74 No 8 1952
L'Alliance dans l'Ancien Testament
P. VAN IMSCHOOT
p. 785 - 805
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L'Alliance dans l'Ancien Testament
Dans l'Ancien Testament, la relation qui unit Israël à Dieu est
désignée sous le nom d'alliance \ Cette notion, qui est fondamentale
dans la doctrine des livres sacrés, mérite d'être analysée avec soin.
C'est ce que nous nous proposons de faire ici2.
1. Sens du,mot. L'étymologie du mot hébreu (berît) que l'on traduit
par alliance est incertaine ; les uns le dérivent d'une racine brh signifiant
couper; d'autres d'une racine brh, lier et mettent le mot en rapport
avec l'assyrien bîrtu, lien, bîrîtu, entrave ; d'autres encore avec une
racine brh-, manger et pensent que le sens premier de berît est repas.
De ces hypothèses, la deuxième paraît la plus vraisemblable8.
Quoi qu'il en soit, le mot berît a un sens plus étendu et souvent plus
1. Bibliographie : R. V a l e t o n , Bedeuîung wnd Stelîiwg des Wortes Berith
im Priestercodex, dans la Zeitschrift fur altfest. Wissenschaft (ZAW), XII,
1892, p. Iss.; Dos Wort Berith in den jehovisîîschen wnd devtieronomischen
StUcken des Hexatewchs sowie in den verwandten historischen Buchem,'ZAW,
XII, 1892, p. 224 ss.; Dos Wort Berith bei âen. Propheîen und w den Ketubim.
ZAW, XIII, 1893, p. 245 ss. ; R. K r a e t z s c h m a r. Die Bundesvorstelîwng im
A.T, in ihrer geschichtiichen Entivicklung, Marbourg, 1896 ; Fr. G i e s é -
b r e c h t, Die Geschichîlichkeit des SÏndÏbwides, Kônigsberg, 1900 ; P. K a r g e,
Geschickte des B-undesgedankes im A.T. {Aittestamentliche Abfwmllungef-i, II,
1-4), Munster, 1910; J. P e d e r s e n , Der Eid bei den- Semiten, Leipzig, 19'14;
I d., Israël, I, Londres, 1926, p. 263 ss. ; W. E i c h r o d t , Théologie des A.T.,
I, Leipzig, 1933, p. 6 ss. ; J. Hempel, Bwid, dans Die Religion in Gesckichte
iind Gegenvrart2, l, p. 1360 ss.; M. H o p e r s , Der neu-e Bund bei den Prophe-
ten, Fribourg-en-Br., 1933; G. Quell, Diathèkè, dans K i t t e l , Theoîogisches
W'àrterbuch, II, p. 106 ss.; M. B u b e r , Das Kommende, I; Konigtung ,Goî-
tes, Berlin, 1932, p. 111 ss. ; M. Noth, Die Geseîzte im Pe-ntateuch. Ihre Vor-
antssetsungen MUÎ ihr Sinn, Halle, 1940 ; P. v a n I m s c h o o t , L'esprit de
Ja-hvê et l'alliance nouvelle dans l'A-T., dans les Ephemerides theoîogicae Lo-
vanienses (BTL), 1936, p. 201 ss. ; I d-, Verbond, dans le Bijbeisch Woorden-
boek (BW).
, 2. Cette étude constitue un chapitre d'une Théologie de l'Ancien Testament
qui est en voie d'achèvement et sera publiée dans un délai plus ou moins rap-
proché, s'il plaît à Dieu. C'est à l'invitation de la direction de la N.R.Th., que
nous la soumettons aux lecteurs.
3. Cfr K r a e t z s c h m a r , o.c._, p. 245; K a r g e , o.c., p. 226 ss.
786 • P. VAN IMaCHOOT
concret que le terme français, alliance; il ne désigne pas seulement
un pacte mutuel d'assistance; il peut s'appliquer soit à la relation
issue d'un pacte, comme dans l'expression : « les hommes de ta berît »,
c'est-à-dire tes alliés, tes proches (Abd., 7) et « les possesseurs de la
berît d'Abraham » (Gen., XIV, 13), les alliés d'Abraham, soit aux
clauses ou aux conditions d'un pacte, comme dans l'expression : « ob-
server, garder une alliance » (sâmar berît, p. ex. Gen., XVII, 9, 10,
cfr « garder les paroles de l'alliance», Deut., XXIX, 8). De ce sens
sont dérivées les expressions : « les tables de l'alliance » (Deut., IX,
9, 11, 15), c'est-à-dire les tables de pierre sur lesquelles étaient gravées
les clauses de l'alliance conclue sur le Mont Horeb, à savoir le décalo'-
gue (Deut., V, 6-19), et « l'arche de l'alliance » (fos., III, 6; IV, 9; VI,
8), qui contenait les ta'bles de l'alliance (By; XL, 20), ou « l'alliance »
(J Reg., VIII, 21). Enfin berît finit par désigner la religion d'Israël
(par ex. Dan-, XI, 22, 28, 30, 32), ou peut s'employer au sens figuré,
comme dans Job, XXXI, 1 : «Un pacte avec mes yeux», ou ls.^
XXVIÏÏ, 15, 18 : « u n pacte avec la mort» (cfr aussi Os., II, 20;
fer., XXXIII, 20, 25).
2. Le concept de l'Alliance. Comme l'a bien établi J. Pedersen*,
chez •Ies anciens hébreux, berît désigne en premier lieu la relation
mutuelle d'appartenance qui unit les contractants avec les droits et
les devoirs qui découlent de cette relation. Chez les peuples qui vivent
Sous le régime du clan, l'union est assurée par le lien du sang entre
ceux qui sont « une chair et un os » (Gen., XXIX, 14; XXXVII, 27;
fwd., IX, 2; // Sam; V, 1), ou par «l'alliance», qui l'institue entre
ceux qui n'ont pas le lien du sang ; la berît établît la fraternité, com-
me l'indique l'expression <la berît de frère» (Am., I, 9). En effet
« l'alliance » assure le sâîôm, l'intégrité, le plein épanouissement et
l'harmonie de la personne humaine ou du groupe ; c'est pourquoi l'on
dit « wie berît de sâîôm», une alliance de paix (Es.^ XXXIV, 25;
XXXVII, 26), ou l'on met les deux termes en parallèle (PS., LV, 21 :-
« ceux qui sont en paix avec quelqu'un » et « sa berît » ; Abd., 7 : « les
'hommes de ton alliance» et «les hommes de ta paix»), ou on les
associe comme des synonymes (Gen., XXVt, 28, 29, 31 ; / Reg., V,
26) a.
Aussi « l'alliance » joue un rôle important dans la vie d'Israël; dans
la vie privée : p. ex. « l'alliance conclue entre David et Jonathan
(I Sam., XX, 8) ; < l'alliance » entre David et Abner (II Sam., III,
12-21) détache celui-ci de la maison de Saûl et l'attache à David. De
même dans la vie publique : l'alliance unit les tribus du Nord à Da-
vid ( I I Sam,, V, 1-3) et les hommes d'armes Cariens au jeune roi
4. Der Eîd î>eî den Semiten, p. 3199.; Israël, I, p. 285 ; cfr J. He m p e 1, o.c;
p. 1360.
5. Cfr J. Pedersen, îsrael^ I, p. 285.
I/AUlANCE DANS I/ANCIIÎN TESTAMENT 787
Josias (H Reg., XI, 4-8) ; le roi Sédédas conclut avec le peuple un
pacte (berît) au terme duquel chacun s'engage à libérer ses esclaves
hébreux (fer-, XXXIV, 8-10). L'alliance règle la paix et les relations
entre Israël et les tribus voisines, p. ex. entre Abraham et Abimélech
(Gen., XXI, 22-32), entre Isaac et le roi de Gérare (Gen., XXVI,
26-31), entre Jacob et l'Araméen Laban {Gen., XXXI, 45-48, 51-52),
entre Josué et les Gabaomtes (fos., IX, 3-27) ; elle établit et détermine
les rapports avec les royaumes et les états voisins, p. ex. le pacte de
Salomon avec le roi de Tyr (J Reg., V, 15-32), celui d'Achab avec le
roi de Syrie Benhadad (/ Reg., XX, 34) ; elle règle même les rap-
ports entre vainqueurs et vaincus, dont elle garantit la soumission,
mais aussi la vie (Jos., IX, 3-27; / Sam., XI, 1; E,z; XVII, 13, 14).
L'alliance suppose un acte de volonté de la part des contractants,
mais pas nécessairement l'égalité entre ceux-ci, ni l'équivalence des
droits et des devoirs qu'elle confère aux parties : ainsi les Gabaonites
(fos., IX, 3-27), craignant d'être exterminés par les Hébreux vain-
queurs des Cananéens, imaginent un stratagème, assez grossier, pour
obtenir des vainqueurs « une alliance », c'est-à-dire un accord éta-
blissant l'union et la paix avec Israël, et leur assurant du moins la
vie sauve ; leur ruse réussit et « Josué fit avec eux la paix et conclut
avec eux un accord (berît), qu^on leur laisserait la vie et les princes
de l'assemblée (d'Israël) leur (en) firent le serment» (JOJ., IX, 1&).
Les habitants de Jabès en Galaad, assiégés et réduits à toute extrémité
par Naas, l'Ammonite, implorent une alliance leur laissant la vie
sauve, mais les assujettissant aux vainqueurs (/ Sam., XI, 1). Nabu-
chodonosor, vainqueur, imposa un. nouveau roi à Jérusalem et en fit
son. vassal, <: il conclut avec lui une alliance, et lui fit faire un serment
(littéralement : « et le fit entrer en serment avec lui ») que le royau-
me soit dans l'abaissement, qu'il ne se lève plus (contre lui), et qu'il
garde son alliance, pour subsister» (Es-, XVII, 13, 14). Un homme
puissant peut accorder une alliance à un faible; ainsi Jonathan, le
fils du roi, à David, dont la vie est menacée (/ Sam; XVIII, 1-4).
