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ISSEA 2022-2023 AS1 Semestre 2 Chapitre 5

Le document traite des modes et procédés de réfutation en rhétorique, en présentant différentes techniques telles que la réfutation frontale, le contournement et les arguments ad hominem. Il illustre ces concepts à travers des extraits de Voltaire, notamment dans 'Candide' et 'Lettres philosophiques', où les personnages discutent des thèses philosophiques et des critiques sociales. La réfutation est définie comme un moyen de démontrer la fausse nature d'une affirmation, en s'opposant à des arguments adverses.

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ISSEA 2022-2023 AS1 Semestre 2 Chapitre 5

Le document traite des modes et procédés de réfutation en rhétorique, en présentant différentes techniques telles que la réfutation frontale, le contournement et les arguments ad hominem. Il illustre ces concepts à travers des extraits de Voltaire, notamment dans 'Candide' et 'Lettres philosophiques', où les personnages discutent des thèses philosophiques et des critiques sociales. La réfutation est définie comme un moyen de démontrer la fausse nature d'une affirmation, en s'opposant à des arguments adverses.

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Institut Sous-régional de Statistique Année académique 2022-2023

et d’Économie Appliquée (ISSEA) Semestre 2


AS1 Techniques d’Expression 2 (TE II)

Deuxième Partie : RHÉTORIQUE / Sous-partie 4 : Typologie des textes


CHAPITRE 5 : LES MODES OU PROCÉDÉS DE RÉFUTATION
Corpus 1 :

Le jardin de Candide
Il y avait dans le voisinage un derviche1 très fameux qui passait pour le meilleur philosophe de la Turquie ; ils
allèrent le consulter ; Pangloss porta la parole2 et lui dit : « Maître, nous venons vous prier de nous dire pourquoi un
aussi étrange animal que l’homme a été formé. - De quoi te mêles-tu ? lui dit le derviche ; est-ce là ton affaire ? –
Mais, mon révérend père, dit Candide, il y a horriblement du mal sur la terre. – Qu’importe, dit le derviche, qu’il y ait
du mal ou du bien ? Quand Sa Hautesse3 envoie un vaisseau en Egypte, s’embarrasse-t-elle si les souris qui sont
dans le vaisseau sont à leur aise ou non ? – Que faut-il donc faire ? dit Pangloss. – Te taire, dit le derviche. – Je me
flattais, dit Pangloss, de raisonner avec vous des effets et des causes, du meilleur des mondes possibles, de l’origine
du mal, de la nature de l’âme, et de l’harmonie préétablie. » Le derviche, à ces mots, leur ferma la porte au nez.
Pendant cette conversation, la nouvelle s’était répandue qu’on venait d’étrangler à Constantinople deux vizirs
du banc4 et le muphti, et qu’on avait empalé plusieurs de leurs amis. Cette catastrophe faisait partout un grand bruit
pendant quelques heures. Pangloss, Candide, et Martin, en retournant à la petite métairie, rencontrèrent un bon
vieillard qui prenait le frais à sa porte sous un berceau d’orangers. Pangloss, qui était aussi curieux que raisonneur,
lui demanda comment se nommait le muphti qu’on venait d’étrangler « Je n’en sais rien, répondit le bonhomme ; et je
n’ai jamais su le nom d’aucun muphti ni d’aucun vizir. J’ignore absolument l’aventure dont vous me parlez ; je présume
qu’en général ceux qui se mêlent des affaires publiques périssent quelquefois misérablement, et qu’ils le méritent ;
mais je ne m’informe jamais de ce qu’on fait à Constantinople ; je me contente d’y envoyer vendre les fruits du jardin
que je cultive. » Ayant dit ces mots, il fit entrer les étrangers dans sa maison ; ses deux filles et ses deux fils leur
présentèrent plusieurs sortes de sorbets qu’ils faisaient eux-mêmes, du kaïmak5 piqué d’écorces de cédrat confit, des
oranges, des citrons, des limons6, des ananas, des pistaches, du café de Moka7 qui n’était point mêlé avec le mauvais
café de Batavia8 et des îles9. Après quoi les deux filles de ce bon musulman parfumèrent les barbes de Candide, de
Pangloss et de Martin.
« Vous devez avoir, dit Candide au Turc, une vaste et magnifique terre ? – Je n’ai que vingt arpents, répondit
le Turc ; je les cultive avec mes enfants ; le travail éloigne de nous trois grands maux, l’ennui, le vice et le besoin.
Candide, en retournant dans sa métairie, fit de profondes réflexions sur le discours du Turc. Il dit à Pangloss et
à Martin : « Ce bon vieillard me paraît s’être fait un sort bien préférable à celui des six rois avec qui nous avons eu
l’honneur de souper. – Les grandeurs, dit Pangloss, sont fort dangereuses, selon le rapport de tous les philosophes :
car enfin Eglon, roi des Moabites, fut assassiné par Aod ; Absalon fut pendu par les cheveux et percé de trois dards ;
le roi Nadab, fils de Jéroboam, fut tué par Baasa ; le roi Ela, par Zambri ; Ochosias, par Jéhu10 ; […] Vous savez… -
Je sais aussi dit Candide, qu’il faut cultiver notre jardin. – Vous avez raison, dit Pangloss ; car l’homme fut mis dans
le jardin d’Eden, il y fut mis ut operaretur eum, pour qu’il travaillât11 : ce qui prouve que l’homme n’est pas né pour le
repos. – Travaillons sans raisonner, dit Martin ; c’est le seul moyen de rendre la vie supportable. »
Voltaire, Candide, 1759.
1/ Religieux musulman. – 2/ Servit de porte-parole. – 3/ Le grand Sultan de Turquie. – 4/ Ministres admis au Conseil du grand
Sultan. – 5/ Sorbet turc. – 6/ Le cédrat et le limon sont des variétés de citron. – 7/ Port du Yémen. – 8/ Aujourd’hui Djakarta, dans
l’île de Java. – 9/ Les Antilles. – 10/ Tous ces exemples viennent de la Bible. – 11/ Citation de la Genèse (II, 15), que Voltaire
reprend dans des Carnets (p. 383) : « L’homme est né pour le travail comme l’oiseau pour voler, dit Job ; donc le travail n’est point
un châtiment. »

