Thème 3 : La 3eme république avant 1914, un régime politique, un empire colonial
Chapitre 1 : La mise en œuvre du projet républicain
Retour sur les différents régimes politiques :
1792-1799 : première république
1799-1804 : consulat
1804-1815 : premier empire
1815-1848 : monarchie parlementaire
1848-1852 : deuxième république
1852-1870 : second empire
Cette affiche célèbre les 100 ans de la République française. Elle met en scène des éléments
symboliques qui insistent sur la prospérité apportée par le régime républicain.
On y voit notamment des anges, symboles d'harmonie et de paix, ce qui reflète une volonté de
représenter la République comme un régime bienveillant et stable. D’autres éléments visuels
évoquent les réussites de la révolution industrielle (machines, usines) et le développement de
l’agriculture, soulignant les progrès économiques et sociaux réalisés sous la République.
L’objectif de cette affiche est de convaincre les Français que la République est le seul régime
stable et légitime, en comparaison avec les instabilités monarchiques ou impériales du XIXe
siècle.
La Troisième République (1870–1940) se présente comme l’héritière directe de la Première
République (1792–1799). Elle revendique les valeurs de liberté, égalité et fraternité, tout en
s’inscrivant dans la continuité historique des luttes républicaines contre les régimes autoritaires.
Problématique : Comment la République s’est-elle enracinée entre 1870 et 1914 ?
I. 1870-1885 : l’enracinement de la République
A. 1870-1885 : Une république provisoire née de la défaite
2.9.1870 : défaite de Sedan
4.9.1870 : proclamation de la république
Après la défaite de 1870, les Allemands restent à Paris, mais l’annexion de l’Alsace et de la
Lorraine ne se fait pas immédiatement : il faut attendre la signature du traité de Francfort, en
mai 1871, pour qu’elle soit officielle.
👉 Pourquoi les Français n’ont-ils pas davantage résisté ?
Le général Trochu, chef de l’armée et du gouvernement de Défense nationale, veut continuer à
se battre, en particulier pour défendre Paris.
Mais des responsables politiques comme Léon Gambetta et Jules Ferry refusent de prolonger
la guerre, car la situation militaire est désespérée : l’armée est affaiblie, Paris est assiégée et la
population souffre.
De plus, le risque d’un effondrement total pousse les dirigeants à choisir la négociation et la
paix, même si cela implique des pertes territoriales. C’est ainsi que l’on décide de signer
l’armistice.
Il faut un gouvernement d’urgence, donc on organise tout de suite des élections.
En 1871 et 1876, la majorité des Français sont monarchistes, mais ils acceptent la République
car ils veulent avant tout arrêter la guerre.
Or, le programme des républicains propose de faire la paix avec l’Allemagne, ce qui convainc
une partie de la population de les soutenir, même s’ils ne sont pas tous républicains au départ.
Un nouveau gouvernement est mis en place car la France change de régime après la chute de
Napoléon III : c’est le début de la Troisième République.
Cependant, il n’y a pas encore de constitution officielle : il faudra attendre les lois
constitutionnelles de 1875.
Pendant ce temps, la France est occupée par les Prussiens. Il faut un président pour diriger le
pays : c’est Adolphe Thiers, élu en 1871. Il meurt en 1877.
Les Français votent principalement pour des hommes politiques favorables à la paix, car Paris
est encerclée par les Prussiens, dirigés par Bismarck.
Durant l’hiver 1870-1871, une famine terrible touche la population parisienne à cause du
siège. En mars 1871, une révolte populaire éclate à Paris : c’est la Commune.
La Commune de Paris est une insurrection menée par le peuple, qui rejette le pouvoir officiel et
réclame plus de justice sociale et d’égalité.
Les Parisiens de la Commune s’opposent à Adolphe Thiers car ils le considèrent comme
responsable de la défaite contre l’Allemagne. Thiers accepte la paix avec la Prusse, ce qui
entraîne la perte de l’Alsace-Moselle et l’occupation de la France. Il représente un pouvoir
conservateur, soutenu par les riches et les monarchistes, alors que les Communards défendent
des idées plus sociales et égalitaires. De plus, Thiers refuse de rester à Paris et installe son
gouvernement à Versailles, ce qui est vu comme un abandon. Enfin, il fait réprimer violemment
la Commune en envoyant l’armée contre les insurgés, ce qui renforce encore le rejet du peuple
parisien.
