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Memoire

Le document examine le non-respect des droits des détenus militaires en République Démocratique du Congo, en particulier concernant les conditions de détention préventive, qui sont souvent inhumaines et prolongées sans justification légale. Il souligne que la détention préventive, censée être exceptionnelle, est abusivement utilisée par les magistrats militaires, entraînant des violations des droits de l'homme. Le mémoire appelle à une réforme législative pour garantir le respect des droits des détenus et améliorer les conditions de détention.

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Le document examine le non-respect des droits des détenus militaires en République Démocratique du Congo, en particulier concernant les conditions de détention préventive, qui sont souvent inhumaines et prolongées sans justification légale. Il souligne que la détention préventive, censée être exceptionnelle, est abusivement utilisée par les magistrats militaires, entraînant des violations des droits de l'homme. Le mémoire appelle à une réforme législative pour garantir le respect des droits des détenus et améliorer les conditions de détention.

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Page |1

INTRODUCTION

0. PRESENTATION DU SUJET
Tous les détenus doivent être traités avec le respect dû à la dignité et à la valeur inhérente
à la personne humaine.

Aucun détenu ne doit être soumis à la torture ni à d’autres peines ou traitements cruels,
inhumains ou dégradants. Tous les détenus doivent être protégés contre de tels actes, qui ne
peuvent en aucun cas être justifiés par quelque circonstance que ce soit.1

Cette disposition du conseil des droits de l’homme ouvre la voie à l’image que doit
revêtir toutes les formes de détention en République Démocratique du Congo.

En effet, la République Démocratique du Congo par l’exposé de motif de sa constitution


du 18/02 /2006 réaffirme son attachement aux droits humains et aux libertés fondamentales tels
que proclamés par les instruments juridiques internationaux auxquels elle a adhéré. Aussi, elle
a intégré ces droits et libertés dans le corps même de sa Constitution.

Ce mémoire fournit un diagnostic alarmant quant au non-respect des normes tant


nationales qu’internationales, en ce qui concerne les conditions de détention des militaires
incarcérées et de la légalité de la détention préventive.

Il sera ainsi question, de saisir la portée et l’étendue de la détention préventive militaire


en RDC ; d’analyser les conditions de détention dans lesquelles les détenus préventifs militaires
vivent et de déterminer sa conformité face aux instruments juridiques nationaux et
internationaux.

La détention préventive ou provisoire selon les cas, en procédure pénale militaire, est
une mesure de détention, généralement exceptionnelle, prise par l’officier du ministère public
militaire, visant à emprisonner un militaire ou assimilé jusqu'à la fin du procès sans que sa
culpabilité ne soit forcement avérée.

1
Conseil des droits de l’homme, 30ème session, 10 août 2015, Rapport annuel du Haut-Commissaire des
Nations Unies aux droits de
l’homme et rapports du Haut-Commissariat et du Secrétaire général : « Incidences de l’incarcération excessive et
de la surpopulation
carcérale sur les droits de l’homme ».
Page |2

Elle est l'incarcération que subit le militaire présumé d'une infraction avant qu'il ne soit
statué définitivement sur le fond2.

Les militaires placées en détention préventive sont détenus dans le cadre de l’enquête
pénale et dans l’attente de leur procès par l’officier du ministère public militaire.

La détention préventive n’est donc pas une sanction mais une mesure visant à protéger
la procédure pénale3.

Cependant, cette mesure inflige des souffrances atroces aux inculpés alors que les faits
à leur charge n’ont pas été avérés. Ces souffrances, issues des conditions de détention
déplorable, remets en question l’engagement de la RDC à faire respecter sur son territoire les
règles adoptés par elle en matière de droits de l’homme.

De plus, la détention préventive intervient à un moment où la culpabilité est encore


incertaine puisque la procédure peut s’achever par une décision d’acquittement en faveur de
l’inculpé. Cet aspect devrait donc suffire à favoriser le plus grand respect des détenus, leur
culpabilité n’étant pas avérée.

L’atteinte à la liberté individuelle d’aller et venir qu’elle entraîne est grave et est parfois
anormalement longue. Elle peut être considérée comme abusive lorsque les personnes en charge
du placement en détention préventive ne respectent pas pleinement les règles qui l’encadrent.

L’article 11 de la Déclaration universelle des droits de l’homme stipule que toute


personne accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité soit
établie au cours d’un procès public où toutes les garanties à sa défense lui seront assurées4.

De ce fait, en attendant son procès, il semble légitime que le dossier de l’inculpé soit
traité dans le respect total non seulement de la procédure mais aussi des règles relatives au
respect des droits de l’homme.

Malheureusement, la procédure pénale militaire favorise dans son essence ces abus. En effet,
la détention préventive ordonnée par les magistrats militaires est généralement d’une trop
longue durée.

2
Jean Pradel, l’instruction préparatoire, Cujas, Paris, 1990, p.587.
3
Dominique Terré, Jean Carbonnier et la procédure pénale, dans l’année sociologique 2007/2(Vol.57) pp 455,470.
4
Article 11 de la déclaration universelle des droits de l’homme.
Page |3

La procédure ne laisse pas aux personnes détenues la possibilité de saisir un juge pour
faire examiner la régularité de leur détention.

Dans tous les cas, un tel examen n’est pas possible avant une année de détention
préventive.
Les personnes poursuivies devant les juridictions militaires passent donc de longues
périodes en détention préventive sans la possibilité de savoir à quel moment le magistrat
instructeur compte les envoyer en jugement ni même s’il a l’intention de le faire.

Les magistrats qui refusent de soumettre la détention provisoire au contrôle judiciaire


avant l’expiration d’une année au moins justifient leur action sur le fondement de l’article 209
du Code judiciaire militaire qui permet à l’auditorat militaire de proroger la détention
préventive pour un mois et ainsi de suite, de mois en mois, lorsque les devoirs d’instruction
dûment justifiés l’exigent tant que le magistrat instructeur estime nécessaire de maintenir
l’inculpé en détention.5

Au vues des stipulations de l’article 209 du code judiciaire militaire, pour les infractions
dont le taux de la peine n’est pas supérieure à deux mois de servitude pénale, la détention
préventive ne peut être prorogée qu’une fois. Ce qui n’est pas le cas dans la pratique où même
les faits dont le taux de la peine n’excèdent pas 2 mois de servitude pénale, sont prorogés de
mois en mois jusqu’à 12 mois et plus.
L’interprétation trop large qui est faite de cette disposition par les magistrats militaires,
les amène à mettre les besoins de l’instruction devant la nécessité de respecter les droits des
personnes poursuivies6.

Les déficiences graves dans l’alimentation, l’hygiène, les soins de santé transforment
les centres de détention en véritables lieu ou sont regroupés des personnes destinés à mourir.
Même pour des faits bénins comme l’abandon de poste, les douze mois d’emprisonnement

5
L’article 209 du code judicaire militaire stipule : « si l’instruction de l’affaire doit durer plus de 15 jours et que
le magistrat instructeur militaire estime nécessaire de maintenir l’inculpé en détention, il en réfère à l’auditeur
militaire. Celui-ci statue sur la détention provisoire et décide sur sa prorogation pour un mois ; et, ainsi de suite,
de mois en mois, lorsque les devoirs d’instruction dûment justifiés l’exigent. Toutefois, la détention préventive ne
peut être prorogée qu’une fois si le fait ne parait constituer qu’une infraction à l’égard de laquelle la peine prévue
par la loi n’est pas supérieure à deux mois de servitude pénale.
Si la peine prévue est égale ou supérieure à six mois, la prolongation de la détention préventive ne peut dépasser
douze mois consécutifs.
Dépassé ce délai, la prorogation est autorisée par la juridiction compétente. A tout moment, le détenu préventif
peut demander à l’auditeur militaire sa remise en liberté ou sa mise en liberté provisoire. »
6
Une étude d’AfriMAP et de l’Open Society Initiative for Southern Africa effectué par Marcel Wetsh’okonda
Koso, La justice militaire et le respect des droits de l’homme, OPEN SOCIETY INSTITUTE, p11.
Page |4

minimum de détention préventive en procédure pénale militaire revient à une condamnation à


mort, tant les risques de décéder en prison sont élevés.

Quant à nous, nous recenserons les différents abus relatifs aux violations des conditions de
détentions des détenus préventifs militaire face au non-respect des droits de l’homme dans
l’optique de prévenir ces abus tout en proposant des recommandations, des remèdes aux maux
dont souffrent le système judiciaire et pénitentiaire congolais et pour lesquels un traitement
d’urgence est imminent.

1. PROBLEMATIQUE
En recherchant les causes de nombreux placements et maintiens en détention préventive
exagérément prolongée en procédure militaire, nous nous sommes rendus compte que l’abus
par les magistrats militaires du recours à la détention préventive, les retards dans la procédure
d’instruction, le peu d’assistance par un avocat, le manque d’effectif de magistrats militaires et
les conditions déplorables de détention préventive non conforme au respect des droits de
l’homme causent problème.

En effet, l’abus par les magistrats militaires du recours à la détention préventive qui
pourtant en vertu du Droit international et national est une mesure exceptionnelle de privation
de liberté, elle ne doit donc pas être la règle générale. Malheureusement, très peu de magistrats
se préoccupent des divers aspects qui sont à prendre en considération pour évaluer si la
détention préventive s’impose ou pas7.

Les retards dans la procédure d’instruction contribuent certainement aussi le plus


souvent à rallonger la durée de la détention préventive8. Des nombreuses personnes sont
arrêtées mais ne sont traduites devant un tribunal qu’après au moins une année de détention9 et
ce pour les chanceux.

Des nombreux détenus sont tout simplement oubliés. Ils passent ainsi deux, trois,
quatre… ans en détention préventive, ce qui est inacceptable.

Ce retard est causé par le mauvais fonctionnement de la justice militaire.

7
En vertu du Code de procédure pénale congolais, l’inculpé ne peut être mis en état de détention préventive que
si :
a) il existe à son égard des indices sérieux de culpabilité et ;
b) le fait paraisse constituer une infraction que la loi réprime d’une peine de six mois de servitude pénale au moins.
8
MONUC, Section des droits de l’homme, Rapport sur la détention dans les prisons et cachots de la RDC, Avril
2004.p16
9
Art 209 op cit.
Page |5

Le droit à un défenseur de son choix est théoriquement garanti mais dans la pratique ce
principe souffre de nombreuses limitations10.

Le peu d’assistance par un avocat dans la procédure militaire est certainement aggravés
par le fait que les défenseurs doivent nécessairement faire partie de l’ordre militaire or ils ne
sont pas nombreux.

Les magistrats militaires sont trop peu nombreux, alors qu’ils sont appelés à couvrir de
vastes ressorts.

De plus les magistrats militaires se retrouvent dans l’obligation d’obéir aux ordres de
leur hiérarchie compromettant ainsi l’indépendance de la justice qu’ils sont censés rendre.

Ce manque d’indépendance, toujours actuel, a caractérisé plus particulièrement la Cour


d’ordre militaire (COM) qui a opéré dans les territoires restés sous le contrôle du Gouvernement
central. Un nombre non négligeable de détenus dans des prisons de la RDC sont en fait des
militaires condamnés ou placés en détention préventive par la COM11.

Enfin, les conditions de détention préventive ne répondent pas aux normes


internationales relatives aux droits de l’homme. Les déficiences graves dans l’alimentation,
l’hygiène, les soins de santé transforment les centres de détention en véritables lieu ou sont
regroupés des personnes destinés à mourir.

Les questions que nous nous posons sont les suivantes :

 La législation congolaise en matière de détention préventive militaire est-elle réellement


constitutionnelle et répond-elle aux exigences internationales ?

10
MONUC,op cit, p17.
11
Créée par le décret-loi n°019 du 23 août 1997 en vue de faire face à “l’urgence et impérieuse nécessité de
parachever les opérations de consolidation des positions conquises par la 50ème Brigade des forces armées”, la
Cour d’Ordre Militaire a assumé sa mission jusqu’à sa dissolution en avril 2003. La pratique judiciaire développée
par la COM a accentué voire abusé de pouvoirs exorbitants, violant ainsi systématiquement les normes des droits
de l’homme sur l’administration de la justice. Cette tendance s’est davantage accrue du fait de la guerre. Parmi ces
graves dysfonctionnement, ont été relevés toute sorte de dérapages : - confusion entre le siège et le parquet avec
mainmise de celui-là sur celui-ci ; - extension inconsidérée de la compétence territoriale, matérielle et personnelle
de la cour; - exécution (quasi) sommaire des décisions de condamnation (même capitale) intervenant quelquefois
sans jugements rédigés et motivés et sans qu’il ne soit certain que toutes les garanties de bonne administration de
la justice et de défense ont été respectées; - réduction considérable de l’indépendance des magistrats (traqués par
des mesures ou sanctions disciplinaires irrégulières ou des arrestations et détentions illégales); - décisions iniques
rendues sous la pression des autorités politiques ou des circonstances; - décision prononcée en premier et dernier
ressort; - etc. Il en résulte que l’on peut considérer qu’une grande proportion des militaires encore emprisonnés
aujourd’hui n’a pas bénéficié d’un procès équitable répondant aux normes internationales en la matière, ce qui
soulève la question d’une éventuelle révision de leur procès ou de l’adoption de mesures de grâce.
Page |6

 Comment lutter contre les différents abus que subissent les détenus préventifs
militaires ?

2. HYPOTHESES
La détention préventive est une mesure privative de liberté nécessaire surtout
en Droit procédural militaire congolais.

Cependant, le problème est l’encadrement de cette mesure qui est trop large.

Nous disons ainsi donc :

 La détention préventive est instituée par la constitution congolaise en son article 1712.
Cela dit, le problème est l’interprétation trop large de l’article 209 du code judiciaire
militaire qui est manifestement inconstitutionnel et son abrogation devrait s’imposer.
La détention préventive devant les juridictions militaires devrait être soumise à un
nouveau cadre juridique qui prévoie le droit pour la personne poursuivie de soumettre
sa détention préventive à l’examen d’un juge du siège dans les meilleurs délais. Un
tel examen doit comporter l’obligation du magistrat instructeur de prouver les besoins
de l’instruction dont il demande la poursuite et la possibilité pour la personne poursuivie
de le contester.
 Les différents abus en matière de détention préventive militaire résultent du délai trop
long de détention et des conditions inacceptables de détention non conformes aux droits
humains. Pour résoudre ce problème, il faudrait réduire le délai de détention et
soumettre les différents centres de détention aux normes internationales régissant les
centres pénitentiaires.

3. CHOIX ET INTERET DU SUJET


1. CHOIX
La question de la détention préventive peut prêter à confusion surtout en Droit
militaire où, vu le temps que dure la détention préventive, elle peut être confondue à la
servitude pénale.

L’ignorance des militaires détenus sur leurs droits en matière de détention,


l’insuffisance du personnel judiciaire, le non-respect des règles qui encadrent la détention

12
La constitution de la république démocratique du Congo en son article 17 déclare que la liberté individuelle est
garantie. Elle est la règle et que la détention est l’exception.
Page |7

préventive et les conditions difficiles dans lesquelles les détenus préventifs sont buttés a
fortement attiré notre attention.

La détention préventive intervient au début de la phase pré juridictionnelle, elle fait


partie donc des mesures qui démontrent la sérosité et l’efficacité de l’appareil judiciaire
congolais. Ainsi, elle aurait dû être irréprochable dans tous ses aspects.

Malheureusement, les militaires placés en détention préventive y restent parfois


indéfiniment. Vulnérables du fait de leur indigence, la plupart des inculpés ne disposent pas des
ressources financières suffisantes pour s’offrir les services d’un défenseur.
Bien qu’il y ait une structure préétablie, la difficulté se trouve dans l’application et le respect
de ladite notion.

2. INTERET
Le choix porté sur le sujet « LA DETENTION PREVENTIVE EN PROCEDURE
PENALE MILITAIRE FACE AU RESPECT DES DROITS DE L’HOMME : ANALYSE
CRITIQUE ET PERSPECTIVE» présente un intérêt relatif a trois niveaux :

1. Intérêt personnel : Entant qu’étudiant, ce sujet nous tient particulièrement à cœur car il nous
permettra non seulement d’approfondir nos connaissances sur le droit procédural militaire mais
aussi de jouer un rôle actif dans l’évolution de cette notion si importante mais mal encadrée et
ce dans l’espoir de voir, grâce à nos recommandations, la situation évoluer dans le bon sens.

En effet, les normes qui concernent le traitement des personnes détenues ou


emprisonnées font l’objet de divers instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme13.
Ces instruments ont été adoptés pour favoriser le respect de la dignité de tous les êtres humains,
y compris des personnes accusées d’infraction. Ainsi, les personnes accusées d’infraction
bénéficient de garanties spécifiques et ça nous révolte de constater que les lois qui sont censé
diriger notre système judiciaire sont bafoué et ignoré et ce sans aucune conséquence.

2. Intérêt scientifique : Ce travail propose d’une part des explications théoriques sur la notion
de la détention préventive militaire.

Il fait une analyse critique sur la forme qu’a la détention préventive militaire en RDC et
d’autre part, il propose des recommandations, des remèdes éventuels aux maux dont souffre le
système judiciaire militaire congolais.

13
MONUC,op cit p7.
Page |8

3. Intérêt social : Ce travail permettra d’informer tous ses lecteurs plus précisément ceux visé
par notre étude : les militaires et le personnel judiciaire militaire et pénitentiaire, dans le but
d’appréhender la notion sous une perspective différente.

Nous nourrissons l’espoir que notre analyse permettra d’apporter un vent nouveau sur
connaissances acquises sur la question de la détention préventive et sur le processus visant en
mettre en pratique cette notion en procédure pénale militaire. Mais nous espérons surtout voir
les choses changer et ce dans la bonne direction.

4. ETAT DE LA QUESTION
L’état de la question s’engage dans une démarche à deux dimensions qui consiste d’une
part, à prendre connaissance des travaux qui ont été réalisés sur le thème spécifique qui fait
l’objet de sa recherche et d’autre part, à se forcer de mettre la main sur des ouvrages de synthèse
qui font le point sur les grandes questions qui encadrent l’état de la question retenue14.

Dans le but de mener à bien notre étude, nous avons consulté les publications suivantes :

1. « DE LA PARTICULARITE DE LA DETENTION PREVENTIVE EN


PROCEDURE PENALE MILITAIRE CONGOLAISE » 2014-2015 présenté par
MAJAMBO KAMENGA Gaël, Université de Lubumbashi.

