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Rapport de la réunion-débat
(6 février 2008)
UIP-IPU
CIAF-IAC
1
Copyright © 2009
Union interparlementaire
Organisation internationale pour les migrations
Comité inter-africain sur les pratiques traditionnelles
affectant la santé des femmes et des enfants
Département des Institutions de Genève
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informer les éditeurs.
2
Table des matières
Introduction................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................... 5
Messages
Union interparlementaire - UIP.................................................................................................................................................................................................................................................................................................................... 6
Organisation internationale pour les migrations - OIM........................................................................................................................................................................................................ 7
Département des institutions de Genève - DI.................................................................................................................................................................................................................................................. 8
Comité inter-africain sur les pratiques traditionnelles affectant la santé
des femmes et des enfants - CIAF......................................................................................................................................................................................................................................................................................................... 9
Que peut faire chacun d’entre nous à son niveau ? Comment pouvons-nous aider les fillettes ?
Mme Alexandra Rosetti, UNICEF Suisse............................................................................................................................................................................................................................................................................... 13
Que peut-on faire pour lutter contre les MGF : l’exemple en Egypte
Mme Moushira Khattab, Conseil national pour l’enfance et la maternité...................................................................................................................... 16
Conclusions
M. Laurent Moutinot, Conseil d’Etat genevois .............................................................................................................................................................................................................................................. 25
M. Anders B. Johnsson, Union interparlementaire ........................................................................................................................................................................................................................... 26
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Introduction
A l’occasion de la Journée de tolérance des femmes et des filles (CIAF) ont dé- Mohamed Abdel Azim. Un aperçu des
zéro contre les mutilations génitales cidé d’unir leurs efforts. initiatives prises au niveau local a été
féminines (MGF), le 6 février 2008, plus présenté par Mme Fabienne Bugnon,
Entre 100 et 140 millions de femmes - la
de 150 représentants des organisations responsable du Service pour la Promo-
plupart dans 28 pays africains et parmi
internationales, de la société civile, des tion de l’égalité entre hommes et fem-
les immigrantes vivant en Australie,
missions diplomatiques et des auto- mes de l’Etat de Genève (SPPE). L’enga-
rités genevoises se sont réunis à La au Canada, en Europe, en Nouvelle gement des parlements pour mettre
Maison des Parlements pour débattre Zélande et aux Etats-Unis - auraient un terme aux MGF a été évoqué par le
des moyens de mettre fin à une prati- subi des mutilations génitales. Cette Secrétaire général de l’UIP, M. Anders B.
que néfaste dont sont victimes chaque pratique ancestrale qui, contrairement Johnsson.
année trois millions de jeunes filles, au à la croyance populaire, n’est encou-
ragée par aucune religion, expose les Mme Madeleine Rees, du Haut Com-
nom de la tradition.
petites filles et les femmes à des risques missariat des Nations Unies aux droits
Déterminée à traiter résolument cette irréversibles pour la santé, notamment de l’homme, a abordé la question des
question, l’Union interparlementaire mutilations génitales féminines sous
au moment de la grossesse, et peut
(UIP), le Département des Institutions l’angle des droits de la personne, alors
constituer un risque pour la santé des
de l’Etat de Genève, l’Organisation in- que la question des problèmes liés à
mères et celle de leurs bébés.
ternationale pour les migrations (OIM) la santé était expliquée par Mme Heli
et le Comité inter-africain sur les prati- La réunion-débat était modérée par Bathija, de l’Organisation mondiale de
ques traditionnelles affectant la santé le journaliste égyptien d’Euronews la santé (OMS).
M. Abdoulaye Sow, professeur à la fa-
culté de lettres et responsable de l’équi-
pe des chercheurs sur les mutilations
génitales féminines à l’université de
Nouakchott (Mauritanie) a commenté
les justifications socioculturelles préva-
lant au sein des populations qui prati-
quent ces mutilations.
Les initiatives qui peuvent être prises
par les organisations internationales et
la société civile ont été mises en exer-
gue par Mme Ndioro Ndiaye (OIM)
et Mme Berhane Ras-Work (CIAF).
Mme Alexandra Rosetti, de la section
suisse de l’Unicef, a quant à elle exposé
les conséquences potentielles que les
mutilations génitales féminines peu-
vent avoir pour la santé de la mère et
de l’enfant au moment de la naissance
et pendant la période post-natale.
Les conclusions de cette réunion-
débat ont été présentées par MM.
Laurent Moutinot, Président du Conseil
d’Etat de la République et Canton de
Genève, et Anders B. Johnsson, Secré-
taire général de l’UIP.
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Message
M. Anders B. Johnsson,
Secrétaire général de
l’Union interparlementaire
Les mutilations génitales
féminines :
une atteinte à la dignité
humaine
L’excision suscite une inquiétude gé- Pour lutter contre les MGF, L’objectif est certes ambitieux, mais
néralisée. Le sujet des MGF est à l’ordre nous disposons des moyens nécessaires
du jour des organisations depuis des
il faut absolument que se à sa réalisation. Nous sommes convain-
années. A l’UIP, nous avons commencé dégage entre les organisations cus que les parlementaires ont un rôle
voici huit ans à préparer un grand évé- internationales, les dirigeants clé à jouer dans cet effort. La rédaction
nement, qui devait avoir lieu en sep- et l’adoption de lois sont essentielles,
tembre 2001 à l’occasion de la tenue
politiques et religieux, les mais ne suffisent absolument pas. Nous
à Ouagadougou (au Burkina Faso, voir médias, la société civile et le devons aussi veiller à ce que ces lois
annexes) de notre assemblée. A l’épo- corps médical une synergie, soient appliquées. Les législateurs doi-
que, M. Mélégué Traoré, Président de vent unir leurs forces à celles de tous les
l’Assemblée nationale du Burkina Faso,
seule à même de permettre secteurs de la société oeuvrant contre
était un chef traditionnel de son pays, la concrétisation de l’objectif les MGF : représentants d’organisations
mais il était aussi le père de deux en- visant à l’abandon de cette nationales et internationales, praticiens,
fants. Dans sa vie personnelle, il a été pratique en l’espace d’une chefs tribaux et religieux et autres per-
lui-même confronté à la question de sonnes influentes, dont le soutien sera
l’excision. Il a décidé de nous offrir la génération. indispensable si nous voulons mettre
possibilité d’organiser un grand débat un terme à cette pratique.
sur les MGF dans le but de sensibiliser sur les MGF portée à notre attention par
plusieurs pays, afin que les législateurs La réunion qui s’est déroulée au siège
les hommes politiques et les législa-
disposent des outils indispensables de l’UIP le 6 février 2008 a constitué un
teurs à cette question de grande im-
pour légiférer dans ce domaine (voir la autre pas en avant. Elle a réuni environ
portance pour les pays africains et de
page web spéciale de l’UIP: http://www. 150 représentants de missions diplo-
les mobiliser en ce sens. La réunion-
ipu.org/wmn-f/fgm.htm). En 2005, l’UIP matiques, d’organisations internatio-
débat organisée lors de l’Assemblée de
a co-organisé à Dakar (au Sénégal) une nales, d’ONG, et des médias, ainsi que
Ouagadougou a réuni 200 délégués
conférence destinée à mettre en évi- des praticiens. Cette publication reflète
venus du monde entier.
dence les bonnes pratiques existant notre échange de vues et l’expérience
L’Assemblée et le débat sur l’excision dans la lutte contre cette tradition, au que nous avons partagée, et plus par-
ont eu lieu en septembre 2001. L’UIP a cours de laquelle a été adopté un plan ticulièrement notre volonté commune
alors commencé à prendre des mesu- d’action (voir annexes) stipulant que les de nous engager et d’œuvrer ensemble
res plus précises et plus concrètes. Elle parlementaires se fixaient pour objectif chacun à notre niveau pour veiller à ce
a créé une base de données contenant la disparition de cette pratique en l’es- que notre lutte contre les MGF pro-
toutes les lois et toute la réglementation pace d’une génération. gresse.
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Message
Mme Ndioro Ndiaye,
Directrice générale adjointe,
Organisation internationale pour les migrations
La Journée internationale Tolérance Forts de plusieurs décennies de lutte, collectives ayant constitué des exem-
zéro pour les MGF, qui a lieu le 6 février, nous sommes aujourd’hui en mesure ples de réussite dans les pays d’origine.
constitue une date très significative de prendre du recul et de mieux déter- Cette optique respecte non seulement
pour moi. Voici 24 ans jour pour jour, miner quelles stratégies durablement les communautés, mais les place aussi
le 6 février 1984, le Comité inter-africain efficaces doivent être appliquées pour en ferments du changement et en dé-
sur les pratiques traditionnelles affec- éradiquer les MGF. Ces stratégies repo- positaires d’un mouvement visant à
tant la santé des femmes et des filles sent sur les droits de l’homme et s’ins- instaurer des normes sociales plus éga-
(CIAF) a vu le jour à Dakar lors du pre- pirent directement des interventions litaires.
mier séminaire africain sur les MGF que
j’ai eu l’honneur de présider, aux côtés
de Mme Berhane Ras-Work.
La proclamation d’une Journée interna-
tionale Tolérance zéro pour les MGF est
très révélatrice. En tout premier lieu, elle Il vaut la peine de
montre que la communauté internatio-
nale a décidé de s’attaquer de front à développer le dialogue
ce problème et d’unir ses efforts dans autour des droits de
le but d’éliminer cette pratique. Ensuite, l’homme dans les pays
les flux migratoires internationaux ont
provoqué la « migration » de cette pra- de destination où la
tique dans les pays industrialisés. Enfin, migration internationale
la nécessité de proclamer une telle jour- a fait apparaître ce type de
née montre tout le chemin qui reste à
parcourir. mutilations.
La communauté internationale ex-
Cette « migration» des
prime depuis longtemps son rejet de MGF, avec leurs effets
cette manifestation extrême de l’iné- délétères, confronte les pays
galité entre les sexes, notamment par
le biais d’instruments internationaux
de l’hémisphère nord, mais
tels que la Convention sur l’élimination aussi tous les partenaires
de toutes les formes de discrimination participant à la lutte
à l’égard des femmes et la Convention
relative aux droits de l’enfant, ainsi que contre cette pratique, à de
d’instruments régionaux tels que la nouveaux défis.
Charte africaine des droits de l’homme
et des peuples et son Protocole relatif
aux droits de la femme en Afrique.
7
Message
Avant de présenter le travail accompli son seuil, protection, information et Toute les 10 secondes, une petite
par le Canton de Genève dans le cadre soins. Les autorités du Canton de Genè-
de la prévention des mutilations génita- ve en sont particulièrement conscien- fille est victime d’une mutilation
les féminines, je voudrais me référer au tes puisqu’une motion parlementaire a génitale féminine à travers le
message adressé par la Conseillère fé- été déposée demandant une action de monde. Il faut qu’ensemble nous
dérale et Cheffe de la diplomatie suisse, l’Etat dans ce domaine et que le gou-
Mme Micheline Calmy-Rey, à notre réu- vernement a répondu positivement. arrivions à mettre fin à ce drame
nion-débat. J’ai été ravie de transmet- humain.
tre aux participants la satisfaction de Le projet de prévention est mené par
Mme Calmy-Rey de voir qu’un tel évé- un groupe de pilotage composé de
Comme le Secrétaire général de l’UIP l’a
nement soit organisé à Genève, à l’oc- plusieurs services d’Etat, de l’Organisa-
dit, il est important de mettre en place
casion de la Journée de tolérance zéro tion Internationale pour les Migrations
des réseaux qui dépassent les frontières.
pour les mutilations génitales féminines et d’associations œuvrant dans la lutte Ces réseaux existent et nous en avons la
et sa conviction que seule une union contre les MGF. Il s’articule autour de preuve aujourd’hui. A nous de les faire
forte et internationale nous permettra quatre axes : informer et former les pro- vivre en nous rappelant l’indicible.
de mettre fin sans délai à de tels actes. fessionnel/les de la santé à l’accueil et à
l’orientation des femmes ayant subi des
De son côté, le Canton de Genève a en- mutilations, et prévenir d’éventuelles
trepris depuis trois ans la mise sur pied mutilations sur des fillettes nées dans
d’un programme de prévention contre notre pays, notamment par le biais
les MGF et ceci en particulier grâce à d’une information régulière aux gyné- « Seule une
la sollicitation de l’Office International cologues, pédiatres ainsi qu’aux infir-
pour les Migrations (OIM). C’est sous mières scolaires. union forte et
l’égide de la Convention pour l’élimina-
tion de toutes les formes de discrimina-
Nous bénéficions dans ce cadre de l’ex- internationale nous
pertise des Hôpitaux Universitaires de
tions à l’égard des femmes, ratifiée par
Genève. Nous travaillons au niveau de
permettra de mettre
la Suisse en 1997 et qui mentionne ex-
pressément la lutte contre les MGF, que
la prévention avec les communautés fin sans délai à de
migrantes concernées dans une ap-
notre projet s’inscrit.
proche de respect mutuel et en ayant tels actes ».
Selon une enquête de l’Unicef, environ recours au travail de médiatrices cultu-
7000 femmes provenant de pays à fort relles formées spécifiquement. Nous Message de Mme Micheline
taux de prévalence de MGF vivent dans engageons des actions de solidarité Calmy-Rey, Conseillère
notre pays, dont environ 1200 à Genè- internationale dans les pays concernés fédérale et Cheffe de la
ve. En tant que pays d’accueil la Suisse par les mutilations, en soutenant no- diplomatie suisse
doit tout mettre en place pour assurer tamment le travail des ONG dans la re-
aux personnes qui trouvent refuge sur conversion des exciseuses.
