UNIVERSITE DU QUEBEC
MEMOIRE PRESENTE A
UNIVERSITE DU QUEBEC A TROIS-RIVIERES
COMME EXIGENCE PARTIELLE DE LA MAITRISE
EN ETUDES QUEBECOISES
PAR
GUY TREPANIER
ECONOMIE, POPULATION ET MOBILITE GEOGRAPHIQUE
EN MILIEU RURAL: LA PAROISSE SAINTE-FLORE
EN MAURICIE, 1860-1901
AVRIL 1983
Université du Québec à Trois-Rivières
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ii
AVANT-PROPOS
Cette monographie de la paroisse Sainte-Flore se veut d'abord
une étude du monde rural québécois du 1ge siècle. Elle s'inscrit
dans la foulée des recherches portant sur la société régionale,
menées par le groupe de recherche sur la Mauricie.
Amorcée à l'intérieur du programme de maîtrise en études québé-
coises, notre réflexion sur la société rurale nous a amené à privi-
légier la monographie paroissiale comme instrument d'appréhension de
cette société. Par la micro-analyse qu'elle autorise, la monographie
permet de vérifier des hypothèses, de mettre en évidence des phénomènes
à partir d'un échantillon de population sur lequel on peut tenter
d'effectuer diverses mesures ou observations empiriques. Ces résultats
peuvent ensuite répondre à certaines interrogations sur l'ensemble de
la société régionale.
Au départ, nous voulions faire l'histoire de cette paroisse jusqu'à
l'apparition de l'industrie et de l'urbanisation d'une partie de son
territoire qui deviendra la ville de Grand'Mère au début du 20e siècle.
Nous nous proposions de suivre l'évolution démographique, économique et
sociale de cette paroisse en mettant l'accent sur les transformations
que l'implantation de l'usine de la Laurentide Pulp Co. en 1887 a
entraînées tant au niveau économique que social. Au fil de notre
recherche, nous avons vite constaté les difficultés de mener à terme de
iii
de façon satisfaisante, une étude aussi vaste dans le cadre d'un mémoire
de maîtrise.
Nous avons alors opté pour une utilisation plus systématique de
notr~ documentation sur le comportement démographique des habitants de
Sainte-Flore. Ces sources consistent en des recensements paroissiaux
nominatifs dressés par les curés à des intervalles de quatre à sept ans
entre 1867 et 1897. L'analyse de ces listes laissait entrevoir des
possibilités d'études fort intéressantes et inédites pour la région,
compte tenu de la rareté de telles sources dans les archives paroissiales.
Ces recensements permettent entre autres de repérer et d'évaluer préci-
sément les entrées et les sorties des familles de Sainte-Flore et donc
dtétudier la mobilité spatiale de la population. Nous savons déjà
l'ampleur qu'ont pris les mouvements migratoires au Québec entre 1840 et-
1930. Des études récentes ont démontré également l'importance du phéno-
mène au Saguenay. Il nous est apparu intéressant de voir ce qu'il en
était pour une paroisse de la Mauricie. Voilà donc comment nos premières
ébauches d'une monographie paroissiale ont été orientées vers une étude
plus démographique que nous avons été soucieux d'intégrer à la géographie
et à l'économie régionales.
La réalisation de ce mémoire a été rendue possible grâce à la
patiente et l'aimable collaboration de notre directeur de recherche,
M. René Hardy. Sa critique et ses remarques pertinentes ont enrichi
notre texte. Nous lui en sommes reconnaissant. Nous remercions aussi
M. Normand Séguin qui par ses travaux de recherche et sa lecture atten-
tive du manuscrit nous a été d'une aide précieuse. Enfin, nous exprimons
iv
notre gratitude à M. llabbé Langevin, curé de Sainte-Flore, au pp.r-
sonnel de llhôtel de ville de GrandlMère et aux responsables des centres
d1archives visités pour avoir facilité nos recherches.
v
TABLE DES MATIERES
Page
AVANT-PROPOS. .. ······...·····.. ii
TABLE DES MATIERES.
····· v
TABLE DES SIGLES.
· ···· vii
LISTE DES TABLEAUX.
····· .···· viii
LISTE DES CARTES ET FIGURES
· · · · · · . . . x
LISTE DES ANNEXES
····· ···· xi
INTRODUCTION. • • 1
PREMIERE PARTIE: ESPACE ET ECONOMIE. • 7
CHAPITRE 1: Le territoire paroissial. 8
A. Le site • 8
B. Formation de l'espace •• 10
CHAPITRE II: La marche du peuplement •• 20
CHAPITRE III: L'économie rurale • 31
A. L' agr iculture • • • • • 31
B. L'exploitation forestière • • • • • • • • • •• 45
C. Industries, commerces et chemin de fer. 49
DEUXIEME PARTIE: LA POPULATION • • • • • • • • • 53
CHAPITRE IV: Les effectifs démographiques 55
A. Les sources • • • • • • • • • • • • 55
B. La croissance de la population. • • • • • • •• 62
C. Le mouvement naturel de la population • 67
D. Les soldes migratoires. • . • • • • • 72
vi
TABLE DES MATIERES (suite)
CHAPITRE V: Les mouvements migratoires. • 75
A. Sources et méthodologie • 76
B. L'émigration . • 78
C. L'immigration • • • • • • • • • 83
TROISIEME PARTIE: EXPLICATION DE LA MOBILITE • • • • • 88
CHAPITRE VI: Occupation du territoire et mobilité • 91
CHAPITRE VII: Economie et mobilité •• 96
A. Agriculture • • • • • • • 97
B. Exploitation forestière • 104
C. Industrialisation . • • • 107
CONCLUS ION. • • • • • • ~ . • • • • • • • • • • • • • • • • •• 110
ANNEXES • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • 115
BIBLIOGRAPHIE • • • • • • • • • • • • • • 118
vii
TABLE DES SIGLES
AJALC Appendices aux Journaux de l'Assemblée législative
du Canada
ASTR Archives du séminaire -de Trois-Rivières
DSC Documents de la Session du Canada
DSQ Documents de la Session du Québec
RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française
viii
LISTE DES TABLEAUX
Tableau Page
1. Répartition des ménages selon les rangs en 1865, 1874 21
et 1891 • • • • • • • • • • • • •
2. Nombre de ménages d'agriculteurs et d'emplacitaires 35
(1861-1896). . . • . • • • • • •••••••••
3. Répartition des occupants de terre selon l'espace occupé 37
(1861-1891). • • • . • • • • • • • • •••
4. Evolution de l'utilisation du sol (1861-1891) • • 38
5. Répartition en % de l'espace en culture (1861-1891) • • 40
6. Production moyenne par occupant • • • .. . 41
7. Rendement des principales cultures • 41
8. Production de bois sur les fermes en 1871. • 48
9. Population de la paroisse Sainte-Flore (1860-1901) 65
10. Population du poste, du village et de la ville de Grand' 66
Mère (1890-1901) • • • • • • • • • • • ••
Il. Taux de natalité, mortalité et d'accroissement naturel 69
à Sainte-Flore (1860-1901) • • •• • • • • • • • •
12. Mouvements migratoires d'après les soldes migratoi'res à 73
Sainte-Flore (1860-1897) • • • • • • • • • •
13. Ménages émigrant de Sainte-Flore (1861-1897) • 80
14. Ménages immigrant à Sainte-Flore (1861-1897) • 84
15. Répartition des couples sédentaires et émigrants selon le 93
lieu de résidence dans la paroisse
16. Répa~tition des sédentaires et des émigrants selon la super- 99
fic ie de te r re occupée • • • • • • • •
ix
LISTE DES TABLEAUX (suite)
Tableau Page
17. Répartition des sédentaires et des émigrants selon la 101
superficie de terre améliorée.
·····
18. Répartition des s~dentaires et des émigrants selon le 102
rendement des cultures .··· -
·····
19. Répartition des sédentaires et des émigrants selon le 103
cheptel possédé. ....··· ·····
20. Répartition des sédentaires et des émigrants selon le 107
nombre de billots coupés
··· · ···
·
x
LISTE DES CARTES ET FIGURES
Page
A. Cartes
1. Localisation de la paroisse Sainte-Flore en Mauricie. 9
2. Réseau routier de Sainte-Flore au 1ge siècle. 29
3. Potentiel agricole des sols de Sainte-Flore • 33
4. Evolution territoriale de Sainte-Flore. • • 59
B. Figure
1. Sainte-Flore et Grand'Mère courbes de la population totale 63
xi
LISTE DES ANNEXES
Annexes Page
A. Baptêmes, marjages et sépultures à Sainte-Flore, 115
1860-1901. • • • . • • • • • • • •
B. Chronologie paroissiale. • 117
INTRODUCTION
L'ouverture et le développement des régions excentriques du Québec
a soulevé ces derni~re~ années l'intérêt des historiens. Un nouveau
courant historiographique est apparu qui analyse la colonisation des
terres neuves dans la perspective générale de l'évolution socio-écono-
mique du Québec depuis le milieu du 1ge si~cle.l C'est dans cette
problématique que nous situons notre étude du comportement démographique
à Sainte-Flore.
Pour appréhender le phénom~ne de la mobilité géographique, il faut
d'abord dégager les composantes du mouvement général de colonisation.
Celui-ci s'inscrit dans le contexte des migrations survenues dans
diverses parties du Canada et des Etats-Unis au si~cle dernier. Au Québec,
la population rurale quitte en grand nombre les paroisses des basses
terres du Saint-Laurent pour se diriger soit vers les villes du Québec,
du Canada ou des Etats-Unis, soit vers les territoires neufs au nord et
au sud de la vallée laurentienne.
L'étude des mouvements de colonisation a donné lieu à diverses inter-
prétations. Nous ne voulons pas ici les décrire en détail mais signaler
l
Pour un exposé de l'histoire de la colonisation dans l'historio-
graphie du Québec, voir Normand Séguin, Agriculture et colonisation au
Québec, Montréal, Ed. Boréal Express, 1980, pp. 26-37.
2
les deux principaux courants et exposer succinctement les éléments
essentiels qu'ils renferment. Pour l'un, la colonisation naît d'abord
du surpeuplement des vieilles paroisses seigneuriales qùi poussent leurs
populations à chercher de nouvelles terres pour établir les jeunes géné-
rations. De nouvelles paroisses naissent où l'agriculture tradition-
nellement pratiquée dans les anciennes paroisses peut s'implanter.
Pour ceux qui ne participent pas à ce mouvement, il reste l'exode vers
les villes du pays ou des Etats-unis.
Selon cette approche, les nouvelles paroisses se forment seulement
là où le potentiel agricole du territoire le permet. Les activité agri-
coles s'apparentent à celles des paroisses du vieux terroir seigneurial
et suivent en général le mouvement de l'agriculture québécoise. Les
cultivateurs s'adonnent aussi au travail en forêt durant l'hiver, mais
le secteur agricole demeure leur assise économique fondamentale. Ces
populations essaiment à leur tour lorsque la pression démographique le
2
commande.
L'autre interprétation situe la colonisation dans le schéma général
de l'implantation du capitalisme dans les régiqns périphériques par le
biais de l'exploitation forestière, en quête de matière première et de
3
main-d'oeuvre. La population quitte la vallée du Saint-Laurent, se
2Fernand Ouellet présente cette interprétation dans un compte rendu
du livre de Normand Séguin, La conquête du sol au XIXe siècle, Québec,
Ed. Boréal Express, 1977, 295 p., publié dans Histoire Sociale, vol. X,
no. 20, 1977, pp. 439-47.
3
Normand Séguin a utilisé ce schéma d'analyse dans ses travaux sur
l'agriculture et la colonisation. Voir les ouvrages cités plus haut.
3
dirige vers les zones boisées des Laurentides et ouvre des paroisses
dans le sillage de l'exploitation forestière. Le colon s'appuie à la
fois sur le travail saisonnier en forêt et l'agriculture pour assurer
sa subsistance. Ceci amène l'émergence d'une économie de type agro-
forestier. L'éloignement des marchés, la concurrence d~s activités
forestières, le manque de chemins maintiennent le secteur agricole au
niveau de la subsistance.
Ce type d'économie rend la population très vulnérable à la con-
joncture de l'économie du bois car c'est ce secteur qui lui assure
l'essentiel de ses revenus vu la faible productivité de l'agriculture.
D'où l'existence de migrations fréquentes selon le rythme des crises
et du déplacement des centres de coupe forestière. Sous l'emprise du
/
système agro-forestier, ces paroisses évoluent dans la marginalité. Il
en va autrement dans la vallée du Saint-Laurentru l'agriculture en vient
à dépasser le niveau de l'auto-consommation en se commercialisant de plus
en plus sous l'effet du développement des marchés des villes et de
Y'exportation.
Ce résumé montre bien les divergences entre les deux thèses. Outre
l'interprétation globale de la colonisation, de la rationalité économique
du phénomène, l'opposition se manifeste à propos de la place de l'agri-
culture et du travail en forêt dans l'économie rurale. Toutes deux
reconnaissent que l'agriculture est basée sur la subsi~tance bien que
celle-ci ne procède pas des mêmes causes. La première. l'explique par
les pratiques agricoles traditionnelles des paysans et par la faible
potentialité du sol dans les territoires adossés à la montagne. La
4
seconde reconnaît les causes précédentes, mais impute principaleme~t
la faiblesse de l'agriculture à l'exploitation forestière. Celle-ci,
en imposant une marche forcée du peuplement vers des zones à faible
potentialité et de plus en plus éloignées des premiers centres, empêche
l'émergence d'une agriculture axée sur la commercialisation. L'une
laisse entendre que l'agriculture montre des signes d'affranchissement
progressif de la subsistance, alors que l'autre insiste sur le retard
de cette agriculture par rapport au mouvement de transformation observé
au centre du Québec •
. pour rendre compte encore plus justement de ces deux approches,
il faudrait mentionner plusieurs corollaires et introduire certaines
variantes qui s'y sont greffées. Mais pour nos fins, ces esquisses
suffisent; voyons plutôt quels énoncés elles renferment relativement à
la mobilité.
De par sa définition même, l'étude de la colonisation renvoie à
celle de la. mobilité spatiale. En effet, on entend d'abord par ce terme
l'occupation et la mise en valeur de nouveaux territoires, ce qui
implique des déplacements de populations originaires des anciennes
paroisses vers les nouvelles zones de peuplement. On peut également
penser qu'aussi longtemps que ce milieu ne sera pas suffisamment occupé,
mis en valeur et organisé, sa population aura tendance à être beaucoup
plus mobile. L'ampleur de ces déplacements doit donc être mise en
lumière afin de rendre compte adéquatement des mouvements de coloni-
sation.
5
Les deux approches décrites précédemment soulignent l'existence
d'une mobilité chez ces populations rurales. Ces migrations s'exer-
cent à l'intérieur des régions ou sont orientées vers l'extérieur.
Il est admis que la surcharge démographique des paroisses est une des
principales causes de cet exode. Mais l'approche de l'économie agro-
forestière met ce fait en rapport avec d'autres facteurs qui concourent
davantage à expliquer la mobilité. La pratique d'une agriculture qui
se maintient au seuil de la subsistance et l'offre d'emploi de l'exploi-
tation forestière placent les paysans dans une situation où ils sont
souvent obligés de se déplacer pour assurer la quête du numéraire essen-
tiel à leur survie. De plus, les forts excédents démographiques, le man-
que , de terres arables et la faiblesse de l'économie rurale engendrent le
sous-emploi chronique. Les habitants sont alors obligés de diversifier
leurs sources dremplois traditionnelles. Dans la mesure~ l'agriculture
stagne ou régresse et ne peut absorber de nouveaux exploitants, il en
résulte une prolétarisation de plus en plus grande des paysans, qui dé-
Ol o , 4
b ouc h e sur une p 1 us gran d e mo b 1 1te. Par ailleurs, la mobilité procède
aussi de la nécessité pour les familles paysannes d'assurer l'établisse-
ment des fils tout en évitant de morceler leurs domaines agricoles. Ceci
amène les cultivateurs à rechercher de nouvelles terres là où il y a de
5
bons lots disponibles à bon marché.
4 sur la question de la prolétarisation et de la participation du petit
o
producteur agricole à d'autres activités économiques, voir Normand Séguin,
"Orientation de recherche", Agriculture et colonisation ..._ pp. 189-97.
5
Gérard Bouchard a esquissé cette interprétation de la mobilité
dans "Démographie et société rurale", Recherches Sociographiques, vol.
XIX, no. l, 1978, pp. 7-33.
6
En nous inspirant des approches décrites précédemment, nous allons
examiner dans le cadre de cette étude quelques aspects de la colonisa-
tion de la paroisse Sainte-Flore au 1ge siècle. Notre objectif princi-
pal sera d'évaluer et d'expliquer la mobilité géographique de cette
population, observée dans le contexte de la période de colonisation de
la paroisse. L'analyse que nouS en ferons sera d'abord quantitative
et concernera les ménages ou familles, non les individus. L'étude de la
destination et de l'origine des migrants ne sera pas non plus abordée.
Par contre quelques caractéristiques des familles migrantes seront iden-
tifiées pour éclairer certains aspects de la mobilité.
Cette étude se divise en trois parties. A la suite d'une descrip-
tion de l'espace et de son occupation, nous brosserons d'abord un tableau
de l'économie locale. La seconde partie, consacrée à la démographie
traitera de quelques aspects des dynamismes démographiques et dégagera
l'importance des mouvements migratoires dans cette communauté. Enfin,
en troisième partie, l'explication de la mobilité sera recherchée à
travers les facteurs géographiques et économiques locaux, de même que
dans une analyse des différents types d'exploitations agricoles existant
dans la paroisse.
PREMIERE PARTIE
ESPACE ET ECONOMIE
CHAPITRE l
LE TERRITOIRE PAROISSIAL
A• . Le site: Le territoire de Sainte-Flore est localisé dans la
partie ouest de la vallée du Saint-Maurice et chevauche les basses terres
du Saint-Laurent et les Laurentides. Il se situe dans la zone qui prend
le relais des terrasses sablonneuses du delta du Saint-Maurice et forme
le dernier établissement avant de pénétrer dans l'auge étroite du Saint-
Maurice vers le nord.
Le territoire de Sainte-Flore fait partie de la seigneurie du
Cap-de-Ia-Madeleine, sauf ses extrémités nord-est et ouest situées
respectivement dans les cantons Radnor et Shawinigan. Au Ige
siècle, la paroisse est bornée à l'ouest par celle de Saint-Boniface
et le canton Shawinigan, au nord-ouest par le canton Caxton, au nord
par la chaîne des lacs La Pêche et au sud et à l'est par la rivière
Saint~Maurice. Ces limites renfermaient une superficie de près de 70
milles carrés, à l'époque où le territoire paroissial était à son
extension maximale.
Le réseau hydrographique est constitué de plusieurs lacs, du Saint-
Maurice et de ses affluents dont le plus important est la rivière Shawi-
nigan qui serpente le territoire du nord au sud, à la limite ouest de
9
Carte l
Localis a tion de la pa roi s se S d intc~Flore en Mauricie
; ,
.~.
.,
.~
\
.'
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10
la paroisse. L'oekoumène est concentré dans la partie ouest-sud-ouest
et centre-sud de la paroisse et n'occupe qu'un peu moins de la moitié
de la superficie totale du territoire paroissial. Cette zone est
formée de plaines d'origine lacustro-marine composées d'argile et
de drift. La partie nord est traversée par les collines lauren-
. 1
t1ennes.