Les Communards : la Commune comme base de tout État.
Texte : Le manifeste du Comité central des 20-26 mars 1871. Ce manifeste repose sur les libertés
fondamentales : la liberté de parler, de s'associer, d'écrire, ainsi que le suffrage universel (qui
implique une égalité totale entre hommes et femmes, car à l'époque, les femmes n'ont pas de
droits politiques).
Le drapeau rouge symbolise le communisme. L'« assurance communale » rappelle les idées de
Marx et son programme de liberté, qui s'inscrit dans l'héritage de 1789.
L'expression "Les Communards : la Commune comme base de tout État" se réfère à l'idée selon
laquelle la Commune de Paris (1871) représente un modèle fondamental pour une organisation
politique et sociale future. Les Communards, qui étaient les membres de cette révolte, voulaient
instaurer un État basé sur des principes démocratiques et égalitaires, où les citoyens auraient un
contrôle direct sur le gouvernement.
La Commune de Paris, bien que brève (elle a duré seulement deux mois), a expérimenté des
idées telles que la gestion collective, le suffrage universel (notamment en intégrant les femmes
dans le processus électoral, bien qu’elles n’aient pas encore de droits de vote à l'époque), et la
mise en place de mesures sociales et économiques progressistes. L'idée d'une "base" signifie
qu'ils voulaient poser les fondations d'un nouveau type d'État, plus juste et plus égalitaire, que
ce soit en termes de liberté d'expression, de droit à l'éducation, de répartition des richesses ou
d'autogestion. Ils considéraient la Commune comme un modèle pour réorganiser la société sur
ces principes.
Il y a eu des femmes comme Louise Michel : institutrice, issue d'une famille bourgeoise (elle
était héritière de la maison de Maraucourt), mais elle ne fait pas partie du "petit peuple". Elle
n’hésite pas à prendre les armes. Elle participe activement aux combats aux côtés du peuple
parisien, s'opposant fermement au gouvernement de Thiers et à l'armée prussienne.
Paris devient un lieu de feu et de cendres, un quartier de résistance et de batailles. Les
Communards se révoltent contre le gouvernement, qui finit par fuir au château de Versailles. La
situation devient explosive, Paris est en proie à des incendies : le Palais des Tuileries disparaît
dans les flammes. Cela montre la violence avec laquelle les Communards s’opposent au
gouvernement et à l'armée. Ils détruisent les symboles qu'ils détestent, comme les bâtiments
impériaux.
La "Semaine sanglante" s'ensuit, au cours de laquelle les responsables de la Commune sont
arrêtés. On estime à 20 000 le nombre de morts, sous les ordres de Thiers. Ce massacre peut
être comparé à celui de la Première Révolution, où une répression violente a eu lieu contre les
insurgés.
La Semaine sanglante a eu lieu du 21 au 28 mai 1871. C'est durant cette période que l'armée
versaillaise a réprimé violemment la Commune de Paris, tuant entre 20 000 et 30 000
Communards et mettant fin à la révolte.
Louise Michel, lors de son procès, déclare : « C'est pour le peuple qu'on fait cela, pas pour nous
». Elle et d'autres Communards sont condamnés à la déportation, certains en Nouvelle-
Calédonie, comme elle.
Il est frappant de constater qu'aucune pitié n'est montrée, même pour les enfants. En tout, 538
arrestations ont eu lieu, 55 Communards ont été condamnés à des travaux forcés, et 5 ont été
déportés, dont Louise Michel.
Au mois de mai 1871, la signature du traité de Francfort met officiellement fin à la guerre
franco-prussienne. Ce traité, conclu entre la France et l’Allemagne, permet au gouvernement
français de détourner son attention du conflit extérieur pour se concentrer pleinement sur la
répression de la Commune de Paris.
B- 1871-1879 : affirmer la république
Le deuxième président de la Troisième République est Patrice de Mac Mahon, élu en 1873,
après la démission d’Adolphe Thiers. Contrairement à une idée reçue, Mac Mahon n’est pas
chef de la Commune, mais chef de l’armée versaillaise qui a réprimé la Commune de Paris en
mai 1871.
