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La Participation Des Enfants Aux Procédures de Protection de La Jeunesse À Travers Le Prisme de La Vulnérabilité

L'article examine la Loi sur la protection de la jeunesse au Québec, qui protège les enfants vulnérables tout en leur reconnaissant des droits de participation, conformément à la Convention relative aux droits de l'enfant. Les auteures, Mona Paré et Diane Bé, cherchent à analyser les concepts de vulnérabilité et de participation dans le contexte de la protection de l'enfance, un domaine peu exploré. Elles proposent une recherche combinant théorie, analyse légale et entretiens avec des professionnels pour suggérer des harmonisations entre ces notions.

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La Participation Des Enfants Aux Procédures de Protection de La Jeunesse À Travers Le Prisme de La Vulnérabilité

L'article examine la Loi sur la protection de la jeunesse au Québec, qui protège les enfants vulnérables tout en leur reconnaissant des droits de participation, conformément à la Convention relative aux droits de l'enfant. Les auteures, Mona Paré et Diane Bé, cherchent à analyser les concepts de vulnérabilité et de participation dans le contexte de la protection de l'enfance, un domaine peu exploré. Elles proposent une recherche combinant théorie, analyse légale et entretiens avec des professionnels pour suggérer des harmonisations entre ces notions.

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2025 17:32

Les Cahiers de droit

La participation des enfants aux procédures de protection de la


jeunesse à travers le prisme de la vulnérabilité
Mona Paré et Diane Bé

Volume 61, numéro 1, mars 2020 Résumé de l'article


La Loi sur la protection de la jeunesse au Québec protège les enfants qui se
trouvent dans des situations de vulnérabilité accrue. En même temps, cette loi
URI : https://id.erudit.org/iderudit/1068786ar reconnaît à l’enfant d’importants droits de participation aux procédures de
DOI : https://doi.org/10.7202/1068786ar protection de la jeunesse et est conforme ainsi à la tendance internationale
encadrée par la Convention relative aux droits de l’enfant. Les notions de
Aller au sommaire du numéro vulnérabilité, alliée à la protection de l’enfant, et de participation, allant de
pair avec l’autonomisation, semblent antinomiques de prime abord. La
littérature examinant ces notions, bien qu’elle soit abondante, n’a pas encore
cherché à analyser ces concepts dans le contexte particulier de la protection de
Éditeur(s) l’enfance. Les auteures veulent pallier ce manque de théorisation dans ce
Faculté de droit de l’Université Laval domaine clé du droit de l’enfance. Afin de suggérer des formes
d’harmonisation théoriques et pratiques entre ces concepts, elles présentent
ISSN une recherche combinant théorie, analyse de la loi et entrevues avec des
professionnels de la protection de la jeunesse.
0007-974X (imprimé)
1918-8218 (numérique)

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Citer cet article


Paré, M. & Bé, D. (2020). La participation des enfants aux procédures de
protection de la jeunesse à travers le prisme de la vulnérabilité. Les Cahiers de
droit, 61(1), 223–272. https://doi.org/10.7202/1068786ar

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l’Université de Montréal, l’Université Laval et l’Université du Québec à
Montréal. Il a pour mission la promotion et la valorisation de la recherche.
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La participation des enfants
aux procédures de protection de la jeunesse
à travers le prisme de la vulnérabilité

Mona Paré* et Diane Bé**

La Loi sur la protection de la jeunesse au Québec protège les enfants


qui se trouvent dans des situations de vulnérabilité accrue. En même
temps, cette loi reconnaît à l’enfant d’importants droits de participation
aux procédures de protection de la jeunesse et est conforme ainsi à la
tendance internationale encadrée par la Convention relative aux droits
de l’enfant. Les notions de vulnérabilité, alliée à la protection de l’enfant,
et de participation, allant de pair avec l’autonomisation, semblent anti-
nomiques de prime abord. La littérature examinant ces notions, bien
qu’elle soit abondante, n’a pas encore cherché à analyser ces concepts
dans le contexte particulier de la protection de l’enfance. Les auteures
veulent pallier ce manque de théorisation dans ce domaine clé du droit
de l’enfance. Afin de suggérer des formes d’harmonisation théoriques et
pratiques entre ces concepts, elles présentent une recherche combinant
théorie, analyse de la loi et entrevues avec des professionnels de la
protection de la jeunesse.

The purpose of the Quebec Youth Protection Act is to protect the


well-being of vulnerable children. At the same time, the Act recognizes

* Professeure agrégée, Faculté de droit, Section de droit civil, Université d’Ottawa ;


Laboratoire de recherche interdisciplinaire sur les droits de l’enfant (LRIDE). Cette
recherche a été réalisée grâce à la Bourse Raoul Barbe et Yolande Larose pour l’étude
du pouvoir judiciaire accordée par la Section de droit civil et à une subvention de déve-
loppement de partenariat allouée par le Conseil de recherches en sciences humaines
(CRSH) du Canada.
** Étudiante au doctorat, Faculté de droit, Université d’Ottawa.

Les Cahiers de Droit, vol. 61 no 1, mars 2020, p. 223-272


(2020) 61 Les Cahiers de Droit 223
224 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

that children have significant participation rights, which is keeping with


the international tendency embodied in the UN Convention on the Rights
of the Child. At first glance, these two notions may appear contradictory :
while vulnerability is linked to protection, participation goes hand in
hand with empowerment. There is abundant literature examining the
concepts, but not from the perspective of youth protection. This paper
helps to bridge a theoretical gap in this key area of children’s law by
using theory, analysis of the law, and interviews with youth protection
professionals to explore the theoretical and practical connections that
link these concepts.

La Loi sur la protection de la jeunesse (Ley de protección del menor)


protege a los menores que se encuentran en situación de vulnerabilidad
elevada en Quebec. Al mismo tiempo, esta ley reconoce importantes
derechos de participación al menor, conformándose así con la tendencia
internacional, enmarcada por la Convención sobre los Derechos del Niño.
Las nociones de vulnerabilidad, protección del menor y participación van
de la mano con la autonomización aunque parezcan ser antagónicas
a primera vista. La abundante literatura que examina estas nociones
no ha alcanzado analizar los conceptos en el contexto particular de
la protección de la infancia. Este artículo viene entonces a paliar la
falta de teorización en este campo clave del derecho de menores. Con
el fin de sugerir estrategias teóricas y prácticas entre estos conceptos,
presentamos una investigación que une teoría, análisis legal y entrevistas
con profesionales de la protección del menor.

Pages

1 L’harmonisation des concepts de vulnérabilité et de participation dans le contexte


des droits de l’enfant......................................................................................................... 229
1.1 Le concept de vulnérabilité et les droits de l’enfant.......................................... 229
1.1.1 La vulnérabilité inhérente de l’enfant à travers l’approche libérale.... 230
1.1.2 La vulnérabilité inhérente de l’enfant à travers l’approche fondée sur
l’intérêt de l’enfant........................................................................................ 231
1.1.3 La vulnérabilité universelle, les vulnérabilités spécifiques et les droits
de l’enfant...................................................................................................... 233
M. Paré La participation des enfants aux procédures … 225.
D. Bé

1.2
Le concept de participation et des droits de l’enfant......................................... 236
1.2.1 Une notion clé en droits de la personne................................................... 236
1.2.2 Le concept juridique peu défini par la Convention relative aux droits
de l’enfant...................................................................................................... 240
1.2.3 Les obligations de l’État : assise théorique.............................................. 245
2 La législation sur la participation et la protection de la jeunesse au Québec........... 247
2.1 Une législation d’avant-garde qui tente un équilibre délicat............................. 248
2.2 Des failles qui rendent l’application difficile....................................................... 251
3 La vulnérabilité et la participation vues par les professionnels de la protection de
la jeunesse........................................................................................................................... 255
3.1 Les vulnérabilités de l’enfant perçues par les professionnels.......................... 256
3.1.1 Les vulnérabilités rattachées à l’enfant.................................................... 256
3.1.1.1 Les motifs de compromission...................................................... 256
3.1.1.2 L’ét at psychologique de l’enfant et les situations de
handicap.......................................................................................... 258
3.1.1.3 L’âge de l’enfant............................................................................. 259
3.1.2 Les vulnérabilités extérieures à l’enfant.................................................. 261
3.1.2.1 Les vulnérabilités liées au contexte et au déroulement de la
procédure judiciaire...................................................................... 261
3.1.2.2 Les vulnérabilités liées aux adultes........................................... 263
3.2 Des suggestions pour l’amélioration des pratiques............................................. 265
3.2.1 La préparation de l’enfant par son avocat................................................ 266
3.2.2 Le recours à des mécanismes pragmatiques pour assurer la célérité
de la procédure de protection..................................................................... 267
3.2.3 Une amélioration de l’entente multisectorielle........................................ 268
3.2.4 La formation des professionnels de la protection de l’enfance............. 269
Conclusion................................................................................................................................ 271

Plusieurs instruments juridiques ont reconnu des droits aux enfants


au cours de la seconde moitié du xxe siècle, ce qui inclut, au Québec, la
Loi sur la protection de la jeunesse (LPJ) de 1977 ainsi que le Code civil
du Québec de 1991 et, en droit international, la Convention relative aux
droits de l’enfant (CDE) de 1989, ratifiée par le Canada en 19911. La
reconnaissance des enfants comme sujets de droit est accompagnée par la

1. Loi sur la protection de la jeunesse, RLRQ, c. P-34.1 (ci-après « LPJ ») ; Code civil du
Québec, L.Q. 1991, c. 64 (ci-après « Code civil ») ; Convention relative aux droits de
l’enfant, 20 novembre 1989, 1557 R.T.N.U. 3 (entrée en vigueur le 2 septembre 1990)
(ci-après « CDE »).
226 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

consécration de leur droit d’exprimer leur opinion, notamment devant les


tribunaux2. Ce droit s’applique à tous les enfants, y compris ceux qui se
trouvent dans des situations exceptionnelles, ou de vulnérabilité accrue,
comme celles qui sont visées par la LPJ, protégeant les enfants dont la
sécurité ou le développement sont compromis.
La LPJ est une loi qui met en exergue les principes qui sous-tendent
les droits de l’enfant. Ceux-ci peuvent être regroupés en deux catégories
et impliquent des approches contradictoires. D’un côté, il y a la recon-
naissance de la vulnérabilité des enfants qui incite à prendre des mesures
pour les protéger. De l’autre, on note la reconnaissance de l’importance de
l’autonomie de l’enfant, de sa participation à la société et aux processus
de prise de décision, que l’on lie souvent à la notion d’autonomisation
(empowerment 3). La littérature est abondante au sujet des tensions entre
les principes de participation/protection ou vulnérabilité/autonomie qui
peuvent influer sur l’application des droits de l’enfant4. Toutefois, les

2. Lieve Cattrijsse et Isabelle D elens -R avier , « Reflections on the Concept of


Participation », dans Fiona A ng et autres (dir.), Participation Rights of Children,
Anvers, Intersentia, 2006, p. 27 ; Mona Paré, « L’accès des enfants à la justice et leur
droit de participation devant les tribunaux : quelques réflexions », (2014) 44 R.G.D. 81.
3. Cette notion générale, synonyme d’habilitation ou de développement du pouvoir d’agir
(voir : Yann Le Bossé, « De l’“habilitation” au “pouvoir d’agir” : vers une appréhension
plus circonscrite de la notion d’empowerment », Nouvelles Pratiques sociales, vol. 16,
no 2, 2003, p. 30 ; Marie-Christine Saint-Jacques et autres, « Protéger les jeunes et
développer le pouvoir d’agir de leurs parents. Une analyse des pratiques d’implication
parentale en centre jeunesse », Service social, vol. 47, nos 3-4, 1998-1999, p. 77),
revient fréquemment dans la littérature sur les droits de l’enfant. Voir notamment :
Tom Cockburn, « Children’s Participation in Social Policy : Inclusion, Chimera or
Authenticity ? », Social Policy & Society, vol. 4, no 2, 2005, p. 109 ; Greg Mannion,
« Going Spatial, Going Relational : Why “Listening to Children” and Children’s
Participation Needs Reframing », Discourse : Studies in the Cultural Politics of
Education, vol. 28, no 3, 2007, p. 405 ; Nigel Thomas, « Towards a Theory of Children’s
Participation », (2007) 15 Int’l J. Child. Rts 199 ; E. Kay M. Tisdall, « The Transformation
of Participation ? Exploring the Potential of “Transformative Participation” for Theory
and Practice around Children and Young People’s Participation », Global Studies of
Childhood, vol. 3, no 2, 2013, p. 183.
4. Concernant ces tensions, voir par exemple sur l’autonomisation : Rachel Birnbaum,
Nicholas Bala et Lorne Bertrand, « Judicial Interviews with Children : Attitudes and
Practices of Children’s Lawyers in Canada », (2013) N.Z.L. Rev. 465 ; Stacey P latt,
« Set another Place at the Table : Child Participation in Family Separation Cases »,
Cardozo Journal of Conflict Resolution, vol. 17, 2016, p. 749 ; Erik S. P itchal, « Where
Are all the Children ? Increasing Youth Participation in Dependency Proceedings »,
(2008) 12 UC Davis J. of Juv. L. & Pol’y 233 ; Sarah J. Baldwin, « Choosing a Home :
When Should Children Make Autonomous Choices about their Home Life ? », (2013)
46 Suffolk U.L. Rev. 503. Pour des auteurs qui mettent l’accent sur les vulnérabilités de
l’enfant et qui privilégient l’approche « protectionniste », voir : Harry Brighouse, « How
M. Paré La participation des enfants aux procédures … 227.
D. Bé

études sur l’application de ces principes en matière de protection de l’en-


fance sont quasi inexistantes au Canada et peu nombreuses au niveau
international5. Par le présent article, nous voulons ainsi pallier un manque
important de théorisation dans le domaine du droit de la protection de la
jeunesse. En effet, alors que la LPJ, de prime abord, s’intéresse au besoin
de protéger l’enfant qui vit une situation de vulnérabilité, cette loi protège
aussi de manière significative le droit de l’enfant de participer aux procé-
dures et de se faire entendre. À notre avis, une discussion sur l’application
de la LPJ à la lumière de ces principes théoriques opposés est de rigueur.
Sur la base de ces lacunes et contradictions, nous nous posons les
questions suivantes :
• Le droit de la protection de la jeunesse au Québec permet-il une conci-
liation entre le principe de protection et le concept de vulnérabilité ?
• Quelle approche faut-il privilégier afin de respecter le droit de l’enfant
d’exprimer son opinion, tout en reconnaissant ses vulnérabilités ?

Should Children Be Heard ? », (2003) 45 Ariz. L. Rev. 691 ; Bruce C. Hafen et Jonathan
O. Hafen, « Abandoning Children to their Autonomy : The United Nations Convention
on the Rights of the Child », (1996) 37 Harv. Int’l L.J. 449 ; Martin Guggenheim, « The
Right To Be Represented but Not Heard : Reflections on Legal Representation for
Children », (1984) 59 N.Y.U.L. Rev. 76.
5. Sur la participation des enfants aux procédures judiciaires de protection de la jeunesse
au Québec, voir Anne Fournier, « Le droit de l’enfant à la représentation par un avocat
en matière de protection de la jeunesse », (1996) 37 C. de D. 971. Dans d’autres pays,
voir : Judith Masson, « Representation of Children in England : Protecting Children
in Child Protection Proceedings », (2000) 34 Fam. L.Q. 467 ; David A rchard et Marit
Skivenes, « Balancing a Child’s Best Interests and a Child’s Views », (2009) 17 Int’l J.
Child. Rts 1 ; Anne-Mette Magnussen et Marit Skivenes, « The Child’s Opinion and
Position in Care Order Proceedings. An Analysis of Judicial Discretion in the County
Boards’ Decision-making », (2015) 23 Int’l J. Child. Rts 705 ; Stephanie D. Block et
autres, « Abused and Neglected Children in Court : Knowledge and Attitudes », Child
Abuse & Neglect, vol. 34, no 9, 2010, p. 659. À noter que la plupart des écrits se situent
dans le domaine du travail social et ne concernent pas les procédures judiciaires.
Voir par exemple au Canada : Gissele Damiani-Taraba et autres, « The Listen to Me
Project : Creating Lasting Changes in Voice and Participation for Children in Care
through a Youth-led Project », Child & Youth Services, vol. 39, no 1, 2018, p. 75 ; au
niveau international : Katrin K riz et Marit Skivenes, « Child Welfare Workers’
Perceptions of Children’s Participation : A Comparative Study of England, Norway
and the USA (California) », Child & Family Social Work, vol. 22, 2017, p. 11 ; Ganna G.
van Bijleveld, Christine W.M. Dedding et Joske F.G. Bunders-A elen, « Children’s
and Young People’s Participation within Child Welfare and Child Protection Services :
A State-of-the-art Review », Child & Family Social Work, vol. 20, 2015, p. 129 ;
Sally Holland, « Listening to Children in Care : A Review of Methodological and
Theoretical Approaches to Understanding Looked after Children’s Perspectives »,
Children & Society, vol. 23, 2009, p. 226.
228 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

• La perception de la vulnérabilité des enfants par les professionnels du


monde juridique et ceux de l’intervention sociale influe-t-elle dans la
pratique sur leur participation ?
Nous explorerons les réponses potentielles à ces questions en trois
temps. Dans la première partie de notre texte, nous étudierons les concepts
de vulnérabilité et de participation sous différents angles théoriques et
selon une approche multidisciplinaire. Ces notions feront aussi l’objet d’une
analyse juridique fondée sur les théories des droits de l’enfant et l’examen
de la CDE. Dans la deuxième partie, nous examinerons la LPJ sur la base
des assises théoriques établies dans la première partie. Nous mettrons en
lumière les tensions inhérentes aux droits de l’enfant qui sont reprises dans
les dispositions de la LPJ. Nous nous prononcerons de manière prudente
sur la question de savoir si la LPJ permet de protéger le droit de l’enfant
de participer à sa propre protection. La troisième partie fera état d’une
recherche empirique sur les points de vue de juges de la Chambre de la
jeunesse de la Cour du Québec et d’intervenants sociaux travaillant pour
le Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ) dans les centres intégrés
de santé et de services sociaux (CISSS). La participation de 12 juges et de
17 intervenants sociaux6 nous a permis de comparer le droit, tel qu’il est
énoncé dans la LPJ, avec la pratique. Nous soulèverons particulièrement
les vulnérabilités mises en évidence par les participants à notre recherche
et tenterons de déterminer dans quelle mesure ces vulnérabilités influent
sur la participation des enfants aux procédures judiciaires de protection.
Finalement, les propos des praticiens nous permettront de faire des recom-
mandations en ayant en toile de fond l’assise théorique et juridique définie
dans les deux premières parties de notre texte.

