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CJB 2012

Le chapitre examine le Conseil national de la presse (CNP) au Maroc, un organe créé pour réguler la profession de journaliste dans un contexte de tensions entre autorégulation et contrôle étatique. Malgré des avancées en matière de liberté d'expression depuis la Constitution de 2011, le CNP reste ambigu, oscillant entre un rôle d'autorité administrative et celui d'un ordre professionnel. L'analyse met en lumière les défis structurels et législatifs auxquels est confronté le paysage médiatique marocain, tout en soulignant les limites persistantes à la liberté d'information.

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CJB 2012

Le chapitre examine le Conseil national de la presse (CNP) au Maroc, un organe créé pour réguler la profession de journaliste dans un contexte de tensions entre autorégulation et contrôle étatique. Malgré des avancées en matière de liberté d'expression depuis la Constitution de 2011, le CNP reste ambigu, oscillant entre un rôle d'autorité administrative et celui d'un ordre professionnel. L'analyse met en lumière les défis structurels et législatifs auxquels est confronté le paysage médiatique marocain, tout en soulignant les limites persistantes à la liberté d'information.

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Sous la direction de Bachir Benaziz, Abdelfettah Benchenna et Dominique

Marchetti

Les Espaces des (im)possibles


Les médias en Afrique du Nord depuis les années 1990

Chapitre 2 – Le Conseil national de la presse au


Maroc : organe d’autorégulation de la profession de
journaliste ou nouvel instrument de contrôle ?
Ahmed Hidass

Éditeur : Centre Jacques-Berque


Lieu d’édition : Rabat
Publication sur OpenEdition Books : 1 mars 2022
Collection : Description du Maghreb
ISBN numérique : 978-9920-34-727-3

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RÉFÉRENCE NUMÉRIQUE
Hidass, Ahmed. « Chapitre 2 – Le Conseil national de la presse au Maroc : organe d’autorégulation de
la profession de journaliste ou nouvel instrument de contrôle ? ». Les Espaces des (im)possibles, édité
par Bachir Benaziz et al., Centre Jacques-Berque, 2021, https://doi.org/10.4000/books.cjb.2012.

Ce document a été généré automatiquement le 27 octobre 2024.

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Chapitre 2
Le Conseil national de la presse au Maroc :
organe d’autorégulation de la profession de journaliste
ou nouvel instrument de contrôle ?
Ahmed Hidass

Habité par la tradition et voulant incarner la modernité, le pouvoir


marocain est paradoxal à plus d’un titre. En politique comme dans la
communication et le journalisme, il oscille selon les périodes entre
l’ouverture et son contraire. Le monopole public de l’audiovisuel et la
prééminence de journaux officiels et partisans autorisés ont caractérisé
l’espace médiatique pendant des décennies (Amar, Tuquoi, 2012 ;
Boniface, 2011). Avec la mondialisation, la marchandisation croissante
des productions culturelles, le développement des chaînes satellitaires,
puis de l’Internet et de ses outils, du « journalisme citoyen » et de la
consommation culturelle grand public, sa configuration a nécessairement
changé.
Si les médias officiels, pratiquant un journalisme aseptisé, perdent de
plus en plus de parts d’audience, tout comme la presse partisane, les médias
étrangers 1 et les sites alternatifs, sur le web et/ou diffusés par satellite,
progressent et leur disputent la primauté. Pressés par le hirak 2 de février

1
Les chiffres officiels font défaut, mais, au Maroc, près de 80 % des ménages sont raccordés au
réseau électrique et disposent de récepteurs de télévisions satellitaires. Selon l’Agence nationale
de régulation des télécommunications (ANRT), 75 % des ménages ont accès à internet. C’est
ce qui permet aux déçus de l’offre télévisuelle marocaine de s’abonner à des bouquets de
télévisions internationales, essentiellement auprès de serveurs IPTV informels.
2
Hirak : ce terme nouveau dans le vocabulaire politique arabe de la région MENA signifie
un mouvement spontané de contestation populaire non encadré par les forces politiques
conventionnelles (majorité et opposition représentées au parlement).
50 Ahmed Hidass

2011 et craignant l’effet domino des « soulèvements arabes », les autorités


marocaines ont anticipé l’escalade sociale 3 et essayé d’encadrer, voire
domestiquer, le phénomène.
Depuis l’Indépendance, le pouvoir marocain a procédé, à chaque
révision/nouvelle constitution, à la création de nouveaux organes étatiques
et à la modification de grands textes comme la loi sur les partis politiques, le
mode de scrutin, la justice, le code des impôts, les langues officielles, l’espace
médiatique, la configuration des régions, etc. Dans le discours officiel, il est
question de refonder un « contrat social » et de réaliser des réformes visant à
accompagner la « transition démocratique » du pays. Pourtant, selon Marina
Ottaway (2011), il s’agit d’un changement dans la continuité, et, comme
le remarque John Waterbury au début des années 1970, « on a souvent
l’impression que le régime marocain n’a d’autre stratégie à long terme que
d’espérer que ses tactiques de court terme continuent d’être payantes »
(Waterbury, 1975 [1970], p. 180).
En 2011, la nouvelle Constitution reprend la liberté d’expression
de façon plus ample. Expurgé des peines privatives de libertés, un
nouveau Code de la presse est promulgué en 2016. Élargi à la presse
électronique, il institue un organe ad hoc pour administrer la profession
de journaliste : le Conseil national de la presse (CNP). Critiqué par les uns,
loué par les autres, il est hybride en ce qu’il s’apparente à la fois à un
ordre professionnel, à une autorité administrative et à un substitut du
ministère de la Communication qui a été supprimé entre 2019 et 2021,
la Communication devenant alors un département du ministère de la
Culture, de la Jeunesse et des Sports.
En octobre 2021, la communication réapparaît dans un ministère de la
Jeunesse, de la Culture et de la Communication. C’est ce qui explique la
difficulté de caractériser le CNP d’un point de vue juridique, professionnel et
institutionnel : est-ce une instance d’autorégulation du journalisme au Maroc
et/ou un organe de sous-traitance administrative ? Ce chapitre se propose
de répondre à cette question en analysant la genèse de la constitution de
cette instance et ses premières réalisations.