8
Message
Mme Berhane Ras-Work,
Directrice exécutive, Comité inter-africain sur les
pratiques traditionnelles affectant la santé des femmes
et des enfants (CIAF)
9
Citations des orateurs invités :
Unies aux droits de l’homme ce terme par la convention sur les réfugiés.
L’une des argumentations présentées était
que si une personne était gauchère et que
le fait d’être gaucher provoquait l’exclu-
« Les MGF constituent bien un acte de torture » sion de la société, la personne en question
ferait tout ce qu’elle pourrait pour qu’on
lui enlève la main gauche. Cette analogie
L’une des prémices les plus importantes Le refus d’accepter d’être a constitué un argument puissant, qui a
du droit international humanitaire est que
le respect des droits qu’il contient relève mutilée peut mettre une fille en convaincu les juges que telle était effec-
tivement la situation. L’argument souvent
de la responsabilité de l’Etat, et de l’Etat marge de la société. avancé consistant à dire que ce sont les
seul. Ce droit ne relève pas de la sphère
femmes elles-mêmes qui excisent (ce qui
individuelle. L’Etat est chargé de veiller,
les pays dans lesquels sont encore prati- est vrai), n’amène-t-il pas tout naturelle-
par ses actes, à ne pas permettre à ses ci-
quées les mutilations génitales féminines. ment à réfléchir à la question de la discri-
toyens de commettre des violations des
Si les femmes ne se conforment pas aux mination ?
droits de l’homme. Il s’agit là de l’un des
préceptes les plus fondamentaux du droit normes sociales et culturelles traditionnel- Si les femmes vivent dans une société qui
international. les existant dans ces pays, elles risquent de les oblige à se soumettre à de tels procé-
se mettre en marge de la société. dés pour avoir le droit d’exister sociale-
En ce qui concerne les mutilations gé-
Dans certains pays, les femmes qui re- ment, cela signifie qu’elles subissent une
nitales féminines, elles ont été condam-
jettent cette pratique se trouvent dans discrimination dans la discrimination.
nées par tous les mécanismes spécialisés
chargés de défendre et de développer le la quasi impossibilité de se marier, puis- L’optique qui devrait maintenant être
cadre normatif de défense des droits : le que les femmes dépendent presque adoptée devrait aller dans le même sens
Rapporteur spécial sur la torture a intégré entièrement des hommes en tant que que celle utilisée pour lutter contre les
ce sujet dans son mandat en qualifiant protecteurs et chefs de famille. L’exa- autres violations des droits de l’homme.
effectivement les MGF d’acte de torture. men des droits à la terre et à l’éducation, L’UNICEF, l’UNFPA et l’OMS ont déployé
Tous les mécanismes internationaux de voire de tout l’éventail des droits socio- de gros efforts de communication et de
défense des droits de l’homme sans ex- économiques associés à la condition fé- sensibilisation, tout comme certaines des
ception ont condamné cette pratique. Le minine dans la société révèle que, si une ONG représentées dans cette salle, mais il
Comité CEDAW l’a condamnée dans sa re- femme veut jouir de ces droits, elle doit est essentiel de revenir aux principes fon-
commandation 14, et le Comité des droits se soumettre à cette procédure, qui n’est damentaux.
de l’enfant, suivi d’un certain nombre de autre qu’un acte de torture. Que devrait
Nous devons être certains de notre fait
mécanismes spéciaux associés à d’autres donc faire l’Etat ? Nombreux sont les Etats
lorsque nous faisons œuvre de sensibili-
organes de surveillance de l’application qui ont adopté des lois interdisant les mu-
sation, posons aux Etats des exigences de
des traités, a fait de même. De la perspec- tilations génitales féminines, mais qu’en
diligence et soumettons des rapports aux
tive de la défense des droits de l’homme est-il de leur mise en œuvre ? Elle est loin
différents organes de surveillance de l’ap-
et de l’établissement des principes, par d’être acquise dans la pratique.
plication des traités concernant les droits
conséquent, le travail a été fait. Toutefois, La Cour d’appel britannique a été saisie de l’homme, afin qu’ils puissent prendre
nous savons que la mise en œuvre n’a pas
d’une affaire concernant des mutilations des décisions, comparer les situations et
suivi.
génitales féminines dans le contexte du soutenir notre travail dans le but de mettre
Il convient d’imaginer ce qui se passe dans statut de réfugié et a clairement statué un terme à une telle discrimination et à de
la vie réelle et quelle est la situation dans que la menace de mutilations génitales fé- tels actes de torture.
10
M. Abdoulaye Sow
Professeur, Faculté des Lettres,
Université de Nouakchott (Mauritanie)
« Une mutilation ne saurait être élevée au
rang d’acte culturel »
Tout d’abord, pour être en mesure de Ces mutilations violent salle que nous devons combattre ces
lutter efficacement contre les mutila- pratiques honteuses parce qu’elles n’ont
tions génitales féminines, il convient de
l’intégrité physique des femmes rien à voir avec la vraie culture africaine.
connaître suffisamment bien ce sujet. Je en en faisant de simples objets
Des occidentaux m’ont demandé : Ne
parle de « mutilation » parce que c’est un sexuels et je ne peux, en tant pouvez-vous pas tout simplement lutter
organe qui est excisé, non pour des rai-
sons médicales, mais sociales et culturel-
qu’Africain, accepter de vouer par la raison ? Je réponds qu’en Europe,
les. En 1997, lorsque je suis devenu père, mes filles à un tel sort. au Moyen-âge, il existait des ceintures
de chasteté et que les femmes se ban-
je me suis fermement opposé à l’excision daient la poitrine pour ressembler à des
de ma fille. J’ai demandé à l’ethnie à la- au nom de la tradition sociale et culturel-
le. Leurs droits culturels devraient certes hommes. De telles pratiques n’ont bien
quelle j’appartiens : pourquoi pratiquons- sûr plus cours, mais nous devons lutter
nous toujours ainsi ? Attendions-nous être respectés en Europe, sans que cela
leur donne le droit de mutiler des fillet- contre tout ce qui est irrationnel. L’argu-
que les Européens viennent nous expli- ment religieux ne tient donc pas. L’argu-
tes. J’ai demandé à ma mère : pourquoi
quer quelles devraient être nos valeurs et ment esthétique est absurde et, en der-
pratiques-tu ainsi ? Elle m’a répondu :
nos normes ? Nous devrions conserver nière analyse, une femme doit être libre
une femme excisée n’aura jamais d’en-
les traditions qui respectent les droits de de jouir de son corps.
fant illégitime. Une femme excisée peut
l’homme et nous débarrasser des autres.
prier et rester vierge jusqu’au mariage. La seule façon de lutter contre cette pra-
En ma qualité d’anthropologue, je suis Les hommes portent une responsabilité tique dans des sociétés dans lesquelles la
arrivé à la conclusion qu’il ne s’agit pas sur ce plan, car ils veulent épouser des population ne sait ni lire ni écrire (et ne
d’une pratique culturelle, mais d’une pra- femmes vierges. Les hommes affirment peut donc comprendre des arguments
tique barbare, car une mutilation ne sau- qu’il ne souilleront pas la pureté du sang tels que les infections et les hémorragies)
rait être élevée au rang d’acte culturel. de leur famille, ce qui signifie que si je est de présenter des contre-arguments
J’explique aux communautés africaines meurs, ma veuve devra se remarier avec culturels.
vivant en Occident qu’elles ne peuvent l’un de mes frères pour préserver la pu-
Pourquoi devrions-nous agir ? Oui,
pas continuer à mutiler des petites filles reté de la lignée.
nous sommes des Africains, mais nous
En Afrique, lutter contre cette pratique sommes avant tout des êtres humains.
en invoquant uniquement des risques Pourquoi devrions-nous, au nom d’une
médicaux ou juridiques ne suffit pas. identité différente, mutiler nos filles et
Elle doit être déboutée sur le plan cultu- nos femmes ? Nous devons lutter contre
rel. Nous devons présenter des contre- cette pratique. Aucun précepte religieux
arguments culturels. Je voudrais dire aux ne nous ordonne de mutiler nos femmes
femmes africaines présentes dans cette et, en tant qu’Africains, nous devons nous
ouvrir à la modernité. J’ai trop de respect
pour les femmes qui ont été soumises à
ce procédé pour vous le décrire. Je l’ai vu
pratiqué, c’est innommable, et nous sa-
vons que tous les arguments cherchant à
le justifier sont spécieux. Nous avons fait
campagne avec l’aide du Service pour la
promotion de l’égalité entre homme et
femme de Genève. Nous nous sommes
rendus dans des collèges et des lycées et
nous avons œuvré auprès d’anciens pra-
ticiens traditionnels pour qu’ils arrêtent
de transmettre les connaissances néces-
saires à cette pratique.
11
Mme Heli Bathija
Responsable des régions Afrique et
Méditerranée orientale
Organisation mondiale de la santé
12
Que pouvons-nous faire, chacun
d’entre nous, à notre modeste
échelle ? Comment pouvons-nous
aider les enfants ?
Mme Alexandra Rosetti
Chargée de l’information Le Comité informe aussi les étudiants et
UNICEF Suisse les jeunes de Suisse par des lectures pu-
bliques organisées avec une écrivaine
somalienne, Fadumo Korn, qui vit en
« Le droit à l’éducation »
Allemagne. Son livre, intitulé Born in the
big rains, est très semblable à celui de
Waris Dirie, Fleur du désert.
Je tiens à mentionner un exemple positif,
celui du Burkina Faso. La prévalence de la
Selon une enquête menée auprès des En Suisse, 7 000 femmes et MGF/E dans ce pays se situe actuellement
gynécologues de Suisse sur les MGF,
on dénombre environ 7 000 femmes et
filles sont touchées par les à 49,5 % alors que, voilà seulement quel-
filles qui sont excisées dans ce pays ou MGF. Cinquante-et-un pour ques années, elle atteignait 66 %. Le pays
s’est fixé pour objectif l’abandon de la
qui risquent de subir cette mutilation. cent des médecins interrogés MGF/E d’ici à 2010. Sa stratégie est essen-
Les plus nombreuses, on le sait, viennent
d’Ethiopie, d’Erythrée et de Somalie.
ont répondu qu’ils avaient déjà tiellement culturelle; elle consiste à infor-
Selon le droit suisse, les MGF de types 2 et été confrontés au problème. mer les populations par des émissions de
radio, des pièces de théâtre et des films,
3 sont punissables comme lésions corpo-
Le Comité suisse pour l’UNICEF soutient et à faire passer le message par des fem-
relles graves. S’agissant des deux autres
actuellement des projets contre les MGF mes qui s’expriment ouvertement mais
types, c’est affaire d’interprétation. Ils sont anonymement à la radio sur ce qu’elles
punissables comme lésions corporelles dans cinq pays : le Burkina Faso, l’Egypte,
l’Erythrée, la Gambie et la Somalie. ont vécu.
simples. Le droit suisse ne contient enco-
re aucune disposition pénale réprimant Le Comité suisse pour l’UNICEF a tenu La Somalie est un autre exemple. La pré-
ou interdisant les MGF. sa première conférence nationale sur les valence de la MGF/E y est de 98 %. Sa
MGF en Suisse en 2001; elle a montré que stratégie consiste à intégrer droits de la
L’approche de l’UNICEF a toujours été personne et droits de l’enfant. Les enfants
le personnel infirmier et les médecins
centrée sur les droits de la personne et sont informés de la MGF/E à l’école; ils
de Suisse avaient un besoin urgent de
la protection de l’enfance. Les MGF sont font partie de clubs d’enfants et les éco-
conseils. Le déficit d’information est ap-
considérées une violation du droit à la vie, les les aident à comprendre ce qu’est la
paru très clairement lui aussi. La situation
à l’intégrité physique, au meilleur état de juridique en Suisse doit être clarifiée. De- MGF/E. Ils parlent ensuite à leurs familles
santé physique que la personne soit ca- puis cette date, le Comité suisse a mené et à leurs voisins de ce qu’ils ont appris à
pable d’atteindre, du droit de ne pas faire une seconde enquête sur la mutilation l’école. L’UNICEF soutient 90 clubs d’en-
l’objet de violence physique ou mentale, génitale féminine ou excision (MGF/E) et fants en Somalie et espère en compter de
du droit à la protection et à la participa- a organisé une autre conférence à Zürich plus en plus.
tion. Cette approche de base, fondée en 2005. Il en est à sa quatrième campa- En Gambie, l’UNICEF a lancé un program-
sur les droits de la personne, implique le gne nationale contre la MGF, et se sert me communautaire d’autonomisation
droit à l’éducation. Le Comité suisse pour de courriels et d’annonces publicitaires par l’éducation et la sensibilisation, en
l’UNICEF axe son action sur l’éducation et pour informer, sensibiliser et mobiliser. coopération avec des stations de radio
la protection, tout comme UNICEF Inter- Une autre conférence se tiendra à Berne et des organisations féminines. L’UNICEF
national, et en particulier sur l’égalité des les 21 et 22 février sur le travail en réseau et d’autres partenaires dépendent du
filles et des garçons, ce qui suppose aussi et le partage des données d’expériences soutien de leur réseau et des gouverne-
le droit à l’éducation et l’abolition des pra- avec les interlocuteurs de pays d’Afrique ments. Nous devons tous travailler en-
tiques traditionnelles néfastes telles que où la MGF est pratiquée et d’autres pays semble pour en finir avec la MGF en une
les MGF. d’Europe. génération.
