Nouveu regard sur le financement agricole No.
Financement des
investissements
agricoles
à terme
ISBN 978-92-5-207224-9
9 7 8 9 2 5 2 0 7 2 2 4 9
Y5565F/1/04.12
Nouveu regard sur le financement agricole
No. 7
Financement des investissements
agricoles à terme
Frank Hollinger
Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)
Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH
Rome, 2012
Les appellations employées dans ce produit d’information et la présentation des
données qui y figurent n’impliquent de la part de l’Organisation des Nations Unies
pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) aucune prise de position quant au statut
juridique ou au stade de développement des pays, territoires, villes ou zones ou
de leurs autorités, ni quant au tracé de leurs frontières ou limites. La mention de
sociétés déterminées ou de produits de fabricants, qu’ils soient ou non brevetés,
n’entraîne, de la part de la FAO, aucune approbation ou recommandation desdits
produits de préférence à d’autres de nature analogue qui ne sont pas cités.
Les opinions exprimées dans ce produit d’information sont celles du/des auteur(s)
et ne reflètent pas nécessairement celles de la FAO.
ISBN 978-92-5-207224-9
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non commerciales seront autorisées à titre gracieux sur demande. La reproduction
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pourra être soumise à des frais. Les demandes d’autorisation de reproduction ou de
diffusion de matériel dont les droits d’auteur sont détenus par la FAO et toute autre
requête concernant les droits et les licences sont à adresser par courriel à l’adresse
copyright@[Link] ou au Chef de la Sous-Division des politiques et de l’appui en
matière de publications, Bureau de l’échange des connaissances, de la recherche et de
la vulgarisation, FAO, Viale delle Terme di Caracalla, 00153 Rome, Italie.
© FAO 2012
iii
PRÉFACE
De nombreux investissements indispensables aux activités de production
agricole requièrent la mobilisation d’importants capitaux et de longues
périodes de gestation. Les sommes investies exigent de longues périodes
d’amortissement. Ces investissements nécessitent d’avoir recours à des
produits de financement à terme comme les prêts à moyen ou long terme,
le crédit-bail ou des produits de financement par le moyen de prise de par-
ticipations. Les acteurs économiques potentiellement intéressés par ce type
de produits financiers sont les exploitants agricoles, les petites entreprises
ou les micro-entreprises rurales qui ont «grandi» en dehors du cadre des
programmes de microfinancement rural, de nombreux clients réguliers
d’anciennes banques agricoles et des exploitants agricoles n’ayant jamais
bénéficié de financement à terme de quel type que ce soit.
Les contraintes générales pesant sur les activités de crédit agricole, relatives
aux risques encourus et aux coûts de transaction et alourdies par l’étale-
ment dans le temps particulièrement long que nécessitent des prestations de
financement à terme, rendent la fourniture de ce type de prestations parti-
culièrement complexe pour les institutions financières rurales. Sans finan-
cement à terme, les exploitants agricoles les plus entreprenants et ayant un
fort potentiel de développement voient leur capacité limitée dans le fait de
pouvoir réaliser des investissements qui pourraient améliorer la productivité
ou dans le fait de pouvoir profiter de nouvelles opportunités de marché. Sur
le plan macroéconomique, le fait de ne pas pouvoir disposer de produits de
financement à terme adéquats a des répercussions économiques, entraînant
un ralentissement de la croissance et une concurrence affaiblie dans le sec-
teur agricole, réduisant d’autant les possibilités de développement rural et
de recul de la pauvreté.
iv Financement des investissements agricoles à terme
Cette publication traite des différents moyens dont les institutions finan-
cières rurales peuvent fournir des prestations de financement à terme en
adaptant produits financiers et techniques de financement à la capacité d’au-
tofinancement et au profil de risques propres à une clientèle rurale et à des
investissements agricoles. Elle présente le résultat de recherches menées sur
des prestataires de financement à terme dans plusieurs régions du monde.
Elle aborde également des problèmes transversaux relatifs au contexte
économique, aux cadres législatifs et institutionnels et aux politiques qui
jouent un rôle dans l’offre et la demande relatives au financement à terme:
amélioration des cadres législatifs et institutionnels concernant le régime des
prêts garantis, réduction des asymétries concernant les questions de tréso-
rerie, gestion des risques systémiques et des risques liés à la problématique
des prix. Les principales dimensions de ces problèmes sont abordées afin
d’apporter aux gouvernements et bailleurs de fonds des éléments leurs per-
mettant de soutenir les institutions financières et leurs clients, et de mener
des réformes politiques et autres mesures complémentaires.
Cette publication est un nouveau volume de la série Agricultural Finance
Revisited, fruit d’une collaboration FAO/GTZ*. En traitant plus spécifi-
quement du financement des investissements à long terme, elle complète les
volumes 3 et 4 de cette même série.
1. Nouveau regard sur le financement agricole: pourquoi?
2. Le financement agricole: ajuster les politiques
3. Meilleures pratiques de crédit agricole
4. Sources des fonds du crédit agricole
5. Règles prudentielles et contrôle du financement agricole
6. Améliorer les capacités de gestion financière des ménages ruraux
7. Financement des investissements à terme agricole
D. Baker J. Lange
Chef Responsable de la Division
Service de la gestion, Développement économique
de la commercialisation et emploi
et des finances agricoles GTZ
FAO
* Depuis le 1er janvier 2011, la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH
fédère l’expertise de longue date du DED, de la GTZ et d’Inwent. Comme cette publication date de
2004, nous avons conservé, dans cette réimpression, les noms que portaient les organisations à l’époque,
notamment celui de la GTZ. Il se peut également que les personnes mentionnées dans cette réédition aient
changé de fonction entre-temps.
v
REMERCIEMENTS
L’auteur remercie toutes les personnes qui ont apporté leur contribution à
la réalisation de cette publication et aux travaux de recherche effectués. Un
remerciement tout particulier à Richard Roberts et à Anthon Slangen pour
leur précieux soutien tout au long des différentes phases d’élaboration de
cette publication. L’auteur souhaite témoigner sa plus grande estime à Doyle
Baker, Andrew Shepherd et David Kahan (pour la FAO), et à Thorsten
Giehler et Dirk Steinwand (pour la GTZ), pour le temps et les efforts qu’ils
ont consacrés à la relecture et aux commentaires apportés aux différentes
ébauches préliminaires.
Un grand remerciement pour leurs commentaires et leurs suggestions à Juan
Buchenau (International Project Consult), à Manfred Zeller (Université de
Goettingen) et à Richard Meyer (Université de l’Ohio); un grand remerciement
également à Heywood Fleisig, (Center for the Economic Analysis of Law), à
John Lindsay et à David Palmer (FAO) pour leur précieuse contribution.
Ces recherches n’auraient pas été possibles sans le concours de Fabiana
Pastor, Rosario Henriquez de Guereca (Bolivie), Alex Buenaventura et
Kathryn Lopez (Philippines), Nipath Kwasakul (Thaïlande), Paul Zille,
Gerhard Coetzee et Johann Haman (Afrique du Sud), Sriram Shankar
Mankar (Inde) et Chet Aeschliman (Ghana). Le soutien logistique fourni
par Martina Wiedmaier-Pfister et Marie-Louise Haberberger (GTZ) a été
essentiel pour les travaux menés en Bolivie et en Thaïlande.
Remerciements particuliers à Gérard Gouti pour la traduction française; Sophia
Gazza pour la révision linguistique; Larissa D’Aquilio pour la coordination de
la production; et Tomaso Lezzi pour la publication assistée par ordinateur.
vii
ABRÉVIATIONS
AFR Agricultural Finance Revisited
ANED Asociación Nacional Ecuménica de Desarrollo
BAAC Bank for Agriculture and Agricultural Cooperatives
BAB Banco Agrícola de Bolivia
BASIX BASIX Group
BNDA Banque nationale du développement agricole
CECAM Caisses d’épargne et de crédit agricole mutuel
CIDRE Centro de Investigación del Desarrollo Regional Económico
CLA Caja los Andes
FAO Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et
l’agriculture
FECECAM Fédération des caisses d’épargne et de crédit agricole mutuel
GIZ Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit
GTZ Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit
IFNB Institutions financières non bancaires
LRCF Land Reform Credit Facility
MCRB Mulukanoor Cooperative Rural Bank and Marketing Society
NRBG Network Rural Banking Group
ONG Organisation non gouvernementale
PME Petites et moyennes entreprises
RBP Rural Bank of Panabo
SACCO Savings and Credit Cooperative
SIG Système d’information de gestion
ix
SOMMAIRE
Préface . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . iii
Remerciements .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . v
Abréviations .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . vii
Introduction .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
PARTIE A: INVESTISSEMENTS AGRICOLES À TERME
1. Principaux problèmes et défis .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.1 Risques relatifs au financement des investissements
agricoles à terme .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
1.1.1 Risques courants encourus par les investisseurs
et par les fournisseurs de services financiers . . . . . . . . . 15
1.1.2 Risques spécifiques encourus par les fournisseurs
de financements à terme .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
1.1.3 Capacité des investisseurs et des institutions
financières à gérer et à affronter les risques .. . . . . . . . . . 27
1.2 Coûts de fourniture du financement agricole à terme .. . . . . 30
1.3 Eléments déterminants pour la mise en œuvre du
financement à terme .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
PARTIE B: LE FINANCEMENT AGRICOLE
À TERME EN PRATIQUE
2. Etudes de cas – présentation générale .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
2.1 Eléments caractéristiques des différentes institutions . . . . . . 40
2.2 Éléments en faveur du financement agricole à terme . . . . . . . 44
2.3 Eléments relatifs au rendement des portefeuilles . . . . . . . . . . . . . 47
x Financement des investissements agricoles à terme
3. Création d’un portefeuille de financement à terme . . . . . . . . . . . . . 49
3.1 Création de produits financiers et de techniques de
financement .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
3.2 Adoption d’une stratégie progressive .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
3.3 Identification des zones adéquates .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
3.4 Rôle catalyseur joué par les investissements auxiliaires
et les services de soutien .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
3.5 Adoption d’une gestion de la relation bancaire .. . . . . . . . . . . . . . 59
3.6 Offre d’une large gamme de produits financiers . . . . . . . . . . . . . . 60
3.7 Forces et faiblesses des différents types de fournisseurs
de financement à terme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
3.8 Financement d’un portefeuille d’actifs à terme . . . . . . . . . . . . . . . . 67
4. Prêts à terme et éléments constitutifs de techniques de crédit
efficaces . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
4.1 Sélection des emprunteurs .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
4.2 Utilisation des garanties principales et des garanties
substitutives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
4.3 Evaluation de la capacité de remboursement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
4.4 Détermination des paiements et des barèmes de
remboursement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
4.5 Détermination du coût des prêts à terme .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
4.6 Surveillance des prêts et supervision des emprunteurs .. . . . 98
4.7 Gestion des défaillances de remboursement .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
5. Lee crédit-bail: un instrument financier alternatif pour le
matériel agricole .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
5.1 Principes de base du crédit-bail .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
5.2 Principaux types de crédit-bail .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
5.3 Avantages et inconvénients des différents types de
crédit-bail .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
5.4 Principaux avantages du bail financier avec clause de
rachat comparé au crédit traditionnel .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
5.5 Fournisseurs de crédit-bail .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
5.6 Le crédit-bail dans les pays en développement: cas pratiques 110
5.6.1 Le bail financier avec clause de rachat dans la pratique:
institutions ayant fait l’objet d’une étude de cas . . . 111
5.7 Difficultés de mise en œuvre du crédit-bail . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117
5.8 Mesures visant à renforcer la technique du crédit-bail .. . . . 122
Sommaire xi
6. Autres instruments de financement des investissements
à terme .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125
6.1 Financement de capitaux propres par prise de
participations et financement par capital risque . . . . . . . . . . . . . . . 125
6.2 Financement des investissements par le biais du modèle
de la «plantation mère» . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 128
6.3 Joint venture, une solution alternative aux
investissements à terme des entreprises individuelles .. . . . . . 131
PARTIE C: CONTRAINTES
ET PROBLÈMES TRANSVERSAUX
7. Contraintes et limitations relatives aux prêts garantis .. . . . . . . 139
7.1 Notions générales sur les prêts garantis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 140
7.1.1 Contraintes pesant sur la création de sûretés . . . . . . . . 141
7.1.2 Contraintes pesant sur l’opposabilité aux tiers
des sûretés .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 144
7.1.3 Contraintes pesant sur l’exécution des sûretés .. . . . . 145
7.1.4 Réformes du cadre législatif et institutionnel .. . . . . . . 147
7.2 Fonds de garantie: un mécanisme de partage des risques . 150
7.2.1 Principes généraux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 150
7.2.2 Cas empiriques .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151
7.2.3 Création de fonds de garantie: de meilleures
pratiques pour l’avenir . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152
7.3 Centres d’information sur la solvabilité des
emprunteurs .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 154
8. Gestion des risques systémiques .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 157
8.1 Choix politiques .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 157
8.2 Les innovations dans l’assurance agricole . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 159
9. Réduction des risques liés à la gestion actif-passif .. . . . . . . . . . . . . . . 163
9.1 Soutenir l’introduction de financements à terme . . . . . . . . . . . . . 164
9.2 Financement de prêts à long terme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 166
9.3 Financement des petits prestataires de financement
à terme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 168
xii Financement des investissements agricoles à terme
PARTIE D: CONCLUSION
10. Conclusions et recommandations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 173
10.1 Conclusions générales .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 173
10.1.1 Risques liés au financement à terme en fonction
du type d’investissement et de client .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 173
10.1.2 Déterminants des coûts de fourniture de
financement à terme .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 175
10.1.3 Une technique de financement spécifique:
solution pour la gestion des risques et des coûts .. . 175
10.1.4 Financement à terme et relation banque/client
à long terme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 177
10.1.5 Points faibles et points forts des différents
produits de financement à terme .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 178
10.1.6 Rôle joué par la taille de l’institution financière
sur sa capacité à s’engager dans des activités de
financement à terme .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 179
10.1.7 Rôle des institutions non financières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 180
10.1.8 Importance du soutien de la part des donateurs
aux institutions financières dans l’introduction
du financement à terme .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 181
10.1.9 Mesures complémentaires de soutien au
développement du financement à terme .. . . . . . . . . . . . . . . 182
10.2 Recommandations aux institutions financières . . . . . . . . . . . . . . . . 183
10.2.1 Règles générales pour le développement d’un
portefeuille de financement à terme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 183
10.2.2 Recommandations particulières pour la création
de produits et la mise en place de techniques
financières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 184
10.3 Mesures de soutien de la part des gouvernements
et des donateurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 186
10.3.1 Soutien direct aux institutions financières .. . . . . . . . . . . . 186
10.3.2 Mesures visant à créer un contexte favorable
et à favoriser la demande .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 188
Glossaire .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 193
Bibliographie .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 197
Sommaire xiii
Encadrés
Encadré 1 Principales fonctions du nantissement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
Encadré 2 Profils d’investissements agricoles à terme .. . . . . . . . . . . . . . . 24
Encadré 3 Historique des institutions .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
Encadré 4 Financement à terme: éléments à retenir dans le
cadre d’une étude de marché .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
Encadré 5 Développement de la concurrence entre les
institutions financières rurales en Bolivie .. . . . . . . . . . . . . . . . . 56
Encadré 6 Financement des investissements à terme
comme condition préalable au crédit rural .. . . . . . . . . . . . . . . 58
Encadré 7 Financement par obligations d’un portefeuille
de prêts à terme .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
Encadré 8 Différents moyens d’utiliser le financement
à court terme pour le crédit à terme .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
Encadré 9 BAAC: utilisation des groupements à
responsabilité solidaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
Encadré 10 Prêts ruraux à terme polyvalents .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
Encadré 11 Antisélection . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
Encadré 12 Fixation du coût des prêts en fonction
des risques client . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
Encadré 13 Utilisation d’opérations interdépendantes .. . . . . . . . . . . . . . . . 100
Encadré 14 Contrat de cession-bail . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
Encadré 15 Saisie formelle et saisie informelle .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
Encadré 16 Importance de la création d’une chaîne logistique . . . . 114
Encadré 17 ANED et CECAM: clientèle et viabilité
des programmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116
Encadré 18 Fonds de capital de risque .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 126
Encadré 19 Indonésie: financement de plantations arboricoles
de petits exploitants agricoles par le biais de modèles
de «plantation mère» .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 129
Encadré 20 Commerce hors contrat au Ghana . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 130
Encadré 21 Exemples de joint ventures dans le secteur
agricole et dans celui des activités de transformation
des produits agricoles .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
Encadré 22 Contraintes légales pesant sur l’utilisation des
actifs ruraux donnés en garantie .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 146
Encadré 23 Les fonds de garantie en Inde, au Mexique et
au Nigéria .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152
xiv Financement des investissements agricoles à terme
Figures
Figure 1 Types de financement à terme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
Figure 2 Prix du café: variations conjoncturelles et
tendances sur le long terme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
Figure 3 Comment fonctionne un bail financier avec
clause de rachat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
Tableaux
Tableau 1 Types de risques liés aux investissements
à terme agricoles .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
Tableau 2 Gestion et lutte contre les risques par les
investisseurs et les institutions financières .. . . . . . . . . . . . . . . . 28
Tableau 3 Éléments déterminants des coûts des prêts à terme .. . 31
Tableau 4 Éléments caractéristiques des institutions
financières et des portefeuilles
de financement à terme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
Tableau 5 Institutions ayant fait l’objet d’une étude: taux
des remboursements effectués à échéance (%) . . . . . . . . . . 48
Tableau 6 Avantages et inconvénients du financement
par capital de risque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 127
Tableau 7 BAAC: évolution des sources de
financement, 1967–2001 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 167
1
Introduction
Du fait de la mondialisation, les petits et moyens exploitants agricoles sont
confrontés à d’importants défis et peuvent profiter de grandes opportunités.
D’une part, les politiques d’ajustement structurel ont permis de réduire l’in-
fluence de certains groupes de pression* et les exploitants agricoles ont pu
bénéficier de meilleurs prix et de meilleures opportunités pour les marchés à
l’exportation. D’autre part, la libéralisation du commerce a créé, à l’encontre
de ces mêmes exploitants agricoles, une situation de plus grande concurrence
sur les marchés intérieurs et sur les marchés à l’exportation. Certains exploi-
tants agricoles ont réagi à cette nouvelle donne en abandonnant progressive-
ment leurs activités agricoles ou en s’orientant vers des activités non agricoles.
D’autres, plus entreprenants, favorables à une approche commerciale et pos-
sédant de petites et moyennes exploitations, ont l’intention et les capacités
de poursuivre leurs activités agricoles. Pour cela, ce groupe d’agriculteurs a
besoin d’investir régulièrement dans ses actifs de production et de diversifier
ses activités.
Certains investissements agricoles (machines agricoles, systèmes d’irri-
1
gation, acquisition de terres, unités de transformation et de traitement
de produits agricoles) requièrent d’importants capitaux et des périodes
* En anglais: urban bias. Dans le domaine du développement économique, et plus particulièrement
concernant les pays les moins industrialisés, ce terme est employé pour désigner des groupes de
personnes (syndicats, industriels, fonctionnaires, etc.) qui, par leur présence dans des zones ur-
baines, peuvent exercer des pressions sur les gouvernements afin de défendre leurs intérêts (N.d.T.).
2 Financement des investissements agricoles à terme
d’amortissement s’étalant sur plusieurs années; d’autres, comme la création
de plantations arboricoles, sont caractérisés par de longues périodes de
gestation. Ces investissements à long terme excèdent souvent la capacité
d’autofinancement des exploitants agricoles et nécessitent un financement
à terme permettant de répartir les coûts entraînés sur plusieurs années. Ce
type de financement peut être réalisé par le biais de différents instruments
financiers comme des prêts à terme, des produits de crédit-bail ou des ins-
truments de financement de capitaux propres par prise de participations.
Pour une institution financière, il est évident que l’octroi de financements
importants sur de longues périodes augmente la prise de risques et exige des
compétences spécifiques permettant de gérer ces risques à un coût raison-
nable. De ce fait, les institutions financières se montrent souvent réticentes
à fournir de tels financements. Dans le passé, afin d’améliorer la fourniture
de prêts à terme, les gouvernements et les bailleurs de fonds sont fréquem-
ment intervenus par le biais de banques de développement rural ou de divers
programmes de crédit. Mais suite à de mauvaises performances, tant au
niveau de la clientèle que de la viabilité de ces crédits dirigés, la plupart de
ces programmes de crédit ont été interrompus et plusieurs banques de déve-
loppement rural ont déposé leur bilan. De plus, dans de nombreux pays, la
libéralisation des offices de commercialisation a entraîné le démantèlement
des accords de crédit interdépendants qui constituent une autre source
importante de financement pour les petits exploitants agricoles ne pouvant
offrir des biens corporels en garantie. Les petites et moyennes entreprises,
qu’elles soient non agricoles ou situées dans des zones urbaines, se trouvent
elles aussi souvent dans l’impossibilité de pouvoir bénéficier de financement
à long ou à moyen terme.
Cette baisse de l’offre de produits de financement agricole à terme n’a pas
toujours été compensée par l’arrivée de nouveaux opérateurs financiers.
Même dans les pays où une réforme visant le développement des mar-
chés financiers a été mise en place et où l’on assiste souvent à un boom
des activités de microfinance, la prestation de financement à terme aux
petits et moyens exploitants agricoles est restée extrêmement limitée, voire
inexistante.
L’écart flagrant existant entre l’offre et le demande en matière de financement
des investissements agricoles à long terme dans de nombreuses zones rurales
n’a été l’objet que de peu d’attention de la part des bailleurs de fonds ou des
Introduction 3
opérateurs du secteur de la microfinance au cours des 10 dernières années.
Mais il est de plus en plus admis que les activités de microfinancement
traditionnelles relatives au financement des investissements à terme pour
les PME – agricoles ou non (y compris pour les exploitants agricoles) – ne
sont pas toujours adéquates. La recherche de nouveaux moyens permettant
de mieux adapter des prêts à moyen terme, du crédit-bail et des produits de
financement des capitaux propres par prise de participations aux exigences
de financement des petites, moyennes et micro-entreprises suscite un intérêt
croissant. Dans le même temps, il existe un regain d’intérêt de la part des
bailleurs de fonds, des chercheurs et des praticiens pour redonner une place
importante au financement agricole.
Mis à part l’existence de politiques ciblées et d’un cadre législatif et écono-
mique favorables, il est primordial de créer et de mettre en œuvre des tech-
niques financières et des produits de financement adéquats afin de permettre
aux institutions financières de fournir des prestations de financement à terme.
Cette publication fait état d’approches innovantes et viables visant à fournir
un financement à terme aux petits et moyens exploitants orientés vers la com-
mercialisation des produits agricoles ainsi que de mesures complémentaires et
d’options politiques pouvant être envisagées dans le but d’améliorer les condi-
tions générales de l’offre et de la demande relatives au financement à terme.
La FAO1, en collaboration avec la Banque mondiale2, a mené des recherches
pendant plus de 2 ans. Des études de cas ont été conduites en Bolivie, en
Inde, en Indonésie, à Madagascar, aux Philippines, en Afrique du Sud et en
Thaïlande3. Elles ont porté sur différents types d’institutions financières
rurales telles que les banques de développement rural, les banques rurales,
les institutions de microfinance orientées vers les activités commerciales, les
institutions financières mutualistes et les ONG. L’expérience pratique de
différents fournisseurs nationaux de financement à terme opérant au Bénin,
Ghana, Kenya et Mali, et celle de différentes agences bilatérales de déve-
loppement et d’institutions financières internationales ont, quant à elles,
fait l’objet d’une analyse menée sur dossier et par le biais de la réalisation
d’entretiens d’enquête et d’une revue de la littérature.
1 Service de la gestion, de la commercialisation et des finances agricoles (AGSF) et Division du centre
d’investissement.
2 Agriculture and Development Department II, secteur Afrique.
3 Document complet téléchargeable sur le site: [Link]
4 Financement des investissements agricoles à terme
Ce document est structuré en quatre parties et dix chapitres. La partie A
(chapitre 1) traite des différents risques pesant sur le financement d’inves-
tissements agricoles à terme. Une distinction est faite entre, d’une part, les
risques généraux relatifs au financement des investissements agricoles à
terme et, d’autre part, les risques spécifiques auxquels les opérateurs finan-
ciers sont confrontés; sont analysés les différents moyens à disposition des
institutions financières et des exploitants agricoles pour gérer ces risques,
tout comme une grande attention est portée aux risques pouvant être maîtri-
sés par ces mêmes institutions et exploitants et qui pourraient constituer la
base d’une réforme des politiques ou de la création d’outils de gestion spé-
cifiques. Une analyse comparative entre les coûts générés par la fourniture
du financement à terme et les coûts saisonniers et propres aux activités de la
microfinance constitue la conclusion de cette première partie.
La partie B (chapitres 2 à 6) fournit des exemples pratiques de création
d’instruments de financement à terme et traite des techniques de finance-
ment. Le chapitre 2 présente quelques expériences positives d’institutions et
les motivations qui ont mené ces dernières à s’engager dans des activités de
financement agricole à terme. Le chapitre 3 traite des problèmes généraux et
des principes directeurs visant la création d’un portefeuille de financement
à terme, ainsi que de la maîtrise des coûts et des risques qui y sont liés. Le
chapitre 4 porte une attention toute particulière au crédit à terme et analyse
les principaux facteurs de réussite des techniques de crédit évoquées dans le
cadre des études de cas. Le chapitre 5 expose les principes de base du crédit-
bail et les possibilités offertes par ce dernier, en tant qu’instrument alterna-
tif, pour le financement à moyen terme du matériel agricole; ce chapitre se
poursuit ensuite par l’analyse des questions relatives au bail financier avec
clause de rachat dans le cas d’activités informelles dans les zones rurales.
Le chapitre 6 traite brièvement d’autres mécanismes financiers et d’accords
institutionnels visant le financement à grande échelle d’investissements
dans le cadre d’une intégration verticale. Ces mécanismes comprennent le
financement de capitaux propres par prise de participations, les structures
de groupement de petits exploitants propriétaires selon le modèle de la
«plantation mère» et les joint ventures.
La partie C (chapitres 7 à 9) traite des limitations imposées par certaines
contraintes au développement du financement à terme dans les zones
rurales, pouvant ainsi entraîner la nécessité d’une intervention ou d’un sou-
tien de la part des gouvernements ou des bailleurs de fonds. Le chapitre 7
Introduction 5
traite plus particulièrement des contraintes législatives et institutionnelles
qui pèsent sur l’utilisation et le statut des biens offerts en garantie et pro-
pose quelques idées de réforme du régime juridique qui les concerne; ce
chapitre aborde également des mesures complémentaires telles que les fonds
de garantie et les centres d’information sur la solvabilité des emprunteurs.
Le chapitre 8 souligne les diverses options politiques possibles et les instru-
ments permettant de gérer les risques systémiques. Il souligne également des
approches innovantes quant à la prestation d’assurance récolte et pouvant
susciter une plus grande attention et bénéficier d’un plus grand appui. Le
chapitre 9 traite du rôle joué par les bailleurs de fonds et par les gouverne-
ments dans la mise à disposition en faveur des prestataires de financement à
terme de sources de financement plus performantes et mieux adaptées.
La partie D (chapitre 10) résume les principaux résultats, les recommanda-
tions pour les institutions financières et les options pour les gouvernements
et bailleurs de fonds.
partie a
Investissements agricoles à terme
9
Chapitre 1
PRINCIPAUX PROBLÈMES
ET DEFIS
Les investissements agricoles à terme sont des investissements réalisés
pour des biens destinés à la production et utilisés sur plusieurs cycles de
production pendant une période généralement pluriannuelle4. Les inves-
tissements à terme sont caractérisés par une longue durée d’amortissement
du capital investi ou par l’existence de longues périodes de gestation avant
que ne soient générés des revenus. Par exemple, l’acquisition de matériel ou
de machines agricoles contraint à effectuer un investissement initial d’une
somme globale supérieure au flux de liquidités annuel généré par l’investis-
sement réalisé et il est par conséquent nécessaire d’amortir le capital investi
sur plusieurs années. Le développement de cultures pérennes demande
plusieurs années avant de parvenir à maturité alors que les dépenses étalées
dans le temps, indispensables à la préparation de la terre, au désherbage, à
la fertilisation, etc., s’accumulent au cours de la période de. Les investisse-
ments réalisés dans les systèmes d’irrigation ou dans les bâtiments agricoles
peuvent exiger d’importants travaux de conception, de réalisation ou de
construction avant d’être opérationnels.
L’utilisation de divers critères permet de définir différents types de finance-
ment à terme: en prenant pour critère la durée, il est possible d’opérer une
distinction entre financement à moyen terme (de 1 à 5 ans) et financement à
4 Sont exclus du cadre de cette étude les investissements à terme réalisés dans des biens incorporels
tels que l’acquisition de droits, l’éducation, les concessions, etc.
10 Financement des investissements agricoles à terme
Figure 1
Types de financement à terme
Types de
financement à terme
Instruments
Durée Sources des fonds
financiers
Financement Financement Financement Auto- - Prêts à terme
à moyen terme à long terme externe financement - Crédit-bail
- Participation
long terme (plus de 5 ans); en prenant pour critère l’origine des fonds, on peut
distinguer, d’une part, le financement interne ou l’autofinancement (réalisé
par réinvestissement des bénéfices non distribués ou grâce à d’autres sources
de revenu des ménages agricoles) et, d’autre part, le financement externe réa-
lisé au moyen de fonds provenant de tiers. Un financement externe peut être
réalisé grâce à l’utilisation de différents instruments de financement, comme
les prêts à terme, le crédit-bail ou un investissement temporaire sous forme
de prise de participations par des tiers; un financement interne peut, quant à
lui, faire appel à l’utilisation d’instruments de dépôts.
Importance primordiale du financement à terme externe
Le choix entre financement externe ou du financement interne est lié à la
relation qui existe entre rentabilité et prise de risque. D’un côté, en per-
mettant d’anticiper un revenu à venir (y compris l’augmentation du flux
de liquidités générée par l’investissement), le financement à terme externe
consent, d’une certaine manière, aux exploitants agricoles «d’économiser»
et de financer des investissements nécessaires. Cela offre deux avantages
principaux par rapport au financement interne:
Chapitre 1: principaux problèmes et defis 11
• grâce à l’augmentation de leurs fonds propres et de la capacité d’auto-
financement dont ils bénéficient déjà, les exploitants agricoles peuvent
réaliser plus rapidement des investissements rentables;
• les coûts d’investissement peuvent être répartis sur plusieurs années, ce
qui favorise la réalisation d’investissements massifs et plus importants
(et souvent plus rentables).
D’un autre côté, le financement à terme externe, et plus particulièrement
les prêts à terme, expose les exploitants agricoles à une prise de risques plus
importante. Les activités agricoles sont, dans une large mesure, soumises à
des risques sur lesquels l’emprunteur n’a aucun contrôle et les risques aug-
mentent au fur et à mesure que le temps passe. Si les investissements réalisés
conduisent à une faillite, les exploitants agricoles peuvent perdre non seule-
ment le capital et le travail investis mais également tous les biens matériels
donnés en garantie et tout ce qui constitue le «capital social», comme, par
exemple, le droit d’obtenir de futurs prêts. Pour les exploitants agricoles,
les prêts à terme sont par conséquent des instruments financiers à double
tranchant; face aux risques et aux coûts engendrés, l’opportunité d’en faire
usage et d’en tirer profit doit être évaluée avec soin.
Financer des investissements agricoles ne nécessite pas toujours d’avoir recours
à un financement à terme. Par exemple, des investissements plus modestes ou
des investissements divisibles, pouvant être progressivement étendus (comme
par exemple, le petit bétail), peuvent, dans une certaine limite, être financés
grâce à la marge d’autofinancement dégagée ou, dans le cas d’investisse-
ments massifs et importants, en «épargnant un capital»5 (Rutherford, 2000).
Cela suppose, bien évidemment, que les exploitants agricoles bénéficient de
sources de revenus suffisamment importantes et diversifiées. Financer des
investissements pour développer de nouvelles activités ou de nouvelles tech-
nologies en utilisant des prêts à terme peut se révéler très risqué et, souvent,
les exploitants agricoles préfèrent utiliser leurs propres moyens financiers
pour réaliser de petits investissements innovants et n’avoir recours à des prêts
que pour développer des activités qu’ils pratiquent déjà, qu’ils connaissent et
maîtrisent bien et qui ont déjà produit des résultats positifs.
5 «Epargner» ne signifie pas forcément faire des économies financières. Quand il n’est pas possible
d’effectuer des dépôts fiables et adaptés aux besoins, les exploitants peuvent épargner en nature en
investissant dans des actifs relativement «liquides», comme le bétail, et qui peuvent, dans des cas
nécessitant une intervention rapide, être vendus afin de financer de nouveaux investissements.
12 Financement des investissements agricoles à terme
Toutefois, autofinancer des biens ou des investissements importants et massifs
peut présenter des difficultés si les coûts d’investissements sont trop élevés par
rapport à la capacité d’autofinancement générée par l’exploitation agricole.
Le financement à long terme de biens ou d’investissements, auquel s’ajou-
tent les opérations de gestion courante, peut requérir un étalement sur
une très longue période et entraîner une diminution des fonds disponibles
nécessaires au fonds de roulement ou aux besoins de consommation cou-
rants. Pour se procurer des fonds plus rapidement, les exploitants agricoles
peuvent réduire leur consommation ou sacrifier la maintenance des actifs
de production (facteurs de production, réparations, etc.), ce qui à son tour
entraîne une baisse de la rentabilité et de la durée de vie des investissements.
Les demandes d’assistance faites par les amis et les membres de la famille,
qu’ils soient plus ou moins proches, réduisent elles aussi les possibilités
de pouvoir épargner d’importantes sommes d’argent. Le fait d’emprunter
à court terme pour financer des investissements à long terme expose les
exploitations agricoles à d’énormes prises de risques au niveau des liquidités
et, dans le cas d’une conjoncture défavorable, l’exploitation agricole peut se
trouver contrainte à procéder à la cession d’actifs.
Des exploitants agricoles possédant de faibles ressources ou ne pouvant
compter que sur leurs propres moyens financiers pour financer des investis-
sements massifs et importants peuvent donc rencontrer des difficultés consi-
dérables quand ils souhaitent développer des activités rentables, adopter de
nouvelles technologies et tirer profit des économies d’échelle. La possibi-
lité de pouvoir bénéficier d’un financement à terme externe adapté à leurs
besoins peut jouer un rôle catalyseur sur la capacité, pour les exploitants
agricoles les plus entreprenants, de réaliser des investissements rentables qui
leur permettent de développer leurs activités plus rapidement et d’exploiter
des créneaux commerciaux porteurs. Les institutions financières capables de
réaliser une évaluation des risques, de calculer la rentabilité des investisse-
ments potentiels et d’offrir des produits de financement à terme appropriés
contribuent de façon importante à la croissance de l’économie rurale et à
l’augmentation de la valeur ajoutée dans ce secteur.
Chapitre 1: principaux problèmes et defis 13
Comprendre les contraintes structurelles: risques et coûts
de transaction
En comparaison avec d’autres types d’activités financières, l’existence de
seulement quelques rares exemples positifs de financement agricole à terme
témoigne des difficultés inhérentes à ce type de financement. Les fournis-
seurs de financement agricole à terme doivent tenir compte des contraintes
générales imposées par ce type de financement ainsi que de la nécessité de
devoir accorder des échéances plus longues. Les contraintes sont principale-
ment liées aux problèmes de risques et de coûts de transaction.
Les coûts de transaction et de nombreux risques intéressent à la fois les exploi-
tants agricoles et les institutions financières. Ces risques et ces coûts jouent
un rôle déterminant dans la fourniture durable de financement à terme et
dans l’existence d’un besoin et d’une demande effective concernant ce type de
financement6. Il existe également des risques particuliers qui pèsent plus spéci-
fiquement sur la fourniture du financement à terme. Si certains risques peuvent
être gérés par les exploitants agricoles et les institutions financières, d’autres
sont hors de leur contrôle et peuvent nécessiter la mise en œuvre d’instruments
spécifiques de gestion des risques ou l’intervention des gouvernements, que ce
soit par le biais d’une adaptation de la politique financière ou par l’adoption
de diverses mesures. Les institutions financières qui désirent s’engager dans
des activités de financement à terme agricole doivent bien prendre conscience
des conséquences engendrées par les coûts de transaction et certains risques
particuliers sur la faisabilité de ce type de financement et être bien informés sur
les différents moyens permettant de créer des produits financiers appropriés et
d’élaborer des techniques financières de gestion des risques à un coût raison-
nable. La mise en place de produits de financement à terme doit faire l’objet
d’une étude précise, aussi bien du point de vue du fournisseur de services finan-
ciers que de celui de l’investisseur, afin d’éviter toute défaillance de paiement et
de pouvoir supporter les coûts qui en découlent. Dans le but de pouvoir élabo-
rer des programmes et des politiques de soutien au développement d’une offre
viable et d’une demande effective de financement à terme dans les zones rurales,
la réalisation d’une étude précise est également d’une importance cruciale pour
les gouvernements et pour les bailleurs de fonds.
6 Une demande effective correspond à l’ensemble des demandes réelles pour ce type de financement,
de la part de clients manifestant une volonté et une capacité certaine à pouvoir remplir leurs obli-
gations de remboursement.
14 Financement des investissements agricoles à terme
Par le passé, la prestation de financement à terme a obéi à des stratégies de déve-
loppement sans qu’une attention suffisante soit portée aux facteurs structu-
rels sous-jacents liés aux risques, aux coûts de transaction et aux informations
asymétriques qui affectent à la fois l’offre et la demande. L’accès au crédit,
tout particulièrement à long terme, a bien trop souvent été perçu comme un
des principaux obstacles au développement des petits exploitants agricoles.
L’échec enregistré par les politiques de crédit ciblé et subventionné, ample-
ment analysé à plusieurs reprises, montre bien que le financement agricole à
terme ne peut pas être utilisé comme un moyen simplifié de développement
agricole et rural7. Les mesures visant à améliorer la prestation de finance-
ment à terme doivent être inclues dans le cadre d’une stratégie globale à long
terme, être encadrées par des politiques globales et sectorielles cohérentes et
incitatives et ces mêmes mesures doivent être prises et associées à d’autres
politiques et programmes de soutien au développement agricole, à l’agricul-
ture commerciale et aux services financiers du secteur agricole.
Le rôle déterminant joué par le facteur risque dans la faisabilité du finance-
ment à terme amène, dans la section suivante, à analyser les principaux types
de risques en opérant une distinction entre les risques encourus à la fois par les
investisseurs et par les fournisseurs de services financiers, d’une part, et ceux
encourus plus spécifiquement par les prestataires financiers, d’autre part.
Les coûts relatifs à la fourniture de financement à long terme seront aussi
analysés et confrontés aux coûts de financement à court terme.
1.1 RISQUES RELATIFS AU FINANCEMENT DES INVESTISSEMENTS
AGRICOLES À TERME
Une étude réalisée dans le but d’effectuer un investissement prend obli-
gatoirement en considération certains facteurs: paramètres techniques
et paramètres de production, demande prévisionnelle pour les produits
agricoles et prix de ces produits, coûts et disponibilité des facteurs de
production, pratiques de gestion de l’investisseur. Avec le temps, la part
d’incertitude inhérente à ces paramètres augmente, tout comme augmente
la probabilité que la faisabilité et la rentabilité des investissements soient
influencées par des évènements externes imprévisibles. Pour cette raison,
7 FAO/GTZ (1998). Yaron, McDonald et Piprek (1997), Gonzales Vega (2003) et Zeller et Meyer
(2002).
Chapitre 1: principaux problèmes et defis 15
plus la période de gestation ou d’amortissement est longue, plus une éva-
luation des risques et de la rentabilité devient difficile.
Une distinction importante doit être faite entre risques idiosyncrasiques
et risques systémiques:
• les risques idiosyncrasiques8 sont sans corrélation entre eux et ne concernent
que les exploitants agricoles eux-mêmes. Ce sont les risques techniques
(par exemple, les pannes des machines agricoles) et les risques liés à la
personne de l’investisseur et à sa famille (par exemple, les maladies ou le
décès d’un membre de la famille);
• les risques systémiques9 sont covariants et touchent tous les producteurs
d’une même région ou d’un même produit. Ce sont les risques liés aux
évènements climatiques (par exemple, la sécheresse et les inondations),
à l’apparition de maladies ou d’importants foyers d’animaux nuisibles
aux cultures, à l’effondrement des prix ou aux changements radicaux des
paramètres macroéconomiques (taux de change, inflation, etc.).
Dans la pratique, et dans la mesure où ils atteignent les exploitants agri-
coles de façon différente, de nombreux risques se situent à mi-chemin entre
risques purement idiosyncrasiques et risques systémiques. Une première
raison tient au fait que les chocs externes se distinguent entre eux par leur
force et leur fréquence; une deuxième raison tient au fait que facteurs locaux
et pratiques de gestion déterminent l’ampleur des conséquences des évène-
ments négatifs suivant l’exploitation agricole.
Avant que ne soient de nouveau abordés les risques spécifiques relatifs à la
fourniture d’un financement à terme, la section qui suit analyse les risques
courants de financement des investissements agricoles à terme.
1.1.1 Risques courants encourus par les investisseurs
et par les fournisseurs de services financiers
Le tableau 1 fournit quelques exemples des différents risques encourus par
les investisseurs. Dans les cas de financement externe, ces risques, par
8 Appelés aussi risques individuels ou autonomes.
9 Appelés aussi risques covariants, liés ou dépendants.
16 Financement des investissements agricoles à terme
Tableau 1
Types de risques liés aux investissements à terme agricoles
Types de risques Exemples
Risques de production • Puits non opérationnels à cause du manque d’eau souter
raine
• Mortalité ou vol du bétail
• Dommages causés par les animaux (y compris ceux nui
sibles aux cultures) aux plantations forestières non encore
parvenues à maturité et par les incendies
• Graves évènements climatiques (sécheresse, inondations,
gelées)
• Propagation de nouvelles maladies et de nouveaux ani
maux nuisibles aux cultures
Risques liés au client • Maladie ou décès des membres de la famille
• Compétences insuffisantes en matière de gestion agricole,
de gestion d’entreprise et de gestion financière
Risques liés aux condi • Fluctuations conjoncturelles et saisonnières des prix des
tions de marché produits agricoles
• Interventions politiques sur les marchés des produits
agricoles (modification des règles de taxation, des tarifs
douaniers et des quotas)
• Baisse de la demande pour certains produits causée par
un changement des préférences du consommateur, arri
vée de nouveaux produits de remplacement, etc.
Risques macro • Répercussions sur la rentabilité d’un produit suite à la
économiques et risques dévaluation de la monnaie nationale
liés aux politiques • Taux d’inflation et taux d’intérêt élevés et fluctuants
commerciales/agricoles
l’influence jouée sur la capacité de remboursement de l’investisseur,
peuvent aussi concerner les fournisseurs de services financiers.
Risques de production
Les risques de production concernent tous les facteurs de production rela-
tifs aux activités de culture et d’élevage, y compris les investissements qui
s’y rattachent. Le lien étroit qui existe entre investissements agricoles et pro-
cessus biologiques fait que les évènements externes tels que la sécheresse, les
inondations ou la présence d’animaux nuisibles aux cultures et de maladies,
peuvent apparaître comme d’importantes sources de risques de production.
Ces risques, dans la mesure où ils peuvent toucher un grand nombre de
producteurs présents dans une même région, sont de nature systémique.
Chapitre 1: principaux problèmes et defis 17
En ce qui concerne les exploitants agricoles pris individuellement, une des
principales sources de risques de production idiosyncrasique réside dans
de mauvaises pratiques de gestion. Un autre type de risques de production
sont les risques techniques (comme, par exemple, les pannes des machines
agricoles) qui obligent à maintenir les technologies utilisées en bon état si la
rentabilité de l’exploitation veut être améliorée. Ces derniers risques tech-
niques sont, pour la plupart, de nature idiosyncrasique.10
Savoir bien gérer les exploitations et pouvoir bénéficier de services de
soutien agricole permet de réduire, sans les éliminer totalement, les risques
techniques et, à un moindre degré, de réduire aussi les risques de production.
Par exemple, les risques liés aux investissements réalisés dans des plantations
de vergers peuvent être réduits grâce à un choix judicieux des emplacements
et du matériel végétal (plants et semences), à la mise en place d’une clôture
efficace, au contrôle maîtrisé des mauvaises herbes et à l’utilisation d’engrais
ou de pesticides. Les fluctuations de rendement et la durée de vie d’une
plantation arrivée à maturité dépendent des techniques de récolte, des tech-
niques d’élagage et d’autres pratiques agricoles. Les compétences en gestion
de l’investisseur et un fonds de roulement suffisant constituent d’importants
facteurs pouvant réduire les risques techniques. Il arrive toutefois que,
même dans les cas où sont mises en œuvre de bonnes pratiques de gestion,
la plantation soit détruite par des incendies, par l’action de nouveaux ani-
maux nuisibles aux cultures ou également par des maladies.
Risques liés au client
Certains risques sont directement liés à la famille et au ménage de l’investisseur.
Les maladies ou le décès d’un membre de la famille peut conduire à un
manque de main d’œuvre ou à une augmentation des dépenses engagées
pour frais de maladie, frais funéraires, etc. Le montant des revenus et le
temps consacrés à l’utilisation et à la bonne maintenance des investissements
peuvent aussi être affectés, entraînant des conséquences sur la rentabilité et
10 Selon le type d’investissement, les risques de production et les risques techniques peuvent affecter
soit la période de gestation (avant que l’investissement ne devienne totalement opérationnel), soit
un moment ultérieur à cette dernière (en écourtant la durée de vie escomptée de l’investissement).
Par exemple, dans le cas d’un système d’irrigation par pompage de la nappe phréatique, un inves-
tissement peut ne pas être réussi si les puits sont creusés dans une zone où manque l’eau souterraine
ou, à un moment ultérieur, si les pompes installées tombent en panne.
18 Financement des investissements agricoles à terme
la durée de vie de ces mêmes investissements. A cause de la nature fongible
de l’argent, les risques liés au client ont des conséquences sur l’utilisation des
revenus externes et le revenu généré par l’investissement et l’augmentation
de ces mêmes risques est proportionnelle à la durée des échéances.
Risques liés aux conditions de marché
Les risques liés aux conditions de marché peuvent avoir pour origine des
problèmes liés au respect des délais normaux de livraison ou à la qualité d’un
produit (par exemple, mauvaises routes de desserte, mauvaises infrastructures
de stockage ou infrastructures de transport pour les produits volumineux
et périssables, fluctuation de la demande de la part des clients ou variations
des prix). Pour le financement à terme, les fluctuations des prix revêtent une
importance toute particulière. Les marchés de produits agricoles sont carac-
térisés par des fluctuations de prix saisonnières et conjoncturelles, souvent
aggravées par une évolution des prix à tendance négative sur le long terme.
Si, au moins en théorie, l’instabilité des prix saisonniers ou des prix sur le
court terme peut être gérée grâce à des instruments de gestion des risques
des produits (comme, par exemple, les produits de marchés à terme ou les
obligations), les fluctuations conjoncturelles, dont les effets se manifestent
sur plusieurs années, posent des problèmes pour le financement des inves-
tissements agricoles à terme (voir figure 2). Le «cycle du porc»* est un des
phénomènes les plus courants observés sur les marchés des produits agricoles
– comme, par exemple, pour les produits animaux ou les cultures pérennes –
par lequel le temps qui s’écoule entre la période d’investissement et la fourni-
ture d’un produit subit les entraves nées de la période de gestation. Il n’existe
actuellement aucun instrument de gestion des risques approprié qui permette
aux investisseurs ou aux institutions financières de se protéger contre les
variations de prix conjoncturelles. Toutefois, des estimations et des études de
marché basées sur des données chronologiques relatives aux prix peuvent aider
à mieux évaluer les risques et à permettre aux investisseurs et aux fournisseurs
de services financiers de prendre des décisions et de faire des investissements
en évitant les problèmes conjoncturels.
Une baisse des prix qui aurait tendance à se prolonger ne remet pas forcé-
ment en cause la rentabilité des investissements réalisés dans les diverses
1
* En anglais: hog cycle (N.d.T.).
Chapitre 1: principaux problèmes et defis 19
Figure 2
Prix du café: variations conjoncturelles et tendance sur le long terme
(Prix: indicateur composite), 1983-2003, moyenne annuelle
180
160
140
Prix $EU cts/lb
120
100
80
60
40
20
0
1984
1985
1986
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
Year
filières agricoles. D’abord, comme le montre la figure 2, une baisse des
prix sur le long terme est souvent suivie de fluctuations conjoncturelles qui
se manifestent par des périodes de hausse des prix et des périodes de prix
record pouvant durer plusieurs années; si les investissements sont réalisés au
cours d’une période où les prix sont très bas, il est possible qu’au moment
de la vente de la récolte, l’investisseur obtienne des prix plus élevés. Il est
également possible de compenser des prix bas par un meilleur rendement ou
de meilleures pratiques de gestion agricole; c’est précisément sur ce point
que repose la raison d’être de la plupart des investissements à terme.
La variation du montant des revenus, les préférences manifestées par les
consommateurs, l’arrivée sur le marché de nouveaux produits ou de pro-
duits concurrents, les politiques commerciales, etc., peuvent jouer un rôle
sur la fluctuation des prix sur le long terme. Ces phénomènes se manifestent
généralement de façon progressive et sont appréhendés grâce à des études
de marché. Toutefois, de nombreux risques surviennent à cause de facteurs
externes (changements de politique commerciale, changements de politique
interne des prix, etc.) qui peuvent provoquer de brusques fluctuations de
prix et affecter les perspectives de marché. Les variations de taux de change
jouent, elles aussi, un rôle considérable dans le commerce des produits
agricoles et des facteurs de production et peuvent entraîner la baisse de la
rentabilité prévisionnelle d’un investissement.
20 Financement des investissements agricoles à terme
Risques macroéconomiques et risques liés aux politiques commerciales
agricoles
Des conditions macroéconomiques instables, comme c’est le cas, par
exemple, dans une situation de taux d’intérêt élevés et fluctuants ou dans
celui d’une forte inflation, restreignent les possibilités de pouvoir réaliser
des investissements et des financements à long terme et ont pour consé-
quence une augmentation des risques. Pour les institutions financières enga-
gées dans des activités de financement à terme, de telles conditions écono-
miques sont également la cause d’une aggravation des risques d’actif-passif.
La stabilité et l’appréciation des paramètres fondamentaux tels que les taux
de réescompte, l’inflation et les taux de change, dépendent dans une large
mesure d’une politique macroéconomique rigoureuse et prudente mise en
place par les gouvernements. Au cours des deux dernières décennies, dans
les pays en développement (même si des différences sensibles persistent
entre les différents pays), la gestion des politiques macroéconomiques a
connu, dans l’ensemble, une nette amélioration. Toutefois, certains faits
échappent encore au contrôle des gouvernements. Les pays en développe-
ment qui dépendent dans une large mesure des recettes d’exportation prove-
nant du commerce de seulement quelques produits de base voient la stabilité
macroéconomique de leur pays subir les conséquences des variations des
prix des produits au niveau international. Les récentes crises financières
observées en Asie et dans certaines régions d’Amérique latine ont montré
qu’elles pouvaient se propager à l’intérieur d’une même zone ou entre dif-
férentes zones; ces crises ont non seulement entraîné une augmentation des
coûts et une limitation des apports de capitaux externes mais aussi, à la suite
de dévaluations monétaires, une forte progression des exportations suivie
d’une baisse notable des prix de la plupart des produits agricoles.
1.1.2 Risques spécifiques encourus par les fournisseurs de
financement à terme
Pour un fournisseur de services financiers, les risques liés au financement à
terme sont aggravés par des problèmes relatifs à l’information asymétrique,
aux risques d’aléa moral, à la qualité des garanties fournies et à l’application
des contrats. Les risques systémiques peuvent générer des problèmes de
gestion d’actif-passif et mettre en péril la validité d’un portefeuille financier.
Chapitre 1: principaux problèmes et defis 21
Information asymétrique et risques d’aléa moral
A l’origine de certains risques que les institutions financières doivent affron-
ter existe le phénomène d’information asymétrique qui peut exister entre
prêteur et emprunteur. Les informations détenues par le prêteur, relatives
aux éléments précis qui permettent de déterminer le caractère réalisable,
la rentabilité d’un éventuel investissement ou le contexte financier d’une
exploitation agricole, ne sont pas les mêmes que celles détenues par l’em-
prunteur. Le prêteur ignore aussi si l’emprunteur fera un usage des fonds
dans le respect des objectifs initialement déclarés ou s’il a véritablement
l’intention de rembourser. Les problèmes d’information asymétrique, ajou-
tés à ceux rencontrés dans le suivi et l’application du contrat, augmentent
les risques d’aléa moral: après avoir signé un contrat de prêt, l’emprunteur
pourrait, en effet, adopter une conduite portant atteinte aux intérêts du prê-
teur. Les principaux types de risques d’aléa moral sont les suivants:
• Détournement de fonds. L’emprunteur pourrait ne pas utiliser les fonds
accordés dans le cadre du prêt pour leur destination initialement prévue.