Le chercheur met en lumière les particularités de la détention préventive militaire.

Il vise surtout à fournir aux justiciables des juridictions militaires quelques des notions ayant
traits à la procédure pénale militaire.

2. « DE LA DETENTION PREVENTIVE » 2010-2011 présenté par MWAKA AMISI


Gédéon, Université du Kivu.

Le chercheur parle de la détention préventive en procédure pénale où il met en exergue


les différents aspects de la détention préventive, il va s’intéresser aux détenus de la prison
MUNZENZE de Goma (Nord-Kivu /RDC) afin de démontrer les conditions misérables dans
lesquelles ils vivent dans le but d’en ressortir un remède.

Après ses investigations, il se rend compte que les conditions de détention à la prison
MUNZENZE/Goma sont non seulement mauvaises mais porte également atteinte aux droits du
détenu à la dignité humaine.

14
J.P FRANGIER, comment réussir un mémoire, Dunod, Paris, 1986, p17.
Page |9

3. « LA PROBLEMATIQUE DE LA DETENTION PROVISOIRE» 2007-2008


présenté par Oumar KONE, Université Nancy II.

Le chercheur étudie les conditions générales de la détention provisoire.

Il aborde les conditions de placement en détention préventive ainsi que sa durée.

Il envisage ensuite la détention dans la pratique et le système réparateur en cas de préjudice


subi.

 DEMARCATION

Notre travail va se démarquer de ces trois travaux en ce qu’il va analyser les conditions
de détention dans lesquelles les détenus préventifs militaires vivent, déterminer la conformité
ou non de la détention préventive militaire face aux instruments juridiques nationaux et
internationaux tout en saisissant la portée et l’étendue de la notion en procédure pénale militaire.

5. METHODOLOGIE
La méthode est une manière de conduire la pensée, un ensemble de démarche raisonnée
et suivies, pour parvenir à un but15.

Dans le cadre de notre travail, nous allons principalement nous référer à la constitution
de la RDC, au code judiciaire militaire, aux différents rapports internationaux des nations unies
en matière de détention et des droits de l’homme.

Ainsi, afin de rendre plus aisé notre recherche, nous utiliserons la méthode et les techniques
suivantes :

 La méthode juridique : elle consiste à éclairer le texte à partir des textes légaux.
Cela nous permettra, en nous réfèrent à la loi, de comprendre dans quel contexte la
détention préventive militaire est mise en œuvre.
 La technique d’interview : elle consiste en une interrogation orale directe d’une
personne par une autre ; l’interview sera dirigée.
 La technique de l’entretien libre : elle consiste à un entretien libre avec les
spécialistes ou praticiens du domaine de recherche.
 La technique documentaire : met le chercheur en présence des documents
supposés contenir les informations recherchés.

15
[Link], principes d’une réalisation méthodique du droit privé, Dalloz, Paris, 1991, p.4
P a g e | 10

 La technique de la webographie : cette technique met l’accent sur les ressorts de


l’informatique juridique documentaire (technique d’internet)16.

6. DELIMITATION DU TRAVAIL
Cette limitation de notre étude est la caractéristique de la méthodologie qui a influencé
l'interprétation des résultats de notre recherche.

Ce sont des contraintes sur la réalisabilité, les applications à la pratique et à l'utilité des
fins qui sont le résultat de la façon dont nous avons initialement choisi de concevoir notre étude.

Ainsi, il sera question d’analyser la notion de la détention préventive militaire à


l’auditorat militaire de garnison de Lubumbashi, en RDC.

Il sera également question de déterminer la régularité et la conformité de la détention


préventive militaire face au respect des droits de l’homme. Cette étude sera menée à la prison
centrale de Kassapa à Lubumbashi, RDC.

7. ANNONCE DU PLAN
Notre travail sera délimité de cette manière :
Chapitre premier : Considération générale sur la détention préventive en procédure pénale
militaire.
Chapitre deuxième : La détention préventive en République Démocratique du Congo face aux
respects des droits de l’homme.

Chapitre troisième : L’impact du dysfonctionnement du système carcéral congolais sur les


détenus préventifs militaire de la prison centrale de Kassapa/Lubumbashi.

16
NKWANDA MUZINGA, Cours d’initiation à la recherche scientifique , G2 Droit, Université de
Lubumbashi, inédit,2018-2019, p.72.
P a g e | 11

CHAPITRE PREMIER : CONSIDERATION GENERALE SUR LA


DETENTION PREVENTIVE EN PROCEDURE PENALE
MILITAIRE
La procédure pénale militaire, comme branche du droit pénal, est fondé sur le principe
de la légalité et est de stricte interprétation.

La détention préventive faisant partie de la procédure pénale militaire, il est raisonnable


d’analyser de prime abord cette dernière.

Les seuls actes en vertu desquels un prévenu peut être détenu sont ceux prévus par le
code judiciaire militaire.

Qui est militaire en droit congolais ?

L’Ordonnance n° 10/047 du 23 juin 2010 instituant le port des grades et insignes


distinctifs au sein des Forces Armées de la République Démocratique du Congo détermine
et délimite le statut de militaire en RDC. Il énumère également les différents grades et insignes
des militaires en RDC.

Les grades au sein des Forces Armées de la République Démocratique du Congo sont
classifiés suivant six catégories à savoir17:
- Les officiers généraux;
- Les officiers supérieurs;
- Les officiers subalternes;
- Les sous-officiers;
- Les gradés;
- Les soldats.
La catégorie des officiers généraux est constituée des officiers revêtus du grade de :
- Général d'Armée ou Grand Amiral ;
- Lieutenant-général ou Amiral;
- Général-major ou Vice-amiral;
- Général de Brigade ou Contre-amiral18
La catégorie des officiers supérieurs est constituée des officiers revêtus du grade de :

17
L’Ordonnance n° 10/047 du 23 juin 2010 instituant le port des grades et insignes distinctifs au sein des Forces
Armées de la République Démocratique du Congo, Art.1
18
[Link]. Art 2
P a g e | 12

- Colonel ou Capitaine de Vaisseau;


- Lieutenant-colonel ou Capitaine de Frégate;
- Major ou Capitaine de corvette.19
La catégorie des officiers subalternes est constituée des officiers revêtus du grade de :
- Capitaine ou Lieutenant de vaisseau;
- Lieutenant ou Enseigne de vaisseau de 1ere Classe;
- Sous-lieutenant ou Enseigne de vaisseau de 2ème Classe.20
La catégorie des sous-officiers est constituée des sous-officiers revêtus du grade de:
Pour les sous-officiers de 1ère classe:
- Adjudant-chef ou Maître Chef principal;
- Adjudant de 1ère Classe ou 1er Maître principal;
- Adjudant ou Maître Chef.
Pour les sous-officiers de 2ème classe:
- 1er Sergent-major ou 1er Maître;
- Sergent Major ou 2ème Maître ;
- 1er Sergent ou Maître
Pour 1es sous-officiers de 3ème Classe:
- Sergent ou Quartier-maître21
Les militaires ci hauts énumères portent sur leurs uniformes des insignes de grades qui les
différencient les uns des autres.

SECTION 1: NOTION
Lorsqu’une infraction est commise, il faut rétablir l'équilibre social qui a été troublé en
réprimant le délinquant et en rétablissant la victime dans ses droits.

Cette réaction ne se fait pas de manière arbitraire, mais plutôt par les organes chargés
de la répression.

L'Etat seul assume la responsabilité de l'ordre public et du bien commun. Ainsi, en face
d'une infraction il n’est pas question d’'une vengeance privée.

Le pouvoir public a donc le monopole dans l'œuvre de la répression.

19
[Link]. Art 4
20
[Link]. Art 6
21
[Link]. Art 8
P a g e | 13

Pour punir un délinquant, il faut au préalable l'avoir interrogé, avoir enquêté sur les
circonstances tant objectives que subjectives de la commission de l'infraction.
Autant de devoirs que la force d'une seule personne ne peut remplir.

L'Etat a institué trois organes distincts concourant à une même fin. Il s'agit de la police
judiciaire militaire, de l’auditorat et des cours et tribunaux militaires.

Sous réserve des dispositions du Code Judiciaire Militaire, la procédure applicable


devant les juridictions militaires est celle du droit commun.

La procédure pénale militaire étant une matière vaste, nous ne serons pas à même d'en
épuiser sous cette section toutes les notions. Nous allons tenter d’en donner un condensé plus
ou moins bref. Il sera donc question d’analyser la procédure pénale militaire pendant
l'instruction pré juridictionnelle, pendant l'instruction juridictionnelle et le prononcé du
jugement.

§1. L’INSTRUCTION PREJURIDICTIONNELLE


L'instruction pré juridictionnelle comprend l'étape de la recherche des infractions,
l'instruction du dossier judiciaire et les conclusions auxquelles le ministère public militaire peut
aboutir à l'issue de son instruction.

Elle se déroule successivement en deux étapes, devant l'officier de police judiciaire


militaire puis devant le ministère public militaire. L'instruction qui se fait devant l’officier de
police judiciaire s'appelle instruction préliminaire et celle devant le ministère public est
l'instruction préparatoire.

L’instruction pré juridictionnelle est menée successivement par les deux organes
précités dont leurs actions respectives seront étudiées ci-dessous.

I. LES ORGANES CHARGES DE LA REPRESSION PENDANT


L'INSTRUCTION PREJURIDICTIONNELLE

Il existe en procédure pénale militaire congolaise deux organes chargés de l’instruction :


c’est la police judiciaire militaire (officier de police judiciaire militaire) et le ministère public
militaire (l’auditeur militaire). Cette démarche comprend deux phases : que ce soit du côté de
Droit commun comme du côté militaire les OPJ travaillent sous la responsabilité et la
surveillance de l'Officier du Ministère Public.
P a g e | 14

A. LES OPJ MILITAIRES

Sous l’autorité du Ministère Public Militaire, les officiers de police judiciaire militaire
exercent, dans les limites de leurs compétences, les pouvoirs déterminés par le Code Judiciaire
Militaire.

a) Qui est OPJ militaire22 ?

Ont qualité d’officiers de police judiciaire des Forces Armées, les officiers, sous-
officiers des Forces Armées et agents assermentés des différents services des Forces Armées
pour l’exercice des missions particulières qui leur sont dévolues par les lois et règlements. Dans
ce dernier cas, ils n’ont d’action que sur les infractions commises dans leurs unités ou services
respectifs ou sur des personnes placées sous leur commandement et dans la zone territoriale
leur assignée pour l’exercice de leurs fonctions administratives.

b) Quel est leurs missions ?

Les officiers de police judiciaire militaire accomplissent leurs missions conformément


aux dispositions prévues au Chapitre premier du Code de Procédure Pénale et sur réquisition
des autorités visées aux articles 131, 181 et 183 du Code judiciaire militaire.

Mais de manière générale, la police judiciaire militaire est chargée de rechercher et de


constater les infractions à la loi pénale militaire, en recueillir les preuves, et les acheminer
devant le ministère public militaire.

Contrairement aux dispositions de l’article 9 du Code de Procédure Pénale ordinaire, les


officiers de police judiciaire militaire ne peuvent, en aucun cas, proposer une amende
transactionnelle aux justiciables des juridictions militaires pour les affaires de la compétence
de ces juridictions.

L’Auditeur Militaire peut prescrire, par instructions écrites, aux officiers de police
judiciaire militaire de procéder, même de nuit, à des perquisitions et saisies dans les
établissements militaires ou tous autres lieux qui leur sont désignés.

22
[Link]. art 135
P a g e | 15

A. LE MINISTERE PUBLIC MILITAIRE.


a) Qui est ministère public militaire ?

Le ministère public militaire est tout magistrat du parquet militaire. On l'appelle aussi
magistrat débout par opposition au magistrat assis ou du siège23, car il se met débout lors des
audiences des cours et tribunaux pour prendre la parole.

b) Quel est leurs missions?

L'Officier du Ministère Public dispose des mêmes pouvoirs que ceux de Droit commun.
Le magistrat militaire est tenu dans la conduite de l'instruction préparatoire aux mêmes devoirs
que les magistrats instructeurs de droit commun24.

Le Ministère public militaire exerce l’action publique et requiert l’application de la loi.


Il est représenté devant chaque juridiction militaire.

 Il assiste aux débats des juridictions militaires,


 Il prend des réquisitions écrites dans les conditions prévues par la loi,
 Il présente librement les observations orales,
 Il assure l’exécution des décisions de justice.

Toutes les décisions sont prononcées en sa présence.

B. LES AUXILIAIRES DE LA JUSTICE MILITAIRE25.


 Le greffe,
 Le secrétariat,
 Les agents de la police judiciaire militaire,
 Les défenseurs,
 Les experts, interprètes et traducteurs.

23
LUZOLO BAMBI LESSA, Procédure pénale, Issablaise multimédia, Kinshasa, 1999, p.19.
24
Art 17 et 169 du code judiciaire militaire.
25
Art 53 [Link].
P a g e | 16

II. LE DEROULEMENT DE L'INSTRUCTION PREJURIDICTIONNELLE

Pendant cette phase de la procédure pénale militaire, le magistrat instructeur procède


à la recherche des traces de l'infraction, des personnes qui l'ont commise, des éléments de
l'instruction. Ensuite, il rassemble les indices sérieux de culpabilité qui le conduiront s'il y a
lieu à placer les auteurs présumés coupables en détention préventive. Enfin, l'instruction
préjuridictionnelle prend fin par l'une des conclusions ci-après auxquelles le ministère public
peut arriver : l'envoi du dossier en fixation devant le tribunal compétent ; le classement du
dossier sans suite et ; le transfert à un autre auditorat.

En d'autres termes, toutes ces séries d'actes accomplies par le magistrat instructeur
constituent en somme la mise en mouvement de l'action publique.

A. LA RECHERCHE DES INFRACTIONS.

Cette tâche est dévolue à l’OPJ militaire et au ministère public. L'expression « recherche
des infractions » porterait à croire que l'officier de police judiciaire ou le ministère public se
livrerait à sillonner toutes les rues de son ressort pour se saisir de toute infraction qui se laisserait
apercevoir par ses yeux.

Cependant, la lecture attentive des articles sus évoqués nous amène à comprendre que
l'expression précitée fait plutôt allusion aux modes selon lesquels ces organes chargés de la
répression peuvent se saisir des infractions.

De ce qui précède, l'officier de police judiciaire ou le ministère public peut se saisir des
actes qui vont à l'encontre de la loi pénale soit d'office, soit en recevant des plaintes ou des
dénonciations.

A cela, ajoutons que l'officier de police judiciaire doit, après avoir instruit le dossier, le
transmettre à l'officier du ministère public. Ce qui veut dire que ce dernier peut aussi se saisir
d'une infraction par ce fait.
P a g e | 17

B. L'INSTRUCTION DU DOSSIER JUDICIAIRE PAR LE MINISTERE


PUBLIC

a) Comparaison et audition des parties en cause

Lorsque le magistrat instructeur s'est saisi d'une infraction, la première de chose est de
faire comparaître devant lui l'auteur présumé des faits infractionnels et la partie qui s'estime
lésée s'il y en a une. Pour ce faire, l'article 182 al2 du code de procédure pénale militaire prévoit
le mandat de comparution uniquement contre les auteurs présumés des infractions. Quant à la
partie lésée, la loi est muette. Néanmoins, dans la pratique, le ministère public fait usage de
« convocation » pour y parvenir.

Le mandat de comparution et la convocation ont donc pour objet de mettre


respectivement l'inculpé et le plaignant en demeure de se présenter devant l'officier du ministère
public à la date et à l'heure indiquée par ces actes.

L'article précité à ses alinéas 3 parle du mandat d'amener. Celui-ci est délivré contre
l'inculpé lorsque :

1° Il a fait au départ objet de mandat de comparution et qu'il n'a pas répondu à celui-ci. La
pratique veut à ce que le mandat d'amener n'intervienne qu'au moment où l'intéressé n'a pas
satisfait à trois mandats de comparution consécutifs ;

2° Il existe contre lui des indices graves de culpabilité et que l'infraction soit punissable de deux
mois de servitude pénale au moins.

Le mandat d'amener est en effet l'ordre donné à la force publique par celui qui l'a délivré
de conduire immédiatement devant lui dès l'arrestation, la personne qui y est désignée. Il faudra
également note que ces différents mandats doivent être notifiés et les mentions de cette
notification doivent être faite au procès-verbal de l’interrogatoire. En temps de guerre, la
notification n’est pas prescrite.

Après avoir fait comparaître les parties en cause, le magistrat instructeur doit les
interroger. Il peut le faire séparément ou en les confrontant. L'interrogatoire ou l'audition
consiste à prendre les déclarations d'un justiciable sur procès-verbal appelé « procès-verbal
d'audition ou d'interrogatoire ».
P a g e | 18

Signalons que tant l'inculpé que la victime, ont droit de se défendre eux-mêmes ou de
se faire assister d'un défenseur de leur choix et ce, à tous les niveaux de la procédure pénale.

Toute personne à interroger doit d'abord être identifiée puis viendra le jeu de questions-
réponses.

L'audition du plaignant vise à confirmer les faits qu'il reproche à l'inculpé et toutes les
questions doivent être orientées dans ce sens pour se rassurer du bienfondé de sa plainte.

L'audition de l'inculpé par contre consiste à réunir les indices de culpabilité en


recherchant les éléments constitutifs de l'infraction en rapport avec les faits qui lui sont
reprochés.

b) Le recueil des preuves

L'audition des parties en cause ouvre les pistes d'enquête au magistrat instructeur, qui
peuvent le conduire, selon le cas, à faire appel aux témoins, à procéder aux visites des lieux,
aux perquisitions, aux saisies, aux explorations corporelles, à requérir les experts, à recourir à
la réquisition d'information ou à la commission rogatoire.

III. LES CONCLUSIONS DU MINISTERE PUBLIC A L'ISSUE DE


L'INSTRUCTION PREJURIDICTIONNELLE

A la fin de l'instruction du dossier, le ministère public peut arriver à l'une de trois


conclusions suivantes :

 L'envoi du dossier en fixation devant le tribunal compétent


 Le classement du dossier sans suite
 La transmission du dossier a un autre auditorat (ou parquet).
P a g e | 19

§3. L’INSTRUCTION JURIDICTIONNELLE

I. LA SAISINE DU TRIBUNAL COMPETENT

A. LES MODALITES DE SAISINE DES JURIDICTIONS REPRESSIVES

Les juridictions militaires sont saisies par voie de traduction directe ou par décision de
renvoi émanant de l’Auditeur Militaire près la juridiction compétente. Elles sont également
saisies par voie de comparution volontaire du prévenu suivant les conditions prévues par le code
judiciaire militaire.

