’épiceries sociales et solidaires.
« consommation durable »). La mesure alimentation locale et solidaire
de France Relance a été déclinée au niveau
Le programme national pour l’alimenta- départemental pour laisser une large part
tion s’est enrichi depuis 2019 par la mise au soutien à des projets de proximité (plus
en œuvre de nouvelles actions en lien avec de 700 projets retenus). Les épiceries soli-
des mesures législatives intervenues après daires pour les étudiants en situation pré-
sa publication, issues notamment des lois caire ont été une véritable aide pendant la
AGEC (loi n° 2020-105 du 10 février 2020 crise de la pandémie COVID-19 et doivent
relative à la lutte contre le gaspillage et à continuer à se multiplier sur le territoire
l'économie circulaire) et « Climat et rési- face à l’inflation.
lience » (loi n° 2021-1104 du 22 août 2021
portant lutte contre le dérèglement cli- 3. Accompagner le déploiement des projets
matique et renforcement de la résilience alimentaires territoriaux (PAT)
face à ses effets). Enfin, sa mise en œuvre a Le plan de relance a dédié une mesure de
été confortée par la stratégie Farm to fork soutien aux PAT en accompagnant en 2020
présentée par la Commission européenne 151 nouveaux PAT émergents et en finan-
en mai 2020, fixant le cadre d’action pour çant des actions opérationnelles, notam-
rendre l'alimentation plus saine et plus ment dans le cadre des contrats de plan
durable en Europe. État-région (près de 650 projets retenus)
(voir sous-partie 1.7 Consommer durable
Le plan France relance lancé en septembre Projet Alimentaire Territorial).
2020 constitue un levier financier sans pré-
cédent pour soutenir la transition alimen- 4. Accompagner les cantines scolaires des

108 taire avec une enveloppe de 190 millions


d’euros dédiée à 4 mesures portées dans le
petites communes à atteindre les objectifs
de la loi EGalim
cadre du PNA : Les petites communes sont nombreuses à
engager leurs cantines scolaires dans une
1. Développer les jardins partagés et l’agri- démarche d’alimentation locale et durable.
culture urbaine Pour les accompagner à s’approvisionner
Avec une enveloppe de 30 millions d’euros, en produits frais, réduire le gaspillage, ou
cette mesure vise d’une part, concernant encore supprimer les contenants en plas-
les jardins partagés ou collectifs, à accom- tique, et atteindre les objectifs fixés par
pagner des projets de jardins en zones la loi EGalim, le plan France Relance a mis
péri-urbaines et urbaines sur le territoire en place un dispositif d’aides permettant
national (17 millions d’euros, plus de 1 100 de financer l’achat d’équipements et de
projets retenus) et d’autre part, concernant matériels nécessaires à la cuisine, la trans-
l’opération « quartiers fertiles » (13 millions formation de produits frais (éplucheuse,
d’euros gérés par Agence nationale de réno- essoreuse, robot coupe-légumes, robot de
vation urbaine) à déployer massivement préparation), ou à la conservation (armoire
l’agriculture urbaine dans les quartiers en frigorifique, table de tri, salade bar, bar à
renouvellement urbain. crudités et à salade de fruits), des investis-
sements immatériels (logiciels, supports de
2. Soutenir l’accès des personnes modestes communication électronique) et des presta-
ou isolées à une alimentation locale et de tions intellectuelles (audits, études, forma-
qualité tions du personnel de cuisine). Fin 2021, plus
La mesure alimentation locale et solidaire de 1 500 communes étaient accompagnées,
de France Relance encourage les projets au profit de 520 000 élèves. Ce guichet a été
permettant aux personnes modestes ou actif jusqu'à la fin du mois d'octobre 2022.
Actions du programme national de l’alimentation
et de la nutrition menées avec les industries agroalimentaires

Lutte contre le gaspillage encore consommables et de mettre en


et la précarité alimentaire place un plan de gestion de la qualité du
don, renforcé par des procédures de suivi et
Depuis 2013, un Pacte national de lutte de contrôle de la qualité du don.
contre le gaspillage alimentaire structure
une dynamique collective en faveur de la La loi n°2020-105 du 10 février 2020 relative
lutte contre le gaspillage alimentaire et à la lutte contre le gaspillage et l’écono-
permet de décliner des actions à toutes les mie circulaire (AGEC) a étendu l’obligation
étapes de la chaîne alimentaire. Renouvelé de démarche de lutte contre le gaspillage
en 2017, il permet l'engagement volontaire alimentaire avec un diagnostic préalable,
de représentants de l'ensemble de la chaîne déjà applicable à tous les opérateurs de la
alimentaire dans l’objectif de réduire le restauration collective, aux industries agro-
gaspillage alimentaire. Il est prévu d’élabo- alimentaires. Elle a également introduit un
rer et de lancer le troisième Pacte national label national anti-gaspillage alimentaire
de lutte contre le gaspillage alimentaire en pouvant être accordé à toute personne
2022, notamment pour prendre en compte morale contribuant aux objectifs nationaux
les évolutions du cadre législatif et le bilan de réduction du gaspillage alimentaire,
du deuxième Pacte. dont la mise en place est en cours, et qui
concernera dans un premier temps le sec-
Différentes lois ont en effet successivement teur de la distribution fin 2022. Elle a égale-
renforcé ce cadre. Les distributeurs, les ment introduit la possibilité d’une mention
industries agroalimentaires, le commerce de complémentaire aux dates de durabilité
gros et les restaurants collectifs ont désor- minimale, pour préciser que le produit reste
mais l’interdiction de rendre impropre à la consommable après, un décret sur ce point
consommation les denrées encore consom- étant également en cours. Cette loi fixe un
mables. Ils ont l’obligation (au-dessus d’un objectif de réduction du gaspillage alimen-
certain seuil) de proposer une convention taire de 50 % d’ici 2025 pour la restauration
de don à une association d’aide alimentaire collective et la distribution et en 2030 pour
habilitée afin de lui donner leurs invendus les autres secteurs.
109

ENJEUX ÉMERGENTS ET DÉFIS DU SECTEUR AGROALIMENTAIRE FRANÇAIS


PANORAMA DES IAA 2022
Le suivi de la qualité nutritionnelle de l’offre alimentaire

Améliorer la qualité nutritionnelle, diver- pour les produits laitiers et le cacao pour
sifier l’offre alimentaire et informer les les produits chocolatés) et le moment de
consommatrices et les consommateurs consommation (par exemple l’apéritif pour
sont des axes d’action forts dans le cadre le secteur des apéritifs à croquer). Ainsi, le
du programme national pour l’alimentation. secteur Aliments infantiles de diversifica-
L’observatoire de l’alimentation (Oqali) est tion se compose entre autres des familles
l’outil qui assure un suivi global de la qualité de Biscuit, Boisson aux fruits et/ou plantes,
nutritionnelle de l'offre alimentaire. Il est Céréales lactées, Dessert à base de fruits,
chargé de collecter et d’analyser les don- Plat légumes céréales lait/crème et Soupe,
nées nutritionnelles relatives aux aliments et le secteur Produits transformés à base de
afin d'éclairer les pouvoirs publics et les pomme de terre se compose entre autres
opérateurs privés en vue d'une amélioration des familles de Chips classiques et ondu-
continue de la qualité de l'offre alimentaire. lées, Croquettes, pommes duchesses et
L’Oqali défini plusieurs secteurs alimen- noisettes, Frites pour le four, Pommes de
taires18. Un secteur regroupe des familles terre vapeur, Purées en flocons et Röstis. Fin
de produits homogènes entre elles selon 2021, 29 secteurs de produits transformés
un ou plusieurs critères19, notamment l’in- sont suivis par l’Oqali avec un taux de cou-
grédient principal (par exemple le lait verture entre 70 % et 80 % en fonction des

18. https://www.oqali.fr/media/2022/01/2022_01_21_Definitions-secteurs-Oqali.xlsx.zip
19. https://www.oqali.fr/media/2022/01/2022_01_21_Definitions-familles-Oqali.xlsx.zip
secteurs. Parmi les 672 familles étudiées, de la Santé et la Direction générale de la
667 (99 % des familles) disposent d’au moins Concurrence, de la Consommation et de
une teneur en sucres, acides gras saturés et la Répression des fraudes. En octobre 2020,
sel et 658 (98 %) d’au moins une teneur en le projet BestRemap21 a été initié pour pro-
fibres20. Des rapports sectoriels réguliers mouvoir le modèle Oqali au niveau euro-
permettent de suivre l’évolution de la qua- péen. BestReMaP est une action commune
lité nutritionnelle dans le temps. à l'échelle européenne qui vise à contribuer
à l'amélioration de la qualité des aliments
Depuis la loi EGalim, l’observatoire de l’ali- fournis aux citoyens européens en facilitant
mentation (Oqali) s’est orienté vers une l'échange et l'expérimentation de bonnes
plus grande transparence de ses données pratiques concernant le suivi et l'analyse de
d’étiquetage, vers la dématérialisation de l'évolution des aliments consommés par les
la collecte de données, vers la promotion citoyens aux niveaux européen et national,
de son modèle au niveau européen et plus la réglementation de la commercialisation
généralement un renforcement de sa stra- des aliments et des boissons auprès des
tégie de communication. En décembre enfants et l'achat de denrées alimentaires
2019, une nouvelle convention cadre a été par les organismes publics pour les établis-
signée entre l’Oqali, la Direction générale sements d'enseignement et les établisse-
de l'Alimentation, la Direction générale ments de soins sociaux.

L’information du consommateur à travers le Nutri-Score

L’observatoire de l’alimentation est égale- sur les emballages. Enfin, plus d’un Français

110 ment en charge du suivi du Nutri-Score et


des accords collectifs volontaires. Le Nutri-
sur deux déclare avoir changé au moins une
habitude d’achat grâce au Nutri-Score.
Score est un logo apposé sur la face avant
des emballages qui informe sur la qualité En février 2021, la gouvernance euro-
nutritionnelle des produits sous une forme péenne a été mise en place avec 7 pays
simplifiée et complémentaire à la déclara- européens déjà engagés en faveur du
tion nutritionnelle obligatoire (fixée par la Nutri-Score (France, Espagne, Belgique,
réglementation européenne), basé sur une Suisse, Allemagne, Pays-Bas, Luxembourg).
échelle de 5 couleurs du vert foncé au rouge L’objectif de cette gouvernance européenne
et associé à des lettres allant d’A à E pour est de faciliter l’utilisation du Nutri-Score
optimiser son accessibilité et sa compré- par les industriels du secteur alimentaire,
hension par le consommateur. d’aider les petites entreprises et de faire le
lien avec les consommateurs en mettant en
En juin 2021, plus de 500 entreprises étaient œuvre des procédures communes et effi-
engagées dans la démarche Nutri-Score en caces. Un comité scientifique indépendant
France, dont les parts de marché repré- est chargé d’évaluer les évolutions possibles
sentaient environ 57 % des volumes de du Nutri-Score pour une meilleure efficacité
vente de produits alimentaires en GMS. sur la santé des consommateurs, en syner-
Désormais, ce sont plus de 850 entreprises gie avec les recommandations alimentaires.
qui se sont engagées en faveur du logo. Le La Commission européenne a annoncé dans
bilan du Nutri-Score à 4 ans a été publié22 sa stratégie Farm to fork sa volonté de dis-
en janvier 2022. Près de 94 % des Français poser à terme d’un système d’étiquetage
ont déclaré être favorables à sa présence nutritionnel en face avant harmonisé.

20. https://www.anses.fr/fr/system/files/UOA2019SA0122Ra.pdf
21. https://www.oqali.fr/actions-europeennes/best-remap/
22. https://solidarites-sante.gouv.fr/prevention-en-sante/preserver-sa-sante/nutrition/nutri-score/article/nutri-score-un-etiquetage-nutritionnel-pour-favoriser-une-
alimentation
Les accords collectifs d’amélioration
de la qualité de l’offre alimentaire

Le programme national de l’alimentation et produits relativement homogènes et ainsi,


de la nutrition (PNAN) prévoit également en considérant la variabilité des teneurs,
de fixer des objectifs de réduction de sel, de pouvoir simuler des seuils réalistes en
sucre et gras et d’augmentation des fibres matière de composition nutritionnelle,
et les formaliser dans le cadre d'accords puis que ces derniers correspondent à des
collectifs engageant l’ensemble des sec- teneurs de produits déjà disponibles sur le
teurs alimentaires. Ces accords collectifs marché.
incluent également des enjeux de durabi-
lité. L’Agence Nationale Sécurité Sanitaire Le référentiel de ces accords collectifs a été
Alimentaire Nationale (Anses) a publié un publié en septembre 202124, et le comité
rapport en février 2021, qui propose des scientifique en charge de l’évaluation des
seuils en sel, sucre, acides gras saturés accords a été formé en janvier 2022. Pour
et fibres par famille d’aliments transfor- le sel dans le pain, les éléments scienti-
més23. Pour la détermination des seuils, les fiques disponibles et l'historique du tra-
familles de produits Oqali ont été utilisées. vail ont permis d'engager la concertation
Il s’agit de l’entité la plus fine sur laquelle avec les professionnels, sans attendre les
sont réalisés les traitements dans un objec- résultats de l'Anses et d’aboutir à la signa-
tif de pouvoir suivre l’évolution de la com- ture du premier accord collectif le 3 mars
position nutritionnelle et de l’offre alimen- 202225. Cet accord collectif va contribuer à
taire au cours du temps. Les références répondre à l’objectif de réduction de 30 %
produites peuvent être regroupées au sein de la consommation de sel d’ici 2025 en
d’une même famille Oqali selon différents France, comme demandé par l’Organisation
critères comme la dénomination de vente, mondiale de la santé. La signature de cet
la technologie de fabrication, la recette, le accord lance la dynamique vers la signature
positionnement marketing, etc. L’utilisation d’autres accords collectifs sur d’autres sec-
des familles Oqali permet d’analyser des teurs prioritaires.