La capacité de remboursement peut alors s’en trouver affectée dans le cas
où le remboursement du prêt dépend pour l’essentiel de l’augmentation
de la trésorerie générée par l’investissement.
• Mauvaises pratiques de gestion. Les éléments déterminants fondamen-
taux d’un investissement réussi et de la préservation de la capacité
de remboursement de l’emprunteur résident dans l’engagement et la
constance de sa part visant à assurer une maintenance appropriée du
matériel et à mettre en application de bonnes pratiques de gestion.
• Non-remboursement intentionnel. Il est toujours possible que l’em-
prunteur décide de ne pas rembourser son prêt11. Au regard d’une telle
situation, le fait d’accorder des délais de grâce étalés dans le temps serait
particulièrement risqué dans la mesure où l’emprunteur pourrait alors
«ne pas se souvenir» de ses obligations de remboursement. Des déroga-
tions ou des annulations de prêt sont par conséquent particulièrement
préjudiciables pour les institutions financières car elles portent en elles
11 Cette situation pourrait se révéler particulièrement problématique dans les zones où un grand
nombre d’exploitants très unis entre eux pourraient obtenir, en faisant pression, des programmes
d’annulation de prêts et dans celles où il est impossible de procéder à des saisies sur des biens
donnés en garantie et où les gouvernements et les donateurs font preuve d’indulgence pour les
situations de non-remboursement, créant une confusion entre prêt et subvention.
22 Financement des investissements agricoles à terme
des problèmes de risques d’aléa moral susceptibles d’annihiler la culture
du crédit dans les zones rurales.
Le risque d’aléa moral est proportionnel à la durée et au montant du prêt.
Risques liés aux interventions politiques et aux mauvaises politiques
de crédit
Les marchés financiers ruraux se prêtent en général aux actions gouverne-
mentales, comme la mise en place des mesures de dérogation, de dispense
de prêt ou d’annulation de dettes, qui peuvent sérieusement remettre en
question la culture du crédit dans les zones rurales et la volonté réelle de
respecter les obligations de remboursement de la part de l’emprunteur.
Des problèmes peuvent naître dans les régions où d’importants exploitants
agricoles impliqués sur le plan politique exercent une pression afin d’obte-
nir des mesures d’annulation de prêts et dans celles où il est impossible de
procéder à la saisie des biens donnés en garantie. Les exonérations de prêts
constituent souvent des arguments électoraux pour les hommes politiques
et la forte probabilité qu’elles soient, plus le temps passant, mises en œuvre,
entraîne une diminution de la fourniture de financement à terme.
Une autre source de risques pour le développement du financement à terme
durable peut provenir de programmes de prêts subventionnés mal conçus de
la part de gouvernements ou de bailleurs de fonds. Les prêts à terme utilisés
comme instrument financier visant à favoriser la production de biens spéci-
fiques, à privilégier certains types d’investissement prédéfinis ou à permettre
un transfert déguisé de revenus vers certains groupes ciblés, sont rarement
accompagnés de procédures coercitives de remboursement. La coexistence
de mesures ou de projets mal conçus et mal appliqués aux côtés d’institu-
tions financières rurales recherchant également une autonomie financière
peut constituer un problème dans la mesure où un manque de rigueur dans
la mise en application des obligations nées d’un prêt contribue à créer une
certaine confusion chez les emprunteurs et peut avoir des répercussions
négatives sur la culture du crédit dans les zones rurales.
Risques relatifs aux biens donnés en garantie
Les risques idiosyncrasiques, y compris ceux liés à l’information asymé-
trique et aux risques d’aléa moral, peuvent, dans une certaine mesure, être
Chapitre 1: principaux problèmes et defis 23
réduits grâce à l’utilisation d’un système de nantissement. Toutefois, dans
les zones rurales des pays en développement, l’utilisation de cette tech-
nique est risquée et entraîne des coûts de transaction qui peuvent en affai-
blir le rôle d’instrument de gestion de risque. Les principales fonctions du
nantissement et les déterminants relatifs à la valeur des actifs ruraux en
tant que biens donnés en garantie sont présentés dans l’encadré 1.12
Encadré 1
Principales fonctions du nantissement
Le nantissement concerne tous les actifs donnés en garantie par les emprunteurs
jusqu’au remboursement complet de leurs emprunts. Il remplit deux fonctions très
importantes. Tout d’abord, il permet de faire une sélection permettant de limiter les
refus de remboursement intentionnels; en proposant de donner un bien en garantie
(et tout particulièrement dans les cas où, comparé à celui de la somme empruntée,
le montant offert en garantie est considérable), les emprunteurs font preuve de leur
bonne foi à vouloir honorer leur contrat de prêt. Ensuite, le nantissement permet de
réduire les risques liés au crédit dans la mesure où la vente éventuelle d’un bien supplé
mentaire peut garantir le remboursement du prêt. En raison des risques majeurs liés,
dans le cas de prêts à terme ruraux, à l’intention réelle de remboursement de la part
de l’emprunteur, le nantissement se révèle pouvoir jouer un rôle plus important que
les prêts à court terme et le crédit de fonds de roulement.
La valeur d’un nantissement dépend des éléments suivants12:
• coûts de création et de mise en application des sûretés proportionnellement peu
élevés en rapport aux coûts de transaction;
• capacité du prêteur à déterminer avec certitude et à moindre coût, avant que le
prêt ne soit accordé, si d’autres prêteurs éventuels possèdent eux aussi des privi
lèges sur le bien donné en garantie (publicité des sûretés);
• protection du prêteur contre toute éventuelle action légale de la part de tiers-
créanciers, y compris de la part de créanciers privilégiés ou non, d’administrateurs
de faillite et d’éventuels nouveaux acquéreurs du bien donné en garantie (privi
lège des sûretés);
• coûts de mise en application de la garantie proportionnellement peu élevés com
parés à la valeur du bien donné en garantie;
• valeur marchande reconnue du bien donné en garantie (pour le prêteur);
• valeur pouvant être facilement évaluée et non sujette à une dépréciation brutale
non prévisible.
12 Fleisig, Aguilar et de la Peña, 1994, p. 16.
24 Financement des investissements agricoles à terme
De nombreux exploitants agricoles sont dans l’impossibilité de pouvoir pro-
poser des biens offrant des garanties solides (voir encadré 2). De plus, dans
de nombreux pays en développement, les vides juridiques existant sur le plan
administratif et législatif sont une entrave au développement des prêts garantis
dans les zones rurales13. Par exemple, les titres de propriété, quand ils exis-
tent, sont rarement mis à jour et les prêteurs pourraient avoir des difficultés à
fournir la preuve de l’existence d’un privilège sur un bien donné en garantie.
Certains types de biens sont parfois enregistrés mais les registres ne sont sou-
vent consultables que dans les grandes villes, éloignées des zones rurales. Même
dans les cas où une garantie est enregistrée et appliquée, il subsiste toujours des
risques liés aux coûts de transaction élevés et aux délais de saisie et de vente.
Encadré 2
Profils d’investissements agricoles à terme
Profil de risques:
• Durée de gestation des périodes d’amortissement et de la capacité d’autofinance-
ment. Les investissements qui nécessitent de longues périodes d’amortissement, et
plus particulièrement ceux qui nécessitent de longues périodes de gestation (par
exemple, le caoutchouc, la noix de coco et les forêts) présentent en général plus
de risques que les investissements qui nécessitent des périodes de gestation plus
courtes et qui consentent d’avoir une capacité d’autofinancement suffisante
(par exemple, vaches laitières, plantations de thé).
• Caractéristiques des biens. Les investissements polyvalents présentent moins de
risques que les investissements plus spécialisés. Le matériel pouvant être utilisé dans
plusieurs situations et pour plusieurs activités, tel que les tracteurs, est moins sujet
qu’un engin de récolte aux risques liés aux prix et à la production d’un produit
unique. Des investissements réalisés pour l’achat ou l’amélioration des terres agri
coles (par exemple, l’irrigation) entraînent une augmentation du nombre de récoltes
pouvant être réalisées. Les terres peuvent être aussi louées ou vendues
(selon le cadre juridique et institutionnel) et prendre de la valeur avec le temps.
• Nantissement. Certains investissements peuvent être utilisés comme garantie ou
servir à renforcer la valeur d’autres biens donnés en garantie. Le matériel et les
machines agricoles peuvent aussi être utilisés pour garantir les prêts, par exemple
par le biais du crédit-bail. D’autres investissements tels que l’irrigation, des sys
tèmes de drainage ou de mise en valeur des terres, peuvent augmenter la valeur
des terres d’exploitation et, en conséquence, sa valeur de garantie.
13 Un prêt garanti désigne un contrat de prêt dans lequel le prêteur acquiert un privilège exécutoire
légal (sûreté) sur un bien de l’emprunteur (bien donné en garantie) qui peut être saisi et vendu en
cas de manquement aux obligations de remboursement.
Chapitre 1: principaux problèmes et defis 25
Encadré 2 (cont.)
Profils d’investissements agricoles à terme
Augmentation de la rentabilité et réduction des risques:
• Risques de production et diversification des revenus. Des investissements dans des
systèmes d’irrigation ou de drainage permettent aux investisseurs de se prémunir
contre les risques de sécheresse. Ils permettent également d’engager une diversi
fication dans des cultures à haute valeur ajoutée, augmentant ainsi le nombre de
récoltes annuelles et générant une meilleure capacité d’autofinancement, moins
dépendante des variations saisonnières.
• Risques de marché. Des investissements dans des installations de stockage réduisent
les pertes pouvant être subies après les récoltes et permettent aux exploitants agri
coles de vendre leurs produits quand les prix sont plus favorables.
• Augmentation et intensification de la production. L’achat ou la location de terres
agricoles permet de développer les activités agricoles et de consentir à une diversi
fication ou à une spécialisation.
En ce qui concerne les biens meubles sujets à une dépréciation dans le temps
(comme, par exemple, les machines et le matériel agricoles ou le bétail), le
fait d’engager de longues actions en justice peut être tout particulièrement
délicat et préjudiciable (voir chapitre 7).
Des facteurs différents de ceux liés aux contraintes légales et administratives
peuvent aussi réduire le rôle d’un bien donné en garantie en tant qu’instru-
ment de gestion de risque. Premièrement, comme cela a déjà été mentionné,
le bien donné en garantie peut être volé, perdu ou peut subir une déprécia-
tion. Deuxièmement, l’estimation de la valeur du bien lors de sa vente est
sujette aux conditions de marché (dynamisme du marché et importance de la
demande). Pour les prêteurs, le nantissement peut constituer un bon moyen
de se protéger contre les risques idiosyncrasiques causés par les risques d’aléa
moral ou par d’autres évènements; il s’avère toutefois être un moyen de
protection insuffisant contre les risques systémiques qui touchent un certain
nombre d’emprunteurs. Si des chocs systémiques devaient survenir, créant
une défaillance de remboursement d’un grand nombre d’emprunteurs, un
prêteur pourrait avoir des difficultés à vendre un bien donné en garantie en
raison de l’effondrement de la demande et des prix des actifs ruraux.
Dans le sous-chapitre 4.2 sont examinées diverses méthodes permettant de
consolider la mise en œuvre du nantissement sur des actifs ruraux par le
biais de garanties substitutives; le sous-chapitre 7.1 aborde les problèmes
26 Financement des investissements agricoles à terme
juridiques et réglementaires liés aux garanties et établi des propositions de
réformes des politiques développées en la matière.
Risques liés à la gestion actif-passif
Une institution financière rurale qui pratique le financement à terme doit
savoir gérer les risques issus de la différence des conditions (par exemple, les
montants, les échéances et les coûts) qui régissent les créances (par exemple,
les prêts) et les dettes (par exemple, les fonds auxquels elle fait appel).
On distingue trois sources principales de risques:
• des risques de liquidités qui naissent de la différence constatée au niveau
des échéances entre les créances et les dettes: transformer des dettes à
court terme en prêt à long terme est une opération très risquée, nécessi-
tant une très grande compétence;
• des risques liés aux taux d’intérêt qui surviennent quand des prêts à taux
d’intérêt fixe sont financés à l’aide de dettes à coûts variables tels que les
dépôts bancaires et les prêts à court terme; une augmentation des coûts
de financement auquel il est fait appel peut sérieusement compromettre
la rentabilité d’une institution financière;
• les risques liés aux taux de change qui surviennent quand une institution
financière emprunte sur des marchés de devises étrangères et qu’aucun
intermédiaire n’est capable de supporter les coûts éventuels générés par
un effondrement de la devise locale; ce cas peut aussi concerner les clients
qui empruntent en devise forte et opèrent sur le marché domestique.
Les questions relatives aux risques de gestion actif-passif sont examinées
dans le sous-chapitre 3.8 et dans le chapitre 9.
Les risques liés au portefeuille
Ces risques naissent quand il y a une concentration de risques de même
nature ou interdépendants dans un portefeuille de prêts appartenant à un
même prêteur. Ils peuvent survenir dans le cas où le montant des créances
représenterait une part importante du montant total du portefeuille détenu
ou dans le cas d’une concentration de prêts présentant des profils de risques
similaires (risques liés). Dans les deux cas, une défaillance survenant dans
le remboursement des prêts aurait des retombées sur le portefeuille global
détenu par une institution financière. Les prêts à terme agricoles, sensibles
Chapitre 1: principaux problèmes et defis 27
aux risques systémiques et d’un montant souvent important, tendent à
provoquer une concentration des risques dans un même portefeuille. Cela
peut entraîner les institutions financières rurales moins importantes à ne pas
proposer de prêts agricoles à terme. Afin de concilier coûts et rendement, les
institutions financières doivent procéder à une diversification de leur porte-
feuille soit par un développement de leurs activités dans plusieurs régions,
soit par une diversification de leur clientèle.
1.1.3 Capacité des investisseurs et des institutions financières à
gérer et affronter les risques
La gestion des risques consiste à mettre en œuvre des mécanismes de
prévention des problèmes pouvant surgir; la lutte contre les risques vise à
gérer les effets de problèmes avérés. L’offre et la demande de financement
à terme est largement conditionnée par la capacité des investisseurs et des
institutions financières à savoir réagir et gérer les risques et par les stratégies
de gestion et de lutte adéquates déployées. Le tableau 2 présente quelques
exemples de gestion des risques et de lutte contre les risques mis en œuvre
par les investisseurs et par les institutions financières.
Les exploitants agricoles gèrent généralement les risques en mettant en
œuvre de bonnes pratiques agricoles, en diversifiant leurs activités (agricoles
et non), en épargnant financièrement ou en nature, en trouvant un moyen de
s’assurer personnellement par le biais de réseaux informels, etc. Il est possible
aussi qu’ils investissent dans des activités peu risquées à faible rendement.
Les stratégies de lutte contre les risques consistent en la réduction de la
consommation, en la recherche de prêts (principalement de sources infor-
melles) ou en la vente d’actifs14. Diverses possibilités de gestion des risques
à disposition des institutions financières seront examinées dans la partie B;
il s’agit, en l’occurrence, d’opérer une sélection prudente et un contrôle des
clients, d’adopter une bonne méthode d’appréciation des investissements,
une méthode de diversification de portefeuille, une méthode de détermina-
tion des coûts liés aux risques, d’aborder les questions de nantissement des
prêts et de provisions pour pertes. Les stratégies de lutte contre les risques
14 Dercon (2001) fait une excellente synthèse de tout ce qui a été publié sur les limites et sur les facteurs
auxquels les exploitants agricoles sont confrontés en matière de gestion et de lutte contre les diffé-
rents types de risques.
28 Financement des investissements agricoles à terme
Tableau 2
Gestion et lutte contre les risques par les investisseurs
et les institutions financières
Types de Exemples Gestion des risques/moyens de lutte
risques
Investisseurs Institutions financières
Risques idio Pannes de • Gestion appropriée • Sélection prudente et
syncrasiques machines et maintenance contrôle des investisseurs
agricoles • Planification finan et du matériel agricole
cière assurant un • Accord avec les fournis
fonds de roulement seurs pour assurer un ser
disponible à tout vice après-vente
moment • Financement de matériel
nouveau
• Création d’un accès à un
fonds de roulement et à
des prêts d’urgence
• Crédit-bail et biens don
nés en garantie appro
priés
Maladie ou • Investissement dans • Critères de sélection précis
décès des des techniques pour l’emprunteur (par
membres de pouvant faciliter le exemple, limite d’âge)
la famille travail • Possibilités d’épargne/
• Épargne financière prêts d’urgence/assurance-
ou en nature vie
• Participation à des • Biens donnés en garantie
réseaux sociaux appropriés
Risques Sécheresse • Irrigation • Diversification de porte
systémiques • Variétés résistantes à feuille
la sécheresse • Provision pour pertes
• Migration temporaire • Relations/contact avec les
• Assurance récolte assureurs
• Financement pour irri
gation
Fluctuations • Diversification • Prêts d’urgence/marges de
des prix (sai • Stockage crédit aux investisseurs
sonnières) • Agriculture sous • Marchés à terme/options
contrat de vente
• Options de vente/ • Facilités de refinancement
marchés à terme
• Diversification de • Diversification de porte
l’exploitation agri feuille
cole/entreprise • Provision pour pertes
• Vente d’actifs • Rééchelonnement des
prêts
Chapitre 1: principaux problèmes et defis 29
concernent la saisie et la vente des biens donnés en garantie, le rééchelonne-
ment des prêts, la renégociation des anciens prêts et la négociation de nou-
veaux prêts auprès d’autres institutions financières dans le but de compenser
le manque de liquidités.
Ces stratégies peuvent s’avérer être efficaces dans le cas de risques idiosyn-
crasiques et dans celui de risques systémiques peu importants, peu fréquents
ou de faible ampleur. Toutefois, elles s’avèrent insuffisantes, voire inutiles,
dans le cas de chocs externes particulièrement importants. Par exemple, dans
une certaine mesure, la diversification des activités (agricoles ou non) per-
met aux investisseurs d’être moins vulnérables face aux risques spécifiques
relatifs aux produits agricoles tels que les fluctuations de prix, les dégâts cau-
sés par les animaux nuisibles aux cultures et les maladies; toutefois, en rai-
son des liens étroits qui existent entre ces différents phénomènes, les chocs
externes qui affectent les revenus de l’exploitation entraînent également une
réduction de la demande pour les produits et les services non agricoles15.
Le nantissement, tout comme n’importe quelle autre technique de finance-
ment, sont eux aussi impuissants à prévenir les risques systémiques majeurs
tels que la sécheresse, les inondations, les dégâts causés par les animaux
nuisibles aux cultures ou un effondrement brutal des prix. Les risques
systémiques peuvent contraindre les institutions financières à chercher
à se diversifier dans différentes zones rurales ou dans des zones à la fois
rurales et urbaines afin de pouvoir gérer les risques liés à leur portefeuille.
Des liens existent entre diversification et spécialisation. Plus la clientèle et
les zones d’action sont étendues, moins la perception et la connaissance du
prêteur concernant les clients, les activités économiques et les différentes
situations locales sont précises. Les institutions financières doivent choisir
entre développer leurs activités ou renoncer à une relation de proximité avec
leurs clients; dans ce dernier cas, les risques liés à l’octroi de crédit peuvent
augmenter (Skees, 1003).
15 Les revenus non agricoles sont souvent fortement liés aux chocs qui affectent les revenus de l’exploita-
tion. De mauvaises récoltes provoquent un effondrement de la demande au niveau local pour tous les
métiers et les services, limitant toute possibilité de diversification de gestion des risques.
30 Financement des investissements agricoles à terme
1.2 COÛTS DE FOURNITURE DU FINANCEMENT AGRICOLE
À TERME
Pour une institution financière, les coûts relatifs à la fourniture de prêts à
terme comportent:
• des coûts liés aux fonds nécessaires;
• des coûts de transaction pour l’appréciation des prêts, des coûts de ges-
tion et de suivi;
• des coûts liés aux risques, comme les provisions pour pertes ou les pertes sèches.
En pratique, les faits à l’origine de ces coûts sont liés entre eux: la gestion
des risques entraîne à la fois des coûts préventifs, permettant de se prému-
nir contre les défaillances de remboursement, et des coûts postérieurs à
la réalisation des risques après un non-remboursement. Pour mieux gérer
et réduire les risques, il est nécessaire de recueillir et d’analyser certaines
informations, ce qui nécessite l’emploi de personnel et entraîne une aug-
mentation des coûts de transaction. Si la réduction des coûts de transaction
est due à une diminution du temps et des efforts consacrés à la vérification
des demandes de prêts ou au contrôle de l’emprunteur, les coûts liés aux
risques peuvent augmenter. D’importants arriérés peuvent, quant à eux,
entraîner une augmentation des coûts liés aux fonds nécessaires car un prê-
teur victime de nombreuses défaillances de remboursement doit supporter
des majorations de frais.
Des prêts garantis peuvent entraîner des coûts d’expertise, d’évaluation,
d’enregistrement et, éventuellement, de saisie et de vente des biens donnés
en garantie. Toutefois, le nantissement peut réduire considérablement les
risques d’aléa moral et permettre au prêteur de faire face à d’autres risques
liés au financement agricole à terme. Le tableau 3 présente les principaux
déterminants de ces coûts, qui sont analysés par la suite en opérant une
distinction entre prêts à court terme et prêts à long terme.
Coûts des ressources
Ces coûts varient en fonction de la source de financement. Une distinction
importante doit être faite entre les financements subventionnés et les finan-
cements commerciaux. Les coûts directs des financements subventionnés,
tels que les taux d’intérêts, sont globalement moins importants mais il peut
Chapitre 1: principaux problèmes et defis 31
Tableau 3
Éléments déterminants des coûts des prêts à terme
Types Exemples Principaux déterminants des coûts
des coûts
Coûts liés Coûts directs • Nature du financement : financement de type
aux fonds commercial vs. financement subventionné
nécessaires • Durée du financement: augmentation des coûts
proportionnelle à la durée
Coûts indirects • Production d’un rapport documenté dans le cas
d’un financement subventionné
• Coûts de gestion de trésorerie
Coûts de Risques directe • Coûts de transaction réels proportionnels aux
transaction ment liés (appré risques
ciation, suivi) • Coûts de transaction liés au montant et à la
durée des prêts
Risques non direc • Fixes pour toutes les transactions, indépendam
tement liés (admi ment du montant et de la taille du prêt
nistration, frais
d’établissement)
Coûts liés Provisions pour • Caractéristiques de l’investissement (durée de la
aux risques pertes période d’amortissement, montant du nantisse
Pertes sèches ment, remplacement/amélioration d’un investisse
ment ou nouvel investissement, etc.)
• Caractéristiques de l’investisseur (expérience,
compétences, capacité d’autofinancement, biens
offerts en garantie, etc.)
• Caractéristiques du fournisseur des services finan
ciers (expérience, compétence, taille, etc.)
• Contexte commercial et accès à des services de
soutien
• Cadre macroéconomique et politique mise en
œuvre
• Cadre juridique et institutionnel relatif au nantis
sement et à l’exécution des contrats
y avoir des coûts cachés, tels que la production de rapports documentés
(Giehler, 1999). Les coûts des financements commerciaux, comme les dépôts,
les obligations et les actions, augmentent proportionnellement à la durée
des financements. Les prêts à terme requièrent une gestion de trésorerie
plus complexe, ce qui augmente d’autant les coûts de transaction. Les insti-
tutions financières jouissant d’un actif net important doivent procéder sim-
plement à une évaluation prévisionnelle des coûts liés aux fonds nécessaires.
32 Financement des investissements agricoles à terme
Coûts de transaction
Les coûts de transaction concernent l’appréciation des demandes de prêts,
la gestion des dossiers de prêts et le suivi des emprunteurs. Une part impor-
tante des coûts d’appréciation et de gestion est fixe pour chaque opération
et ne connaît pas de variations significatives selon la taille ou la durée du
prêt. Ces coûts incluent les coûts d’octroi du prêt, les coûts relatifs à la
demande (aide fournie aux clients pour remplir les formulaires de demande),
les débours et les coûts liés au recouvrement des prêts défaillants. Selon une
étude récente, menée auprès de 14 institutions de microfinance en Equateur,
au Salvador et au Paraguay, ces coûts représentent plus de 90 pour cent des
coûts par unité de prêt (Gheen, 1999, cité dans Westley, 2003). L’étalement
de ces coûts fixes sur une période plus longue entraîne une réduction consi-
dérable du total des coûts.
D’autres coûts de transaction dépendent de la durée et du montant du prêt:
des prêts avec un montant plus important et offrant des durées plus longues
exigent que soit faite une évaluation plus précise de la capacité d’emprunt de
l’emprunteur et de l’investissement envisagé (faisabilité, études de marché,
etc.). Les biens donnés en garantie doivent être évalués, enregistrés et – dans
le cas d’une défaillance de remboursement – saisis16. Une augmentation des
coûts peut trouver son origine dans la procédure d’octroi de prêts au mon-
tant particulièrement important qui requiert l’intervention de commissions
de crédit placées à un niveau hiérarchique supérieur à celui de l’agence. De
plus, des prêts particulièrement importants exigent en général un suivi, en
particulier quand les biens financés ont une influence significative sur la
capacité à rembourser de l’emprunteur ou constituent la garantie principale
de remboursement. Le montant total des coûts de transaction relatifs aux
prêts à terme est généralement supérieur à celui des prêts à court terme17.
La situation est toutefois totalement différente dans le cas de coûts de tran-
saction liés au montant et à la durée des prêts. Un montant élevé et une durée
plus longue font que les prêts à terme permettent de réaliser des économies
16 Les coûts connexes dépendent du cadre législatif et administratif et peuvent varier considérable-
ment d’un pays à l’autre.
17 Les coûts de transaction pour les prêteurs dépendent dans une large mesure de l’existence et de la
qualité des infrastructures rurales de base telles que les infrastructures routières et les systèmes de
communication. Ils dépendent aussi de la densité de population.
Chapitre 1: principaux problèmes et defis 33
d’échelle considérables sur les coûts d’appréciation et de gestion. Par exemple,
si une somme de 10 000 $EU est déboursée pour un prêt à terme d’une durée
de 5 ans, une seule procédure d’appréciation est nécessaire. Si la même somme
est déboursée pour cinq prêts à court terme différents et successifs de 2 000
$EU chacun, cinq procédures d’appréciation seront nécessaires. La différence
est encore plus importante si le montant est déboursé en faveur de 50 micro-
crédits d’une valeur unitaire de 200 $EU, ce qui demanderait 50 procédures
d’appréciation de prêt. C’est pour cette raison que des taux d’intérêt élevés
sont nécessaires pour couvrir les coûts des opérations de microcrédit. Les
prêts à terme peuvent donc être fournis à des coûts de transaction beaucoup
moins élevés que ceux relatifs aux prêts à court terme ou aux microcrédits.
Coûts liés aux risques
Outre les coûts de transaction, la gestion des risques entraîne des coûts
directs. Des provisions pour pertes peuvent devoir être constituées dans
le but de protéger le prêteur d’une éventuelle défaillance de paiement de la
part de l’emprunteur. Elles sont calculées sur la base d’un taux de non-rem-
boursement et couvrent les coûts relatifs à la mise en exécution forcée du
remboursement des prêts devenus exigibles, aux frais de saisie et aux frais
relatifs à la vente du bien nanti. Si les frais de transaction sont souvent à la
charge de l’emprunteur (dans les frais d’appréciation des prêts), la tendance
est celle d’imputer les frais des coûts liés aux risques en les rajoutant aux
taux d’intérêt sous la forme d’une prime de risque. Dans les deux cas, le
montant total des coûts est supporté par l’emprunteur.
Les nombreux risques qui pèsent sur les prêts à terme rendent nécessaire
la constitution d’importantes provisions pour pertes. Pour cette raison, à
la différence des prêts à court terme, les modalités et le montant des prêts à
terme peuvent difficilement faire l’objet d’ajustements face à des situations
changeantes. Ces risques (et les coûts de gestion qu’ils génèrent) peuvent
toutefois varier de façon considérable en fonction de l’investissement, des
caractéristiques de l’investisseur, du contexte du marché, de l’existence
d’instruments de gestion des risques et d’autres facteurs liés au contexte
économique et au cadre institutionnel, juridique et politique.
Le fait que les coûts totaux des risques des prêts à terme se situent au-dessous
ou au-dessus des coûts saisonniers ou des microcrédits dépend de la capacité
du prêteur à définir de bonnes procédures d’évaluation des coûts concernant
34 Financement des investissements agricoles à terme
la recherche et le traitement des informations, le suivi des emprunteurs, etc.
Comme nous l’examinerons dans le chapitre 3, une institution financière
qui souhaite se lancer dans une nouvelle activité de financement à terme
peut devoir supporter des coûts de création d’activité très importants.
Les coûts de transaction et les coûts liés aux risques ont tendance à dimi-
nuer au fur et à mesure que les prêteurs acquièrent de l’expérience dans
le domaine du financement à terme, que des techniques de financement
appropriées sont développées et que les coûts peuvent être répartis sur un
portefeuille de titres plus important. Les institutions financières accumu-
lent et capitalisent des connaissances précises et essentielles concernant leur
client-type et elles améliorent leurs connaissances en matière de risques les
plus courants et de potentiel des marchés et des secteurs de marché spéci-
fiques. L’acquisition d’une bonne expérience permet aussi aux institutions
financières de réduire les coûts d’accès à des sources de financement.
1.3 ÉLÉMENTS DÉTERMINANTS POUR LA FAISABILITÉ
DU FINANCEMENT À TERME
La faisabilité du financement à terme dépend du niveau de rentabilité des
investissements financés et de la capacité des investisseurs et des institu-
tions financières à savoir gérer les risques à un coût raisonnable. Dans
certains cas, le niveau particulièrement élevé des risques peut constituer
un élément dissuasif: c’est le cas, par exemple, lorsque des risques exagé-
rément élevés entraînent un renoncement pur et simple à vouloir les gérer.
Dans ce cas, il n’existe alors ni offre ni demande pour un financement à terme.
Dans certains cas, les risques peuvent être gérables mais à des coûts très
élevés qui réduisent la rentabilité de l’investissement.
La faisabilité du financement à terme suppose comme conditions préalables,
entre autres, l’existence d’un cadre macroéconomique stable avec des taux
d’intérêt et une inflation contenus et sous contrôle ainsi que l’existence
d’une politique responsable de taux de change. Il est indispensable d’être
en présence d’une certaine stabilité politique, d’un secteur agricole rentable,
d’une culture du crédit rural et d’un bon cadre juridique et institutionnel
relatif à l’application des contrats. En l’absence de ces conditions, le finan-
cement à terme a peu de chances d’être viable ou sa fourniture peut avoir des
répercussions négatives sur la santé financière des institutions financières et
entraîner un manque de capitalisation pour les exploitants agricoles.
Chapitre 1: principaux problèmes et defis 35
Les risques liés au financement à terme peuvent être influencés par d’autres
facteurs, avec des effets durables sur les coûts de la fourniture du finance-
ment. Ces facteurs doivent faire l’objet d’une analyse dans le cadre d’une
étude de faisabilité:
Type d’investissement. Le profil de risques dépend des caractéristiques
physiques et économiques des investissements à terme tels que le montant,
la durée de gestation et des périodes d’amortissement, du type de biens,
de la valeur commerciale et de la valeur de garantie, des caractéristiques
techniques et des exigences qui en découlent en matière de maintenance et
de compétences requises. Un équilibre doit être trouvé entre réduction des
risques et augmentation de la rentabilité de l’investissement.
Type d’investisseur. Les éléments déterminants les plus importants concer-
nant le profil de risque des clients sont, entre autres, l’expérience profession-
nelle et les compétences acquises, une certaine constance dans l’accomplis-
sement des activités, le niveau et la variété des sources de revenus, les biens
offerts en garantie, la qualité des rapports avec les autres acteurs du marché
et les antécédents en matière de crédit. Il est manifestement moins risqué de
financer le développement d’une activité déjà existante que la création de
nouvelles activités par diversification ou l’adoption de nouvelles techniques.
Contexte relatif au marché. En ce qui concerne la volatilité et les tendances
observées au niveau de la demande et des prix, les produits agricoles présen-
tent de grandes différences. Des ententes commerciales, comme l’agriculture
sous contrat ou d’autres types d’intégration verticale, peuvent réduire les
risque liés à l’accès aux marchés et parfois aussi ceux liés aux fluctuations
de prix.
Existence de services de soutien. Des services de conseil, réguliers et
constants, en matière de commerce agricole ou de gestion financière agricole,
tout comme l’existence de techniques appropriées, de services après-vente,
de pièces de rechange, de matériel végétal, d’engrais, de produits agrochi-
miques, etc., réduisent les risques de production, les risques techniques et
les risques pour les clients. Le financement de machines agricoles est moins
risqué dans des zones où il existe une «culture» des machines agricoles.
Cadre juridique. Le cadre juridique et institutionnel relatif à l’utilisation des
actifs ruraux en tant que biens donnés en garantie et relatif à l’application des
36 Financement des investissements agricoles à terme
contrats, joue un rôle important pour les risques et pour les coûts de transac-
tion dans les cas où la gestion des risques prévoit la mise en œuvre de sûretés.
Existence d’instruments spécifiques de gestion des risques. Des instruments
spécifiques de gestion des risques, tels que l’assurance ou tout mécanisme
de couverture à terme, permettent aux investisseurs de transformer des
risques systémiques relatifs aux éléments climatiques, aux animaux nuisibles
aux cultures et aux prix des produits agricoles en primes versées en amont.
Il est ainsi plus facile pour l’investisseur et pour le fournisseur de services
financiers de déterminer le rendement d’un investissement par rapport aux
risques et de le comparer à d’autres investissements alternatifs.
Fournisseur du financement à terme. La taille et l’expérience du fournisseur
de financement à terme jouent un rôle important sur sa capacité à proposer
ce type de financement (et les coûts relatifs). Les institutions financières les
plus importantes sont par exemple placées dans une meilleure situation pour
gérer des risques de portefeuille dans la mesure où elles peuvent pratiquer
une plus grande diversification des activités et avoir accès à un plus grand
nombre de sources de financement.
Au regard de ce qui vient d’être examiné, il est possible de conclure que, mal-
gré l’existence de risques généralement élevés, le financement à terme est un
instrument auquel il conviendrait de donner toute sa place pour des raisons
non seulement de coût mais aussi d’amélioration de la rentabilité et de limi-
tation des risques. Toutefois, la faisabilité du financement à terme dépend
de nombreux facteurs qui sont étroitement liés au contexte précis d’une
situation donnée et qui peuvent varier de façon considérable en fonction du
contexte local. La faisabilité doit être appréciée au cas par cas. La partie B
montrera dans quelle mesure cela est possible, en prenant pour exemple les
institutions ayant fait l’objet d’une étude dans le cadre de ce document.
Dans une perspective dynamique, les institutions financières peuvent avoir
intérêt à fournir un financement à terme à des clients possédant un bon
potentiel de développement et qui désirent investir: cela peut permettre
d’améliorer la rentabilité et de réduire les risques liés au profil des clients,
de créer une demande durable pour d’autres services financiers (tels que les
prêts à court terme) et d’encourager les emprunteurs à court terme à rem-
plir leurs obligations de remboursement de façon à pouvoir prétendre à des
prêts à terme.
partie b
LE FINANCEMENT AGRICOLE À TERME
EN PRATIQUE
39
Chapitre 2
ÉTUDES DE CAS
PRÉSENTATION GÉNÉRALE
Dans le chapitre 1, ont été évoquées les raisons pour lesquelles la plupart
des institutions financières hésitent à fournir un financement à terme aux
exploitants agricoles. Ce type de financement est peu diffusé non seulement
à cause de la complexité et d’un contexte souvent défavorable qui le carac-
térisent mais aussi à cause du manque de dynamisme, d’esprit d’innovation
et de concurrence dans le système bancaire. Le système des crédits ciblés
obligeait auparavant les banques à fournir des prêts au secteur agricole,
y compris lorsque le contexte économique était défavorable et que des
techniques de financement adéquates venaient à manquer. Aujourd’hui,
la libéralisation du secteur financier a souvent conduit à une situation
radicalement différente: les banques commerciales de nombreux pays en
développement se distinguent par un excédent de liquidités important et
préfèrent réaliser des investissements présentant peu de risques et un ren-
dement faible comme, par exemple, les bons du Trésor. L’octroi de prêts
n’est souvent consenti qu’à de grandes et moyennes entreprises déjà bien
implantées dans les secteurs du commerce, des services et de l’industrie.
En outre, les institutions de microfinance préfèrent concentrer leurs acti-
vités financières dans les zones urbaines et périurbaines et privilégient les
activités non agricoles à rotation rapide du chiffre d’affaire comme la pro-
duction de services ou de biens commerciaux.
Dans un contexte général peu favorable, quelques exemples encourageants
témoignent toutefois de la contribution des techniques de financement
40 Financement des investissements agricoles à terme
adéquates à la résolution des problèmes relatifs aux risques, aux coûts
de transaction et aux cas d’information asymétrique. Des études de cas
ont été menées en 2001 et en 2002 en Bolivie, en Inde, à Madagascar,
aux Philippines, en Afrique du Sud et en Thaïlande18 et des exemples
concrets de financement agricole à terme ont également été analysés au
Bénin, au Ghana, en Indonésie, au Kenya et au Mali19. Face à la rareté
des exemples existants, des critères de sélection simples ont été rete-
nus: les études de cas ont porté sur des institutions financières viables
et faisant preuve, par la mise en œuvre de stratégies différentes de celles
ayant conduit à l’échec du système du crédit ciblé, d’esprit d’innovation.
2.1 ÉLÉMENTS CARACTÉRISTIQUES DES DIFFÉRENTES
INSTITUTIONS
Le tableau 4 présente les principaux éléments caractéristiques des institutions
ayant fait l’objet d’une étude de cas ainsi que les principales caractéristiques
de leur portefeuille respectif de financement à terme. Il en ressort la présence
d’une grande diversité concernant le type et la dimension des institutions
financières et concernant les situations observées relatives au financement à
terme. Les deux plus grandes banques sont les banques de développement
agricole; elles détiennent les portefeuilles de financement à terme les plus
importants, inclus les prêts à moyen et à long terme. Avec 587 agences, la
Bank for agriculture and agricultural Cooperatives (BAAC) possède une
envergure nationale; plus de la moitié de son portefeuille de titres est com-
posé de prêts à moyen et à long terme octroyés à de petits et moyens exploi-
tants agricoles. La Land and Agricultural Development Bank of South Africa
(Land Bank) détient elle aussi un portefeuille de prêts à terme important.
Sa clientèle est principalement composée d’exploitants agricoles blancs pos-
sédant de petites et moyennes exploitations commerciales; la fourniture de
prêts à moyen terme à des exploitants agricoles noirs est encore assez limitée.
18 Document complet téléchargeable sur le site: [Link]
19 Ces analyses concernent la Fédération des Caisses d’épargne et de crédit agricole mutuel (FECE-
CAM) (Bénin), la Ghana Oil Palm Development Company (Ghana), l’Equity Building Society and
rural savings and credit cooperatives (SACCOs) qui opèrent dans le secteur du café, du thé et des
produits laitiers (Kenya), de la Banque Nationale du Développement Agricole (BNDA), d’insti-
tutions financières rurales mutualistes (Mali) et de structures d’aide au développement de petits
exploitants agricoles financées par le système bancaire indonésien et qui opèrent dans le secteur
arboricole.
Chapitre 2: etudes de cas – présentation générale 41
20 21
Tableau 4
Éléments caractéristiques des institutions financières et des portefeuilles
de financement à terme
Institutions Type de Durée Type d’in- Portefeuille de finan- Portefeuille
produits vestissement cement à terme total de prêts
financiers (exemples) total (en
Montant à Nombre
milliers
recouvrer de prêts
$EU)
(en milliers
$EU)
CLA, Bolivie Prêts à <5 Machines n.d.20 n.d. 64 219(a)
(institution terme agricoles,
financière Terres
non ban
caire)
Agrocapital, Prêts à <5 Machines 4 998(b) 47621 8 945
Bolivie terme agricoles,
(ONG) transfor
mation de
produits
agricoles
ANED, Prêts à <3 Matériel 765(c) 1 483 7 446
Bolivie terme agricole
(ONG)
Bail finan <5 Installations 505(c) 486
cier avec d’irrigation,
clause de tracteurs
rachat
BASIX, Inde Prêts à <3 Installations 147(a) 370 4 123
(institution terme d’irrigation,
financière matériel
non ban agricole
caire)
BAAC, Prêts à <5 Machines 3 047 069(a) 784 801 5 621 279
Thaïlande terme agricoles,
(banque de bétail
développe
Prêts à < 15 Cultures
ment agri
terme pérennes,
cole)
mise en
valeur des
terres
20 Bien qu’aucun chiffre précis ne soit disponible, il est connu que 5,5 pour cent de l’ensemble des
contrats de prêt ont une valeur supérieure à 5 000 $EU et que 13 pour cent de l’ensemble du por-
tefeuille sont investis dans l’agriculture.
21 Prêts à la production dont la plupart ont une durée de 1 à 5 ans.
42 Financement des investissements agricoles à terme
22
Tableau 4 (cont.)
Éléments caractéristiques des institutions financières et des portefeuilles
de financement à terme
Institutions Type de Durée Type d’in- Portefeuille de finan- Portefeuille
produits vestissement cement à terme total de prêts
financiers (exemples) total (en
Montant à Nombre
milliers
recouvrer de prêts
$EU)
(en milliers
$EU)
CIDRE, Prêts à <7 Systèmes 3 103(a) 292 3 206
Bolivie terme d’irrigation,
(ONG) refroidisseur
pour le lait
CECAM, Bail finan <3 Machines 1 788(a) 6 895
Madagascar cier avec agricoles,
(institution clause de bétail
financière rachat
mutualiste)
Land Bank, Prêts à <8 Machines 179 535(c) n.d. 982 927
Afrique du terme agricoles, (25 288)22
Sud (banque bétail
de déve
Prêts à < 15 Acquisition 687 106(c) n.d.
loppement
terme de terres, (4 460)
agricole)
cultures
pérennes
LRCF, Prêts à < 15 Acquisition 4 840(d) 13 4 840
Afrique du terme de terres, (mai 1999
Sud (fonds autres inves – octobre
revolving) tissements 2000)
MCRB, Inde Prêts à < 14 Cultures 1 734(c) n.d. n.d.
(coopérative terme pérennes,
polyvalente) matériel
agricole
Umthombo, Prêts à <7 Création de 2 034(b) n.d. 2, 06
Afrique du terme plantations
Sud, (fonds de canne à
revolving) sucre
RBP, Finance- 10 Rizerie 250(c) 2 30 000
Philippines ment de (fonds
(banque capital/ totaux
rurale) prise de NRBG –
participa- Network
tions Rural
Banking
Group)
(a)
fin 2002, (b)
fin 2001, (c)
fin 2000, (d)
de mai 2000 à octobre 2001.
22 Prêts aux nouveaux exploitants agricoles noirs.
Chapitre 2: etudes de cas – présentation générale 43
Les autres institutions sont de taille moins importante et détiennent des
portefeuilles de financement à terme plus modestes: il s’agit d’organisations
non gouvernementales (ONG), d’institutions financières non bancaires
(IFNB) et d’institutions financières mutualistes. Certaines d’entre elles
n’opèrent que dans une seule et unique région – Centro de investigacion
del desarollo regional economico (CIDRE) et Mulukanoor Cooperative
Rural Bank (MCRB), alors que d’autres sont présentes dans plusieurs
régions, sous forme de filiales, Caja los Andes (CLA), BASIX, Associacion
nacional ecumenica de desarollo (ANED) – ou sous la forme d’établisse-
ments fédérés – Caisses d’épargne et de crédit agricole mutuel (CECAM).
Beaucoup d’entre elles ont fait preuve d’un grand esprit d’innovation
en proposant de nouveaux produits et de nouvelles techniques de finan-
cement. Le cas de l’Umthombo (ex. Financial Aid Fund) est le seul cas
répertorié d’institution non financière ayant connu une expérience réussie
de financement à terme fourni à de petits et moyens exploitants agricoles;
l’Umthombo est un fonds revolving dont le capital est détenu par la South
African Sugar Association et qui fournit des prêts à moyen terme pour la
création de plantations et pour l’achat de matériel d’irrigation.
Les activités de la plupart des institutions ayant fait l’objet d’une étude
portent sur la fourniture de prêts à moyen terme d’une durée de 3 à 7 ans.
Les banques de développement agricole et les institutions de second
rang, telle que la Land Reform Credit Facility (LRCF), sont les seules
à pouvoir fournir des prêts à long terme assortis de délais de grâce. A
l’exception de la Land Bank, toutes les institutions qui ont fait l’ob-
jet d’une étude concentrent leurs activités sur des exploitants agri-
coles possédant de petites et moyennes exploitations commer-
ciales et sur les petites et moyennes entreprises non agricoles (PME).
Le montant des prêts varie en principe de 2 000 à 20 000 $EU; toutefois,
s’agissant de la mise en valeur des terres, de constructions, de machines
agricoles à usage spécifique et d’installations pour la transformation de
produits agricoles, plusieurs institutions proposent des prêts d’un montant
supérieur.
44 Financement des investissements agricoles à terme
2.2 ÉLÉMENTS EN FAVEUR DU FINANCEMENT AGRICOLE
À TERME
Face à la réticence des institutions financières à proposer des produits
de financement agricole à terme, le bref développement suivant expose
quelques-unes des raisons ayant conduit certaines institutions ayant fait
l’objet d’une étude à s’engager dans ce type d’activités financières.
• Fidélisation des clients. Les institutions vantant une expérience dans le
domaine de la microfinance et les institutions financières mutualistes
ont constaté que les clients les plus fidèles souhaitaient bénéficier de
prêts d’un montant plus élevé assortis de périodes de remboursement
plus longues (par exemple, pour l’achat de matériel). La fourniture
de produits de financement à moyen terme a permis de satisfaire ces
clients et les investissements réalisés ont consolidé l’activité écono-
mique de ces mêmes clients, favorisant ainsi une demande éventuelle
de futurs prêts à court terme.
• Nouveaux clients. Des études de marché ont révélé, dans plusieurs
cas, qu’il existait des exploitants/entrepreneurs agricoles avec des
projets d’investissement sérieux désireux de pouvoir bénéficier d’un
financement à terme pour l’achat de matériel ou d’autres biens néces-
saires au développement de leurs activités. Ces investisseurs poten-
tiels étaient soit trop «grands» pour pourvoir bénéficier de prêts de
microfinance, soit trop «petits» ou dans l’impossibilité d’offrir des
garanties adéquates pour pouvoir être considérés comme rentables
par les institutions financières traditionnelles. Dans certains pays, ces
exploitants agricoles figuraient parmi les meilleurs clients de banques
de développement agricole ayant entre-temps cessé leur activité et il
leur était impossible d’avoir accès aux services des institutions finan-
cières traditionnelles.
• Saturation des marchés urbains et diversification des activités. Certaines
institutions financières, comme la CLA et la Rural Bank of Panabo
(RBP), qui exerçaient leurs activités principalement en milieu urbain,
ont été confrontées, concernant le financement des petites activités et
le financement à la consommation, à une concurrence de plus en plus
acharnée sur les marchés urbains alors qu’au même moment les mar-
chés ruraux étaient totalement ignorés par les institutions financières
traditionnelles.
Chapitre 2: etudes de cas – présentation générale 45
Encadré 3
Historique des institutions
L’Asociación nacional ecuménica de desarrollo (ANED) est une ONG finan
cière opérant en Bolivie. Sa mission institutionnelle consiste à fournir des
prêts à la population rurale dans différentes régions du pays. Après voir pra
tiqué, pendant de nombreuses années, une activité de microcrédit en faveur
de certains groupements, des difficultés ont surgi quand il s’est agi de finan
cer des investissements plus importants à l’aide du même instrument financier.
De nombreux clients souhaitaient bénéficier de montants plus importants et d’une
durée de remboursement plus longue. L’ANED a, dans un premier temps, essayé
d’adapter ses techniques de crédit au financement de tracteurs et d’autre matériel agri
cole mais des problèmes de gouvernance et un cadre législatif relatif au recouvrement
forcé des prêts inadapté ont conduit à l’échec; elle a, dans un deuxième temps, proposé
des produits de financement sous forme de crédit-bail dans des zones où des ONG non
financières, suite à une formation dispensée par leurs soins à de nombreux exploitants
agricoles, avaient créé une forte demande en matériel d’irrigation et en tracteurs.
La Caja los Andes (CLA), en Bolivie, a débuté son activité en 1992 comme ONG
financière. En 1995, elle s’est transformée en institution financière non bancaire.
Après avoir connu une réussite considérable grâce à ses activités de microfinance
ment développées en zone urbaine, la CLA a été confrontée à un marché de plus
en plus saturé. Plusieurs concurrents ayant adopté des critères d’appréciation moins
sévères, les clients ont alors pu contracter plusieurs crédits auprès de différents
prêteurs et ont pu donner les mêmes biens en garantie à plusieurs reprises, avec
pour conséquence une augmentation des cas de défaillance de remboursement. La
banque de développement agricole ayant cessé ses activités au milieu des années
1980, les zones rurales sont restées fortement dépourvues de services financiers.
Afin d’élargir et de diversifier son portefeuille de prêts, la CLA a modifié ses techniques
de gestion et ses techniques d’octroi de prêts basées sur la trésorerie des particuliers et
les a adaptées au secteur agricole dont de nombreux clients potentiels tiraient une part
importante de leur revenu et exigeaient des conditions de remboursement à plus long
terme. La CLA ne propose qu’un seul type de prêt agricole qui s’adapte à la capacité de
financement de chaque client. Aux clients faisant preuve d’un réel esprit d’innovation
et pouvant offrir de réelles garanties, elle propose des prêts d’un montant pouvant
atteindre 30 000 $EU et d’une durée pouvant aller jusqu’à 5 ans.
La Bank for agriculture and agricultural cooperatives (BAAC) est une banque
de développement agricole publique dont la mission précise est de fournir
des services financiers à la communauté rurale thaïlandaise. Suite à des expé
riences désastreuses menées dans le domaine du crédit par le biais de coopéra
tives agricoles, la BAAC a développé des techniques très efficaces de crédit aux
particuliers basées sur des groupes à responsabilité solidaire chargés d’étudier
chaque cas de demande de prêt et d’effectuer un contrôle sur les emprunteurs.
Après avoir identifié une clientèle de base, la BAAC a commencé à proposer des prêts
à moyen et long terme aux exploitants agricoles qui avaient déjà eu recours au crédit
46 Financement des investissements agricoles à terme
Encadré 3 (cont.)
Historique des institutions
à court terme. La taille, les compétences et la possibilité de bénéficier de sources de
financement qui caractérisent cette banque lui ont permis de pouvoir proposer des
taux d’intérêts relativement bas comparés à d’autres et de développer son portefeuille
de prêts à terme.
La Rural Bank of Panabo (RBP), est une banque modeste des Philippines dont les
activités de prêts octroyés aux petits exploitants agricoles ont connu des vicissitudes.
Par le passé, des tentatives d’octroi de prêts à court terme, dépourvus de garantie,
aux cultivateurs de riz avaient échoué. Alors qu’en milieu urbain, les banques com
merciales et rurales se livraient à une concurrence acharnée qu’il fallait gérer, dans
les zones rurales, les exploitants agricoles ne pouvaient bénéficier que de prêts à
des taux très élevés consentis par les commerçants. Au milieu des années 1980, la
RBP a investi dans un moulin à riz en s’associant avec 185 petits cultivateurs de riz
au sein d’un joint venture grâce auquel les exploitants agricoles pouvaient obtenir
des facteurs de production et bénéficier de services de vulgarisation, leur permettant
ainsi de commercialiser leur riz à des prix compétitifs. La participation à l’investis
sement réalisé dans le moulin a également permis à la RPB de mettre en œuvre un
remboursement des prêts par prélèvement sur le produit des ventes. De plus, chaque
remboursement de prêt saisonnier par les exploitants était suivi d’une augmentation
de leur participation dans le moulin. Vers le milieu des années 1990, les exploitants
agricoles avaient entièrement racheté la banque, qui réinvestissait les fonds non
affectés dans des entreprises de même nature reproduites dans d’autres zones.
Comme en témoigne un taux de remboursement proche de 100 pour cent, l’organisation
verticale consentie par le joint venture a permis de réduire les coûts et les risques liés au cré
dit et a également permis à la banque d’établir des liens durables avec les exploitants agri
coles et de créer des conditions durables de marché pour les prêts à court et à moyen terme.