B. LES MODALITES DE SIGNIFICATION DE LA CITATION

Pour ce qui est des modalités de signification de la citation, l'article 324 du Code
judiciaire militaire indique que qu'elle est faite régulièrement à personne. Ce qui veut dire à ce
niveau que le militaire, bien qu'appartenant à une unité et vivant dans une caserne, ne peut être
prioritairement notifié par son commandant d'unité ou son commandant de camps.

En effet, si les citations, assignations et notifications ne peuvent être faites à personne,


les règles ci-après sont appliquées. S'il s'agit d'un militaire en état d'absence irrégulière, la
citation ou notification est faite au Commandant d'unité ; la copie de l'acte lui est remise sous
pli fermé, ne portant d'autres indications que les noms, le grade et l'unité du destinataire de
l'acte. Quel que soit le destinataire d'un acte, s'il n'a pas de domicile connu, ou s'il réside à
l'étranger, les citations, assignations et notifications sont faites au Parquet Militaire près la
juridiction militaire saisie. Le Ministère Public vise l'original de l'acte et envoie, le cas échéant,
la copie à toutes les autorités intéressées de qui dépend le militaire.

Cependant, lorsque la décision à notifier est susceptible d'une voie de recours, le procès-
verbal doit mentionner, le cas échéant, la date et l'heure auxquelles le recours est formé.

Quant aux mentions que doivent contenir la citation à comparaître à délivrer au prévenu,
l'article 319 du code sous examen dispose qu'elle mentionne les nom et qualité de l'autorité
requérante ; se réfère à la décision de renvoi ou de traduction directe et à l'extrait de rôle de la
juridiction militaire saisie, lequel précise les lieu, date et heure de l'audience ; énonce la
prévention, indique le texte de loi applicable ainsi que les noms des témoins et experts que le
Ministère Public se propose de faire entendre ; l'avertit qu'il doit notifier au Ministère Public
P a g e | 20

avant l'audience, par déclaration au greffe, la liste des témoins qu'il propose de faire entendre.
Elle est datée et signée.

De l'analyse de ces dispositions, nous pouvons affirmer que les justiciables des
juridictions militaires, qu'il s'agisse des membres des forces armées ou non, ne peuvent
nullement être signifié au domicile. La seule modalité envisagée pour les atteindre est de passer
par eux seuls. A défaut de les atteindre, alors auprès du commandant de l'unité à laquelle ils
appartiennent et le cas échéant au Parquet Militaire près la juridiction militaire saisie.

§4. LE JUGEMENT
I. DEROULEMENT DU JUGEMENT

Après les délibérations, la juridiction rentre dans la salle d’audience ; s’il a été procédé
à son évacuation, les portes sont à nouveau ouvertes.

Le président fait comparaître le prévenu et, devant la garde rassemblée sous les armes,
donne lecture des réponses faites aux questions, prononce le jugement portant condamnation,
absolution ou acquittement et précise les dispositions légales dont il est fait application.

En cas d’acquittement ou d’absolution, le prévenu est remis immédiatement en liberté,


s’il n’est retenu pour autre cause

La juridiction ordonne que le militaire acquitté ou absout soit conduit par la force
publique à l’autorité militaire de qui il dépend.

En cas de condamnation ou d’absolution, le jugement condamne le prévenu aux frais


envers le Trésor et se prononce sur la contrainte par corps. Il ordonne, en outre, dans les cas
prévus par la loi, la confiscation des objets saisis et la restitution, soit au profit de l’Etat, soit au
profit des propriétaires, de tous objets saisis ou produits au procès comme pièces à conviction.

Si le prévenu est reconnu coupable, le jugement prononce la condamnation en énonçant


la peine principale et, s’il y a lieu, les peines accessoires et complémentaires.

Le greffier dresse du tout un procès-verbal signé par lui et le président. Ce procès-verbal


est joint à la minute du jugement.
P a g e | 21

Les débats devant les juridictions militaires sont actés dans un procès-verbal dressé par
le greffier.

II. LA PRESCRIPTION DE L’ACTION PUBLIQUE

La prescription de l’action publique résultant de l’insoumission ou de la désertion


commence à courir à partir du jour où l’insoumis ou le déserteur aura atteint l’âge de cinquante
ans.

L’action publique est imprescriptible dans les cas suivants :

 La désertion à bande armée ;


 La désertion à l’ennemi ou en présence de l’ennemi ;
 Lorsque le déserteur ou l’insoumis s’est réfugié ou est resté à l’étranger pour se soustraire
à ses obligations militaires ;
 Les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide.

III. LES VOIES DE RECOURT


En procédure pénale militaire comme en procédure pénale ordinaire, il existe deux sorte
de voie de recourt : ordinaire et extraordinaire.

A. LES VOIES DE RECOURT ORDINAIRES

Excepté les arrêts rendus par les Cours Militaires Opérationnelles, les arrêts et
jugements des Cours et Tribunaux Militaires sont susceptibles d’opposition et d’appel.

a) L’opposition

L’opposition est faite contre les arrêts et jugements rendus par défaut par les juridictions
militaires dans les cinq jours francs après celui où cette décision aura été portée à la
connaissance de la partie intéressée26.

b) L’appel

L’appel est interjeté devant les juridictions ci- après : la Haute Cours Militaire, lorsque
la décision attaquée a été rendue par la Cours Militaire ; la Cours Militaire, lorsque la décision

26
Art 277 al1 [Link].
P a g e | 22

attaquée a été rendue par le Tribunal Militaire de Garnison ; Tribunal Militaire de Garnison,
lorsque la décision attaquée a été rendue par le Tribunal Militaire de Police.

Il est introduit dans les cinq jours francs après celui où cette décision aura été portée à
connaissance de la partie intéressée27.

B. LES VOIES DE RECOURT EXTRAORDINAIRE

Excepté les arrêts rendus par les Cours Militaires Opérationnelles, pendant les
circonstances prévues à l’article 18 du code judiciaire militaire, les arrêts et jugements rendus
par les juridictions militaires sont susceptibles d’annulation et de révision conformément aux
dispositions du Code Judiciaire Militaire.28

a) L’annulation29

Les arrêts et jugements rendus par les Cours et Tribunaux Militaires peuvent être
annulés en cas de violation de la loi, sur pourvoi en annulation formé par le Ministère Public
ou par la partie à laquelle il est fait grief, dans les conditions prévues par le Code Judiciaire
Militaire 30.

b) La révision31

La révision peut être demandée, quelle que soit la juridiction militaire qui a statué, par
toute personne reconnue auteur d’une infraction relevant de la compétence des juridictions
militaires.

27
Art 278 [Link].
28
Art 279 [Link].

29
Art 280-309 [Link].

30
Art 280 [Link].

31
Art 310-316 [Link].
P a g e | 23

SECTION 2 : CONDITIONS DE PLACEMENT EN DETENTION


PREVENTIVE

La liberté est la règle, la détention préventive est l'exception32. Tant qu’un jugement de
condamnation sur le fond n’a pas été rendu, toute personne est présumée innocente.
Conformément à l’article 17 de la Constitution qui dispose que toute personne accusée d’une
infraction est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été établie par un jugement
définitive» a détention préventive est une mesure qui répond à trois fins différentes : elle facilite
l’instruction en plaçant le prévenu à la disposition de la justice et en lui interdisant de faire
disparaître les preuves, elle assure la sécurité publique en le mettant hors d’état de nuire et elle
garantit l’exécution de la peine qui sera prononcée en l’empêchant de prendre la fuite33. Ainsi,
la détention préventive présente une nature juridique variée : elle est tout à la fois acte
d’instruction, mesure de sûreté et peine par anticipation34.

Mais en pratique, il est rare que la détention préventive présente ce triple visage : dans
chaque cas d’espèce c’est l’une de ces qualifications qui prévaut. Il conviendrait donc que soit
précisé dans chaque hypothèse le but exact poursuivi pour que puisse être déterminé le régime
applicable.

La motivation du mandat de détention apparaît ainsi dès l’abord une nécessité absolue.
Cela est d’autant plus vrai que, ne trouvant pas son fondement dans l’idée de justice, la détention
préventive ne peut guère être justifiée que par la notion de nécessité 35. Or cette nécessité, seul
soutien de l’institution en détermine les limites : la détention préventive n’est admissible que si
les circonstances de l’espèce l’imposent comme seul et unique moyen d’assurer le respect de la
sécurité publique et le déroulement normal du procès pénal. Ces circonstances doivent donc
être relevées dans une motivation sérieuse.

Ainsi que le soulignait Faustin Hélie : « La détention préalable ne doit point être
appliquée dans tous les cas où elle n’est point indispensable soit à la sûreté publique, soit à
l’exécution de la peine, soit à l’instruction du procès. La nécessité étant la condition et la mesure
de son application, dès que cette nécessité n’est plus constatée, la mesure est présumée inutile,

32
Art 205 [Link].
33
J. Carbonnier, Le problème de la détention préventive (Revue générale du Droit 1937, p.113 et s., 187 et s.,
1938, p.45 et s.)
34
Le Poitevin, C. instr. crim. annoté, art. 94, n.6.
35
J. Carbonnier, op. cit., p.157.
P a g e | 24

et, si elle est inutile, elle n’est plus qu’un abus odieux »36. De tels principes devaient conduire
à la conclusion que la détention préventive est nécessairement une mesure de caractère
exceptionnel21, mais ils n’ont été dégagés que bien lentement.

Lorsque le magistrat instructeur militaire compétent pour engager les poursuites estime
que le fait constitue une infraction que la loi réprime d’une peine d’un an de servitude pénale
au moins et qu’il existe des indices sérieux et suffisants de culpabilité, elle peut soumettre tout
justiciable des juridictions militaires à des mesures judiciaires de liberté contrôlée ou le détenir
provisoirement pour une durée qui ne peut excéder quinze jours.

L’inculpé contre qui il existe des indices sérieux et suffisants de culpabilité peut
néanmoins être mis en détention préventive lorsque le fait constitue une infraction punissable
d’une peine inférieure à un an mais supérieure à six mois, s’il y a lieu de craindre sa fuite, ou si
son identité est inconnue ou douteuse ou si, eu égard à des circonstances graves et
exceptionnelles, sa détention est impérieusement réclamée par l’intérêt de la sécurité publique.

A l’expiration du délai de quinze jours, si cette autorité estime qu’il n’y a pas lieu de
maintenir le mandat d’arrêt, elle en ordonne le retrait.

La liberté contrôlée est décidée par l’Auditeur Militaire qui prend à cet effet une
ordonnance qui en détermine les conditions et les modalités d’exécution. Le Commandant de
l’unité de qui relève le prévenu concerné en est tenu informé.

Lorsque les poursuites ont été ordonnées, l’incarcération et la détention ne peuvent résulter que
d’un mandat d’arrêt provisoire décerné par l’Auditeur Militaire37.

§1. LE MANDAT D’ARRET PROVISOIRE (MAP)


Le mandat d'arrêt provisoire est un acte par lequel l'officier du ministère public militaire
donne l'ordre à l'administration pénitentiaire de recevoir en prison ou dans la maison d'arrêt un
militaire soupçonné d'avoir commis une infraction et qui fait l'objet de poursuites judiciaires.
C'est donc un titre qui déclenche de la détention du prévenu.

21
Le Poittevin, Dictionnaire des parquets (8e éd.), t. II, v° Détention préventive.

37
Art 206-213 [Link].
P a g e | 25

Le mandat d’arrêt provisoire a une durée de validité de quinze jours.

Il est nécessaire que pour validité, qu’il contienne un certain nombre de mentions.
Généralement, ces mentions se rapportent aux :

 Numéro du dossier judiciaire


 Nom et qualité du magistrat instructeur
 Identité du prévenu
 Indication de l'infraction ou des infractions pour lesquelles le prévenu est poursuivi
 L'identification des moyens qu'établissent que les conditions de la détention préventive
telles que fixée par l'article 27 du Code judiciaire militaire ;
 Date de l'établissement ;
 Signature du magistrat instructeur ;
 Sceau de l'office.

Les mentions ci-dessus sont des mentions substantielles ; leur omission ou l'omission
de l'une d'elles entache l'acte d'irrégularité et pareil acte ne pourrait amener le juge à ordonner
la détention préventive de l'inculpé.

D'autres mentions, jugées non substantielles, peuvent être ajoutées. Tel que le modèle
du mandat d'arrêt provisoire, avec les mentions telles que : « Toute personne arrêtée doit être
immédiatement informée des motifs de son arrestation... ne peut être arrêté et détenue pour un
fait d'autrui..., ne peut rester en garde en vue plus de 48 heures... ».

Si l’instruction de l’affaire doit durer plus de quinze jours et que le magistrat instructeur
militaire estime nécessaire de maintenir l’inculpé en détention, il en réfère à l’Auditeur
Militaire. Celui-ci statue sur la détention préventive et décide sur sa prorogation pour un mois;
et, ainsi de suite, de mois en mois, lorsque les devoirs d’instruction dûment justifiés l’exigent.

Cependant, la détention préventive ne peut être prorogée qu’une fois si le fait ne paraît
constituer qu’une infraction à l’égard de laquelle la peine prévue par la loi n’est pas supérieure
à deux mois de servitude pénale.

Si la peine prévue est égale ou supérieure à six mois, la prolongation de la détention


préventive ne peut dépasser douze mois consécutifs. Dépassé ce délai, la prorogation est
autorisée par la juridiction compétente.
P a g e | 26

A tout moment, le détenu préventif peut demander à l’Auditeur Militaire sa remise en


liberté ou sa mise en liberté provisoire.

Si le mandat d’arrêt provisoire n’est pas confirmé dans le délai de quinze jours, on met
fin à la détention préventive.

§2. LA DECISION DE MAINLEVEE DE LA DETENTION

Par mainlevée de la détention, il faut entendre la cessation de la détention lorsque la


détention préventive n’a pas le but de garantir le bon déroulement de l'instruction aussi bien au
stade préparatoire que devant le juge.

Il apparaît donc tout à fait normal que l'officier du ministère public qui s'est assuré de la
personne de l’inculpé et estime ne pas pouvoir exercer les poursuites puisse rendre à celui-ci sa
liberté.

§3. LA MISE EN LIBERTE PROVISOIRE

La liberté provisoire peut être demandée, à tout moment, par l’inculpé ou son conseil à
l’Auditeur Militaire, sous les obligations prévues par le Code judiciaire militaire. L’Auditeur
Militaire apprécie s’il peut accorder ou non la liberté provisoire.

La liberté provisoire se fonde sur les considérations d’ordre humanitaire et social voire
même professionnel ; on ne devra pas d’une manière intransigeante conditionner la mise en
liberté provisoire par les considérations d’ordre financier38. Quoi qu’il en soit, il importe de
spécifier les conditions de mise en liberté provisoire.

En tout état de cause, la mise en liberté provisoire peut être ordonnée d’office par
l’Auditeur Militaire.

L’inculpé mis en liberté provisoire a l’obligation de se présenter à tous les actes de


procédure aussitôt qu’il en sera requis et de tenir informé l’Auditeur Militaire de tous ses
déplacements.

38
TSHIBASU PANDAMADI Joseph, « Cours de Procédure Pénale », G2 Droit, Université de Lubumbashi,
2018-2019, p.35.
P a g e | 27

Lorsque la liberté provisoire est accordée, le Commandant d’unité de qui dépend le


requérant est informé aussitôt de cette décision par l’Auditeur Militaire.

En aucun cas, la mise en liberté provisoire en faveur des justiciables militaires n’est
subordonnée à l’obligation de fournir un cautionnement ou d’élire domicile.

Lorsque la liberté provisoire est accordée, le Commandant d’unité de qui dépend le


requérant est informé aussitôt de cette décision par l’Auditeur Militaire.

Lorsque l’inculpé mis en liberté provisoire ne satisfait pas aux obligations prévues à
l’alinéa 3 de l’article 211 du code judicaire militaire, ou si des circonstances nouvelles et graves
rendent sa détention nécessaire, le magistrat instructeur ou l’Auditeur Militaire peut décerner
contre lui un nouveau mandat d’arrêt.

§4. LA REINCARCERATION DU PREVENU

L’officier de ministère public militaire peut faire réincarcérer l'inculpé qui manque aux
charges qui lui ont été imposés. Il s'agit donc ici de l'hypothèse où l'inculpé qui était en état de
détention préventive bénéficie de la liberté provisoire par ordonnance du juge ou de l'officier
du ministère public et que l'officier du ministère public reproche de n'avoir respecté les
conditions de sa mise en liberté provisoire.

Cette ordonnance consiste en un ordre donné au gardien de la maison d'arrêt de recevoir


à nouveau l'inculpé qu'il a laissé partir en exécution d'un ordre du juge ou de l'officier du
ministère public. Pour pouvoir le faire, l’officier du ministère public militaire doit
préalablement entendre l'inculpé sur la violation par lui des conditions de sa mise en liberté
provisoire. Car si la liberté provisoire a été accordée à l'inculpé par le juge, celui-ci devra
s'assurer que le retrait du bénéfice de la liberté provisoire à l'inculpé par l’officier du ministère
public militaire est fondé.

SECTION 3 : MISE EN ŒUVRE DE LA DETENTION PREVENTIVE EN


PROCEDURE PENALE MILITAIRE
Il sera question ici d’examiner le processus visant à mettre en œuvre la détention
préventive en procédure pénale militaire.

La détention préventive est mise en œuvre par les différentes juridictions militaires dont
l’organisation et la compétence sont déterminées par le code judiciaire militaire.
P a g e | 28

Ces juridictions sont :

 La haute cours militaire ;


 La cours militaire ;
 La cours militaire opérationnelle ;
 Le tribunal militaire de garnison ;
 Le tribunal militaire de police.

Toutes ces juridictions ont chacune des parquets prêt qui exercent l’action publique et
requiert l’application de la loi. Il est représenté devant chaque juridiction militaire39.

§1. DE LA SAISINE DES JURIDICTIONS MILITAIRES

Les juridictions militaires sont saisies par voie de traduction directe ou par décision de
renvoi émanant de l’Auditeur Militaire près la juridiction compétente.

