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Sortir de L'oralité: Un Moyen de Reconnaissance Des Droits Fonciers Au Nord-Cameroun

Le document traite des défis liés à la sécurisation des droits fonciers au Nord-Cameroun, où la complexité des réglementations a conduit à une multiplication de documents informels pour sortir de l'oralité. Il explore les interactions entre normes locales et procédures légales, ainsi que le rôle des chefferies traditionnelles dans la gestion foncière. Des propositions de modification des lois foncières sont également discutées pour améliorer la situation des paysans face à l'insécurité foncière.

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Sortir de L'oralité: Un Moyen de Reconnaissance Des Droits Fonciers Au Nord-Cameroun

Le document traite des défis liés à la sécurisation des droits fonciers au Nord-Cameroun, où la complexité des réglementations a conduit à une multiplication de documents informels pour sortir de l'oralité. Il explore les interactions entre normes locales et procédures légales, ainsi que le rôle des chefferies traditionnelles dans la gestion foncière. Des propositions de modification des lois foncières sont également discutées pour améliorer la situation des paysans face à l'insécurité foncière.

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Jamin J.Y., Seiny Boukar L., Floret C.

(éditeurs scientifiques),
2003. Savanes africaines : des espaces en mutation, des
acteurs face à de nouveaux défis. Actes du colloque, mai
2002, Garoua, Cameroun. Prasac, N’Djamena, Tchad -
Cirad, Montpellier, France.

Sortir de l’oralité : un moyen de reconnaissance des


droits fonciers au Nord-Cameroun
Christian SEIGNOBOS*

*IRD, 2 rue des Dominicains, 13200 Arles, France

Résumé — Le dispositif réglementaire concernant le foncier, trop complexe, trop coûteux pour le
monde paysan a montré ses limites. Toutefois la volonté d’échapper à l’oralité lors de contrats sur la
terre a fait se multiplier, dans le nord du Cameroun, des « papiers ». Ces « papiers » en s’articulant
entre normes locales et procédures légales pourraient contribuer à une forme de sécurisation foncière.
Plusieurs voies sont explorées, celle du papier dit de « droit de jouissance foncière » et celle d’un
suivi de « contrats » libellés par les chefs traditionnels.

Abstract — Getting away from oral traditions : a way to secure land tenure rights in Northern
Cameroon. Regulatory arrangements regarding land tenure, being too complex, too costly, have
shown their limits in the rural world. In Northern Cameroon efforts to avoid oral traditions in the
establishment of land tenure contracts and deeds has led to an abundance of documents and
“papers”. These “papers” which take part in both local norms and legal procedures, could contribute
to land tenure security. Several paths are explored herein, both the “paper” path, or the right to land
use, and the study of contracts rendered formal, if not legal, by traditional chiefs.

Introduction
La question foncière se pose dans le nord du Cameroun de façon tout aussi cruciale que dans d’autres
parties de l’Afrique avec les mêmes ingrédients de compétition pour les ressources, de confusion dans les
règles et les procédures d’accès à la terre, entraînant les mêmes besoins de sécurisation. Toutefois
l’encadrement socio-politique dominant des sociétés du nord du Cameroun, le lamidat peul, va conférer
à ces problèmes du foncier une toute autre acuité.

La chefferie comme donnée incontournable


e
Ces chefferies musulmanes, pour la plupart issues de la conquête peule du début du XIX siècle devaient
entretenir avec les administrations, coloniale puis nationale, des rapports qui ne sont pas sans évoquer
une sinusoïde. Au début de la période coloniale jusqu’en 1930, les lamidats peuls furent favorisés, puis
on s’efforça de mettre en pratique le dogme d’une administration directe qui cachait mal le maintien
1
d’une forme d’« indirect rule » . A la fin des années 50 la montée de l’UPC favorisa un retour en force
des chefferies jugées seules capables de juguler les mouvements indépendantistes radicaux dans le Nord.

1 L’administration coloniale a largement contribué à renforcer le pouvoir du Lamido en faisant de lui son seul interlocuteur. Les grands
notables aux charges souvent héréditaires représentaient sinon un contre-pouvoir, du moins limitaient-ils l’arbitraire du Lamido.

