Introduction Générale : Encadrement International de l'Action Étatique et la Notion de
Compétence
Le droit international public (DIP) vise à réguler les comportements des acteurs internationaux,
principalement les États, en interdisant, en obligeant ou en habilitant des sujets à agir. La notion
centrale est celle de compétence, qui habilite un individu ou une entité (notamment les États et
les organisations internationales - OI) à déployer certains pouvoirs.
"La compétence va habiliter un individu à déployer certains pouvoirs."
Il est crucial de distinguer la compétence du pouvoir (la capacité de faire, exercée dans les
limites de la compétence) et de la juridiction (l'entité habilitée à appliquer le droit dans un cas
concret, sous le contrôle de l'État). L'affaire Al-Skeini c/ UK (2011) illustre une situation de
juridiction sans compétence territoriale en cas d'intervention militaire.
Le DIP reconnaît différents titres de compétence pour les États :
• Compétence territoriale : sur leur territoire national.
• Compétence personnelle : sur leurs nationaux, même à l'étranger.
• Droit de la mer et aérien : dans les limites définies par le droit international.
• Compétence universelle : pour juger des crimes particulièrement graves (ex: génocide)
commis par des étrangers sur des étrangers à l'étranger, sans lien territorial ou personnel
direct.
En cas de conflits de compétence (deux États se considérant compétents), la règle générale
est la primauté de la compétence territoriale, notamment pour l'exercice du pouvoir exécutif
(affaire Lotus, 1927). La souveraineté est le principe fondamental qui permet aux États d'agir
librement dans le cadre de leurs compétences, bien que le DIP puisse poser des limites (ex:
interdiction de la torture).
Thématique 1 : Peuple vs État - L'Affaire du Sahara Occidental (CJUE)
L'affaire Conseil c/ Front Polisario (CJUE, 2016 et 2024) met en lumière la tension entre la
souveraineté étatique (du Maroc sur le Sahara Occidental selon lui) et le droit à
l'autodétermination des peuples.
La CJUE a statué sur la validité d'accords entre l'UE et le Maroc en insistant sur l'exclusion du
Sahara Occidental du champ d'application de ces accords, à moins d'un consentement explicite
du peuple sahraoui, conformément au principe d'autodétermination (article 1er de la Charte des
Nations Unies) et à l'effet relatif des traités.
"Or, en l’occurrence, l’arrêt attaqué ne fait pas apparaître que le peuple du Sahara occidental ait
manifesté un tel consentement." (CJUE, 2016)
La Cour a souligné que l'interprétation du "territoire du Royaume du Maroc" ne pouvait s'étendre
au Sahara Occidental sans violer le droit international. L'arrêt de 2024 précise que le
consentement requis doit émaner du peuple sahraoui dans son ensemble et non seulement de la
population résidant sur le territoire, en reconnaissant l'importance d'avantages substantiels et
vérifiables découlant des ressources naturelles pour ce peuple.
La question de l'intérêt à agir du Front Polisario devant la CJUE a également été soulevée. Bien
que n'étant pas un État, la CJUE lui a reconnu la capacité d'agir en se basant sur sa qualité de
titulaire de droits et devoirs internationaux et sa capacité à s'en prévaloir (similaire à l'avis de la
CIJ de 1949 sur la réparation des dommages subis au service des Nations Unies).
L'affaire rappelle l'importance du droit à l'autodétermination des peuples colonisés (Résolution
1514 de l'ONU) et la complexité de son actualisation, notamment par la question du référendum
et des autres moyens juridictionnels de contestation d'occupation. La CJUE s'inscrit comme une
voie de recours pacifique pour faire valoir ce droit.
Thématique 2 : Individu vs Entreprises Multinationales - L'Affaire Kiobel (Cour Suprême
des États-Unis)
L'affaire Kiobel c/ Royal Dutch Petroleum (2013) traite de la possibilité pour un individu d'engager
la responsabilité d'une multinationale devant une juridiction nationale (en l'espèce, américaine)
pour des violations des droits de l'homme commises à l'étranger.
La Cour Suprême des États-Unis a interprété restrictivement l'Alien Tort Statute (ATS) de 1789,
qui permettait aux tribunaux américains de connaître des actions civiles intentées par des
étrangers pour des délits commis en violation du droit des nations ou d'un traité des États-Unis.
La Cour a appliqué une présomption contre l'extraterritorialité de cette loi, estimant qu'elle ne
s'appliquait pas aux "foreign-cubed cases" (faits commis à l'étranger, contre des étrangers, par
des étrangers) sans un lien suffisant avec les États-Unis.
Cette décision a marqué un revirement par rapport à la jurisprudence Filartiga (1980) et a rendu
plus difficile l'engagement de la responsabilité des multinationales devant les tribunaux
américains pour des violations des droits de l'homme commises à l'étranger. L'affaire soulève la
question de la sujétion des multinationales au DIP et au DIP des droits de l'homme, en l'absence
de texte international contraignant (hormis les "Principes directeurs de l'OCDE").