3
18 800 manifestations rien qu’en 2018-2019 et près de trois millions de citoyens dans la rue
(chiffres donnés au début du mois d’octobre 2019 par Ahmed Chaouki Benyoub, délégué
interministériel aux droits de l’homme aux Portes ouvertes de la Direction générale de la sûreté
nationale à Tanger du 2 au 6 octobre 2019).
Le Conseil national de la presse au Maroc 51

Le cadre constitutionnel, législatif et opérationnel


des missions du CNP
L’instauration du Conseil national de la presse doit être resituée, même
brièvement, dans l’histoire contemporaine du cadre constitutionnel
marocain. Depuis son indépendance, le système monarchique marocain a
survécu à de grandes épreuves : deux tentatives de coup d’État, une transition
monarchique sur fond d’« alternance politique problématique » (Enhaili,
1999) et des hirak à répétition. Du temps des médias dits traditionnels, les
autorités contenaient les contestations et les neutralisaient, essentiellement
via une gestion sécuritaire : investissement dans la répression, octroi de
privilèges et harcèlement judiciaire des journalistes et écrivains critiques.
Avec l’arrivée de l’Internet, des nouveaux médias et des réseaux sociaux, les
mobilisations sociales et politiques ont gagné en visibilité à l’intérieur du
pays comme à l’étranger. La réaction des autorités publiques est toujours
de même nature, mais de plus en plus proactive.

La nouvelle Constitution de 2011


Dans le sillage des contestations populaires en Égypte, Syrie, Tunisie,
Jordanie, Bahreïn et Libye, l’effet domino a fonctionné, touchant le Maroc
(Bekkali, 2016) à travers l’émergence du Mouvement du 20 février 2011. Il se
nourrit du même terreau que les précédents – chômage, inégalités sociales
et territoriales, etc. – et s’insurge contre « le makhzen à la longévité insolente
et aux rouages institutionnalisés » (Claisse, 1996). Les colères populaires sont
désormais répétitives comme à Jerada (2018), dans le Rif (2017), à Zagora
(2017), Sidi Ifni (2005-2008) ou Lafideq (2021). Général, populaire et pacifique,
le Mouvement du 20 février 2011 a ébranlé les autorités marocaines par ses
manifestations de masse dans toutes les villes du Maroc, l’obligeant à réagir.
Rédigée par une commission désignée par le Roi, soumise à référendum avec
une injonction officielle de voter en sa faveur, une nouvelle Constitution
a été adoptée dès 2011 par 97,58 % de votants « oui » contre 1,52 % de
« non » et 0,90 % de bulletins blancs ou nuls. Autrement dit, à quelques
centièmes près, les votes furent les mêmes que pour les cinq Constitutions
précédentes. À l’exception de l’Organisation de l’action démocratique
populaire (OADP), un parti d’extrême-gauche, les partis politiques avaient
tous voté « oui » en 1996 pour la précédente Constitution, estimant qu’elle
répondait à leurs attentes et à la « bonne gouvernance » (El Ghazi, 2019).
En 2011, ils ont tous soutenu la nouvelle Constitution. Contrairement aux
précédentes, lacunaires en matière de communication et de médias, la
52 Ahmed Hidass

nouvelle Constitution prévoit des dispositions pour l’encadrement dans ce


domaine, tout en restant fidèle à l’organisation politique générale du pays.

Nouvelle définition constitutionnelle de la liberté d’opinion et


d’expression au Maroc
Dans les cinq précédents textes constitutionnels (1962, 1970, 1972, 1992
et 1996), la liberté d’expression était définie par le même article 9. Demeuré
inchangé de 1962 à 2011 et d’une économie sommaire, il définissait cette
liberté de façon brève et restrictive. Avec la Constitution de 2011, un
changement de forme est intervenu. Le dispositif consacré à la liberté de
l’information est plus exhaustif : trois articles (25, 27 et 28) portent sur « la
liberté d’opinion et d’expression ». Pour autant, à l’exception d’une seule
nouveauté, il s’agit de la même approche de la liberté de l’information
qu’en 1962. La nouveauté est dans l’article 27, qui introduit le droit
d’accès à l’information. Celui-ci est cependant soumis à des conditions
et des exceptions importantes, telles que le fait que l’Office chérifien
des phosphates est exempt de ce droit d’accès ou qu’il ne concerne pas
la « société civile ». Réservé légalement aux seules personnes physiques
de nationalité marocaine, le formulaire de demande d’accès (« demande
d’obtention » dans le texte en langue arabe) en témoigne. Comparé aux
formulaires tunisien, américain ou finlandais, il est dissuasif et restrictif.
Le changement principal apporté par la nouvelle Constitution consiste
dans le fait que la liberté d’opinion et d’expression n’est plus formulée au
bénéfice du seul citoyen marocain, étant désormais un attribut général.
Pour autant, les conditions de la participation des étrangers au capital de
journaux, radios et télévisions au Maroc sont dissuasives vu que celle-ci est
soumise à l’approbation des autorités (par exemple, un décret du Premier
ministre pour la création d’un média par un étranger).
La nouvelle Constitution reconduit très largement l’ancienne acception
de la liberté d’expression (Hidass, 2016) au sens où il s’agit toujours d’une
liberté sous toutes ses formes (orale, écrite et artistique) et non par tous les
moyens d’expression (presse écrite, radio, télévision, agence de presse, média
en ligne, média hors ligne, etc.) comme le stipulent la Déclaration universelle
des droits de l’homme et le Pacte international relatif aux droits civils et
politiques auxquels le Maroc a souscrit. De même, la liberté d’opinion est
consacrée de façon furtive. Il n’est pas stipulé dans la Constitution que « nul
ne peut être inquiété pour ses opinions », comme en droit international. Le
« délit d’opinion », voire le « crime d’opinion », est toujours appliqué, comme
Le Conseil national de la presse au Maroc 53

le montre l’« affaire Ali Anouzla », directeur du média électronique Lakome.


com, qui a été inculpé pour « apologie du terrorisme » en 2013 pour avoir
indiqué un lien internet vers une vidéo d’Al-Qaïda au Maghreb islamique
(Aqmi) diffusée sur le site du quotidien espagnol El Pais. Il en est de même
pour les journalistes Hamid El Mahdaoui 4, Taoufik Bouachrine 5 ou Hajar
Raissouni 6 qui ont été inculpés pour des charges tout aussi lourdes. Les
marges d’expression sont telles que certains ont préféré s’expatrier, comme
par exemple Ahmed Reda Benchemsi, Aboubakr Jamai ou Ali Lmrabet 7.
Le régime de liberté d’expression et d’entreprendre prôné par la
Constitution ne concerne essentiellement que la presse papier. En effet,
elle est le principal secteur média ouvert à l’initiative privée non pas
seulement partisane, ce qui n’est pas le cas de la télévision, qui relève, de
fait, du monopole de l’État 8. Ce secteur comme celui de la radio, ouvert plus
largement au privé depuis 2006, est « régulé » par la Haute autorité de la
communication audiovisuelle (HACA) créée par dahir (décret royal) et, depuis
2011, élevée au rang d’organisme constitutionnel. Celle-ci n’a jamais publié le
plan de fréquences (occupées ou disponibles), et, depuis la première (2006)
et deuxième (2009) vagues de licences, elle n’a pas lancé de nouveaux appels
d’offres pour l’attribution de chaînes radio/TV. Les nouveaux médias privés