Comment ce territoire apparaissait-il aux yeux des contemporains
au siècle dernier? Une description instructive en est donnée dans le
recensement gouvernemental de 1861 par celui-là même qui l'a parcouru
afin d'en dénombrer la population. Le recenseur le décrit en ces termes:
••• Cet établissement est tout à fait nouveau et ne compte
encore que peu d'habitations dont le nombre ne dépasse
pas 56 disséminées à une assez grande distance les unes
des autres sur une étendue ou surface d'environ 12 milles
quarrés. Cette partie du comté est en partie couverte de
montagnes et n'a pas encore de chemins ouverts pour commu-
niquer à toutes les habitations dont quelques-unes sont
éloignées de plus de 10 milles des autres ( ••• ) Ce
manque de chemins dans le bois debout joint à la nature du
sol qui est montagneux a été cause d'une grande difficulté
pour prendre le recensement de cette partie du comté ••• 2
Voilà quelques lignes qui campent bien le cadre physique de la popula-
tion de Sainte-Flore à ses débuts.
B. Formation de l'espace: Sainte-Flore est une de ces paroisses
dont la formation résulte de la progression spatiale de l'exploitation
lMonique Déry-Ricard, Un exemple d'urbanisation rurale en devenir:
Sainte-Flore, Québec, Université Laval, 1971, p. 7.
2
Recensement du Canada, 1861 (Manuscrit), Etablissement extra-
paroissial de Sainte-Flore.
11
forestière en Mauricie. Elle a surgi avec l'aménagement du chemin des
Piles entre la Baie de Shawinigan et les Piles, dernier tronçon de l'axe
routier reliant Trois-Rivières aux eaux navigables du Saint-Maurice.
Cette route a été construite par le gouvernement en 1856 pour donner
aux conunerçants de bois une voie d'accès au Saint-Maur ice afin de
faciliter le transport des hoœmes et des marchandises vers les terri-
3
toires de coupe.
L'aménagement de routes donnant aux entrepreneurs l'accès à la
forêt était perçu par l'Etat comme le moyen le plus efficace pour favo-
riser la colonisation de nouveaux territoires: "Le commerçant de bois
est le meilleur précurseur du colon; les besoins de celui-là sont les
agents les plus puissants pour attirer le cùltivateur à sa suite; c'est
là ùn fait qu'on peut observer déjà sur le St-Maurice". Telle était
l'opinion qu'exprimait le cO~üissaire des terres de la Couronne dans
4
son rapport de 1856. Le même rapport mentionne que "deux ans après que
la route de Shawinigan fut terminée, elle se trouvait bordée d'établis-
sements d'une extrémité à l'autre ( ..• ) et que la nouvelle route condui-
sant aux Piles était aussi occupée sur toute sa longueur".
Cette politique d'ouverture du territoire à la colonisation au gré
3"Rapport du commissaire des te'~res de la Couronne pour l'année
1856", AJALC, 1857, vol. 15, app. 5, doc. 25. ' Le coût de cette route
devait être assumé en entier par les commerçants de bois grâce à un
prélèvement de dix louis sur chaque concession forestière mise en vente.
Mais cette taxe aurait à peine payé les intérêts de l'emprunt gouverne-
mental à cette fin. Voir L'Ere Nouvelle, 28 mai 1860, "Disccurs de M.
Dawson sur le budget."
12
des besoins d'infrastructure de l'exploitation forestière, bien qu'elle
donnait aux colons des voies de communication essentielles, introduisait
aussi un type de colonisation improvisé, qui imposait des conditions de
vie très précaires aux premiers habitants d'un territoire. Ceux-ci,
placés devant la nécessité d'amorcer au plus tôt leurs nouveaux établis-
sements, devaient souvent précéder le passage de la route sur les lieux
de colonisation et s'enfoncer dans la forêt loin de voies existantes. Ce
sont précisément les conditions qui ont prévalu lors du début de l'occu-
5
pation des territoires de Sainte-Flore et du canton Shawinigan.
A ces graves carences de l'intervention de l'Etat en matière de
colonisation vient se greffer l'occupation illégale du sol. Le territoire
de Sainte-Flore n'ayant été cadastré qu'après la construction du chemin
des Piles, les premiers lots ne furent vendus qu'à l'automne 1857. Les
pionniers étaient donc tous des squatters. Avant même que le gouvernement
ne mette les lots en vente, il y avait déjà une population assez impor-
tante pour que Theophilus Rickaby prenne l'initiative de construire un
moulin à farine et une scierie sur la rivière Shawinigan à l'endroit où
6
le chemin des Piles allait passer.
L'occupation illégale paraît avoir été une pratique courante dans
5 Ibid • Dans Shawinigan le rapport mentionne que les colons firent
à leur frais des chemins pour aller de 8 à 10 milles au-delà du chemin
du gouvernement.
6
"Rapport du Commissaire des terres ••• 1856", loc. cit. i et
Auguste Désilets, La Grand'Mère, TroiS-Rivières, Ed. du Bien Public,
1933, p. 2.0.
13
les premières années qui ont suivi l'ouverture de Sainte-Flore à la
colonisation. Les journaux font écho à ce problème en commentant la
décision du département des terres de la Couronne, en 1859, d'abolir
les droits des squatters sur les lots qu'ils ont mis en valeur. Le
journal L'Ere Nouvelle écrivait à ce sujet: "Les paroisses de Saint-
Etienne, Sainte-Flore, et Shawinigan contiennent une population de 8 à
900 familles que l'arrêt de M. Vankoughnet (commissaire des terres de la
7
Couronne) va obliger de se disperser au 1er septembre." Nos sources
ne précisent pas le nombre d'illégaux. à Sainte-Flore. ' Cependant, certains
faits permettent d'induire et d'expliquer l'existence de cette pratique
q~i était souvent le seul moyen de contourner les obstacles à la coloni-
sation de ce territoire.
Le contexte dans lequel Sainte-Flore et sa région immédiate ont été
ouvertes à la colonisation est essentiellement dominé par l'exploitation
forestière. Cette partie septentrionale de la seigneurie du Cap-de-la-
Madeleine, à l'entrée des forêts du haut Saint-Maurice dont l'exploitation
commençait à peine au milieu du siècle dernier, recelait encore des lots
8
richement boisés sur lesquels les entrepreneurs faisaient la coupe. Avec
7
L'Ere Nouvelle, 18 juillet 1859, p. 2.
8Le territ0ire de Sainte-Flore faisait partie des concessions fores-
tières de l'entrepreneur George Baptist. Ce dernier y faisait chantier en
1854, cf. Auguste Désilets, op. cit., p. 16. Nous ignorons si les con-
cessions forestières ont été maintenues en vigueur sur tout le territoire
après l'arpentage et le cadastrage du tèrritoire. On sait que des
billets de concession pouvaient être accordés pour des lots inclus dans
une conces~ion forestière. L'entrepreneur avait alors jusqu'au premier
mai apr~s l'émission du billet pour couper le bois. En cas de révocation
de la vente, le lot retournait à la concession forestière. Cf. Jean
Bouffard, Le traité du domaine, Québec, P.U.L., 1977, p. 21.
14
l'arrivée des colons, on imagine facilement la relation conflictuelle
qui allait s'établir avec .les commerçants de bois. Les colons recher-
chaient des terres cultivables et voulaient aussi tirer profit de la
coupe de bois sur leur lot ,alors que les entrepreneurs désiraient con-
server leur privilège exclusif d'exploitation des ressources forestières.
Ils profitaient de la protection de l'Etat qui avait édicté des règlements
contre la concurrence des colons. En fait, l'Etat ne permettait aux
colons détenant des lots sous billet de concession que la coupe du bois
9
nécessaire aux défrichements, au chauffage et à la construction. Mais
cette règlementation dont l'application relevait de l'agent des terres
était très difficile à faire observer à cause de l'étendue du territoire
à couvrir et du manque de chemins praticables.
Il est certain que plusieurs colons sont allés chercher une part
importante de leurs revenus en exploitant illégalement le bcis sur les
lots, du moins dans les premières années d'occupation du territoire, au
moment où les lots étaient bien boisés et qu'il fallait combler le manque
lO
à gagner d'une agriculture naissante. En se servant des chemins fores-
9J.~E. Garon, Historique de la colonisation dans la province de
Québec de 1825 à 1940, Québec, 1940, p. 99.
100ans quelques-uns de ses rapports, le commissaire des terres porte
ces irrégularités à l'attention du gouvernement et se propose d'y remé-
dier. L'inspecteur des agences, A.J. Russell~ suggère même de donner
aux entrepreneurs forestiers le droit de saisir le bois coupé en contra-
vention par les colons. Voir I .e "Rapport d'inspection de l'agence du
St-Maurice par A.J. Russell en 1859". Reproduit dans le "Rapport du
comité spécial chargé de s'enquérir de la condition du commerce de bois
au Canada au point de vue de la colonisation du pays, et de l'action du
gouvernement à cet égard", AJALC, 1863, vol. 21, App. 8. Voir aussi les
Rapports du commissaire des terres de la Couronne pour les années 1856,
loc. cit., et 1860, OSC, 1861, vol. XIX, doc. 15.
15
tiers des entrepreneurs ou en les aménageant eux-mêmes, les colons pou-
vaient acheminer leur bois vers la scierie la pl~s p~oche et le vendre.
L'établissement d'une scierie à Sainte-Flore par le squatter Rickaby,
dès le début de l'occupation du territoire, peut être révélateur de cette
pratique. A Sainte-Flore le boia pouvait aussi devenir un objet de troc
très important, car un des membres de la famille Rickaby, Hamilton, qui
exploitait un magasin général sur les lieux mêmes de la scierie, acceptait
ll
des produits des colons en échange de marchandises.
En Maurici~ le rapport conflictuel entre les colons et le commerçant
de bois a engendré une réaction oppressive de la part de l'Etat vis-à-vis
l'acc~ssj. bilité à la propriété foncière. Les commerçants de bois oeuvrant
parfois eux-mêmes dans la politique, parvenaient à orienter en leur
faveur certaines décisions gouvernementales pouvant affecter directement
leurs exploitations. Le conflit entre les colons et les entrepreneurs
forestiers engendré par une volonté commune de s'approprier les terres
publiques trouvait donc écho dans la politique de l'Etat relativement à
l'ouverture de territoire à la coloni~ation et à la concession des lots.
Les obstacles rencontrés par les premiers colons de Sainte-Flor.e sont
symptomatiques de ce type d'intervention. D'autres faits dans l'histoire
de la colonisation de Sainte-Flore et de sa région dénotent aussi cette
attitude négative de l'Etat vis-à-vis la colonisation.
Quelques · projets visant à ouvrir des territoires à la colonisation
échouèrent à cause d'interventions qui nous semblent provenir des entre-
llL'Ere Nouvelle, 13 janv. 1859, p. 3.
16
preneurs. Bien que sans preuve à l'appui, on peut penser que les
appréhensions que suscitait une colonisation éventuelle de leurs terri-
toires forestiers aient amené les entrepreneurs à presser l'Etat à s'y
opposer. Les exemples suivants tendent à le démontrer.
L'un de ces projets, conçu vers 1860, s'appuyait sur la construction
du chemin du Saint-Maurice qui devait partir du chemin des Piles et
atteindre les rivières Mattawin et aux Rats en passant par les cantons
Shawinigan et Caxton, la seigneurie du Cap~de-la-Madeleine et les
12
cantons Polette et Turcotte. D'après 1·' agent des terres du Saint-
Maurice, cette région était des plus prometteuses pour la colonisation:
••• D'après tous les rapports qui m'ont été faits depuis
quelque temps, tant de la part des arpenteurs que de la part
d'autres personnes compétentes, la partie sud de la ri-
vière aux Rats me paraît la plus avantageuse à établir
pour le présent, ainsi que cette partie des terres de la
·Couronne située au-dessus du Township de Caxton, entre la
petite rivière Shawinigan, le St-Maurice et la rivière
Mattawin. 13
12
"Rapport du comité spécial sur la colonisation", (témoignage · de
Alphonse Dubord agent des terres), AJALC, 1862, vol. 19, App. 1.
l3"Rapport du comité spécial sur la colonisation", (témoignage de
Alphonse Dubord), AJALC·, 1860, voL 17, App.. 5, p. 36.
Il faut être prudent quand il s'agit de dégager la part de vérité
des images parfois très idéalisées des régions à coloniser présentées
par les promoteurs de la colonisation. Ces derniers étaient souvent mûs
par des intérêts pécuniaires. En l'occurrence, l'agent des terres rece-
vait une commission sur les ventes de lots. Et dans le cas de Dubord, il
sera conducteur des travaux du chemin du Saint-Maurice. Le commissaire
des terres de la couronne faisait remarquer dans son rapport de 1862 que
plusieurs cantons impropres à la colonisation avaient été subdivisés
sur la base d'indications err0nnées d'arpenteurs et autres, désireux
d'obtenir quelque emploi (DSC, 1863, vol. 21, doc. 5). Mais le projet
du chemin du Saint-Maurice~'il servait des intérêts particuliers ·
était aussi de nature à favoriser réellement la colonisation comme en
font foi certains témoignages de contemporains plus impartiaux.
17
L'agent Dubord affirmait que d'après le nombre de demandes reçues, la
14
plus grande partie de ce territoire serait vendue en quelques mois.
Les affirmations de l'agent des terres sont reprises par d'autres
. t Grp.8sees
personnes :n ' , a' 1 a co l onlsatl0n.
' - 15
Certes, ce territoire situé dans les Laurentides était en bonne
partie montagneux. Mais les vallées des deux rivières renfermaient des
terres qui se prêtaiznt à une agriculture de subsistance telle qu'on la
·
pra t lqualc
'.L d
ailS les"reglons d l Oillsatlon
e co ' .' au 1 e9Slec~e.
'" 16 Au demeu-
rant, la terre n'était pas le seul facteur d'attraction dans les régions
neuves; le bois était aussi recherché que le sol agricole.
Cependant, l~ territoire du chemin du Saint-Maurice faisait partie
du plus riche domaine forestier concédé aux commerçants de bois en
14 Ibid .
15 VOlr
. l e rapport de Richard Lanigan sur le comté de Saint-Maurice,
i n ''Rapport du comité spécial. •• ", AJALC, 1862, et l'opinion du curé de
Sainte-Flore, J.-B. Chrétien, Journal des Trois-Rivières, 13 août 1869,
p.2.
160n sait que des terres le long de la vallée du Saint-Maurice
entre les Piles et La Tuque ont été exploitées à des fins agricoles par
certains entrepreneuLs et quelques colons au 1ge siècle. La qualité du
sol y est comparable à celle des vallées de la Mattawin et de - la ri v ière
aux Rats.
Le géographe Raoul Blanchard s'est d'ailleurs demandé pourquoi
dans l'Est des Laurentides et particulièrement en Mauricie, les établis-
sements ne s':vancaient guère au-delà d'une dizaine de milles du rebord
du boucliei canadien alors que au nord-ouest !a colonisation pén~tre
profondément à l'intérieur. Cf. Le centre du Canada français, Les
Laurentides. Montréal, Librairie Beauchemin, 1947, pp. 448-49.
18
Mauricie. L'obstruction à la colonisation s'y est exercée dès le début,
par l'intermédiaire de l'Etat qui a refusé de favoriser l'accès à ces
territoires. D'abord, le gouvernement n'a jamais voulu faire arpenter
le territoire longeant le parcours du chemin du Saint-Maurice au-delà
des cantons Shawinigan et Caxton, comme le réclamait l'agent des terres
17
Dubord dans ses rapports de 1860 et 1862. De plus, entre 1863 et 1869,
aucune subvention n'a été accordée pour la poursuite des travaux sur ce
. 18
c heml.n. Le projet a donc fait long feu et la route n'a jamais dépassé
le lac Perchaude dans Sainte-Flore.
Dans un autre cas, celui du canton Caxton, l'accaparement de la ma-
jeure partie du territoire par la compagnie de bois d'Hunterstown a énor-
mément retardé sa colonisation. L'agent des terres du Saint-Maurice no-
tait en 1860 que le sol y est de qualité et que ce territoire serait
colonisé depuis longtemps s'il n'avait été la propriété de cette com-
19
pagnie depuis 1835.
A Sainte-Flore et dans la seigneurie du Cap-de-la-Madeleine la
colonisation a aussi été freinée par une politique défavorable de l'Etat.
Ce sont les lourdes charges imposées à l'accession à la propriété foncière
qui ont entravé le peuplement. L'agent des terres écrivait en 1860:
17"Rapport du comité spécial ..• ", AJALC, 1860; "Rapport sur les
chemins de colonisation, Rapport du commissaire des terres de la
Couronne pour 1862", DSC, 1863, vol. 21, Doc. 4.
18
Journal des Trois-Rivières, 13 août 1869, p. 2.
19
"Rapport du comité spécial ..• ", AJALC, 1860.
19
Dans l~ Cap-de-la-Madeleine, l e haut ~rix dans cette
localité empêche les colons de s'y établir. Les gens
établis dans Shawinigan n'ont à payer que 30 centins l'acre,
tandis que leur voisin du Cap, ont à payer une piastre
par acre, outre sept piastres pour procès-'!erbaux (d' arpen-
tage) et une piastre pour le permis d'occupation, plus
l'intérêt pendant 5 ans. La conséquence est qu'il y a
encore un grand nombre de terres à vendre dans cette
10calité. 20
Le prix élevé des terres semblait être le principal obstacle à la coloni-
satien. Selon Dubord, les bonnes terres accessibles situées dans son
agence se vendaient presque aussitôt que mises en vente. Dans la sei-
gneurie du Cap-de-la-Madeleine, au contraire, un quatorzième à peine
· 'bl es ava1ent
d es t erres d 1spon1 . e' te' vend ues. 21 Ces modalités d'appro-
priation du sol préjudiciables aux colons expliqueraient la présence de
plusieurs squatters sur ce territoire. N'ayant pas poursuivi l'enquête
à ce sujet dans les re9istres de la concession des terres, nous ne
saurions dire si ces contraintes se sont exercées sur une longue période.
On peut penser [Link] que le prix élevé des terres à Sainte-Flore ait
entraîné plusieurs révocations de vente de lots, mais ceci reste à con-
firmer. Quoi qu'il en soit, on constate que le territoire a été occupé
au cours des années subséquentes. Voyons comment s'est déroulée cette
occupation dans l'espace et dans le temps.
20 Ibid •
21
"Rapport du comité spéciaL,.", AJALC, 1862.
CHAPITRE II
LA MARCHE DU PEUPLEMENT
La dynamique du mouvement de colonisation est un phénomène dont la
compréhension fait appel à plusieurs composantes du monde rural au 1ge
siècle . Dans ce chapitre nous nous limiterons à mettre en lumière deux
facteurs qui ont joué un rôle déterminant dans la progression spatiale
du peuplement à rL~n~érieur de la paroisse, soit les traits physiques
des diverses parties du territoire et les conditions d'accessibilité de
. l
ces 1 ~eux.
L'occupation du territoire de Sainte-Flore s'est réalisée selon un
rythme et une orientation particulière et à des périodes distinctes au
cours de la seconde moitié du 1ge siècle. Le tableau l rend compte de
la répartition de la population dans la paroisse durant cette période.
Les premiers colons se sont établis dans la plaine du chemin des Piles
et dans la vallée de la -rivière Shawinigan. En 1865 une dizaine
d'années après le début du peuplement, la paroisse comptait environ 93
ménages dont plus de la moitié habitait le rang des Piles. Les autres
IDans un chapitre ultérieur portant sur l'explication des mouvements
migratoires nous analyse~ons certains facteurs éccnomiques et sociaux
qui ont influencé la dynamique de la cclonisation.