13
Questions et observations du public :
« Un mur de silence » soutenus même lorsque les gouverne- sait d’une pratique religieuse, et nous
ments n’adhèrent pas à vos efforts? A avons réussi à les convaincre que tel
C’est un grand honneur pour moi que
long terme, considérez-vous que vous n’était pas le cas. Grâce à des mesures
de prendre la parole devant vous. En
pourrez enregistrer des progrès suffi- et des efforts d’information et d’éduca-
2004, j’ai coordonné pour la mission
samment significatifs pour enrayer ce tion, nous avons réussi à communiquer
permanente du Congo un groupe
phénomène? avec les fillettes en âge d’aller à l’école,
d’experts sur les droits de l’homme.
qui ont grandement contribué à no-
Le problème dont nous parlons ne « Chaque fois qu’une femme afri- tre campagne. Nos contacts avec les
concerne heureusement pas tous les caine me dit qu’elle ne mutilera milieux religieux ont aussi eu un effet
pays africain, et pas le Congo. En tant pas sa fille, c’est une victoire » très bénéfique. Je voudrais remercier
qu’expert pour le Groupe africain, et féliciter M. Sow, qui est l’un des rares
j’avais proposé un projet de résolution Permettez-moi de remercier mon com-
patriote, M. Sow. En Mauritanie, la situa- hommes mauritaniens à participer très
sur cette question précise, mais je me activement à notre campagne.
suis heurté à un mur de silence de la tion est en train d’évoluer et nos auto-
rités sont conscientes du problème « La lutte contre les MGF porte
part des pays dans lesquels cette prati-
posé par les MGF. Comment endiguer
que fait partie de la tradition. Personne ses fruits, continuez le combat ! »
ce fléau ? Des écolières récitent des
ne souhaitait que le Groupe africain ne
slogans anti-MGF et nous avons réussi Je m’appelle Raya, et je viens du
propose un texte allant dans le même
à convaincre des imams de prendre Soudan, l’un des plus grands pays
sens que ceux qui concernent les droits
publiquement position contre cette concernés. Je voudrais livrer un témoi-
des enfants ou des femmes. Le travail
pratique. Mais les pratiques culturelles gnage d’espoir. J’ai récemment terminé
que vous réalisez dans ce domaine
sont profondément enracinées dans une enquête menée auprès de la po-
est crucial. Vous sentez-vous vraiment
l’esprit des populations. Nous ne som- pulation soudanaise vivant en Suisse,
mes pas en train de courir un 100 m et qui portait notamment sur les aspects
je suis sûre que je ne verrai pas cette sexuels des MGF. Sur la quarantaine de
pratique s’éteindre de mon vivant. Il femmes consultées, il ne s’en est pas
existe des chaînes de solidarité et les trouvé une pour approuver cette pra-
organisations créent des relais. Chaque tique ou la soutenir et les femmes ont
fois qu’une femme africaine me dit affirmé qu’elles ne laisseraient jamais
qu’elle ne mutilera pas sa fille, c’est une leurs filles subir une telle procédure.
victoire pour moi. C’est très encourageant pour les efforts
destinés à éliminer cette pratique. La
« Nos contacts avec des cercles lutte porte ses fruits, continuez le com-
religieux ont eu un effet très bat!
bénéfique »
« Il faut suivre la situation dans
En tant qu’Ambassadeur de Mauritanie son ensemble et harmoniser le
à Genève, je voudrais remercier tous
message »
les orateurs et tous les organisateurs
de cette réunion très importante, par- Je suis Secrétaire général du Conseil
ticulièrement pour les femmes et les National pour l’enfance et la maternité
filles africaines. Je souhaite remercier en Egypte et je souhaitais revenir sur le
tout particulièrement M. Sow, qui a débat concernant le rôle des dirigeants
présenté la question de façon parti- religieux. La coordination, le travail en
culièrement claire et convaincante. En réseau et la communication font défaut.
Mauritanie, le Ministre de la condition En novembre 2006, le grand Mufti a in-
de la femme tente depuis 20 ans de vité les dirigeants religieux de 26 pays
mettre un terme à ce fléau. Des cam- à donner leur avis sur les MGF. Il en est
pagnes de sensibilisation, d’éducation ressorti une condamnation très sévère
et d’information ont également été de ces pratiques. Le grand Mufti a émis
lancées dans les milieux religieux. Nous une fatwa (un décret) s’opposant aux
avons réussi à prouver qu’il n’existe pas MGF et est même allé jusqu’à qualifier
de lien entre la pratique religieuse et cette pratique de haram (proscrite). Le
les MGF, ce qui a aidé un grand nom- Mufti a adopté une position extrême,
bre de femmes à renoncer à ces mu- qui a soulevé beaucoup d’opposition.
tilations. Ce pas est important, car les Nous devons créer de meilleurs réseaux,
Mme Mounina Mint Abdellah, femmes croyaient autrefois qu’il s’agis- car un grand nombre de partenaires
Ambassadeur de Mauritanie à Genève
14
importants sont absents. Une réunion
rassemblant la Commission africaine,
Mme Emma Bonino (Vice-présidente
du Sénat italien et ancien Commis-
saire européen), l’Union européenne
et certaines ONG italiennes travaillant
sur la question des MGF se tiendra à
Addis-Abeba. Suivre la situation dans
son ensemble et harmoniser le mes-
sage sera bénéfique. Ce que vous avez
dit concernant les aspects culturels et
religieux, ainsi qu’au sujet du rôle joué
par la profession médicale dans ce pro-
blème, est très important. La difficulté
vient du fait que tout le monde essaye
de faire ce qu’il peut à sa façon sans portements stupides dans toutes les tiennent à mon identité culturelle et
cultures, mais en Afrique, les femmes je lutte contre une telle perception. Ce
bénéficier de l’expérience de ceux qui
sont le pilier de la société. Quand on n’est pas facile d’être noir en Occident
connaissent mieux la question.
se penche sur des pratiques culturelles et d’être confronté à ce que certaines
« Existe-t-il une loi contre les telles que les MGF et sur la condition personnes pensent de nous. Il s’agit de
MGF en Mauritanie ? » féminine, on constate que les femmes pratiques humiliantes, qui n’appartien-
constituent le pilier de leur famille et nent pas à mon patrimoine culturel.
Je représente Horizon Environment
de la société. En Afrique, on dit que
and Health et je voudrais, avant de po- « Nous avons besoin de sentir
derrière chaque homme puissant se
ser ma question, remercier les organi-
cache une femme encore plus puis- que les hommes luttent à nos
sateurs. Quel risque court un citoyen côtés »
sante. Pour comprendre l’excision dans
mauritanien pratiquant une MGF s’il est
le contexte de la culture africaine, il Je m’appelle Osman Sarah et je
découvert ? Existe-t-il une loi autorisant convient de tenir compte de tous ces
les autorités à punir les praticiens? suis l’une des réalisatrices du film in-
aspects culturels, sans oublier non plus titulé : « Mutilated women, never
« Au-delà de l’aspect religieux, l’aspect psychologique. La Mauritanie again » (« Femmes mutilées, plus ja-
n’oublions pas la fierté et connaît actuellement un processus de mais ») et je voudrais remercier M. Sow
l’honneur » démocratisation. Elle a signé la Déclara- car, pour de jeunes militantes comme
tion universelle des droits de l’homme, nous, ses paroles sont très encoura-
La question dont nous débattons est qui contient des articles stipulant que geantes. Je viens de Somalie et nous
de la plus haute importance, mais je les femmes ne doivent pas être soumi- avons vraiment besoin de sentir que
crois qu’au-delà de l’aspect religieux, ses à certaines pratiques, et est signa- les hommes luttent à nos côtés.
nous ne devrions pas oublier ce qui taire du Protocole de la Charte africaine
relève de la fierté et de l’honneur. Ré- relatif aux droits de la femme. Je m’ex-
cemment, au Kenya, une jeune femme prime en tant que chercheur. Certai-
de 21 ans dont la mère n’avait pas été nes ONG ont proposé un projet de loi
excisée a pratiqué sa propre excision contre les MGF au parlement, mais la loi
au rasoir pour plaire à son mari, car ses n’avait pas encore été adoptée lorsque
beaux-parents n’étaient pas satisfaits j’ai quitté mon pays hier. Je reste opti-
qu’elle n’ait pas été soumise à cette miste. Il faut aller sur le terrain parler à
pratique. Il faut tenir compte de l’aspect la population dans son langage. Il y a
psychologique, qui est peut-être diffici- dans notre pays une équipe qui lutte
le à comprendre pour vous Européens, non seulement contre les MGF, mais
mais que M. Sow pourrait vous expli- aussi contre d’autres pratiques tradi-
quer. C’est un aspect particulièrement tionnelles néfastes et je suis heureux de
important dans les pays de tradition voir ici mes collègues de Nouakchott.
musulmane. Lorsqu’il y est dit que Dieu Concernant les MGF, je suis mal à l’aise
a ordonné une certaine pratique, per- lorsque je rencontre des personnes qui
sonne ne la discute. Il faut tenir compte me disent: « Bon, Sow, vous avez raison
de cet élément, car nous parlons des de lutter contre ces pratiques, mais
répercussions sociales de cet acte. elles font partie de notre patrimoine
culturel ». De telles remarques me bles-
Réponse de M. Abdoulaye Sow : sent et m’agacent. Elles me mettent en
Bonjour, jeune ami. Votre remarque me colère. Je ne veux pas que quiconque
touche au cœur. On trouve des com- pense que de telles pratiques appar-
15
Que peut-on faire pour Mme Moushira
Khattab
lutter contre les MGF ? Secrétaire
générale, Conseil
L’exemple en Egypte national pour
La responsabilité de la société l’enfance et la
Les autorités nous ont dit qu’il s’agit seulement d’une affaire de maternité
femmes, et même qu’elles ne savent pas quand une femme
est excisée. Peut-être, mais aussi longtemps que les hommes
continueront de demander que leur fiancée soit vierge et que « Dissiper le
l’excision est la seule façon de protéger sa virginité, les mères
continueront cette pratique. En tant qu’Egyptien, je sais de quoi mythe »
nous parlons ici aujourd’hui et je sais aussi la souffrance que cette
pratique peut causer. Nous faisons porter aux femmes cette
Avant d’aborder le sujet des MGF en
responsabilité, mais, comme le professeur Sow vient de le dire, c’est
Egypte, je voudrais dire que la présen-
la responsabilité de la société toute entière. En Egypte, une
ce ici du Comité des droits de l’enfant
« fatwa » (avis) a été promulguée par l’Université d’Al-Azhar. Cette des Nations Unies, dont je suis la Vice-
pratique est intolérable mais elle continue malgré la fatwa et Présidente, est pleinement justifiée. Je
malgré le fait que le Parlement ait approuvé cette fatwa. Malgré voudrais m’associer à ce qui a été dit par
la législation et la position clairement adoptée il y a deux ans, Mme Rees. Les MGF sont considérées par
aujourd’hui encore 80% des familles égyptiennes continuent de la Convention relative aux droits de l’en-
pratiquer les mutilations pour préserver la tradition mais aussi pour fant comme un acte de violence à l’égard
sa valeur symbolique et pour l’image que les hommes ont de la des petites filles. Le Comité des droits de
femme. l’enfant a fait en sorte d’aborder la ques-
tion des MGF dans le cadre du dialogue
Mohamed Abdel Azim noué avec tous les Etats membres, qu’il
Chef du département arabe à Euronews s’agisse de pays dans lesquels sont prati-
quées les MGF ou de ceux qui accueillent
des communautés qui les pratiquent.
Comme l’a indiqué Mme Rees, l’adoption
et la mise en œuvre de lois, ainsi que l’aide
à fournir aux communautés pour qu’elles
soient en mesure de poser les bons choix,
relèvent de la responsabilité de l’Etat.
Le Rapport du Secrétaire général des
Nations Unies sur la violence contre les
enfants, au cœur duquel se trouvent les
MGF, constitue un autre événement im-
portant. Nous attendons aussi la nomina-
tion d’un Rapporteur spécial sur la violen-
ce à l’égard des enfants et nous sommes
certains que les MGF constitueront l’une
des priorités de ce responsable.
En ce qui concerne l’Egypte, la situation
bouge. Nous voudrions vous parler de
cette évolution et sommes intéressés
par votre réaction. De votre côté, vous
le serez peut-être par ce que nous avons
entrepris. Notre premier cheval de ba-
taille a constitué à réfuter les arguments
médicaux, religieux et culturels invoqués
16
De gauche à droite : M. Mohamed Abdel Azim,
Mme Moushira Khattab, Mme Alexandra Rosetti,
Mme Ndioro Ndiaye et M. Anders B. Johnsson.
cet événement a fait progresser notre
cause. Elle n’était certainement pas la pre-
mière et nombreuses étaient les filles qui
étaient mortes avant elle, mais personne
n’en avait jamais parlé. Cette fois-là, la
nouvelle a fait les gros titres, ce qui nous
a permis de comprendre que les gens de
la rue et les médias sont conscients de la
gravité du problème.