L'inférieur peut s'engager par une alliance (berît) vis-à-vis de son
supérieur (Esdr., X, 3 ; I I Chron., XV, 12; XXIX, 10).
Chez les hébreux, comme chez les autres anciens, l'alliance a un
caractère sacré : elle est garantie par la divinité.e, qui châtie le trans-
6. De là vient peut-être le nom de Baaî berît et El berît (f,ied; IX, 4, 46), s'il
désigne, ainsi que le pensent plusieurs critiques, le dieu, comme garant d'une
alliance conclue par les Sichémites (cfr L. D e s n o y e r s , Histoire du. pewpîe
Hébreu, 1, Paris, 1922, p. 171, n. 2, qui songe à l'alliance des Sichémites avec
les Hébreux, Gen., XXXIII, 19; K r a e t z s c h m a r , ,o.c., p. 24, n. 6, qui
dte aussi plusieurs auteurs soutenant la même opinion ; W. E i c h r o d ,t, Théo-
logie, I, p. 99, qui rapproche Baal berît de Zeus ë&îtioç, le garant des ser-
ments, etc. C£r P. K a r g e , o.c., p. 333 ss. Les traités antiques mentionnent
Bouvent les dieux garants; plusieurs exemples sont cités par K a r g e (o.c., p.
240 ss.).
788 P. VAN IMSCTIOOT
grosseur (p. ex. Gen., XXXI, 53; Jos., IX, 19, 20; 7 Sam., XX, 23,
42; ^w., I, 9-10). C'est pourquoi la conclusion d'une .alliance s'ac-
complit souvent devant Yahweh (/ So-m., XXIII, 18; I I Sam., V, 3;
// Reg., XXIII, 3) et est accompagnée d'ordinaire de serments
{Gen., XXVI, 28, 29; XXI, 23, 24; / Sam., XX, 9; Ësdr., X, 5, etc.)
ou de malédictionsT, qui atteindront celui qui romprait le pacte ; et
l'on dit aussi bien : « une alliance de,Yahweh » {I Sam., XX, 8) qu'un
«serment de Yahweh» {II Sam., XXI, 7), ou tout simplement un
« serment » {Neh., VI, 18 : possesseurs d'un serment, alliés, cfr Gen.,
XIV, 13), ou d'une malédiction {Gen., XXVI/28; Bz., XVII. 18).
3. Rites d'alliance. « Conclure une alliance » se dit en hébreu Kârat
berît, littéralement « couper une alliance H » (p. ex, Gen., XXI, 27, 32;
XXVI, 28; XV, 18), bÔ' ou hèbV babherît, entrer (fer., XXXIV, 10;
Es., XVI, 8) ou faire entrer dans l'alliance {I Sam., XX, 8; Es., XX,
37), * âbar babberît, passer dans l'alliance {Deut., XXIX, 11') *âsâh,
faire une alliance {Deut., IV, 13), fwtan, donner, accorder l'alliance
{Gen., IX, 12; XVII, 2), rnsba', jurer l'alliance {Deut, IV, 31 ; VII,
12), siwwâh, ordonner l'alliance {Jos., VII, 11; XXIII, 16), sîm,
placer l'alliance (77 Sam., XXIII, 5), hêqîm, maintenir (ou instituer)
l'alliance {Gen., VI, 18; IX, 9, 11) ; plusieurs de ces expressions s'em-
ploient uniquement avec Dieu comme sujet (donner, jurer, ordon-
ner, placer). ' '
La conclusion d'une alliance est un acte religieux comprenant cer-
tains rites, dont plusieurs signifient et, dans la pensée des anciens,
produisent l'union des âmes. Tels sont, en particulier, les rites de sang
en usage chez les Arabes et d'autres peuples, p. ex. sucer le sang qui
coule des entailles que se font les contractants, mêler leur sang, ou
plonger les mains dans un bassin plein de sang9. Il est possible que
des rites semblables aient été en usage chez les anciens hébreux, (cfr
7. La formule ancienne du serment est très souvent une imprécation ou malé-
diction, que celui oui jure profère contre lui-même, au cas où il ne dirait pas
la vérité ou ne tiendrait pas sa promesse (p. ex. / Sam., XIV, 44; XX, 13, etc.) ;
les mots serment et malédiction Caîâh) sont souvent pris comme synonymes
(cfr Bed, BW, col. 342; J. P e d e r s e n , Der E,id bei den SPmiîen).
8. Ici berît n'est pas logiquement le régime direct du verbe, mais exprime
l'effet de l'action de couper un animal (Gen., XV, 9, 10; Jer., XXXIV, 19)
comme dans les expressions grecque ôyxia réu-veiv et latines ; ferire, per-
cutere, icere foedus. Cette expression, qui est la plus fréquente, se dit aussi
bien d'un homme que de Dieu (p. ex. Gen., XV, 18; Ë-r., XXIV, 8) et se
construit avec les prépositions *îw, 'et et /, sans différence appréciable de sens
(cfr la table dressée par K r a e t z s c h m a r , o.c-, p. 247 ss.). On peut la rap-
procher de l'expression babylonienne: «tuer l'âne», qui, dans les documents
de Mari, signifie «conclure un traité» (F, W. A l b r i g h t , Ardieoîogy and
thé Religion of Israël, Battimore, 1947, p. 113, d'après D o s s i n , Syrîa, 1938,
p. 60).
9. Cfr W. R. S m i t h , Lectures on thé Religion of thé Sémites3, Londres,
1927, p. 314 ss.i 479 ss., 691 s. ; J. W e 11 h a u s e n, Reste Arabischen Heîdentmns,
Berlin, 1°27, p. 128s.
I/AIAIANÇIÏ DANS I/AKCIW Tfl3TAMSKT 789
Sx., XXIV, 3-8; XXIX, 20, 21), qui ont conservé l'expression «le
sang de l'alliance » {Ex., XXIV, 8 ; Zac., IX, 11) et considéré le sang
comme « l'âme », c'est-à-dire le principe vital, de l'animal et de l'hom-
me {Lev-, XVII, 14; Deitf., XII, ,23) ; or c'est précisément pour cette
raison que ceux qui mêlent leurs sangs ou plongent leurs mains dans
un même sang, sont censés devenir une seule âme. Toutefois il faut
reconnaître que, en dehors d'-Ë-r., XXIV, 3-8 et peut-être de Gen., XV,
9, 10, 17; Jér., XXXIV, 19 (cfr Ex., XXIX, 20-21), l'A.T. rie men-
tionne aucun rite de sang dans les récits décrivant la conclusion d'une
alliance.
Au contraire, le rite d'un repas pris en .commun est plusieurs fois
signalé {Gen., XXVI, 28-30; XXXI, 46, 54; Jos., IX, 14; // Sam.,
III, 20), parce que l'absorption d'une même nourriture crée une unité
vitale entre les commensaux. Un repas pris en commun présuppose10
•et fortifie la communauté psychique. « Même celui qui était en paix
avec moi (littéralement l'homme de ma paix), en qui j'avais con-
fiance, qui mangeait de mon pain, a levé contre moi son talon », gé-
mit un psalmiste persécuté {PS, XLI, 10). On ne peut imaginer une
infraction plus grave. Le repas commun et la paix sont choses insé-
parables 11, Comme celui qui partage le repas d'un autre « partage son
.sel », l'on appelle « une alliance de sel » {Nitm., XVIII, 19; // Chron.,
XIII, 5') une alliance particulièrement intime.
En Orient l'inférieur ne se présente pas les mains vides devant son
supérieur (/ Sam., X, 27) ; il lui doit des présents (cfr Gen,, XLIII,
11), qui sont un hommage de vassalité (cfr Jud-, III, 15, 17s.; //
Sam., VIII, 2, 6, 10) ; et celui-ci à son tour se doit d'en faire à ses
inférieurs la . Le cadeau « apaise la colère » {Prov., XXI, 14) et est
<l'un usage fréquent pour rétablir la paix (p. ex. Gen., XXXIII ;
I Sam., XXV, 27, 35) ; c'est pourquoi les présents sont appelés, soîmo-
îiîrnla et accompagnent souvent la conclusion d'une alliance {Gen.,
'XXI, 27, 30; XXXIII, 8-11); Jonathan va jusqu'à donner à David
ses propres vêtements et ses armes (/ S'am., XVIII, 4), qui, étant
considérés comme des parties intégrantes de sa personne, fusionnent
son âme avec celle de Jonathan (cfr / Sam., XVIII, 3; XX, 8).
D'ailleurs « donner » c'est apporter dans une existence étrangère
quelque chose de soi-même, en sorte qu'un lien solide se noue14.
10. Manger avec un ennemi est chose inconcevable. Le prophète, qui doit
garder intacte sa force personnelle, refuse, pour cette raison, d'entrer en com-
munion avec un autre homme en mangeant avec lui (/ Reg., XIII, 8) (cfr J.
!
P e d e r s e n , Israël, I, p. 305). .
11. J. P e d e r s e n , Israël, î, p. 305.
12. Les lettres de Tell-el-Atnarna sont pleines des exigences des vassaux Ca-
nanéens et Syriens envers le Pharaon, leur suzerain.
13. En acadien swimânu, fréquemment employé dans les lettres d'Amarria.
Dans l'A.T. le mot n'est employé que par Is., I, 23 ', il est en rapport évident
avec sâlôm, paix (J. P e d e r s e n , o.c., p. 302).
14. G. v a n d e r L e e u w, La religion dans son essence et ses manifestations,
Paris, 1948, p. 343.
790 P. VAS IMSCHOOT
Enfin l'on conclut une alliance par une poignée de main (Es., XVII,.
18; // Reg., X, 15) ou en se frappant dans la main {Hsdr., X, 19)-
Dans deux circonstances solennelles (Gen., XV, 9, 10, -17, 18 et
Hv., XXIV, 3-8), un rite d'alliance plus compliqué est mentionné.