6. Les 12 juges viennent de quatre districts judiciaires. Les noms des juges souhaitant
participer à notre recherche nous ont été communiqués par le juge en chef adjoint
de la Cour du Québec (Chambre de la jeunesse). Les entrevues ont eu lieu entre
septembre 2017 et juillet 2018. Les 17 intervenants sociaux viennent également de
quatre régions (centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) ou centre intégré
universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS)) correspondant aux districts
judiciaires. Les noms des personnes intéressées nous ont été transmis par les services
jeunesse des CISSS ou des CIUSSS et par des avocats du contentieux des CISSS
qui ont collaboré à notre recherche. Au total, 5 intervenants ont répondu par écrit au
questionnaire, tandis que 12 ont participé à une entrevue entre avril 2018 et juin 2019.
Afin de respecter l’anonymat des participants, les entrevues ne sont désignées que par
type de profession et numéro (par exemple « juge 1 ») et le masculin est appliqué à tous.
Notre recherche n’incluait pas les avocats des enfants, qui feront l’objet d’une étude
ultérieure. Néanmoins, les intervenants sociaux et les juges se sont prononcés sur le
rôle des avocats dans la mise en œuvre du principe de participation des enfants.
M. Paré La participation des enfants aux procédures … 229.
D. Bé

1 L’harmonisation des concepts de vulnérabilité et de participation


dans le contexte des droits de l’enfant
La participation et la vulnérabilité sont au centre des droits de l’en-
fant. Afin de pouvoir discuter des liens et des tensions qui existent entre
ces deux notions dans le domaine de la protection de la jeunesse, nous
croyons qu’un cadrage théorique de ces notions s’impose. Nous aborde-
rons ci-dessous des questions essentielles sur la perception de la vulnéra-
bilité inhérente de l’enfant en tant qu’obstacle à sa participation et sur la
reconceptualisation de cette vulnérabilité comme source possible pour lui
d’autonomisation tout au long des procédures de protection de la jeunesse.

1.1 Le concept de vulnérabilité et les droits de l’enfant


Le concept de vulnérabilité a fait l’objet d’une étonnante diffusion
au cours des dernières décennies dans plusieurs disciplines7. Utilisé
durant les années 70 par les sciences psychiatriques et pédiatriques, puis
en économie et en statistique, ce concept a donné lieu à une abondante
littérature depuis 2000 dans le domaine des sciences humaines et sociales,
et il s’est également imposé dans les grandes instances internationales
(Organisation des Nations unies (ONU), Programmes des Nations unies
pour le développement (PNUD), Fonds monétaire international (FMI),
Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE),
Banque mondiale, etc.), qui y ont eu recours aux fins d’indicateurs statis-
tiques8 pour l’évaluer et l’anticiper.
Appliquée à l’enfance, la notion de vulnérabilité prend une dimension
particulière. L’enfance est le groupe vulnérable par excellence9. L’enfant
est en effet la première personne à qui on associe aisément l’image de la
vulnérabilité : en bas âge, l’être humain est originellement considéré comme
fragile, immature, dépendant et incapable de se protéger. Biologiquement,
psychologiquement et socialement en construction, l’enfant est communé-
ment appréhendé comme une personne inachevée et en devenir qui n’a pas

7. Axelle Brodiez-Dolino, « La vulnérabilité, une notion opératoire pour penser l’enfance


en danger ? », dans Observatoire national de l’enfance en danger, Vulnérabilité,
identification des risques et protection de l’enfance. Nouveaux éclairages et regards
croisés, Paris, La Documentation française, 2014, p. 11, à la page 12.
8. Axelle Brodiez-Dolino, « Le concept de vulnérabilité », La Vie des idées, 11 février
2016, [En ligne], [www.laviedesidees.fr/Le-concept-de-vulnerabilite.html] (14 août
2019).
9. Marc-Henry Soulet, « Les raisons d’un succès. La vulnérabilité comme analyseur
des problèmes sociaux contemporains », dans Axelle Brodiez-Dolino et autres (dir.),
Vulnérabilités sanitaires et sociales. De l’histoire à la sociologie, Rennes, Presses
universitaires de Rennes, 2014, p. 59.
230 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

encore atteint une capacité de résilience suffisante pour se protéger10. Sa


vulnérabilité a été mise en exergue tout au long des débats théoriques sur
la lancinante question de la reconnaissance ou non des droits aux enfants,
problématique qui suscite des divergences dans la doctrine juridique. Nous
verrons comment la vulnérabilité a été utilisée, d’une part, comme motif
pour refuser des droits aux enfants et, d’autre part, en tant que raison
pour leur en accorder. Afin d’expliquer ces contradictions, nous tenons à
mettre en lumière deux théories traditionnelles opposées sur la question
de la reconnaissance des droits aux enfants : la théorie de la volonté et la
théorie de l’intérêt. Finalement, les théories portant précisément sur la
vulnérabilité seront examinées en rapport avec les droits de l’enfant.

1.1.1 La vulnérabilité inhérente de l’enfant à travers l’approche libérale


La théorie de la volonté ou du choix est couramment invoquée pour
refuser de reconnaître des droits aux enfants. Selon cette théorie, la
capacité d’exercer des droits est une condition préalable à l’exercice des
droits11. Comme les enfants ne possèdent pas une telle capacité, ils sont
par conséquent exclus du discours des droits de la personne. Cette théorie
reflète une conception libérale occidentale traditionnelle des droits et est
profondément enracinée dans les idées de raison et d’autonomie12. De toute
évidence, pour les théoriciens libéraux, c’est la capacité à raisonner et à
prendre part à des prises de décision délibératives qui procure aux êtres
humains la faculté de se faire respecter mutuellement13. L’égalité dans le
respect ou le droit à la liberté ne serait envisageable que « pour ceux qui
possèdent la capacité de choix rationnel : un critère communément retenu
pour exclure les enfants14 ». C’est dans ce registre que s’inscrit notam-
ment John Stuart Mill qui, après son articulation du fameux principe de
liberté, poursuit en ces termes : « cette doctrine est destinée à s’appliquer
uniquement aux êtres humains dans la maturité de leurs facultés. Nous ne
parlons pas des enfants […] Ceux qui sont encore dans un état d’être pris en
charge par d’autres doivent être protégés contre leurs propres actions aussi
bien que contre les dommages externes15 ». Des auteurs ­contemporains

10. Axelle Brodiez-Dolino, « La vulnérabilité, nouvelle catégorie de l’action publique »,


Informations sociales, no 188, 2015, p. 10, à la page 13.
11. Herbert L.A. H art, Essays in Jurisprudence and Philosophy, Oxford, Oxford
University Press, 1983, p. 35.
12. John Tobin, « Justifying Children’s Rights », (2013) 21 Int’l J. Child. Rts 395, 402.
13. Lee E. Teitelbaum, « Children’s Rights and the Problem of Equal Respect », (1999).
27 Hofstra L. Rev. 799, 801.
14. Id., 803 (la traduction est de nous).
15. John Stuart Mill, La liberté, Paris, Guillaumin et Cie, 1877, p. 124.
M. Paré La participation des enfants aux procédures … 231.
D. Bé

s’alignent aussi sur cette conception libérale et paternaliste16. Selon Harry


Brighouse, il serait impropre de reconnaître aux enfants des droits fonda-
mentaux, puisque ceux-ci ne cadrent pas avec le modèle libéral de la
personne rationnelle17. Cet auteur propose de leur accorder une participa-
tion consultative s’expliquant par des différences majeures entre enfants
et adultes18. Premièrement, les enfants sont incompétents, immatures et
dépendants des autres ; deuxièmement, ils sont profondément vulnérables
aux décisions des autres ; troisièmement, les enfants ont, contrairement
aux adultes dépendants et vulnérables, une capacité de résilience et des
ressources pour développer les aptitudes nécessaires afin de pourvoir à
leurs propres besoins à l’avenir19. Ainsi, la vulnérabilité des enfants sert à
justifier des limitations à leurs droits, les enfants étant considérés comme
des personnes en développement et des citoyens en devenir. De même,
James Griffin soutient que, eu égard au manque de personnalité et de
rationalité chez les enfants, ils doivent être considérés comme des « sujets
de droit potentiels » plutôt que comme des « sujets de droit réels20 ». L’affir-
mation par Onora O’Neill que le seul remède pour la condition d’enfance
est de grandir21 résume bien cette vision traditionnelle des droits ; l’unique
façon pour les enfants de détenir des droits et de sortir de leur vulnérabilité
inhérente consiste à devenir des adultes dotés de capacité.

1.1.2 La vulnérabilité inhérente de l’enfant à travers l’approche


fondée sur l’intérêt de l’enfant
La théorie de l’intérêt vient offrir une solution de rechange à la théorie
de la volonté. En effet, bien que l’autonomie soit un élément central de
la littérature sur les fondements des droits de la personne, celle-ci ne
constitue pas le seul fondement sur lequel reposent lesdits droits. Selon
les principes fondamentaux de la théorie de l’intérêt, telle que la décrit
Joseph Raz, l’accent reste mis sur le titulaire du droit, mais le choix de
ce dernier réside dans ses intérêts, qui sont définis en rapport avec son

16. Voir notamment : B.C. Hafen et J.O. Hafen, préc., note 4 ; Martin Guggenheim,
What’s Wrong with Children’s Rights, Cambridge, Harvard University Press,
2005 ; Irène Théry, « Nouveaux droits de l’enfant, la potion magique ? », Esprit,
no 180, 1992, p. 5 ; Onora O’Neill, « Children’s Rights and Children’s Lives », (1992).
6 Int’l J. of L. & Fam. 24.
17. Harry Brighouse, « What Rights (if any) do Children Have ? », dans David A rchard et
Colin M. Macleod (dir.), The Moral and Political Status of Children, Oxford, Oxford
University Press, 2002, p. 31.
18. H. Brighouse, préc., note 4, 692 et 699.
19. Id.
20. James Griffin, On Human Rights, Oxford, Oxford University Press, 2008, p. 84.
21. O. O’Neill, préc., note 16, 39 et 40.
232 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

bien-être22. Neal MacCormick, précurseur de la théorie de l’intérêt, se sert


des droits de l’enfant pour étayer sa critique de la théorie de la volonté23.
Il défend spécialement les droits de l’enfant aux soins et à l’attention en
tant que droits moraux et légaux, qui sont fondamentaux, particulièrement
pour les jeunes enfants24.
Le droit international des droits de la personne est venu influencer
le travail d’autres auteurs qui ont cherché à justifier les droits de l’enfant.
Dans la conception véhiculée par la CDE et reprise par des auteurs, les
enfants n’ont peut-être pas toujours la capacité d’exercer leurs droits mais,
en tant qu’êtres humains complets et non en devenir, ils ne manquent pas
d’intérêts, et ceux-ci fondent les droits dont ils sont titulaires25. John Tobin
affirme que la seule condition préalable de la reconnaissance des droits
de la personne est d’avoir le statut d’humain 26. Michael Freeman, qui
souscrit à la théorie de l’intérêt27, met l’accent sur la dignité des enfants,
au cœur de la reconnaissance de leurs droits, la dignité étant un concept
clé en droits de la personne28. Il préconise l’adoption d’une approche qui
permet de protéger l’enfant, tout en assurant ses droits et son autonomie
grandissante29. Selon Freeman, les droits doivent se baser sur la réalité des
enfants, et la vulnérabilité de ces derniers permet de justifier la primauté
de leurs droits30.
Ainsi, contrairement à la théorie de la volonté, les théories fondées sur
l’intérêt considèrent la vulnérabilité de l’enfant non pas comme un obstacle
aux droits, mais telle une raison justifiant les droits des enfants.

22. Joseph R az, « On the Nature of Rights », Mind, vol. 93, 1984, p. 194, à la page 195 ; Voir
aussi : Donald N. MacCormick, « Rights in Legislation », dans Peter M.S. Hacker
et Joseph R az (dir.), Law, Morality, and Society. Essays in Honour of H.L.A. Hart,
Oxford, Clarendon Press, 1977, p. 189, à la page 192 ; Tom D. Campbell, « The Rights
of the Minor : As Person, as Child, as Juvenile, as Future Adult », (1992) 6 Int’l J. of
L. & Fam. 1. Campbell applique explicitement la théorie de l’intérêt et analyse un
ensemble d’intérêts de l’enfant avec des droits correspondants.
23. Neil MacCormick, « Children’s Rights : A Test-case for Theories of Right », Archives
for Philosophy of Law and Social Philosophy, vol. 62, no 3, 1976, p. 305.
24. Id.
25. J. Tobin, préc., note 12, 403.
26. Id., 402.
27. Michael Freeman, « The Human Rights of Children », (2010) 63 Current Leg. Prob. 1, 21.
28. Sur la dignité, voir aussi Jane Fortin, Children’s Rights and the Developing Law,
3e éd., Cambridge, Cambridge University Press, 2009.
29. Michael Freeman, The Rights and Wrongs of Children, Londres, Frances Pinter
Publishers, 1983.
30. Michael Freeman, « Why it Remains Important to Take Children’s Rights Seriously »,
(2007) 15 Int’l J. Child. Rts 5.
M. Paré La participation des enfants aux procédures … 233.
D. Bé

1.1.3 La vulnérabilité universelle, les vulnérabilités spécifiques


et les droits de l’enfant
Au-delà des théories qui expliquent les droits de l’enfant et leurs limites
par rapport à la vulnérabilité liée à l’enfance, ce concept intéresse aussi des
auteurs qui s’y réfèrent pour reconnaître l’universalité de cette condition
humaine. D’autres, au contraire, mettront en évidence des groupes qui
sont particulièrement vulnérables et qui demandent une attention accrue
de la part de l’État.
La théorie de la vulnérabilité proposée par Martha Fineman permet
de dépasser les étiquettes collées aux groupes, tels que les enfants31.
Fineman adopte effectivement une approche critique du concept de vulné-
rabilité traditionnellement utilisé pour définir des groupes associés géné-
ralement aux personnes étiquetées comme pauvres, âgées, très jeunes ou
malades. Sa perspective consiste à se débarrasser de tous ces prototypes
et à revendiquer le terme « vulnérable » pour décrire un aspect universel,
inévitable et durable de la condition humaine. Tous les êtres humains sont
vulnérables, car ils sont exposés à des risques, et ne possèdent pas toujours
la capacité d’empêcher que ces derniers ne se matérialisent32. La vulné-
rabilité doit être au cœur du concept de responsabilité sociale, et Fineman
plaide pour un État plus réactif et une société plus égalitaire33. Appliquée
aux enfants, cette conception crée pour l’État une obligation morale de
favoriser les conditions qui leur permettront, tout comme aux adultes,
de réduire leurs vulnérabilités. S’intéressant en particulier aux droits de
l’enfant, des auteurs se sont appuyés sur la théorie de la vulnérabilité
soit pour démontrer les effets néfastes de l’étiquetage des enfants comme
groupe vulnérable, soit pour offrir une position afin de concilier l’univer-
salité de la vulnérabilité et les vulnérabilités spécifiques de l’enfant. Dans
la première catégorie, Jonathan Herring reconnaît que la vulnérabilité a
joué un rôle important dans la construction sociale de l’enfance34. Pour cet
auteur, la construction de la vulnérabilité des enfants a des conséquences
néfastes sur leurs droits. Elle mènerait, entre autres, à des approches
paternalistes à leur égard, à l’assourdissement de leur voix et à leur
confinement 35. Herring préfère donc la conception de la vulnérabilité

31. Martha Albertson Fineman, « The Vulnerable Subject : Anchoring Equality in the
Human Condition », (2008) 20 Yale J.L. & Feminism 1.
32. Id.
33. Id., 13.
34. Jonathan Herring, « Vulnerability, Children, and the Law », dans Michael Freeman
(dir.), Law and Childhood Studies, Oxford, Oxford University Press, 2012, p. 243, à la
page 246.
35. Id.
234 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

décrite par Fineman, qui ne distingue pas entre la vulnérabilité des enfants
et celle des adultes. Tobin, pour sa part, adopte une approche mitoyenne.
Il s’accorde avec Fineman sur l’existence d’une vulnérabilité universelle,
mais admet également la vulnérabilité spéciale des enfants. En réalité,
Tobin propose quelques réflexions sur la manière de dépasser les dangers
rattachés au fait de ne définir les enfants que par leurs vulnérabilités36. Il
propose une conceptualisation des enfants dans laquelle leur vulnérabilité
est « reconnue et validée, mais équilibrée et encadrée par l’évolution des
capacités et des droits de participation des enfants, qui sont au cœur d’une
approche fondée sur les droits37 ».
D’autres auteurs préfèrent faire référence aux groupes vulnérables,
en s’alignant sur le droit international. En effet, la vulnérabilité est utilisée
dans la pratique du droit pour analyser la situation de populations spéci-
fiques et pour leur conférer un statut et des droits particuliers38. Ainsi,
en utilisant la notion de groupe vulnérable, on ne considère pas seulement
les enfants comme un groupe vulnérable, mais on reconnaît que, parmi
les enfants, certains ont des caractéristiques endogènes (par exemple,
un handicap) ou exogènes (par exemple, la pauvreté) qui les rendent plus
vulnérables que d’autres. L’état de vulnérabilité inhérente de l’enfant oblige
la société à prendre des mesures générales, qui sont destinées à tous les
enfants, mais aussi des protections spécifiques, qui ciblent certaines caté-
gories d’enfants en particulier, tels que les migrants ou les orphelins39.
Alors que la notion de groupes vulnérables a surtout été implicite
en droit international, elle commence à être utilisée de manière explicite.
Lourdes Peroni et Alexandra Timmer, en analysant la jurisprudence de la
Cour européenne des droits de l’homme, soutiennent que les approches