1/7
Corpus 2 :

Voltaire (1694-1778) est à l’avant-garde du combat pour la diffusion des « lumières » au XVIIIe siècle. Dans la 1ère lettre
des Lettres philosophiques, le narrateur arrive en Angleterre, pays plus éclairé que sa France natale. Il y rencontre un membre
d’une secte anglaise dénommée les « Quakers ».

Je passai à d’autres questions. « À l’égard de la communion, lui dis-je, comment en usez-vous ? –


Nous n’en usons point, dit-il. – Quoi ! point de communion ? – Non, point d’autre que celle des cœurs. »
Alors il me cita encore les Écritures. Il me fit un fort beau sermon contre la communion, et me parla d’un
ton inspiré pour me prouver que tous les sacrements étaient tous d’invention humaine, et que le mot de
Sacrement ne se trouvait pas une seule fois dans l’Évangile. « Pardonne, dit-il, à mon ignorance, je ne t’ai
pas apporté la centième partie des preuves de ma religion ; mais tu peux les voir dans l’exposition de notre
Foi par Robert Barclay (1) : c’est un des meilleurs livres qui soient jamais sortis de la main des hommes.
Nos ennemis conviennent qu’il est très dangereux, cela prouve combien il est raisonnable. » je lui promis
de lire ce livre, et mon Quaker me crut déjà converti (2).
Ensuite il me rendit raison en peu de mots de quelques singularités qui exposent cette secte au
mépris des autres. « Avoue, dit-il, que tu as eu bien de la peine à t’empêcher de rire quand j’ai répondu à
toutes tes civilités avec mon chapeau sur ma tête et en te tutoyant ; cependant tu me parais trop instruit
pour ignorer que du temps du Christ aucune Nation ne tombait sous le ridicule de substituer le pluriel au
singulier. On disait à César Auguste : je t’aime, je te prie, je te remercie ; il ne souffrait pas même qu’on
l’appelât Monsieur, Dominus.