4
Hamid El Mahdaoui, responsable du site badil.info et auteur de vidéos sur Youtube, a été
condamné à trois ans de prison ferme assortis d’une amende de 30 000 dirhams pour « non
dénonciation d’un crime portant atteinte à la sûreté de l’État ». Présent à El Hoceima, fief du hirak
rifain, le journaliste aurait reçu des communications téléphoniques d’un Marocain résidant aux
Pays-Bas, qui « laissait entendre tantôt qu’il finançait le hirak et son leader Nasser Zefzafi, tantôt
qu’il avait des armes dans le coffre de sa voiture destinées aux manifestants d’Al Hoceima ».
5
Taoufik Bouachrine, directeur du quotidien de langue arabe Akhbar Al Yaoum, a été condamné
à douze ans de prison pour « traite d’êtres humains », « abus de pouvoir à des fins sexuelles »
et « viol et tentative de viol ». Sa condamnation a été portée à quinze ans en appel et a été
assortie d’amendes et de dédommagements pour les plaignantes.
6
Hajar Raissouni, journaliste au quotidien Akhbar Al Yaoum, a été condamnée le 30 septembre
2019 à un an de prison ferme et deux années d’interdiction de l’exercice de la profession de
journaliste pendant deux années supplémentaires pour « avortement illégal » et « débauche ».
Bénéficiant d’un large soutien à l’international, elle a été graciée le 16 octobre 2019 par le Roi
Mohammed VI en dehors de toute fête religieuse ou nationale.
7
Condamné en 2005 pour « diffamation », Ali Lmrabet a été interdit d’exercer la profession de
journaliste pendant dix ans, à payer une amende de 50 000 dirhams et à publier, à ses frais, le
jugement le condamnant pendant trois semaines dans un quotidien arabophone.
8
Ce monopole a été supprimé par le décret-loi du 10 septembre 2002 portant suppression
du monopole d’État en matière de radiodiffusion et de télévision instauré par le dahir du
25 novembre 1924 relatif au monopole de l’État en matière de télégraphie et de téléphonie
avec ou sans fil. Toutefois, depuis 2002, aucun appel d’offres, manifestation d’intérêt ou appel
à candidatures n’a été lancé par la HACA pour la création de télévisions ou de radios privées.
54 Ahmed Hidass

que compte le paysage audiovisuel marocain sont des radios conventionnées


sur dossier (sans appel à candidatures) et des télévisions périphériques
domiciliées à l’étranger, émettant vers le Maroc comme Télé Maroc, Chada FM
ou Télé Découverte ou diffusées uniquement sur internet 9.
Enfin, pour la première fois, la Constitution marocaine interdit la censure
a priori, mais elle ne prévoit rien au sujet de la censure a posteriori, qui est
plus dommageable en raison des pertes qu’elle occasionne à la censure d’un
journal ou d’un livre après engagement des frais de production, d’impression
et de distribution. La nouvelle Constitution n’évoque pas non plus internet.
Pourtant, comme le rappelle le sommet NET Mundial au Brésil en 2014, ce
secteur a généré ou renforcé des notions fondamentales comme le droit
de connexion, le droit à la mort numérique, la non-discrimination, le droit
à l’oubli numérique, la datacratie, etc. Préparée dans la précipitation, sous
pression dudit « printemps arabe » dont il s’agissait d’éviter l’effet domino,
la Constitution de 2011 est donc restée dans la lignée de la gouvernance
générale du pays (Bendourou, 2012).

Médias et culture au Maroc : un écosystème en difficulté


Par-delà cette configuration constitutionnelle, c’est aussi la place de la
production culturelle au Maroc qu’il faut rappeler rapidement pour mieux
saisir les enjeux liés à la création du Conseil national de la presse. À quelques
exceptions près comme le festival de musique Mawazine (Rabat), le Salon
du cheval (El Jadida), le Festival de musique Gnaoua (Essaouira) et le festival
des musiques sacrées du monde (Fès), qui bénéficient du sponsoring de
grandes entreprises nationales, le secteur de la culture (livre, cinéma, théâtre,
musique, spectacles sur scène, bibliothèques, arts plastiques, musées, sites et
immeubles historiques, festivals populaires, etc.) est atrophié au Maroc. Avec
ses 36 millions d’habitants en 2018, le pays compte à peine 27 salles de cinéma
(1,57 million d’entrées en 2018), un tirage quotidien des journaux de moins de
150 000 exemplaires (moins de 10 journaux pour 1 000 habitants). Sur les 488
titres de la presse papier marocaine, 346 sont en arabe, 93 en français et 32 en
arabe et en français, aucun titre n'existant en langue amazighe (ministère de
la Communication, 2018). Il en est de même des 7 stations de radio publiques
et des 18 privées, puisqu’une seule d’entre elles propose un programme
en langue amazighe. Pour la télévision, une seule chaîne est diffusée dans

9
Le 25 mai 2021, Othmane El Firdaous, ministre de la Culture en charge du département de la
Communication, a décidé d’étendre à 100 % le contrôle du holding public audiovisuel SNRT aux
chaînes de télévision 2M et Medi1 TV, à la radio privée Medi1 et à la régie publicitaire Régie 3.
Le Conseil national de la presse au Maroc 55