36. Tobin fait ressortir le côté noir du paradigme de la vulnérabilité d’une manière
comparable à celle que préconise Herring. Voir John Tobin, « Understanding Children’s
Rights : A Vision beyond Vulnerability », (2015) 84 Nordic J. Int’l L. 155, 166.
37. Id., 175 (la traduction est de nous).
38. Par exemple : Audrey R. C hapman et Benjamin Carbonetti , « Human Rights
Protections for Vulnerable and Disadvantaged Groups : The Contributions of the UN
Committee on Economic, Social and Cultural Rights », (2011) 33 Hum. Rts Q. 682 ;
Elisabeth R eichert, Understanding Human Rights. An Exercise Book, Thousand
Oaks, SAGE Publications, 2006, chap. 5 ; Hasheem Mannan et autres, « Core Concepts
of Human Rights and Inclusion of Vulnerable Groups in the United Nations Convention
on the Rights of Persons with Disabilities », Alter, vol. 6, no 3, 2012, p. 159 ; Mark
Ensalaco et Linda C. Majka (dir.), Children’s Human Rights. Progress and Challenges
for Children Worldwide, Lanham, Rowman & Littlefield Publishers, 2005 ; Mona Paré,
« Why Have Street Children Disappeared ? The Role of International Human Rights
Law in Protecting Vulnerable Groups », (2003) 11 Int’l J. Child. Rts 1, 7.
39. A. Brodiez-Dolino, préc., note 10, p. 13.
M. Paré La participation des enfants aux procédures … 235.
D. Bé

universelle et particulière de la vulnérabilité ne sont pas contradictoires,


mais qu’elles révèlent plutôt la nature paradoxale de ce concept même,
tout en reconnaissant un risque de stigmatisation40. Afin de minimiser ce
risque, ces auteures recommandent que la Cour s’assure de ne pas appli-
quer la vulnérabilité comme une simple « étiquette » et mette plutôt l’accent
sur les diverses circonstances qui rendent certains groupes vulnérables41.
De même, Kirsten Sandberg examine la pratique du Comité des droits de
l’enfant par rapport à la théorie de Fineman42. De fait, le Comité admet la
vulnérabilité inhérente des enfants, ce qui justifie les droits spéciaux qui
leur sont attribués par la CDE43. De plus, le Comité attire l’attention sur
des groupes d’enfants qui se trouvent dans des situations de vulnérabi-
lité 44. Sandberg convient qu’il existe des tensions entre cette pratique et la
théorie de la vulnérabilité, mais elle montre aussi les similarités entre l’ap-
proche de Fineman et l’approche fondée sur les droits de l’enfant adoptée
par le Comité. En outre, tout comme Kay Tisdall45, elle indique les limites
que la théorie de la vulnérabilité offre par rapport à la participation des
enfants. Selon Sandberg, si les enfants en situation de vulnérabilité ne sont
pas reconnus, ils risquent de ne pas avoir la chance de s’exprimer sur les
lois et les politiques qui les concernent46.
Ainsi, nous pouvons déjà entrevoir la relation complexe entre la vulné-
rabilité et la participation des enfants. Dans l’optique d’analyser cette
dernière en fonction des procédures de protection de l’enfance à travers le
prisme de la vulnérabilité, nous adoptons, à l’instar de Tobin, une approche
fondée sur les droits de l’enfant47. Dans cette perspective, l’enfant est titu-
laire et acteur de ses droits, respecté dans sa dignité humaine et placé
au centre des décisions le concernant. Il convient alors de déconstruire
l’étiquette de vulnérabilité inhérente attachée en général à l’enfant et en
particulier à ceux qui sont touchés par les procédures de protection. Nous

40. Lourdes P eroni et Alexandra Timmer , « Vulnerable Groups : The Promise of


an Emerging Concept in European Human Rights Convention Law », (2013) 11
I.J.C.L. 1064.
41. Id., 1073 et 1074.
42. Kirsten Sandberg, « The Convention on the Rights of the Child and the Vulnerability
of Children », (2015) 84 Nordic J. of Int’l L. 221.
43. Id., 222.
44. Id., 223 et 229.
45. E. Kay M. Tisdall, « Conceptualising Children and Young People’s Participation :
Examining Vulnerability, Social Accountability and Co-production », (2017) 21 Int’l
J.H.R. 59.
46. K. Sandberg, préc., note 42, 235.
47. John Tobin, « Beyond the Supermarket Shelf : Using a Rights Based Approach to
Address Children’s Health Needs », (2006) 14 Int’l J. Child. Rts 275, 281.
236 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

adhérons également à la thèse de Fineman, selon laquelle la vulnérabilité


est une condition universelle. Cette nouvelle perception de la vulnérabilité
constitue le point de départ de l’autonomisation (empowerment) de ces
enfants, car ils ne seront désormais plus vus comme un groupe faible, mais
comme des êtres humains en situation de vulnérabilité, dont les capacités de
résilience doivent être développées. Cela n’entre pas en contradiction avec
le fait de reconnaître aussi les vulnérabilités spécifiques dans lesquelles se
trouvent les enfants qui traversent une procédure de protection, particula-
rités qui les distinguent des adultes et d’autres enfants. Notre conception de
la vulnérabilité de ces enfants accepte que des mesures soient nécessaires
pour faciliter leur participation à chaque étape du processus de protec-
tion. Nous rejoignons ici aussi Fineman, qui concède que, bien qu’elle soit
universelle, la vulnérabilité se révèle aussi particulière et relative, « les
humains étant positionnés différemment au sein d’un réseau de relations
économiques et institutionnelles, et la vulnérabilité variant en ampleur et
en potentiel au niveau individuel48 ». Les enfants qui vivent les procédures
de protection ont des vulnérabilités spécifiques et multidimensionnelles
qui varient d’un cas à l’autre en ampleur et en fréquence tout au long de la
chaîne d’intervention. Notre approche consiste donc à mettre en lumière
les spécificités de chaque enfant dans une situation donnée dans l’optique
de permettre à tous les enfants visés de participer de façon efficace compte
tenu de leur situation personnelle.

1.2 Le concept de participation et des droits de l’enfant


Tout comme la vulnérabilité, la participation est une notion floue en
droit. Toutefois, elle revêt une signification particulière dans le domaine
des droits de l’enfant. Nous l’examinerons d’abord comme une notion
juridique et multidisciplinaire. Ensuite, nous étudierons sa signification
comme principe de la CDE ; finalement, nous discuterons des obligations
étatiques qui en découlent. Nous explorerons ces différentes facettes du
concept de participation tout en soulignant les liens et les antagonismes
avec le concept de vulnérabilité.

1.2.1 Une notion clé en droits de la personne


La participation est devenue au fil du temps une notion clé en matière
de droits de l’enfant. Pourtant, comme le concept de vulnérabilité, la
participation est un terme qui semble quasi absent du droit, comme elle
n’est pas, en règle générale, expressément incluse dans les lois internes
­concernant l’enfant ni même dans la CDE. En effet, la participation n’est

48. M.A. Fineman, préc., note 31, 10 (la traduction est de nous).
M. Paré La participation des enfants aux procédures … 237.
D. Bé

pas en soi une notion juridique, mais une notion présente en sociologie, en
développement international ou en sciences, parmi d’autres domaines49.
Elle revêt plusieurs significations, entre la participation à une activité, la
participation à la prise de décision ou, plus généralement, l’inclusion dans
la société50. La participation sert à mettre en avant des concepts clés des
droits de la personne, comme l’égalité, et des concepts intimement liés aux
droits de la personne, telle la démocratie. Ainsi, elle permet de s’intéresser
particulièrement au processus démocratique et aux groupes traditionnel-
lement absents de la scène publique, aux groupes marginalisés dépourvus
de pouvoir, parfois qualifiés de groupes vulnérables. Selon une approche
fondée sur les droits, reconnaître aux personnes appartenant à ces groupes
un droit de participation permet de leur donner du pouvoir et de combattre
la discrimination à leur égard51.
Alors que la vulnérabilité inhérente des enfants est bien reconnue,
ceux-ci sont rarement envisagés à titre de groupe marginalisé, puisqu’ils
sont inclus dans tous les groupes sociaux, et que l’enfance concerne tout le
monde. Cependant, si nous faisons référence à notre analyse sur la vulné-
rabilité, de nombreux facteurs renforcent la marginalisation des enfants
dans la société.
De prime abord, le statut juridique des enfants, en tant que mineurs
en droit, non seulement sert à expliquer leur vulnérabilité et les mesures
protectrices qui doivent en découler, mais il les marginalise de manière
générale dans la société52. Cela signifie qu’on ne les consulte presque jamais
en ce qui a trait à des décisions politiques, et même rarement par rapport

49. Par exemple : Peter Oakley, « People’s Participation in Development Projects. A Critical
Review of Current Theory and Practice », Intrac Occasional Papers Series, vol. 7,
1995 ; Helena Hemmingsson et Hans Jonsson, « An Occupational Perspective on the
Concept of Participation in the International Classification of Functioning, Disability
and Health – Some Critical Remarks », American Journal of Occupational Therapy,
vol. 59, 2005, p. 569 ; Martin Lengwiler, « Participatory Approaches in Science and
Technology. Historical Origins and Current Practices in Critical Perspective », Science,
Technology & Human Values, vol. 33, no 2, 2008, p. 186.
50. Au sujet de la signification du terme dans le domaine des droits de l’enfant, voir :
N. Thomas, préc., note 3 ; L. Cattrijsse et I. Delens-R avier, préc., note 2, p. 31.
51. Cette évidence ressort de plusieurs rapports des Nations Unies, par exemple : Haut-
Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Facteurs qui empêchent la
participation à la vie politique dans des conditions d’égalité et mesures permettant
de surmonter ces obstacles, Doc. N.U. A/HRC/27/29 (30 juin 2014) ; Secrétaire
général, Nations Unies, Droits de l’homme et extrême pauvreté, Doc. N.U. A/65/259.
(9 août 2010).
52. Mona Paré, « Un droit de participation ? Étude critique du cadre législatif de l’éducation
des enfants handicapés en Ontario », Revue internationale d’études canadiennes,
vol. 42, 2010, p. 47, aux pages 50 et 51.
238 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

à des décisions qui les concernent individuellement53. En vérité, le concept


de participation est difficile à appliquer aux enfants, car cette idée même
vient défier leur position traditionnelle dans la société telle qu’elle est
décrite dans la théorie de la volonté.
Ensuite, force est de reconnaître le fait que certains enfants sont dans
des situations de vulnérabilité accrue et risquent d’être aussi plus margi-
nalisés. Il en est ainsi des enfants en situation de handicap, des filles, des
enfants autochtones et des enfants vivant dans la rue, tel que l’a reconnu
le Comité des droits de l’enfant54. Ces enfants peuvent être marginalisés
à cause de leur appartenance à un groupe minoritaire ou considéré comme
vulnérable, mais il faut également prendre en considération l’existence de
discrimination multiple et intersectionnelle55.
Pour contrer ces positions, on peut se référer à la sociologie de l’en-
fance. Celle-ci offre une approche qui permet de comprendre comment
l’enfance est une notion façonnée par la société. Cette notion relative
évolue à travers le temps et l’espace, et la place de l’enfant dans cette
société est déterminée par les perceptions des adultes56, notamment
par rapport à la vision que ceux-ci ont des vulnérabilités de l’enfance57.
Plusieurs auteurs sont venus remettre en cause la perception à l’endroit
des enfants selon laquelle ils seraient incapables de participer au processus
démocratique et d’être des acteurs à part entière dans les situations qui les.

53. Canada, Sénat, Les enfants : des citoyens sans voix. Mise en œuvre efficace des
obligations internationales du Canada relatives aux droits des enfants, rapport final
du Comité sénatorial permanent des droits de la personne, avril 2007, p. 111.
54. K. Sandberg, préc., note 42, 221.
55. Sur l’application du concept d’intersectionnalité aux enfants, voir : Katrien De Graeve,
« Children’s Rights from a Gender Studies Perspective : Gender, Intersectionality and
the Ethics of Care », dans Wouter Vandenhole et autres (dir.), Routledge International
Handbook of Children’s Rights Studies, Londres, Routledge, 2015, p. 147 ; Nura
Taefi, « The Synthesis of Age and Gender : Intersectionality, International Human
Rights Law and the Marginalisation of the Girl-child », (2009) 17 Int’l J. Child. Rts
345. Claire Breen, Age Discrimination and Children’s Rights. Ensuring Equality
and Acknowledging Difference, Leiden, Martinus Nijhoff Publishers, 2006, examine
l’application aux enfants du concept de discrimination fondée sur l’âge.
56. Berry M ayall , « The Sociology of Childhood and Children’s Rights », dans .
W. Vandenhole et autres (dir.), préc., note 55, p. 77 ; Leena A lanen, « Rethinking
Childhood », Acta Sociologica, vol. 31, no 1, 1988, p. 53 ; Jens Qvortrup et autres (dir.),
Childhood Matters. Social Theory, Practice and Politics, Aldershot, Avebury, 1994 ;
Allison James et Alan P rout (dir.), Constructing and Reconstructing Childhood.
Contemporary Issues in the Sociological Study of Childhood, 3e éd., Abingdon,
Routledge, 2015 ; Alain R enaut, La libération des enfants. Contribution philosophique
à une histoire de l’enfance, Paris, Bayard, 2002.
57. J. Tobin, préc., note 36, 169. Voir aussi J. Herring, préc., note 34, à la page 243.
M. Paré La participation des enfants aux procédures … 239.
D. Bé

concernent 58. Des chercheurs affirment que les enfants veulent être
entendus et que les craintes des adultes quant aux répercussions
négatives sur les enfants de leur propre participation sont souvent.
infondées59.
Aujourd’hui, le concept de participation n’est plus vraiment remis en
cause, quelle que soit la théorie sur laquelle reposent les droits de l’en-
fant. La valeur de la participation des enfants pour ces derniers et pour
la société fait l’objet de très nombreux écrits60 et, dans la pratique, les

58. Par exemple : Roger A. Hart, « Children’s Participation. From Tokenism to Citizenship »,
Innocenti Essay, no 4, 1992, [En ligne], [www.unicef-irc.org/publications/pdf/childrens_
participation.pdf] (29 novembre 2019) ; James P rout et Allison James, « A New
Paradigm for the Sociology of Childhood ? Provenance, Promise and Problems », dans
A. James et A. P rout (dir.), préc., note 56, p. 6 ; Jens Qvortrup, « A Voice for Children
in Statistical and Social Accounting : A Plea for Children’s Right to be Heard », dans
A. James et A. P rout (dir.), préc., note 56, p. 74 ; Berry Mayall, Towards a Sociology
for Childhood. Thinking from Children’s Lives, Maidenhead, Open University Press,
2002 ; Aisling Parkes, Children and International Human Rights Law. The Right of
the Child to be Heard, Londres, Routledge, 2013, p. 12 ; Nicola Taylor, « What Do We
Know about Involving Children and Young People in Family Law Decision Making ?
A Research Update », (2006) 20 Aust. J. Fam. L. 154.
59. Voir, par exemple, Kathleen M arshall , Children’s Rights in Balance : The
Participation-Protection Debate, Edinburgh, Stationery Office, 1997. Voir aussi Tali
Gal et Benedetta Faedi Duramy, « Enhancing Capacities for Child Participation :
Introduction », dans Tali Gal et Benedetta Faedi D uramy (dir.), International
Perspectives and Empirical Findings on Child Participation. From Social Exclusion
to Child-Inclusive Policies, Oxford, Oxford University Press, 2015, p. 1.
60. En plus des autres sources indiquées dans cette section, voir notamment les auteurs
suivants qui se prononcent sur les bienfaits de la participation des enfants dans
différents domaines : Gerison Lansdown, « Promoting Children’s Participation
in Democratic Decision-Making », Innocenti Insight, 2001, p. 1, [En ligne], [www.
unicef-irc.org/publications/pdf/insight6.pdf] (27 novembre 2019) ; Catherine J. Ross,
« From Vulnerability to Voice : Appointing Counsel for Children in Civil Litigation »,
(1996) 64 Fordham L. Rev. 1571 ; Martin Woodhead, « Combatting Child Labour.
Listen to What the Children Say », Childhood, vol. 6, no 1, 1999, p. 27 ; Sarah Hall,
« Supporting Mental Health and Wellbeing at a Whole-school Level : Listening to
and Acting upon Children’s Views », Emotional and Behavioural Difficulties, vol. 15,
no 4, 2010, p. 323, à la page 323 ; Irvine Gersch, « Listening to Children », dans Janice
Wearmouth (dir.), Special Educational Provision in the Context of Inclusion. Policy
and Practice in Schools, Londres, David Fulton Publishers, 2001, p. 228 ; John Davis,
Nick Watson et Sara Cunningham-Burley, « Disabled Children, Ethnography and
Unspoken Understandings : The Collaborative Construction of Diverse Identities »,
dans Pia Christensen et Allison James (dir.), Research with Children. Perspectives
and Practices, 3e éd., Londres, Routledge, 2017, p. 121. Les bienfaits sont aussi notés
dans le domaine de la protection de l’enfance : G. Damiani-Taraba et autres, préc.,
note 5, aux pages 78 et 79 ; Sharon Bessell, « Participation in Decision-making in
Out-of-home Care in Australia : What Do Young People Say ? », Children and Youth
Services Review, vol. 33, 2011, p. 496 ; A.-M. Magnussen et M. Skivenes, préc., note 5.
240 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

enfants ont plus d’occasions de participer de nos jours qu’il y a quelques


décennies61. Toutefois, les auteurs s’accordent pour dire que la participa-
tion des enfants aux procédures de protection de l’enfance demeure rare
ou trop symbolique62. De plus, des discussions perdurent sur les manières
dont les enfants devraient être entendus, sur l’étendue du principe, son
caractère contraignant, ainsi que sur le résultat qui devrait découler de
sa mise en œuvre 63. Nous tenterons d’élucider ci-dessous la nature et
l’étendue du droit de l’enfant d’être entendu, tel que le garantit la CDE.

