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Myocène TCHAD

Le lac Tchad a connu des variations significatives de son niveau au cours des derniers millions d'années, oscillant entre des phases de très hauts niveaux et des périodes d'assèchement. Des études paléohydrologiques montrent que le lac existe depuis au moins 6 millions d'années et a été influencé par des conditions climatiques changeantes, avec des épisodes de 'Méga-lac' et des environnements désertiques. Actuellement, le lac est en phase de Petit Tchad, et son avenir est incertain en raison des changements climatiques en cours.

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Le lac Tchad a connu des variations significatives de son niveau au cours des derniers millions d'années, oscillant entre des phases de très hauts niveaux et des périodes d'assèchement. Des études paléohydrologiques montrent que le lac existe depuis au moins 6 millions d'années et a été influencé par des conditions climatiques changeantes, avec des épisodes de 'Méga-lac' et des environnements désertiques. Actuellement, le lac est en phase de Petit Tchad, et son avenir est incertain en raison des changements climatiques en cours.

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Chapitre 3

Florence Sylvestre

Paléo-hydrologie du lac Tchad


Une variabilité attestée sur un temps très long

D EPUIS  ANS, le lac Tchad oscille entre  états (Petit,


Moyen et Grand Tchad), couvrant une superficie de
  km à   km. A-t-il toujours évolué au cours du
bassin. Cette connaissance provient d’un sondage réalisé par
le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) dans
les années  dans l’archipel de Bol livrant l’histoire du lac
temps entre ces trois états, connaissant tantôt des séquences entre , et , Ma. Il montre que le lac Tchad existe au moins
d’assèchement, tantôt des phases de très hauts niveaux ? depuis  Ma et qu’il a oscillé entre des phases de hauts et de bas
L’étude des archives sédimentaires préservées dans son bassin niveaux lacustres. Au cours de ces périodes, dans le Djourab,
versant apporte des réponses aux questions que posent ses les affleurements sédimentaires montrent une alternance entre
variations à différentes échelles de temps, pluridécennales à trois types d’environnements : des environnements désertiques
plurimillénaires. attestés par des accumulations de sable, des dunes fossiles et
des sables stratifiés ; des épisodes lacustres dont témoignent des
Les variations du lac dans l’espace et le temps dépôts massifs argileux et des diatomites ; enfin des environne-
L’extension passée du lac Tchad doit être appréhendée à ments transitoires palustres, alluvionnaires et fluviatiles. C’est
l’échelle de son bassin orographique, couvrant une superficie de dans ces derniers que les fossiles des hominidés Sahelanthropus
   km. Alors qu’aujourd’hui le lac Tchad est cantonné tchadensis (Toumaï) et Australopithecus bahrelghazali (Abel),
au sud de son bassin, dans le passé il s’est étendu au nord, du datés respectivement de  Ma pour Toumaï et de , pour
Djourab à la dépression du Bodélé. Son extension est limitée Abel, ont été retrouvés, associés à une riche faune de vertébrés.
par deux seuils topographiques : un débordement vers le La succession de ces environnements suggère une alternance
nord par le Bahr el Ghazal se produit lorsque le niveau du lac de phases humides et sèches (« désert-lac ») avec la récurrence
dépasse  m. En phase de Méga-lac, un débordement vers d’au moins  événements lacustres majeurs depuis  millions
le sud-ouest se produit au seuil de Dana, proche de Bongor, d’années. C’est aujourd’hui l’âge attribué à l’apparition du
quand le niveau atteint  m. Le lac se déverse alors dans désert du Sahara.
le bassin de la Bénoué vers l’ouest en empruntant le réseau
hydrographique du Mayo Kebbi pour rejoindre l’océan Le dernier maximum glaciaire (  ans)
Atlantique par le fleuve Niger. Au cours des   dernières années, le lac est également
Les variations paléohydrologiques du lac Tchad ne sont caractérisé par des oscillations de grande amplitude. Entre
connues que pour deux périodes. La première, datée du   et   ans BP, il aurait connu une longue phase
Mio-Pliocène (entre  et  millions d’années), a été étudiée humide avec une recharge des nappes d’eau souterraine
dans le cadre de la mission paléoanthropologique franco-tcha-
dienne dirigée par Michel Brunet. La seconde couvre les Écoulement continu du Bahr el Ghazal
durant le XVIIe siècle
  dernières années ; elle englobe le dernier maximum
glaciaire (  ans) et l’optimum climatique de l’Holocène Altitude en m
286
moyen (  ans). Entre ces deux périodes, il n’y a pas ou très
Source : d’après J. Maley, 

peu d’observations, les informations paléohydrologiques étant


284

généralement extrapolées à partir d’observations effectuées 282

dans les régions voisines. 280


âge 900 1100 1300 1500 1700 1900 2000
calendaire

Le lac Tchad entre  et  millions d’années Assèchement complet du lac


durant 20 à 30 ans vers le milieu du XV e siècle
Pendant cette période, le lac aurait connu des phases récur-
rentes de « Méga-lac » avec des extensions dans le nord du Les variations du niveau du lac Tchad au cours du dernier millénaire


