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Texte 11

Dans le chapitre 55 de 'Gargantua', Rabelais décrit la vie des Thélémites, qui vivent selon leur libre arbitre sans contraintes. Ils sont éduqués, talentueux et s'engagent dans des activités communes, favorisant une émulation positive. Leur liberté leur permet de cultiver des relations harmonieuses, même dans le mariage, où l'amour perdure après leur vie à Thélème.

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Dans le chapitre 55 de 'Gargantua', Rabelais décrit la vie des Thélémites, qui vivent selon leur libre arbitre sans contraintes. Ils sont éduqués, talentueux et s'engagent dans des activités communes, favorisant une émulation positive. Leur liberté leur permet de cultiver des relations harmonieuses, même dans le mariage, où l'amour perdure après leur vie à Thélème.

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Français – 1ère

Objet d’études : la littérature d’idées


Séquence 1 : RABELAIS, Gargantua, 1534, chap. 55, « Les Thélémites », transl. de M.-M. Fragonard,
Pocket, 1992
__________

Toute leur vie était ordonnée non selon des lois, des statuts ou des règles 1, mais selon leur bon
vouloir et leur libre arbitre. Ils se levaient quand bon leur semblait, buvaient, mangeaient,
travaillaient, et dormaient quand le désir leur en venait. Nul ne les réveillait, nul ne les contraignait à
boire, ni à manger, ni à faire quoi que ce soit. Ainsi en avait décidé Gargantua. Pour toute règle, il n’y
5 avait que cette clause, fais ce que voudras ; parce que les gens libres, bien nés et bien éduqués, vivant en
bonne compagnie, ont par nature un instinct, un aiguillon qui les pousse toujours à la vertu et les
éloigne du vice, qu’ils appelaient honneur. Ces gens-là, quand ils sont opprimés et asservis par une
honteuse sujétion et par la contrainte, détournent cette noble inclination vers laquelle ils tendaient
librement à la vertu, vers le rejet et la violation du joug de servitude ; car nous entreprenons toujours
10 ce qui nous est interdit et nous convoitons ce qui nous est refusé.
C’est cette liberté même qui les poussa à une louable émulation : faire tous, ce qu’ils voyaient
faire plaisir à un seul. Si l’un ou l’une d’entre eux disait : « Buvons », tous buvaient ; s’il
disait : « Jouons », tous jouaient ; s’il disait « Allons nous ébattre aux champs », tous y allaient. S’il
s’agissait de chasser à courre ou au vol, les dames, montées sur de belles haquenées 2 suivies du
15 palefroi de guerre, portaient sur leur poing joliment gantelé un épervier, un laneret ou un émerillon3.
Les hommes portaient les autres oiseaux.
Ils étaient si bien éduqués qu’il n’y avait parmi eux homme ni femme qui ne sût lire, écrire,
chanter, jouer d’instruments de musique, parler cinq ou six langues et y composer, tant en vers qu’en
prose. Jamais on ne vit de chevaliers si vaillants, si hardis, si adroits au combat à pied ou à cheval,
20 plus vigoureux, plus agiles, maniant mieux les armes que ceux-là ; jamais on ne vit de dames si
fraîches, si jolies, moins acariâtres, plus doctes aux travaux d’aiguille et à toute activité de femme
honnête et bien née que celles-là.
C’est pourquoi, quand arrivait le temps où l’un d’entre eux, soit à la requête de ses parents, soit
pour d’autres raisons, voulait quitter cette abbaye, il emmenait avec lui une des dames, celle qui
25 l’aurait choisi pour chevalier servant, et ils se mariaient : et s’ils avaient bien vécu à Thélème en
amitié de cœur, ils continuaient encore mieux dans le mariage, et ils s’aimaient autant à la fin de leurs
jours qu’au premier jour de leurs noces.

Notes : 1. ensemble des règlements qui régissent un ordre religieux. - 2. jument de promenade, calme, réservée aux dames. – 3.
oiseaux de proie utilisés pour la chasse, plus petits et plus légers que les faucons, réservés aux hommes, cf « autres oiseaux ».

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