La tentative d'utiliser la compétence universelle par les tribunaux américains dans cette affaire a
été limitée, reflétant la tendance au recul de la compétence universelle absolue au profit d'une
compétence universelle relative (nécessitant un lien de rattachement, comme la présence de
l'auteur sur le territoire). Les conventions internationales (ex: Convention contre la torture, Statut
de Rome) représentent le meilleur pallier pour établir des compétences universelles spécifiques.
Thématique 3 : Souveraineté vs Communauté - L'Affaire Habré (CIJ)
L'affaire Belgique c/ Sénégal (2012) devant la CIJ concernait le refus du Sénégal de poursuivre
ou d'extrader M. Hissène Habré, ancien président du Tchad, accusé d'actes de torture et de
crimes contre l'humanité. La Belgique, agissant sur la base de la Convention contre la torture
(article 7, obligation aut dedere aut judicare - extrader ou poursuivre), a saisi la CIJ.
La Cour a reconnu que l'obligation de poursuivre prévue par la Convention imposait au Sénégal
de prendre les mesures nécessaires à sa mise en œuvre dès le dépôt des premières plaintes. En
ne le faisant pas, le Sénégal a manqué à ses obligations internationales et a engagé sa
responsabilité.
L'affaire est notable car la Belgique n'était pas directement victime des actes de torture. La CIJ a
reconnu l'existence d'une obligation erga omnes partes découlant de la Convention contre la
torture, signifiant que tous les États parties ont un intérêt juridique à ce que cette obligation soit
respectée. Cela permet à un État tiers, comme la Belgique, d'invoquer la responsabilité d'un autre
État pour la violation de cette obligation.
"L’ensemble des États parties ont « un intérêt juridique » à ce que les droits en cause soient
protégés..." (CIJ, 2012, par. 68)
La tension entre la souveraineté du Sénégal et l'intérêt de la communauté internationale à ce que
les auteurs de crimes graves soient jugés est au cœur de cette affaire. La décision de la CIJ a
finalement conduit à la condamnation d'Hissène Habré par les juridictions africaines.
Thématique 4 : Immunité vs Criminalité - L'Affaire Poutine (CPI)
La décision de la Chambre préliminaire III de la CPI (2024) concernant le mandat d'arrêt contre le
président russe Vladimir Poutine soulève la question de l'articulation entre l'immunité des chefs
d'État et la compétence de la Cour pénale internationale pour juger les crimes les plus graves (en
l'espèce, des crimes commis en Ukraine, État partie au Statut de Rome).
La Cour a affirmé que l'immunité personnelle des chefs d'État de pays tiers (non parties au Statut
de Rome) n'est pas opposable devant la CPI. L'article 27 du Statut de Rome prévoit l'absence de
pertinence de la qualité officielle pour exonérer de la responsabilité pénale devant la Cour.
L'article 98, relatif à la coopération en matière de renonciation à l'immunité, ne s'applique pas à
l'immunité personnelle des chefs d'État devant la CPI.
"Personal immunity of officials, including Heads of third States, is therefore not opposable in
proceedings before the Court, nor a waiver of immunity is required under article 98 of the Statute."
(CPI, 2024, par. 36)
La Cour a estimé que si un État partie au Statut accordait l'immunité personnelle à Poutine aux
fins de l'exécution du mandat d'arrêt, il agirait de manière incompatible avec ses obligations
internationales en vertu du Statut. Cette affaire distingue clairement la responsabilité de l'État de
la responsabilité individuelle et affirme la primauté de la compétence de la CPI pour les crimes
relevant de sa juridiction, même en cas d'immunité dont jouissent les chefs d'État devant les
juridictions nationales.
Thématique 5 : Sécurité vs Droits de l'Homme - L'Affaire Nada (CEDH)
L'affaire Nada c/ Suisse (2012) devant la CEDH met en balance les impératifs de sécurité
internationale (découlant des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU suite aux attentats de
2001) et la protection des droits de l'homme (garantis par la Convention européenne des droits
de l'homme).
M. Nada avait vu ses comptes gelés et une interdiction de voyager imposée par une ordonnance
fédérale suisse adoptée en application des résolutions de l'ONU visant les personnes associées
aux talibans et à Al-Qaïda. La CEDH a reconnu la recevabilité de la requête, soulignant que le
caractère contraignant des sanctions n'empêchait pas l'imputabilité à la Suisse des restrictions
aux droits garantis par la Convention.
La Cour a examiné l'articulation entre l'ordre international (résolutions de l'ONU), l'ordre de la
Convention EDH et l'ordre national suisse. Si l'article 103 de la Charte de l'ONU prévoit la
primauté des obligations découlant de la Charte en cas de conflit, la CEDH a affirmé qu'il fallait
présumer que le Conseil de sécurité n'entend pas imposer aux États membres des obligations qui
contreviendraient aux principes fondamentaux en matière de sauvegarde des droits de l'homme.