Actes du colloque, 27-31 mai 2002, Garoua, Cameroun


Après 1960, le président Ahidjo voulut à son tour amoindrir les chefferies, dont les plus importantes ne
l’avaient guère soutenu dans son ascension au pouvoir. Quelques-unes furent démembrées, puis un statu
quo sembla prévaloir. L’arrivée au pouvoir du président Biya a été suivie d’une volonté d’administrer
sans l’intermédiaire des pouvoirs traditionnels. Le pluripartisme après 1990 devait, à nouveau, faire
revenir les chefferies sur le devant de la scène, les lamibe (sing. lamido) étant les gardiens des urnes. Les
chefferies contraintes à un choix légaliste ont pratiquement toutes opté pour le parti au pouvoir.
Le lamidat, sa structure, son appareil dynastique, son mode d’encadrement des populations, son contrôle
de l’espace, la hiérarchie qu’il opère entre ayants-droits et les autres a durablement marqué les mentalités et
les comportements des trois provinces du Nord. Il imposa naturellement sa conception du droit foncier.

Des problèmes fonciers longtemps occultés


Les administrateurs coloniaux ont toujours marqué une certaine réticence à entrer dans les affaires
2
foncières y compris dans les conflits au sujet de limites administratives .
Dans le début des années 50, quelques jeunes administrateurs dans leur poste ont bien voulu s’y investir,
3
mais il s’agissait plus de conflits fonciers entre communautés villageoises . Par la suite on remarque une
sorte de repli prudent en dépit de déclaration de principe sur la légitimité d’un accès à la terre en plaine,
pour les montagnards « déperchés» autoritairement.
Les conflits entre particuliers seront rarement évoqués. Il faut néanmoins souligner que jusqu’à la fin des
années 80, le foncier n’avait pas le caractère pressant qu’il revêt aujourd’hui.
Les problèmes concernant la tenure du sol ne pouvant plus être occultés, en particulier dans la Bénoué
après l’installation de vagues de migrants la « question foncière » se posa brutalement en 1992.
Pourtant ces problèmes ont été pressentis dès le deuxième plan (1965) avant de planifier d’importants
déplacements de populations de l’Extrême-Nord vers la Bénoué : « Il est certain que l’allocation des
terres à des migrants dans des zones déjà occupées, même si la densité reste faible, doit être précédée
d’études très sérieuses […]. Il serait souhaitable que, dès 1966, une mission de spécialistes soit mise à la
disposition de l’Inspecteur Fédéral pour l’étude du problème foncier et des migrations rurales… ». Cette
sage démarche, une fois préconisée, ne sera pas suivie d’effet. L’occultation de la question foncière
génère aujourd’hui des conflits de plus en plus durs qui peuvent remettre en cause la construction des
projets technicistes qui ont cherché à l’éluder.
C’est un truisme que de dire que le corpus de textes juridiques mis à disposition des administrateurs se
révèle difficilement applicable.
L’administration s’en tient au droit normatif et pense que le titre de propriété est un mécanisme
d’enregistrement qui doit passer par « les élites instruites » et se roder à ce niveau pour gagner peu à peu
d’autres couches sociales. Pour eux sortir de ce cadre est perçu comme une aventure. Le faible recours
aux solutions « modernes » rendrait moins compte d’une adaptabilité flagrante que d’une situation où les
populations sont provisoirement encore peu réceptives.
Le dispositif réglementaire de l’Etat n’est sollicité que dans les zones urbaines. Dans les campagnes, la
connotation du titre foncier n’est pas toujours positive car il apparaît comme un instrument au service
d’intérêt particulier le plus souvent étranger aux communautés villageoises. Une immatriculation
foncière est encore souvent assimilée, dans les villages, à une démarche a-sociale.
Les projets de développement comme les ONG n’ont pas voulu s’engager sur un thème aussi périlleux.
Seul le CDD (Comité diocésain pour le développement) a dénoncé les abus sur le foncier lors du comice
agricole de Maroua en 1988 et a fait par la suite des propositions d’aménagement de la législation foncière.
Le DPGT (Développement paysannal et gestion de terroir, Minagri/Sodécoton) a conduit différentes
expériences de médiation foncière dans la vallée de la Bénoué de 1997 à 2002. Ce sont les seuls
organismes à avoir une réflexion avancée et des actions concrètes dans le domaine.