Voltaire, Lettres philosophiques, 1ère lettre « Sur les Quakers », 1734.

(1) Robert Barclay (1648-1690) écrit en 1675 Theologiae vere christiana e apologix, livre dont s’inspirent les Quakers.
(2) Quaker, secte religieuse fondée par George Fox en Angleterre. Pour les quakers, l’Esprit-Saint s’adresse directement à
la conscience du croyant, sans intermédiaire, sans liturgie, ni clergé.

2/7
Fondamentalement, la notion de réfutation n’est pas nouvelle dans le cadre de notre
apprentissage de la dialectique. Elle est traditionnellement abordée en dissertation comme posture
de contestation d’une thèse ou d’un argument quelconque. La nouveauté ici est l’entrée dans les
méandres du fonctionnement de la réfutation et de la réponse aux objections.
La réfutation vise à démontrer qu'une affirmation est fausse. Elle a pour objet de ruiner ou du
moins d'affaiblir les arguments de l'adversaire. On distingue les techniques de réfutation suivantes :
la réfutation frontale ou directe, le contournement, la défense active ou passive, la prévention ou
anticipation, la contre-attaque et le compromis.
I- La réfutation frontale ou directe
La réfutation n’existe qu’en vertu d’une idée préexistante à laquelle elle s’oppose.
I.1./ Les types de thèses sujettes à réfutation
Le point de départ de la réfutation est une thèse posée par l'adversaire ou par nous. Ladite
thèse est conçue sur trois modes :
-Mode ad rem (vérité objective) : la thèse est ou non en accord avec la vérité objective : le ciel est
bleu, les poissons nagent...
-Mode ad hominem (vérité subjective) : la thèse ne concorde pas avec ce que l'adversaire affirme
ou concède ou fait par ailleurs.
-Mode ex concessis (cas particulier d'ad hominem) : exploitation des concessions faites par
l'adversaire.
I.2./ Les méthodes de réfutation frontale
Concrètement, on distingue deux méthodes de réfutation directe :
-La réfutation des fondements : elle remet en question les bases idéologiques ou morales d’un point
de vue. (cf corpus 1 et corpus 2)
-La réfutation de la consécution : elle remet en question les suites logiques d’un raisonnement. Ex.
I.3./ Les stratagèmes de la réfutation directe
Ils sont nombreux et classés en trois catégories :
I.3.1./ Sophismes et arguments de la logique erronée
-Extension ou généralisation caricaturale des positions adverses (« tous d’invention humaine »)
-Homonymie ou glissement sémantique (« De deux choses lune / L’autre c’est le soleil », J. Prévert)
-Passage du relatif à l'absolu, ou changement de contexte. (héros ≠ grand homme)
-Passage du particulier au général (Exple : Le travail éloigne de nous trois grands maux : le vice…)
-Déguisement d'une pétition de principe (cf corpus 2, § 2, « chapeau sur ma tête », « en te tutoyant »)
-Fausse dichotomie : forcer l'adversaire à adopter ou rejeter une proposition (Qui n’est pas avec…).