1.2.2 Le concept juridique peu défini par la Convention


relative aux droits de l’enfant
Concept multidisciplinaire, la participation a pris une forme bien juri-
dique dans le domaine des droits de l’enfant. Le droit de l’enfant d’être
entendu sur toute question l’intéressant a été inséré à l’article 12 de la CDE,
celui-ci étant consacré par le Comité des droits de l’enfant comme l’un des
quatre principes de la CDE64. Depuis lors, on a commencé à mettre en
évidence le principe du droit de l’enfant d’exprimer son opinion en tant que
principe de participation, tout en le liant à d’autres dispositions de la CDE,
particulièrement les articles sur le droit à la liberté d’expression, le droit à

61. Voir notamment les exemples donnés dans T. Gal et B. Faedi Duramy, préc., note 59,
et A. Parkes, préc., note 58.
62. G. Damiani-Taraba et autres, préc., note 5 ; Ebenezer Cudjoe, Alhassan A bdullah
et Aniceta A ranzanso Chua, « Children’s Participation in Child Protection Practice
in Ghana : Practitioners’ Recommendations for Practice », Journal of Social Service
Research [à paraître] ; Pernilla Leviner, « The Right to a Fair Trial from a Child’s
Perspective – Reflections from a Comparative Analysis of Two Child-protection
Systems », dans Said Mahmoudi et autres (dir.), Child-friendly Justice. A Quarter of
a Century of the UN Convention on the Rights of the Child, Leiden, Brill Nijhoff,
2015, p. 271 ; K. Kriz et M. Skivenes, préc., note 5 ; S. Block et autres, préc., note 5 ;
J. Masson, préc., note 5.
63. Voir par exemple : T. Gal et B. Faedi Duramy, préc., note 59 ; N. Thomas, préc., note
3, 199 ; Laura Lundy, « In Defence of Tokenism ? Implementing Children’s Right to
Participate in Collective Decision-making », Childhood, vol. 25, no 3, 2018, p. 340 ;
E.K.M. Tisdall, préc., note 45, 59-75 ; E. Kay M. Tisdall, « Addressing the Challenges
of Children and Young People’s Participation : Considering Time and Space », dans
T. Gal et B. Faedi Duramy (dir.), préc., note 59, p. 381 ; Ruth Sinclair, « Participation
in Practice : Making it Meaningful, Effective and Sustainable », Children & Society,
vol. 18, 2004, p. 106 ; Tom Cockburn, « Children as Participative Citizens : A Radical
Pluralist Case for “Child-friendly” Public Communication », Journal of Social Sciences,
numéro special, no 9, 2005, p. 19.
64. Comité des droits de l’enfant, Directives générales concernant la forme et le
contenu des rapports initiaux que les États parties doivent présenter conformément
au paragraphe 1 a) de l’article 44 de la Convention, Doc. N.U. CRC/C/5.
(30 octobre 1991), par. 13.
M. Paré La participation des enfants aux procédures … 241.
D. Bé

la liberté de pensée, de conscience et de religion, le droit à la liberté d’asso-


ciation et de réunion pacifique, ainsi que l’accès à l’information. Malgré le
caractère indissociable de toutes ces dispositions, c’est bien l’article 12 qui
est devenu l’incarnation du principe de participation.
L’article 12 de la CDE est composé de différentes parties. Le premier
paragraphe énonce d’abord que les enfants capables de discernement ont le
droit d’exprimer librement leur opinion sur toute question qui les intéresse
et, ensuite, que leurs opinions sont dûment prises en considération eu égard
à leur âge et à leur degré de maturité. C’est ce premier paragraphe qui est
considéré comme incluant un principe de participation de manière large.
Le Comité des droits de l’enfant note que « la notion générale de “parti-
cipation”, même si ce terme ne figure pas dans le texte de l’article 12, est
apparue ces dernières années65 ». Le Comité fait également remarquer que
ce droit de participation contenu dans l’article 12 est maintenant compris
de manière large « pour décrire des processus continus, qui comprennent
le partage d’informations et le dialogue entre enfants et adultes, sur la
base du respect mutuel, et par lesquels les enfants peuvent apprendre
comment leurs vues et celles des adultes sont prises en compte et influent
sur le résultat de ces processus66 ». En ce sens, le Comité suit l’analyse
doctrinale dominante qui envisage la participation comme un processus
plutôt qu’une simple consultation ou la possibilité pour l’enfant de prendre
des décisions67.
Cette partie de l’article 12 de la CDE contient bon nombre d’éléments
importants68. Premièrement, le sujet du droit garanti par l’article 12 est

65. Comité des droits de l’enfant, Observation générale no 12 (2009). Le droit de l’enfant
d’être entendu, Doc. N.U. CRC/C/GC/12 (20 juillet 2009), par. 3.
66. Id.
67. N. Thomas, préc., note 3, 199 ; T. Gal et B. Faedi Duramy, préc., note 59, à la
page 6 ; E. Kay M. Tisdall, « Children and Young People’s Participation : A Critical
Consideration of Article 12 », dans W. Vandenhole et autres (dir.), préc., note 55, p. 185,
à la page 186. Les auteurs soulignent le fait que la participation doit être significative
et rejettent notamment la thèse de H. Brighouse, préc., note 17 ; voir par exemple
D. A rchard et M. Skivenes, préc., note 5.
68. En plus des travaux du Comité des droits de l’enfant, voir : Rachel Hodgkin et
Peter Newell, Implementation Handbook for the Convention on the Rights of the
Child, 3e éd., Genève, UNICEF, 2007, [En ligne], [www.unicef.org/publications/files/
Implementation_Handbook_for_the_Convention_on_the_Rights_of_the_Child.pdf]
(14 août 2019) ; Marie-Françoise Lücker-Babel, « The Right of the Child to Express
Views and to Be Heard : An Attempt to Interpret Article 12 of the UN Convention
on the Rights of the Child », (1995) 3 Int’l J. Child. Rts 391 ; Fiona A ng et autres,
« Participation Rights in the UN Convention on the Rights of the Child », dans F. Ang et
autres (dir.), préc., note 2, p. 9 ; A. Parkes, préc., note 58. Sur l’application de l’article 12
de la CDE au Québec, voir M. Paré, préc., note 2, 81.
242 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

l’enfant « qui est capable de discernement ». On n’impose donc pas de


limites d’âge, ce qui rejoint la position de plusieurs auteurs69, mais on ne
définit pas non plus ce qu’est le discernement. Cela semble laisser une vaste
marge de manœuvre au décideur, qui peut appliquer sa propre vision à la
question de la capacité de l’enfant70. Le Comité des droits de l’enfant est
d’avis qu’il doit y avoir une présomption de capacité et que l’enfant doit
être tout simplement capable de se forger une opinion71. Deuxièmement,
l’enfant a le droit d’exprimer son opinion « librement » ce qui veut dire,
d’une part, qu’il doit pouvoir exprimer sa propre opinion sans pression
venant d’autres personnes et, d’autre part, que l’expression de l’opinion est
un choix de l’enfant, et ne peut lui être imposée72. Troisièmement, l’enfant
doit avoir la possibilité de s’exprimer « sur toute question l’intéressant ».
La sphère d’application est donc potentiellement très étendue. La pratique
démontre que le droit de participation ne s’applique pas uniquement aux
questions qui touchent un enfant directement, comme les décisions sur
la garde ou les mesures de protection, mais qu’il vise aussi celles qui ont
une incidence sur les enfants, ou certains groupes d’enfants, de manière
générale73. Le Comité des droits de l’enfant a confirmé l’interprétation
large permettant d’inclure les enfants « dans les processus sociaux de leur
communauté et de la société74 ».
Un autre élément important de l’article 12 de la CDE concerne non
seulement la possibilité pour l’enfant de s’exprimer, mais le fait que les
adultes doivent tenir compte de son opinion. En effet, les opinions de
l’enfant doivent être « dûment prises en considération eu égard à son âge

69. Voir notamment A. Parkes, préc., note 58, qui insiste sur ce point tout au long de
son ouvrage.
70. Que ce soit dans la jurisprudence ou la doctrine, le seuil de capacité varie selon les
différents points de vue. Voir notamment F. A ng et autres, préc., note 2, p. 13. Voir
aussi la jurisprudence canadienne en rapport avec la capacité de l’enfant de mandater
un avocat (J.F. c. C.L., [2003] R.J.Q. 2983 (C.S.)), d’instituer une action en justice (par
exemple Droit de la famille – 09746, [2009] R.J.Q. 945), ou encore de consentir aux soins
(A.C. c. Manitoba (Directeur des services à l’enfant et à la famille), 2009 CSC 30).
71. Comité des droits de l’enfant, préc., note 65, par. 20 et 21.
72. Id., par. 22.
73. Ainsi, plusieurs écrits portent sur la participation démocratique de l’enfant. Voir par
exemple : G. Lansdown, préc., note 60, à la page 1 ; T. Cockburn, préc., note 63, à
la page 19 ; H.L.A. Hart, préc., note 11, p. 21 ; Cath Larkins, « Enacting Children’s
Citizenship : Developing Understandings of how Children Enact Themselves as
Citizens through Actions and Acts of Citizenship », Childhood, vol. 21, no 1, 2014,
p. 7 ; Marc Jans, « Children as Citizens. Towards a Contemporary Notion of Child
Participation », Childhood, vol. 11, no 1, 2004, p. 27 ; Jeremy Roche, « Children : Rights,
Participation and Citizenship », Childhood, vol. 6, no 4, 1999, p. 475.
74. Comité des droits de l’enfant, préc., note 65, par. 27.
M. Paré La participation des enfants aux procédures … 243.
D. Bé

et à son degré de maturité ». Il ressort de cette phrase que l’enfant doit


pouvoir s’exprimer et, en outre, être écouté, et que ses opinions doivent
être considérées par les décideurs. L’enfant n’a pas de pouvoir de déci-
sion, mais le poids de son opinion est variable dans le processus de prise
de décision. La CDE ne donne aucune indication sur l’application des
critères d’âge et de maturité, ce qui laisse là encore une grande marge de
manœuvre au décideur qui entend l’enfant. Le Comité des droits de l’enfant
explique l’importance de l’évaluation de la maturité, qui « fait référence à
l’aptitude de l’enfant à comprendre et évaluer les implications d’une ques-
tion donnée75 ». Malheureusement, le Comité n’a pas saisi l’occasion de
préciser la manière dont la maturité devrait être évaluée dans le processus
de prise de décision et ce que signifient les termes « dûment prises en
considération » dans la pratique. On pourrait donc critiquer les disposi-
tions de l’article 12 (1) qui limitent l’application du droit de participation
de l’enfant76. Toutefois, le devoir de tenir compte de l’opinion de l’enfant
garde toute son importance malgré ce flou conceptuel car, comme le fait
remarquer Laura Lundy, l’obligation de donner un certain poids à l’opi-
nion de l’enfant va plus loin que les dispositions liées à la participation
des adultes dans d’autres traités internationaux77.
Alors que l’article 12 de la CDE comporte le principe de participa-
tion compris de manière large, le deuxième paragraphe de cet article a un
contenu plus restrictif. Il prévoit la possibilité pour l’enfant d’être entendu
dans toutes les procédures administratives et judiciaires le concernant,
directement ou par l’intermédiaire d’un représentant. Malgré l’apparence
précise de ce paragraphe, un flou subsiste quant aux modalités de parti-
cipation de l’enfant à ces procédures, que ce soit de manière directe ou
indirecte. Le texte laisse les questions suivantes sans réponse :
• L’article 12 donne-t-il le droit à l’enfant d’être entendu directement
par le juge ?
• L’enfant doit-il être auditionné ou doit-il témoigner formellement ?
• La participation indirecte donne-t-elle un droit aux services d’un avocat
ou peut-elle signifier la représentation de l’enfant par son tuteur ?

75. Id., par. 30.


76. Mark Henaghan, « Article 12 of the UN Convention on the Rights of Children. Where
Have We Come from, Where Are We Now and Where to from Here ? », (2017) 25 Int’l
J. Child. Rts 537, 540.
77. Laura Lundy, « “Voice” is not Enough : Conceptualising Article 12 of the United
Nations Convention on the Rights of the Child », British Educational Research Journal,
vol. 33, no 6, 2007, p. 927.
244 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

• Y a-t-il une obligation pour le représentant de l’enfant d’être le porte-


parole de l’enfant ou le rôle du représentant est-il tributaire de l’âge
de l’enfant ou de la nature des décisions à prendre78 ?
Ce manque de précision se traduit par des pratiques très disparates
selon les pays et d’un domaine de droit à l’autre79. Bien entendu, l’ar-
ticle 12 (2) de la CDE formule une garantie procédurale générale et non
particulière80, d’autant plus que le deuxième paragraphe fait référence aux
règles de procédure de la législation nationale. Néanmoins, à la lecture
du texte, il est clair qu’il faut au moins donner la possibilité à l’enfant
d’exprimer son opinion. De plus, nous pouvons le déduire du fait que le
deuxième paragraphe de l’article 12 suit le premier qui énonce un droit
général de se faire entendre. En pratique, cela signifie que la représenta-
tion de l’enfant ne doit pas avoir pour unique objet de mettre en avant son
intérêt, tel que le conçoit son représentant81. Le Comité des droits de l’en-
fant confirme ce point en disant que si l’enfant est entendu indirectement,
son représentant doit transmettre les opinions de celui-ci correctement à
la personne chargée de prendre la décision82. En fait, le Comité va encore
plus loin en suggérant que l’enfant devrait avoir le choix de la façon dont
il se fera entendre83, ce qui peut être difficile dans la pratique vu les règles

78. D’autres auteurs notent aussi ces questionnements : Canada, Ministère de la Justice,
Le point de vue de l’enfant dans la médiation et les autres méthodes de règlement
extrajudiciaire des différends dans les cas de séparation et de divorce : une analyse
documentaire, rapport de recherche, par Rachel Birnbaum, 2009 ; Daniel O’Donnell,
« The Right of Children to Be Heard : Children’s Rights to Have their Views Taken
into Account and to Participate in Legal and Administrative Proceedings », Innocenti
Working Papers, 2009, [En ligne], [www.unicef-irc.org/publications/553-the-right-of-
children-to-be-heard-childrens-rights-to-have-their-views-taken-into.html] (14 août
2019) ; Stephanie R ap et Ton Liefaard, « Une justice adaptée aux enfants : nouvelles
possibilités et défis à venir », La Chronique de l’AIMJF, juillet 2017, p. 43.
79. D. O’Donnell, préc., note 78 ; Nicholas Bala, Victoria Talwar et Joanna Harris,
« The Voice of Children in Canadian Family Law Cases », (2005) 24 Can. Fam. Law Q.
221 ; Noel Semple, « The Silent Child : A Quantitative Analysis of Children’s Evidence
in Canadian Custody and Access Cases », (2010) 29 Can. Fam. Law Q. 1.
80. Ce fait est confirmé par le juge Roy dans l’affaire Sunstrum c. Commission des droits
de la personne et des droits de la jeunesse, 2006 QCCS 2315, par. 76, 77 et 80.
81. C’est aussi l’opinion de la doctrine dominante en la matière. Voir par exemple : Carmen
Lavallée, « La parole de l’enfant devant les instances civiles : une manifestation de
son droit de participation selon la Convention internationale relative aux droits de
l’enfant », dans Vincente Fortier et Sébastien Lebel-Grenier (dir.), La parole et
le droit, Sherbrooke, Éditions Revue de droit de l’Université de Sherbrooke, 2009,
p. 135 ; A. Fournier, préc., note 5 ; E.K.M. Tisdall, préc., note 45, 59 ; L. Lundy, préc.,
note 77, 927 ; F. A ng et autres, préc., note 68, à la page 20.
82. Comité des droits de l’enfant, préc., note 65, par. 36.
83. Id., par. 35 et 36.
M. Paré La participation des enfants aux procédures … 245.
D. Bé

de procédures nationales. À ce sujet, le Comité vient mettre les États en


garde contre une interprétation abusive de la clause qui fait référence à la
législation nationale et rappelle que les États sont tenus d’avoir des règles
de procédure équitable84.

1.2.3 Les obligations de l’État : assise théorique


Que l’on considère le principe général de participation, tel qu’il est
énoncé au premier paragraphe de l’article 12 de la CDE, ou la garantie
procédurale au sujet des procédures administratives et judiciaires, c’est
l’État qui a l’obligation de garantir les conditions respectueuses de l’ar-
ticle 12, comme le prévoit l’article 4 de la CDE. Entre autres, l’État doit
s’assurer que des occasions de s’exprimer seront offertes aux enfants, que
les conditions seront adaptées à leur personne et qu’ils pourront parler
librement. Il doit aussi vérifier que les procédures judiciaires permettront
à l’enfant d’être entendu directement ou par un représentant. Les détails de
ces obligations figurent dans des documents tels que l’Observation générale
no 12 du Comité des droits de l’enfant, les lignes directrices du Conseil de
l’Europe sur une justice adaptée aux enfants ou encore le rapport de la
Haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme sur l’accès
des enfants à la justice85.
La nature positive des obligations étatiques en rapport avec le
droit de l’enfant d’être entendu nous permet de faire de nouveau un
lien entre la participation et le concept de vulnérabilité. Selon Tisdall,
ces obliga­tions positives de l’État vont de pair avec l’approche fondée
sur la vulnérabilité de la personne, telle que l’a développée Fineman86.
Dans cette perspective, la vulnérabilité n’est pas en contradiction
avec la participation, puisque l’État a un rôle dans l’émancipation des
enfants. Un aspect de la vulnérabilité inhérente des enfants concernant
leur ­dépendance envers les adultes et leur statut de mineur en droit,
l’adoption de mesures pour faciliter leur participation devrait rendre
les enfants moins vulnérables. Bien entendu, comme l’ont fait diverses.

84. Id.
85. Id. ; Comité des ministres du Conseil de l’Europe, Lignes directrices du Comité
des ministres du Conseil de l’Europe sur une justice adaptée aux enfants, Strasbourg,
Éditions du Conseil de l’Europe, 2011 ; H aut-Commissaire des Nations unies
aux droits de l’homme , Accès des enfants à la justice, Doc. N.U. A/HRC/25/35.
(16 décembre 2013).
86. E.K.M. Tisdall, préc., note 45, 62, se réfère notamment à Martha Albertson Fineman,
« The Vulnerable Subject and the Responsive State », (2010) 60 Emory L.J. 251.
246 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

directives87, ces mesures doivent être adaptées à l’enfant afin que sa


participation n’ait pas l’effet inverse, c’est-à-dire qu’elles augmentent
sa vulnérabilité.
Nous suggérons ici un rapprochement avec la théorie des « capabi-
lités » élaborée par Amartya Sen et Martha Nussbaum88. Cette dernière
soutient que certaines vulnérabilités attachées à l’enfance, par exemple la
vulnérabilité physique et cognitive, peuvent aussi faire partie de l’expé­
rience de plusieurs adultes89. Selon Nussbaum, la vulnérabilité particulière
aux enfants étant celle de leur dépendance envers les adultes et leurs déci-
sions à leur égard90, l’État devrait prendre des mesures pour améliorer leurs
capabilités (ou capacités), afin que les enfants puissent mieux exercer leurs
droits91. En lui-même, l’article 12 de la CDE peut permettre d’atteindre ces
objectifs, mais la double notion de vulnérabilité et de capabilités/capacités
doit être prise en considération dans la manière de le mettre en œuvre.
Nous présentons ainsi une approche de la participation qui, d’une
part, considère celle-ci comme une occasion de dialogue entre enfants et
adultes et qui, d’autre part, permet à l’opinion de l’enfant d’être entendue
de manière neutre et véridique. Les modalités de participation doivent tenir
compte des éléments endogènes et exogènes susceptibles d’augmenter la
vulnérabilité de l’enfant dans une situation donnée. Puisque nous sommes
dans le domaine des droits de l’enfant, il incombe à l’État de faciliter sa
participation, dans le respect de ses droits, en transformant une situa-
tion de vulnérabilité en une occasion d’autonomisation. Ces approches
permettent donc de rejoindre les théories des droits de l’enfant, de la vulné-
rabilité et des capabilités.

