LA MOBILISATION DES RESSOURCES NATIONALES, ENJEU DE
DÉVELOPPEMENT, DE TRANSPARENCE ET D’ÉQUITÉ
Danièle Lamarque
Lavoisier | « Gestion & Finances Publiques »
2022/4 N° 4 | pages 20 à 21
ISSN 1969-1009
ISBN 9782743026691
DOI 10.3166/gfp.2022.4.003
Article disponible en ligne à l'adresse :
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
[Link]
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Distribution électronique [Link] pour Lavoisier.
© Lavoisier. Tous droits réservés pour tous pays.
La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorisée que dans les
limites des conditions générales d'utilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de la
licence souscrite par votre établissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie,
© Lavoisier | Téléchargé le 06/12/2022 sur [Link] (IP: [Link])
© Lavoisier | Téléchargé le 06/12/2022 sur [Link] (IP: [Link])
sous quelque forme et de quelque manière que ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de
l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage
dans une base de données est également interdit.
Powered by TCPDF ([Link])
International
Dossier
Le développement des ressources
nationales dans les pays
en développement
Danièle LAMARQUE
Rédactrice en chef de la revue Gestion & Finances
publiques
La mobilisation des ressources nationales,
enjeu de développement, de transparence et
d’équité
L
a mobilisation par les pays en développe- l’objectif 17 relatif au Partenariat mondial pour le
ment des ressources nationales a été recon- développement durable un sous-objectif visant à
nue comme une composante essentielle de « Améliorer, notamment grâce à l’aide internatio-
l’aide au développement par les Conférences nale aux pays en développement, la mobilisation
© Lavoisier | Téléchargé le 06/12/2022 sur [Link] (IP: [Link])
© Lavoisier | Téléchargé le 06/12/2022 sur [Link] (IP: [Link])
internationales sur le financement du dévelop- de ressources nationales en vue de renforcer les
pement des Nations Unies de Monterrey (2002), capacités nationales de collecte de l’impôt et
Doha (2008) et en particulier Addis Abeba (2015). d’autres recettes » ; il est mesuré par deux ratios :
1
L’exploitation des ressources le total des recettes publiques en proportion du
naturelles (gazières, pétro- Cette orientation est déterminante pour renfor- PIB, et la proportion du budget national financé
lières ou minérales) nécessite cer la capacité des pays en développement à
également un renforcement par les impôts nationaux.
de la gouvernance publique mieux maîtriser et à développer leurs propres
telle que préconisée par l’Ini-
tiative pour la transparence
ressources, fiscales ou non fiscales1. Le ratio im- La mobilisation des ressources nationales, égale-
dans les industries extractives pôts/PIB est en effet peu élevé dans ces pays (de ment composante de la stratégie de l’Union eu-
(ITIE), créée en 2003.
moitié inférieur à celui des pays développés) du ropéenne en matière d’aide au développement,
2
Cour des comptes euro-
péenne, Rapport spécial fait de facteurs multiples liés aux faiblesses ad- a fait l’objet en 2016 d’un audit de la Cour des
n°35/2016, « L’utilisation ministratives, à l’étroitesse de l’assiette fiscale, Comptes Européenne2 portant sur les interven-
de l’appui budgétaire pour
améliorer la mobilisation des au poids de l’économie informelle, ou à la cor- tions la Commission en Afrique Sub-saharienne3,
recettes nationales en Afrique ruption. Le renforcement des instruments de la via les programmes d’appui budgétaire. L’inté-
subsaharienne ».
fiscalité promu par la Conférence d’Addis Abeba rêt de l’appui budgétaire est en effet d’associer
3
L’audit couvrait 9 pays : Mali,
Niger, Mozambique, Sénégal, est également inscrit dans les Objectifs de dé- à l’aide financière un dialogue avec les pays bé-
République Centrafricaine,
Rwanda, Mauritanie, Sierra
veloppement durable (ODD) adoptés par les néficiaires, une évaluation des performances et
Leone et Cap Vert. Nations Unies en 2015, qui comprennent dans des actions de renforcement des capacités en
doi:10.3166/gfp.2022.4.003
20 GFP N° 4-2022 / Juillet-Août 2022
International
Dossier
matière de collecte des impôts et de contrôle à l’origine de l’initiative IISF. Il en décrit les en- > Le développement
interne et externe, par exemple. jeux et l’originalité : le partage de compétences des ressources
et de savoir-faire permet aux vérificateurs locaux, nationales dans
L’audit relevait les faiblesses des évaluations par les pays en
avec l’appui en temps réel d’inspecteurs des im-
pays, en matière de diagnostic de l’administra- développement
pôts chevronnés, de conduire des contrôles dé-
tion fiscale et d’identification des risques, ana-
licats de multinationales, et de maîtriser des pro-
lyses nécessaires pour déterminer les actions les
blématiques fiscales complexes comme les prix
plus pertinentes à mettre en œuvre en priorité.
de transfert. Ces programmes, qui connaissent
Le financement dédié au renforcement des ca-
un réel succès, voient désormais s’élargir leurs
pacités apparait insuffisant et la Commission ne
domaines d’intervention et débouchent sur une
fait pas un usage efficace de la conditionnalité.
coopération sud-sud tout aussi fructueuse.