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-Distinguo subtil, pour échapper à un argument adverse (Ahmadou Ahidjo, patriote ou despote, J.C)
-Contre-exemple erroné, ou non pertinent, ou faussement contradictoire. "(Pater Noster", J. Prévert)
-Retournement de l'argument adverse, (retorsio argumenti), mais de façon spécieuse. (cf corpus 2)
-Refus des conséquences d'un argument adverse : "cela est peut-être vrai en théorie, mais pas en
pratique".
I.3.2./ Détournement de l'attention et masquage des intentions
-Dissimulation de nos intentions, en forçant l'adversaire à admettre nos prémisses et en le
confondant par des questions nombreuses et rapides. Proche de la méthode (ou ironie) socratique.
-Feindre d'adopter les positions de l'adversaire pour mieux les réfuter. (cf corpus 2, § 2)
-Changement de l'ordre des questions ou des réponses (cf corpus 1, § 1)
-Provocation (duels Giscard d’Estaing ≠ François Mitterrand, 1974 & 1981, "petit télégraphiste" etc.)
-Interruptions (cf corpus 1, § 1)
-Diversion : détourner le débat sur un autre sujet, de préférence vaguement relié au débat actuel et
en adressant des reproches à l'adversaire. (cf corpus 2, § 1, "communion" → "sacrements")
I.3.3./ Arguments dirigés personnellement contre l'adversaire
-Argument ad hominem : disqualifier l'adversaire en montrant qu'il est en contradiction avec ses
positions passées, ou son propre comportement, ou ceux de ses partisans. (transfuge politique)
-Argumentum ad personam (dernier argument, intitulé « Ultime stratagème »): le plus déloyal,
consistant à attaquer la personne-même de l'adversaire de façon insultante et blessante (D. Trump).
-Argument ad auditores : appel à l'auditoire visant à marginaliser l'adversaire (J. M. Kankan)
-Argument ad verecundiam : ou argument d'autorité, faisant appel à des autorités respectées, ou
des lois, plutôt qu'à la raison, ceci en fonction du niveau de connaissance de l'auditoire. (PRC)
-Dénomination : péjorative pour désigner les théories adverses, et inversement positive pour
désigner les nôtres (cf corpus 2, "raisonnable", "ridicule").
-Fallacia non causae ut causae : passer à la conclusion souhaitée, en la présentant avec aplomb
comme une conséquence logique des réponses de l'adversaire, alors qu'il n'en est rien (C.G. Mbock)
-Piéger l'adversaire par une proposition juste mais bancale, le forçant soit à la rejeter (et on pourra
alors prouver qu'il a tort), soit à l'accepter (et on pourra alors passer à la conclusion souhaitée par
stratagème Fallacia non causae ut causae). Exemple : prospérité économique sous la tyrannie.
-Conséquences montées de toutes pièces : extrapolation à partir des positions de l'adversaire
amenant à des conséquences absurdes ou dangereuses. Exemple: "Si on vous laisse manifester
contre le gouvernement, ce sera l'anarchie dans notre pays".
-Exploitation de la colère de l'adversaire suite à une provocation pour insinuer qu'on a touché un
point faible (duel Nicolas Sarkozy ≠ Ségolène Royal, 2007).

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-Exploitation de ce que l'adversaire ne répond pas à une question pour insinuer qu'il est de mauvaise