Gm., XV, 7-10, 12, 17, 18 décrit l'alliance conclue par Yahweh avec
Abraham (v. 18) ; Yahweh promet à Abraham la possession du pays.
de Canaan et s'engage par un rite solennel : il lui ordonne de prendre
une génisse, une chèvre et un bélier de trois ans, une tourterelle et
un pigeon. Abraham partage par le milieu les trois quadrupèdes.
et en dispose les moitiés vis-à-vis l'une de l'autre de façon à laisser
un passage entre les moitiés sanglantes, et place un oiseau de part
et d'autre du chemin ainsi tracé. Au coucher du soleil- un sommeil
mystérieux et une profonde terreur tombent sur Abraham, et l'obscu-
rité venue, « un four fumant et un brandon de feu passa entre les
morceaux coupés. En ce jour-là, Yahweh conclut une alliance avec
Abraham » (w. 17 s.).
Ce rite compliqué est semblable à ceux qui se pratiquaient en Assy-
rie, en Chaldée, en Grèce et à Rome ls , et paraît signifier la malédic-
tion que les contractants prononcent contre celui qui romprait le pac-
te; ils se souhaitaient de subir le sort des animaux coupés en mor-
ceaux, au cas où ils n'observaient pas le contratw. Tel est du moins.
le sens qui ressort clairement du texte de Jérémie (XXXIV, 18) et
de celui d'un traité conclu entre le roi' Syrien Mati'ilu et Asurnirari,.
roi d'Assyrie " ; devant un bouc coupé en morceaux, Mati'ilu pronon-
ce la malédiction suivante : « Si Mati'ilu pèche contre le serment : de
même que ce bouc a été enlevé de son parc,... ainsi Mati'ilu sera
enlevé avec ses fils et ses filles... de son pays... Cette tête n'est pas-
celle du bouc, mais celle de Mati'ilu, la tête de ses fils... Si Mati'ilu
est parjure, comme la tête de ce bouc est abattue, ainsi sera tranchée
la tête de Mati'ilu ». De même lors d'un traité conclu avec les Albins,,
le plénipotentiaire Romain déclare : « si le peuple Romain est infidèle
le premier..., que Jupiter frappe le peuple Romain, comme moi-même
je frapperai aujourd'hui ce porc-..»; sur quoi il tua le porc18. Le
15. Voir les références aux textes chez K r a e t z s c h m a r , o.c., p. 44s.
16. Cette interprétation est rejetée par M. B u b e r {o.c., p. 112 ss.) qui
rapproche le rite de Gen., XV, du sacrifice appelé fedu1 chez les Arabes; ce
sacrifice qui comporte le passage des offrants entre les morceaux de la victime,
s'offre en cas d'épidémie ou d'autres calamités, pour détourner le malheur (cfr
A. J a u s s e n , Coutumes des Arabes au pays de Moab, Paris, 1908, p. 261 ss.)..
Le contexte n'indique nullement qu'Abraham soit menacé d'un malheur; au
contraire il ne signale que la. bienveillance de Yahweh et les promesses de bon-
heur et de grandeur, qui font l'objet de l'alliance conclue avec le patriarche.
L'interprétation que nous proposons est celle de V a l e t o n (ZAW', XII, p.
226), de K r a e t z s c h m a r (o.c., p. 43 ss.). de K a r g e (o.c., p. 238 ss.), de-
H e m p e l (Der alîtestamentliche Gotî, Berlin, 1926, p. 31, s.), et de la plupart
•des commentateurs de la Genèse.
17. Le texte est cité et traduit par K a r g e (o.c., p. 239s.) d'après P e i s e r , .
.Mitteiîwigen des V'orderasiatischen Geseîischaft 1898, p. 228 ss,
18. Tit. Liv-, I, 24.
I/AtJ.lAKCK DANS I.'AÎTCïW ÏIÎBTAMSST 791
•passage des contractants entre, les moitiés sanglantes des victimes
{1er., XXXIV, 18, 19) lfi semble signifier qu'ils sont désormais ex-
^posés à subir le sort tragique des victimes, s'ils sont infidèles, ou
•que par l'obligation nouvelle qu'ils contractent, ils entrent dans un
nouvel état de vie. Il est probable que les expressions « couper une
alliance », « passer » ou « entrer dans une alliance » sont nées de ces
antiques rites d'alliances.
Dans Geîi., XV, 17, le brandon ou la fournaise ardente qui passe
•entre les morceaux des victimes représente Yahweh, qui ailleurs aussi
(Ex., III, 2; XIII, 21; XIX, 11, 13, 18) se manifeste dans le feu et
la fumée; cette vision perçue pendant le sommeil (v. 12) signifie que
Yahweh « passe dans l'alliance », c'est-à-dire contracte l'engagement
•envers Abraham (v. 18). On notera que Yahweh seul passe entre les
morceaux sanglants, parce qu'il s'engage seul par sa promesse Çcfr
Jér., XXXIV, 18, s.).
Ex., XXIV, •4-8 décrit un rite différent : Moïse bâtit un autel au
pied du mont Horeb et dresse douze pierres (massebôf) pour les dou-
ze tribus d'Israël; ces pierres dressées, qui font partie du mobilier des
.sanctuaires cananéens et Israélites, paraissent être entendues ici com-
me les témoins de Vaillance (cfr Gen., XXXI, 45; Jos., XXIV, 27).
Puis il fait offrir par des jeunes gens des sacrifices : des holocaustes,
•dans lesquels toute la victime est brûlée, et des seîâmîm, des < sacri-
fices pacifiques », dans lesquels une partie de la victime est brûlée et
îe reste est mangé par les offrants en un repas sacré (cfr Ex., XVIII,
12; Lev., III). Il lit «le livre de l'alliance», c'est-à-dire les clauses
de l'alliance devant le peuple, qui s'engage à les observer. Enfin du
sang des victimes recueilli dans des bassins, il asperge le peuple et
l'autel, en disant : « Voici le sang de l'alliance que Yahweh a conclue
avec vous sur toutes ses paroles ». Le sang, qui est l'âme (Lev., XVII,
14), est répandu sur l'autel, qui représente Yahweh, et sur le peuple,
c'est-à-dire sur les deux contractants ; par le contact avec une seule
et même < âme », ils deviennent une seule « âme ». C'est pourquoi
le sang est appelé « le sang de l'alliance », c'est-à-dire le sang qui pro-
duit la communauté psychique des deux parties.
4. L'alliance de Dieu. La divinité n'est pas seulement garante des
alliances conclues entre hommes, elle peut être une des parties con-
tractantes. En dehors d'Israël, on connaît quelques exemples de ces
alliances : d'après un texte sumérien, Urukagina, roi de Lagas, vers
2400 av. J.C-, déclare avoir reçu du dieu Ningirsu la royauté, et
impose à ses sujets « la parole que son roi Ningirsu avait pronon-
cée », c'est-à-dire les lois que le dieu, son suzerain, lui avait commu-
19. Le texte grec diffère notablement du texte massoretique, qui paraît de-
voir être maintenu.
792 P. VAN IMSCHOOT
niquees ; il termine la promulgation de ces lois par ces mots : « avec-
.Ningirsu Urukagma a conclu ce traité 20 ». Beaucoup plus tard, un
roi Sabéen Kariba'ilu Watar (vers 700 avant J.-C.) accomplit une
action, cultuelle à la fois politique et sacrée, qui est le renouvellement
de l'alliance entre le dieu, le roi et le peuple. Par ce renouvellement
de l'alliance, dont, en sa qualité de roi-prêtre, il est le médiateur, il
soumet au dieu et au peuple les pays qu*il a conquis et déclare au nom
du dieu national qu'il est devenu maSik, roi, c'est-à-dire en fait le
seigneur de toute FArabie méridionale21. Peut-être est-ce en vertu-
d'une alliance que certaines tribus sémitiques reconnaissaient en leur
dieu leur Mcdik (chef, puis roi). Enfin quelques historiens sont d'avis
que le dieu de Sichem appelé Baaî berît ou El berîf {Jud., IX, 4, 46)
devait son nom à l'alliance qui le liait aux « fils d'Hemor » ou à la
cité 2a.
L'idée de l'alliance qui unit Israël à son Dieu est fondamentale
dans la religion Israélite2a. Et ce qui caractérise cette alliance, c'est
qu'elle est toujours une initiative de Dieu, une intervention divine
dans l'histoire et qui se place a un moment déterminé de l'histoire-
d'Israël : l'on dit que Yahweh a conclu l'alliance avec l'homme (p. ex.,
Gen., IX, 9; XV, 18; XVTÎ, 1, ss.; Ex., XXIV, 5-8, XXXIV, 10, 27:.
fer., XXXI, 31, ss. ; Is., LV, 3 ; cfr Ex., XXXIII, 19; Os., II, 16-25 ;.
XI, 1; Am., III, 2; IX, 7; Bz., XVI, 3,ss.),.mais non que Yahweh
et un homme ont conclu une alliance24, ni qu'un homme a conclu une
alliance avec Dieu 2S . Dans les textes qui paraissent faire exception
(H Reg., XI, 17; // Ckron,, XXIX, 10; Ësdr., X, 2, 3), l'alliance ne
signifie qu'un engagement solennel pris par l'homme envers Yah-
weh en vertu de l'alliance préexistantea6.
20- Le texte est cité par P. K a r g e (o.c., p. 205s.) d'après T h u r e a . u -
D a n g i n , Les inscriptions de Sumer et Akkad, Paris, 1905 (cfr Vorderasia-
tische Bibliothek, ï, I, Leipzig, 1907, p. 46 ss.).
21. Cfr M, B u b e r , u.c., p. 56s. qui se réfère à N. R h o d o k a n a k i s ,
Altsabdische Texte (Siîswgsberichte der Wiener Akademie, phil. kist. Klasse,
CCVI-VI, 1930, p. 19 ss.).
22. E. M e y e r , Die Israeîiten und ihre Nachtbarstàmme, Halle, 1906, p.
550s.; R. K i t t e l , Geschichte des Voîkes Israël». Gotha, 1917, II, p. 96, n. 2.
23. Cfr
2
W. E i c h r o d ,t, Théologie,!, p. 6 ss. ; J. H e m p e 1, Gott wnd Mensch
im A.T. , p. 162 ss. ; L. K o e h 1 e r, Théologie^ p. 45 ss. ; E. S e 11 i n, Théologie,
p. 91 ss.