21
Tableau l
Répartition des ménages selon les rangs
en 1865, 1874 et 1891.
a b c
1865 1874 l891
N % N % N %
Rang des Piles 50 54 110 53 113 38
Petit Rang 7 2
Rang Petite-Rivière 13 14 47 22 25 8
Rang l de 22 7
d
Shawinigan
Rang et poste de 13 14 15 7 40 13
Grand 'Mère
Rang St-Olivier 11 12 18 9 15 5
Rang Ste-Catherine 4 4 4 2 48 16
Rang St-Alexandre l l 14 7 8 3
Rang St-Ubald l l 3 l
Rang des Hêtres 14 5
Rang St-Théophile 2 6
Ensemble 93 100 208 100 297 100
aTiré de l'Acte de cotisation de la paroisse de Sainte-Flore pour
subvenir aux dépenses nécessaires à la construction d'une église •••
16 juin 1865. Archives de la paroisse Sainte-Flore.
bTiré du Recensement de la population de Sainte-Flore en 1874.
Archives de la paroisse Sainte-Flore.
c Tiré du Recensement de la paroisse de Sainte-Flore pour l'année
1891. Archives de la paroisse Sainte-Flore.
dFait partie du rang de la Petite-Rivière antérieurement à 1891.
22
se partageaient à peu près également entre les rangs de la Petite-
Rivière, de la Grand'Mère et Saint-Olivier. Bénéficiant d'un relief
peu accidenté et d'un sol fertile, ces zones ont donc été colonisées
à bonne heure.
Dix ans plus tard, la population se distribuait de façon pres-
.-
qu'identique, mais les habitants des deux principaux rangs étaient
beaucoup plus nombreux. Le nombre de ménages a doublé dans le rang
des Piles et quadruplé dans le rang de la Petite-Rivière. Une autre
partie du territoire paroissial, le rang Saint-Alexandre, a été ouverte
à la colonisation durant cette période. On y retrouvait 14 ménages en
1874. Le seul autre rang peuplé à cette époque, le rang Sainte-Catherine,
n'a pas quant à lui accru sa population. Ici, le milieu naturel aux
traits plus rudes en a retardé l'occupation.
Entre 1874 et 1891 on observe une nouvelle orientation du peuplement.
La population s'est dirigée vers des rangs antérieurement délaissés. Les
rangs Sainte-Catherine et des Hêtres (concession Sainte-Catherine no. 2)
ont attiré la plus grande partie des nouveaux ménages. Dans le cas du
premier, leur nombre est passé de 4 à 48 et dans le second, inhabité
jusque-là, 14 ménages s'y sont installés. Le rang et le poste de la
Grand'Mère ont reçu 25 nouveaux ménages et en comptaient 40 en 1891.
Le relevé de la population des autres rangs indique que leur occupation
était à peu près achevée dès 1874 et que certains ~aint-Alexandre et
Saint-Olivier) ont perdu des résidents. Durant cette périOde, l a . marche
du peuplement a obéi moins à la recherche de bonnes terres qu'à la néces-
sité d'occuper les zones résiduelles dans la paroisse. En effet, même
23
s'ils étaient peu propices à l'agriculture, ces espaces renfermaient
les seules terres encore disponibles à la colonisation sur le territoire
paroissial. Cette extension du peuplement vers les marges de l'oekoumène
s'est aussi réalisée sous l'impulsion d'activités économiques nouvelles
qui libéraient en partie la population des contraintes physiques du
milieu. Il s'agissait surtout de l'emploi créé par la construction de
l'usine de Grand'Mère dont il sera question dans un chapitre ultérieur.
Cette marche du peuplement s'est dessinée parallèlement à l'ouver-
ture des chemins de colonisation dans la paroisse. Les premiers colons,
nous l'avons vu dans le chapitre précédent, ont souvent ébauché eux-
mêmes les chemins leur donnant accès aux terres, précédant ainsi l'inter-
vention du gouvernement ou de la municipalité. Cette nécessité ajoutée
aux labeurs des premiers défrichements rebutaient cependant bon nombre
de colons de sorte que le rythme d'occupation du territoire en a souffert
considérablement. L'absence de chemins praticables est souvent évoquée
par les contemporains comme le principal obstacle à la colonisation. En
1865 le ministre de l'agriculture du Canada mentionnait dans son rapport
annuel:
Les conducteurs de travaux sont unanime-s à dire ( ••• ) que
le trop-plein de la population des paroisses n'attend que
l'ouverture de chemins pour se fixer sur les nouvelles
terres et commencer le défrichement et que, dans certains
endroits, la jeunesse émigre parce qu'il n'y a pas de
débouchés pour lui permettre d'exploiter avantageusement
les terres qu'elle pourrait acheter •.. 2
L'agent des terres du Saint-Maurice abondait dans le même sens quelques
2
"Rapport sur les chemins de colonisation du Bas-Canada, Rapport
du ministre de l'agriculture de la province du Canada pour l'année
1865", DSC, 1866, vol. XXVI, doc. 5.
24
années auparavant alors qu'il répondait au gouvernement que "les
chemins de colonisation sont si importants pour promouvoir l'établisse-
ment des terres nouvelles que généralement il n'y a pas de colonisation
possible sans cela ( ••• ) Après les chemins, poursuivait-il, je ne vois
au().un moyen plus avantageux pour encourager l'établissement des terres
que l'érection d'une chapelle autour de laquelle vient se greffer de
suite un noyau de colonisation ••• ,,3 Enfin, l'opinion d'un marchand de
Trois-Rivières corrobore celle des deux témoins précédents:
••• La colonisation, selon lui, fait des progrès rapides
partout où il est ouvert des chemins et bien lents et l'on
pourrait même dire qu'elle n'en fait pas du tout, là où il
n'y a pas de chemins, malgré que le cultivateur trouve un
marché facile et rémunérateur pour tous ses produits, dans
presque toutes les parties du territoire du St-Maurice, en
conséquence de l'exploitation du bois. Il faut donc en
conclure que l'absence de chemins est le seul grand obs-
tacle à la colonisation dans le Bas-Canada ••• 4
Parfois les colons commençaient à défricher des lots là où on les
informait qu'une route serait construite incessamment. Ce fut le cas
dans le rang Saint-Alexandre, comme le rapporte le conducteur des
chemins, curé de la paroisse:
••• L'année dernière, j'ai encouragé la colonisation de ce
rang, malgré qu'il n'y eût pas encore aucun chemin de fait,
leur promettant bien de devoir m'intéresser auprès du gou-
vernement ( ••• ) pour leur procurer une route cette année.
Ils ont été encouragés par cette promesse et ont travaillé
activement à ouvrir leurs terres ••• S
3"Rapport du comité spécial. •• ", AJALC, 1862.
4 (Réponse de R. Lanigan), "Rapport du comité spéc ial. •• ", AJALC, 1862.
S"Rapport détaillé sur les travaux exécutés dans les chemins de colo-
nisation durant l'année 1869, Rapport du commissaire de l'agriculture et
des travaux publics de la province de Québec pour les 12 mois expirés le
31 décembre 1869" ~ DSQ, 1869-70, vol. 2, doc. 3, p. 83.
25
Par contre, si le projet de route était incertain, la colonisation
n'avançait guère. Par exemple, dans le rang Sainte-Catherine, le curé
notait que "les progrès sous le rapport du défrichement ne sont pas
aussi considérables, la difficulté de sortie pour ne pas dire l'impos-
sibilité, le doute où l'on était s'il s'ouvrirait un chemin, en sont
6
la cause."
Support indispensable à la colonis.a tion, ces chemins de campagne
ne servaient pas toujours cette cause. Ceci tenait en partie au système
qui régissait la construction de ces voies. Le favoritisme politique
dans l'attribution des subsides gouvernementaux, l'inefficacité des
corvées, l'incompétence des surintendants des travaux rendaient inutiles
maints efforts consacrés à la construction et à l'amélioration de ces
. 7
routes. Ces lacunes entraînaient de sérieuses conséquences pour la
colonisation comme le rapportait l'agent de colonisation A. Barnard en
1874:
Un chemin. dont la nécessité sera pressante et immédiate
dans tout son parcours, n'avancera que d'un mille ou deux
par année et prendra plusieurs années à s'ouvrir; une fois
ouvert, il sera presqu'impraticable. Dans l'intervalle,
les colons auromt été expos.é s aux plus grandes misères et
bon nombre d'entre eux auront quitté le pays pour toujours.
Les parents et amis. de ces colons auront été tenus au cou-
rant de leurs. déboires et bn se gardera bien d'imiter leur
exemple. De fait, la colonisation est aujourd'hui consi-
dérée presque. partout comme un pis-aller auquel fort peu
de cultivateurs songent pour eux-mêmes ou pour leurs
familles ( ••• ) Il est certain que dans l'état actuel des
7Jean Hamelin. et Yves Roby, Histoire économique du Québec 1851-
1896, Montréal, Fides, 1971, p. 148.
26
chemins de colonisation, il est presqu'impossible
de tirer bon profit des magnifiques bois forestiers qui
abondent sur les terres des colons et qui pourtant au-
raient une si grande valeur si l'on pouvait seulement les
apporter sur les chemins de fer ou sur les rivières, sans
des frais exhorbitants. 8
Cette longue citation montre bien les difficultés générées par les défi-
ciences des voies de communication en milieu rural. Non seulement
empêchaient-elles le peuplement et l'occupation durable des territoires
de colonisation, mais elles limitaient aussi considérablement l'activité
économique dans les paroisses.
A Sainte-Flore, le réseau routier s'est élaboré dans de telles
conditions. Son territoire étant caractérisé en partie par un relief
accidenté, cela accentuait les problèmes liés à la construction des
chemins. Les nombreuses plaintes et réclamations dont est saisi le
conseil municipal relativement à l'état des routes témoignent des lacunes
à ce niveau dans la paroisse.
En dépit des carences de la voirie rurale au 1ge siècle, la coloni-
sation du territoire s'est effectuée concurremment au développement de
son réseau routier. A la fin des années 1880, tous les rangs et conces-
sions de la paroisse étaient desservis par des routes. Il a été possible
de situer dans le temps et dans l'espace la plupart des routes et chemins
8
"Rapport de -E.-A. Barnard, Rapport du commissaire de l'agri-
culture et des travaux publics de la province de Québec pour l'année
finissant le 30 juin 1874", DSQ, 1874, vol. 8, doc. 4.
27
9
de front en consultant les procès-verbaux relatifs aux règlements muni-
cipaux régissant l'ouverture et l'entretien des chemins. 10 La requête
des propriétaires demandant qu'un procès-verbal soit dressé peut se
rapporter à une route oont la réalisation a déjà été amorcée par les
premiers occupants d'un rang et viser à en fixer légalement les règles
de construction e~ d'entretien. Elle peut aussi concerner une route nou-
vellement projetée que l'on veut faire ouvrir sous le contrôle de la
municipalité. Généralement, la construction d'un chemin s'amorce peu de
temps après que la règlementation en ait été déterminée dans un procès-
ll
verbal. Ces procès-verbaux permettent de reconstituer assez fidèlement
l'élaboration du réseau routier dans la paroisse et ' partant, de cerner
9 L 'appellation "route" désigne ici spécifiquement les voies de commu-
nication qui relient les rangs entre eux suivant une direction perpendicu-
laire à ces derniers. La route longe habituellement la ligne de division
de deux lots. Le "chemin de front" aussi appelé chemin de rang ou de
cordon traverse la ligne de front de chacun des lots d'un rang. Il
constitue les voies de peuplement. Pierre Deffontaines, "Le rang, type
de peuplement rural du Canada français", Cahiers de géographie, no. 5,
1953, p. 20.
10Archives de la municipalité de la paroisse Sainte-Flore, Registre
pour procès-verbal et répartition de routes. La loi des municipalités
et ' des chemins adoptée en 1855, stipulait que les francs tenanciers d'une
paroisse désirant ouvrir ou améliorer une route devaient procéder à
l'élection d'un surintendant qui avait ]a responsabilité de les réunir
et de consigner dans un procès-verbal le tracé de la route, la distri-
bution des corvées et des cotisations entre les propriétaires. Ce
procès-verbal était homologué par le conseil municipal ou le conseil
de comté. Jean Hamelin, Yves Roby, op. cit., p. 174.
llce fait apparaît lorsque l'on confronte les procès-verbaux de
route avec les rapports annuels des travaux faits sur les chemins de
colonisation, annexés aux rapports annuels du commissaire de l'agri-
culture et des travaux publics. Ces derniers font état des travaux
de parachèvement des chemins règlementés par procès-verbal quelques
années auparavant. Entre les débuts des travaux d'ouverture d'un che-
min et leur achèvement, le procès-verbal prévoit en général deux ans,
mais ce délai atteint parfois quatre ans.
28
les phases et l'extension du peuplement. Voyons ce que nous livre cette
source.
La mise en place du réseau routier de Sainte-Flore telle qu'illus-
trée sur la carte no. 2, s'est déroulée en trois étapes au cours de la
seconde moitié du 1ge siècle. On distingue une première phase amorcée
en 1856 par la construction du chemin des Piles auquel se sont ajoutés
le chemin de la Petite-Rivière en 1860, de même que ceux des rangs
Saint-Olivier, de la Grand'Mèie, Sainte-Catherine et Saint-Ubald, en 1864.
Les parties de ces rangs desservis par le chemin ont été occupées durant
cette période, sauf le rang Saint-Ubald qui n'a jamais été habité.
Une deuxième phase apparaît entre 1868 et 1873. Le rang Saint-
Alexandre de même qu'une autre partie du rang Sainte-Catherine so~t alors
ouverts ~ la colonisation. Par la suite, il s'écoule une période de près
de dix années sans qu'aucun nouveau chemin ou route ne soit aménagé.
Cette interruption dans la mise en valeur de nouvelles zones sur le
territoire paroissial s'inscrit dans une période au cours de laquelle les
crédits gouvernementaux accordés pour les chemins de colonisation su-
bissent d'importantes diminutions. En effet, l'assistance de l'Etat
chute de 65% dans l'ensemble de la province et de 68% dans le comté de
12
Champlain entre 1875 et 1880.
12 Annualre
. ..
statlstlque, lere
' ,
annee, Q'b
ue ec, Bureau d e 1 a s t atlstl-
. .
que, 1914, p. 436.
L'explication de la baisse des dépenses ~ ce chapitre réside sans doute
en premier lieu dans la crise économique qui secoue le Québec ~ cette
époque. De plus, une forte proportion des fonds gouvernementaux a été
eMployée durant cette période pour la construction des chemins de fer,
ce qui a réduit la part allouée aux chemins de colonisation.
29
,
RESEAU ROUTiER DE
,
AU XIXe SIECLE .
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0.1 "O.U o. rO"'If,,,,U('AlIOIl
ÉCHELL E
Sources: plan officiel de la pa roisse Sainte-Flore, comté de Champlain,
Echelle 5 arpents au po uc e .
Registre pour procès-verbaux de routes.
30
La colonisation reprend vers 1885 avec l'occupation de la pJus
grande partie de la concession Sainte-Catherine. Ceci marque
l'extension maximale de l'oekoumène dans la paroisse au 1ge siècle.
Cette description de la marche du peuplement a montré comment
celle-ci a obéi à la géographie des lieux. Les chemins de colonisa-
tion ont été ouverts tôt, là où le territoire se prêtait bien à la
colonisation tant au point de vue de l'accessibilité que ~e l'agricul-
ture. Toutefois, la population s'est concentrée à 75% dans seulement
deux rangs pendant les 25 premières années d'existence de la paroisse.
Au cours des 15 dernières années QU 1ge siècle, elle fut mieux répartie
sur le territoire bien que le peuplement soit demeuré faible sur sept
des dix rangs que comptait la paroisse à la fin du siècle.
CHAPITRE III
L'ECONOMIE RURALE
Ce chapitre vise à présenter les principales activités économiques
auxquelles s'adonne cette communauté rurale au 1ge siècle. A Sainte-
Flore comme ailleurs en Mauricie et dans d'autres régions du Québec
rural de l'époque, l'agriculture et la forêt constituent les bases de
l'économie. La coexistence de ces deux activités dans un même espace
économique forme ce que les historiens ont appelé le système agro-fo-
l
restier. Il ne s'agira pas ici d'analyser les éléments de ce système
ni de vérifier comment ses mécanismes ont joué dans l'espace paroissial,
mais plutôt d'exposer à grands traits les caractéristiques de l'écono-
mie locale.
A. L'agricultur~: Dans les paroisses adossées aux Laurentides, l'ex-
ploitation agricole est grandement défavorisée par le cadre physique
des lieux. La rareté des sols fertiles, le relief accidenté, la tempé-
rature moins clémente imposent à l'agriculture de fortes contraintes.
A l'époque de la colonisation, ces difficultés naturelles se doublaient
l
Pour une interprétation de sa formation et une description de
cette économie, voir Normand Séguin, "L'économie agro-forestière: genèse
du développement au Saguenay au 1ge siècle", Agriculture et colonisation
au Québec ••• , pp. 159-164.
32
de pratiques agricoles déficientes et de l'absence d'infrastructures
essentielles à son développement.
Pour déterminer les conditions physiques du milieu en rapport
avec l'agriculture, nous avonS dressé la carte de potentiel agricole des
sols (carte 3) pour tout le territoire faisant partie de la paroisse
2
à un moment ou à un autre au cours du 1ge siècle.
La plus grande partie du territoire est couverte de sol impro-
ductif ou à productivité moyenne et de quelques minces bandes de très
bons sols. Ces deux dernières catégories sont concentrées dans la
plaine s'étendant le long du chemin des Piles et dans la vallée de la
rivière Shawinigan. Les rangs aux meilleures possibilités agricoles
sont par ordre d'importance, les rangs des ·Piles, de la Petite-Rivière
et premier rang de Shawinigan, les rangs Saint-Alexandre, Saint-Glivier,
de la Grand'Mère et des Hêtres. Les très bOns sols se rencontrent
presqu'exclusivement dans les deux premiers rangs. Toutefois, même les
bons sols sont assujettis à des facteurs limitatifs tels le manque de
drainage, la pierrosité et le relief. Dans ces conditions, l'agriculture
2Le classement des sols a été effectué selon la méthode de la carte
synthèse agricole décrite dans OPDQ, Inventaires bio-physiques du
Québec, La méthodologie du zonage des terres selon leurs potentiels,
Doc. no. 2, juin 1971, 97 p.
Nous avons inclus la classe 6 dans la catégorie c ou faible, alors
qu'elle est comprise dans les terres non agricoles sur la carte syn-
thèse. Ces terres sont jugées impropres à la culture peur une agri-
culture moderne, sauf pour les plantes fourragères vivaces. [Link],
dans le contexte ~e l'agriculture de subsistance pratiquée au 1ge
siècle, ces sols pouvaient servir de base à une exploitation visant
l'auto-consommation.
33
POTENTIEL AGRICOLE DES SOLS
DE SAIN TE - FLORE
.. ..
'
,
1 C .U tT! 3 1
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[Link] ë
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FAIIL! m:l
i ... ~,.QOUC T IF 0
. !CHELL e' " .
Source: Québec, Service de recherche en sols. Classement des sols
selon leurs possibilités d'utilisation agricole (1969),
Shawinigan 31 1/10 Est, 31 1/10 Ouest.