Additifs dans les aliments ultra-transformés


111

ENJEUX ÉMERGENTS ET DÉFIS DU SECTEUR AGROALIMENTAIRE FRANÇAIS


PANORAMA DES IAA 2022
Santé publique France recommande de de caractériser et d’étudier spécifiquement
limiter les boissons sucrées, les aliments le risque lié à la consommation d’aliments
gras, sucrés, salés et ultra-transformés. ultra-transformés. Cette évaluation néces-
L’observatoire de l’alimentation (Oqali) site au préalable de définir ces aliments,
publie également des études transversales puis d’analyser les impacts sur la santé (au
sur l’ensemble des secteurs avec l’évolu- niveau nutritionnel notamment). De plus,
tion de la présence d’additifs26. Son rap- sur la base de l’évaluation scientifique de
port publié fin 2019 dresse un état des l’Anses, le Gouvernement français a fait le
lieux des additifs présents dans les produits choix de suspendre la mise sur le marché
transformés ainsi que de l’évolution de du dioxyde de titane, additif alimentaire
leur utilisation entre 2008 et 2016. L’étude présent notamment dans les confiseries et
des 30 000 produits alimentaires étudiés gâteaux, dès le 1er janvier 2020 conformé-
montre une augmentation significative des ment à l’article 53 de la loi EGalim. Enfin, le
produits sans additif de plus de 5 points sur PNAN prévoit l’évaluation de l’impact de la
la période considérée, passant de 13,7 % à taxe sur les boissons sucrées introduite en
18,3 %. 2012 et modifiée en 2018, sur la diversifica-
tion de l’offre et les choix alimentaires, dans
Par ailleurs, le programme national de l’ali- la perspective de tirer les enseignements de
mentation et de la nutrition (PNAN) prévoit ce type de stratégies.

23. https://www.anses.fr/fr/system/files/UOA2019SA0122Ra.pdf
24. https://agriculture.gouv.fr/les-accords-collectifs-appel-candidatures-pour-le-comite-dexperts-du-nouveau-dispositif-pour-une
25.https://agriculture.gouv.fr/telecharger/129560?token=868679d8199b2983d12498c686f7043d648d8b2f7ba0784c97a54bf461f7ec9f
26. https://www.oqali.fr/media/2021/12/OQALI_2019_Rapport-Additifs_1.pdf
Campagne de communication pour promouvoir
la consommation de légumineuses

Le Programme national nutrition santé concernant la promotion de la consomma-


recommande la consommation d’au moins tion de légumineuses dans l’alimentation
2 portions de légumineuses par semaine. humaine, financé par France relance. Dans
Seulement 48 % des Français consom- ce cadre, une convention a été signée entre
ment des légumineuses au moins une fois FranceAgriMer et Terres Univia pour la réali-
par semaine (dont 18 % plus d’une fois par sation de cette campagne à destination des
semaine). jeunes et de leurs prescripteurs. En particu-
lier, cette campagne, lancée le 10 février 2022
La stratégie nationale en faveur du déve- à l’occasion de la journée internationale des
loppement des protéines végétales légumineuses, prévoit la mise en œuvre d’ac-
lancée par le ministère de l’Agriculture tions à destination des enfants et de leurs
et de la Souveraineté alimentaire et les parents, des professionnels de la restau-
représentants de la filière huiles et proté- ration scolaire et des professionnels de la
ines végétales et des filières d’élevage le nutrition-santé.
1er décembre 2020 prévoit un volet

Remise en cause de la publicité des produits alimentaires


non recommandés par les programmes alimentaires nationaux

Le poids de l’alimentaire dans la publicité audiovisuelles relatives aux denrées ou


autour des programmes à destination de boissons concernées a été réduite effica-
la jeunesse a été divisé par 6 en 8 ans pour cement. Cette évaluation sera présentée
ne plus peser que 2,4 % en 202027 (contre chaque année au Conseil national de l’ali-
15 % en 201228). En revanche, la publicité ali- mentation, puis transmise au Parlement et

112 mentaire autour des programmes familiaux


représente 23 % des publicités, dont les 2/3
rendue publique après chaque exercice. Le
Gouvernement français y sera particuliè-
concernent des produits classés Nutri-Score rement attentif afin d’atteindre les résul-
C, D ou E. tats recherchés en matière d’information
du public et d’incitation à l’évolution des
Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) comportements. Le premier rapport a été
publie en 2020 une Charte visant à promou- publié en décembre 202130 et présenté
voir une alimentation et des comportements au Conseil national de l’alimentation le
favorables à la santé dans les programmes 26 janvier 2022.
audiovisuels et les publicités (2020-2024)29.
Le CSA, renommé aujourd’hui Autorité de Les entreprises de l'alimentation, au travers
régulation de la communication audiovi- de l’Association nationale des industries ali-
suelle et numérique (ARCOM), souhaite via mentaires, se sont engagées en mars 2021 à
cette charte privilégier les engagements se retirer totalement des programmes desti-
volontaires des acteurs de l’audiovisuel en nés aux moins de 12 ans sur l'ensemble des
faveur d’une alimentation saine et durable. supports de communication publicitaires :
Une évaluation sera réalisée chaque année la télévision, la radio, la presse, mais aussi
par ARCOM pour vérifier si l'exposition des dans un souci d'équité, l'ensemble des sup-
enfants aux communications commerciales ports digitaux et des réseaux sociaux.

27. https://www.csa.fr/Informer/Collections-du-CSA/Rapports-au-Parlement/Rapport-au-Parlement-sur-l-application-de-la-charte-alimentaire-Exercice-2020
28. https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/nutrition-et-activite-physique/documents/rapport-synthese/publicites-alimentaires-a-destination-
des-enfants-et-des-adolescents.-canaux-utilises-investissements-et-ressorts-publicitaires-aliments-promus
29. https://www.csa.fr/content/download/260191/810761/version/1/file/Charte%20visant%20%C3%A0%20promouvoir%20une%20alimentation%20et%20des%20
comportements%20favorables%20%C3%A0%20la%20sant%C3%A9%20dans%20les%20programmes%20audiovisuels%20et%20les%20publicit%C3%A9s%20
%282020-%202024%29.pdf
30. https://www.csa.fr/Informer/Collections-du-CSA/Rapports-au-Parlement/Rapport-au-Parlement-sur-l-application-de-la-charte-alimentaire-Exercice-2020
Éducation à l’alimentation et à la nutrition

Le programme national pour l’alimentation la conduite de l’enseignement de l’éduca-


mise également sur l’éducation alimentaire tion à l’alimentation décliné dans tous les
des jeunes générations pour qu’elles com- niveaux scolaires. Une boîte à outils est en
prennent, appréhendent et s’approprient ligne sur le portail Eduscol32. Elle comporte
les comportements alimentaires favorables un ensemble de supports et d’exemples
à la santé et à l’environnement. L’éducation pour aider à la préparation et à l’animation
alimentaire doit également s’étendre à des séances pédagogiques d’éducation à
toutes les générations et notamment l’alimentation et au goût.
celles habituées à un modèle d’alimenta-
tion dépassé, de surconsommation et non Le dispositif des Classes du goût33 est éta-
durable. Les mauvaises habitudes alimen- bli en plusieurs modules pour aborder
taires telles que le grignotage, la prise de toutes les facettes de l’éveil sensoriel et de
repas trop rapide, effectuée uniquement la connaissance des produits de son ter-
devant des appareils audio visuels ou non ritoire. Ce dispositif est déployé dans les
effectuée, le manque d’hydratation ou la écoles sur tout le territoire métropolitain
restriction non mesurée des apports en et d’outre-mer depuis 2012 sous l’égide des
macronutriments doivent également être ministères de l’Éducation Nationale, de la
enseignées à tous les âges. Les notions de Jeunesse et des Sports et de l’Agriculture et
satiété, de bien-être, d’alimentation équili- de la Souveraineté alimentaire. Conçu ini-
brée, intuitive et de pleine conscience, riche tialement à l’attention des enseignants du
en fibres, sont nécessaires à toute la popu- cycle 3 (CM1, CM2, 6e), il est aujourd’hui
lation française. Différentes tendances décliné pour être utilisable auprès des
actuelles de consommation alimentaire plus jeunes en maternelles et sur les temps
ayant de fortes probabilités de se prolonger périscolaires.
dans les 15 prochaines années sont présen-
tées dans la partie 1.6 Tendance et prospec- Enfin, le programme européen de distribu-
tive sur l'évolution du système alimentaire. tion de fruits et légumes à l’école et de lait
et produits laitiers à l’école vise à améliorer
Le vadémécum Éducation à l’alimentation les habitudes alimentaires des élèves et leur
et au goût31 destiné aux enseignants du
primaire et du secondaire a été élaboré
connaissance des filières et des produits
agricoles et agroalimentaires. Simplifié
113
sous l’égide du ministère de l’Education depuis 2019, ce programme comporte des
Nationale, de la Jeunesse et des Sports et mesures éducatives créées spécifiquement

ENJEUX ÉMERGENTS ET DÉFIS DU SECTEUR AGROALIMENTAIRE FRANÇAIS


PANORAMA DES IAA 2022
publié en octobre 2020. Cet outil a pour par le ministère de l’Agriculture et de la
but d’accompagner les enseignants dans Souveraineté alimentaire34.

31. https://eduscol.education.fr/2089/comprendre-les-enjeux-de-l-education-l-alimentation-et-au-gout
32. https://eduscol.education.fr/2094/mettre-en-pratique-les-grandes-thematiques-de-l-education-l-alimentation-et-au-gout
33. https://agriculture.gouv.fr/decouvrir-lalimentation-par-les-cinq-sens-les-classes-du-gout
34. https://agriculture.gouv.fr/le-programme-europeen-fruits-et-legumes-lecole-et-lait-et-produits-laitiers-lecole
TECHNOLOGIES,
BLOCKCHAIN ET TRAÇABILITÉ

Numérique et nouvelles tendances de consommation

Les consommateurs sont de plus en plus Les consommateurs utilisent de plus en


demandeurs de garanties sur les produits plus massivement leurs téléphones mobiles
qu’ils achètent et les industries agroalimen- et smartphones et les entreprises doivent
taires (IAA) doivent innover pour répondre pouvoir faire face à ces nouvelles demandes
au mieux à ces questions. Les préoccupa- d’information. La diffusion d’applications
tions des consommateurs sont de plusieurs d’aide à l’achat comme BuyorNot, Ethic
ordres, sans tendance unique, chacun privi- Advisor, Etiquettable, Is My Food Good, My
légiant un ou plusieurs axes : caractéristiques Food Story, myLabel, Open Food Facts, Scan
nutritives, garantie de qualité de fabrication, Eat, ScanUp, Yuka, témoigne de la vitalité
origine (multiplication des produits vantant de l’offre mais aussi de la forte demande de
la proximité vis-à-vis des consommateurs), la part du public. Chacune de ces applica-
bonnes conditions d’élevage, respect de tions possède son propre moteur de choix,
l’environnement, lutte contre le réchauffe- prenant en compte des critères éventuelle-
ment climatique, rémunération des agricul- ment différents et appliquant ses propres
teurs (voir à ce titre le succès de l’opération méthodes de calcul, selon ses propres objec-
de communication de Lidl au salon de l’agri- tifs, ce qui peut être une limite à la transpa-
culture 2022 sur le « rémunérascore »35). Les rence souhaitée par les consommateurs.
choix de chaque consommateur peuvent
varier dans le temps et même d’un acte Certaines démarches collectives, indépen-
d’achat à l’autre. Ces derniers mois, l’infla- damment de la fourniture ou non d’une

114 tion, aggravée par la guerre en Ukraine, a


ramené certains consommateurs vers des
application, s’appuient sur des associations
de consommateurs, qui participent à la
modèles de consommation moins onéreux, notation voire à la conception des produits
comme en témoignent les difficultés de la (par exemple : C’est qui le patron ?!). Par
filière bio. ailleurs, la question de la propriété et de la
sécurisation des données sur la recherche
d’informations ou les achats en ligne, de
leur valeur pour la filière et de leur rémuné-
ration éventuelle est déjà posée.