87. Selon S. R ap et T. Liefaard, préc. note 78, les directives élaborées par les organisations
internationales (supra, note 85) ont inspiré l’adoption d’autres recommandations sur la
justice adaptée aux enfants aux niveaux international, régional et national.
88. Amartya Sen, Development as Freedom, New York, Alfred A. Knopf, 1999, p. 16 ;
Amartya Sen, L’idée de justice, Paris, Flammarion, 2010 ; Martha C. Nussbaum,
Women and Human Development. The Capabilities Approach, Cambridge, Cambridge
University Press, 2000 ; Martha C. Nussbaum, Creating Capabilities. The Human
Development Approach, Cambridge, Harvard University Press, 2011.
89. Rosalind Dixon et Martha C. Nussbaum, « Children’s Rights and a Capabilities
Approach : The Question of Special Priority », (2012) 97 Cornell L. Rev. 549, 574.
90. Id., 575.
91. Id., 576. Les capabilités sont liées aux occasions qui s’offrent aux personnes et les
habilitent à faire des choix autonomes : Jean-Michel Bonvin et Daniel Stoecklin,
« Introduction », dans Daniel Stoecklin et Jean-Michel Bonvin (dir.), Children’s
Rights and the Capability Approach. Challenges and Prospects, Dordrecht, Springer,
2014, p. 1.
M. Paré La participation des enfants aux procédures … 247.
D. Bé

Ayant présenté le cadre théorique qui entoure la participation de


l’enfant et sa vulnérabilité, nous aborderons, dans la deuxième partie de
notre texte, le cadre législatif applicable à la participation des enfants aux
procédures de protection de la jeunesse au Québec à travers le prisme de
la vulnérabilité.

2 La législation sur la participation et la protection


de la jeunesse au Québec
Au Québec, la LPJ prévoit le régime applicable à la protection des
enfants dont le développement ou la sécurité se trouvent compromis ou
peuvent l’être. Les situations visées par la LPJ sont l’abandon, la négli-
gence, les abus sexuels et physiques, les mauvais traitements psycholo-
giques, ainsi que les troubles de comportement sérieux92. La LPJ concerne
donc les enfants qui se trouvent dans des situations de vulnérabilité hors
du commun. Elle aborde aussi la participation de l’enfant aux procédures
de protection. D’autres lois, particulièrement le Code civil du Québec et
le Code de procédure civile93, incluent également des dispositions perti-
nentes au sujet de la participation des enfants aux procédures judiciaires.
L’article 34 du Code civil énonce que « [l]e tribunal doit, chaque fois qu’il
est saisi d’une demande mettant en jeu l’intérêt d’un enfant, lui donner la
possibilité d’être entendu si son âge et son discernement le permettent ».
Néanmoins, nous nous intéresserons de près aux dispositions de la LPJ,
car celle-ci crée un régime spécial en matière de protection de la jeunesse,
et ses dispositions sont plus détaillées que celles des autres lois. Nous
examinerons d’abord les tensions qui existent dans la loi entre la protec-
tion, en mettant l’accent sur la vulnérabilité de l’enfant, et la participation,
impliquant l’habilitation et l’écoute de ce dernier. Ensuite nous verrons
les dispositions dans une optique d’application de l’article 12 de la CDE,
en particulier de l’article 12 (2) à travers les prismes théoriques mis en
évidence dans la première partie de notre texte. En effet, c’est le deuxième
paragraphe de l’article 12 qui nous intéresse spécialement. Lorsque le DPJ,
en tant que représentant de l’instance étatique de protection, s’immisce
dans la vie des enfants, son action entraîne des procédures administra-
tives, lors desquelles le DPJ prend des décisions concernant la vie de l’en-
fant. La LPJ parle d’intervention sociale. Toutefois, l’action du DPJ mène
souvent à des procédures judiciaires, notamment lorsque les parents sont
en désaccord avec les décisions prises par le DPJ. Nous chercherons donc

92. LPJ, art. 38.


93. Code de procédure civile, RLRQ, c. C-25.01.
248 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

à savoir comment la loi prévoit la participation à ces procédures dans le


cas précis des enfants visés, surtout lorsque les dossiers sont judiciarisés.

2.1 Une législation d’avant-garde qui tente un équilibre délicat


Au Québec, le principe de participation est bien ancré et explicitement
inclus dans la LPJ, autant en ce qui concerne les procédures administra-
tives que pour ce qui est des procédures judiciaires. L’esprit de la loi veut
que la participation des familles soit inhérente à la recherche de solu-
tions. Les principes de la LPJ prévoient que l’on privilégie « les moyens qui
permettent à l’enfant et à ses parents de participer activement à la prise de
décision et au choix des mesures qui les concernent » et que les personnes
et les organismes mandatés légalement doivent « favoriser la participa-
tion de l’enfant et de ses parents94 ». Ces principes signifient notamment
qu’il importe « de permettre à l’enfant et à ses parents de faire entendre
leurs points de vue, d’exprimer leurs préoccupations et d’être écoutés au
moment approprié de l’intervention95 ». Afin de faciliter cette participa-
tion, les personnes autorisées à agir selon la LPJ doivent aussi s’assurer
que l’enfant reçoit l’information « en des termes adaptés à son âge et à sa
compréhension96 ». En outre, les enfants et les parents doivent être traités
« avec courtoisie, équité et compréhension, dans le respect de leur dignité
et de leur autonomie97 ». Finalement, toujours au chapitre des principes
généraux, l’article 6 dispose que les personnes et les tribunaux appelés à
prendre des décisions au sujet d’un enfant doivent lui donner, ainsi qu’à
ses parents, l’occasion d’être entendu. La possibilité pour ce dernier de
s’exprimer semble donc n’être aucunement dépendante de conditions en
rapport avec l’âge ou le discernement98. La participation des enfants est
indubitablement un droit de l’enfant dans la LPJ et, selon son article 3, les
décisions prises doivent l’être « dans l’intérêt de l’enfant et dans le respect
de ses droits ». C’est une approche compatible avec les théories des droits
de l’enfant qui se fondent sur l’intérêt de ce dernier.
La loi québécoise sur la protection de l’enfance ne pourrait être plus
claire à propos de l’obligation générale de permettre aux enfants d’être
entendus dans le cas des processus administratifs et judiciaires qui les
concernent. On y trouve le partage d’informations, le dialogue et le respect

94. LPJ, art. 2.3.


95. Id., art. 2.4 (4).
96. Id., art. 2.4 (2).
97. Id., art. 2.4 (1).
98. C’est le contraire dans le Code civil (art. 34) : « Le tribunal doit, chaque fois qu’il est
saisi d’une demande mettant en jeu l’intérêt d’un enfant, lui donner la possibilité d’être
entendu si son âge et son discernement le permettent. »
M. Paré La participation des enfants aux procédures … 249.
D. Bé

mutuel dont parle le Comité des droits de l’enfant dans l’Observation géné-
rale no 12, approche préconisée par de nombreux auteurs99. Pourtant, rien
ne permet de savoir exactement comment la participation doit se faire rela-
tivement aux processus administratifs et judiciaires. Nous avions constaté
que l’article 12 de la CDE manquait de précisions, mais ce n’est pas le
rôle du droit interne de reproduire le flou des dispositions internationales.
À titre d’illustration, Anne Fournier note que la LPJ n’indique pas les
personnes qui doivent fournir à l’enfant l’information à laquelle il a droit,
ni la manière dont l’information devrait être transmise100. Elle suggère que
cette responsabilité soit attribuée aux intervenants de première ligne101.
Des dispositions plus spécifiques au regard de l’intervention sociale ne sont
incluses que par rapport au devoir d’obtenir l’adhésion de l’enfant de 14 ans
et plus aux mesures proposées par le DPJ. Par exemple, le consentement de
l’adolescent est nécessaire pour la prolongation de mesures de protection
immédiates, une entente provisoire ou de courte durée, l’application de
mesures volontaires, une continuation de l’hébergement obligatoire si la
période d’hébergement se termine en cours d’année scolaire et la soumis-
sion de l’enfant à toute étude ou expertise102. Pour ce qui est de l’enfant de
moins de 14 ans, le DPJ doit favoriser son adhésion à l’entente provisoire
ou de courte durée et à l’entente sur des mesures volontaires103. Ainsi,
l’enfant est informé des mesures proposées, il peut se prononcer à ce sujet,
et son consentement est requis pour l’application desdites mesures s’il a
au moins 14 ans. Ces dispositions se révèlent donc en partie compatibles
avec l’obligation de prendre en considération les opinions de l’enfant « eu
égard à son âge et à son degré de maturité104 ».
En ce qui concerne les procédures judiciaires, des dispositions perti-
nentes relativement à l’écoute de l’enfant lui reconnaissent la qualité de
partie au procès et le droit à la représentation par avocat105. D’autres dispo-
sitions portent sur le témoignage et la prise en considération des déclara-

99. Comité des droits de l’enfant, préc., note 65. Voir par exemple : N. Thomas, préc.,
note 3, 199 ; T. Gal et B. Faedi Duramy, préc., note 59, p. 6 ; E.K.M. Tisdall, préc.,
note 67, à la page 186.
100. A. Fournier, préc., note 5, 982.
101. Id.
102. Ce sont respectivement les articles 47, 47.1 à 47.3, 51.4, 52, 62 et 87 de la LPJ. En outre,
l’information sur les ressources à la disposition des enfants et des parents est donnée
directement à l’enfant de 14 ans et plus lorsque le DPJ ne retient pas le signalement reçu
au sujet d’un enfant, mais qu’il considère que celui-ci ou ses parents ont besoin d’aide
(LPJ, art. 45.2).
103. Ce sont respectivement les articles 47.2, 51.4 et 52 de la LPJ.
104. C’est ce qui est prévu par l’article 12 (1) de la CDE.
105. LPJ, art. 80 et 81.
250 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

tions extrajudiciaires de l’enfant106. Bien que l’âge soit moins présent dans
cette partie de la LPJ, la mention « 14 ans » apparaît à quelques reprises.
L’enfant de 14 ans et plus a accès à son dossier du tribunal et il est signifié
des procédures judiciaires107. On trouve cet âge aussi en rapport avec le
témoignage, mais précisément pour dire que l’enfant de moins de 14 ans
est présumé apte à témoigner, alors qu’il ne sera pas assermenté. Il devra
cependant promettre de dire la vérité, et son témoignage aura le même effet
que celui d’un enfant plus âgé. S’agissant d’une présomption de capacité,
la partie qui soulève un doute quant à la capacité de l’enfant de témoigner
doit prouver au tribunal que celui-ci ne peut pas comprendre les questions
et y répondre. Si le tribunal en est convaincu, alors il pourra déclarer
l’enfant inapte à témoigner. Considérant les objectifs du témoignage, cette
décision est peut-être prise surtout parce que le témoignage d’un enfant
très jeune ou ayant des déficiences intellectuelles, par exemple, ne serait
pas utile au tribunal. Néanmoins, c’est aussi une mesure qui permet de
protéger un enfant qui se trouve dans une situation de vulnérabilité à cause
de caractéristiques endogènes liées à son âge. Toutefois, il existe d’autres
situations dans lesquelles l’enfant ne témoignera pas et qui sont davantage
liées à ses vulnérabilités et à sa protection. Dans ces cas, la protection
de l’enfant par rapport aux effets néfastes de sa participation à l’audience
l’emporte sur son droit de participer à une procédure qui le concerne.
Le tribunal a alors la possibilité de dispenser un enfant de témoigner s’il
considère que sa déposition en cour pourrait être préjudiciable à son déve-
loppement108. Vu l’objet protecteur de ces exceptions au témoignage, il
importe de mentionner la mise en place de mesures protectrices lorsque
l’enfant doit témoigner. Non seulement les audiences sont à huis clos, mais
le tribunal peut aussi entendre l’enfant hors la présence des parties à l’ins-
tance109. Dans ce cas, les avocats des parties demeurent présents.
Même en l’absence du témoignage en raison d’une dispense ou d’une
déclaration d’inaptitude, la parole de l’enfant pourra avoir un poids impor-
tant dans la décision, car la déclaration faite hors cour sera recevable pour
prouver les faits. Le tribunal pourra aussi se prononcer sur la compromis-
sion en se basant seulement sur les dires de l’enfant, s’il considère que la
déclaration de ce dernier présente des garanties suffisamment sérieuses110.
Ces dernières ne se réfèrent pas à un besoin de corroboration111 : elles

106. Id., art. 85.1 et 85.5.


107. Id., art. 96 et 76.
108. Id., art. 85.2.
109. Id., art 82 et 85.
110. Id., art. 85.5.
111. C’est le contraire dans le le Code civil (art. 2844).
M. Paré La participation des enfants aux procédures … 251.
D. Bé

portent plutôt sur l’ensemble des circonstances qui entourent la déclaration


et qui permettent de s’assurer du caractère fiable et crédible des propos112.
Ainsi, la LPJ garde un équilibre délicat entre la protection de l’enfant
et sa participation. Ce droit s’applique à tous les stades de la procédure,
et ne distingue généralement pas entre enfants de différents âges. Même
la notion de discernement, incluse dans le Code civil, n’est pas considérée
dans la LPJ. Le traitement différent de l’enfant de 14 ans en matière de
témoignage semble sans conséquence sur le droit de l’enfant plus jeune
d’être entendu et sur le poids de son témoignage. Toutefois, l’enfant de
14 ans et plus a un accès plus direct à l’information et un rôle plus impor-
tant dans le choix des mesures de protection à prendre, la parole de l’enfant
plus jeune étant surtout liée à l’identification de la situation de compromis-
sion. Le droit de participation de tout enfant par voie de témoignage peut
être limité pour le protéger, au cas où le témoignage lui serait préjudiciable.
Étant donné les commentaires sur l’application de l’article 12 de la CDE
par le Comité des droits de l’enfant et la doctrine, ne serait-il pas plus
respectueux des droits de l’enfant de prendre des mesures positives afin
de faciliter sa participation, plutôt que d’éviter de le faire témoigner ? La
participation, particulièrement l’écoute de l’enfant et la prise en considé-
ration de son opinion, peut avoir un effet protecteur113, en améliorant ses
capabilités. Il conviendrait moins de remettre en question la pertinence de
la participation elle-même que de ses modalités adaptables à la situation
de chaque enfant, compte tenu de ses vulnérabilités.

2.2 Des failles qui rendent l’application difficile


Malgré des dispositions législatives qui sont d’avant-garde et qui
semblent prima facie conformes à l’article 12 de la CDE, il est aisé de
remarquer que plusieurs questions en rapport avec les modalités de la
participation et leurs conséquences subsistent à cause du silence du légis-
lateur. Bien que la LPJ indique clairement que l’enfant pourra s’exprimer,
il n’y a aucune indication sur la manière pour lui de se faire entendre à
différentes étapes de la procédure. Les seules mentions précises quant à
la participation concernent le consentement des enfants de 14 ans et plus
aux décisions prises par le DPJ, le témoignage, ainsi que le droit d’être
représenté par un avocat.

112. Voir l’examen des facteurs dans la jurisprudence, par exemple dans l’affaire Protection
de la jeunesse – 073545, 2007 QCCQ 15832, par. 172.
113. Dominique Goubau, « L’enfant devant les tribunaux en matières familiales : un mal
parfois nécessaire… », dans Benoît Moore, Cécile Bideau-Cayre et Violaine Lemay
(dir.), La représentation de l’enfant devant les tribunaux, Montréal, Thémis, 2009,
p. 109.
252 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

Ces éléments se révèlent limitatifs. D’abord, même si notre propos


touche précisément les procédures judicaires, on note que le consentement
aux mesures sociales ne s’applique qu’aux enfants de 14 ans et plus et ne
porte que sur l’acquiescement aux mesures proposées. Ensuite, comme le
remarque Carmen Lavallée, il est important de distinguer entre le témoi-
gnage et les droits de l’enfant au regard de l’article 12 de la CDE114. En
effet, cet article permet à l’enfant voulant s’exprimer sur une question qui
le concerne de donner son opinion à ce sujet. Le témoignage, par contre,
ne lui offre pas ce genre d’audience, car il a pour objet d’obtenir une preuve
qui aidera le tribunal dans sa prise de décision. L’enfant, à l’instar de toute
autre personne, est alors appelé à témoigner. Dans ce cas, il n’a pas le choix
« d’exprimer librement son opinion », comme l’indique l’article 12, puisqu’il
a l’obligation de témoigner en répondant tout simplement aux questions
qui lui sont posées par les avocats au moment de l’interrogatoire et du
contre-interrogatoire. Le témoignage portant sur des faits, il ne permet pas
nécessairement à l’enfant d’exposer ses désirs et ses sentiments. Pourtant,
comme il en ressort de recherches doctrinales et de propos de praticiens115,
la notion de participation de l’enfant est souvent synonyme de témoignage
formel en cour. Étant donné l’absence dans la LPJ de différentes manières
de se faire entendre et vu la pratique du témoignage, il faut ainsi traiter
celui-ci comme une forme de participation. Toutefois, des questionnements
subsistent, et un examen de la pratique est nécessaire pour comprendre
la manière dont la LPJ est appliquée. Des recherches indiquent que les
déclarations d’inaptitude et les dispenses sont courantes116, alors que les
juges rappellent que celles-ci doivent être exceptionnelles117. En outre,
vu les approches théoriques que nous avons examinées dans la première
partie, il serait intéressant de savoir si les exceptions au témoignage sont
liées à la vulnérabilité de l’enfant et, si oui, s’il s’agit de vulnérabilités spéci-
fiques, en rapport ou non avec la situation de compromission, ou plutôt
d’une considération générale liée au discernement, à l’âge et à la maturité
de l’enfant. En plus de la question de l’occasion pour l’enfant de se faire
entendre, il serait important aussi d’examiner la façon dont sa parole est