cette langue sur les 7 chaînes du bouquet public proposé par la Société
nationale de radiodiffusion et de télévision (SNRT) 10. Pourtant les locuteurs
de l’amazigh, langue officielle depuis 2011, sont majoritaires dans plusieurs
bassins géographiques du pays. L’industrie du livre propose de 4 000 à 6 000
titres seulement (y compris les magazines et le livre scolaire) enregistrés au
dépôt légal en 2018 (contre 81 263 en France, 66 890 en Turquie et 71 548
en Allemagne) (International Publishers Association, 2020). En moyenne, les
Marocains consacrent moins de deux minutes à la lecture par jour (HCP, 2020,
p. 85) et fréquentent peu les rares bibliothèques et musées.
Copiée sur la France (Berteau, 2019 ; Bougon, 2019) où, sous contrôle
du Parlement et de la Cour des comptes, les médias sont soutenus 11 pour
l’innovation, le pluralisme et la diversité (Fonds stratégique pour le
développement de la presse, 2016), l’aide publique est problématique au Maroc
(Rapport du ministère de la Communication, 2014). Sans texte de cadrage,
elle a été instituée par l’État et n’a pas été auditée depuis l’indépendance du
pays en 1956. Constitutionnellement dédiée à « l’organisation du secteur de
la presse de manière indépendante et sur des bases démocratiques » et à la
mise à niveau des entreprises médias, elle est sans levier ad hoc. Le modèle
économique de cette aide et sa répartition inégale n’ont pas produit les
résultats officiellement escomptés. Par conséquent, l’érosion de l’audience
des médias nationaux est continue : la presse papier représente moins de
10 exemplaires pour 1 000 habitants contre plus de 500 en Finlande, selon
un rapport daté de 2019 (WAN/IFRA, 2019). Le paysage de la presse papier
demeure atrophié et la liberté d’expression fortement encadrée par des
« lignes rouges » (Marchetti, Benchenna, 2019).

Le Conseil national de la presse, garant de


la déontologie professionnelle, du pluralisme et
de la diversité ?
La Constitution de 2011 a reconduit ou instauré 23 organes constitutionnels,
dont la plupart sont nouveaux. Qu’ils soient à vocation consultative comme le
Conseil national des droits de l’homme, prospective comme le Conseil de la

10
Voir le site de l’autorité de régulation de l’audiovisuel, la HACA : https://www.haca.ma
11
À l’exception de quelques titres de la presse papier (Le Canard enchaîné, L’Humanité, etc.), en
ligne (Mediapart) et de quelques radios locales, les médias traditionnels français appartiennent
tous à de grands groupes industriels et financiers. La légitimité des subventions publiques
(Mauduit, 2020) pour ces médias est de plus en plus remise en question.
56 Ahmed Hidass

concurrence ou décisionnelle comme la HACA, leurs membres sont cooptés


par le pouvoir. Leurs attributions concernent beaucoup de domaines et
débordent ou recoupent, de façon conflictuelle, les pouvoirs du parlement.
La communication, les médias, la culture et les langues du pays sont
concernés par deux institutions : le Conseil national des langues et de
la culture marocaine (CNLCM) et le Conseil national de la presse (CNP).
Organisme constitutionnel et objet d’un projet de loi organique toujours
en cours, le CNLCM aura à proposer les orientations stratégiques de l’État
en matière de politique linguistique, médiatique et culturelle. De moindre
importance dans la hiérarchie institutionnelle et objet d’un texte de loi, le
CNP est par contre installé depuis le 5 octobre 2018. Hybride à la fois dans
sa composition, ses pouvoirs et son financement, comparativement aux
organismes similaires, sa mission et ses objectifs suscitent des interrogations.
Est-il un organe d’autorégulation de la presse, un garant/gardien de la liberté
d’expression, un substitut du ministère de la Communication ou un outil de
plus au service du pouvoir ?

Les conseils de presse : des organes communs à des régimes


politiques différents
Le premier Conseil de presse a vu le jour en Suède en 1916. Depuis, ce
genre d’institution s’est généralisé dans de nombreux pays. Le droit et la
tradition reconnaissent à la presse des privilèges qui la placent au rang
d’institution fondamentale. Elle les exerce au nom des citoyens en vertu
d’une délégation supposée implicite, ce qui pose un problème puisque les
journalistes et les médias ne sont pas élus. Par conséquent, pour conserver
cette présumée délégation, la presse se doit de la mériter par une auto
ou co-régulation, ce qui contribuerait à en faire un « quatrième pouvoir »
légitime. De 1953, date de la création du Press Council du Royaume-Uni
et jusqu’au scandale du piratage téléphonique 12 du News of the World du
magnat des médias Rupert Murdoch en 2011, l’expérience britannique
passait pour un modèle universel. S’appuyant sur les rapports d’enquête
de deux commissions royales (David Ross Commission, 1949, et Shawcross

12
En 2012, la Commission parlementaire des médias en Grande-Bretagne a révélé que
305 journalistes d’une trentaine de titres pratiquaient le piratage de téléphones (haking),
l’usurpation d’identité (blagging) et la corruption pour obtenir des informations privées ou
confidentielles. Ces « pratiques journalistiques » douteuses étaient routinières chez les tabloïds.
Elles ont entamé le crédit du modèle de régulation britannique et conduit à repenser la
déontologie journalistique ainsi que la gouvernance des médias en Grande-Bretagne.
Le Conseil national de la presse au Maroc 57

Commission, 1963) et créé par les professionnels eux-mêmes (propriétaires,


rédacteurs en chef et journalistes), le Press Council présentait un caractère
plutôt corporatiste (Hamon, 1977). Il en allait de même avec la Press
Complaints Commission, créée en 1995 pour remédier aux défaillances de
celui-ci et tenter de juguler ou, du moins tempérer, les pratiques agressives,
déloyales et inquisitoires de la presse populaire britannique. En 2014,
l’Independent Press Standards Organisation a été créée pour refonder un
système de co-régulation dans lequel l’État joue un petit rôle (Hulin, 2015).
Depuis ces scandales et échecs à répétition au Royaume-Uni, c’est le
Conseil de presse du Québec au Canada qui fait désormais école. Créé par
les trois acteurs de l’information (les entreprises de médias, les journalistes
et le public), il fonctionne comme un tribunal d’honneur et passe pour un
modèle dans les démocraties matures et auprès de l’UNESCO. De même, la
Tunisie attire également l’attention. Son modèle novateur propose la co-
régulation la plus collégiale. Le nouveau Conseil de presse créé en 2017 et
mis en place en 2019 se distingue par une composition plus large. En plus
des représentants des directeurs de journaux, des journalistes, du public
(représenté par la Ligue tunisienne des droits de l’homme), il fait place
aux institutions de presse 13. L’ONG Article 19 considère ce conseil tunisien
comme l’instance auto-constituée d’autorégulation/co-régulation de la
presse la plus indépendante en Afrique et dans la région MENA.
Dans des pays où la presse est plus forte et développée, comme
l’Espagne et les États-Unis, les journalistes ne disposent pas de conseil dédié
à l’autorégulation de la profession et à la promotion des pratiques éthiques
au sein de l’industrie de l’information. Mais ce n’est pas pour autant que la
presse y soit plus ou moins éthique que dans des pays comme l’Allemagne,
le Royaume-Uni, le Japon ou l’Australie. Les affaires de presse, comme les
affaires civiles, sont justiciables devant les tribunaux de droit commun sans
recours préalable à un quelconque organe de médiation.