Enjeux et défis pour les entreprises

Face à cette demande croissante de traça- comparables, réplicables, reproductibles


bilité et de garantie, la maitrise des données et agrégeables tout au long de la filière
par les entreprises est la clé de leur main- devient un enjeu essentiel. D’importants
tien sur certains marchés, voire d’un avan- projets sont en cours de structuration et de
tage concurrentiel par l’utilisation inno- développement pour faciliter les échanges
vante qu’elles seront capables d’en faire. de données de l’exploitation agricole
Pour discuter de la pertinence des critères jusqu’aux consommateurs, en passant par
pour chacun des acteurs de la filière et l’entreprise de collecte, de transformation
des consommateurs, disposer de données et de distribution.

35. https://www.reussir.fr/lidl-lance-le-remunerascore-sur-la-viande-bovine
Garantir la fiabilité des informations fournies aux consommateurs

Le premier axe est de garantir aux consom- Une première version de celui-ci est en
mateurs le caractère incontestable des cours de mise en place, en s’appuyant sur la
informations qui lui sont remontées. De base Agribalyse de l’Agence de la transition
nombreuses entreprises utilisent leurs écologique (ADEME38) qui utilise la métho-
propres infrastructures de données ou dologie de l’analyse en cycle de vie (ACV)
se tournent vers des technologies type des produits alimentaires. Aujourd’hui ces
blockchain36 (voir encadré ci-dessous), qui ACV sont réalisées sur la base de données
proposent en temps réel une fonction de d’enquête qui seront segmentées progres-
tiers de confiance par rapport à la véra- sivement pour permettre de mieux tenir
cité des informations présentes sur les éti- compte de la diversité des produits alimen-
quettes de produits ou fournies par des taires, bruts ou transformés, offerts aux
moyens électroniques. La notion de véracité consommateurs. Mais cette segmentation
des informations concerne toute la chaîne pourrait arriver rapidement à des limites,
de valeur et a comme conséquence des tra- notamment avec les comparaisons à l’in-
vaux coopératifs sur le développement des térieur d’une même catégorie de produits
échanges d’information entre chacun des ou si l'on cherchait à doter l’ensemble des
maillons de la filière. démarches d’évaluation environnementales
(affichage environnemental, écoconcep-
Une autre illustration de ces enjeux tion et démarches de progrès diverses) d’un
concerne l’affichage environnemental prévu référentiel unique permettant de les rendre
par la loi Climat & résilience37 d’août 2021. mutuellement compatibles.

Exploiter les données issues de l’amont agricole de la filière

Pour enrichir et préciser les informations producteurs. Ainsi, toute donnée acquise
accompagnant les produits et soutenir des par une moissonneuse batteuse ou une
allégations commerciales ou réglementaires
(Nutriscore, impacts environnementaux) les
machine de traite devra pouvoir être mise
à disposition de l’exploitant qui pourra lui-
115
industriels et les distributeurs vont souhaiter même la transférer aux acteurs de l’aval
pouvoir récupérer des données de l’amont qu’il aura désignés. Les entreprises de l’aval

ENJEUX ÉMERGENTS ET DÉFIS DU SECTEUR AGROALIMENTAIRE FRANÇAIS


PANORAMA DES IAA 2022
agricole. Le prochain règlement européen profiteront certainement de ces disposi-
appelé Data Governance Act (voir enca- tions, qui les concernent aussi pour leurs
dré), institue un nouveau type d’opérateur propres données.
appelé les services d’échanges de données
(data intermediation services) et va accélé-
rer les possibilités d’échange de l’amont à
l’aval de la filière. La France est déjà posi-
tionnée sur ce sujet avec la création en jan-
vier 2020 de la société Agdatahub, qui offre
un service d’échanges de données basé sur
une plateforme d’échange et une brique de
consentement (voir encadré).

Le projet de Data Governance Act, en cours


de discussion à l’échelle européenne, sti-
pule que les données acquises notamment
par les objets connectés39 devront doréna-
vant être facilement disponibles pour les

36. La blockchain est une technologie de stockage et de transmission d'informations, prenant la forme d'une base de données qui a la particularité d'être
partagée simultanément avec tous ses utilisateurs et qui ne dépend d'aucun organe central. Elle a pour avantage d'être rapide et sécurisée.
37. LOI n° 2021-1104 du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets.
38. https://agribalyse.ademe.fr/
39. Un objet connecté a la capacité de se connecter à un réseau de communication (Internet des Objets (IDO)) via Wi-Fi, Bluetooth, 4G) et peut selon les cas
stocker, traiter et transmettre des données, recevoir et donner des instructions pour fonctionner.
LE DATA GOVERNANCE ACT Mettre à la disposition
ET LE PROJET AGDATAHUB des consommateurs
des données fiables sur la
Le Data Governance Act1 approuvé par l’Union européenne (UE) composition des produits
en mai 2022, fournit un cadre pour encourager un nouveau type
d’activité commerciale : les services d’échange de données (data
intermediation services). Le rôle attendu est de fournir un envi- Pour les produits transformés, dans le pro-
ronnement sécurisé au sein duquel les individus et les entreprises longement des États généraux de l’alimen-
peuvent partager les données. En France, le mouvement a été tation de 2017, la filière agroalimentaire
anticipé, avec la création, en début 2020 de Agdatahub, issue s’est engagée dans la transition numérique
elle-même de la plateforme d’échange de données Api-Agro. et la maîtrise des données d’information sur
Agdatahub est porté par les organisations professionnelles agri- les produits en développant Num-Alim, une
coles, les filières et des partenaires technologiques. Il est à l’échelle plateforme numérique de l’alimentation.
européenne l’un des premiers services d’échange de données à Celle-ci, en cours de développement, met
voir le jour dans le domaine agricole. L’État a participé à la créa- notamment l’accent sur la fiabilité des don-
tion de cette plate-forme, d’une part via les aides du programme nées à destination du public, notamment
d’investissement avenir (PIA 3) et d’autre part via une prise de par- sur les allergènes. Fruit d’une initiative pri-
ticipation au capital par la Caisse des Dépôts et Consignations. vée, la plateforme Alkemics, aujourd’hui
propriété de l’américain Salsify, propose
Depuis plus de 30 ans, les agriculteurs utilisent des logiciels de une voie différente, rendant possible le
gestion de leur exploitation. La multiplication des capteurs per- partage des données produits de marque à
met une acquisition automatique de nombreuses nouvelles don- distributeur, sans détention de ces données
nées. Elles leur permettent de compléter leurs savoirs et leurs dans une base unique.
observations par des outils d’analyse et de modélisation en vue
d’un meilleur suivi des troupeaux, d’une optimisation des risques, La volonté des filières de mettre à disposi-
des économies d'intrants, d'énergie et des cultures. Mutualisée tion des consommateurs des informations
au niveau du territoire et au service du plus grand nombre, fiables et transparentes sur l’origine et les
l’analyse de grandes masses de données (big data) ouvre d’im- conditions de production des denrées ali-
menses perspectives pour une meilleure gestion des ressources mentaires donne lieu à de nouveaux déve-
naturelles ou des aléas sanitaires et climatiques. La capacité à loppements. En effet, les exigences de tra-
rassembler toutes ces données pour les analyser concerne donc çabilité liées à la santé et à la sécurité des
la filière agroalimentaire toute entière, de l’exploitation agricole aliments sont aujourd’hui largement rem-
jusqu'aux consommateurs.
116 plies par les IAA françaises. Pour l’entreprise,
les enjeux de la qualité et de la traçabilité
Le projet Agdatahub a l’ambition de doter l’agriculture française s’expriment désormais en termes de diffé-
et européenne d’une infrastructure technologique souveraine renciation des produits par la qualité, dans
et mutualisée de consentement, d’hébergement et d’échange une relation de confiance avec les consom-
de données, ainsi que d’une démarche de standardisation mateurs. Le pari de la traçabilité est de faire
structurée et collective (Numagri), en vue d’alimenter les nou- porter à chaque produit la preuve de la
veaux services utiles aux producteurs agricoles, aux filières véracité des allégations affichées, qu’elles
et aux consommateurs français notamment via des modèles portent sur la composition, les modes de
d’intelligence artificielle. La plateforme repose sur : le service production ou les paramètres liés à la pro-
d’échange proprement dit, un service de consentement, consis- tection de l’environnement. Les solutions
tant en une interface permettant à un exploitant de sélection- techniques, dont la blockchain, qui pro-
ner facilement les données qu’il veut échanger avec les entre- pose en temps réel une fonction de tiers
prises ou individus avec lesquels il consent à cet échange, et de confiance par rapport à la véracité des
un système d’identité numérique : à partir d’un smartphone, informations présentes sur les étiquettes
l’exploitant pourra prouver que c’est bien lui qui agit et qu’il des produits, se développent pour rendre
a, le cas échéant, le pouvoir de le faire au nom de la structure. cette transparence maximale. Cette notion
de véracité des allégations concerne toute
la chaîne de valeur, elle a comme condition
1. https://www.consilium.europa.eu/en/press/press-releases/2022/05/16/le-conseil-
approuve-l-acte-sur-la-gouvernance-des-donnees
des travaux coopératifs sur le développe-
ment des échanges d’information entre
chacun des maillons de la filière.
NUM-ALIM, UNE RÉFÉRENCE
SUR LES DONNÉES DE L’ALIMENTATION

Num-Alim est un projet de plateforme numérique sur Le projet Num-Alim est porté par une Société
les produits alimentaires dont le déploiement est en Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) dont l’Associa-
cours, en vue de remplir les missions suivantes : tion nationale des industries alimentaires (ANIA), La
• collecte de données sur les produits ; Coopération Agricole et la Fondation Avril sont les pre-
• contrôle et fiabilisation de la qualité de ces miers actionnaires, rejoints depuis par plusieurs entre-
données ; prises de toute taille. Il est soutenu par Bpifrance, au
• appui aux entreprises pour la maitrise de leurs don- titre du Programme d’investissements d’avenir (PIA 3)
nées produit et formation ; à hauteur de 3 millions d’euros. Il est inscrit au Contrat
• favorisation des échanges de données relatives à stratégique de la filière agroalimentaire.
l’alimentation.

TRAÇABILITÉ ET BLOCKCHAIN

Le développement de nouveaux décentralisée de cette technologie nationale de la France en matière


services de traçabilité dans l’agroa- pose des questions juridiques sur de blockchain a été lancée en
limentaire fait très souvent réfé- ses applications à la traçabilité et juillet 2019. Elle s’appuie sur un
rence à la technologie blockchain. à la logistique notamment sur la regroupement d’expertise privée
Celle-ci, révélée en 2009 avec l'ap- véracité des données transmises et publique, et sur des finance-
parition du bitcoin (monnaie vir- et les responsabilités engagées en ments dédiés via le Programme
tuelle cryptographique), a apporté cas d'erreur sur les données. Mais il d’investissements d’avenir (PIA 3),
une nouvelle conception des flux existe aujourd’hui des blockchains ainsi que sur une mission prospec-
monétaires et plus largement du privées, qui utilisent les mêmes tive menée conjointement par le
partage d'information. technologies, avec des architec- CEA, l’IMT (Telecom ParisTech) et
tures différentes, centrées sur l’en- l’Institut national de recherche en
Cette technologie, assimilable à un treprise ou le groupe d’entreprises informatique et en automatique 117
registre ou une base de données qui les mettent en place et com- (Inria) qui a dressé début 2020 un
partagée, repose sur un système portent moins de nœuds. état des lieux de la maturité de ces
de cryptage et d'archivage réparti, technologies. Selon son diagnos-

ENJEUX ÉMERGENTS ET DÉFIS DU SECTEUR AGROALIMENTAIRE FRANÇAIS


PANORAMA DES IAA 2022
dans laquelle chaque nœud La dimension de tiers de confiance tic, les usages de registre (ou nota-
détient en temps réel la même est affaiblie, mais la facilitation riaux), sont aujourd’hui globale-
information que tous les autres, des échanges et du partage d'in- ment matures, alors que les usages
ce qui rend les données stockées formation en temps réel est pré- plus complexes à forte valeur ajou-
infalsifiables. La véritable innova- sente à l'intérieur d'une chaine tée (contrats intelligents avancés,
tion de la blockchain ouverte à tous fonctionnelle. Pour valoriser le places de marché, applications
(publique) réside dans l'absence positionnement favorable de la autonomes impliquant l'intel-
d'organe régulateur. Les informa- France dans cette technologie ligence artificielle) nécessitent
tions échangées sont vérifiées par clé (excellence de la recherche et encore la levée de verrous techno-
les pairs avant d'être archivées foisonnement de startups nées logiques majeurs.
à vie. Cependant, la structure autour d’innovations), la stratégie
Numérique et compétitivité des entreprises