34
évolue dans un cadre physique restreint, ce qui limite grandement ses
possibilités d'expansion.
3
D'après les recensements fédéraux, le dénombrement des exploi-
tants (tableau 2) indique une augmentation du nombre des établissements
agricoles durant toute la période. Mais au fur et à mesure que la
population s'accroît, la proportion de cultivateurs par rapport à
l'ensemble des familles s'abaisse au profit des journaliers, des gens
de métiers et des commerçants. Le pourcentage d'exploitants passe de
95% en 1861 à 76% en 1891. Cette baisse résulte en partie de l'arrivée
d'un grand nombre de journaliers à Grand'Mère après 1887, date de l'im-
plantation de l'usine de la compagnie Laurentide Pulpe En défalquant du
nombre total de ménages ceux qui résident au poste de Grand" Mère, la
proportion d'exploitants remonte à 86 % pou~ l'année 1891. Donc, en
considérant les données des recensements fédéraux, il n'y aurait pas eu
une baisse significative de la proportion d'exploitants agricoles dans
la partie rurale de la paroisse durant cette période.
Toutefois, cette source ne semble pas toujours fiable. A titre
d'exemple, en 1891 le curé évalue à 174 le nombre de ménages de culti-
vateurs contrairement au recensement du gouvernement qui en dénombre 255.
3La définition d'un exploitant agricole peut varier d'un recensement
à l'autre et influer sur les dénombrements. Cependant nous ne sommes
pas en mesure de connaître les différences d'évaluation que ceci aurait
pu occasionner, faute de précision quant à ces définitions. A ce propos
nOus renvoyons le lecteur à l'ouvrage de Normand Séguin et al., L'agri-
culture en Mauricie. DOssier statistique: 1850-1950, Trois-Rivières,
publié par le Groupe de recherche sur la Mauricie, 1979, pp. 21 ss.
35
Tableau 2
Nombre de ménages d'agriculteurs et d'emplacitaires
(1861-1896 )
a
Années Agriculteurs Emplacitaires Ensemble
N % N % N
1861· 55 95 3 5 58
1871· 113 83 23 17 136
1881· 193 90 22 10 215
1884 * 195 95 10 5 205
1887 * 197 90 21 10 218
1889 * 129 41 187 59 316
1891 * 174 58(66) 128(88) 42 (34) 302(262)
1891· 255 76(86) 81 24 336
1892 * 186 66 97 34 283
1894 * 197 70 84 30 281
1896 * 108 36(54) 188(92) 64 (46) 296(200)
aLe nombre d'emplacitaires a été obtenu en soustrayant le nombre d'ex-
ploitants du nombre total des ménages. Le groupe des emplacitaires
comprend aussi des occupants de te'rres qui . ne cultivent pas.
·Informations provenant des Recensements du Canada.
* Informations provenant des rapports annuels du curé.
{)Nombres et pourcentages après avoir soustrait les familles résidant
à Grand 'Mère.
36
Dans ce dernier estimé, le nombre total de ménages résidant dans la pa-
roisse est supérieur de 34 à celui du curé. Même en soustrayant ces 34,
on arrive à un total de 47 ménages agricoles de plus. Considérant la
nature des deux sources, les informations du curé seraient plus adéquates
pour évaluer le nombre réel de cultivateurs, car ce dernier dénombre les
familles habilitées à payer la dîme sous forme de produits agricoles.
D'après cette source, la proportion des ménages agricoles par rapport
à l'ensemble chute considérablement après 1887: ceux-ci, généralement,
représentent alors moins des deux tiers des ménages recensés.
Durant cette période, il y avait donc un nombre plus faible d'ex-
ploitants qui tiraient leur subsistance de la terre. Une fraction im-
portante de cultivateurs auraient abandonné la pratique de l'agriculture
au profit d'activités industrielles et forestières. Ces cultivateurs-
journaliers étaient-ils sur des terres en marge de l'oekoumène agricole
qui ne se prêtaient pas à la pratique d'une agriculture réellement produc-
tive? Ont-ils délaiss~ l'agriculture pour s'adonner à un travail tout
simplement plus rémunérateur? Pour éclairer la question, il importe de
cerner quelques caractéristiques du type d'agriculture pratiqué dans la
paroisse.
Les occupants de terres (tableau 3) de plus de 50 acres sont les
plus nombreux. Tout au cOurs de cette période, ils regroupent plus de
80% de l'ensemble des occupants. En comparaison, les occupants de cette
catégorie dans l'ensemble de la Mauricie constituent environ 70% des
.
exp l oltants d urant ces annees.
' 4 Sur ce plan, la paroisse se démarque
4Normand Séguin, "L'agriculture de la Mauricie et du Québec 1850-
1950", in RHAF, vol. 35, no. 4, mars 1982, p. 546.
37
donc passablement du reste de la région.
Tableau 3
Répartition des occupants de terre
selon l'espace occupé
(1861-1891 )
1861 * 1871 1881 1891
N % N % N % N %
1· à 10 acres 2 1,7 8 4,1 16 6,2
11 à 50 acres 2 3,5 19 16,8 30 15,5 34 13,3
,
51 a 100 acres 25 44,6 42 37,1 59 30,5 101 39,6
101 à 200 acres 19 33,9 39 34,S 66 34,1 75 29,4
Plus de 200 acres 10 17,8 Il 9,7 30 15,5 29 Il,3
Source: Recensements du Canada.
*Pour 1861, les superficies ont été recensées en arpents mais les données
publiées sont présentées en ' acres sans avoir été modifiées au préalable.
Même si nous n'avons pas effectué la conversion, la répartition des
occupants effectuée ici se rapproche passablement de la répartition réelle.
La dimension moyenne des exploitations (tableau 4) diminue de 118
acres en 1861 à 100 en 1891. Ceci représente cependant une trentaine
d'acres de plus que l'exploitation moyenne dans l'ensemble de la Mau-
5
ricie. Mais, l'espace utilisé à des fins agricoles n'accapare qu'une
faible part de la surface occupée. Les terres sont en effet couvertes
5 Ibid ., p • . 547.
Tableau 4
Evolution de l'utilisation du sol
(1861-1891)
Année Surface améliorée Dimension moyenne Espace moyen Espace moyen Espace moyen
moyenne par des terres ensemencé en bois debout pâturage
occupant occupées
acres % (acres) acres % acres % acres %
1861 10,6 8,9 118,9 9,9 8,3 108 91 0,7 0,6
1871 26,2 26,4 99,2 21,5 21,7 72,9 73,5 4,5 4,5
1881 31,8 27,1 117,2 25,7 21,9 85,4 72,8 6 5,1
1891 35,4 35 100,3 25,7 25,6 64,8 64,6 9,5 9,5
Source: Recensements du Canada o
w
co
39
de bois dans des proportions variant de 91% en 1861 à 65% en 1891. La
surface améliorée moyenne (tableau 4) demeure donc très faible tout au
long de la période. L'agriculture n'accapare que 26 acres en 1871, 31
acres en 1881 et 35 acres en 1891, ces superficies formant entre le quart
et le tiers de l'espace occupé moyen. A ce chapitre, la paroisse arrive
derrière la moyenne régionale jusqu'en 1881 alors que cette dernière est
de 39,9 acres, et la rejoint en 1891 au moment où l'espace amélioré moyen
6
se situe à un peu plus de 35 acres. Ceci ne représente encore que 35 %
de l'espace occupé moyen dans la paroisse. Aussi est-il probable qu'à
cette époque, la plus grande partie des terres occupées ne se prêtait
pas à une mise en valeur agricole sur une plus vaste échelle. L'exploi-
tation agricole était donc généralement de petite dimension, ce qui limi-
tait d'autant ses possibilités économiques.
Les surfaces consacrées aux diverses cultures (tableau 5) vont
par ordre d'importance à l'avoine, aux pâturages, au foin, au blé et aux
pommes de terre. Sauf pour le foin, l'espace utilisé pour ces cultures a
7
tendance à diminuer au profit des ,pâturages. La part de chacune de ces
cultures dans l'ensemble de l'espace cultivé est inférieure à celle obser-
8
vée dans l'ensemble des comtés de Champlain et Saint-Maurice sauf pour le
sarrasin et les pommes de terre en début de période.
6 Ibid •
7 .
Cependant, la proportion de l'espace total ensemencé par rapport à
l'espace occupé augmente, passant de 21,7% en 1871 à 25,6% en 1891.
8 Normand Segu~n
" et a 1 ., L" 1ture en
agr~cu "
Maur~c~e. Dossier statis-
tique: 1850-1950 ••• , p. 125 et 159.
40
Tableau ?
Répartition en % de l'espace en culture
(1861-1891)
1861 1871 1881 1891
Foin 14,8 13,3 18,7
Blé 2,1 3 1,9 1,4
Avoine 33,7 20,3
Pomme de terre 10,5 3,1 1,4 1,3
Pâturage 6,9 17,1 19 27
Source: Recensements du Canada.
En examinant . l'évolution de la production moyenne par occupant des
principales cultures (tableau 6), il ressort que seule la production de
foin est en hausse durant toute la période, la plus forte augmentation se
situant entre 1871 et 1881. La production des autres cultures atteint
son maximum en 1881 pour ensuite décliner fortement. Seule la pomme de
terre connaît une baisse continue jusqu'en 1881, puis une légère remontée
en 1891. Les données disponibles relativement à la productivité (tableau
7) reflètent généralement ces tendances de la production. Le curé de la
paroisse atteste cette dégradation de la production lorsqu'il note dans
son rapport annuel à l'évêque en 1891 que "les gens ne récoltent presque
9
plus".
9
Rapport annuel sur l'état de la paroisse de Ste-Flore ••• 1891,
Archives de l'évêché de Trois-Rivi~res. -
41
Tableau 6
Production moyenne par occupant (boisseaux)
(1861-1891 )
1861 1871 1881 1891
Blé 2,3 8,5 8,1 4-
Avoine 90,5 106 173,3 97,8
Fo in (tonne) 1,1 3,2 6 6,6
Pomme de terre 181,2 106,4 64,5 68,1
Source: Recensements du Canada.
Tableau 7
Rendement des principales cultures
(1861-1891 )
1861 1871 1881 1891
Pommes de terre
(boisseau/acre) 160,3 127 147 138
Avoine
(boisseau/acre) 25,1 13,5
Blé
(Boisseau/acre) 10,1 10,6 13 7,7
Foin
(Tonne/acre) ,8 1,4 ,9
Source: Recensements du Canada.
42
Ces résultats traduisent la persistance de pratiques agricoles
traditionnelles qui ne permettent pas de hausser le seuil de produc-
tivité au-delà des possibilités naturelles du milieu. Cette stagnation
serait aussi due à l'occupation de terres moins propices à l'agriculture
à compter des années 1880 ce qui a fait régresser le portrait général de
l'agriculture à partir de cette décennie. Cette dernière constatation
est confirmée par la description de la marche du peuplement présentée
dans le chapitre précédent où nous avons vu que durant la décennie 1880
ce sont principalement les lots situés dans la concession Sainte-Catherine
qui ont été occupés, zone caractérisée par un sol pauvre et un relief
accidenté. Pour compléter ce tableau de l'agriculture, mentionnons que
le cheptel possédé par les exploitants ne s'accroît que très faiblement
entre 1861 et 1891. En fin de période, la répartition moyenne des animaux
par occupant est la suivante: 3,7 bêtes à cornes, 2 vaches laitières,
3,8 moutons, 1,7 porcs et 1,3 chevaux. En cela, la situation de la
lO
paroisse est comparable à celle observée dans la région.
Ce bilan de l'évolution des activités agricoles confirme l'hypothèse
d'une occupation au-delà de la zone agricole viable. Cette occupation
aurait été le fait de colons pour qui l'agriculture tendait à devenir une
activité secondaire devant la nécessité d'aller chercher ailleurs les
ressources d'appoint.
S'il est vrai que cette agriculture dans son ensemble se situe à un
stade peu avancé au cours de la période étudiée, il faut aussi reconnaître
10Normand Séguin et al., L'agriculture en Mauricie. Dossier statis-
tique: 1850-1950 ••• , p. 128 et 162.
43
que la population y a trouvé sa subsistance. Il s'agit d'abord d'une
agriculture axée sur l'auto-consommation: les données présentées plus
haut tendent à le démontrer. Par ailleurs, certains indices suggèrent
l'existence d'activités agricoles orientées vers les marchés. Ainsi,
l'importance de la culture de l'avoine malgré le faible nombre d'animaux
à nourrir laisse deviner que cette production était destinée principale-
ment au marché, en l'occurrence les chantiers d'abattage du bois. L'état
actuel de notre documentation ne permet pas de juger de l'importance de
ll
ce commerce entre les cultivateurs et les entrepreneurs forestiers.
Tout de même, quelques informations en attestent la pratique.
Le chemin des piles a longtemps été le principal axe de pénétration
vers les territoires de coupe forestière; Sainte-Flore formait le dernier
établissement d'importance avant d'atteindre le haut Saint-Maurice. Elle
bénéficiait ainsi de la proximité des marchés forestiers. Ceci consti-
tuait un avantage certain, car les coûts de transport étant moindres,
les cultivateurs pouvaient vendre leurs produits à un prix inférieur,
tout en profitant des prix élevés offerts par ces marchés éloignés des
paroisses agricoles. Cet avantage est mis en lumière dans certains
articles traitant de l'essor de la colonisation dans la paroisse. Ainsi
le Journal des Trois-Rivières mentionnait en 1869: "Les cultivateurs
ne sont nullement en peine d'écouler leurs produits, en les vendant même
à des prix beaucoup plus élevés que ceux de notre marché. Les chantiers
sont pour les habitants de Sainte-Flore un excellent débouché et généra-
llCertains marchés d'approvisionnement ont pu faire l'objet de contrats
notariés. Un relevé systématique de tels contrats permettrait d'identifier
certains individus plus engagés dans ce commerce mais ne révélerait pas
pour autant l'lmportance de ces débouchés pour l'ensemble des agriculteurs.
44
lement, ils vendent leurs grains 12 à 15 sols plus chers qu'on les vend
..
lC1 •••
"12
Cette agriculture, orientée ·principalement vers l'auto-consommation,
n'en est donc pas pour autant coupée du marché. Elle est aussi, de ce
fait, soumise aux aléas des crises cycliques qui affectent le secteur éco-
nomique de la forêt. Par ailleurs, ce débouché a pu être entravé par
l'ouverture du chemin de fer des Piles en 1880, qui déplaçait du côté est
de la rivière la voie de pénétration du haut Saint-Maurice. Mais l'essor
de Grand'Mère, consécutif à l'implantation de la Laurentide Pulp Co., a
engendré une nouvelle demande pour les produits agricoles. Bien que
l'absence de données pour l'année 1901 ne permette pas de voir comment
l'agriculture s'est ajustée à ce nouveau marché, on peut penser qu'il a
contribué nettement à amorcer le mouvement de spécialisation et de moder-
nisation des exploitations agricoles.
L'apparition d'associations travaillant à l'avancement de l'agri-
culture annonce les débuts de ces transformations. Ainsi, la Société
d'agriculture et le Cercle agricole sont fondés à Sainte-Flore après
1887. Ces mouvements ne semblent pas avoir suscité l'intérêt des culti-
vateurs plus tôt au 1ge siècle, comme ce fut le cas dans d'autres pa-
13
roisses des comtés de Champlain et de Saint-Maurice. Selon nos infor-
12
Journal des Trois-Rivières, 7 décembre 1869, p. 2, col. 1-2.
l3En 1877, 13 paroisses du comté de Champlain et 7 du comté Saint-
Maurice ont des souscripteurs à leurs Sociétés d'agricultures respecti-
ves. "Rapport général du commissaire de l'agriculture et des travaux
publics de la province de Québec pour l'année finissant le 30 juin 1877",
DSQ, 1877-78, Vol. 11, doc. 4.
45
mations, il n'y aurait pas eu de responsable de la Société d'agricul-
14
ture à Sainte-Flore avant 1888. Le Cercle agricole ne fut organisé,
15
sous la présidence du curé de la paroisse, qu'en 1894. Malgré le
manque d'encadrement, certains agriculteurs ont tout de même participé
au mouvement de spécialisation dans l'industrie laitière, amorcé vers
la fin du siècle au Québec et dans la région. En 1893, la paroisse
comptait trois fromageries et en 1898, une beurrerie, trois fromageries
. f romager1e.
et une' b eurrer1e- . 16
A la lumière de ces faits, il ne serait pas faux d'affirmer que
l'apparition d'un marché d'importance à proximité a été l'élément cata-
lyseur des transformations de l'agriculture à Sainte-Flore.
B. L'exploitation forestière: Si les paroisses de colonisation étaient
souvent localisées sur des territoires peu propices à l'agriculture,
elles renfermaient par contre de riches forêts qui ont été largement ex-
ploitées au 1ge siècle. Ce fut le cas à Sainte-Flore où le bois a toujours
17
joué un rôle important dans l'économie locale.
14
Cette année-là, le secrétaire-trésorier de la paroisse en est le
directeur, Journal des TroiS-Rivières, 2 janvier 1888, p. 2.
15" Rapport du comm1ssa1re
' . d
e l ' agr1cu
. l ture et de l a co l ' .
on1sat10n de
la province de Québec pour 1894", DSQ, 1894-95, vol. 28, doc. 2.
16"12ème rapport annuel de la société d'industrie laitière de la
province de Québec pour 1893, Liste des fabriques de beurre et de fromage
de la province de Québec", DSQ, 1893-94, vol. 27-28, doc. 2; "16ème
rapport annuel de la société ... pour 1897", DSQ, 1899, vol. 32, doc. 3B.
17 Les diverses formes d'exploitation forestière ne peuvent être
étudiées au niveau local faute de sources. Nous n'allons ici que les
décrire brièvement.
46
L'exploitation forestière se développe d'abord à la suite de la
demande pour le bois équarri, puis pour le bois scié, à partir du milieu
du siècle et du bois à pâte vers 1890. La coupe de bois s'effectuait
sur les terres publiques ou privées par des entrepreneurs forestiers ou
des cultivateurs.
Le travail en forêt consistait pour certains à s'engager au service
des entrepreneurs ou de leurs sous-traitants oeuvrant e~ haute Mauricie.
Plusieurs cultivateurs, surtout les jeunes célibataires allaient y
travailler l'automne après les travaux agricoles. Bien que le rec~nsement
des chantiers du haut Saint-Maurice en 1861 ne dénombre qu'un seul rési-
dent de Sainte-Flore, il est probable que plusieurs d'entre eux travail-
laient aux chantiers dans la paroisse même ou à proximité. Quelques
témoignages en effet confirment l'existence de chantiers dans la paroisse
au 1ge siècle. En 1869, le Journal des Trois-Rivières rapportait que
"pendant l'hiver, les habitants (de Sainte-Flore) pouvaient eux-mêmes
faire chantier pour les commerçants de bois et il y en avait plusieurs
qui, chaque automne, entreprenaient de faire un nombre considérable de
billots. Quand arrivait le printemps, ils se trouvaient avoir en main
une somme assez ronde qui les aidaient beaucoup dans la culture et le
18
défrichement de leurs terres." La même année, le curé mentionnait
"qu'il y aurait encore des chantiers non loin des chemins."19 Un autre
l8Journal des Trois-Rivières, 7 décembré 1869, p. 2.
