0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
83 vues27 pages

Corrigé-Terminales - Revision Complete

Le document traite des liens logiques en français, notamment l'expression de la cause, de la conséquence, du but, de l'opposition, de la concession et de la condition. Il fournit des exemples et des règles pour utiliser correctement ces connecteurs logiques dans des textes argumentatifs. Des exercices pratiques sont également inclus pour aider à identifier et analyser ces relations logiques dans des extraits littéraires.

Transféré par

carinebechara
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
83 vues27 pages

Corrigé-Terminales - Revision Complete

Le document traite des liens logiques en français, notamment l'expression de la cause, de la conséquence, du but, de l'opposition, de la concession et de la condition. Il fournit des exemples et des règles pour utiliser correctement ces connecteurs logiques dans des textes argumentatifs. Des exercices pratiques sont également inclus pour aider à identifier et analyser ces relations logiques dans des extraits littéraires.

Transféré par

carinebechara
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

fFrançais – Terminales – Révision

1. Les liens logiques : la cause, la conséquence, l’hypothèse, l’opposition,

Les relations logiques s’expriment essentiellement à l’aide de connecteurs logiques ou de


propositions circonstancielles introduites par une conjonction.
Les expressions de la cause, de la conséquence et du but servent à construire les textes à
visée argumentative, comme les discours ou les apologues. Les connecteurs permettent d’exprimer et
de structurer ses idées avec clarté et cohérence.
a. L’expression de la cause
• La cause exprime un fait à l’origine d’un autre fait.
Proposition Introduite par comme, puisque, parce
Tu peux sortir parce que tu
subordonnée que, étant donné que, d’autant
sais ta leçon.
circonstancielle plus/moins que, vu que…
Le trafic étant trop dense,
Participe présent Il est invariable, et se termine par -ant.
je reportai mon départ.
Conjonction de Il est absent car il a de la
car, synonyme de parce que
coordination fièvre.
La rivière est sortie de son
Adverbe en effet lit : en effet, il a beaucoup
plu hier.
Elle pleurait de joie.

Elle est restée par amour


Préposition et locution à, de, par, pour, grâce à, à cause de,
pour lui.
prépositionnelle en raison de, du fait de…
Grâce à elle, il a eu la vie
sauve.
 Ne confondez pas parce que et puisque.
Parce que peut constituer une réponse en soi. Puisque ne peut pas introduire une réponse à une
question. Pourquoi l’a-t-il fait ? Parce que.

b. L’expression de la conséquence
• La conséquence exprime l’effet logique provoqué par une action.
Proposition Introduite par si bien que, c’est
Il a eu un empêchement si bien
subordonnée pour cela que, au point que, si…
qu’il ne peut pas venir ce soir.
circonstancielle que, trop… pour que…
Conjonction de Vous avez bien travaillé, donc
donc
coordination vous réussirez votre devoir.
par conséquent, dès lors, c’est Il a vécu un accident de train.
Adverbe Dès lors, il n’a jamais pu
pourquoi, tellement… que… remonter dans un train.

1
 Les deux points peuvent aussi indiquer un rapport de cause, de conséquence ou de but. Il se
couche tard : il sera fatigué demain. (conséquence)
 Donc n’est jamais placé en tête de phrase.

c. L’expression du but
• Le but exprime l’objectif recherché à la suite d’une action dont il constitue une conséquence
voulue.
Introduite par pour que, afin que, de peur que,
de crainte que, dans l’espoir que…
Il m’a prêté son
Proposition
livre pour que
subordonnée → Ces locutions conjonctives sont suivies du
j’apprenne ma
circonstancielle subjonctif. Elles s’emploient quand le sujet de la
leçon.
proposition principale est différent de celui de la
subordonnée.
pour, afin de, de peur de, en vue de, de crainte
de…
Locution Elle fait du footing
prépositionnelle suivie pour entretenir sa
→ Ces locutions s’emploient quand le sujet de
de l’infinitif forme.
la proposition principale est le même que celui
de la subordonnée.

d. L’expression d’opposition
• Opposer permet de mettre en relief une idée, de la valoriser :
Vous ne me croyez pas et pourtant j’ai raison.
• L’opposition peut être exprimée de différentes manières.
au lieu de, (bien) loin de,
Au lieu de pleurer, tu ferais
malgré, en dépit de…
Préposition ou locution mieux de travailler.
prépositionnelle (+
→ C’est la proposition
nom/infinitif) Loin de se laisser aller, il
infinitive ou le groupe nominal
redouble d’efforts.
qui exprime l’opposition.
seulement, cependant,
pourtant, par contre…
Il avait tout prévu pour son
Adverbe ou locution
déménagement, pourtant il s’est
adverbiale → C’est la proposition
laissé dépasser.
précédée de l’adverbe qui
exprime l’opposition.
Les énergies renouvelables
Conjonction de
mais coûtent cher à l’achat ; mais
coordination
elles sont vites rentables.
alors que, bien que, encore
Conjonction de Même si tu lui pardonnes, il
que, loin de, même si, quand
subordination recommencera.
bien même…

2
e. L’expression de la concession
• La concession laisse de côté un fait considéré comme accessoire, secondaire ou permettant de
faire ressortir le fait essentiel.
P Elle permet de nuancer l’opposition du discours. C’est pourquoi la conjonction et le mode
varient selon la nuance exprimée.
Nuance logique mais, cependant, entre deux Nous n’avons pas de poste à
par contre… phrases pourvoir actuellement.

alors que, tandis + indicatif Mais nous conservons votre


que candidature.

Le théâtre est un art vivant, tandis


que la peinture est un art visuel.
Nuance quand bien même + conditionnel Quand bien même il viendrait ce
conditionnelle soir, il ne la trouverait plus.
même si + indicatif
Même s’il vient ce soir, il ne la
trouvera plus.
Nuance exclusive au lieu que, loin + subjonctif Loin qu’il se préoccupât de nous, il
négative que s’intéressait à elle.
Nuance d’intensité quelque, si… que, + subjonctif Si crédule que vous soyez, vous ne
tout… que pouvez lui faire confiance.
+ indicatif
Tout aimable qu’il paraît, il n’en
ment pas moins.
Nuance sauf que, si ce + indicatif Il a voyagé comme prévu, sauf qu’il
d’exception n’est que avait oublié son billet.

f. L’expression de la condition
Il existe une multitude de formes pour exprimer la condition. La condition fait dépendre un fait (ou
état) de l’existence ou de la réalisation d’un autre fait (ou état). L’hypothèse indique quant à elle
qu’un fait ou un état est imaginé ou supposé ; sa conséquence est éventuelle.
→ La condition et l’hypothèse permettent de nuancer un propos, elles sont donc indispensables à
l’argumentation.
Formuler une hypothèse à l’aide de « si »
 Le moyen le plus simple d’exprimer une condition est de nuancer une proposition
principale à l’aide d’une subordonnée circonstancielle introduite par la conjonction si.
 Pour exprimer la condition ou l’hypothèse, il faut, selon le contexte, respecter les règles
de concordance des temps suivantes.
Temps de la subordonnée Temps de la principale Exemple
si + présent futur Si tu viens, je partirai.
si + imparfait conditionnel présent Si tu venais, je partirais.

3
si + plus-que-parfait conditionnel passé Si tu étais venu je serais
parti.

 Le futur ou le conditionnel n’apparaissent jamais après le si.


 Pour exprimer la condition, l’ordre de la phrase importe peu : le sens reste le même.

 La proposition circonstancielle de condition peut aussi être introduite par une autre
conjonction que si, le mode de la principale pouvant alors varier.

En supposant que, pourvu que, En supposant que j’envoie la lettre aujourd’hui, quand la
suivant que… recevra-t-il ?
+ subjonctif Pourvu qu’elle n’ait pas la curiosité de vérifier mon
cartable.
Suivant que vous soyez innocent ou coupable, vous serez
relaxé ou condamné.
Au cas où, Au cas où vous changeriez d’avis, je me rangerais à vos
quand bien même… côtés.
+ conditionnel

 La condition peut également être exprimée par la simple juxtaposition de deux phrases au
conditionnel. Nous aurions une guerre, nous ne saurions que faire.

Employé dans les deux éléments d’une phrase juxtaposée, le conditionnel marque à la fois le
caractère irréel des deux actions et leur opposition réciproque. Je pourrais être perdu, je
continuerais ma route.

Exercices
1) Repérez les expressions de la conséquence dans ce passage.

Victor Hugo met ici en évidence la responsabilité de la société face au crime.