La phase actuelle de numérisation des entre- ceux du produit fini). En 2020, les entreprises
prises agroalimentaire fait suite à la généra- agroalimentaires ont davantage recours aux
lisation de l’automatisation des chaînes de objets connectés que l’ensemble de l’indus-
production, achevée sauf dans quelques trie manufacturière (15 % contre 10 %). Il en
fonctions comme celle de la découpe dans est de même pour le recours aux technolo-
l’industrie de la viande, pour des raisons de gies d’analyse de données massives (Big data)
barrières technologiques non encore levées. : 21 % contre 15 %40. La robotisation permet
Les enjeux actuels portent principalement des gains de productivité importants dans
sur la connectivité des usines avec leur certaines fonctions (emballage), une plus
environnement (clients fournisseurs, autres grande réactivité dans la gestion des stocks
sites industriels) qui passe notamment par (gestion intégrée de la sortie de chaine et de
l’intégration de l’informatique dans la pro- l’expédition avec les transtockeurs) et une
duction et la gestion et le traitement des diminution de la pénibilité. Enfin, d’autres
données (pour l’optimisation des process développements majeurs en cours sont le
déjà automatisés). pilotage par la demande et la traçabilité.
19 % des entreprises agroalimentaires ont uti-
Selon les éléments d’analyse détenus par lisé en 2020 des robots industriels ou de ser-
les pouvoirs publics concernant les secteurs vice. Cette part est un peu plus élevée dans
de la transformation des viandes, du lait et l’industrie manufacturière (23 %)41.
des céréales, les enjeux actuels de l'adop-
tion de ces technologies par les entreprises L’enquête montre que les conditions écono-
sont : une efficience accrue des chaines miques actuelles limitent les décisions aux
de production (2 à 15 % de gain de produc- investissements dont le retour sur inves-
tivité grâce à la numérisation) et la limita- tissement est inférieur à trois ans. Les poli-
tion des pertes liées à la non-qualité et de tiques publiques d’aide à l’investissement
matière première agricole (2 à 5 % de gain immatériel et matériel répondent donc à un
grâce à la numérisation, alors que les coûts enjeu très net de réassurance et d’accéléra-
de matière première représentent 70 % de tion des processus.

118
LA ROBOTIQUE AU SECOURS DES TRAVAUX PÉNIBLES

La robotique offre des perspectives inté- de l’industrie des viandes (ADIV) pour
ressantes pour diminuer la pénibilité de l’assistance à la découpe des viandes,
certaines tâches dans l’agroalimentaire. tâche particulièrement pénible. Les
Il s’agit en priorité de manutentions exosquelettes, capables de multiplier la
lourdes et répétitives. Sont concernées force d’un opérateur par un facteur 10
la réception des marchandises, le condi- à 20, pourraient rendre de précieux ser-
tionnement et la mise en palettes. Le vices pour le retournement de meules
conditionnement peut amener à des de fromage par exemple. Le recours à
manutentions fréquentes et rapides : ces technologies devrait avoir un impact
jusqu’à 40 à 47 pièces à la minute pendant sur la diminution des troubles muscu-
7 heures dans une industrie de la viande. lo-squelettiques, sur l’absentéisme et
La robotisation (utilisation de robots col- un effet bénéfique sur l’attractivité des
laboratifs) est une piste expérimentée postes de travail concernés, dans un sec-
par l’Association pour le développement teur qui peine à recruter.

40. Source : Grafagri 2021 : Fiche 6 – Entreprises agroalimentaires – Technologie de l’information et de la communication- https://agreste.agriculture.gouv.fr/
agreste-web/disaron/GraFra2021Integral/detail/
41. Source : Grafagri 2021 : Fiche 6 – Entreprises agroalimentaires – Technologie de l’information et de la communication- https://agreste.agriculture.gouv.fr/
agreste-web/disaron/GraFra2021Integral/detail/
RECHERCHE, DÉVELOPPEMENT
ET INNOVATION

L’innovation est un moteur-clé de la com- des industries manufacturières. En France,


pétitivité des entreprises et des filières. l’écosystème d’innovation qui accom-
Les industries agroalimentaires sont his- pagne les entreprises est particulièrement
toriquement parmi les plus innovantes dynamique.

L’innovation, dans l’ADN des industries agroalimentaires

Avec 66 % d’entreprises innovantes entre gaz, de l’électricité, de la vapeur et de l’air


2016 et 201842, les industries agroalimen- conditionné (67 %)43. Le taux d’entreprises
taires hors artisanat commercial (IAA) innovantes s’établit à 59 % pour les autres
représentent le troisième secteur le plus industries manufacturières et à 41 % pour
innovant après celui de l’information et l'ensemble des secteurs – voir le graphique
de la communication (69 %) et celui du ci-dessous.

PROPORTION DE SOCIÉTÉS INNOVANTES SELON LE SECTEUR, ENTRE 2016 ET 2018


(en % du nombre total d'entreprises)
Source : Enquête Capacité à innover et stratégie (CIS 2018), Insee, traitements SSP

Construction
Transports, entreposage 119
Artisanat commercial
Hébergement,restauration
Services administratifs, soutien

ENJEUX ÉMERGENTS ET DÉFIS DU SECTEUR AGROALIMENTAIRE FRANÇAIS


PANORAMA DES IAA 2022
Commerce
Activités immobilières
Ensemble1
Eau ; assainissement, déchets, dépollution
Ens. com. gros agroalim. hors tabac
Autre commerce de gros
Activités spécialisées, scientifiques, techniques
Finance, assurance2
Industries extractives
Autres industries manufacturières
Industries alimentaires (hac*) et boissons
Gaz, électricité, vapeur, air conditionné
Information, communication
80 70 60 50 40 30 20 10 0 0 10 20 30 40 50 60 70 80

Innovation au sens large Innovation en produits


Innovation en produits nouveaux pour le marché Innovation en procédés

* hac : hors artisanat commercial


1. Sections B à N (hors divisions 75 et 82) de la NAF rév. 2.
2. Y compris les holdings financières.
Champ : entreprises de 10 salariés et plus implantées en France.
Lecture : entre 2016 et 2018, 66 % des entreprises des industries alimentaires et boissons (hors artisanat commercial) ont innové au sens large.

42. L’innovation dans les entreprises agroalimentaires entre 2016 et 2018 – Agreste – Les Dossiers n°1 – Janvier 2022 - https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-
web/disaron/Dos2201/detail/
43. L’innovation dans les entreprises agroalimentaires entre 2016 et 2018 – Agreste – Les Dossiers n°1 – Janvier 2022 - https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-
web/disaron/Dos2201/detail/
Le pourcentage d’IAA innovantes est en produits alimentaires (sucre, cacao, cho-
légère augmentation par rapport à la période colat, café, thé, condiments, plats pré-
2014-2016 (65 %)44. Sur cette période, la moi- parés et autres) où 79 % des entreprises
tié des entreprises des secteurs des IAA ont innovent, suivi par la fabrication d’aliments
innové en procédés et 45 % en produits pour animaux (77 %), la transformation et
dont un tiers en produits nouveaux pour le la conservation de fruits et légumes (76 %)
marché. Entre 2016 et 2018, les secteurs les et la boulangerie-pâtisserie (75 %) – voir le
plus innovants sont la fabrication d’autres graphique ci-dessous.

PROPORTION DE SOCIÉTÉS INNOVANTES, SELON LE TYPE D'INNOVATION


ET LE SECTEUR ENTRE 2016 ET 2018 (en % du nombre total d'entreprises)
Source : Enquête Capacité à innover et stratégie (CIS 2018), Insee, traitements SSP

Artisanat commercial
Trans. & conserv. viande & prép. viande
Fab. huile et graisse végétale & animale
Travail des grains ; fab. prod. amylacés
Fab. de produits laitiers
Fabrication de boissons
Trans. & conserv. poisson, crust., etc
Industries alimentaires (hac*)
Fab. prod. boulangerie-pâtis. & pâtes
Trans. & conserv. de fruits et légumes
Fab. d'aliments pour animaux
Fab. autres produits alimentaires
80 70 60 50 40 30 20 10 0 0 10 20 30 40 50 60 70 80

Innovation au sens large Innovation en produits


Innovation en produits nouveaux pour le marché Innovation en procédés

* hac : hors artisanat commercial


120 Champ : entreprises de 10 salariés et plus implantées en France.
Lecture : entre 2016 et 2018, 77 % des entreprises de fabrication d'aliments pour animaux ont innové au sens large.

Les dépenses intérieures de recherche et Les types d’innovation sont variés :


développement expérimental (DIRDE) de • en ce qui concerne les innovations de pro-
la branche de recherche des IAA repré- cédé, 34 % des entreprises ont innové en
sentent 2,6 % de la DIRDE de l'ensemble améliorant leur processus de production
des industries manufacturières44. Bien que de biens et services, 27 % en marketing et
les industries agroalimentaires soient plus 26 % en organisation du travail (premier
nombreuses (en proportion) à innover que recours à des alliances, modification de
l’industrie manufacturière, les dépenses la structure hiérarchique de prise de déci-
liées à l’innovation y sont plus faibles. En sion, mise en place d’un nouveau système
effet, 2,2 % du chiffre d’affaires des indus- de formation). Ces proportions sont plus
tries agroalimentaires est consacré à l’inno- élevées que pour l’industrie manufactu-
vation en 2016 contre 3,3 % pour les entre- rière prise dans son ensemble ;
prises des industries manufacturières. • en ce qui concerne les innovations en
produits, 44 % des entreprises ont intro-
duit un nouveau bien entre 2016 et 2018
(contre 34 % pour l’industrie manufactu-
rière), et 12 % un service nouveau (contre
15 % pour l’industrie manufacturière).

44. Source : Mesri-Sies. Pour plus d’informations, voir la publication Chiffres et indicateurs clés des IAA - https://agriculture.gouv.fr/iaa-chiffres-et-indicateurs-cles
Les motivations majeures des IAA pour d’une entreprise de 250 salariés ou plus est
innover sont la satisfaction des consom- 3,6 fois supérieure à celle d’une entreprise
mateurs ou des clients (97 %), le maintien de moins de 20 salariés. Par ailleurs, les
d’une qualité élevée (96 %), la recherche de entreprises exportatrices sont plus inno-
nouveaux consommateurs (85 %), l’amélio- vantes que les autres : entre 2016 et 2018,
ration des biens et services existants (81 %), 75 % des entreprises exportatrices des IAA
et le maintien de prix concurrentiels (73 %). ont innové, contre 55 % des entreprises
Près d’un tiers des IAA ont coopéré pour non exportatrices. En particulier, 42 % des
innover, soit 3 points de plus que les entre- entreprises exportatrices innovent en pro-
prises de l’industrie manufacturière45. duits nouveaux pour le marché, contre
seulement 18 % des entreprises non expor-
La législation sur la sécurité des produits tatrices. Interrogées sur les raisons de l’ab-
ou la protection des consommateurs est sence d’innovation, 43 % des entreprises non
le type de réglementation ayant eu le plus innovantes des IAA mentionnent le manque
d’impact sur les activités d’innovation des de personnel qualifié, puis le fait d’avoir
IAA, qu’il soit positif ou négatif. Elle a favo- d’autres priorités (39 %) et le coût de l’inno-
risé les activités d’innovation pour 19 % des vation, jugé trop élevé (39 %). Entre 2016 et
entreprises des IAA (12 % dans l’industrie 2018, 54 % des entreprises des IAA ont reçu
manufacturière) et les a freinées pour 27 % des financements, publics notamment, pour
d’entre elles (20 % dans l’industrie manufac- leurs activités d’innovation, contre 58 % pour
turière). La législation environnementale a l’ensemble de l’industrie manufacturière.
favorisé les activités d’innovation de 18 % L’obtention de crédits d’impôts ou d’autres
des entreprises des IAA et les a freinées exonérations pour les activités d’innova-
pour 21 % d’entre elles46. tion augmente avec la taille de l’entreprise,
contrairement aux subventions et prêts
Le taux d’innovation est influencé par subventionnés, et à l’utilisation de capitaux
la taille de l’entreprise. Ainsi, à caracté- propres ou d’emprunts, plus fréquentes dans
ristiques égales, la probabilité d’innover les entreprises de plus petite taille.

Un écosystème inspirant
121
Une grande diversité d’acteurs concourt à techniques, l'Agence nationale de sécurité
produire de la connaissance, faire émerger, sanitaire de l'alimentation, de l'environne-

ENJEUX ÉMERGENTS ET DÉFIS DU SECTEUR AGROALIMENTAIRE FRANÇAIS


PANORAMA DES IAA 2022
accompagner et développer les innova- ment et du travail (Anses), les pôles de com-
tions, tels que les organismes de recherche pétitivité et Bpifrance. En relation avec ces
finalisée, les écoles d’enseignement supé- acteurs institutionnels, l’écosystème privé
rieur agricole et les universités au double de l’innovation s’est fortement développé
métier formation/recherche, les instituts ces dernières années.