Un organe hybride ou une « exception marocaine »


Pour l’Alliance des conseils de presse indépendants en Europe 14 (AIPCE :
35 membres européens et 13 membres extra-européens associés), les
conseils de presse (press councils) ou conseils de médias (media councils) sont
des organes associatifs qui ont deux fonctions essentielles : la rédaction et

13
Sur ce point, voir le chapitre 1 de cet ouvrage rédigé par Larbi Chouikha.
14
Voir http://www.alliance-journalistes.net/rubrique60.html.
58 Ahmed Hidass

la gestion d’un code de déontologie professionnelle (code of practices) et


l’instruction des plaintes du public contre le contenu éditorial litigieux des
médias ; la défense de la liberté de l’information. Ces instances, constituées
de journalistes et de représentants du public, peuvent être saisies et se saisir
elles-mêmes des « dérapages » (atteinte à la vie privée, publi-rédactionnel
déguisé, fake news, etc.), autant pour les dénoncer que pour les prévenir.
Elles ne sont ni des ordres professionnels ni des instances judiciaires, mais
des observatoires qui rendent publics et à intervalles réguliers des avis et
rapports 15.
Les conseils de presse doivent être indépendants du gouvernement.
Ils sont auto-constitués et autofinancés par les membres sans subventions
publiques. Dans les démocraties établies, ils se composent de représentants
des journalistes, des éditeurs de presse et du public comme le Conseil de
déontologie journalistique et de médiation créé en 2019 en France. Les codes
de déontologie sont établis par les conseils eux-mêmes. Ils comprennent des
principes éthiques propres aux médias, le journalisme et le public et ne se
confondent pas avec le droit commun. L’objectif est d’améliorer la qualité
de l’information (Hullin, 2015). Les conseils sont investis d’une responsabilité
sociale qui permet au public de leur adresser ses plaintes sans assistance
judiciaire obligée et gratuitement.
Au vu de ce descriptif des fonctions, composition et procédure de
plainte auprès des conseils de presse tels que l’AIPCE les recommande à ses
membres, qu’en est-il du Conseil national de la presse du Maroc ? Le CNP
est différent de ses homologues de l’AIPCE. C’est une structure publique
et non associative comme en France, au Canada ou en Tunisie. Son local
est mis à sa disposition par l’État. S’il est administré par des professionnels,
nominalement privés, avec des compétences parapubliques, ses décisions
sont d’ordre réglementaire : selon Khalid Cherkaoui Semmouni, le conseiller
du ministre de la Culture, porte-parole du gouvernement en charge de la
culture et l’information, « elles régissent le travail des journalistes du secteur
privé et ne concernent pas les journalistes du secteur public » comme
l’agence Maghreb Arabe Presse (MAP) ou le pôle public audiovisuel, la SNRT
(MAP, 2020). Ces journalistes sont soumis au statut et au règlement intérieur
de leur propre établissement. Conçu par le ministère de la Communication
dans le cadre du nouveau Code de la presse et de l’édition, créé par un texte

15
On retrouve le même esprit et objectifs chez des corps de métier voisins comme les
professionnels des relations publiques. Cf. le Code européen de déontologie professionnelle
des relations publiques (Code de Lisbonne, 16 avril 1978, révisé le 13 mai 1989).
Le Conseil national de la presse au Maroc 59

de loi et promulgué par dahir, doté d’un règlement intérieur 16 par décret du
Premier ministre, il est subventionné par l’État avec des émoluments fixés
aussi par décret de la Primature. L’article 4 de la loi 90-13 du 7 avril 2016 fixe
la composition du CNP comme suit : un président, qui doit disposer d’une
expérience dans le domaine de la presse de quinze ans au moins et n’ayant
pas fait l’objet de mesures disciplinaires ou de jugements d’un tribunal (ce
qui exclut les journalistes critiques) ; sept membres élus sur une liste bloquée
parmi les journalistes professionnels ; sept membres élus, individuellement,
parmi les éditeurs de presse ; sept membres représentant des institutions
étatiques, associations et deux professionnelles honoraires. Un commissaire
du gouvernement est désigné par l’État pour assister, à titre consultatif,
aux réunions du Conseil et pour assurer la coordination entre ce dernier
et l’Administration.
Doté d’un code de déontologie, il est officiellement rédigé par le Conseil
national de la presse lui-même. Son préambule stipule qu’il est « élevé par
le législateur au rang de texte de droit à force juridique obligatoire pour
l’application effective des règles de déontologie professionnelle », ce qui
tranche avec la valeur usuelle des codes d’éthique journalistique dans le
monde. Si nul n’est censé violer une règle de droit sous peine de poursuites
légales, une règle d’éthique peut être transgressée sans encourir d’autre
sanction que la réprobation du public et des confrères.
Autrement dit, le Code de déontologie professionnelle est publié au Bulletin
officiel du Royaume du Maroc comme un texte de loi 17. Le CNP délivre la carte
de presse aux journalistes du secteur privé. Véritable sésame pour l’exercice
légal de la profession, les conditions d’obtention excluent le journalisme
citoyen. D’ailleurs, pour produire des vidéo-amateur et les poster sur son
propre blog, Youtube ou sur les autres réseaux sociaux, la démarche ne
nécessite pas moins de cinq autorisations administratives 18. Les décisions