19"Rapport détaillé sur les travaux exécutés dans les chemins de
cOlonisation durant l'année 18 -6 9", "Rapport du commissaire de l' agri-
culture et des travaux publics de la province de Québec pour les 12
mois expirés le 31 décembre 1869", DSQ, 1869-70, vol. 2, doc. 3.
47
20
conducteur notait encore la présence de chantiers en 1888. L'arrivée
de la Laurentide Pulp en 1887 a donné un nouvel essor à l'exploitation
forestière qui subissait alors les contrecoups de la crise économique
amorcée en 1873 et du déclin de la demande de bois scié. Cette industrie
créa un marché pour les résineux de plus faibles dimensions utilisés dans
la fabrication de la pâte de bois, d'autant plus qu'à ses débuts la com-
21
pagnie s'approvisionnait en bois chez les cultivateurs.
Les fermes comportaient, nous ' l'avons vu, une grande superficie de
terres en bois debout dont certaines renfermaient des essences recher-
chées sur les marchés. Les cultivateurs les exploitaient à des fins
domestiques ou commerciales. Le recensement fé~éral de 1871 donne la
production de bois de chaque occupant de terre (tableau 8). On peut
présumer que pour la majorité des exploitants, ce bois provenait des lots
de ferme. Cette année-là, 93 exploitants ou 82% ont coupé du bois sur
leurs terres. De ceux-ci, 62% ont fait plus de 100 billots et 25% plus
de 500. Trois occupants désignés comme "contracteurs", ont une production
qui atteint pour l'un 4 200 billots et pour les deux autres, l 400 chacun.
Le grand nombre d'occupants de terre qui s'adonnent à l'exploitation fo-
restière démontre l'existence de plusieurs chantiers dans la paroisse ou
dans les environs donnant du travail à plusieurs hommes.
20"Réponse à un ordre de l'Assemblée législative en date du 7 mars
1890 pour une copie de toutes requêtes, correspondance et recommandations
faites au sujet des octiois de colonisation dans le comté de Champlain
depuis le 1er février 1887 ••• ", OSQ, 1890, vol. 23, doc. 230.
21
Auguste oésilets, La Grand'Mère •.• , p. 46.
48
Tableau 8
Production de bois sur les fermes en 1871
Bois équarri No. de producteurs Billots No. de producteurs
Pieds cubes
500 et moins 19 Moins de 100 30
Plus de 500 14 100 - 500 32
Plus de l 000 6 plus de 500 26
Total 39 TOtal 88
Nombre total d'occupants de terres ayant tiré du bois de leurs lots: 93
ou 82,3%.
Source: Recensement du Canada (manuscrit).
La forêt était également exploitée pour le bois de chauffage dont la
demande s'accroissait avec l'essor des villes. Ce commerce s'est déve-
loppé principalement après l'arrivée du chemin de fer qui permettait de
transporter le bois vers des marchés plus éloignés. Sous ce rapport,
Sainte-Flore était défavorisée au 1ge siècle à cause de l'éloignement
,
des l 19nes f errOV1a1res.
. . 22 Au de'b ut des annees
' 1 880, l a fabr1cation
. de
charbon de bois aux Grandes-Piles amena une exploitation plus intensive
des / bois francs sur les terres. A cette époque, les habitants de Sainte-
Flore ont aussi exploité l'écorce de pruche utilisée dans l'industrie de
la tannerie. Le bois de pruche était vendu pour la fabrication de dormants
22
Ce type d'exploitation ne pouvait Se faire avantageusement qu'à 7
ou 8 milles au plus des voies ferrées ou des routes principales, cf.
La vallée du St-Maurice et les avantages qu'elle offre à la colonisation,
Ottawa, 1887.
49
de chemin de fer pour lesquels il y eut une forte demande lors de la
construction de la ligne des Basses-Laurentides durant les décennies
23
1880 et 1890.
C. Industries, commerces et chemins de fer: Les ressources naturelles
du milieu favorisèrent l'implantation de quelques industries à Sainte-
Flore au cours du 1ge siècle. Les rivières qui sillonnaient la pa-
roisse renfermaient des sites propices à l'installation de scieries.
La première fut construite vers 1856 sur la rivière Shawinigan, la
seconde le fut dans la décennie 1860, sur la rivière Grand'Mère et une
troisième fut mise en activité par la Laurentide Pulp Co. sur le site de
l'usine en 1887. Les chiffres de la production de ces scieries, connus
pour les années 1861 et 1871, montrent qu'elles étaient des entreprises
de faibles dimensions. Celle identifiée en 1861 sur la rivière Shawinigan
ne sciait que 200 billots, n'employait qu'un homme et ne fonctionnait qu 'un
mois par an. En 1871, l'une sciait 500 billots, employait trois hommes et
fonctionnait durant six moisi l'autre sciait l 200 billots, employait deux
"
hommes et f onc1aonnalt d uranli:. sept mOlS.
. 24
La paroisse ne fut dotée d'une véritable usine qu'avec l'implantation
25
de la Laurentide Pulp Co. par John Forman en 1887. Ce dernier, voyant
23ASTR , Thomas Boucher, (Histoire de Grand'Mère) , (manuscrit), p. 28,
Dossier F 3, G- 27.
24 René Hardy et al., L'exploitation forestière en Mauricie . Dossier
statistique 1850-1930, Trois-Rivières, Groupe de recherche sur la Mauri -
cie, 1980, pp. 98, 103, 104.
25
Sur l'histoire de cette entreprise, voir Jorge Niosi ,"La Laurentide
(1887-1928): pionnière du papier journal au Canada" 1 RHAF, vol . 29, no. 3,
(déc. 1975), pp. 375-415.
50
les possibilités d'utilisation des chutes de Grand'Mère sur le Saint-
Maurice comme force motrice, chercha à établir une usine de pâte de
bois à partir de 1882. Il fonda alors la Canada Pulp Co. L'entreprise
amorça les travaux d'aménagement des chutes et embaucha de 30 à 40
hommes principalement de Sainte-Flore entre 1882 et 1883. Mais elle
26
connut la faillite un an après sa fondation. Une nouvelle compagnie
fut formée quatre ans plus tard et les travaux d'aménagement des chutes
et de l'usine furent alors terminés. Plus de 300 hommes recrutés sur-
tout dans la paroisse et aux environs furent embauchés. Malgré la dureté
du travail, les journées de plus de dix heures, les salaires des jour-
naliers ne dépassaient pas un dollar et demi par jour. Néanmoins, pour
la main d'oeuvre locale, cela représentait à l'époque une source de
revenus encore inégalée. En usine, la compagnie employait 75 hommes
27
et versait environ $50 000 en salaires. En 1897 l'entreprise connut
une nouvelle expansion lorsque l'on commença à fabriquer du papier et
que la capacité hydro-électrique du barrage fut augmentée. Au début,
plus de 400 travailleurs furent embauchés et l'année suivante, 1 300
"
h ommes y trava1"Il a1ent. 28 En 1901 la ville de Grand'Mère comptait au
total trois établissements industriels qui ensemble employaient 971
29
personnes et versaient $329 900 en salaire.
26
Auguste Désilets, op. cit., p. 38.
2 7 lb id ., p. 50.
28 lb id., p. 59.
29pierre Lanthier et al., L'industrialisation de la Mauricie,
DOssier statistique et chronologique: 1870-1975, Trois-Rivières, U.Q.T.R.,
Groupe de recherche sur la Mauricie, 1981, p. 40.
51
Sous l'impulsion de cette nouvelle activité économique, le commerce
local connut un essor important. Alors que la paroisse ne comptait pas
30
plus de trois commerçants jusqu'en 1881, on en dénombrait dix en 1889.
Les nouveaux besoins d'une partie de la population composée de journa-
liers, de gens de métier et d'agriculteurs plus prospères entraînèrent
la disparition partielle de l'économie de subsistance au profit d'une
économie axée davantage sur l'échange marchand.
A la fin du siècle, l'économie locale bénéficia de l'amélioration
du réseau de chemins de fer. Vers 1898 en effet, la paroisse fut des-
servie par la ligne des Basses-Laurentides qu~ reliait Saint-Jérôme au
Lac Saint-Jean en passant par Joliette et Rivière-à-Pierre. En plus
d'ouvrir ;de nouveaux marchés pour les produits agricoles et autres, la
construction de ce chemin de fer eut un impact sur l'économie locale en
fournissant du travail à plusieurs journaliers de la paroisse et des loca-
lités environnantes au cours des années 1890. Auparavant la ligne la
plus rapprochée de Sainte-Flore était le chemin de fer des Piles terminé
en 1880 lequel passait au lac à la Tortue situé à environ cinq milles à
l'est du village. Cette voie fut prolongée en 1891 jusqu'au Saint-
Maurice et passait en face de l'usine Laurentide.
Ce survol de l'économie met en relief les principales ressources de
cette communauté rurale durant la seconde moitié du 1ge siècle. L'agri-
culture, . aux prises avec des obstacles naturels tenant à la géographie,
évoluait dans un cadre étroit ne permettant qu'un faible niveau de produc-
30Marchand et Frigon (ed.) Almanach des adresses des Trois-Rivières,
Nicolet, Louiseville et Arthabaskaville, 1889-90. Trois-Rivières, 1889,
p. 193.
52
tivité. Seuls les exploitants localisés sur les étroites bandes de
bons sols disséminées le long de certains rangs pouvaient pratiquer
une agriculture plus productive. Ces derniers ont pu bénéficier des
marchés forestiers et, à la fin du siècle, d'un marché local à Grand'
Mère pour vendre leurs produits. Pour la majorité des cultivateurs, la
coupe du bois sur leurs terres a été une source de revenu complémentaire.
Pour certains, le travail dans les chantiers a pu jouer le même rôle,
alors que pour les résidents ne s'adonnant pas à l'agriculture, cette
activité a pu constituer leur principal travail. Par ailleurs, l'im-
plantation de la Laurentide pulp Company a stimulé l'exploitation
forestière en général en plus de fournir de l'emploi à bon nombre de
résidents à l'usine même. L'arrivée de l'industrie du papier a marqué
le début de l'urbanisation de Grand'Mère et jeté les bases d'une économie
plus diversifiée, axée davantage sur les marchés.
DEUXIEME PARTIE
LA POPULATION
54
Un courant récent de l'historiographie québécoise s'intéresse à la
démographie historique. Appliquée d'abord à l'étude du Québec dans son
ensemble, cette discipline a été mise à profit par la suite pour étudier
en profondeur les sociétés régionales. En ce domaine, le groupe de
recherche sur le Saguenay a principalement ouvert la voie. Son enquête
a mis en évidence des phénomènes de population jusque-là insoupçonnés
qui jettent un nouvel éclairage sur le comportement des populations en
régions de colonisation. Ces recherches ont démontré l'importance de
l'approche démographique pour interpréter adéquatement l'histoire des
régions rurales du Québec.
Nous avons utilisé cette approche dans notre recherche sur la paroisse
de Sainte-Flore. A l'aide des sourCes habituellement consultées dans ce
type d'étude, c'est-à-dire les dénombrements religieux, les recensements
décennaux et les registres d'état civil, il a été possible de dresser une
série de statistiques qui permettent de saisir l'état et le mouvement de
la population durant la période étudiée.
Notre but n'est pas une analyse en profondeur des dynamismes démo-
graphiques de cette ~pulation, mais plutôt de cerner quelques éléments
qui, mis en relation avec notre compréhension de l'agriculture et de la
colonisation, éclaireront mieux les structures de cette communauté rurale
du siècle dernier. Les effectifs démographiques, les tendances du mouve-
ment naturel et les courants migratoires feront l'objet de notre étude.
CHAPITRE IV
LES EFFECTIFS DEMOGRAPHIQUES
A. Les sources: Le dénombrement des individus a été tiré des recense-
ments religieux et gouvernementaux. Les premiers se retrouvent dans
trois sources émanant de la paroisse: le cahier des âmes, le rapport
l
annuel transmis à l'évêché et le procès-verbal de la visite épiscopale.
Dans cette étude, la source principalement utilisée est le cahier des
âmes. Dressé lors de la visite paroissiale, il se présente comme une
liste nominative de la population de la paroisse et des dessertes dont le
territoire est limitrophe. Ces listes n'ont pas toutes la même présen-
tation tout au long de la période. Certaines ne rapportent que les noms
des chefs de famille ainsi que le nombre d'enfants et de communiants dans
2
chaque famille. C'est le cas pour les années 1867, 1874 et 1878. D'autres
recensent tous les membres d'une même famille indiquant le prénom et l'âge
de chacun d'entre eux. Ce sont les listes de 1880, 1886, 1891, 1896 et
1897. La population est parfois énumérée suivant le rang ou le chemin de
lPour une description détaillée des sources religieuses, voir Jean Roy
et al., Les populations municipales et paroissiales de la Mauricie.
Dossier statistique: 1850-1971, Publication du Groupe de recherche sur
la Mauricie, U.Q.T.R., 1980, (Cahier no. 3) et Gérard Bouchard, Michel
Bergeron. "Les rapports annuels des paroisses et l'histoire démographique
saguenayenne: étude critique", in Archives, vol. 10, no. 3 (déc. 1978),
pp. 5-31.
2
Le terme famille utilisé dans ce texte désigne un ménage, c'est-à-
dire toute unité domestique pouvant être constituée par un ou des céliba-
taires, un couple, une famille élargie ou plusieurs familles.
56
résidence des paroissiens. Chacune des divisions paroissiales est
alors identifiée au début de l'énumération. Cette présentation se
retrouve en 1874, 1891, 1896 et 1897. Il est à noter que les familles
sont toujours recensées à la suite selon l'ordre d'occupation du rang,
sauf en 1886 où la liste est dressée par ordre alphabétique.
A la suite de la visite paroissiale, le curé transmet à l'évêché
un rapport annuel où sont consignés, entre autres, les résultats du
3
dénombrement de la population, individus et familles. Nous les avons
utilisés pour les années où le cahier des âmes n'était pas disponible.
D'autre part, les recensements décennaux du Canada publiés depuis 1851
renseignent sur la population totale des localités ainsi que le nombre
, 4
de menages.
Confrontées, les données de ces diverses sources ·ne concordent pas
toujours. Cela tient à la datation des recensements et au territoire
qu'ils recouvrent. Voyons de plus près ces discordances.
1) L'année de référence des recensements: Les chiffres provenant
des rapports annuels et des rapports de visite pastorale sont disponibles
pour les années 1871, 1874, 1875, 1878, 1884, 1887, 1889, 1890, 1891,
1892, 1894, 1896. Ce sont les années indiquées dans les rapports. Or,
ces chiffres représentent la population de la paroisse au premier
3Le terme famille utilisé dans le rapport annuel désigne en réalité
les ménages comme nous avonS pu le constater en confrontant ces données
avec celles du cahier des âmes.
4LeS termes famille ou ménage sont utilisés selon les années dans les
recensements décennaux; mais une vérification faite à partir des listes
nominatives indique que ce sont des ménages qui sont recensés.
57
janvier de l'année en cours, à partir de 1877. Ils sont donc valables
pour l'année antérieure.
Une autre observation nous amène à conclure dans le même sens.
En effet, l'examen des années inscrites sur les listes nominatives
provenant du cahier des âmes nous confronte au même problème. L'en-
tête de ces recensements indique l'année et le mois au cours duquel la
liste a été confectionnée, par exemple, "Recensement de la 'paroisse de
Ste-Flore pour l'année 1891, fait en janvier". Pour vérifier de quelle
année il s'agissait, nOUS avons tiré des registres d'état civil certains
noms de personnes décédées durant l'année d'un recensement paroissial et
tenté de les jumeler aux individus inscrits sur cette liste. Ainsi,
lorsqu'une personne décédée en mai 1891 apparaît sur la liste de 1891,
on peut conclure que ce recensement a été fait en janvier 1891 et non en
1892. A la suite de ces vérifications, nous avons constaté que l'année
indiquée sur un recensement est celle de sa rédaction. Comme la plupart
des listes nominatives des dénombrements religieux ont été confectionnées
en début d'année, entre janvier et avril, nous avons donc' adopté comme
5
année de référence l'année antérieure à la rédaction du recensement.
Cette mise au point est essentielle pour utiliser les données exactes
dans le calcul des taux de natalité et mortalité et dans le calcul des
soldes migratoires. En ce qui a trait aux recensements du Canada, étant
donné qu'ils ont aussi été faits en début d'année, en janvier ou avril,
nous avons adopté la même règle.
5Ceci ne vaut pas pour les recensements datés de 1880, 1896 et 1897
pour lesquels l'année indiquée est bien l'année de référence.
58
2) Le cadre territorial: Certains écarts importants observés entre
les chiffres de population rapportés dans les diverses SOurces pour une
même année provi~nnent fort probablement de la non concordance des limites
du territoire recensé. Prenons les cas séparément et examinons le terri-
toire correspondant à chaque recensement.
En 1861, le district de recensement comprend I~'établissement extra-
paroissial de Ste-Flore". La paroisse n'étant pas encore érigée canoni-
quement, il est difficile de connaître précisément les limites de ce
district. On peut supposer cependant qu'il est à peu près identiqu~ dans
sa partie habitée, au territoire érigé en paroisse en 1863.
En 1867, le dénombrement du curé comprend, en plus des habitants de
la paroisse, ceux du premier rang du canton Shawinigan faisant partie de
la paroisse de Saint-Boniface, mais desservis aux fins religieuses par
6
Sainte-Flore. Comme ce dénombrement ne donne pas la population selon
les rangs, il était impossible d'évaluer avec précision le nombre de
personnes résidant dans cette partie de Saint-Boniface. Cependant, en
jumelant ce dénombrement avec le recensement fédéral de Saint-Boniface
de 1871, il est apparu que 9 familles groupant 32 personnes de cette
localité avaient été recensées à Sainte-Flore.
Pour l'année 1871, les deux données disponibles ne concordent pas.
L'une provenant du recensement fédéral fait en avril 1871 représente
la population comprise dans les limites de la municipalité de la pa-
6Certaines mentions dans les registres d'état civil révèlent qu'une
partie de la paroisse de Saint-Boniface est desservie par Sainte-Flore.
59
ÉVOLUTioN TERRi TORi ALE /
DE SAiNTE-FLORE
/ /
AU XIX. SI ECLE
-
/
... .................. /
... /
/
/
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1• • •• ,
'.TAC".'M ' •• o~
. ÉC MEl..L E ' TI
60
roisse de Sainte-Flore. Ce territoire coïncide avec celui de la paroisse
"
re l 19le use. 7 L'autre, tirée du rapport annuel du curé présenté à
l'occasion de la visite épiscopale du 3 et 4 juillet 1871, fait état de
la population de la paroisse telle que recensée probablement dans le
courant de l'hiver. Toutefois, il est fort plausible que ce dernier
dénombrement inclue la population des missions situées le long du Saint-
Maurice et celle du premier rang du canton Shawinigan. Ce qui expli-
querait la surévaluation de 300 personnes dans ce rapport.
On note aussi une discordance dans les résultats des dénombrements
de 1874. Celui du cahier des âmes renferme en plus de la population
paroissiale celle d'une partie du premier rang du canton Shawinigan
détachée de Saint-Boniface et annexée à Sainte-Flore par le décret du
8 9
25 septembre 1874 et ce, même si le recensement est antérieur au décret.
Le rapport annuel indique une population supérieure de plus de 200 âmes.
L'inclusion des missions dans ce dernier expliquerait également cet écart.
7D'apr~s le "décret d'érection canonique de la paroisse de Sainte-
Flore" du 27 octobre 1862 et le "décret d'érection civile de la munici-
palité de la paroisse de Sainte-Flore" du 17 janvier 1863, Archives pa-
roissiales de Sainte-Flore.