Acteurs de la recherche finalisée : focus sur INRAE

INRAE, institut national de recherche pour de l’expertise et de l’appui aux politiques


l’agriculture, l’alimentation et l’environne- publiques, avec 18 centres de recherche au
ment a été créé officiellement le 1er janvier cœur de dynamiques régionales et 14 dépar-
2020 par fusion de l’INRA et d’IRSTEA. tements scientifiques qui animent des com-
Reposant sur une communauté de travail munautés de recherche pluridisciplinaires.
de plus de 10 000 personnes, INRAE47 est au Cinq de ses départements scientifiques
service de la connaissance, de l’innovation, consacrent tout ou partie de leurs activités

45. L’innovation dans les entreprises agroalimentaires entre 2016 et 2018 – Agreste – Les Dossiers n°1 – Janvier 2022 - https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-
web/disaron/Dos2201/detail/
46. Grafagri 2021 : Fiche 6 – Entreprises agroalimentaires – Innovation - https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/disaron/GraFra2021Integral/detail/
47. https://www.inrae.fr/nous-connaitre
aux problématiques des industries agroa- de cinq grandes orientations scientifiques
limentaires et de l'alimentation (ALIM-H, et trois orientations de politique géné-
ECOSOCIO, MICA, NUMM et TRANSFORM). rale, elle a pour ambition de répondre aux
INRAE est un leader sur l’entrelacement plu- grandes voies de transformations préconi-
ridisciplinaire agriculture/alimentation/envi- sées par les experts internationaux49 pour
ronnement et positionné parmi les 10 pre- répondre aux changements globaux :
miers établissements de recherche publique 1. Une évolution des régimes alimentaires.
au monde pour contribuer aux objectifs de 2. La réduction des pertes et gaspillages.
développement durable. 3. Le développement de l’agroécologie.
4. Une gestion durable des eaux, des sols,
INRAE a présenté une feuille de route stra- des forêts, de l’eau et des océans.
tégique48 INRAE 2030 développée à horizon 5. Une utilisation plus efficiente / économe
de 10 ans en janvier 2021. Assise sur un socle des ressources : une économie circulaire.

Recherche et entreprises

Des dispositifs spécifiques tels que le via son école interne Montpellier SupAgro,
consortium AgriO ou les instituts Carnot AgrOnov, les trois pôles de compétitivité
permettent de tisser des liens fructueux Bioeconomy for Change, Vitagora et Agri
entre recherche et entreprises. Sud-Ouest Innovation.

La startup Circul'Egg a reçu en ce début


Consortium AgriO d'année 2022 la labellisation AgriO
French Tech Seed grâce à son projet de
valorisation de coproduits industriels en
économie circulaire.
Cette labellisation a été récompensée au
Après son lancement au Salon interna- concours d'innovation i-Lab 2022.
tional de l’agriculture (SIA) en 2020, le Contact : Justine Lecallier
122 consortium AgriO monte en puissance.
AgriO correspond à un accompagnement
[email protected]
Structure référente : AgroParisTech
personnalisé par des experts de l’agri-agro
L’activité des casseries, ces usines de
et un label. Une entreprise peut bénéficier
transformation d’œufs en ovoproduits,
d’un accompagnement supplémentaire et
entraîne le rejet d’un important volume
prétendre au label AgriO French Tech Seed
de coquilles. Première productrice d’œufs
qui lui permet d’accéder à un financement
européen, la France est donc directe-
Bpifrance50 jusqu’au 31 novembre 2023.
ment touchée par ces problématiques.
Grâce à ce label, les startups de moins de
Aujourd’hui peu voire pas valorisés, ces
trois ans accompagnées par les partenaires
coproduits sont pourtant une vraie res-
du consortium et ayant fait levée de fonds
source pour les industries. La législation51
d’amorçage de moins de 3 mois peuvent
impose notamment le recyclage des
bénéficier d’un effet de levier pour l’inves-
biodéchets industriels et les mentali-
tissement privé grâce à un soutien financier
tés évoluent aussi en faveur de produits
de Bpifrance du double du montant levé,
plus responsables. Les casseries doivent
dans la limite de 250 000 euros. Le consor-
donc trouver une solution de valorisation
tium AgriO rassemble 9 partenaires qui
durable de leurs coquilles. Circul’Egg leur
sont les principaux acteurs nationaux qui
propose une solution innovante, en récu-
accompagnent les startups des secteurs de
pérant une poudre de carbonate de cal-
l’agriculture, de l’alimentation, des agro-in-
cium et une autre de membrane coquil-
dustries et de l’environnement : INRAE
lère, ingrédients prisés par les industriels
Transfert aux côtés d’INRAE, AgroParisTech
des secteurs de l’alimentation animale, la
et AgroParisTech Innovation, l’Institut Agro
nutraceutique ou la cosmétique.

49. https://www.inrae.fr/sites/default/files/pdf/INRAE2030-FR.pdf
50. Bpifrance finance et accompagne les entreprises à chaque étape de leur développement en crédit, en garantie, en aide à l’innovation et en fonds propres.
Ce faisant, Bpifrance agit en appui des politiques publiques conduites par l’État et les Régions.
51. Loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire, dite loi anti-gaspillage (le cadre est celui de la directive européenne
sur les déchets 2008/98/CE).
Les entreprises qui ne remplissent pas les contribue par ses recherches interdiscipli-
critères d’éligibilité pour bénéficier du naires et la complémentarité de ses équipes
financement Bpifrance (plus de trois ans au développement de systèmes alimentaires
et/ou levée de fonds d’amorçage datant durables, pour la santé humaine et l’envi-
de plus de trois mois) peuvent néanmoins ronnement. Son objectif est de favoriser
être accompagnées par le consortium dans la recherche partenariale au bénéfice des
les mêmes conditions que leurs consœurs entreprises sur des enjeux clés du secteur
labellisables et bénéficier de la reconnais- des IAA. AgriFood Transition intègre dans
sance sectorielle AgriO. ses travaux les différents volets de la durabi-
lité économique, sociale (nutrition et santé,
Les Jarres Crues a obtenu cette recon- bien-être des travailleurs, bien-être animal,
naissance début 2021. Cette startup sécurité sanitaire des aliments), et environ-
transforme des légumes bio et locaux par nementale (réduction des émissions de gaz à
lacto-fermentation. effet de serre, usage et qualité des sols et de
Contact : Julie Maenhout l’eau, éco-procédés et économies d’énergie).
[email protected]
Structure référente : Vitagora Innover autour de l’aliment
La fermentation lactique est une
En IAA, l’innovation porte aussi sur l’en-
méthode de conservation et de trans-
vironnement direct de l’aliment : embal-
formation des aliments. Nombre de ces
lage, transport, stockage, chaîne du froid.
recettes lacto-fermentées ont peu à peu
AgriFood Transition permet à ses clients
été oubliées, notamment avec l’arrivée
de bénéficier des meilleurs savoir-faire en
des moyens de réfrigération, la pasteuri-
termes d’écoconception des produits et
sation ou encore l’utilisation de vinaigre.
des emballages, d’accéder aux meilleurs
La fermentation des légumes crus ne
procédés de transformation (convention-
nécessite ni cuisson, ni pasteurisation, ni
nels, éco-procédés et biotechnologies
vinaigre. Le processus est le suivant :
alimentaires) réduisant au maximum les
La lacto-fermentation est une méthode impacts environnementaux et performants
de conservation des légumes crus, qui, en économiquement, et aux plateformes ana-
plus d’apporter de belles saveurs, regorge lytiques associées et d’accéder à des mar-
de bienfaits : préservation longue durée chés tests grâce aux plateformes de produc-
des vitamines, pré-digestion des fibres par
les bactéries lactiques, ce qui favorise l’as-
tions pilotes.
123
similation des vitamines. Consommés en Plusieurs innovations pour améliorer les
début de repas, les légumes lacto-fermen- procédés et la sécurité sanitaire des ali-
tés permettent d’enclencher doucement

ENJEUX ÉMERGENTS ET DÉFIS DU SECTEUR AGROALIMENTAIRE FRANÇAIS


PANORAMA DES IAA 2022
ments sont développées :
la digestion et d’améliorer la digestibilité • le bras robotisé53 pour mesurer la net-
des repas au quotidien. En outre, les bac- toyabilité des surfaces d’équipements en
téries lactiques viennent nourrir le micro- agroalimentaire, développé par Actalia54,
biote intestinal, dont le bon équilibre en lien avec l’équipementier Stäubli ;
contribue à une bonne santé générale. • un tank à lait réduisant de 40 à 70 % la
consommation d’énergie conçu par le
Pôle Cristal55 et Serap Industries après
Institut Carnot AgriFood Transition évaluation de nombreuses solutions asso-
ciant des nouvelles technologies, des
solutions de réduction de consommation
d’énergie et de production d’énergies
renouvelables56 ;
L’Institut Carnot AgriFood Transition52, • le projet Patho-Dtect57 a pour objectif
fort de 17 équipes (laboratoires publics développer et valider des méthodes molé-
de recherche et centres techniques) et de culaires, rapides, spécifiques et sensibles
près de 600 chercheuses et chercheurs, utilisant la PCR digitale pour détecter et

52. L’Institut Carnot AgriFood Trnsition fait partie des 39 Instituts Carnot labellisés par le Ministère de la Recherche et de l’Enseignement supérieur.
53. Finaliste du Concours ITAInnov 2022 – projet soutenu financièrement par Bpifrance et la région Normandie - https://www.agrifood-transition.fr/index.php/
nettoyabilite-equipements-ouverts-iaa/
54. Actalia, centre technique d’expertise agroalimentaire, composante d’AgriFood Transition depuis 2020.
55. Pôle Cristal, centre technique du froid et du génie climatique, composante d’AgriFood Transition depuis 2017.
56. Projet soutenu financièrement par l’Ademe, et des régions Bretagne et Pays de Loire - https://www.agrifood-transition.fr/index.php/tank-lait-reduction-conso-
energie/
57. Projet porté par trois équipes du Carnot : l’Anses, l’Adria et le Lubem.
quantifier les B. cereus toxinogènes d’une nordiques (scandinaves ? lesquels), l’une des
part et pour détecter conjointement surprises de l’année dernière, pourraient
Salmonella et Campylobacter spp. en une devenir une puissance mondiale en matière
étape à partir du même échantillon. de protéines alternatives et de durabi-
lité. L’écosystème FoodTech européen se
concentre sur l’agriculture et la distribution
La FoodTech58 (notamment la livraison). L’année 2020 a
été un point de bascule avec une troisième
La FoodTech désigne la communauté des vague plus diversifiée. Même si la livraison
entreprises innovantes, en particulier les est toujours un sujet majeur, de nouvelles
startups, alliant les nouvelles technologies, catégories telles que les protéines alterna-
notamment numériques mais pas seulement, tives, les entreprises de cuisine fantôme et
et le domaine de l’alimentation. Au sens large, de restaurant virtuel (cloud kitchens) et la
elle englobe l’ensemble de la chaîne alimen- robotique entrent en scène. Ainsi une aug-
taire de la production agricole aux consom- mentation globale de 245 % des investis-
mateurs finaux. Parfois le terme désigne de sements dans la transformation est obser-
manière plus restrictive les entreprises inno- vée, avec 178 % pour les aliments du futurs
vantes s’intéressant aux aliments. L’Agtech ou comme les protéines alternatives.
AgriTech désigne les entreprises s’intéressant
à la production agricole. L’écosystème de la La FoodTech française est portée par des
WineTech, centré sur la filière viti-vinicole, est startups B2B60. En 2020, l’écosystème fran-
particulièrement dynamique. çais a à sa tête deux start-ups spécialisées
dans l’élevage et la transformation d’insectes
En France, le nombre de startups de la pour l’alimentation animale : Ynsect et
FoodTech était estimé à 500 en 2017. En InnovaFeed. Au cours des quatre dernières
2020, elles étaient près de 600 dont environ années (2016 à 2020), les start-up travaillant
200 dans l’Atech59, 330 dans la transforma- sur les insectes (alimentation animale et/
tion, distribution, consommation et hôtelle- ou humaine) représentaient 44 % du capital
rie restauration, et 70 dans la WineTech. En total mobilisé par la FoodTech française. Les
2021, et malgré la crise sanitaire COVID-19 autres activités dominantes sont la restaura-
635 start-ups sont actives. Le montant des tion (Swile, Innovorder, Wynd, Pazzi) et l’ag-
investissements en 2020 s’est élevé à 606 tech (Naïo Technologies, VitiBot, Microphyt).