24. L. K o e h i e r , G.C., p- 45. Seul P-s. L, 5.paraît faire exception; 'mais le sens
de « mon alliance » est plutôt l'alliance que j'ai établie, que *. l'alliance avec
moi » ( K o e h i e r , l.c.).
25. Dans Jos; XXIV, 25, l'on dit que Josué conclut une alliance avec ou pour
le peuple, c'est-à-dire un accord suivant lequel tous s'engagent à servir Yahweh
seul; de même dans I I Reg; XXIII, 3 et II Chron., XXXIV, 31, 32, Josias
conclut devant Yahweh l'alliance avec le peuple « de marcher derrière Yahweh et
d'observer ses préceptes » ; dans I I Chron., XV, 12, Aza et le peuple prennent
l'engagement (littéralement : entrent dans l'alliance) de chercher Yahweh (cfr
Neh., X, 30; Jer,, XXXIV, 8).
26. Le texte de 17 Reg., XI, 17 : « Joïada conclut entre Yahweh et. le roi et 1&
peuple l'alliance qu'ils seraient le peuple de Yahweh, et entre le roi et le peu-
I/A1AIANCIÎ DANS L'ANCIW TBSTAiîBNT 793
Vaillance due à l'initiative de Yahweh est donc l'effet d'un acte
-volontaire de Dieu, qui « fait grâce à qui il fait grâce et miséricorde
.à qui il fait miséricorde» {Ex., XXXIII, 19), c'est-à-dire accorde sa
.-grâce avec une souveraine indépendance à qui il lui plaît (cfr M(d., I,
2, s.). L'alliance est donc une pure grâce de la part de Yahweh, non
une conséquence des mérites ou de la grandeur d'Israël (Deut; VII,
7, 8; IX, 5). Si «parmi toutes les familles de la terre Yahweh n'a
connu qu'Israël » \Am., III, 2), il n'est pas plus-lie à Israël qu'aux Cou-
shites, aux Philistins ou aux Syriens {Am., .IX, 7). L'alliance et l'élec-
tion d'Israël sont l'effet du seul amour de Yahweh (Os., III, 1 ; XI,
l;Deut., IV, 37;;VII,7, 8; X, 15), amour dont la gratuité est décrite
•en termes saisissants par Es., XVI, 3;ss. et par te symbolisme du
mariage d'Osée (I, 2 ss.).
Du caractère gratuit de l'élection d'Israël Amos (III, 2) déduit
l'aspect moral de l'alliance ; cette élection impose des obligations mo-
rales à Israël :. c'est parce que Yahweh «n'a connu» qu'Israël, qu'il
châtiera les iniquités de son peuple. La protection divine, sur laquelle
îe peuple compte, n'est pas assurée sans plus par l'élection d'Israël;
elle n'est accordée qu'à condition que celui-ci « cherche le bien et non
le mal » et pratique la justice (Am., V, 14, 15). Osée insiste également
sur le caractère moral de l'alliance (VI, 7 ; VIII, 13) et sur les obli-
.gations morales, en particulier la fidélité à Yahweh, qu'elle impose à
Israël (p. ex. IV. 1. 2, 11, ss. ; VI. 6-8) ; de même Jérémie (XI, 1-8)
et le Deutéronome (VII, 7-10), qui déduit le caractère moral et con-
ditionnel de l'alliance, de sa gratuité : « Sache que c'est Yahweh ton
Dieu qui est Dieu, le Dieu fidèle gardant l'alliance et la loyauté (îi-esed)
à ceux qui l'aiment et gardent ses préceptes..., mais il rend la pareille
en personne à ceux qui le haïssent » (cfr VII, 12, ss. ; X, 12, ss. ; XI,
26-28; XXVI,.16-19; Ë-x., XIX, 5).
Par ces deux propriétés, à savoir sa gratuité et son caractère moral
et conditionnel, l'alliance de Yahweh avec Israël se distingue des allian-
ces et des relations naturelles qui unissent les autres peuples à leurs
^lieux nationaux. , '
L'objet de l'alliance conclue par Yahweh avec Israël au Sinaï est
exprimé par la formule, qui revient très souvent : t Vous êtes mon
peuple et Je serai votre Dieu» {Bx., VI, 7; Lev., XXVI, 12; Dewf.,
XXIX, 12; Os., II, 25; fer., VU, 23; XI, 4,; XXIV, 7; Es., XI, 20;
XIV, 10, etc.). Désormais Israël est «le bien propre» (segulîâh, tS-x.,
XIX, 5; Deut., VII, 6; XIV, 2; XXVI, 18; PS. CXXXV, 4) de Yah-
•ple» diffère de // Chron; XXIII, 16, qui est peut-être mieux conservé (cfr
S t a d e , Z.AW, t. V, p. 287, n. 1)': « Joîada » conclut l'alliance entre lui et le roi
et le peuple...; dans II Chron:, XXIX, 10, il s'agit d'un engagement pris envers
Yahweh par le roi, Ezéchias, et les lévites de réformer le culte < afin que l'ar-
•deur de sa colère se détourne de n o u s » ; de'même dans Esdr., X, 2, 3, Esdras
•exhorte le peuple à conclure une alliance, c'est-à-dire un engagement avec Dieu
•de renvoyer les femmes étrangères.
794 P. VAN IMSCHOOT
weh, « la nation sainte » de Yahweh {Ex., XIX, 6), le peuple saint,.
consacré à Yahweh (Deut., VII, 6; XIV, 2, 21 ; XXVI, 19; XXVIII,
9), < un royaume de prêtres » {Ex., XIX, 6), c'est-à-dire le domaine
sur lequel s'exerce la puissance royale de Yahweh, et qui est constitué
par ceux qui « se tiennent » devant lui (cfr Os,, IV, 6) comme les.
serviteurs devant le roi (cfr // Sam., XX, 25 ; 1 Reg., IV, 5 ; Is., LXI,
6) fi7. En vertu de l'alliance le peuple accepte certaines obligations
formulées en termes généraux par l'expression « observer l'alliance »,,,
c'est-à-dire les clauses stipulées dans le contrat (p. ex. Gen., XVII, 9^,
10; Ex., XIX, 5; / Reg., XI, 11 ; Es-, XVII, 14) sous forme de lois,
telles que celles du décalogue (Ea-./XX, 1-17; Deut., V, 6-21) écri-
tes sur «les tables de l'alliance» (Deut., IX, 9, 10), ou celles du-
^ livre de l'alliance» (Ex.. XXIV, 7; // Reg., XXIII, 2). De son
côté Yahweh prend l'engagement général de protéger Israël, car il
est « le Dieu fidèle et gardant l'alliance et la loyauté envers son peu-
ple» (Deut., VII, 9, 12; 7 Reg., VIII, 23; I I Chron., VI, 14; Dan.,
IX, 4; Neh., I, 5; IX, 32) ; ou bien il lui promet soit la possession'
du pays de Canaan (p. ex. Gen., XV, 7; XVII, 8; Jer., XXXII. 22).-
soit une nombreuse descendance (p. ex. Gen., XV, 5; XVII, 4, 5), soît
d'autres bénédictions d'ordre matériel (p. ex. Deut., VII, 13 ss.; XI,.
13. ss.).
5. Les rêcîïs à'oîHcmce de Dieu sont relativement nombreux dans
l'A.T.
l* A les prendre tels quels, sans chercher à les classer d'après leur
date de composition et leurs tendances, la plus ancienne alliance est
celle que Dieu conclut avec les descendants de Noé et avec tous les;
vivants (Gen., IX, 1-17) : elle imposait aux hommes et aux animaux
d'éviter l'effusion du sang humain, et aux hommes l'abstinence du
sang des bêtes; de son côté Dieu s'engageait à ne plus détruire les.
vivants par les eaux et proposait l'arc-en-ciel comme signe de l'alliance.
2e L'alliance avec Abraham est rapportée par deux traditions. Dans"
l'une, elle est un engagement solennel signifié par le passage de Yah-
weh entre les moitiés sanglantes des victimes immolées, et promettant
la possession du pays à la descendance d'Abraham (Gen., XV, 2, 7-12,.
17, 18) ; aucune obligation spéciale n'est imposée en termes formels;
à Abraham, qui de plus ne passe pas avec Yahweh entre les moitiés-
dés victimes. Dans la seconde (Gen., XVÏI), aucun rite d'alliance
n'est mentionné; Dieu accorde à Abram son alliance, par laquelle
il lui promet une descendance nombreuse et puissante et change son
nom en Abraham, qui est interprété «,père d'une multitude»; en,
échange, Abraham < marchera devant Dieu et sera irréprochable » ;.
27. C'est peut-être le sens premier de la racine K h n d'où provient le nom de
Koken, sens qui paraît conservé dans I I Sam., XX, 25 ; / Reg: IV, 5, où les fils.
de David sont appelés Kohanîm pour David.
I/ALLIANCE DANS I/ANCIIÎN TESTAMENT 795
flde plus il acceptera la circoncision pour lui, et tous ses descendants
mâles, comme signe de l'alliance perpétuelle. L'alliance avec < les pè-
TCS », c'est-à-dire les ancêtres d'Israël ou les patriarches est rappelée
par Dettt, IV, 31 ; VII, 12; VIII, 18 et lêrémie, XI, 5, etc.
3° L'alliance conclue au temps de l'exode par l'intermédiaire de
Moïse est racontée dans Ex., XIX, 1-XXXIV, 28. Ce récit a. été mani-
festement retravaillé et contient plusieurs traditions tellement enchevê-
trées qu'il est bien difficile, sinon impossible, de les départir et de les
restituer. La, scène est localisée à la montagne,, appelée Sinaï dans les
passages attribués au Jahviste (p. ex. Ex; XIX, 11'*, 18; XXXIV, 2)
•et au code sacerdotal (p. ex. Ex., XIX, l), Horeb dans les textes attri-
bués à l'Elohiste (Ex., XXXIII, 6) et au Deutéronomiste (Deuf., I,
2, 6, 19; V, 2, etc.). Elle s'accompagne de phénomènes terrifiants :
feu, nuée, éclairs, roulements de tonnerre, sons de trompe (Ex., XIX,
16-19; XX, 18; XXIV, 16, 17; Deut.. V, 19, 20), qui manifestent la
présence de Dieu.