L’Umthombo 23 a été constituée par la South African Sugar Association dans le milieu
des années 1970 dans le but de stimuler le développement de la production de
canne à sucre au-delà du cadre des plantations commerciales faites sur des terres
détenues en libre propriété. Sur la base de motivations à la fois commerciales et
politiques, l’Umthombo propose des prêts à moyen terme à de petits et moyens
exploitants agricoles dans le but d’établir des plantations sur des terres en jouis
sance commune. Un privilège acquis sur la production sert de garantie principale
et, par le biais des moulins, le remboursement des prêts génère de faibles coûts de
transaction. Dans le cadre d’un projet de financement à long terme en partenariat
avec une banque de développement régionale paraétatique, certains moulins se sont
récemment engagés dans une stratégie de réforme du statut privé des terres en pro
posant de céder des exploitations de canne à sucre de dimension moyenne (environ
23
80 ha) à des exploitants agricoles noirs faisant preuve d’esprit d’initiative.
23 Ex Financial Aid Fund.
Chapitre 2: etudes de cas – présentation générale 47
Dans tous les cas, un autre élément moteur a été le rôle joué par les groupe-
ments de propriétaires et les gros actionnaires, les missions institutionnelles
et le soutien de la part des gouvernements et des bailleurs de fonds.
• Actionnaires. Pour s’aventurer sur un marché, les actionnaires doivent
pouvoir compter sur un engagement solide et sur une stratégie com-
merciale à long terme. Par exemple, malgré les pertes enregistrées dans
le passé par la Rural Bank of Panabo concernant des activités de crédit
octroyé aux petits exploitants, les actionnaires de la banque ont quand
même souhaité prendre le risque de consacrer un part importante du
capital au développement d’une stratégie durable visant ces mêmes acti-
vités. Dans le cas des institutions financières rurales mutualistes MCRB
et CECAM, la majorité des actionnaires sont des exploitants agricoles
dont la plupart souhaitaient rester dans le secteur agricole.
• Mission institutionnelle. Le cas le plus évident est celui des banques
de développement agricole dont l’activité principale consiste à four-
nir un financement à moyen et à long terme aux exploitants agricoles.
Malgré la faillite de la plupart d’entre elles, due à une mauvaise gestion
et des pressions politiques les ayant menées à octroyer des prêts sans
respecter les règles de prudence bancaire, certaines ont été restructurées
avec succès – comme, par exemple, la BAAC. Quelques ONG ont éga-
lement été mandatées pour aider les exploitants agricoles à financer des
investissements productifs.
• Soutien apporté par les gouvernements et par les bailleurs de fonds.
Le rôle joué dans plusieurs cas par les gouvernements dans le soutien aux
institutions financières rurales désireuses de s’engager dans le finance-
ment à terme a été très important. La plupart des institutions ayant fait
l’objet d’une étude ont également reçu le soutien de bailleurs de fonds
soit par le biais d’une assistance technique, soit par celui d’un apport de
capital initial destiné à la création de produits de financement à terme.
2.3 ÉLÉMENTS RELATIFS AU RENDEMENT DES PORTEFEUILLES
Les institutions ayant fait l’objet d’une étude possèdent, en général, de bons
portefeuilles de financement à terme. Le taux de remboursement général
et celui de remboursement à échéance des créances locatives dépassent
fréquemment 90 pour cent. Cependant, il est difficile, dans certains cas,
d’évaluer les qualités réelles d’un portefeuille de financement agricole à
48 Financement des investissements agricoles à terme
Tableau 5
Institutions ayant fait l’objet d’une étude:
taux des remboursements effectués à échéance (%)
CLA Agrocap ANED BASIX BAAC CIDRE CECAM Umthombo RBP
Prêts à n.d. 84,1 91,6 90,0 81,0 n.d. 96,5 n.d. 10024
terme
Total port 90,5 87,5 89,5 91,0 92,0 93,5 93,0 95,0 100
feuille de
prêts
terme car le système d’information de gestion utilisé ne permet pas de four-
nir des données basées sur la durée ou l’affectation des prêts. C’est le cas,
par exemple, pour la CLA. D’autres institutions, comme la Land Bank, ne
fournissent que depuis peu un financement agricole à terme aux exploitants
agricoles possédant des exploitations commerciales et se lançant dans de
nouvelles activités. De fait, elles ne sont pas encore en mesure de fournir
des informations sur leurs portefeuilles. Dans le tableau 5, figurent les taux
de remboursement concernant les institutions pour lesquelles des données
sont disponibles.
Concernant BASIX et la BAAC, le taux de remboursement des prêts à
terme est inférieur à celui des prêts saisonniers; la CECAM et l’ANED
connaissent, quant à elles, un taux de remboursement des créances locatives
supérieur à celui relatif aux prêts. La BAAC, en effectuant des provisions
pour créances irrécouvrables, constitue un cas particulier: les prêts à terme
ne donnent lieu qu’à un remboursement annuel unique et ils peuvent être
rééchelonnés dans le cas d’une défaillance de remboursement non liée à des
problèmes d’aléa moral et quand l’emprunteur entend sérieusement hono-
rer les remboursements (voir sous-chapitre 4.7). Chaque année où un prêt
arrive à échéance, 10 pour cent seulement du montant du portefeuille exposé
aux risques sont passés par pertes et profits. Au cours de la période qui a
précédé la crise financière de 1997, et malgré des taux très bas de rembourse-
ment à échéance de prêts à terme, il a été procédé à une passation par pertes
et profits pour un montant inférieur à 0,3 pour cent.
24 Le désinvestissement du capital de la «société originaire» a été réalisé avec succès et les nouvelles
expériences de ce type qui ont été menées n’en sont encore qu’à leur début. Le taux de rembourse-
ment des prêts à court et à moyen terme est de 100 pour cent.
49
Chapitre 3
CRÉATION D’UN PORTEFEUILLE
DE FINANCEMENT À TERME
Ce chapitre traite des principales questions auxquelles doivent répondre
les institutions financières qui désirent se lancer dans une activité de finan-
cement à terme dans les zones rurales; à la lumière des exemples observés
dans le cadre des études de cas, ce chapitre fournit quelques conseils aux
professionnels du secteur, aux donateurs et aux gouvernements.
3.1 CRÉATION DE PRODUITS FINANCIERS ET DE TECHNIQUES
DE FINANCEMENT
L’utilité et l’adéquation des instruments de financement à terme, et les avan-
tages qui en découlent, sont étroitement liés au type de demande potentielle,
aux cadres législatif et institutionnel régissant l’application des contrats et
à la capacité dont les institutions financières rurales font preuve dans la
gestion des risques et dans le fait de pouvoir avoir accès à des sources de
financement à long terme. De plus, certaines dispositions légales limitent
parfois à des institutions financières la possibilité d’utiliser des techniques
de crédit-bail ou de participation au capital.
La demande réelle relative aux produits de financement à terme devrait faire
l’objet d’une évaluation par le biais d’une étude de marché approfondie
qui consisterait à prendre en considération divers investissements possibles
50 Financement des investissements agricoles à terme
Encadré 4
Financement à terme: éléments à retenir dans le cadre d’une étude de marché
Contexte relatif à l’offre de financement à terme
Niveau du taux d’inflation, variations et tendances des prix des facteurs de production
et des prix à la production; possibilité de partenariat avec les autorités et les institutions
locales concernant les procédures d’appréciation et de suivi des clients et l’exécution
des remboursements; existence d’une «culture du crédit» entendue comme l’attitude
adoptée face au crédit au sein d’une même communauté; état général des infrastruc
tures (réseaux routiers, communication, irrigation, marchés et unités de transformation
des produits agricoles).
Demandes potentielles selon le type d’investissement et le type d’activités
Principales activités agricoles à caractère commercial et investissements possibles
connexes; marché potentiel pour les différents produits agricoles: quantité produite
supplémentaire pouvant être vendue; structure de la chaîne de financement des capi
taux agricoles (importateurs, fournisseurs, industriels locaux); existence de techniques
adaptées aux petits et moyens exploitants agricoles, y compris concernant les services
après-vente; possibilité de partenariat avec des entreprises du secteur privé proposant
un soutien pour la gestion, la commercialisation des produits et des services de vulga
risation ainsi que des accords concernant le partage des risques liés au recouvrement
des prêts.
Caractéristiques des exploitations agricoles
Sources de revenu: montant et diversité des revenus, type d’activité économique,
revenu agricole et non agricole (y compris remises de fonds, versements, pensions,
allocations, etc.), niveau d’intégration du marché; actifs (terres, animaux, matériels,
constructions, etc.) et valeur de garantie pour chacun d’entre eux; compétences tech
niques et expérience dans le domaine agricole; accès à des services de soutien (vulga
risation, développement économique et commercial) et aux marchés des facteurs de
production et d’écoulement des produits agricoles; taille de l’exploitation agricole et
âge des personnes composant le foyer.
Sources de financement disponibles et concurrence
Sources de financement disponibles (institutionnelles ou non institutionnelles); straté
gies habituellement développées par les exploitants agricoles pour financer les inves
tissements, (avantages et inconvénients).
analysés du point de vue de la rentabilité, des conditions préalables de
capital, de la capacité d’autofinancement et des possibilités d’extension des
activités économiques connexes. Les profils de risque des clients potentiels
devraient être définis sur la base de l’expérience acquise dans le domaine
agricole et dans celui des affaires, des antécédents bancaires en qualité
d’emprunteur, de la diversité et de la régularité des sources de revenu et des
Chapitre 3: création d’un portefeuille de financement à terme 51
dépenses, des garanties possibles, etc. Les principaux éléments à retenir dans
le cadre d’une étude de marché visant l’introduction de produits de finance-
ment à terme sont répertoriés dans le tableau 4.
Même si l’utilité et l’adéquation des différents instruments de financement
doivent être appréciées au cas par cas, certains avantages ou inconvénients
peuvent toutefois être signalés:
Les prêts à terme sont des instruments que les exploitants agricoles connaissent
bien et qu’ils maîtrisent. En adaptant montants, versements et plans de rem-
boursement aux objectifs à atteindre, ils peuvent financer des investissements.
Il n’existe quasiment aucune restriction concernant les types d’institu-
tions financières qui peuvent fournir des prêts à terme; en principe, même
des institutions non financières, telles que les sociétés de transformation
des produits agricoles ou les fournisseurs de matériel, peuvent fournir de
tels prêts. La principale difficulté rencontrée dans l’utilisation des prêts à
terme est celle de pouvoir déterminer un plan de remboursement ex-ante
qui prenne en considération les éventuels changements pouvant survenir
durant la période de remboursement. Une fois le prêt accordé, il est dif-
ficile de redéfinir un plan de remboursement dans le cas, par exemple, où
surviendrait un évènement majeur négatif qui mettrait en péril la capacité
de remboursement de l’emprunteur. Une autre difficulté est constituée par
les problèmes liés à l’information asymétrique, aux risques d’aléa moral et
aux questions d’antisélection, qui nécessitent des garanties matérielles et la
mise en place d’un cadre législatif et institutionnel efficace régissant les prêts
garantis (voir sous-chapitre 4.2 et chapitre 7). Les prêts à très long terme ne
sont donc possibles que dans un contexte stable et dans les cas où il existe
des garanties et des outils de gestion des risques adaptés.
Le bail financier avec clause de rachat présente l’avantage de réduire, voire
d’éliminer, le besoin de garanties supplémentaires et les problèmes liés à
la mise en place, à l’opposabilité aux tiers et à la réalisation des sûretés
réelles – le prêteur est propriétaire du capital financé. Cet instrument peut,
par conséquent, se révéler particulièrement adéquat dans les pays où le
cadre législatif et institutionnel impose de sévères contraintes concernant
l’utilisation des actifs ruraux afin de garantir des prêts à terme. La création
de produits de crédit-bail pour des clients informels dans les zones rurales
oblige toutefois à devoir tenir compte de plusieurs éléments. Premièrement,
le bail financier avec clause de rachat est un concept étranger aux exploitants
52 Financement des investissements agricoles à terme
agricoles, aux institutions financières rurales et aux institutions locales: il
s’agit donc d’un instrument financier qui peut entraîner une hausse des
coûts relatifs au renforcement des capacités des actionnaires locaux; deu-
xièmement, les actifs financés constituant à la fois la garantie principale et
la source de remboursement du bail, le crédit-bail exige des modalités de
contrôle plus importantes qui se traduisent par des coûts de transaction
élevés; enfin, il arrive que des dispositions légales et réglementaires limitent
l’utilisation du crédit-bail à certaines institutions financières ou que le cré-
dit-bail fasse l’objet d’un régime fiscal pénalisant.
Le financement de capitaux propres par prise de participation de la part d’ac-
tionnaires, nouveaux ou anciens, présente l’avantage d’éliminer coûts fixes
et mise en place de barèmes de remboursement. La participation du prêteur
en qualité d’actionnaire réduit les problèmes d’aléa moral liés à l’informa-
tion asymétrique et l’entreprise peut, quant à elle, bénéficier de conseils
concernant les questions de gestion. La principale limite que connaît cet
instrument financier est constituée par des coûts de transaction élevés rela-
tifs aux procédures d’appréciation et de suivi, ce qui en réduit l’utilisation à
des fins d’investissements peu importants. Il peut toutefois être bien adapté
au financement d’investissements plus importants nécessaires aux opéra-
tions de transformation et de commercialisation des produits agricoles qui
entraînent, par contrecoup, une meilleure rentabilité des investissements.
Dans un tel contexte, le financement de capitaux par prise de participation
peut servir à constituer le capital de joint ventures constitués entre exploi-
tants agricoles, d’institutions financières et d’entreprises agroalimentaires.
Ce type de financement exige toutefois des compétences spécifiques qui
peuvent en limiter l’utilisation à des fonds particuliers de financement de
capitaux ou des fonds de capital risque et aux institutions de financement
du développement.
3.2 IMPORTANCE D’UNE APPROCHE GRADUELLE
Proposer et commercialiser de nouveaux produits financiers à grande
échelle implique en général plusieurs étapes. Outre le fait de devoir mener
une étude de marché, des prototypes doivent être développés, testés, expé-
rimentés et une procédure de suivi doit être créée afin que ces produits
Chapitre 3: création d’un portefeuille de financement à terme 53
soient définitivement mis au point25. L’adoption d’une stratégie constituée
de plusieurs étapes graduelles s’avère tout particulièrement importante
pour des produits financiers plus élaborés et plus sophistiqués tels que les
prêts à terme ou des produits de crédit-bail, dans la mesure où ils expo-
sent l’institution financière à des risques plus importants et où ils peuvent
nécessiter d’ajuster les procédures opérationnelles et d’investir dans les
ressources humaines et institutionnelles. Le personnel doit acquérir de nou-
velles compétences techniques (comme, par exemple, savoir bien gérer une
procédure d’appréciation des projets d’investissement agricole), y compris
en matière d’analyse des tendances de marché et concernant les risques
liés à la production répartie sur de longues périodes. Les fournisseurs de
financement à terme doivent également tenir compte des questions légales
et institutionnelles relatives aux problèmes de garanties et des opérations
complexes à accomplir dans la gestion de trésorerie et dans celle des risques
de portefeuille. Un système d’information de gestion doit aussi être mis en
place afin de permettre le contrôle du portefeuille de financement à terme et
d’en gérer les risques.
Avant de se risquer dans des activités de financement à terme, la plupart des
institutions ayant fait l’objet d’une étude ont d’abord commencé par accor-
der des prêts saisonniers aux exploitants agricoles. Elles ont ainsi pu se fami-
liariser aux conditions de production locale et à celles de marché, avec les
types de risques inhérents aux différentes activités agricoles et avec d’autres
éléments importants tels que le rôle essentiel joué par des sources de revenu
non agricoles, les différents types et la valeur des garanties fournies par les
exploitants agricoles, etc. Leur présence dans les zones rurales leur a aussi
permis de nouer des relations utiles avec les autorités locales, les dirigeants
locaux et diverses autres institutions locales, leur consentant ainsi à procéder
à une meilleure évaluation des emprunteurs et à instaurer des règles précises
de discipline concernant le remboursement des prêts. Connaître les clients
réduit les risques d’aléa moral et permet d’adopter une plus grande flexibi-
lité dans les modalités d’octroi des prêts et dans les exigences requises pour
les garanties.
25 Pour plus de détails sur la capacité et la volonté d’une institution de microfinance à pouvoir pro-
poser de nouveaux produits financiers et à mettre tous les moyens en œuvre pour y parvenir, voir
Wright et al. (2001).
54 Financement des investissements agricoles à terme
L’existence d’une clientèle rurale de base fiable permet de proposer des
échéances plus longues en prenant moins de risques. Les prêts à terme peu-
vent être en premier lieu proposés aux clients les plus fiables qui possèdent
de bons antécédents en tant qu’emprunteur et une compétence affirmée
dans le domaine agricole et financier. Par la suite, après avoir testé les tech-
niques financières, le financement à terme peut être proposé à de nouveaux
clients. Une stratégie progressive aide ainsi les institutions à réduire les
pertes et les coûts de recherche et d’apprentissage pendant la période initiale
faite de tâtonnements et d’erreurs.
3.3 IDENTIFICATION DES ZONES ADÉQUATES
Avant de s’engager dans des activités de financement à terme, une pre-
mière étape importante consiste à procéder à la sélection des régions les
mieux adaptées. Dans l’optique d’une stratégie graduelle, il est en général
conseillé de commencer par développer des techniques de crédit rural dans
des régions à fort potentiel agricole et présentant des risques et des coûts
de transaction relativement peu élevés. Quand les techniques financières et
les modalités opérationnelles sont satisfaisantes et qu’un groupe de clients
rentables a été constitué, l’institution financière peut alors étendre progres-
sivement ses activités à d’autres régions.
De bonnes conditions agro-écologiques, un bon accès aux marchés et aux
unités de transformation des produits agricoles et pouvoir disposer de
facteurs de production et de services de soutien, tels que services de vul-
garisation ou conseils de gestion d’entreprises, sont autant de conditions
préalables à la réalisation des activités agricoles à caractère commercial et,
en conséquence, à une demande de financement à terme. Les installations
d’irrigation et de drainage jouent un rôle important sur les risques de pro-
duction. Des contrats conclus entre les exploitants agricoles d’une part, et
les entreprises agroalimentaires ou les commerçants d’autre part, réduisent
les risques liés à la commercialisation des produits et à la disponibilité
des facteurs de production. Cela peut aussi créer l’occasion de passer des
accords tripartites entre institutions financières, exploitants agricoles et
acheteurs des produits.
De bonnes infrastructures commerciales, de transport et de communica-
tion réduisent les coûts de transaction à la fois pour les prêteurs et pour
Chapitre 3: création d’un portefeuille de financement à terme 55
les emprunteurs et entraînent ainsi une augmentation de la rentabilité des
activités agricoles et une réduction des coûts de fourniture des services
financiers. Un autre facteur important est celui de la densité de population.
Les zones périurbaines se caractérisent par une très forte densité de popu-
lation et la part plus importante occupée par les revenus non agricoles; ce
dernier élément favorise la diversification du portefeuille de prêts. De plus,
les clients disposant de sources de revenus plus diversifiées présentent une
exposition plus limitée aux risques saisonniers ou aux risques liés aux acti-
vités agricoles et ils peuvent ainsi effectuer des remboursements de prêt plus
fréquents.
La plupart des institutions ayant fait l’objet d’une étude ont débuté leur acti-
vité de financement à long terme dans des régions à fort potentiel, souvent
situées à proximité de zones urbaines. Il faut cependant tenir compte d’un
point très important: des marchés peu couverts, caractérisés par des risques
et des coûts relativement bas, favorisent la concurrence. Cette situation est
en principe saine dans la mesure où elle entraîne une plus grande diversité
et une meilleure qualité des services financiers. Toutefois, cela peut aussi
être à l’origine de l’existence de nouveaux risques pour les prêteurs, quand
notamment les clients commencent à emprunter à plusieurs sources diffé-
rentes et que les situations de surendettement augmentent (voir encadré 5).
Cette situation peut être observée dans les cas où il n’existe aucune garantie
ou quand ces garanties ne peuvent faire l’objet d’un enregistrement ou être
correctement exécutées, ou bien encore dans les cas où les prêteurs sont peu
disposés à échanger des informations avec les emprunteurs, comme cela est
arrivé en Bolivie à la fin des années 1990. Dans les régions caractérisées par
la présence de risques relativement peu importants et une rentabilité élevée,
les investisseurs ont ainsi développé la possibilité d’obtenir un financement
auprès de sources non institutionnelles comme les commerçants, les indus-
triels et les fournisseurs de facteurs de production et de matériel agricole;
par ailleurs, ces derniers se trouvent souvent dans une meilleure position
pour faire valoir leurs droits.
Une stratégie alternative peut consister à diversifier progressivement l’offre
de crédit dans des zones plus isolées. Ces dernières bénéficiant d’une situa-
tion de faible concurrence entre institutions financières, il y est plus facile
d’apprécier la situation d’endettement du client et de prendre en garantie
des actifs ruraux non enregistrés. Les investisseurs sont, de plus, fortement
incités à maintenir de bonnes relations avec leurs prêteurs et à soigner leur
56 Financement des investissements agricoles à terme
Encadré 5
Développement de la concurrence entre les institutions financières rurales
en Bolivie
En Bolivie, au milieu des années 1990, une concurrence acharnée dans les zones
urbaines a incité plusieurs institutions de microfinance à procéder à la diversification
de leurs activités financières dans des zones rurales qui étaient jusque là restées igno
rées depuis le dépôt de bilan de l’ancien organisme public Banco Agricola de Bolivia
(BAB) en 1985. La faillite de la BAB, due en grande partie à un refus stratégique de
remboursement des prêts de la part de gros producteurs très actifs sur le plan politique,
a entraîné l’exclusion des petits et moyens exploitants agricoles du système financier. La
plupart des institutions financières et des ONG ont, elles aussi, concentré leurs activités
dans les mêmes zones rurales et périurbaines qui présentaient des risques peu élevés,
qui étaient situées à proximité des principaux axes routiers et qui étaient équipées d’un
système d’approvisionnement régulier en eau. Un problème est né à la suite de l’utilisa
tion de techniques de garantie collective et de la constitution de garantie prise sur des
biens d’équipement ménager, du matériel agricole et des terres des ménages agricoles.
Dans certaines zones, les exploitants agricoles ont commencé à emprunter auprès de
différentes institutions financières, en offrant en garantie les mêmes biens. Et les ins
titutions financières réglementées telles que les banques et les fonds de financement
privés étaient les seules à pouvoir bénéficier des services d’informations financières de
l’Organe de surveillance des banques, alors que les ONG constituaient les principaux
fournisseurs de crédit rural.
Concernant les comportements relatifs aux obligations de remboursement, les
prêteurs qui étaient également présents dans des zones plus marginales, tel que le
CIDRE, obtenaient souvent de meilleurs résultats dans des endroits où les exploitants
agricoles n’avaient pas accès à diverses sources de financement du même type et, par
conséquent, mettaient tout en œuvre pour maintenir de bonnes relations avec leur
prêteur institutionnel.
réputation; il est probable, de ce fait, qu’ils remplissent leurs obligations
de remboursement avec plus de régularité. Une telle stratégie peut s’avérer
particulièrement adaptée quand les unités de transformation des produits
agricoles sont situées dans ces mêmes zones isolées. Les produits volu-
mineux et périssables, comme l’huile de palme, le thé ou la canne à sucre,
nécessitent un traitement immédiat après leur récolte; il arrive fréquemment
que les conditions agro-écologiques les mieux adaptées à ce type de cultures
soient réunies dans les zones les moins peuplées situées à grande distance
des centres urbains les plus importants.
Chapitre 3: création d’un portefeuille de financement à terme 57
3.4 RÔLE CATALYSEUR JOUÉ PAR LES INVESTISSEMENTS
AUXILIAIRES ET LES SERVICES DE SOUTIEN
Bien que la stratégie initiale généralement conseillée aux institutions finan-
cières rurales soit celle de commencer par accorder des financements sai-
sonniers, deux cas ayant fait l’objet d’une étude montrent que, dans certains
cas, il est nécessaire de réaliser des investissements à terme complémentaires
permettant d’affronter des risques de production et de marché particulière-
ment importants, et ce avant de pouvoir accorder des prêts à court et moyen
terme sur une base durable.
Les deux institutions jouissaient toutefois déjà d’une longue présence dans
les zones rurales où elles œuvraient, ce qui rendait plus facile la sélection
des clients et le choix de régions appropriées; elles avaient également déjà
accumulé d’énormes connaissances techniques et économiques dans leur
domaine d’activités. Peu d’institutions financières rurales possèdent les
compétences requises, la capacité et le capital nécessaire permettant de gérer
et de financer des investissements à terme importants et complexes ainsi que
pour mettre en œuvre les stratégies développées par ces deux institutions.
Dans les zones où des investissements auxiliaires constituent une condition
préalable à la fourniture durable de financement à court, moyen et long
terme, il est nécessaire de coordonner les stratégies entre les différents
actionnaires. Les institutions financières peuvent participer et s’investir dans
des partenariats avec des sociétés de transformation des produits agricoles,
des ONG et des gouvernements locaux et peuvent s’associer à des pro-
grammes soutenus par des bailleurs de fonds. Le financement de capitaux
propres par prise de participations et la création de joint ventures peuvent
aussi constituer des moyens de financement d’investissements à grande
échelle liant des producteurs primaires et des entreprises de transformation
des produits agricoles (voir chapitre 6).
Les fournisseurs de financement à terme doivent considérer l’existence de
facteurs de production de qualité et de services de soutien non financiers26
comme constituant des éléments déterminants des risques et de la rentabi-
lité des investissements à terme. Certaines institutions financières rurales
26 Services de vulgarisation, services de soutien technique, structures pour la réparation de matériel,
services vétérinaires et systèmes d’information du marché, de développement économique et com-
mercial et de gestion financière.
58 Financement des investissements agricoles à terme
Encadré 6
Financement des investissements à terme comme condition préalable au
crédit rural
La Rural Bank of Panabo a adopté une stratégie de capital de risque pour créer une
rizerie qui a permis de fournir des facteurs de production et des services de vulgarisa
tion aux exploitants agricoles et de mettre en place un système de remboursement des
prêts en nature. Les exploitants-actionnaires du moulin ont pu ainsi bénéficier de prêts
caractérisés par des risques et des coûts de transaction peu élevés.
Parmi les limitations principales connues par le crédit rural, le CIDRE, une ONG qui
opère dans le région du Cochabamba en Bolivie, a répertorié les risques de production
liés à un approvisionnement en eau aléatoire et les risques de marché dus à des instal
lations de stockage insuffisantes. Suite à ces observations, le CIDRE a financé des projets
de petites pompes d’irrigation dans les zones sujettes à la sécheresse, affrontant ainsi
des risques de production particulièrement importants et permettant d’intensifier la
production laitière et de diversifier la production dans d’autres produits. Des aires de
refroidissement ont été également financées afin d’aider les producteurs à améliorer
la qualité du lait et, par conséquent, à obtenir de meilleurs prix. Ces investissements
ont été gérés par des groupes d’exploitants agricoles qui existaient déjà, sous contrôle
étroit du CIDRE. Les membres qui faisaient preuve d’un grand esprit d’initiative pou
vaient également obtenir des prêts individuels à court et à moyen terme. Récemment,
le CIDRE a décidé d’investir dans le capital de petites et moyennes sociétés de transfor
mation de produits agricoles, permettant ainsi de tisser des liens avec les producteurs
primaires.
ayant fait l’objet d’une étude ont créé des partenariats avec des institu-
tions non financières telles que des ONG ou des fournisseurs de matériel.
Une coopération de cette nature s’avère être encore plus efficace quand
ces derniers participent au partage des risques. Cela permet d’assurer une
meilleure formation et des services après-vente plus efficaces ainsi qu’un
meilleur contrôle et un meilleur suivi des emprunteurs.
D’autres institutions financières rurales fournissent des services de soutien
non financiers – développement d’entreprise, renforcement des organisa-
tions de producteurs ou de vulgarisation – soit directement (CIDRE), soit
au travers de filiales spécialisées (BASIX). Les avantages de cette stratégie
résident en des coûts de transaction peu élevés et un contrôle de la qualité
des services fournis. Cependant, des risques d’aléa moral peuvent survenir
dans les cas où le prêteur choisit le matériel ou fournit le service de soutien
lui-même (dans la mesure où l’emprunteur pourrait être tenté de justifier un
Chapitre 3: création d’un portefeuille de financement à terme 59
refus de remboursement sous le prétexte qu’un «mauvais conseil» lui aurait
été fourni par ce même prêteur). Par conséquent, la fourniture d’un soutien
financier et non financier par une même institution ne devrait être envisagée
qu’en l’absence d’autres solutions disponibles.
3.5 MISE EN PLACE ET MAINTIEN DE LA RELATION BANCAIRE
L’expérience de la microfinance a montré que des activités économiques
modestes et informelles nécessitent la création de relations bancaires stables
avec une institution financière rurale qui puisse répondre aux différents
besoins de financement nécessaires aux ménages et aux activités agricoles.
Pouvoir compter sur des services financiers fiables aide les exploitants agri-
coles à affronter et à s’assurer par eux-mêmes contre les risques, à financer
des évènements de la vie courante – comme les mariages ou les enterrements
– et à investir dans le développement d’activités nouvelles où déjà existantes;
cela les encourage aussi à honorer leurs obligations de remboursement.
Des transactions régulières permettent également aux investisseurs de créer
des antécédents bancaires et de mieux connaître les emprunteurs: les liens
entre les institutions financières rurales et les exploitants agricoles sont
renforcés et une confiance partagée peut s’instaurer dans les rapports à long
terme. Les clients peuvent aussi créer un capital social avec l’emprunteur et
devenir éligibles pour l’obtention de prêts à terme.
Le fait d’établir et de maintenir de bonnes relations bancaires permet au
prêteur de recueillir des informations sur les qualités de gestionnaire d’un
client, sur ses compétences et sur la situation de sa trésorerie. Il est alors pos-
sible de procéder à une meilleure appréciation de potentiels demandeurs de
prêts à terme ainsi que de conduire une évaluation plus réaliste des risques.
Le prêteur peut ainsi accorder une plus grande valeur à la trésorerie qu’aux
biens éventuellement donnés en garantie, ce qui, dans une certaine mesure,
peut permettre de surmonter les problèmes liés à la durée de vie limitée
de ces mêmes biens. Il est possible de proposer des prêts d’une durée plus
longue, à des taux d’intérêt moins élevés, renforçant ainsi encore plus la
possibilité de maintenir de bonnes relations bancaires.
L’établissement de bonnes relations bancaires améliore également les pos-
sibilités de réussite de création d’activités de financement à terme dans les
zones rurales. Des prêts à terme ou des services de crédit-bail peuvent jouer
60 Financement des investissements agricoles à terme
le rôle de services financiers complémentaires et être proposés aux clients
dont les activités sont particulièrement développées et qui font preuve d’un
réel esprit d’entreprise pour financer des investissements liés aux activités
de production ou également, dans les cas où la capacité de remboursement
s’avère suffisante, des biens de consommation courante. La possibilité de
pouvoir accéder à un prêt à terme ou à un crédit-bail peut encourager les
anciens clients à rembourser les prêts à court terme dans les délais, tout
comme pouvoir bénéficier facilement d’un financement saisonnier adapté
ou de prêts d’urgence peut vivement encourager les emprunteurs à rem-
bourser leurs prêts à terme.
Pour les raisons évoquées ci-dessus, les banques et leurs clients établissent
de meilleurs rapports bancaires dans les zones où la concurrence est faible.
Toutefois, même quand la concurrence est plus vive, les institutions finan-
cières peuvent être tentées de fidéliser leurs clients les plus rentables. Dans
le but de permettre aux meilleurs clients et aux emprunteurs réguliers de
pouvoir bénéficier plus rapidement de prêts offrant plus de flexibilité au
niveau de la durée, des conditions de garantie et des taux d’intérêts moins
élevés, il est possible de développer divers moyens incitatifs (examinés en
détail au chapitre 4).
3.6 OFFRE D’UNE LARGE GAMME DE PRODUITS FINANCIERS
L’établissement et le maintien de bonnes relations bancaires supposent que
soit proposée une large gamme de services financiers, tout comme des faci-
lités de dépôt, des prêts à court terme destinés aux activités de production,
des prêts polyvalents et d’autres produits de financement à terme. Cela crée
en outre de nombreux avantages supplémentaires en faveur des investisseurs
et des fournisseurs de financement à terme.
Pouvoir compter de façon fiable sur la possibilité de bénéficier de facilités
de dépôt, de prêts à court terme pour les activités de production ou de prêts
d’urgence permet aux exploitants agricoles de mieux gérer la trésorerie de
leur exploitation agricole et d’effectuer des remboursements de prêts plus
fréquents et d’un montant moins important. Pouvoir accéder à des prêts
d’urgence, bénéficier de facilités de crédit ou de facilités de découvert peut
aussi avoir un effet sur la capacité d’autofinancement des ménages ruraux
concernant l’investissement dans les actifs de production: les fonds non
Chapitre 3: création d’un portefeuille de financement à terme 61
utilisés ou les liquidités destinées à faire face à des situations d’urgence ou
à des dépenses imprévues peuvent servir à financer de nouvelles entreprises
risquées ou à consolider des prêts à terme.
Des dispositions incitatives encourageant l’épargne peuvent permettre aux
exploitants agricoles de constituer un capital dans le but d’autofinancer
des investissements dans de nouvelles activités ou dans le but d’adopter de
nouvelles techniques préalablement nécessaires à des investissements plus
importants financés par crédit. Il leur est ainsi permis d’acquérir une expé-
rience en gestion et de créer des antécédents bancaires qui peuvent faciliter
l’obtention de prêts d’un montant plus élevé et d’une durée plus longue
permettant de développer leurs activités. Les fonds ainsi épargnés peuvent
aussi servir à la constitution de fonds propres ou d’acomptes, entraînant une
réduction des risques pour les prêts à terme ou le crédit-bail.
Les prêts à court terme peuvent parfois constituer la source directe de finan-
cement d’investissements à terme, tout particulièrement pour ceux dont la
réalisation s’effectue par étapes ou pour ceux nécessitant un échelonnement
des remboursements sur plusieurs périodes. Par exemple, si l’exploitation
agricole bénéficie de revenus suffisants provenant d’autres sources27, la
création d’une plantation arboricole peut être financée par des prêts à court
terme renouvelables. La réalisation d’investissements par recours à des prêts
à court terme peut être particulièrement recommandée dans un contexte où
les taux d’intérêt sont fluctuants et élevés ou dans le cadre du financement
de nouvelles activités à risques. Des investissements à terme importants
impliquent souvent une augmentation des besoins en fonds de roulement
et, en conséquence, une demande de prêts à court terme. Une insuffisance
de fonds de roulement peut avoir des effets négatifs sur la bonne gestion et
l’entretien des investissements et, en conséquence, sur la capacité de rem-
boursement des investisseurs.
L’accès à des prêts d’urgence à court terme et à une épargne disponible à tout
moment peut vivement favoriser le lissage de la consommation et entraîner
une meilleure capacité de gestion des risques par les exploitations agricoles
27 L’utilisation répétée de prêts à court terme créant une accumulation de capital est plus fréquente
dans les zones où les petits exploitants font partie d’une filière organisée de culture commerciale
(par exemple, café et thé au Kenya) et où existe un accès aux marchés de facteurs de production et
de produits agricoles et aux services de vulgarisation.
62 Financement des investissements agricoles à terme
(Zeller, 2001); cela peut également permettre aux exploitants agricoles les plus
pauvres de se moderniser et d’investir à moyen terme avec plus de facilité.
3.7 ATOUTS ET FAIBLESSES DES DIFFÉRENTS TYPES DE
FOURNISSEURS DE FINANCEMENT À TERME
Institutions financières et institutions non financières
Dans les zones rurales, les institutions non financières, comme les fournis-
seurs et les industriels agroalimentaires, constituent une importante source
de crédit saisonnier (crédit acheteur-fournisseur). La fourniture du crédit est
souvent liée aux modalités de commercialisation du produit.
Les fournisseurs de matériel peuvent avoir intérêt à proposer des possibi-
lités de remboursement à échéance différée ou des services de crédit-bail:
cela peut permettre de vendre du matériel à des clients potentiels qui sont
dans l’impossibilité de pouvoir effectuer un paiement anticipé et d’éviter de
devoir supporter des coûts de transaction supplémentaires et d’être soumis
aux délais normalement nécessaires à l’obtention d’un financement bancaire.
Confrontés aux institutions financières, leurs principaux atouts sont leur
connaissance technique du matériel et leur capacité à former les clients et à
fournir des services après-vente tels que garanties, pièces détachées et infras-
tructures pour les réparations. Les industriels agroalimentaires peuvent avoir
un intérêt à financer des investissements destinés à l’exploitation agricole,
tels que ceux concernant des systèmes d’irrigation ou la (re)plantation de
nouvelles cultures pérennes assurant la quantité et la qualité nécessaires des
matières premières. Leurs atouts résident dans leur capacité à fournir des ser-
vices complémentaires de soutien non financier, tels que des services relatifs
aux intrants et des services de vulgarisation, et dans leur capacité à assurer
des débouchés commerciaux.
Toutefois, les exemples de fournisseurs de matériel ou de sociétés de trans-
formation des produits agricoles qui fournissent des prêts à terme ou des
services de crédit-bail aux exploitants agricoles sont rares. Les fournisseurs
de matériel soit ne sont aucunement impliqués dans les opérations finan-
cières, soit n’acceptent d’accorder que des paiements différés à court terme.
Dans les rares cas où ils acceptent d’accorder des paiements différés sur
de plus longues périodes, le niveau des garanties et des acomptes requis
Chapitre 3: création d’un portefeuille de financement à terme 63
a tendance à être soumis aux mêmes exigences que celles dictées par les
institutions financières28. Commerçants et sociétés agroalimentaires restrei-
gnent leurs activités financières principalement à la fourniture en nature de
facteurs de production saisonniers. Le financement direct d’investissements
à terme est rare et intéresse des situations dans lesquelles les risques de
non-remboursement du crédit liés aux ventes à des tiers hors marché est
réduit grâce à un système de marché à débouché unique (voir chapitre 6).
Certaines sociétés agroalimentaires fournissent des services qui exigent de
lourds investissements dans les actifs de production, tels que la préparation
du terrain ou les opérations de transport; ces sociétés jouissent d’un meilleur
accès au financement à terme, peuvent réaliser des économies d’échelles et
assurer la bonne utilisation et l’entretien du matériel.
Certains inconvénients propres à la fourniture de financement à terme par
les fournisseurs ou les industriels agroalimentaires résident dans une com-
pétence limitée de ces derniers pour l’évaluation des capacités de recours au
crédit et de remboursement des exploitants agricoles, des coûts élevés pour
la création et la mise en place d’une gestion des prêts et d’un système de sur-
veillance et, enfin, un accès limité à des sources de financement à long terme.
Les sociétés de transformation des produits agricoles ont parfois tendance
à considérer les exploitants agricoles comme de simples fournisseurs d’une
matière première précise et non comme des entités d’exploitations plus
complexes. Les exploitants agricoles sont souvent poussés à produire autant
qu’un type de culture commerciale peut le leur permettre et il leur est inter-
dit d’utiliser les facteurs de production obtenus grâce au crédit à d’autres
fins que celles prévues. Cela peut conduire à une grande spécialisation sans
créer de problèmes particuliers tant que les prix des produits restent éle-
vés; mais cela peut aussi rendre les exploitants agricoles plus vulnérables,
confrontés à de fortes fluctuations des prix ou à des maladies affectant la
culture principale et des dommages causés par des animaux nuisibles. La
probabilité de ne pas pouvoir effectuer les remboursements augmente dans
les cas où les exploitants agricoles n’exercent pas d’autres activités, agricoles
ou non agricoles, leur permettant de faire face à leurs besoins immédiats de
subsistance et de trésorerie ou dans les cas où ils ne peuvent pas compter
sur des produits d’épargne ou un crédit à la consommation. De plus, la
28 Comme cela a pu être observé en Bolivie et en Tanzanie.
64 Financement des investissements agricoles à terme
fourniture en nature de facteurs de production n’exclut pas de devoir éva-
luer correctement les interactions complexes qui se vérifient entre trésorerie
du ménage et trésorerie de l’exploitation: en effet, les facteurs de production
sont de nature fongible et peuvent être vendus ou utilisés pour plusieurs
récoltes différentes.
Les gros fournisseurs de matériel se trouvent souvent dans les chefs-lieux
de province, entraînant une augmentation des coûts de suivi des clients.
Les plus modestes, présents dans les villages et qui connaissent mieux leurs
clients et peuvent assurer un meilleur contrôle, bénéficient d’un accès limité
aux sources de financement à long terme. Cette situation est souvent aggra-
vée par l’existence de dispositions légales qui ne consentent pas de faire
usage de stocks de produits ou de portefeuille de créances à recouvrer ou de
crédit-bail qui permettraient aux banques de pouvoir proposer un refinan-
cement sûr et fiable.
Le financement à terme direct par des institutions non financières est
une discipline complexe et ne devrait être en principe mis en œuvre que
comme solution alternative envisagée en l’absence d’autres solutions
mieux adaptées. Une exception concerne toutefois les produits péris-
sables et volumineux qui ont besoin d’être traités et transformés immé-
diatement après avoir été récoltés. Des accords tripartites (par exemple,
entre sociétés agroalimentaires, institutions financières et investisseurs)
semblent mieux adaptés, permettant à chacun de se concentrer sur ses
propres points forts. Les institutions financières possèdent des économies
d’échelles pour gérer les comptes de prêts et peuvent aussi utiliser des
logiciels déjà existants et un système de gestion d’information. Elles peu-
vent aussi, éventuellement, participer à l’appréciation et à la sélection des
emprunteurs, à la création de produits et à l’appréciation des prêts. Elles
présentent aussi l’avantage de pouvoir proposer des services bancaires
complémentaires tels que des produits d’épargne, des prêts d’urgence ou
des prêts à la consommation, particulièrement utiles aux ménages les plus
pauvres (Zeller et al., 1997). Les institutions financières non bancaires
peuvent proposer une formation adaptée, fournir des facteurs de produc-
tion de bonne qualité, proposer des services de vulgarisation ainsi qu’une
aide à la gestion post-récolte et à la commercialisation des produits. Les
contrats doivent prévoir un partage des risques, des coûts et des services
et favoriser la création de conditions permettant de conserver de bonnes
relations sur une longue durée.
Chapitre 3: création d’un portefeuille de financement à terme 65
Atouts et faiblesses des différents types d’institutions financières
Comme le démontrent les études de cas menées, différents types d’insti-
tutions financières peuvent fournir un financement à terme, y compris les
ONG, les institutions financières mutualistes, les banques de développement
agricole et les institutions financières non bancaires. Le rôle et le potentiel
des différents types d’institutions financières varient selon les situations
locales. Le développement qui suit fait le point sur le rôle joué par la situa-
tion géographique, la taille et le statut légal sur la capacité des institutions
financières à pouvoir fournir des prêts à terme ou des produits de crédit-bail
aux exploitants agricoles et aux petits entrepreneurs ruraux.
La taille et la situation géographique constituent des éléments clés. Les
institutions financières situées dans les zones rurales supportent des coûts
de transaction moins élevés concernant l’obtention d’informations sur les
clients, sur la production locale, sur les conditions de marché et également
sur l’appréciation des emprunts et le contrôle des emprunteurs. Elles peu-
vent compter sur leur expérience pratique et sur leurs réseaux sociaux et
utiliser le financement à terme pour élargir une gamme de produits déjà
existants. Les institutions financières rurales les moins importantes sont
toutefois plus exposées aux risques systémiques locaux comme la séche-
resse ou la présence d’animaux nuisibles aux cultures. Une diversification
de leur clientèle ou des zones géographiques où elles opèrent peut les
aider à gérer de tels risques mais, face aux contraintes que suppose une
telle diversification, la possibilité de développer leurs compétences, leurs
connaissances et leurs techniques de financement se trouve limitée. Les
institutions les plus importantes peuvent, en ce qui les concerne, diversi-
fier leur portefeuille en tirant profit à la fois des avantages de la spécialisa-
tion et de la diversification.
Les institutions financières les moins importantes peuvent parvenir, dans
une certaine mesure, à compenser le handicap causé par leur petite taille
en créant des réseaux et des structures de second rang, ce qui engendre
ainsi un échange de liquidités horizontal et permet de pouvoir affronter
une pénurie ou un excédent temporaires. Une organisation de type fédéral
peut également leur permettre d’avoir accès à des fonds commerciaux tels
que les lignes de crédit auprès des banques commerciales. Des réseaux
peuvent aussi faciliter le renforcement des capacités et le partage des infor-
mations et des innovations.
66 Financement des investissements agricoles à terme
Un autre élément important est celui du statut légal des intermédiaires
financiers. Les institutions financières non réglementées jouissent d’une
plus grande flexibilité, ce qui leur permet d’adapter les techniques et
les produits financiers aux exigences particulières d’un marché ciblé.
Elles n’ont pas l’obligation de respecter les diverses réglementations sévères
qui régissent les activités bancaires comme, par exemple, les dispositions
relatives aux garanties et aux provisions pour pertes. Cela leur consent de
faire preuve de plus de flexibilité en cas de retard dans les remboursements
dus quand ils sont, sans équivoque, le résultat d’un évènement externe
défavorable excluant toute responsabilité de la part de l’emprunteur.
Cet avantage potentiel peut cependant présenter une menace majeure pour
la santé financière d’une institution financière rurale: cela se vérifie tout
particulièrement dans les cas d’institutions financières dont la clientèle est
principalement composée d’emprunteurs ou d’ONG financières à la struc-
ture de gestion peu transparente et au contrôle interne insuffisant.
Le statut légal est aussi un facteur déterminant pour les services financiers
qui peuvent être proposés et les sources de financement qui peuvent être
mobilisées. Pour les raisons mentionnées dans le sous-chapitre 3.5, les ins-
titutions financières qui peuvent offrir une gamme de services financiers
complémentaires sont les mieux placées pour établir de bonnes relations
bancaires à long terme avec leurs clients. Les institutions financières
réglementées bénéficient d’un accès facilité à une gamme plus étendue de
sources de financement (voir chapitre suivant).
En général, les institutions financières rurales telles que les institutions
financières mutualistes, les ONG financières et les autres institutions de
microfinance tirent profit des avantages liés à la proximité des clients et des
zones rurales, mais elles courent aussi le risque de devoir gérer les risques
liés au portefeuille et aux problèmes de gestion actif-passif. Les banques
commerciales se trouvent dans la situation opposée: elles disposent de
bonnes possibilités de pouvoir diversifier leur portefeuille mais sont peu
présentes dans les zones rurales et sont souvent, culturellement parlant,
éloignées d’une clientèle rurale. Les banques de développement agricole
possèdent, quant à elles, l’avantage potentiel à la fois d’avoir une taille juste
et d’être présentes dans les zones rurales mais elles sont souvent victimes
d’une mauvaise gestion, d’une mauvaise gouvernance et de pressions poli-
tiques concernant les décisions relatives au crédit. Toutefois, la BAAC et la
Land Bank ont montré des exemples du rôle potentiel que les banques de
Chapitre 3: création d’un portefeuille de financement à terme 67
développement agricoles réformées peuvent jouer quand les problèmes de
gouvernance sont pris de front de façon efficace.
3.8 FINANCEMENT D’UN PORTEFEUILLE D’ACTIFS À TERME
Importance de la gestion actif-passif
Comme il ressort de l’analyse faite dans la partie A, les institutions finan-
cières qui possèdent un portefeuille de financement à terme doivent dévelop-
per des stratégies efficaces afin de réduire les asymétries d’actif-passif et les
risques inhérents liés aux problèmes de liquidités, aux taux d’intérêt et aux
taux de change. Cette question est analysée plus en détail dans l’Agricultural
Finance Revisited (AFR) n° 4 (Giehler, 1999). Au regard du rôle crucial que
la gestion actif-passif (ALM*) joue pour les institutions financières qui s’en-
gagent dans des activités de financement à terme, certaines questions et cer-
tains choix possibles qui se posent en matière de financement de portefeuille
de prêts à terme seront examinés sous l’angle de ces mêmes institutions.
Les implications entraînées au niveau des politiques que les gouvernements et
les donateurs doivent adopter seront brièvement évoquées dans la partie C.
Caractère approprié des différentes sources de financement
Concernant le refinancement d’un portefeuille de financement à terme,
choisir la source de financement la mieux adaptée parmi les différentes
sources existantes dépend de la part occupée par les actifs à terme dans le
montant total d’un portefeuille, des modalités de durée et de l’application de
taux d’intérêt fixes ou variables qui pèsent sur le portefeuille. Les positions
ouvertes (c’est-à-dire les asymétries entre capital et sources de financement)
comptent trois éléments importants: le taux d’intérêt, le montant et la durée
des fonds reçus et octroyés. Les institutions financières qui fournissent un
financement à moyen et long terme doivent essayer de contenir les positions
ouvertes en ayant accès à des sources de financement adaptées le mieux
possible aux échéances et aux conditions de leur portefeuille. Les différentes
sources de financement présentent, dans les grandes lignes, les principaux
éléments caractéristiques suivants:
1
* ALM: asset liability management.
68 Financement des investissements agricoles à terme
Les capitaux propres, tels que les bénéfices non distribués, le capital versé
et les subventions, présentent l’avantage de ne pas avoir de coûts fixes
ou d’échéances (voir chapitre 6). Par conséquent, utiliser des capitaux
propres pour financer un portefeuille d’actif à terme élimine les risques
liés aux taux d’intérêt et aux problèmes de liquidités29. Les institutions
financières rurales qui possèdent une solide base de capitaux propres sont
les mieux placées pour se lancer dans une activité de financement à terme.
Il est possible d’obtenir des capitaux propres grâce à des prêts accordés à des
conditions avantageuses (donateurs, gouvernements, banques de développe-
ment) ou à des prêts provenant de source commerciale (anciens ou nouveaux
actionnaires, fonds d’investissement, etc.). Plusieurs institutions ayant fait
l’objet d’une étude ont reçu des prêts à taux réduit ou des aides de la part des
donateurs ou des gouvernements, surtout au cours de la phase de démarrage
de leur activité. Les institutions qui sont détenues par leurs membres, comme
la CECAM et la MCRB, reçoivent des fonds sous différentes formes de la
part de leurs actionnaires et des emprunteurs. Devenir membre et avoir, par
conséquent, le droit d’obtenir des prêts ou de pouvoir bénéficier de pro-
duits de crédit-bail, exige d’acquérir un nombre minimum de parts dont le
remboursement ne peut intervenir qu’au moment où le membre se retire de
l’institution. De plus, le montant du prêt ou du crédit-bail auquel un membre
peut prétendre est fonction du nombre de parts détenues. L’acquisition de
parts en plus grand nombre est donc favorisée, entraînant de ce fait une
augmentation du capital de base de l’institution financière rurale. Enfin, les
capitaux propres sont également renforcés par le mécanisme d’imputation
d’un certain pourcentage pour chaque prêt ou crédit-bail.
Une réserve doit être faite concernant l’utilisation des capitaux propres:
elle peut être à la source d’importantes implications en ce qui concerne les
modalités de propriété et de gouvernance de l’institution financière rurale
(Giehler, 1999). Le développement des activités de crédit et l’offre de
meilleures conditions aux emprunteurs sont souvent conditionnés par la
pression constante, souvent contraire aux principes de prudence indispen-
sables à l’octroi des prêts, que subissent les institutions financières étatiques
et celles détenues par leurs propres membres.
29 Une partie seulement des capitaux propres peut être utilisée pour financer un portefeuille de prêt;
l’autre partie est habituellement investie dans les immobilisations des institutions financières
comme les immeubles, le matériel de bureau, les véhicules, les logiciels, etc.
Chapitre 3: création d’un portefeuille de financement à terme 69
Les prêts secondaires30 bénéficient de périodes de remboursement fixes mais,
en cas de faillite, ils occupent un rang inférieur par rapport à d’autres emprunts
commerciaux (créances privilégiées). Le capital est en principe remboursé en
un seul versement à la fin de la durée du prêt (versement forfaitaire et final).
Ces prêts sont en général non garantis, même s’ils peuvent l’être par une
créance de deuxième rang constituée sur le capital de la société. Par consé-
quent, ils nécessitent une prime de risque plus élevée et supportent des coûts
plus élevés que les prêts bancaires classiques.
Les prêts secondaires sont fournis par les banques commerciales, par les
fonds de capital risque, par des investisseurs privés ayant des objectifs précis
d’investissement et par des fonds de financement hybride. Ils peuvent éga-
lement être fournis par des institutions de financement de développement
nationales et internationales. Les prestataires de prêts secondaires n’inter-
viennent pas dans la gestion de l’entité emprunteuse.
Les avantages des prêts secondaires reposent sur des modalités de durée plus
longue, sur une plus grande flexibilité dans l’établissement des barèmes de
remboursement et sur l’absence de pression dans les décisions de gestion.
Le principal inconvénient est constitué par des coûts plus élevés que ceux
relatifs aux prêts garantis.