124 millions d’euros, en constante augmentation


(404 en 2019). Le France se situe toujours au
deuxième rang européen mais s’est rappro- Mission French Tech61
chée du Royaume-Uni (632 millions d’euros
en 2020, 749 en 2019). Les investissements
sont répartis majoritairement dans l’Agtech
(robotique notamment) et l’alimentation
animale (insectes). En 2019 en Europe (Union
européenne, Royaume-Uni, pays scandinaves Afin d’accompagner et suivre l’écosystème
?), les startups ont levé un montant de 2,4 des start-ups françaises, l’État a mis en place
milliards d’euros, soit 70 % de plus qu’en 2018. une Mission French Tech, qui manie aussi
En 2020, les startups FoodTech européennes bien les politiques publiques et les finance-
ont levé 2,7 milliards d'euros, soit le même ments que le marketing et la conception de
montant qu'en 2019. Ce maintien à un niveau programmes. Elle est basée à la Station F à
d'investissement aussi élevé est une bonne Paris, le plus grand campus de startups au
nouvelle dans une année aussi compliquée. monde. Des entreprises appuyées par les
administrations sont chargées d’accueillir et
L'écosystème FoodTech européen est tou- de conseiller les start-ups. Elles composent
jours fortement concentré autour de cinq un vaste réseau de 13 capitales French Tech,
hubs : le Royaume-Uni (leader), la France, les 45 communautés French Tech en France et
pays nordiques, la région DACH (Allemagne, 63 communautés French Tech implantées
Autriche, Suisse) et les Pays-Bas. Les pays dans près de 100 villes à travers le monde.

58. Rapport La FoodTech en Europe 2021 par Digital Food Lab https://digitalfoodlab.com/fr
59. L’agtech (ou agritech), contraction des mots agriculture et technologie, désigne un domaine d’activité où on utilise et conçoit des outils technologiques
pour améliorer le quotidien des agriculteurs. Ce qualificatif peut donc s’appliquer aussi bien à des produits qu’à des entreprises. Il s’agit d’un secteur en plein
essor aux multiples avantages, propice au développement de start-up.
60. L'abréviation B to B ou B2B désigne l'ensemble des activités commerciales nouées entre deux entreprises. Le terme anglais complet est business to business.
61. https://lafrenchtech.com/fr/
Les solutions des instituts RÉSEAU MIXTE TECHNOLOGIQUE PROT&IN
techniques agro-industriels
Lancé en janvier 2020 et coordonné conjointement par l’ADIV
Les instituts techniques agro-industriels et l’ITERG, ce réseau mixte technologique (RMT) regroupe de
(ITAI) sont des organismes de recherche nombreux partenaires : des ITAI (ADIV, CTCPA, Extractis, ITERG),
appliquée, d’expertise, d’assistance tech- un ITA (Terres Inovia), des partenaires techniques (Adrianor), de
nique, de veille technologique ou régle- l’enseignement et de la recherche (Institut CBMN, Lycée agri-
mentaire, de démonstration, de formation cole de Plombières-Lès-Dijon, UMR SayFood, UMR UNH). Dans
et d’information, au service des entreprises le contexte de forte croissance démographique et d’évolution
et en particulier des petites et moyennes des attentes sociétales, la transition nutritionnelle provoque de
entreprises (PME). 15 ITAI62 ont été quali- nouvelles pressions sur les ressources alimentaires naturelles,
fiés par le ministère de l'Agriculture et de et plus particulièrement sur les sources de protéines, dont la
la Souveraineté alimentaire pour la période demande devrait croître de plus de 40 % d’ici à 2030 .
2018-2022, reconnaissant leur capacité à
mener des missions d’intérêt général au L’enjeu du RMT Prot&in est d’orienter le développement de
profit des filières de transformation. Cinq l’offre en ingrédients et en aliments protéiques d’origine végé-
d’entre eux63 ont obtenu la double qualifi- tale en plaçant les usagers au cœur d’une démarche d’innova-
cation d’institut technique agricole (ITA), tion ouverte. La diversité de cette offre doit s’accompagner de
pouvant ainsi accompagner les profession- l’exploitation de manière raisonnée des multiples sources de
nels de l’amont et de l’aval des filières. Une protéines végétales, notamment celles issues des légumineuses,
nouvelle procédure est en cours pour quali- des légumes secs et des graines oléagineuses. Par ailleurs, le
fier des ITAI sur la période 2023-2027. RMT entend favoriser l’exploitation optimale des sources de
protéines, en proposant aux industriels de l’extraction les tech-
Structure nationale de coordination, l'As- nologies les plus adaptées pour produire des ingrédients pro-
sociation de coordination technique pour téiques ou des produits alimentaires intermédiaires à haute
l'industrie agroalimentaire (ACTIA) fédère valeur ajoutée, qui sont aujourd’hui nécessaires pour formuler
les ITAI ainsi que 7 centres partenaires et transformer les produits de demain.
interface et 12 centres partenaires tech-
niques (soit 1 200 chercheurs, ingénieurs 4 actions ont été définies :
et techniciens). Ce réseau propose une 1. Connaissance des protéines végétales pour identifier les ver-
gamme de services, le développement de rous ;
produits ou de procédés, la mise au point 2. Outils d'aide à la mise en œuvre de protéines végétales pour
définir des scénarios viables pour les opérateurs de l'amont et
de prototypes et d'outils d’aide à la déci-
sion, d’études et aussi de formations sur de l'aval ; 125
80 sites en France. Les ITAI participent à 3. Projets de R&D pour développer l'offre de produits ali-
des Unités mixtes technologiques (UMT) et mentaires en levant les verrous liés à l'approvisionnement en

ENJEUX ÉMERGENTS ET DÉFIS DU SECTEUR AGROALIMENTAIRE FRANÇAIS


PANORAMA DES IAA 2022
des Réseaux mixtes technologiques (RMT), matières protéiques et à leur transformation ;
labellisés pour une durée de 5 ans par le 4. Fédération des acteurs et transfert pour acquérir une recon-
ministère et créés pour favoriser les colla- naissance nationale et européenne de la stratégie française de
borations entre les acteurs du développe- diversification de l'offre alimentaire par la mise en œuvre des
ment. L’ACTIA assure une coordination glo- protéines végétales.
bale de la recherche et de la formation sur
1. https://www.actia-asso.eu/projets/protin-2020/
des thèmes d’intérêt national et constitue
des groupements de compétences visibles
et reconnus. L’ACTIA coordonne 13 UMT64
et 10 RMT65. Leurs thèmes d’intérêt sont très
variés, pouvant être spécifiques d’une filière
ou transversaux à plusieurs filières.

62. Les 15 ITAI sont : ACTALIA, ADIV, ADRIA, AÉRIAL, BNIC, CÉVA, CTCPA, EXTRACTIS, IFBM, IFIP, IFPC, IFV, ITAB, ITERG, LNE.
63. Les 5 instituts qui ont la double qualification ITA/ITAI sont : CEVA, IFIP, IFPC, IFV, ITAB.
64. https://www.actia-asso.eu/umt-presentation/
65. https://www.actia-asso.eu/rmt-presentation/
Les pôles de compétitivité
ECOTROPHELIA,
LABORATOIRE DE L’INNOVATION Un pôle de compétitivité rassemble sur un
ALIMENTAIRE UNIVERSITAIRE territoire bien identifié et sur une théma-
tique ciblée, des entreprises, des labora-
toires de recherche et des établissements
de formation, engagés dans une démarche
partenariale, destinée à dégager des syner-
Le concours national ECOTROPHELIA FRANCE, créé en gies autour de projets innovants collabo-
2000, a pour objet la création, la mise en œuvre et le déve- ratifs en direction de marchés donnés et
loppement de produits alimentaires nouveaux par des disposant d’une masse critique assurant sa
équipes d’étudiants de formations supérieures scientifiques visibilité internationale. Les pôles jouent un
et commerciales avec une obligation de résultat. Il consiste rôle déterminant dans l’émergence de pro-
à présenter, par équipe, devant un jury technique un produit jets innovants, notamment collaboratifs et
alimentaire, de sa conception jusqu'à sa commercialisation dans l’accompagnement des porteurs de
répondant à un cahier des charges précis. Depuis 2011 avec projets. Ils apportent soutien et conseils
l'appui de la Commission Européenne, ECOTROPHELIA se aux entreprises pour la modernisation de
décline également au niveau européen : ECOTROPHELIA leur outil industriel et la diversification de
EUROPE met en lice le lauréat des sélections nationales leurs productions, l’appropriation de nou-
de chaque pays participant. Au niveau national, 2 000 étu- velles technologies et l’industrie du futur.
diants et leurs enseignants chercheurs issus de près de 30 Ils conduisent une veille technologique et
universités et grandes écoles se sont mobilisés depuis la réglementaire au profit de leurs membres.
création du concours pour présenter plus de 550 nouveaux Cette politique, lancée en 2004 en France,
produits alimentaires et rapprocher l’enseignement supé- a inspiré la politique européenne des clus-
rieur et les entreprises. Au niveau européen, le concours a ters. Parmi les 54 pôles de compétitivité, une
motivé depuis 2011 l'organisation de 115 compétitions natio- dizaine œuvrent dans le périmètre sectoriel
nales, mobilisé 550 universités et plus de 3 500 étudiants du ministère. Ils couvrent l’ensemble du ter-
européens. ritoire national. Les projets labellisés portent
sur des domaines aussi variés que la robo-
ECOTROPHELIA se place résolument en faveur d'une tique, l'alimentation saine et durable, les
consommation responsable, d’une alimentation favorable emballages, la traçabilité, le biocontrôle, les
à la santé et de la protection des ressources. Par ailleurs, le agroéquipements et la sélection variétale.
concours constitue pour les étudiants une expérience utile
126 et pratique permettant de développer des compétences de
gestion de projet, de management et de communication,
peu abordées dans leur cursus. L’ambition d’ECOTROPHE-
LIA, résolument tournée sur l’innovation et l’entreprenariat,
est parfaitement en phase avec les orientations de France
2030. Au total, depuis l’an 2000, plus de 100 produits issus
d’ECOTROPHELIA ont émergé sur le marché. Et, chaque
année, plus de 150 élèves arrivent avec de nouvelles idées.

Pour en savoir plus :


https://fr.ecotrophelia.org/
https://eu.ecotrophelia.org/
LES PÔLES DE COMPÉTITIVITÉ EN FRANCE ŒUVRANT DANS LES SECTEURS DE L'AGRICULTURE,
DE L'AGROALIMENTAIRE, DE LA FORÊT ET DE LA BIOÉCONOMIE

EuraMaterials
Nutrition
Aquimer Santé Longévité

Bioeconomy For Change


Hippolia HAUTS- (B4C)
DE-FRANCE
Mer Bretagne
Atlantique NORMANDIE
Fibres-
ILE-
BRETAGNE DE-FRANCE Energivie
GRAND EST
Valorial PAYS Cosmetic
DE LA LOIRE Valley

Végépolys Valley
GUADELOUPE CENTRE- Vitagora
VAL DE LOIRE
BOURGOGNE-
FRANCHE-COMTÉ

GUYANE NOUVELLE Polymeris


AQUITAINE
CIMES
Xylofutur Axelera
AUVREGNE-
MARTINIQUE RHÔNE-ALPES

Agri Sud-Ouest Innovalliance


innovation Aerospace Valley
PROVENCE-
MARTINIQUE ALPES-CÔTE D’AZUR
OCCITANIE
Qualitropic
Mer Méditerranée
CORSE 127

Lieu du siège du pôle

ENJEUX ÉMERGENTS ET DÉFIS DU SECTEUR AGROALIMENTAIRE FRANÇAIS


PANORAMA DES IAA 2022
Pôles de compétitivité suivis par le MASA
Autres pôles de compétitivité avec des thématiques agricoles
128
129
PANORAMA DES IAA 2022
ACCOMPAGNEMENT DES ENTREPRISES
ACCOMPAGNEMENT
DES ENTREPRISES
ACCOMPAGNEMENT
DES ENTREPRISES
Dispositif d'aides

Le secteur agroalimentaire possède en entreprises, de nombreux outils d'accom-


France d'atouts considérables pour relever pagnement ont été mis en place par les
de nombreux défis, gagner en compétiti- pouvoirs publics, qui s'articulent autour de
vité face à la concurrence internationale trois types d'aides : les aides au finance-
et répondre toujours mieux aux attentes ment, à l’investissement, à la structuration
du consommateur. Pour accompagner les de filières et à l'innovation.