Elles sont également saisies par voie de comparution volontaire du prévenu suivant les
conditions prévues par le code judiciaire militaire40.

I. LA TRADUCTION DIRRECTE ET LA DECISION DE RENVOIE

L’Officier du Ministère Public militaire est chargé de poursuivre les prévenus traduits
directement ou renvoyés devant la juridiction militaire.

Il leur notifie immédiatement la décision de traduction directe ou de renvoi41.

II. LA COMPARUTION VOLONTAIRE

Lorsqu’il résulte des débats et des pièces du dossier que le prévenu peut être poursuivi
pour des faits autres que ceux qui figurent dans la décision de renvoi ou de traduction directe,
l’extension de la saisine de la juridiction est acquise par sa comparution volontaire.

La saisine de la juridiction militaire n’est régulière que si le prévenu, averti par le juge
qu’il peut réclamer les formalités de l’instruction préparatoire, déclare expressément y
renoncer.

39
Art 41 [Link].
40
Art 214 [Link].
41
Art 215 [Link].
P a g e | 29

Le greffier acte l’accomplissement de cette formalité et donne lecture de nouveaux faits


retenus à charge du prévenu42.

§2. MISE EN ŒUVRE DE LA DETENTION PREVENTIVE


La détention préventive commence au parquet militaire. Ici, le détenu est un militaire
ou un assimilé qui selon son grade est arrêté devant un parquet près la juridiction compétente
lui correspondant.

Nous analyserons ici l’exercice de l’action publique.

L’action publique devant les juridictions militaires est mise en mouvement par les
magistrats du Ministère Public Militaire, le commandement, le Ministre de la Défense ou la
partie lésée.

En temps de paix comme en temps de guerre, l’Auditeur Général des Forces Armées
donne son avis sur toutes les questions concernant la mise en mouvement de l’action publique
décidée par le Ministre de la Justice ou par le Ministre de la Défense, sur les conséquences des
poursuites ainsi que sur les mesures de grâce.

Lorsque, au vu du procès-verbal d’un officier de police judiciaire, d’une plainte, d’une


dénonciation, ou même d’office, l’Auditeur Militaire estime qu’il y a lieu d’engager des
poursuites, il en informe le Commandant d’unité de qui dépend la personne poursuivie.

Lorsque l’ordre de poursuites émane du Ministre de la Défense, il est transmis par


l’intermédiaire de l’Auditeur Général des Forces Armées. L’ordre de poursuites ne donne lieu
à aucun recours.

Il doit mentionner les faits sur lesquels portent les poursuites, leur qualification et les
textes de lois applicables.

Lorsqu’une infraction de la compétence des juridictions militaires est commise et que


les auteurs en sont restés inconnus ou lorsque l’identification ne résulte pas expressément des
pièces produites, il y a présomption que la qualité des auteurs les rend justiciables de ces
juridictions.

L’ordre de poursuites peut, dans le cas prévu à l’article 167, être donné contre les
personnes non identifiées.

42
Art 216, 217,218 [Link].
P a g e | 30

Les officiers du Ministère Public militaire disposent, en matière d’instruction


préparatoire, des mêmes pouvoirs que ceux des parquets près les juridictions de droit commun.

Le magistrat instructeur militaire est tenu, dans la conduite de l’instruction préparatoire,


aux mêmes devoirs que le magistrat instructeur de droit commun.

Il peut requérir, par commission rogatoire directement, tout officier du Ministère Public
civil ou militaire, ainsi que tout officier de police judiciaire, de droit commun ou militaire,
territorialement compétent, aux fins de procéder aux actes d’instruction qu’il estime
nécessaires.

L’exécution des commissions rogatoires est soumise aux règles du Code de Procédure
Pénale ordinaire.

En temps de guerre, sous l’état de siège ou d’urgence ou à l’occasion d’une


opération tendant au maintien ou au rétablissement de l’ordre public, le magistrat militaire peut,
en vertu d’une autorisation, exécuter les commissions rogatoires de toute nature concernant les
militaires ou assimilés et les personnes à la suite de l’armée.

L’officier du ministère public militaire dispose des pouvoirs exorbitants : pendant 12


mois, il est le maitre de l’action publique.

Sauf dans les cas où la loi en dispose autrement, et sans préjudice des droits de la
défense, la procédure au cours de l’enquête et de l’instruction préjuridictionnelles est secrète43.

Il peut :

 Placer l'inculpé en État de détention préventive ;


 Le maintenir en état de détention ;
 Mettre fin à la détention préventive d'un inculpé ;
 Ordonner la réincarcération de l'inculpé relaxé par le juge.

Le processus de la détention préventive commence au parquet militaire.

Ne peut être placé en détention préventive que l'auteur présumé d'une infraction préalablement
placé sous mandat d’arrêt provisoire par l’officier du ministère public militaire. En d'autres

43
Art.132 code judiciaire militaire
P a g e | 31

termes, il n'y a pas de mise en état de détention préventive sans l’instruction préparatoire par le
ministère public militaire.

L’auditeur militaire ne peut d'office statuer sur la mise en état de détention préventive
d'une personne ne faisant pas l'objet de poursuite, ni n'étant pas détenu au niveau d’un parquet
militaire44.

Lorsque les conditions de la mise en état de détention préventive sont réunies, l'officier
du ministère public peut, après avoir interrogé l'inculpé, le placer sous mandat d'arrêt provisoire
pour une durée ne pouvant pas excéder 15 jours.45

La détention préventive en procédure pénale militaire est mise en œuvre par les cours et
tribunaux militaires. L’instruction débute au parquet ou pendant une période de 12 mois au
moins, Le détenus est placé en détention préventive par le magistrat instructeur militaire.

Cette mesure est-elle réellement constitutionnelle ? Répond-elle aux prescrits des traités
internationaux en matière des droits de l’homme ? Ces questions sont traitées dans le second
chapitre.

44
Art163-173 du CJM.
45
Art 28 du CPP.
P a g e | 32

CHAPITRE DEUXIEME : LA DETENTION


PREVENTIVE EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU
CONGO FACE AUX RESPECTS DES DROITS DE
L’HOMME
La sauvegarde de la dignité humaine est un principe constitutionnel. Elle est également
garantie en droit international par les instruments juridiques internationaux relatifs aux droits
de l’homme.

Il ressort de ces textes dûment ratifié par la République démocratique du Congo que le
fondement de la justice, de la paix et de la liberté dans le monde se trouve dans la reconnaissance
de la dignité de l’homme.

La détention préventive comme mesure exceptionnelle privative de liberté doit être


assise sur ce principe, non seulement pour ébrécher les différents abus en la matière mais aussi
et surtout pour que la dignité de l’homme soit véritablement garantie.

Il sera donc question dans ce chapitre, d’étayer les différents instruments juridiques tant
nationaux qu’internationaux de la RDC pour les confronter aux conditions réelles de vie des
détenus militaires dans les centres de détention afin de déterminer si leur situation est conforme
ou pas aux prescrits de la loi.

SECTION 1 : CADRE LEGAL


§1. NORMES NATIONALES
Les normes nationales sont pour l’essentiel compris dans :

 La Constitution
 Le Code de procédure pénale, décret du 6 août 1959 portant code de procédure pénale, entré
en vigueur le 15 avril 1960, Bulletin Officiel (1959), tel qu’amendé.
 Le Code judiciaire militaire
 L’Ordonnance n° 344 du 17 septembre 1965 portant organisation du régime pénitentiaire
(RP)
 L’Ordonnance-loi n° 78/289 du 3 juillet 1978 relative aux attributions des officiers et agents
de police judiciaire
 L’arrêté d’organisation judiciaire 87-025 du 31 mars 1987 portant comités de gestion des
établissements pénitentiaires.
P a g e | 33

 L’ordonnance n°78/16 du 4 juillet 1978 relative à l’enfance délinquante46.


I. CONTEXTE HISTORIQUE

La justice militaire congolaise traîne derrière elle une longue tradition qui l’a fait passer
alternativement d’une justice d’exception à une structure judiciaire plus ou moins proche des
juridictions ordinaires.

Introduite avec la « Force publique »47, la justice militaire a en effet initialement


fonctionné à partir de 1888 sous forme de tribunaux d’exception appelés « conseils
de guerre ».

Leur compétence était alors limitée aux fautes militaires graves commises par les
membres de la Force publique48.

Ce dispositif a été maintenu avec de légères modifications jusqu’en 1958 lorsque des
magistrats ont commencé à siéger dans les conseils de guerre49.

Un code provisoire de justice militaire a ensuite été élaboré pour la première fois en
196450. La première réforme plus ou moins complète de la justice militaire a été réalisée en
1972 avec l’institution d’un code de justice militaire51.

Ce code a pour la première fois organisé les juridictions militaires en un système


judiciaire complet et distinct de celui des juridictions ordinaires.

Il a institué une procédure applicable à ces juridictions et a posé les règles de leurs
compétences.

Il a enfin défini les infractions de la compétence de ces tribunaux ainsi que les
peines correspondantes52.

46
Qui accorde à tout détenu mineur le droit d’exiger que sa famille soit immédiatement informée de son
arrestation (art 78), le droit de contester la légalité de sa privation de liberté devant un tribunal ou une autorité
compétente indépendante et impartiale et d’exiger qu’une décision rapide soit prise en la matière (art 19)
47
C’est ainsi qu’était appelée l’armée privée levée par le roi Léopold II pour son « État Indépendant du Congo ».
L’appellation
a ensuite été reprise par l’armée coloniale du « Congo belge » entre 1908, date de la passation du Congo sous
colonisation
formelle belge, et 1960, date de l’indépendance.
48
Décret du 22 décembre 1888.
49
Décret du 8 mai 1958
50
Décret-loi du 18 décembre 1964
51
Ordonnance-loi No. 72-060 du 25 septembre 1972 portant institution d’un code de justice militaire.
52
Likulia Bolongo, Droit pénal militaire zaïrois, Paris, LGDj, 1977, pp.8–25
P a g e | 34

La Réforme de 1972 a jeté les bases de la justice militaire congolaise moderne. Les
juridictions militaires d’exception qui ont marqué les premières années de la deuxième
République appartenaient désormais au passé.

La justice militaire était administrée et distribuée par des juridictions formant une
pyramide judiciaire complète coiffée par le conseil de guerre général.

Elle était animée par des magistrats, des secrétaires de parquet et des greffiers qui
formaient le corps de justice militaire soumis à l’autorité de l’auditeur général des forces
armées.

La nomenclature des fautes disciplinaires graves érigées en infractions d’ordre militaire


était étouffée, les peines applicables à ces infractions étaient définies, la procédure applicable
devant les juridictions militaires était également précisée53.

La justice militaire n’en a pas moins suscité des critiques virulentes notamment de la
part des participants à la Conférence nationale souveraine (CNS) tenue entre 1991 et 1992.

À l’aube de l’ouverture de la démocratie congolaise et de la réforme de ses institutions,


la Conférence a vivement stigmatisé la soumission de la justice militaire à la double tutelle des
ministères de la Justice et de la Défense.

Parmi les recommandations de réforme décidées à la CNS, il faut mentionner :

 L’abolition de la double tutelle de la justice militaire à l’égard du ministère de la Défense


et de celui de la Justice,
 L’affirmation de l’indépendance des magistrats militaires à l’égard du commandement des
forces armées,
 La consécration de l’indépendance du siège à l’égard du parquet,
 La présidence des sièges des juridictions militaires par les magistrats militaires54.

Ces recommandations avaient connu un début d’application manifestée surtout dans


quelques améliorations introduites par la pratique et la jurisprudence55.

53
Likulia Bolongo, Op. cit., p.275.
54
Conférence nationale souveraine, Rapport de la Commission juridique, Op. cit., pp.40–42.
55
P. Akele Adau, « La justice militaire dans le système judiciaire congolais : quelle réforme ? », Congo-Afrique
No. 352, février
2001, pp.119–120 ; Nswal Nten-a-Bol, « Une conception éthique de la magistrature militaire », in E.-P. Ngoma
Binda (éd.), Justice, démocratie et paix en République démocratique du Congo, Kinshasa, Publications de
l’Institut de formation et d’études politiques, 2000, p.128
P a g e | 35

Comme pour la plupart de ce qui était alors appelé les acquis de la CNS,56 les résolutions
de la CNS sur la justice militaire ont été délibérément ignorées lorsque le nouveau régime
constitué par le mouvement politique Alliance des forces démocratiques pour la libération
AFDL en sigle ancien groupe rebelle contre le régime du Président Mobutu, dirigée par
Laurent-Désiré Kabila a reformé la justice militaire en 1997.57

Loin de mettre fin aux obstacles à l’indépendance de la justice militaire dénoncés par la
CNS, la Réforme de 1997 les a plutôt renforcés.

Elle a institué une juridiction unique, la Cour d’ordre militaire, qui a fait reculer
l’indépendance des magistrats et désarticulé l’organisation, la procédure et la compétence de la
justice militaire.

Sa compétence matérielle a été élargie d’une part par l’introduction des crimes dont la
définition vague rendait impossible l’incrimination d’un nombre quasi-illimité d’activités, et
d’autre part, par une interprétation élastique donnée à certains autres crimes. Dans ce dernier
cas, il faut mentionner la violation des consignes, crime pour lequel des officiers ont été
poursuivis pour être entrés en relation non autorisée avec un diplomate étranger ou toute
personne congolaise ou étrangère exerçant des charges à caractère politique.58

En ce qui concerne la procédure, en affirmant que la Cour d’ordre militaire (COM)


applique autant que possible la procédure du Code judicaire militaire qui prévoit lui-même
l’application, autant que possible, de la procédure du Code de procédure pénale, le décret-loi
No.019 du 23 août 1997 a consacré une procédure différente. Celle-ci encourageait
pratiquement l’arbitraire du juge dans la mesure où ce dernier pouvait choisir à sa propre
discrétion la procédure qu’il voulait appliquer.59

Les peines applicables étaient elles aussi soumises au bon vouloir du juge.60

56
Au cours de la période qui a immédiatement suivi la tenue de la CNS, les questions politiques les plus
contentieuses concernaient la nature et le rythme des réformes démocratiques. Ces questions ont divisé la classe
politique et la société civile entre, d’une part ceux qui s’en tenaient aux acquis de la CNS, c’est-à-dire à une
application stricte et rigoureuse du paquet des réformes décidées à la CNS et d’autre part, ceux qui plaidaient en
faveur de leur adaptation, de leur modification, voire de leur application sélective.
57
Décret-loi No. 019 du 23 août 1997 portant institution d’une Cour d’ordre militaire.
58
Conseil de guerre général, Auditeur général c. Lisisia Syla, RPA 177/97, 1997.
59
j.-P. Kilenda Kakengi Basila, « Une nouvelle unité dans le paysage judiciaire congolais : la Cour d’ordre militaire
», Revue africaine de droit international comparé, 10, 3, Londres, octobre 1998, p.479.
60
L’article 5 du décret-loi No. 019 du 23 août 1997 portant institution d’une Cour d’ordre militaire
P a g e | 36

Ce régime fut véritablement innovant, faisant ainsi de la justice militaire une véritable
institution différente de celle ordinaire.

Mais ce sont ces mêmes règles « exceptionnelles » qui sont à la base aujourd’hui des
abus déploré dans la justice militaire.

En matière de détention préventive, l’indépendance du parquet à l’égard du siège cause


problème car le magistrat instructeur se retrouve seul maitre de l’action publique pendant une
période de temps relativement longue : 12 mois. Pendant cette année, le détenu préventif peut
ne pas passer devant le juge, il ne le peut qu’à l’issue de cette année.

II. EXTENSION DES COMPETENCES PERSONNELLE ET MATERIELLE

Les critiques adressées à l’endroit de la COM par les défenseurs des droits de l’homme,
les acteurs politiques et les Nations unies61 ont servi de catalyseur direct de la Réforme de 2002,
matérialisée par l’adoption du Code judiciaire militaire et du Code pénal militaire actuellement
en vigueur.

En application de ces codes, de nouvelles juridictions ont été instituées et des magistrats
désignés pour les animer.

Au cours de la même année, la République démocratique du Congo a ratifié le Traité de


Rome de la Cour pénale internationale qui réprimait les crimes les plus graves de manière
massive et fréquente au cours des conflits armés survenus depuis 1996 sur le territoire
congolais. Seul le Code pénal militaire a intégré les crimes internationaux définis
dans le Traité de Rome qui n’a pas été incorporé dans le Code pénal ordinaire.

Les juridictions militaires ont ainsi commencé à exercer une compétence exclusive à
l’égard des infractions définies dans le Traité de Rome. La qualité civile ou militaire de l’auteur
de ces crimes importe peu, puisque la réforme de 2002 étend aux civils la compétence
personnelle des tribunaux militaires, une violation claire des principes de la Commission
africaine des droits de l’homme et des peuples sur le droit à un procès équitable.

Alors qu’elle avait ostensiblement brandi la volonté d’aligner la législation congolaise


sur les traités internationaux, la Réforme de 2002 appelle donc à sérieusement questionner le

61
R. Garreton, « La compétence des tribunaux militaires et d’exception, rapport de synthèse », in Elisabeth
Lambert Abdelgawad (éd.), Juridictions militaires, tribunaux d’exception : perspectives comparées et
internationales, Éditions des Archives contemporaines et AUF, Paris, 2007, p.451.
P a g e | 37

respect par la justice militaire congolaise des normes internationales sur le droit à un procès
équitable62.

§[Link] INTERNATIONALES ET REGIONALES

Alors que les normes nationales évoluaient, une dynamique internationale et régionale
était parallement en cours.

Au cours des vingt dernières années, l’administration et la distribution de la


justice par les juridictions militaires ont acquis un intérêt croissant pour leur implication sur le
respect des droits de l’homme et des règles d’un procès équitable.

Les règles qui concernent le traitement des personnes détenues ou emprisonnées font
l’objet de divers instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme.

Le nombre de traités internationaux relatifs aux droits de l’homme et au droit


international humanitaire auxquels la République démocratique du Congo a adhéré ou qu’elle
a ratifié s’élève à une vingtaine.

Ces instruments ont été adoptés pour favoriser le respect de la dignité de tous les êtres
humains, y compris des personnes accusées d’infraction.

Ainsi, les personnes accusées d’infraction bénéficient de garanties spécifiques qui sont
les droits à un procès équitable, la présomption d’innocence et le droit de faire appel de toute
condamnation.