Les obligations offrent généralement des taux d’intérêts fixes et peuvent
être émises pour une durée plus longue. Cela réduit les risques liés aux
taux d’intérêt et les risques de liquidités. Mais toutes les institutions
financières ne sont pas autorisées à émettre des obligations. Les banques
centrales et les autorités de surveillance imposent souvent des règles très
strictes en ce qui concerne les types d’institutions financières autorisées
à émettre des obligations. De plus, pour attirer des fonds des marchés de
capitaux, les prêteurs doivent remplir des critères rigoureux concernant
le respect des bonnes pratiques bancaires et la qualité du portefeuille.
Les montants, la durée et les coûts des fonds dépendent de la notation
sur les marchés de capitaux. L’importance des coûts fixes d’émission des
obligations rend les petites sommes peu rentables et limite l’utilisation de
cet instrument financier aux institutions les plus importantes et les plus
performantes.
30 Appelés aussi «financement par quasi-fonds propres».
70 Financement des investissements agricoles à terme
Encadré 7
Financement par obligations d’un portefeuille de prêts à terme
Seules deux institutions ayant fait l’objet d’une étude ont utilisé, dans une certaine
mesure, des instruments de marchés de capitaux: la Land Bank et la BAAC. La Land
Bank émet des obligations sur le marché de capitaux national conformément aux
modalités et aux échéances qui caractérisent son portefeuille de prêts à terme.
Même si les activités de crédit de cette institution concernent exclusivement le
domaine agricole et toutes les activités qui y sont liées, la Land Bank peut vanter
une solide expérience dans le passé en tant qu’institution financière. Trois raisons
sont à l’origine de sa bonne notation sur le marché des capitaux: la majeure partie
de son portefeuille présente des risques plutôt modérés, les garanties sont majo
ritairement constituées par des prêts hypothécaires sur des biens immobiliers et le
fait qu’elle soit la propriété de l’Etat fournit une garantie implicite de solvabilité
en cas de choc externe majeur.
La BAAC refinance, elle aussi, une partie de son portefeuille de prêts à moyen et à
long terme par le biais d’obligations. Le fait que l’Etat soit propriétaire a certaine
ment favorisé la levée très importante de financements commerciaux par le biais
de dépôts et d’obligations, et cela même si les autorités gouvernementales ne sont
intervenues qu’une seule fois durant la récente crise financière. Cependant, contrai
rement à la Land Bank, la BAAC finance principalement de petites et moyennes
exploitations agricoles et son portefeuille de prêts à terme est garanti seulement
par des garanties substitutives et des prêts hypothécaires sur des titres de propriété
émis sous le régime de la réforme agraire, ayant une valeur de marché limitée. Les
principales clés de la réussite de l’accession de la BAAC aux marchés de capitaux
sont les suivantes:
• développement de techniques de crédit très performantes basées sur des groupes à
responsabilité solidaire et diversification progressive des produits de crédit en prêts
à terme;
• situation de quasi-monopole en tant qu’organisme financier institutionnel de crédit
offrant les meilleures conditions (ce qui incite les exploitants agricoles à préserver
leur possibilité de recourir au crédit auprès de la BAAC);
• grande professionnalité et jouissance d’une «protection» qui a largement contribué
à prévenir les ingérences politiques dans la gestion de l’institution;
• envergure nationale facilitant la répartition des risques systémiques.
Un autre instrument financier issu des marchés de capitaux et principalement
utilisé dans les pays en développement est constitué par les titres garantis par des
actifs immobilisés. Les institutions financières qui possèdent un portefeuille
de prêt à terme consolidé par des prêts hypothécaires sur des biens immobi-
liers peuvent émettre des obligations sur le marché hypothécaire secondaire.
Chapitre 3: création d’un portefeuille de financement à terme 71
Les crédits basés sur les prêts hypothécaires nécessitent toutefois un mar-
ché immobilier dynamique et un cadre législatif et institutionnel adapté au
régime des sûretés (question examinée dans le chapitre 7).
Emprunts à des sources nationales et internationales. Les capitaux à terme
peuvent être financés par le biais de certificats de dépôt ou par le biais de prêts
provenant d’autres banques nationales présentes sur le marché interbancaire.
S’il est possible de faire concorder les conditions de modalités et d’échéances,
les risques liés aux liquidités et aux taux d’intérêt peuvent être réduits par
le recours au crédit commercial. Cependant, dans la pratique, il convient de
tenir compte des trois points suivants:
• coûts relativement élevés des prêts à moyen terme provenant de sources
commerciales;
• durée des prêts généralement plus courte;
• disponibilité du financement très variable.
Ces problèmes s’accentuent quand les échéances d’un portefeuille d’actifs
à terme sont plus longues. Des prêts à terme de longue durée et à des taux
d’intérêt fixes peuvent devoir être refinancés plusieurs fois: cela expose le
prêteur à des risques importants liés aux taux d’intérêt. Les crédits com-
merciaux présentent des risques très élevés et sont très sensibles aux taux
d’intérêt: si des évènements externes conjoncturels affectent la stabilité
macroéconomique, l’économie d’importants secteurs économiques ou le
portefeuille d’un prêteur, les crédits commerciaux proposés connaîtront des
coûts élevés et seront d’une durée plus courte. Ce facteur d’instabilité rend
difficile le refinancement d’un portefeuille de financement durable à moyen
et à long terme par la seule utilisation de crédits commerciaux.
Les crédits internationaux en devise étrangère peuvent être proposés à des
coûts moins élevés mais ils exposent les institutions financières rurales à
des risques liés aux opérations de change, surtout dans le cas où les actifs
sont pour la plupart en devise nationale. Il est souvent possible de recourir
à des sources de crédit à des conditions avantageuses, offrant des modalités
de remboursement à long terme, des délais de grâce et, fréquemment, des
coûts situés en dessous du marché. Une limitation importante réside dans
les coûts indirects engendrés par les frais de rapports et, dans certains cas,
dans la restriction de l’utilisation des financements (conditions d’octroi,
emprunteurs ciblés, etc.).
72 Financement des investissements agricoles à terme
Encadré 8
Différents moyens d’utiliser le financement à court terme pour le crédit à terme
Utiliser la somme constante disponible issue des dépôts. Bien qu’en prin
cipe les dépôts à vue puissent être retirés à tout moment, il n’existe pas, du
point de vue statistique, un moment précis où l’ensemble des fonds déposés font
l’objet d’un retrait massif et global. En analysant les mouvements de compte,
une banque peut déterminer des règles de fréquence de retrait des dépôts dans
le courant d’une année et, ainsi, définir de façon empirique le montant total des
dépôts déposés créant une base constante (dépôts constants). Cette somme peut
être utilisée pour financer des prêts à long terme. Même dans les zones rurales
où prédominent les activités agricoles, une base constante de dépôts peut être
déterminée. Quand le montant des dépôts effectués par les commerçants et les
fournisseurs de facteurs de production tend à augmenter, celui des dépôts effec
tués par les exploitants agricoles tend à diminuer, et vice-versa. S’il était tenu
compte de cette approche, dans le cas de retraits massifs de dépôts bancaires
ou de crédit ou retraits anormalement élevés, le fait de pouvoir bénéficier de
lignes de crédit de sauvegarde consenties par les institutions fédérales ou par la
banque centrale constituerait une importante mesure complémentaire.
Bénéficier de liquidités supplémentaires. La possibilité d’utiliser des dettes
à court terme pour financer des prêts à terme dépend de la capacité des institu
tions financières à pouvoir accéder à des liquidités. Cela peut signifier réaliser
des actifs, tels que des obligations ou d’autres investissements monétaires, avoir
accès à des prêts interbancaires ou obtenir des fonds supplémentaires de la part
des actionnaires. Selon le type d’institution, l’accès à un réescompte de la part
de banque centrale ou à des facilités de refinancement peut nécessiter certaines
adaptations. Une autre possibilité consiste à réaliser un fonds commun des
liquidités par le biais de liens interbancaires. Les caisses rurales peuvent aussi
négocier des lignes de crédit ou de découvert avec les banques commerciales.
Afin de faciliter les transferts de liquidités à l’intérieur et hors du système, les
institutions mutualistes créent souvent des structures intermédiaires avec leurs
propres caisses fédérales.
Les dépôts constituent une importante source de financement avantageuse
pour les institutions financières autorisées à en faire usage. Cependant, l’uti-
lisation de dépôts pour financer un portefeuille de prêts à terme implique
des risques élevés liés aux liquidités et aux taux d’intérêt et exige de posséder
de très bonnes compétences en gestion de trésorerie ainsi qu’un bon système
d’information de gestion. Les risques dépendent principalement des modali-
tés et du montant des dépôts de base, de la réaction aux fluctuations des taux
d’intérêt, de la taille de l’institution financière et des possibilités dont elle
dispose pour pouvoir avoir accès aux systèmes de refinancement.
Chapitre 3: création d’un portefeuille de financement à terme 73
• Taille des institutions financières rurales. Les petites institutions finan-
cières rurales, avec des moyens limités pour affronter les risques systé-
miques, sont exposées à des risques importants de liquidités. Dans le cas
d’évènements majeurs négatifs, plusieurs titulaires de dépôts pourraient
souhaiter récupérer leur fonds et les emprunteurs ne plus être dans la
possibilité de rembourser leur emprunt. Pour utiliser les dépôts dans le
but de financer un portefeuille de prêts à terme, ces institutions doivent
avoir accès à des possibilités de refinancement de la part de leurs action-
naires ou de la part d’une institution financière de second rang.
• Nature des dépôts. Les dépôts des institutions financières rurales sont, en
majorité, souvent constitués par un nombre important de petits comptes
de dépôt à vue dont la durée est très variable. Ensuite, une part non
négligeable de la totalité des dépôts peut provenir d’un nombre limité
de dépositaires, ce qui peut avoir des conséquences sur les taux d’intérêt.
Cette situation rend plus sensible l’exposition des institutions financières
rurales aux risques liés aux liquidités et aux taux d’intérêt.
Il est également possible pour les institutions financières qui ont déve-
loppé des techniques de financement appropriées d’utiliser les dépôts pour
financer un petit portefeuille de prêts ou de crédit-bail à moyen terme.
Dans les zones rurales, où la mobilisation de l’épargne connaît une faible
concurrence, les variations des taux d’intérêt peuvent être limitées et les
petits dépôts ruraux peuvent fournir une base de financement stable et peu
onéreuse. Il est possible d’utiliser les dépôts à des fins de financement de
portefeuille à moyen terme:
• en utilisant des dépôts centraux, combinés à des lignes de crédit perma-
nentes ou à des regroupements de liquidités, au sein de réseaux d’insti-
tutions financières (voir encadré);
• en créant des dépôts à terme et des produits de prêt-épargne.
Il est clair que de nombreuses banques de pays en développement pourraient
œuvrer davantage en faveur du développement de produits d’épargne adap-
tés et efficaces, rémunérateurs afin d’aider les clients à participer plus active-
ment à l’économie monétaire. C’est particulièrement vrai en ce qui concerne
le développement des dépôts à terme et pour les produits d’épargne liés aux
prêts, c’est-à-dire en adaptant les produits de financement immobilier dans
le but de pouvoir les utiliser à des fins de financement agricole à terme.
En Afrique, plusieurs institutions financières telles que la FECECAM, la
74 Financement des investissements agricoles à terme
CECAM et l’Equity Building Society ont récemment proposé des produits
de ce type. L’emprunteur doit économiser, chaque semaine ou chaque mois,
un certain montant jusqu’à atteindre une somme déterminé précise qui lui
permet ensuite de pouvoir prétendre à un prêt à terme à un taux d’intérêt
préférentiel. Il serait nécessaire d’approfondir la portée de ces instruments
financiers par de nouvelles études. Un système d’assurance-dépôts, en ren-
forçant la confiance du public et en garantissant les dépôts, constituerait un
important soutien au développement des stratégies d’épargne; cela permet-
trait également de réduire les risques de retraits bancaires massifs.
Principales suggestions pour le financement d’un portefeuille
d’actifs à terme
L’analyse des atouts et des inconvénients des différentes sources de finance-
ment a montré que les institutions financières devraient chercher à diversi-
fier la composition de leur passif afin de faciliter l’adéquation des modalités
de mise en œuvre et des coûts entre financements et capitaux mais devraient
aussi chercher à réduire le facteur de dépendance pouvant découler d’une
source unique de financement. La gestion du passif est importante dans la
mesure où elle permet de garantir la solvabilité, les liquidités et la rentabilité
d’une institution financière tout en assurant des capitaux propres suffisants
et une diversité des instruments de crédit.
Les capitaux propres et les prêts secondaires sont les instruments les
mieux adaptés pour financer un portefeuille de financement à terme, dans
la mesure où ils réduisent les risques de gestion actif-passif. Cela est par-
ticulièrement vrai pour les institutions financières ayant peu d’expérience
dans le domaine du financement à terme et pour les institutions financières
de petite taille ayant peu de possibilités de procéder à la diversification de
leur passif. Les crédits à long terme réduisent les risques de liquidités pour
les capitaux à long terme ainsi que, en présence d’un taux fixe, les risques
de taux d’intérêt. En ce qui concerne les emprunts internationaux, les
risques liés aux devises doivent être soigneusement évalués.
La capacité des institutions financières à utiliser les dépôts, les obligations
ou les facilités de réescompte de la banque centrale dépend avant tout de
la législation bancaire en vigueur dans le pays. Les dépôts constants et les
crédits commerciaux peuvent constituer des sources importantes de finan-
cement complémentaire. Toutefois, leur utilisation pour le financement à
Chapitre 3: création d’un portefeuille de financement à terme 75
terme de capitaux exige de très bonnes compétences en matière de gestion
actif-passif. Ils se révèlent mieux adaptés pour des institutions de grande
taille et bénéficiant d’une bonne expérience, qui possèdent un solide por-
tefeuille d’actifs, bénéficient d’une bonne notation bancaire et d’une base
solide de fonds propres. Les dépôts à terme sont sensibles aux variations des
taux d’intérêt et peuvent être utilisés pour financer les prêts à moyen terme
à taux d’intérêt variables.
77
Chapitre 4
PRÊTS À TERME ET ÉLÉMENTS
CONSTITUTIFS DE TECHNIQUES
DE CRÉDIT EFFICACES
Les prêts à terme sont les instruments de financement à terme les plus large-
ment utilisés. Ils offrent une grande flexibilité pour ajuster les montants de
prêts, les versements et les barèmes de remboursement au budget de tréso-
rerie relatif à l’investissement et à l’exploitation agricole. En fonction de la
clientèle visée et de l’expérience du prêteur, les prêts à moyen terme peuvent
servir soit de prêts généraux soit de prêts pour des investissements précis.
Ce chapitre analyse les éléments constitutifs des techniques de crédit à
terme: sélection des emprunteurs et des investissements, utilisation de
garanties principales et substitutives, appréciation de la capacité de rem-
boursement, fixation des versements et des barèmes de remboursement,
évaluation des coûts des prêts à terme, contrôle des prêts et supervision des
emprunteurs, et gestion des défaillances de paiement.
4.1 SÉLECTION DES EMPRUNTEURS
Un examen au cas par cas et une sélection rigoureuse des clients est la clé
pour une réduction des risques liés aux prêts à terme. La plupart des insti-
tutions ayant fait l’objet d’une étude de cas fournissent des prêts à terme ou
78 Financement des investissements agricoles à terme
des produits de crédit-bail à des exploitants agricoles individuels. Les grou-
pements d’agriculteurs jouent souvent un rôle important dans l’examen et la
supervision des clients, en procurant des facteurs de production et des débou-
chés commerciaux (ANED, Rural Bank of Panabo) ou en instaurant une res-
ponsabilité solidaire (BAAC). Les facteurs suivants sont les plus importants
dans le but de déterminer le profil de risques d’un client potentiel:
Expérience et compétences. Le niveau des compétences en gestion courante
agricole et une expérience concrète dans le domaine des activités agricoles
ou des investissements constituent des facteurs déterminants essentiels pour
les risques idiosyncrasiques des emprunteurs. Les prêteurs limitent par
conséquent l’octroi de prêts à terme au changement ou au développement
d’activités déjà existantes de façon à s’a ssurer que le client possède une
solide expérience en gestion31.
L’évaluation d’une expérience professionnelle passée comme condition
préalable à l’obtention d’un prêt tient compte aussi du montant de l’inves-
tissement, de la qualité des garanties et de la méthode d’appréciation des
emprunts. Pour le matériel le moins important tel que les motoculteurs ou les
pompes d’irrigation, les exigences relatives à l’expérience acquise sont moins
rigoureuses. Dans les cas où le matériel est plus important – et dans la mesure
où le remboursement du prêt est lié à une augmentation de la trésorerie – le
client doit faire preuve de compétences techniques concernant l’utilisation et
l’entretien du matériel et doit posséder une solide expérience professionnelle.
Les prêts à terme polyvalents, comme ceux, par exemple, que propose
la CLA, sont à l’origine une variation des prêts à court terme jouissant
d’une période de remboursement plus longue. La trésorerie nette diffé-
rentielle n’est alors pas prise en considération dans la fixation des barèmes
de remboursement. Les institutions financières qui proposent ce type de
prêts basé sur le budget de trésorerie évaluent seulement la continuité des
activités réalisées par le futur emprunteur. Elles n’exigent pas d’expérience
technique particulière tant que l’investissement n’a pas d’effets sérieux sur
le budget de trésorerie existant.
31 Un capital de démarrage peut être accordé dans le cas où la personne qui souhaite obtenir un
prêt a acquis une expérience professionnelle auprès d’autres exploitations agricoles ou d’autres
plantations.
Chapitre 4: Prêts à terme et éléments constitutifs de techniques de crédit efficaces 79
Gestion saine. Les prêts à terme polyvalents éliminent par définition les
risques de détournement des financements et réduisent les risques d’erreurs
de gestion des investissements. Les risques d’aléa moral augmentent dans la
mesure où le remboursement des prêts est lié à la trésorerie différentielle géné-
rée par l’investissement. Une stratégie progressive de crédit est une des façons
d’obtenir des informations sur les capacités de bon gestionnaire de l’emprun-
teur. Les antécédents de crédit peuvent aussi être vérifiés auprès des agences
d’évaluation du crédit, d’autres prêteurs ou d’autres sources non institution-
nelles (autres emprunteurs, dirigeants ou responsables de groupements d’agri-
culteurs, commerçants, autorités du village ou institutions locales).
Dans une certaine mesure, de bons antécédents en tant qu’emprunteur
peuvent se substituer à des garanties corporelles. Toutefois, des montants
élevés et des durées plus longues exigent des garanties supplémentaires
pour se prémunir contre les risques d’aléa moral. Des acomptes ou des par-
ticipations sur fonds propres constituent un autre moyen de s’assurer que
l’investisseur respecte ses engagements financiers.
Budget de trésorerie. Les exploitants agricoles qui ont des sources variées de
revenu provenant d’activités agricoles ou non agricoles sont normalement
des clients privilégiés pour l’obtention de prêts à terme. Des sources de
revenu diversifiées consentent des remboursements de prêts plus fréquents,
réduisent la nécessité de délais de grâce et fournissent une source alternative
de remboursement de prêts dans le cas où la rentabilité des investissements
serait plus basse que prévue.
Cela peut dans une certaine mesure pénaliser les exploitants agricoles les
plus spécialisés qui possèdent souvent une meilleure compétence technique
et de gestion concernant l’activité financée. Le fait qu’ils soient plus exposés
à des risques systémiques peut amener les prêteurs à leur appliquer plus
rigoureusement les critères de garanties. Leur admissibilité à l’obtention
d’un prêt dépend aussi des conditions du marché, de l’existence d’une possi-
bilité d’assurance et d’autres mesures visant à gérer les risques systémiques.
Par exemple, un producteur spécialisé dans les produits laitiers, titulaire d’un
contrat de commercialisation et qui profite de prix relativement stables, peut
toujours constituer un risque, même minime. L’agriculture sous contrat ou
d’autres formes d’intégration verticale, l’existence d’assurances récolte et
des mécanismes permettant de gérer les risques liés aux prix améliorent la
possibilité pour les exploitants agricoles de bénéficier de services bancaires.
80 Financement des investissements agricoles à terme
Partenaires commerciaux. Que ce soit pour de nouvelles activités ou pour
des activités déjà existantes, les demandeurs de prêts doivent pouvoir compter
sur des débouchés commerciaux précis. Les risques commerciaux sont moins
importants dans le cas d’une entreprise agricole bien établie, financée, étant
donné que les canaux de commercialisation existent déjà. Toutefois, la pru-
dence s’impose dans les cas où un grand nombre de prêts sont fournis pour
une même activité car l’augmentation de la production et du rendement peut
conduire à une production excédentaire. Par exemple, l’ANED a été confron-
tée à des problèmes de plus en plus importants de non-remboursement après
avoir accordé en peu de temps de nombreux crédits-bails pour des pompes
d’irrigation destinées à la production de légumes, l’augmentation de la produc-
tion de ces derniers s’est traduite par une baisse des prix sur les marchés locaux.
L’intégration verticale est aussi un bon moyen pour s’assurer de la commer-
cialisation d’une production importante, surtout dans les cas où les indus-
triels sont impliqués dans le financement des investissements agricoles soit
parce qu’ils fournissent directement des prêts soit parce qu’ils apportent des
garanties pour le remboursement des prêts aux banques.
4.2 UTILISATION DES GARANTIES PRINCIPALES ET GARANTIES
SUBSTITUTIVES
Garanties substitutives
Contrairement aux garanties principales, les garanties substitutives n’ont pas
ou peu de valeur marchande et elles servent à rendre exécutoires les contrats
de prêts sans avoir recours à des procédures judiciaires. Elles incluent les
groupements à responsabilité solidaire et les garants, la mise en gage d’actifs
non enregistrés de l’exploitation ou du ménage agricole, des privilèges pris
sur la production et d’autres mécanismes du même type. La caractéristique
sous-jacente à tous les types de garantie substitutive est celle de lier de futurs
prêts à une situation de remboursement déjà existante.
Les études de cas montrent que les garanties substitutives ont leur place
dans le cas de prêts à terme moins importants. Elles peuvent se révéler
comme des garanties de remboursement efficaces dans le cas où le client et
le prêteur sont liés de longue date avec et où il n’existe que de rares autres
sources de financement à des conditions comparables.
Chapitre 4: Prêts à terme et éléments constitutifs de techniques de crédit efficaces 81
Groupements à responsabilité solidaire. La garantie substitutive la plus cou-
rante utilisée par les institutions de microfinance est celle de groupes d’en-
traide de crédit. Les membres du groupe sont coresponsables pour les prêts
contractés par les membres du groupe et le manquement au remboursement
d’un prêt de la part d’un membre du groupe empêche l’ensemble des autres
membres d’avoir accès à de futurs prêts. Plusieurs cas ont vu le jour dans
lesquels la solidarité entre membres du groupe n’a plus été mise en œuvre
avec le temps et c’est là une question très importante pour le financement
à terme. Quand un certain nombre de membres cessent de payer, les autres
membres payeurs doivent assumer le maintien intègre du groupe (accès à
de futurs prêts) en assurant le remboursement des prêts d’autres membres
en plus de leurs propres engagements. Cela pose tout particulièrement un
problème au regard des montants élevés des prêts à terme.
Un groupe peut également ne souhaiter ou n’être capable que de garantir un
nombre limité de prêts à terme et le montant total garanti par le groupe peut
ne pas satisfaire certains membres du groupe – ce qui, encore une fois, peut
menacer à terme la solidarité entre les membres du groupe. En général, le rôle
rempli par les groupements à responsabilité solidaire en matière de crédit est
plutôt celui d’aider les institutions financière rurales à procéder à l’examen au
cas par cas des clients et à exercer une pression pour que les remboursements
soient effectués, fournissant ainsi un autre type de garantie supplémentaire.
Mise en gage des activités ou des actifs personnels à valeur d’usage élevée.
Certaines institutions ont adopté des techniques d’une légalité discutable en
acceptant pour garantie substitutive des biens qui n’ont pas une véritable valeur
marchande mais qui, par la valeur personnelle qu’ils leur accordent, peuvent
constituer une bonne motivation pour les clients. Par exemple, les emprunteurs
peuvent remettre au prêteur des titres de propriété issus de la réforme agraire ou
signer des documents autorisant les prêteurs à saisir des biens tels que les outils
ou les équipements utilisés pour l’activité, des postes de télévision ou tout autre
bien de consommation durable dans les cas de non-remboursement. Plusieurs
institutions font usage de ce type de gage non officiel d’actifs ruraux non enre-
gistrés jusqu’à un montant de 7 500 $EU (CLA et Agrocapital).
Les saisies informelles sont à la discrétion de l’emprunteur alors que la saisie
judiciaire est généralement coûteuse et suit une procédure longue et quel-
quefois impossible à mener à terme. En réalité, c’est plus souvent la simple
menace d’un recours à une action que l’action elle-même qui permet d’assurer
82 Financement des investissements agricoles à terme
Encadré 9
BAAC: Utilisation des groupements à responsabilité solidaire
La BAAC utilise ces groupements jusqu’à un montant de prêt maximum de
100 000 baths thaïlandais (BTH) (environ 2 000 $EU), quelle que soit la durée.
Ces groupements existaient déjà auparavant et proposaient depuis longtemps
des prêts à court terme. La BAAC est le seul fournisseur de prêts de la plu
part des exploitants agricoles en Thaïlande et celui qui, de très loin, offre les
meilleures conditions. Il est par conséquent très important pour la plupart des
exploitants agricoles thaïlandais de maintenir de bonnes relations avec la BAAC.
le respect des obligations relatives au crédit. L’efficacité de ce mécanisme
repose, dans une certaine mesure, sur une certaine ignorance de l’emprun-
teur. Un autre inconvénient lié à l’utilisation d’actifs non enregistrés est que
l’emprunteur peut donner les mêmes biens en gage à plusieurs prêteurs.
Garanties personnelles de la part de tiers. Cette solution consiste en ce qu’un
tiers (cosignataire) assume la responsabilité d’effectuer les remboursements
du capital et des intérêts en cas de défaillance. Cette garantie peut s’avérer
efficace dans les cas où le tiers possède des revenus suffisants et/ou des actifs
qui peuvent être réalisés pour payer tous les remboursements non honorés
par l’emprunteur. Les tiers sont supposés exécuter leurs obligations sans que
le prêteur ne prenne la décision d’entamer une procédure judiciaire pour la
bonne raison qu’ils souhaitent maintenir leurs chances de pouvoir recourir
eux aussi au crédit. On peut citer, pour exemple, la BAAC qui acceptent les
garanties personnelles pour des petits prêts s’élevant jusqu’à 1 000 $EU.
Garants locaux. Cette garantie substitutive exploite la connaissance et la
position sociale des représentants locaux du village. Cette stratégie a déjà été
évoquée quand on a traité de l’examen au cas par cas des membres du groupe
par le chef du groupe lui-même, comme cela a été le cas pour le CIDRE.
En Ouganda, des assemblées locales certifient la capacité des emprunteurs
de recourir au crédit pour des prêts contractés auprès de la Ugandan com-
mercial Bank concernant le bétail. De tels «garants» assurent les rembour-
sements et appliquent des sanctions sociales aux emprunteurs défaillants.
Cette solution est efficace dans le cas où le garant a un véritable intérêt à
préserver sa propre capacité d’accès au crédit avec le prêteur sur une longue
période. Ici encore, l’accès à des prêts futurs et les liens qui existent entre
les institutions financières et le garant sont des conditions préalables très
Chapitre 4: Prêts à terme et éléments constitutifs de techniques de crédit efficaces 83
importantes. Dans le cas de prêt à terme, les garants locaux servent plutôt
à parfaire un crédit qu’à offrir une nouvelle forme de garantie substitutive.
Dépôts obligatoires. Certains prêteurs exigent de la part d’éventuels
emprunteurs qu’ils épargnent dans le but de demander un crédit afin qu’ils
démontrent leur intention d’établir une relation à long terme avec la banque.
Quand le montant de l’épargne a atteint un niveau prédéfini, le prêteur éva-
lue s’il souhaite accorder un prêt ou non, quelquefois d’un montant défini
en proportion de l’épargne réalisée. Quelques coopératives d’épargne et de
crédit déterminent le montant des prêts sur la base du montant de la part
de capital social détenue par l’emprunteur (par exemple, la CECAM et la
MCRB). Par ce moyen, les prêteurs limitent le montant d’une perte poten-
tielle dans la mesure où les emprunteurs n’empruntent en pratique qu’un
montant correspondant à une partie de leur épargne ou de leur capital.
Même si le fait de devoir constituer une épargne obligatoire peut avoir des
effets efficaces sur le contrôle des risques subjectifs, cette solution entraîne
une augmentation du taux d’intérêt réel et, par conséquent, s’avère plus
onéreuse pour l’emprunteur.
Contrats interdépendants. L’utilisation des produits agricoles comme
garantie substitutive semble limitée aux prêts de campagne, principalement
sous forme d’avance de liquidités ou de fourniture en nature de facteurs de
production (par exemple, accord d’agriculture sous contrat). Dans les cas où
les prêts à terme sont fournis dans le cadre de contrats interdépendants, une
garantie supplémentaire est en général requise (voir chapitre 4.7).
Le rôle des garanties principales et des garanties substitutives
dans le cadre du crédit à terme: ce qu’il faut retenir
Les garanties substitutives permettent aux emprunteurs et aux prêteurs de
contourner certaines difficultés qui naissent de la présence opérative déjà
constatée des mécanismes traditionnels de garantie dans les zones rurales.
Dans une certaine mesure, elles permettent de remplacer le capital matériel
par la technique du garant local ou par le capital social. Elles sont mieux
adaptées dans le cadre d’une stratégie de crédit progressive pour des prêts
plus importants avec des échéances plus longues et dans un contexte de
concurrence limitée: si le fait de pouvoir accéder à des prêts ultérieurs
auprès d’un même prêteur constitue la principale motivation à effectuer
les remboursements, le prêteur doit alors avoir la possibilité de pouvoir
84 Financement des investissements agricoles à terme
concrètement refuser d’octroyer de nouveaux crédits dans les cas de non-
remboursement. Ces éléments limitent la possibilité d’utiliser des garanties
substitutives pour les prêts à terme: ils ne peuvent pas être utilisés pour de
nouveaux emprunteurs et ils ne sont efficaces que si le client a besoin d’ob-
tenir un prêt à court terme auprès du même prêteur. En fin de compte, il est
seulement consenti aux prêteurs de la plupart des pays de ne posséder dans
leur portefeuille qu’un certain montant maximum de prêts non garantis.
Les garanties substitutives peuvent aussi entraîner des coûts élevés pour
les emprunteurs. Un accès progressif à des prêts d’un montant plus élevé
peut contraindre plusieurs clients dynamiques qui souhaitent avoir accès à
des crédits à terme mais qui ne bénéficient que d’un accès limité au crédit,
à contracter plusieurs petits crédits dont ils n’ont pas besoin. La solidarité
entre membres implique des coûts de transaction élevés pour les membres,
y compris ceux non financiers, et d’éventuels coûts financiers si certains
membres manquent à leurs engagements. De plus, les prêteurs ont tendance
à compenser les risques les plus élevés propres aux garanties substitutives
par une hausse des taux d’intérêt. Même si cela pose moins de difficultés
dans les cas de microcrédits ou de prêts à court terme, pour lesquels les
problèmes liés à l’accès sont plus importants que ceux liés aux coûts, cela
pourrait conduire à des problèmes de sélection contre-productive dans le
cas de prêts à terme (voir chapitre 4.5).
Les besoins en matière de garanties supplémentaires sont proportionnels
aux montants et à la durée des prêts. Même si les institutions financières
considèrent que la saisie des biens donnés en garantie n’est à utiliser qu’en
dernier recours, il est important d’instaurer une certaine crainte de voir les
capitaux saisis et perdus afin d’asseoir le sérieux et la rigueur de l’institution
financière et d’obliger les emprunteurs à respecter des critères de bonne
conduite dans le gestion des crédits. C’est pour cette raison que les institu-
tions ayant fait l’objet d’une étude de cas ont parfois eu recours à des actions
légales même si les coûts de transaction étaient supérieurs à la valeur des
capitaux saisis. Garantir les prêts à terme les plus importants par des garan-
ties matérielles est également nécessaire d’un point de vue de la surveillance
des autorités monétaires nationales de façon à préserver la bonne santé du
secteur financier.
Etant donné les contraintes propres à l’utilisation des garanties tradition-
nelles (coûts élevés et délais des procédures de saisie et de vente), la plupart
Chapitre 4: Prêts à terme et éléments constitutifs de techniques de crédit efficaces 85
des institutions font usage à la fois de garanties traditionnelles et de garan-
ties sociales. Par exemple, il est possible que l’on demande aux exploitants
agricoles de fournir divers privilèges enregistrés ou des hypothèques sur les
terres ou sur des biens meubles en supplément de garanties fournies par des
tiers et de l’aval officiel du prêt par le village ou le chef du groupe. Dans ce
cas encore, il peut y avoir des avantages considérables par rapport aux ins-
titutions financières traditionnelles concernant à la fois le type de garantie
admise et la part du montant du prêt qui doit être couvert par la garantie.
Les banques traditionnelles refusent souvent de tenir compte des terres agri-
coles et peuvent exiger une couverture de 150−200 pour cent du montant du
prêt par le biais d’une garantie classique.
L’évolution du crédit, que ce soit au niveau des montants, de la durée ou
des conditions, exige de la part des gouvernements que des mesures soient
prises pour aborder les problèmes de contraintes structurelles qui entravent
l’utilisation de transactions garanties dans les zones rurales (voir chapitre 7).
4.3 ÉVALUATION DE LA CAPACITÉ DE REMBOURSEMENT
Apprécier un prêt signifie principalement évaluer la faisabilité technique,
économique et financière de l’investissement concerné et la capacité de
remboursement de l’emprunteur. Une bonne technique d’évaluation est
la condition principale permettant de considérer les propositions qui sont
recevables parmi plusieurs demandes de prêt. Cela permet aux institutions
financières rurales, plutôt que de baser principalement leurs décisions d’oc-
troi de crédits sur la valeur et la qualité des garanties fournies, d’évaluer
et d’accorder des prêts sous condition de capacité d’autofinancement, leur
permettant par la suite de pouvoir élargir la «frontière» des prêts à terme
aux zones rurales32.
Capacité réelle d’autofinancement des ménages
Les difficultés d’évaluation de la capacité d’autofinancement et de rembour-
sement d’un emprunteur potentiel proviennent de la nature informelle de
la plupart des entreprises rurales agricoles et non agricoles. Les documents
32 La frontière financière se réfère, dans ce contexte, au type de clients et aux zones rurales qui peu-
vent bénéficier d’instruments de financement à terme.
86 Financement des investissements agricoles à terme
Encadré 10
Prêts ruraux à terme polyvalents
La CLA emploie les mêmes techniques de crédit pour financer les facteurs de
production de campagne et les investissements à terme. Les échéances et la
fréquence des remboursements des prêts dépendent, à la base, de l’existence
d’une capacité d’autofinancement chez le client tandis que le montant dépend
des antécédents financiers, de la valeur globale des actifs de l’exploitation agri
cole et des biens donnés en garantie. Aucune évaluation de l’augmentation de la
capacité d’autofinancement générée par l’investissement n’est réalisée. Cela réduit
la nécessité de contrôler les prêts et, par conséquent, les coûts de transaction.
De plus, une attention toute particulière est apportée à la réalité économique des
petites exploitations qui sont impliquées dans de nombreuses activités où les res
sources financières sont extrêmement fongibles et la trésorerie des exploitations et
du ménage agricole sont imbriquées.
financiers sont rares et, quand ils existent, ils ne constituent pas toujours une
source fiable d’information. Etant donné le caractère fongible de l’argent, il
est important d’évaluer toutes les sources de revenus et de dépenses d’un
ménage agricole. En ce qui concerne les revenus, cela concerne les produits
de la vente des activités de récolte et de bétail, les revenus non agricoles
provenant d’autres activités tels que les transferts de fonds, les salaires,
les pensions, etc. En ce qui concerne les dépenses, le fonds de roulement
nécessaire aux activités de production doit être évalué: semences, engrais,
machines agricoles, main-d’œuvre, besoins en eau, dépenses vétérinaires,
etc. Les dépenses des ménages peuvent comprendre la nourriture, les
dépenses médicales et les frais de scolarité.
Etant donné la durée de la période de remboursement, le chargé de prêts
doit étudier les cycles des revenus et des dépenses, la constance des activi-
tés économiques et les flux de trésorerie qui y sont liés. Cela requiert une
bonne connaissance du cycle économique des activités agricoles et non
agricoles ainsi que des tendances probables concernant la demande, les prix
et la concurrence pour l’avenir. La capacité de production et la croissance
potentielle des exploitations agricoles, et donc des exploitants agricoles,
dépendent de l’âge de l’exploitant, de son expérience, de ses compétences en
gestion courante et agricole et de sa capacité réelle à produire.
La capacité de remboursement est elle aussi liée à la qualité des actifs de
production: le chargé des prêts doit contrôler l’état et le fonctionnement du
Chapitre 4: Prêts à terme et éléments constitutifs de techniques de crédit efficaces 87
matériel et des machines agricoles, l’ancienneté des plantations arboricoles
déjà existantes, le fonctionnement des systèmes d’irrigation, et l’état de santé
du bétail. En cas de mauvais état du matériel, il est probable que des dépenses
pour des réparations importantes devront être engagées. L’ancienneté des
plantations arboricoles permet d’évaluer les bénéfices pouvant être générés.
En ce qui concerne les ménages, l’âge et l’état de santé de ses membres et des
autres membres de la famille sont des éléments importants pour ce qui est à
la fois des risques de dépenses liées aux mariages, aux maladies et aux décès
et de la capacité à générer des revenus.
La situation relative aux dettes courantes auprès de diverses institutions
financières ou d’autres sources non institutionnelles doit être aussi évaluée.
Il est difficile pour un chargé de prêts d’avoir une vue complète de la tréso-
rerie des ménages au cours de la première évaluation. Cela souligne l’avan-
tage et l’importance de devoir adopter une démarche graduelle et d’établir
une relation à long terme dans le but d’obtenir des informations sur les
clients. Dans le cas de nouveaux emprunteurs, la capacité de rembourse-
ment doit être évaluée selon des critères traditionnels, sinon des conditions
strictes de garantie doivent être appliquées. Dans les cas d’emprunteurs déjà
connus, l’institution financière rurale possède une meilleure vue d’ensemble
de la trésorerie et de la capacité de remboursement de l’exploitation agricole.
Trésorerie différentielle
Savoir évaluer les investissements, y compris savoir faire une évaluation de
la trésorerie différentielle générée, présente plus de risques que d’évaluer
la trésorerie déjà existante. Cela requiert des compétences spécifiques de la
part des chargés de prêts, des comités de crédit et des directeurs de succur-
sales. En ce qui concerne les coûts liés à l’investissement, il est important
de prendre en considération non seulement les dépenses initiales mais
aussi les besoins de fonds de roulement différentiel et les coûts probables
de fonctionnement, d’entretien et de réparations. L’évaluation de la diffé-
rence de revenu générée par les investissements se fait sur la base de pré-
visions concernant les paramètres techniques, par exemple les prix prévus
à l’avenir ou l’impact des investissements sur la capacité de production
de l’exploitation. Cela exige de bien connaître les études de marché et de
bien maîtriser les différentes tendances et les différents domaines actuels
traitant de l’évolution des prix. Plus particulièrement concernant les
88 Financement des investissements agricoles à terme
investissements avec de longues périodes de gestation et d’amortissement,
il est important d’évaluer la tendance des prix à long terme et l’instabilité
des prix des principaux produits agricoles. La fluctuation saisonnière des
prix doit être prise en considération pour fixer les barèmes de rembourse-
ment. Les fluctuations conjoncturelles peuvent poser un problème spéci-
fique. Toutefois, un prêteur professionnel et compétent doit être capable
d’en neutraliser les effets en octroyant une dérogation de remboursements
pendant la période d’un éventuel effondrement des prix ou même en
accordant un supplément de liquidités.
La mesure dans laquelle le revenu marginal est pris en compte dans l’éva-
luation de la capacité de remboursement ou dans la fixation du barème de
remboursement dépend du profil de risque du client et de l’investissement,
du montant du prêt par rapport à la capacité d’autofinancement existante et
à l’expérience du prêteur. Selon les institutions ayant fait l’objet d’une étude
de cas, les méthodes d’évaluation des prêts sont différentes. Par exemple, la
CLA, l’Equity Building Sociaty (Kenya) et la RBP adoptent une approche
traditionnelle pour évaluer la capacité de remboursement de leurs clients:
elles ne prennent en considération que la capacité d’autofinancement exis-
tante de l’exploitation agricole et les dépenses marginales liées à l’inves-
tissement sans tenir compte du revenu marginal prévisionnel généré par
l’investissement. Cela réduit les risques de crédit liés aux mauvais investis-
sements et au caractère fongible de l’argent au sein de l’exploitation agricole.
Les autres avantages sont les coûts d’évaluation de prêt et le contrôle des
emprunteurs moins élevés.
La plupart des institutions financières ayant fait l’objet d’une étude pro-
cèdent à une évaluation plus détaillée de la capacité d’autofinancement des
ménages en prenant en considération à la fois la capacité d’autofinance-
ment marginale existante et celle prévisionnelle. La mesure dans laquelle le
montant du prêt et la fixation du barème de remboursement relatifs à cette
dernière doit être définie dépend:
• de l’expérience de l’institution financière en matière d’évaluation des
demandes de prêts pour investissement;
• du rapport entre l’expérience de l’exploitant agricole et l’investissement
envisagé;
• des types de garanties proposées;
• des risques liés à l’investissement.
Chapitre 4: Prêts à terme et éléments constitutifs de techniques de crédit efficaces 89
Il est important de calculer une capacité d’autofinancement marginale sur la
base de postulats traditionnels.
En général, il est recommandé aux institutions financières qui orientent
progressivement leurs activités vers le crédit à terme agricole mais qui
n’ont pas encore acquis les compétences nécessaires pour pouvoir évaluer
des propositions d’investissements plus sophistiquées d’adopter la straté-
gie des prêts polyvalents. Cette approche est également conseillée pour les
petits prêts à terme ou pour financer des investissements initiaux dans de
nouvelles technologies ou de nouvelles activités en l’absence d’antécédents
attestés. L’approche investissement-prêt peut être adoptée par des prêteurs
ayant plus d’expérience et se révèle tout particulièrement importante pour
financer des investissements qui modifient de façon sensible les revenus de
l’exploitation telles les techniques d’irrigation ou l’achat de terres.
Les prêteurs à terme dont l’expérience est une réussite ont accumulé un
ensemble d’informations et de connaissances communes sur les paramètres
de production technique, sur les fourchettes de prix des principaux facteurs
de production et des produits, sur d’autres facteurs de risques et des ten-
dances commerciales spécifiques. Ils utilisent des méthodes d’évaluation
relativement simples et normalisées pour les prêts à terme peu élevés et des
méthodes d’évaluation plus analytiques dans le cas de montants plus élevés
et de modalités plus complexes. Un prêteur doit, dans ce cas, compenser
des coûts de transaction supplémentaires à un niveau d’incertitude moins
élevé concernant l’investissement. Par exemple, la BAAC procède à une
analyse élémentaire de la capacité d’autofinancement pour les petits prêts
à terme inférieurs à 500 000 BTH (12 000 $EU). Pour des prêts allant de
500 000 à 1 000 000 de BTH (12 000–24 000 $EU), la capacité d’autofinan-
cement fait l’objet d’une analyse plus détaillée, accompagnée d’une étude
de faisabilité. Pour les prêts plus importants, supérieurs à 1 million (dépas-
sant 24 000 $EU), de nouveaux indices sont calculés (valeur actualisée
nette*, taux de rendement interne** et avantages/coûts***) et une analyse
plus minutieuse est menée.
* NPV: net present value.
** IRR: internal rate of return.
*** B/C: benefit/cost.
90 Financement des investissements agricoles à terme
4.4 DÉTERMINATION DES PAIEMENTS ET DES BARÈMES
DE REMBOURSEMENT
Le plan de remboursement diffère selon que l’investissement porte sur
un bien immédiatement opérationnel (tels que les machines ou le matériel
agricoles) ou a besoin d’un temps de gestation dû à la nécessité de travaux
de construction ou d’une période de transformation biologique. Dans le cas
d’investissements nécessitant une période de gestation avec des dépenses
échelonnées, les versements relatifs au prêt peuvent être programmés
selon un accord préalable. Cela permet au prêteur de suivre le devenir de
l’investissement.
La capacité de l’emprunteur à rembourser les prêts à terme dépend de la
mesure dans laquelle le barème des remboursements a été établi en fonction
de la capacité d’autofinancement de l’exploitation agricole, y compris l’in-
vestissement. Les machines agricoles et le matériel qui sont immédiatement
opérationnels jouissent en général d’échéances de remboursement allant de
3 à 5 ans. Les versements relatifs au remboursement ne devraient pas excéder
un certain pourcentage de la trésorerie prévisionnelle sur un an. Plusieurs
institutions ayant fait l’objet d’une étude de cas appliquent une limite de
30 pour cent de la trésorerie nette prévisionnelle pour les versements relatifs
au remboursement, en prenant en considération les temps de gestation et
les besoins d’augmentation du fonds de roulement. Il est possible d’inclure
ou de ne pas inclure le revenu annuel prévisionnel dans l’augmentation de
trésorerie générée par l’investissement.
Fixer des remboursements de prêt exige de trouver un compromis entre les
exigences de l’emprunteur en faveur de durées plus longues et de paiements
moins fréquents et celles liés aux risques supportés par le prêteur. Du point
de vue de l’emprunteur, des durées plus longues sont compréhensibles car
les versements correspondant aux remboursements sont proportionnelle-
ment moins élevés rapportés à la capacité d’autofinancement. Cependant, un
prêteur doit prendre en considération des paramètres tels que l’aléa moral et
les autres risques liés au crédit, l’inflation et les taux d’intérêt, la qualité des
garanties offertes et les types et les échéances des sources de financement.
Même s’il est compréhensible que les prêteurs préfèrent les prêts à court terme
pour des raisons liées aux risques d’aléa moral et pour réduire les risques
d’aléas en général, les risques de défaillance peuvent augmenter si les barèmes
de remboursements ne sont pas bien adaptés à la capacité d’autofinancement.
Chapitre 4: Prêts à terme et éléments constitutifs de techniques de crédit efficaces 91
La fréquence des remboursements des prêts pose un autre problème:
du point de vue des prêteurs, des remboursements fréquents pourraient
être préférables dans la mesure où ils réduisent les risques d’aléa moral
et facilitent la gestion des liquidités. Toutefois, cela n’est possible que
dans les cas d’investissements qui génèrent une capacité d’autofinance-
ment constante33 ou dans les cas d’exploitants agricoles qui possèdent
des sources de revenu conjoncturelles supplémentaires qui peuvent être
affectées aux remboursements des prêts. Les exploitations agricoles qui
dépendent dans une large mesure des revenus saisonniers ont besoin de
plus de flexibilité. L’Agrocapital, l’ANED et la CLA offrent la possibi-
lité d’adapter et de changer les montants et les périodes de versement du
remboursement au cours de l’année en fonction de la capacité d’autofinan-
cement. Les remboursements peuvent être effectués tous les 2, 3, 4 ou 6
mois. Des versements différents peuvent être décidés dans les cas où sur-
vient une deuxième récolte ou une récolte particulièrement importante ou
bien durant les périodes où les dépenses des ménages augmentent, comme
par exemple pour l’acquittement des frais de scolarité. En général, l’em-
prunteur a la possibilité d’anticiper des versements et peut par ce moyen
réduire les coûts financiers totaux. Enfin, il faut tenir compte des coûts de
transaction élevés à la charge de l’emprunteur, tout particulièrement dans
les zones rurales où effectuer les remboursements auprès des agences des
institutions financières rurales implique de longs déplacements.
Le financement des investissements ayant de longues périodes d’amortis-
sement ou des temps considérables de gestation constitue un important
challenge pour le prêteur. On peut citer comme exemples d’investisse-
ments les cultures pérennes, le développement des activités d’élevage,
l’acquisition d’exploitations agricoles ou les investissements qui nécessi-
tent des immobilisations importantes tels que la préparation des terres ou
le développement des systèmes d’irrigation. Dans ces cas, la capacité de
remboursement augmente avec le temps, au fur et à mesure que les inves-
tissements se développent et atteignent leur maturité productive. Si les
échéances des prêts sont trop courtes par rapport à la capacité d’autofinan-
cement générée par les investissements, l’emprunteur peut être confronté
à des asymétries de trésorerie qui augmentent les risques de manque
de liquidité et, en conséquence, la probabilité de non-remboursement.
33 Par exemple, les vaches laitières, le thé, les machines agricoles et le matériel de transport.
92 Financement des investissements agricoles à terme
Les investissements avec des temps considérables de gestation peuvent
nécessiter la mise en œuvre d’une période de sursis. Dans ces cas, les prê-
teurs, en général, insistent sur le paiement des intérêts afin de maintenir un
contact régulier minimum avec l’emprunteur et afin de réduire les risques
liés à l’aléa moral. Cela, en évitant la capitalisation des taux d’intérêt,
réduit aussi les coûts financiers totaux de l’emprunteur.
Les aléas liés aux prêts à long terme peuvent rendre nécessaire l’introduc-
tion de plus de flexibilité dans la fixation des barèmes de remboursement
des prêts afin de pouvoir s’adapter aux changements imprévus nés des
paramètres sous-jacents à l’évaluation d’un investissement.
Un autre problème important, par son impact, est celui de l’inflation.
Les remboursements des prêts sont normalement calculés sur la base de
versements annuels fixes34, et cela même si les investissements atteignent
leur capacité de production maximale après plusieurs années. En suppo-
sant un taux d’inflation constant et contenu de 5 pour cent pendant la
durée du prêt, une augmentation nette de 5 pour cent par an en valeur
nominale de la capacité d’autofinancement nette de l’exploitation et que
le montant nominal des versements du remboursement reste constant, le
coût réel du remboursement du prêt baisse au cours du temps. Ces asy-
métries entre les coûts réels d’un prêt et la capacité de remboursement
pourraient être en partie réglées en proposant des remboursements de prêt
initiaux d’un montant peu élevé qui augmenteraient dans le temps en fonc-
tion du taux d’inflation nominal ou de la valeur nominale des principaux
produits agricoles.
Un autre problème naît de la variation conjoncturelle des prix des produits
agricoles. Si les variations de prix à court terme peuvent être gérées par des
contrats à terme, des options de vente ou des instruments de couverture
contre les risques à terme, il n’existe actuellement aucun instrument de ges-
tion des risques permettant de gérer les variations conjoncturelles de prix.
Cela constitue un problème tout particulièrement dans les cas où le revenu
agricole principal provient de récoltes sujettes à de telles fluctuations telles
que les cultures pérennes ou les produits issus des activités d’élevage.
34 Le facteur de recouvrement du capital est utilisé pour transformer le prêt restant dû en versements
périodiques au taux d’intérêt du prêt. Si le taux d’intérêt réel est positif, l’inflation n’affecte pas la
valeur réelle du prêt restant dû et la marge du prêteur est garantie par les versements.
Chapitre 4: Prêts à terme et éléments constitutifs de techniques de crédit efficaces 93
Une possibilité serait de lier le barème de remboursement d’un prêt à
terme au prix de la culture commerciale la plus importante. Une four-
chette de prix pourrait être établie, à l’intérieur de laquelle le barème de
remboursement fixé au moment de l’appréciation de l’emprunt reste appli-
cable. Quand le prix passerait sous le prix-plancher établi, l’emprunteur
aurait la possibilité de réduire les montants des remboursements et de
bénéficier en même temps d’une prolongation de la période de rembour-
sement pour le montant restant dû. Un mécanisme du même type pourrait
être créé pour les variations des taux d’intérêt dans les cas d’emprunt à
taux variables. Un tel mécanisme augmenterait cependant les risques de
liquidités de l’institution de crédit et devrait être appuyé par des facilités
de refinancement accordées par une institution de second rang.
Une autre possibilité consisterait à créer un compte de dépôt alimenté
par les remboursements de prêt effectués au cours des premières années.
Les fonds ainsi déposés permettraient de se protéger contre d’éventuels
non-remboursements. Si aucune défaillance ne s’avérait, les montants
déposés, avec les intérêts, seraient remboursés à l’emprunteur. Ce type de
garantie protégerait le prêteur contre les risques de non-remboursement et
constituerait une motivation supplémentaire pour l’emprunteur à effectuer
les remboursements. Les dépôts pourraient être encaissés moyennant une
majoration du taux d’intérêt (cotisation de conformité). L’inconvénient de
cette stratégie est que le taux d’intérêt augmente et que l’emprunteur doit
par conséquent supporter une charge supplémentaire.