foi. (Débat Jacques Chirac ≠ François Mitterrand ; pouvez-vous me regarder dans les yeux… ?)
-Fausse modestie, ironie consistant à déclarer ne rien comprendre aux arguments de l'adversaire,
afin de le ridiculiser. (cf corpus 1, § 2)
-Amalgame des positions de l'adversaire avec une théorie discréditée. (Révisionnisme ; nazisme)
-Argument ab utili : insinuer que les positions de l'adversaire auraient des conséquences fâcheuses
pour l'auditoire, et mettre ainsi celui-ci de notre côté. (Exemple : politique d’austérité ; W. Churchill)
-Noyer l'adversaire dans une logorrhée qui le déstabilise.
-Exploiter une faiblesse de raisonnement de l'adversaire, alors même qu'il n'a pas tort sur le fond,
pour disqualifier globalement ses arguments. (Bruno Le Maire, « guerre économique totale à la
Russie »).
II- Le contournement
Le contournement est une stratégie d’évitement. Le but est toujours de déstabiliser l’adversaire,
mais en cherchant à l’atteindre par des moyens détournés. Les stratagèmes à l’œuvre ici sont :
-Le recours à la 3ème personne pour s’adresser au destinataire traditionnellement admis comme un
"tu" ou un "vous" en énonciation. La troisième personne apparaît alors comme une forme de
contournement de l’adresse : une stratégie d’évitement ou adoucisseur afin de ne pas heurter la face
du locuteur. C’est sur cette base que Schottman (1993) distingue quatre types de stratégies
communicatives indirectes dont l’adresse indirecte fait partie : « […] celui qui est formulé
indirectement, celui qui s’adresse indirectement, celui qui a un auteur indirect (comme dans les
proverbes, contes populaires, devinettes prononcés par le corps anonyme des ancêtres), et celui qui
est indirect à cause de son « code » (reproches et critiques transmis sous forme humoristique, etc.)
»
- L'allusion : elle se définit comme un « énoncé dont la pleine intelligence suppose la perception
d'un rapport entre lui et un autre auquel renvoie nécessairement telle ou telle de ses inflexions,
autrement non recevable. » (GENETTE, 1982 : 8). Par exemple, Le pronom "on" relève d’une
stratégie d’adoucissement proche de l’euphémisme, ce qui évite une attaque frontale qui serait
offensante pour la face des destinataires, selon la théorie de la politesse de Brown/Levinson (1978,
1987).
-Le polyadressage : il consiste à s’adresser à une catégorie de destinataires alors qu’on veut
réellement atteindre une ou des personnes bien précises. Exemple : « Moi, je respecte ceux qui ont
déjà affronté le suffrage universel. » (Nicolas Sarkozy s’adressant apparemment à une foule, mais
en réalité à Rama Yade) / « Ceux qu’on appelle les vieux sages sont en réalité les gardes-chiourmes
de l’impérialisme. » (Petite pique de Thomas Sankara à Félix Houphouët-Boigny lors d’un discours
à un public burkinabé)
Remarque : La réfutation frontale relève de la dialectique éristique c’est-à-dire celle qui traite de l’art
de la controverse. Le contournement est du ressort de la dialectique sophistique c’est-à-dire celle
qui n’est correcte qu’en apparence mais dont l’intention réelle est d’induire en erreur.