Voyez Claude Gueux. Cerveau bien fait, cœur bien fait, sans nul doute. Mais le sort le met dans une
société si mal faite, qu’il finit par voler ; la société le met dans une prison si mal faite, qu’il finit par
tuer.
Victor Hugo, Claude Gueux, 1834.
La conséquence est exprimée à deux reprises dans cet extrait : « si mal faite, qu’il finit par
voler », puis « si mal faite qu’il finit par tuer ». Par cette formulation superlative, l’auteur
suggère que la responsabilité de ces crimes est moins imputable au personnage, Claude Gueux,
qu’à la société.

2) Relevez et analysez les expressions de la cause et du but dans ce passage. D’après vous,
qu’apportent-elles ?

Dans cet extrait, Babouc invite des lettrés à dîner.

4
Ces parasites se pressaient de manger et de parler ; ils louaient deux sortes de personnes, les morts et
eux-mêmes, et jamais leurs contemporains, excepté le maître de la maison. Si quelqu’un d’eux disait
un bon mot, les autres baissaient les yeux et se mordaient les lèvres de douleur de ne l’avoir pas dit.
Ils avaient moins de dissimulation que les mages, parce qu’ils n’avaient pas de si grands objets
d’ambition. Chacun d’eux briguait une place de valet et une réputation de grand homme ; ils se
disaient en face des choses insultantes, qu’ils croyaient des traits d’esprit. Ils avaient eu quelque
connaissance de la mission de Babouc. L’un d’eux le pria tout bas d’exterminer un auteur qui ne
l’avait pas assez loué il y avait cinq ans ; un autre demanda la perte d’un citoyen qui n’avait jamais ri
à ses comédies ; un troisième demanda l’extinction de l’Académie, parce qu’il n’avait jamais pu
parvenir à y être admis. Le repas fini, chacun d’eux s’en alla seul, car il n’y avait pas dans toute la
troupe deux hommes qui pussent se souffrir, ni même se parler ailleurs que chez les riches qui les
invitaient à leur table. Babouc jugea qu’il n’y aurait pas grand mal quand cette vermine périrait dans
la destruction générale.
Voltaire, Le Monde comme il va, 1748.
- Les expressions de la cause dans ce passage sont : « de douleur de ne l’avoir pas dit », «
parce qu’ils n’avaient pas de si grands objets d’ambition » (l. 7-8), « parce qu’il n’avait
jamais pu parvenir à y être admis » et « car il n’y avait pas dans toute la troupe deux
hommes qui pussent se souffrir, ni même se parler ailleurs que chez les riches qui les
invitaient à leur table ».
- L’expression du but est la suivante : « d’exterminer un auteur qui ne l’avait pas assez loué
il y avait cinq ans ».
- Les expressions de la cause sont très variées, grâce à l’emploi du groupe nominal
prépositionnel « de douleur de », des propositions subordonnées circonstancielles
introduites par « parce que » et de la proposition coordonnée introduite par la conjonction
« car ».
- Ces expressions permettent au lecteur d’accéder aux réelles motivations des invités de
Babouc, notamment à celles qui les poussent à vouloir exterminer leurs semblables.
L’auteur brosse ainsi un portrait peu flatteur de ces lettrés, qu’il nomme en amorce de la
description, des « parasites ».

3) a-Relevez les expressions de la cause, de la conséquence et du but dans ce réquisitoire


contre la peine de mort.
b-Expliquez ce qu’elles apportent à l’argumentation.

Pour simplifier, disons que notre civilisation a perdu les seules valeurs qui, d’une certaine manière,
peuvent justifier cette peine et souffre au contraire de maux qui nécessitent sa suppression.
Autrement dit, l’abolition de la peine de mort devrait être demandée par les membres conscients de
notre société, à la fois pour des raisons de logique et de réalisme.
De logique d’abord. Arrêter qu’un homme doit être frappé du châtiment définitif revient à décider
que cet homme n’a plus aucune chance de réparer. C’est ici, répétons-le, que les arguments
s’affrontent aveuglément et cristallisent dans une opposition stérile. Mais justement, nul parmi nous

5
ne peut trancher sur ce point, car nous sommes tous juges et parties. De là notre incertitude sur le
droit que nous avons de tuer et l’impuissance où nous sommes à nous convaincre mutuellement.
Albert Camus, Réflexions sur la peine capitale, Calmann-Lévy, 1957.
a- Ce réquisitoire d’Albert Camus utilise les expressions de la cause, de la conséquence et
du but :
– la cause : « à la fois pour des raisons de logique et de réalisme » et « car nous sommes
tous juges et parties ».
– conséquence : « De là notre incertitude sur le droit que nous avons de tuer et
l’impuissance où nous sommes à nous convaincre mutuellement »
– but : « Pour simplifier ».
b- Ces expressions donnent plus d’efficacité à cette argumentation puisqu’elles dévoilent
ses liens logiques en même temps que sa cohérence.

4) L’auteur exprime-t-il l’opposition ou la concession ? Justifiez en relevant le mot qui le


prouve.

Regardez les gens courir, affairés, dans les rues. Ils ne regardent ni à droite, ni à gauche, l’air
préoccupé, les yeux fixés à terre, comme des chiens. Ils foncent tout droit, mais toujours sans
regarder devant eux, car ils font le trajet connu d’avance, machinalement. Dans toutes les grandes
villes du monde, c’est pareil. L’homme moderne, universel, c’est l’homme pressé.
Eugène Ionesco, Notes et Contre-notes, Gallimard, 1962.
L’expression de l’opposition est : « mais toujours sans regarder devant eux ». Elle est
introduite par la conjonction de coordination « mais », qui oppose la manière dont les gens
marchent dans une grande ville, et le caractère machinal de cette action.

5) Relevez les arguments qui présentent une opposition et précisez les termes qui
l’introduisent. Qu’apporte l’expression de l’opposition au propos ?

Dans cet extrait, Claude Lévi-Strauss entend démontrer que l’écriture, avant d’être un outil
d’émancipation, a d’abord constitué un moyen s’asservir des êtres humains.
[L’]Afrique indigène a possédé des empires groupant plusieurs centaines de milliers de sujets ; dans
l’Amérique précolombienne, celui des Incas en réunissait des millions. Mais, dans les deux
continents, ces tentatives [de domination] se sont montrées également précaires. On sait que l’empire
des Incas s’est établi aux environs du XII e siècle ; les soldats de Pizarre n’en auraient certainement
pas triomphé aisément s’ils ne l’avaient trouvé, trois siècles plus tard, en pleine décomposition. Si
mal connue que nous soit l’histoire ancienne de l’Afrique, nous devinons une situation analogue : de
grandes formations politiques naissaient et disparaissaient dans l’intervalle de quelques dizaines
d’années. Il se pourrait donc que ces exemples vérifiassent l’hypothèse au lieu de la contredire. Si
l’écriture n’a pas suffi à consolider les connaissances, elle était peut-être indispensable pour affermir
les dominations.

6
Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques, © Plon, un département de Place des éditeurs, 1955.
a- Les arguments de Claude Lévi-Strauss contiennent l’expression de l’opposition : «
Mais, dans les deux continents, ces tentatives [de domination] se sont montrées
également précaires » est introduit par la conjonction de coordination « Mais » ;
l’expression « au lieu de la contredire » est introduite par la locution prépositionnelle «
au lieu de ».
b- Le premier argument souligne l’opposition entre le nombre élevé de sujets dans
l’Afrique indigène et l’Amérique précolombienne et l’échec réciproque de leur
tentative de domination. Dans le second argument, l’auteur met à distance deux
idées contraires aux siennes, et affirme de cette manière ses propres convictions.

6) a-Relevez les verbes au conditionnel et les autres dans un tableau. Dites ce que le
conditionnel exprime de plus que les autres modes.
b- Reformulez la condition à laquelle le couple de personnages aurait été heureux.

Ils auraient aimé être riches. Ils croyaient qu’ils auraient su l’être. Ils auraient su s’habiller, regarder,
sourire comme des gens riches. Ils auraient eu le tact, la discrétion nécessaires. Ils auraient oublié
leur richesse, auraient su ne pas l’étaler. Ils ne s’en seraient pas glorifiés. Ils l’auraient respirée. Leurs
plaisirs auraient été intenses. Ils auraient aimé marcher, flâner, choisir, apprécier. Ils auraient aimé
vivre. Leur vie aurait été un art de vivre.
[…] Pour ce jeune couple, qui n’était pas riche, mais qui désirait l’être, simplement parce qu’il n’était
pas pauvre, il n’existait pas de situation plus inconfortable.
Georges Perec, Les Choses [1965], Julliard, 2006.
a-
Verbes au conditionnel Autres verbes conjugués (temps et mode)

- « auraient aimé » - « croyaient » (imparfait de


- « auraient su » l’indicatif)
- « auraient su » - « était » imparfait de l’indicatif)
- « auraient eu » - « désirait » (imparfait de l’indicatif)
- « auraient oublié » - « existait » (imparfait de l’indicatif)
- « auraient su »
- « s’en seraient pas glorifiés »
- « l’auraient respirée »
- « auraient été »
- « auraient aimé »
- « aurait été »

Le conditionnel exprime une éventualité. Tous ces verbes au conditionnel passé


soulignent que cette éventualité ne s’est pas réalisée.
b- Le couple de personnages aurait été heureux s’il avait été riche. Comme le montre la

7
fin de l’extrait, ce couple n’est ni riche ni pauvre, ce qui le place dans une position «
inconfortable ».