Elles sont également protégées par l’interdiction de la torture et d’autres peines ou


traitements cruels, inhumains ou dégradants. Elles ont le droit à une égale protection de la loi
et à ne pas être soumises à une arrestation ou à une détention arbitraire.

Ces garanties sont énoncées dans divers instruments internationaux et sont devenues,
pour certaines d’entre elles, des normes exécutoires suite à leur ratification par la RDC63. Elles
sont pour l’essentiel contenues dans 64:

62
Loi No. 023/2002 du 18 novembre 2002 portant Code judiciaire militaire et loi No.024/2002 du 18 novembre
2002 portant Code pénal militaire, Journal offciel de la République démocratique du Congo, 44ème année,
numéro spécial, 20 mars 2003, pp.9–10.
63
Journal Officiel de la RDC, Instruments internationaux et régionaux relatifs aux Droits de l’Homme ratifiés
par la République Démocratique du Congo, numéro spécial, 5 décembre 2002.
64
[Link]
P a g e | 38

Numéros Traités internationaux Dates de


ratification

1. Convention pour la prévention et la répression du crime de 31 mai 1962


génocide

2. Convention pour la répression de la traite des êtres humains et 31 mai 1972


de l’exploitation de la prostitution d’autrui

3. Convention contre la torture et autres peines ou traitements 18 mars 1996


cruels, inhumains ou dégradants

4. Convention relative aux droits de l’enfant 28 septembre 1990

5. Protocole facultatif concernant l’implication d’enfants dans les 12 novembre 2001


confits armés

6. Statut de Rome de la Cour pénale internationale 11 avril 2002

7. Accord sur les privilèges et immunités de la Cour pénale 3 juillet 2007


internationale

8. Accord de coopération judiciaire entre la République 6 Octobre 2004


démocratique du Congo et le Bureau du Procureur de la Cour
pénale internationale

9. Convention de Genève pour l’amélioration du sort des blessés 24 février 1961


et des malades dans les forces armées en campagne

10. Convention de Genève relative à la protection des personnes 24 février 1961


civiles en temps de guerre

11. Protocole additionnel aux Conventions de Genève relatif à la 3 juin 1982


protection des victimes des conflits armés internationaux

12. Protocole additionnel aux Conventions de Genève relatif à la 30 mars 2001


protection des victimes des conflits armés non internationaux

13. Charte africaine des droits de l’homme et des peuples 20 juillet 1987
P a g e | 39

Malgré tous les efforts qui ont été fournis pour encadrer la distribution de la justice
militaire, nous avons recensé des nombreuses violations et irrégularités qui vont à l’encontre
des prescrits des instruments juridique internationaux ci haut cités.

A partir de1984, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a noté que
l’existence, dans de nombreux pays, de tribunaux militaires ou d’exception qui jugent des civils
risque de poser de sérieux problèmes en ce qui concerne l’administration équitable, impartiale
et indépendante de la justice.

Très souvent, d’après le Comité, lorsque de tels tribunaux sont constitués, c’est pour
permettre l’application de procédures exceptionnelles qui ne sont pas conformes aux normes
ordinaires de la justice.

C’est d’autant plus vrai dans la mesure où l’essence même de l’existence des tribunaux
militaires est sa destination exclusive aux militaires. Cela devient une entrave et une
contradiction au système que la RDC a elle-même instaurée.

S’il est vrai que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques n’interdit pas
la constitution de tribunaux de ce genre, les conditions qu’il énonce n’en indiquent pas moins
clairement que le jugement de civils par ces tribunaux devrait être très exceptionnel et se
dérouler dans des conditions qui respectent véritablement toutes les garanties stipulées a
l’article 14.65

Dans le but de préparer la mise en place de telles conditions, la Sous-commission de


promotion et de protection des droits de l’homme s’est investie dans l’élaboration des projets
de principes sur l’administration de la justice par les tribunaux militaires entre 2001 et 2006.
Elle a à cet effet, désigné deux rapporteurs spéciaux successifs, Louis Joinet et Emmanuel
Decaux, et les a chargés d’élaborer un projet de principes sur la justice militaire. Le projet, plus
communément connu sous l’appellation de « Principes Decaux », inclut les principes qui, entre
autres, requièrent l’établissement des juridictions militaires en vertu de la Constitution
ou de la loi, exigent l’intégration des juridictions militaires dans le système judiciaire, instituent
l’incompétence des juridictions militaires à l’égard des enfants, des civils, ou à l’égard des
crimes internationaux les plus graves, et exigent le respect des règles du procès équitable

65
Observation générale No. 13 relative à l’article 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques,
Nations unies, Récapitulation des observations générales ou recommandations générales adoptées par les organes
crées en vertu d’instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme, HRI/GEN/Rev.5, 26 avril 2001, p.127.
P a g e | 40

notamment les garanties de l’habeas corpus66 et du double degré de juridiction par les
juridictions militaires.

Sur le plan régional, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ne parle
pas expressément des problèmes des droits de l’homme posés par les juridictions militaires.

La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a à la fois développé une
jurisprudence et élaboré des principes à travers lesquels elle a dégagé les règles de base
applicables à ces juridictions.67 Cet effort de la Commission est conforme à son mandat, en
vertu de la Charte, de formuler et élaborer, en vue de servir de base à l’adoption de textes
législatifs par les gouvernements africains, des principes et règles qui permettent de résoudre
les problèmes juridiques relatifs à la jouissance des droits de l’homme et des peuples et des
libertés fondamentales.68 En vertu de ce mandat, la Commission a adopté en 1992 une résolution
sur le Droit à un procès équitable et à l’assistance judiciaire par laquelle elle a décidé de
l’élaboration des Directives et principes généraux sur le droit à un procès équitable et à
l’assistance judiciaire dans le cadre de la Charte africaine.69 Les Directives et principes sur le
droit à un procès équitable et à l’assistance judiciaire en Afrique ont ensuite été adoptés, d’après
leur préambule, en vue de leur incorporation dans la législation nationale des états parties à la
Charte et de leur respect par ces derniers.70 Dans leur partie la plus pertinente, les Directives
énoncent ainsi les principes fondamentaux devant régir l’étendue de la compétence personnelle
et matérielle des tribunaux militaires, ainsi que les procédures à suivre devant ces tribunaux :
Droit des civils à ne pas être jugés par un tribunal militaire.

 Les tribunaux militaires ont pour seul objet de connaître des infractions d’une nature
purement militaire commises par le personnel militaire.
 Dans l’exercice de leurs fonctions, les tribunaux militaires sont tenus de respecter les
normes du procès équitable énoncées par la Charte et les présentes Directives.
 Les tribunaux militaires ne peuvent, en aucune circonstance, juger
des civils. De même, les juridictions spéciales ne connaissent pas des infractions qui
ressortissent de la compétence des tribunaux ordinaires.

66
L’habeas corpus est un acte de procédure au sein de la Common Law selon lequel, un détenus en vertu duquel
doit être amené immédiatement devant le juge qui doit vérifier les motifs de la détention et prononcer
éventuellement sa mise en liberté définitive ou sous caution.
67
E. Lambert Abdelgawad, Les tribunaux militaires et juridictions pénales spéciales sous le contrôle de la
Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, in E. Lambert Abdelgawad, Op. cit., pp.609–627
68
Article 45(1)(b) de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
69
Résolution ACHPR/Res.4 (xI)9
70
[Link]
P a g e | 41

SECTION 2 : CONTROLE JURIDICTIONNELLE DE LA DETENTION


PREVENTIVE
Au cours de notre étude, nous avons constaté que non seulement la prison est surpeuplée
mais aussi que cette population est majoritairement constitué des détenus préventifs.

Une des causes majeures de ce phénomène est l’absence de contrôle de la régularité de


la détention préventive devant les juridictions militaires sauf lorsque ladite détention a totalisé
au moins un an.

D’après le Code judiciaire militaire, « Si l’instruction de l’affaire doit durer plus de


quinze jours et que le magistrat militaire estime nécessaire de maintenir l’inculpé en détention,
il en réfère à l’auditeur militaire. Celui-ci statue sur la détention provisoire et décide sur sa
prorogation pour un mois ; et, ainsi de suite, de mois en mois, lorsque les devoirs d’instruction
dûment justifiés l’exigent. Si la peine prévue est égale ou supérieure à six mois, la prorogation
de la détention préventive ne peut dépasser douze mois consécutifs. Dépassé ce délai, la
prorogation est autorisée par la juridiction compétence À tout moment le détenu peut demander
à l’auditeur militaire sa remise en liberté ou la mise en liberté provisoire ».71

De cette disposition ressort que la détention préventive peut se prolonger pendant un an


avant l’intervention du juge appelé à en apprécier la régularité. Ce délai est très long et
contrevient de manière flagrante à l’article 9, point 3 du Pacte international relatif aux droits
civils et politique qui stipule: « Tout individu arrêté ou détenu du chef d’une infraction pénale
sera traduit dans le plus court délai devant un juge ou une autre autorité habilitée par la loi à
exercer des fonctions judiciaires, et devra être jugé dans un délai raisonnable ou libéré… » ainsi
qu’à l’article 9, point 4 du même Pacte selon lequel : « Quiconque se trouve privé de sa liberté
par arrestation ou détention a le droit d’introduire un recours devant un tribunal afin que celui-
ci statue sans délai sur la légalité de sa détention et ordonne sa libération si sa détention est
illégale ».

Les dispositions du pacte est d’application de plein droit en RDC, l’ayant ratifié. Il est
donc inconcevable que la norme violant manifestement les droits primaire de l’individu a être
jugé correctement et de façon digne soit de la sorte bafouée et non pris en compte.

L’affaire Germain Katanga et consorts a accordé à la Haute Cour militaire l’opportunité


de se prononcer en matière de détention préventive. Le 9 mars 2005, Germain Katanga a été
arrêté en même temps que d’autres chefs de milice de l’Ituri dont Thomas Lubanga. Le 17 mars

71
Article 209 du Code judiciaire militaire.
P a g e | 42

2006, ce dernier a été remis à la Cour pénale internationale, laissant ses compagnons d’infortune
en détention. C’est sur cette situation qu’il a été donné à la Haute Cour militaire, siégeant en
Chambre de Conseil à la requête de l’auditeur général, de se prononcer.

Se fondant exclusivement sur l’article 209 du Code judiciaire militaire, non seulement
la Haute Cour militaire a déclaré régulière la détention préventive de Germain Katanga
pourtant vieille de plus d’une année, mais elle a en plus prorogé ladite détention en intimant
l’ordre à l’auditeur militaire de faire diligence dans son instruction pour envoyer l’affaire en
jugement.72

Nous analyserons donc dans cette section le pouvoir exorbitant ainsi que les faiblesses
du magistrat instructeur militaire afin de mieux situé l’indépendance quasi complète du parquet
face au siège lors de la phase préjuridictionnelle empêchant ainsi tout contrôle des cours et
tribunaux militaire lors de ladite phase.

§1. DU MAGISTRAT INSTRUCEUR MILITAIRE


L’auditeur militaire exerce à la fois les fonctions de poursuites et d’instruction. Cette
spécificité ne poserait pas de problème si elle ne constituait pas une atteinte aux droits de
l’homme et plus précisément au droit à la présomption d’innocence.

Comme le note Bayona Ba Meya : « les conséquences de cette double mission


confiée au ministère public sont les suivantes : partagé entre la mission d’instruire à charge et
à décharge, tâche qui est inconciliable avec la mission de poursuite qui lui demande de préparer
le dossier de l’accusation, le ministère public va imprimer à sa mission d’instruction une allure
unilatérale, c’est-à-dire il va privilégier la mission d’accusateur public, de partie poursuivante ;
pour ce faire, il va essentiellement poursuivre à charge ; car il s’agit pour lui de préparer le
dossier de l’accusation, violant gravement le principe constitutionnel de la présomption
d’innocence. Mais ce n’est pas tout, les juges vont à leur tour violer ce principe parce qu’ils
vont poser leurs questions au prévenu sur la base d’un dossier qui contient uniquement des
éléments à conviction, à telle enseigne que l’analyse attentive de ces questions fait voir qu’aux
yeux des juges, le prévenu est présumé coupable et il doit, par ses réponses, démontrer qu’il est
innocent ».73 Dans l’optique ou l’instruction préparatoire dans la procédure pénale congolaise
est inquisitoriale plutôt que contradictoire et que la personne poursuivie n’a donc pas accès ou
à un accès très limité et partiel au dossier de l’accusation avant le procès, elle est en situation

72
Haute Cour militaire, Auditeur militaire c. Germain Katanga et consorts, RDP No.001/05, 1er décembre 2006.
73
Bayona ba meya, Regard estimatif sur les problèmes saillants du fonctionnement de la justice congolaise,
Lukuni Lwa Yuma, vol. II, No. 3, 1999, p.36
P a g e | 43

désavantageuse quant à la préparation de ses preuves. C’est notamment le cas lorsqu’il s’agit
de constituer les témoins à décharge. La loi, en effet, impose de communiquer la liste des
témoins avant le débat sur le fond,74 c’est-à-dire dès la première audience de jugement, ce qui
suppose que la personne poursuivie a suffisamment pris connaissance du dossier de l’accusation
avant la première audience du procès. Cela n’est évidemment pas le cas et les avocats des
personnes poursuivies sont généralement désignés ou constitués seulement le jour précèdent la
première audience, voire au cours du procès.

I. REVOCATIONS ET MUTATIONS DES MAGISTRATS MILITAIRES

La loi portant statut des magistrats reconnaît aux chefs de juridiction et à ceux d’offices
de parquet le pouvoir de procéder à la mutation des magistrats sous leur autorité.
Cette prérogative a fait l’objet d’abus pour justifier des mutations intempestives des mutations
intempestives.

La mutation des magistrats instructeurs en cours d’instruction de dossiers constitue l’une


des causes des acquittements, des condamnations aux peines dérisoires ou simplement du
blocage qui ont caractérisé certaines affaires instruites par la justice militaire. D’après un
rapport des Nations unies, le magistrat Majaliwa Mulindwa a été brusquement muté en 2005
pour l’empêcher de révéler l’implication de certaines personnalités politiques dans l’assassinat
le 31 juillet 2005 de Pascal Kabungulu, un défenseur des droits de l’homme de Bukavu.75

Le Code judiciaire militaire reconnaît au ministre de la Défense la faculté de déléguer


un magistrat d’un parquet militaire inférieur pour remplir temporairement les fonctions
supérieures en citant des raisons liées aux impératifs de la défense76. Cette disposition permet
en fait au ministre de la Défense sous le prétexte des impératifs de la défense qu’il n’a pas à
préciser, d’écarter par exemple un magistrat militaire de l’instruction d’un dossier dans lequel
l’exécutif souhaite imprimer une orientation politique ou privée contraire aux intérêts de la
justice.

74
Articles 242 et 243 du Code judiciaire militaire.
75
[Link]
76
Article 65 du Code de justice militaire.
P a g e | 44

II. SOUMISSION DES POURSUITES A L’AUTORISATION PREALABLE


DU COMMANDEMENT MILITAIRE

L’un des principaux facteurs des contre-performances de la justice militaire identifié


par la quasi-totalité des personnes consultées dans les recherches menées en vue de la
rédaction de ce travail est la valeur qu’exerce le commandement.

Partout, le commandement se donne le droit soit d’interdire les poursuites à l’encontre


des éléments placés sous son autorité ou alors de soumettre lesdites poursuites à son autorisation
préalable.

Ainsi, dans une lettre adressée à l’auditeur militaire de garnison de Bunia en date du
24 juillet 2006, le général Mbuyamba Nsona, commandant des opérations dans l’Ituri, note
qu’il avait constaté que depuis un certain temps, les militaires de garnison sont convoqués et
viennent comparaître dans les offices à l’insu du commandant des opérations et que désormais,
toutes convocations, tout mandat de comparution ou d’amener devra être impérativement
approuvé par le commandant des opérations pour les militaires en opération et qu’agir
autrement constituerait un vice de procédure et de ce fait punissable.

Cela se fait dans quasi toutes les provinces de la RDC et c’est une entorse grave à
l’indépendance de la justice.

Pour nous, le commandement ne devrait jamais avoir à intervenir dans quelque affaire
que soit de la justice. Les magistrats instructeur ne sont plus tout à fait libres de poursuivre qui
ils veulent, la poursuite est conditionnée par l’approbation du commandement militaire. Cette
pratique est compréhensible cependant car les magistrats militaires sont avant tout des militaires
et répondre à leur commandement est pour eux une évidence, ayant été formés comme cela.
Pour exercer correctement son travail, le magistrat instructeur doit être lui-même haut gradé
dans l’ordre militaire et ce n’est pas toujours le cas. Ainsi, il y a lieu de se demander combien
des crimes ont été passés sous silence et demeure jusqu’à ce jour impunis parce que le magistrat
instructeur n’était habilité à poursuivre l’infracteur sur injonction du commandement militaire.

Parfois des magistrats militaires ont personnellement payé cher des velléités de passer
outre le commandement militaire dans l’exercice de leur travail. Le 28 juillet 2007, par
exemple, pour avoir enfreint un ordre que leur intimé le général Jean-Claude Kifwa « Tango
Tango », commandant de la neuvième région militaire, quatre substituts de l’auditeur
militaire de garnison de Kisangani, Julien Lwemba, Guillaume Ngembo, David Kazadi et
P a g e | 45

Joseph Nganama ont été déshabillés en public, roués de coups, exposés à des traitements
inhumains et dégradants et arrêtés sur ordre personnel dudit général.77

Au cours d’un entretien conduit plus tard dans le cadre d’un rapport des nations unies
sur les irrégularités de la justice militaire, le général Kifwa a soutenu être intervenu à la
demande de la population civile pour empêcher les magistrats militaires en question de procéder
un dimanche à des arrestations de civils pour des affaires de dette. D’après le général, sa garde
s’en était prise au militaire après que ce dernier avait refusé d’obtempérer à l’ordre de cesser de
s’occuper d’une affaire qui ne relevait pas de la compétence des parquets militaires.

Déjà présentes au moment du déclenchement des poursuites, les interférences du


commandement militaire se poursuivent au cours de l’instruction et deviennent encore plus
fortes à la veille de la prise des décisions judiciaires.

