Livre 1
Livre 1
ANNALES
DU
Mont-Saint-Michel
COUP D'ŒIL
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Léon XIH, ni les leçons de l'histoire, ni les menaces qui se confond dans le peuple avec les sujets ; il se confond
transpirent parfois hors de l'enceinte des Loges, ne sont avec les ministres par qui le peuple se donne des lois à
capables de les détromper. lui-même.
« Nous ne voulons
plus de gouvernement ! » s'écrie le Du peuple, élément mobile par excellence, l'instabilité
Ôongrès de Bruxelles (1868). Les Ventes italiennes ajou¬ se répand sur tout le corps social, produisant partout la
tent : « L'assaut qui d'ici à quelques années sera livré stérilité dans les œuvres, l'immoralité dans les personnes.
aux princes de la terre, les ensevelira sous les débris de
Quelle entreprise nationale peut être menée avec es¬
leurs années impuissantes ».
prit de suite par des chambres qui se renouvellent, des
Ils poursuivent donc en paix leur ministères qui se supplantent, des présidents tempo¬
tactique habile et
triomphante : diviser pour vaincre, détruire la société et raires? Les hommes publics n'ont plus à cœur que deux
l'Église par les hommes de pouvoir, « puis faire servir choses : la persécution religieuse, pour complaire au
ceux-ci aux entreprises dirigées contre eux-mêmes, » pouvoir occulte qui les a tirés de la foule, et leur fortune
suivant la piquante observation de Louis Blanc. La Ré¬ personnelle, à laquelle la brièveté de leur mandat les fait
volution de 1789 s'est faite contre l'Église et contre l'or¬ travailler sans scrupule. De là le trafic de décorations et
ganisation politique do la France. Toutes les personnes de mandats et surtout l'écœurant scandale du Panama.
sociales se trouvent frappées : la royauté est abolie dans Le Panama donne bien l'idée de notre société républi¬
le sang, la noblesse ruinée dans ses privilèges, le clergé caine en cette fin de siècle.
dépouillé de toute influence par la perte de ses biens, Ce chef-d'œuvre d'escroquerie est si vaste qu'il défie
par la constitution civile, par la destruction légale du la répression ;
catholicisme qui fait tomber le pays à l'état de province Que-pense de cela le peuple, la foule des dupes?
maçonnique. Le Panama et le Comptoir d'escompte ont enlevé à l'é¬
Repuis lors qu'est-ce que notre histoire sinon la lutte pargne non pas cent millions, ni deux cents ni dix fois
de la franc-maçonnerie contre les influences salutaires cent, mais vingt fois cent millions ! Les journaux qui l'ont
qui par intervalles remettent en question sa conquête? livré au pillage sont les mêmes qui démolissent sa Foi;
L'invasion prussienne lui a fourni l'occasion d'imposer eh bien, en dépit de tout, leur crédit dans les questions
au pays français une
république. Elle s'en vante; si elle religieuses et sociales n'a pas baissé d'un point, et ils
s'en défendait, nous lui opposerions l'axiome de droit : continuent d'exploiter avec succès leur thème favori : la
Is fecit eux prodesL. On sait le mot de Colfavru, un
corruption et la misère du moyen âge.
homme qui occupe un poste officiel dans les Loges et La magistrature serait le dernier boulevard de l'ordre
dans l'Etat : « La franc-maçonnerie gouverne la Répu¬ social, mais comment résisterait-elle à l'exemple qui vient
blique ». d'eu haut? des sources mêmes de son pouvoir? et quelle
La république actuelle résume toutes les aspirations atteinte u'a-t-elle pas déjà subie? Les hommes de cœur
maçonniques ; elle favorise tous les éléments de désordre : s'en sont retirés en foule; ceux qui les remplacent peu¬
mobilité et confusion des personnes sociales. Le pouvoir, vent avoir leur talent, ils n'ont donc pas leurs scrupules?
la première personne, qui doit être un, y est multiple; il Que deviendra la sécurité de chacun, dit Ignotus, quand
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la magistrature appartiendra à des êtres déclassés; quand Ses adeptes se recrutent de toutes parts. Les fausses
le procureur général sera l'élu et l'instrument des pas¬ religions, la fausse science, l'orgueil, la sensualité, l'in¬
sions les plus basses; quand tout recours sera enlevé térêt, la curiosité même grossissent ses rangs. Tout mé¬
aux citoyens victimes de l'arbitraire, ainsi que l'a déjà chant est sou complice, éprouve le besoin de son appui
établi, dit M. Guillon, le nouveau code d'instruction cri¬ et l'achète d'une apostasie.