114. C. Lavallée, préc., note 81, à la page 142.


115. Id. ; D. Goubau, préc., note 113, aux pages 126 et 128 ; Luce Bourassa, La parole de
l’enfant en matière de garde, Markham, LexisNexis Canada, 2007. Les propos des
praticiens ayant participé à la recherche sont relatés dans la troisième partie.
116. Notre recherche empirique décrite dans la troisième partie démontre ce fait. Voir
aussi : Pauline R. Laforce, « Le témoignage de l’enfant en matière de protection de la
jeunesse », dans S.F.C.B.Q., Congrès annuel du Barreau du Québec (2010), Cowansville,
Édition Yvon Blais ; N. Bala, V. Talwar et J. Harris, préc., note 79, 238.
117. Voir par exemple : Protection de la jeunesse – 0831, 2008 QCCQ 3541 ; Protection de
la jeunesse – 072896, 2007 QCCQ 12104, par. 11-14.
M. Paré La participation des enfants aux procédures … 253.
D. Bé

prise en considération « eu égard à son âge et à son degré de maturité ». Si le


consentement de l’enfant de 14 ans et plus s’avère nécessaire dans la phase
de l’intervention sociale, la LPJ ne permet pas de déterminer si, devant le
tribunal, la parole de l’enfant a un poids différent selon son âge. Comment
le décideur le prend-il en considération ? Selon quels critères accorde-t-il
du poids à cette opinion ? La LPJ ne traite pas de cette question en rapport
avec l’application de l’article 12.1 de la CDE.
Finalement, il est important de traiter de la représentation de l’enfant
par avocat. Dans ce cas aussi, la LPJ reste vague. Si la représentation de
l’enfant par avocat, indépendamment des parents, ne semble pas remise
en cause dans la pratique118, la loi ne garantit pas cette représentation de
manière systématique, mais seulement « [l]orsque le tribunal constate que
l’intérêt de l’enfant est opposé à celui de ses parents119 ». Vu la pratique
généralisée de représentation de l’enfant, il est dommage que les multiples
modifications à la LPJ n’aient pas officialisé cette pratique avec une
garantie de représentation de chaque enfant. De plus, l’article 5 de la LPJ
dispose que l’enfant doit être informé de son droit de consulter un avocat
et que cette consultation devrait pouvoir se faire même pendant la phase
de l’intervention sociale, comme le soutient Fournier120, alors que dans la
pratique les enfants ne sont pas souvent informés de ce droit. Au plus tard
en cas d’intervention judiciaire, c’est au tribunal d’informer l’enfant de son
droit d’être représenté par avocat et de s’assurer que celui qui s’acquitte de
cette tâche ne joue aucun rôle de procureur auprès des parents121.
Toutefois, il est un autre aspect de la représentation de l’enfant que
la LPJ laisse dans l’obscurité totale, soit le rôle de l’avocat de l’enfant. Dans
la pratique, chaque enfant est généralement représenté par avocat, mais la
relation entre les deux manque de clarté. On pourrait supposer que le droit
de l’enfant de se faire entendre dans les procédures de protection est bien
protégé par la LPJ, puisque l’enfant y est partie et qu’il y est représenté par
avocat. N’est-ce pas le rôle précis de l’avocat de faire valoir les points de
vue de son client ? Si nous considérons les choses ainsi, il s’agirait d’une
bonne application de l’article 12 (2) de la CDE qui dispose que l’enfant
peut être entendu dans les procédures judiciaires par l’intermédiaire d’un
représentant. Pourtant, des doutes subsistent sur le rôle de l’avocat, et
la pratique n’est pas concluante, malgré des appels de praticiens, de la
doctrine, de tribunaux et du Barreau du Québec en faveur de la mise en

118. Ce n’est que dans de rares exceptions que les enfants ne sont pas représentés selon la
juge Beauchemin : Protection de la jeunesse – 083, 2008 QCCQ 757, par. 59.
119. LPJ, art. 80. Voir une critique par A. Fournier, préc., note 5, 971.
120. A. Fournier, préc., note 5, 971.
121. LPJ, art. 78 et 80.
254 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

avant de l’opinion de l’enfant par son avocat122. Comme nous allons le voir,
la pratique pointe vers un contact minimal entre l’enfant et son avocat.
Cela signifie que les avocats défendent les droits et les intérêts de l’enfant
sur la base de la preuve soumise plutôt que selon les instructions de ce
dernier. L’accent mis sur l’intérêt de l’enfant est délicat car, en se fondant
sur la preuve, le procureur de l’enfant se fait sa propre idée sur l’intérêt
de celui-ci, alors que la Cour d’appel du Québec a rappelé que l’avocat
ne peut exposer son opinion sur l’intérêt de l’enfant, cela le mettant dans
la position de témoin123. Selon la position du Barreau du Québec et de la
Cour d’appel, c’est seulement lorsqu’un enfant est incapable de mandater
un avocat à cause de son âge ou d’une déficience, par exemple, que celui-
ci doit faire les nuances nécessaires, tout en informant le tribunal des
souhaits de l’enfant124. Au sujet de la capacité de l’enfant de mandater, la
jurisprudence est peu concluante125.
Ainsi, la LPJ est une loi qui protège plusieurs droits de l’enfant, y
compris ses droits de participation, mais qui contient aussi des lacunes.
Les types de participation prévus légalement sont limités : ils ne traitent
pas, par exemple, de la relation entre l’enfant avec le DPJ, à travers son
intervenant social ou d’autres personnes, ou encore de la possibilité pour
l’enfant de parler au juge en dehors du témoignage stricto sensu. Les entre-
vues judiciaires pourraient découler de l’article 6 de la LPJ126, mais elles
ne figurent pas dans celle-ci. Pourtant, d’après des chercheurs canadiens,
les entrevues judiciaires sont de plus en plus courantes dans différentes
instances et devraient être favorisées comme méthode d’écoute de l’en-

122. A. Fournier, préc., note 5 ; M. Paré, préc., note 2, 81 ; Barreau du Québec, Mémoire.
La représentation des enfants par avocat, Montréal, Barreau du Québec, 1995 ;
Barreau du Québec, Mémoire. La représentation des enfants par avocat – dix ans
plus tard, Montréal, Barreau du Québec, 2006 ; F.(M.) c. L.(J.), [2002] R.J.Q. 676 (C.A.),
211 D.L.R. (4d) 350, 2002 CanLII 36783.
123. F.(M.) c. L.(J.), préc., note 122, par. 41. Dans d’autres provinces, le même avertissement
a été fait par rapport aux désirs de l’enfant rapportés par l’avocat et considérés comme
preuve par le tribunal : R.M. v. J.S., 2013 ABCA 441 ; Strobridge v. Strobridge, 18 O.R.
(3d) 753, 1994 CanLII 875 (Ont. C.A.). Canada, Ministère de la Justice, L’article 12
de la Convention relative aux droits de l’enfant et les droits de participation des enfants
au Canada, document de recherche, par Nicholas Bala et Claire Houston, 2015.
124. P.R. Laforce, préc., note 116 ; F.(M.) c. L.(J.), préc., note 122.
125. Voir l’approche libérale liant la capacité de mandater à la capacité d’exprimer ses
désirs : F.(M.) c. L.(J.), préc., note 122, par. 34 ; J.F. c. C.L., préc., note 70, par. 66.
Toutefois, en matière de protection de la jeunesse, il pourrait y avoir un seuil plus
élevé à franchir vu l’importance du « degré de conscience requis d’un enfant pour
comprendre les motifs de sa situation de compromission et les étapes à franchir pour
la réalisation de son désir ». Protection de la jeunesse – 083, préc., note 118, par. 78.
126. Code civil, art. 34.
M. Paré La participation des enfants aux procédures … 255.
D. Bé

fant127. En effet, ces entrevues lui permettent de s’exprimer librement, sans


que l’on cherche à obtenir des éléments de preuve, ce qui pourrait nuire aux
droits judiciaires des autres parties128. Quant aux types de participation
inclus dans la LPJ, particulièrement le témoignage et la représentation par
avocat, les silences laissent place à des incertitudes quant à sa conformité
avec les droits de l’enfant garantis par la CDE. Il est certain que les mesures
prises dans le domaine de la protection de la jeunesse cherchent à diminuer
les vulnérabilités des enfants attribuables aux situations de compromission
indiquées dans la LPJ. Cependant, pourrions-nous, ainsi que le suggère
notre cadre théorique, appréhender la participation comme une forme
d’autonomisation et prendre des mesures pour faciliter la participation de
l’enfant et ainsi améliorer ses capabilités ? Ou est-il possible de justifier le
réflexe de diminuer sa participation pour éviter d’augmenter sa vulnéra-
bilité ? Ces questions demeurent purement théoriques sans l’examen de la
pratique et des motivations qui la sous-tendent. Ainsi, nous analyserons,
dans la troisième partie de notre texte, les positions des professionnels de
la protection de la jeunesse par rapport à la participation des enfants et à
leurs vulnérabilités.

3 La vulnérabilité et la participation vues par les professionnels


de la protection de la jeunesse
Nous avons pu constater que la participation de l’enfant est un prin-
cipe bien protégé dans la législation québécoise. Toutefois, l’application de
la LPJ, qui manque de clarté sur la mise en œuvre de ce principe, repose
en grande partie sur les professionnels. Ainsi, connaître les points de vue
des intervenants sociaux, qui travaillent auprès des enfants, s’avère crucial
afin de mieux comprendre la manière dont les notions de vulnérabilité et
de participation se jouent dans la pratique. Dans notre recherche, nous
avons aussi inclus la voix de juges de la Chambre de la jeunesse, puisque
ceux-ci prennent des décisions sur la participation de l’enfant au tribunal.
En premier lieu, nous explorerons les points de vue de ces professionnels
sur la participation de l’enfant. Comment la vulnérabilité de ce dernier est-
elle perçue ? L’empêche-t-elle de prendre part aux procédures de protec-
tion ? Quelles sont les mesures prises pour faciliter sa participation ? Notre
analyse des entrevues, qui étaient centrées autour de ces questions, fait
ressortir plusieurs facteurs qui constituent de véritables sources de vulné-
rabilité pour l’enfant et qui ont une influence sur sa participation. Certaines

127. Rachel Birnbaum, Nicholas Bala et Francine Cyr, « Children’s Experiences with
Family Justice Professionals in Ontario and Ohio », (2011) 25 Int’l J.L. Pol’y & Fam. 398.
Toutefois, les recherches se concentrent essentiellement sur les litiges en droit familial.
128. D. Goubau, préc., note 113, à la page 129.
256 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

se rattachent directement à l’enfant, alors que d’autres sont liées à des


facteurs externes. En second lieu, nous formulerons des recommandations
qui émanent directement des entrevues ou que nous déduisons sur la base
de notre analyse globale.

3.1 Les vulnérabilités de l’enfant perçues par les professionnels


Dans notre recherche, l’un des objectifs était d’en savoir davantage
sur les vulnérabilités qui pourraient entraver la participation des enfants
aux procédures de protection. Les intervenants sociaux ont répondu direc-
tement à cette question. La mise en évidence de vulnérabilités découle
également des réponses des juges, à qui des questions différentes avaient
été posées, selon les conseils de la Cour du Québec129.

3.1.1 Les vulnérabilités rattachées à l’enfant

3.1.1.1 Les motifs de compromission


Alors que les motifs de compromission sont rarement inhérents à
l’enfant et se trouvent souvent le résultat d’actions ou d’omissions par des
personnes dans l’entourage de l’enfant, ce sont tout de même des étiquettes
qui sont rattachées à ce dernier et font partie de son vécu. Parmi les six
catégories de motifs de protection prévus par l’article 38 de la LPJ, les
professionnels que nous avons interrogés ont été nombreux à affirmer le
caractère particulièrement vulnérabilisant des abus physiques et des abus
sexuels130. Selon un intervenant, « un enfant qui a vécu des gros abus
physiques, des gros abus sexuels, qui a vécu beaucoup de négligence, qui
a eu de l’impact sur lui, est plus vulnérable à venir témoigner de ce qu’il a
vécu ou c’est plus difficile, pour lui c’est un obstacle de plus131 ». Eu égard
aux liens de dépendance des enfants à l’égard de leurs parents ou de ceux
qui en ont la garde, les abus physiques et sexuels venant de la part de ces
derniers ont la particularité exclusive d’affecter sérieusement les enfants132.

129. Pour les entrevues avec les juges, la Cour du Québec avait approuvé une liste de huit
questions. Par ailleurs, le Comité d’éthique de la recherche du CISSS évaluateur de ce
projet multicentrique avait donné son aval à une liste de onze questions. Le formulaire
soumis aux intervenants sociaux contenait les onze questions d’entrevue formulées en
tant qu’affirmations permettant un choix de réponse (« tout à fait vrai » à « tout à fait
faux ») et l’inclusion de commentaires. Les intervenants sociaux 1, 4, 12, 14 et 15 ont
choisi le questionnaire au lieu de l’entrevue.
130. Intervenants sociaux 3 (20 avril 2018), 5 (3 mai 2018) et 12 (22 octobre 2018).
131. Intervenant social 11 (10 mai 2018).
132. Chantal Lavergne et Marc Tourigny, « Incidence de l’abus et la négligence envers les
enfants : recension des écrits », Criminologie, vol. 33, no 1, 2000, p. 47, à la page 51.
M. Paré La participation des enfants aux procédures … 257.
D. Bé

Un intervenant a indiqué parmi les motifs qui pourraient constituer pour


l’enfant un obstacle à sa participation « certaines situations d’abus sexuels
ou physiques ou toute autre situation où l’enfant doit dénoncer le compor-
tement d’un de ses parents133 ». De surcroît, devoir témoigner relativement
à un abus physique ou sexuel devant l’abuseur augmente la vulnérabilité
de l’enfant134. Des intervenants ont aussi indiqué que, lorsque les faits
se sont perpétrés longtemps avant la date de l’audience, revenir sur les
circonstances de ces abus et en parler se révèle émotionnellement pénible
pour les enfants135. Même s’il existe une entente multisectorielle permet-
tant au tribunal d’utiliser l’enregistrement vidéo de l’entrevue menée par
le corps policier avec l’enfant, ce moyen est considéré comme mal adapté
aux procédures de protection136. Le tribunal demandera donc fréquem-
ment à l’enfant, souvent seul témoin de l’abus, de témoigner afin d’établir
les faits137. Poser des questions multiples à l’enfant, ce qui l’oblige à répéter
plus d’une fois sa version des faits difficiles, peut gravement l’affecter138.
Par ailleurs, il est possible de prendre des mesures protectrices pour
l’enfant témoin, notamment pour éviter tout contact entre celui-ci et son
abuseur. Premièrement, le tribunal peut exclure les parents de l’audience
pendant le témoignage de l’enfant, qui ne parle alors que devant le juge et

133. Intervenant social 12 (22 octobre 2018).


134. Intervenant social 14 (28 novembre 2018).
135. Intervenants sociaux 1 (9 mai 2018) et 11 (10 mai 2018).
136. Un juge affirme ceci :
C’est délicat de faire des interrogatoires avec les enfants. Généralement le résultat
est décevant. Il arrive souvent que l’interrogatoire soit mal fait […] Les questions
posées à l’enfant lors de l’interrogatoire sont une série de questions qui veulent faire
répéter à l’enfant ce qu’il a déjà dit. On pose donc des questions dans l’objectif de
faire répéter des choses à l’enfant, des questions hautement suggestives. L’enfant ne
comprend pas, car il a déjà tout dit à une personne de confiance. Parfois il ne veut
pas coopérer (juge 11 (23 mars 2018)).
Sur la difficulté de faire des entrevues d’enfants victimes d’abus sexuels, voir notamment
Mireille Cyr et autres, « Application d’un protocole d’entrevue d’investigation auprès
de jeunes victimes d’agression sexuelle : résultats d’une expérience québécoise », dans
Monique Tardif (dir.), L’agression sexuelle : coopérer au delà des frontières, Montréal,
Cifas-Institut Philippe-Pinel de Montréal, 2007, p. 493.
137. Juges 5 (16 février 2018), 8 (20 février 2018) et 12 (25 juillet 2018) ; intervenants sociaux
4 (5 février 2018), 11 (10 mai 2018), 12 (22 octobre 2018) et 14 (28 novembre 2018).
138. Asher Ben-A rieh et Vered Windman, « Secondary Victimization of Children in Israel
and the Child’s Perspective », International Review of Victimology, vol. 14, 2007, p. 321 ;
Nicholas Bala, « Double Victims : Child Sexual Abuse and the Canadian Criminal
Justice System », (1990) 15 Queen’s L.J. 3. Selon un intervenant, faire témoigner
un enfant sur des abus physiques ou sexuels « amène une lourdeur au témoignage »
(intervenant social 3 (20 avril 2018)).
258 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

les avocats139. En dehors du témoignage lui-même, le tribunal peut exclure


l’enfant de l’audience140, comme l’explique un juge : « Par exemple, un
enfant pourrait se sentir mal également d’être dans la salle de Cour lorsque
son présumé abuseur vient témoigner. Alors, c’est un bon moment pour
exclure l’enfant141. » De plus, certains nous ont indiqué que l’enfant peut
attendre l’audience dans une salle séparée afin de ne pas être en contact
avec son abuseur dans la salle d’attente du tribunal142. Deuxièmement,
on évite de faire témoigner l’enfant quand ce n’est pas absolument néces-
saire, sachant que l’on peut fonder une décision de compromission sur ses
déclarations extrajudiciaires143. Les cas d’abus sexuels et physiques sont
donc un des motifs de la dispense de témoigner lorsque le témoignage est
préjudiciable à l’enfant144.
Ainsi, en amont de la procédure, le processus de fragilisation de l’en-
fant déjà amorcé déteint naturellement sur la suite de sa participation.
Il est bien connu que l’enfant est particulièrement vulnérable dans cette
situation, et la solution consiste à limiter sa présence en cour autant que
possible145. Lorsque le tribunal ne peut éviter la comparution de l’enfant,
il prend alors des mesures pour le protéger.

3.1.1.2 L’état psychologique de l’enfant et les situations de handicap


L’état psychologique de l’enfant est déterminant sur son aptitude à
participer aux procédures de protection. Lors de la collecte des données, la
plupart des participants à notre recherche ont désigné l’état psychologique
de l’enfant comme frein potentiel à cet égard. Aussi bien les intervenants
sociaux que les juges que nous avons interrogés ont affirmé que certaines
pathologies chez l’enfant constituent une source de vulnérabilité. Un inter-
venant social a souligné ce qui suit : « s’ils ont des déficiences intellec-
tuelles, s’ils ont des limitations, s’ils ont vraiment des problèmes au niveau
de la santé mentale, qui leur causent des stress, de l’anxiété, de l’angoisse
et que ça pourrait empirer leur situation, moi je pense qu’il faut utiliser
notre jugement professionnel ». Ce raisonnement le guide pour prendre une
décision sur l’opportunité et les modalités du témoignage et de la présence
de l’enfant à la cour146. Celui qui est aux prises avec un problème de santé

139. LPJ, art. 85.4.


140. Id., art. 84.
141. Juge 8 (20 février 2018).
142. Juges 1 (20 septembre 2017) et 5 (16 février 2018).
143. Par exemple, l’affaire Protection de la jeunesse – 093152, 2009 QCCQ 12508.
144. LPJ, art. 85.2.
145. Intervenants 16 (12 juin 2019) et 17 (14 juin 2019).
146. Intervenant social 9 (10 mai 2018).
M. Paré La participation des enfants aux procédures … 259.
D. Bé

mentale peut donc accumuler de l’anxiété durant la procédure. Voilà une


des raisons pour lesquelles le juge va le dispenser de témoigner ou l’exclure
des débats, ce qui peut être fait à la demande de son avocat ou du DPJ147.
Un juge a relevé que, « [t]rès souvent à cause de problème de santé mentale,
l’avocat peut invoquer cette vulnérabilité devant le juge pour ne pas que
l’enfant témoigne. Il y a souvent des situations où l’enfant manifeste le
désir de participer […] mais le juge évalue s’il y va de l’intérêt de l’enfant
de participer ou non148 ».
En plus de problèmes liés à la santé mentale, plusieurs intervenants
sociaux ont relevé des vulnérabilités en rapport avec des déficiences,
comme les retards de développement, l’autisme, les déficiences intellec-
tuelles, les troubles du langage, de communication, d’apprentissage, de
comportement, d’attachement, le développement psychosocial affectif,
le traumatisme, le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité
(TDAH), et le syndrome de Gilles de la Tourette, qui sont tous autant de
facteurs pouvant expliquer une dispense de témoigner.