Les aides au financement des entreprises agroalimentaires

Les entreprises agroalimentaires, comme le maintien de leur activité, leur croissance


toutes les autres entreprises, ont besoin de en France, l'innovation et la recherche et
capitaux pour financer leur création, leur développement.
développement (croissance organique ou
externe par acquisition d'autres entreprises) Selon leur taille ou leur secteur, les entre-
et renouveler leurs équipements productifs. prises n'ont pas les mêmes problématiques
Elles peuvent d’abord utiliser leurs capaci- de financement. Les petites entreprises
tés financières internes pour s’autofinancer, n'ont souvent pas la capacité de développer
en utilisant leurs bénéfices mis en réserves, des compétences internes sur les questions
ou avoir recours à des sources de finance- de financement et n'ont souvent qu’un ou
ment externe : deux interlocuteurs externes sur ces sujets :
• endettement bancaire à court terme leur expert-comptable et leur banquier. Les
(ex : crédits de trésorerie) ou à long terme PME de taille plus importante ainsi que les
pour financer leurs investissements ; entreprises de taille intermédiaire (ETI) ont
• crédits interentreprises par le biais des davantage de ressources pour traiter ces
délais de paiement accordés aux entre- questions. Ceci étant, pour faciliter l'accès
prises avec lesquelles elles ont des rela- au financement bancaire et, plus générale-
tions commerciales ; ment, les aider dans leurs relations avec les
• augmentation de capital (par création de banques, les entreprises peuvent s'appuyer
titres de propriété de l’entreprise don- respectivement sur les outils financiers

130 nant droit à une rémunération, les divi-


dendes) ;
développés par Bpifrance (cf. encadré) et
sur les équipes régionales de la Médiation
• marchés financiers, notamment pour les du crédit aux entreprises.
plus grandes entreprises, afin de diversi-
fier leurs sources de financement et de La Médiation du crédit est un dispositif
lever davantage de fonds : obligations public qui vient en aide aux entreprises qui
(titres de créances avec intérêts faisant rencontrent des difficultés avec un ou plu-
l’objet d’une cotation) ou actions cotées sieurs établissements financiers (banques,
en Bourse. crédit bailleurs, sociétés d'affacturage,
assureurs-crédit...). La médiation du cré-
En France, plus des deux tiers des entre- dit est adossée à la Banque de France ; elle
prises agroalimentaires de plus de 10 sala- est conduite sur tout le territoire, dans le
riés (hors artisanat commercial) sont à la respect des règles de confidentialité et du
recherche d'un financement, sous la forme secret bancaire, par 105 médiateurs du cré-
de prêt bancaire dans plus de 90 % des cas. dit qui sont les directeurs de la Banque de
Elles cherchent principalement à financer France en métropole et les directeurs des
instituts d'émission en outre-mer. Elle aide
notamment à négocier avec les banques LES AIDES DE BPIFRANCE
un rééchelonnement des crédits. Au cours EN FAVEUR DU SECTEUR
de l'année 2020, la médiation a été particu-
lièrement mobilisée pour accompagner les À travers ses activités de financement, d’aides à l’innova-
entreprises confrontées à la crise en facili- tion et d’investissement en capital, Bpifrance est un acteur
tant, en cas de difficulté, leur accès aux dis- majeur du financement des entreprises agroalimentaires en
positifs publics de soutien en trésorerie. Sur France. Depuis sa création en 2012, Bpifrance, détenue à part
l'ensemble de l’année, 14 147 entreprises, égale par l'État et la Caisse des Dépôts et Consignations,
tous secteurs confondus, ont été éligibles à intervient dans le secteur agricole et agroalimentaire. Il
la médiation, essentiellement à la suite d'un constitue un interlocuteur privilégié pour les entreprises et
refus initial d'octroi d'un Prêt Garanti par leur propose un continuum de financement à chaque étape
l'État (PGE). clé de leur développement et de façon adaptée aux spécifi-
cités locales, grâce à ses 55 implantations régionales et dans
les territoires d'outre-mer.

En plus de son action spécifique de soutien à l'innovation,


Les aides à l'investissement Bpifrance accompagne les entreprises dans leurs besoins de
des IAA garanties, assurances et financements à l’export aux côtés
des banques privées, de l’amorçage jusqu’à la cotation en
bourse, en crédit, en garantie et en fonds propres avec les
Pour soutenir le développement des entre- outils suivants :
prises, les pouvoirs publics ont mis en place • le financement de court, moyen et long terme en partena-
des dispositifs de soutien qui s'inscrivent riat avec les banques ;
dans le cadre de la réglementation commu- • la garantie des concours financiers des PME ;
nautaire en matière d'aides d’État, réformée • les investissements en fonds propres : prise de parti-
en profondeur en 2014. Les régions sont les cipation directe (en minoritaire) en fonds propres ou
collectivités qui ont compétence pour les quasi-fonds propres le plus souvent aux côtés de fonds
actions de développement économique. A privés nationaux ou régionaux ou participation indirecte
ce titre, elles mettent en œuvre des actions via des fonds sectoriels ou non ;
d’aide aux entreprises, dont certaines sont • le financement des besoins des entreprises à l'export.
destinées spécifiquement aux entreprises
agroalimentaires. En outre, elles sont auto- En 2021 Bpifrance a accompagné plus de 4 100 entreprises
rité de gestion du Fonds européen agricole agroalimentaires à hauteur de 1,7 Md€, avec en premier lieu
pour le développement rural (FEADER), des prêts sans garantie (487 M€), suivis par la garantie des
depuis 2014, avec une mesure consacrée prêts bancaires privés (460 M€). Le montant des aides à l’in-
aux investissements des entreprises agroa- novation a doublé en 2021 pour atteindre près de 200 M€
limentaires. Elles sont également autorité et l’investissement direct connaît une très forte hausse
de gestion du Fonds européen de dévelop- également.
pement régional (FEDER), qui peut soutenir
lui-aussi certains projets agroalimentaires
(davantage sur les produits élaborés).

Le ministère de l’Agriculture et de la
Souveraineté alimentaire apporte quant à
131
lui un soutien aux actions collectives à hau-
teur de près de 1,2 M€ par an, géré par les
ACCOMPAGNEMENT DES ENTREPRISES
PANORAMA DES IAA 2022

DRAAF (dispositif DiNAII), auquel peuvent


s'ajouter des cofinancements des Conseils
régionaux. Aux moyens d’appels à projets
régionaux pilotés par les DRAAF, ces aides
soutiennent la compétitivité des PME agroa-
limentaires engagées dans des actions col-
lectives pour répondre à leurs défis com-
muns, en lien avec la stratégie déclinée
dans le contrat stratégique de la filière ali-
mentaire et les plans d'actions régionaux
associés.
La crise sanitaire COVID-19 a fait temporai- Par ailleurs, parmi les mesures du plan France
rement apparaître de nouvelles modalités relance concernant spécifiquement les IAA
de financement des projets des entreprises. et gérées par le ministère de l’Agriculture
L’État a souhaité d’une part soutenir la tré- et de la souveraineté alimentaire, le plan
sorerie des entreprises par le biais des prêts de modernisation des abattoirs, doté de
garantis par l’État, et d’autre part renforcer la 130 M€, a été ouvert jusqu’à la fin de l’année
production nationale en soutenant l’implan- 2022. Ce dispositif visait à renforcer la com-
tation sur le territoire de certaines indus- pétitivité des outils d’abattage tout en les
tries stratégiques via un vaste plan intitulé dotant des meilleurs standards en matière
France Relance. L’industrie agroalimentaire a de protection animale et de maîtrise.
été identifiée comme un des secteurs stra-
tégiques visés par ce plan qui prévoyait des Dans le cadre de France 2030, l’appel à
soutiens directs aux investissements produc- projets « résilience et capacités agroa-
tifs, contribuant à assurer l’indépendance et limentaires 2030 »1 est ouvert depuis le
la résilience de l’économie française. 7 avril 2022. Mis en œuvre par Bpifrance et
FranceAgriMer dans le cadre du plan France
France relance comportait deux dispositifs 2030 et doté de 300 M€, cet appel à projets
pilotés par la Direction générale des entre- comporte notamment un volet dédié aux
prises et opérés par Bpifrance dont les IAA démarches de transition des filières agri-
ont pu bénéficier en 2019, 2020 et 2021 : coles et agroalimentaires. Ce volet a pris
la suite de la mesure « structuration des
1. L'appel à projets (Re)localisation dans les filières » du Plan de France relance et doit
secteurs critiques doté d’une enveloppe permettre d’apporter un soutien public aux
totale de 850 millions d’euros, consacré filières alimentaires françaises en finançant
à la relocalisation des projets dans cinq des projets communs amont/aval dans le
secteurs critiques : la santé, l’agroalimen- but de faire de la relation dans la filière un
taire, l’électronique, les intrants essentiels levier de la création de valeur.
de l’industrie (chimie, matériaux, matières
premières) et la 5G. Pour les IAA, l’appel L’appel à projets finance par ailleurs des
à projet s’est concentré sur les investisse- projets de relocalisation de productions
ments participant à la relocalisation ou au dédiées à l’industrie agroalimentaire,
développement de la production de pro- notamment pour la production d’intrants
duits alimentaires particulièrement stra- critiques et de produits dont la dépen-
tégiques pour notre autonomie, tels que dance de la France à l’égard de pays tiers est
les ingrédients et additifs (conservateurs, particulièrement forte (tourteaux et autres
antioxydants, enzymes, pigments natu- produits pour l’alimentation animale, cer-
rels notamment), les protéines végétales tains ingrédients et additifs…).
et alternatives ou encore les emballages
alimentaires. 246 projets de relocalisa- Ce même appel à projets permet de sou-
tion industrielle ont été soutenus, pour tenir le déploiement des innovations rele-
un montant de 115 millions d’aides et plus vant du périmètre des stratégies d’accélé-
d’un milliard d’euros d’investissements ration « alimentation durable et favorable
industriels. Parmi eux 97 projets d’IAA ont à la santé » (ADFS) et « systèmes agricoles

132 été soutenus à hauteur de 133 millions


d’euros pour 604 millions d’euros d’inves-
durables et équipements agricoles contri-
buant à la transition écologique » (SADEA).
tissements productifs. L’objectif est de démultiplier la capacité des
industriels français de l’agroalimentaire, des
2. L'appel à projets Territoires d’industrie agroéquipements et plus généralement des
soutient les projets industriels suscep- solutions pour l’agroécologie, à répondre
tibles d’avoir un impact sociétal et éco- aux besoins nouveaux en matière d’alimen-
nomique fort. Co-piloté par l’État et les tation durable et d’agroécologie.
régions, ce fonds a été doté de 950 mil-
lions d’euros (à environ 700 millions d’eu- Enfin, le Fonds Avenir Bio, financé par le
ros par l’État et à 250 millions d’euros par MASA et géré par l'Agence bio, a pour objec-
les Régions). Les projets d’IAA ont été tif principal la structuration des filières
soutenus à hauteur de 90 millions d’euros agricoles biologiques. Il vise à soutenir des
pour près de 1 milliard d’euros d’investis- démarches partenariales et pluriannuelles,
sements productifs. regroupant tous les maillons des filières

1. https://www.bpifrance.fr/nos-appels-a-projets-concours/appel-a-projets-resilience-et-capacites-agroalimentaires-2030
agri-agroalimentaires, afin de développer à 13M€/an dans le cadre du plan France
une offre de produits biologiques reliée au relance, pour les années 2021 et 2022. Ainsi
marché. Il s’agit d’améliorer la souveraineté en 2021, 25 nouveaux projets ont été sou-
alimentaire sur le segment des produits bio- tenus sur l’ensemble du territoire français.
logiques, tout en assurant la pérennité des Les projets concernent toutes les filières
entreprises et de leurs investissements grâce agricoles et vont de la création d’une filière
à des engagements réciproques des opéra- brassicole en Occitanie, à la construction
teurs, sur plusieurs années et une recherche d’un outil de transformation-surgélation de
de débouchés diversifiés, de la restauration légumes dans les Hauts de France, en pas-
collective à la grande distribution. Ce fonds, sant par la structuration de la filière porcs
doté de 8M€/an depuis 2019 a été porté bio en Bretagne.

Pour en savoir plus sur le mode de production biologique ou sur le Fonds Avenir bio :
reportez-vous à la partie « Différenciation des produits agroalimentaires » de ce document.