8° 12° 16° 20°
LE SYSTÈME HYDROLOGIQUE

24°
1
LI BY E
24°

AL GÉ RIE TIBESTI

20°
Emi Koussi
3415 m

AÏR

ENNEDI
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TÉNÉRÉ ERG du D J O UR

16°
l
za SOUDAN
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TC H A D

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12° K N’Djaména

GUERA
Dana
Ch
Lo
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go

NIGE RIA
ne


Altitude (m)
320
R ÉP U BLI Q U E
500
C EN TR A F R I C A I N E
1000
CAME ROU N 0 500 km
2000
3415

Méga-Tchad à l’Holocène, cote 320 m


Moyen lac Tchad, cote 280 m
limite du bassin hydrographique

Méga-Tchad et Moyen Tchad

entre   et   ans BP. Cette période d’humidité évidence dès les années , la phase de Méga-lac à l’Holocène
aurait été interrompue par une phase très aride centrée sur moyen a été confirmée par les études ultérieures grâce à
le dernier maximum glaciaire il y a   ans et la dernière l’imagerie satellitale appuyée par des observations de terrain.
transition glaciaire-interglaciaire. Le lac aurait alors connu un Son extension maximale a été estimée à   km . De
assèchement total, favorable aux remaniements éoliens, dont hauts niveaux lacustres auraient été enregistrés entre   et
le façonnement de l’erg du Kanem serait une manifestation.   ans BP, interrompus vers   ans BP par un événement
Une extension des conditions arides au moins jusqu’à ° S aride et suivis d’un maximum d’extension entre   et
suggère que le Sahara atteignait à cette époque des positions   ans BP. À partir de cette date, le niveau du lac n’a cessé de
très méridionales. décroître, pour connaître une taille minimale lors d’une phase
très aride entre   et   ans BP. On considère également
L’Holocène moyen ( -  ans) que c’est à partir de cette date que le lac s’est stabilisé dans sa
À partir de   ans BP, les conditions humides seraient position actuelle. Toutefois, on note qu’il était suffisamment
réapparues progressivement et le lac aurait connu une phase élevé il y a environ   ans BP car il débordait régulièrement
d’extension maximale au cours de l’Holocène moyen. Mise en dans le Bahr el Ghazal.


ATLAS DU LAC TCHAD

Le dernier millénaire La dernière période de hauts niveaux du lac durant laquelle


Le début du deuxième millénaire de l’ère chrétienne est il aurait stationné vers  m (déversement dans le Bahr
marqué par des conditions relativement humides, favorables el Ghazal) se situe au XVIIe siècle. De nombreux témoignages
au peuplement (capitale de l’empire du Kanem située dans historiques et la tradition orale apportent des arguments pour
le Bodélé ; essor de la civilisation haddadienne). À partir du attester cet épisode, avec notamment une nouvelle migration
XIIIe siècle, un assèchement progressif des bras du delta du Kréda entre Kanem et Borkou.
Chari a conduit à une baisse du niveau du lac. À cette époque,
les nomades Kréda ont effectué une première migration du Le passé du lac Tchad met ainsi en évidence l’importance de
Borkou vers le Kanem, à la suite, probablement, d’une phase la variabilité naturelle des niveaux lacustres. Lorsqu’on replace
d’aridification au nord du Tchad. Après une brève remontée ces variations dans un contexte paléoclimatique global, on
du niveau, une très forte régression du lac Tchad ayant constate que ce lac semble s’assécher pendant les périodes
conduit à une disparition des eaux libres dans la cuvette sud froides à l’échelle planétaire, alors qu’il serait à son maximum
est intervenue au milieu du XIVe siècle. Les Peuls rapportent d’extension pendant les périodes chaudes. Aujourd’hui, alors
que les villages ont dû être déplacés et qu’il fallait creuser des que le lac Tchad est en phase de Petit Tchad, débute une
puits au fond du lac asséché pour trouver de l’eau. Le retour période de réchauffement dont les implications sur le niveau
brutal de la crue noya tous ces villages, ce qui explique du lac sont encore incertaines.
pourquoi les Peuls ont en mémoire cet événement, considéré
comme catastrophique.


Sylvestre Florence.
Paléo-hydrologie du lac Tchad : une variabilité attestée sur un
temps très long.
In : Magrin G. (ed.), Lemoalle Jacques (ed.), Pourtier R. (ed.),
Déby Itno I. (pref.), Fabius L. (pref.), Moatti Jean-Paul (postf.),
Pourtier N. (cartogr.), Seignobos Christian (ill.). Atlas du lac
Tchad.
Passages, 2015, numero spécial 183, p. 28-30.
ISSN 0987-8505

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