4.5 DÉTERMINATION DU COÛT DES PRÊTS À TERME
Le niveau du taux d’intérêt est décisif, que ce soit du point de vue du prê-
teur ou de celui de l’emprunteur. Les prêteurs ont besoin de se prémunir
contre les coûts de l’argent et les coûts de fonctionnement, de constituer
une provision pour pertes à venir et de dégager un bénéfice s’ils envisagent
un développement des activités. Cependant, le niveau du taux d’intérêt joue
un rôle important dans les chances de réussite des investissements agricoles.
Plus la durée des prêts augmente, plus le demande réelle pour des prêts
à terme devient sensible aux taux d’intérêt et, par la capitalisation des
taux d’intérêt, le coût de l’argent à charge de l’emprunteur augmente de
façon exponentielle, proportionnellement à la durée des prêts. Des inves-
tissements plus importants, avec de longues périodes d’amortissement,
94 Financement des investissements agricoles à terme
Encadré 11
Antisélection
L’antisélection est le résultat d’une information asymétrique entre les prêteurs et
les emprunteurs concernant l’évaluation des risques liés aux investissements. Si le
prêteur est incapable d’évaluer les risques réels de différentes demandes de prêts,
sa réaction peut être celle d’offrir le même taux à tous les demandeurs et d’ajouter
une prime pour risque aux taux d’intérêt. Cela peut avoir pour conséquence de voir
les emprunteurs éventuels qui présentent des risques moindres et des projets plus
rentables renoncer à demander un prêt, laissant ainsi le prêteur en possession d’un
portefeuille composé de clients à haut risque.
bénéficient souvent de taux de rendement plus bas que des investissements
moins importants ayant une rotation plus rapide comme c’est le cas pour
beaucoup de clients de la microfinance. Des taux d’intérêt élevés créent
aussi des problèmes d’antisélection, en augmentant la part des clients à
haut risque dans le portefeuille du prêteur.
Comme cela a déjà été mentionné, pour des raisons de coût, il existe des
possibilités de proposer des prêts à terme à des taux d’intérêt moins éle-
vés que ceux des prêts à court terme, dû aux économies d’échelle dans les
opérations d’appréciation et de gestion. Pour de tels prêts, les primes de
risques et le coût de l’argent constituent les éléments les plus importants
du montant des taux d’intérêt. Dans la pratique, plusieurs institutions
financières rurales appliquent des taux d’intérêt plus bas pour les prêts à
long terme que pour les prêts à court terme. Cependant, il faut veiller à
éviter que ne subsiste une trop grande différence entre les différents taux
d’intérêt des différents prêts de façon à réduire les risques de détourne-
ment de prêt.
Le fait d’ajouter une prime de risque au taux d’intérêt n’est qu’un seul
des moyens de gérer les risques – et probablement le moins bien adapté
aux prêts à terme. Un prêteur doit essayer de gérer les risques par le
biais d’autres mécanismes: sélection des emprunteurs et appréciation des
emprunts faites avec diligence, conditions de garantie adéquates pour des
prêts plus importants et d’une durée plus longue, supervision des prêts et
autres instruments de technique de crédit. Les coûts de transaction plus
élevés occasionnés peuvent être largement compensés par la réduction des
risques de crédit. Une meilleure utilisation des capitaux propres ou une
Chapitre 4: Prêts à terme et éléments constitutifs de techniques de crédit efficaces 95
augmentation des versements est un autre moyen de réduire les risques
liés au crédit, en appliquant un coefficient d’utilisation des fonds propres
moins élevé. Les caractéristiques de la garantie offerte jouent aussi un rôle
important dans les primes de risque, en tant que faisant partie des taux
d’intérêt.
De nombreuses différences existent entre les institutions ayant fait l’objet
d’une étude de cas en ce qui concerne la marge (taux d’intérêt pour le coût
de l’argent) appliquée pour les prêts à terme. La BAAC et la Land Bank
ont des marges foncièrement plus basses que celles des institutions de
dimensions plus petites et ayant moins d’expérience telles que l’ANED, la
CLA, la CECAM ou la CIDRE. Cela provient essentiellement des qualités
propres aux institutions financières telles que la taille, les compétences et
l’expérience, qui ont été soulignées dans le chapitre 3.7.
Une institution financière peut envisager un inter financement des prêts
à terme en utilisant des revenus provenant d’activités plus rentables, pour
le moins au cours de la période initiale pendant laquelle ces produits sont
proposés. Cela pourrait être motivé par les éventuels avantages (examinés
précédemment) en faveur du prêteur procurés par les prêts à terme, tels
que la fidélisation des bons clients, la fourniture d’aides pour les emprun-
teurs à court terme, la consolidation de l’activité économique des clients
en minimisant les risques de production et de commercialisation ou en
augmentant les exigences d’un fonds de roulement complémentaire.
Etant donné les profils radicalement différents des clients et des investisse-
ments à terme, il ne sert à rien de prévoir un taux d’intérêt standard pour
les prêts à terme. Par exemple, la Land Bank applique des taux d’intérêt
différents en fonction du profil de risque du client en se basant sur des cri-
tères tels que les antécédents en matière de crédit, la part des fonds propres
et les caractéristiques des garanties fournies. Les nouveaux emprunteurs,
ou ceux offrant des garanties insuffisantes, s’acquittent d’une prime de
risque mais doivent pouvoir accéder à des prêts futurs à de meilleures
conditions. La BAAC définit ses taux d’intérêt en fonction de la régularité
des remboursements effectués par les clients (voir encadré 12). De plus, la
plupart des institutions financières rurales proposent une remise sur les
taux d’intérêt en fonction de la régularité des remboursements effectués en
remboursant une partie des intérêts payés quand les remboursements ont
été effectués régulièrement.
96 Financement des investissements agricoles à terme
Encadré 12
Fixation du coût des prêts en fonction des risques client
Land Bank: clients et catégories des risques
• Les prêts Gold, Gold Premium et Platinum concernent des produits déjà existants et
visent des exploitants agricoles à vocation commerciale. Pour devenir un client Platinum,
le ratio «capitaux empruntés/capitaux propres» doit être inférieur à 30 pour cent. Pour le
Gold Premium, le ratio doit être compris entre 30 et 35 pour cent et pour les clients Gold,
entre 35 et 60 pour cent. Les clients doivent aussi être en mesure de pouvoir fournir des
terres en garantie afin de pouvoir prétendre à ces prêts.
• Les prêts «Silver» s’adressent aux exploitants agricoles ayant de l’expérience et des
compétences reconnues mais qui ne peuvent pas fournir des garanties classiques. Par
exemple, les exploitants agricoles qui cultivent de grandes surfaces de terre en étant
titulaires de tous les droits nécessaires mais sans pour autant posséder des titres de
propriété formels, rentrent dans cette catégorie. Ce produit concerne également des
prêts à court, moyen et long terme. Les emprunteurs doivent s’acquitter d’une petite
prime sur le taux d’intérêt pour couvrir des risques plus élevés.
• Les prêts «Bronze» prévoient une contribution pour risques plus élevée. Cela per
met aux banques de prêter à des personnes qui n’ont jamais utilisé des services
bancaires, n’ont aucun antécédent en matière de financement des activités et ne
possèdent aucun ou peu de biens à offrir en garantie. Il s’agit typiquement de nou
veaux exploitants qui manquent de formation sur les questions de production, de
gestion financière et de gestion commerciale. Parmi eux, se trouvent les bénéficiaires
des programmes de réforme agraire en Afrique du Sud et les exploitants exerçant
leur activité dans le cadre d’un statut de jouissance collective des terres. Ici aussi,
les produits proposés incluent des prêts à court, à moyen et à long terme. Il existe
un plafond de 50 000 rands sud-africains (R). Les demandeurs n’obtiennent pas en
principe une telle somme pour un prêt initial. Il est possible d’obtenir un crédit d’un
montant allant jusqu’à 25 000 rands, sans garantie exigée; mais certaines garanties
peuvent l’être pour des prêts supplémentaires.
Un fonds pour risques a été créé afin d’assurer un niveau de garantie courant que
certains clients «Silver» et «Bronze» ne pourraient pas offrir. Le fonds applique une
majoration sur le taux d’intérêt de base. Les sommes constituant le fonds sont regrou
pées et le fonds régulièrement approvisionné par la banque pour couvrir les risques
de non-remboursement des clients présentant des situations de risques moyens ou
importants. A ce jour, seulement un nombre limité de prêts ont été passés par profits
et pertes et le fonds a permis de couvrir l’exposition aux risques.
BAAC: antécédents des emprunteurs
En 1999, une notation des clients basée sur le coût des intérêts et sur les risques a
été élaborée sur la base des antécédents de remboursements. Les meilleurs clients,
ou ceux présentant les risques les plus bas (notés AAA), bénéficient du taux de base
(MLR)*. Les taux d’intérêt augmentent en proportion des risques et le taux d’intérêt
maximum pour les clients notés B2 est le taux de base + 6 pour cent. Les intérêts sur
les prêts à moyen et à long terme sont calculés quotidiennement sur le capital restant
dû et deviennent exigibles quand les remboursements des prêts arrivent à échéance.
1
Une pénalité de 3 pour cent par an est appliquée quand les remboursements des prêts
ont dépassé la date d’échéance.
* MLR: minimum lending rate.
Chapitre 4: Prêts à terme et éléments constitutifs de techniques de crédit efficaces 97
Encadré 12 (cont.)
Fixation du coût des prêts en fonction des risques client
Catégories des Symbole Rapport sur la situation Composition Taux
emprunteurs débitrice des taux d’intérêt %
d’intérêt (3/2002)
Excellent AAA Remboursements complets et Taux de base 8
ponctuels pendant 3 ans consé
cutifs
Très bon AA Remboursements complets et Taux de base +1 9
ponctuels pendant 2 ans consé
cutifs
Bon A Remboursements complets et Taux de base +2 10
ponctuels au cours de la der
nière année
Normal B Remboursements arriérés Taux de base +3 11
Nouveaux emprunteurs
Prêts renégociés
Défaillance B1 Remboursements arriérés avec Taux de base +4 12
raison valable: date d’échéance
a été prolongée
Une autre question importante est celle du choix entre taux d’intérêt fixe et
taux d’intérêt variable. Les taux d’intérêt fixes ont en général la préférence
parce qu’ils facilitent l’appréciation des emprunts à terme et la fixation
d’un barème de remboursement. Cependant, leur mise en œuvre dépend
des sources de financement de l’institution financière rurale et du contexte
macroéconomique: une inflation et des taux d’intérêt qui fluctuent exposent
le prêteur à de grands risques concernant les taux d’intérêt s’il n’existe pas
de facilités de refinancement à taux fixe. Dans un environnement instable,
les taux d’intérêt devraient être alignés sur le taux d’inflation, plus particu-
lièrement dans les cas de prêts à long terme.
Les taux d’intérêt variables réduisent les problèmes de gestion de trésorerie
du prêteur mais peuvent accroître les risques de crédit. Il est possible de
laisser le choix à l’emprunteur entre taux d’intérêt fixe ou taux variable,
avec des taux variables inférieurs aux taux fixes dans la mesure où l’em-
prunteur devrait par la suite prendre à sa charge les risques liés aux taux
d’intérêt. Une solution intermédiaire serait celle de procéder régulièrement
à une révision des taux et, si nécessaire, de les ajuster aux variations des taux
de marché et des coûts de l’argent. Certaines limites du montant des taux
d’intérêt pourraient être fixées ex-ante entre un plafond et un plancher afin
de réduire les aléas pour l’emprunteur. De plus, si les taux d’intérêt doivent
98 Financement des investissements agricoles à terme
être augmentés, le prêteur peut proposer une durée de remboursement du
capital restant plus longue de manière à ne pas augmenter le montant des
versements, toujours en supposant que cela ne conduise pas à des risques de
liquidités qu’il serait dans l’impossibilité de supporter.
4.6 SURVEILLANCE DES PRÊTS ET SUPERVISION
DES EMPRUNTEURS
Plus la durée d’un prêt est longue et le montant élevé, plus il est important
que les rapports soient fréquents et qu’il y ait une supervision de l’emprun-
teur pour contrôler les risques d’arriérés. La supervision doit permettre de
s’assurer que le prêt accordé est bien utilisé tel que stipulé dans le contrat.
Cela est encore plus important quand les remboursements sont basés sur
une prévision de la trésorerie générée par les investissements. La supervision
des emprunteurs permet aux chargés de prêt d’établir si dans le cas d’un
éventuel échec des investissements, celui-ci est dû à des facteurs externes
indépendants de la volonté de l’emprunteur (par exemple, les facteurs cli-
matiques ou les catastrophes naturelles), à une mauvaise gestion ou à un
détournement des fonds. Les rapports avec l’emprunteur doivent être fré-
quents. Il est particulièrement important que le rendement d’une récolte soit
évalué par une observation préalable effectuée sur place.
Il est inutile de préciser qu’une supervision est coûteuse et prend énormé-
ment de temps tout particulièrement dans les zones rurales peu peuplées.
Diverses techniques ont été élaborées par les institutions financières ayant
fait l’objet d’une étude de cas pour réduire les coûts de supervision:
• des versements en nature réduisent les risques de détournement des
fonds. Même un emprunteur qui a une certaine expérience peut se laisser
tenter par une importante somme en liquide mise à disposition du jour
au lendemain ou peut aussi subir de grandes pressions de la part des amis
ou des membres de la famille. Quand un bien précis a été identifié par le
demandeur d’un prêt (par exemple, un tracteur ou une pompe), le mon-
tant de l’emprunt devrait être versé directement au fournisseur. Dans le
cas de développement de produits arboricoles, les semis ou les engrais
pourraient être fournis en nature afin de ne consacrer l’argent liquide
qu’aux besoins de main-d’œuvre saisonnière (dans les zones rurales,
les biens corporels sont toutefois eux aussi fongibles);
Chapitre 4: Prêts à terme et éléments constitutifs de techniques de crédit efficaces 99
• une programmation efficace des déplacements des chargés de prêt
peut réduire les coûts en regroupant les opérations d’appréciation des
emprunts avec celles de supervision et d’autres tâches dans la même
région;
• des garanties sociales, telles que les groupes à responsabilité solidaire ou
les cautions personnelles, exercent de fortes pressions sur les membres en
ce qui concerne le remboursement et transfèrent une partie du contrôle
au groupe;
• des remboursements fréquents, au moins des intérêts, permettent d’assu-
rer un contact régulier entre le prêteur et l’emprunteur;
• une collaboration avec les fournisseurs de matériel: dans les cas de
machines agricoles et de pompes d’irrigation, des accords spécifiques
avec les fournisseurs peuvent prévoir une formation, une assistance tech-
nique et un service pour l’entretien et les réparations; si des problèmes
concernant les remboursements devaient survenir, les institutions finan-
cières seraient immédiatement avisées;
• des remises partielles sur les taux d’intérêt en cas de remboursements
effectués dans les délais et une majoration des taux en cas de non-rem-
boursement sont des techniques courantes pour motiver les emprunteurs
à effectuer des remboursements réguliers.
Le suivi des prêts pourrait consister en une surveillance précise et régulière
des comptes de prêt. Cela requiert d’être en possession de données sur l’his-
torique des prêts et, si possible, d’un système d’information de gestion qui
fournisse des rapports automatiques sur les dates des échéances des prêts
et des prêts arriérés et des informations régulières et mises à jour aux diri-
geants. Si les mesures dont il est question ci-dessus sont mises en œuvre, la
surveillance de l’emprunteur par des contrôles sur place pourrait se limiter à
examiner les comptes pour réduire les coûts (comme par exemple, la CLA).
Un contrôle fréquent des prêts est une condition préalable pour la gestion
des portefeuilles, en tenant compte du fonctionnement de certains prêts
spécifiques selon leur utilisation, leurs modalités et le type d’emprunteur.
4.7 GESTION DES DÉFAILLANCES DE REMBOURSEMENT
Plusieurs institutions de microfinance et rurales mènent une politique
de «tolérance zéro» pour les prêts devenus exigibles et pour les arriérés.
Cela implique de procéder à un recouvrement rigoureux des prêts même
100 Financement des investissements agricoles à terme
Encadré 13
Utilisation d’opérations interdépendantes
Le fait de lier les versements de crédit en liquide ou en nature à la commercialisation
de la production constitue un outil très efficace pour réduire les besoins de garantie
conventionnelle des prêts et pour réduire les coûts de transaction liés au recouvre
ment des emprunts, tout particulièrement dans les zones faiblement peuplées. Cette
technique été très largement utilisée par les institutions non financières telles que les
commerçants, les offices de commercialisation, les coopératives et dans les situations
d’agriculture sous contrat afin de fournir des facteurs de production saisonniers à
crédit, dont le remboursement est effectué par prélèvement sur les marchandises.
Certaines institutions financières rurales proposent des prêts aux exploitants agricoles
assortis d’accords tripartites avec les entreprises de commercialisation ou de transfor
mation afin de faciliter les remboursements par prélèvement à la source.
Les opérations interdépendantes sont particulièrement importantes dans les zones où
d’autres formes de garantie ne sont pas possibles, comme c’est le cas dans une grande
partie de l’Afrique subsaharienne. Même si la fonction principale des opérations
interdépendantes est celle de financer les besoins de fonds de roulement saisonniers,
ces opérations ont été utilisées dans certains cas pour financer des investissements à
terme tels que la création de cultures pérennes (par exemple, cultivateurs de canne
à sucre en Afrique du Sud, cultivateurs de thé au Kenya ou cultivateurs de palmiers à
huile au Ghana ou en Indonésie). Il existe aussi en Afrique un certain nombre d’ins
titutions financières rurales à caractère mutuel qui fournissent différents produits de
crédit, inclus des prêts à terme, aux exploitants agricoles qui sont liés à des réseaux
d’exportation des produits35. Cependant, ce n’est que dans des cas exceptionnels
35 36
que cela peut servir à remplacer des garanties conventionnelles dans le cadre d’un
financement à terme36.
Les opérations interdépendantes, particulièrement celles impliquant les prêts à long
terme, exigent un contrôle de facto de la production de la part du prêteur afin d’évi
ter des situations de non-remboursement occasionnées par des ventes réalisées hors
contrat. Toutefois, ces situations sont de plus en plus rares parce que les monopoles
liés aux récoltes internes et à celles destinées aux exportations ont été supprimés dans
la plupart des pays suite à une vague de programmes d’ajustement structurel. Dans le
cas de récoltes volumineuses et périssables, la nécessité de transformation immédiate
peut placer les industriels dans une position de monopole local dans certaines zones.
35 La FECECAM au Bénin et la BNDA et la Kafo au Mali proposent des prêts à moyen terme aux
cultivateurs de coton; au Kenya, l’Equity Building Society et la SACCO fournissent le même type
de prêts aux cultivateurs de thé et de café et aux éleveurs de bétail à lait.
36 La South African Sugar Association fournit des prêts à moyen terme d’une durée allant jusqu’à
sept ans aux petits exploitants exerçant en propriété collective. La canne à sucre est un produit
volumineux et doit être traitée dans les heures qui suivent sa récolte, permettant ainsi un contrôle
par les moulins.
Chapitre 4: Prêts à terme et éléments constitutifs de techniques de crédit efficaces 101
Encadré 13 (cont.)
Utilisation d’opérations interdépendantes
Il est probable qu’après un certain temps la concurrence apparaisse. Un autre point
faible possible des opérations interdépendantes réside dans le danger d’un certain
laxisme dans les procédures d’appréciation des prêts si les prêteurs se fient trop aveu
glément au système de remboursement par prélèvement automatique à la source.
Cela peut conduire à un surendettement des investisseurs et à une baisse de qualité
du portefeuille37. De plus, même une situation de monopole ne protège pas des cas
de non-remboursement dus à de mauvaises récoltes ou à un détournement des fac
teurs de production38.
L’intégration verticale – par le biais de sociétés conjointes dans lesquelles les inves
tisseurs acquièrent des parts dans des sociétés de transformation – peut faciliter
l’utilisation d’opérations interdépendantes afin de fournir également des prêts et des
services non financiers dans le cas de cultures non périssables telles que la culture du
riz (voir chapitre 6).
si les raisons de non-remboursement ou de retard de paiement sont indépen-
dantes de la responsabilité de l’emprunteur. A première vue, envisagée sous
l’angle de la «culture du non-remboursement» qui règne dans de nombreuses
zones rurales, cette politique peut sembler raisonnable. Tout rééchelonnement
de crédit peut donner à l’emprunteur une idée trompeuse qui, avec le temps qui
passe, peut miner une pratique normale de remboursement. Les prêteurs doivent
par conséquent démontrer leur capacité et leur volonté quand il s’agit d’exiger
des remboursements en cas de défaillance. Comme les études de cas menées en
Bolivie et en Inde l’ont montré, cela s’avère particulièrement important pour
les institutions qui souhaitent élargir leurs activités au financement agricole.
Cependant, le fait que les activités agricoles soient grandement exposées
aux risques externes indépendamment de la responsabilité de l’emprunteur
exige que les arriérés soient traités différemment. Les non-remboursements
dus aux sécheresses, aux inondations ou à d’autres calamités naturelles, tout
37 La Kenya Cooperative Bank a financé un certain nombre de manufactures de café dirigées par des
coopératives de commercialisation. Le financement accordé par les donateurs et la possibilité de
prélèvement à la source du remboursement ont affaibli l’appréciation des prêts et ont contribué au
développement de projets surdimentionnés dans une situation du prix du café en déclin.
38 Il est plus probable qu’il y ait un détournement des facteurs de production si une fourniture en
nature des facteurs de production est la seule source de crédit et si les exploitants agricoles ont
besoin de liquidités pour d’autres besoins de consommation ou de production.
102 Financement des investissements agricoles à terme
comme des fluctuations brutales de prix, peuvent justifier un rééchelonne-
ment de crédit. Une application ferme du principe de tolérance zéro pour-
rait non seulement ne pas s’avérer adéquat mais également coûteux pour le
prêteur à cause des coûts de transaction et des délais que la mise en œuvre
des garanties requiert. Les prêteurs ayant connu de bonnes expériences font
preuve de plus de flexibilité avec des défaillances de ce type si leur chargé
des prêts est convaincu de la bonne volonté de l’emprunteur de vouloir
rembourser dans les meilleurs délais.39
Il est important que les banques soient prises au sérieux concernant la
possibilité de mettre en œuvre les saisies. Cependant, dans le cadre d’une
politique de recouvrement des crédits rigoureuse, la plupart des institutions
ayant fait l’objet d’une étude de cas considèrent la saisie des biens donnés en
garantie comme un dernier recours. A part le fait d’invoquer les difficultés
légales et institutionnelles pour effectuer une saisie, une relation positive
et durable avec le client est privilégiée. On compte sur l’intérêt de l’em-
prunteur à maintenir sa bonne réputation, que ce soit dans la communauté
ou auprès des institutions financières. Une pression morale est exercée en
publiant les noms des emprunteurs mauvais payeurs ou en citant leur nom
sur les ondes des radios locales.
Parmi les institutions ayant fait l’objet d’une étude de cas, la BAAC est celle
qui mène la politique la plus bienveillante en ce qui concerne les cas de non-
remboursement. Si les raisons de la défaillance ne sont pas imputables direc-
tement à l’emprunteur, le montant dû est reporté à une échéance ultérieure.
De plus, les prêts ne sont totalement passés pour pertes et profits qu’après
10 ans. Au cours des 10 dernières années, cette politique a eu pour résultat un
recouvrement de presque la totalité des arriérés jusqu’en 1997 parce que les
emprunteurs ont dû rembourser plus rapidement leurs emprunts afin de pou-
voir prétendre à de nouveaux. Cela a été aussi possible grâce au contrôle efficace
des risques d’aléa par les groupes à responsabilité solidaire, aux relations ren-
forcées entre les emprunteurs et les chargés de prêts et à la position de la BAAC
en tant qu’unique organisme prêteur institutionnel pouvant accorder des
montants de prêt importants aux exploitants agricoles, adaptés à leurs besoins.
39 Dans certains cas, comme en Bolivie, le cadre réglementaire pour les arriérés de prêts n’est pas
adapté aux conditions particulières propres aux zones rurales. Dans ce cas, la flexibilité implique
des coûts élevés pour les institutions financières réglementées à cause des exigences particulières
liées aux provisions pour pertes sur prêt.
103
Chapitre 5
CRÉDIT-BAIL:
UN INSTRUMENT FINANCIER
ALTERNATIF POUR
LE MATÉRIEL AGRICOLE
5.1 PRINCIPES DE BASE DU CRÉDIT-BAIL
Le crédit-bail est une opération par laquelle le propriétaire d’un actif de
production (bailleur) autorise un tiers (locataire) à utiliser cet actif pour une
période de temps déterminée moyennant le paiement d’une somme d’argent
(créance locative). Aussi bien les biens meubles (machines agricoles, maté-
riel d’attelage bétail laitier) que les biens immeubles (terres, constructions)
peuvent faire l’objet d’un contrat de crédit-bail.
La caractéristique principale du contrat de crédit-bail est celle d’opérer une
séparation entre propriété et jouissance du bien. Le bien objet du crédit-
bail est présumé pouvoir générer la principale source de revenu permettant
d’honorer les créances locatives; le crédit-bail constitue aussi une garantie
pour le contrat qui permet d’éliminer ou de rendre moins nécessaire l’exi-
gence d’autres garanties.
104 Financement des investissements agricoles à terme
5.2 PRINCIPAUX TYPES DE CRÉDIT-BAIL
Bail financier avec clause de rachat*
Un bail financier avec clause de rachat est un instrument financier à
moyen terme servant à financer l’achat d’actifs immédiatement utilisables.
Le bailleur achète un actif choisi par le locataire et il en cède la jouissance
à ce dernier tout en conservant la propriété du bien. Afin de se prémunir
contre le risque d’une dépréciation accélérée, la durée du crédit-bail est en
principe évaluée aux deux tiers de la durée de vie totale du bien. Pendant
la durée du crédit-bail, le locataire prend en charge l’ensemble des coûts
opérationnels et des coûts d’entretien et il doit s’acquitter régulièrement
des créances locatives qui incluent tous les coûts incombant au bailleur, y
compris l’amortissement, les intérêts sur le capital, les frais d’assurance, les
dépenses administratives et les marges bénéficiaires. A l’issue de la durée
stipulée du crédit-bail, le locataire peut opter pour l’achat du bien à la valeur
résiduelle mentionnée dans le contrat. Il peut aussi, s’il le souhaite, restituer
le bien au bailleur et refaire éventuellement un nouveau contrat de crédit-
bail pour un nouveau bien.
La location-vente** est similaire à un bail financier avec clause de rachat
avec la différence que le locataire est présumé acquérir la propriété du
bien au fur et à mesure qu’il s’acquitte de ses créances locatives. L’acompte
est considéré comme le premier versement correspondant à l’acquisition.
A la fin de la durée du bail, la propriété du bien est automatiquement trans-
férée au locataire (Mutesasira et al., 2001).
Contrat de location-exploitation***
Un contrat de location-exploitation est un contrat qui permet à un client
d’utiliser une partie du matériel pour une certaine durée de temps sans
qu’un transfert de propriété soit envisagé. En général, le bien est loué au
locataire pour une durée bien inférieure à sa durée de vie normale (en géné-
ral, pour un cycle de production). Il s’agit donc d’un contrat plus proche
d’une opération de location que d’une opération de financement d’actif.
* En anglais, financial lease ou full-payment lease (N.d.T.).
** En anglais hire-purchase (N.d.T.).
*** En anglais operational lease (N.d.T.).
Chapitre 5: Crédit-bail: un instrument financier alternatif pour le matériel agricole 105
Figure 3
Comment fonctionne un bail financier avec clause de rachat
Informations, démonstration, service après-vente
Exploitant agricole
Fournisseur
(locataire)
Choix des technologies
Vente Créances
du bien locatives
Paiement en Location
liquide du bien du bien
Bailleur
Source: A partir de Dupleich, 2000.
Contrat de cession-bail*
Un autre type de crédit-bail est celui du contrat de cession-bail qui peut être
assimilé à une sorte de nantissement. Ce type de crédit-bail peut être utilisé
pour le financement de capital d’investissement et de fonds de roulement.
Son avantage principal est sa capacité à pouvoir combler certaines lacunes
juridiques ou institutionnelles concernant les garanties traditionnelles.
5.3 AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS DES DIFFÉRENTS TYPES
DE CRÉDIT-BAIL
Un bail financier avec clause de rachat est un produit de remplacement très
semblable aux prêts à moyen terme pour le financement d’achat de matériel.
Comparé aux autres types de crédit-bail, son principal atout réside dans le
fait que le locataire devient propriétaire du bien avant le terme de la durée
de vie de ce dernier. Cela constitue une forte motivation pour assurer une
bonne maintenance du bien et pour respecter le barème de rembo-ursement.
* En anglais leaseback ou retro-leasing (N.d.T.).
106 Financement des investissements agricoles à terme
Encadré 14
Contrat de cession-bail
En Bolivie, l’ANED propose également ce produit financier, ce qui permet à un
client de revendre à l’ANED elle-même un bien précis (par exemple, des terres ou du
matériel) selon un montant convenu. Le client peut ainsi employer l’argent récupéré
pour réaliser des investissements productifs. Le contrat de cession-bail stipule le
montant des créances locatives et la date à laquelle le client peut exercer l’option
de rachat du bien, c’est-à-dire le terme de l’accord. Il s’agit là d’un type de crédit-
bail utilisé encore à un stade expérimental qui pourrait être utilisé pour financer le
fonds de roulement ou des actifs plus importants tels que des bâtiments agricoles
ou des plantations. La portée de cet instrument est toutefois limitée par la nécessité
de devoir posséder un titre de propriété dûment enregistré et par le manque de
fonds suffisants pour le financement des nombreuses acquisitions d’actifs indispen
sables aux exploitations agricoles. En Bolivie, le contrat de cession-bail constitue
une solution alternative au moyen traditionnel de l’hypothèque car il n’existe pas
de limites légales à la vente de petites parcelles de terre et les petits exploitants
agricoles peuvent ainsi avoir accès au crédit-bail pour financer les investissements.
En cas de saisie, les institutions financières bénéficient d’une garantie supplémen
taire et de coûts de transaction réduits.
Un contrat de location-exploitation présente un moindre intérêt, que ce
soit pour le bailleur ou pour le locataire, à cause des problèmes liés au
contrôle de l’aléa moral concernant le mode d’utilisation et la maintenance.
En général, les exploitants agricoles et les petits entrepreneurs préfèrent être
propriétaires de leur actif ce qui leur consent une meilleure flexibilité et un
meilleur contrôle des activités économiques et qui leur permet également
de constituer une épargne en nature pouvant être éventuellement vendue
ou donnée en garantie. Un contrat de location-exploitation exclut de telles
possibilités incitatives (Mutesasaira et al., 2001). Le bailleur pourrait égale-
ment avoir des difficultés à évaluer la dépréciation réelle subie par un bien
pendant la durée du crédit-bail et, en conséquence, à évaluer sa valeur rési-
duelle. Si les amortissements sont calculés de façon trop conventionnelle,
avec pour résultat des créances locatives élevées, cela peut entraîner une
absence totale ou limitée de demande pour ce type de produit et causer une
baisse de motivation relative à une bonne maintenance. Si, d’un autre côté,
le montant des créances locatives ne parvient pas à couvrir la dépréciation
réelle du bien, un sérieux risque de décapitalisation peut survenir (Wetsley,
2003). Pour le matériel et les machines agricoles, la fourniture de services
traditionnels de location pourrait s’avérer par conséquent plus viable qu’une
opération de location-exploitation.
Chapitre 5: Crédit-bail: un instrument financier alternatif pour le matériel agricole 107
Le contrat de cession-bail constitue un moyen de se procurer un fonds de
roulement ou même des capitaux d’investissement. Il peut servir de pro-
duit de remplacement pour des prêts d’urgence en facilitant l’obtention de
liquidités et en évitant la vente de biens qui pourraient être indispensables à
l’exploitation agricole en cas de conjoncture négative. Il peut également ser-
vir à renforcer le financement d’exploitations déjà existantes. Une garantie
hypothécaire n’est pas nécessaire dans la mesure où l’institution financière
devient propriétaire du bien. Toutefois, en pratique, il existe plusieurs limi-
tations à l’utilisation du contrat de cession-bail dans les zones rurales des
pays en développement: tout d’abord, le bailleur doit être en mesure de
pouvoir s’assurer du bon fonctionnement technique du bien, d’évaluer sa
valeur de marché réelle et le montant de sa dépréciation pendant la durée
du contrat; ensuite, deux opérations de vente étant réalisées, les éventuelles
retombées fiscales doivent être prises en considération.
Vu le nombre limité des cas recensés et étudiés de contrats de cession-bail, ce
chapitre ne traitera principalement, dans son développement ultérieur, que
du bail financier avec clause de rachat.
5.4 PRINCIPAUX AVANTAGES DU BAIL FINANCIER AVEC CLAUSE DE
RACHAT COMPARÉ AU CRÉDIT TRADITIONNEL
Le principal avantage réside dans les meilleures conditions dont jouissent
les institutions financières, sur le plan légal, en cas de saisie et de vente
pour défaut de remboursement. Le bailleur restant le propriétaire légal des
biens, la reprise de possession est facilitée; d’autres garanties ne sont plus
alors nécessaires ou ce besoin est limité. Cet avantage est particulièrement
important pour les pays dans lesquels le cadre législatif et institutionnel fait
peser de sérieuses contraintes sur les prêts garantis (point examiné plus en
détails au chapitre 7).
Les prêts garantis requièrent quatre étapes:
1. instituer des sûretés sur les biens garantis40;
2. procéder à l’enregistrement des sûretés et s’informer sur les créances privilégiées;
40 Le rôle de garantie joué par le bien est ainsi assuré.
108 Financement des investissements agricoles à terme
3. saisir le bien garanti après avoir obtenu une injonction du tribunal;
4. vendre le bien garanti sous contrôle judiciaire.
Le crédit-bail ignore les étapes 1, 2 et 4. Et l’étape 3 est habituellement
plus simple, plus rapide et donc moins coûteuse. Toutefois, les avantages
concernant la saisie dépendent de la situation observée dans les différents
pays. Selon une étude réalisée dans huit pays d’Amérique latine par Westley
(2003), la saisie est sensiblement plus rapide en Bolivie et en Equateur
(1-2 mois) alors que dans d’autres pays (Chili, Colombie, Salvador,
Honduras, Mexique et Pérou), les avantages sont moins manifestes ou
même inexistants.
Non seulement des procédures de saisie et de vente accélérées réduisent
les coûts de transaction et les coûts de personnel mais elles jouent aussi un
rôle primordial dans le cas des biens meubles qui se déprécient en général
beaucoup plus rapidement que les biens immobiliers tels que les terres ou
les constructions. Plus la saisie et la vente d’un bien meuble pour défaut de
paiement est facilitée, plus une institution financière sera prête à accepter ce
bien comme garantie. Cela peut alors jouer un rôle décisif dans la possibilité
d’obtenir des prêts de moyen terme pour beaucoup d’exploitants agricoles
qui ne peuvent pas fournir une garantie immobilière traditionnelle. Le cré-
dit-bail est un moyen d’éviter les problèmes liés à la saisie et à la vente de
capitaux mobiliers.
Dans le cadre du crédit-bail, une saisie informelle pourrait aussi être facilitée
dans la mesure où les locataires pourraient être mieux disposés à céder du
matériel qui appartient à un bailleur plutôt que le leur. Selon Westley (2003),
c’est là une des principales raisons du récent intérêt manifesté par certaines
institutions financières mutualistes boliviennes à l’égard du crédit-bail.
Les avantages pour les clients résident dans des conditions de garantie exigées
moins rigoureuses mais aussi dans le fait que des garanties supplémentaires
ne sont pas nécessaires et que les procédures d’appréciation sont accélérées.
Obtenir un crédit-bail semble plus facile et plus rapide qu’obtenir un prêt
traditionnel. Le crédit-bail permettant de surmonter certaines contraintes
liées aux prêts, il serait en outre possible de profiter d’une offre générale de
produits de financement à moyen terme plus importante; mais beaucoup de
bailleurs exigent, en pratique, des garanties supplémentaires, réduisant de ce
fait l’avantage du crédit-bail par rapport aux prêts traditionnels.
Chapitre 5: Crédit-bail: un instrument financier alternatif pour le matériel agricole 109
Encadré 15
Saisie formelle et saisie informelle
Dans plusieurs pays en développement, deux procédures existent permettant de
procéder à la saisie et à la vente des biens garantis. La procédure formelle fait appel
à l’appareil judiciaire avec d’abord une injonction de saisie du bien et ensuite une
vente sous contrôle judiciaire. Dans la procédure informelle, le chargé des prêts,
parfois accompagné du directeur de la filiale, saisit directement le bien garanti de
l’emprunteur n’ayant pas honoré ses remboursements et le vend. Cette procédure
se base sur le contrat de prêt, signé par le client, qui précise les biens qui doivent
être restitués au prêteur en cas de défaut de paiement. Les biens visés peuvent
consister en des biens meubles et appareils ménagers, des machines et du matériel
agricoles (Westley, 2003).
5.5 FOURNISSEURS DE CRÉDIT-BAIL
En fonction du cadre législatif et réglementaire, le crédit-bail peut être four-
ni soit par des banques, soit par des institutions non financières telles que
les sociétés de crédit-bail, soit, encore, par d’autres institutions financières.
Il peut être aussi proposé par des fournisseurs de matériel en remplacement
du crédit fournisseur.
Les banques commerciales créent souvent des filiales chargées des activités
propres au crédit-bail. Cela leur permet de disposer d’un personnel spé-
cialisé dans ce type d’activités et d’offrir ainsi de meilleures prestations.
Tous les risques relatifs au crédit-bail sont, de plus, regroupés dans cette
entité autonome qui assume toutes les pertes et les exclut ainsi du por-
tefeuille principal de l’institution financière rurale. Toutefois, la création
de filiales entraîne des coûts considérables car elle nécessite une gestion
autonome, un système informatique, un service juridique, des responsables
de crédit-bail, etc. Créer une filiale pourrait être avantageux dans le cas de
bailleurs possédant un portefeuille important et qui souhaitent développer
dans l’avenir leur activité de crédit-bail ou de bailleurs qui travaillent avec
de plus gros clients avec des besoins de matériel plus spécifique.
110 Financement des investissements agricoles à terme
5.6 LE CRÉDIT-BAIL DANS LES PAYS EN DÉVELOPPEMENT:
CAS PRATIQUES
Contrairement à la situation observée en Europe ou en Amérique du Nord,
et malgré les avantages potentiels qu’il offre, l’utilisation du crédit-bail
pour financer le matériel dans les petites exploitations et dans le secteur
des PME n’est pas encore très courante dans les pays en développement.
Dans la plupart de ces pays, le crédit-bail n’est possible, pour les moyennes
et les grandes entreprises, que dans sa forme institutionnelle (Bisa, 2001a).
Une étude récente sur le financement du matériel à moyen terme pour les
petites et les micro-entreprises urbaines en Amérique latine a révélé que, sur
25 institutions financières à caractère mutuel, trois seulement proposaient le
crédit-bail (Westley, 2003).
Cela est à imputer, en partie, aux contraintes législatives et réglementaires
mais aussi à un régime fiscal défavorable qui pénalise souvent le crédit-bail
par rapport au crédit. Les bailleurs exerçant leur activité dans les zones
rurales sont, de plus, confrontés aux mêmes contraintes que celles suppor-
tées par les prêteurs en ce qui concerne l’exposition des clients aux risques
systémiques, les coûts élevés du suivi et les comportements peu conformes
au monde traditionnel des affaires. De nombreuses banques commerciales et
sociétés de crédit-bail ont leur siège en zone urbaine et ne sont pas habituées
à fournir des services à des entreprises rurales informelles. De plus, le suivi
et le contrôle de clients ruraux répartis sur plusieurs endroits entraînent des
coûts de transaction élevés et rend le crédit-bail peu attractif pour ce type
de clientèle.
Depuis les années 1990, certaines institutions de microfinance commencent
à élaborer des produits de crédit-bail pour les petites et les micro-entre-
prises. La clientèle visée par la plupart de ces institutions est urbaine ou
non agricole. Comme exemples, on peut citer la Grameen Crédit-bail
(Bangladesh), l’Orient Crédit-bail (Pakistan), la Selfina (République-Unie
de Tanzanie) et la Supreme Furnishers (Tanzanie et Ouganda).
Seulement deux institutions fournissant des services de crédit-bail aux petits
exploitants agricoles et aux entreprises rurales non agricoles ont pu être
identifiées: l’ANED a introduit le bail financier avec clause de rachat pour
le financement de tracteurs, de pompes d’irrigation, de charrues et de divers
matériel agricole dans différentes zones rurales de la Bolivie. La CECAM,
Chapitre 5: Crédit-bail: un instrument financier alternatif pour le matériel agricole 111
un réseau à caractère mutuel situé à Madagascar, a introduit le crédit-bail en
1993 pour financer les animaux de trait et le matériel (charrues, herses), de
petits moulins et pressoirs, du petit matériel motorisé et des vaches laitières.
Le chapitre suivant illustre les principaux paramètres de leur technique
financière relatifs à la sélection des clients, au choix du matériel et à l’appré-
ciation de la capacité de remboursement des clients dans le but de se pré-
munir contre les défauts de paiement. Il est également fait référence, pour
certains points, à une analyse portant sur les fournisseurs de crédit-bail en
Tanzanie et en Ouganda, extraite de Mutesasira et al. (2001).
5.6.1 Le bail financier avec clause de rachat dans la pratique:
institutions ayant fait l’objet d’une étude de cas
Les bailleurs, ANED et CECAM inclus, qui visent les petites et les micro-
entreprises, fournissent principalement un financement à moyen terme
pour le matériel et les machines agricoles. De nombreux paramètres des
techniques financières utilisées sont orientés vers la résolution des pro-
blèmes relatifs aux risques du financement du matériel et valent aussi pour
les prêts à moyen terme. Ajuster des barèmes de remboursement flexibles
à la trésorerie des ménages agricoles ou évaluer les besoins nécessaires
pour les sources de financement à long terme sont les problèmes les plus
fréquemment abordés. Ce sous-chapitre traite principalement du rôle cen-
tral joué par le bien objet du crédit-bail en tant que garantie et source de
remboursement. En l’absence de biens donnés en garantie, la compétence et
l’expérience des clients, les acomptes, le choix du matériel, les modalités de
contrôle et de suivi assument une importance encore plus grande pour les
bailleurs que pour les fournisseurs de prêts à terme.
Sélection des clients
Compétence et expérience. L’expérience d’un client et sa compétence dans le
domaine de la gestion des actifs, tout particulièrement dans le cas de baux
considérables, est le critère de sélection le plus important. Concernant le
crédit-bail ayant pour objet des tracteurs, les clients de l’ANED possèdent
une expérience passée acquise en la matière (certains d’entre eux ont suivi
une formation dans le cadre d’un projet de développement de produits
laitiers financé par un donateur bilatéral). Les exploitants agricoles qui
bénéficient d’un contrat de crédit-bail pour les pompes d’irrigation ont
112 Financement des investissements agricoles à terme
reçu une formation technique de la part d’ONG qui assurent la promotion
de l’utilisation de ce type de matériel. La plupart des clients de la CECAM
sont possesseurs de matériel ou d’animaux et utilisent le crédit-bail pour
moderniser leur matériel ou développer leur cheptel.
Acomptes. La capacité à verser des acomptes ou effectuer des dépôts consti-
tue un autre critère de sélection. Dans le cas de l’ANED, afin de tenir
compte de la forte dépréciation du bien subie au cours de la première année,
l’acompte s’élève à 25 pour cent du prix d’achat du matériel. La CECAM
exige un acompte de 20 pour cent pour du matériel neuf, de 25 pour cent
pour les animaux et de 40 pour cent pour le matériel d’occasion afin de cou-
vrir les risques de panne technique. Dans le cas des animaux et des véhicules
d’occasion, une garantie supplémentaire est exigée s’élevant respectivement
à 50 pour cent et à 150 pour cent de la valeur d’achat. Selon Mutesasira et al.
(2001), en Tanzanie et en Ouganda, les bailleurs exigent en général un dépôt
plutôt qu’un acompte, s’élevant à 25–30 pour cent de la valeur du bien.
La somme est déposée sur un compte bloqué et remboursée dès que le loca-
taire a effectué tous les remboursements dus. Dans de nombreux cas, des
contrats de garantie et des garanties supplémentaires sont exigés.
Le rôle des groupements d’agriculteurs. La CECAM invite les groupements
d’agriculteurs à participer aux procédures de sélection. Ces groupements
évaluent l’honnêteté du demandeur et vérifient l’exactitude des données
mentionnées dans la requête. Ils évaluent également si le choix du matériel
fait par le demandeur est approprié et ils s’assurent de sa bonne utilisation.
Dans certains cas, le mécanisme de responsabilité solidaire peut être mis en
œuvre: cela permet une réduction des coûts de transaction et des risques.
La confiance de plus en plus grande acquise dans l’utilisation du crédit-
bail a entraîné un assouplissement des conditions requises; les exploitants
agricoles individuels peuvent désormais obtenir des baux sans obligation de
garantie collective.
Choix du matériel
Le choix des biens est un élément de réussite essentiel dans la mesure où les
biens constituent la principale source de remboursement et la seule garantie
offerte (si aucune autre garantie supplémentaire n’est demandée). Pour les
raisons examinées dans le chapitre 4, les bailleurs préfèrent louer à bail du
matériel qui génère un flux constant de revenu, qui peut être facilement
Chapitre 5: Crédit-bail: un instrument financier alternatif pour le matériel agricole 113
revendu sur le marché de l’occasion, qui offre – de préférence – une pos-
sibilité d’usage multifonctionnel et pour lequel existe un titre de propriété
bien précis rendant plus facile la saisie et la vente (Mutesasira et al., 2001).
Matériel neuf – matériel d’occasion. Beaucoup de bailleurs ont une préfé-
rence pour le matériel neuf et plus coûteux, placé encore sous garantie et
moins sujet aux pannes techniques. Cela a toutefois des répercussions sur
les coûts financiers supportés par le locataire, élevés, au niveau des acomptes
et des versements relatifs au bail. Les exploitants agricoles et les micro-
entrepreneurs ont, quant à eux, une préférence pour le matériel d’occasion,
beaucoup moins coûteux et pouvant être encore utilisé. Toutefois, du point
de vue du bailleur, il est difficile d’évaluer l’état d’un bien qui n’est pas neuf
et, donc, d’en évaluer la durée d’utilisation et la valeur réelle. En plus, sur
les marchés ruraux, il n’est pas rare que les biens d’occasion soient dépour-
vus de titres de propriété. Si le contrat de bail ne peut pas être enregistré,
les risques augmentent pour le bailleur. Certains bailleurs n’acceptent de
financer des biens d’occasion (comme, par exemple, en Afrique orientale et
en Bolivie) qu’en imposant certaines garanties supplémentaires.
Une autre question importante est celle de savoir à qui revient le choix du
bien, objet du bail. Selon une étude de la Micro-Save Africa réalisée sur les
marchés de crédit-bail de l’Afrique orientale (Mutesasira, 2001), les bailleurs
laissent toujours le choix du bien aux clients. Cela permet de faire des
économies sur les coûts de transaction et de s’assurer que les clients sont
satisfaits de leur matériel – situation qui a des répercussions positives sur
le comportement adopté face à l’acquittement des créances locatives et à
la maintenance du bien. Si le choix du bien revenait au bailleur, le locataire
pourrait le tenir pour responsable d’un mauvais investissement. La CECAM
adopte la même pratique mais le responsable du crédit ou le groupement
d’agriculteurs à responsabilité solidaire doit faire une évaluation du bien
préalablement à l’approbation du contrat de bail; dans le cas où des animaux
sont l’objet du bail, l’avis d’un vétérinaire peut aussi être requis.
Dans certaines situations, il arrive que le locataire ignore quel est le meilleur
choix de matériel possible en raison de son manque d’informations sur le
marché de ces biens, du fait qu’un certain type de matériel n’est pas dispo-
nible dans les zones rurales ou qu’il ne soit pas adapté aux besoins des petits
producteurs. Selon l’ANED, la plupart des machines ou du matériel agri-
coles couramment disponibles en Bolivie sont essentiellement adaptés aux
114 Financement des investissements agricoles à terme
Encadré 16
Importance de la création d’une chaîne logistique
Une structure efficace et compétitive d’importateurs, d’industriels, de grossistes,
de détaillants et d’ateliers de réparation facilite le choix du matériel adapté à
différents types d’utilisateurs et d’utilisation et garantit la disponibilité de pièces
de rechange et d’assistance technique. Les risques de panne technique sont ainsi
réduits de façon significative. La création de produits de financement à moyen
terme tels que le crédit-bail devrait être accompagnée d’une stratégie précise de
développement de la mécanisation ou de l’irrigation basée sur une chaîne de logis
tique composée d’opérateurs du secteur privé. Les donateurs peuvent jouer un rôle
important dans le développement des chaînes logistiques en favorisant la création
de services de soutien financier et non financier.
besoins des gros exploitants agricoles qui sont aussi les plus gros deman-
deurs. L’ANED applique une stratégie intermédiaire qui consiste à effectuer
une présélection du matériel par le biais de contrats passés avec un des plus
importants importateurs (qui assure un service de soutien, répond de la
qualité et offre des garanties); le locataire peut choisir entre deux marques de
pompes d’irrigation et entre deux différents modèles auprès de chaque four-
nisseur. Le contrat passé avec l’importateur et l’achat en gros permettent à
l’ANED d’obtenir de meilleures conditions à tous les niveaux, y compris
concernant les prix, la formation et le service après-vente.
Appréciation du bail
Même si, en principe, un bail financier avec clause de rachat peut également
faire l’objet d’une utilisation polyvalente, pour l’ANED et la CECAM le
principal critère d’appréciation est l’augmentation de trésorerie générée par
le matériel, considérant qu’il s’agit là de la source principale des créances
locatives. La réalisation de l’appréciation du bail exige une grande compé-
tence, tout particulièrement pour du matériel plus gros et plus complexe.
Le responsable des prêts doit posséder des connaissances techniques sur le
matériel, ainsi qu’une expérience dans le domaine de l’économie agricole
et des flux financiers de cette même économie. L’appréciation devrait tenir
compte de l’ensemble du revenu du ménage agricole de façon à pouvoir
déterminer une source de paiement différente dans le cas d’une baisse
de l’activité principale. L’analyse de la trésorerie devrait aussi prendre
en considération les circonstances de variation du fonds de roulement.
Un tracteur, par exemple, nécessite, pour les réparations et l’acquisition de
Chapitre 5: Crédit-bail: un instrument financier alternatif pour le matériel agricole 115
pièces de rechange pendant sa durée de vie, un montant d’une moyenne de
100–150 pour cent de sa valeur d’achat.
Programmer les paiements des créances locatives
Toutes les institutions qui offrent des services de crédit-bail aux exploitants
agricoles et aux micro-entrepreneurs essaient d’adapter le mieux possible
les barèmes de versement des créances locatives à la trésorerie des ménages
agricoles. Cette flexibilité prévoit:
• une adaptation des montants en cours d’année, de façon à suivre les flux
saisonniers de trésorerie;
• le versement programmé de paiements plus élevés au cours des premières
années, quand les coûts de réparation sont peu élevés et la dépréciation
du matériel est forte;
• une proposition d’un délai de grâce (d’un maximum de six mois).
Les institutions qui mettent en place des barèmes conçus sur mesure, consi-
dèrent que cela à un véritable impact positif sur la capacité des locataires à
honorer de façon régulière leurs créances locatives.
Durée et conditions
La durée du bail est plus courte que la durée de vie des biens objet du cré-
dit-bail. Cela permet au bailleur de se prémunir contre une dépréciation
accélérée qui serait causée par une maintenance inadéquate et cela encou-
rage encore plus le locataire à honorer ses créances selon les délais prévus,
accélérant ainsi l’accession à la pleine propriété du bien. La durée du bail se
situe normalement entre 3 et 5 ans, selon le type de bien. Des biens moins
importants (par exemple, les pompes) peuvent jouir d’une durée de bail plus
courte (comme, par exemple, de deux ans dans le cas de l’ANED); le taux
du bail s’élève à 16 pour cent du montant de la valeur du bien par an et il
est impossible pour le locataire de restituer le bien avant la fin du contrat.
La CECAM propose une durée de 3 ans et un taux de 30 pour cent.
Contrôle et suivi
Comme les prêts, un bon système d’information de gestion est important
pour le contrôle du montant du portefeuille de crédit-bail et pour repérer
116 Financement des investissements agricoles à terme
Encadré 17
ANED et CECAM: clientèle et viabilité des programmes
Clientèle. La CECAM a fourni 25 000 baux depuis 1993 pour un montant total de 20
milliards de francs malgaches et, en 2001, pour un montant de 5,8 milliards (environ
1 million $EU). Les activités de crédit-bail représentaient environ 20 pour cent du
portefeuille total courant. Un petit nombre d’emprunteurs seulement – représen
tant 4 pour cent de l’ensemble des membres – a toutefois pu bénéficier des services.