Nous nous sommes servis de cet événe-
ment pour peser en faveur de la publi-
cation par le Ministère de la santé d’un
décret comblant toutes les lacunes de la
législation. Le texte prévoit que tout mé-
en faveur des MGF et à traiter ces muti- Les familles sont soumises à une pression decin, membre d’une profession médi-
lations comme une violation des droits sociale, qui veut qu’elles fassent circoncire cale ou autre individu réalisant, ou ayant
fondamentaux des petites filles et un leurs filles pour qu’elles soient « bonnes l’intention de réaliser une MGF, est passi-
phénomène concernant la condition de à marier ». Faire participer les hommes ble de sanctions. A la suite de l’adoption
la femme dans la société, son droit à être pour faire passer le message juste s’est de ce décret ministériel, que nous de-
entendue et traitée comme une égale. révélé très important. Nous avons lancé mandions depuis trois ans, nous avons
Nous disposons aussi d’un program- une campagne intitulée «Le début de la dû faire appel à la communauté pour
me national visant à créer des villages fin » et nous avons mobilisé les médias. surveiller l’application de ce texte et des
exempts de MGF. Nous avons commencé Il était très important que le message personnes se sont mises à dénoncer des
par dissiper le mythe. Le point le plus im- transmis par les médias soit homogène médecins continuant à réaliser des MGF,
portant a constitué à fournir aux familles car, s’il ne manque pas de personnes bien que le Ministère de la santé a commencé
des données leur permettant de prendre intentionnées, le message qu’elles trans- à sanctionner. Nous avons ainsi montré
la bonne décision, car c’est une décision mettent n’est pas toujours le bon. que nous ne plaisantions pas avec les
qui est généralement prise par amour MGF. Le droit pénal sanctionne les MGF,
Nous avons ensuite dû offrir une structu- mais les dispositions qu’il contient sont
pour la fillette. Nous sommes partis du re et nous avons créé une ligne télépho-
principe que si la famille était informée, des plus vagues. Une MGF est-elle consi-
nique d’urgence réservée aux enfants, dérée comme une blessure ou n’est-elle
elle pourrait fonder sa décision sur des mécanisme gratuit permettant d’enre-
informations précises, et non sur des my- punissable que si elle entraîne le décès ?
gistrer les plaintes, accompagné d’un ser- Parmi nos amendements à la législation
thes. Nous avons adopté plusieurs straté- vice spécial répondant 24 heures sur 24
gies différentes, dont la première relève protégeant les enfants, figure un projet
aux questions concernant les MGF. Cette de loi criminalisant les MGF en punis-
des droits de l’homme. Nous avons alors initiative, qui s’est révélée très bénéfique,
entamé un dialogue national, car le chan- sant les coupables d’une sanction, d’une
nous a montré que nombreuses sont les amende et d’une peine de prison.
gement ne peut pas être imposé. Tant familles qui souhaitent vraiment savoir la
que le public et la collectivité à l’échelon vérité à propos des MGF et sont prêtes à M.A.A : Pourriez-vous nous parler plus en
local ne sont pas convaincus, toutes les changer, comme le prouve le fait qu’elles détail de la ligne téléphonique d’urgence
lois sont vaines. posent des questions, révélateur de leur réservée aux enfants ? S’agit-il d’une cen-
ouverture à l’égard du changement dans trale téléphonique ou d’un centre d’infor-
Depuis 2001, nous mobilisons les com-
ce domaine. mation?
munautés et sensibilisons leurs dirigeants
afin de créer un groupe de pression sus- Il est très important d’œuvrer en parte- Mme Kattab : En fait, cette ligne télé-
ceptible d’agir et de dissiper le mythe. nariat, et l’éventail de nos partenaires phonique est disponible gratuitement
Nous avons ensuite mobilisé la popula- est vaste. Nous avons commencé avec partout. Elle couvre 24 heures sur 24 les
tion à la base, car il est essentiel d’adopter le PNUD et des ONG italiennes, avant de 27 régions égyptiennes (governorates) et
une optique partant du bas vers le haut collaborer avec l’UNICEF et l’Union euro- bénéficie de la présence de profession-
et de forger un partenariat large dans ce péenne, sans parler bien évidemment nels de différentes disciplines. Elle fait
domaine. Ce partenariat incluait des ac- de l’OMS. Notre travail prend appui sur la aussi l’objet de publicité à la télévision,
teurs représentant tous les secteurs de la société civile, puisque toutes les activités mais peu, car la publicité télévisuelle coû-
société. Nous avons mobilisé de jeunes sont prises en charge par des ONG. Un te très cher. Nous faisons de la publicité
bénévoles très actives, qui se sont mon- Comité national de pilotage a été créé, dans les gares et sur le Pont du 6 octobre,
trées aussi persuasives que crédibles. composé de représentants de l’UNICEF, point très stratégique car très fréquenté
Cette mesure nous a permis de créer une du PNUD, de nos bailleurs de fonds, du par les Egyptiens. Nos moyens ne nous
nouvelle culture, dans laquelle les jeunes Ministère de la santé et du Ministère de permettent pas de faire autant de publi-
hommes ne cherchent pas à épouser une l’éducation. Cette coordination s’est révé- cité pour cette ligne téléphonique que
fille circoncise et préfèrent même que lée très importante. Le 28 juin, une jeune nous le souhaiterions, par exemple à des
leur femme ne le soit pas. fille est morte des suites d’une MGF et heures de grande écoute à la télévision.
17
Que peut-on faire au
niveau de la société civile ?
Mme Berhane Ras-Work
Directrice exécutive du Comité
inter-africain sur les pratiques
traditionnelles affectant la santé des
femmes et des enfants (CIAF)
Notre programme devait être ciblé pour
convaincre les femmes qu’elles étaient
« La tradition, la culture et les bien telles qu’elles avaient été créées et
que chaque partie de leur corps avait une
normes n’ont rien de statique » fonction, que si l’on touche à la plus petite
partie du corps, il y a risque pour la santé,
même un risque de mort. Cela devait être
dit avec des mots choisis avec soin et par
Je tiens à remercier les organisateurs de Les principaux acteurs sont des personnes capables de convaincre les
cette réunion-débat de l’avoir prévue
pour aujourd’hui, 6 février, et de nous
les femmes elles-mêmes. C’est femmes elles-mêmes. Je ne pouvais pas
avoir invités à y participer. Je trouve très le premier groupe cible parce aller au Nigéria et m’adresser directement
aux femmes du pays. Il fallait que ce soit
encourageant le combat mené contre les qu’elles sont à la fois les gar- quelqu’un du pays, homme ou femme,
mutilations génitales féminines et il me
donne beaucoup d’espoir. Nous fêtons
diennes et les victimes de cette une personne respectée, qui puisse parler
le 6 février parce que c’est le jour où a pratique. aux femmes, se servir de divers matériaux
et adapter son discours en conséquence,
été créé le Comité inter-africain, il y a de Les sociétés humaines se dotent de nor- qui puisse soutenir le dialogue avec elles
nombreuses années, en 1984, sous la pré- mes et de valeurs pour avoir une identité et le faire avec conviction. Lorsqu’on leur a
sidence de Mme Ndioro Ndiaye. En 2003, collective, pour survivre dans un environ- ouvert les yeux, les femmes disent : « nous
ce jour-là a été proclamé Journée interna- nement et ces normes ne sont pas faciles aurions dû savoir cela plus tôt; c’est trop
tionale de la tolérance zéro à l’égard des à remettre en question. tard pour moi mais je vais essayer de pro-
MGF. téger ma fille ». Il faut un long processus
La tradition, la culture et les normes n’ont
Nous avons parcouru du chemin de- d’éducation et d’information pour en arri-
rien de statique. Elles doivent évoluer et
puis lors. A nos débuts, en 1984, nous ver là, et inspirer une grande confiance.
nous y veillons. Le travail sur les mutila-
n’aurions jamais pensé que nous aurions tions génitales féminines peut être abor- L’autre groupe cible pour nous, ce sont
de tels débats publics et une telle couver- dé sous des angles divers : les droits de la les jeunes car ce sont les futurs parents.
ture médiatique sur les MGF. C’était une personne, la santé, l’économie et les rap- Le programme qui leur est destiné a
entreprise difficile et très délicate parce ports sociaux entre hommes et femmes. été conçu pour les aider à comprendre
que nous touchions aux valeurs et aux Il faut comprendre le contexte social dans le danger que représentent les MGF et
normes, qui sont des sujets sensibles. Les lequel on travaille, c’est-à-dire la popula- d’autres pratiques traditionnelles néfastes.
MGF correspondent à une norme profon- tion et les divers acteurs impliqués, cela, Mais il encourage aussi les jeunes à être
dément ancrée dans les esprits, qui est ac- nous l’avons compris dès le début. Le des agents du changement par le biais de
ceptée non seulement par la société dans programme du Comité inter-africain a été l’éducation, de l’information, d’ateliers, le
son ensemble mais aussi par les femmes conçu avec soin pour pouvoir fonctionner soutien à la cause de l’égalité des sexes,
elles-mêmes. Une femme d’Ethiopie, du dans des contextes culturels donnés, sans etc. Des sites Web ont été créés pour les
Libéria ou du nord du Soudan n’imagi- provoquer de réaction négative. Il s’agis- jeunes et l’on organise des forums pour
nerait même pas vivre sans être excisée. sait de convaincre par le dialogue plutôt les jeunes Africains tels que celui de 2006,
Ce sont les femmes qui demandent l’exci- que d’imposer. Nous avons commencé, à qui a rassemblé des représentants de la
sion, l’infibulation et ce sont elles qui for- force de dialogue avec la population, par jeunesse de 23 pays d’Afrique. Ils ont créé
cent leurs filles à se faire exciser parce que créer des groupes dans les 28 pays où l’on leur propre réseau. Ils ont leur propre site
c’est la norme. pratique des MGF. Web, sur lequel ils s’échangent des infor-
18
mations. Au Niger, par exemple, il y a la Certains disent qu’elles les déposent en gne avec nous contre les MGF. Pour ce qui
brigade de vigilance villageoise, compo- public mais qu’elles les ressortent ensuite est des écoles, les Comités nationaux se
sée de jeunes qui se rendent d’un endroit pour reprendre leur ancienne activité. Il servent des radios scolaires pour transmet-
à l’autre. Au Bénin, il y a les caravanes de n’en reste pas moins que lorsqu’elles ont tre des informations sur les MGF et d’autres
jeunes. Ce sont des jeunes qui vont d’un perdu leur prestige, qu’elles ont reconnu pratiques traditionnelles néfastes.
village à l’autre pour rencontrer d’autres avoir eu tort de faire ce qu’elles ont fait,
Notre organisation a sans doute un rôle
jeunes. C’est donc une campagne en aucune femme ne retournera les voir ni ne
important à jouer mais le premier rôle de-
chaîne qui se poursuit dans de nombreux leur fera confiance. Elles auront perdu leur
vrait revenir aux gouvernements et non
pays, notamment en Mauritanie. Par l’in- ascendant. Elles admettent d’un commun
aux seules ONG. La base ou la population
termédiaire de ses comités nationaux accord avoir besoin d’une autre source de
locale ne doit pas être la seule à se mobi-
(CN), le Comité inter-africain met en place revenu. Une fois « converties », elles de-
liser. La mobilisation doit être nationale et
des programmes pour la jeunesse. Les viennent d’excellents agents du change-
internationale. Il faut qu’il y ait des lois et
jeunes sont donc très impliqués dans sa ment parce qu’on continue à les écouter
un engagement de la part du parlement
campagne. et qu’elles peuvent encore contribuer à
et du gouvernement, qui doivent affecter
un changement positif. Nous avons pro-
Les responsables religieux ont un rôle im- des crédits à l’éducation et à l’information
cédé à une évaluation à la fois à l’intérieur
portant à jouer parce qu’il y a beaucoup et légiférer contre cette pratique. Notre
du Comité et à l’extérieur, qui montre que
d’idées fausses qui circulent. Des chrétiens Comité travaille avec l’Union africaine, qui
l’impact est énorme lorsque d’anciennes
et des musulmans, en Ethiopie et ailleurs, appelle ses différents Etats membres à
exciseuses se mettent à éduquer le pu-
croient que l’excision est une obligation légiférer en la matière. L’article 5 du Pro-
blic. C’est pourquoi nous continuons à
religieuse pour les femmes. Personne n’a tocole à la Charte africaine des droits de
faire campagne avec elles.
pris la peine de leur expliquer que cela l’homme et des peuples relatif aux droits
n’a rien à voir avec la religion. Ni le Coran Il faut rendre les gouvernements des femmes, qui porte sur l’élimination
ni la Bible ne prescrivent aux femmes de des pratiques néfastes, est notre modeste
se faire exciser. C’est pourquoi nous tra- responsables et travailler avec le contribution à ce combat. Il stipule que les
vaillons avec les responsables religieux. législateur. Etats parties ont le devoir de protéger les
Nous avons organisé des symposiums et femmes et les filles contre les MGF. Mais le
des ateliers au Burkina Faso, au Caire, en Les médias, modernes et traditionnels, Protocole n’est pas encore ratifié et nous
Ethiopie, en Gambie et en Tanzanie. En sont aussi des acteurs importants et peu- faisons campagne avec d’autres ONG pour
novembre 2007, une grande conférence vent jouer un rôle majeur dans la lutte que cet instrument prenne effet et ne soit
a réuni des responsables religieux de 26 contre les MGF. Nous avons aussi mis en seulement un bout de papier de plus.