Toutes les traditions rattachent à la conclusion de l'alliance cer-
taines lois, qui en sont les clauses imposées à Israël : suivant E'x;
XXXIV, 10-28, ce semblent être les lois cultuelles à'Ëf., XXXIV, 14,
17-26; suivant Ex., XXIV, 7, 8, ce serait « k livre de l'alliance î, c'est-
-à-dire de l'avis de beaucoup d'exégètes, le code dit de FalUance (Ex.,
XX. 22-XXIÏI, 19) ; suivant Deuf., IV, 13, 23 ; V, 2, 3 ; VII, 9 ; XXIX,
8, le décalogue (Deuf., V, 6-17, cfr Ex., XX. 2-17), qui, étant écrit sur
4eux tables de pierre (Ex., XXIV. 12-14; XXXII, 15. 16; XXXÏV.
1, 28), est à ï'origine de leur nom de «tables de l'alliance» (Deuf.,
IX, 9, 11, 15), et de celui de d'arche de l'alliance» (JOÎ., III, 6, 8;
IV, 9; VI, 6) ou de l'alliance de Yahweh (Nwm., X, 33; Deut., X, 8;
Jos.. III, 3) ou de l'alliance de Dieu (/ Sont., IV, 4, etc.). Plusieurs
indices paraissent indiquer que le Deutéronome a gardé la tradition
-ptus purement que les autres textes : l'introduction, < Je suis Yahweh
'qui t'ai fait sortir d'Egypte, de la maison d'esclavage > (iî-r., XX, 2;
Deui., V, 6), qui rattache le décalogue à la manifestation de Yahweh
comme libérateur des tribus Israélites sous la conduite de Moïse"";
'la présence du décalogue, appelé c les paroles » {Ex., XX, 1 ; XXIV,
.3, 8; Deut., IV, 12; V. 4, 5) ou les « dix paroles » (Deut., IV, 13; Ex,
XXXIV, 28), et placé en tête du récit de l'alliance (Ex., XX, 1-17), la
-connexion établie entre < les tables de pierre » écrites par Dieu lui-oiê-
ine sur la montagne {Es., XXIV, 12-14; XXXIV, 1-4; Deut., IV, 12-
13; V, 19) et l'alliance conclue au pied de la montagne; le nom même
de «tables de l'alliance » et de « l'arche de l'alliance », qui se rencontre
dans des sources anciennes autres que le Deutéronome.
D'autre part l'expression < le livre de l'alliance » (sepher habbeyî^
28. Cfr L. Ko h i e r (Der Dekaîog, Theologische Rundschau, 1929, p. 179)
•qui soutient l'antiquité et l'historicité de cette introduction, cfr 0. E i s s f e l d t ,
.JSinleHwng sum A.T., Tubingue, 1934, p. 241 s.
796 P. VAN IMSCHOOT
Hx., XXIV, 7) ne désigne pas nécessairement le « code de l'allian-
ce» (Êï., XX, 22-XXIII, 19), et peut s'entendre tout aussi bien de
récrit de l'alliance » c'est-à-dire du décalogue {Deut., V, 19) ; enfin dans
Ex., XXXIV, 28, l'expression « les dix paroles » ne peut pas s'appli-
quer aux douze lois cultuelles {Ex., XXXIV, 14, 17-26) qui précè-
dent; ce qui semble indiquer que ces douze lois écrites par Moïse
(Ex., XXXIV, 27) ont été placées assez malencontreusement dans
leur contexte actuel, qui traite de la confection des tables de pierre
écrites par Yahweh (Ex., XXXIV, 1-4) et de l'alliance conclue au
SinaÏ par l'intermédiaire de Moïse {Ex., XXXIV, 10, 28) 29.
Les récits â'Éx., XXXIV, 10-28 et de Deut., V, 1, ss. ne mention-
nent aucun rite d'alliance ; au contraire Ex., XXIV, 4-8 décrit er»
détail le sacrifice et le rite de sang accomplis par Moïse à cette occa-
sion30, rite qui fait « une âme » des contractants. Une autre tradition
{Ex., XXIV, 1, 2, 9-11) rapporte que, invités par Yahweh. à mon-
ter sur la montagne, Moïse, Aaron, Nadab, Abiu et soixante-dix an-
ciens, virent Dieu, sans être frappés de mort, et mangèrent et burent,
sans doute, devant Dieu ; ici le repas sacré paraît être présidé par
Dieu, et être donc le rite d'alliance, comme dans de nombreux exem-
ples d'alliances contractées entre hommes.
La signification de l'alliance conclue par l'intermédiaire de Moïse
est exposée par Ex., XIX, 3-6 (cfr Deuf., XXVÏ, 17-19) : Yahweh.
qui a prouvé à Israël sa puissance et son amour en le délivrant de
l'Egypte, fait de ce peuple sa- propriété, particulière {segulîdh, cfr
Dewf., VII, 6; XIV, 2; XXVI, 18; PS. CXXXV, 4) d'entre toutes les
nations — car toute la terre est à lui ; Israël sera pour lui un royaume
de .prêtres, c'est-à-dire le domaine sur lequel il exercera sa puissance
royale et qui est constitué par ceux qui l'approchent et le servent de
plus près, la nation, sainte, consacrée et appartenant à Dieu (cfr Deuf.,
VII, 6; XIV. 2, 21; XXVI, 19; XXVIH,.9), à condition qu'Israël
lut obéisse et garde l'alliance. Ainsi Yahweh sera désormais le me.lek-
(chef, roi, cfr Ex., XV, 18 ; Deut., XXXIII, 5 ; Jud., VIII, 23 ; Num:,
XXIII, 21) autour duquel les tribus se grouperont comme autour de
leur bannière (Ex., •XVII, 15, 16), le chef qui les conduira dans leurs
guerres, ses guerres {Ex., XVII, 16; Num; XXI, 14; fud., V, 23;
/' Sam., XXV, 28), et dans leurs pérégrinations {Num., X, 35, 36).
L'alliance du Sinaî fait des tribus Israélites une nation, dont Yahweh
est le chef ; elles sont le peuple de Yahweh, et Yahweh est leur Dieu
.{Os., II, 25; Jer., VU. 23; XI, 4.; XXIV, 7; Es., XI, 20, eÉc.).
4° Suivant Deut., XXVIII, 69 (Vulg., XXIX, 1), l'alliance est.
sur l'ordre de Dieu, conclue par Moïse avec le peuple dans la région
de Moab à l'est du Jourdain; plus loin {Deut., XXIX, 9-14), c'est
29. Cfr P. K a r g e, o.c., p. 358 ss.
30. Cfr ci-dessus, p. 791.
L'ALLIANCE DANS L'ANCIEN TESTAMENT , 797
Yahweh qui l'a conclue « pour établir Israël comme son peuple et être
lui-même son Dieu, comme il l'a juré à ses pères Abraham, Isaac et
Jacob» (vv. 11, 12). Les clauses de cette alliance sont les lois codi-
fiées dans Deut.. XII-XXVI.
5° Dans une assemblée des tribus à Sichem, Josué (XXIV) proposa
au peuple cette alternative : ou vous servirez Yahweh seul, comme
je suis décidé à le faire, ou vous servirez soit les dieux que vos pères
ont adorés au delà du fleuve, soit les dieux de Canaan. Le peuple se
décida en faveur de Yahweh. Sur quoi Josué exigea la destruction
des dieux étrangers. Le peuple consentit et promit de servir Yahweh
et d'obéir à sa voix. < En ce jour-là Josué conclut une alliance pour
le peuple et donna à Sichem des lois et des ordonnances» (v.25), et
il dressa une pierre sous l'arbre du sanctuaire comme témoin de l'en-
gagement pris. Il est probable que cette alliance est, une extension de
celle du SinaÏ à certains clans qui n'étaient pas encore incorporés
dans l'amphyctionie Israélite. Certains exégètes pensent que les lois
données à Sichem sont celles du code de l'alliance {Ex., XX, 22-XXIII,
19).
6" // Reg., XI, 17 (// Chron., XXIII, .16) rapporte que Joîada
« conclut entre Yahweh et le roi et le peuple une alliance qu'ils se-
raient le peuple de Yahweh » et (une alliance) entre le roi et le peuple.
Ce texte, qui paraît corrompu31, distingue deux «alliances», c'est-à-
dire deux accords que le grand-prêtre, Joîada, fait prendre, l'un entre
le roi et le peuple, c'est-à-dire un accord par lequel le peuple reconnaît
le jeune Joas comme roi ; l'autre est un pacte entre le peuple et Yah-
weh, qui est reconnu comme seul Dieu d'Israël (cfr Neh., X, 30 et
Jer., XXXIV, 8, où i! s'agit d'un engagement pris par le roi et le
peuple de rendre la liberté aux esclaves hébreux),
7° Après la découverte dans le temple {II Reg., XXII, XXIII;
// Chron., XXXIV, 8-33) du « livre de l'alliance » {Iî Reg., XXIII,
2), c'est-à-dire probablement du code Deuf., XII-XXVI, le rot Josias
rassembla le peuple dans le temple et, après avoir lu « le livre retrou-
vé », « conclut l'alliance devant Yahweh », c'est-à-dire prit l'engage-
ment solennel «de suivre Yahweh et d'observer ses préceptes... d'ac-
complir (littéralement : de maintenir) les 'paroles de cette alliance,,
écrites dans le livre. "Et tout le peuple s'engagea (littéralement ; entra)
dans l'alliance { I I Reg., XXIII, 31). A la suite de cet engagement,
Josias entreprit une réforme profonde du culte.