8c . E . Deschamps, Municipalités et paroisses de la province de Québec,
Québec, Imp. Léger Brousseau, 1896, p. 1195. Pour connaître les
mutations territoriales, voir la carte no.4.
9 .
Le recensement localise cette population dans le rang ou chemin de
de la Petite-Rivi~re dont une partie du tracé passe dans le rang Saint-
Anatole qui est compris dans Sainte-Flore. Pour identifier les résidents
de cette partie du chemin de la Petite-Rivi~re compris dans le premier
rang du canton . Shawinigan, il a fallu jumeler la liste du curé avec le
recensement fédéral de la paroisse Saint-Boniface de 1871. Ainsi, 21
familles regroupant 131 personnes résidaient dans la partie du premier
rang de Shawinigan appartenant à Saint-Boniface, mais desservie par
Sainte-Flore.
61
Pour les années subséquentes, les chiffres provenant du cahier des
âmes renferment, en plus de la population de Sainte-Flore, les habitants
desservis aux fins religieuses par le curé de cette paroisse et localisés
dans la partie non annexée du premier rang du canton Shawinigan. Ce terri-
toire sera détaché de la paroisse Saint-Mathieu et intégré à Sainte-Flore
10
en 1887.
La paroisse subit une autre modification territoriale en 1885, alors
qu'elle est amputée dans sa partie nord au profit de Saint-Jacques-des-
ll
Piles. Environ 200 personnes seraient impliquées dans cette mutation.
Notons finalement que les dénombrements du cahier des âmes de 1878 à
·
1897 ne comprennent pas 1a popu1 at~on d es ..
m~ss~ons
d ' . 12 et
u Sa~nt-Maur~ce
10C.E. Deschamps, op. cit. p. 1195. Ce territoire comprend les lots
no 40 à 55 du premier rang du canton Shawinigan. Nous avonS évalué ses
occupants en jumelant les noms recensés dans le cahier des âmes en 1880
avec ceux du recensement fédéral de la paroisse Saint-Mathieu fait en l88l.
Dix familles regroupant 44 personnes ont été repérées dans cette partie du
rang pour cette époque.
Il
C.E. Deschamps, op. cit., p. 467. Ce nombre a été estimé de la fa-
çon suivante. Nous avons jumelé les noms des chefs de familles inscrits
au recensement fédéral de Sainte-Flore en 1881 avec ceux du dénombrement
xeligieux de 1886. Cette opération a fait apparaître un groupe de 36 fa-
milles, soit 188 personnes, toutes recensées les unes à la suite rles autr~s
en 1881 et qui ne se trouvaient plus dans Sainte-Flore en 1886. Nous som-
mes venuS à la conclusion qu'il s'agissait du groupe impliqué dans le dé-
tachement de 1885.
l2ces missions qui ont pour noms les Piles, Mékinac, Mattawin, Ri-
vière-aux-Rats, La Pêche, Les Chenaux, La Tuque et La Croche, semblent
avoir été desservies par Sainte-Flore jusque vers 1885, alors qu'elles
deviennent à la charge du curé de Saint-Jacques~es-Piles. Pour s'assurer
que ceS missions n'étaient pas recensées à Sainte-Flore, nous avons tenté
de jumeler quelques noms d'individus apparaissant dans les registres
d'état civil de Sainte-Flore et désignés résidents de ces missions, avec
ceux des dénombrements paroissiaux. Dans tous les cas, le jumelage s'est
avéré négat i f .
62
que le rapport annuel de 1896 exclut la population de Grand'Mère alors
13
que ce territoire fait partie de Sainte-Flore jusqu'en 1898. Il faut
avoir recours aux cahiers des âmes pour évaluer cette population. Nous
y constatons que le détachement de Grand'Mère entraîne une perte de
l 334 habitants.
Les dénombrements contenus dans le cahier des âmes couvrent du
début à la fin de la périod~ tous les territoires qui seront annexés
à la paroisse au 1ge siècle. En raison de l'uniformité du territoire
recensé, nous les utiliserons pour l'analyse de l'évolution démogra-
phique de la paroisse. Cela étant, les seules mutations territoriales
dont il faudra tenir compte pour évaluer correctement la population totale
seront l'amputation de 1885 au profit de Saint-Jacques-des-Piles et celle
de 1898 au profit de Grand'Mère. Pour ce qui est des autres sources,
elles seront utilisées pour compléter la première lorsque leur exacti-
tude le permettra.
B. La croissance de la population: Le peuplement de Sainte-Flore amorcé
au cours des années 1850 est rapide et continu jusqu'en 1877. Survient
ensuite une période de stagnation d'une dizaine d'années, précédant une
forte ascension qui se poursuivra jusqu'à la fin du siècle. Seule une
brève période de baisse entre 1890 et 1892 interrompt le mouvement. Illus-
trée sur la figure l, cette courbe démographique prend un autre aspect
13 Le 15 janvier 1898, la loi 61V, c 61 proclame la création du village
de Grand'Mère, voir Odessa Piché, Municipalités, paroisses, cantons, etc •••
de la province de Québec, de 1896 à 1924, Québec, Ministère de la coloni-
sation des mines et des pêcheries, 1924, p. 165.
63
Figure l
Sainte-Flore et Grand'Mère, courbe de la population totale
(1860-1901)
3600
3300
3000
2700
,.
2400
,
1
,
2100 1 .....~.c.1?J , , ',, "
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1200 , -- --~ --- - -- -.....'
,,
,,
900 ,,
, ,,
,,
,,
600
,,
,
,,
300
,,
18&0 1170 1810 1890 1900.
64
lorsque la population du poste de Grand'Mère est défalquée de celle de
l'ensemble de la paroisse. La courbe de Grand'Mère est presque verti-
cale ce qui reflète un fort accroissement de la population dans un laps
de temps très court. Par contre, la population de la paroisse, sans
Grand'Mère, présente une courbe moins accentuée qui indique bien toute
l'importance du nouveau village industriel dans cette croissance démo-
graphique.
L'examen détaillé des tableaux 9 et 10 donne une image plus précise
de cette croissance démographique.
Le recensement fédéral de 1861 dénombre dans la zone de Sainte-
Flore, 315 habitants plus 51 travailleurs forestiers. Six ans plus tard,
la population a plus que doublé. Entre 1867 et 1874, bien que moindre
que celle des années précédentes, la croissance est tout de même forte,
419 nouveaux habitants, soit une hausse de 62,6%. Au cours des sept
années suivantes, l'augmentation est beaucoup plus faible et ne dépasse
pas 180 personnes. La paroisse renferme alors l 268 habitants. Entre
1881 et 1886, la population totale reste quasi stationnaire en raison de
la perte d'environ 200 habitants dans la mutation territoriale de 1885.
Cependant, si l'on fait abstraction de cette amputation, l'augmentation
peut être comparable à celle de la période antérieure.
Après 1886 s'amorce un mouvement à la hausse temporairement inter-
14
rompu en 1891 et qui se poursuit jusqu'à la fin du siècle. Entre
14 La baisse de population observée en 1891 pourrait être liée au
départ de travailleurs saisonniers employés par la compagnie de pâte à
papier Laurentide à Grand'Mère.
65
Tableau 9
Population de la paroisse Sainte-Flore
(1860-1901)
, 1
Annee Population Ménages
2 58·
1860 315·
1866 669+ 3 114+
*
1870 798· (1 100 ) 136·
a 1088+ 4
1873 (1 300*) 208+
1877 1237+ 5 (1 255*) 210+
1880 1214+ 5 (1 268· ) 220+ (215· )
d
1885 1292+ 6 209+
a * *
1886 1273 218
* *
1888 1681 316
1615+ 7
1890 (1 932·) 298+ (336· )
* *
1891 1518 283
1892 1809+ 280+
1893 1862+ 281+
2321+ 8 8
1896 (1 882+) 439+ (343+)
8 8
1897 3375+ (2 041+) 595+ (366+)
385+
1900 2190+
1901 2140+ (3 144·) 376+ (580· )
·Recensement décennal du Canada.
+Cahier de llétat des âmes.
* Rapport annuel du curé.
aAnnexion
d Detac
-, h ement.
66
Notes tableau 9.
l
Ce sont les années de référence des recensements.
2 plus 51 travailleurs forestiers venant de l'extérieur.
3 9 ménages regroupant 32 personnes sont énumérés mais résident hors des
limites de la paroisse, dans le premier rang du canton Shawinigan.
4comprend la population d'une partie du premier rang du canton Shawini-
gan évaluée à environ 160 personnes formant une trentaine de ménages.
5
Comprend la population de la partie du premier rang du canton Shawini-
gan non annexée en 1874, population évaluée à 70 habitants ou 14 ména-
ges environ.
6un groupe de 188 personnes résidant sur le territoire annexé à Saint-
Jacques-des-Piles en 1885 n'est plus dénombré.
7L'écart existant entre les résultats des deux recensements pourrait
s'expliquer en partie par l'intervalle de quelques mois séparant les
deux dénombrements. Celui du curé a été fait en janvier et celui du
gouvernement en avril. On sait qu'à cette époque, de nombreux travail-
leurs saisonniers venaient s'établir à Grand'Mère lorsque les travaux
à l'usine Laurentide pulp débutaient.
8Exclut Grand'Mère.
Tableau 10
Population du poste, du village et de la ville
de Grand'Mère (1890-1901)
Année Population Ménages
1890 186+ 40+
1896 439+ 96+
1897 1334+ 229+
1901 2511· 489·
+Cah1er
. d
e l 'etat
' des âmes.
• Recensement décennal du Canada.
67
1886 et 1890, la population augmente de 25 % et atteint l 615 habitants.
Durant la période de six anS allant de 1891 à 1896, la population de
l'ensemble de la paroisse fait un bond considérable pour atteindre
2 321 habitants, une hausse de 43,7 %. Le poste de Grand'Mère accapare
36 % des nouveaux résidents et porte sa population à 439 personnes, ce
qui représente une augmentation de 136 %. Le reste de la paroisse, avec
un accroissement de 31,7 %, porte sa ' population à l 882 habitants. La
,
crOlssance ,
demograp h'lque de Gran d" Mere 15 contlnue
, par l a sUlte
" a se
démarquer de celle du reste de la paroisse. Entre 1896 et 1901, sa
population augmente de 2 072 habitants (472 %) alors que la paroisse ne
reçoit que 258 nouveaux résidents (13,7%).
L'essor ' démographique vigoureux de Grand'Mère constitue un fait
dominant dans l'histoire de Sainte-Flore au 1ge siècle. Le peuplement
de la paroisse connaît ainsi une nouvelle poussée qui résulte en un
apport de population plus important durant les quinze dernières années
du siècle que lors de ses vingt-cinq premières années d'existence. On
peut présumer qu'une bonne part de cette augmentation est due à l'immi-
gration. Tentons maintenant d'en saisir les coordonnées.
c. Le mouvement naturel de la population: L'utilisation des registres
d e l , etat
' " 116 pour eva
C1Vl , l uer l" accrOlssement nature l n ' est pas sans
15A défaut d'en connaître la délimitation exacte, nous tenons pour
acquis que le territoire désigné sous le nom de Grand'Mère conserve les
mêmes limites d'un recensement à l'autre.
16 Pour une descrlptl0n
, , d'etal'11 ee
' d u contenu des reglstres
' d ' etat
'
civil, voir l'article de Gérard Bouchard et Michel Bergeron, "Les registres
de l'état civil de Notre-Dame-de-Laterrière, 1855-1911", Archives, vol. 3,
no. 3, (sept. - déc. 1975), pp. 164-173. .
68
soulever certaines difficultés. Il faut d'abord retracer les données
pour la période antérieure à l'ouverture de ces registres. Les bap-
têmes de Sainte-Flore sont enregistrés dans les registres de Saint-
Etienne en 1860 et 1861 et de Saint-Boniface en 1862, 1863 et 1864;
la plupart des mariages et sépultures figurent aussi dans les seconds
jusqu'en 1867 inclusivement.
Par ailleurs, les registres de Sainte-Flore renferment les actes
d'état civil de ses missions. Nous avons dû repérer ces actes et les
retrancher du total inscrit dans les registres. Ces corrections s'im-
posaient afin d'utiliser les bons numérateurs dans les calculs de la
17
natalité et de la mortalité et pour évaluer l'accroissement naturel.
'
Le ta bleau Il presente 1 es taux d e nata1 lte et d e morta 1 lte,18
0
'
0
0b-
19
servés pour douze années s'échelonnant entre 1860 et 1901. Parce que
17 Notons que cette operatlon
, 0
s 'app
1 lque aux mlSSlons et d essertes
0
0 0
dont les populations ne sont pas dénombrées dans les listes nominatives
de recensement, en l'occurrence celles du Saint-Mauricp., de Saint-
Mathieu et de Saint-Théophile du Lac-à-la-TOrtue.
18 NOus donnons en annexe 1 eS d Onnees
' b rutes des baptemes,
... marlages 0
et sépultures de 1860 à 1901 telles qu'inscrites à la fin des regis-
tres par le curé et les résultats obtenus après avoir éliminé les actes
des missions.
19
Le calcul de taux périodiques exige de connaître la population
totale pour un plus grand nombre d'années. Dans les travaux spécia-
lisés en démographie historique, on supplée habituellement aux lacunes
des sources en estimant la population totale à l'aide de la méthode
statistique de l'interpolation graphique, Voir à ce propos Giuseppe Leti,
"Problèmes d'échantillonnage statistique dans les enquêtes de démogra-
phie historique" in Maria Luiza Marcillio et Hubert Charbonneau, Démo-
.graphie historique, Rouen, Montréal, P.U.F., 1979, pp. 77-108.
69
ce sont des résultats ponc,tuels, la tendance moyenne pour une période
donnée nous échappe. Néanmoins ce tableau permet d'apprécier d'une
façon acceptable l'allure de ces indices démographiques au cours de la
période étudiée.
Tableau 11
Taux de natalité, de mortalité et d'accroissement naturel
à Sainte-Flore
(1860-1901 )
Année Natalité Mortali té Accroissement
naturel
0/00 0/00 0/0
1860 28,6 19 0,9
1866 41,8 22,4 1,9
1870 46,3 20 2,6
1873 56 12,8 4,3
1877 42,8 13,7 2,9
1880 46,9 19,7 2,7
1885 52,6 10,8 4,1
1890 59,1 25,1 3,4
1893 64,9 24,1 4
1897 47,5 32,8 1,4
a
1900 60,2 47 1,3
1901 52,3 47,6 0,4
a pour 1900 et 1901 les chiffres de la natalité ne concernent que Sainte-
Flore à l'exclusion de Grand'Mère, parce que des registres distincts sont
ouverts pour cette dernière à partir de 1899. Cependant, les décès pour
la paroisse Saint-Paul de Grand'Mère sont encore enregistrés dans les
registres de Sainte-Flore.
70
En considérant l'~nsemble de la période étudiée, on note que la
natalité est élevée: les tau~ -sont généralement supérieurs à 40/1000
et atteignent fréquemment 50/1000, parfois même 60/1000. Cette vigou-
reuse natalité témoigne de la présence de nombreux jeunes ménages, con-
séquence de la structure d'âge dans les régions nouvellement peuplées,
conséquence aussi des mouvements migratoires qui à certaines périodes
font hausser le nombre de jeunes couples.
Par ailleurs, le mouvement des naissances n'est pas constant durant
toutes ces années. On peut en effet distinguer quatre phases. La pre-
mière se situe durant la quinzaine d'années qui suit le début du peuple-
ment. A cette époque la paroisse enregistre des taux croissants de nata-
lité qui culminent en 1873 avec 56/1000. vient ensuite une phase durant
laquelle la natalité connaît un déclin appréciable, celle-ci étant ramenée
à 42,8/1000 en 1877 et à 46,9/1000 en 1880. Cette baisse des naissances
survient pendant la période de stagnation de la population entre 1877 et
1885. Elle pourrait être la conséquence d'un exode des jeunes qui aurait
freiné l'établissement de nouvelles familles dans la paroisse et partant,
le nombre des naissances. La troisième phase se situe entre 1885 et 1893
alors que le taux dépasse 50/1000 et atteint un sommet en 1893 avec plus
de 64/1000. Finalement, la dernière phase couvrant le reste de la décennie
1890, est caractérisée par une natalité qui bien que demeurant élevée, est
ramenée à un taux beaucoup plus bas, soit 47,5/1000 en 1897. La diminution
observée ici ne serait qu'un effet du type de peuplement dont Grand'Mère
est l'objet. La population de la future ville est composée à cette époque
20
d'un grand nombre de travailleurs saisonniers qui font hausser considé-
20 Par exemp l e, l e recensement parolssla
. . l de 1897 rapporte l a presence
'
de 316 pensionnaires dont plus de 300 résident à Grand'Mère.
71
rablement la population sans pour autant engendrer une augmentation de
la natalité étant donné qu'ils sont célibataires. Ceci a pour consé-
quence de faire baisser le taux de natalité. Toutefois, pour ce qui est
de la paroisse à l'exclusion de Grand'Mère, les taux semblent demeurer
tout aussi élevés qu'au cours de la période précédente. Les forts taux
de natalité des années 1885-1900 sont probablement la résultante de
l'accroissement naturel élevé noté dans les décennies 1860 et 1870,
mult~pliant le nombre de jeunes en âge de fonder une famille durant les
dernières quinze années du siècle.
Il est plus difficile à l'aide de ces données fragmentaires d'ex-
pliquer les [Link] de la mortalité. La hausse des décès qui pourrait
s'expliquer par une forte mortalité infantile ne correspond pas toujours
aux années de forte natalité. De même, si un certain vieillissement de la
population s'est produit comme on pourrait le soupçonner durant la période
de stagnation de la population, cela ne semble pas avoir amené une hausse
du taux de mortalité; on observe au contraire de faibles taux entre 1877
et 1885.
Nonobstant cette dernière remarque, nos données sur la mortalité
font ressortir une nette tendance à la hausse durant les années 1890.
On enregistre alors des taux records allant de 25 à 47/1000. Cette
phase à la hausse surgit avec le démarrage industriel et l'arrivée
massive de travailleurs à Grand'Mère. Cette situation amène une dété-
rioration des conditions sanitaires et entraîne une augmentation du
nombre des décès qui de 39 en 1896 passent à plus de 100 entre 18,97 et
1901. La variole atteignant un état épidémique, le conseil municipal
72
décide de créer un bureau d'hygi~ne en 1901 "dans l'intér~t de la
santé pUblique".21 L'accroissement naturel de la population demeure
positif tout au long de la période, sauf en 1899 où le déficit est de
28 (cf. annexe A). Pour dégager la tendance générale, nouS avons calculé
la moyenne annuelle des excédents par période décennale. Pour les quatre
décennies entre 1860 et 1901, ces excédents naturels moyens sont respec-
tivement de 18,4, 39,9, 51,8 et 56,4. L'apport de l'accroissement naturel
à la croissance de la population est donc à la hausse durant ce demi-
si~cle. Les taux annuels de l'accroissement naturel qui varient de 2% à
22
4% jusqu'en 1893 confirment le fort potentiel d'accroissement de cette
population. Ce contexte laisse entrevoir les possibilités d'une surcharge
démographique du territoire entraînant l'exode d'une partie de la popula-
tion. Voyons ce qu'il en est par le calcul des soldes migratoires.