2 Le foncier était traité en dehors des tribunaux coutumiers dits « tribunaux de race » mis en place en 1942.
3 Ils ont essayé en regroupant les jugements antérieurs de dégager une trame logique aux droits fonciers locaux. Toutefois le poids de
l’histoire et la qualité des intervenants brouillaient l’énoncé de grands principes. Les commentaires de « jugements déclaratifs aux droits
fonciers » auprès des tribunaux du premier degré en disent long sur le dialogue de sourd entre administrateurs, lawan et lamibe.

Savanes africaines : des espaces en mutation, des acteurs face à de nouveaux défis
Des propositions de modification de lois foncières aux procédures
intermédiaires de sécurisation

Après avoir fait de l’application stricte de la loi foncière un credo, les intervenants se sont peu à peu
aperçus que l’on pouvait sécuriser les droits d’usage sans faire intervenir la propriété.

Les propositions d’amendement


Le CDD de Maroua - Mokolo a construit sa réflexion sur le foncier à partir du constat d’un non-respect
des lois par l’administration et les pouvoirs traditionnels qui conduit à une insécurité chronique du
monde paysan et sur l’idée qu’il ne saurait y avoir de développement rural possible sans sécurité
foncière. Après ses premières enquêtes (1986) concernant l’accès à la terre sur les piémonts des monts
Mandara, le CDD s’est efforcé de formuler les droits des montagnards descendus en plaine.
La première démarche insiste sur le respect de la loi et de son application assortie d’un certain nombre
de propositions d’aménagement. Elles sont présentées en 1994 par le CDD dans « propositions
d’aménagement de la législation foncière en République du Cameroun » en réponse à une demande du
Premier ministre.
Le CDD propose un additif à l’article 17 de l’ordonnance n° 74-1 du 6 juillet 1974 pour préciser la
longueur des baux à 3-6 ou 9 ans (plus élevés que ceux généralement pratiqués de 1 à 3 ans) et selon des
barèmes garantis par les sous-préfectures.
Concernant l’ordonnance n° 76-166 du 27 avril 1976, l’article 5 sur l’immatriculation foncière se voit
critiqué au motif d’une impossible application par le paysan. Les formalités se révèlent inaccessibles par
leur complexité et leur coût (déplacement de la commission consultative, frais de bornage, de cadastre,
divers droits et timbres) ; un plan de la parcelle est exigé alors que dans les textes, il s’agit d’un simple
croquis… sans compter les pesanteurs des services.
Concernant encore l’article 5, il est proposé pour les exploitations agricoles de surface inférieure ou
égale à 10 ha (soit l’énorme majorité des exploitations agricoles du Nord-Cameroun) qu’un simple
certificat d’occupation provisoire des parcelles, daté et signé par deux témoins, soit établi, permettant
une transmission à un héritier.
En complément de l’article 6, il est proposé que la demande de « propriété » soit faite non aux services
des Domaines mais à la sous-préfecture qui l’affiche, de même que dans le village d’où émane la
demande, tout villageois pouvant faire opposition.
En additif de l’article 7 relatif aux superficies des concessions, les concessions agricoles de 10 ha et
moins seront attribuées par arrêté du sous-préfet. Pour l’article 14 relatif à la commission consultative,
4
ladite commission n’aurait pas à se déplacer pour les exploitations agricoles de 10 ha et moins, tout se
faisant à partir des pièces du dossier.
En 2000, devant l’immobilisme administratif et le renforcement des pouvoirs traditionnels, le CDD
évolue vers plus de souplesse tout en cherchant à rester dans le cadre de la loi et des expressions
juridiques.

Les tâtonnements vers une sécurisation foncière


La loi permettant à celui qui exploite une parcelle de continuer à la cultiver parle « d’un droit de
jouissance », d’où l’idée de faire des « certificats de mise à la disposition d’un droit de jouissance d’un
terrain ». Ce « papier de droit de jouissance » est daté et co-signé par le propriétaire antérieur, des
témoins et si possible le chef de village. Au dos du feuillet, il est conseillé de faire un croquis de la ou
des parcelles et des marques de reconnaissances identifiables sur le terrain. Ces attestations de droit de
jouissance peuvent être libellées lors d’héritage, d’achat, de prêt avec ou sans contrepartie (à la récolte)

4 Les commissions consultatives et agropastorales, censées identifier les occupations, arbitrer les litiges ont par leur lourdeur et le
manque de moyens perdu l’essentiel de leur capacité d’intervention.