7) Relevez la condition à laquelle, selon l’auteur, un texte prend sens et expliquez-la.


Dans le récit autobiographique Tout compte fait, Simone de Beauvoir explique son rapport à la
lecture.

La joie de lire : elle ne s’est pas émoussée. Je suis toujours émerveillée par la métamorphose des
petits signes noirs en un mot qui me jette dans le monde, qui précipite le monde entre mes quatre
murs. Le texte le plus ingrat suffit à me provoquer ce miracle. « J.F. 30 ans, sténo-dactylo exp. ch.
travail trois jours par semaine. » Je suis des yeux cette petite annonce et la France se peuple de
machines à écrire et de jeunes chômeuses. Je sais : le thaumaturge, c’est moi. Si devant les lignes
imprimées je demeure inerte, elles se taisent. Pour qu’elles s’animent, il faut que je leur donne un
sens et que ma liberté leur prête sa propre temporalité, retenant le passé et le dépassant vers l’avenir.
Simone de Beauvoir, Tout compte fait, Gallimard, 1972.
Selon Simone de Beauvoir, le texte prend sens uniquement s’il est animé par le lecteur. On en
veut pour preuve la phrase « Si devant les lignes imprimées je demeure inerte, elles se taisent.
Pour qu’elles s’animent, il faut que je leur donne un sens et que ma liberté leur prête sa propre
temporalité, retenant le passé et le dépassant vers l’avenir ». C’est donc par le sujet-lecteur que
l’objet-texte prend vie.

8
2. Les articulateurs logiques.

Connecteurs (articulations) logiques/mots de liaison


Addition ou et, de plus, en outre, par ailleurs, surtout, puis, d’abord, ensuite, enfin, d’une part,
gradation d’autre part, non seulement... mais encore, voire, de surcroît, d’ailleurs, avec, en
plus de, outre, quant à, ou, outre que, sans compter que.....
Classer puis, premièrement..., ensuite, d’une part... d’autre part, non seulement... mais
encore, avant tout, d’abord.....
––– mais, cependant, en revanche, or, toutefois, pourtant, au contraire, néanmoins,
Restriction malgré, en dépit de, sauf, hormis, excepté, tandis que, pendant que, alors que, tant
ou + adverbe + adjectif + que, tout que, loin que, bien que, quoique, sans que, si... que,
opposition quel que + verbe être + non.....
Cause car, parce que, par, grâce à, en effet, en raison de, du fait que, dans la mesure où, à
cause de, faute de, puisque, sous prétexte que, d’autant plus que, comme, étant
donné que, vu que, non que.....
Indiquer ainsi, c’est pourquoi que, en conséquence, par suite, de là, dès lors, par conséquent,
une aussi, de manière à, de façon à, si bien que, de sorte que, tellement que, au point...
conséquence que, de manière que, de façon que, tant... que, si... que, à tel point que, trop pour
que, que, assez pour que.....
Condition si, peut-être, probablement, sans doute, éventuellement, à condition de, avec, en
ou cas de, pour que, suivant que, selon (+ règle de « si »), à supposer que, à moins que,
supposition à condition que, en admettant que, pour peu que, au cas où, dans l’hypothèse où,
ou quand bien même, quand même, pourvu que....
hypothèse
Comparaiso ou, de même, ainsi, également, à la façon de, à l’image de, contrairement à,
n ou conformément à, comme, de même que, ainsi que/aussi... que, autant... que, tel...
équivalence que, plus... que, plutôt... que, moins... que.....
ou parallèle
But pour, dans le but de, afin de, pour que, afin que, de crainte que, de peur que.....
Indiquer ou, autrement, sinon, soit... soit, ou... ou.....
une
alternative
Expliciter c’est-à-dire, en effet, en d’autres termes.....
Illustrer par exemple, c’est ainsi que, comme, c’est le cas de.....
Conclure au total, tout compte fait, tout bien considéré, en somme, en conclusion,
finalement, somme toute, en peu de mots, à tout prendre, en définitive, après tout,
en dernière analyse, en dernier lieu, à la fin, au terme de l’analyse, au fond, pour
conclure, en bref, en guise de conclusion.....

9
Exercices

1) Complétez le texte suivant avec les connecteurs appropriés, choisis dans la liste
suivante : pourtant, de plus, pour conclure, en d’autres mots, c’est pourquoi,
cependant, bref, enfin, en effet, tout d’abord, car, ensuite, d’ailleurs.

Faire du sport serait bon pour la santé : les médecins, les psychologues, les professeurs de
sport le disent. _______________ il serait le remède contre la violence des adolescents.
_______________ beaucoup de parents qui ont des enfants un peu trop agressifs se précipitent
pour les inscrire dans un club de tennis ou de foot et, dans les écoles, le sport est vu comme la
solution miracle contre une agressivité de plus en plus difficile à contenir. _______________ ,
cette piste semble être totalement fausse. _________________, Luc Collard, chercheur à la
Faculté des sciences du sport de l’université de Picardie et auteur du livre Sport et agressivité,
affirme tout le contraire.
________________, d’après Luc Collard, les jeunes n’aimeraient pas tellement le sport
__________________ il implique des règles et une hiérarchie qu’ils n’apprécient
guère.______________________, la pratique du sport exalterait l’opposition et la recherche de
domination. ____________________, elle trouve son origine dans l’affrontement entre les
écoles privées de l’Angleterre du 18 e siècle. __________________, Luc Collard affirme que le
sport est le reflet des valeurs de notre société, dans laquelle, pour atteindre ses buts, il faut être
agressif et s’imposer, souvent, en tirant profit de la peur des autres. ________________, il faut
avoir une mentalité de « battant », valorisée également dans le sport. ____________________,
les jeunes qui pratiquent un sport affirment eux-mêmes souvent qu’ils le font... pour savoir se
battre !

_________________, il est illusoire de chercher à faire diminuer l’agressivité des jeunes


grâce au sport______________, les tentatives réalisées dans plusieurs villes en France ont abouti
à la conclusion que la délinquance a, au mieux, parfois stagné, mais que, d’autres fois, elle a
augmenté. ______________, il ne s’agit pas de ne plus encourager les jeunes à faire du sport
mais de rester réservé quant à sa capacité d’antidote contre l’agressivité. ______________, si le
sport est le moyen idéal pour transformer les jeunes en « gagnants », ce n’est pas cette activité
qui les aidera à développer des valeurs d’altruisme et à respecter la faiblesse de l’autre.

Faire du sport serait bon pour la santé : les médecins, les psychologues, les professeurs de
sport le disent. De plus, il serait le remède contre la violence des adolescents. C’est pourquoi,
beaucoup de parents qui ont des enfants un peu trop agressifs se précipitent pour les inscrire
dans un club de tennis ou de foot et, dans les écoles, le sport est vu comme la solution miracle
contre une agressivité de plus en plus difficile à contenir. Cependant, cette piste semble être
totalement fausse. En effet, Luc Collard, chercheur à la Faculté des sciences du sport de
l’université de Picardie et auteur du livre Sport et agressivité, affirme tout le contraire.

Tout d’abord, d’après Luc Collard, les jeunes n’aimeraient pas tellement le sport car il

10
implique des règles et une hiérarchie qu’ils n’apprécient guère. Ensuite, la pratique du sport
exalterait l’opposition et la recherche de domination. En effet, elle trouve son origine dans
l’affrontement entre les écoles privées de l’Angleterre du 18 e siècle. Enfin, Luc Collard
affirme que le sport est le reflet des valeurs de notre société, dans laquelle, pour atteindre ses
buts, il faut être agressif et s’imposer, souvent, en tirant profit de la peur des autres. En
d’autres mots, il faut avoir une mentalité de « battant », valorisée également dans le sport.
D’ailleurs, les jeunes qui pratiquent un sport affirment eux-mêmes souvent qu’ils le font...
pour savoir se battre !