Le type de matériel (tracteurs) et le fait de n’avoir commencé que récemment à pro
grammé ce type de produit fait que l’ANED a une clientèle moins importante que
celle de la CECAM. Certains indices semblent montrer que les marchés de pompes
d’irrigation et de tracteurs sur lesquels opère l’ANED sont déjà satisfaits (pour plus
de détails, voir l’étude de cas menée dont cette institution a fait l’objet).
Viabilité des programmes. L’ANED et la CECAM vantent un taux de rembourse
ment des créances locatives de plus de 90 pour cent, ce qui est tout à fait satisfai
sant dans le milieu des prêteurs à terme. En ce qui concerne la CECAM, ce taux se
situe même au-dessus du taux de remboursement moyen de ses produits de crédit.
Comme cela a déjà été mentionné précédemment, il faut cependant noter que ces
deux institutions ont bénéficié de prêts à long terme de la part de donateurs et que,
en ce qui concerne plus précisément la CECAM, d’une assistance technique toujours
en cours pour le développement des produits et la formation de son personnel. Le
montant plutôt élevé des créances locatives est le signe de coûts de transaction rela
tivement élevés concernant les opérations d’appréciation et le suivi et un certain
manque d’efficacité opérationnelle.
d’éventuels problèmes sur les comptes. Le contrôle et le suivi revêtent une
importance encore plus grande dans le domaine du crédit-bail et impliquent
des déplacements pour contrôler l’état du matériel et s’assurer d’une bonne
utilisation et d’une bonne maintenance. L’ANED et les sociétés de crédit-
bail de l’Afrique orientale répondent à cette obligation en prévoyant de
fréquentes missions de leurs chargés de prêts. La CECAM a adopté la stra-
tégie qui consiste à utiliser les services de structures de proximité comme les
membres des comités de crédit ou les groupements d’exploitants agricoles à
responsabilité solidaire; ces derniers exercent par ailleurs une forte pression
pour que les paiements soient effectués dans les délais prévus.
Gérer les cas de non-remboursement
Afin de maintenir la crédibilité auprès des locataires et d’éviter les cas de
non-remboursement, il est nécessaire de pouvoir agir très rapidement. Si
une créance locative n’est pas honorée dans les délais prévus, le chargé
Chapitre 5: Crédit-bail: un instrument financier alternatif pour le matériel agricole 117
des prêts se déplace chez le client afin d’identifier la cause du non-rem-
boursement. Si celle-ci n’est pas imputable au locataire, un nouveau
plan de remboursement est établi. Si le client ne respecte pas ce plan,
une procédure de saisie est entamée. Ni l’ANED, ni la CECAM n’ont
connu de sérieux problèmes concernant les cas de non-remboursement
(voir encadré 17). Dans certaines situations, il a toutefois été nécessaire
de se réapproprier un actif, notamment dans les cas où le bien avait été
mal entretenu ou vendu.
5.7 DIFFICULTÉS DE MISE EN ŒUVRE DU CRÉDIT-BAIL
Un certain nombre de contraintes limitent l’utilisation du crédit-bail pour le
financement des actifs des petites et des micro-entreprises situées en milieu
rural et urbain. Dans le cadre des études de cas menées, les principales diffi-
cultés rencontrées par les bailleurs ont été:
• les risques d’aléa moral concernant les biens liés au crédit-bail;
• les coûts de transaction élevés dans le cas de contrats avec les petits
clients;
• le manque de sources de financement à long terme;
• des problèmes de saisie, et tout particulièrement un manque de prise de
conscience de la part des autorités locales des difficultés rencontrées sur
le plan légal;
• des difficultés dans la revente des biens saisis;
• un régime fiscal inadéquat.
Aléa moral
Pour le bailleur, le problème principal est celui des risques d’aléa moral tel
qu’une maintenance inadéquate, des dommages causés au bien, la perte ou la
vente du bien par le locataire. Ces risques peuvent être en partie gérés grâce
à une appréciation et un choix avisés du locataire ainsi que par un contrôle
effectué de façon minutieuse. Cela implique toutefois une augmentation des
coûts de transaction et également du montant du bail et rend le crédit-bail
plus coûteux pour le locataire. L’utilisation de techniques informelles par
les institutions financières rurales, tels que les groupements à responsabilité
solidaire, serait un bon moyen de réduire ces coûts, tout particulièrement
dans le cas de créances locatives modiques.
118 Financement des investissements agricoles à terme
Coûts de mise en œuvre
Introduire des activités de crédit-bail peut entraîner des coûts supérieurs à
ceux des prêts à terme dans la mesure où le personnel des institutions finan-
cières doit se familiariser avec les questions légales, réglementaires et fiscales
relatives à ces produits financières. De plus, la promotion du crédit-bail, et
de ses avantages, nécessite la production de matériel accessible; des contacts
et des contrats doivent être établis avec les compagnies d’assurance; le per-
sonnel doit être formé en matière d’appréciation de la valeur des biens et de
développement du potentiel à générer un supplément de trésorerie dans les
entreprises agricoles.
Nécessité de sensibilisation
Il est réellement nécessaire d’œuvrer et d’améliorer la diffusion des informa-
tions visant à faire assimiler le concept du crédit-bail, non seulement parmi
les exploitants agricoles et les fournisseurs de matériel mais aussi au sein
des autorités locales. Il faut que les bailleurs investissent du temps et des
ressources pour diffuser la technique du crédit-bail ainsi que les droits et les
obligations qui en découlent pour les parties.
Dans certains cas, à cause de l’ignorance des lois en vigueur de la part des
autorités locales, et plus particulièrement de la part des tribunaux ou des
agents chargés du respect de la loi, les procédures de saisie ont été gênées;
dans d’autres cas, les clients ont nié au bailleur son droit de propriété sur
le bien. Ces problèmes peuvent être résolus par des campagnes de sensibili-
sation sur le concept et les procédures de crédit-bail et par l’élaboration de
contrats spécifiques.
Questions relatives à la réglementation
Dans certains pays, la réglementation bancaire en vigueur stipule que les
institutions financières doivent créer des filiales spécifiques spécialisées
dans les opérations de crédit-bail. C’est le cas, par exemple, en Bolivie, où
la loi 2297 du 21 décembre 2001 stipule que toute institution financière
réglementée doit réaliser ses activités de crédit-bail par le biais d’une filiale.
Plusieurs institutions financières mutualistes réglementées, y compris la
CLA, ont renoncé à leur projet d’offrir des services de crédit-bail à cause
des coûts considérables que cela aurait entraîné. Des dispositions légales du
Chapitre 5: Crédit-bail: un instrument financier alternatif pour le matériel agricole 119
même type sont en vigueur en Colombie et au Salvador (Westley, 2003).
La décision de créer ou non des filiales spécialisées pour les activités de cré-
dit-bail devrait être laissée à l’appréciation des responsables et des dirigeants
des institutions financières et non aux autorités de régulation bancaires.
En principe, les activités de crédit-bail ne sont soumises à aucune restric-
tion pour les institutions financières non réglementées, telles que les ONG
financières ou certaines coopératives de crédit. Cependant, dans certains
pays, certaines hautes autorités de surveillance et de régulation ont le droit
de réglementer toutes les activités financières, y compris de décider quelles
sont les institutions autorisées à fournir des activités de crédit-bail et sous
quelle forme elles peuvent le faire. Les activités de crédit-bail sont, de fait,
réservées qu’à certaines institutions financières. Au Mexique, par exemple,
les fournisseurs de matériel ne peuvent pas proposer de crédit-bail. Les prêts
à moyen terme ne connaissent pas de telles restrictions.
De telles mesures empêchant le développement du crédit-bail semblent
injustifiées dans la mesure où celui-ci ne peut pas être considéré comme pré-
sentant plus de risques que les opérations de crédit classiques (à l’exclusion
du contrat de location-exploitation qui implique des risques considérables
généraux ou relatifs aux marchés d’occasion et à des questions de valeur
résiduelle). Les autorités de contrôle des banques devraient, par consé-
quent, adopter une définition précise du bail financier avec clause de rachat,
notamment par rapport au contrat de location-exploitation, et permettre
aux institutions financières qui fournissent déjà des prêts à moyen terme de
pouvoir aussi se lancer dans des activités de crédit-bail.
Régime fiscal
Dans certains pays, la réglementation et les lois fiscales pénalisent le cré-
dit-bail entraînant en pratique une augmentation des coûts. Dans d’autres
situations, les locataires, qu’ils soient présents dans les zones rurales ou
qu’ils soient acteurs du secteur des micro-entreprises, ne peuvent pas béné-
ficier des avantages fiscaux propres aux amortissements à cause de bénéfices
réalisés peu importants ou de l’informalité des leurs activités. La plupart des
exploitants agricoles n’acquittent pas la taxe sur la valeur ajoutée ou l’impôt
sur les revenus/bénéfices; cela les prive d’un avantage important, qui rend
le crédit-bail attractif pour les bailleurs formels tels que les moyennes et
grandes entreprises (Mutesasira et al., 2001).
120 Financement des investissements agricoles à terme
Une étude comparative du régime fiscal du crédit-bail menée dans huit pays
d’Amérique latine a conclu que, dans la plupart de ces pays, le régime fiscal
n’a eu que peu de conséquences en défaveur du crédit-bail, en particulier
dans le cas de bailleurs informels.41
Garanties
Du fait d’une séparation entre droit de propriété du bien et utilisation ou
possession de ce dernier, certains conflits peuvent surgir. Par exemple, en
cas de panne pendant la période de garantie, le fournisseur peut refuser de
prendre à sa charge le coût de la réparation ou du remplacement, en accusant
le locataire d’avoir endommagé le bien. Ce cas, comme d’autres nés de la
séparation entre droit de propriété et droit d’utilisation du bien, devraient
être l’objet d’une cadre législatif et réglementaire adapté. En pratique, ces
problèmes pourraient être en partie surmontés grâce à des accords passés
entre le bailleur et les fournisseurs de matériel, comme cela sera développé
ultérieurement.
Produits d’assurance adaptés inexistants
La possibilité de s’assurer contre le vol ou les pannes de matériel pourrait
entraîner une diminution considérable des coûts de suivi. L’assureur devrait
toutefois faire face à des problèmes d’aléa moral, générant une augmenta-
tion des primes. En Tanzanie et en Ouganda, cette hausse se situe entre 3 et
8 pour cent de la valeur du bien (Mutesasira, 2001). L’ANED estime que, par
rapport à l’aléa moral réellement supporté, les primes appliquées en Bolivie
sont trop élevées.
Un autre problème est celui de l’assurance-vie liée à un contrat de crédit-
bail, qui concernerait également d’autres prêts éventuels. Au Pakistan, où le
montant des baux s’élève en moyenne à 10 000 $EU, l’Orient Leasing fait
usage de cette pratique. Cela entraîne non seulement une diminution des
risques supportés par le bailleur/prêteur mais permet également à la famille
d’un client de ne pas avoir à supporter de lourdes conséquences financières
en cas de décès de ce client.
41 Pour un examen plus approfondi des problèmes fiscaux liés au crédit-bail en Amérique latine, voir
Westley, 2003.
Chapitre 5: Crédit-bail: un instrument financier alternatif pour le matériel agricole 121
Accès à des sources de financement à long terme
Il s’agit là d’une question très importante pour les bailleurs, que ce soit
pour mettre en œuvre ou pour développer un programme de crédit-bail.
L’ANED et la CECAM sont des exemples qui mettent en évidence l’im-
portance que des ressources à long terme avantageuses soient accessibles.
Ces exemples, tout comme les points précédemment abordés, montrent
que des ressources considérables doivent être investies pour favoriser un
renforcement des capacités de tous les acteurs afin de développer et de faire
en sorte que soient pratiqués le crédit-bail et la location-vente. Cela justifie
le fait que des aides soient consenties dans le cadre des ressources mises à
disposition des bailleurs, notamment pour ceux qui ont fait preuve de leur
capacité professionnelle, qui sont en mesure d’envisager un élargissement
de leurs activités et qui n’éprouvent que des difficultés liées à des problèmes
de liquidités.
Du point de vue du locataire
Il résulte des études de cas menées que les locataires ont été confrontés aux
problèmes suivants:
• acomptes exigés très élevés et, dans certains cas, conditions de garantie
trop rigoureuses;
• critères de sélection sévères concernant les compétences et l’expérience;
• réticences de la part de certains bailleurs à céder à bail des technologies
peu coûteuses ou des biens d’occasion;
• versements plus élevés, comparés aux prêts, dus à des périodes de crédit-
bail plus courtes.
Si ces mesures sont nécessaires pour le bailleur, elles constituent une limite
à la portée du crédit-bail et peuvent éloigner les petits exploitants agricoles
des services de crédit-bail. Cela se vérifie tout particulièrement dans le
cas des acomptes de 30 pour cent exigés pour le nouveau matériel ou les
garanties ou autres cautions qui sont demandées en Afrique. Dans les pays
développés, un des principaux avantages du crédit-bail est que les acomptes
sont modiques (en général moins de 5 pour cent de la valeur du bien).
Acomptes et dépôts légaux diminuent le fonds de roulement disponible
pour les exploitants agricoles et, par conséquent, réduisent les avantages du
crédit-bail par rapport au crédit.
122 Financement des investissements agricoles à terme
5.8 MESURES VISANT À RENFORCER LA TECHNIQUE DU CRÉDIT-BAIL
Au regard de l’analyse précédente, le crédit-bail ne constitue sûrement pas
le meilleur moyen pour compenser les carences observées dans le finance-
ment des actifs agricoles à moyen terme. Le développement suivant propose
quelques mesures afin de normaliser le crédit-bail pour le financement des
capitaux agricoles dans les pays en développement. Certaines de ces mesures
pourraient également être appropriées au financement du matériel dans le
cadre de prêts à moyen terme.
• Partenariats avec des ONG ou par le biais de participation à des projets.
Ils peuvent jouer un rôle important pour l’appropriation de moyens
techniques disponibles sur le plan local et pour la formation des exploi-
tants agricoles dans le but de sélectionner et de gérer le matériel de façon
appropriée. Des moyens techniques simples (par exemple, les pompes
à pédales) peuvent constituer une première approche pour les petits
exploitants agricoles ou les exploitants sans expérience. Les exploitants
plus développés pourraient être formés à l’utilisation de matériel à
moteur ou qui nécessite l’emploi d’animaux. Les exploitants agricoles
pourraient être formés en matière de gestion agricole dans le cadre de
projets ou par les ONG et les bailleurs pourraient financer la formation.
Les institutions financières d’épargne pourraient proposer des produits
d’épargne ou de crédit permettant aux exploitants agricoles d’épargner
les acomptes du crédit-bail.
• Partenariats avec les revendeurs/fournisseurs de matériel. Les bailleurs
pourraient négocier de meilleures conditions et, plus particulièrement,
essayer d’obtenir des remises de prix dans le cadre d’achats en gros. Ils
pourraient essayer de négocier pour obtenir des garanties, un service de
formation et un service après-vente (réparations, pièces de rechange).
Les actions promotionnelles constituent des situations fréquentes dans
lesquelles fournisseurs et clients sont en contact. Il faut veiller toutefois à
ce que cela ne donne pas lieu à des ventes conditionnées. Un compromis
possible pourrait être le partage des risques d’impayés entre le bailleur et
le fournisseur. Dans ce cas, les fournisseurs devraient être encouragés à
participer à la sélection des clients, à fournir une formation efficace et à
fournir un seul service à la fois d’après-vente et de contrôle.
• Partenariat avec les institutions financières à caractère mutuel.
Cette stratégie consisterait à unir les meilleures compétences respectives
des sociétés de crédit-bail institutionnelles et des institutions financières
Chapitre 5: Crédit-bail: un instrument financier alternatif pour le matériel agricole 123
à caractère mutuel: les premières manient très bien les connaissances
techniques et les techniques d’appréciation, possèdent des systèmes
d’information de gestion pour la gestion des portefeuilles et bénéficient
d’un meilleur accès aux sources de financement; les secondes apporte-
raient leur connaissance du milieu local et leur expérience et leur maîtrise
technique des transactions avec les petits clients informels, offrant ainsi
la possibilité d’un développement du marché. Les institutions financières
à caractère mutuel auraient aussi la possibilité de recouvrir les créances
locatives pour le compte des sociétés de crédit-bail dans la mesure où
elles sont en contact permanent avec la clientèle par le biais d’autres opé-
rations financières. De plus, elles seraient en mesure de fournir, si néces-
saire, un fonds de roulement supplémentaire. La solution, encore un fois,
consiste à combiner tous ces points positifs par le biais d’accords bien
adaptés qui prévoient le partage des risques, des coûts et des bénéfices
et à élaborer des contrats qui proposent un bon équilibre entre facteurs
d’incitation, contrôles et aspect financier.
• Produits d’épargne innovants. Combinés aux prêts, des produits
d’épargne peuvent inciter un plus grand nombre de clients à constituer
des fonds pour un acompte. Par exemple, la CECAM a créé un pro-
duit par lequel un souscripteur effectue des dépôts mensuels sur une
période supérieure à un an. Le client prend ainsi l’habitude de faire des
versements réguliers tout en offrant à l’institution un outil de sélection.
A l’issu du plan d’épargne, et si la demande est approuvée, le client se
voit proposer un bail avec le versement d’un acompte de 24 pour cent au
lieu des 30 pour cent habituellement exigés.
• Création de produits de crédit-bail polyvalents. Des baux moins impor-
tants peuvent aussi être proposés comme baux polyvalents semblables
aux prêts à moyen terme polyvalents fournis par certaines institutions
financières rurales. Cela permettrait d’appliquer des critères d’expé-
rience moins rigoureux et d’abaisser le niveau de compétence exigé de la
part du bailleur pour l’appréciation des actifs et de la trésorerie générée.
Il susciterait également un plus grand intérêt pour le crédit-bail destiné
au matériel d’occasion.
Plusieurs mesures visant à améliorer le cadre législatif et réglementaire sont
brièvement présentées dans le chapitre 7.
125
Chapitre 6
AUTRES INSTRUMENTS
DE FINANCEMENT
DES INVESTISSEMENTS À TERME
6.1 FINANCEMENT DE CAPITAUX PROPRES PAR PRISE
DE PARTICIPATIONS ET FINANCEMENT PAR CAPITAL RISQUE
Les capitaux propres représentent le capital social versé par les propriétaires
ou les actionnaires. Le financement de capitaux propres par prise de partici-
pation offre trois avantages principaux par rapport au crédit-bail et au finan-
cement par crédit qui exigent des remboursements de capital et d’intérêts à
des échéances fixes, sur la base d’un barème prédéfini. Tout d’abord, celui
qui investit détient une créance résiduelle sur les bénéfices provenant d’une
activité économique seulement si des bénéfices sont réalisés; une cession de
parts participatives ou un désinvestissement peuvent être ajustés de façon
plus adéquate aux conditions instables caractéristiques des activités agricoles
et aux changements de situation du niveau de liquidités ou survenant dans
le chiffre d’affaire réalisé. Ensuite, l’investisseur peut exercer une certaine
influence ou un certain contrôle sur la gestion de l’entreprise: cela réduit les
risques d’aléa moral dus à une information asymétrique et peut permettre de
consolider la gestion de l’entreprise. Enfin, les capitaux propres renforcent
la stabilité de l’entreprise et peuvent favoriser l’obtention d’un financement
supplémentaire par crédit qui permet d’augmenter ces mêmes capitaux.
126 Financement des investissements agricoles à terme
Encadré 18
Fonds de capital risque
Il s’agit de fonds financiers créés pour acquérir une participation minoritaire dans
des PME au fort potentiel de développement présentes dans des secteurs dyna
miques. Les fonds apportent des capitaux propres pour effectuer des investisse
ments qui permettent aux entreprises d’élargir leurs activités ou de développer
ou d’acquérir de nouvelles technologies. L’investisseur est titulaire d’au moins un
siège au conseil d’administration. Il apporte une assistance technique et une aide
au niveau de la gestion (développement commercial, comptabilité, fiscalité, etc.).
En général, le fonds se retire de l’entreprise, par désinvestissement, dès que les
objectifs de développement sont atteints (stratégie de sortie). Selon le contexte et
le type d’entreprise, cette opération de désinvestissement peut prendre la forme de
vente des actions en bourse, aux actionnaires majoritaires, aux copropriétaires ou,
également, à des tiers. En contrepartie des capitaux investis et de sa contribution
en matière de gestion, l’investisseur compte sur un bon rendement de ses actions;
en général, afin de compenser une prise de risques considérable, un rendement
dépassant les 20 pour cent est escompté.
Ainsi, le financement de capitaux propres par prise de participations permet
de mieux répartir les risques liés à des investissements réalisés dans un envi-
ronnement économique instable ou liés à des investissements plus lourds
et d’une durée plus longue que ne le consentiraient des prêts à long terme
soumis à des barèmes de remboursement prédéfinis et rigides.
Les capitaux propres peuvent être constitués par le biais d’investisseurs pri-
vés, de marchés de valeurs mobilières, de fonds de capital-risque, de banques
de développement nationales et internationales et de fonds d’investissement
social. En général, les pourvoyeurs de capital-risque ou les banques de déve-
loppement internationales investissent dans les capitaux propres d’une société
pour une période allant de 5 à 15 ans et désinvestissent progressivement au
cours d’une période successive. Ces investisseurs partagent les risques et les
bénéfices relatifs à ces investissements et, à l’issue de la période d’amortis-
sement, ils désinvestissent progressivement du capital, avec une marge de
bénéfice proportionnelle aux risques et aux coûts de transaction. Le finance-
ment par capital risque consiste à financer des capitaux propres pour réaliser
des investissements dans des entreprises nouvellement créées ou dans un but
de diversification des activités sur de nouveaux marchés et pour financer des
investissements à la durée d’amortissement plus longue qui pourrait générer
l’exclusion d’un financement octroyé par des banques traditionnelles.
Chapitre 6: Autres instruments de financement des investissements à terme 127
Tableau 6
Avantages et inconvénients du financement par capital de risque
Avantages
Pour le fonds de capital de risque Pour la société
• Perspectives de très bons ren • Risques moins élevés que pour les prêts ban
dements caires (absence de biens donnés en garantie,
• Contrôle de l’investissement par absence d’obligations financières prédéfinies,
le biais d’une participation à la dividendes calculés en fonction des bénéfices)
gestion et d’un meilleur accès à • Trésorerie plus équilibrée et possibilité d’accé
l’information der à un financement bancaire supplémentaire
• Risques mieux distribués grâce • Assistance pour la gestion et au niveau admi
à une diversification du porte nistratif, y compris pour l’amélioration des
feuille dans différents secteurs, systèmes d’information et pour les pratiques
régions ou pays de gestion
Inconvénients
Pour le fonds de capital de risque Pour la société
• Risques importants et désinves • Perte d’autonomie de gestion par le propriétaire
tissement non garanti • Nouvelles méthodes d’administration et de
• Responsabilité de l’investisse gestion impliquant d’importants changements
ment: apprendre à connaître les pouvant entraîner un besoin de formation et
méthodes de gestion et de pro le recrutement de nouveau personnel
duction de l’entreprise (requiert • Exigence d’un contrôle externe demandé par le
beaucoup de temps) fonds de capital risque alourdissant la bureau
• Cas des PME: mauvaise gestion cratie interne
et règles de comptabilité peu • Clauses contractuelles supplémentaires suscep
fiables limitant l’analyse de tibles de limiter les décisions de gestion dans
l’entreprise, l’évaluation des le cadre d’une stratégie faisant l’objet d’un
risques et l’appréciation du accord et réduisant la flexibilité d’adaptation
potentiel de l’investissement face à de nouvelles situations
Des institutions de financement du développement internationales telles
que l’International Finance Corporation, la Commonwealth Development
Corporation ou la Deutsche Entwicklungs Gesellschaft financent des inves-
tissements dans les plantations ou les activités de transformation dans
l’agroalimentaire. Plusieurs instruments de financement islamiques, tels que
le musharaka (type de partenariat de financement), intègrent les principes
qui régissent le financement de capitaux propres, ce qui permet d’éviter le
paiement d’intérêts fixes.
Pour les PME qui exercent des activités agricoles ou de transformation de
produits agricoles, il existe toutefois deux limitations essentielles à l’uti-
lisation du financement de capitaux propres par prise de participations:
128 Financement des investissements agricoles à terme
l’importante prise de risques que sous-tendent les investissements à terme
agricoles et la détérioration régulière des conditions liées au commerce
des produits agricoles font qu’il est toujours difficile d’obtenir des ren-
dements comparables à ceux d’autres secteurs économiques; de plus, les
investissements concernant les capitaux propres impliquent des coûts de
transaction élevés à la fois pour apprécier la convenance de l’investissement
– nécessitant en général une analyse financière et économique approfondie
de l’entreprise, la réalisation d’études de faisabilité, la définition de projets
commerciaux et de stratégies de sortie – et pour assurer le contrôle et le suivi
de leur gestion. Il résulte de cela que peu de pourvoyeurs commerciaux de
financement de capitaux propres désirent investir dans le secteur agricole.
Même si le financement de capitaux propres par prise de participations ne
constitue pas un outil de financement direct vraiment adapté aux petites et
moyennes exploitations agricoles, des investissements réalisés dans le capital
de sociétés de transformation de produits agricoles et dans des plantations
agricoles, en améliorant les perspectives des investissements agricoles, peu-
vent avoir d’importantes conséquences. L’existence de débouchés commer-
ciaux ou d’une possibilité de transformation des produits agricoles réduit les
risques pesant sur les investissements à terme agricoles relatifs aux facteurs
de production ou à la commercialisation des produits agricoles. De plus, ces
investissements peuvent souvent s’accompagner d’investissements dans des
infrastructures routières, de transport, de stockage et de communication.
Des accords institutionnels de deux types peuvent servir à renforcer les
liens avec les petites et moyennes exploitations agricoles qui se sont lancées
dans la production primaire: des accords d’agriculture sous contrat, tels que
les modèles de la «plantation mère» et les joint ventures grâce auxquels les
exploitants agricoles peuvent prendre une participation dans des structures
commerciales, de production ou de transformation de produits agricoles.
6.2 FINANCEMENT DES INVESTISSEMENTS PAR LE BIAIS
DU MODÈLE DE LA «PLANTATION MÈRE»
Dans le cadre d’une structure de groupement de petits exploitants proprié-
taires, il est possible que des sociétés de transformation de produits agricoles
ou une institution financière fournissent des prêts à terme pour la réalisation
d’investissements agricoles à long terme tels que la mise en valeur des terres,
Chapitre 6: Autres instruments de financement des investissements à terme 129
Encadré 19
Indonésie: Financement de plantations arboricoles de petits exploitants
agricoles par le biais de modèles de «plantation mère»
En Indonésie, depuis 1977, environ 400 000 ha de plantations arboricoles gérées
par de petits exploitants ont été créés sur le modèle de la «plantation mère», y com
pris des plantations de caoutchouc (46 pour cent), de palmiers à huile (41 pour cent)
et de cocotiers, théiers et caféiers hybrides (13 pour cent). De nombreux modèles de
«plantation mère» de première génération ont vu le jour grâce à des bailleurs de
fonds tels que AsDB et la Banque mondiale; à la base se trouvait une combinaison
d’assistance technique, de financement et de commercialisation de la production.
La «mère», entreprise privée ou agence semi-publique, crée une grande plantation
en utilisant des méthodes et des techniques tenant compte du régime de propriété.
Les petits exploitants agricoles peuvent parfois participer à la création en tant que
salariés. La création est financée grâce à des prêts à long terme que fournissent les
banques commerciales, avec un refinancement selon des lignes de crédit définies
par la banque centrale. Quand les plantations arboricoles deviennent productives,
une partie est cédée aux petits exploitants (conversion). En général, chaque exploi
tant reçoit 2 ha des terres cultivées, majorés de 0,5 ha pour les cultures vivrières.
Afin de réduire les coûts de transaction, les petits exploitants peuvent se regrouper:
la fourniture de facteurs de production et de crédit se fait souvent par le biais de
coopératives qui perçoivent une commission de 2 pour cent pour les services ren
dus. Seules les parcelles obéissant à des critères qualitatifs minimum de densité et
de qualité des arbres sont transférées aux petits exploitants. Ces petits exploitants
signent un accord de crédit les engageant à vendre l’ensemble leur production au
groupement. Le prêt accordé aux petits exploitants comprend les coûts de déve
loppement des parcelles de 2 ha ainsi que les intérêts dus pendant la période de
maturation. Le montant du remboursement du prêt est normalement de 30 pour
cent de la production remise à la société.
les systèmes d’irrigation ou la plantation de cultures pérennes. Le rembour-
sement du prêt s’effectue en général en nature, en passant par la société de
transformation des produits agricoles. La mise en place de modèles de la
«plantation mère» a permis de financer des cultures périssables nécessitant
une intégration étroite des opérations de production, de transformation
et de commercialisation, concernant souvent les marchés d’exportation de
légumes, d’huile de palme et de canne à sucre.
Un des principaux points forts de la mise en place de modèles de la «plan-
tation mère» est de pouvoir procéder à la plantation d’importantes surfaces
sous un régime de propriété, ce qui permet des économies d’échelle au
niveau de la production et de la commercialisation. Ceci est particulièrement
130 Financement des investissements agricoles à terme
Encadré 20
Commerce hors contrat au Ghana
En marge des concessions délivrées par la Ghanan Oil Palm Development Company
(GOPDC), un certain nombre de petits moulins à huile ont vu le jour aux côtés des
agriculteurs sous contrat de la GOPDC. Ces moulins versent un prix équivalent ou
légèrement inférieur et ils paient sans délai en liquide. Le fait que la GOPDC ne soit
pas en mesure de payer en liquide au moment de la livraison des produits constitue
un inconvénient majeur pour la concurrence, qui incite fortement les producteurs à
vendre à d’autres sociétés. La procédure de paiement actuelle de la GOPDC requiert
environ trois semaines. A ce stade du cycle de vie des palmiers à huile des agricul
teurs sous contrat, les 17 000 ha cultivés devraient produire environ 170 000 tonnes
(10 tonnes/ha) par an de fruits de palmier à huile; mais, seulement 120 000 tonnes
sont livrées au 32 centres de collecte de la GOPDC ou aux moulins, ce qui laisse
présumer de l’importance du commerce hors contrat.
Face à cette situation, la société a décidé que les jeunes plants auparavant acquis à
crédit seraient désormais vendus moyennant paiement en liquide. En conséquence,
un nouvel agriculteur sous contrat qui détiendrait une moyenne de 2,5 ha devrait
investir 6,5 millions de cedis ghanéen (938 $EU) pour lancer une nouvelle activité
agricole. Les agriculteurs sous contrat sont conscients du handicap créé par ce type
d’investissement au niveau de l’accès, entraînant l’exclusion de presque tous les
nouveaux venus.
adapté à la création de plantations arboricoles dans des zones faiblement
peuplées, réalisées si possible sur la base d’accords; le paiement en nature
correspond, de plus, au recouvrement des coûts liés au prêt pour les cultures
immédiatement transformées, à condition que les ventes hors contrat puis-
sent être contrôlées.
Toutefois, la mise en place de modèles de la «plantation mère» présente
aussi quelques inconvénients. Un des principaux problèmes naît quand
ces groupements font concurrence aux acheteurs qui peuvent acheter plus
cher les produits (parce qu’aucune déduction de prêt ne doit être faite).
Les ventes hors contrat dans le but d’éliminer les remboursements de cré-
dit ont constitué un problème particulier pour les cultures de caoutchouc
ou de café qui bénéficient généralement de divers circuits commerciaux.
En aucun cas ce scénario n’est rare, même pour des cultures considérées
comme «saines» comme celle des palmiers à huile. En Afrique occidentale,
les acheteurs en situation de concurrence sont de petits industriels locaux; en
Asie, la concurrence est devenue plus importante à cause de l’augmentation
des moulins à huile et/ou de meilleures infrastructures routières. Même si
Chapitre 6: Autres instruments de financement des investissements à terme 131
cela est favorable à l’exploitant, les liens d’interdépendance qui caractérisent
les mécanismes de remboursement de prêt en supportent les conséquences.
Un autre problème naît de la grande différence de situation qui existe entre
les modèles de «plantation mère» et les agriculteurs sous contrat concer-
nant les conditions d’accès à l’information, la formation et les potentiels
du marché. Les objectifs sont en outre totalement différents. Une situation
de monopole porte toujours en elle le danger d’assister à un comportement
opportuniste de la part des moulins.42 Si les exploitants agricoles se sentent
dupés, ils essaient de compenser le sentiment d’être exploité en effectuant
des ventes hors contrat. Que ce soit en Indonésie ou ailleurs, des conflits
entre les petits exploitants et les modèles de la «plantation mère» sont
fréquents. Cependant, il faut insister sur le fait que les ventes hors contrat
peuvent être limitées par le biais de bons projets gérés à travers le modèle de
«plantation mère». L’expérience montre qu’une gestion efficace, un calcul
clair des déductions et une gestion saine des comptes des petits exploitants
sont d’une importance cruciale pour atteindre des taux élevés de rem-
boursement et pour créer une situation dans laquelle tous les acteurs sont
gagnants. Cela requiert que des efforts considérables soient faits pour la
formation dispensée aux exploitants et pour créer un rapprochement entre
organisations d’exploitants, tout particulièrement entre les organisations qui
s’occupent de la gestion financière.
6.3 JOINT VENTURE, UNE SOLUTION ALTERNATIVE AUX
INVESTISSEMENTS À TERME DES ENTREPRISES INDIVIDUELLES
Potentiel d’une situation favorable à tous les acteurs
Récemment, un intérêt tout particulier a été apporté à la possibilité de créer
des joint ventures sous la forme de société par actions entre exploitants
agricoles et partenaires commerciaux tels que les banques ou les sociétés
agroalimentaires. Comparés aux formes plus traditionnelles que représen-
tent les coopératives ou les accords d’agriculture sous contrat, ces joint
ventures offrent plusieurs avantages. Ils peuvent permettre de surmonter
les contraintes courantes relatives à la gestion et au capital des coopératives
42 En Indonésie, une mauvaise gestion financière ou d’importantes déductions pour couvrir les frais
généraux des modèles de la «plantation mère» constituent des pratiques fréquentes.
132 Financement des investissements agricoles à terme
dans la mesure où ils permettent aux exploitants agricoles de profiter d’éco-
nomies d’échelle, de participer aux bénéfices des principales activités et de
pouvoir compter sur un accès concret et fiable aux facteurs de production,
aux marchés et aux services de soutien. Si les exploitants agricoles sont
actionnaires de sociétés de transformation de produits agricoles, leur revenu
ne dépend pas seulement des activités agricoles mais dépend aussi des ris-
tournes réservées aux adhérents, des dividendes et de l’augmentation de la
valeur des actions négociables. En Afrique du Sud, des joint ventures entre
exploitants agricoles à vocation commerciale et ouvriers non propriétaires
ont été utilisés comme une alternative aux programmes traditionnels de
redistribution des terres. De faibles marges bénéficiaires issues des activités
agricoles peuvent être améliorées en pratiquant une intégration verticale.
De tels partenariats peuvent susciter des intérêts divergents ou procurer
des avantages différents aux acteurs qui investissent dans l’agroalimen-
taire. Il faut veiller à résoudre ces contrastes entre les exploitants agricoles
à vocation commerciale et leurs ouvriers (Afrique australe) et entre les
grosses sociétés de plantations et les petits exploitants/ouvriers agricoles
(Indonésie, Philippines). L’efficacité de l’agriculture sous contrat et des
accords interdépendants peut être améliorée en réduisant les problèmes
dus à l’information asymétrique et au manque de transparence qui sont à
l’origine d’une certaine méfiance et de l’incitation à des comportements
individuels et calculés comme les ventes ou les achats hors contrat. Comme
les programmes «Equity Share Schemes» le montrent en Afrique du Sud, de
meilleures mesures incitatives et l’idée de propriété améliorent la producti-
vité des ouvriers et réduisent les coûts de suivi.
Le potentiel des joint ventures repose sur l’élément constitutif de durée
– plutôt longue – de l’association entre les membres qui conditionne compor-
tements et attentes sur le long terme. L’approche «corporative» (Philippines)
a montré que des mesures incitatives constituent des moyens particulière-
ment importants dans le cas où les exploitants agricoles peuvent accroître
leur participation et, éventuellement, devenir des actionnaires majoritaires de
l’entreprise. Ce type d’approche dynamique a permis à la RBP de se retirer
d’une prise de participations au capital et de fournir une gamme de produits
de crédit garantis seulement par des transactions interdépendantes entre la
«mère», les exploitants agricoles et la banque. Le but de la RBP était de se
constituer une clientèle avec des attentes et des revenus plus importants,
entraînant ainsi pour la banque une augmentation de ses activités.
Chapitre 6: Autres instruments de financement des investissements à terme 133
Encadré 21
Exemples de joint ventures dans le secteur agricole et dans celui des activités
de transformation des produits agricoles
Philippines. S’inspirant de l’approche corporative développée par la RBP, la Land
Bank of the Philippines (LBP) a débuté son programme «Access Programme» en 1999.
La LBP finance par participation jusqu’à 40 pour cent des coûts d’investissement dans
une société agroalimentaire créée sous la forme d’un joint venture entre un entrepre
neur commercial et des coopératives d’exploitants agricoles qui fournissent la matière
première. Sur une période allant de 5 à 10 ans, les coopératives rachètent progressive
ment les parts de la LBP par le biais de mécanismes de prélèvement sur les produits de
leurs livraisons. Les joint ventures entre les sociétés de plantations et les ouvriers sont
également utilisés comme un modèle intermédiaire dans le cadre d’une réforme agraire.
Kenya. La Kenya Tea Development Authority (KTDA), une ex-entité paraéta
tique en charge de la filière des petits cultivateurs de thé, a progressivement créé
65 manufactures de thé cofinancées par la Commonwealth Development Corporation
(CDC), sous forme de participations, et par la Banque mondiale, sous forme de prêts.
Au cours des 10 dernières années, les petits exploitants ont racheté progressivement
les parts de la CDC et celles détenues par le Gouvernement du Kenya par prélèvements
sur les produits du thé. Les petits exploitants détiennent désormais la propriété des
manufactures de thé et de la KTDA qui continue toujours de fournir des conseils en
gestion. L’introduction des actions sur les marchés des valeurs mobilières de Nairobi est
actuellement en discussion.
Afrique du Sud. En Afrique du Sud, l’«Equity Share Schemes» (ESS) entre les ouvriers
agricoles noirs qui ne possèdent aucune terre et les exploitants-commerçants blancs a
été mis en place comme processus alternatif à la réforme agraire. Ce modèle concerne
des zones de production de récoltes à haute valeur ajoutée destinées à l’exportation
(pommes, raisin de table et olives) pour la redistribution des terres entraînerait des
coûts prohibitifs. En règle générale, le propriétaire reste (co-)propriétaire-exploitant
et une partie de la participation est cédée aux ouvriers/actionnaires (en général, mais
pas forcément, une participation minoritaire). L’ESS comprend en général une part
d’investissement et une part de redistribution des terres. Il permet d’éliminer les limita
tions pesant sur les exploitants noirs, qui peuvent devenir des exploitants-commerçants
individuels – limitations relatives aux prix élevés des bonnes terres et au manque de
pratiques bancaires et de gestion. L’exploitant-commerçant profite de l’augmentation
de la production et, grâce à une culture d’entreprise, d’une amélioration des relations
de travail et il lui est possible, à un moment successif, de céder une participation
supplémentaire aux ouvriers agricoles.
Un joint venture doit être créé sur la base d’un schéma tripartite, entre
une société agroalimentaire, un investisseur (l’hypothèse la plus probable
étant une institution de financement de développement) et un groupement
d’exploitants agricoles. Par exemple, la société agroalimentaire pourrait
134 Financement des investissements agricoles à terme
être l’actionnaire majoritaire et gérer le programme, l’investisseur pourrait
prendre une participation minoritaire mais significative et les exploitants
agricoles pourraient n’apporter qu’une petite contribution initiale avec la
possibilité d’augmenter progressivement leur participation en tant qu’ac-
tionnaires, en effectuant par exemple des prélèvements sur les produits
remis. Cela permettrait à ces derniers de progressivement racheter la part
de l’investisseur.
Une banque de développement ou un investisseur social peut jouer un rôle
important – non financier – au niveau de la stabilité des joint ventures en
veillant à la défense des intérêts des exploitants agricoles, tout particuliè-
rement dans la phase de création. Ils peuvent également jouer le rôle de
médiateurs dans le cas de conflits. Les ONG peuvent elles aussi remplir la
même fonction.
Gouvernance et financement d’un joint venture: problèmes et
contraintes
La création d’un joint venture entre exploitants agricoles, opérateurs agroa-
limentaires et institutions financières soulève un grand nombre de défis.
Les études de cas menées en Afrique du Sud et aux Philippines ont révélé
l’importance de certains problèmes et la façon dont les questions de gouver-
nance et de financement sont étroitement liées entre elles:
Rentabilité. Une des principales conditions de la viabilité des joint ven-
tures est d’offrir une rentabilité élevée. C’est tout particulièrement impor-
tant quand l’augmentation de la participation détenue par les exploitants
agricoles doit être financée progressivement par prélèvements sur les prix
d’achat des produits agricoles, les rétributions ou les dividendes. Les joint
ventures, constitués de plusieurs partenaires, sont plus sensibles que d’autres
entreprises à des bénéfices qui seraient trop maigres. Si les exploitants agri-
coles ne bénéficient pas de prix compétitifs pour leurs produits, le danger
persiste de voir des ventes hors contrat ou le joint venture disparaître. Si les
investisseurs commerciaux sont moins sensibles aux pertes à court terme,
ils attendent tout de même, en retour de leur apport de capital et de leur
gestion, des retombées et un rendement raisonnables à long terme.
Association de personnes asymétrique. Un joint venture doit affronter les
asymétries très importantes qui existent entre les différents partenaires
Chapitre 6: Autres instruments de financement des investissements à terme 135
et proposer des mesures incitatives et des mesures de garantie adéquates.
Les investisseurs commerciaux et les petits exploitants agricoles présentent
des différences non seulement au niveau socioéconomique et au niveau de la
formation mais aussi concernant la perception des risques et le temps dont
ils ont besoin pour prendre une décision concernant des investissements.
Les exploitants agricoles ont besoin de bénéficier d’avantages réels qui
améliorent assez rapidement leurs conditions de vie quotidienne afin qu’il
leur soit permis de pouvoir développer le sens de la propriété et de se sentir
impliqués dans le joint venture. D’autre part, les joint ventures ont besoin
d’être financièrement stables, tout particulièrement au cours des premières
années. L’utilisation d’une participation discrétionnaire est un moyen de
traiter ces problèmes: l’investisseur adapte sa participation jusqu’à ce que la
base des capitaux de l’entreprise ait atteint une certaine stabilité.
Répartition des participations entre les parties. Une participation trop faible
de la part des exploitants agricoles devrait être évitée, dans la mesure où elle
ne leur permet pas de bénéficier des avantages potentiels d’une telle coopé-
ration et où elle peut mettre en péril le maintien des accords passés entre
les parties. La possibilité de pouvoir devenir des actionnaires majoritaires
de l’entreprise constitue, pour les exploitants agricoles, une forte incitation
les poussant à améliorer leur production et à livrer leurs produits au joint
venture. Cela peut, en contrepartie, générer une faible motivation de la
part des partenaires commerciaux et remettre par conséquent en question
la viabilité à long terme de l’entreprise. Un rôle minoritaire renforcé de la
part des exploitants agricoles pourrait constituer une bonne solution dans la
mesure où cela permettrait de satisfaire l’investisseur principal et d’assurer le
maintien d’une bonne gestion tout en étant en présence d’une participation
significative de la part des exploitants agricoles se traduisant par de réels
avantages.
Conditions de financement du capital initial. Les risques élevés relatifs aux
investissements agroalimentaires font que la capitalisation initiale devrait
être principalement réalisée sous forme de participation par actions, de prêts
secondaires ou de prêts subventionnés quand cela est possible. Cela permet
une plus grande flexibilité dans certaines opérations conjoncturelles, telles
que la renonciation aux dividendes et les désinvestissements effectués afin
d’assurer le versement régulier des rétributions et le maintien de prix d’achat
compétitifs de la part des actionnaires. L’acquisition d’une participation
progressive dans une société par les exploitants agricoles ne devrait pas être
136 Financement des investissements agricoles à terme
financée au moyen de crédits. De plus, les exploitants agricoles devraient
jouer un rôle significatif dès la création de l’entreprise de façon à réduire les
problèmes issus des comportements individuels.
Renforcement des capacités. Les exploitants agricoles devraient se familiari-
ser avec les principes de base de gestion des sociétés et avec les droits et les
obligations qui incombent aux actionnaires. Les questions de transparence
et de responsabilité doivent être réglées, surtout si les exploitants agricoles
sont représentés au conseil d’administration par le biais d’une coopéra-
tive ou d’une société de trust. Des mécanismes et des procédures visant à
résoudre les conflits doivent être mis en place et une aide externe importante
peut être nécessaire. Une fois le joint venture créé, une somme suffisante
doit être prévue pour financer un renforcement des capacités et un soutien
de la part de conseillers juridiques compétents et de services de conseils aux
entreprises.
Règles de prise de participations et de désinvestissement. Les questions rela-
tives aux possibilités de prise de participations et de désinvestissement pour
les nouveaux ou les anciens actionnaires et celles relatives aux règles d’ac-
quisition/cession des actions doivent être abordées. Les actions peuvent-
elles être cédées seulement au sein de la société ou également à des tiers?
Les exploitants et les ouvriers agricoles doivent-ils acquérir et capitaliser les
actions dans le temps seulement en suivant des modalités de prélèvement
sur les paiements dont ils sont redevables ou peuvent-ils opter pour des
montants relatifs aux prix et aux dividendes plus élevés? A quel moment
est-il possible de céder les actions et quelles sont les modalités de règlement?
Dans le but d’éviter la tentation de vouloir réaliser des bénéfices exception-
nels, la cession des actions doit être réglementée, tout particulièrement dans
les cas où des subventions sont utilisées pour la capitalisation relative à la
participation des exploitants agricoles.
Même si les éléments favorables concernant l’utilisation des techniques de
prise de participations ou de crédit pour créer des joint ventures sont plutôt
rares, il ne faut pas tirer des conclusions trop sévères sur les avantages et
la mise en application de telles techniques. La plupart des programmes de
financement par le biais de participation ou de création de joint venture
soutenus par les bailleurs de fonds ou par les gouvernements sont, en fait,
plutôt récents: ils semblent prometteurs et doivent être suivis avec le plus
grand intérêt.
partie c
CONTRAINTES ET PROBLÈMES
TRANSVERSAUX
139
Chapitre 7
CONTRAINTES ET LIMITATIONS
RELATIVES AUX PRÊTS GARANTIS
La partie A a montré qu’un contexte favorable à un maintien à des niveaux
raisonnables des coûts de transaction et des risque se révèle essentiel à la
faisabilité du financement à terme et que la gestion des risques, tout parti-
culièrement des risques symétriques, s’avère difficile.
Les éléments d’un environnement favorable comprennent: des politiques
macroéconomiques stables et solides; un cadre législatif et réglementaire
assurant le bon fonctionnement et l’efficacité d’un système de financement
rural n’introduisant pas de distorsions dans les intermédiations financières
rurales; des politiques financières et agricoles cohérentes et appropriées; des
investissements dans les infrastructures rurales telles que le réseau routier,
l’irrigation, les systèmes de communication et les infrastructures commer-
ciales. Ces dernières permettent de réduire les coûts de transaction des acti-
vités de production et les coûts de services de soutien comme la fourniture
de facteurs de production, les services de vulgarisation ainsi que les services
financiers et de développement commercial.
Ces éléments sont non seulement importants pour le financement à terme
mais ils constituent aussi les conditions préalables au développement du
financement rural et du commerce agricole en général. Ils ont, à ce titre, déjà
fait l’objet d’une analyse dans d’autres ouvrages de cette série.43
43 Voir AFR 2 sur l’ajustement des politiques de financement agricole et AFR 5 sur les règles pruden-
tielles et le contrôle du financement agricole.
140 Financement des investissements agricoles à terme
Ce chapitre traite de quatre points particulièrement importants visant à
améliorer et rendre viable le financement à terme et qui nécessitent une
action et un soutien de la part des gouvernements et des bailleurs de fonds.
La complexité des questions abordées exigerait un développement plus
approfondi qui dépasse largement le cadre de cette publication. Toutefois,
certaines de ces questions, d’une importance cruciale pour le financement à
terme, seront brièvement examinées. Il s’agit:
• des contraintes et des limitations qui pèsent sur les prêts garantis (chapitre 7);
• de la gestion des risques systémiques (chapitre 8);
• de la réduction des risques de gestion de trésorerie (chapitre 9).
Grâce aux nouvelles solutions apportées par le développement récent de
la microfinance permettant de compenser l’absence de garanties adaptées
aux petits prêts et aux prêts à court terme, les problèmes relatifs aux prêts
garantis ont pu être en grande partie évités. Le chapitre 4 a montré que pour
garantir un portefeuille de prêts à moyen terme, notamment en situation de
concurrence limitée entre prêteurs institutionnels, des garanties substitu-
tives pouvaient être utilisées. Les limites propres à ces garanties substitutives
ont également été soulignées, notamment concernant le développement d’un
portefeuille de financement à terme, le développement des prêts à terme et
la réduction des taux d’intérêt. Dans les cas où il existe une demande réelle
en faveur du financement à terme et où les institutions financières rurales
ont proposé avec succès ce type de financement aux exploitants agricoles, le
cadre législatif et institutionnel concerné peut se révéler contraignant.
7.1 NOTIONS GÉNÉRALES SUR LES PRÊTS GARANTIS
La création, l’opposabilité aux tiers et l’exécution forcée des sûretés concer-
nant les actifs ruraux sont les principaux éléments constitutifs d’un environ-
nement favorable aux prêts garantis.
• La création de sûretés se réfère aux dispositions légales permettant de
donner certains actifs ruraux en garantie d’un prêt.
• L’opposabilité aux tiers des sûretés se réfère à l’enregistrement officiel des
sûretés dans des registres publics.
• L’exécution forcée des sûretés se réfère à la saisie et à la vente forcée des
actifs donnés en garantie en cas de non-remboursement.
Chapitre 7: Contraintes et limitations relatives aux prêts garanti 141
Comme évoqué dans le chapitre 4, les prêteurs se montrent généralement
réticents à procéder à la saisie des biens donnés en garantie, non seule-
ment à cause des délais et des coûts de transaction que la saisie implique,
mais également à cause des situations conflictuelles pouvant découler de
cette situation allant ainsi contre le principe du maintien de bonnes rela-
tions avec les emprunteurs. Toutefois, pouvoir saisir et vendre rapide-
ment des biens donnés en garantie en cas de non-remboursement est très
important non seulement dans le but de limiter les pertes occasionnées
aux prêteurs mais aussi dans celui de pouvoir contrôler les problèmes
d’aléas moral et de pouvoir assurer des remboursements réguliers.
Concernant les actifs donnés en garantie, plus les coûts de transaction
et les délais sont élevés et plus les incertitudes concernant leur mise en
place, leur opposabilité aux tiers et leur exécution forcée sont grandes,
moins un prêteur désire en tenir compte comme pouvant constituer une
garantie. Il peut alors décider de ne pas accorder le prêt ou d’exiger des
garanties supplémentaires, de nature différente, que ce soit sous forme
de biens immobiliers urbains ou d’argent liquide. Cela peut avoir pour
effet d’empêcher à des clients sérieux de pouvoir bénéficier d’un crédit et
de créer des situations dans lesquelles des opportunités d’investissement
rentable resteraient sans financement, ayant pour conséquence des coûts
économiques et sociaux.
Ce chapitre traite dans un premier temps des problèmes législatifs et insti-
tutionnels qui peuvent gêner l’utilisation des mécanismes de prêts garantis
dans les pays en développement et évoque ensuite certains domaines dans
lesquels il pourrait être utile de faire quelques réformes.
7.1.1 Contraintes pesant sur la création de sûretés
D’importants actifs ruraux appartenant aux exploitants et aux PME
agricoles ne peuvent pas être utilisés comme bien donné en garantie
Les biens immobiliers constituent souvent la forme de garantie privilégiée
pour les prêts les plus importants ou pour les prêts à long terme; la raison
est que ces actifs possèdent la caractéristique de pouvoir maintenir leur
valeur tout au long de la durée du prêt (ils sont peu sujets à détérioration,
à dépréciation ou à destruction). Mais plusieurs problèmes compliquent
l’utilisation de ces biens dans le cadre de prêts garantis.