minelle? C'est le temps de la persécution non par des Les sectaires italiens s'égayent eux-mêmes de l'entrain
baïonnettes, — c'est d'un despote maladroit, suivant le avec lequel le bourgeois naïf assiège la porte des Ventes
mot de C. Desmoulins, — mais par des juges. « Nous tou¬ et se laisse escamoter sa liberté tandis qu'on lui apprend
chons aux jours les plus sombres de la décadence ro¬ à porter arme avec son verre et à protester contre l'into¬
maine » ajoute Ignotus, — nous ne le nions pas.
— lérance.
Ce succès de désorganisation ne saurait étonner qui¬ la franc-maçonnerie a formé aujourd'hui
C'est ainsi que
conque réfléchit. La franc-maçonnerie a, comme nous, à autour de la vie privée et de la vie publique des citoyens,
son service les prodigieuses facilités de communication des un cercle si étroit que dans maint village même, le com¬
sciences modernes; elle a sur nous l'avantage d'être maî¬ merçant de détail ne saurait pas plus, sans lui être
tresse des gouvernements et de l'enseignement officiel, inféodé, débiter ses épices, que devenir maire, conseiller
et par les juifs qui la servent à condition de s'imposer à ou garde champêtre. P. Grand-Clément.
elle, de toute la vie industrielle et commerciale des
nations.
Aussi avec quelle puissance elle englobe toutes les
forces collectives de la société. LÀ VOIX DE JEANNE D'ARC
D'abord toutes les sociétés secrètes se rattachent à la
franc-maçonnerie comme les rameaux à la souche : ligues « Plutôt maintenant que demain. »
de l'enseignement, solidaires, internationales, fénians,
(Jeanne d'Arc.)
nihilistes; elle s'insinue dans les autres sociétés, qu'elles
Diana, Diana, cœur loyal, âme chère
soient savantes ou philanthropiques; elle en crée de nou¬ Sur qui ruisselle un flot de grâce et de lumière,
velles qu'elle s'assujettit par leurs chefs, sociétés de tir, Toi qui braves Moloch et te tournes vers moi!
Toi qu'un lien funeste, hier, retenait captive,
de gymnastique, banques populaires. Cette multiplicité
Cerf altéré cherchant une source d'eau vive,
d'éléments disparates, au lieu d'être une cause d'affaiblis¬
Diana, j'ai les yeux sur toi
sement, tourne à son avantage, grâce à la profonde habi¬ J'aicompris tes accents Eh ! va donc, mon amie !
leté du secret. Toutes ne le possèdent pas, il est le par¬ Va, je te guiderai, va, croyante, affermie,
tage d'un petit nombre d'initiés qui par l'illusion de Implore les bienfaits du ministre de Dieu! —
Qu'il verse sur ton front l'eau régénératrice!..
quelque but secondaire font agir dans le sens voulu les Que le divin Agneau de sa chair te nourrisse !...
loges les plus éloignées. La franc-maçonnerie est une Oh! Diana, c'est là mon vœu!..
année dont l'état-major seul connaît la raison des opé¬ C'est mon vœu que plus rien, plus rien ne te retienne!
rations exécutées par les derniers détachements. C'est mon vœu que tu sois intrépide et chrétienne !
Oh! entends, Diana! sois généreuse et dis
Que désormais tu cours dans la nouvelle voie,
Et que lu vas causer une suprême joie
LA CRÉATION DES ANGES
Aux benoîts saints du paradis!
C'est mon vœu ! C'est le vœu de cette grande armée
Qui, de l'amour du Christ vivement enflammée, Voici les affirmations du quatrième concile de Latran répé¬
Combat, pourchasse, vainc le prince de l'enfer;
C'est le vœu, c'est le vœu de la troupe angélique tées par le concile du Valicau ;
Qui te voudrait fermer tout sentier diabolique « Au commencement dos temps Dieu a tiré à la fois du
Pouvant te rendre à Lucifer.
néant la créature spirituelle, et la créature corporelle, les
C'est le vœu de Jésus et le vœu de Marie,
Anges et le monde, puis la créature humaine qui réunit
Qui t'ouvrent grahds leurs bras, quand pour toi je les prie...