Mac Mahon est un militaire conservateur, monarchiste de cœur, et il porte un titre de
noblesse. C’est justement pour cette raison qu’il est choisi comme président : les monarchistes,
majoritaires à l’Assemblée nationale à l’époque, refusent de soutenir Thiers, devenu trop
républicain à leurs yeux. Ils veulent un homme plus proche de leurs idées, et Mac Mahon
apparaît comme une figure de compromis.
Il devient président dans un contexte de fortes tensions entre monarchistes et républicains. Les
monarchistes espèrent encore restaurer la monarchie, mais cela échoue, et en 1875, une série
de lois constitutionnelles établit officiellement la République. Le président de la République est
alors élu par le Parlement, c’est-à-dire par le Sénat et la Chambre des députés réunis.
Pourquoi n’a-t-on pas rétabli la monarchie après la chute de l’Empire ? À l’époque, cela
semblait possible, d’autant plus qu’on avait un prétendant : Henri V, comte de Chambord. Mais
le retour à la monarchie échoue à cause des divisions entre les légitimistes et les orléanistes.
Ces deux branches royalistes n’arrivent pas à se mettre d’accord sur le choix du roi ni sur les
symboles du régime.
Henri V, soutenu par les légitimistes, refuse de faire des compromis, notamment sur le drapeau
tricolore qu’il voulait remplacer par le drapeau blanc. Ce refus bloque toute tentative de
restauration monarchique.
Mac Mahon devient alors une figure de transition : un président conservateur, acceptable pour
les monarchistes, mais qui maintient la République. Finalement, en 1877, après une crise
politique avec les républicains, Mac Mahon démissionne et est remplacé par Jules Grévy, un
républicain. C’est à ce moment que les républicains triomphent définitivement des
monarchistes, et la République s’installe durablement.
C-Une république qui unifie et exclue
Après la crise de 1877 et la victoire des républicains, de grandes lois libérales sont mises en
place, ce qui contribue à faire accepter la République par la majorité des Français.
📰 Liberté de la presse
Loi du 29 juillet 1881
La liberté de la presse est définitivement garantie (sauf exceptions durant les deux
guerres mondiales). Cette loi marque une avancée majeure pour la démocratie.
🎓 École gratuite, laïque et obligatoire
1881 : l’école devient gratuite (loi Ferry)
1882 : l’école devient laïque et obligatoire jusqu’à 12 ans
Ces lois visent à former de futurs citoyens éclairés. Elles sont particulièrement
importantes pour les enfants des milieux ouvriers, souvent exclus jusque-là de
l’enseignement.
💔 Divorce rétabli
Loi du 27 juillet 1884 (loi Naquet)
Le divorce, interdit sous le Second Empire, est de nouveau autorisé. On commence à
s’intéresser à la condition féminine, notamment en cas d’infidélité ou de mauvais
traitements du mari.
🤝 Liberté syndicale
Loi Waldeck-Rousseau du 21 mars 1884
Les syndicats sont désormais autorisés, ce qui renforce les droits des ouvriers et permet
aux travailleurs de s’organiser pour défendre leurs intérêts.
Toutes ces lois témoignent d’un tournant démocratique majeur. Elles sont fortement
influencées par la montée des républicains progressistes et des socialistes à la Chambre des
députés. C’est à partir de cette période que la République devient un régime accepté, puis
défendu par une large partie du peuple français.
L’école devient un outil fondamental pour ancrer les valeurs républicaines chez les enfants. Elle
est désormais gratuite, laïque et obligatoire (lois Ferry de 1881-1882), et elle a aussi une
fonction idéologique : former de « bons républicains ».
L’enseignement est désormais organisé par la mairie et partagé entre filles et garçons, mais de
manière différenciée.
L’école prépare les garçons à devenir des soldats citoyens : dès l’âge de 7 ans, ils ont des
exercices militaires et une heure de travail manuel. On sent une volonté de préparer la
revanche contre l’Allemagne, notamment pour récupérer l’Alsace et la Lorraine,
perdues en 1871.
Les petites filles, elles, sont formées à devenir bonnes mères de famille. Elles
apprennent à coudre, passent une demi-heure de moins que les garçons sur la langue
française et l’écriture.
À travers l’école, la République transmet l’amour de la patrie, la défense des institutions
républicaines et un sens du devoir national. L’objectif est clair : faire aimer la République et
préparer les futures générations à la défendre.