142 Financement des investissements agricoles à terme
Il est possible que les exploitants agricoles ne possèdent pas de droits
reconnus et opposables du point de vue légal sur les terres ou d’autres
biens immobiliers. Cela peut être vrai dans le cas de terres détenues
sous des régimes de propriété coutumiers ou dans le cas de transfert de
propriété par héritage ou par vente qui n’a pas fait l’objet d’un enregis-
trement régulier. Dans certains cas, des titres de propriété existent mais
leur cession est limitée du point de vue légal, ce qui en diminue la valeur
en tant que bien donné en garantie; par exemple, dans certains pays, les
lois de réforme agraire restreignent la vente de terres redistribuées.44
Des lois sur la propriété familiale rurale sont créées dans le but d’évi-
ter aux emprunteurs de perdre leur logement, en protégeant les biens
immobiliers contre d’éventuelles hypothèques ou saisies; des mécanismes
légaux de ce type peuvent aussi concerner les outils de production ou
tout autre élément de production. De telles dispositions sont justifiées
par le but de vouloir protéger les moyens d’existence des plus pauvres.
Afin d’échapper à une situation de pauvreté, ces derniers peuvent toutefois
être contraints d’utiliser leurs actifs pour garantir des prêts qui les aide-
raient à financer des investissements permettant d’augmenter la production
ou de réduire leur exposition au risque. L’impossibilité pour les exploitants
agricoles de pouvoir donner leurs actifs en garantie peut les contraindre à se
tourner vers d’autres sources de crédit qui ne consentent en général que de
prêts d’un faible montant et à des taux d’intérêt élevés mais ne nécessitant
que de faibles garanties ou même aucune garantie matérielle. Cela peut por-
ter certains investisseurs possédant un capital restreint à faire des investis-
sements moins importants, mais aussi souvent moins rentables, caractérisés
par des périodes de gestation plus courtes. L’activité économique profite
par conséquent avant tout à ceux qui peuvent offrir les meilleures garanties,
présentant de préférence la forme de biens immobiliers urbains.
Il peut être très important que, dans les pays où les marchés immobiliers
de vente ou de location ne sont pas très développés, soient mises en place
des dispositions légales permettant de donner des biens meubles en garantie
(machines et matériel agricoles, véhicules ou bétail).45 Cependant, dans de
nombreux pays, des dispositions de cette nature soit n’existent pas, soit
44 C’est le cas en Bolivie, en Colombie, aux Philippines et en Thaïlande.
45 Cela vaut également pour les cas dans lesquels la récolte est donnée en garantie, même si, comme
cela a déjà été souligné, celle-ci est peu adaptée à cette fonction, à l’exception de situations de cir-
cuits commerciaux à débouché unique.
Chapitre 7: Contraintes et limitations relatives aux prêts garanti 143
ne sont pas adaptées aux situations, ce qui en limite la mise en pratique.
Par exemple, quelques pays imposent d’identifier et de dresser une liste
précise des biens détenus en propriété pouvant être donnés en garantie,
c’est-à-dire, concrètement, de procéder à l’identification de chaque animal
constituant un troupeau plutôt que de permettre de prendre des garan-
ties sur l’ensemble d’un troupeau (comme cela se pratique dans les pays
développés)46 qui, déterminées seulement sur la base d’une valeur monétaire
globale, seraient sujettes à variation (Fleisig et de la Pena, 2003).
La possibilité de pouvoir donner des biens meubles en garantie est non
seulement importante pour les exploitants agricoles mais aussi pour les
fournisseurs de matériel agricole et pour les sociétés de transformation de
produits agricoles, qui sont souvent une source importante de financement
saisonnier dans les zones rurales. En l’absence de dispositions légales per-
mettant d’offrir en garantie des actifs commerciaux tels que les stocks ou
les machines agricoles, ces opérateurs ne bénéficient souvent que d’un accès
limité aux prêts à terme offerts par les banques et sont limités dans la capa-
cité à pouvoir offrir un financement à terme par le biais d’une vente d’actifs
avec paiement différé ou par ant icipation de financement de nouvelles
cultures pérennes (Fleisig, Aguilar et de la Pena, 1994).
Création de sûretés par le biais de plusieurs dispositions légales
En fonction du type d’actifs ou d’emprunteurs, plusieurs lois peuvent
prévoir des dispositions régissant les opérations de garantie. Cette frag-
mentation peut générer des problèmes concernant les privilèges accordés
aux différents créanciers qui détiennent des droits sur un même bien. Par
exemple, un prêteur A possède une garantie sur une récolte à venir et le
statut de créancier privilégié selon les dispositions du Code civil et un prê-
teur B possède le statut de créancier privilégié sur la même récolte, quand
celle-ci a été effectuée et a été entreposée sous le régime de la «Warehouse
Law»: qui, des deux créanciers, possède le privilège le plus important quand
l’exploitant agricole place la récolte effectuée et donnée en garantie dans
46 Les prêteurs peuvent, dans un tel cas, ne pas se fier aux opérations éventuelles de vente d’un trou-
peau dans la mesure où, à l’exception de ce qui est prévu dans certains pays développés, le report
des sûretés n’est ni automatique ni continu dans les différentes phases de transaction (ce qui est
aussi valable pour les biens que l’emprunteur acquiert au cours de ces différentes phases).
144 Financement des investissements agricoles à terme
un entrepôt? Afin d’éviter d’éventuels conflits liés au rang des privilèges47,
les prêteurs devraient par conséquent reconnaître la valeur fondamentale de
la récolte mais ne pas accepter qu’elle puisse être utilisée en tant que bien
donné en garantie.
7.1.2 Contraintes pesant sur l’opposabilité aux tiers des sûretés
Le fait de procéder à l’enregistrement d’une sûreté permet de s’assurer de
l’absence d’autres privilèges majeurs pesant sur l’actif et évite qu’un même
bien soit donné en garantie à plusieurs prêteurs différents. Pour cela, des lois
doivent être créées, qui définissent précisément le rang des créanciers privilé-
giés et qui imposent l’enregistrement des sûretés dans des registres appropriés.
Il existe, en principe, des registres différents selon le type de biens, comme
par exemple les biens immobiliers, véhicules, bateaux et avions. Souvent,
il n’existe pas de registres spécifiques pour des biens meubles d’autre nature.
L’enregistrement des sûretés dans des registres légaux peut entraîner une
augmentation des coûts de transaction. Les services chargés de tenir ces
registres sont souvent situés dans les grandes villes principales situées loin
des investisseurs et des prêteurs; beaucoup d’entre eux ne sont pas informa-
tisés et sont contraints de faire des recherches manuelles. Cela peut consti-
tuer une source de difficultés pour le prêteur, tout particulièrement dans le
cas où des biens meubles sont enregistrés dans une région différente et où
le contrôle de l’existence d’un privilège déjà inscrit s’avère difficile. Les frais
occasionnés sont en général élevés car le prêteur doit procéder à l’enregis-
trement du contrat de garantie dans son intégralité, ou à l’enregistrement
partiel de ce même contrat, dont la conformité aux dispositions légales
est en principe vérifiée par les préposés aux services d’enregistrement.
Dans certains cas, il arrive que l’accès aux registres soit restreint: dans certains
pays d’Amérique latine, par exemple, une autorisation officielle est exigée,
ce qui allonge d’autant plus les délais et entraîne une augmentation des coûts
(Westley, 2003). Le but principal recherché par la tenue de fichiers d’enre-
gistrement, qui est la publication des données, est donc rarement atteint.
Il faut enfin noter que les données sont souvent peu fiables.
47 Ibid.
Chapitre 7: Contraintes et limitations relatives aux prêts garanti 145
L’ensemble de ces contraintes a donc des effets sur les coûts de transaction48
supportés par les prêteurs qui les répercutent sur les emprunteurs qui doi-
vent, à leur tour, prendre à leur charge des coûts supplémentaires pour frais
d’enregistrement. Dans la plupart des pays, les coûts élevés de constitution
d’hypothèque peuvent freiner l’utilisation faite par les petits exploitants de
leurs titres de propriété à des fins de garantie de prêts. Une solution alter-
native aux systèmes traditionnels d’enregistrement a été proposée, consis-
tant à créer des systèmes de fichiers de simple déclaration (Fleisig et de la
Pena, 2003): dans ce cas, le prêteur ne procède à l’enregistrement que d’une
simple déclaration de l’existence d’une sûreté. Les informations requises à
l’accomplissement de cette formalité se limitent à fournir les coordonnées
des parties et une description du bien donné en garantie. Etant donné que les
informations demandées sont minimes et très générales, le réseau Internet
peut servir de support à la base de données. Les fichiers de déclarations sont
ainsi plus faciles à gérer, moins coûteux et plus faciles à utiliser.
7.1.3 Contraintes pesant sur l’exécution des sûretés
L’exécution forcée de privilèges acquis sur des biens hypothéqués en cas de
non-remboursement de la part d’un emprunteur est souvent coûteuse et
requiert beaucoup de temps (voir encadré 22). Plus ces opérations entraînent
des frais, moins ce type de biens sera accepté pour garantir des prêts peu
importants et plus sévères seront les exigences relatives aux biens donnés
en garantie. La saisie ou la vente d’un bien hypothéqué nécessite en général
d’engager une action légale qui peut prendre des mois ou des années. La vente
d’un bien hypothéqué doit ensuite respecter des procédures complexes rela-
tives à l’évaluation du bien, à la procédure de vente par adjudication judiciaire
et aux dispositions concernant une éventuelle réévaluation dans le cas ou le
bien n’aurait pas pu être vendu à sa valeur réelle d’évaluation (Westley, 2003).
En Tanzanie, la procédure de saisie peut prendre de 3 mois à 2 ans et en
Inde, elle peut durer jusqu’à 5 ans. En Bolivie, les procédures de saisie
durent en moyenne 269 jours, même si la loi stipule qu’elles ne devraient pas
dépasser huit jours. Si le client ignore la décision de saisie, la moyenne peut
s’élever jusqu’à 670 jours (Fleisig et de la Pena, 1994). Cela remet fortement
48 Voir aussi Yaron, McDonald et Piprek (1997).
146 Financement des investissements agricoles à terme
Encadré 22
Contraintes légales pesant sur l’utilisation des actifs ruraux donnés en garantie
En Bolivie, la loi fait une distinction entre le solar campesino (petite parcelle de
subsistance), qui ne peut pas être soumis à hypothèque, et la pequeña explota-
ción agricola (petite exploitation agricole), qui, elle, le consent. Mais, en pratique,
à cause des différences agro-écologiques observées dans le pays, cette distinction
est problématique.
Suite à des opérations d’héritage ou de vente informelle, de véritables titres de
propriété émis à l’origine dans le cadre de la loi de réforme agraire, deviennent
souvent caducs. Au regard de la légalité et de la force exécutoire des contrats, cela
crée une situation instable pour le prêteur et pour l’emprunteur. En plus, les outils
et le matériel agricole ne peuvent pas faire l’objet de saisie; pour les exploitants
agricoles qui ne veulent ni hypothéquer leurs terres ni ne possèdent de titres de
propriété, cela limite la possibilité de pouvoir donner des biens en garantie.
en question l’utilité pratique des sûretés et fait que les prêteurs limitent la
fourniture de prêts garantis. Les biens meubles tendent à se déprécier avec
le temps et la durée des procédures peut en augmenter la dépréciation, dimi-
nuant ainsi la valeur du bien donné en garantie. La durée de la procédure
d’exécution forcée peut parfois excéder la durée de vie économique de cer-
tains actifs comme les récoltes sur pied et les stocks et il existe par ailleurs
un risque pour le prêteur de voir ces mêmes actifs être consommés, vendus
ou disparaître entre-temps. Même dans les cas où les procédures sont rela-
tivement simples, les systèmes légaux sont souvent complexes et inefficaces,
ce qui rend extrêmement lent le fonctionnement des tribunaux chargés des
problèmes de recouvrement de créance.
Certains pays admettent que certains biens meubles tels que les machines
agricoles et les outils soient donnés en garantie, tout en les excluant de toute
procédure de saisie. Dans ce cas encore, de telles dispositions privent les
exploitants agricoles de la possibilité de pouvoir utiliser leurs actifs ruraux
pour garantir des prêts, ce qui peut constituer un sérieux problème notam-
ment pour les terres agricoles.
La saisie et la vente de terres ou d’autres types d’actifs ruraux peuvent
subir d’autres contraintes: dans certains pays, les hommes politiques
locaux font pression sur les banques pour qu’elles ne procèdent pas à la
vente de biens hypothéqués et la solidarité au sein des communautés peut
Chapitre 7: Contraintes et limitations relatives aux prêts garanti 147
décourager l’acquisition des biens hypothéqués. Les marchés d’occasion de
machines agricoles ou d’autres actifs ruraux peuvent être si peu dynamiques
qu’il devient alors difficile de trouver des acquéreurs et d’obtenir un prix
conforme à la valeur du bien cédé.
7.1.4 Réformes du cadre législatif et institutionnel
Les questions relatives aux biens donnés en garantie doivent être bien
posées et bien analysées pour mener à une réforme, dans le cadre plus
général d’un ensemble de réformes engagées à long terme, des dispositions
visant la création, l’opposabilité aux tiers et l’exécution forcée des contrats
de prêts garantis. La refonte législative suppose en général un long pro-
cessus de consultations qui permettent de trouver un compromis entre
les différents acteurs intéressés et les groupes d’intérêt et de réconcilier
le financement rural avec d’autres questions liés aux problèmes agricoles.
Le coût des réformes doit, de plus, être évalué avec prudence, notamment
au regard des avantages obtenus à court et long terme en tenant compte
de la capacité institutionnelle de chaque pays à mettre en pratique des
dispositions légales. Une analyse des mesures concrètes à prendre dans le
cadre d’une réforme des dispositions légales et de leur articulation devrait
se détacher de la tradition législative dominante et du système législatif
en vigueur dans les différents pays. Si cette problématique dépasse le
cadre de cet ouvrage, certaines possibilités de réforme peuvent toutefois
être évoquées.
L’éventail des différents types d’actifs ruraux donnés en garantie pourrait
être progressivement élargi. En fonction de la situation propre à chaque
pays, diverses mesures pourraient être mises en œuvre:
• dans certains pays, il faudrait créer ou améliorer le cadre législatif et le
service de registre adéquats pour les biens meubles tels que le matériel,
le bétail, les cultures, les stocks et les créances détenues sur les clients.
Une possibilité de créer un système flexible de garanties constituées sur
le bétail, les stocks, etc., pourrait être envisagée;
• dans les pays où la propriété privée des terres n’existe pas, des dis-
positions légales pourraient prévoir, à titre de mécanisme de garantie
des prêts, un droit d’exploitation à long terme et des possibilités de
crédit-bail;
148 Financement des investissements agricoles à terme
• les contraintes imposées par les lois de réforme agraire et les dispositions
traitant de l’exemption de propriété concernant les saisies ou la vente
d’actifs ruraux devraient être soigneusement révisées. Le rapport entre
les avantages sociaux nés de la création d’un statut de protection des
exploitants agricoles et le coût social généré par des conditions limitées
permettant de bénéficier de prêts à terme doit être évalué. Plutôt que
d’exclure la possibilité de donner en garantie des actifs ruraux, les gou-
vernements seraient mieux inspirés s’ils privilégiaient la création d’ins-
truments de gestion des risques tels que des produits d’assurance indexés
et des outils de gestion des risques de marché.
Les réformes légales devraient permettre de refondre un ensemble de dispo-
sitions légales disparates et parfois ambiguës et de créer un cadre législatif
cohérent et un système de registre pour toutes les opérations pouvant béné-
ficier d’un mécanisme de sûretés, y compris les opérations de crédit-bail.
Les privilèges de rang prioritaire détenus par plusieurs prêteurs sur des
actifs ruraux régis par des lois différentes doivent être clairement définis.
Les systèmes de registre permettant d’inscrire les sûretés prises sur les biens
meubles et immeubles devraient être revus afin d’assurer un service plus
efficace et plus pratique pour réduire les coûts d’accès aux informations.
Cela peut créer la nécessité de devoir mettre en place une gestion informa-
tique des données, ce qui aurait pour conséquence de devoir assumer des
coûts supplémentaires pour assurer le renforcement des capacités. Il faudrait
également envisager une éventuelle introduction d’un système de simple
déclaration.
Enfin, il faut réformer les dispositions légales et les procédures administra-
tives afin que l’exécution forcée des contrats et la saisie des biens donnés en
garantie soient facilitées. Ces nouvelles dispositions pourraient consister en
des procédures non judiciaires, ce qui permettrait de réduire les coûts de
transaction, d’améliorer les temps de réalisation et de pouvoir mandater des
agences de recouvrement de créances.
Dans les pays où il existe des bases institutionnelles et culturelles favorables
aux marchés fonciers ruraux, il devrait être possible de créer une base légale
visant à mettre en place un système de prêts hypothécaires. Une loi sur les
hypothèques pourrait favoriser le développement d’instruments de marché
de capitaux, comme par exemple en renforçant le régime des hypothèques
Chapitre 7: Contraintes et limitations relatives aux prêts garanti 149
prises sur les terres ou en créant de nouveaux types de sûretés sur des biens
meubles. Cela permettrait de pouvoir bénéficier de nouvelles sources de
financement à long terme dans le but de refinancer des prêts à terme visant
la mise en valeur des terres ou la création de cultures pérennes.
Comme vu précédemment, il est probable que, dans les situations où une
réelle demande existe et où les institutions financières rurales fournissent
des services de financement à terme, des réformes légales jouent un rôle très
important dans la fourniture de ce type de financement, même si elles doivent
composer avec des titres de propriété caducs ou qui parfois n’existent pas,
des mesures d’exemption de propriété et des systèmes de registre peu fiables.
Au regard de la lenteur et de la complexité des réformes légales et institu-
tionnelles permettant de développer un système de garanties, une réforme
peut envisager d’autres mesures, comme, par exemple, un système de cré-
dit-bail. Le chapitre 5 a montré les entraves, au niveau légal et fiscal, dont
le crédit-bail est victime et ce problème mérite d’être pris en compte par les
décideurs politiques.
• Réglementation limitant le type d’institutions qui ont le droit d’exercer
des activités de crédit-bail. Du point de vue de la gestion des risques, les
discriminations qui existent à l’égard du crédit-bail ne semblent pas être
justifiées.
• Création de filiales spécialisées dans le crédit-bail imposée aux banques
commerciales. Cette situation génère des coûts supplémentaires consi-
dérables et les avantages qui en découlent ne sont pas toujours visibles.
La décision de créer une filiale de crédit-bail devrait être laissée à la dis-
crétion des institutions financières.
• Durée des procédures de saisie des actifs. Dans certains pays, comparée à
celles plus courantes, la durée de ces procédures pénalise les opérations
de crédit-bail. Il est possible qu’une réforme des dispositions légales soit
nécessaire afin d’accélérer et de simplifier les procédures de saisie. Il peut
être nécessaire de lancer des campagnes d’information et de procéder à
un renforcement des capacités des instances judiciaires locales et de tous
les organismes chargés de faire appliquer la loi.
• Régime fiscal pénalisant. Le régime fiscal pénalise souvent les opérations
de crédit-bail sur le plan financier, tout particulièrement dans les cas
d’utilisation pour les petites ou moyennes exploitations agricoles des
pays en développement.
150 Financement des investissements agricoles à terme
7.2 FONDS DE GARANTIE: UN MÉCANISME DE PARTAGE
DES RISQUES
Les fonds de garantie constituent une autre possibilité de solution permet-
tant aux institutions financières de gérer les risques idiosyncrasiques relatifs
aux clients; ils peuvent aussi représenter une solution plus rapide que des
réformes légales et institutionnelles.
7.2.1 Principes généraux
Les décideurs politiques se prononcent souvent en faveur de la mise en
place de fonds de garantie qui aident les prêteurs à mieux gérer les difficul-
tés liées aux problèmes de garanties. Le but des mécanismes mis en place
dans le cadre de ces fonds est de permettre aux institutions financières de
surmonter certaines réticences à accorder des prêts à des emprunteurs ciblés
(particuliers, ménages, exploitants agricoles ou petits entrepreneurs).
L’objectif est celui d’encourager les opérations de crédit en faveur d’em-
prunteurs solvables présentant des projets viables mais ne possédant que
peu d’actifs pouvant être offerts en garantie. En créant un partage de certains
risques, les fonds de garantie sont supposés faire en sorte que le système
financier puisse générer de nouveaux fonds («additionnalité induite») par le
biais d’une incitation en faveur des emprunteurs à contracter des prêts qu’ils
n’auraient jamais contractés. Ces fonds, quand ils fonctionnent, permet-
tent une diffusion du crédit plus efficace que ne le permettrait l’affectation
d’un montant équivalent en faveur d’un refinancement ou d’un fonds de
roulement révolving49. Certains fonds anticipent le fait que, sur la base de
l’expérience acquise, les prêteurs puissent fournir progressivement des prêts
sans garantie dès lors qu’ils constatent que les clients concernés et/ou les
investissements présentent moins de risques qu’ils ne le pensaient50.
Un schéma classique de fonds de garantie implique trois acteurs ou parties: un
garant, un prêteur et un emprunteur. Un accord de garantie concède le droit
au prêteur de faire appel au garant pour récupérer les pertes liées aux prêts.
49 Dans le cas d’un prêt garanti pour 50 pour cent de sa valeur, 1 $EU investi dans un fonds de garan-
tie pourrait générer 2 $EU de crédit supplémentaire (à condition que la banque n’ait pas accordé le
prêt à cause d’une absence de garantie).
50 Voir Gudger (1998).
Chapitre 7: Contraintes et limitations relatives aux prêts garanti 151
Le projet doit prévoir l’élaboration d’un contrat qui encourage toutes les
parties à agir de façon responsable et prudente: des prêts supplémentaires peu-
vent être accordés, les emprunteurs effectuent les remboursements avec dili-
gence et les coûts et les charges finales supportées par le garant sont couvertes
par des commissions ou par le rendement des investissements, ce qui permet
ainsi au fonds d’être viable. En théorie, il n’est fait appel au garant qu’après
que l’emprunteur ait mis tout en œuvre pour assurer les remboursements et
que le prêteur ait fait tout son possible pour recouvrer les créances.
Un bon schéma de fonds de garantie offre de nombreux avantages aux
emprunteurs et aux prêteurs. Mis à part le fait de pouvoir bénéficier de
prêts auxquels ils n’auraient pas pu accéder par ailleurs, les emprunteurs
peuvent bénéficier de taux d’intérêts moins élevés, d’échéances plus longues
et de conditions de garantie plus souples; les prêteurs peuvent bénéficier de
coûts de transaction et de coûts relatifs aux risques moins élevés, fournir
un plus grand nombre de prêts plus importants et acquérir de nouveaux
clients, futurs acquéreurs potentiels de plus gros prêts ou d’autres produits
et services financiers.
7.2.2 Cas empiriques
En Europe et aux États-Unis d’Amérique, les fonds de garantie s’adressant
aux petites et moyennes entreprises (PME) existent depuis plusieurs années.
Dans les pays en développement, plusieurs fonds ont été créés dans le but de
favoriser le développement des prêts agricoles. Plus récemment, des fonds de
garantie ont vu le jour dans le but d’encourager les activités de microfinance.
Ces exemples témoignent des performances inégales des fonds de garantie.
Aucun fonds de garantie européen s’adressant aux petites et moyennes entre-
prises (PME) n’est autonome du point de vue financier. Dans les pays en déve-
loppement, beaucoup d’entre eux ont connu des échecs ou, dans le meilleur
des cas, une réussite mitigée. Plusieurs d’entre eux ont connu des échecs parce
qu’ils ne présentaient pas une situation financière solide et ils ont cessé d’exis-
ter quand ils se sont retrouvés privés de capital; d’autres ont progressivement
vu leurs activités s’éteindre à cause de formalités administratives longues,
lourdes et complexes, au point d’entraîner une certaine lassitude de la part des
prêteurs. Plusieurs fonds bénéficient toujours d’importantes subventions et
finissent par ressembler à des programmes déguisés de crédits subventionnés.
152 Financement des investissements agricoles à terme
Encadré 23
Les fonds de garantie en Inde, au Mexique et au Nigéria
L’Inde et le Mexique ont consacré des ressources considérables pour assurer la pro
motion de programmes de fonds de garantie subventionnés. La Indian Deposit
Insurance et la Credit Guarantee Corporation proposent des fonds de garantie
pour des prêts accordés à des clients ciblés, y compris aux exploitants agricoles
et aux petites entreprises industrielles. La Mexican Guarantee et le Technical
Assistance Fund fournissent quelques prêts commerciaux dans le domaine agricole
et consentent des aides pour les coûts de transaction des prêts consentis aux pro
ducteurs dont le revenu est faible. Ces deux fonds ont enregistré d’énormes pertes.
Le Nigerian agricultural credit guarantee scheme a permis de garantir des prêts ban
caires consentis aux petits exploitants agricoles. Ce fonds, créé en 1977, a pratiquement
cessé d’exister fin 1996; il n’a survécu que grâce à la mise en recouvrement des rem
boursements non effectués, ce qui a été à l’origine d’un effondrement du volume des
contrats de garantie.
7.2.3 Création de fonds de garantie: de meilleures pratiques
pour l’avenir
En dépit des problèmes énoncés précédemment, il existe des cas où un fonds
de garantie peut favoriser le financement agricole à terme. Cela est tout
particulièrement vrai pour les pays où se rencontrent des difficultés impor-
tantes nées des contraintes légales et institutionnelles ou du manque d’un
système de garanties appropriées. Si les fonds de garantie ne doivent pas
être utilisés pour pallier des problèmes structuraux sous-jacents, ils peuvent
toutefois constituer des outils complémentaires de soutien à la création de
produits de prêts à terme. Dans ce cas, il est fondamental de bien détermi-
ner les facteurs de réussite et d’éliminer, dans la phase de création, tous les
problèmes à l’origine des échecs précédents.
Pour le prêteur, la fourniture de prêts garantis doit apporter des avantages
supérieurs aux risques et aux coûts de transaction supplémentaires engendrés.
Les coûts couvrent la mise en place de l’opposabilité aux tiers de la garantie, le
maintien de la qualité nécessaire au suivi du client et de la procédure de recou-
vrement des prêts, le traitement des réclamations et la couverture des pertes
non garanties; les risques sont tous ceux relatifs aux prêts consentis à des
emprunteurs ciblés et à tous les investissements réalisés par ces derniers ainsi
que ceux provenant de l’incapacité du garant d’assumer ses obligations finan-
cières ou de son refus de vouloir assumer les conséquences d’une réclamation.
Chapitre 7: Contraintes et limitations relatives aux prêts garanti 153
Pour qu’un fonds de garantie soit viable, les gains d’investissements et les
commissions perçues doivent couvrir les coûts d’exploitation et les frais
occasionnés par les réclamations pour vice de garantie. Les fonds de garantie
doivent également être correctement capitalisés, bénéficier de rendements
élevés sur les réserves de capital investi, percevoir des commissions élevées
et être conçus et gérés de façon à devoir supporter de faibles coûts d’exploi-
tation et de faibles coûts relatifs aux réclamations.
Dans l’optique d’atténuer les risques éventuels d’aléa moral, plusieurs consi-
dérations peuvent être faites:
• les emprunteurs doivent être confrontés à des risques et ils pourraient
être amenés à donner des biens en garantie même dans les cas où cela
n’est pas la pratique courante;
• les emprunteurs qui n’honorent pas leurs remboursements doivent ne
plus pouvoir prétendre à un crédit, quelle qu’en soit la nature et quelle
que soit l’institution financière;
• les prêteurs devraient prendre à leur charge un risque évalué à au moins
30–40 pour cent du prêt dans la mesure où des garanties inférieures à
50 pour cent peuvent réduire fortement l’intérêt des banques à participer
au fonds;
• les remboursements devraient être répartis sur la base d’un risque par-
tagé et non sur la base du risque total supporté par l’emprunteur;
• les emprunteurs pourraient être classés selon le niveau de risques encou-
rus et le montant des frais et la couverture de garantie devrait être élargie
pour les emprunteurs présentant les risques les plus élevés.
En conclusion, il est impossible d’imposer des contrats de garantie pour les
PME dans le cadre d’un système financier inadéquat, quand les institutions
financières ne sont pas fiables ni peu efficaces et en présence d’une culture
et d’un cadre législatif qui tolèrent le non-remboursement des dettes.
Les prêteurs doivent avoir un intérêt à vouloir travailler dans ce domaine
financier et ils doivent avoir le désir de se spécialiser et de devenir des spécia-
listes du domaine afin de proposer de bons produits de prêts à terme. Sans
un tel engagement de leur part, un projet de fonds de garantie ne permettra
pas de développer un système viable de financement à terme et n’apportera
rien de nouveau. De plus, quand le financement agricole à terme est intrin-
sèquement trop peu rentable ou présente trop de risques, aucun fonds de
garantie ne peut résoudre des problèmes structuraux fondamentaux.
154 Financement des investissements agricoles à terme
Les fonds de garantie pourraient être plus efficaces s’ils étaient accompagnés
d’une assistance technique apportée aux prêteurs. Si l’affirmation des créateurs
de contrats de garantie de pouvoir identifier des emprunteurs et des inves-
tissements moins risqués que ne le pensent les prêteurs est vraie, il faut alors
former les prêteurs à l’analyse au cas par cas des clients les mieux appropriés
et au maniement des techniques de financement. Quand de bonnes techniques
de financement sont mises en place, le prêteur bénéficie alors d’une garantie
supplémentaire dans le court terme et qui perd de son utilité sur le long terme.
Les fonds de garantie pourraient par conséquent être mis en place comme
des instruments temporaires de partage de risques dans le but de couvrir des
risques initiaux très élevés pour les institutions qui décident de proposer des
produits de financement à terme. Cela peut entraîner une motivation sup-
plémentaire pour les institutions financières rurales de mettre leurs propres
ressources en jeu et d’investir dans la formation du personnel, le développe-
ment des produits et la mise en place des bonnes procédures d’exploitation.
7.3 CENTRES D’INFORMATION SUR LA SOLVABILITÉ DES EMPRUNTEURS
Institutions spécialisées dans la collecte et la divulgation d’information rela-
tives au passé financier des emprunteurs, les centres d’information sur la sol-
vabilité des emprunteurs ou encore appelés centrales des risques constituent
une autre innovation potentielle qui peut entraîner une amélioration de l’octroi
de crédit. En tant que source d’informations, ces centres peuvent apporter de
nombreux avantages tels que réduire les risques et les coûts de transaction pour
le prêteur, favoriser une plus grande transparence dans les coûts de transaction
et les obligations des emprunteurs, stimuler une plus grande concurrence
parmi les prêteurs concernant les bons clients et créer de meilleurs conditions
pour des remboursements de prêts effectués dans les délais en faisant prendre
conscience aux emprunteurs de l’intérêt de posséder un bon passé financier.
Les centre d’information sur la solvabilité des emprunteurs peuvent jouer un
rôle de premier ordre dans les pays où il s’avère difficile, sur le plan politique,
de changer les lois et les règlements qui pourraient permettre de faciliter et
de rendre moins coûteuse l’utilisation de garanties pour les prêts51. Un cer-
tain nombre de centres d’information ont été récemment créés en Afrique
de l’Ouest depuis 2000, mais il est encore trop tôt pour voir des résultats.
51 Voir Galindo et Miller (2001) ainsi que Jappelli et Pagano (1999).
Chapitre 7: Contraintes et limitations relatives aux prêts garanti 155
Des centrales des risques privées et publiques se sont développées dans
plusieurs pays en développement, notamment en Amérique latine.
Elles recueillent les informations sur le passé des emprunteurs fournies
par des institutions financières qui sont affiliées, constituent une banque
de données et, moyennant contribution, fournissent à leurs membres des
informations sur les antécédents financiers des clients. Ces informations
servent à évaluer les clients au cas par cas et à prendre des décisions concer-
nant l’octroi de prêts. Dans certains pays, toutes les institutions financières
institutionnelles sont dans l’obligation de fournir des données aux centres
publics d’information sur la solvabilité des emprunteurs; mais toutes les
institutions financières ne sont pas forcément affiliées. C’est le cas, par
exemple, des institutions financières mutualistes soit parce que seules les
institutions financières institutionnelles peuvent devenir membres affiliés,
soit parce les coûts des services proposés sont trop élevés par rapport aux
avantages retirés, soit parce que le nombre d’opérations effectuées est insuf-
fisant pour pouvoir prétendre à une affiliation. De plus, les institutions qui
ont déjà accompli de gros efforts dans le but de recueillir des informations
sur leurs propres clients ne souhaitent par être affiliées de peur de perdre
les clients les plus importants dans le cas où une situation de concurrence
conduirait à la divulgation de ces informations privées.
Les centrales des risques peuvent constituer un excellent moyen pour per-
mettre de réduire les coûts et les risques liés à un financement à long terme.
Néanmoins, étant donné l’état du financement rural dans la plupart des
pays, il est peu probable que ces agences jouent un grand rôle dans un avenir
proche. Elles sont plus utiles dans les pays où de nombreux prêteurs sont
en concurrence, où la clientèle est nombreuse, où les opérations réalisées
sont élevées et où il est difficile pour les institutions financières d’échanger
directement des informations. Le crédit à la consommation constitue un
exemple typique de cette situation. La microfinance peut, à ce stade, jouer
son rôle dans les zones urbaines – ou même rurales – comme c’est le cas en
Bolivie. Toutefois, certaines situations de financement rural dans lesquelles
le financement à terme pourrait être introduit n’offre pas toujours ces
conditions. Souvent, une seule institution (ou peu d’entre elles) est présente
et concernée et, en général sans que, dans certaines zones, il n’existe une
situation de concurrence. De plus, les clients potentiels ne réalisent en géné-
ral que peu d’opérations financières et tendent à avoir recours à des sources
informelles ou à des services de microfinance hors de tout système d’affi-
liation à des centrales des risques. Les prêteurs à terme placés dans cette
156 Financement des investissements agricoles à terme
situation peuvent facilement obtenir des informations directement auprès
de quelques sources financières fiables de façon à reconstituer un passé
financier sur d’éventuels clients. Ce n’est qu’à un stade de développement
plus avancé que les centrales des risques basées dans les villes commencent
à se développer dans les zones rurales et à jouer un rôle important pour le
financement rural à terme.
157
Chapitre 8
GESTION DES RISQUES
SYSTÉMIQUES
La partie A a montré que l’incapacité des investisseurs et des institutions
financières à affronter et à gérer convenablement les risques systémiques
constituait l’un des principaux freins au financement à terme. Les mesures
évoquées précédemment – cadre législatif et institutionnel mieux adapté
aux financements accompagnés de garanties, centres d’informations sur la
solvabilité des emprunteurs et systèmes de partage des risques, comme, par
exemple, les fonds de garantie – sont plus appropriées pour la gestion des
risques idiosyncrasiques. Le manque d’instruments adéquats permettant de
gérer les risques systémiques oblige les investisseurs et les institutions finan-
cières rurales à mettre en œuvre des stratégies coûteuses, réduisant ainsi les
possibilités de croissance et les opportunités d’investissements. Il est donc
important de créer des instruments de gestion de risques complémentaires
et spécifiques ayant pour but de gérer les risques systémiques.
8.1 CHOIX DES POLITIQUES
Afin de réduire le niveau des risques systémiques et de renforcer la capacité
des investisseurs et des institutions financières à affronter et gérer les effets
de ces risques, les gouvernements peuvent créer des instruments adéquats
et mettre en place différentes politiques. Les aléas peuvent être en partie
réduits en mettant en place des politiques macroéconomiques, agricoles et
financières stables et en refusant d’intervenir sur les marchés par le biais de
158 Financement des investissements agricoles à terme
politiques ad hoc. Les investisseurs et les institutions financières peuvent
ainsi se concentrer sur la gestion des risques inhérents aux marchés et au
contexte économique. Dans une phase successive, les gouvernements peu-
vent apporter leur soutien aux stratégies de gestion de risques des exploi-
tants agricoles en mettant en œuvre les mesures suivantes:
• investir dans les systèmes d’irrigation et dans la lutte contre les risques
d’inondations. La modernisation des systèmes d’irrigation peut avoir des
effets très positifs et très importants sur la demande et la fourniture de
financement à terme. Toutefois, les investissements ne sont rentables que
s’ils sont réalisés de manière responsable, qu’accompagnés de structures
de gestion efficaces et que si les exploitants agricoles sont impliqués dans
la gestion et participent aux coûts d’exploitation et de maintenance;
• identifier des types de cultures qui soient résistants aux animaux nui-
sibles et moins sensibles aux risques de sécheresse;
• renforcer la chaîne de fourniture de facteurs de production pour que les
exploitants agricoles puissent se procurer plus facilement des semences
résistantes à la sécheresse et aux animaux nuisibles, du matériel végétal et
des produits agro-chimiques;
• favoriser l’utilisation d’instruments de gestion relatifs aux risques des
prix tels que les opérations de couverture contre les risques à terme, les
contrats à terme et les options de vente de façon à se prémunir contre les
variations de prix à court terme;
• introduire une approche innovante en matière d’assurance récolte et
d’assurance pour le bétail.
La validité de ces différentes stratégies dépend de l’importance et de la
fréquence des risques. Par exemple, de meilleures variétés végétales, de
meilleures pratiques agricoles et de meilleurs investissements dans les ins-
tallations de gestion de l’eau peuvent, dans une certaine mesure, per-
mettre aux exploitants agricoles de faire face à des risques climatiques
ou à des risques liés à la nuisance d’animaux, fréquents bien que moins
importants. Une assurance récolte peut permettre de couvrir les risques
systémiques moins fréquents mais entraînant des pertes plus lourdes.
Des chocs externes majeurs, comme une grande sécheresse ou un effondre-
ment ponctuel des prix des principaux produits à l’exportation, peuvent ne pas
pouvoir être couverts à un coût raisonnable et nécessiter l’aide temporaire de la
part des gouvernements ou de bailleurs de fonds pour alléger les conséquences
subies par les producteurs, les institutions financières et l’économie nationale.
Chapitre 8: Gestion des risques systémiques 159
Bien que, dans les cas extrêmes, elle s’avère nécessaire, une aide en cas de
sinistres ne devrait être envisagée qu’avec prudence afin de ne pas interférer
avec d’autres moyens de gestion des risques tels que les assurances. Si une
aide gratuite est régulièrement consentie, les exploitants agricoles peuvent
penser de ne pas être obligés de devoir affronter les coûts générés par des
risques systémiques. Dans le long terme, cela peut entraîner des prises de
décision d’investissement faussées et des prises de risques élevées. Ainsi,
dans le cas où des aides gratuites sont fréquemment consenties, les sinistres
peuvent, en quelque sorte, «s’éterniser».
La solution des institutions financières face aux risques systémiques consiste
avant tout à diversifier leur portefeuille dans différents secteurs et dans
différentes régions. Les questions relatives à l’équilibre à trouver entre
diversification de portefeuille et nécessité d’investir dans des techniques
de financement particulières, et, par conséquent, acquérir une connais-
sance locale de la gestion des risques, ont été abordées dans les chapitres
1 et 3. Cela concerne plus particulièrement les institutions financières
rurales de petites dimensions. La possibilité de pouvoir accéder à des faci-
lités de refinancement dans le cas de chocs externes majeurs peut permettre
aux institutions financières rurales qui possèdent des techniques de finan-
cement à terme viables de mieux affronter les risques systémiques. Pouvoir
gérer les risques idiosyncrasiques leur permet d’élargir leur portefeuille.
Des facilités de refinancement adéquates peuvent être fournies par le biais
d’institutions de second rang ou par des banques fédérales. Toutefois, le
refinancement doit être limité à des cas extrêmes et il faut bien s’assurer
que seules les institutions financières rurales bien gérées et financièrement
solides puissent bénéficier de telles facilités. Cela permet de limiter des
appréciations de prêts erronées et des opérations de renflouement de la part
des prêteurs. Des opérations d’annulation de dettes peuvent, comme c’est
le cas pour les aides en cas de sinistres, représenter un danger en risquant
d’affaiblir la rigueur des procédures de remboursement et de rendre moins
sévères les critères d’appréciation des prêts.
8.2 LES INNOVATIONS DANS L’ASSURANCE AGRICOLE
De nouvelles approches dans l’utilisation d’assurances indexées pour les
récoltes et le bétail pourraient attirer l’attention et susciter le soutien des
gouvernements et des bailleurs de fonds.
160 Financement des investissements agricoles à terme
Problèmes soulevés par les programmes traditionnels d’assurance récolte
Les assurances agricoles, et plus particulièrement, l’assurance récolte, ont
connu de nombreuses vicissitudes dans les pays en développement. Les com-
pagnies d’assurance agricole et les prêteurs sont confrontés à des problèmes
d’aléa moral, d’antisélection et de coûts de transaction élevés qui peuvent être
difficiles à résoudre dans des économies en développement. Parmi les princi-
paux problèmes liés à l’assurance récolte, on peut mentionner que:
• le fait de devoir assurer un grand nombre de sinistres rend extrêmement
difficile le contrôle des réclamations, augmente les problèmes liés aux
aléas moral et entraîne la recrudescence des réclamations;
• la quantité importante et le contrôle des réclamations des petites exploi-
tations agricoles disséminées sur un large territoire requiert du temps et
entraîne des coûts financiers conséquents;
• les programmes publics d’assurance récolte sont souvent mis en place
dans un contexte de pression politique, comme l’ont vécu les banques de
développement agricole, c’est-à-dire dans le but d’effectuer de grosses
dépenses pendant les années d’élections.
Tous ces facteurs génèrent des coûts très élevés, rarement compensés par les
primes versées et, autant dans les pays développés que dans ceux en déve-
loppement, les programmes publics d’assurance récolte ont de fait bénéficié
d’aides publiques. Dans de nombreux cas, les bénéfices apportés à la société
n’ont pas été assez importants pour justifier les montants mobilisés par les
ressources publiques.
Approches innovantes: assurance récolte basée sur des index ou sur
la situation géographique
Dans le but de surmonter les difficultés, des pistes originales ont été explo-
rées par le moyen d’assurances indexés et basées sur des critères relatifs à
la situation géographique. Il s’agit, par exemple, du cas où les éléments à
l’origine du versement d’indemnités et de l’évaluation des pertes ne sont
pas appréciés sur la base de critères individuels (ce qui implique des coûts
prohibitifs pour les exploitations de petites dimensions) mais plutôt sur la
base des rendements par zone ou sur des évènements climatiques objectifs
tels que les températures ou les précipitations. Etant donné que l’utilisation
de ce type de données tend à annuler les risques de fraude, les coûts de mise
Chapitre 8: Gestion des risques systémiques 161
en œuvre et les coûts opérationnels de la mise en place de ces moyens sont
modestes. De plus, les risques d’aléa moral étant inexistants, le versement
de franchises – généralement utilisées dans les programmes traditionnels
d’assurance récolte contre les risques d’aléas moral – ne sont pas nécessaires.
Seuls certains types de sinistres peuvent se prêter à ces approches et la séche-
resse en constitue un des plus importants.
L’efficacité d’un contrat d’assurance indexé dépend de la façon dont les
pertes agricoles de différentes zones géographiques sont corrélées avec les
index définis par zone géographique ou basés sur les conditions climatiques.
L’incidence des microclimats ou la différence des facteurs de rendements par
zone géographique fait que le montant d’une perte peut varier très forte-
ment par rapport aux éléments à l’origine de cette perte. On appelle «risque
de base» le cas des situations dans lesquelles une personne assurée subit une
perte sans recevoir d’indemnités, ou la situation contraire. Pour bien calcu-
ler les primes, les contrats indexés doivent se baser sur des données fiables
au niveau local de façon à pouvoir déterminer des zones homogènes ou il
existe des liens réels entre les pertes et les évènements climatiques. Le centre
du problème est, par conséquent, de délimiter des zones qui présentent
une certaine homogénéité d’évènements climatiques, comme par exemple
les précipitations. Les assurances indexées pourraient être proposées à des
exploitants agricoles individuels ou à des institutions financières rurales.
Dans ce dernier cas, cela pourrait, dans une certaine mesure, éviter que ne
se présentent des risques de base qui affectent les particuliers assurés et
permettrait au prêteur de se prémunir contre les pertes pour non-rembour-
sement pour cause de sécheresse (Skees, 2003).
A ce jour, il n’existe que peu de cas d’assurances indexées dans les pays en
développement et la plupart des expériences existantes sont encore récentes
et ne permettent pas de tirer des conclusions. Cependant, face au fort poten-
tiel de gestion des risques climatiques qu’offre ces outils aux exploitants
agricoles et aux institutions financières, les gouvernements et les bailleurs de
fonds pourraient envisager d’en favoriser leur mise en place, en effectuant
des tests pilote, de façon à pouvoir évaluer leur faisabilité dans des condi-
tions locales spécifiques52. Cela nécessiterait la fourniture d’une assistance
52 Le Groupe de la Banque mondiale réalise actuellement une étude sur la faisabilité d’une assu-
rance indexée sur les conditions climatiques en Argentine, en Ethiopie, au Mexique, au Maroc,
au Nicaragua et en Tunisie.
162 Financement des investissements agricoles à terme
technique et un apport financier initial. L’assistance technique pourrait pré-
voir un renforcement des capacités des actionnaires intéressés – exploitants
agricoles, organisations, assureurs locaux, institutions financières rurales et
services gouvernementaux – concernant le concept et l’approche institu-
tionnelle de la fourniture d’assurance indexée. Les fournisseurs d’assurance
locaux pourraient suivre une formation pour la détermination des index et
l’utilisation de techniques d’information visant le contrôle et l’analyse des
données, de façon à créer des contrats intéressants pour les exploitants agri-
coles tout en leur garantissant une rentabilité financière. Un apport financier
initial peut servir de moyen de réassurance jusqu’à ce que les programmes
mis en place arrivent à maturité. Les gouvernements et les bailleurs de fonds
pourraient par la suite faciliter l’accès aux moyens de réassurance ou aux
marchés mondiaux des risques climatiques.
163
Chapitre 9
RÉDUCTION DES RISQUES
LIÉS À LA GESTION ACTIF-PASSIF
Le chapitre 3.8 concluait que pour réduire les asymétries de trésorerie et les
risques inhérents, il serait nécessaire que les institutions financières finan-
cent leurs portefeuilles d’actifs à terme par le biais de financements à long
terme à coûts stables. Les sources de financement les mieux adaptées sont les
actions, les prêts secondaires et les emprunts à long terme en devise natio-
nale. Ces financements peuvent toutefois être difficiles à trouver dans les
pays en développement dont les marchés de capitaux sont peu développés.
Comme cela a déjà été évoqué, il faut noter également que certains types
de financement ne sont disponibles que pour les institutions financières
réglementées ou se révèlent être mieux adaptés à des institutions financières
plus importantes.
Pour mobiliser des fonds de financement à terme, les gouvernements et les
donateurs peuvent apporter leur soutien dans trois situations distinctes:
• mise en œuvre d’une fourniture de financement à terme par des institu-
tions financières sans grande expérience passée dans le système financier;
• facilités de refinancement pour les institutions financières autorisées à
fournir des prêts à long terme avec des délais de grâce;
• facilités de refinancement pour les institutions financières plus petites
détenant des portefeuilles de prêts à terme solides mais limitées pour la
diversification de leurs sources de financement.
164 Financement des investissements agricoles à terme
9.1 SOUTENIR L’INTRODUCTION DE FINANCEMENTS À TERME
Pour les institutions financières nouvellement créées sans expérience pas-
sée significative dans le système financier, le fait de pouvoir accéder à des
sources de financement à long terme en bénéficiant de conditions avanta-
geuses53 est particulièrement important. Dans ce cas, quand les méthodes
appliquées et l’acquisition de compétences par le personnel sont encore en
phase de développement et qu’une certaine réputation s’est créée, une assis-
tance spécifique est presque toujours nécessaire. La possibilité d’obtenir un
financement à long terme avec des coûts stables limite les risques liés aux
taux d’intérêt et aux liquidités et consent aux institutions financières de pou-
voir concentrer leurs efforts sur le développement de techniques de finan-
cement efficaces. Cela vaut également pour les institutions financières qui
peuvent se prévaloir d’une bonne expérience passée acquise dans le domaine
des prêts à court terme et qui sont intéressées par la fourniture de prêts à
moyen terme ou de crédit-bail. Quand les risques liés aux prêts sont maî-
trisés et que des techniques de financement appropriées sont mises en place,
la fourniture de financement de la part des bailleurs de fonds peuvent être
faite à des conditions plus conformes à celles du marché et complétée par
d’autres instruments tels que des emprunts ou des prises de participations.
Pouvoir profiter de prises de participations, de prêts secondaires ou de
sources de financement à long terme à des conditions avantageuses ne réduit
pas seulement les risques de gestion actif-passif. Cela peut permettre aux
institutions financières rurales de compenser des coûts unitaires initiaux
élevés des prêts à terme ou de crédit-bail et d’éviter leur report total sur les
clients. Les institutions financières possédant un portefeuille de financement
à terme peu important, dont l’expérience est limitée et qui doivent encore
améliorer leurs techniques de financement, sont confrontées à des coûts plus
élevés et doivent constituer des provisions pour pertes plus importantes
que les opérateurs financiers possédant plus d’expérience. Cela entraîne des
taux d’intérêts élevés ou des frais d’appréciation qui peuvent occasionner
une baisse de la demande et faire en sorte que de nombreux investisse-
ments éventuellement viables ne puissent pas bénéficier de financement.
De plus, l’antisélection pourrait créer quelques difficultés dans les cas où
53 Une aide peut porter sur les échéances, les coûts relatifs au financement, les coûts de gestion et
concerner les problèmes liés aux taux d’intérêt et aux risques liés aux taux de change. Il peut être
nécessaire de devoir adapter une stratégie propre à chaque situation.
Chapitre 9: Réduction des risques liés à la gestion actif-passif 165
un financeur n’a pas encore consolidé ses compétences ni développé les
instruments lui permettant d’apprécier correctement la viabilité financière
du financement à terme ou du crédit-bail.
Par le biais d’un financement bonifié visant à fournir des produits de
financement à terme, les gouvernements et les bailleurs de fonds partagent
les coûts de formation institutionnels. Ce type de soutien financier direct
à des institutions financières peut être justifié dans les situations où, bien
qu’ils soient demandeurs, les exploitants agricoles ou autres PME situées
dans les zones rurales ne peuvent pas bénéficier d’un financement à terme.
Au regard de l’intérêt public que revêtent des innovations sur le plan finan-
cier et le développement d’infrastructures financières en général, ce soutien
pourrait être justifié dans le cadre d’une optique globale de développement
du système financier et de développement rural. Le succès de nouveaux
produits de financement à terme innovants n’offre pas que des avantages aux
institutions financières et à leurs clients mais entraîne aussi d’autres retom-
bées importantes. Sur le plan de la demande, des investissements réalisés en
faveur du financement à terme peuvent entraîner une augmentation de la
production et de la valeur ajoutée et des avantages collatéraux concernant la
création d’emplois. Sur le plan de la fourniture, le succès de produits tels que
les prêts à terme ou le crédit-bail introduits par une institution financière
rurale peut témoigner en faveur de la viabilité d’une telle technique. La réus-
site de telles approches financières peut entraîner leur adoption par d’autres
institutions financières dans un même pays ou dans des pays différents.
Les études de cas ont mis en évidence l’importance d’un financement boni-
fié et d’un financement par prise de participation dans la première phase
opérationnelle d’une institution, comme, par exemple, le démontre le cas de
la BASIX, en Inde, qui a été, à l’origine, capitalisée grâce à des prêts béné-
ficiant de conditions favorables de la part de donateurs. Le programme de
crédit-bail de la CECAM à Madagascar a également bénéficié de ressources
à long terme consenties à des conditions avantageuses par le gouvernement
et le Fonds européen de développement. Les institutions financières mutua-
listes de Bolivie ont reçu des actions, des prêts secondaires et des prêts à
long terme de la part de donateurs et d’institutions de développement inter-
nationales pendant la phase de création institutionnelle et, en conséquence,
pour la fourniture de prêts à moyen terme et de produits de crédit-bail.
Les produits de crédit commerciaux n’ont été introduits qu’après qu’ait été
achevée la phase initiale de création.
166 Financement des investissements agricoles à terme
Les précédentes expériences de crédit bonifié soulignent l’importance d’une
utilisation et d’une élaboration attentive de cette technique financière.
Afin de réduire les distorsions, le financement bonifié doit respecter les
principes suivants:
• Progressivité. Un financement bonifié ne devrait être accordé que
sur la base d’un besoin réel et vérifié. Il est important de ne jamais
conditionner la gestion des institutions financières à la réalisation
de certains objectifs précis relatifs au crédit. Le financement à terme
requiert des compétences et de l’expérience pour les procédures
d’évaluation et de gestion des risques et des coûts: si ces qualités
viennent à manquer, la mise en place d’activités de crédit peut exiger
des efforts exceptionnels et une baisse de qualité des portefeuilles de
financement à terme est presque inévitable. Il est également important
que les institutions financières rurales engagent une partie de leurs
propres ressources.
• Rendement. La qualité et le rendement d’un portefeuille doivent être
surveillés de près et une assistance technique peut s’avérer nécessaire.