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III- La défense active
Elle consiste à soutenir ouvertement une cause ou une idée dans l’optique de supprimer ou de
réduire l’efficacité d’une opinion adverse. Dans le genre rhétorique judiciaire, la défense active est
assurée par le logos (verbe) et le pathos (l’agir sur les passions et les émotions). Afin que le pathos
affecte l’auditoire et influence son jugement, il va falloir créer un lien émotionnel en évoquant à
l’audience les émotions utiles pour que les jurés et les juges puissent se connecter et se sentir reliés
à l’orateur. Le Logos, troisième pilier de la rhétorique, convoque les arguments fondés sur la
probabilité, la crédibilité (autorité, expérience…). Étymologiquement, "logos" a la même racine que
la logique. On trouvera ici tous les raisonnements induits ou déductifs, le bon sens, les arguments
d’autorité, en un mot la démonstration. Le logos est la valeur démonstrative du discours qui va
permettre à la vérité, ou ce qui paraît l’être (le vraisemblable), de faire jour. Par le logos et le pathos
mais aussi l’ethos, il faut parvenir à fendiller la carapace de l’auditoire pour pouvoir y entrer plus
facilement. Les résistances et les défenses sont inhibées, anesthésiées, et donc plus perméables.
IV- La défense passive
La défense passive est la défense de la non-réponse. Sous le couvert d’un silence
apparemment apathique, la défense passive collecte des informations et travaille à la détection des
faiblesses de la thèse à réfuter. Dans le genre rhétorique judiciaire, la défense passive construit sa
tactique autour de l’ethos, en plus du silence. L’ethos, qui désigne l’image que renvoie l’orateur de
lui-même, repose sur l’allure, l’air solennel ou non, la présentation de soi, la crédibilité, l’éthique.
C’est ce qui va donner envie d’écouter le discours et générer une certaine bienveillance. Nous
pouvons caractériser l’ethos par quatre éléments : i/ la crédibilité, c’est-à-dire ce que l’orateur inspire
d’honnêteté et d’éthique ; ii/ l’identification : le destinataire du discours sera plus sensible aux
arguments s’il peut s’identifier à l’orateur, il va donc falloir par exemple adapter son langage, ses
manières, son style, ses regards et sa voix en fonction de l’audience, iii/ l’autorité ; iv/ enfin, la
réputation ou l’expertise : une question juridique implique par exemple pour l’orateur d’être bien
évidemment familier du droit.
V- La prévention ou anticipation
La prévention ou anticipation est une stratégie qui vise à prendre de l’avance sur une éventuelle
objection de l’interlocuteur dans le but de le priver de riposte. La prévention se sert principalement
de deux moyens pour parvenir à ses fins :
-La prolepse : elle est définie comme une figure qui vise à laisser entendre qu'il y a lieu de substituer
une qualification à une autre qui pourrait soulever des objections. La prolepse, en fait, rassemble
des « procédés par lesquels on anticipe une réaction négative possible de la part du destinataire de
l'énoncé, [qu'on] tente de désamorcer » (Kerbrat-Orecchioni, 1990). Du point de vue argumentatif,
la prolepse a pour effet de priver l'interlocuteur d'une objection. La faille dans le raisonnement étant
perçue et reconnue comme plausible par le locuteur lui-même, l'objection ne pourra être reprise par
l’interlocuteur.
-La concession : elle feint d’adopter une opinion de l’adversaire dans le but de le contrecarrer.
Fontanier déclare à ce sujet : « par la concession, on veut bien accorder quelque chose à son
adversaire, pour en tirer un plus grand avantage ». Danon-Boileau et Morel ajoutent : « La
concession est une manœuvre rhétorique double en son essence. Étant donné deux thèses
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opposées, elle permet, sans incohérence, de se faire l’avocat de l'une tout en apportant son
assentiment à l'un des arguments qui militent en faveur de l’autre. »
VI- La contre-attaque
Elle désigne le passage d’une posture défensive à une posture offensive. C’est une riposte
argumentative à une attaque.
On entend ici par attaque une critique violente voire une accusation. On distingue :
-L’attaque ad hominem : c’est une critique dirigée nommément vers son adversaire, qui vise la
personne en elle-même.
-L’attaque cinglante : il s’agit d’une critique blessante.
-L’attaque infondée : elle désigne une critique injustifiée, qui n'a aucune raison d'être.
-L’attaque gratuite : elle se définit comme une critique à caractère arbitraire.
Remarque : La locution latine argumentum ad hominem désigne un argument de rhétorique qui
consiste à confondre un adversaire en lui opposant ses propres paroles ou ses propres actes. Cette
locution latine ne doit pas être confondue avec une attaque ad personam ou un argumentum ad
personam qui est fréquemment considéré comme une manœuvre déloyale visant à discréditer son
adversaire sans lui répondre sur le fond.
VII- Le compromis
Dans une approche sommaire, le compromis désigne un « accord obtenu par des concessions
réciproques ». Dans une définition légèrement plus élaborée, on entendra le compromis comme un
accord obtenu entre deux ou plusieurs parties qui, étant préalablement disposées à négocier,
acceptent de faire des concessions réciproques nécessaires au règlement d’un différend.
En argumentation, l’un des lieux du compromis est la synthèse, eu égard à sa capacité de
conciliation et de fédération de points de vue opposés. Il y a aussi compromis dans un texte lorsque
deux arguments se définissent un terrain d’entente.
Il apparaît que, en raison de sa finitude, pour penser le réel et en réaliser un certain degré de
synthèse, la raison humaine ne fait en définitive que chercher à établir des compromis.
De l’avis d’observateurs avisés, le compromis est très souvent provisoire et rarement définitif.
Petrovici (1937) affirma de ce fait : « Il ne peut se conclure entre la pensée et la réalité perçue que
des accords transactionnels, que des compromis plus ou moins temporaires ».
Le compromis est donc une réfutation conciliante par sa recherche d’un équilibre entre deux
réflexions antagonistes qui ne reviennent pas bredouille d’un débat. Romain Gerardin-Fresse parle
du « compromis médian, qui n'est pas l'accord idéal que nous aurions voulu obtenir, mais qui
demeure un résultat acceptable ; le dernier recours ; la résultante que l'on consent in fine à accepter,
et en dessous de laquelle l'accord ne serait plus équitable mais uniquement au profit de la Partie
adverse. »

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