3.1.1.3 L’âge de l’enfant


L’âge est une justification facile pour protéger l’enfant considéré
comme « vulnérable par essence ». Bien que les recherches relatives à
la discrimination fondée sur l’âge soient peu documentées149, l’âge de
l’enfant a toujours été associé à l’incapacité et à l’incompétence. Selon
Cordero Arce, les efforts déployés pour comprendre les enfants en tant que
catégorie sociale potentiellement discriminée en fonction de l’âge ont été
timides, et cette discrimination s’applique particulièrement à la question
de la participation de l’enfant dans la pratique150. En matière de protec-
tion de l’enfance, l’âge est-il une source de discrimination ou un véritable
facteur de vulnérabilité justifiant des limitations ou des adaptations à la
participation ?
Nous avons vu que la LPJ ne distingue généralement pas entre diffé-
rentes catégories d’âge. Toutefois, dans notre recherche, plusieurs juges
et intervenants sociaux ont trouvé que l’âge de l’enfant était déterminant
dans sa capacité à témoigner. L’analyse de leurs opinions sur le sujet a
révélé des divergences. Tandis que certains professionnels ont situé l’âge

147. Juge 8 (20 février 2018).


148. Juge 2 (20 septembre 2017).
149. Manfred Liebel et autres, Children’s Rights from Below. Cross-Cultural Perspectives,
Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2012, p. 97 ; C. Breen, préc., note 55.
150. Matías Cordero A rce, « Maturing Children’s Rights Theory. From Children, with
Children, of Children », (2015) 23 Int’l J. Child. Rts 283, 305.
260 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

minimal de participation de l’enfant entre 5 et 10 ans151, d’autres ont fixé la


barre entre 12 et 14 ans152. Des juges et des intervenants sociaux nous ont
mentionné que le bas âge de l’enfant était déterminant dans sa vulnérabi-
lité, et qu’il pourrait constituer un obstacle à son témoignage153. Il ressort
de notre recherche que la plupart des professionnels de la protection voient
en l’âge de l’enfant un véritable facteur de vulnérabilité qui motiverait son
exclusion des procédures.
Toutefois, certains professionnels tempèrent leur appréciation de l’âge
en y ajoutant la question de la maturité de l’enfant et son aptitude à témoi-
gner. Un juge s’est exprimé en ces termes :
La loi parle de 14 ans un peu partout, mais la loi n’est pas spécifique quant au
mandat au procureur […] C’est vraiment au niveau de la capacité […] Vous voyez
là […] on peut avoir un enfant de 8 ans qui est hyper allumé, qui est capable de
donner un mandat, un mandat conventionnel, qui est capable de comprendre ce
qu’il se passe, surtout si on parle d’un enfant qui est dans un conflit de loyauté,
de chicane entre ses parents, mais d’un autre côté, on peut avoir un enfant qui a
14 ans, qui a des difficultés de santé mentale, qui a des retards intellectuels où
on est là en mandat légal […] chaque enfant est différent154.

Un intervenant nous a aussi expliqué la nécessité d’examiner la situa-


tion de chaque enfant en disant ceci :
[On a] de la difficulté à mettre un âge, parce qu’on n’a pas nécessairement des
enfants dans la norme du développement […] on a des enfants beaucoup plus
immatures ; on a des enfants qui ont des difficultés au niveau du langage […]
Donc règle générale je dirais 8 ans, mais en même temps je pourrais avoir un
enfant de 8 ans que je dirais « non, non, non » et je pourrais avoir un enfant de
6 ans que je saurais assez solide pour témoigner155.

Un autre s’est exprimé ainsi : « Un jeune enfant peut tout aussi témoi-
gner qu’un adolescent et vice-versa. Il y a des adolescents qui ne devraient
pas témoigner par leur état de santé, parce que ça les met anxieux156. »
Ainsi, certains ne donnent pas de critères d’âge ; cependant, même en ce
qui concerne les intervenants qui l’ont fait, la majorité ont généralement

151. Juges 2 (20 septembre 2017) et 7 (19 février 2018) ; intervenants sociaux 1 (9 mai 2018),.
2 (6 avril 2018) et 7 (10 mai 2018).
152. Juges 1 (20 septembre 2017), 5 (16 février 2018) et 6 (19 février 2018) ; intervenants
sociaux 6 (10 mai 2018), 8 (10 mai 2018), 10 (10 mai 2018), 12 (22 octobre 2018),.
13 (15 octobre 2018) et 14 (28 novembre 2018).
153. Juges 6 (19 février 2018) et 10 (21 février 2018) ; intervenants sociaux 10 (10 mai 2018),
11 (10 mai 2018), 12 (22 octobre 2018), 13 (15 octobre 2018) et 15 (5 décembre 2018).
154. Juge 10 (21 février 2018).
155. Intervenant social 3 (20 avril 2018).
156. Intervenant social 9 (10 mai 2018).
M. Paré La participation des enfants aux procédures … 261.
D. Bé

insisté sur l’idée qu’il convenait mieux d’éviter les automatismes et de


plutôt prendre des décisions au cas par cas157.
Cette manière d’aborder la question va dans le sens de l’approche
fondée sur les droits de l’enfant : les enfants devraient pouvoir participer
eu égard à leur âge et à leur degré de maturité, le tout en prenant en consi-
dération les multiples vulnérabilités, telles que l’état psychologique ou la
présence de déficiences. Toutefois, un problème persiste dans la pratique :
même si les professionnels reconnaissent l’importance d’examiner le cas
de chaque enfant individuellement, leur âge de référence par rapport à
l’opportunité de le faire participer aux procédures varie grandement.

3.1.2 Les vulnérabilités extérieures à l’enfant

3.1.2.1 Les vulnérabilités liées au contexte et au déroulement


de la procédure judiciaire
Certains juges ont ouvertement montré leur scepticisme quant à la
participation de l’enfant à l’audience. L’un d’eux s’est exprimé en ces
termes : « C’est clair, un palais de justice, c’est clairement pas adapté pour
les enfants […] ça peut vraiment être traumatisant pour eux de venir au
tribunal158. » Un intervenant social a parlé d’« un milieu qui est quand
même un peu aseptisé, très neutre, très froid159 ». Ainsi, les lieux ne
conviendraient pas aux enfants. Alors que des palais de justice sont équipés
de salles de jeux, ce n’est pas le cas pour la plupart. Le fait que ces espaces
ne sont pas adaptés aux enfants se révèle particulièrement problématique,
les participants à notre recherche ayant reconnu que les enfants doivent
souvent attendre de nombreuses heures avant leur audience, même parfois
revenir un autre jour lorsque l’audience est reportée160. D’autres juges
et intervenants que nous avons interrogés ont observé aussi la difficulté
liée à la compréhension du langage judiciaire161. Quant au décorum de la
cour, certains juges ont noté que cela pouvait être stressant pour l’enfant,
et quelques-uns étaient prêts à faire des exceptions au protocole, comme
enlever leur toge ou se lever de leur pupitre pour s’asseoir près de l’en-
fant162. Par contre, d’autres ont insisté sur le fait qu’il est important de ne

157. Juge 10 (21 février 2018) ; intervenants sociaux 3 (20 avril 2018), 5 (3 mai 2018),.
7 (10 mai 2018) et 14 (28 novembre 2018).
158. Juge 9 (20 février 2018).
159. Intervenant social 17 (14 juin 2019).
160. Intervenant social 13 (15 octobre 2018) ; juge 12 (25 juillet 2018).
161. Juge 6 (19 février 2018) ; intervenant social 2 (6 avril 2018).
162. Juges 3 (2 octobre 2017), 4 (9 février 2018), 5 (16 février 2018), 7 (19 février 2018) et.
9 (20 février 2018).
262 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

pas créer d’exceptions en cas de présence d’enfants soit parce que ceux-ci
ne seraient généralement pas affectés négativement par le décorum163, soit
parce que les exceptions pourraient être considérées par les autres parties
à la procédure comme un signe de manque d’impartialité164.
En effet, l’enfant est partie aux procédures de protection, tout comme
ses parents et le DPJ165. Cela suppose qu’il a un rôle à jouer à ce titre et qu’il
doit subir une procédure contradictoire où toutes les parties peuvent faire
appel à des témoins et témoigner eux-mêmes166. Un enfant peut donc être
assigné comme témoin, être interrogé par son avocat et contre-interrogé
par les avocats des autres parties. Plusieurs participants à notre recherche
ont constaté le caractère stressant du témoignage, particulièrement au
moment du contre-interrogatoire167. Un intervenant social s’est exprimé
ainsi : « Je crois que le processus judiciaire est un processus extrêmement
stressant pour ces familles et ces enfants et que leur demander de venir
témoigner accentue encore plus leur vulnérabilité en ajoutant une pres-
sion, du stress sur ceux-ci. Ils peuvent également être contre-interrogés et
les avocats des parents peuvent parfois tenter d’attaquer la crédibilité de
l’enfant pour défendre le parent168. »
Néanmoins, des juges ont aussi souligné le fait que l’interrogatoire
se déroule avec beaucoup de délicatesse de la part de tous les avocats et
que le tribunal s’assure également qu’un ton approprié soit utilisé169. On a
également signalé que l’enfant témoigne généralement en premier ; le juge
lui explique d’abord la procédure de manière claire et commence par le
mettre à l’aise en lui posant des questions sur son école et ses loisirs170.
De plus, afin de réduire le stress causé par la procédure, on évite de faire
témoigner l’enfant lorsque son témoignage n’est pas absolument nécessaire
pour la preuve171. Finalement, on ne force pas un enfant à témoigner si

163. Juges 2 (20 septembre 2017), 3 (2 octobre 2017) et 4 (9 février 2018).


164. Juges 1 (20 septembre 2017) et 12 (25 juillet 2018).
165. LPJ, art. 81.
166. Jacinthe Mercier, « La procédure applicable en matière de protection de la jeunesse :
régime contradictoire, inquisitoire ou mixte ? », (1992) 22 R.D.U.S. 369.
167. Juges 2 (20 septembre 2017) et 12 (25 juillet 2018) ; intervenant social 14 (28 novembre 2018).
168. Ce commentaire provient du questionnaire de l’intervenant social 14 (28 novembre
2018). Un autre intervenant a confirmé que, lors de l’interrogatoire d’un enfant ayant
des troubles de langage ou des difficultés cognitives, « les avocats, souvent, vont se
donner un malin plaisir d’entrer là-dedans et d’invalider » le témoignage de l’enfant
(intervenant social 16 (12 juin 2019)).
169. Juges 6 (19 février 2018), 7 (19 février 2018) et 12 (25 juillet 2018).
170. Juges 2 (20 septembre 2017), 3 (2 octobre 2017), 5 (16 février 2018) et 7 (19 février 2018).
171. Juge 10 (21 février 2018).
M. Paré La participation des enfants aux procédures … 263.
D. Bé

celui-ci refuse de le faire172. Ainsi, on adopte une approche très protectrice


à son égard.
Enfin, les professionnels que nous avons interrogés ont spécifié
fréquemment que la vulnérabilité de l’enfant dans le cas des procédures
de protection résidait en la divulgation éventuelle d’informations très
sensibles au moment de l’audience. Cela constitue souvent pour le juge un
motif valable d’exclusion de l’enfant de la salle pour éviter qu’il ait direc-
tement accès aux informations qui pourraient lui être nuisibles173. Un juge
affirme exclure souvent l’enfant lorsque les propos des parents peuvent
avoir un effet sur ce dernier : « les parties vont le soulever ou le juge va
le soumettre à l’avocat de l’enfant. L’enfant pourra donc être exclu d’une
partie des débats par exemple quand cela relève du passé des parents, de
leur santé mentale, l’identité, la véritable filiation de l’enfant, ou la mère
a été elle-même agressée sexuellement dans l’enfance par son père174 ».
Ainsi, plusieurs vulnérabilités de l’enfant sont liées aux procédures
de la protection de l’enfance. Il n’est pas aisé de distinguer entre procé-
dures et personnes qui font partie des procédures, comme nous l’avons vu
notamment avec la question de la présence des parents dans la salle d’at-
tente, le contre-interrogatoire par les avocats ou encore les informations
divulguées sur les parents ou d’autres personnes significatives à l’occasion
des audiences. Cependant, il demeure possible de distinguer certaines
vulnérabilités de l’enfant qui ont particulièrement trait à des personnes
qui l’entourent.

3.1.2.2 Les vulnérabilités liées aux adultes


Il ressort des points soulevés ci-dessus que les enfants sont affectés
par les adultes de leur entourage, en particulier leurs parents. Ainsi, alors
que nous avons indiqué la santé mentale des enfants comme un facteur de
vulnérabilité, plusieurs participants à notre recherche ont aussi observé que
la santé mentale des parents pouvait avoir un effet vulnérabilisant sur les
enfants175. Les comportements des parents ayant des problèmes de santé
mentale déstabilisent parfois l’enfant. Les professionnels que nous avons
interrogés ont relevé que, lors des audiences, certains adultes pouvaient
être impulsifs et agressifs176. Ainsi, les parents ayant des problèmes de

172. Intervenant social 9 (10 mai 2018) ; juge 8 (20 février 2018).
173. Juges 4 (9 février 2018), 5 (16 février 2018), 10 (21 février 2018) et 12 (25 juillet 2018).
174. Juge 11 (23 mars 2018).
175. Intervenants sociaux 9 (10 mai 2018) et 12 (22 octobre 2018) ; juges 4 (9 février 2018),.
9 (20 février 2018) et 11 (23 mars 2017).
176. Intervenants sociaux 3 (20 avril 18), 5 (3 mai 2018), 12 (22 octobre 2018) et 17 (14 juin 2019).
264 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

comportement en rapport avec leur santé mentale deviennent une raison


d’exclusion de l’enfant de l’audience et de l’exclusion des parents, lorsque
celui-ci témoigne.
À la santé mentale des parents s’ajoutent le conflit de loyauté dans
lequel pourrait se trouver l’enfant et le sentiment de culpabilité qu’apporte
le témoignage. Les professionnels nous ont souvent mentionné que les
enfants pourraient se sentir responsables d’avoir témoigné contre leur
parent et que cela constituait pour eux un lourd fardeau à porter177. Selon
un juge, « [ç]a peut le rendre plus vulnérable ou la responsabilité qu’il a
à porter va le suivre toute sa vie. Il va tenter de réparer, toute sa vie,
quelque chose, alors qu’il ne sera pas responsable178 ». La situation est
aggravée par le comportement de certains parents qui, explicitement ou
implicitement, font reposer le poids du jugement sur l’enfant, comptant
sur lui pour qu’il témoigne en leur faveur, puis le culpabilisant lorsque son
témoignage ne correspond pas à leurs attentes179. Selon des participants à
notre recherche, cette situation est particulièrement présente dans les cas
de conflit parental sévère180, et tout à fait problématique lorsque l’enfant
demeure dans son milieu familial181.
Parmi les vulnérabilités des enfants liées à l’attitude des adultes,
mentionnons aussi les professionnels de la protection de la jeunesse et des
procédures judiciaires. Nous avons déjà fait valoir qu’il existe un senti-
ment généralisé chez les professionnels, à savoir que tous travaillent dans
l’intérêt de l’enfant. Le juge et les avocats sont attentifs lorsque l’enfant
se trouve dans la salle d’audience. Le travail de chacun lui est expliqué,
et autant l’intervenant social que l’avocat de l’enfant ont un rôle à jouer
dans sa préparation à l’audience. Dans un cas d’abus physique ou sexuel,
c’est le centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) qui prend
en charge l’enfant en le préparant et l’accompagnant au moment de son
passage au tribunal182. Malgré ces rôles déterminés, plusieurs participants

177. Intervenants sociaux 4 (5 février 2018), 5 (3 mai 2018), 14 (28 novembre 2018) et.
17 (14 juin 2019) ; Juge 7 (19 février 2018) Itervenant social 23 018).
178. Juge 7 (19 février 2018).
179. Intervenant sociaux 1 (9 mai 2018), 4 (5 février 2018), 5 (3 mai 2018) et 14 (28 novembre 2018).
et 16 (12 juin 2019) ; juge 7 (19 février 2018).
180. Juges 4 (9 février 2018), 6 (19 février 2018), 7 (19 février 2018), 8 (20 février 2018) et.
9 (20 février 2018) ; intervenants sociaux 3 (20 avril 2018), 4 (5 février 2018),.
5 (3 mai 2018), 9 (10 mai 2018), 11 (10 mai 2018), 13 (15 mai 2018) et 14 (28 novembre 2018).
181. Intervenant social 16 (12 juin 2019) : « Puis comme la majorité reste dans leur milieu…
eh bien c’est comme aller contre son parent. Et puis tout l’impact qu’on voit après, je
pense que c’est très souvent sournois. Tu sais, les mauvais traitements psychologiques
ou mettre la faute sur l’enfant. »
182. Les CAVAC sont présents dans toutes les régions du Québec.
M. Paré La participation des enfants aux procédures … 265.
D. Bé

à notre recherche ont nommé le manque de préparation de l’enfant comme


une cause de vulnérabilité. Les critiques formulées par les professionnels
avaient surtout trait au rôle de l’avocat de l’enfant. Les juges et les inter-
venants sociaux ont fait valoir que l’avocat de l’enfant ne prenait géné-
ralement pas assez de temps pour rencontrer ce dernier et le préparer
à l’audience. Il est même commun que l’avocat de l’enfant ne rencontre
pas celui-ci lorsqu’il n’est pas considéré comme capable de lui donner
un mandat. Parfois, la discussion a lieu par téléphone seulement, ou au
tribunal peu de temps avant l’audience183. Un intervenant social a décrit
la situation ainsi : « [Il faut] plus de contacts entre le jeune et son avocat.
C’est ce qui est souvent nommé par les jeunes qui n’ont pas l’impression
que leur avocat connaît réellement leur situation ou qui sont d’avis qu’ils
sont peu écoutés. Les intervenants tentent du mieux possible de bien expli-
quer le déroulement d’une audition au jeune, mais je crois que certains
enjeux doivent être nommés par leur avocat184 ». Des juges nous ont fait
remarquer que beaucoup d’avocats d’enfants n’étaient malheureusement
pas outillés et bien formés en matière de protection de l’enfance185. Le
manque de contact entre l’avocat et l’enfant indique non seulement un
risque de préparation déficiente de ce dernier et donc un surplus de stress,
mais aussi le risque qu’il ne puisse pas faire entendre sa voix durant la
procédure. Si le but de la mise à l’écart de l’enfant est sa protection, celle-
ci peut accroître sa vulnérabilité.
Si le système n’est pas adapté aux enfants, ne faudrait-il pas penser y
apporter des changements plutôt que de tenir l’enfant à l’écart de tout le
processus ? Selon un juge, « il y a souvent une présomption que l’enfant ne
veut pas témoigner. On présume trop de l’incapacité ou de la non-volonté
des enfants de s’exprimer en Cour […] Si le forum était plus convivial, les
enfants s’exprimeraient davantage186 ».