Oh! laisse-toi marquer du signe des élus!... l'esprit et la matière. » (Ch. 1er).
Dans le sang adoré hâte-toi de renaître! L'Écriture s'accorde avec le concile pour ne laisser aucun
Toute blanche, ma sœur, hâte-toi d'apparaître ! doute sur la simultanéité de ces diverses créations. « Dais
Oh ! Diana, ne tarde plus !
creavit omnia simul, » dit l'Ecclésiasiique.
En nom Dieu, Diana, non, non, tu n'es point faite
Pour adorer Satan ni subir la défaite
Mais il ne s'agit rien moins que de la simultanéité de temps.
Quand, pleine de valeur, tu luttes contre lui! Il y a une qui résulte de l'unité de plan et
autre simultanéité
11 n'est que l'orgueilleux terrassé par l'Archange, qui est indiquée par le texte grec du quatrième concile ;
Le principe du mal, la source de la fange,
Ne le sais-tu pas aujourd'hui? l'expression sv xoivw en commun, qui a été rendue par simul,
donne l'idée d'un plan d'ensemble qui embrasse toules choses.
11 n'est qu'un séducteur, qu'un traitre; il en impose,
Il plait à tromper pour gagner à sa cause
se La simultanéité de temps a été repoussée par Suarez et ne
Ceux dont les yeux, hélas! sont couverts d'un bandeau. cadre plus avec la théorie des jours-périodes aujourd'hui plus
Mais il est à la chaîne, il ne faut pas le craindre;
11 est l'ange déchu qui ne saurait enfreindre
commune. Les Pères du Vatican qui, pour la plupart admettent
L'ordre courroucé du Très-IIaut. théorie, ne regardaient donc pas la simultanéité morale
cette
puis la substance corporelle, et l'homme qui les réunit l'une Prior omnium creata estsapienlia.
et l'autre pour en faire
hommage au Créateur. » Ipse (Lucifer) est principium viarum Domini.
« Les Anges ont donc été créés avant le ciel et le La nature angélique est représentée ici par la Sagesse créée
monde visible, non dans le temps, dit saint Denys inter¬ et le chef des Anges, elle est donc le premier pas de celte
prété par saint Maxime, mais avant le temps, avant le marche par laquelle Dieu sortit hors de lui-même.
commencement des choses successibles dont le Saint Augustin mentionne ce sentiment par conjecture et
temps est
la durée et, par conséquent, avant la
matière, (evto [Link]). » s'arrête à un autre plus conforme à l'harmonie des œuvres
Un texte de l'épîlre à Timothée semble en leur faveur : divines. Lorsque Dieu au commencement créa la terre, il ne
saint Paul parle de la vie éternelle
promise avant les siècles s'agit pas du globe, mais des éléments informes qui devaient
« quam promisit Deus anle temporel secularia. » S'il s'agit d'une le constituer. Il crée l'habitation de l'homme avant de l'amener
promesse, il fallait donc que les Anges existassent pour la lui-même à la vie ; pourquoi, avant de créer l'ange, n"aurail-ii
recevoir. Sans doute, mais c'est d'un décret
qu'il s'agit, d'une pas créé le lieu de son séjour, le ciel? L'analogie le demande.
promesse que Dieu se fait à lui-même, elle ne suppose donc Et parce que le contenant et le contenu sont un tout et qu'on
pas les Anges. peut les désigner l'un par l'autre, le sens des textes de saint
Tel est le sentiment des plus anciens Pères, surtout des Isidore est sauf : la nature angélique est appelée à l'être la
Pères grecs et des Pères latins qui les suivent. première, parce que son séjour est créé avant toutes choses et
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qu'apparaissant elle-même avec la lumière, elle a pu présider strophe hébraïque répètent le même sens, mais avec une
nuance d'opposition, celle de la partie et du tout
à l'organisation de toutes choses. peut-être :
La création des Anges accompagne donc plus probablement pourquoi les Anges du malin ne seraient-ils pas les anges des
divins ministères? Les autres se réjouissent, ceux-là font
l'apparition de la lumière.
