Durabilité des matériaux et
chimie de corrosion
ME ICPCD - S2
Pr. Sarra MESKINI
[email protected] Année universitaire: 2024 - 2025
1
Structure du cours
Chapitre I: Généralités sur le béton et notions de durabilité
Chapitre II: Carbonatation du béton
Chapitre III: Corrosion des armatures
Chapitre IV: Réactions sulfatiques internes et externes
Chapitre V : Diagnostique des ouvrages malades
Chapitre IV: Prévention et réhabilitation
2
Chapitre I :
Généralités sur le béton armé et notions de
durabilité
3
Introduction
Que veut dire durabilité?
La durabilité désigne la capacité d’un matériau, d’un produit ou d’un système à conserver ses performances et sa
fonctionnalité sur une longue période, tout en résistant aux contraintes physiques, chimiques et environnementales.
Qu’est ce qu’un matériau durable (Ex: le béton)?
Matériau de construction qui servira à concevoir et réaliser des constructions durables dans un environnement
donné pendant toute sa durée de service.
Pourquoi le béton est le matériau le plus utilisé dans le Génie civil?
Résistant mécaniquement Disponible
Durable
Facile à mettre en œuvre Economique
4
1. Histoire du béton
Prise sous l’eau
Joseph-Louis Lambot, Béton fibré
Ingénieur français Béton autoréparant
Romains Invente le ciment armé Béton bas carbone
3000 Av J.C (Chaux, pierre volcanique) 1824 1928 BUHP, BFUP
Egyptiens 300 Av J.C Joseph Aspdin 1849 Eugène Freyssinet, 1980 -
Briques séchés Maçon britannique ingénieur français Aujourd’hui
(boues, paille et Invente le ciment portland Invente le béton
chaux) (calcaire + silice : C.A) précontraint
5
2. Fabrication du béton
2.1. Constituants du béton
Béton classique
+ Adjuvants Béton adjuvanté
Actions sur la prise
• Accélérateur / retardateur de prise
• Accélérateur de durcissement
Actions sur la maniabilité
• Plastifiants/ superplastifiants/ réducteur d’eau
Actions particulières
• Entraineur d’air
• Hydrofuges
• Rétenteur d’eau
6
2. Fabrication du béton
2.2. Composition du ciment
Broyage
et cuisson
Clinker
80% Calcaire + 20% Argile
Ajouts minéraux Broyage Ca3SiO5
Ciment Ca2SiO4
• Pouzzolanes • Gypse 5% Ca3Al2O6
• Cendres volantes
• Fumée de silice Ca4Al2O10Fe2
• Laitier du haut fourneau
• Filler calcaire
7
2. Fabrication du béton
2.2. Composition du ciment
Ø Pourquoi ajoute-on les ajouts minéraux au ciment?
Cendres volantes Fumée de silice Gypse Poudre de calcaire
Fillers
Régulateur de prise
Sources d’aluminosilicates très réactives (finesse)
Réduction du coût
Réduction de l’empreinte carbone
8
2.Fabrication du béton
2.3. Chimie du ciment
9
2. Fabrication du béton
2.4. Hydratation du ciment
L’ajout de l’eau au ciment provoque un ensemble de réactions chimiques entre l’eau et ces phases minérales pour
former les produits d’hydratation:
Portlandite Maintien d’un pH basique
C-S-H
Développement des résistances mécaniques
10
2. Fabrication du béton
2.4. Hydratation du ciment
Quelle est la différence entre ettringite primaire et secondaire?
Pourquoi l’ettringite secondaire provoque des gonflement dans la matrice ?
Ettringite Régulation de la prise
Amélioration de la maniabilité
Primaire # secondaire
Monosulfoaluminate Dérivé de l’ettringite
Prévention des expansions tardives 11
2. Fabrication du béton
2.5. Cinétique d’hydratation du ciment
Phase dormante Période de prise Période de durcissement
12
2. Fabrication du béton
2.6. Types de ciment commercialisés au Maroc
Classe Composition % Clinker Utilisations
13
2. Fabrication du béton
2.7 Types de granulats
n
sio
en
m
Di
hie
rap
rog
Pét
14
2. Fabrication du béton
2.8 Formulation classique
• Norme NF EN 206-1 : fabrication de béton prêt à l’emploi
• Critères :
1.Classe se résistance: B25, B30
2.Rapport E/C
3.Dosage minimal en ciment
4.Qualité des granulats
5.Consistance : S1-S5
15
2. Fabrication du béton
Ø Pour un béton durable:
üUtilisation de matériaux de qualité
üMise en œuvre correcte
üPrise en compte de l'environnement spécifique dans lequel il sera
utilisé
Considérer les classes d'expositions dans l’étude de formulation
16
2. Fabrication du béton
2.9. Formulation en fonction des Classes d’exposition
17
• Quand est ce que le béton est qualifié de non durable?