Cette présomption peut être renversée si la résolution demande expressément des mesures
contraires aux droits de l'homme, ce qui était le cas en l'espèce.
La Cour a estimé que la Suisse disposait d'une marge de manœuvre dans la mise en œuvre des
résolutions et qu'elle n'avait pas démontré avoir déployé tous les efforts nécessaires pour
harmoniser ses obligations en vertu de la Charte de l'ONU et de la CEDH. Elle a conclu à une
violation du droit au respect de la vie privée (article 8) de M. Nada, considérant que l'ingérence
n'était pas proportionnée. Cette affaire illustre le contrôle de conventionalité exercé par la CEDH
sur les actes de mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité.
Thématique 6 : Territoire vs Environnement - Les Affaires Climat (CEDH)
Les arrêts Duarte Agotinho c/ Portugal et al. et KlimaSeniorinnen et al. c/ Suisse (CEDH, 2024)
abordent la question cruciale du lien entre les droits de l'homme et la protection de
l'environnement face au changement climatique.
Dans l'affaire Duarte Agotinho, la Cour a rejeté la recevabilité de la requête des jeunes Portugais
visant 32 autres États, soulevant des questions de compétence extraterritoriale et d'épuisement
des voies de recours internes. La Cour a refusé de créer un nouveau motif de compétence
extraterritoriale basé sur l'impact transfrontalier du changement climatique, invoquant un "niveau
d'incertitude intenable" pour les États. Elle a également estimé que les requérants n'avaient pas
suffisamment épuisé les voies de recours au Portugal.
En revanche, dans l'affaire KlimaSeniorinnen, la Cour a retenu la violation des articles 8 (droit au
respect de la vie privée et familiale) et 6§1 (droit d'accès à un tribunal) de la Convention en raison
du manquement de la Suisse à ses obligations positives de protéger ses citoyens contre les
effets néfastes du changement climatique. La Cour a reconnu l'obligation positive pour les États
d'adopter des mesures d'atténuation du changement climatique.
Ces arrêts mettent en lumière la difficulté d'appliquer les cadres traditionnels du droit international
des droits de l'homme à un phénomène global et transfrontalier comme le changement
climatique. L'arrêt KlimaSeniorinnen marque une avancée significative en reconnaissant une
obligation positive des États en matière de protection climatique au titre des droits de l'homme.
Les principes de DIP relatifs à l'environnement incluent le droit souverain des États sur leurs
ressources et le devoir de ne pas causer de dommages transfrontaliers (Déclaration de Rio,
Principe 2). La CIJ a défini l'environnement comme "l'espace où vivent les êtres humains et dont
dépendent la qualité de leur vie et leur santé, y compris pour les générations à venir" (Avis,
1996). De nombreuses conventions internationales (Bonn, Berne, Washington, Ramsar, Montego
Bay, Vienne, Montréal, Kyoto, Paris) encadrent les obligations des États en matière de protection
de l'environnement.
La tension entre la vision territoriale des violations des droits de l'homme et la nature globale du
changement climatique est un défi majeur. Les arrêts récents de la CEDH tentent de construire
des ponts entre ces deux domaines, en reconnaissant que les atteintes à l'environnement
peuvent avoir des conséquences directes sur la jouissance des droits de l'homme.
Thématique Spéciale : Le Droit International et la Présidence de Trump
Cette section, bien qu'indiquée comme ne tombant pas à l'examen final, aborde les tensions
entre certaines actions et déclarations de la présidence Trump et les principes du DIP. Cela inclut
des remises en question du non-recours à la force (article 2§4 de la Charte de l'ONU), des retraits
d'organisations internationales (Conseil des Droits de l'Homme, OMS), le gel du financement de
l'UNRWA et des sanctions contre les juges de la CPI.
Les retraits d'OI soulèvent des questions de procédure (CVDT, actes constitutifs des OI). Les
sanctions contre la CPI interrogent sur leur licéité au regard du DIP, notamment si elles peuvent
être qualifiées de contre-mesures légitimes.
La conclusion souligne la relativisation nécessaire face aux déclarations politiques et la distinction
entre celles-ci et les actions concrètes. Si les retraits d'OI ont des conséquences juridiques et
géopolitiques plus certaines, l'attitude des États-Unis sous Trump a mis en lumière les tensions
potentielles entre les intérêts nationaux et le respect du DIP.
En résumé, les sources analysées mettent en évidence la complexité et la dynamique du droit
international face à des enjeux contemporains majeurs tels que l'autodétermination des peuples,
la responsabilité des acteurs non-étatiques, la confrontation entre souveraineté et impératifs
communautaires, la primauté des droits de l'homme face à la sécurité, et les défis posés par le
changement climatique. Les décisions des juridictions internationales (CIJ, CPI, CEDH, CJUE)
jouent un rôle crucial dans l'interprétation et l'application du DIP face à ces tensions.