Parcourez les six phases de l'œuvre créatrice, vous ne trou¬ plus, il applaudissent le Créateur par l'intérêt qu'ils prennent
verez pas d'image plus heureuse, ni de place plus conve¬ déjà à ces mondes qui vont leur être confiés.
nable à l'apparition d'esprits exécuteurs de toutes les œuvres Donc au premier jour, trois actes :
extérieures du Tout-Puissant. Les Justes sont lumière dans le 1° Création du ciel et de la terre, séjour des Anges et de
lorsque Dieu jetait les fondements du globe terrestre. La terre naissance, prêtent leur concours au Créateur pour organiser
est dans le vide, quand donc sont jetés ses fondements? C'est le chaos. Le ciel, séjour des Anges, et ce qui devait former la
le deuxième jour, lorsque certains éléments du chaos rendus terre sortirent le premier jour du premier acte créateur,
gazeux opérèrent la séparation des eaux terrestres et des parce que les purs esprits devaient être les prémices de la
création et ne pouvaient venir à l'existence avant le lieu
eaux supérieures, ou en langage scientifique, lorsque notre
destiné à être leur berceau. La raison de l'antériorité
planète fut équilibrée par les pressions contraires des couches
du ciel sur les autres créations est développée ainsi par
atmosphériques.
saint Thomas d'après l'autorité de Strabus, de Bède et de
Saint Augustin a une interprétation de ce texte moins heu¬
reuse assurément. Il prend dans leur sens propre les mots saint Basile.
du monde. C'est trop tard : leur raison d'être existait déjà le appelée à transformer, avec les corps, l'univers physique tout
deuxième et le troisième jour, puisque les éléments étant entier « ipsa creatura liberabilur. s> La gloire spirituelle a
créés, tout s'organise. Ce n'est pas à l'instant où la terre et commencé dès l'origine des choses ; il convenait que la gloire
les astres furent formés, que les Anges se réjouirent; mais la corporelle commençât en même temps et qu'il existât un
terre fut formée aux applaudissements des aslres et des Anges, corps affranchi de la corruption et de tout changement et
astres désignant ici, métaphoriquement, les Anges « astres vi¬ dont l'éclat pût embellir le monde matériel régénéré. »
vants du ciel empyrée, » dit saint Anselme, comme les étoiles Ainsi les anges et leur séjour ont dû précéder le reste des
sont les aslres de notre ciel; aslres du malin parce qu'ils se créatures, et la préparation de ce séjour a été, suivant le
lèvent à l'aurore de la création. Suivant la loi du parallélisme récit de Moïse et toute convenance, le préliminaire de la
création.
si fréquent dans la poésie biblique, les deux membres de la
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Michel appelés par l'évêque et les seigneurs de Lonrai, à glo¬ Il fit prendre les mêmes précautions à Séez, à Mortagne, à
rifier particulièrement l'Archange bien-aimé, nous remarquons Argentan, à Falaise, et à Caen.
Jacques de Silly, qui résigne en faveur de Pierre du Moulin Citons quelques chapelains de Saint-Michel de Lonrai
encore
présenté par François de Silly, 13 octobre 1510. dont les noms etla piété sont plus connus dans notre diocèse.
Guillaume le Maître, présenté le 15 mai 1535 par Jacques Charles de Nollent, qui après avoir réparé les ravages faits
de Matignon, baron de Lonrai, du chef de sa femme Anne de à sa chapelle par les guerres civiles, résigne son pieux office
Silly, Jean du Moulin présenté à l'évêque de Séez, le 14 mars à Nicolas Bonyer, entre les mains de Charles de Matignon
1852, par Jacques de Matignon baron de Lonrai, qui fut depuis (20 Juin 1611).
Maréchal de France, et le fléau des Huguenots sur le champ Claude du Puys, qui fut présenté le 7 octobre 1650 à cette
de bataille; Jacques Broucet, présenté à la mort de Jean du chapellenie par Léonor de Matignon, évêque de Lisieux, et
Moulin, parle même seigneur temporel, Jacques de Matignon. seigneur temporel de Lonrai.
Le 19 décembre 1559, Jacques Broucet, devenu incapable à Nicolas de Marescot, curé de Cussay, près Alençon.
cause de sa maladie, de remplir ses fonctions, résigne sa cha- Léonor le Saulnier, prêtre et aumônier de l'évêque de
pellenie à Claude Broucet, et celui-ci est présenté encore par Lisieux, Léonor de Matignon, qui le présente à l'évêque de
Jacques de Matignon à l'évêque de Séez. Séez (le 1er novembre 1671).