16
Décret du Premier ministre (11 mai 2020) portant Règlement intérieur du CNP. Il fixe les
règles d’organisation du CNP, les modalités d’exercice de ses attributions, les procédures de
réception des plaintes et de traitement des affaires de déontologie et arrête la rémunération
des différentes composantes du Conseil.
17
Décision du président du Conseil national de la presse portant publication du Code de
déontologie professionnelle (BORM, 2019).
18
Pour travailler dans la légalité, un créateur de contenu audiovisuel se doit d’avoir, selon les cas,
plusieurs autorisations : le récépissé définitif de dépôt du dossier de presse électronique auprès
du Parquet pour la création d’un site web, le récépissé définitif du dépôt de déclaration auprès
de l’autorité locale si le créateur de contenu agit au nom d’une ONG, la carte de journaliste
professionnel pour couvrir des événements, une autorisation du Centre cinématographique
marocain pour les tournages et prises photographiques (délivrée aux entreprises uniquement,
décret du 8 septembre 2021), une autorisation de l’Office des changes pour acquérir du matériel
60 Ahmed Hidass

disciplinaires du CNP sont susceptibles de recours devant les tribunaux


administratifs, ce qui fait du CNP un organe para-administratif (article 52 de
la loi 90-13), mais il n’existe pas de voie de recours administratif ou judiciaire
contre le refus d’attribution de la carte de presse à un journaliste par le
Conseil. Les règles du Code sont à caractère normatif et impératif et non pas
des devoirs et objectifs professionnels, comme de coutume, dans les grands
codes de déontologie. Pour le président du CNP (Moujahid, 2019), « c’est de
quoi assainir la profession au Maroc, barrer la route aux intrus et asseoir une
culture journalistique responsable 19 ». Pour les journalistes indépendants,
c’est l’épée de Damoclès : « Le Code pénal et la loi anti-terroriste sont plus
cléments que les normes professionnelles du CNP », explique Aziz Idamine
(Idamine, 2019).

Un « kit » de survivalisme politique ?


Voulu par l’État depuis une vingtaine d’années et initié de façon
participative 20 et par une proposition de loi par Mustapha El Khalfi, ministre
de la Communication (2012-2017) et ancien journaliste, le Conseil national de
la presse fait désormais partie du paysage médiatique au Maroc depuis 2016.
Il y a cependant lieu de se demander s’il n’a pas été créé pour sous-traiter la
politique de l’État (le ministère de la Communication a disparu le 9 octobre
2019) en matière de liberté d’expression pour lui éviter d’être la cible des
critiques directes internationales. Si dorénavant il y a problème de diversité,
de culture ou d’expression, l’État ne peut en être tenu pour responsable.
Le secteur des médias est régulé par les professionnels eux-mêmes, et les
journalistes sont jugés par leurs pairs. La carte de presse naguère octroyée
par le ministère de la Communication est désormais du ressort du CNP.

professionnel à l’étranger, une autorisation du ministère de tutelle pour filmer des bâtiments
publics (le ministère de la Culture pour un monument historique), une autorisation de l’autorité
administrative locale dans le ressort duquel se déroule le tournage, une autorisation du
ministère de l’Intérieur pour mener un sondage ou soumettre un questionnaire, l’autorisation
du Bureau marocain du droit d’auteur pour exploiter le folklore marocain et autres œuvres, etc.
19
Déclaration du président du CNP à l’inauguration du siège de celui-ci, le jeudi 25 juillet
2019 : « l’Immunisation du métier requiert un encadrement de l’accès à cette profession,
conformément aux dispositions juridiques et d’éthique et selon des critères scientifiques et
contractuels à même de barrer la route aux intrus, surtout face à la prolifération des nouvelles
technologies de l’information. »
20
Comme pour les deux autres textes qui composent le nouveau Code de la presse, le ministère
de la Communication, dans le cadre d’une démarche participative, a soumis, pour consultation,
la proposition de loi sur le CNP aux départements ministériels concernés, la « société civile »,
les ONG nationales et internationales, le Syndicat national de la presse marocaine (SNPM), la
Fédération marocaine des éditeurs de journaux (FMEJ), les partis politiques etc. Toutefois, ledit
ministère n’a pas publié les commentaires reçus sur son site web. Ils sont restés confidentiels.
Le Conseil national de la presse au Maroc 61

Cependant, sa délivrance doit encore attendre un décret de l’exécutif, qui


en fixera les modalités et conditions d’attribution sur la base de la loi relative
au statut de journaliste professionnel 21. Véritable sésame pour les quelque
3 000 journalistes légalement en exercice au Maroc, la carte de presse est
constitutive de droit et non pas déclarative de droit (Hidass, 2000).

Le Conseil national de la presse à l’épreuve des faits


et de ses missions
Constitué en décembre 2019, c’est-à-dire bien après son homologue
marocain, le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM)
en France a déjà réceptionné des saisines déposées par le public, rendu
des avis, répondu à ses détracteurs et noué des partenariats nationaux et
internationaux. Fixées par la loi, ses missions ont trait à la déontologie, la
médiation et l’octroi de la carte de presse. Alors que l’on s’attendait à un
état de la déontologie du journalisme au Maroc comme œuvre première et
principale du CNP, celui-ci a réservé sa première sortie à des sujets comme
les fake news et l’état de la presse papier au Maroc. Interpellé dernièrement
par la « société civile » et des collectifs de journalistes marocains au sujet de
la déontologie, il n’a pour l’instant pas réagi.

Le Conseil national de la presse et les fake news


La première sortie du Conseil national de la presse était en effet réservée
aux fake news. À l’origine de la défiance actuelle du public envers les médias,
casse-tête juridique pour les Nations Unies (Hidass, 2021), les informations
fausses ou déformées sont un avatar de la communication en flux continu
et de grande diffusion. Phénomène mondial sur fond de manipulation,
de concurrence déloyale, de rivalités entre États, de désinformation,
l’expression « fake news » a gagné en popularité durant le mandat du
président américain Donald Trump (2017-2021), qui l’utilisait abondamment,
décernant par exemple un prix ad hoc au New York Times et à la chaîne de
télévision américaine CNN en 2018. Amplifiées par les social bots, profilés
par le deep fake et l’intelligence artificielle, les fake news sont devenues un
phénomène de société avec des effets de plus en plus préjudiciables sur
les victimes.

21
Loi n° 89-13 relative au statut de journaliste professionnel, 27 avril 2016 (promulguée par
le dahir n° 1-16-51).
62 Ahmed Hidass

Pour combattre le phénomène, les réponses sont nombreuses, au


niveau mondial, et se résument en deux volets, préventif et répressif. Au
Maroc, le Code de la presse réprime les fausses nouvelles et prévoit un droit
de réponse et de rectification. Un projet de loi adopté par le conseil de
gouvernement le 19 mars 2020 vise à réglementer l’utilisation des réseaux
sociaux, des réseaux de diffusion et des réseaux assimilés. Pour le volet
préventif, alors que les grandes plateformes renforcent la modération de
leur contenu et que des acteurs comme l’UNESCO proposent l’éducation aux
médias (Ireton, Poseti, 2019), le CNP a entrepris, pendant le confinement de
2020 pour cause de pandémie Covid-19, une campagne de publicité tous
médias, publics et privés. Celle-ci recommandait la lecture de « la presse
professionnelle marocaine pour lutter contre le virus des fausses nouvelles »
en présentant une femme en tenue traditionnelle des pays du Golfe lisant
un journal de sa région.