pays. J’ai ici leur déclaration, qui dit que les place des programmes spécifiques pour
Le Comité inter-africain a organisé des
MGF n’ont rien à voir avec la religion, que eux parce que, dès qu’ils s’investissent,
ateliers pour permettre aux parlementai-
tous devraient s’élever et lutter contre el- ils écrivent des articles ou préparent des
res d’examiner les instruments internatio-
les partout. Ils se sont engagés à travailler émissions télévisées. Dans beaucoup de
naux pertinents ratifiés par les différents
aux niveaux national, régional et interna- pays difficiles, nous avons vu que la paru-
pays. Le but est de montrer que, bien que
tional pour faire campagne. tion d’un article dans un journal ou le pas-
signés par les gouvernements, ces instru-
sage d’une émission à la télévision faisait
Enfin, il y a les exciseuses. Elles ont un cer- ments doivent encore trouver une appli-
considérablement évoluer les esprits. Les
tain prestige et un certain savoir dans leur cation dans la vie des femmes, dans la vie
débats sur les MGF peuvent être intenses
pays. Elles sont écoutées, elles conseillent des gens.
mais finalement, ils déclenchent une prise
les femmes sur leurs relations sexuelles
de conscience. Le Comité inter-africain Le travail du législateur se poursuit et va
avec leur mari, sur des questions relatives
a organisé en novembre 2007 un atelier s’intensifier. Nous avons aussi travaillé en
au ménage, sur les relations avec les autres
pour les médias de langues anglaise et liaison très étroite avec le bureau d’Addis-
épouses, etc. On ne peut pas rejeter pure-
française. Ils ont leur propre plan d’action Abeba du Haut Commissariat des Nations
ment et simplement les exciseuses en dé-
pour combattre les MGF et ont formulé de Unies aux droits de l’homme, par exemple.
crétant qu’elles ne valent rien ou que ce
nombreuses propositions. Le plan « Tolé- Le partenariat est d’une importance cru-
sont des meurtrières. Il faut raisonner avec
rance zéro à l’égard des MGF » que nous ciale. Tous ces progrès n’auraient pas été
elles et leur expliquer que les mutilations
avons adopté pour célébrer le 6 février possibles sans notre collaboration avec
génitales entraînent énormément de
de cette année a été élaboré en partena- des ONG, des organisations internationa-
souffrances pour les femmes et peuvent
riat avec les médias. C’est le thème que les telles que l’OMS, l’UNICEF, le FNUAP et
même les tuer. Il faut leur expliquer qu’el-
les comités nationaux de nos partenaires l’UIP. A la conférence internationale sur la
les pourraient mettre leur savoir au service
développeront pour observer la Journée. tolérance zéro à l’égard des MGF tenue en
de quelque chose de plus constructif.
Nous avons organisé des séminaires et 2003, nous avons invité des représentants
Nous avons un programme qui leur pro- des ateliers pour les médias traditionnels de l’UIP, des ambassadeurs, des institu-
pose d’autres activités génératrices de parce qu’ils sont le miroir de la population tions des Nations Unies, des militants et
revenu. Bien que ce soit un processus de et qu’ils sont accessibles. Avec les médias des responsables religieux. Elle a conclu
longue haleine, de plus en plus d’ancien- traditionnels, nous nous sommes servis de que seule l’union des efforts pouvait per-
nes exciseuses prennent publiquement poèmes et de chants pour faire campagne mettre d’obtenir une tolérance zéro d’ici à
position contre les MGF. Symboliquement, contre les MGF et il existe tout un réseau 2010. C’est peut-être un rêve mais il peut
elles déposent leurs couteaux en public. de médias traditionnels qui font campa- se réaliser en l’espace d’une génération.
19
Que faire face à la
migration ?
Mme Ndioro Ndiaye
Directrice générale adjointe de
l’Organisation internationale pour les
migrations (OIM)
Je voudrais vous souhaiter à tous la La plupart des gouvernements des est assez forte, l’excision est considérée
bienvenue et vous saluer tous, vous pays touchés, pays d’origine et pays comme un rite de passage et le fait de
qui venez d’horizons si divers. L’assis- d’accueil des migrants, condamnent les ne pas s’y soumettre risque de détruire
tance dans cette salle illustre bien le MGF qui, cependant, continuent à être des liens entre familles. Depuis trente
monde multiculturel dans lequel nous pratiquées dans de nombreux pays du ans, nombre d’actions et de stratégies
vivons et dont Genève est assez re- monde. Ce sont des pratiques néfastes, ont été lancées ou appliquées en Eu-
présentative. Que nous le voulions ou bien que souvent considérées comme rope pour abaisser la prévalence des
non, nous devons vivre ensemble et la norme par de nombreuses femmes MGF.
coopérer. La proclamation de la Jour- et filles des communautés immigrées. Il
nous faut cibler ces communautés pour Il faut reconnaître le travail qui a été fait
née internationale « Tolérance zéro par la société civile pour protéger les
à l’égard des MGF » montre que des trouver une solution au problème.
jeunes filles. Les autorités doivent être
progrès ont été réalisés dans le travail
auprès des populations. L’OIM a contri- Les femmes immigrées sont alertées au problème. De nombreux
pays commencent à appliquer des me-
bué à mettre en évidence l’ampleur de souvent tiraillées entre la sures : la France, le Portugal et l’Italie
la tragédie suscitée par ces pratiques. culture de leur pays d’origine et en particulier. Il est donc important de
Des communautés ont été déracinées
et déplacées vers d’autres pays. Ceux
celle de leur pays d’accueil. tirer les leçons de l’action menée dans
les pays d’Europe. Que peut-on faire et,
qui émigrent de leur plein gré – léga- parmi les différentes mesures et possi-
lement ou clandestinement – le font Le rôle de la famille est crucial lorsqu’il bilités d’action, quelles sont celles qui
parce qu’ils croient pouvoir vivre mieux s’agit d’aider les femmes à s’adapter sont efficaces ? Mme Ras-Work a parlé
dans leur nouveau pays. Il est donc très aux coutumes de leur nouveau pays d’une campagne réunissant toutes les
important de traiter des MGF dans le de résidence. Les mutilations vident parties prenantes; pour arriver à ce ré-
contexte de la migration. les femmes de leurs forces et des res- sultat, il faut renforcer et développer
sources dont elles auraient besoin pour
Les problèmes d’excision et d’autres les capacités des femmes et donner
apprendre la langue de leur nouveau
pratiques traditionnelles qui ont une aux femmes immigrées les moyens de
pays, chercher du travail et envoyer
incidence néfaste sur les femmes et les mieux prendre soin de leur santé et de
leurs enfants à l’école. Les MGF peuvent
enfants immigrés sont exacerbés en celle de leurs familles, d’exprimer leurs
être un obstacle à l’intégration sociale
raison du déplacement de ces popula- besoins et de participer aux décisions
des femmes immigrées. C’est l’une des
tions. La Suisse connaît bien ce problè- importantes qui touchent à leurs en-
raisons pour lesquelles la lutte contre
me. Elle entreprend actuellement des fants.
les MGF est une priorité et une raison
réformes dans le domaine de la migra- de plus de combattre ces pratiques. Cela suppose aussi des campagnes
tion et j’espère qu’elle pourra trouver Même pour les jeunes filles nées ou d’alphabétisation, la scolarisation des
une place pour ces populations. élevées en Europe, où la prévalence en enfants, la maîtrise du langage, l’accès à
20
l’économie pour disposer des ressour- et les responsables religieux dans les
ces financières nécessaires. Tous ces pays d’origine parce qu’il arrive sou-
déterminants sociaux doivent être pris vent que les communautés immigrées
en compte dans la lutte contre ce pro- ne soient pas au courant de ce qui est
blème, afin que les femmes immigrées fait dans leurs pays d’origine contre les
soient mieux à même de s’y attaquer MGF. Lorsque de nouvelles lois sont
et d’assumer leurs responsabilités. Le adoptées, il est important de les en in-
message ne sera entendu et n’aura un former.
effet positif que si les femmes ont les
moyens d’agir et deviennent autono- Il faut extirper ces pratiques
mes. et comportements et on peut le
Les femmes issues de communautés faire par l’adoption de lois.
d’immigrés doivent savoir à qui s’adres-
ser si elles ont besoin de soins médicaux Ce sont des hommes et des femmes
et d’autres formes d’aide pour elles- qui rédigent et proposent ces lois et il
mêmes et leurs familles. Tout cela faut que cela continue. Il importe de
doit faire partie d’une politique d’inté- faire ressortir l’aspect criminel de ces
gration, non seulement dans le pays pratiques. Des hommes et des femmes
d’accueil mais aussi dans le pays d’ori- déterminés doivent faire campagne
gine. Un gros travail d’information a pour que ces lois soient mieux connues.
été réalisé dans les pays d’origine des Dans certains pays, les pouvoirs publics decins et personnel infirmier acquiè-
femmes immigrées pour leur donner appellent même les fillettes à dénon- rent une formation qui leur permette
les moyens de régler elles-mêmes leurs cer leurs parents, ce qui est parfois de faire face au problème.
problèmes. Le Haut Commissariat des leur demander l’impossible. Aussi de- Il y a quelques années, l’OIM a lancé un
Nations Unies pour les réfugiés devrait vraient-ils veiller à ce qu’il soit possible, programme de sensibilisation à ce su-
être aussi impliqué dans ce combat. sans dénonciation, de punir ceux qui se jet à Genève. L’Etat de Genève applique
Il est important, pour combattre ces rendent coupables de cette pratique. cette approche sectorielle pour faire
pratiques, que toutes les institutions Ils devraient avoir des moyens d’inter- prendre conscience du problème aux
concernées soient associées à l’exé- vention suffisants pour ne pas avoir à communautés d’Afrique de l’Est repré-
cution des programmes mis en place demander à des enfants de dénoncer sentées ici, informer les professionnels
dans les pays d’origine des femmes leurs parents. et dissiper les mythes. Un réseau de
immigrées. Malheureusement, la réalité La répression de l’excision appelle des spécialistes de la santé s’emploie à pré-
est tout autre. stratégies nationales et internationales venir ces mutilations. Grâce au ferme
La communauté internationale devrait cohérentes. Par exemple, la loi devrait engagement du service pour la promo-
décider de financer des programmes s’appliquer aux parents qui pratiquent tion de l’égalité entre homme et femme
pour autonomiser les femmes et renfor- une MGF sur leur petite fille ou qui le (SPPE), une conférence médicale a été
cer leurs capacités dans les pays d’ori- font faire à l’occasion de vacances dans organisée en octobre 2007 et a rassem-
gine comme dans les pays d’accueil. leur pays d’origine. Le rôle des pédia- blé quelque 150 professionnels.
Comme l’a expliqué le Professeur Sow, tres est lui aussi très important. Il exis- Permettez-moi de dire un dernier mot
il est important d’analyser les mythes te dans tous les pays des cliniques ou sur la nouvelle génération qui se bat
qui entourent encore les mutilations. des dispensaires pour les mères et les pour faire évoluer les mentalités de leurs
Le Comité inter-africain et d’autres ONG enfants. Les pédiatres et les infirmières
parents, de leurs amis, de leurs familles
travaillent sur ce terrain extrêmement qui voient des bébés excisés devraient
et de leurs communautés. La nouvelle
sensible. C’est une bataille difficile par- pouvoir en dénoncer les parents.
génération montre que la situation ac-
ce qu’elle touche à ce que l’être humain Le dernier aspect touche à la formation tuelle n’est pas inévitable parce qu’il n’y
a de plus intime et c’est une bataille du personnel de santé parce que les a pas de raison éthique à cette pratique
dans laquelle les victimes ne veulent systèmes médicaux des pays d’accueil ni rien dans la morale ou la religion qui
pas forcément recevoir de l’aide ou des ne s’attaquent pas au problème com- la justifie. Ce n’est pas parce qu’une
conseils de gens de l’extérieur. me ils le devraient. Les programmes femme a été excisée qu’elle sera fidèle
d’enseignement universitaire ou de for- à son mari. Ce n’est pas parce qu’une
Il y a des communautés qui rejettent
mation à la gynécologie ne comportent femme aura été mutilée qu’elle n’aura
systématiquement toute aide extérieu-
pas de chapitre consacré aux MGF et à pas un enfant hors mariage. Il n’est pas
re parce qu’elles se sentent blessées
leurs conséquences pour la vie sexuelle vrai non plus de dire qu’une femme
et ont simplement besoin de survivre.
des femmes et pour leur vie en géné- qui n’a pas été excisée n’est pas assez
Nous devons tenir compte de tous ces
ral. Dans les hôpitaux universitaires ou pure pour accueillir des visiteurs chez
éléments culturels et traditionnels qui
les écoles de médecine, les études de elle avec une tasse de thé. Cette salle
justifient la pratique des MGF.
gynécologie devraient comporter un est pleine de gens qui veulent appor-
Il nous faut relayer les mesures prises chapitre sur les MGF afin que sages- ter leur aide, et participer à la lutte et je
par les parlements, les gouvernements femmes, pédiatres, gynécologues, mé- tiens à les en remercier.
21
Commentaires et questions du public :
22
et tous les droits que violent les MGF.
Question du public : J’aimerais poser
ma question à l’oratrice du Sénégal. Elle
concerne le rôle des gynécologues et
l’importance de la profession médicale.