3.2 Des suggestions pour l’amélioration des pratiques


Les entrevues avec les praticiens nous ont permis de dégager un
certain nombre de suggestions pour l’amélioration de la pratique de la
participation de l’enfant, particulièrement par l’entremise du témoignage.

183. Juge 3 (2 octobre 2017) ; intervenants sociaux 3 (20 avril 2018), 11 (10 mai 2018),.
16 (12 juin 2019) et 17 (14 juin 2019).
184. Intervenant social 12 (22 octobre 2018).
185. Juges 3 (2 octobre 2017), 6 (19 février 2018), 8 (20 février 2018) et 10 (21 février 2018).
186. Juge 11 (23 mars 2018).
266 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

3.2.1 La préparation de l’enfant par son avocat


La mise en œuvre d’une participation effective de l’enfant à l’audience
est un élément clé dans les procédures de protection. Lorsque les méca-
nismes permettant de favoriser la contribution des enfants à ces procé-
dures sont efficients, leur vulnérabilité peut être réduite, les participants à
notre recherche ayant maintes fois souligné les effets réparateur et affran-
chissant de cet apport187. Un des mécanismes couramment utilisés pour
faciliter la participation de l’enfant est sa représentation par un avocat188.
Les critiques formulées par les professionnels que nous avons inter-
rogés quant au manque de préparation de l’enfant par son avocat sont
clairement liées en partie au manque de temps, situation endémique dans
ce domaine189. Un intervenant aimerait « que les avocats des enfants aient
plus de temps pour préparer leur client, pour les rencontrer, pas la journée
même du tribunal, mais avant. Donc ça serait une très grande avancée190 ».
Cependant, nous suggérons que le problème dépend aussi de l’absence de
directives sur le mandat de l’avocat de l’enfant exerçant dans le domaine
de la protection de l’enfance191. Un juge que nous avons interrogé s’est
exclamé :
Un avocat d’un enfant ça doit être actif ! […] parce que souvent les avocats des
enfants, sauf exceptions, n’ont même pas rencontré leur client. C’est désolant
mais c’est ça. Ou à tout le moins ils ont peu d’informations à son sujet, sauf
peut-être quelques phrases qu’une intervenante sociale lui transmet rapidement
à cet avocat ou avocate bien sûr. Vous savez, il y aurait beaucoup à faire sur le
rôle de l’avocat de l’enfant, qui est un rôle quant à moi que je trouve privilégié
dans la société192.

La préparation de l’enfant à l’audience est indispensable pour la réali-


sation de son droit de participation, et son exclusion revient en quelque
sorte à le maintenir dans le silence et à l’empêcher de développer ses
capacités. Un intervenant social a développé cette idée ainsi :
Je pense que la préparation […] c’est vraiment positif puis ça a vraiment des
retombées positives pour les enfants, c’est très rassurant, pour nous aussi

187. Intervenants sociaux 2 (6 avril 2018), 3 (20 avril 2018), 5 (3 mai 2018), 10 (10 mai 2018),
12 (22 octobre 2018), 16 (12 juin 2019) et 17 (14 juin 2019) ; juges 1 (20 septembre 2017),
3 (2 octobre 2017), 5 (16 février 2018) et 8 (20 février 2018).
188. Voir Nicholas Bala, Rachel Birnbaum et Lorne Bertrand, « Controversy about
the Role of Children’s Lawyers : Advocate or Best Interests Guardian ? Comparing
Practices in Two Canadian Jurisdictions with Different Policies for Lawyers », (2013)
51 Fam. Ct Rev. 681, 681.
189. Juges 1 (20 septembre 2017), 2 (20 septembre 2017) et 3 (2 octobre 2017).
190. Intervenant social 3 (20 avril 2018).
191. Sur le flou entourant le mandat de l’avocat au Québec, voir supra, notes 122 à 125.
192. Juge 3 (2 octobre 2017).
M. Paré La participation des enfants aux procédures … 267.
D. Bé

parce qu’on sent que l’enfant est beaucoup plus accompagné. C’est plus solide
de préparer les enfants comme il faut avant. Nous les intervenants puis les
procureurs aux enfants, je pense que ce serait très important qu’ils prennent…,
qu’ils trouvent, qu’ils essaient en tout cas de trouver un moyen de prendre le
temps de préparer ces enfants193.

Dans une approche centrée sur les droits de l’enfant et prenant en


considération ses vulnérabilités et le besoin de développer ses capabilités,
l’avocat ne se fondera pas uniquement sur la requête déposée par le DPJ,
mais se servira de ses rencontres avec l’enfant pour disposer de plus d’in-
formations, écouter ce dernier, son opinion, ses motivations, le préparer
aux différentes étapes et aux aléas du déroulement de la procédure et lui
faire un compte rendu des débats dans un langage simple adapté à son
âge. Dans cette approche, l’avocat tiendra compte de plusieurs facteurs qui
l’aideront à se focaliser sur les spécificités de l’enfant afin d’assurer une
meilleure préparation, comme l’explique un juge : « Bien la préparation,
pour moi ce qui est clé, c’est la rencontre entre les avocats et […] puis
je vais ajouter compétent (avocat compétent) […] et c’est à eux de bien
préparer les enfants. Les enfants, il faut tenir compte de leur âge, de leur
profil, de multiples facteurs pour bien les préparer194. » Cette approche
centrée sur l’enfant et ses spécificités permettra non seulement de dissiper
ses inquiétudes et de faciliter sa participation, mais également de donner
à l’avocat de l’enfant l’occasion d’exposer de façon plus approfondie l’opi-
nion de celui-ci, tout en protégeant ses droits et ses intérêts. En outre, la
contribution directe des enfants à leur préparation à l’audience renforce
leur confiance en soi de même que leur sentiment d’être « entendus, vus
et écoutés195 ».

3.2.2 Le recours à des mécanismes pragmatiques pour assurer


la célérité de la procédure de protection
Dans la pratique, les procédures judiciaires peuvent se révéler longues
en raison de la communication des pièces et des informations à toutes les
parties, de la démonstration des preuves et de leur recevabilité ainsi que
des aléas de planification et de disponibilité des professionnels. Lorsque
les procédures judiciaires impliquent les enfants, la longueur des audiences
peut être difficile à supporter pour eux, y compris l’audience elle-même

193. Intervenant social 10 (10 mai 2018).


194. Juge 12 (25 juillet 2018).
195. J. Tobin, préc., note 36, 178 (la traduction est de nous). Cela a été confirmé par
plusieurs participants à notre recherche : juges 2 (20 septembre 2017), 6 (19 février 2018),.
7 (19 février 2018), 8 (20 février 2018) et 9 (20 février 2018) ; intervenants sociaux.
1 (9 mai 2018), 2 (6 avril 2018), 7 (10 mai 2018) et 14 (28 novembre 2018).
268 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

et les périodes d’attente avant l’audience. Ainsi, l’article 2.4 (5) de la LPJ
dispose que l’on doit « favoriser des mesures auprès de l’enfant et de ses
parents en prenant en considération qu’il faut agir avec diligence pour
assurer la protection de l’enfant, compte tenu que la notion de temps
chez l’enfant est différente de celle des adultes ». Sur ce sujet, un inter-
venant social a affirmé qu’« [il faut revoir] les délais aussi. Un enfant qui
se retrouve à aller au tribunal, puis tu sais pas à quelle heure, puis qui va
peut-être passer cinq heures plus tard. Puis… des fois, on a des remises…
des fois, on les amène là, et ils vont rester là jusqu’à trois, quatre heures de
l’après-midi pour se faire dire : “Bien, on va pas le faire aujourd’hui”196 ».
Il serait alors important que les professionnels de la protection de
l’enfance favorisent des mécanismes pour assurer la célérité des procé-
dures. Un des juges que nous avons interrogés a suggéré une déjudiciari-
sation de ces procédures, se plaignant d’une judiciarisation à outrance et
d’une méconnaissance des outils sociaux existants dans le milieu : « Ils
sont là, mais sous-utilisés. Parce qu’il y a des causes qui viennent devant
vous, et puis là on écoute […] le juge pose trois ou quatre questions, et
ça peut arriver qu’on a résolu le problème […] Il y a un problème là197. »
D’autres juges se sont également prononcés sur l’importance de favoriser
les modes alternatifs de règlement des conflits, comme la médiation ou les
conférences de règlement à l’amiable (CRA)198. Un juge a précisé au sujet
des CRA qu’il arrive que les enfants y participent, mais que tous les juges
ne sont pas formés à en faire199.

3.2.3 Une amélioration de l’entente multisectorielle


Dans l’objectif de faciliter les procédures d’intervention et d’éviter
l’accumulation des protocoles dans les cas d’abus physiques ou sexuels et
de négligence grave, une entente multisectorielle a été instaurée entre les
acteurs visés dans le domaine de la protection de la jeunesse afin de faire
converger et de coordonner les actions pour une réponse plus efficace200..

196. Intervenant social 13 (15 octobre 2018).


197. Juge 1 (20 septembre 2017). Voir aussi des appels à la déjudiciarisation ou à une réforme
des procédures judiciaires en matière de protection de la jeunesse : Laurence R icard,
« Le rapport entre le juridique et le clinique dans l’application de la Loi sur la protection
de la jeunesse : une perspective relationnelle », (2013) 43 R.G.D. 49.
198. Juges 4 (2 octobre 2017), 9 (20 février 2018) et 10 (21 février 2018).
199. Juge 4 (2 octobre 2017).
200. Ministère de la Santé et des Services sociaux, Ministère de la Justice, Ministère
de la Sécurité publique, Ministère de l’Éducation et Ministère de la Famille et
de l’Enfance, Entente multisectorielle relative aux enfants victimes d’abus sexuels,
de mauvais traitements physiques ou d’une absence de soins menaçant leur santé
physique, Québec, 2001, p. 7.
M. Paré La participation des enfants aux procédures … 269.
D. Bé

Si cette entente a des objectifs louables, notamment en ­cherchant à protéger


l’enfant de plusieurs interrogatoires difficiles, elle n’en demeure pas moins
sujette aux critiques. Dans le contexte des procédures de protection, les
participants à notre recherche ont parlé de difficultés liées aux objec-
tifs différents poursuivis dans les procédures de protection par rapport à
ceux qui le sont dans les procédures criminelles. Un juge s’est exprimé à
ce propos :
[I]l faut comprendre que l’entente multisectorielle a été créée parce que le
ministère de la Justice estimait que des crimes étaient commis et que ce n’était
pas dénoncé. Alors les enjeux au niveau de l’entente multisectorielle sont de
nature criminelle […] le Directeur ou la Directrice de la province a abdiqué son
pouvoir d’intervention parce qu’il n’était pas capable, [parce qu’]il n’y avait pas
les fonds nécessaires pour spécialiser ses intervenants à faire des entrevues
non suggestives […] C’est difficile donc, pour améliorer ça, il faudrait trouver un
moyen que l’entrevue policière […] que ça soit différent ou qu’on ait priorité […]
Moi je trouve que pour améliorer le témoignage des enfants il faut absolument
dissocier le criminel de la protection de la jeunesse […] Je pense […] qu’on doit
préserver les premiers propos de l’enfant. La première verbalisation c’est la
pierre angulaire parce qu’il y a le contexte201.

Un autre juge abonde dans ce sens disant qu’il a « beaucoup de misère


avec l’entente multi » et expliquant que, avant cette entente, le DPJ avait
plus de pouvoir et qu’il n’était pas toujours nécessaire de dénoncer au
criminel202. Selon ce juge, il serait peut-être mieux de régler la question de
la culpabilité et de la protection en même temps. Clairement, les mandats
distincts des acteurs visés dans l’entente créent une tension. Une solution
plus respectueuse de l’enfant devrait être trouvée dans la pratique car,
même si l’idée est que les juges de la Chambre de la jeunesse recourent à
l’enregistrement vidéo de l’entrevue menée par un policier, cette dernière
ne répond pas toujours à leurs besoins, et l’enfant, victime d’abus, est
amené à témoigner et à reverbaliser son histoire, ce qui peut être trauma-
tisant. Certains juges et intervenants sociaux ont suggéré des solutions
s’inspirant d’autres pays, par exemple, faire appel à un professionnel indé-
pendant, formé pour conduire des entrevues non suggestives203.

3.2.4 La formation des professionnels de la protection de l’enfance


Comme nous l’avons expliqué plus haut, les modalités de mise en
œuvre des dispositions relativement à la participation de l’enfant sont mal
définies ; dans la pratique, cela mène souvent à son exclusion des procé-

201. Juge 3 (2 octobre 2017).


202. Juge 11 (23 mars 2018).
203. Juges 9 (20 février 2018) et 12 (25 juillet 2018).
270 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

dures. Ainsi, pour concrétiser une participation effective de l’enfant et


transformer ses vulnérabilités en renforcement de ses capacités, il faudrait
une formation approfondie des professionnels de la protection de l’enfance.
Plusieurs participants à notre recherche nous ont fait remarquer que
les acteurs de la protection de l’enfance, particulièrement les intervenants
sociaux et les avocats, étaient peu formés quant au témoignage des enfants.
Les juges ont reconnu avoir eux-mêmes davantage accès à une forma-
tion multidisciplinaire que les autres professionnels204. Pour améliorer les
pratiques en la matière, un juge a suggéré de mettre l’accent sur l’aspect
psychologique : « une meilleure connaissance de la psychologie de l’enfant
puis des impacts d’un témoignage, pour tous les acteurs judiciaires ; ça, je
trouve que c’est déficient, ça pourrait vraiment améliorer la pratique205 ».
Un autre a abondé dans ce sens : « Il devrait [y] avoir plus de formations
en droit de la jeunesse […] sur la capacité des enfants de comprendre,
comment questionner des enfants, les limites d’un témoignage d’un enfant,
sur les résultats, les conséquences d’une aliénation parentale, la définition
de l’aliénation parentale. L’éducation à cet égard, pour nous qui n’avons pas
cette formation-là, c’est toujours précieux206 ». Selon un intervenant social,
« ça pourrait être une formation […] pas tant sur le témoignage comme tel
de l’enfant, sur [la manière de] le faire, on est tous experts [à ce sujet] ;
c’est [plutôt sur la façon de] prendre soin et sur ce que ça veut dire pour
l’enfant et le parent […] [La formation sur] les questions qu’on doit poser,
sur les techniques d’entrevue, ça il y en a déjà207 ». Un autre intervenant
a également déploré le manque de lignes directrices permettant d’évaluer
sur le plan clinique l’incidence du témoignage sur l’enfant et le sens de son
témoignage à ses propres yeux208.
Considérant les préoccupations des participants à notre recherche,
nous suggérons l’élaboration de lignes directrices sur la mise en évidence
et l’évaluation des vulnérabilités de l’enfant qui doit participer à des procé-
dures de protection, et ce, depuis sa préparation au témoignage jusqu’au
prononcé du jugement définitif. Ces lignes directrices amèneraient les
professionnels à être mieux outillés pour évaluer la situation spécifique de
chaque enfant et à prendre des mesures d’adaptation selon les caractéris-
tiques personnelles de chacun. L’élaboration de ces directives leur permet-
trait d’éviter de choisir comme première mesure l’exclusion de l’enfant et

204. Juges 8 (20 février 2018), 9 (20 février 2018) et 10 (21 février 2018).
205. Juge 9 (20 février 2018).
206. Juge 10 (21 février 2018).
207. Intervenant social 2 (6 avril 2018).
208. Intervenant social 16 (14 juin 2019).
M. Paré La participation des enfants aux procédures … 271.
D. Bé

d’adopter, au contraire, une approche plus centrée sur ce dernier et sur le


développement de ses capacités de résilience.

Conclusion
Nous avons exploré dans notre article les notions de vulnérabilité et
de participation ainsi que la façon dont elles se côtoient dans les procé-
dures de protection de la jeunesse au Québec. Nous avons exposé les
concepts théoriques de ces deux notions et montré la manière dont elles
sont appréhendées par la doctrine et les instruments juridiques. Alors
que la vulnérabilité inhérente de l’enfant est utilisée comme motif pour
l’exclure du discours des droits selon certaines théories, la CDE appré-
hende cette vulnérabilité comme justification de l’attribution des droits
aux enfants. Quant à la participation, bien qu’elle soit une notion interdis-
ciplinaire et floue en droit, elle s’est érigée aujourd’hui en une notion clé
en droit de l’enfance autant au niveau international que dans la législation
québécoise. Cependant, si la LPJ prévoit la participation de l’enfant aux
procédures de protection et met l’accent sur sa vulnérabilité comme motif
de dispense dans certaines situations, des zones d’ombre qui subsistent sur
les modalités de cette participation influencent la pratique de la protection
de l’enfance.
Notre collecte de données auprès de professionnels de la protection de
la jeunesse nous a permis d’analyser comment la participation, notion qui
paraît évidente, se bute à des obstacles dans sa mise en œuvre en rapport
avec certaines vulnérabilités éprouvées par l’enfant durant les procédures
de protection. Les différents avis des professionnels ont fait ressortir que
certaines vulnérabilités rattachées à l’enfant et d’autres qui lui sont exté-
rieures influaient négativement sur le processus de sa participation aux
procédures de protection et constituaient souvent des motifs pour justifier
son exclusion.
Eu égard à l’incidence de ces vulnérabilités sur la réalisation des droits
de participation des enfants, l’approche que nous avons adoptée, fondée
sur les droits de l’enfant et les théories de la vulnérabilité universelle et
des capabilités, aide à mieux circonscrire les vulnérabilités des enfants
lors des procédures afin de pouvoir adopter des mesures positives leur
permettant d’y participer de manière à développer leurs capacités. Ainsi,
que l’enfant manifeste de lui-même le désir de prendre part aux procédures
ou encore que son témoignage soit obligatoire, l’approche basée sur les
droits permet de le placer au cœur des procédures, de l’accompagner et,
surtout, de faire préalablement une préparation centrée sur lui en tenant
compte de ses caractéristiques. Une attention doit également être accordée
272 Les Cahiers de Droit (2020) 61 C. de D. 223

à d’autres suggestions clés des juges et des intervenants sociaux que nous
avons interrogés, y compris la formation des professionnels aux techniques
pour obtenir du témoignage et à ses répercussions, une réflexion sur le rôle
et les mécanismes des procédures judiciaires de même que l’amélioration
de l’entente multisectorielle.

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