8° En 444 av. J.-C., Esdras, après avoir lu devant le peuple assem-
blé « le livre de la loi 'de Moïse » {Neh., VIII, 1), prend, ainsi que
les chefs du peuple, l'engagement {''amanâh') écrit et' scellé {Neh., X,
1), confirmé par des serments et des malédictions, « de marcher dans
la loi de Dieu...,,d'observer et de mettre en pratique tous les comman-
dements de Yahweh» {Neh., X, 30).
31. Cfr ci-dessus'note 26.
798 P, VAN IMSCHOOT
9° Enfin Deut., XXXIII, 9 (cfr Num., XVIII, 19 ; Jer., XXXII,
20-22; Mal., II, 1-9) mentionne une alliance de Yahweh avec la tribu
sacerdotale et // 5W, XXIII, 5 (cfr VII, 8-17 ; PS., LXXXIX, 4, 5 ;
îs., XVI, 5) une alliance avec la maison de David.
6. évolution de Vidée de l'alliance de Dieu. Certains critiques82
soutiennent que Jérétnie et l'école Deutéronomique ont les premiers
présenté le rapport qui unit Yahweh à Israël comme une alliance,
c'est-à-dire une relation mutuelle issue d'un accord déterminant les
droits et les devoirs de deux parties contractantes. D'après Kràtz-
schmar as, avant le Deutéronome, dont la composition est placée à îa
fin du septième siècle av. J.-C., berît désignait uniquement l'acte rituel
par lequel deux parties contractaient un pacte, non la relation qui les
unissait. Plus tard l'école sacerdotale (P), chez qui l'idée de la berït
est entièrement détachée du rite concret ou de l'acte historique dont
est issue la relation unissant les contractants, aurait étendu l'alliance
de Dieu à l'humanité entière.
Cette théorie part d'une fausse interprétation de « l'alliance » et ne
tient compte ni de certains faits ni de certains textes certainement
antérieurs au septième siècle.
En effet le mot berît désigne, dans son sens premier, moins le rite
concret que la relation mutuelle d'appartenance, avec ses droits et ses
devoirs. Ceci ressort de l'expression karaï berît (littéralement : cou--
per une berît}, dans laquelle le mot berît désigne l'effet du rite qui
consiste en la section des animaux (Gen., XV, 9, 10), donc la relatioti
issue du rite ; de même le vieux nom du Dieu honoré à Sichem, Baaî
berît (/w/., IX, 4), signifie le possesseur de la relation, non du rite,
comme le bwà berît désigne l'allié dans Gen.. XIII, 13 et « l'homme
de ma berît », mon allié dans Abd. 7 (cfr PS. LV, 21). Et lorsque
Osée accuse Israël d'avoir «transgressé l'alliance» (VI, 7; VIII, 1),
ce n*est évidemment pas de l'acte rituel d'alliance qu'il parle, mais des
devoirs qu'imposait à Israël son appartenance à Yahweh.
Ï^es plus anciens codes législatifs, le décalogue (Ex., XX, 2-17), Ïe
dodécalogue d'Êr., XXXIV, 11-26 et le code de l'alliance {Ex.. XX,
23-XXIII, 19), s'adressent aussi bien que les codes Deutéronomique
et sacerdotal ;i une communauté dont Yahweh est le Dieu à raison
du lien qu'il a contracté avec cette communauté par certains événe-
ments du passé3*; et c'est pour la même raison que dans le vieux
chant de Débora (Jud., V, 3, 5), Yahweh est dit le Dieu d'Israël et
Israël le peuple de Yahweh et que celui-ci a le devoir de venir au
secours de Yahweh (Jud., V, 23), comme Yahweh lui vient en aide
(V, 4).
32. En particulier R. K r a e t z s c h m a r , o.c.; cfr aussi R. S m end. Alites-
tOfittrttliche Religionsgeschichte, p. 117s., 295 ss.; B. S t a d e , Théologie, p. 254.
33. Cfr o.c,, p. 40s., 142.
34. Cfr M. N o t h , o.c., p. 64s.
I/ALUANCIt OANB L'ANCIBN THSTAMWT 799
Or il n'y a aucune raison de mettre en doute que dès l'époque de
Moïse, voire des patriarches, le lien unissant Israël à Yahweh ait été
conçu comme une alliance, c'est-à-dire une relation mutuelle d'appar-
tenance issue d'un pacte conclu dans le temps (cfr Hy., XXIV, 7, 8;
XXXIV, 10, 27), comme l'alliance est entendue dans le Deutéronome
(V, 2, 3; XXIX, 1, 12, 14, 25, etc.), qui insiste seulement davantage
sur le caractère conditionnel de l'alliance (Deut-, XI, 13-17, 26-32:
XXVI, 17-19). En effet, l'idée de l'alliance avec Dieu cadre parfaite-
ment avec l'état social et culturel des plus anciens Hébreux, chez qui
l'alliance d'homme à homme ou de clan à clan tenait une large place
dans la vie sociale.
Chez les prophètes antérieurs à Jérémie, l'alliance est, il .est vrai,
rarement nommée en termes exprès. Mais Osée (VI, 7; VIII, 1), en,
tout cas, y fait appel, bien qu'il présente la relation qui unit Israël à
son Dieu plutôt sous la figure d'un mariage, qui, lui aussi, est une
forme d'union contractée volontairement. Mais il décrit les effets de
cette union dans les termes mêmes qui sont employés à propos de
l'alliance : « Je dirai à Lô'ammi (c'est-à-dire : à qui n'est pas mon
peuple ») : c tu es mon peuple », et il dira : « mon Dieu » (0^., ïï, 25).
Amos et Isaïe ne mentionnent pas l'alliance avec Yahweh; mais»
si le mot ne se rencontre pas dans kurs oracles, l'idée y est : Amos
(III, 2) y fait clairement allusion, lorsqu'il déclare qu'entre toutes
les familles de la terre, Yahweh c n'a connu », c'est-à-dire aimé et
choisi qu'Israël, et que Yahweh ne « sera avec vous, comme vous le
dites », que si vous faites le bien et pratiquez la justice (Am., V, 14,
15). Isaïe pense probablement au mariage qui unit Sion à Yahweh
(Is., I, 21), et, en tout cas, proclame l'appartenance d'Israël a. Yah-
weh et les obligations morales qui incombent au < peuple de Yah-
weh» (Is., I, 3; III, 15; V, 13, 25) en vertu de cette appartenance
(Is., V. 1-7) au « Saint d'Israël » (Is., I. 4;' V, 19. 24; X, 17, 20).
II songe vraisemblablement à l'alliance qui était la base de la con-
fiance d'Israël (cfr Ex., XXXIII, 12s., XXXIV, 9; Mich., III, 11;
Am., V, 14), lorsqu'il promet le salut d'Ariël, «la cité où David a
dressé sa tente» {Is., XXIX, 1-8), et, annonce la gloire future de
Sion (II, 2-4; Mich., IV, 1-5), la demeure de Yahweh (Is., VIII,
18) ; il paraît décrire l'alliance comme la base inébranlable de la con-
fiance dans le salut (cfr VII, 8-9), lorsqu'il dit que Yahweh a placé
en Sion pour fondement une pierre angulaire, éprouvée, de prix, soli-
dement posée au cordeau du droit et au niveau de la justice (Is.,
XXVIII, 16, 17),3B.
Il est donc inexact de dire 36 que les prophètes antérieurs à Jérémie
35. Cfr B. D u h m, m h.î.; F e l d m a n n , in. h.î. P r o c k s c h (m h,l.) pré-
fère l'interprétation ancienne, qui voit dans la pierre d'angle, base de la con-
fiance, le Messie (cfr Immanuel, Dieu avec nous, Is; VII, 14).
36. K r a e t z s c h m a r , o.c., p. 100 ss.
800 P. VAN IM8CHOOT
ignorent l'alliance du Sînaî- Ce qui est vrai c'est qu'ils ne mentionnent
pas, comme Jérémie (XI, 5) et le Deutéronome (VII, 8; IX, 5, etc.)^
l'alliance conclue avec les patriarches (cfr Os., II, 16, 17; XI, 1; XII,
10; XIII, 4), et qu'en général ils ne font pas grand état de l'alliance.
Mais ceci s'explique par le fait que l'alliance était entendue par leurs
contemporains comme un pacte assurant la protection de Yahweh. en
toute hypothèse {Am., V, 14, 18; Is., XXVIII, l4s.; Mich., III, 11;
fer., XIV, 13; XXIII, 17.) et le liant indissolublement à son peuple,
ou comme un contrat de do ut des n'imposant à Israël que des obliga-
tions cultuelles, qui, une fois remplies, garantissent les faveurs de
Dieu. Or c'est précisément contre ces fausses conceptions que les pro-
phètes n'ont cessé de protester.
Après la découverte du « livre de l'alliance » (// Reg., XXIII, 2,
21), c'est-à-dire, selon toute probabilité, du Deutéronome, qui, à l'in-
star des anciens prophètes (Am.., III, 2; Os-, III, 1 ; XI, 1 ; XII, 10;
XIII, 4; Is., V, 1, ss.), insiste sur le caractère gracieux et gratuit de
l'alliance (Deut., VII, 7-9. 12; X, 15; IX, 4-6; cfr IV, 32-40), l'idée
de l'alliance prend une place considérable dans la doctrine des pro-
phètes exiliques et des écrivains sacrés. Le Deutéronome n'a pas in-
troduit une doctrine nouvelle ; il n'a fait, en somme, que populariser et
systématiser celle qui existait auparavant- lorsqu'il rattache l'alliance
conclue au temps de Moïse au « serment » par lequel Yahweh s'est en-
-gagé vis-à-vis des ancêtres (Deut., VII, 8, 12; IX, 5, etc.; 1er., XI,
5), il reprend la tradition consignée déjà par le Jahviste et FElohiste
(p. ex. Gen., XII, 2, 3; XV, 5, 7-10, 18; XXVI, 24); il en est de
même lorsqu'il présente « les lois et les ordonnances » (Deut; XII, 1 ;
V, 1), c'est-à-dire soit le code de Deut., XII-XXVI, soit le décalogue
(Dwt., V, 2-17), comme les clauses imposées à Israël par l'alliance
(cfr Hx., XXIV, 4-8; XXXIV, 27), clauses qu'Amos (V. 14), Osée
(VI, 7; VIII, 1, cfr IV, 1. 2) et Michée (VI, 8) indiquaient en ter-
mes plus généraux (cfr Jer., VII, 23). De cette étroite connexion
entre l'alliance et ses clauses, vient l'usage de berît comme parallèle
à la loi (Os., VIII, l; PS. LXXVIII, 10), aux préceptes (PS. XXV,
10; CXXXII, 12) ou aux ordonnances de Dieu (PS. CIII, 18) et en
particulier l'identification de l'alliance avec le décalogue (Deut., IV,
13), qui a valu leur nom aux « taUes de l'alliance» (Deut., IX, 9;
1 Reg., VIII, 9) et à « l'arche de l'alliance» (Jos., III, 6, 8; IV, 9)
ou « de l'alliance de Yahweh» (Nwn., X, 33; Deut; X, 8; fos., III,
3, etc.).