Les filles ne voient un gynécologue
que plus tard, de sorte que beaucoup
de cas échappent aux médecins. Je ne
sais pas si un ou une pédiatre peut dés-
habiller une enfant, mais même une
pédiatre n’est pas autorisée à examiner
les parties intimes d’une enfant sans
avoir de bonnes raisons pour le faire.
Réponse de Mme Ndioro Ndiaye : Il est
important à des fins de surveillance que
les jeunes filles consultent un ou une
gynécologue. J’ai parlé des pédiatres
parce que parfois la MGF est pratiquée
sur de très jeunes enfants et, dans ces
cas-là, les pédiatres ont un rôle à jouer.
Il est vrai qu’ils n’examineraient pas les
parties intimes de fillettes de cinq ou
six ans. Mais de nos jours, on emmène inter-africain pour le travail extraordi- ne tiennent pas à se mettre à dos une
les filles chez le gynécologue de plus naire et très courageux qu’il a réalisé en partie de la population. Les délégués
en plus tôt. Je pense donc qu’il serait Afrique, en particulier Mme Ras-Work. du gouvernement du Burkina Faso, par
très utile d’inclure cet examen dans la Ma question s’adresse à elle : le CIAF est- exemple, participent très activement
il autorisé à travailler avec des écoles en aux réunions et sont très ouverts mais
visite. Les gynécologues peuvent inter-
Afrique ? Sur ce continent, la MGF est la plupart sont réservés dans leur pays.
venir dans le cas de femmes enceintes
un sujet tabou et, sans appui politique,
qui ont été excisées et qui courent des Réponse de Mme Ndioro Ndiaye : Je
je ne sais pas si nous pouvons faire des
risques particuliers de ce fait. Mais ils partage l’analyse de Mme Ras-Work.
progrès sur un terrain aussi sensible. Il y
peuvent aussi jouer un rôle important Je confirme qu’il faut des appuis poli-
a des gens courageux qui ont travaillé
à un âge beaucoup plus tendre. Les tiques et que les hommes et femmes
sur ce sujet jusqu’à maintenant mais a-
pédiatres devraient pouvoir signaler politiques ne disent pas forcément les
t-on vraiment des appuis politiques sur
les actes d’excision pratiqués sur des mêmes choses à un public internatio-
ces questions ?
bébés nal qu’à un public national. Je vous par-
Réponse de Mme Berhane Ras-Work : lais du cas du Sénégal, où nous avons
Commentaire du public : Je suis de
Pour ce qui est des écoles, cela dé- perdu les élections parce que le Pré-
l’Association médicale mondiale, qui
pend. En Ethiopie, nous utilisons les sident m’avait autorisée (Mme Ndiaye
représente des médecins et des asso-
chaînes de radio scolaires pour parler était Ministre du développement so-
ciations nationales de médecins à tra-
des excisions, du mariage des mineurs cial) à inviter des ulémas égyptiens
vers le monde. Nous travaillons pour la
et d’autres pratiques traditionnelles. (des docteurs de la loi musulmans) à
promotion de l’éthique médicale et des
Oui, des écoles participent à nos cam- s’entretenir avec des responsables re-
droits de la personne dans le domaine
pagnes de sensibilisation. Au Soudan, ligieux locaux, à discuter du problème
de la santé. Nous avons publié un ar-
nous avons un comité national qui est et à affronter la vérité. Oui, c’est un
ticle de presse hier et nos membres
invité de temps en temps à parler dans risque politique. Mais les ONG et la so-
tiennent à condamner les MGF qui font
des écoles et des universités. Il existe ciété civile, avec les organisations na-
beaucoup de mal aux femmes. Pour
un mouvement de jeunes à l’intérieur tionales et communautaires, peuvent
ce qui est des modules de formation à
et à l’extérieur des écoles et il est de exercer assez d’influence pour forcer
la gynécologie, je pense que c’est une
plus en plus actif dans la plupart des les hommes et femmes politiques à re-
idée à étudier et que nous devons ré-
pays. S’agissant de la politique et de considérer leur position, et c’est ce que
fléchir à la manière dont les médecins nous voulons. La volonté politique est
la classe politique, c’est toujours très
pourraient acquérir à l’avenir ce type de complexe en Afrique. En général, les importante mais si la société civile fait
formation. gouvernements parlent des droits de pression, les choses peuvent changer.
la personne et des droits de la femme Il est important que même des fillettes
Question du public : Je voudrais remer- lorsqu’ils viennent à Genève ou à New- consultent des spécialistes parce que
cier les organisateurs de cette manifes- York mais, dès qu’ils sont de retour chez s’ils remarquent qu’une enfant a été
tation et tout spécialement le Comité eux, ils sont très méfiants et prudents. Ils excisée, ils devraient prendre toutes
23
peu la pression qui pèse sur les familles puissent entreprendre des activités gé-
pour qu’elles perpétuent la pratique. nératrices de revenu.
L’engagement politique est effective-
Réponse de Mme Ndioro Ndiaye : Il faut
ment très important. Autre élément :
de l’argent pour lutter contre les MGF.
la formation des gynécologues, qui est
Nous devons donc nous mettre d’ac-
pour la majeure partie entre les mains
cord pour investir dans cette lutte.
du gouvernement. Sans engagement
du gouvernement, il ne sera pas pos- Commentaire du public : Je représente
sible de changer le programme des Village Suisse, ONG établie à Genève.
études ni d’appliquer la loi et de punir Je siège au Comité directeur pour les
les exciseuses. Il est aussi très important migrants. En dehors des communautés
de gagner les médias pour expliquer musulmanes d’Afrique, y a-t-il d’autres
aux gens que ce n’est pas un bout de communautés musulmanes dans le
peau que l’on enlève, mais un organe monde et en particulier en Europe qui
qui a une fonction. Il est très important ont pratiqué ou pratiquent actuelle-
d’avoir un engagement du pouvoir po- ment les mutilations génitales ?
litique, et je pense que c’est le cas en
Egypte. Réponse de Mme Alexandra Rosetti :
Nous travaillons avec des imams dans
Commentaire du public : Je viens de les pays qui pratiquent l’excision, c’est-
l’OMS et j’ai coordonné les amende- à-dire les pays d’origine. En Suisse, nous
ments à la typologie des MGF. Je suis sommes aussi en contact avec des
très préoccupée par le droit suisse, qui imams mais c’est notre point faible et il
n’interdit que les MGF de types 2 et 3. faudra que nous nous concentrions da-
les mesures préventives possibles pour J’aimerais savoir quelle en est la raison vantage sur les imams d’Europe. Pour
qu’elle mène une vie aussi normale et en quels termes la loi est formulée. ce qui est de la surveillance gynécolo-
que possible. Il faut faire beaucoup de C’est un défi de taille dans le monde. gique des très jeunes filles, je suppose
prévention. Une partie de la résistance au change- que vous faites allusion au cas d’une
ment tient ce discours : parfait, nous famille somalienne de Zürich qui a été
Réponse de Mme Moushira Khattab :
allons arrêter ce type de MGF mais en rendu public. C’est précisément pour
L’engagement politique est très impor-
autoriser un autre, de sorte que, dans cette raison que nous avons mené
tant. Ce que l’on a dit des hommes poli-
les faits, il n’y aura pas grand change- cette étude. Comme organisation in-
tiques qui disent une chose à l’étranger
ment. Par ailleurs, la médicalisation ternationale, nous dépendons des éta-
et se rétractent lorsqu’ils sont de retour
croissante pose un sérieux problème. blissements cantonaux et d’un réseau
chez eux, c’est toute la beauté de l’ex-
Je me demandais si certains gouver- cantonal pour offrir ces consultations,
périence égyptienne. En 2003, l’Egypte
nements n’avaient pas soulevé le pro- qui sont si nécessaires.
a accueilli une réunion d’experts afro-
blème de la réinfibulation, qui est sou-
arabes sur les outils légaux et l’élimi- Réponse de Mme Moushira Khattab :
vent pratiquée par des médecins et des
nation des MGF. La première dame Les MGF n’ont rien à voir avec la religion.
sages-femmes. Il ne semble pas y avoir
d’Egypte, le grand mufti d’Al-Azhar et On les pratiquait avant que les religions
de politique claire sur ce sujet. Je sais
le représentant du pape Shenouda ont ne s’implantent. C’est une pratique afri-
qu’on la pratique en Suisse.
pris la parole. Je me souviens qu’à l’épo- caine. Elles sont pratiquées, selon les
que de nombreux avertissements ont Commentaire du public : Je fais par- endroits, par des chrétiens, des musul-
été lancés : il ne fallait pas aborder le tie de la Mission béninoise à Genève. mans, des juifs, des non-croyants. Il ne
sujet parce qu’il était très sensible. A la Je tiens à féliciter les organisateurs de faut donc pas les rattacher à une reli-
fin de cette conférence, de nombreux cette conférence ainsi que les panélis- gion donnée.
pays étaient très contents de voir cette tes d’avoir mis en lumière une question
question traitée publiquement parce aussi importante. Je suis très impres- Réponse de Mme Berhane Ras-Work :
qu’elle ne l’avait jamais été auparavant. sionnée par l’exposé de Mme Ras-Work Je voudrais seulement saluer la pré-
De plus, le Conseil national pour l’en- sur les caravanes de jeunes au Bénin sence ici de quelques-unes des ONG
fance et la maternité, qui est en Egypte et je pense qu’il faut effectivement pionnières qui ont lancé le mouvement
la plus haute autorité compétente pour sensibiliser encore plus les jeunes à la anti-MGF ici dans les pays occidentaux,
les enfants et les mères, a pris l’initiative lutte contre ce fléau. Le Gouvernement lequel a donné naissance au Comité
de soutenir le travail réalisé par les ONG du Bénin, par l’intermédiaire du Minis- inter-africain. Sans leur soutien et leur
et a incité le gouvernement à mettre tère de la famille et des ONG, bien sûr, collaboration, nous ne serions pas allés
tout son poids derrière le travail des s’est mis en rapport avec les exciseuses aussi loin. La solidarité internationale est
ONG. Le but était de créer un impor- pour leur demander de déposer leurs extrêmement importante et elle est in-
tant groupe de pression qui soutienne instruments. Nous avons tenté de les dispensable si l’on veut que la tolérance
le mouvement anti-MGF et relâche un organiser en coopératives pour qu’elles zéro à l’égard des MGF devienne réalité.
24
Conclusions
M. Laurent Moutinot,
Président du Conseil d’Etat genevois
Il est difficile de combattre des pratiques considérées
comme normales parce que nous devons tout d’abord
démontrer qu’elles ne le sont pas
Le Conseil d’Etat genevois a tenu à par- film ne soit pas lié aux MGF est d’autant Je souhaite que les travaux qui vous
ticiper, brièvement en l’occurrence, à plus dramatique puisque l’on saisi à occupent aujourd’hui connaissent des
vos travaux pour vous dire toute l’im- quel point cette pratique est courante développements concrets dans les mé-
portance qu’il leur attache. La question et banale dans certains milieux. C’est thodologies de lutte contre ce phéno-
des MGF, de mon point de vue, est une un film actuel, et cette pratique semble mène. Qu’il s’agisse de formation ou de
question de droits humains qui a cette juste normale. Il est difficile de combat- recyclage des exciseuses. Il s’agit d’un
particularité qu’elle n’est pas discutable. tre des pratiques considérées comme ensemble de contraintes sociales qui
En matière de liberté d’expression, nous ne facilitent pas les prochaines étapes à
normales parce que nous devons tout
pouvons trouver des limites. Par exem- franchir et il faudra être le plus concret
d’abord démontrer qu’elles ne le sont
ple, nul n’a le droit de diffamer autrui, possible. Il ne faut pas se laisser décou-
pas. rager par le fait que la lutte contre ce
nul n’a le droit d’exprimer une haine ra-
ciale ou des choses de ce genre-là. Il faut démontrer, comme le profes- phénomène prend du temps. Il faut
seur Sow l’a dit, que c’est une honte, et continuer pour que tout simplement
S’agissant des MGF il n’y a pas de limi- ce qui était une habitude devienne une
tes, il n’y a pas d’excuses, il n’y a pas de c’est cela qui est si extraordinairement
difficile à expliquer à quelqu’un qui abomination. Et que ce qui est normal
compromis à trouver. Il n’y a pas non redevienne une habitude.
plus dans le combat contre les MGF pratique ce qui a toujours été fait, sans
d’ennemi très clairement identifié. Pour s’être jamais posé de questions. Difficile
revenir à l’exemple de la liberté d’ex- de lui expliquer qu’il s’agit d’un crime,
pression, il existe dans certains régimes car il faut dire les choses comme elles
des censeurs que l’on peut critiquer. sont : c’est un crime !
Des moyens de contrôle de la liberté
d’expression peuvent être identifiés, et
ils peuvent être combattus. S’agissant
des MGF ce n’est pas le cas et le Profes-
seur Sow a eu raison de rappeler que
cette pratique n’est pas forcément liée
à une religion puisqu’elle est antérieure
à l’arrivée des religions du Livre.