Apparitions de désordres et de pathologies
18
3. Pathologies dans le béton armé
Corrosion des armatures
19
3. Pathologies dans le béton armé
Fissuration
20
3. Pathologies dans le béton armé
Efflorescence
21
3. Pathologies dans le béton armé
RAG
22
4. Origines des dommages
Technologiques Constructives
Ø Qualité inadéquate Ø Négligence des contrôles
Ø Attaque chimique du béton (absence ou ignorance des règles)
Ø Corrosion des armatures
Conceptuelles Accidentelles
Ø Calcul des contraintes erroné Ø Incendie
Ø Estimation des déformations insuffisant Ø Explosion
Ø Système de fondation inadéquat Ø Rupture d’une structure voisine
Ø Sous-dimensionnement
(calcul pour d’autres charges)
23
4. Origines des dommages
Ø Environnementales
Facteurs
Chimiques Physiques Mécaniques
Ø Chlorures Ø Gel/dégel Ø Abrasion
Ø Sulfates Ø Retrait Ø Erosion
Ø Acides Ø Température Ø Cavitation
Ø Carbonates Ø Chocs
24
5. Exemple de structure durable – non durable
2000 ans Effondrement après 50 ans
Le panthéon de Rome, Italie Viaduc de Gênes, Italie (1967- 2018)
25
5.1. Le panthéon de Rome, Italie
•Matériau : Béton romain (mélange de
chaux, pouzzolane, eau et agrégats
volcaniques)
•Pourquoi est-il durable ?
•Utilisation de cendres volcaniques
(réduction de la fissuration et de la
porosité).
•Conception intelligente avec un dôme
allégé (moins de contraintes
structurelles).
•Absence d'armatures en acier, donc pas
de corrosion.
26
5.2. Viaduc de Gênes, Italie
•Matériau : Béton armé précontraint
•Causes de l’effondrement :
•Corrosion des câbles en acier due à
une mauvaise protection contre
l'humidité et les chlorures.
•Défauts de maintenance et insuffisance
des réparations.
•Fatigue des matériaux et conception
non adaptée aux charges modernes.
•Béton peu durable (pas conçu pour les
classes d'exposition agressives).
27
• Conclusion
Une conception durable (assurant la pérennité des structures) nécessite :
Øune bonne formulation du béton
Ø une prise en compte des conditions environnementales
Ø une bonne mise en œuvre
ØUn entretien régulier
28
Objectifs du cours
Comment augmenter la résistance du béton armé vis-à-vis des
agressions de son environnement
• Détailler les origines physico-chimiques des désordres dans le béton
armé
• Comprendre les mécanismes de leur production
• Présenter les techniques de diagnostique et de réhabilitation
disponibles
• Présenter les approches de préventions
29
Propositions de sujets de présentations
1. Analyse de cycle de vie (LCA)
2. Utilisation des matériaux recyclés dans le béton (ex. déchets de démolition, poudre de marbre…)
3. Utilisation des sous-produits (déchets) industriels dans les matériaux de construction
4. Les inhibiteurs de corrosion
5. Réhabilitation des ouvrages endommagés
6. Comparaison de l’approche prescriptive et performancielle pour la formulation du béton
7. Les bétons autoréparables (autocicatrisants)
8. Les bétons bas carbone
9. Les géopolymères
10.Comparaison entre le ciments Portland et le ciment LC3
11.Les bétons cellulaires : béton mousse, béton autoclavé…
12.Les bétons fibrés
13.Durabilité des matériaux à base de terre crue
30
Chapitre II:
Carbonatation du béton
31
1. Qu’est ce que la carbonatation du béton?
1.1. Définition
La carbonatation du béton est un phénomène chimique naturel qui résulte de la réaction entre le
dioxyde de carbone (CO2) présent dans l’air et certains composés du ciment hydraté, principalement
l’hydroxyde de calcium (Ca(OH)2)
1.2 . Réaction chimique
Ca(OH)2 + CO2 → CaCO3 + H2O
32
2. Quelles conséquences sur la durabilité?
La carbonatation est un processus inévitable car la pate de ciment contient de la chaux
résiduelle.