Grille de lecture du CNP pour l’état de la presse, les journalistes


et la déontologie
Son site web 22 étant encore très récent, basique, et ses publications
sommaires et formelles, il est difficile d’analyser son action. Pour autant,
ses communications médiatiques sur l’état de la presse et ses silences sur
des affaires de presse et de déontologie le concernant semblent montrer
que sa grille de lecture ne semble pas différer de celle de l’ex-ministère
de la Communication. En effet, à quelques différences près, les indicateurs
retenus par le CNP recoupent entièrement ceux dudit ministère dans
son rapport annuel de 2012 à 2017 23. Nous sommes loin des indicateurs
universels retenus par l’UNESCO comme cadre pour l’évaluation des
médias : promouvoir la liberté de la presse et le pluralisme des médias,
le développement des médias communautaires et le développement des
ressources humaines (Unesco, 2010).
Alors que les missions du CNP se rapportent nominalement à la liberté
de la presse, la déontologie, la formation professionnelle, la médiation et
la carte de presse, le CNP a réservé sa première sortie médiatique à l’état
de la presse papier marocaine. Monochrome, en perte d’audience depuis
que les titres critiques successifs ont disparu, elle demeure en crise et

22
Voir https://cnp.press.ma (Consulté le 16 mai 2021).
23
Le ministère de la Communication a publié un rapport annuel sur « les efforts pour la
promotion de la liberté de la presse au Maroc » de 2012 à 2017.
Le Conseil national de la presse au Maroc 63

peut-être plus encore après avoir basculé vers le web et le format PDF.
Subventionnée depuis toujours par l’État, la presse papier a vu son aide
publique institutionnalisée par un décret du Premier ministre Abdellatif
Filali, suite à un discours du Roi Hassan II en 1989. Généralisée à la presse
papier et numérique, revue périodiquement à la hausse et soumise à un
contrat-programme, elle permet aux entreprises de presse inscrites au
registre de la Commission paritaire de presse écrite de survivre en partie,
d’autant plus dans un contexte où les GAFAM captent l’essentiel des budgets
publicitaires. Conformiste, limitée par les « lignes rouges », manquant
de proximité et avec un personnel sous-qualifié, elle n’a pas de modèle
économique viable.
Avec la pandémie de Covid-19 la situation a empiré. Par arrêté du
ministère de la Culture, le 23 mars 2021, les éditeurs de magazines et
journaux ont été appelés à suspendre la publication et la distribution de
leurs supports papiers jusqu’à nouvel ordre. Le quotidien critique Akhbar
Al Yaoum a cessé sa parution début 2021. Boycotté par des annonceurs
publics et privés, ses ventes papier assuraient 90 % des revenus du journal
(Oudrhiri, 2020). C’est dans ce contexte que le CNP a rendu public, le 9 juillet
2020, son rapport sur l’état de la presse papier intitulé « les effets de la
pandémie de Corona sur la presse marocaine » (Conseil national de la presse,
2020). Général, classique et expurgé des causes structurelles qui font la
faiblesse de la presse marocaine, le rapport avait pour but de solliciter plus
de soutien financier de l’État. Ainsi, sur demande de l’Association nationale
des médias et des éditeurs (ANME) constituée pendant le confinement
général, le 24 juin 2020, une enveloppe de 205 millions de dirhams a été
débloquée par le gouvernement pour soutenir le secteur. En 2021, une autre
enveloppe de 340 millions de dirhams a été allouée à 140 entreprises mais
non sans protestation des bénéficiaires pour discrimination 24.
Au-delà des besoins économiques, l’éthicisation du journalisme au
Maroc est une priorité pour le président du Conseil national de la presse :
« L’immunisation du métier requiert un encadrement de l’accès à cette
profession, conformément aux dispositions juridiques et d’éthique et
selon des critères scientifiques et contractuels à même de barrer la route
aux intrus, surtout face à la prolifération des nouvelles technologies de

24
Voir le communiqué (en arabe) de la Fédération marocaine des éditeurs de journaux dans
Bayane Al Youm, 10 mai 2021, pages 1 et 16.
64 Ahmed Hidass

l’information 25. » Mais, depuis sa création, le CNP n’a pas encore établi de
rapport sur l’éthique et la déontologie du journalisme au Maroc, alors que
les controverses à ce sujet ne manquent pas de la part des médias partisans,
privés et proches du champ du pouvoir.
À l’occasion de l’état d’urgence sanitaire décrété par le gouvernement
depuis le 20 mars 2020, le confinement et le couvre-feu nocturne, les fake
news, les thèses complotistes et la polémique au sujet des vaccins ont
proliféré au Maroc comme ailleurs. C’est dans ce contexte que le CNP a fait
un « rapport intérimaire au sujet de la déontologie pendant la pandémie
de Covid-19 » (CNP, 2020).
Réduit à quelques pages, anonymisé, ne citant aucun journaliste ou
média de son nom et ne présentant aucun texte, photo ou vidéo litigieux
à l’appui, le document pointe les manquements au respect du Code de
déontologie et exhorte les journalistes à faire preuve de professionnalisme
et de responsabilité dans le traitement des informations relatives à la
pandémie. Toutefois, le rapport ne vise que les journalistes de la presse
papier et en ligne. Comme s’ils ne relevaient pas de son ressort, il ignore les
journalistes de l’agence de presse officielle MAP et des chaînes de radio et
de télévision. De plus, sachant que la plupart des contenus médiatiques sur
le coronavirus sont le produit de citoyens, youtubeurs, blogueurs et lanceurs
d’alerte non reconnus par le CNP comme journalistes professionnels, le
rapport demeure en décalage avec le paysage médiatique.
Alors que le Maroc était en passe d’entrer dans l’état d’urgence sanitaire
suite à la propagation de la pandémie dans le pays, le ministre socialiste
de la Justice Mohamed Benabdelkader a élaboré un projet de loi pour
lutter contre les allégations mensongères et l’utilisation abusive des
réseaux sociaux, des réseaux de diffusion et réseaux similaires. Présenté
au conseil de gouvernement le 19 mars 2020, le texte a fuité et suscité
l’indignation de la société civile. Baptisé « loi bavette » par les internautes
marocains, il est question de criminaliser l’appel au boycott commercial
(de plus en plus fréquent), la création et le partage de contenus sensibles
pour le pouvoir sur les réseaux sociaux. Cette tendance liberticide semble
mondiale. Sous prétexte de lutter contre le séparatisme et les discours
haineux sur la Toile, les autocraties, les « démocraties défaillantes » et les
réseaux sociaux (GAFAM) ont engagé des mesures, officiellement, pour