C’est pourquoi nous pensons donc que l’Etat congolais, devra trouver un mécanisme
visant à pallier à ce problème. Il pourra par exemple :

 Créer une structure au sein même des forces armées destinés aux magistrats à en devenir,
ou ils recevront la même formation que les militaires « ordinaires » mais les séparer des
obligations hiérarchiques afin qu’ils restent à l’abri de toutes injonctions qui pourra
éventuellement mettre en péril l’indépendance de la justice.
 Cette structure serait ouverte à tout militaire désireux de devenir magistrat ; s’il détenait
déjà des grades au sein des forces armées, y renoncer afin que la justice soit véritablement
couverte de toutes entorse.

§2. DE L’INDEPENDANCE DU PARQUET FACE AU SIEGE


Lors de la phase prejurédictionnelle, le parquet est pour une durée d’au moins un an,
complètement indépendant du siège. Le magistrat instructeur est le maitre de l’action publique
et dispose, pour une période cumulative d’une année du monopole des décisions concernant les
détenus préventifs.

Cette entorse aux droits de la défense semble sanctionnée par la loi. D’après le Code
judiciaire militaire, en effet : « Si l’instruction de l’affaire doit durer plus de quinze jours et que
le magistrat militaire estime nécessaire de maintenir l’inculpé en détention, il en réfère à
l’auditeur militaire. Celui-ci statue sur la détention provisoire et décide sur sa prorogation pour

77
A/HRC/7/25, 29 février 2008, Rapport de l’Expert indépendant sur la situation des droits de l’homme en
République démocratique du Congo, Frédéric Titinga, p.10.
P a g e | 46

un mois ; et, ainsi de suite, de mois en mois, lorsque les devoirs d’instruction dûment justifiés
l’exigent. Si la peine prévue est égale ou supérieure à six mois, la prorogation de la détention
préventive ne peut dépasser douze mois consécutifs. Dépassé ce délai, la prorogation est
autorisée par la juridiction compétente. À tout moment le détenu peut demander à l’auditeur
militaire sa remise en liberté ou la mise en liberté provisoire »78.

Il ressort de cette disposition que la détention préventive peut se proroger jusqu’à une
année sans aucune intervention du juge. Cela est une entorse grave au droit de tout citoyen
congolais à passer devant le juge dans un délai raisonnable.

La détention provisoire ordonnée par les magistrats militaires est généralement d’une
trop longue durée (12 mois) et la procédure ne laisse pas aux personnes détenues provisoirement
la possibilité de saisir un juge pour faire examiner la régularité de leur détention.

Dans tous les cas un tel examen, quand il intervient, n’est pas possible avant une année
de détention provisoire.

Les personnes poursuivies devant les juridictions militaires passent donc de longues
périodes en détention provisoire sans la possibilité de savoir à quel moment le magistrat
instructeur compte les envoyer en jugement ni même s’il a l’intention de le faire.

Dans l’affaire Kilwa, par exemple, les personnes poursuivies ont passé plus de 18 mois
de détention provisoire avant d’être renvoyées devant la Cour militaire du Haut- Katanga, les
personnes poursuivies dans les affaires Tshindja Tshindja et Kabungulu79 avaient totalisé plus
de trois ans de détention provisoire sans avoir été renvoyées devant un tribunal.

Les magistrats qui refusent de soumettre la détention provisoire au contrôle judiciaire


avant l’expiration d’une année au moins justifient leur action sur le fondement de l’article 209
du Code judiciaire militaire qui permet à l’auditorat militaire de proroger la détention provisoire
pour un mois et ainsi de suite, de mois en mois, lorsque les devoirs d’instruction dûment justifiés
l’exigent tant que le magistrat instructeur « estime nécessaire de maintenir l’inculpé en
détention.

78
Article 209 du Code judiciaire militaire.
Une étude d’AfriMAP et de l’Open Society Initiative for Southern Africa effectué par Marcel Wetsh’okonda
79

Koso, La justice militaire et le respect des droits de l’homme, OPEN SOCIETY INSTITUTE, p11.
P a g e | 47

L’interprétation trop large qui est faite de cette disposition par les magistrats militaires
les amène à mettre les besoins de l’instruction devant la nécessité de respecter les droits des
personnes poursuivies.

Ainsi dans l’affaire Germain Katanga, la Haute Cour militaire a non seulement jugé
régulière une détention provisoire vieille de plus d’une année, mais elle l’a en plus prorogée de
60 jours à la demande du parquet qui avait seulement à alléguer, sans le prouver, de la poursuite
de l’instruction.

L’article 209 du Code judiciaire militaire est manifestement inconstitutionnel et son


abrogation devrait s’imposer.

La détention préventive devant les juridictions militaires devrait être soumise à un


nouveau cadre juridique qui prévoie le droit pour la personne poursuivie de soumettre sa
détention préventive à l’examen d’un juge du siège dans les meilleurs délais. Un tel examen
doit comporter l’obligation du magistrat instructeur de prouver les besoins de l’instruction dont
il demande la poursuite et la possibilité pour la personne poursuivie de le contester.

Le 24 fév. 2020, le mouvement pour les droits de l’homme et la réconciliation en sigle


(MDR) avait dénoncé la détention illégale de plus de 45 personnes par le magistrat militaire de
l’auditorat militaire de garnison de Lubumbashi dans le Haut-Katanga.

Ces 45 personnes détenus sous RMP5609 selon cette organisation de droit de l’homme,
ils sont poursuivis pour association de malfaiteurs, vol à main armés, recel d’objet et autres
depuis le 24 mars 2018, jour de leur arrestation.

8 parmi eux sont décédés en détention suite au mauvais traitement et aux multiples
déplacements des lieux carcéraux. C’est regrettable que depuis cette date jusqu'à nos jours,
l’Auditorat militaire continue à garder ces détenus sans fournir aucun effort pour que ces
derniers soient conduits devant le juge afin de connaitre leur sort sur le fait mis à leur charge.
Cela, dénonce l’organisation en violation de l’art 17 al 2, 19 al 2 de la constitution de la RDC
et 209 du CJM. Garder ces prévenus en détention au-delà des délais que la loi prévoit pour
l’instruction pré juridictionnelle est constitutif de violation de droits de l’homme.

L’auditeur général près la Haute Cour Militaire aurait dû ouvrir une enquête à charge
du magistrat instructeur pour faire respecter la loi car ce genre de situation est inadmissible.

Il en va de la responsabilité des magistrats de l’auditorat militaire de garnison de


Lubumbashi de toujours faire respecter la procédure en matière de détention préventive afin
P a g e | 48

d’être le modèle pour les officiers de police judiciaire pour le respect du délai de détention
préventive.

La réforme de la justice militaire congolaise instituée par les lois de 2002, n’a répondu
que très partiellement à ses propres défis.

Le ministre de la Justice a donc initié une autre réforme, actuellement en cours, en partie
dans le but d’intégrer dans la procédure judiciaire militaire les principes fondamentaux énoncés
dans la Constitution de 2006, adoptée après l’entrée en vigueur des réformes de 2002.

La réforme de la justice militaire doit prendre en compte l’ensemble des défis


institutionnels et politiques qui se posent à la justice militaire afin que celle-ci puisse servir
d’outil efficace de lutte contre l’impunité tout en respectant les droits de l’homme en
contribuant à l’avènement d’un Etat de droit en RDC.
P a g e | 49

CHAPITRE TROISIEME : L’IMPACT DU


DYSFONCTIONNEMENT DU SYSTEME CARCERAL
CONGOLAIS SUR LES DETENUS PREVENTIFS
MILITAIRE DE LA PRISON CENTRALE DE
KASSAPA/LUBUMBASHI.
Il sera question dans ce chapitre d’épingler les disfonctionnements qui gangrènent le
système carcéral congolais. Pour se faire, nous énumérerons les principaux problèmes que
connaît le système carcéral congolais.

Il importe toutefois de relever certains dysfonctionnements qui affectent la justice


pénale militaire qui a des répercussions directes sur le non-respect de la légalité de la détention
et sur les conditions de détention.

La structure judiciaire militaire comprend, les Tribunaux Militaires de Police, les


Tribunaux Militaires de Garnison, les Cours Militaires et les Cours Militaires Opérationnelles
et la Haute Cour Militaire. Cette structure judiciaire militaire est toutefois récente et n’est même
pas encore opérationnelle sur tout le territoire. La plupart des détenus militaires, et quelquefois
civils, emprisonnés ces dernières années l’ont été sur base de décisions de juridictions militaires
d’exception. C’est le cas de la Cour d’Ordre Militaire (COM).

Il sied de noter que la justice militaire connaît un régime spécifique de la détention


préventive. Ce régime s’inspire largement du régime de droit commun avec la différence
notable que c’est l’auditeur militaire (lequel occupe les fonctions du ministère public) et non
un magistrat du siège, qui statue (pendant 12 mois) par ordonnance sur la détention provisoire.
Passé ce délai, la prorogation de la détention préventive relève de la juridiction militaire
compétente.

Comme nous l’avons soulevé dans le deuxième chapitre, les magistrats militaires sont
dans une situation où ils obéissent aux injonctions ou aux ordres de leur hiérarchie
compromettant ainsi l’indépendance de la justice qu’ils sont censés rendre.
P a g e | 50

Ce manque d’indépendance, toujours actuel, a caractérisé plus particulièrement la Cour


d’ordre militaire (COM)80.

Un nombre non négligeable de détenus dans la prison centrale de la KASSAPA à


Lubumbashi sont en fait des militaires condamnés ou placés en détention préventive par la
COM.

A ces dysfonctionnements dans l’administration de la justice militaire, il faut en ajouter


d’autres qui ont des implications directes sur la légalité des arrestations et détentions et sur les
conditions de détention :

 L’inobservation des règles de procédure en matière d’arrestation et de détention;


 L’engorgement des prisons par des détenus préventifs dont certains sont sans dossiers
judiciaires réguliers
 L’incapacité des magistrats du parquet à exercer leur devoir de contrôle et d’inspection sur
la police judiciaire et sur les lieux de détention (notamment ceux tenus par certains services
spécialisés comme l’ANR, la DEMIAP, etc.)

Nous pouvons donc considérer qu’une grande proportion des militaires encore
emprisonnés aujourd’hui n’a pas bénéficié d’un procès équitable répondant aux normes
internationales en la matière, ce qui soulève la question d’une éventuelle révision de leur procès.
Vu que ce chapitre traite de l’impact du dysfonctionnement du système carcéral sur les
détenus préventifs militaires, nous examinerons le régime pénitentiaire dans lequel ils sont

80
Créée par le décret-loi n°019 du 23 août 1997 en vue de faire face à “l’urgence et impérieuse nécessité de
parachever les opérations de consolidation des positions conquises par la 50ème Brigade des forces armées”, la
Cour d’Ordre Militaire a assumé sa mission jusqu’à sa dissolution en avril 2003. La pratique judiciaire
développée par la COM a accentué voire abusé de pouvoirs exorbitants, violant ainsi systématiquement les
normes des droits de l’homme sur l’administration de la justice. Cette tendance s’est davantage accrue du fait de
la guerre.
Parmi ces graves dysfonctionnement, ont été relevés toute sorte de dérapages :
- confusion entre le siège et le parquet avec mainmise de celui-là sur celui-ci ;
- extension inconsidérée de la compétence territoriale, matérielle et personnelle de la cour;
- exécution (quasi) sommaire des décisions de condamnation (même capitale) intervenant quelquefois sans
jugements
rédigés et motivés et sans qu’il ne soit certain que toutes les garanties de bonne administration de la justice et de
défense
ont été respectées;
- réduction considérable de l’indépendance des magistrats (traqués par des mesures ou sanctions disciplinaires
irrégulières ou
des arrestations et détentions illégales);
- décisions iniques rendues sous la pression des autorités politiques ou des circonstances;
- décision prononcée en premier et dernier ressort;
- etc.
P a g e | 51

placés (Section 1), déterminer si leur conditions de vies sont conformes aux prescrits des
instruments juridiques nationaux et internationaux tout en les comparants aux conditions de
détention des détenus non militaire (Section 2).

SECTION 1 : REGIME PENITENTIAIRE ET POPULATION CARCERALE


§1. REGIME PENITENTIAIRE
L’article 5 de l’ordonnance n°344 du 17 septembre 1965 portant organisation du régime
pénitentiaire en RDC (RP) stipule qu’il existe des prisons militaires à côté des prisons civiles.

L’article 530 du code de justice militaire instituait des prisons militaires en RDC81 :

«Il est créé sur le territoire de la République du Zaïre deux prisons militaires :
- la prison militaire de N’Dolo
- la prison militaire d’Angenga.»
La vétusté et le manque d’entretien des bâtiments ont entraîné la fermeture de ces
différentes prisons et le transfert des détenus militaires vers les prisons civiles. Ce qui contribue
pour beaucoup à leur surpeuplement. Il n’existe pas toutefois, dans les prisons civiles, de
séparation entre catégories de détenus civils et militaires, ce qui expose les civiles aux pressions
des militaires.82

Le directeur coordonne et supervise l’ensemble des prisonniers. Il dispose du pouvoir


de refuser l’incarcération d’un détenu si les titres prévus aux articles 30 et 34 de l’ordonnance
n° 344 du 17 septembre 1965 ne lui sont pas présentés83.

La loi prévoit :

 une prison centrale à chaque siège d’une Cour d’Appel, soit dans chaque chef-lieu de
province.
 une prison de district à chaque siège d’un tribunal de grande instance, soit au chef-lieu de
district, sauf là où existe une prison centrale.
 une prison de police à chaque siège d’un tribunal de paix, soit dans chaque territoire ou
commune, sauf là où existe une prison centrale ou de district.

81
Art 530 du code judiciaire militaire
82
MONUC, section des droits de l’homme, rapport sur la détention dans les prisons et cachots de la RDC,Avril
2004, p.13
83
Ibidem, p.13
P a g e | 52

Dans les faits, beaucoup ont été abandonnées parce que tombées en ruine ou sont
fermées pour vétusté. Il existe aussi des camps de détention destinés en principe à des
condamnés à de longues peines d’emprisonnement.

Le plus connu est celui de Buluwo, dans le Haut-Katanga, qualifié parfois de « prison de
haute sécurité » et qui héberge nombre de prisonniers politiques.

§2. POPULATION CARCERALE


La prison centrale de la Kassapa à Lubumbashi compte plus de 1939 détenus dont 1678
sont des prévenus contre 261 condamnés. Et pourtant, la prison de la Kassapa a été construite
pour 600 seulement.

Le constat a été fait par le groupe thématique Gouvernance paix et sécurité du cadre de
concertation de la société civile du Haut-Katanga, dans le rapport de leur enquête publié le
08/02/2022.84

L'un des membres de ce groupe thématique, Jeff Mbiya, a indiqué lundi 7 février que "la
cause principale est le recours abusif à la détention préventive mais également la diminution
d’octroi de libération conditionnelle aux condamnés".85

A cet effet, cette structure citoyenne recommande entre autres au ministre d'Etat et
ministre de la Justice et garde des sceaux le désengorgement de cette maison carcérale et la
réforme du système pénitentiaire.86

« Nous recommandons au ministre national de la Justice et gardes des sceaux


d’accepter les propositions de la mise en liberté conditionnelle lui adressée par le directeur de
prison. D’ordonner notamment aussi des visites d’inspection pour s’assurer de la situation
judiciaire de chaque détenu ou prisonnier question de voir comment arriver cette fois-là à
l’exécution de grâce présidentielle pourquoi pas aussi à la loi d’amnistie et aussi proposer des
libération conditionnelle, relancer la réforme du système pénitentiaire pour ne pas créer dans
les jours à venir des criminels, quand ils vont sortir du centre de rééducation de la Kasapa », a
indiqué Jeff Mbiya.87

84
[Link]
85
Ibidem
86
Ibidem
87
Ibidem
P a g e | 53

A. LA SURPOPUKATION CARCERALE

Liée à l'accroissement du nombre de détenus, pendant une période donnée, mesurée


relativement à l’accroissement de la population totale. La surpopulation carcérale est une notion
liée à l'inflation carcérale, mais qui ne la recouvre pas exactement : elle décrit l'inadéquation
matérielle entre le nombre de détenus et le nombre de places (la capacité d’accueil) dans les
prisons. La question de la surpopulation peut s'envisager de deux façons : soit on considère qu'il
n'y a pas assez de places en détention, soit qu'il y a trop de personnes détenues. Une action sur
ces deux variables est sans doute nécessaire.

Les causes de cette surpopulation pénitentiaire sont nombreuses :

 Augmentation du nombre des détenus particulièrement militaires,


 Insuffisance du nombre de lieux de détention
 La durée anormalement longue de la détention, phénomène répandu qui découle lui-même
de plusieurs causes, principalement d’une utilisation excessive de la détention préventive
exagérément prolongée.
1. Augmentation du nombre des détenus

Une première cause de la surpopulation de nombreux établissements pénitentiaires et


particulièrement celle de la Kassapa, est certainement l’augmentation du nombre des détenus
particulièrement militaires. Le nombre des détenus militaires dans toutes les prisons du pays est
une des conséquences de la guerre qu’a connue la RDC. De nombreux militaires ont été arrêtés
et traduits devant des tribunaux militaires (dont la COM) alors que de nombreux autres sont
toujours en détention provisoire.88

2. Insuffisance du nombre de lieux de détention

C’est une deuxième cause de surpopulation. Certaines prisons sont tombées en ruine et
sont fermées depuis plusieurs années, notamment les trois prisons militaires de NDOLO à
Kinshasa, de TSHINKAKASA à Boma et de ANGENGA à l’Equateur qui sont actuellement
inopérantes ce qui fait que les nombreux détenus militaires sont gardés dans les prisons
civiles89.

88
MONUC, section des droits de l’homme, [Link]. p.14
89
Ibidem p.14
P a g e | 54

3. La durée anormalement longue de la détention

C’est certainement la cause la plus importante de la surpopulation carcérale.

La question à se poser ici est celle de savoir à quoi est due cette durée de détention
exagérément prolongée ?

a) Premièrement, à la condamnation excessive à des peines d’emprisonnement de longue


durée.

De nombreux magistrats, militaires notamment, font preuve d’une sévérité exagérée et


condamnent à des peines de 20 ans ou à perpétuité pour des infractions comme l’abandon de
poste.

Cette infraction pouvant consister simplement, par exemple, pour un militaire, à avoir
quitté son poste et à être entré clandestinement dans le polygone minier de la MIBA à Mbuji
Mayi90.

b) Le fait de ne quasiment jamais utiliser la procédure de libération conditionnelle.