Dans les passages attribués au Code sacerdotal, l'on a constaté que
l'alliance avec Yahweh est présentée d'une façon un peu différente 3T.
"L'on y évite l'expression antique « couper l'alliance » à laquelle sont
37. Cfr K r a e t z s c h m a r , o.c., p. 183 ss.; E i c h r o d t , Théologie, I, p.
18 s. ; S e 3 1 i n. Théologie, p. 95.
I/AI-LIArrCIÎ DANS, L'ANCIEN TESTAMENT 801
substituées «donner l'alliance» ÇGen., IX, 12; XVII, 2; Nuw,., XXV,
1
12), qui insiste davantage sur le caractère gracieux de l'alliance, ou
« maintenir l'alliance » (hêqim) 3B, qui en marque la permanence {Gen.,
VI, 18; IX, 9, 11, 17; XVII, 7, 19, 21; Hx., VI, 4; Lev., XXVI, 9;
^É-M?., VIII, 18; Es; XVI, 60), soulignées encore par le qualificatif
'oîâm, perpétuelle, ajouté à berîf {Gen-., IX, 16; XVII, 7, 13, 19; Ex.,
XXXI, 16; Lev., XXIV, 8; Num., XVIII, 19; XXV, 13). Ainsi est
mise en lumière l'unité de la relation que Dieu a établie avec son
peuple depuis les origines, c'est-à-dire depuis Abraham 39 ; mais par
le fait même l'alliance du Sinaï passe au second plan et n'apparaît plus
que comme la conséquence et le renouvellement de celle qui a été
instituée du temps des ancêtres {Ex., VI, 4-8; Lev., XXVI, 45) 4C.
De plus la réciprocité des devoirs et des droits est atténuée; ainsi
la circoncision imposée à Abraham et à sa race n'est plus qu'un
«signe» de l'alliance {Gen., XVII, 11), c'est-à-dire l'indice de l'ap-
partenance à Dieu, comme le Sabbat (Ê-r., XXXI, 13, 17; Bs., XX,
12) est «le signe» manifestant la sanctification, c'est-à-dire la sépa-
ration et la consécration à Dieu du peuple saint (cfr Is., LVIII, 13,
14), Cet ensemble de faits donne à l'idée de l'alliance une modalité
assez différente de celle qu'elle avait dans les anciens écrits et encore
souvent dans le Deutéronome ; l'aspect juridique de pacte bilatéral
librement consenti par deux parties contractantes s'estompe sous
l'aspect de relation consentie gracieusement par le Dieu souverain en
faveur de l'homme ".
D'ailleurs l'alliance n'est plus restreinte à la race d'Abraham, elle
est étendue à tous les descendants de Noé, c'est-à-dire suivant le sens
<iu récit, à toute l'humanité, voire à tous les vivants et à la terre
entière (Gen,, IX, 8-17). Ceci donne à l'alliance, qui a jusqu'alors
un sens nettement nationaliste, une signification universaliste, qui
(cfr Is., XXIV, 5) n'apparaît guère que dans les vues d'avenir des
prophètes. Ainsi non seulement l'histoire d'Israël (cfr PS. CV, 7, ss. ;
38. Tel paraît être le sens du verbe, comme dans l'expression 'hêqîm dabâr,
maintenir la parole (Deut-, XXVII, 26 ; 1 Sam., XV, 11, 12, etc.), cfr K r a e t z -
s c h m a r, o.c., p. 200 s.
39. Cette idée apparaît déjà dans le Deutéronome, chez Jérémie (XI, 5) et
Ezéchiel (XX, 5). • , ^ _
40. Il ne faut rien exagérer : l'alliance du Sinaï ne disparaît pas de la théorie
du Code Sacerdotal; elle est annoncée dans Ex., VI, 4-8, rappelée dans Lev;
XXVI, 45 et manifestement supposée dans les expressions « les tables du témoi-
.gnage» (.Hx., XXXI, 18; XXXII, 15) et < l'arche du témoignage» {Ex., XXV,
22; XXX, 6, 26, etc.), qui désignent les tables de l'alliance données au Sinai
(Ex., XIX, 1, 2), et l'arche d'alliance.
41. Il est inexact de dire que l'alliance n'a plus aucun caractère bilatéral, puis-
que dans Gen., XVII, 1, Dieu exige d'Abraham qu'il marche devant lui et soit
irréprochable, et que dans Gen., IX, 4-6, il impose aux descendants de Noé l'absti-
nence du sang et de l'homicide. Mais manifestement l'aspect Juridique d'un pa.cte'
'bilatéral est beaucoup moins apparent que dans le Deutéronome (surtout,XXVI,
16-19).
802 P. VAÎî IMSCHOOT
CVI, 45), mais celle de toute l'humanité et du monde est présentée
comme la réalisation du plan de salut que Dieu exécute par son
alliance, c'est-à-dire par la relation qu'il a gracieusement établie entre
lui et l'humanité et qui s'actue par sa constante protection (cfr PS.
CXI, 5, 9)..
7, La nouvelle ^alliance. Puisque l'alliance est une relation mutuelle-
volontaire, imposant des devoirs autant que des droits, elle peut être
rompue par la faute d'un des deux contractants. C'est pourquoi plu-
sieurs prophètes accusent Israël d'avoir rompu (îwpar) l'alliance par ses
crimes et ses infidélités (Is., XXIV, 5; Jer.. XI, 10; XXXI, 32; £<?.„
XVI, 59; XUV, 7; cfr Os., VI, 7; VIII, 1). En effet, à leurs yeux,
l'alliance devait faire d'Israël un peuple droit et juste (Is., V, 7.; Os,,,
II, 21, 22), et la protection divine qu'elle garantissait était condition-
née par la soumission et la fidélité d'Israël à Yahweh (1^., I, 16-20 ;:
Am., V, 14, 15; Os., II, 21-25; fer., VII, 3-10; XI, 1-5, etc.). Ayant
abandonné son Dieu, Israël est abandonné par Yahweh (cfr Os., I,.
2-9 ; II, 4) ; comment Yahweh pourrait-il ne pas châtier l'infidèle
(Jer,, V, 7-9) ? Cependant Yahweh se doit à lui-même, il doit à sa,.
sainteté (OJ., XI, 8, 9), à son nom (Es., XXXVI, 22), à sa gloire:
(Is., XLJI, 8) de reprendre l'œuvre compromise par les fautes d'Is-
raël; il sauvera un reste (Is., VII, 3; X, 20-22; XI, 11, 16; XXVIII,
5; Am., III, 12; V, 15') et restaurera son peuple détruit. Ce salut et
cette restauration sont présentés soit comme un nouveau mariage (Os.,.
II, 16, ss.; fer., XXXI, 3; Is., LIV, 2-8; LXII, 4, 5), car Yahwïh.
n'a Jamais cessé d'aimer son épouse infidèle (Os., XI, 8, 9; Jer., XI,
15; XII, 7; XXXI, 3), soit comme une nouvelle alliance (fer., XXXI,.
31-34 ; XXXII, 38, 40 ; Es., XVI, 60 ; XXXIV, 25 ; XXXVII, 26 ; Is.,.
XLII, 6; XUX, 8; LV, 3; UX, 21; LXI, 8; Mal.. III, 1).
Cette alliance nouvelle annoncée par les prophètes remplacera celle-
qu'Israël a brisée par ses fautes et en différera principalement parce
qu'elle comportera une régénération intérieure du peuple et des indi-
vidus. «Voici que des jours viennent, déclare Yahweh, où je ferai;
avec la maison d'Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle;
non comme l'alliance que j'ai faite avec leurs pères, au Jour où je les-
pris par la main, pour les faire sortir d'Egypte : eux, ils ont rompu
mon alliance et moi (Je les ai rejetés), déclare Yahweh42. Mais voici
quelle sera l'alliance que je ferai avec la maison d'Israël, quand ces
jours-là seront venus, déclare Yahweh : je mettrai ma. loi en eux et
dans leur cœur je l'écrirai; et je serai leur Dieu, et ils seront mon
peuple. Et ils n'auront plus à s'instruire l'un l'autre, le frère son.
frère, disant : « Apprenez à connaître Yahweh » ; car tous me con-
naîtront, grands et petits, déclare Yahweh; car je pardonnerai leur
42. Au lieu de ba^âlîî (j'étais leur seigneur), nous lisons ga*âlit, j'ai rejeté-
(cfr LXX Lag). cfr A. C o n d a m i n , in h.l.
L'ALLIANCE DANS L'ANCIEN TBSTAMSNÏ 803
iniquité, et de leur péché je ne me souviendrai plus» (Jer; XXX'I,
31-34) 43. L'alliance nouvelle rétablira l'union entre Yahweh et Is-
raël : «Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple». Elle différera
<3e celle du Sinaï, non par ses stipulations, mais par les moyens qu'elle
mettra en œuvre; elle ne sera plus écrite sur des tables de pierre (Ex.,
XXIV, 12-14; Deuî., V, 19), mais dans les cœurs, c'est-à-dire ne
reposera plus sur une loi extérieure à l'homme, mais sur F'homme
lui-même, étant gravée dans les cœurs transformés, renouvelés par
Yahweh lui-même et rendus capables de « le reconnaître » (Jer.^
XXIV. 7.) et de le craindre (Jer., XXXII, 39, 40). La nouvelle aiïian-
-ce sera pour tous une lumière et une force intérieures faisant < con-
naître Yahweh », c'est-à-dire rendant la vie de chacun conforme aux
exigences morales de Yahweh, reconnu comme le Dieu juste et saint
(cfr fer., XXII, 16; VIII, 7; V, 4, s. ; Os., IV, 1 ; V, 4; VI, 6).