Actes du colloque, 27-31 mai 2002, Garoua, Cameroun


ou gagé et lors de locations, garantissant à la fois le droit du prêteur et celui du locataire. Le titre foncier
se verrait du coup relégué aux seuls périmètres urbains d’où, du reste, il n’est guère sorti.
Ces « papiers » de droit de jouissance, bien que non parafés par les autorités, répondent à un souhait de
sortie de l’oralité tout comme la multiplication des « certificats de vente » sur imprimés photocopiés
qu’exhibent un grand nombre d’exploitants lettrés avec signatures de l’ex-propriétaire, de témoins et
5
parfois du Jawro .
Sans validation par les autorités administratives ces « papiers » n’ont aucune valeur juridique, mais leur
multiplication pourrait bien entraîner une reconnaissance officielle. Ces « papiers » représenteraient les
« actes sous seing privé » librement passés entre deux parties contractantes, sorte d’anti-chambre à des
actes juridiques plus formalisés.
Poursuivant sa logique, le CDD suggère que lors des conflits fonciers, les affaires soient portées à la sous-
préfecture, seule garante des terrains libres qui appartiennent à l’Etat, l’usufruit des terres n’étant plus
concédé par le Lamido mais directement par l’Etat. Il se profile là un enjeu futur majeur sur la gestion de
la terre entre l’administration territoriale, une instance élue, la commune rurale et le lamidat.
Une démarche tout autre peut être tentée, celle de ne pas écarter la chefferie mais au contraire de s’en
servir. Les chefferies ont pleinement conscience que leur force réside dans le contrôle du foncier. Du
reste l’administration leur concède ce rôle et c’est là toute l’ambiguïté. Le préfet de Mayo-Sava,
R. Eweck, l’exprimait ainsi (In la terre est pour tous, 1999 : « ceci veut dire en clair que l’Etat reconnaît
aux communautés villageoises de chaque village… un droit de gardiennage qui n’est pas loin du droit de
propriété sur le domaine national de chaque village. C’est ce qui justifie la présence au sein des
commissions consultatives des chefs traditionnels et des notables coutumiers ». L’administration
territoriale touchée par une demande de règlement de conflit foncier renvoie généralement l’affaire pour
cause de complexité devant le chef traditionnel.
Jouant sur le flou de la loi foncière les lamibe entendent bien occuper les vides juridiques. Ils se sont
récemment regroupés en conseils de chefs traditionnels par département ou par province pour mieux
défendre leurs prérogatives.
La première recommandation qu’ils ont eue à formuler dans le Diamaré concerne le foncier : refuser de
vendre les champs à des postulants extérieurs à leur lamidat, surveiller toutes les transactions sur la terre
et n’accepter que les locations. La seconde a été de rappeler leur rôle de tribunal de première instance
pour toutes les affaires concernant leur juridiction.
Les lamibe vivent peu ou prou du foncier avec le hakke saabeere (l’obligation du champ) dans la
6
Bénoué, la zakkat (impôt traditionnel) ou encore pour les éleveurs le hakke geene (l’obligation du
fourrage) sans compter les épices lors des règlements de conflits fonciers sur toute l’étendue de leur
lamidat.
Les caisses d’un lamido sont souvent vides. Après avoir dilapidé son propre domaine ou en avoir vendu
une partie pour rembourser les investissements consentis lors de sa nomination, le lamido va vouloir
recouvrer un patrimoine. Il fera pression sur ses lawan qui, à leur tour, ponctionneront leurs Jawro et ces
derniers presseront les paysans de payer la zakkat. Le non-paiement de la zakkat peut fournir le prétexte
« d’arracher » la parcelle. Tous les moyens sont bons pour se saisir d’une terre.
Ces comportements prédateurs ne sont pas le trait de tous les lamidats. Certains lamibe s’en tiennent à
l’exploitation de leur domaine, à une zakkat volontaire de la part des communautés villageoises et à la
récupération de frais d’enregistrement sur les transactions foncières.
Une nouvelle classe des lamibe lettrés émerge, certains gérant même leur lamidat à l’ordinateur. Ils n’en
restent pas moins les héritiers d’un système avec une faada (assemblée de notables) aussi hésitent-ils
entre une gestion « néo-féodale » et une forme de despotisme éclairé. L’accès à la terre demeurant la