En définitive, la seule chose à faire est
de mettre en évidence, le mieux possi-
ble, la manière dont cette pratique est
appliquée, de manière à pouvoir com-
battre, le mieux possible, ce problème
là où il a survient et par des moyens
adéquats. Un certain nombre d’entre
vous avez peut-être vu ce film récent
assez extraordinaire qui se passe au
Caire. Il ne traite pas spécifiquement
des MGF, mais il évoque une excision
qui a lieu parmi d’autres éléments de la
vie quotidienne. Le fait que le sujet du
25
M. Anders B. Johnsson,
Secrétaire général
de l’Union interparlementaire
L’UIP va continuer à sensibiliser
les dirigeants politiques à la
question des mutilations
génitales féminines
Je voudrais vous remercier d’avoir par- ayez suffisamment d’argent pour met- soyez pas plus nombreux pour que tous
ticipé à cette demi-journée très dense, tre sur pied des programmes efficaces, les médias affichent à la Une l’informa-
dont les discussions ont été extrême- est primordial. Vous devez aussi pouvoir tion concernant ce combat.
ment intéressantes. La composition du compter sur le soutien d’un gouverne-
Dernière remarque tout à fait personnel-
public dans la salle, comme la compo- ment qui soit publiquement derrière
le : quelques-uns parmi vous ont fait des
sition des experts qui ont pris la parole vous, et aussi sur les organisations inter-
remarques sur la vie politique quelque
montrent la grande diversité des acteurs nationales.
peu compliquée en Afrique. Je ne suis
qui travaillent dans le domaine des mu- Les discussions que nous avons eues ce pas tout à fait d’accord : je trouve que
tilations génitales féminines. Que ce soit matin montrent à quel point ce parte- la vie est très compliquée partout. A Ge-
au niveau local des organisations gou- nariat est important et il faut continuer nève - pardon M. Moutinot -, en Suisse,
vernementales et non gouvernemen- dans cette voie tous ensemble. Comme en Afrique et partout dans le monde, les
tales, des mouvements associatifs, des l’a dit Laurent Moutinot, la fin des mutila- politiciens, comme disait Mark Twain, ne
personnes qui travaillent dans les hô- tions génitales féminines n’est malheu- sont pas des anges. S’ils ont été élus, ils
pitaux et les cliniques et au niveau des reusement pas pour demain. J’espère sont le reflet de ceux qui les ont élus. Il y
dirigeants communautaires, politiques, cependant que le vœu que nous avons en a donc des bons et des mauvais. Et il
parlementaires et gouvernementaux. S’il émis à Dakar, en 2005 (voir annexes), de faut faire avec.
y a une chose qui ressort de notre dis- voir que cette pratique ne soit plus ac- Ce que nous pouvons faire au sein de
cussion de ce matin c’est l’importance ceptée d’ici une génération puisse se l’Union interparlementaire, c’est de
du dialogue entre tous ces acteurs. réaliser. continuer de sensibiliser les femmes et
Nous devons apprendre les uns des Je souhaite aussi souligner l’importan- les hommes politiques en Afrique et
autres. De très bons exemples ont été ce de l’éducation et l’importance des ailleurs à la question des mutilations
donnés ce matin et il est important que médias. Je remercie ceux qui sont ici génitales féminines et à la nécessité de
nous tous tenions le même discours. aujourd’hui et je regrette que vous ne travailler ensemble pour y mettre fin.
Nous devons parler du problème des
mutilations génitales féminines et des
moyens de le combattre.
Les parlements sont là pour adopter des
lois, mais si ces lois ne prennent pas en
compte la réalité, qui mieux que vous
peut éclairer les législateurs ? Et si ces
mêmes lois ne sont pas acceptées et
intériorisées par les personnes concer-
nées, il est très difficile de les faire ap-
pliquer.
Ce partenariat entre le local, le national
et l’international, entre ceux qui font le
travail sur le terrain et les responsables
politiques qui doivent faire passer les
lois et voter les budgets pour que vous
26
Annexes
Entretien
M. Mélégué Traoré
Président de l’Assemblée nationale du Burkina Faso
« On peut être un bon Africain et fidèle à la tradition sans
faire exciser les filles »
27
Entretien
Réunion-débat
sur les MGF à la
Conférence de l’UIP
à Ouagadougou
M. Mélégué Traoré
(Burkina Faso) Président de l’Assemblée nationale
Septembre 2001 du Burkina Faso
La 106ème Conférence de
l’Union interparlementaire,
tenue à Ouagadougou en 2001, « On peut être un bon Africain et
a été l’occasion d’un débat
parlementaire intitulé « Une fidèle à la tradition sans faire exciser
violence contre les femmes :
les mutilations sexuelles les filles »
féminines ». Dirigée par le
Président de l’Assemblée
nationale du Burkina Faso,
Q : Lors de la 106ème Conférence inter- Faso reste un pays composé à 50-
M. Mélégué Traoré, qui est
parlementaire, que vous avez présidée, 60% d’animistes. Dans notre tradition,
également un chef coutumier
vous avez souhaité organiser un panel l’initiation est très importante et il se
dans son pays, la table
sur l’excision et les autres mutilations trouve que l’une des justifications de
ronde avait pour objet de sexuelles féminines. Pourquoi ? l’excision est justement le rite initiati-
présenter diverses pratiques que, lequel ne peut pas se faire, pour
traditionnelles, telles l’excision Mélégué Traoré : Parce que l’excision
les femmes, sans l’excision. Autrement
et l’infibulation, qui affectent est une question importante. Nom-
dit, l’excision est l’un des éléments clé
des millions de fillettes et breuses sont les sociétés qui en Afri-
du rite initiatique.
de femmes dans plus de que connaissent le phénomène des
mutilations sexuelles des femmes, no- Q : Qui peut rassurer les parents qui
trente pays, spécialement en
tamment l’ablation du clitoris. Ce phé- font exciser leurs filles de peur qu’elles
Afrique sahélienne, et aussi de ne puissent trouver un mari, si elles ne
nomène, très connu au Burkina Faso
sensibiliser les parlementaires, le sont pas ?
mais aussi dans un certain nombre de
hommes et femmes, à pays d’Afrique et d’ailleurs, se base sur
l’importance de parvenir à M.T. : Je suis connu au Burkina pour
des motifs religieux et culturels, c’est- être un traditionaliste, puisque je suis
l’élimination de ces pratiques à-dire sur les traditions. Il faut être un chef coutumier qui officie les sa-
dans le respect des cultures et conscients de la gravité et de l’étendue crifices et immole les animaux. Mes
des personnes. du problème. Il existe des ethnies au enfants ne portent ni des noms chré-
Burkina Faso qui considèrent qu’une tiens ni des noms musulmans, mais
Les participants sont convenus
femme ou une jeune fille qui n’est pas des noms de chez nous. Je vous dit
qu’une législation de nature à
excisée n’a pas de chance de trouver cela, car je pense que la principale
prévenir, combattre et punir les un mari. Il faut une prise de conscience justification à l’excision ne tient plus la
mutilations sexuelles féminines des parlementaires à ce sujet. Au Bur- route aujourd’hui. J’ai deux filles et j’ai
doit être adoptée dans les pays kina Faso, l’Etat a créé le Comité natio- refusé de les faire exciser. Les gens au
où ces pratiques perdurent et nal de lutte contre l’excision, dirigé par village ont compris qu’il n’y avait rien
qu’il est souhaitable que les Mme Bassolé. Il s’agit d’une adminis- dans les traditions de l’ethnie Sénoufo
législations et programmes en tration permanente dont les membres - dont je suis issu - qui justifie l’excision.
la matière soient harmonisés sont salariés par l’Etat et dont le travail C’était valable à l’époque de la grande
afin d’éviter que les jeunes principal consiste à animer toutes les initiation, qui a disparu aujourd’hui au
filles d’un pays touché par activités de lutte contre l’excision et à profit de l’école. Il ne reste qu’une par-
l’interdiction ne soient mobiliser tous les acteurs qui sont en tie du pays Sénoufo, en Côte d’Ivoire
soumises à ces pratiques dans mesure de lutter contre cette pratique. - les poro ou les cholugo -, où l’initia-
un pays où la loi reste tolérante. Certains de ces acteurs étaient, au dé- tion continue d’exister. Mais même
part, favorables à l’excision, comme dans ce cas-là, il est facile d’admettre
les chefs religieux, surtout islamiques aujourd’hui qu’une fille n’a pas besoin
et les chefs coutumiers; le Burkina d’être excisée pour avoir sa place dans
28
Conférence sur
pratiqué dans les hôpitaux ou dans
les MGF à Dakar
les cabinets médicaux, par des agents (Sénégal)
de l’Etat, doit être réprimée, même
si elle est considérée comme étant Décembre 2005
plus saine. Au Burkina, la loi interdit
Conscients que les mutilations
l’excision : il s’agit d’un délit pénal. Par
sexuelles féminines (MSF)
contre, s’agissant des sociétés qui l’ap-
pliquent en tant que système, il n’y a
constituent un acte de violence
que la sensibilisation qui puisse en ve- à l’encontre des femmes et
nir à bout. Les exciseuses sont surtout une violation des droits de la
de vieilles femmes, car chez nous, l’âge personne, des parlementaires
est chargé de prestige et de respect. de plus de 20 pays africains se
sont réunis à Dakar les 4 et 5
Q : Cette question semble vous tou-
le monde Sénoufo. Et ce qui est vrai décembre 2005 pour participer
cher profondément...
chez les Sénoufo l’est ailleurs. Il faut à une conférence sur « Les
M.T. : Je me souviens que ma sœur violences contre les femmes,
commencer par faire admettre à tout
aînée est tombée de vertige le jour où abandon des mutilations
le monde que la principale justifica-
elle a été excisée. Aujourd’hui je prends sexuelles féminines : le rôle
tion à l’excision n’existe plus. Je dis tou-
conscience du traumatisme qu’elle a des parlements nationaux ».
jours aux villageois d’arrêter d’exciser
subi à l’époque. Je ne pouvais pas sa-
les filles car cela ne correspond plus Ils se sont engagés à obtenir
voir, car alors tout le monde estimait
à rien aujourd’hui. Ils les font souffrir l’abandon définitif de ces
qu’elle était d’une faiblesse coupable.
inutilement car aucun enseignement Elle avait 16 ans et elle a perdu beau- pratiques en une génération.
des ancêtres ne prône l’excision. Non coup de sang. Le fait qu’elle perde
seulement je dirai à mon fils qu’il peut A l’invitation de l’Assemblée
connaissance était considéré comme nationale sénégalaise et en
épouser une fille non excisée, mais je un scandale. Je sais que cela sera long,
vous dirais qu’aujourd’hui, dans mon coopération avec l’Union
mais je crois que nous pouvons venir à
village, tous les jeunes ont compris parlementaire africaine
bout de l’excision. Ici au Burkina, nous
que ce n’est pas parce qu’une fille est avons eu des résultats, notamment (UPA), l’UIP et l’UNICEF, les
excisée qu’elle est plus fidèle ! grâce à la contribution des chefs reli- législateurs ont insisté sur la
Q : Comment expliquez-vous alors que gieux, imams, chefs coutumiers, prêtres nécessité d’engager une action
cette pratique persiste ? catholiques et pasteurs protestants. coordonnée faisant intervenir
toutes les composantes de
M.T. : Le phénomène persiste parce Q : Etes-vous prêt à faire campa-
la société – pouvoirs publics,
que la tradition continue. Dans les an- gne auprès de vos homologues des
pays concernés pour lutter contre
responsables traditionnels et
nées 60, on pensait qu’au lendemain
l’excision ? religieux, acteurs de la société
de l’indépendance les traditions n’exis-
civile et parlementaires – et
teraient plus dans les années 70. On M.T.: Je suis tout à fait prêt à faire
sait aujourd’hui qu’il ne faut pas dé-
d’inscrire ces efforts dans le
campagne et je lance un appel pour cadre global de la lutte contre
truire les traditions mais qu’il faut se les qu’une législation uniforme contre l’ex-
réapproprier et leur donner une autre la pauvreté et des stratégies
cision soit mise en place dans les Etats
signification, conforme à notre monde de développement. À la fin de
de cette zone de l’Afrique de l’Ouest.
actuel et liée à la valorisation du mon- Cette campagne de sensibilisation ne la conférence, les participants
de africain. Cela est possible, sans avoir va pas à l’encontre de la tradition. C’est ont adopté à l’unanimité une
besoin d’exciser les filles. C’est par là un chef coutumier qui vous le dit ! déclaration énumérant les
qu’il faut commencer. On peut être un mesures concertées requises.