D. Les soldes migratoires: A la lecture du tableau 12 on peut distinguer
quatre périodes entre 1861 et 1897 au cours desquelles les bilans des
mouvements migratoires se sont traduits par des gains ou des pertes de
population. D'abord, de 1861 à 1873 le solde migratoire net est de 446
personnes. L'immigration fournit alors 57,7% des nouveaux effectifs de
la paroisse. Entre 1874 et 1885, les soldes sont négatifs. La paroisse
21,
Reso l utlon
' d u 2 ]Ul
' ' Il et 1901, Registre des délibérations du Conseil
municipal de Sainte-Flore pour l'année 1901, Archives de la ville de
Grand'M~re.
22une population augmentant constamment de 3% par an doublerait en
23,5 ans et quadruplerait en 47 ans. Cf. Louis Henry, Démographie,
analyse et mod~les, Paris, Librairie Larousse, 1972( p. 236.
Tableau 12
Mouvement migratoire d'après les soldes migratoires à Sainte-Flore
(1861-1897 )
périodes Population en Accroissement Population attendue Population Accroissement Solde
début de naturel en fin de période observée en fin réel migratoire
période étant donné le mou- de période net
vement naturel
1861-1866 315 109 424 669 354 245
1867-1873 669 218 887 1 088 419 201
1874-1877 1 088 182 1 270 1 237 149 -33
1878-1880 1 237 104 1 341 1 214 -23 -127
a
1881-1885 1 232 311 1 543 1 500 268 -43
1886-1890 1 292 228 1 520 1 615 323 95
1891-1893 1 615 183 1 798 1 862 247 64
1894-1897 1 862 312 2 174 3 375 1 513 1 201
aCe nombre comprend le groupe d'environ 188 personnes habitant le territoire détaché de Sainte-Flore en 1885.
-.1
W
1
.1
74
ne parvient pas à garder sa population et l'émigration entraîne une
perte nette de 203 personnes. Ce qui signifie que l'accroissement réel
n'équivaut qu'à 66% de l'accroissement naturel. De 1886 à 1893 les
soldes redeviennent positifs mais l'immigration contribue dans une
proportion moindre à l'accroissement réel de la population: sa part
se chiffre à 27,9%. La dernière période allant de 1894 à 1897 se
démarque des précédentes par un solde migratoire très élevé atteignant
l 201 personnes ce qui constitue 79,3 % de l'augmentation de la popula-
tion durant ces années.
Les mouvements migratoires mis en évidence ici constituent une piste
intéressante pour identifier les ressorts qui ont façonné l'histoire de
cette paroisse et partant pour mieux comprendre les structures économiques
et sociales du monde rural. Cette voie de recherche nécessite une pério-
disation et une mesure précises de l'immigration et de l'émigration. Le
chapitre suivant y est consacré.
CHAPITRE V
LES MOUVEMENTS MIGRATOIRES
L'une des voies privilégiées pour approfondir notre connaissance
du monde rural est l'étude de la mobilité géographique de la popula-
tion. Ce volet de l'histoire démographique d'une paroisse peut aider
à saisir la dynamique de cette sociétp..
L'analyse démographique précédente n'a mesuré que les migrations
nettes, c'est-à-dire le solde positif ou négatif entre les entrées
et sorties et non l'ampleur réelle des mouvements migratoires. Il se
peut, par exemple, qu'une période se soldant par un surplus de popula-
tion que l'on attribue à une forte immigration soit aussi une période
d'émigration importante. De même, l'immigration peut être d'une
·
amp l eur que ne 1 [Link] .[Link].
pas soupçonner l e so l de [Link] . l Pour saisir
la dimension exacte et la nature des mouvements migratoires, il faut
évaluer les effectifs impliqués dans les courants d'émigration et
d'immigration et discerner les caractéristiques des migrants.
ITel est l'enseignement de l'étude de Gérard Bouchard sur les
migrations à La Tèrrière, "Démographie et société rurale au Saguenay,
1851-1935", Recherches sociographiques, vol. XIX, no. l, (janv. -
avril 1978),~7-32. Cette étude révèle entre autres pour la décennie
1860-69, un nombre réel d'entrées et de sorties de l'ordre du millier
alors que le calcul du solde ne laissait voir qu'un faible mouvement
migratoire.
76
2
A. Sources et méthodologie: L'étude de la mobilité géographique repose
sur des listes nominatives de recensement, grâce auxquelles il est possi-
ble d'identifier et de dénombrer exactement les individus impliqués dans
une migration. Les recensements utilisés ici ont été décrits au chapi-
tre précédent. Rappelons qu'ils consistent en neuf listes nominatives;
six proviennent des recensements paroissiaux ou cahier des âmes: ceux
de 1867, 1874, 1878, 1886, 1891 et 1897; les trois autres sont des recen-
sements décennaux· du gouvernement canadien pour les années 1861, 1871 et
1881.
La première étape consiste à jumeler les noms des individus ou
familles apparaissant sur un premier recensement avec ceux du recensement
subséquent. Les personnes de la première liste qu'on ne retrouve pas
dans la seconde sont en principe consid~rééscomme émigrants. Celles qui
apparaissent pour la première fois dans la seconde liste sont en principe
des immigrants.
Ce procédé laisse échapper les personnes qui entrent et sortent de
la paroisse durant la période intercensitaire. Cependant, cette fai-
blesse méthodologique est d'autant moins importante que les recensements
sont rapprochés dans le temps. Dans ce cas, en effet, il y a moins
2 La méthodologie correspond ·dans ses grandes lignes avec celle dé-
cr ite dans l'article de Raymond Roy et al, "Le jumelage des données
nominatives dans les recensements: problèmes et méthodes", Histoire
Sociale, vol. XIII, no. 25, (mai 1980), pp. 173-193. Nous donnerons
ici les traits essentiels de cette méthode avec les variantes que nous
aurons adoptées. Pour la démonstration et la critique de la méthode,
nous reférons le lecteur à l'article précité.
77
d'individus susceptibles de s'être établis temporairement dans la pa-
roisse entre deux recensements. Nos listes nominatives dressées à
peu près aux cinq ans, devraient donc conférer une assez grande précision
à nos résultats.
Le jumelage des noms doit pouvoir être validé à l'aide de preuves
concluantes, ceci dans le but d'éviter les erreurs de couplage prove-
3
nant des cas d'homonymie et de mutation nominative. A cet effet, le
jumelage de couple où l'on possède les noms des deux conjoints assure
une identification certaine des personnes jumelées. Ont aussi été inclus
dans le jumelage tous les autres ménages recensés. · Ainsi, les familles
migrantes, telles qu'entendu ici, peuvent être des couples ou des
individus vivants seuls ou veufs.
Trois des neuf recensements n'offrent pas la possibilité de jumeler
les couples, soit ceux de 1867, 1874 et 1878. Seuls les noms des chefs
de familles ou des ménages sont inscrits sur ces listes, avec le nombre
3
Les cas d'homonymie sont peu fréquents durant les vingt premières
années couvertes par les recensements. Ils se rencontrent surtout dans
les familles où le fils porte le même prénom que son père. A mesure que
la population grossit, ces cas sont plus fréquents. Les descendances de
certaines familles dont le nom est courant dans la paroisse renferment
quelques homonymes. Ceux-ci se rencontrent surtout chez les familles
Gélinas et Lafrenière. Mais ils sont au total peu nombreux; pour chacune
des listes nominatives, de deux à cinq cas d'homonymie ont été relevés.
Les mutations nominatives sont occasionnées par des variations de l'or-
thographe des noms. Le plus souvent minimes, ces changements peuvent,
parfois, être déroutants, comme l'attestent les exemples suivants tirés
du recensement de 1861: "Gélinas" est écrit "Gina". Lavergne devient
"Laval"; Berthiaume est transformé en "Berqueaume"; Mélançon devient
"Ménançon" •
78
d'enfants ou de communiants compris dans le ménage. Les mentions "père",
"fils" ou "veuf" sont accolées à certains noms. Les risques de confondre
des individus sont donc plus grands pour ces années. Cependant, compte
tenu de la taille relativement restreinte de la population étudiée, ces
risques demeurent assez faibles, de sorte que les résultats n'en sont pas
ou peu affectés. Abordons l'étude de l'émigration et de l'immigration
tout en précisant quelques particularités méthodologiques propres à chacun
des phénomènes.
B. L'émigration: Une fois dressée la liste des couples qui ne sont plus
dénombrés d'un recensement à l'autre, il a fallu confronter ces noms avec
ceux des personnes décédées durant les périodes concernées telles que
nous les avons relevés à partir des registres d'état civil de la paroisse.
Les personnes n'apparaissant plus sur les recensements pour cause de
décès furent ainsi éliminées des émigrants.
Le cas des veufs et des veuves remariés fait problème. Pour ce qui
est des veuves, une première difficulté se pose là où les recensements
ne donnent que les noms des chefs de familles et qu'une veuve chef de
famille apparaît sous le nom du mari défunt. Pour repérer la présence
de ces veuves dans tous les recensements subséquents, il a fallu trouver
4
leurs noms dans le répertoire des mariages de Sainte-Flore et vérifier
si elles se remariaient et avec qui. Si le nom du nouvel époux figurait
au recensement suivant le mariage, la veuve était éliminée des émigrants.
4Louise Lesieur, Mariages de Ste-Flore (comté de St-Maurice) 1867-
1977), Montréal, Editions Bergeron Inc., 1979.
79
L'autre diff iculté se rapporte aux recensements qui donnent les noms
des deux époux. Dans ce cas, nous avons vérifié dans le répertoire
des mariages avec qui les veufs et les veuves se remariaient de façon
à s'assurer que l'un des conjoints du nouveau couple était bien celui
identifié dans les recensements antérieurs et ainsi à l'éliminer des
émigrants.
Le tableau 13 rapporte la mesure de l'émigration brute à laquelle
nous SOID~es arrivés. Première caractéristique qui émerge: sur l'en-
semble de la période étudiée, l'émigration touche entre 20% "et 50%
des familles recensées. Le taux moyen annuel du mouvement se situe
généralement autour de 5% et 6%, mais trois crêtes apparaissent: l'une
entre 1861 et 1866, l'autre entre 1871 et 1873 et la dernière entre
1878 et 1880. Voyons par période l'intensité du mouvement.
L'émigration est très élevée durant la phase initiale de peuplement
entre 1861 et 1866 alors que 48,2% des ménages recensés en 1861 quittent
la paroisse, ce qui équivaut à un taux annuel moyen de 8,1%.5 Les deux
périodes comprises entre 1867 et 1873 étant respectivement de quatre et
trois années, permettent une mesure plus précise du mouvement sur un
espace de sept ans puisque l'on prend en compte les nouveaux résidents
établis entre 1867 et 1870. Ici, les départs totalisent 54 ménages.
5Ce nombre sous-évalue encore l'émigration réelle à cause de l'inter-
valle de six ans entre les deux recensements. Les familles arrivant après
1861 et repartant avant 1866 ne peuvent être en effet comptabilisées.
Nous avons estimé précisément l'importance de cette sous-évaluation selon
que l'on utilise deux ou tr0is listes nominatives pour -une période donnée.
Pour les sept années allant de 1867 à 1873, nouS avons identifié 40 fa-
milles émigrantes en utilisant deux listes et 54 avec trois listes.
80
Tableau 13
Ménages émigrant de Sainte-Flore
(1861-1897 )
Périodes Ménages Moyennes Taux annuels
annuelles moyens %
N %a
1861-1866 28 48,2 4,7 8,1
b
1867-1870 26 22,8 6,5 5,7
1871-1873 28 20,5 9,3 6,8
1874-1877 43 20,6 10,7 5,1
1878-1880 61 29 20,3 9,7
-'--- ~
c Il,2
1881-1885 56 25,4 5,2
1886-1890 64 30,6 12,8 6,1
1891-1897
Ste-Flore et 107 35,9 15,2 5,1
Grand 'Mère
Ste-Flore sans 87 33,7 12,4 4,8
Grand 'Mère
Grand 'Mère 20 50 2,8 7,1
a
Pourcentage par rapport au -nombre total de ménages du recensement initial
de chaque période.
b9 ménages ont été soustraits des émigrants. Ces ménages ne sont pas
recensés en 1871 parce qu'ils résident hors des limites du sous-district
de recensement fédéral qui correspond à la municipalité de Sainte-Flore.
Etant inscrits les uns à la suite des autres dans les recensements de
1867 et 1874, nous en avons conclu que ces ménages n'ont pas émigré mais
ont plutôt été exclus du dénombrement de 1871.
c 36 ménages ont été soustraits des émigrants parce qu'ils ne sont plus
recensés à Sainte-Flore à la suite d'un détachement territorial au profit
de Saint-Jacques-des-Piles en 1885.
81
Avec des taux de 5,7% et 6,8%, ces sept dernières années sont donc
marquées par une baisse de l'émigration qui cependant touche encore un
ménage sur cinq. La période septennale suivante totalise 104 départs
répartis comme suit: 43 entre 1874 et 1877 et 61 entre 1878 et 1880.
Pour les quatre premières années le taux (5,l%) est le plus bas enre-
gistré durant la seconde moitié du 1ge siècle, alors que pour les trois
autres années, le taux (9,7%) est le plus élevé. Le nombre de ménages
étant quasi stationnaire durant ces annÉes, on peut calculer que 50%
de ceux-ci émigrent entre 1874 et 1880. Durant les vingt dernières
années du siècle, l'émigration est ramenée à des proportions plus près
de la moyenne, les taux variant de 5% à 6%. Toutefois, les départs
atteignent encore le quart et le tiers des ménages.
Contrairement à ce que le calcul des soldes avait suggéré, l'émi-
gration n'est pas uniquement le fait des années 1874 à 1880, mais plutôt
une constante du régime démographique de la paroisse, les périodes 1860
à 1866 et 1878 à 1880 étant les temps forts du mouvement. La précocité
et la constance du phénomène sont particulièrement significatives. Alors
que l'on pourrait croire que l' émi gration augmente à mesure qu'approche
la saturation du territoire, il appert au contraire que ce mouvement tou-
che de nombreux ménages dès les tout débuts et que l'amplitude du mouvement
est élevée tout au long de la période é tudi ée. L' émigration ne peut donc
être interprétée ici comme l'aboutissement d'une période de croissance
trop rapide de la population créant des tensions d émographiques que la
paroisse n'aurait pu résorber rendue à un certain stade.
A la suite de cette prise de vue quantitat ive de la mobilité, il
82
faut se demander quelle est la nature de ces déplacements. S'agit-il
d'une micro-mobilité, c'est-à-dire de départs vers une destination
rapprochée du lieu d'origine? S'agit-il de migrations à l'extérieur
de la région immédiate ou vers la ville, entraînant une transformation
du milieu et du genre de vie? Ces déplacements ont-ils un caractère
définitif ou temporaire?
Malheureusement, on ne possède pas d'information sur la destina-
tion des migrants. La ville a sans doute attiré bon nombre d'entre eux.
C'est le cas de la majorité de ceuX qui ont émigré vers les Etats-Unis;
6
en 1891, ils totalisaient 109 personnes. L'enquête de E.-Z. Massicotte
concernant l'émigration aux Etats-Unis dans le comté de Champlain entre
1880 et 1892 montre que dans la paroisse Notre-Dame-du-Mont-Carmel dont
la population se compare en nombre à celle de Sainte-Flore, 30 familles
7
ont émigré vers les villes américaines.
Relativement au caractère permanent des départs à Sainte-Flore, on
peut affirmer qu'ils le sont dans presque tous les cas. En effet, après
avoir effectué une vérification en confrontant quatre listes d'émigrants
et d'immigrants espacées d'une dizaine d'années chacune, nous n'avons
noté le retour que de deux familles entre 1861 et l87l y de deux autres
entre 1871 et 1878, de sept entre 1878 et 1886 et de neuf familles
entre 1886 et 1897. Sans doute y a-t-il des migrations de courte durée,
mais les périodes intercensitaires sont trop longues pour qu'elles appa-
raissent par le jumelage des listes nominatives disponibles.
6
Recensement de la paroisse Sainte-Flore pour l'année 1891. Archives
de la paroisse. Il s'agit ici de communiants.
7Yolande Lavoie, L'émigration des Québécois aux Etats-Unis de 1840
à 1930, Québec, Editeur officiel, 1979, p. 34.
83
C. L'immigration: Si l'émigration est une caractéristique du milieu
rural, elle devrait générer un courant d'immigration chez les paroisses
d'accueil. Voyons ce qu'il en est à Sainte-Flore.
L'ampleur de ce mouvement a été déterminée par le jumelage des
ménages pour chaque année de recension. Ont été relevés ceux qui
apparaissaient sur la seconde liste nominative et non sur la première
pour une période donnée. Ensuite, le résultat final fut obtenu en
éliminant les couples nouvellement formés dont les conjoints sont ori-
ginaires de la paroisse. Il a fallu les repérer dans le répertoire des
mariages de Sainte-Flore. Deux cas peuvent se présenter: si le mariage
a lieu à l'extérieur de la paroisse, il est impossible d'éliminer ces
couples qui sont par le fait même comptabilisés avec les immigrants,8
dans le cas d'un homme d'une paroisse autre qui vient prendre femme à
Sainte-Flore, le couple est considéré comme immigrant.
Les résultats consignés au tableau 14 montrent que les immigrants
entrent en grand nombre dans la paroisse jusqu'à la fin du siècle. Par
période décennale, il y a de 125 à plus de 180 nouveaux ménages qui
s'installent entre 1860 et 1890 et plus de 350 entre 1890 et 1897. Le
rythme des arrivées atteint son apogée entre 1861 et 1873 alors que les
taux s'établissent à 8,6% et 12,5%, la principale vague survenant entre
1871 et 1873. Le mouvement connaît un brusque ralentissement entre 1874
et 1877, période où le taux chute à 5,2%, puis atteint un nouveau sommet
entre 1878 et 1880 avec un taux de 9.7%. Durant la décennie 1880 les
8Gérard Bouchard estime que ceci peut être la cause d'une sur-éva-
luation de 5 à 10% des immigrants dans le cas du village de La Terrière.
Cf. "Démographie et société rurale ••• ", p. 15.
84
Tableau 14
Ménages immigrant à Sainte-Flore
(1861-1897)
Périodes Ménages Moyennes Taux annuels
annuelles moyens %
1861-1866 77 67,5 11 9,6
1867-1870 34,5 Il,7 8,6
1871-1873 37,5 26 12,5
1874-1877 44 20,9 11 5,2
1878-1880 64 29 21,3 9,7
1881-1885 79 37,7 15,8 7,5
1886-1890
Ste-Flore et
Grand 'Mère 108 36,2 21,6 7,2
Ste-Flore sans
Grand 'Mère 81 31,4 16,2 6,2
Grand 'Mère 27 67,5 5,4 13,5
1891-1897
Ste-Flore et
Grand 'Mère 360 60,5 51,4 8,6
Ste -Flore sans
Grand 'Mère 146 39,8 20,8 5,6
Grand 'Mère 214 93,4 30,6 13,3
a
Pourcentage par rapport au nombre total de ménages du recensement terminal
de chaque période.
bNbus avons soustrait des immigrants dix ménages recensés à Saint-Boniface
en 1871 et non à Sainte-Flore. Ces ménages sont desservie aux fins reli-
gieuses par Sainte-Flore et de ce fait inclus dans tous les recensements
paroissiaux.