La carbonatation du béton est bénéfique ou maléfique?
Effets bénéfiques Effets négatifs
Ø Réduction de la porosité en surface Ø Diminution du pH du béton (destruction de la
(baisse de la perméabilité à l’eau et couche de passivation des armatures)
aux gaz) Ø Risque d’éclatement du béton autour des
Ø Augmentation de la compacité et de armatures en raison du gonflement des
la résistance mécanique en surface produits de corrosion.
33
3. Différence entre carbonatation bénéfique et pathologique
Carbonatation
Bénéfique Pathologique
Ø Limitation sur une faible Ø Propagation sur une
profondeur profondeur atteignant les
Ø Béton non-armé (dallage en armatures
béton simple, béton Ø Bétons armés et
décoratifs) précontraints
Couche de passivation?
34
3. Différence entre carbonatation bénéfique et pathologique
3.1. Couche de passivation
CO2
Béton
carbonaté pH = 8 - 9
pH = 12 - 13
Béton non
carbonaté
Armature
35
4. Mécanisme chimique
La carbonatation se produit en plusieurs étapes :
1. Dissolution du CO2 dans l’eau contenue dans les pores du béton :
CO2 + H2O → H2CO3 (acide carbonique)
2. Ionisation de l’acide carbonique :
H2CO3 ⇌ H+ + HCO3-
3. Réaction avec l’hydroxyde de calcium (Ca(OH)2) pour former du carbonate de calcium :
Ca(OH)2 + CO2→CaCO3 + H2O
4. Formation secondaire de silicates de calcium carbonatés :
CSH + CO2 + H2O → SiO2⋅nH2O + CaCO3
36
5. Facteurs influençant la vitesse de carbonatation
5.1. Concentration en CO2
Ø Réchauffement climatique
Ø Plus l’environnement est pollué, plus la carbonatation est rapide (zones urbaines,
industriels, tunnels, parkings) 37
5. Facteurs influençant la vitesse de carbonatation
5.2. Taux d’humidité
38
5. Facteurs influençant la vitesse de carbonatation
5.2. Taux d’humidité
Taux d’humidité du béton Effet sur la carbonatation
Carbonatation ralentie car peu d’eau pour dissoudre le
Sec (< 30%)
CO2
Carbonatation maximale, car il y a assez d’eau pour
Intermédiaire (50-70%) dissoudre le CO2 mais pas trop pour bloquer la
diffusion.
Carbonatation ralentie car l’eau bloque la diffusion du
Saturé (> 80%)
CO2 dans les pores.
39
5. Facteurs influençant la vitesse de carbonatation
5.3. Cure du béton
Ø Une bonne cure réduit la porosité et la fissuration et ralentit la carbonatation
40
5. Facteurs influençant la vitesse de carbonatation
5.4. Rapport E/C et perméabilité du béton
Ø Un béton poreux permet une pénétration rapide du CO2, accélérant la carbonatation
Ø Un excès d’eau : retrait et apparition de fissure
41
5. Facteurs influençant la vitesse de carbonatation
5.5. Mise en œuvre
Ø une insuffisance de vibration : porosité élevée
Ø Un excès de vibration : ségrégation
42
6. Progression de la carbonatation dans le béton
La carbonatation est un phénomène progressif qui dépend de la diffusion du CO2
dans le béton.
Équation de progression :
Avec:
• x : profondeur de carbonatation (mm)
• k : coefficient de carbonatation (dépend du béton et de l’environnement)
• t : durée d’exposition (années)
Ø La vitesse de propagation normale dans un béton : 1mm/an
43
6. Progression de la carbonatation dans le béton
6.1. Facteurs influençant la vitesse de carbonatation
ØQualité du béton
Facteur Effet sur la carbonatation
Un béton riche en ciment contient plus d’hydroxyde
de calcium et résiste mieux à la carbonatation ( il faut
Teneur en ciment
beaucoup de CO2 pour la neutraliser)
Un rapport élevé = béton plus poreux = carbonatation
Rapport (E/C)
plus rapide.
Diminuent le Ca(OH)2, donc réduisent le risque de
Addition de fumées de silice ou pouzzolanes carbonatation, mais le béton devient plus sensible si
mal formulé.