Pour conclure, il est illusoire de chercher à faire diminuer l’agressivité des jeunes grâce au
sport. En effet, les tentatives réalisées dans plusieurs villes en France ont abouti à la
conclusion que la délinquance a, au mieux, parfois stagné, mais que, d’autres fois, elle a
augmenté. Pourtant, il ne s’agit pas de ne plus encourager les jeunes à faire du sport mais de
rester réservé quant à sa capacité d’antidote contre l’agressivité. Bref, si le sport est le moyen
idéal pour transformer les jeunes en « gagnants », ce n’est pas cette activité qui les aidera à
développer des valeurs d’altruisme et à respecter la faiblesse de l’autre.

2) Remettez les phrases dans l’ordre logique


a- Mais cette définition suppose pour le moins qu’on a commencé par apprendre quelque
chose.
b- Et c’est pourquoi les travailleurs, instinctivement, considèrent l’école comme le premier
outil de leur promotion, c’est-à-dire de leur libération.
c- En premier lieu, tout le monde convient que la culture est d’abord synonyme de
connaissance.
d- Il est bien évident que l’ignorance ne saurait en aucun cas constituer une culture.
e- On a dit, en effet, que la culture était « ce qui reste dans l’esprit quand on a tout oublié ».

c- En premier lieu, tout le monde convient que la culture est d’abord synonyme de
connaissance.
d- Il est bien évident que l’ignorance ne saurait en aucun cas constituer une culture.
e- On a dit, en effet, que la culture était « ce qui reste dans l’esprit quand on a tout oublié ».
a- Mais cette définition suppose pour le moins qu’on a commencé par apprendre quelque
chose.
b- Et c’est pourquoi les travailleurs, instinctivement, considèrent l’école comme le premier
outil de leur promotion, c’est-à-dire de leur libération.

11
3. Les figures de style

Il existe plusieurs types de figures de styles. On désigne par figures de style les procédés littéraires
d’écriture qui enrichissent l’expression et produisent des effets sur le lecteur en marquant un écart
avec la langue ordinaire.
→ Les figures de style visent à donner à un texte ou à un discours, plus d’expressivité ou de pouvoir
de persuasion.
a. Les figures de substitution
Métonymie Elle remplace le nom d’un être ou d’un objet par un Paris a froid. Paris a
autre qui lui est proche parce qu’il s’agit de son faim.
contenant, sa cause, son origine, son instrument… Paris ne mange plus de
→ Elle permet une désignation plus imagée et une marrons dans la rue.
concentration de l’énoncé. (Paul Éluard)
Synecdoque C’est un cas particulier de la métonymie : on désigne un Je ne regarderai ni l’or
être ou un objet par un mot représentant une partie de du soir qui tombe
cet être ou de cet objet, ou la matière dont il est fait. Ni les voiles au loin
→ Elle offre une vision fragmentée de la réalité, un descendant vers
certain impressionnisme. À l’inverse, elle peut frapper Harfleur (Victor Hugo)
par un détail mis en valeur. = les bateaux
Périphrase Elle sert à désigner un être ou un objet par une le meilleur ami de
expression ou un groupe de mots au lieu d’employer l’homme = le chien
un mot précis. Celui de qui la tête au
→ Elle crée une attente et attire l’attention, elle Ciel était voisine
interroge le lecteur. Elle permet d’insister sur la qualité Et dont les pieds
d’un être ou d’un objet avec une plus grande richesse touchaient à l’Empire
lexicale, tout en conservant un référent clairement des Morts. (Jean de La
identifiable. Fontaine) = le chêne
L’astre au front
d’argent (Alphonse de
Lamartine) = la lune
b. Les figures de l’analogie
Comparaison Elle met sur le même plan, grâce à Aubignane est collé contre le tranchant
un outil de comparaison, deux du plateau comme un petit nid de
termes appartenant à des domaines guêpes (Jean Giono) → comparant : un
différents. petit nid de guêpes ; outil de
→ Elle fait ressortir certaines comparaison : comme ; comparé :
caractéristiques communes du Aubignane
comparé et du comparant de
manière imagée et poétique.
Métaphore Elle rapproche deux éléments, qui Cette faucille d’or dans le champ des
d’habitude ne sont pas associés.. Le étoiles.
lecteur est amené à interpréter la Au bout du petit matin bourgeonnant

12
ressemblance. d’anses frêles les Antilles qui ont faim
→ Elle crée de nouvelles images (Aimé Césaire)
par rapprochement implicite.
Personnification Elle consiste à attribuer à un objet Ces flots, ces vents… mes premiers
ou un animal des comportements maîtres. (François-René de
ou des sentiments humains. C’est Chateaubriand)
un cas particulier de métaphore.
→ Elle permet de décrire les choses
avec plus de vivacité.
Allégorie Elle permet de concrétiser une Je vis cette faucheuse. Elle était dans
idée abstraite en lui associant des mon [champ,
comportements, des gestes et des Elle allait à grands pas moissonnant et
actions comme si c’étaient ceux [fauchant,
d’un être humain. Noir squelette laissant passer le
→ C’est une personnification, mais crépuscule. (Victor Hugo)
qui comporte une dimension
symbolique.
c. Les figures d’exagération et d’atténuation
Gradation Elle organise des termes dans un C’en est fait, je n’en puis plus, je me
ordre d’intensité croissante ou meurs, je suis mort, je suis enterré.
décroissante. (Molière)
→ Elle permet de donner plus
d’intensité à un énoncé ou
d’introduire du suspense.
Hyperbole Elle consiste à utiliser des termes Il fallut céder et l’aimer de la plus
exagérés, trop forts pour le contexte. violente et de la plus sincère passion
Elle est rarement utilisée seule et se qui fût jamais. (Mme de La Fayette)
combine fréquemment avec une
métaphore, une comparaison, etc.
→ Elle crée de l’emphase : on
l’emploie souvent dans le registre
familier (je suis mort de honte).
Lorsqu’elle est exagérée, on parle de
parodie.
Litote C’est l’atténuation d’une idée par Va, je ne te hais point. (Pierre Corneille)
une tournure moins directe, souvent = je t’aime toujours
grâce à un verbe à la forme négative.
→ Elle permet d’exprimer
implicitement une idée plus forte que
ce qui est dit.
Euphémisme Il atténue lui aussi la réalité, adoucit Et tôt serons étendus sous la lame
le message, mais avec une intention (Pierre de Ronsard) = nous serons morts
claire de la part du locuteur.

13
Énumération plus ou moins longue de Ex : Rien n’était si beau, si leste, si
termes. brillant, si bien ordonné que les deux
Accumulation : termes au sens proche armées. Les trompettes, les fifres, les
Accumulation
hautbois, les tambours, les canons
formaient une harmonie telle qu’il n’y
en eut jamais en enfer. (Voltaire)
d. Les figures de répétition
Anaphore C’est la répétition d’un mot au début de Là-bas, c’est le pays de l’étrange
plusieurs phrases, propositions ou vers. et du rêve,
→ Elle permet de rythmer la phrase. Elle peut C’est l’horizon perdu par-delà les
souligner avec insistance un thème ou une sommets,
obsession. C’est le bleu paradis, c’est la
lointaine grève (Jean Richepin)
Parallélism On utilise la même structure syntaxique Chanterons-nous l’espoir, la
e dans deux phrases différentes. tristesse ou la joie ?
→ Il rythme un énoncé et permet souvent de Tremperons-nous de sang les
mettre en évidence une antithèse. bataillons d’acier ? (Alfred de
Musset)
e. Les figures de la répétition sonore
Assonance C’est la répétition d’un même son Ils marchent devant moi, ces yeux
vocalique. pleins de lumières,
Qu’un ange très savant a sans doute
aimantés(Charles Baudelaire)
Allitératio C’est la répétition d’une consonne ou de Vous attendiez, peut-être, un visage
n sons consonantiques voisins. sans pleurs,
Vous calmes, vous toujours de feuilles
et de fleurs (Paul Valéry)
f. Les figures d’opposition
Oxymore C’est l’alliance de deux mots de sens Je serai ton cercueil, aimable pestilence !
contraire à l’intérieur d’un même (Charles Baudelaire)
groupe de mots.
→ Il rapproche des réalités contraires
et fait naître de nouvelles images,
souvent poétiques.
Antithèse Elle fait coexister deux mots de sens Selon que vous serez puissant ou
contraire à l’intérieur d’un même misérable,
énoncé. Les jugements de cour vous rendront
→ Elle met en évidence un conflit, une blanc ou noir.
opposition, une contradiction ou un (Jean de La Fontaine)
dilemme.
Antiphrase Elle permet de dire le contraire de ce Sans mentir […]
qu’on pense, tout en faisant Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois.