25
Déclaration de Younes Moujahid, président du CNP, à l’inauguration de cette institution le
25 juillet 2019 à Rabat : https://lnt.ma/conseil-national-de-presse-inaugure-nouveau-siege-
a-rabat/
Le Conseil national de la presse au Maroc 65

« modérer » les contenus médiatiques et, pratiquement, pour censurer les


contenus politiquement sensibles. D’où la réaction du secrétaire général des
Nations Unies pour dénoncer les pays qui, au nom de la Covid-19, entravent
ou abolissent les libertés fondamentales.
Sur fond de réprobation générale et décrié sur les réseaux sociaux, le
projet de loi a été pour l’instant stoppé par le gouvernement, mais le CNP
n’a jamais pris de position à son sujet. La promotion de la liberté de la presse
relève pourtant de ses missions, comme il le rappelle dans son communiqué
du 15 novembre 2020 à l’occasion de la Journée nationale de l’information
et de la communication. Il en est de même pour les faits de presse devant
la justice marocaine.

Les manifestes d’écrivains, artistes et journalistes marocains pour


la liberté d’expression et contre « les médias de diffamation »
Comme dans beaucoup de pays, il est fréquent qu’au Maroc des
journalistes, des écrivains ou des penseurs soient « blacklistés » pour leurs
opinions. C’était le cas de Fatima El Mernissi, Mohamed Khair-Eddine,
Mohamed Choukri et Mehdi El Mandjra, très connus à l’international et ayant
obtenu des distinctions honorifiques, mais interdits d’antenne dans leur pays.
De même, à part une dizaine d’années d’ouverture (1995-2005) pour les ONG
nationales (AMDH, etc.) et internationales (Human Rights Watch, etc.), les
libertés publiques sont très contraintes. Ayant expurgé le nouveau Code de
la presse et de l’édition de 2016 des peines privatives de liberté, une nouvelle
ère journalistique semblait depuis s’annoncer. Les récentes condamnations de
journalistes à des peines d’emprisonnement en vertu du Code pénal (Bobin,
2021) témoignent d’un changement dans la continuité. Auparavant, les plumes
jugées critiques étaient condamnées pour dépassement des « lignes rouges »,
outrage aux institutions et aux corps constitués, diffamation, apologie du
terrorisme, intelligence avec l’étranger, trouble à l’ordre public, financement
étranger, etc. Depuis quelques années, des motifs supplémentaires liés à la
vie privée ont fait leur apparition : avortement illégal, relations sexuelles hors
mariage, viol et tentative de viol, traite d’êtres humains, abus de pouvoir à
des fins sexuelles, drogue etc. Le CNP n’en fait pas état dans ses publications,
jugeant probablement que ces condamnations sont sans lien avec l’exercice
professionnel.
Il n’a pas réagi non plus aux interpellations publiques de membres
de la « société civile » au sujet de la déontologie du journalisme et des
médias au Maroc. Le 16 juillet 2021, un collectif de 110 journalistes a en
66 Ahmed Hidass

effet rendu public un « manifeste contre les médias de diffamation » (Le


Desk, 2020) adressé aux autorités publiques, au ministère de tutelle, au
Conseil national de la presse, aux organisations et structures syndicales de
la presse et des médias au Maroc et au Groupement des annonceurs du
Maroc. Pour le collectif, « à chaque fois que les autorités ont poursuivi une
voix critique, certains journaux et sites web se sont empressés d’écrire des
articles diffamatoires sans aucune éthique professionnelle, voire enfreignant
les lois organisant la presse au Maroc ». De même, le 11 août 2021, un autre
collectif de 400 artistes, écrivains et journalistes ont diffusé un manifeste
dénommé « Cette ombre est là » (Le Desk, 2020) pour « dénoncer les médias
de diffamation, les harcèlements et les emprisonnements de journalistes, les
arrestations de citoyens.nes qui ont exprimé leurs opinions sur les réseaux
sociaux et les violentes répressions des manifestations… ».

Conclusion
À part quelques échos en ligne au Maroc et à l’étranger, les manifestes
des deux collectifs d’artistes, écrivains et journalistes marocains ont été
ignorés par la presse traditionnelle écrite et audiovisuelle. Le CNP n’en a
pas pris acte et ne s’est pas saisi des deux « affaires », même si elles relèvent
de son domaine d’action. D’où la question : ce conseil est un organe
d’autorégulation de la presse ou un outil de contrôle supplémentaire dans
une configuration d’autoritarisme compétitif ?
Depuis l’Indépendance, les autorités marocaines ont procédé, à chaque
nouvelle constitution, à la création de nouveaux organes de l’État et à
la modification de grands textes comme la loi sur les partis politiques,
le mode de scrutin, la justice, le Code des impôts, la langue officielle,
l’espace médiatique, la configuration des régions, etc. C’est paradoxalement
(Vermeren, 2020) pour accompagner la « transition démocratique » du pays.
Dans les faits, il s’agit davantage d’instruments pour la reproduction de
l’ordre social et politique. Ainsi, la Constitution de 2011 a institué quelque
23 organes constitutionnels. La plupart d’entre entre eux sont en veille et
consistent en des postes pour les grands commis de l’État. C’est le cas par
exemple du Conseil national de l’enseignement. Alors que la pandémie de
Covid-19 pose problème à l’Éducation nationale depuis 2020 (adaptation
des cursus à la crise, cours en ligne, confinement, gestes barrières…), ledit
conseil ne s’est pas exprimé. La crise est en effet gérée principalement
par le ministère de l’Intérieur et, plus secondairement, par le ministère de
l’Éducation nationale. Apparemment, la création de ces instances a pour
Le Conseil national de la presse au Maroc 67

objectif de fidéliser l’élite, multiplier les garde-fous contre d’éventuels


soulèvements de plus grande ampleur et s’ajuster aux attentes des
institutions internationales. L’espace public conventionnel étant fortement
délimité et contraint, les institutions représentatives en hibernation, les
appels d’offres et à candidatures profilées, etc., les discours de colère et
d’opposition ont investi d’autres espaces que les médias stricto sensu, plus
précisément des espaces alternatifs de protestation comme les stades de
football et les réseaux sociaux. La longévité exceptionnelle du régime, de
son discours, sa gouvernance, sa culture et son étiquette sont à nouveau
mis l’épreuve par ces déplacements des contestations.

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