Le financement de l'innovation : une diversité d'outils

Les dispositifs de soutien à l'innovation alimentaire représente 2,2 % des dépenses


sont nombreux et permettent d'aider les déclarées et 2,4 % de la créance de l'en-
entreprises à tous les stades de leurs projets semble des secteurs d'activités, en légère
d'innovation. Les plus connus et plébisci- augmentation.
tés sont le Crédit d'Impôt Recherche et les
aides à l'innovation de Bpifrance. D'autres
dispositifs complètent le panorama avec Les aides à l'innovation de Bpifrance
notamment les outils mis en œuvre par les
collectivités locales et les appels à projets Bpifrance est un acteur incontournable pour
lancés dans le cadre du Programme d'Inves- financer les projets d'innovation des entre-
tissements d'avenir. prises agroalimentaires. De l'idée jusqu'à
l'industrialisation et la commercialisation
des produits, Bpifrance propose un panel
Le Crédit d'Impôt Recherche d’outils pour accompagner les entreprises
et le Crédit d'Impôt Innovation dans l’innovation : subventions, avances
remboursables, prêts à taux zéro, dispositifs
Le Crédit Impôt Recherche (CIR) est un d’accompagnement, …
outil majeur pour financer les activités de
R&D des entreprises en France. Il est le pre- Le montant total du soutien à l’innovation
mier dispositif de soutien à la R&D dans le de Bpifrance pour l'agriculture et l'agroa-
secteur agroalimentaire. Le CIR est égal à limentaire était de 95 M€ en 2018, en pro-
30 % des dépenses de recherche inférieures gression de 36 % par rapport à 2017. Pour
ou égales à 100 M€ et à 5 % au-delà. Depuis les années suivantes, ce montant a été de
2013 et en complément du CIR, les PME
peuvent également bénéficier d’un crédit
57 M€ en 2019, 116 M€ en 2020 et 202 M€ en
2021.
133
d’impôt innovation (CII) pour financer leurs
dépenses d'innovation portant sur des acti- Depuis 2007, grâce au partenariat avec
ACCOMPAGNEMENT DES ENTREPRISES
PANORAMA DES IAA 2022

vités de conception ou de réalisation d'un le ministère de l'Agriculture et de la


prototype de nouveau produit ou d'instal- Souveraineté alimentaire, ce sont 246 pro-
lations pilotes. Le CII est égal à 20 % des jets innovants de faisabilité et de mon-
dépenses engagées, dans la limite de 400 k€ tage de partenariat technologique qui ont
de dépenses. été soutenus via 14 conventions, soit 9 M€
attribués aux PME qui ont initié des pro-
Pour le secteur agroalimentaire, au titre de jets innovants. Le MASA et Bpifrance ont
l'année 2018, les dépenses déclarées par décidé de renouveler leur partenariat pour
les IAA au titre du CIR et du CII se sont éle- la période 2021-2022 dans le cadre d’une
vées à 532 M€, générant une créance totale 15e convention.
de 159 M€. En 2018, l’industrie agricole et
Le programme d'investissements une enveloppe de 2,9 Md€, en soutien de
d'avenir dynamise le secteur l'investissement pour une alimentation
agroalimentaire saine, durable et traçable.
• 5 leviers transversaux, dont « Sécuriser
Le programme d'investissements d'avenir l’accès aux matières premières ».
(PIA) a été mis en œuvre à partir de 2010 • deux objectifs transversaux :
pour moderniser l'économie française, - consacrer 50 % des financements à la
créer de la croissance et des emplois, en décarbonation de l’économie ;
finançant des investissements stratégiques - consacrer 50 % des financements à des
et des projets ambitieux et innovants. acteurs émergents porteurs d’innovation.

Le troisième programme d’investissements Une gouvernance unifiée du PIA4 et de


d’avenir (PIA 3) doté de 10 milliards d’euros France 2030 est mise en place. Les enjeux
a été mis en œuvre entre 2017 et 2021. Il environnementaux sont particulièrement
était structuré autour de trois priorités, de examinés et aucun projet ayant un impact
l'amont (enseignement et recherche) vers négatif ne peut être sélectionné.
l'aval (valorisation, transfert, accès au mar-
ché) : soutenir les progrès de l'enseignement Le PIA4 est composé de deux volets : un
et de la recherche (2,9 milliards d'euros), volet structurel et un volet dirigé (stratégies
valoriser la recherche (3 milliards d'euros) et d’accélération). Il reprend certains disposi-
accélérer la modernisation des entreprises tifs antérieurs, et en propose de nouveaux.
(4,1 milliards d'euros). Il ciblait particulière-
ment la transition numérique et l'impératif Le volet structurel du PIA4 assure une contri-
du développement durable. bution pérenne aux acteurs et structures
de l'enseignement et de la formation, de la
Le montant total d’aides allouées aux pro- recherche et de l’innovation dans la conti-
jets portés par des entreprises des secteurs nuité des précédents PIA. Il permet d’une
agricole et agro-alimentaire est de 154 mil- part de financer via l’ANR les écosystèmes de
lions d’euros pour 120 projets innovants l’enseignement supérieur et de la recherche
d’un montant total de 321 millions d’eu- en capitalisant sur des structures confirmées
ros, auxquels s’ajoutent les financements LabEx, EquipEx, IdEx, IHU, SATT, IRT-ITE.
octroyés aux 10 territoires d’innovation
à dimension agricole, agroalimentaire et D’autre part, le volet « aide aux entreprises
forestière (61 M€ de subvention et jusqu’à innovantes », principalement mis en œuvre
202 M€ de fonds propres). par Bpifrance, regroupe :
• deux familles d’actions à l’échelon régio-
Depuis fin 2021, le quatrième programme nal ou infra-régional :
d’investissements d’avenir (PIA4) a démarré. - aides « guichets » de Bpifrance, y com-
Doté de 20 milliards d’euros, il intègre désor- pris développement Deeptech ;
mais le dispositif global France 2030, doté - PIA Régionalisé.
de 34 milliards d’euros de crédits nouveaux. • trois familles d’actions à l’échelon natio-
France 2030 vise à réindustrialiser la France nal, articulées avec les comités straté-
et la mettre sur une trajectoire de crois- giques de filières et la French Tech :

134 sance de long terme, en investissant massi-


vement dans l’innovation de rupture. Alors
- les concours d’innovation (i-Nov, i-Lab,
i-PhD) ;
que le PIA4 n’était conçu que pour soutenir - les projets structurants de R&D (i-Démo
l’ensemble du continuum de la recherche et i-Démo Europe) ;
fondamentale jusqu’à l’innovation indus- - les dispositifs « Première usine » et
trielle, France 2030 inclut également un « Nouvelle industrie » déployés avec les
budget important dédié à l’industrialisation moyens de France 2030 dans le cadre du
et au déploiement (initial) des innovations. Plan Startups et PME industrielles.
La dotation globale de France 2030 s’élève
donc à 54 Md€. Il comporte : Le volet dirigé du PIA4 vise des priorités thé-
• 10 objectifs, dont l’objectif 6 « Investir matiques d’innovation caractérisées par :
dans une alimentation, saine, durable et • des enjeux sociétaux de transition :
traçable afin d‘accélérer la révolution agri- alimentation, changement climatique,
cole et alimentaire » auquel est affecté souveraineté …
• des travaux et projets susceptibles de don- Focus sur les stratégies
ner lieu à des ruptures technologiques ; d’accélération d’intérêt agricole
• la prise en compte des forces et fai- ou agroalimentaire
blesses des écosystèmes de recherche et
d’innovation et du tissu économique et Les deux principales stratégies d’accéléra-
industriel. tion d’intérêt agricole et alimentaire sont
incluses dans l’objectif 6 de France 2030
Ce volet cible ainsi quelques marchés et « Investir dans une alimentation, saine,
technologies prioritaires liés, afin de soute- durable et traçable afin d‘accélérer la révo-
nir les entreprises et laboratoires dans les lution agricole et alimentaire ». Leurs péri-
étapes de développement selon la maturité mètres et leurs orientations stratégiques
des innovations, depuis leur conception, en ont été annoncées par les ministres le
passant par la démonstration de leur effica- 5 novembre 2021 : 877,5 M€ sur 5 ans au
cité en conditions réelles, jusqu’aux condi- service de la 3e révolution agricole et de
tions de leur déploiement en lien avec les l’alimentation santé autour de 2 stratégies
territoires : ce sont les stratégies d’accéléra- d’accélération :
tion, qui ont été annoncées lors du Conseil • la stratégie d’accélération « Systèmes agri-
interministériel de l’innovation du 8 janvier coles durables et équipements agricoles
2021. contribuant la transition écologique » :
428 M€ pour développer des solutions
Plusieurs outils sont mis en œuvre en fonc- innovantes au service de la résilience et
tion du niveau de maturité technologique compétitivité du monde agricole :
du projet (TRL) : - 155 M€ pour construire le modèle agroé-
• programmes et équipements prioritaires cologique de demain afin de préserver
de recherche (PEPR) : consolider l’excel- l’environnement et réduire les émissions
lence de la recherche française au sein de CO2,
de la compétition internationale – TRL 1 à - 160 M€ pour travailler à la résilience et à
4 – ANR ; l’adaptation de l’agriculture au change-
• maturation de technologies : notamment ment climatique,
« Grands défis » de structure de valorisa- - 113 M€ pour structurer les filières agri-
tion et de transfert technologique – TRL 4 coles et les territoires en favorisant une
à 6 – ADEME, ANR, Bpifrance, CDC ; approche intégrée.
• démonstration en conditions réelles
et démonstrateurs territoriaux visant à Il s’agit d’aider l’agriculteur à concevoir,
démontrer la viabilité des innovations, y piloter et mettre en pratique un système
compris l’implantation d’innovations – agroécologique agricole complexe et multi-
soutien d’incubateurs thématisés – TRL 6 performant en s’appuyant sur les leviers
à 8 – ADEME, ANR, Bpifrance, CDC ; du numérique, des agro-équipements, du
• soutien au déploiement – ADEME, ANR, biocontrôle, des biofertilisants et de la
Bpifrance, CDC ; génétique animale et végétale.
• investissements en fonds propres en com-
plément des instruments subventionnels– • la stratégie d’accélération « Alimentation
ADEME, Bpifrance, CDC ; durable et favorable à la santé » : 449,5 M€
• industrialisation et déploiement, financé
par France 2030 (voir AAP résilience et
pour concevoir et déployer les solu-
tions favorables à une alimentation plus
135
capacités agroalimentaires 2030). durable et plus saine :
- 200 M€ pour accompagner l’industrie
ACCOMPAGNEMENT DES ENTREPRISES
PANORAMA DES IAA 2022

Le volet dirigé peut également soutenir des agroalimentaire face aux transitions
stratégies d’exploration, sur des défis pour alimentaires et agricoles ;
lequel le marché n’existe pas encore mais - 129,5 M€ pour mieux comprendre le lien
qui répondent à des attentes sociétales entre santé et alimentation et proposer
majeures. une alimentation adaptée à chacun ;
- 120 M€ pour répondre aux besoins et
attentes du consommateur pour une
alimentation plus saine, durable et
accessible.
Il s’agit de mieux comprendre les relations mentaux, créer de la valeur sur le territoire,
entre alimentation et santé, s’appuyer sur réduire la dépendance extérieure de la
les nouvelles technologies, les procédés de France et développer l’emploi.
fermentation, les protéines, adopter des
approches intégratives, valoriser les pra- Les carburants durables considérés sont les
tiques agroécologiques, répondre aux nou- biocarburants (issus de biomasse agricole,
veaux besoins en compétences, répondre forestière ou algale), les carburants produits
aux demandes d'information du consom- à partir d’énergie renouvelable et de pro-
mateur et mieux comprendre les ressorts de duits chimiques (par exemple CO2) ainsi que
son comportement. le biogaz destiné à un usage de carburant.

Il existe également une stratégie d’accélé- La stratégie d'accélération prévoit explicite-


ration dans le domaine de la bio-économie ment de « favoriser la commande publique
et la stratégie d’accélération « Produits pour les produits biosourcés et les biotech-
biosourcés et biotechnologie industrielles, nologies industrielles ». Dans le cadre de
carburant durables » : 420 M€ pour favori- ces stratégies d’accélération, de nombreux
ser la fabrication en France de produits bio- appels à projets sont en cours pour soute-
sourcés venant notamment se substituer nir les projets de recherche et d’innovation.
aux produits pétrosourcés afin de concré- Retrouvez-les sur :
tiser de potentiels forts gains environne- https://www.gouvernement.fr/
les-dispositifs-du-pia-et-de-france-2030

Liens utiles pour en savoir plus :

Les appels à projets France 2023 dans le domaine de l'agriculture et de l'alimentation


https://www.gouvernement.fr/agriculture-et-alimentation

Les appel à projets « résilience et capacités agroalimentaires 2030 »


https://www.bpifrance.fr/nos-appels-a-projets-concours/appel-a-projets-resilience-et-capacites-
agroalimentaires-2030

Les aides de l'ADEME


https://agirpourlatransition.ademe.fr/entreprises/aides-financieres

Les aides de Bpifrance


https://www.bpifrance.fr/

Les appels à projets du Programme d'investissement d'avenir

136 https://www.gouvernement.fr/les-appels-a-projets-en-cours

Le Crédit impôt recherche


https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/le-credit-d-impot-recherche-cir-47773

Le Crédit impôt innovation


https://www.entreprises.gouv.fr/fr/entrepreneuriat/aides-et-financement/credit-d-impot-innovation

Horizon Europe
hhttps://www.horizon-europe.gouv.fr/

Conseil européen de l’innovation (EIC) phase pilote


https://ec.europa.eu/programmes/horizon2020/en/h2020-section/european-innovation-council-eic-
pilot

Les appels à projets du PEI en régions


https://www.reseaurural.fr/le-partenariat-europeen-pour-linnovation-agri

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