Pierre du Val, l'auteur des poèmes charmants sur la Puis¬ Jacques-Henry Ruel, prêtre licencié en lois civiles et cano¬
sance, Sagesse et Bonté de Dieu, est agréé, et mis en possession niques, présenté par Charles François de Montmorency-
de la Chapellenie de saint Michel. Luxembourg, seigneur temporel de Lonrai (le 9 juin 1749).
C'est aux pieds de saint Michel, et dans la compagnie des Jean-Louis Malassis, clerc tonsuré, présenté le 15 mars 1759,
ecclésiastiques chargés de desservir son sanctuaire, que Jacques par Anne-François de Montmorency, seigneur de Lonrai, est
de Matignon puisa ces admirables sentiments de charité, qui le le dernier ecclésiastique porté sur la liste des chapelains de
portèrent à sauver la vie des Protestants gravement menacés Saint-Michel.
dans les diocèses de Séez et de Bayeux, à la suite des massa¬ Pour compléter autant que possible les souvenirs historiques
cres de la Saint
Barthélémy. relatifs à l'église de Lonrai et à la chapelle de Saint-Michel,
Matignon, lieutenant du roi en Normandie, se trouvait au nous voyons dans des procès-verbaux de visite faite par
château de Lonrai, près Alençon, où il avait pris naissance. Monseigneur Louis d'Aquin, évêque de Séez en 1707, que
Au premier bruit des sanglants événements de Paris, il accou¬ l'église de Lonrai, longue de soixante-six pieds et large de vingt,
rut à Alençon. Il trouva que les habitants catholiques informés élail située dans le parc du château et éloignée du bourg de
des massacres exécutés à Paris, commençaient à prendre les mille pas, qu'elle avait, outre le maître-autel, deux autres
armes, pour traiter de la même manière leurs concitoyens autels plus petits placés dans des chapelles latérales, celle de
huguenots, dont la plupart étaient leurs plus proches parents. Saint-Michel et celle de Saint-Jacques.
Il était accompagné de ses gardes, de ses amis et de quelques Les autels étaient décemment décorés, cependant on déclare
domestiques. Il lit fermer les portes de la ville, établit des que le lambris de la chapelle de Saint-Michel exigeait des
corps de garde dans tous les quartiers et défendit, sous peine répar ations joignant le mur duchoeur.
de la vie aux, Catholiques de rien attenter contre les Huguenots. La Chapelle de Saint-Michel, fondée de deux messes par
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semaine, produisait environ cent-vingt livres. Cette somme,très lourdement ceux de compatriotes qui sont allés si loin
ces
modique aujourd'hui, était alors considérable pour un ecclé¬ pour vénérer saint Michel1. Que l'Archange et saint Dominique
siastique, obligé de quitter le ministère pour raison de santé', lui pardonnent !
ou d'attendre une cure de paroisse, qui venait souvent très Maints auteurs se sont escrimés, divaguant à qui mieux
lentement au gré de plusieurs clercs hominem non habçnles. mieux, pour arriver à déterminer en quelle année eut lieu le
Nous avons le regret de dire que cet antique sanctuaire de siège du Mont-Sainl-Michel. Ce siège dura de longues années,
Saint-Michel a été détruit l'église paroissiale de Lonrai
avec avec d'incessantes rescousses, depuis la descente des Anglais
pendant la révolution de 1792 à 1800, et, quand on a rebâti à Touques, en 1417, jusqu'à la trêve de Tours, en 1444, et
l'église de Lonrai hors de l'ancien parc des seigneurs, on n'a de cette date à la journée de Formigny. l'héroïque garnison
pas rétabli de chapelle sous le vocable de l'Archange. Derniè¬ continua de s'illustrer par de glorieux exploits. Honneur,
rement, à l'endroit du parc où était l'ancienne chapelle, on a honneur impérissable à « ces incomparables compagnons
retrouvé le caveau funèbre des anciens seigneurs, et dans ce d'armes, vieillis dans la guerre, qui endurèrent tant de la¬
caveau une pierre scellée renfermant un cœur embaumé beurs et affrontèrent tant de périls, sur terre et sur mer, pour
qu'on croit être celui de Jacques de Matignon, maréchal de la défense du très saint rocher de saint Michel »2! Ce sera
France. pour consacrer la mémoire de leur sublime vaillance et de la
(Sera continué.) Chanoine Blin. protection de l'Archange que Louis XI, en 1469, instituera
l'Ordre chevaleresque dontle collier portera les coquillesmon-
toises et l'image de saint Michel terrassant le dragon, avec
cette devise qui rappelle les éclatantes prouesses des compa¬
Quel hosannah dans la Normandie, dans toute la France, la fenestre de la patrie, et le Roi victorieux ne les oublie pas;
après la victoire de Formigny ! Tous les cœurs exultaient de ruinés, de même, les indomptables champions du droit et de
pieuse et patriotique allégresse. Paris vit une procession d'ac¬ l'indépendance, les vaillants qui n'ont désespéré ni du Dieu
tions de grâces faite par douze •mille enfants, et dès lors les de saint Louis, ni de l'Archange de Jeanne d'Arc. Charles YII
pèlerins affinèrent à la Montagne angélique, de tous les points 1. Fratris Felecis Fabri evagcitorium in Terrai Sunctx... peregrinatio-
non seulement du royaume, mais de la chrétienté ; tellement
nem; éd. en1843 à Stuttgart], par Conrad Dietrich Hassler, 3 vol. in-8°.