14
comprendre ce que l’on pense (Jean de La Fontaine) = le Renard flatte le
réellement. Corbeau, mais n’en pense pas un mot.
→ C’est une figure essentielle de
l’ironie : elle joue sur l’apparence du
discours et son sens profond.

Exercices
1) Lisez l’extrait ci-dessous et relevez les comparaisons et les hyperboles. Quel(s)
effet(s) produit l’enchaînement de ces figures ?
Tout à coup il se sentit saisir le bras.
Ce qu’il éprouva en ce moment, c’est l’horreur indescriptible.
Quelque chose qui était mince, âpre, plat, glacé, gluant et vivant venait de se tordre dans l’ombre
autour de son bras nu. Cela lui montait vers la poitrine. C’était la pression d’une courroie et la
poussée d’une vrille. En moins d’une seconde, on ne sait quelle spirale lui avait envahi le poignet et
le coude et touchait l’épaule. La pointe fouillait sous son aisselle.
Gilliat se rejeta en arrière, mais put à peine remuer. Il était comme cloué. De sa main gauche restée
libre il prit son couteau qu’il avait entre ses dents, et de cette main, tenant le couteau, s’arc-bouta au
rocher, avec un effort désespéré pour retirer son bras. Il ne réussit qu’à inquiéter un peu la ligature,
qui se resserra. Elle était souple comme le cuir, solide comme l’acier, froide comme la nuit.
Victor Hugo, Les Travailleurs de la mer, 1866.

Figure de style Effet


Hyperbole « l’horreur Cette hyperbole inaugurale lance la description. Elle a pour but
indescriptible » d’éveiller la curiosité du lecteur
Hyperbole « C’était la Cette hyperbole est aussi une métaphore : l’enlacement de
pression d’une courroie et l’animal autour du bras de Gilliat est comparé à l’effet d’une
la poussée d’une vrille » courroie et d’une vrille.
Hyperbole « lui avait L’emploi du verbe « envahir » est exagéré. Il témoigne de
envahi le poignet et le l’impression de Gilliat d’être pris au piège.
coude »
Comparaison « Il était Cette comparaison insiste sur l’incapacité du personnage à
comme cloué » bouger.
Triple comparaison « Cette triple comparaison cherche à décrire l’effet qu’a le
souple comme le cuir, contact de la pieuvre sur la peau de Gilliat : les comparants «
solide comme l’acier, cuir » et « acier » évoquent la rigidité avec laquelle la pieuvre
froide comme la nuit » est accrochée à Gilliat, qui contribue à l’impression
d’emprisonnement. La référence à la froideur de la nuit n’est
pas sans faire référence à la mort.

L’enchaînement de ces figures de style permet de décrire au mieux le côté effrayant de ce


contact avec la pieuvre, en même temps qu’il contribue à relancer sans cesse l’intérêt du

15
lecteur pour l’événement décrit

4. Les champs lexicaux.

Exercices
1) Dans le texte suivant, relevez les mots qui font partie du champ lexical de la destruction.

Rien n’était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les
fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu’il n’y en eut jamais en
enfer. Les canons renversèrent d’abord à peu près six mille hommes de chaque côté ; ensuite la
mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la
surface. La baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d’hommes. Le
tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. Candide, qui tremblait comme un
philosophe, se cacha du mieux qu’il put pendant cette boucherie héroïque. Enfin, tandis que les deux
rois faisaient chanter des Te Deum chacun dans son camp, il prit le parti d’aller raisonner ailleurs des
effets et des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d’abord un village
voisin ; il était en cendres : c’était un village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du
droit public.

VOLTAIRE, Candide

Les mots suivants font partie du champ lexical de la destruction : « renversèrent », « ôta du
monde », « mort », « boucherie », « morts », » mourants », « en cendres », « brûlé »

2) Dans le texte suivant, relevez les mots qui font partie du champ lexical de la parole.

La première année de notre séjour à Caden avait atteint son terme, sans que rien changeât dans
notre situation. Quand Ellénore me trouvait sombre ou abattu, elle s’affligeait d’abord, se blessait
ensuite, et m’arrachait par ses reproches l’aveu de la fatigue que j’aurais voulu déguiser. De mon
côté, quand Ellénore paraissait contente, je m’irritais de la voir jouir d’une situation qui me
coûtait mon bonheur, et je la troublais dans cette courte jouissance par des insinuations qui
l’éclairaient sur ce que j’éprouvais intérieurement. Nous nous attaquions donc tour à tour par des
phrases indirectes, pour reculer ensuite dans des protestations générales et de vagues
justifications, et pour regagner le silence. Car nous savions si bien mutuellement tout ce que nous
allions nous dire que nous nous taisions pour ne pas l’entendre. Quelquefois l’un de nous était
prêt à céder, mais nous manquions le moment favorable pour nous rapprocher. Nos cœurs
défiants et blessés ne se rencontraient plus.

Benjamin CONSTANT, Alphonse

Les mots suivants font partie du champ lexical de la parole : « reproches », « aveu »,
« insinuations », « phrases », « justifications », « dire ».

16
5. Les valeurs des modes et des temps verbaux.

Le verbe est le noyau dynamique de la phrase. Il lie le sujet à son action, il indique le temps et
exprime le mode et la façon dont se déroule l’action.
a. Les valeurs du présent

 Le présent peut exprimer des valeurs temporelles extrêmement variées : de la coïncidence


exacte avec l’acte d’énonciation jusqu’à l’expression de la vérité générale qui vaut
indépendamment de toute époque.

Présent L’action coïncide avec le Tiens, on sonne.


d’énonciation moment du discours.
Je vous rends vos excellentes copies.
Présent de Sans limite temporelle, il décrit La rive dessine une courbe à cet
description un être, un lieu, un objet. endroit.
Présent de vérité Il énonce une vérité, vraie de Un triangle est un polygone à trois
générale tout temps. côtés.
Présent d’habitude Il indique une action qui se Elle se couche tous les jours de bonne
répète. heure.
Présent de narration Dans un récit au passé, il rend Un agneau se désaltérait […]./Un
l’événement vivant et crée un loup survient à jeun […] (Jean
effet de style. de La Fontaine)
Présent à valeur de Il s’emploie pour une action qui Il part demain pour Berlin.
futur/passé proche va se produire ou vient de se
produire. Il vient d’arriver.

b. Les valeurs du futur


Futur Il présente comme certain Quand les hommes vivront d’amour, il n’y aura
catégorique un fait futur par rapport au plus de misère. (Raymond Lévesque)
présent.
Futur de vérité Il rivalise avec le présent Selon que vous serez puissant ou misérable,/Les
générale pour énoncer une vérité jugements de cour vous rendront blanc ou noir.
vraie de tout temps. (Jean de La Fontaine)

c. Les valeurs des temps du passé


Imparfait Il est utilisé pour les L’arbre de couche était couvert de
descriptions, les portraits, et poussière et le grand chat maigre dormait
il sert de second plan aux dessus. (Alphonse Daudet) = description
actions mises en avant par le
passé simple. Le dimanche, nous allions aux moulins par
bandes. (Alphonse Daudet) = habitude
Dans le récit au passé, il sert à
exprimer l’habitude.

17
Passé simple Il situe le fait dans un passé À neuf heures, la salle du théâtre des
coupé du présent ; sur fond Variétés était encore vide. Quelques
d’imparfait, il met en avant ce personnes, au balcon et à l’orchestre,
qui fait événement. attendaient, perdues parmi les fauteuils de
velours grenat, dans le petit jour du lustre à
demi-feux. […] Deux jeunes gens parurent
à l’orchestre. (Émile Zola)
Passé composé Il évoque une action terminée Le cri de la vérité est parvenu jusqu’aux
et dont les conséquences oreilles du roi ; son œil s’est fixé sur ce
durent dans le présent : il lie tableau déchirant ; son cœur honnête et pur
le passé au présent.- s’est senti ému ; il s’est rendu aux vœux de
SUBSÉQUENCE son peuple. (Mme de Staël)
Formes Elles présentent les faits Un jour qu’il était allé voir une tragédie
composées : comme antérieurs aux faits d’Euripide, il se sentit inspiré à l’apparition
évoqués par les formes de Télèphe, roi de Mysie, vêtu avec des
passé composé, simples. haillons de mendiant et tenant une corbeille
plus-que-parfait, à la main.
passé antérieur,
futur antérieur (Marcel Schwob)

d. Les valeurs des modes


Mode Il présente le fait évoqué comme certain, qu’il La puissance qui s’acquiert
indicatif soit situé dans le passé, le présent ou le futur ou par la violence n’est qu’une
dans une temporalité indéfinie. usurpation. (Denis Diderot)
→ expression
du réel Dans une phrase interrogative, la vérité est Il fit trois pas sur le côté
attendue dans la réponse. avant de s’effondrer dans le
fossé.
Mode Il exprime la possibilité qu’un fait puisse, ait pu, Ah ! Que le temps vienne/Où
subjonctif ou pourrait arriver, qu’il s’agisse ou non d’un fait les cœurs s’éprennent !
réel. (Arthur Rimbaud)
→ expression
du possible – Dans la proposition indépendante ou Dieu vous bénisse ! Vive la
principale, le subjonctif exprime l’ordre, la France !
défense, l’exhortation, le souhait, la prière.
Il semble [que vous ayez
– Dans la proposition subordonnée appris cela par cœur].
(complétive, relative ou circonstancielle), (Molière) = subordonnée
l’emploi du subjonctif est lié à l’expression d’une complétive
croyance, d’une intention, d’une volonté, d’un
désir. Ils veulent des plaisirs [qui
ne se fassent point attendre].
(Molière) = subordonnée