5 Lorsque l’on juge que les sommes en jeu sont importantes, en l’occurrence pour l’achat d’une terre, les contractants ressentent le
besoin de coucher sur papier leur accord. Les locations et les prêts n’ont jamais fait l’objet d’une mise par écrit.
6 La zakkat est un terme ambigu à plus d’un titre. Il y a la zakkat que l’on doit au Lamido comme impôt traditionnel. Elle équivaut
à 1/10 des récoltes en grains mais ne s’applique pas à toutes les productions ; elle est réglée très irrégulièrement selon la qualité
sociale des imposables et aussi selon les lamidats. Il existe une zakkat privée prélevée par les propriétaires sur la production de leur
locataire ; ils sont censés en rétrocéder une partie au Lamido. Dans le Diamaré elle représente de plus en plus une sorte de "ticket
d’accès à la terre". En s’acquittant de la zakkat, le locataire prend une option sur la parcelle pour la prochaine saison culturale.

Savanes africaines : des espaces en mutation, des acteurs face à de nouveaux défis
principale prérogative de ces chefferies, il est difficile d’envisager, sans risquer un séisme social, une
restructuration foncière les tenant à l’écart. Il faut toutefois se garder d’une perception trop optimiste de
la capacité des pouvoirs coutumiers à réguler le foncier. Mais toutes les initiatives qui s’opèrent en leur
7
sein sont à suivre .
Si le développement doit plus tenir d’un accompagnement des tendances, on devra s’investir dans les
politiques actuelles de certaines chefferies (province du Nord et de l’Extrême-Nord). Elles délivrent, en
effet, des délibérés de justice coutumière, sorte d’acte intermédiaire entre « propriété » et droit d’usage.
Ils intéressent des acquisitions de parcelles par achat ou héritage ou encore des arbitrages sur des limites.
Ces papiers sont frappés aux « armes » de la chefferie avec tampons et libellés dans un français non
juridique.
La généralisation de ce type de document permettrait de sortir de l’oralité lors de conflits rémanents,
empêchant le dit conflit de déborder sur les collatéraux et d’en faire autre chose qu’un différent sur une
parcelle.
Le lamido à la fois chef de canton est très officiellement un auxiliaire de l’administration. Les « papiers »
qu’ils délivrent pourraient être une porte d’entrée vers des procédures légales. Il s’agit à terme, en effet,
d’intégrer ces démarches dans un dispositif de gestion publique du foncier.
Dans un deuxième temps, on passerait à des bordereaux avec doubles déposés à la sous-préfecture, cette
dernière fournissant un récépissé de dépôt. Ce « papier » aiguillerait le justiciable vers une administration
précise alors que souvent, après être passé devant le chef, le plaignant tâte de toutes les instances
administratives, gendarmerie, commune rurale, services de l’agriculture.
Le DPGT s’est essayé à des médiations pour des accès à la ressource entre éleveurs mbororo et
cultivateurs migrants dans un lamidat autoritaire, celui de Tchéboa. Il a essayé de favoriser une co-
viabilité des systèmes d’agriculteurs et d’éleveurs sans pour autant vouloir concilier les stratégies des uns
et des autres ni éliminer totalement les risques conflictuels qui en découlent. Il s’agit plus de répits
négociés entre les communautés mbororo, celles de gossyculteurs migrants et le lamido.
Ces négociations ont abouti à des chartes touchant la délimitation et le bornage de burtol (couloir à
bétail) et de hurum (aire pastorale de saison des pluies). Plus d’une dizaine de chartes ont été négociées
principalement dans la région de Kalgue le plus vaste hurum du lamidat. Ces chartes ont été élaborées en
accord avec les services de l’élevage et le lamidat, sous la tutelle de la sous-préfecture. Ces expériences
trouvent leur limite selon la personnalité du sous-préfet et les hésitations du lamido qui peut avoir un
sentiment de dépossession sur ces aires négociées. Toute la difficulté tient maintenant au passage du
statut d’expérience concrète portée par un projet à la vie éphémère, à une forme de reconnaissance
« légale ». Pour pérenniser ces pratiques au niveau des agents de l’Etat, il conviendrait d’élaborer les
outils contractuels (quelle structure endosserait le rôle du projet ?). Quant aux dispositifs de validation
déjà rodés, ils demanderaient à être formalisés. Pour ce faire, une reconnaissance par l’Etat de ces
« contrats écrits » est nécessaire. C’est à lui de définir un cadre pour les clauses et procédures afin que
ces « papiers » puissent intégrer l’espace de juridiction national.