La libération conditionnelle des condamnés existe en droit congolais mais elle est très
fortement sous-utilisée. Pour quelles raisons ? Certains gardiens en ignorent l’existence,
d’autres ne la mettent pas en œuvre faute de moyens (formulaires, papier, etc.).Pour finir,
les lenteurs au sommet de la machine administrative finissent par en décourager plus
d’un.

c) Une des causes principales de la surpopulation des carcérale en RDC est le maintien
d’un trop grand nombre de personnes en détention préventive91. Des milliers de détenus peuvent
rester des mois, une année ou plus en détention avant d’être mises en liberté ou jugés.

D’après les rapports de visites de la Section Droits de l’Homme, dans de nombreuses


prisons de la RDC, la proportion des personnes placées en détention préventive atteint de 60 à
80 pourcent de la population pénitentiaire, c’est-à-dire qu’il y a le plus souvent 6 à 8 détenus
placés en détention préventive pour seulement 2,3 ou 4 condamnés.

Au 15 octobre 2003, la prison de Kassapa (Lubumbashi) compte un total de 543 détenus


dont 177 condamnés et 366 prévenus, aujourd’hui, La prison centrale de la Kassapa compte

90
MONUC, section des droits de l’homme, [Link]. p.14
91
les Actes du Séminaire organize par RCN/Justice et Démocratie et le Ministère de la Justice sur “La pratique de la
détention préventive, Des écueils à la protection des Droits de l’Homme”,Session 2002.
P a g e | 55

plus de 1939 détenus dont 1678 sont des prévenus contre 261 condamnés. Ce phénomène ne va
pas en s’améliorant.

Au vu des facteurs que nous avons analysé plus haut, nous pensons que l’Etat devrait se
fixer comme objectif de :

 Construire des nouveaux centres pénitentiaires afin de désengorger celles existantes


 Créer ou recréer des prisons spécialement destinés aux militaires
 Faire de plus en plus recourt aux procédures telles que la liberté conditionnelles pour les
détenus qui le méritent selon les conditions qui seront fixés par la loi
 Enfin, faire un contrôle régulier de la détention préventive afin de réguler la situation des
militaires incarcères. Mais avant, il faudrait tout d’abord revoir code judiciaire militaire et
instaurer un contrôle juridictionnelle afin de supprimer ce super pouvoir dont dispose
l’auditeur militaire en matière de détention préventive.
B. RAISON DE LA DETENTION PREVENTIVE PROLOGEE

En recherchant les causes de ces nombreux placements et maintiens en détention


préventive exagérément prolongée on se rend compte que l’abus par les magistrats du recours
à la détention préventive, les retards dans la procédure d’instruction, le peu d’assistance par un
avocat en sont les signes annonciateurs.

a) L’abus par les magistrats du recours à la détention préventive92 qui


pourtant en vertu du droit international93 et national94 est une mesure d’exception et
ne doit pas être la règle.

Malheureusement en RDC, très peu de magistrats se préoccupent des divers aspects qui
sont à prendre en considération pour évaluer si la détention préventive s’impose dans une affaire

92
Actes du Séminaire organize par RCN/Justice et Démocratie et le Ministère de la Justice sur “La pratique de la
détention préventive, Des écueils à la protection des Droits de l’Homme», Session 2002.
93
Article 9(3), Pacte international relatif aux droits civils et politiques, supra.
94
En vertu du Code de procédure pénale congolais, l’inculpé ne peut être mis en état de détention préventive que si :
a) il existe à son égard des indices sérieux de culpabilité et ;
b) le fait paraisse constituer une infraction que la loi réprime d’une peine de six mois de servitude pénale au
moins. S’il s’agit d’une infraction que la loi réprime d’une peine de moins de six mois mais de plus de sept jours la personne
peut néanmoins être mise en détention préventive si :
a) il y a lieu de craindre la fuite de l’inculpé ou
b) son identité est inconnue ou douteuse ou ;
c) si eu égard à des circonstances graves et exceptionnelles, la détention préventive est impérieusement
réclamée par l’intérêt de la sécurité publique.
Lorsque les conditions ci-dessus sont réunies, l’officier du Ministère Public peut, après avoir intérrogé l’inculpé, le placer
sous mandat d’arrêt provisoire, à charge de le faire conduire devant le juge le plus proche compétent pour statuer sur la
détention
P a g e | 56

donnée et très peu se posent les quelques questions indispensables avant de placer quelqu’un
en détention, des questions telle que

 Existe-t-il des bases raisonnables pour croire que la personne a commis


l’infraction,
 La privation de liberté serait-elle disproportionnée par rapport à l’infraction alléguée et à la
condamnation envisageable,
 Y a-t-il un danger que le suspect disparaisse,
 Y a-t-il un danger significatif que le suspect commette de nouvelles infractions,
 Y a-t-il un danger d’obstacles significatifs à la procédure judiciaire si le suspect est relâché,
 Une libération conditionnelle ou sous caution serait-elle suffisante.

b) Les retards dans la procédure d’instruction contribuent certainement aussi


le plus à allonger la durée de la détention. En RDC, de nombreuses personnes qui sont
arrêtées, ne sont traduites devant un tribunal qu’après des mois voire parfois des
années. Ce retard est causé par le mauvais fonctionnement de la justice et particulièrement de
la justice militaire.

c) Le peu d’assistance par un avocat. Ces retards dans la procédure sont certainement
aggravés par le fait qu’un des droits les plus importants de toute personne accusée d’avoir
commis une infraction « le droit d’avoir un avocat pour préparer sa défense » n’est pas respecté
en RDC où les conditions de la détention préventive rendent difficile une communication
effective avec un avocat, surtout pour les militaires95.

En définitive, nous pensons que la situation judiciaire des détenus dans la prison centrale
de la Kassapa est caractérisée particulièrement par l’abus du recours à la détention préventive.
C’est là une des causes majeures de la surpopulation des prisons qui est elle-même une des
causes des mauvaises conditions de détention. Agir positivement sur la situation judiciaire des
détenus, et notamment réduire le nombre des détenus en préventive, diminuerait donc la
surpopulation carcérale ce qui entraînerait certainement une amélioration sensible des
conditions de détention et un meilleur respect de certaines règles minima sur le traitement des
détenus.

95
RM 93, Principes relatifs à la détention 17, Principes relatifs au barreau, Art 74 al.2 RP : L’autorisation du
gardien n’est pas requise pour les visites du Conseil du détenu. Celui-ci communique librement avec son client
pour autant qu’il ait été régulièrement choisi ou désigné et qu’il agisse dans l’exercice de ses fonctions.
P a g e | 57

SECTION 2 : CONDITION DE VIE DES DETENUS MILITAIRES ET NON


MILITAIRES
Il sera question ici de décrire les conditions de vie des détenus militaires et non militaires
afin de déterminer si non seulement elles sont différentes mais également si elles correspondent
aux prescrits des instruments juridiques tant nationaux qu’internationaux.

Les conditions de détention sont non seulement mauvaises mais violent le droit du
détenu à la dignité. Elles se caractérisent également en des punitions cruelles et injustifiées,
dangereuse pour la santé et même pour la vie du détenu.

À ce titre, nous pouvons dire qu’elles violent son droit (au prisonnier) à ne pas subir la
torture et autres peines ou traitement cruels, inhumains ou dégradants.

Les mauvaises conditions de détention peuvent, dans certains cas, être infligées dans le
but de briser le détenu, l’intimider, etc. Elles peuvent aussi résulter des négligences ou
d’absence de moyens. Elles constituent dans tous les cas une violation grave de l’un des droits
de l’homme les plus fondamentaux.

Les Règles Minima (RM) contiennent plusieurs articles détaillés traitant des aspects
matériels de la vie en prison.96

§1. CATEGORISATION DE DETENUS


La classification et la séparation des détenus suivant leur sexe, leur âge, leur statut pénal
(prévenus et condamnés) ou encore leur histoire criminelle témoignent d’une approche pratique
de la vulnérabilité potentielle des différents groupes au sein de la population carcérale et du
besoin de les protéger qui en est la conséquence97.

Selon la règle 8 des RM les différentes catégories de détenus doivent être séparées98 .La
législation congolaise confirme cette obligation99.

Il est important de noter qu’il n’existe plus de séparation entre les militaires et les civiles
depuis la disparition des quelques prisons militaires100. La présence d’un grand nombre de

96
MONUC, section des droits de l’homme, [Link]. p.18.
97
Ibidem, p.18.
98
RM 8. Les différentes catégories de détenus doivent être placées dans des établissements ou quartiers
d'établissements distincts, en tenant compte de leur sexe, de leur âge, de leurs antécédents, des motifs de leur
détention et des exigences de leur traitement.
99
Article 39 RP
100
MONUC, section des droits de l’homme, [Link]. p.19.
P a g e | 58

détenus militaires dans la prison centrale de la Kassapa, qui est censé être réservée uniquement
aux prisonniers civils, est à la base de la surpopulation de la prison.

Cette situation est en désaccord total avec la volonté profonde du législateur de séparer
les militaires des civils. Sur le plan juridique, cela a été plus ou moins respecté mais sur le plan
carcéral, cette séparation est loin d’être appliquée. Selon l’autorité de la prison de la Kassapa,
les détenus militaires, presque la moitié de l’effectif total, s’imposent sur les autres prisonniers
pour s’emparer de la nourriture disponible par exemple. Ils imposent leur volonté au sein même
de prison.

Il est également important de noter que les détenus préventifs et les condamnés, vivent
tous sous le même régime de détention ; ils se trouvent dans les mêmes cellules et soumis au
même régime que les condamnés. Cette situation, qui est celle que connaît tout le pays, est
contraire au principe de séparation des catégories de détenus proclamé par le pacte international
relatif aux droits civils et politiques101.

Il existe enfin une dernière situation, pourtant non prévue par la réglementation tant
nationale qu’internationale est celle qui concerne est pratiquée dans de nombreux
établissements pénitentiaires. C’est la séparation entre détenus nantis et non-nantis.

Comme agents de la fonction publique, le personnel pénitentiaire est tellement mal payé
qu’il cherche n’importe quelle occasion pour soutirer de l’argent aux détenus. Des quartiers
spéciaux, pour « VIP » ou « évolués » sont aménagés pour les prisonniers nantis. À la prison
centrale de Kassapa, moyennant payement d’un montant qui peut aller jusqu’à 50 $, ces détenus
peuvent bénéficier d’un « traitement de faveur » à la hauteur de leur statut.

§2. LIEU DE DETENTION


La prison centrale de la Kassapa est située dans la ville de Lubumbashi dans le Haut-
Katanga.

A sa construction, elle se situait dans un lieu périphérique de la ville. Aujourd’hui, la


prison centrale de la Kassapa est entourée de maison d’habitation, la population est soumise à
un danger permanant.

101
MONUC, section des droits de l’homme, [Link]. p.20.
P a g e | 59

Les normes internationales102 que nationales103 énumèrent certains minima à respecter


en ce qui concernent l’hébergement des détenus dans les locaux de détention et l’hygiène qui
doit y régner.

Les locaux de détention et, en particulier, ceux qui sont destinés au logement des détenus
pendant la nuit, doivent répondre aux exigences de l'hygiène, compte tenu du climat,
notamment en ce qui concerne le cubage d'air, la surface minimum, l'éclairage, le chauffage et
la ventilation104. Les installations sanitaires doivent permettre au détenu de satisfaire aux
besoins naturels au moment voulu, d'une manière propre et décente105. Les installations de bain
et de douche doivent être suffisantes pour que chaque détenu puisse être mis à même et tenu de
les utiliser, à une température adaptée au climat et aussi fréquemment que l'exige l'hygiène
générale selon la saison et la région géographique, mais au moins une fois par semaine sous un
climat tempéré106. Tous les locaux fréquentés régulièrement par les détenus doivent être
maintenus en parfait état d'entretien et de propreté107.

L’article 48 du Régime pénitencier stipule que chaque prison, chaque camp de détention
et chaque maison d’arrêt doit disposer d’installations hygiéniques et, autant que
possible, des douches et d’étuves à désinfecter. Le règlement d’ordre intérieur prescrit toutes
les mesures relatives à la propreté et à l’entretien des locaux, des objets de couchages et des
vêtements, ainsi qu’à la toilette des détenus.

Mais, c’est avec le plus grand regret que nous avons constaté que ces règles ne sont non
seulement pas respectées mais aussi que leur application n’est même pas à l’ordre du jour.

Apres un sondage que nous avons effectué auprès des détenus de la prison centrale de
la Kassapa, nous pouvons en conclure que les règles minimas des nations unies sur les
conditions de vie en prison à laquelle la RDC a ratifié, sont loin d’être respectés. Les détenus
sont cloisonnés dans des cellules trop petites pour contenir un aussi grand nombre de détenus
témoigne un prisonnier. Ils ne mangent pas tous les jours, témoignent-ils, et pas à leur faim.

102
RM Art.10
103
Article 48 RP.
104
RM Art.12
105
RM Art.13
106
RM Art.14
107
RM Art.15
P a g e | 60

§[Link] ET HYGIENE
A. ALIMENTATION

Comme nous l’avons mentionné plus haut, le témoignage des détenus par rapport à
l’alimentation est tragique. Dans ce domaine particulièrement les normes internationales et
nationales sont bafouées avec des conséquences dramatiques et mortelles les de détenu.

L’article 20 des règles minimas stipule que :

1) Tout détenu doit recevoir de l'administration aux heures usuelles une alimentation de
bonne qualité, bien préparée et servie, ayant une valeur nutritive suffisant au maintien de sa
santé et de ses forces108.

2) Chaque détenu doit avoir la possibilité de se pourvoir d'eau potable lorsqu'il en a


besoin.

L’article 61 du Régime pénitencier stipule également que les détenus reçoivent une
nourriture correspondant le plus possible à leur nourriture habituelle. Cette nourriture
doit avoir une valeur suffisante pour maintenir le détenu en parfaite condition physique109.

Nul est besoin de dire que ce ne sont que des mots. Il n’y a absolument aucune
stipulation qui est respectée.

La situation nutritionnelle est totalement déplorable puisque, dans de nombreux


endroits, l’Etat a cessé depuis plusieurs années de fournir de la nourriture aux prisonniers.
Seules les familles des détenus eux-mêmes, le CICR et certaines ONG et confessions religieuses
aident à subvenir aux besoins des détenus.

Le Gouvernorat de la province du Haut-Katanga offre périodiquement des repas pour


les détenus de la prison de Kassapa, mais en quantité insuffisante et de manière très irrégulière.
Le CICR supplée en apportant des repas. Certaines églises locales aident également les détenus
qui, principalement restent à la charge de leurs familles.

B. HYGIENE

Plusieurs Règles Minimas concernent l’hygiène qui doit être respectées dans les lieux
de détention. Les conditions hygiéniques minimales font particulièrement défaut dans la plupart
des prisons de RDC et spécialement celle de la Kassapa. Sans eau suffisante pour se laver et

108
RM art 20.
109
Article 61 RP
P a g e | 61

nettoyer leurs locaux et leurs vêtements, les prisonniers vivent souvent dans une crasse
indescriptible. Les lieux d’aisance (WC) font défaut et sont en nombre insuffisant.

Les détenus n’ont pas de lits dignes de ce nom et beaucoup passent la nuit sur le
pavement.

§[Link] MEDICAUX
Chaque établissement pénitentiaire doit disposer au moins des services d'un médecin
qualifié, qui devrait avoir des connaissances en psychiatrie. Les services médicaux devraient
être organisés en relation étroite avec l'administration générale du service de santé de la
communauté ou de la nation. Ils doivent comprendre un service psychiatrique pour le diagnostic
et, s'il y a lieu, le traitement des cas d'anomalie mentale110.

Pour les malades qui ont besoin de soins spéciaux, il faut prévoir le transfert vers des
établissements pénitentiaires spécialisés ou vers des hôpitaux civils. Lorsque le traitement
hospitalier est organisé dans l'établissement, celui-ci doit être pourvu d'un matériel, d'un
outillage et de produits pharmaceutiques permettant de donner les soins et le traitement
convenables aux détenus malades, et le personnel doit avoir une formation professionnelle
suffisante111.

Le médecin est chargé de surveiller la santé physique et mentale des détenus. Il devrait
voir chaque jour tous les détenus malades, tous ceux qui se plaignent d'être malades, et tous
ceux sur lesquels son attention est particulièrement attirée Le médecin doit présenter un rapport
au directeur chaque fois qu'il estime que la santé physique ou mentale d'un détenu a été ou sera
affectée par la prolongation ou par une modalité quelconque de la détention112.

La visite médicale des malades a lieu journellement à la prison, à la maison d’arrêt, et


au camp de détention si les conditions du service médical le permettent. Tous les matins au
réveil, le gardien inscrit les détenus qui se déclarent malades sur le cahier des visites
médicales113.

Les malades sont conduits à la visite médicale à l’heure fixée par le médecin. Les
détenus qui se sont déclarés malades et qui n’ont pas été reconnus comme tels par le médecin
peuvent être punis disciplinairement. Si le médecin estime qu’en raison de la gravité ou de la

110
RM Art 22.
111
Ibidem.
112
RM Art 25.
113
RP Art 56
P a g e | 62

nature de la maladie, il est impossible de soigner le détenu dans la prison, le camp de détention
ou la maison d’arrêt, celui-ci est conduit à la formation médicale la plus proche.
A la formation médicale ou hospitalière, le détenu est placé dans une chambre séparée; sa garde
est assurée par la police locale114.

La santé des détenus est déplorable115. L’Etat n’offre plus de soins médicaux. Si les
infirmiers et les médecins de l’Etat sont encore en place, ils manquent néanmoins de
médicaments. La majorité des détenus est en mauvaise santé et parmi les maladies les plus
récurrentes, on retrouve la galle, la diarrhée, la tuberculose, etc.

Le dispensaire de la prison de Kassapa est toujours ouvert mais presqu’aucun


médicament n’y est disponible.

§[Link]
Les règles internationales et nationales garantissent aux détenus le droit de
communiquer non seulement avec un avocat, mais également avec le monde extérieur. Les
communications avec le monde extérieur sont importantes pour protéger les droits du détenu,
mais aussi pour qu’il puisse être traité avec humanité116.

Les détenus doivent être autorisés, sous la surveillance nécessaire, à communiquer avec
leur famille et ceux de leurs amis auxquels on peut faire confiance, à intervalles réguliers tant
par correspondance qu'en recevant des visites117.