18
relative
Mode Il est le mode de l’injonction (ordre, défense, Chut ! Écoutez comme il
impératif prière, conseil) et ne s’emploie qu’à la joue… (Jean Anouilh)
2e personne du singulier et aux 1re et 2e personnes
→ expression du pluriel.
d’une volonté

Exercices
1) Repérez les différents temps des verbes utilisés par l’auteur. Quelles sont les valeurs du
futur ?
Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple, et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. Je
veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera
moi. Moi seul. Je sens mon cœur et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que
j’ai vus ; j’ose croire n’être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins
je suis autre. […]
Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra ; je viendrai ce livre à la main me
présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement : voilà ce que j’ai fait, ce que j’ai pensé, ce que
je fus.
Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, livre I, 1782.
- présent de l’indicatif : « forme », « veux », « sens », « connais », « ose », « existent »,
« vaux » et « suis »
- présent du subjonctif : « sonne ».
- passé simple : « eut » et « ce que je fus ».
- passé composé : « ceux que j’ai vus » et « ce que j’ai fait », « ce que j’ai pensé ».
- futur : « n’aura », « ce sera moi », « quand elle voudra », « je viendrai » et « je dirai ».
Les futurs ont ici une valeur de futur catégorique dans la mesure où Rousseau est certain
de ne pas être imité dans son ambition autobiographique et qu’il envisage le moment de sa
mort (le « jugement dernier »).

2) Justifiez l’emploi des temps dans l’extrait suivant.


La bonne, qui couchait dans une petite pièce, derrière la cuisine, poussa des exclamations. Hélène
était revenue en courant. Elle piétinait en chemise, sans paraître sentir le froid de cette glaciale nuit
de février. Cette bonne laisserait donc mourir son enfant ! Une minute s’était à peine écoulée. Elle
retourna dans la cuisine, rentra dans la chambre. Et, rudement, à tâtons, elle passa une jupe, jeta un
châle sur ses épaules. Elle renversait les meubles, emplissait de la violence de son désespoir cette
chambre où dormait une paix si recueillie. Puis, chaussée de pantoufles, laissant les portes ouvertes,
elle descendit elle-même les trois étages, avec cette idée qu’elle seule ramènerait un médecin.
Émile Zola, Une page d’amour, 1879.
Cet extrait d’Une page d’amour multiplie les différents temps du récit au passé.

19
– Le passé simple est employé pour les actions brèves de premier plan : « poussa des
exclamations », « retourna », « rentra », « passa une jupe », « jeta un châle » et «
descendit ».
– La brièveté des actions « passa une jupe » et « jeta un châle sur ses épaules » est
d’ailleurs renforcée par l’adverbe « rudement ».
– Les imparfaits sont employés pour diverses raisons : « couchait » représente une
habitude, tandis que « piétinait », « renversait » et « emplissait » sont utilisés pour
évoquer des actions, de second plan, à valeur descriptive.
– Les formes de plus-que parfait « était revenue » et « s’était écoulée » renvoient à un
moment antérieur à celui du récit au passé simple, et le conditionnel présent («
laisserait» et « ramènerait ») est utilisé dans sa valeur de futur dans le passé.

6. Les modes de raisonnement

Pour présenter son opinion, l’auteur dispose de deux possibilités fondamentales, l’induction et
la déduction, qu’il peut ensuite combiner avec d’autres formes de raisonnements.

Le raisonnement inductif : Ex : Dans ce texte, on observe la présence du pronom «


L’auteur pose d’abord une série de constats, je », qui représente un narrateur racontant un épisode de
d’observations particulières ; il en tire une sa propre enfance. Les dates et les lieux correspondent à
conclusion générale. la vie de l’auteur. Il s’agit donc d’une autobiographie.
Le raisonnement déductif : Ex : Ce texte est une autobiographie. On observe, en
Il fonctionne à l’inverse. L’auteur pose effet, le pronom « je », qui représente un narrateur
d’abord une idée générale, pour en tirer ensuite racontant un épisode de sa propre enfance. De plus, les
des propositions particulières. dates et les lieux correspondent à la vie de l’auteur.
Le raisonnement par analogie : Ex : Internet a modifié la lecture. Autrefois, il fallait
L’auteur s’appuie sur une comparaison pour acheter un livre, ou se rendre dans une bibliothèque pour
poser l’idée qu’il veut prouver. l’emprunter, ce qui limitait son accès. Lire exigeait un
effort. Aujourd’hui, les œuvres sont accessibles
directement sur son écran, partout, pour tous.
Le raisonnement critique : Ex : Regardez ces massacres, ces maisons en ruine, des
L’auteur limite son argumentation à la enfants blessés, orphelins. Combien d’années faudra-t-il
dénonciation de l’opinion adverse. Il pour que les dommages causés par cette guerre soient
appartient alors au lecteur d’en déduire la réparés ? Et tout cela pour conquérir un petit bout de
sienne. terre...
Le raisonnement dialectique : Ex : On peut critiquer la poésie pour l’aspect artificiel
L’auteur élabore un débat, en posant à la fois des vers, son vocabulaire parfois complexe et l’abus d’un
les éléments favorables et opposés à son lyrisme plaintif Mais le poète est aussi capable de
opinion. s’engager dans des combats, de mettre en valeur ses
critiques, de nous émouvoir profondément.

20
Le raisonnement par hypothèse : Si vous remplissez les rues de caméras, si, sur chaque
Il consiste à imaginer une hypothèse qui, place, des soldats patrouillent, si l’entrée de chaque
développée, vient soutenir la thèse. Mais, magasin exige une fouille, s’il n’est plus possible, sans
quand l’auteur montre à quel point cette risque, de se moquer des passants, sans doute la sécurité
hypothèse conduit à des conséquences est-elle mieux assurée, mais pouvons-nous encore parler
irrecevables, on parle alors de « raisonnement de liberté ?
par l’absurde ».
Le syllogisme : Ex : L’œuvre picturale a longtemps recherché le Beau
C’est un raisonnement en trois temps, de type idéal. Or, le Beau est subjectif : il dépend des goûts de
mathématique : on pose comme admise une chacun. L’œuvre picturale est donc subjective, le
première proposition (A=B), on lui en ajoute jugement porté sur elle dépendra des goûts de chacun.
une seconde, souvent à l’aide du connecteur «
or » (B=C), on en tire la conclusion
d’équivalence : « donc » A=C.
Le raisonnement par concession : Ex : Le théâtre reproduit la réalité. Certes les décors sont
Elle consiste à admettre une partie des faux, les costumes, les maquillages ne font que créer
arguments de l’adversaire, pour détruire l’illusion, même les personnages sont parfois caricaturés.
ensuite son opinion grâce à des arguments plus Mais cela n’empêche pas la vérité des situations
nombreux, plus solides. dénoncées, des dialogues qui imitent la vie, et les
réactions du public prouvent qu’il entre dans cette réalité.
Exercices
1) Lisez le texte suivant :
Quant au sport, qui a besoin d’un ministre (pour un tas de raisons d’ailleurs, qui n’ont rien à voir avec le
sport), voilà ce qui se passe : quarante mille personnes s’assoient sur les gradins d’un stade et vingt-deux
types tapent du pied dans un ballon. Ajoutons suivant les régions un demi- million de gens qui jouent au
concours de pronostics ou au toto Calcio, et vous avez ce qu’on appelle le sport. C’est un spectacle, un jeu,
une combine ; on dit aussi une profession : il y a les professionnels et les amateurs. Professionnels et
amateurs ne sont jamais que vingt-deux ou vingt- six au maximum ; les sportifs qui sont assis sur les gradins,
avec des saucissons, des canettes de bière, des banderoles, des porte-voix et des nerfs sont quarante,
cinquante ou cent mille ; on rêve de stade d’un million de places dans les pays où il manque cent mille lits
dans les hôpitaux, et vous pouvez parier à coup sûr que le stade finira par être construit et que les malades
continueront à ne pas être soignés comme il faut par manque de place. Le sport est sacré ; or, c’est la plus
belle escroquerie des temps modernes.