Une assistance financière ne serait fournie sur la base de la demande
réelle que si elle apparait vraiment nécessaire et selon la capacité institu-
tionnelle de l’institution financière rurale.
Mesures complémentaires. Dès lors qu’un prêteur a déterminé des tech-
niques de financement viables et trouvé un groupe d’emprunteurs sur les-
quels il peut compter, une demande de soutien peut alors être faite dans le
but de bénéficier de nouvelles sources de financement. Le renforcement des
compétences de gestion actif-passif de l’institution financière rurale peut
nécessiter une assistance technique. Pour les petites institutions financières
rurales possédant une expérience passée dans le domaine financier, les fonds
de garantie peuvent constituer un soutien possible leur permettant de béné-
ficier de sources de financement commerciales.
9.2 INANCEMENT DE PRÊTS À LONG TERME
Les investissements caractérisés par de longues périodes de gestation ou
d’amortissement, comme les plantations de certaines cultures arboricoles, la
restructuration des exploitations agricoles ou la transformation des produits
agricoles, nécessitent en général de pouvoir bénéficier de prêts à long terme,
Chapitre 9: Réduction des risques liés à la gestion actif-passif 167
Tableau 7
BAAC: évolution des sources de financement, 1967-2001
La BAAC constitue un très bon exemple du passage progressif d’une source de finan
cement bonifiée à une source de financement commerciale. Dans les années 1970 et
1980, quand le financement à terme a été introduit, la BAAC a refinancé son porte
feuille principalement par le biais de crédits à long terme consentis par des institutions
financières internationales et par le biais de dépôts obligatoires effectués par diverses
banques commerciales. A ce type de financement a progressivement succédé un finan
cement de type commercial, principalement sous forme de dépôts et d’obligations.
Dès les années 80, de nombreux dépôts ont été mobilisés et en 1991, la BAAC a commen
cé à émettre des obligations sur le marché financier local. Ces obligations correspondent
pour moitié environ à des emprunts et pour 25–30 pour cent à des prêts bonifiés interna
tionaux, le reste provenant de la Bank of Thailand. Toutefois, des pertes occasionnées par
les variations de taux de change en devises étrangères ont rendu la BAAC plus réticente à
emprunter sur les marchés internationaux et ces mêmes emprunts internationaux repré
sentent actuellement seulement 15 pour cent de l’ensemble des fonds. Aucun nouvel
emprunt en devise étrangère n’est fait et, quand cela est possible, le remboursement des
emprunts déjà contractés est anticipé.
1967 1973 1980 1987 1993 1998 2001
Dépôts des clients 11% 17% 12% 25% 48% 62% 76%
Dépôts obligatoires consentis -- -- 39% 39% 7% 1% -
par des banques commerciales
Emprunts 19% 22% 35% 29% 32% 25% 13%
Actionnaires 66% 57% 12% 6% 8% 7% 7%
Autres liquidités 4% 4% 2% 1% 5% 5% 5%
Total 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100%
Rapport dépôt/prêts 14% 19% 21% 38% 66% 83% 98%
Source: BAAC.
accompagnés si possible de délais de grâce. Les institutions financières pos-
sédant de sérieuses compétences en gestion actif-passif peuvent financer un
portefeuille de financement à moyen terme par le biais d’emprunts à court
ou moyen terme mais, afin d’éviter des risques de liquidités importants,
la fourniture de prêts à long terme exige de pouvoir bénéficier de sources de
financement à long terme, rarement disponibles sur les marchés financiers
des pays en développement.
En Bolivie, par exemple, où plusieurs institutions financières ont mis en
place des activités de fourniture de prêts à moyen terme d’une durée pou-
vant atteindre 5 ans, la fourniture de prêts à long terme est limitée à cause
168 Financement des investissements agricoles à terme
du manque de facilités de refinancement à long terme54. Même dans les
pays occidentaux, les banques commerciales, qui dépendent fortement du
financement à court terme, ne fournissent que peu de prêts à long terme.
Les principaux pourvoyeurs de financement à long terme sont des banques
de développement ou des institutions spécialisées dans les prêts hypothé-
caires. En l’absence d’une situation favorable au développement des garan-
ties hypothécaires ou d’autres instruments financiers de marché de capitaux,
le fait de pouvoir bénéficier de facilités de refinancement à long terme peut
être fondamental dans le but de permettre aux institutions financières trai-
tant avec les particuliers de fournir ce type de prêts (surtout dans le cas où
ils sont accompagnés de délais de grâce).
9.3 FINANCEMENT DES PETITS PRESTATAIRES DE FINANCEMENT
À TERME
Pour les institutions financières rurales les moins importantes qui, bien
que possédant de solides techniques de financement à terme sont limitées
dans la diversification de l’offre de prêts, il peut être important de pouvoir
bénéficier de facilités de refinancement offrant de plus longues échéances.
La limitation dans la diversification de l’offre de prêts peut avoir pour
origine des dispositions légales ou réglementaires ou un coût élevé des ins-
truments financiers à long terme de marché de capitaux, telles que les obli-
gations, dont l’amortissement exige un portefeuille conséquent. L’utilisation
d’instruments de financement à court terme, tels que les prêts commerciaux
ou les dépôts, pourrait entraîner des risques trop élevés pour le financement
d’un important portefeuille à terme.
En présence d’un nombre suffisant de prêteurs traitant avec les particuliers,
capables et désireux de développer des activités de financement rural à terme,
la possibilité de pouvoir bénéficier de facilités de refinancement de second
rang, comme par exemple, auprès de banques fédérales ou de banques trai-
tant avec les gros clients, doit être étudiée. Ces banques peuvent fournir
des facilités de crédit pour des prêts à terme ou des services de crédit-bail
aux intermédiaires remplissant les conditions requises qui fournissent des
prestations aux particuliers et qui devraient supporter les risques liés au
54 La durée de financement possible sur le marché de capitaux national est limitée à 2 ou 3 ans.
Chapitre 9: Réduction des risques liés à la gestion actif-passif 169
crédit; elles peuvent aussi proposer une formation ou un renforcement des
capacités concernant la gestion actif-passif ou d’autres domaines bancaires.
Des institutions traitant avec les gros clients de ce type pourraient également
fournir des services aux prêteurs traitant avec les particuliers prévoyant une
possibilité de refinancement d’un mauvais portefeuille dans le cas d’un choc
externe majeur et ponctuel qui affecte un grand nombre de leurs clients
(par exemple, des cas de sécheresse ou d’inondation). Il est toutefois néces-
saire de procéder à une évaluation au cas par cas de façon à s’assurer que les
institutions traitant avec les particuliers prennent des décisions prudentes
concernant les prêts et que soient écartée toute tentation de renflouement.
Dans le cas d’un financement à long terme visant le développement d’un
portefeuille de prêts à terme de prêteurs traitant avec les particuliers déjà
existant, ce financement devrait être fourni aux taux d’intérêt du marché,
à un taux supérieur à celui des dépôts à long terme. Les coûts occasionnés
devraient faire l’objet d’un ajustement périodique aux taux d’intérêt du mar-
ché. Il est également important qu’une partie conséquente des risques rela-
tifs au crédit soit supportée par l’institution financière. L’avantage consenti
devrait concerner la durée et non les coûts du financement.
Le développement des marchés de capitaux pourrait, à long terme, être
stimulé, y compris concernant les questions relatives aux garanties hypo-
thécaires; cela requerrait non seulement une politique macroéconomique
solide et stable mais aussi un cadre législatif et réglementaire favorable et des
organismes de contrôle efficaces.
partie D
CONCLUSION
173
Chapitre 10
CONCLUSIONS
ET RECOMMANDATIONS
Cette dernière partie tire certaines conclusions et propose une série de
recommandations pour les institutions financières qui souhaiteraient s’enga-
ger dans le financement agricole à terme. Dans sa dernière section, certaines
mesures concrètes sont proposées pour les donateurs et les gouvernements
afin qu’ils puissent apporter un soutien financier aux institutions financières
et qu’ils puissent améliorer le contexte économique, institutionnel et des
politiques menées visant à développer du financement à terme.
10.1 CONCLUSIONS GÉNÉRALES
10.1.1 Risques liés au financement à terme en fonction du type
d’investissement et de client
Pour des raisons de durée, les risques relatifs au financement à long terme
sont en général plus élevés que ceux relatifs au financement à court terme;
les risques varient considérablement selon le type d’investissement, le
type d’emprunteur, le cadre législatif et institutionnel et les conditions de
marché. Ces facteurs sont étroitement liés à chaque situation: la faisabilité
du financement à terme et l’adéquation des différents instruments doivent
être évaluées au cas par cas. Par exemple, dans le cas de financement pour
l’achat de matériel ou de machines agricoles par des exploitants agricoles
174 Financement des investissements agricoles à terme
ayant une certaine expérience, l’octroi d’un crédit-bail ou d’un prêt à
moyen terme ne présente pas forcément plus de risques que pour les prêts
à court terme si le matériel est utilisé pour garantir la transaction et s’il
génère des liquidités de façon constante. Toutefois, un financement à long
terme assorti de délais de grâce peut présenter de gros risques dans le cas
par exemple de la création de plantations arboricoles. Le financement à
long terme dépend, dans une plus large mesure, plus que le financement
à court terme, de la stabilité du contexte, de l’existence d’instruments de
gestion des risques spécifiques et de la possibilité de bénéficier de facilités
de refinancement adéquates.
Certains investissements à long terme, tels que les systèmes d’irrigation
ou les infrastructures de stockage, limitent pour les activités agricoles cer-
tains risques de production ou liés au marché; ces investissements peuvent
réduire les risques liés au profil du client, entraîner une augmentation
de la rentabilité et favoriser ainsi une demande future pour de nouveaux
prêts, dans le but, par exemple, d’améliorer la trésorerie. Une appréciation
générale des risques liés à un financement à long terme doit tenir compte
des problèmes relatifs à la limitation des risques pour les investissements
à terme et de leur effet sur de futures demandes supplémentaires de prêts.
Les profils de risques des exploitants agricoles individuels présentent une
grande diversité concernant leurs compétences et expérience, le montant
et la diversité de leurs revenus ainsi que leur capacité de remboursement
et celle à offrir des garanties. Il est évident que le financement du déve-
loppement d’activités déjà existantes présente moins de risques que celui
d’une diversification ou de la création de nouvelles activités. La plupart
des institutions ayant fait l’objet d’une étude de cas recherchent des
exploitants agricoles qui possèdent déjà une expérience ou une forma-
tion en matière de planification des activités. L’identification de divers
débouchés commerciaux et la diversité des sources de revenus constituent
d’autres critères de sélection. L’existence de services de soutien, la qua-
lité des facteurs de production, les systèmes d’irrigation et les unités de
transformation des produits agricoles jouent aussi un rôle sur la rentabi-
lité et les risques encourus par les exploitations agricoles. La plupart des
fournisseurs de financement à terme opèrent en priorité dans des zones
offrant de bonnes infrastructures (en tenant compte aussi des systèmes
d’irrigation) et situées près des marchés ou des usines de transformation
des produits agricoles.
Chapitre 10: Conclusions et recommandations 175
10.1.2 Déterminants des coûts de fourniture de financement
à terme
Les coûts eux aussi sont liés à chaque type de situation: les coûts de tran-
saction varient selon la densité de la population, la qualité du réseau routier
et des infrastructures de communication et, pour les conditions de garantie
des prêts et l’exécution des contrats, le cadre législatif et institutionnel.
Dans le cas où les coûts totaux sont fonction du montant déboursé, les coûts
de transaction relatifs aux prêts à terme sont, comparés aux prêts à court
terme et aux micro-prêts, particulièrement avantageux. Cela peut permettre
de compenser des coûts globaux plus élevés concernant l’appréciation et le
suivi des prêts, les coûts liés à l’obtention de fonds nécessaires et à la consti-
tution de provisions pour pertes.
Le montant des provisions pour pertes dépend non seulement, comme
vu précédemment, des déterminants relatifs aux risques mais aussi de
l’expérience et des compétences du fournisseur des services financiers.
Concernant les coûts de transaction, des fournisseurs expérimentés et qui
possèdent une bonne connaissance de la clientèle, des activités agricoles et
des possibilités d’investissement, sont mieux placés pour évaluer les risques,
sélectionner les requêtes de crédit recevables, recueillir et analyser les infor-
mations nécessaires à de meilleures conditions. Cela a pour conséquence
par la suite de devoir constituer moins de provisions pour pertes et de
réduire les coûts d’exploitation, mettant ainsi le prêteur dans la possibilité
de consentir des prêts plus importants avec des durées plus longues et à un
coût plus bas pour le client.
10.1.3 Une technique de financement spécifique: solution pour la
gestion des risques et des coûts
Une bonne technique de financement permet aux institutions financières
rurales de définir des projets d’investissement qui offrent de bonnes
chances de réussite et de gérer à un coût raisonnable les risques idiosyn-
crasiques relatifs aux clients. Le financement à terme requiert des com-
pétences spécifiques pour pouvoir apprécier la stabilité dans le temps des
flux de liquidités d’un emprunteur, les risques et la rentabilité relatifs aux
investissements et à la qualité des garanties fournies. Les fournisseurs de
prêts saisonniers qui possèdent une bonne clientèle de base et qui sont
176 Financement des investissements agricoles à terme
familiarisés avec les conditions de production et de marché locales sont
mieux placés pour s’engager dans des activités de financement à terme.
Une formation sérieuse et l’embauche éventuelle de personnes spécia-
lisées possédant des compétences techniques et une expérience acquise
dans le domaine agricole peuvent être nécessaires.
Les techniques de financement et la création de produits financiers
doivent être adaptées aux caractéristiques des clients et aux capacités
du prêteur. Par exemple, les prêteurs les moins expérimentés peuvent,
dans un premier temps, fournir des prêts à terme polyvalents sous forme
de prêts à court terme élargis. Ces prêts limitent les problèmes liés au
caractère fongible de l’argent et sont adaptés au financement d’investis-
sements moins importants, à la fourniture de nouveaux financements à
de nouveaux clients et au financement d’activités présentant des risques
plus importants tel que le développement de nouvelles cultures. Des prê-
teurs plus expérimentés peuvent offrir des prêts pour des investissements
particuliers visant à financer des investissements plus lourds qui peuvent
grever les liquidités de l’exploitation agricole.
L’élaboration d’un plan de remboursement nécessite de trouver un com-
promis entre la préférence d’un prêteur en faveur de brèves échéances et
de fréquents versements et celle d’un emprunteur pour des échéances plus
longues et des versements adaptés au calendrier des activités agricoles.
Des échéances plus longues et des délais de grâce améliorent les possi-
bilités d’investissement des emprunteurs mais d’un autre côté augmen-
tent les risques d’aléa moral et de liquidités qui pèsent sur les prêteurs.
Des échéances plus courtes et des versements fréquents aggravent les coûts
de transaction et peuvent mener l’emprunteur dans une situation de manque
de liquidités. Les fournisseurs de financement à terme dont les activités
financières produisent de bons résultats font preuve d’une grande flexibilité
dans l’ajustement des barèmes de remboursement aux conditions des liqui-
dités de chaque emprunteur et de chaque investissement, tenant compte des
caractéristiques saisonnières des revenus et des dépenses.
Les prêts à terme requièrent des procédures de contrôle et de suivi.
Un contact permanent entre les emprunteurs et les prêteurs permet à ces
derniers de pouvoir anticiper d’éventuelles défaillances de rembourse-
ment et de faire certaines distinctions dans les causes sous-jacentes qui
en sont à l’origine: aléa moral ou facteurs externes indépendants de la
Chapitre 10: Conclusions et recommandations 177
responsabilité de l’emprunteur. Même si, dans les cas de non-rembour-
sements intentionnels, il est nécessaire d’adopter une ligne de conduite
rigoureuse afin de maintenir le respect des obligations liées au crédit,
les effets considérables que les risques systémiques ont dans le domaine
agricole nécessitent que soit appliquée une certaine flexibilité dans les
cas de défaillance de remboursement dont l’origine résiderait dans des
évènements externes temporaires, au moins dans les cas d’emprunteurs
réguliers. Afin de mettre en œuvre une telle flexibilité, les fournisseurs
de financement à terme doivent pouvoir bénéficier d’une bonne base
de fonds propres et pouvoir accéder à des facilités de refinancement.
Les coûts engendrés peuvent être réduits par la mise en place de méca-
nismes de responsabilité solidaire ou par des partenariats avec les four-
nisseurs de matériel agricole, les industriels ou les ONG qui encourent
des risques pouvant être partagés.
10.1.4 Financement à terme et relation banque/client à
long terme
En adoptant une stratégie de clientèle basée sur une volonté réciproque
du client et de l’institution d’entretenir une relation commerciale durable,
les institutions financières rurales peuvent offrir des produits de finance-
ment à terme présentant des risques limités. Les investisseurs peuvent se
constituer une expérience passée en tant qu’emprunteur et les institutions
financières rurales peuvent avoir accès à des informations de première
importance, ce qui entraîne une plus grande flexibilité dans le traitement
des questions relatives aux garanties offertes et aux situations de défaillance
de remboursement.
Une offre variée de produits renforce les liens entre les investisseurs et les
institutions financières rurales: la possibilité de pouvoir obtenir un finan-
cement à terme est un moyen incitatif à maintenir de bonnes relations et
une expérience passée positive avec le prêteur. Le fait de pouvoir bénéficier
régulièrement de prêts à court terme pour le fonds de roulement ou pour
des achats de consommation courante peut être conditionné à un paiement
dans les délais des remboursements de prêts à terme. Dans la mesure où les
investissements à terme tendent à réduire les risques et à améliorer la renta-
bilité des activités d’un client, le financement à terme peut constituer la base
pour des demandes de prêts futures.
178 Financement des investissements agricoles à terme
Dans une perspective dynamique, il peut être bénéfique pour les institutions
financières d’ajouter de nouveaux produits de financement à terme à une
gamme de produits financiers déjà existante. Une institution financière qui
proposerait un «bureau central» pour toutes les demandes de prêts, qu’elles
concernent les activités agricoles ou les besoins du ménage, pourrait attirer
de nouveaux clients. Il faut toutefois que, pour les nouveaux emprunteurs,
les critères de sélection et les exigences relatives aux garanties soient rigou-
reusement appliquées.
10.1.5 Points faibles et points forts des différents produits
de financement à terme
• Les prêts à terme sont les instruments les plus largement diffusés parce
qu’ils permettent de financer une large gamme d’investissements et qu’ils
offrent une grande flexibilité concernant les modalités de versement et
de remboursement. De plus, financiers et emprunteurs comprennent et
maîtrisent plus facilement le concept de prêt/emprunt que ceux de crédit-
bail ou de financement par prise de participation. Les principales limites
de ces instruments sont des barèmes de remboursement définis sur la
base de prévisions faites au moment de l’appréciation du prêt, une faculté
d’adaptation aux changements limitée et la nécessité de donner en garantie
des biens corporels, tout particulièrement dans les cas où la durée des opé-
rations est plus longue ou quand les montants concernés sont importants.
• Les contrats de location-vente présentent l’avantage de réduire, voire d’éli-
miner, le besoin de garanties supplémentaires et les problèmes relatifs à la
mise en place, à l’opposabilité aux tiers et à l’exécution des sûretés – l’opé-
rateur financier est aussi le propriétaire des biens financés. L’utilisation
de ces contrats est par conséquent particulièrement bien adaptée dans les
pays dont le cadre législatif et institutionnel imparfait contraint impéra-
tivement d’utiliser les biens ruraux pour garantir des prêts. La création
de produits de crédit-bail pour les clients informels vivant dans les zones
rurales nécessite toutefois de prendre en considération plusieurs éléments.
Tout d’abord, les exploitants agricoles, les institutions financières rurales
et les institutions locales sont souvent peu familiarisés avec le concept
de crédit-bail; introduire cette technique financière peut par conséquent
entraîner une hausse des coûts liés au renforcement des capacités des
actionnaires locaux. Ensuite, dans la mesure où le bien financé constitue
aussi, à la fois la garantie et la source principales du remboursement des
Chapitre 10: Conclusions et recommandations 179
créances locatives, le crédit-bail nécessite la mise en place de procédures de
contrôle majeures, ce qui entraîne une majoration des coûts de transaction.
Enfin, des dispositions légales et réglementaires peuvent réserver l’utilisa-
tion du crédit-bail au seul profit de certaines institutions financières ou
créer des régimes pénalisant sur le plan fiscal.
• Le financement par prise de participations par d’anciens ou de nouveaux
actionnaires élimine la fixation préalable de barèmes de remboursement
et les coûts. Une prise de participations en tant qu’actionnaire de la part
du financier réduit les problèmes d’aléa moral relatifs à l’information
asymétrique et consent à l’entreprise de bénéficier de conseils de spécia-
listes en matière de gestion. L’une des principales limites de ce type de
financement réside dans le montant élevé des coûts de transaction pour
les procédures d’appréciation et de suivi. Cela limite l’utilisation de cet
instrument financier pour les investissements les moins importants; cet
instrument peut toutefois être particulièrement adapté au financement
d’investissements à plus grande échelle dans des activités de transforma-
tion ou de commercialisation qui, à leur tour, augmentent la rentabilité
des investissements agricoles. Le financement par prise de participa-
tions peut alors permettre de créer des joint ventures entre exploitants
agricoles, institutions financières et sociétés agroalimentaires; des com-
pétences spécifiques sont toutefois nécessaires, qui peuvent en limiter
l’utilisation à certains fonds participatifs ou à des fonds de capital risque
et à certaines institutions financières de développement.
10.1.6 Rôle joué par l’importance de l’institution financière
sur sa capacité à s’engager dans des activités de
financement à terme
Les institutions financières rurales les plus importantes peuvent avoir
quelques avantages à proposer des produits de financement terme.
Elles peuvent gérer les risques systémiques en opérant une diversifi-
cation de portefeuille et la quantité de prêts à terme qu’elles sont en
mesure de fournir peut suffire à garantir le développement de techniques
de financement spécifiques permettant de gérer les risques idiosyncra-
siques. Pour les institutions financières rurales les moins importantes,
il est essentiel de se créer des réseaux, de pouvoir bénéficier de facilités
de refinancement (ou de fonds propres supplémentaires dans le cas de
choc externe majeur) et de pouvoir disposer d’instruments de gestion
180 Financement des investissements agricoles à terme
des risques. Les principaux avantages jouant en leur faveur sont la proxi-
mité créée avec leurs clients, de bonnes connaissances du contexte local
et (dans les cas d’institutions financières non réglementées) une plus
grande flexibilité pour introduire de nouveaux instruments financiers.
10.1.7 Rôle des institutions non financières
Le rôle des fournisseurs de matériel, des entreprises agroalimentaires
ou des négociants agricoles en tant que fournisseurs de prestations de
financement à terme aux exploitants agricoles est peu documenté, même
si leur rôle en tant que source de financement saisonnier est notable.
Un des rares cas observé concerne les produits agricoles périssables ou
volumineux nécessitant une manutention rapide après récolte et des opé-
rations de transformation immédiates. La fourniture d’un financement à
terme par des fournisseurs de matériel ou des sociétés de transformation
peut être limitée par:
• des compétences restreintes dans les procédures d’évaluation de la
capacité de pouvoir recourir au crédit et de celle de remboursement
des clients;
• des coûts élevés de mise en place et d’administration d’un service de
gestion des prêts et d’un système de suivi;
• la possibilité limitée de pouvoir bénéficier de sources de financement
à long terme;
• un manque de motivation dans le désir de fournir des produits de
financement à long terme aux exploitants agricoles.
Les institutions non financières peuvent toutefois jouer un rôle important
dans le cadre d’accords tripartites avec des institutions financières et des
exploitants agricoles, autrement dit en instaurant un partage des risques et
en offrant des prestations supplémentaires. Concernant le recouvrement
des prêts et les conditions requises pour les garanties, des opérations
interdépendantes peuvent être mises en œuvre afin de réduire les coûts de
transaction. Ces opérations sont particulièrement efficaces dans les zones
où la concurrence est limitée, à condition que les remboursements des
prêts effectués par prélèvement soient calculés très clairement. L’exemple
fourni par la RBP, aux Philippines, montre qu’une prise de participations
par des exploitants agricoles dans des entreprises d’aval peut instaurer un
Chapitre 10: Conclusions et recommandations 181
climat de plus grande confiance et réduire les risques de non-rembourse-
ment générés par des ventes de produits hors contrat.
10.1.8 Importance du soutien de la part des donateurs aux
institutions financières dans l’introduction du financement
à terme
La réticence de nombreuses institutions financières rurales à s’engager dans
des activités de financement à terme est due en partie aux coûts particuliè-
rement élevés entraînés par le développement de nouveaux produits et la
mise en place de bonnes pratiques, la formation, le recrutement de personnel
spécialisé et la création de conditions permettant de pouvoir bénéficier de
sources de financement sur une longue période. De plus, il est plus probable
de constater des défaillances de paiement durant la phase initiale de lance-
ment de nouveaux produits, durant la période où les risques sont encore mal
évalués et quand l’institution financière rurale ne possède pas encore les com-
pétences requises lui permettant d’évaluer et de gérer ces risques de façon
appropriée. Plusieurs institutions financières rurales, et tout particulièrement
les moins importantes, ne souhaitent pas ou ne sont pas capables d’assumer
pleinement ces risques et ces coûts. De plus, le fait de ne pas toujours pouvoir
bénéficier de sources de financement à long terme appropriées peut exposer
les prêteurs à de gros risques de trésorerie.
Dans la phase initiale, un soutien adapté et ciblé de la part de bailleurs de
fonds est tout particulièrement important. En instaurant un partage des
risques et des coûts, un financement initial et une assistance technique peuvent
favoriser le développement de produits de financement à terme. La plupart
des institutions ayant fait l’objet d’une étude ont bénéficié d’un tel soutien.
La création d’instruments de financement à terme viables améliorant les opéra-
tions financières dans les zones rurales devrait être reconnue d’utilité publique.
La démonstration du caractère viable des activités de financement à terme pour-
rait inciter d’autres institutions financières rurales à répéter des expériences
réussies. De plus, de nombreux investissements à terme ont d’importants effets
positifs sur la réduction de la pauvreté et l’amélioration de la concurrence.
Un soutien de la part des gouvernements et des bailleurs de fonds signifie que
les coûts institutionnels occasionnés par l’apprentissage ne sont pas entière-
ment supportés par l’institution financière rurale ou que ces coûts ne sont pas
répercutés sur les clients par le biais d’une augmentation des taux d’intérêt.
182 Financement des investissements agricoles à terme
10.1.9 Mesures complémentaires de soutien au développement
du financement à terme
Certains obstacles à la fourniture du financement à terme peuvent être évités
par la mise en œuvre de bonnes techniques de crédit, la création avisée de
produits et une approche basée sur l’instauration de liens étroits entre la
banque et ses clients. Les cas ayant fait l’objet d’une étude montrent que le
développement de portefeuilles de financement à terme nécessite également
de devoir affronter les problèmes structuraux. Un cadre législatif et institu-
tionnel favorisant les prêts garantis et l’existence d’instruments permettant
de gérer et de réduire les risques systémiques comptent parmi les éléments
cruciaux les plus importants.
• Contraintes relatives aux garanties. Des garanties substitutives telles que
la mise en place de mécanismes de responsabilité solidaire, de caution ou
de garantie non enregistrées sur des biens comme les terres, le matériel
ou les biens ménagers peuvent être utilisées comme moyen de garantie
pour les prêts à terme les moins importants. Cela est encore plus souhai-
table dans le cas où il existe une relation professionnelle régulière et de
longue durée entre le prêteur et l’emprunteur et quand il n’existe pas ou
peu d’autres sources de financement offrant les mêmes caractéristiques.
Toutefois, des prêts à terme plus importants et d’une durée plus longue,
requièrent des garanties supplémentaires. De plus, quand la concurrence
entre les prêteurs se fait plus intense, l’utilisation de garanties non tradi-
tionnelles peut causer des problèmes si les clients décident de donner en
garantie un même bien à plusieurs prêteurs différents. Le développement
de petits portefeuilles de prêts à terme locaux ont besoin d’un contexte
favorable à la réalisation d’opérations garanties. Les modalités des prêts
(montants, échéances, délais de grâce et taux d’intérêt) dépendent de
l’existence ou non de garanties et des qualités de ces dernières. Dans de
nombreux pays en développement, les limitations légales, réglementaires
et institutionnelles qui pèsent sur la mise en place, l’opposabilité aux
tiers et l’exécution des sûretés restreignent l’utilisation des biens ruraux
en tant que biens donnés en garantie et il convient de se pencher sur ces
limitations le plus rapidement possible.
• Gestion des risques systémiques. La demande en faveur du financement
à terme dépend de la capacité d’un investisseur à affronter et gérer les
risques systémiques. Des systèmes d’irrigation et des installations de
stockage ainsi que la disponibilité et la qualité des produits chimiques,
Chapitre 10: Conclusions et recommandations 183
du matériel végétal ou d’animaux reproducteurs améliorent la résilience
des exploitants agricoles. Pour les investisseurs et les institutions finan-
cières, des chocs externes majeurs, comme les cas de sécheresse ou une
chute des prix, sont également difficiles à gérer au niveau local et ils
peuvent entraîner le recours à des outils financiers spécifiques de gestion
des risques comme l’assurance agricole. Des instruments financiers inno-
vants tels que les assurances récolte indexées et basées sur les conditions
locales semblent des instruments prometteurs pour la gestion des risques
liés aux évènements climatiques et ils permettent d’éviter les inconvé-
nients des assurances récolte traditionnelles. Il faut toutefois noter que,
dans les pays en développement, la mise en pratique de ces instruments
est encore plutôt limitée.
10.2 RECOMMANDATIONS AUX INSTITUTIONS FINANCIÈRES
Au regard des expériences des institutions ayant fait l’objet d’une étude,
il est possible de donner quelques recommandations en vue de la création
d’un portefeuille de financement à terme avec des coûts et des risques
raisonnables.
10.2.1 Règles générales pour le développement d’un portefeuille
de financement à terme
• Adopter une stratégie de développement à long terme: la mise en place du
financement à terme doit s’intégrer dans une stratégie plus globale à long
terme, en envisageant les avantages potentiellement tirés eux aussi à long
terme. Il est primordial d’investir dans des études de marché, la création
de nouveaux produits, le financement de technologies, la formation du
personnel, l’adaptation des systèmes d’information de gestion, etc., tout
en tenant compte du fait que ces investissements nécessitent de longues
périodes d’amortissement.
• Adopter une approche progressive pour mettre en place et développer le
financement à terme de façon à étaler les coûts liés à la phase de création
et à réduire les pertes initiales au moment de la mise en place des compé-
tences et des procédures. Commencer par opérer des prêts à court terme
de façon à se familiariser avec les conditions de production et de marché
locales et à constituer une clientèle de base viable. Accorder, dans un
184 Financement des investissements agricoles à terme
premier temps, des prêts à des emprunteurs déjà existants et n’en accor-
der à de nouveaux clients que quand les techniques de financement ont
été bien mises au point. Proposer des prêts à terme polyvalents, sur la
base de la trésorerie existante de l’exploitation agricole, avant de propo-
ser des prêts à terme pour des investissements spécifiques qui pourront
être remboursés en partie ou en totalité sur la base de la différence posi-
tive de trésorerie générée par les nouveaux investissements.
• Proposer une large gamme de produits financiers, y compris des facilités
de dépôt, des prêts à court terme ou des produits d’épargne associés à
des prêts, dans le cadre d’une relation de clientèle entre banque et client
basée sur le long terme. Cela permet aux clients d’avoir une approche pro-
gressive des prêts à terme et de constituer un capital pour le financement
de création d’activités ou le paiement des sommes de remboursement.
S’assurer que les clients puissent disposer d’un fonds de roulement satis-
faisant pour les opérations et la maintenance relatives à l’investissement.
La fourniture de prêts d’urgence peut permettre d’équilibrer la trésorerie
de l’exploitation agricole et de faire face à des évènements dommageables.
10.2.2 Recommandations particulières pour la création de produits
et la mise en place de techniques financières
• Se concentrer sur le développement d’activités déjà existantes et le déve-
loppement de techniques confirmées pour lesquelles des services de
soutien existent. N’accorder un financement pour de nouvelles activités
qu’aux emprunteurs réguliers ou qu’à ceux possédant une trésorerie
stable, diversifiée et des biens appropriés pouvant être donnés en garan-
tie. Envisager une offre de prêts à terme polyvalents et/ou des produits
d’épargne à terme pour diversifier les investissements.
• Eviter des produits de crédit standardisés basés sur des modèles de trésore-
rie ou des investissements à terme particuliers concernant des prêts à terme
fournis à de petits emprunteurs ou des emprunteurs informels. Faire une
appréciation de la capacité de remboursement sur la base d’une évaluation
complète de toutes les sources de revenus et de toutes les dépenses liées
aux activités et au ménage agricoles et en évaluer les qualités de régularité.
Etablir des prévisions de trésorerie de l’exploitation agricole sur la base
de données courantes, tout particulièrement dans le cas de nouveaux
emprunteurs; pour les emprunteurs réguliers, les critères de prévision
peuvent être assouplis. Ajuster le plus précisément possible les barèmes de
Chapitre 10: Conclusions et recommandations 185
remboursement aux prévisions de revenu de l’exploitation agricole et des
liquidités (marge) générée par l’investissement. Eviter des délais de grâce
trop longs et prévoir le paiement d’intérêts (de retard).
• Prix des prêts à terme selon le type de client: les clients peuvent être
classés en différentes catégories de risques selon leur expérience, leur
passé financier en qualité de débiteur, leur capacité à pouvoir fournir des
acomptes et leur capacité à offrir des biens en garantie. Les clients régu-
liers doivent pouvoir bénéficier de taux d’intérêt plus bas.
• Faire preuve de flexibilité en matière de garantie: développer autant que
possible l’utilisation de garanties substitutives pour les prêts à terme
les moins importants et aider les nouveaux exploitants agricoles par le
biais d’incitations relatives aux remboursements; ces dernières peuvent
prendre la forme d’une possibilité de bénéficier de prêts futurs à des
conditions plus avantageuses, de l’exercice d’une pression collective et
d’un nantissement de biens appartenant à l’emprunteur et présentant
pour lui une grande valeur sur le plan personnel et économique. Prendre
en considération l’expérience, les compétences, le passé financier en tant
qu’emprunteur et une trésorerie solide comme garanties substitutives
partielles pour les garanties fournies. Dans le cas de prêts plus impor-
tants et d’une durée plus longue, combiner garanties traditionnelles et
garanties substitutives.
• Prendre en considération la technique du bail financier avec clause de
rachat pour le financement à moyen terme de matériel quand la fourni-
ture de prêts à terme est impossible à cause de limitations législatives ou
réglementaires et quand le cadre réglementaire ou fiscal n’est pas trop
défavorable au crédit-bail.
• Créer des partenariats avec des institutions non financières: passer des
accords avec des fournisseurs de matériel afin d’assurer la formation des
clients, de garantir un service après-vente, d’effectuer un suivi des clients
et des achats en gros de matériel. S’assurer que les fournisseurs prennent
en charge une part du risque liée au crédit, par exemple par le biais de
paiements échelonnés calculés en fonction du comportement du client
vis-à-vis des remboursements. Passer des accords avec les organisations
agricoles, les autorités locales et les ONG pour le contrôle et l’examen
au cas par cas des clients, la mise en œuvre d’une pression collective, de
services de vulgarisation et de conseils commerciaux. Coopérer avec les
gouvernements locaux pour assurer la mise en place d’infrastructures
complémentaires profitant aux investissements tels que le réseau rou-
tier, les installations d’irrigation ou les infrastructures commerciales.
186 Financement des investissements agricoles à terme
Négocier des accords avec les sociétés de transformation de produits
agricoles afin de créer des canaux commerciaux durables pour la produc-
tion des produits et la disponibilité des facteurs de production et d’une
assistance technique; les accords de ce type pourraient aussi prendre la
forme de remboursements de prêt en nature.
10.3 MESURES DE SOUTIEN DE LA PART DES GOUVERNEMENTS
ET DES DONATEURS
Les gouvernements et les donateurs disposent principalement de deux voies
pour encourager la fourniture de financement à terme:
• soutenir les institutions financières par le biais d’une assistance tech-
nique et financière pour la création et l’introduction de nouveaux pro-
duits financiers et de nouvelles techniques financières;
• mettre en œuvre des politiques cohérentes et des mesures complémen-
taires afin de créer un contexte économique, politique et institutionnel
favorable et de renforcer la demande réelle en faveur de ce type de
financement.
10.3.1 Soutien direct aux institutions financières
Apporter un soutien pour les produits innovants
Les institutions financières doivent pouvoir bénéficier d’un soutien pour
la création de produits de financement – à terme à travers une assistance
technique – afin de:
• diffuser de bonnes pratiques au niveau international pour la création de
produits de financement à terme et pour le financement de technologies,
par exemple par la publication d’études de cas, de matériel de formation,
d’ateliers au niveau international et d’échange de personnel;
• développer et tester des prototypes de produits de prêts à terme ou des
produits de crédit-bail;
• former des agents chargés des prêts et les membres des comités de crédit
pour l’appréciation des dossiers de prêt ou des dossiers de crédit-bail ainsi
que pour la comptabilité, la gestion financière et le contrôle interne afin
Chapitre 10: Conclusions et recommandations 187
d’assurer une gestion professionnelle et efficace des opérations des insti-
tutions financières rurales dans leur phase de création ou de consolidation;
• renforcer les capacités du personnel sur les questions légales, réglemen-
taires et fiscales pour les institutions financières rurales intéressées par
les activités de crédit-bail;
• adapter les systèmes d’information de gestion de façon à améliorer la
tenue d’un historique des prêts ou du crédit-bail pour chaque client et
surtout pour améliorer la gestion des portefeuilles;
• passer des accords avec des institutions non financières comme les four-
nisseurs de matériel, les ONG et les autorités locales.
Mobilisation de sources de financement à long terme
Une aide financière sous la forme de prêts secondaires ou d’apports de
capitaux permet aux institutions financières qui entendent fournir des pro-
duits de financement à terme de se concentrer sur une gestion rentable des
activités. Une aide financière consentie pour les coûts de financement peut
être justifiée dans la mesure où elle permet d’aider les institutions financières
rurales à supporter les risques courus initiaux très élevés et les coûts de tran-
saction. Une aide de ce type doit être progressive, prendre en considération
le rendement et limitée dans le temps. Elle peut se révéler plus efficace si elle
est accompagnée d’une assistance technique compatible avec les principes
énoncés précédemment.
Une fois que le développement des techniques de financement a été porté à
son terme avec succès, les institutions financières rurales peuvent bénéficier
d’une aide afin de diversifier leurs emprunts en ayant accès aux sources
de financement de type commercial. Une aide peut intervenir dans les
domaines suivants:
• renforcer les compétences de gestion de trésorerie des institutions finan-
cières rurales;
• créer des fonds de liquidités communs, en créant, par exemple, des asso-
ciations ou des fédérations entre des institutions similaires;
• bénéficier d’une assistance pour la création de produits d’épargne à
terme et liés à un prêt;
• fournir des mécanismes de garantie permettant de bénéficier de facilités
de crédit de la part des banques commerciales et d’avoir accès aux mar-
chés de capitaux par le biais d’obligations et autres produits dérivés;
188 Financement des investissements agricoles à terme
• investir dans les capitaux propres afin de renforcer le capital de base des
institutions financières rurales en facilitant l’accès aux emprunts de type
commercial ou à d’autres instruments de crédit.
Assurer des facilités de refinancement à long terme aux institutions finan-
cières déjà existantes peut se révéler important dans les situations suivantes:
• les capitaux de marché ne génèrent pas des sources de financement à
long terme adéquates pour financer des prêts de longue durée nécessaires
pour les investissements à terme;
• de petites institutions financières possédant des techniques de finance-
ment viables ne peuvent pas avoir accès à des sources de financement
adéquates sur les marchés leur permettant de développer leurs activités de
financement à terme, par exemple à cause de limitations réglementaires.
Dans ces cas, le coût du financement doit suivre les taux de marché afin
de ne pas décourager le développement de sources de financement com-
merciales, et les institutions financières devraient aussi supporter tous les
risques de crédit. Cette mesure de soutien devrait faire l’objet d’un contrôle
très strict et n’être mise en application que pour les institutions financières
bien gérées possédant un capital solide et un portefeuille fiable et solide.
10.3.2 Mesures visant à créer un contexte favorable et à favoriser
la demande
Un soutien aux institutions financières pour développer des produits de
financement à terme est plus efficace quand il est fourni au sein d’une
stratégie globale de développement rural. Les domaines particulièrement
importants pour des actions gouvernementales ou pour un soutien de la part
des donateurs sont les suivants:
Assurer des politiques macroéconomiques et sectorielles solides et
cohérentes
Des taux d’intérêt et des taux d’inflation faibles et constants, ainsi que des
taux de change des devises étrangères raisonnables, sont les conditions pré-
alables à la fourniture de financement à terme et en faveur d’un secteur agri-
cole prospère. Des mesures visant à améliorer la fourniture de financement
Chapitre 10: Conclusions et recommandations 189
rural par la création d’institutions financières se révèlent inefficaces si les
tendances urbaines ou des taux d’inflation élevés entraînent une limitation
de la demande. En instaurant le dialogue et en fournissant une assistance
technique (comme la tenue d’ateliers pour les actionnaires et des études
sectorielles), les donateurs peuvent apporter leur soutien pour définir des
politiques et suggérer des réformes.
Améliorer le cadre législatif et institutionnel concernant les prêts
garantis
Des réformes législatives et institutionnelles qui améliorent la création,
l’opposabilité aux tiers et l’exécution des sûretés présentent certainement
des avantages à long terme en matière de développement de financement
à terme, et ce malgré la contrainte de longue durée imposée. Des mesures
clés devraient prévoir des réformes législatives et institutionnelles qui per-
mettent d’élargir l’éventail des biens qui peuvent être donnés en garantie,
y compris les biens meubles tels que le matériel, le bétail, les récoltes, les
stocks et les créances. Les systèmes d’enregistrement pour la tenue d’un
registre des sûretés concernant les biens meubles et immeubles devraient
être réorganisés afin d’en améliorer l’efficacité et l’opérationnalité et afin de
réduire le coût d’accès aux informations. Cela peut nécessiter l’informatisa-
tion des registres et la mise en place d’un nouveau système de classement.
Enfin, des dispositions légales et des procédures administratives doivent être
modifiées afin d’assurer une bonne exécution des contrats et la saisie des
biens donnés en garantie.
Dans les cas où il existe de bonnes bases culturelles et institutionnelles pour
les marchés des terres agricoles, une loi sur les hypothèques pourrait favo-
riser le développement des instruments de marché de capitaux comme la
titrisation des hypothèques foncières ou d’autres types de garanties basées
sur les actifs. Cela permettrait, pour la valorisation des terres et la création
de cultures pérennes, de bénéficier de nouvelles sources de financement à
long terme pour le refinancement des prêts.
Développer les produits de crédit-bail
Le développement de produits de crédit-bail permet de disposer d’un
instrument de financement alternatif; cela requiert de modifier certaines
dispositions légales afin de réaliser une saisie rapide et simple des biens
190 Financement des investissements agricoles à terme
objet du crédit-bail et de modifier également les dispositions légales et
fiscales qui pénalisent les activités de crédit-bail. Les limitations qui visent
à empêcher certains intermédiaires financiers ou fournisseurs de matériel
à fournir des prestations de crédit-bail devraient être supprimées, comme
devraient l’être celles qui obligent les banques exerçant des activités de
crédit-bail à ouvrir des filiales. Les réformes légales devraient être com-
plétées par un renforcement des capacités des institutions locales (par
exemple tribunaux, police, etc.).
Améliorer les infrastructures rurales
Les investissements dans les infrastructures rurales (infrastructures rou-
tières, commerciales ou de communication) améliorent le rendement des
activités agricoles, réduisent les coûts de transaction et stimulent la demande
en faveur du financement à terme. Les systèmes d’irrigation et de drainage
réduisent les possibilités de voir les exploitants agricoles exposés aux risques
climatiques et favorisent les possibilités de diversification et d’intensifica-
tion des activités.
Ces mesures stimulent également les investissements privés et améliorent
la viabilité du financement à terme. Dans les zones rurales marginales, elles
peuvent servir d’élément déclencheur et ouvrir la voie au développement
des activités financières. Des approches innovantes visant la combinaison
de différentes sources de financement doivent être explorées, en prenant en
considération les exploitants agricoles et les communautés locales, les inves-
tisseurs commerciaux et les fonds publics.
Apporter un soutien à l’innovation et à la diversification agricole
Dans la mesure où elles peuvent présenter d’importants risques pour les
institutions financières rurales, l’introduction de nouvelles technologies
peut requérir un soutien initial en termes de formation ou de financement.
Cela vaut également pour les nouvelles entreprises qui nécessitent une
mise de fonds de capital initiale. Il est souvent nécessaire de devoir créer
des technologies adaptées aux petits exploitants agricoles à vocation com-
merciale et d’en tester l’adéquation. Une fois la faisabilité économique et
technique vérifiée, les institutions financières rurales peuvent se lancer dans
le financement de nouvelles activités ou technologies. Les gouvernements
et les donateurs peuvent alors apporter leur soutien à la création d’une
Chapitre 10: Conclusions et recommandations 191
chaîne logistique dans le secteur privé qui vise la fourniture de facteurs de
production et de biens d’investissement dans le but de pouvoir disposer de
technologies fiables et à faible coût et de services de soutien les concernant.
Renforcer les activités d’aval
Les institutions de financement pour le développement peuvent fournir un
financement de capital, des crédits à long terme et des prêts secondaires aux
petites et moyennes sociétés de transformation de produits agricoles, avec
pour conséquence des retombées sur les investissements agricoles. Le finan-
cement de capital, combiné avec des instruments de crédit à long terme, peut
aussi être utilisé afin de capitaliser des joint ventures agroalimentaires, d’ex-
ploitations agricoles, de travailleurs agricoles ou d’institutions financières.
Améliorer l’accès aux informations
Les systèmes d’information relatifs aux marchés, aux études de marché
pour la diversification et aux informations sur les nouvelles technologies
et les systèmes de données agricoles aident les exploitants agricoles et les
institutions financières rurales à définir des possibilités d’investissements
rentables et à apprécier les risques et les tendances du marché. Les institu-
tions financières rurales tireraient aussi avantage de systèmes d’information
concernant les emprunteurs, comme les centres d’informations sur la solva-
bilité des emprunteurs. Les bailleurs de fonds pourraient renforcer la capa-
cité des opérateurs du secteur privé, des ministères et des organisations de la
société civile à mener des études de marché et de prix des produits agricoles.
Cela entraînerait une meilleure information à la base des décisions prises
par les investisseurs et les institutions financières rurales. Les services de
vulgarisation et les conseils en matière de commerce agricole augmentent la
capacité des exploitants agricoles à adopter de bonnes pratiques agricoles et
à améliorer leurs activités et leurs compétences en gestion financière.
Mettre à disposition des outils de gestion des risques
Les gouvernements et les donateurs peuvent fournir des financements ini-
tiaux et une assistance technique pour tester l’introduction d’une assurance
récolte ou d’une assurance pour le bétail basée sur des index ou sur les diffé-
rentes zones rurales (création de contrat, sélection d’indicateurs pertinents,
gestion des données, etc.).
192 Financement des investissements agricoles à terme
Les fluctuations cycliques des prix constituent une des plus importantes
limites que connaît le financement à terme et elles ne peuvent pas être gérées
par des instruments de gestion à court terme des risques liés aux prix tels
que les options de vente, les contrats à terme ou les opérations de couver-
ture contre les risques à terme. La recherche de nouvelles approches et de
nouveaux instruments visant à gérer les fluctuations cycliques de prix sont
essentielles afin d’élargir le financement à terme au plus grand nombre de
produits agricoles.
193
GLOSSAIRE
Aléa Risque ne pouvant être évalué.
Aléa moral Risque d’un changement d’attitude de la part de l’emprunteur
après la signature d’un contrat, comme par exemple un risque
accru de non-remboursement par négligence, incompétence,
manque de prudence, détournement des fonds ou volonté de ne
pas rembourser.
Antisélection Prêts: Un manque d’informations ne permet pas au prêteur de
distinguer les risques réels relatifs à différents emprunteurs ou
investissements. Afin de se protéger contre des pertes potentielles,
le prêteur peut pratiquer un taux d’intérêt plus élevé que le taux
de rendement des souscripteurs les moins rentables mais présentant
aussi des risques les moins élevés. Cela permet au prêteur de détenir
un portefeuille de clients présentant des risques élevés et s’acquit
tant des primes de risques sans difficultés particulières.
Assurance: Tendance des clients ne pouvant assumer les risques à
demander ou à renouveler une assurance alors qu’ils sont exposés
à de probables pertes pour un montant supérieur aux primes alors
que des particuliers encourant des risques peu élevés ne peuvent
pas bénéficier d’une assurance. L’antisélection se vérifie quand l’as
suré est en possession d’informations que l’assureur ne possède pas.
Coefficient Le ratio obtenu entre les dettes et le capital d’une entreprise.
d’endettement
Coefficient Ce coefficient convertit la valeur effective d’un prêt en plusieurs
de récupération paiements d’un montant égal nécessaires au recouvrement du prêt
du capital principal augmenté des intérêts cumulés sur une certaine durée.
On l’appelle aussi «coefficient d’actualisation».
Complémentarité Prêts complémentaires fournis par les institutions financières
quand les risques liés au crédit sont en partie couverts par des
accords de garantie.
Créance résiduelle Privilège sur le partage des gains après un remboursement des
dettes.
194 Financement des investissements agricoles à terme
Gage Une transmission de propriété conditionnelle comme garantie
de remboursement d’un prêt, prouvé par un document légal
enregistré. A la différence d’une hypothèque, dans certains
systèmes juridiques, un gage ne concerne que certains biens
personnels.
Hypothèque Une transmission de propriété conditionnelle comme garantie
de remboursement d’un prêt, prouvée par un document légal
enregistré.
Information Cas où, dans le cadre de relations économiques, une partie
asymétrique (par ex., un mandaté) détient plus d’information que l’autre par
tie (par ex., un mandataire). L’emprunteur possède de meilleures
informations que le prêteur concernant les risques d’un investis
sement donné. L’information asymétrique qui touche l’intention
de l’emprunteur de faire usage ou de rembourser le prêt comme
concordé, peut accroître l’effet d’antisélection et d’aléa de
moralité si l’exécution des contrats ne peut être faite à un coût
raisonnable.
Intégration Intégration des différentes étapes de production, de transforma
verticale tion et de commercialisation dans une chaîne de production de
produits. Elle peut se réaliser par des contrats acheteur/fournis
seur ou par des entreprises communes et un contrôle placés sous
une gestion conjointe.
Investissement Investissements qui sont indivisibles et ne peuvent par être
global développés, c’est-à-dire qui exigent une somme forfaitaire très
importante pour leur réalisation.
Nantissement/Bien Un bien, réel ou personnel, détenu par l’emprunteur, qui sert de
donné en garantie garantie au remboursement d’un prêt. L’emprunteur risque de
perdre le bien si le prêt n’est pas remboursé selon les modalités
contractuelles. Prend aussi le nom de «sûretés».
Opérations Se positionner sur les marchés à terme au lieu de se positionner
de couverture sur les marchés au comptant afin de réduire les risques d’une
perte financière provenant d’un brusque changement défavo
rable des prix.
Option de vente Option qui donne le droit au bailleur, mais pas l’obligation, de
vendre une certaine quantité de produits à un prix convenu à
tout moment jusqu’à expiration de la durée de l’option. Une
option de vente est prise pour se protéger contre une baisse des
prix. L’acquéreur paie une prime au vendeur de l’option.
Premier et Le premier rang se réfère au crédit au détail, c’est-à-dire à la
second rang fourniture de services financiers aux clients. Le second rang est
un crédit en bloc, c’est-à-dire la fourniture de facilités de refi
nancement à des prêteurs de premier rang pour un financement
continu assuré aux clients.
Prime de risque Intérêt complémentaire exigé par le prêteur pour compenser un
risque de non-remboursement de la part de l’emprunteur.
Glossaire 195
Provision pour Affectation d’une somme pour une période donnée pour provi
pertes sur prêt sion pour risque de perte liée aux prêts de façon à se protéger
contre d’éventuelles défaillances de remboursement.
Risque Probabilité quantifiable de changements des paramètres qui
portent à des pertes ou une baisse de profits.
Risque de Disparité entre les modalités (montants, durée et coûts) régis
trésorerie sant les actifs (prêts) et les dettes (sources de financement).
Risques Risques qui touchent un large ensemble d’acteurs, tels que les
systémiques habitants d’une région, les producteurs agricoles ou les institu
tions financières.
Les risques systémiques sont liés à une possibilité d’accumulation
de pertes survenant à la suite d’un évènement qui déclenche une
série de pertes successives avec un effet boule de neige sur les
institutions ou les marchés faisant partie d’un système.
197
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Y5565F/1/04.12