La diatribe violente contre les pèlerins du Mont Saint-Michel se trouve
que ce religieux enthousiasme eut pour effet de susciter à la
dans le tome II, p. 56. Je dois cette indication à mon docte ami M. Al¬
longue, notamment en Allemagne, de curieuses jalousies, phonse Couret, auteur d'une savante Hist. de VOrdre du Saint-Sépulcre
et de tant d'autres œuvres parfaitement érudites.
dont nous recueillons l'attristante expression dans l'œuvre
2. Robert Blondel, De reductione Normap/fiix ; cité et Iraduit par S.
d'un Dominicain d'Ulm, Félix Faber (vers 1484), raillantassez Luce, Guerre de cent ans, p. 273.
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leur confère des honneurs et les remet en possession de leurs donné des gages secrets à la cause française, ce qui n'est pas
biens confisqués par l'Anglais, mais qui leur rendra ceux douteux, c'est que lorsque « le vent tourna », il fit comme le
vent et fut maintenu par Charles VII en son haut office de
qu'ils ont volontairement aliénés « pour faire service au
Roy » ? général des monnaies1, « duquel il estoit paisible possesseur
En fait, lors pie la France se trouva rétablie par leur long à l'eure du trespas de nostre très chier seigneur et père »,
nous apprend Louis XI par des lettres du 28 août 14-01 qui
et généreux effort, beaucoup eurent à souffrir de l'appauvris¬
sement; sur ce point, les leltresde rémission accordées à Jean confirment « Remon Montfault. bourgeois de Rouen », en son
dit office. Mais, enfin, cet éclectique était d'une famille qui,
Thierry, l'un des défenseurs du Mont, sont douloureusement
instructives. Puis, au cours de l'interminable guerre, pour se après avoir reçu les bienfaits de Charles VI, avait servi en
sustenter et soutenir leur grande cause, les fidèles, les « bri¬ armes et autrement2 la cause anglaise, et lui l'avait servie
ciaires, malgré l'édit d'abolition générale, sagement rendu chargé de la réformation de la Noblesse bas-normande, le
par Charles VII en leur faveur, et les plus méritants môme, capitaine du Mont Saint-Michel, le fidèle Louis d'Estouleville,
comme Jean Guilon, n'échappèrent pas à ces poursuites ran- que l'Anglais avait spolié de sa seigneurie d'Auzebosc pour
en gratifier son amé et féal Raymond Monfault, alors trésorier
cuneuses; triste lendemain de victoire! D'implacables haines
subsistèrent longtemps entre telles familles dont l'une avait général de ses gens d'armes. Et qui peut dire si, dans celte
accepté le joug et les présents de l'usurpateur; l'autre, vigou¬ rigoureuse réformation, certaines exclusions injustifiables,
reusement combattu pour le droit et ravagé les domaines de puisqu'elles atteignaient des nobles authentiques, mais appau¬
la vris ou privés de titres probatifs, ne furent pas inspirées au
première1.
Treize ans après, Louis XI prescrit une réformation géné¬ ci-devant haut fonctionnaire anglais par un tout autre senti¬
rale de la Noblesse de Normandie; décision peu généreuse, ment que celui de l'équité?...
puisqu'elle doit avoir pour effet d'éliminer de ses rangs ceux (A suivre.) (0. de Poli, Les défenseurs du Mont Saint-Michel.)
qui, s'élant ruinés pour défendre la couronne et la patrie, ont
été contraints pour vivre de faire quelque négoce, ou ceux
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