J. Giono, Les Terrasses de l’île d’Elbe, « Le sport », 1963

a- Quel est le thème du texte ?


b- Après avoir repéré la thèse de l’auteur, définissez la démarche argumentative.
c- Reformulez les arguments qui soutiennent cette thèse.
1. Le thème du texte est le sport, mot présent dans les phrases d’ouverture et de fermeture.
2. La thèse, une dénonciation du sport qualifié d’« escroquerie », est exprimée à la fin du
texte, après plusieurs arguments et exemples : « c’est la plus belle escroquerie des temps
modernes ».
L’auteur choisit donc une démarche inductive.

21
3. Les arguments :
- Le 1er argument souligne la disproportion entre les véritables sportifs, peu nombreux, et
ceux qui ne sont que spectateurs. (quarante mille personnes s’assoient sur les gradins d’un
stade et vingt-deux types tapent du pied dans un ballon)
- Le 2e argument souligne le rôle de l’argent dans le sport, à travers les « pronostics ». (un
demi- million de gens qui jouent au concours de pronostics ou au toto Calcio)
- Le 3e argument dénonce l’argent dépensé en faveur d’équipements sportifs, alors qu’il
serait plus utile ailleurs, comme dans les hôpitaux. (on rêve de stade d’un million de
places dans les pays où il manque cent mille lits dans les hôpitaux, et vous pouvez parier
à coup sûr que le stade finira par être construit et que les malades continueront à ne pas
être soignés comme il faut par manque de place)

2) Lisez le texte suivant :


Le réaliste, s’il est un artiste, cherchera, non pas à nous montrer la photographie banale
de la vie, mais à nous en donner la vision plus complète, plus saisissante, plus probante que la
réalité même.
Raconter tout serait impossible, car il faudrait alors un volume au moins par journée,
pour énumérer les multitudes d’incidents insignifiants qui emplissent notre existence.
Un choix s’impose donc, ce qui est une première atteinte à la théorie de toute la vérité.
La vie, en outre, est composée des choses les plus différentes, les plus imprévues, les
plus contraires, les plus disparates ; elle est brutale, sans suite, sans chaîne, pleine de
catastrophes inexplicables, illogiques et contradictoires qui doivent être classées au chapitre
faits divers.
Voilà pourquoi l’artiste, ayant choisi son thème, ne prendra dans cette vie encombrée de
hasards et de futilités que les détails caractéristiques utiles à son sujet, et il rejettera tout le reste,
tout l’à côté.
Un exemple entre mille :
Le nombre des gens qui meurent chaque jour par accident est considérable sur la terre.
Mais pouvons- nous faire tomber une tuile sur la tête d’un personnage principal, ou le jeter
sous les roues d’une voiture, au milieu d’un récit, sous prétexte qu’il faut faire la part de
l’accident ?
La vie encore laisse tout au même plan, précipite les faits ou les traîne indéfiniment.
L’art, au contraire, consiste à user de précautions et de préparations, à ménager des transitions
savantes et dissimulées, à mettre en pleine lumière, par la seule adresse de la composition, les
événements essentiels et à donner à tous les autres le degré de relief qui leur convient, suivant
leur importance, pour produire la sensation profonde la vérité spéciale qu’on veut montrer.
Faire vrai consiste donc à donner l’illusion complète du vrai, suivant la logique ordinaire
des faits, et non à les transcrire servilement dans le pêle-mêle de leur succession.
J’en conclus que les Réalistes de talent devraient s’appeler plutôt des Illusionnistes.
Quel enfantillage, d’ailleurs, de croire à la réalité puisque nous portons chacun la nôtre

22
dans notre pensée et dans nos organes. Nos yeux, nos oreilles, notre odorat, notre goût
différents créent autant de vérités qu’il y a d’hommes sur la terre. Et nos esprits qui reçoivent
les instructions de ces organes, diversement impressionnés, comprennent, analysent et jugent
comme si chacun de nous appartenait à une autre race. Chacun de nous se fait donc simplement
une illusion du monde, illusion poétique, sentimentale, joyeuse, mélancolique, sale ou lugubre
suivant sa nature. Et l’écrivain n’a d’autre mission que de reproduire fidèlement cette illusion
avec tous les procédés d’art qu’il a appris et dont il peut disposer. »

Maupassant, « Le roman », en Préface de Pierre et Jean, 1888.

a. Le raisonnement d’ensemble est-il inductif ou déductif ?


b. Repérez les connecteurs logiques, et expliquez le rôle de chacun d’eux.
c. Combien d’arguments soutiennent la thèse de Maupassant ? Relevez-les

1- Le raisonnement est inductif.


- La 1re phrase du texte permet, en effet, de lancer l’analyse, sur le réalisme dans l’art,
à partir d’une opposition, marquée par le connecteur « mais », entre « montrer une
photographie banale de la vie » et « en donner la vision plus complète, plus saisissante,
plus probante que la réalité même ».
- La suite du texte développe l’argumentation en poursuivant cette opposition entre
« la vie » et le travail de « l’artiste ». Cela conduit à une conclusion partielle,
nettement signalée par le choix du verbe, « J’en conclus que… ».
- Un dernier argument est ajouté par le connecteur « d’ailleurs », qui se place du point
de vue, non plus de l’artiste, mais de son public ; il mène, lui aussi, à une conclusion
partielle, introduite par le connecteur « donc » du dernier paragraphe.
- La thèse est alors clairement formulée dans la dernière phrase.

2- Les connecteurs dans ce texte sont :


- On relève trois connecteurs d’opposition, « mais »(2x) et « au contraire » : ils
permettent d’opposer la réalité « banale de la vie » et « l’art » qui la transfigure.
- Au début du texte, le connecteur d’hypothèse« si » introduit une distinction parmi
ceux qui se disent « réalistes », entre celui qui se dit tel et celui qui est un véritable
« artiste ».
- Le connecteur « car », au 2e paragraphe, justifie l’affirmation précédente : « Raconter
tout serait impossible ».
- Des connecteurs organisationnels soulignent les étapes de l’argumentation, en
gradation « en outre », « encore » et « d’ailleurs ».
- Des connecteurs de conséquence, « donc »(3x) et « Voilà pourquoi », introduisent
des conclusions partielles.
- Enfin, le connecteur « et », dans la dernière phrase, amène la thèse, nettement reliée
ainsi à la conclusion partielle qui la précède.
3- L’argumentation repose sur quatre arguments.
- Les trois premiers justifient le fait que l’artiste « réaliste » ne peut pas se contenter

23
seulement de « montrer une photographie banale de la vie » :
 Le 1er argument se repère grâce à la formule qui le conclut : « une première
atteinte à la théorie de toute la vérité. » L’écrivain ne peut pas « raconter tout », il
doit faire « un choix ».
 Le 2e, introduit par « en outre », renforce l’idée de choix, celui des
« détails caractéristiques utiles à son sujet ».
 Le 3e, introduit par « encore », montre que c’est l’artiste qui ordonne les faits, en
leur donnant plus ou moins d’importance.
Ces 3 premiers arguments conduisent Maupassant à remplacer le mot « réalistes » par
« illusionnistes ».
- Le dernier argument, introduit par « d’ailleurs », ne concerne plus les seuls artistes,
mais « chacun de nous », le public de l’artiste. Maupassant nie la notion même de
« réalité », absolue, pour affirmer l’idée que chacun se fait son « illusion du monde. »

7. Les indices d’énonciation et les marques de subjectivité

Les marques de subjectivité

Rares sont les énoncés qui restent objectifs, neutres. Nombreux sont ceux qui reposent ,d’une façon
ou d’une autre, sur des modalisateurs, procédés par lesquels le locuteur révèle son point de vue.

Quand un énoncé contient les traces, les indices de la subjectivité de son locuteur, c’est ce qu’on
appelle « la modalisation du discours ».

La modalisation est l’attitude qu’adopte le locuteur par rapport au contenu de son énoncé. Il peut
l’évaluer, le présenter comme incertain, vrai ou faux et y adhérer un peu, beaucoup, ne pas
s’impliquer ou même le rejeter.