Une bonne cure réduit la porosité et ralentit la
Cure du béton
carbonatation. 44
6. Progression de la carbonatation dans le béton
6.1. Facteurs influençant la vitesse de carbonatation
ØConditions environnementales
Facteur Effet sur la carbonatation
En milieu urbain ou confiné (tunnels, parkings), la
Concentration en CO2 (pollution)
carbonatation est plus rapide.
Humidité relative Optimum entre 50 et 70 %.
Plus la température est élevée, plus la réaction est
Température
rapide.
•Un béton mal formulé ou mal protégé en milieu urbain humide sera carbonaté rapidement.
•Les structures souterraines ou en milieu industriel sont plus exposées.
45
7. Evaluation de la carbonatation du béton
7.1. Méthode colorimétrique à la phénolphtaléine
ØPrincipe
La phénolphtaléine est un indicateur de pH qui change de couleur en
fonction de l’alcalinité.
46
7. Evaluation de la carbonatation du béton
7.1. Méthode colorimétrique à la phénolphtaléine
ØApplication au béton
Béton carbonaté
Béton non carbonaté
47
7. Evaluation de la carbonatation du béton
7.1. Méthode colorimétrique à la phénolphtaléine
ØMatériel utilisé
• Solution de phénolphtaléine (1 g de phénolphtaléine dissous dans un
mélange d’alcool éthanol et d’eau)
• Marteau (surface fraîche du béton)
• Règle graduée ou pied à coulisse
48
7. Evaluation de la carbonatation du béton
7.1. Méthode colorimétrique à la phénolphtaléine
ØProcédure
I. Préparation de l’échantillon
1.Choisir un point d’analyse représentatif sur la structure en béton.
2.Éliminer la couche superficielle du béton avec un marteau ou une scie pour exposer une surface fraîche.
3.Dépoussiérer et sécher la surface avant application du réactif.
II. Application de la phénolphtaléine
Pulvériser ou appliquer au pinceau la solution de phénolphtaléine sur la surface préparée.
III. Observation de la réaction
III. Mesure de la profondeur de carbonatation
1.Identifier la ligne de transition entre la zone colorée et incolore.
2.Mesurer la distance entre la surface exposée et cette ligne de transition à l’aide d’une règle graduée ou d’un
pied à coulisse.
3.Effectuer plusieurs mesures sur différentes zones pour obtenir une valeur moyenne. 49
7. Evaluation de la carbonatation du béton
7.1. Méthode colorimétrique à la phénolphtaléine
ØAvantages
Critère Avantages
Simplicité Facile à mettre en œuvre sur site.
Coût Peu coûteux (matériel basique).
Rapidité Résultat en quelques secondes.
Précision Permet de mesurer une profondeur.
50
7. Evaluation de la carbonatation du béton
7.1. Méthode colorimétrique à la phénolphtaléine
Ølimites
Nécessite un prélèvement sur surface fraîche (Méthode destructive)
Moins précis que des analyses en laboratoire (basée sur l’observation visuelle)
Ne donne pas d’indication sur la vitesse de carbonatation.
Ne mesure pas la concentration de CO2, mais seulement la perte d’alcalinté (Peu fiable pour les
bétons contenant des additions minérales (fumée de silice, cendres volantes…), car leur pH est
naturellement plus bas.
51
7. Evaluation de la carbonatation du béton
7.1. Méthode colorimétrique à la phénolphtaléine
ØInterprétation des résultats
• Si la profondeur de carbonatation est faible (≤ 5 mm) → Pas de danger
immédiat pour les armatures.
• Si elle est élevée (≥ 20 mm) → Risque de corrosion des armatures si elles
sont à faible enrobage.
• Si elle atteint les armatures → La passivation est détruite, il y a un risque
accru de corrosion.
52
8. Prévention de la carbonatation
1. Formulation et mise en œuvre du béton
Ø Utiliser un faible rapport E/C pour limiter la porosité.
Ø Augmenter la compacité avec des additions minérales (fumées de silice, laitier).
Ø Assurer une bonne cure pour un béton plus dense.
2. Protection des structures
Ø Recouvrement des armatures suffisant pour retarder la carbonatation.
Ø Revêtements protecteurs (peintures, hydrofuges).
Ø Contrôle régulier du pH et de la profondeur de carbonatation avec des tests à la
phénolphtaléine.
53