Ezéchiel (XXXVI, 23-28) insiste encore plus sur la régénération
intérieure des individus, qui accompagnera la restauration de la Da-
tion. Il marque trois étapes : d'abord la purification des coupables
(v.25), puis le renouvellement des cœurs (v. 26), enfin le don de
l'esprit qui les soutiendra dans la pratique du bien (v. 27). Yahweh
remplacera ïes coeurs de pierre, c'est-à-dire les cœurs durs, insensibles
-à ses préceptes par des cœurs « de chair », c'est-à-dire des cœurs
dociles, ou, ce qui revient au même, il donnera aux Israélites « un
-cœur nouveau» et «un esprit nouveau» (cfr XI, 19; XVIII, 31;
PS. LI, 12), en d'autres termes il rénovera en eux le centre et le siège
âe leur vie morale et intellectuelle. C'est donc bien une régénération
intérieure qui est décrite ici et qui fera du peuple, ainsi purifié, renou-
velé et soutenu par l'esprit divin44 le peuple saint du Dieu saint (v. 28).
La rénovation morale et religieuse d'Israël, rénovation assez sou-
vent attribuée à l'esprit de Yahweh (Es., XXXVI, 26; Is., XXXII,
15-18; XLIV. 3-5; XXVIII, 6; LXI, 1-3; XLTX, 8), est, sans doute
-aux yeux des prophètes l'élément essentiel et caractéristique de la nou-
velle alliance, mais elle n'en est pas le seul. Les bénédictions d'ordre ma-
tériel (p. ex, f s . . XXXII, 15-17; XLIV, 3-5), en particulier la paix
paradisiaque (Os., II, 20-23; Is., XI, 6-8; Es-, XXXIV, 25, etc.) ne
sont pas oubliées. Ezéchiel (XXXVII, 16-26) y joint le retour des
dispersés (XXXVI, 23; XXXVII, 21, etc.; Is.. XUX, 8, 9; LXÎ,
1., ss.), l'union des deux royaumes, Israël et Juda, sous le sceptre d'un
seul prince, un nouveau David (Es.. XXXVII, 22, 24, 25; XXXIV,
23,24;/J.,LV,3).
Enfin l'alliance nouvelle a un caractère nettement universaliste,
43. Sur l'authenticité de ce morceau, cfr A. C o n d a m i n (m k.l.), F. N o t -
s e h e r (w h.l.), P. V o 1 z (in h.l.) et d'autres.
44. Sur le rapport entre l'esprit, source de vie morale, et l'alliance nouvelle,
•cfr P. v a n I m s c h o o t , L'esprit de îahvê et fcsilwnce nouvelle dans l'A.T.,.
-dans E.T.L., 1936, p. 201 ss.
804 P. VAN IMSCHOOT
en particulier dans les passages concernant le serviteur de Yahweh,,
qui <s fait l'alliance du peuple et la lumière des nations» (Is., XLII,
6; cfr XLIX, 6). L'expression «lumière des nations» ne peut s'en-
tendre que dans le sens de « lumière pour les nations » (cfr XLII,
7 et XLII, 1 : il apporte le droit aux nations, c'est-à-dire la norme
de la vérité religieuse et morale) 45. La première expression « l'alliance
du peuple», étant construite de, la même manière, signifiera donc
« l'alliance pour le peuple », c'est-à-dire soit le médiateur de l'alliance
pour le peuple46, soit la loi pour le peuple (cfr XLII, 1), en prenant
berît dans le sens qu'il a fréquemment, de clause d'une alliance (p.
ex. Deut., IV, 13 ; PS. LXXVIII, 10) 4T. « Le peuple » désigne, d'après
plusieurs exégètes, Israël (cfr XLIX, 6 a b, 8) ; toutefois le contexte, où
il n'est pas question d'Israël mais du < peuple habitant la terre » (v. 5),
paraît donner raison à ceux qui entendent « le peuple » dans le sens
de l'humanité'48 (cfr XLIX, 6 : «Je t'établirai lumière des nations,
pour que mon salut arrive jusqu'aux confins de la terre »). En toute
hypothèse la mission du serviteur de Yahweh, médiateur de l'alliance
ou de la loi futures, c'est-à-dire de l'économie que Dieu instituera,
et « lumière des nations », n'est pas réservée à Israël, mais s'adresse
à tous les peuples, comme le salut messianique d'après de nombreux
oracles (p. ex. Is., II, 2-4; LVI, 6-7; LX, 1-18; Mich-, IV, 1-4; Zach.,
II, 14, 15; VIII, 20-23; XIV, 9, 16, etc.).
Bien que les prophètes gardent, pour 'décrire l'objet de la nouvelle
alliance, la formule classique appliquée à l'ancienne : « Vous serez
mon. peuple et je serai votre Dieu » {îe'r-, XXXI, 33 ; Es., XXXVI;
28; cfr Zach., II, 15, 16), le caractère Juridique de contrat bilatéral,
qui caractérise l'ancienne alliance, disparaît dans la nouvelle : celle-ci
n'est plus, à proprement parler, qu'une disposition unilatérale prise
par Dieu et réglant la relation qui dans l'avenir existera entre Dieu
et l'homme.
Rêswmé et conclusion.
Aux yeux des anciens, l'alliance {berît} est la relation d'apparte-
nance unissant deux parties contractantes avec les droits et les devoirs
qui découlent de cette relation.
Comme la communauté du sang fait des individus et des groupes
humains apparentés un tout vivant, dont l'intégrité et la prospérité
45. Cfr J. F i s c h e r , Dos Buch Isaîas, Bonn, 1939, II, p. SI.
46. J. F i s c h e r , o.c., p. 53 ; A. V a n H o n a c k e r, tiet Boek Isaias, Bruges,
1932, p. 241, qui interprète berît dans le sens de salut; A. C o n d a m i n . Le
livre d'Isaie, p. 336;-F. F e l d m a n n , Da-s Buch îsaias, Munster, 1926, II, p. 58_
etc.
47. P. V o l z , Jesaîa, II, Leipzig, 1932, p. 156; A. v a n d e r P 1 o e g, Les
chants du serviteur de Jakvê, Paris, 1936, p. 31.
48. P. V o l z , o.c., p. 155; A. v a n d e r P 1 o e g, o.c., p. 31; M. H o e p e r s,.
0,1-., p. 54 s.
I/AIAIÀNCÏ; DANS I/ANCIKM TBSTAMBNT 805;
(en, hébreu : salôm} dépend du, lien naturel et des devoirs et des-
droits mutuels qui les unissent entre eux, ainsi en est-il de l'alliance,,
de la communion vitale, avec ses droits et ses devoirs ; mais elle naît
d'un acte volontaire des parties contractantes. C'est pourquoi l'alliance,,
qui est un lien sacré garanti par la divinité, se conclut par des rites.
qui signifient et produisent la communion vitale.
Dans l'A.T., cette notion, qui joue un rôle capital dans la vie des
clans. Israélites et des individus, est transposée dans le domaine reli-
gieux et donne à la religion d'Israël son caractère essentiel et distinc-
tif : le lien qui unit Ïsraël à son Dieu n'est pas un lien naturel, mais
un lien issu de la volonté libre et de la bienveillance de Yahweh, qui
en a pris l'initiative et en a imposé les conditions/dont les principales
sont d'ordre moral. Tous les récits se rapportant à l'alliance en font foi.
Si les prophètes antérieurs à Jérémie ne mentionnent pas souvent
l'alliance, ils ne l'ignorent pas cependant. Ils rattachent le rapport qui
unît Yahweh à Israël, à l'exode, l'intervention la plus éclatante de
Yahweh en faveur de son peuple, et insistent ' surtout sur les condi-
tions morales dont le Dieu d'Israël fait dépendre sa protection et dont
il châtiera rigoureusement les transgressions.
Jérémie et surtout le Deutéronome, reprenant les traditions rap-
portées par les récits yahwistes et élohistes, font remonter au temps
d'Abraham et des Patriarches l'alliance, qui a reçu sa forme définitive
par la révélation faite à Moïse. '
Le Deutéronome, qui a popularisé cette notion, souligne très forte-
ment le caractère gratuit et conditionnel de l'alliance conclue par
Yahweh par pure bienveillance, mais en même temps son aspect juri-
dique de contrat bilatéral, imposant des droits et des devoirs mutuels,
consignés dans les lots mosaïques.
Cette doctrine a pénétré l'enseignement de tous les écrivains posté-
rieurs à l'exception des auteurs sapientiaux, qui n'y recourent guère.
Le Code Sacerdotal y introduit une modalité nouvelle : il estompe
le caractère juriaique de l'alliance et l'étend, non seulement aux Pa-
triarches; mais à l'humanité tout entière. Ainsi l'alliance prend l'aspect
d'une disposition unilatérale de ,D1eu, d'un plan ordonné gracieuse-
ment, par Yahweh en vue du salut de tous les hommes et d'Israël en
particulier.
Ce sens universaliste de l'alliance et celui de disposition unilatérale
réglant la relation entre Dieu et l'homme sont ceux de l'alliance nou-
velle que, depuis Jérémie, plusieurs prophètes ont annoncée comme
devant être la forme de la restauration future d'Israël, entendue com-
'me une régénération intérieure religieuse et morale opérée par Yah-
weh.
Telle est « la nouvelle alliance » que le Christ a scellée ide son sang
(Le. XXII, 20; 1 Cor., XI, 25; cfr Me, XIV. 24; Mî., XXVI, 28;
cfr Ex., XXIV, 8):
Gond. Chanoine P. VAN" IMSCHOOT.
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