L’énonciateur marque sa présence dans son texte à travers :

- L’emploi de la première personne : je, notre, le mien…


- L’emploi des verbes d’opinion : je pense, je crois, je considère, je suis d’avis,
j’approuve…
- L’emploi des verbes de sentiment ou affectifs : j’aime, on déteste,…
- L’emploi des interrogations rhétoriques : Tu penses vraiment que je n’y ai pas pensé ?
- L’emploi des tournures impersonnelles : il est vrai, il est évident, indéniable,
il va sans dire, il arrive que, il semble que, il parait que, il est heureux que, il est navrant
que...
- L’emploi des figures de style : Il faut s’occuper de tout, laver le linge, le repasser, faire les
courses, cuisiner, arranger la maison. On dit de cet homme qu’il est un véritable requin en
affaires.
- L’emploi des exclamatives : La peine de mort est un carnage !

24
- L’emploi des évaluatifs = d’un lexique valorisant/appréciatif/mélioratif ou
dévalorisant/dépréciatif/péjoratif : bon/méchant ; imbécile/génie, magnifique/minable ;
admirable...
- L’emploi de l’impératif, ou du subjonctif d’ordre ou de souhait : Puisse-t-il venir ! Soyez
vigilants !
- L’emploi des déontiques : Nous devons tous nous lever. La nation devrait se révolter.
- La mise en relief à l’aide d’indices typographiques : soulignements, caractères italiques
(prise de distance par rapport à l’énoncé), lettres grasses, CAPITALES ou Majuscules,
points de suspension (Ces points permettent à l’énonciateur de suggérer qu’il pourrait encore
développer son idée de manière interminable).
- La mise en relief ou la forme emphatique par détachement ou par encadrement : Lui, je
le déteste. C’est lui que je déteste.
- L’emploi du superlatif : C’est l’invention la plus abominable.
- Les subordonnées hypothétiques (potentiel, incertitude) : « Que dirait la chambre, si
quelqu’un se levait et disait ces paroles sérieuses ».
- Les termes relevant d’un registre familier : Il bosse !
- L’emploi des modalisateurs qui marquent la certitude ou l’incertitude : sûr, certain,
vraisemblable, probable, possible, à coup sûr, sans aucun doute, à ce qu’on dit, assurément,
forcément, réellement, certainement, peut-être, probablement...

Les modalisateurs
peuvent être... et Certitude Incertitude
marquer
Adjectifs sûr, certain, inévitable, clair, douteux, incertain, vraisemblable,
évident... probable, possible...
Adverbes assurément, forcément, réellement, vraisemblablement, peut-être,
certainement, incontestablement... probablement....
Expressions toutes à coup sûr, sans aucun doute, de selon toute vraisemblance, à ce
faites toute évidence... qu’on dit, je ne sais quel...
Verbes d’opinion assurer, affirmer, certifier, penser, croire, douter, supposer,
admettre... souhaiter, espérer, prétendre,
sembler...
Verbes impersonnels il apparaît clairement que, il est sûr il se peut que, il semble que, il est
que... possible que...

Remarque : Tous ces procédés de modalisation peuvent se combiner : « Il semblerait qu’il soit possible
de cloner l’être humain. »

À retenir : selon les modalisateurs et le vocabulaire utilisé, l’émetteur d’un énoncé prend plus ou
moins de distance, reste plus ou moins neutre par rapport à ce qu’il dit.

Exercices
1) Relevez les indices du jugement du locuteur dans cet extrait.

25
Dans ce réquisitoire, Ernest Pinard, substitut du procureur impérial dans le procès contre Flaubert
et son roman Madame Bovary en 1857, évoque Charles Bovary, le mari d’Emma.
Ici, je raconte, je ne cite pas. On prend le mari au collège, et, il faut le dire, l’enfant annonce déjà ce
que sera le mari. Il est excessivement lourd et timide, si timide que lorsqu’il arrive au collège et
qu’on lui demande son nom, il commence par répondre Charbovari. Il est si lourd qu’il travaille sans
avancer. Il n’est jamais le premier, il n’est jamais le dernier non plus de sa classe ; c’est le type, sinon
de la nullité, au moins de celui du ridicule au collège. Après les études du collège, il vint étudier la
médecine à Rouen, dans une chambre au quatrième, donnant sur la Seine, que sa mère lui avait louée
chez un teinturier de sa connaissance. C’est là qu’il fait ses études médicales et qu’il arrive petit à
petit à conquérir, non pas le grade de docteur en médecine, mais celui d’officier de santé. Il
fréquentait les cabarets, il manquait les cours, mais il n’avait au demeurant d’autre passion que celle
de jouer aux dominos. Voilà M. Bovary.
Extrait du réquisitoire de l’avocat impérial, M. Ernest Pinard, 1857.
a- L’emploi de la 1re personne
b- L’emploi d’un lexique évaluatif péjoratif se rapportant à Charles Bovary
c- L’emploi de figures de style parallélisme + antithèse/hyperbole
d- L’emploi d’un registre familier

Le jugement du locuteur sur le personnage qu’il décrit est visible tout au long de l’extrait :
l’emploi de l’adverbe« excessivement » renforce la valeur négative des évaluatifs « lourd » et «
timide » qui le suivent, et caractérisent le personnage dès le début du portrait. Ces adjectifs sont
repris, dans les formules superlatives « si timide » et « si lourd », pour expliciter successivement
ces deux traits de caractère chez ce personnage. Ensuite, il est décrit avec un mot familier,
comme « le type »,sinon de la nullité, au moins de celui du ridicule au collège» par le locuteur.
Enfin, la négation restrictive de la fin de l’extrait tourne à nouveau en ridicule le personnage dont
la seule passion semble dérisoire : « mais il n’avait au demeurant d’autre passion que celle de
jouer aux dominos ».

2) a-Lisez cet extrait et relevez les marques de jugement de l’auteur.


b-Relevez les passages dans lesquels Émile Zola s’oppose à l’opinion de ses
détracteurs.
c-Trouvez-vous son argumentation efficace ? Justifiez.

Dans la préface à la deuxième édition de son roman Thérèse Raquin, Émile Zola répond à ses
détracteurs.
J’avais naïvement cru que ce roman pouvait se passer de préface. Ayant l’habitude de dire tout haut
ma pensée, d’appuyer même sur les moindres détails ce que j’écris, j’espérais être compris et jugé
sans explication préalable. Il paraît que je me suis trompé.

26
La critique a accueilli ce livre d’une voix brutale et indignée. Certaines gens vertueux, dans des
journaux non moins vertueux, ont fait une grimace de dégoût, en le prenant avec des pincettes pour le
jeter au feu. Les petites feuilles littéraires elles-mêmes, ces petites feuilles qui donnent chaque soir la
gazette des alcôves et des cabinets particuliers, se sont bouché le nez en parlant d’ordure et de
puanteur. Je ne me plains nullement de cet accueil ; au contraire, je suis charmé de constater que mes
confrères ont des nerfs sensibles de jeune fille. Il est bien évident que mon œuvre appartient à mes
juges, et qu’ils peuvent la trouver nauséabonde sans que j’aie le droit de réclamer. Ce dont je me
plains, c’est que pas un des pudiques journalistes qui ont rougi en lisant Thérèse Raquin ne me paraît
avoir compris ce roman. S’ils l’avaient compris, peut-être auraient-ils rougi davantage, mais au
moins je goûterais à cette heure l’intime satisfaction de les voir écœurés à juste titre. Rien n’est plus
irritant que d’entendre d’honnêtes écrivains crier à la dépravation, lorsqu’on est intimement persuadé
qu’ils crient cela sans savoir à propos de quoi ils le crient.
Émile Zola, préface à la deuxième édition de Thérèse Raquin, 1868.

a- Dans cet extrait, les marques du jugement de l’auteur apparaissent quand


Émile Zola s’adresse à ses adversaires qu’il qualifie avec ironie de «
vertueux », de «pudiques journalistes » aux «nerfs sensibles de jeune
fille», et dont la réaction à la lecture de son livre semble avoir été
unanimement « brutale et indignée ».
b- Émile Zola s’oppose à l’opinion de ses détracteurs dans le deuxième
paragraphe : « Ce dont je me plains, c’est que pas un des pudiques
journalistes qui ont rougi en lisant Thérèse Raquin ne me paraît avoir
compris ce roman » et, plus loin, « Rien n’est plus irritant que d’entendre
d’honnêtes écrivains crier à la dépravation, lorsqu’on est intimement
persuadé qu’ils crient cela sans savoir à propos de quoi ils le crient. » .
c- L’argumentation de l’auteur est efficace dans la mesure où il donne une
image ridicule de ses détracteurs qu’il accuse d’avoir jugé son œuvre sans
l’avoir compris

27

Vous aimerez peut-être aussi