Les détenus peuvent recevoir des visites aux jours et heures fixés par le règlement
d’ordre intérieur, moyennant une autorisation spéciale du gardien. Sauf autorisation contraire
du magistrat instructeur, les visites aux détenus peuvent être autorisées. Le gardien ou un
surveillant doit assister à ces visites118.

Les visites sont certes autorisées mais le temps qui y est consacré est limité. En plus tout
visiteur est obligé de donner de l’argent aux militaires ou policiers de garde stationnés à la porte
d’entrée. Parfois, l’entretien avec le détenu est également monnayé, ce qui décourage
finalement les visiteurs119.

114
Art 60. RP
115
MONUC, section droits de l’homme, [Link]., p.24
116
Ibidem, p.24
117
Art 37. RM
118
[Link]
119
MONUC, section droits de l’homme, [Link]., p.26
P a g e | 63

SECTION 3 : PERSPECTIVE ET RECOMMANDATION


L’état des droits de l’homme dans le système pénitentiaire et judiciaire congolais est
extrêmement alarmant120.

La situation judiciaire des détenus n’est pas bonne. Il se dégage clairement que les droits
reconnus aux personnes arrêtées et placées en détention ne sont pas respectés notamment :

 le droit à un procès juste et équitable dans les délais légaux,


 le délai de détention trop long en procédure pénale militaire,
 le pouvoir exorbitant du ministère public militaire,

Mettent en péril la bonne marche de la justice militaire congolaise.

La visite à la prison centrale de la Kassapa nous a permis de nous rendre compte de la


contradiction qui règne au sein même de notre système judiciaire et pénitentiaire.

Les normes édictées et les traites ratifies n’ont aucun poids en réalité. Les détenus
préventifs en général et les militaires en particulier ne bénéficient pas des gardes fous qui leur
sont reconnus par la loi.

Elle nous a également permis, entre autres, d’avoir une indication claire quant au
problème que pose la détention préventive en montrant qu’il existe, dans la prison centrale de
la Kassapa, une disproportion entre le nombre de personnes placées en détention préventive par
rapport à l’ensemble de la population carcérale. Cette part des détenus préventifs oscille, dans
beaucoup d’établissements, entre 70 et 80 %.

La surpopulation de la plupart des prisons n’est donc pas uniquement due au nombre
absolu des détenus placés dans un nombre trop limité de lieux de détention et notamment au
grand nombre des militaires incarcérés à cause des circonstances de guerre, mais davantage à
la durée moyenne d’incarcération de chaque détenu, aggravée par le mauvais fonctionnement
de la justice, surtout de la justice militaire d’exception qui a opéré pendant la période de guerre.

Cette surpopulation des prisons contribue à :

 accentuer les mauvaises conditions matérielles de détention et le non-respect de la


plupart des règles édictées dans l’Ensemble des règles minima pour le traitement des
détenus et dans la législation congolaise en la matière,

Une étude d’AfriMAP et de l’Open Society Initiative for Southern Africa effectué par Marcel Wetsh’okonda
120

Koso, [Link]., p.87


P a g e | 64

 détériorer la condition physique des détenus et à faciliter la transmission des


maladies infectieuses,
 aggraver anormalement les conditions détention de ceux, très nombreux, qui sont
en préventive alors que ces personnes doivent bénéficier de la présomption
d’innocence et, à ce titre, jouir de conditions de détention différentes des condamnés qui
ont été reconnus coupables d’infractions pénales.

A cet effet, nous pensons que :

 Le ministre de la Justice et le Conseil supérieur de la magistrature, avec l’assistance des


partenaires internationaux et de la société civile, devraient collaborer à la mise en place
urgente d’un mécanisme pratique pour assurer le renforcement des capacités des magistrats
militaires en matière de respect des garanties relatives aux règles du procès équitable.
 Créer une structure au sein même des forces armées destinés aux magistrats à en devenir,
ou ils recevront la même formation que les militaires « ordinaires » mais les séparer des
obligations hiérarchiques afin qu’ils restent à l’abri de toutes injonctions qui pourra
éventuellement mettre en péril l’indépendance de la justice.
 Cette structure serait ouverte à tout militaire désireux de devenir magistrat ; s’il détenait
déjà des grades au sein des forces armées, y renoncer afin que la justice soit véritablement
couverte de toutes entorse.
 Construire des nouveaux centres pénitentiaires afin de désengorger celles existantes
 Créer ou recréer des prisons spécialement destinés aux militaires
 Faire de plus en plus recourt aux procédures telles que la liberté conditionnelles pour les
détenus qui le méritent selon les conditions qui seront fixés par la loi
 Enfin, faire un contrôle régulier de la détention préventive afin de réguler la situation des
militaires incarcères. Mais avant, il faudrait tout d’abord revoir code judiciaire militaire et
instaurer un contrôle juridictionnelle afin de supprimer ce super pouvoir dont dispose
l’auditeur militaire en matière de détention préventive.
P a g e | 65

CONCLUSION
Le détenus préventif en général et celui militaire en particulier est avant tout un être
humain et il a des droits qui lui sont garanties. Ces droits ne peuvent ni être bafoué ni piétiné
au gré des envies, encore moins par les institutions de l’Etat même qui les garanties.

De ce fait, le choix porté sur cette question en particulier visait principalement à mettre
en lumière les principaux droits reconnus aux détenus préventifs militaires et de les confronter
aux instruments juridiques internationaux ratifiés par la RDC en matière des droits de l’homme.

Nous nous sommes interrogés sur la constitutionnalité de la forme actuelle de la


législation congolaise en matière de détention préventive militaire, de sa conformité aux
exigences internationales et de la façon de lutter contre les différents abus que subissent les
détenus préventifs militaires en prison.

Pour y arriver, nous nous sommes référés à la constitution de la RDC, au code judiciaire
militaire, aux différents rapports internationaux des nations unies en matière de détention et des
droits de l’homme. Nous avons également rendu visite aux détenus préventifs de la prison
centrale de la Kassapa et par la technique d’interview, nous nous sommes fait une idée plus ou
moins objective de leur condition de vie.

Ainsi, il a été question premièrement d’analyser le cadre juridique où sont inscrits ces
détenus préventifs. Dans ce chapitre, nous avons de prime abord mis en lumière « le militaire »
afin de nous fixer exactement sur ceux à qui nous ferons allusion. Il a été dit que lorsqu’une
infraction était commise, il était important de rétablir l'équilibre social qui a été troublé en
réprimant le délinquant et en rétablissant les victimes dans leurs droits. Cette réaction ne se fait
pas de manière arbitraire, mais plutôt par les organes chargés de la répression. L’Etat seul
assume la responsabilité de l'ordre public et du bien commun par les cours et tribunaux
militaires en concours avec leur parquet prêt.

L'Etat a institué trois organes distincts concourant à cette même fin. Il s'agit de la police
judiciaire militaire, de l’auditorat et des cours et tribunaux militaires. Le rôle de chacune de ces
institutions ont été analysé en long et en large en nous référant au code judiciaire militaire, qui
est la loi qui organise toute la procédure allant de la phase préjuridictionnelle jusqu’au prononcé
du jugement, la mise en œuvre de la détention préventive en procédure pénale militaire et le
rôle de chacun des organes constituant l’appareil judiciaire militaire en général.
P a g e | 66

Dans le second chapitre, il a été question, d’étayer les différents instruments juridiques
tant nationaux qu’internationaux de la RDC pour les confronter aux conditions réelles de vie
des détenus préventifs militaires dans les centres de détention afin de déterminer si leur situation
carcérale était conforme ou pas aux prescrits de la loi.

Enfin le dernier chapitre a épinglé les disfonctionnements qui gangrènent le système


carcéral congolais. Pour se faire, nous avons énuméré les principaux problèmes que connaît le
système carcéral et judiciaire congolais. La justice militaire connaît un régime spécifique de la
détention préventive. Ce régime s’inspire largement du régime de droit commun avec la
différence notable que c’est l’auditeur militaire (lequel occupe les fonctions du ministère
public) et non un magistrat du siège, qui statue (pendant 12 mois) par ordonnance sur la
détention provisoire.

Nous pensons que le problème principal est l’interprétation trop large de l’article 209
du code judiciaire militaire qui est manifestement inconstitutionnel et son abrogation devrait
s’imposer.

La détention préventive devant les juridictions militaires devrait être soumise à un


nouveau cadre juridique qui prévoie le droit pour la personne poursuivie de soumettre sa
détention préventive à l’examen d’un juge du siège dans les meilleurs délais. Un
tel examen doit comporter l’obligation du magistrat instructeur de prouver les besoins de
l’instruction dont il demande la poursuite et la possibilité pour la personne poursuivie de le
contester.

Les différents abus en matière de détention préventive militaire résultent du délai trop
long de détention et des conditions inacceptables de détention non conformes aux droits
humains. Pour résoudre ce problème, il faudrait réduire le délai de détention et soumettre les
différents centres de détention aux normes internationales régissant les centres pénitentiaires,
construire des nouveaux centres pénitentiaires afin de désengorger celles existantes, créer ou
recréer des prisons spécialement destinés aux militaires, faire de plus en plus recourt aux
procédures telles que la liberté conditionnelles pour les détenus qui le méritent selon les
conditions qui seront fixés par la loi, enfin, faire un contrôle régulier de la détention préventive
afin de réguler la situation des militaires incarcères.

Mais avant tout, il faudrait d’abord revoir code judiciaire militaire et instaurer un
contrôle juridictionnelle afin de supprimer ce super pouvoir dont dispose l’auditeur militaire en
matière de détention préventive.
P a g e | 67

Il est également urgent que des mesures législatives claires soient adoptées pour abroger
toutes les dispositions consacrant la compétence des juridictions militaires à l’égard des civils
ainsi qu’à celui des policiers, des insurgés et des bâtisseurs de la nation. Seul le personnel
militaire au sens strict doit être justiciable des tribunaux militaires.

La même réforme législative devra aboutir à l’abrogation de toutes les dispositions


consacrant la compétence des juridictions militaires à l’égard des infractions autres que des
infractions de nature militaire stricte. À cet effet, il est important d’exclure les infractions
mixtes, notamment les crimes internationaux les plus graves, du champ de la compétence des
tribunaux militaires.

Enfin, la peine de mort devra également être abolie pour toutes les infractions prévues
par le Code pénal militaire, à commencer par les infractions qui n’ont pas un caractère de crimes
graves.

Dans tous les cas, les tribunaux militaires devraient s’abstenir d’appliquer la peine
capitale dans tous les domaines où les civils sont poursuivis car c’est notre façon de traiter les
détenus dans les pires instants de leur vie qui détermine notre degré d’humanité.
P a g e | 68

BIBLIOGRAPHIE
I. TEXTES LEGAUX
1. La constitution du 18 février 2006, 47° année numéro spécial du journal officiel.
2. Ordonnance-loi n°23-2002 du 18 novembre 2002 portant code judiciaire militaire.
3. Ordonnance–loi n°82-020 du 31 mars1982 partant code d’o.c.j.
4. Décret du 6 Aout 411959 portant code de procédure pénale.
5. décret-loi n°019 du 23 août 1997 portant organisation de la cours d’ordre militaire.
6. la déclaration universelle des droits de l’homme.
7. Conseil des droits de l’homme, 30ème session, 10 août 2015, Rapport annuel du Haut-
Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme et rapports du Haut-
Commissariat et du Secrétaire général.
II. OUVRAGES.
8. Dominique Terré, Jean Carbonnier et la procédure pénale, dans l’année sociologique
2007/2(Vol.57).
9. [Link], principes d’une réalisation méthodique du droit privé, Dalloz, Paris,
1991.
10. J. Carbonnier, Le problème de la détention préventive, Revue générale du Droit 1937
11. Jean Pradel, l’instruction préparatoire, Cujas, Paris, 1990.
12. Jean Pradel, Procédure pénale, Cujas, Paris, 2002.
13. J.P FRANGIER, comment réussir un mémoire, Dunod, Paris, 1986.
14. LUZOLO BAMBI LESSA et BAYONA BA MEYA, Manuel de procédure pénale,
PUC, Kinshasa, 2011.
15. Marcel Wetsh’okonda Koso, République démocratique du Congo : La justice militaire
et le respect des droits de l’homme – L’urgence du parachèvement de la réforme. Une
étude d’AfriMAP et de l’Open Society Initiative for Southern Africa, Johannesbourg,
2009.
16. MONUC, Section des droits de l’homme, Rapport sur la détention dans les prisons et
cachots de la RDC, Avril 2004.
17. SAFARI KASONGO Victor et MANDUDA MADIELA Anselme, La détention
préventive, séminaire des magistrats de parquet de grande instance et parquets
secondaire, Ministère de justice et RCN Juste et Démocratie, Kinshasa, 2005.
18. TUKA IKA (B), La détention préventive, RCN, Kinshasa, 2002.
P a g e | 69

III. COURS ET TRAVAUX SCIENTIFIQUES.


19. MAJAMBO KAMENGA, de la particularité de la détention préventive en procédure
pénale militaire, mémoire d’étude approfondie en droit, Université de Lubumbashi,
2014-2015.
20. MWAKA AMISI Gédéon, De la détention préventive, Travail de fin de Cycle,
Université du Kivu 2010-2011.
21. NKWANDA MUZINGA, Cours d’initiation à la recherche scientifique, G2 Droit,
Université de Lubumbashi, inédit, 2018-2019.
22. TSHIBASU PANDAMADI, Cours de Procédure Pénale, G2 Droit, Université de
Lubumbashi, inédit, 2018-2019.
23. TSHIBASU PANDAMADI, Cours de Droit Pénal et Procédure Pénale militaire, G3
Droit, Université de Lubumbashi, inédit, 2019-2020.
IV. WEBOGRAPHIE
24. [Link]
u_Congo 02 mars 2022, 19h28’.
25. [Link] 05
mars 2022, 21h53’.
26. [Link]
provisoire/h/[Link] 23 mars 2022, 09h12’.
27. [Link]
du-pourvoi-en-cassation-en-droit-congolais 3 avril 2022, 11h20’.
28. [Link]
15 avril 2022, 15h16’.
29. [Link]
democratique-du-congo/quest-ce-que-la-detention-preventive-en-droit-congolais/ 03
mai 2022, 09h10’.
30. [Link]
gedeon-en-fuite-des-soupcons-de-complicite-dans-larmee/ 03 mai 2022, 09h30’.
31. [Link] 29 mai
2022, 11h03’.
32. [Link]
dinstruction-dune-affaire-devant-une-juridiction 29 aout 2022, 08h50’.
P a g e | 70

TABLE DES MATIERES


INTRODUCTION ................................................................................................................. 1
0. PRESENTATION DU SUJET ........................................................................................ 1
1. PROBLEMATIQUE ........................................................................................................ 4
2. HYPOTHESES ................................................................................................................. 6
3. CHOIX ET INTERET DU SUJET ................................................................................. 6
1. CHOIX ........................................................................................................................... 6
2. INTERET ....................................................................................................................... 7
4. ETAT DE LA QUESTION .................................................................................................. 8
5. METHODOLOGIE ............................................................................................................. 9
6. DELIMITATION DU TRAVAIL ..................................................................................... 10
7. ANNONCE DU PLAN ....................................................................................................... 10
CHAPITRE PREMIER : CONSIDERATION GENERALE SUR LA
DETENTION PREVENTIVE EN PROCEDURE PENALE MILITAIRE ......... 11
SECTION 1: NOTION ...................................................................................................... 12
§1. L’INSTRUCTION PREJURIDICTIONNELLE .................................................. 13
§3. L’INSTRUCTION JURIDICTIONNELLE .......................................................... 19
§4. LE JUGEMENT ....................................................................................................... 20
SECTION 2 : CONDITIONS DE PLACEMENT EN DETENTION PREVENTIVE 23
§1. LE MANDAT D’ARRET PROVISOIRE (MAP) ................................................. 24
§2. LA DECISION DE MAINLEVEE DE LA DETENTION ................................... 26
§3. LA MISE EN LIBERTE PROVISOIRE ............................................................... 26
§4. LA REINCARCERATION DU PREVENU .......................................................... 27
SECTION 3 : MISE EN ŒUVRE DE LA DETENTION PREVENTIVE EN
PROCEDURE PENALE MILITAIRE ............................................................................ 27
§1. DE LA SAISINE DES JURIDICTIONS MILITAIRES ...................................... 28
§2. MISE EN ŒUVRE DE LA DETENTION PREVENTIVE ................................. 29
CHAPITRE DEUXIEME : LA DETENTION PREVENTIVE EN
REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO FACE AUX RESPECTS
DES DROITS DE L’HOMME ......................................................................................... 32
SECTION 1 : CADRE LEGAL ........................................................................................ 32
§1. NORMES NATIONALES ....................................................................................... 32
§[Link] INTERNATIONALES ET REGIONALES ......................................... 37
SECTION 2 : CONTROLE JURIDICTIONNELLE DE LA DETENTION
PREVENTIVE .................................................................................................................... 41
P a g e | 71

§1. DU MAGISTRAT INSTRUCEUR MILITAIRE .................................................. 42


§2. DE L’INDEPENDANCE DU PARQUET FACE AU SIEGE .............................. 45
CHAPITRE TROISIEME : L’IMPACT DU DYSFONCTIONNEMENT DU
SYSTEME CARCERAL CONGOLAIS SUR LES DETENUS PREVENTIFS
MILITAIRE DE LA PRISON CENTRALE DE KASSAPA/LUBUMBASHI. .. 49
SECTION 1 : REGIME PENITENTIAIRE ET POPULATION CARCERALE........ 51
§1. REGIME PENITENTIAIRE .................................................................................. 51
§2. POPULATION CARCERALE ............................................................................... 52
SECTION 2 : CONDITION DE VIE DES DETENUS MILITAIRES ET NON
MILITAIRES ..................................................................................................................... 57
§1. CATEGORISATION DE DETENUS .................................................................... 57
§2. LIEU DE DETENTION........................................................................................... 58
§[Link] ET HYGIENE .......................................................................... 60
§[Link] MEDICAUX ................................................................................................. 61
§[Link] ..................................................................................................................... 62
SECTION 3 : PERSPECTIVE ET RECOMMANDATION ......................................... 63
CONCLUSION .................................................................................................................... 65
BIBLIOGRAPHIE .............................................................................................................. 68

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