Enfin, des indicateurs trop vagues ne permettent
pas un suivi efficace et la Cour jugeait difficile
d’établir un lien de causalité entre l’appui budgé- Cette initiative originale est illustrée par un re-
taire et une meilleure mobilisation des ressources tour d’expérience d’un inspecteur des finances
financières nationales. publiques, Franck Quilichini, qui a participé à
deux programmes en Afrique. Il décrit sa contri-
La France a également adopté en 2018 une Stra- bution au contrôle de filiales de sociétés multi-
tégie pour la mobilisation des ressources inté- nationales, dont le siège est dans la majorité des
rieures publiques4. cas implanté hors du territoire du pays d’accueil.
Parmi les divers instruments liés à la gouvernance
financière ou plus précisément fiscale dévelop- Deux articles de chercheurs camerounais nous
pés par les Nations Unies, le FMI, la Banque mon- éclairent ensuite sur la problématique de la mo-
diale ou des acteurs internationaux du dévelop- bilisation des ressources financières, vue des
pement5, il convient de distinguer le programme pays concernés. Gilbert MBassa, enseignant à
ambitieux du « BEPS »6 lancé par l’OCDE avec le l’université de Dschang, questionne la pertinence
G20 pour améliorer la cohérence, la transparence de programmes de sécurisation de recettes du
et l’efficacité du système fiscal international, afin fait de l’opacité et de la complexité de leur cadre
de lutter contre l’évasion fiscale et de favoriser la légal et de la faiblesse des rendements dans un
taxation des profits à l’endroit même où ils sont contexte administratif encore insuffisamment
générés. Si ce programme est mondial, il revêt mature. Aubran Ntolo Nzeko, de l’université de
évidemment un intérêt tout particulier pour les Douala, examine les avantages de la coopération
pays en développement qui subissent plus du- décentralisée (au plan national ou international)
rement les effets des transferts opérés par les pour sécuriser les ressources, notamment l’accès
multinationales. à l’emprunt, et pour lutter contre la délinquance
fiscale transfrontalière.
C’est aussi l’OCDE qui a lancé en 2015, en par-
tenariat avec le Programme des Nations Unies
La lutte contre l’évitement fiscal, au plan inter-
pour le développement (PNUD), l’Initiative « Ins-
national, représente un enjeu financier majeur,
pecteurs des impôts sans frontières »7, afin de
en particulier pour les pays en développement.
soutenir les efforts des pays en développement
© Lavoisier | Téléchargé le 06/12/2022 sur [Link] (IP: [Link])
© Lavoisier | Téléchargé le 06/12/2022 sur [Link] (IP: [Link])
C’est aussi une exigence de transparence et
pour renforcer leurs instruments de vérification
d’équité qui appelle des efforts conjoints, tels
fiscale. Deux articles présentent cette action ori-
qu’ils sont promus par les organisations interna-
ginale qui a démontré son efficacité, en géné-
tionales de l’OCDE ou des Nations Unies. Une
rant un surcroît de recettes fiscales de 1,6 Md$
initiative concrète, efficace et facilement repro-
dont 1,2 Md$ pour l’Afrique. Le ministère des
ductible comme celle d’Inspecteurs des impôts
finances français, par son service de coopération
sans frontières, qui rapporte 100 dollars de re-
et d’assistance technique et avec l’appui de ses
cettes fiscales supplémentaires pour 1 dollar dé-
experts fiscaux, y prend une part active.
pensé et qui mobilise l’assistance technique du
Pascal Saint-Amans, Directeur du Centre de po- ministère des finances, est d’autant plus intéres-
litique et d’administration fiscales de l’OCDE, est sante à observer. ■ 4
Plan d’investissement straté-
gique 2020-2023.
5
Par exemple le TADAT, outil
diagnostique d’évaluation de
l’administration fiscale.
6
Budget Erosion and Profit
Shifting, soit Érosion de la
base fiscale et transfert de
bénéfices.
7
[Link]
GFP N° 4-2022 / Juillet-Août 2022 21