Voir la page spéciale sur le site inter-
bon africain sans exciser les filles. Il faut
net de l’UIP :
aussi réprimer. Non pas dans les villa-
ges, mais j’estime que l’excision qui est http://www.ipu.org/news-f/3-3.htm
29
« Les violences contre les femmes, abandon
des mutilations sexuelles féminines :
le rôle des parlements nationaux »
Organisée par l’Union parlementaire africaine (UPA),
l’Assemblée nationale du Sénégal,
le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF) et
l’Union interparlementaire (UIP)
Déclaration finale
(Adoptée à l’unanimité)
Nous, présidents et membres des Assemblées parlementai- Sachant que l’E/MGF touche les pays africains à divers niveaux
res d’Afrique du Sud, d’Algérie, d’Angola, du Burkina Faso, du et concerne également d’autres pays du monde, dont certains
Cameroun, de la Côte d’Ivoire, de Djibouti, des Comores, de pays d’immigration;
l’Ethiopie, du Ghana, de la Gambie, du Kenya, du Mali, de la Rappelant que l’E/MGF est une préoccupation universelle, qui
Namibie, du Nigeria, du Sénégal, de la Sierra Leone, de la Suisse, constitue une violation des droits humains des femmes et des
du Soudan, du Togo et du Royaume-Uni; enfants ainsi qu’une violation de leur intégrité physique, et qu’el-
Réunis à l’invitation de l’Assemblée nationale du Sénégal, du 4 le est l’expression d’une inégalité structurelle entre hommes et
au 5 décembre 2005, à Dakar, dans le cadre de la Conférence sur femmes;
le thème « Violences à l’égard des femmes, abandon des muti- Rappelant que l’E/MGF a été perpétrée de générations en gé-
lations génitales féminines: le rôle des parlements nationaux », nérations par une dynamique sociale qui fait que les choix fami-
organisée par l’Union parlementaire africaine (UPA), avec l’appui liaux sont conditionnés par ceux des autres;
de l’UNICEF et de l’Union interparlementaire (UIP);
Conscients des liens existants entre le niveau de développe-
Heureux de l’opportunité d’information et de dialogue entre ment, l’analphabétisme et la pratique de l’E/MGF;
les différents acteurs engagés sur la voie de l’abandon de l’ex-
Notant avec satisfaction que les Nations Unies ont adopté le
cision/mutilation génitale féminine (E/MGF) offerte par cette
6 février en tant que Journée internationale de Tolérance Zéro à
Conférence;
l’égard des mutilations génitales féminines;
Convaincus que la culture n’est pas statique, qu’elle est en Soulignant qu’il n’existe aucune justification religieuse à la pra-
mouvement perpétuel, s’adaptant et se réformant, également tique de l’E/MGF, et que cette dernière est essentiellement fon-
convaincus que les comportements changent lorsque les dan- dée sur des traditions ancestrales;
gers des pratiques néfastes ont été compris;
Saluant la mobilisation accrue des pays africains en faveur de
Convaincus que l’abandon de l’E/MGF en une génération est l’abandon de l’E/MGF et la multitude d’initiatives régionales vi-
un objectif réalisable; sant l’abandon de cette pratique;
Notant avec préoccupation par ailleurs que l’E/MGF touche Se réjouissant de l’entrée en vigueur du Protocole de Maputo à
encore aujourd’hui 3 millions de filles par an et qu’entre 100 et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples sur les
140 millions de femmes et de filles à travers le monde ont subi droits des femmes, qui constitue une avancée significative pour
une forme d’E/MGF; l’abandon de l’E/MGF;
Préoccupés par les effets dommageables et irréversibles, par- Rappelant que la Convention relative aux Droits de l’Enfant, la
fois fatals, de l’E/MGF, aux niveaux physique, psychologique et Convention pour l’élimination de toutes les formes de discrimi-
social; nations à l’égard des femmes, la Déclaration des Nations Unies
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sur l’Elimination de la Violence à l’égard des Femmes, la Charte 8. Le développement de toute législation sur l’E/MGF doit se
africaine des droits et du bien-être de l’enfant; la Charte africaine faire en consultation avec la société civile, les chefs coutu-
des droits de l’homme et des peuples, la Conférence du Caire miers et les guides d’opinion dans le cadre d’une stratégie
sur la population et le développement, la Programme d’action plus large pour l’abandon de cette pratique. Il est important
de Beijing, et tous les autres textes pertinents en la matière, of- que tout texte législatif soit diffusé et expliqué. Les com-
frent un cadre juridique international et régional pour l’abandon munautés et plus particulièrement les femmes doivent être
de l’E/MGF; informées par le biais de campagnes de sensibilisation, de
communication et d’information sur le contenu de la loi et
Reconnaissant que l’abandon de l’E/MGF ne pourra être réalisé
sur leurs droits en particulier;
que par un mouvement global faisant intervenir tous les acteurs,
tant publics que privés; 9. La dimension régionale et internationale ne doit pas être
Déterminés à ne ménager aucun effort pour mettre un terme oubliée - il est important que l’harmonisation des légis-
à l’E/MGF et à atteindre l’objectif de l’abandon de cette pratique lations et la coordination des efforts pour l’abandon de
en une génération; l’E/MGF s’organisent au niveau régional et international, afin
d’empêcher que les jeunes filles soient envoyées dans des
Adoptons les recommandations suivantes et nous engageons pays frontaliers ou étrangers, où l’E/MGF est pratiquée;
à les mettre en oeuvre :
10. La formation des cadres judiciaires et des forces de l’ordre
doit faire partie intégrante des stratégies de mise en oeuvre
Développer une approche multidisciplinaire et inclusive et d’application de la loi;
1. L’E/MGF touche le coeur de nos sociétés et présente de mul- 11. Les parlements doivent travailler avec l’ensemble de la pro-
tiples enjeux; seule une approche multidisciplinaire permet- fession médicale pour assurer le respect de la loi par le per-
tra d’avancer sur la voie de l’abandon des MGF; sonnel médical et prévenir leur implication dans cette pra-
2. Les parlements doivent travailler en synergie avec la société tique. De plus, les services sanitaires de base, en particulier
civile, les chefs traditionnels et religieux, les mouvements de les services de santé sexuelle et reproductive, doivent être
femmes et de jeunes et les gouvernements, afin que leurs renforcés de façon à assurer aux femmes ayant subi l’E/MGF
actions soient complémentaires et coordonnées; tous les soins dont elles pourraient avoir besoin. La reconver-
sion des exciseuses doit également être prise en compte par
3. Les stratégies pour l’abandon de l’E/MGF doivent s’inscrire
les parlements, et ce dans un cadre général de lutte contre
dans le cadre de la promotion des droits humains, du droit
la pauvreté;
à l’éducation, à la santé, au développement, et de la lutte
contre la pauvreté. 12. Il est important que l’application de la loi soit régulièrement
revue et évaluée par les parlements afin de corriger d’éven-
Cadre international et régional pour l’abandon de tuels effets négatifs, et d’adapter la législation à l’évolution
l’E/MGF de la société.
4. Les parlements doivent contrôler l’action du gouvernement
et s’assurer que les engagements internationaux et régio-
naux pris par leur pays en tant qu’Etats Parties ou signataires Développement de stratégies nationales
de différents textes internationaux qui protègent les libertés 13. La mise en place de plans d’action nationaux pour l’aban-
et les droits fondamentaux des femmes et des enfants sont don de l’E/MGF permet d’identifier les différents rôles et res-
mis en oeuvre au niveau national; ponsabilités des acteurs concernés, et d’obtenir une bonne
5. Les parlements doivent s’assurer que ces textes internatio- coordination et une bonne complémentarité des efforts.
naux et régionaux sont traduits dans les langues nationales L’adoption d’objectifs clairs, avec un échéancier déterminé,
et largement diffusés auprès des populations et du pouvoir facilite également la synergie entre les différents acteurs.
judiciaire;
6. Les parlements doivent également contribuer à faire adhérer Adoption de budgets nationaux adéquats
leurs Etats au Protocole de Maputo à la Charte africaine des
droits de l’homme et des peuples sur les droits des femmes, 14. Les parlements doivent veiller à ce que des ressources suffi-
qui renforce les efforts visant à l’abandon de l’E/MGF. santes soient affectées, dans les budgets nationaux, à la mise
en oeuvre des lois et des plans d’action relatifs à l’abandon
de l’E/MGF;
Elaboration et mise en oeuvre de lois pour l’abandon de 15. L’élaboration de budgets nationaux prenant en compte les
l’E/MGF questions de genre permet également de limiter la pratique
7. Dans le cadre de l’abandon de l’E/MGF, adopter une loi est de l’E/MGF en favorisant par exemple l’éducation et l’al-
une étape importante, hautement symbolique et nécessai- phabétisation des filles, le renforcement des capacités des
re, qui comporte un effet à la fois dissuasif et éducatif; dans femmes et des filles et leur accès à la santé. Les parlements
ce cadre il est nécessaire de promouvoir des actions de pré- devraient analyser systématiquement leur budget national
vention soutenues. La loi doit également prendre en charge dans une perspective d’égalité entre hommes et femmes
l’assistance aux femmes ayant subi l’E/MGF; afin de résoudre les inégalités et les discriminations.
31
Changer les mentalités coordonner les stratégies afin d’harmoniser les approches et
les initiatives;
16. Les travaux des parlements doivent également s’orienter
vers la sensibilisation et le changement des mentalités. De 26. Les travaux des organisations internationales doivent être
par leur statut social, les parlementaires sont dans une po- portés régulièrement à l’attention des Parlements afin de
sition qui leur permet de traiter les questions sensibles et suivre l’évolution des avancées et des enjeux identifiés;
d’avoir un impact sur l’opinion et les mentalités. Dans ce
27. Il est important d’assurer un suivi national des diverses étu-
cadre, les chefs coutumiers sont des alliés précieux. Une
des et recommandations émises par les organismes inter-
action conjointe de sensibilisation avec les chefs tradition-
nels, coutumiers et religieux et les groupes de femmes et de nationaux. Le Digest Innocenti de l’UNICEF sur l’E/MGF, le
jeunes au niveau communautaire est déterminante; rapport à paraître de l’OMS sur cette question et la revue sur
les stratégies nationales réalisées par le Fonds des Nations
17. La coopération avec les médias s’avère cruciale; les médias Unies pour la population (FNUAP) doivent être présentés et
modernes et traditionnels doivent être impliqués dans toute distribués aux parlements. Enfin, les résultats des études du
stratégie visant l’abandon de la pratique, à travers des cam- Secrétaire général des Nations Unies sur la Violence à l’égard
pagnes de sensibilisation, de communication et d’informa- des enfants et sur la Violence à l’égard des femmes, qui se-
tion; ront présentés en 2006, devront également faire l’objet d’un
18. Il est impératif de veiller à ce que le message diffusé pour débat et d’un suivi dans chaque parlement.
l’abandon de l’E/MGF soit positif, non critique et cohérent. 28. Les parlements devraient être associés au processus de pré-
Tous les acteurs concernés doivent parler d’une même voix. paration et de célébration de la Journée internationale de
Dans ce contexte, tous les parlements sont invités à instituer Tolérance Zéro à l’égard des mutilations génitales fémini-
une distinction honorifique au profit de personnes ou orga- nes;
nisations ayant apporté une contribution notable à l’aban-
don de l’E/MGF; 29. Tout en appréciant les efforts déployés par la communauté
internationale, il est demandé aux partenaires du dévelop-
19. L’éducation joue un rôle fondamental dans la prévention de
pement de continuer à mobiliser des ressources suffisantes
l’E/MGF. À cet égard, il est nécessaire de revoir les program-
et d’apporter une assistance technique visant à soutenir les
mes scolaires de tous niveaux, de sensibiliser les enseignants
Etats et leur parlement dans leurs efforts pour l’abandon de
et de maintenir les filles à l’école jusqu’au niveau supérieur
l’E/MGF.
de façon à retarder leur éventuel mariage et peut-être éviter
la mutilation génitale qui souvent le précède;
20. Toute action visant l’abandon de l’E/MGF doit s’accompa- Suivi de la conférence
gner d’initiatives concernant le développement des com-
Nous nous engageons à assurer un suivi rigoureux des résultats
munautés, en particulier l’amélioration des conditions de vie
de la conférence. A ce titre, nous nous engageons à diffuser
des femmes et des enfants, et ce dans le cadre de la lutte
les délibérations de la Conférence de Dakar au niveau de nos
contre la pauvreté.
différents parlements;
Nous sommes résolus à renforcer notre coopération avec les
Renforcer le rôle et le fonctionnement du parlement
organisations internationales spécialisées dans ce domaine;
21. Une structure parlementaire devrait être chargée de suivre
Nous nous engageons à rendre compte à l’Union parlemen-
la question de l’E/MGF dans chaque pays concerné, en par-
taire africaine et à l’Union interparlementaire des progrès réali-
ticulier la mise en oeuvre des Plans d’action nationaux pour
l’abandon de l’E/MGF; sés dans la mise en oeuvre de ces recommandations;
22. Il faudrait organiser régulièrement un débat parlementaire Nous demandons aux organisateurs de cette Conférence de
sur cette question afin d’attirer l’attention du public et d’éva- transmettre la présente Déclaration à l’Union africaine pour in-
luer les progrès réalisés et les difficultés rencontrées, sur la formation et pour distribution à la Conférence des Chefs d’Etat
base d’indicateurs clairs et comparables; et de Gouvernement, qui se tiendra en janvier 2006 à Khartoum,
au Conseil Exécutif de l’UA, au Parlement panafricain, et de la
23. Les responsables de commissions nationales s’occupant de transmettre également aux structures parlementaires sous-
la question de l’E/MGF devraient présenter un rapport an- régionales;
nuel sur la question, y compris au Parlement;
Nous leur demandons, par ailleurs, de la transmettre aux orga-
24. Les députés doivent faire usage de tous les mécanismes par- nes compétents de l’Union parlementaire Africaine, de l’UIP, de
lementaires à leur portée, y compris des questions écrites et l’UNICEF ainsi qu’aux organismes du système des Nations Unies
orales au gouvernement. et aux autres partenaires;
Enfin nous demandons aux organisateurs de mettre en place,
Coopération internationale et régionale dans les plus brefs délais, un mécanisme opérationnel de suivi
25. Il est important de promouvoir et de renforcer la coopéra- des délibérations de la Conférence.
tion entre les pays africains, les autres pays où l’E/MGF est
pratiquée ainsi que les pays d’immigration. Il est fondamen-
tal de promouvoir les échanges d’information réguliers et de Dakar, le 5 décembre 2005
32
Que faire pour mettre fin
à la pratique des mutilations
génitales féminines (MGF) ?
Rapport de la réunion-débat
(6 février 2008)