Conclusion
Pour l’heure tous ces « papiers » ne sont pas la panacée, mais ils peuvent concourir à « codifier sans
légiférer », à brider les autorités coutumières et à argumenter administrativement des dossiers, limitant le
caractère procédural exacerbé des systèmes traditionnels. Cela permettrait surtout un passage qui s’opère
généralement mal entre, les communautés villageoises, le monde de la chefferie et l’administration
d’arrondissement.
Cette démarche d’appui à une clarification des règles aurait au moins le mérite de s’inscrire dans cette
préoccupation de sécurisation des populations sur un point pour elles essentiel : la terre.

7 Une sorte d’observatoire du foncier à la loupe, sur un ou deux cantons autrement dit un suivi annuel des « affaires » foncières au
niveau des jawro, des lawan, des chefs de canton et également auprès des services administratifs concernés, est en cours. Il
conduira à une typologie des conflits et à celle de leurs résolutions permettant de les chiffrer et d’estimer les dépenses engagées.
On disposera enfin d’un état des lieux daté et géographiquement délimité.

Actes du colloque, 27-31 mai 2002, Garoua, Cameroun


Bibliographie
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In Cahier de l’ONAREST, Yaoundé Vol. I, n° 2, p. 53-90.
CDD, 1994. Propositions d’aménagement de la législation foncière en République du Cameroun en vue
d’améliorer la Sécurité Foncière des jeunes exploitants agricoles. Maroua, Cameroun, 11 p.
CDD, 1999. La terre est pour tous ! La question foncière dans notre pays et notre région. Journées
diocésaines. Comité Diocésain pour le Développement, Maroua, Cameroun, 32 p.
CDD, 2000. La sécurité foncière. Les papiers de droit de jouissance. Comité Diocésain pour le
Développement, Maroua, Cameroun, 14 p.
DAPTOUTA G., 1995. Les problèmes fonciers dans les localités de Meskine et de Salak. Mémoire de
diplôme de maîtrise en sciences sociales ICY (Institut catholique de Yaoundé), 127 p.
KONE M., BASSERIE V., CHAUVEAU J.P., 1999. « Petits reçus » et « conventions » : les procédures
locales de formalisation des droits fonciers et les attentes de "papiers". Etude de cas dans le centre-ouest
ivoirien, In Formalisation des contrats et des transactions : repérages des pratiques populaires d’usage de
l’écrit dans les transactions foncières en Afrique rurale, Lavigne Delville Ph. et Mathieu P. (coord.),
document de travail, GRET/IIED.
LAVIGNE DELVILLE P., TOULMIN C., LONGBOTTOM J., 2001. Droits fonciers délégués en Afrique de
L’ouest. Reconnaître et sécuriser les procédures (synthèse). DGCID, GRET (Paris), IIED (Londres), 30 p.
SEIGNOBOS C., TEYSSIER A., 1997. Enjeux fonciers dans la zone cotonnière du Cameroun.
Observatoire du foncier n° 1 (Minagri/Sodécoton/AFD), 51 p.
SEIGNOBOS C., TEYSSIER A., 1998. Enjeux fonciers dans la zone cotonnière du Cameroun.
Observatoire du foncier n° 2 (Minagri/Sodécoton/AFD) 52 p.

Savanes africaines : des espaces en mutation, des acteurs face à de nouveaux défis
Seignobos Christian (2003)
Sortir de l'oralité : un moyen de reconnaissance des droits
fonciers au Nord Cameroun
In : Jamin J.Y. (ed.), Seiny Boukar L. (ed.), Floret Christian
(ed.). Savanes africaines des espaces en mutation, des acteurs
face à de nouveaux défis : actes du colloque
Montpellier (FRA) ; N'Djaména (TCD) ; Dakar : CIRAD ; PRASAC
; CORAF, 6 p. Colloque Savanes Africaines : Des Espaces en
Mutation , Des Acteurs Face à de Nouveaux Défis, Garoua
(CAM), 2002/05/27-31
ISBN 2-87614-580-4

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