85
arrivées se stabilisent aux environs de 7% par an. Entre 1890 et 1897,
la paroisse reçoit un nombre sans précédent d'immigrants o Ceux-ci tota-
lisent 360 ménages ou 60% des ménages présents en 1897. De ce nombre
le poste de Grand 'Mère en .accueille 60%. Les forts courants d' immi-
gration qui alimentent la paroisse ont donc fait contrepoids aux nombreux
départs et assurent la croissance démographique de la paroisse.
La mise en parallèle des tableaux relatifs aux mouvements migratoires
et aux soldes migratoires permet de mieux comprendre la nature et le rôle
des migrations. On note d'abord que l'immigration totalise un nombre de
ménages toujours supérieur à ceux qui émigrent mais que ceci se traduit
généralement par un solde peu élevé ou même négatif. Cette constatation
soulève la question de la taille des ménàges migrants et des migrations
des célibataires. Pour illustrer ces problèmes, considérons quelques-unes
des périodes identifiées.
Entre 1874 et 1878, le nombre de ménages émigrants, soit 43, équivaut
à peu près au nombre de ménages immigrants, 44. La taille de ces ménages
est presque identique puisque les premiers totalisent 203 individus et les
seconds 198. En supposant que tous les membres de ces ménages émigrent,
le solde migratoire devrait être de -5. Or celui-ci est de -33; il faut
donc conclure qu'au moins 28 personnes non encore établies ou célibataires
9
auraient également émigré durant cette période.
9 Il faut bien comprendre ici que ces estimations de la mobilité des
célibabaires ne sont qu'approximatives, entre autres à cause de l'hypo-
thèse voulant que tous les membres d'un ménage émigrent avec le couple,
ce qui n'est évidemment pas toujours le cas et aussi parce que l'immi-
gration est surévaluée. Néanmoins, ces chiffres n'en démontrent pas
moins que l'émigration touchè aussi un grand nombre de célibataires et
que leur prise en compte reviserait à la hausse l'évaluation de la
mobilité effectuée au cours de cette recherche.
86
Entre 1878 et 1880, le nombre de ménages émigrants se rapproche de
celui des immigrants, 61 contre 64, mais dans ce cas les premiers re-
groupent 357 individus et les seconds 271, d'où un déficit migratoire
prévisible de 86. En fait, le solde migratoire total est de -127, ce
qui nous amène à conclure que 41 personnes ne faisant pas partie des
ménages migrants auraient également quitté la paroisse.
Ce large écart entre les effectifs des ménages migrants alors que
les deux courants migratoires s'équilibrent signifie que l'émigration
atteint surtout des ménages constitués d'un plus grand nombre d'enfants
et, partant, dont les conjoints seraient plus âgés. La taille moyenne
des ménages émigrants est de 5,8 membres et celle des ménages immigrants
est de 4,2. L'absence de mention d'âge dans les recensements de cette
période rend impossible de vérifier pour le moment l'âge des conjoints.
Une dernière vérification portant sur la période 1886-1890 montre
que la différence entre le nombre de ménages émigrants et immigrants est
de 44 en faveur de ces derniers. Si l'on tient compte de tous les indi-
vidus qui composent les ménages, le solde migratoire devrait être de
140 alors qu'il n'est que de 95. Cet écart laisse supposer 45 départs
d'individus célibataires. Relativement à la dimension des ménages migrants,
cette périOde appelle les mêmes remarques que pour les années 1878-1880.
On observe que les ménages immigrants ' sont de plus petite taille: ils
regroupent en moyenne 4,9 personnes en comparaison de 6,2 dans les ménages
émigrants. Ces traits distinctifs des deux courants laissent entrevoir
une différenciation des motifs générant la mobilité chez les deux groupes.
87
Cette prise de vue quantitative des mouvements migratoires dénote
l'existence d'une intense mobilité chez cette population rurale. Par
leur ampleur, les migrations régissent l'évolution démographique de la
paroisse. En dépit d'une forte émigration, la population croît grâce à
l'apport continuel de forts contingents de nouveaux habitants. En ce
sens la stagnation démographique de la période 1874-1880 s'explique
surtout par la baisse de l'immigration.
Il importe de chercher les causes qui ont entraîné une telle mobi-
lité. Dans la troisième partie de cette étude, nous nous pencherons
sur cette question en confrontant les conjonctures migratoires aux faits
géographiques et économiques mis en lumière précédemment et en isolant
certaines caractéristiques propres aux migrants et aux sédentaires.
TROISIEME PARTIE
EXPLICATION DE LA MOBILITE
89
L'étude des causes de la mobilité renvoie à des facteurs de natures
diverses qui peuvent relever aussi bien des ressources du milieu, des
structures économiques de la société rurale, des cycles conjoncturels
de l'économie et des traits socio-culturels des individus et groupes
sociaux. Dans le cas de Sainte-Flore, comment s'articule la mobilité
géographique et ces différents facteurs? La question est fort complexe
et le cadre de cette étude ne permet pas de la cerner sous toutes ses
facettes. Néanmoins, à partir des traits les plus significatifs de
l'histoire de cette communauté rurale, certains éléments de réponse
peuvent être avancés. Pour ce faire, nous allons tenter d'associer
les mouvements migratoires aux phases de la mise en valeur du territoire
de même qu'à l'économie locale. Le cas des émigrants sera examiné de
plus près en les comparant aux sédentaires sous l'angle de leur lieu de
résidence et de leurs ressources agricoles et forestières.
CHAPITRE VI
OCCUPATION DU TERRITOIRE ET MOBILITE
Hormis les toutes premières années du peuplement, l'occupation
du territoire ne semble pas avoir souffert d'entraves importantes.
Vers 1874, les zones les plus favorables à " la colonisation sont
presque entièrement occupées et toutes accessibles par la route. Le
courant d'immigrati~n qui alimente la paroisse jusque-là confirme
l'existence de conditions propices à la poussée colonisatrice à l'épo-
que. Mais le constat d'un mouvement d'émigration impliquant de nom-
breux effectifs dès les années 1860 oblige à nuancer cette vision des
choses. Si la géographie de même que les voies de communication ont
favorisé le peuplement de certaines zones de l'oekoumène, ces avantages
n'ont pas suffi à retenir les quelques 80 ménages qui émigrent durant
cette quinzaine d'années~ Les difficultés d'adaptation au milieu, les
conditions contraignantes d'accessibilité à la propriété foncière, le
déplacement des activités forestières constituent autant de facteurs
susceptibles d'avoir engendré cette mobilité.
Cette période est " suivie d'une phase de stagnation de la population
qui s'étend sur une dizaine d'années et qui est concomitante de l'inter-
ruption de la mise en valeur de nouvelles ZOnes dans la paroisse. Or,
91
on a observé que les courants migratoires s'équilibrent en ce qui a
trait au nombre de ménages impliqués. Cela traduirait-il un reserre-
ment des conditions d'accessibilité à de nouvelles terres, entraînant
une saturation du territoire déjà colonisé? Si c'était le cas, cela
interdirait effectivement tout apport supplémentaire de population
venant de l'extérieur. Les motifs de départ pourraient être liés à la
nécessité pour les familles d'acquérir de nouvelles terres afin d'a-
grandir le domaine agricole et établir les fils.
Le début des années 1880 marque une reprise du mouvement de coloni-
sation et le peuplement atteint alors des zones auparavant délaissées.
La baisse du taux d'émigration entre 1881 et 1885 pourrait découler de la
mise en valeur de ce nouvel espace: à partir de 1887, avec l'implantation
de l'usine de pâte à papier au poste de Grand'Mère, l'immigration con-
naît un essor considérable qui amène l'occupation rapide de cette partie
de Sainte-Flore. Au cours des années 1890, le processus d'urbanisation
de Grand'Mère est enclenché ce qui vaut à la paroisse entière des mou-
vements migratoires d'une ampleur exceptionnelle. Comme on l'a vu, le
peuplement déborde l'oekoumène agricole viable durant cette période à la
faveur de nouvelles activités économiques à Grand'Mère et de nouveaux
débouchés pour le bois coupé sur les lots des particuliers.
A la suite de ces considérations générales, observons la mobilité
et la sédentarité à l'intérieur de chacun des rangs colonisés en tenant
compte de leurs traits géographiques et des activités économiques qui
s'y sont développées.
92
Nous avons vu que les rangs habités n'offrent pas tous les mêmes
avantages au peuplement et ~ la mise en valeur agricole. Certains
renferment en partie des sols de bonne qualité, d'autres sont moins
bien pourvus et sont couverts de terrain montagneux. Dépendant de ceS
conditions, l'établissement sur ces terres présente des degrés variables
de difficulté; les chemins sont plus ou moins praticables; l'habitat
peut être plus dispersé; la fonction du rang en tant qu'unité spatiale
favorisant l'émergence des rapports d'entraide indispensables entre les
membres de la communauté risque de ne pouvoir s'exercer. Bref, cer-
taines familles sont ainsi placées dans un état d'isolement plus grand
et peuvent difficilement profiter des ressources économiques et humaines
qu'offre le milieu. Ces contraintes ont pu les inciter à émigrer.
Grâce à la carte de potentiel agricole, nous disposons d'informations
assez explicites sur les traits physiques de l'ensemble du territoire.
Les ménages sédentaires et émigrants dans chaque rang ont été
identifiés au cours de trois périodes s'échelonnent entre 1865 et 1897,
Ces données ne sont cependant pas significatives pour chacun des rangs
car quelques-uns d'entre eux n'ont qu'une très faible population durant
certaines périodes. Voyons les principales tendances qui se dégagent
de cette compilation (tableau 15).
Entre les années 1865 et 1873, ce sont les deux rangs les plus an-
ciennement peuplés qui conservent les plus hauts pourcentages de séden-
taires, soit les rangs des piles et de la Petite-Rivière, avec respec-
tivement 58 et 62%. Dans les autres rangs occupés, soit de la Grand'
Mère, Saint-Olivier et Sainte-Catherine, les sédentaires ne forment plus
93
Tableau 15
Répartition des couples sédentaires et émigrants
selon le lieu de résidence dans la paroisse
Rang Années Ensemble de Nombre de
couples couples
N % Sédentaires Emigrants
N % N %
Des piles 1865-73 50 100 29 58 21 42
1874-80 110 100 68 62 42 38
1891-97 113 100 63 56 50 44
Petite-Rivière 1865-73 13 100 8 62 5 38
ou St-Anatole 1874-80 47 100 33 70 14 30
1891-97 25 100 19 76 6 24
1er rang de
Shawinigan a 1891-97 22 100 20 91 2 9
De la Grand' 1865-73 13 100 4 31 9 69
Mère 1874-80 15 100 9 60 6 40
1891-97 40 100 20 50 20 50
Petit rang 1891-97 8 100 7 87 1 13
St-olivier 1865-73 11 100 4 36 7 64
1874-80 18 100 10 56 8 44
1891-97 ' 15 100 10 67 5 33
Ste-Catherine 1865-73 4 100 1 25 3 75
1874-80 4 100 1 25 3 75
1891-97 48 100 32 67 16 33
St-Alexandre 1865-73 1 100 1 100
1874-1880 14 100 12 86 2 14
1891-97 8 100 6 75 2 25
Des Hêtres 1891-97 14 100 10 71 4 29
St-Ubald 1865-73 1 100 1 100
1891-97 3 100 2 67 1 33
St-Théophile 1891-97 2 100 2 100
aCe rang fait partie de la Petite-Rivière pour les années antérieures.
94
que le quart ou le tiers des familles du début de période.
Cette différence de mobilité selon les rangs coïncide avec la
qualité du sol et l'ancienneté de l'occupation: les deux rangs où
les familles sont les plus stables dominent sous ce rapport.
Durant la période 1874-1880, la mobilité évolue à peu près selon
les mêmes critères. Cependant, les écarts entre les pourcentages des
ménages sédentaires des divers rangs sont beaucoup moindres que précé-
demment et le nombre d'émigrants baisse dans la plupart des rangs.
Cependant ceux à faible potentialité conservent toujours la part rela-
tive d'émigrants la plus élevée. Deux rangs s'éloignent de cette prise
de vue générale. Lè- rang Sainte-Catherine ouvert en 1869 voit partir
trois de ses quatre familles résidantes. Par contre, le rang Saint-
Alexandre dont l'occupation s'amorce aussi vers la même année, renferme
la population la plus stable: les ménages sédentaires y représentent
86% de l'ensemble. Dans ces cas, le facteur qui paraît être le plus
déterminant quant au degré de mobilité est la qualité du sol. Le
premier est en effet une zone accidentée et couverte en majorité de sol
improductif tandis que le second est très bien pourvu en sol agricole.
Pendant la dernière décennie du siècle, les comportements migratoires
semblent obéir à des facteurs plus complexes. Les rangs traversés par
de bonnes terres agricoles conservent encore les plus forts pourcentages
de sédentaires, mais ces derniers se retrouvent aussi en plus grand nombre
dans les rangs à moyenne et faible potentialité. Ici, la diversification
des activités économiques en augmentant les emplois en dehors de l'agri-
95
culture aurait permis une occupation plus stable des zones résiduelles
de l'oekoumène. Dans les rangs Sainte-Catherine et des Hêtres, par
exemple, occupés de plus récente date, il est fort probable que les
terres recelaient encore des peuplements forestiers ayant une valeur
sur le marché du bois à pâte. Les propriétaires de ces lots ont pu
ainsi tirer des revenus intéressants de l'exploitation de leurs terres
à bois.
Deux rangs échappent à ce constat général. Le rang des piles connaît
une hausse du nombre de familles émigrantes de même que le poste de
Grand 'Mère. Dans ce dernier cas, les chefs de ménage sont pour la plu-
part des travailleurs saisonniers employés par la compagnie Laurentidei
ils sont de ce fait beaucoup plus mobiles. C'est ce que note le curé dans
son rapport annuel de 1896: "La population de la Grand'Mère, écrit-il,
est une population nomade, sur laquelle on ne peut compteri tantôt nous
avOns 103 communions, tantôt 130, quelques fois 90. La plupart de ces
travailleurs nous viennent des paroisses voisines pour 3 ou 4 mois, en-
suite, retournent dans leur paroisse" 1 Cette explication serait éga-
lement valable pour le rang des Piles, du moins pour ses résidents les
plus rapprochés de Grand'Mère.
Cette analyse confirme l'existence d'une relation entre la mobilité
et la qualité du sol. Dans la mesure où la population qui habite les
zones à faible potentiel peut se détacher des activités agricoles, elle
e'st moins touchée par la mobilité.
1
Rapport annuel sur l'état de la paroisse de Sainte-Flore .•. 1896,
Archives de l'évêché de Trois-Rivières.
CHAPITRE VII
ECONOMIE ET MOBILITE
Au chapitre des causes de la mobilité, les conditions économiques
comptent parmi les explications les plus couramment évoquées par les con-
temporains. En 1868, on identifie le manque de manufactures pour emplo~r
la main d'oeuvre rurale et les déficiences de l'agriculture comme les
l
deux principales caUSes de l'émigration. En région périphérique, le
contexte de la colonisation confronte les individus à de sérieux problèmes
de subsistance, comme en fait foi ce témoignage d'un résident de Saint-
Boniface en 1868:
Le défaut d'ouvrage est ce qui fait le malheur de nos can-
tons. Il est év·ident qu'un jeune ménage qui vient s'éta-
blir sur une nouvelle terre le plus souvent sans aucune
ressource ne peut vivre tout de suite du produit de cette
terre. Il faut donc que l'homme tâche de gagner quelques
choses et ce ne sont pas les quelques moulins à scie que
nous avons par-ci par-là qui peuvent donner suffisamment
de l'emploi à ces nouveaux colons.
Reste l'hivernement dans les chantiers qui est très dur et
ne paie pas très bien.
( ••• )Mais voici ce qui arrive, ce qui est arrivé souvent
durant la présente année: désespérant d'arriver à l'aisance
le colon vend sa terre et s'en va aux Etats-Unis dans l'es-
poir que son pain sera plus facile à gagner là qU'ici. 2
l
Jean Hamelin, Yves Roby, Histoire économique du Québec, p. 69.
2"Extrait du rapport du conducteur A. Rousseau de Saint-Boniface,
Rapport du commissaire de l'agriculture et des travaux publics de la
province de Québec pour les 18 mois expirés le 31 décembre 1868", DSQ,
1869, vol. l, doc. 4.
97
Ce témoignage éloquent montre comment l'émigration en vient à être
le lot de bon nombre de colons durant la période des difficiles débuts
en pays de colonisation. Ces derniers ne peuvent trouver ni dans l'agri-
culture, ni dans la forêt les ressources nécessaires à leur subsistance.
Mais ces deux secteurs d'activité n'en constituent pas moins les
bases économiques sur lesquelles s'appuie l'ensemble des ruraux dans les
régions de colonisation. S'agissant d'expliquer la mobilité géographique
et ses variations dans le temps, il importe de mettre en rapport les
mouvements migratoires et l'évolution structurelle et conjoncturelle de
l'économie rurale. Les connaissances de l'économie locale et régionale
étant encore fragmentaires, notre analyse le sera également. Néanmoins,
certains facteurs de mobilité pourront être dégagés. Voyons d'abord le
cas de l'agriculture.
A. Agriculture et mobilité: Notre analyse de l'agriculture a montré
qu'en dépit de l'accroissement du nombre d'occupants de terre, il y a
eu diminution du "nombre d'exploitants agricoles réels après 1887.
Plusieurs propriétaires de parcelles plus ou moins grandes, identifiés
comme agriculteurs dans le recensement, sont en réalité des pseudo-ex-"
ploitants qui ne tirent que partiellement ou plus du tout leur subsis-
tance de l'agriculture. Cette réduction des effectifs agricoles réels
est sans doute une conséquence de la faible productivité des exploitations
et de la nécessité d'aller chercher un revenu complémentaire hors de
l'agricultur~. Mais il se peut aussi que ce soit l'attraction d'un tra-
vail rapportant des revenus supérieurs à toute entreprise agricole qui
98
soit à la base de l'abandon de l'agriculture. En l'occurrence à Sainte-
Flore, ces revenus proviendraient des emplois générés par l'implantation
de la compagnie Laurentide Pulp à Grand'Mère.
Ce nouveau statut de prolétaire ou de semi-prolétaire peut tendre à
accroître la mobilité de ces travailleurs à un certain moment, s'ils ne
trouvent plus à l'extérieur de l'agriculture et à proximité les ressour-
ces économiques dont ils ont besoin. Or, chez les résidents de Sainte-
Flore, bien qu'il soit impossible pour le moment d'identifier précisément
le cas de chacun des migrants, On peut conclure qu'à court terme du moins
cette prolétarisation des ruraux a favorisé la sédentarité. Durant la
période 1891-1897, en effet, le taux d'émigration des ménages résidant à
l'extérieur' de Grand'Mère descend à 4,8% alors qu'il était de 5 à 6%
pendant la décennie antérieure. Les nouvelles activités économiques se
substituant à l'agriculture ont pu amener un accroissement du niveau de
vie et ainsi favoriser une plus grande sédentarité des ménages.
En postulant que la mobilité est générée par les besoins économiques
des familles, l'analyse de l'agriculture doit tendre à évaluer dans quelle
mesure l'exploitation agricole fournit à son propriétaire les ressources
nécessaires à la famille. Quelle est, en somme, l'incidence de la taille
et de la productivité de l'exploitation agricole sur la mobilité? Com-
parons les sédentaires et les émigrants sous ce rapport.
Les familles émigrantes et sédentaires ayant déjà été identifiées,
il a été possible de relever pour chacune d'elles, les informations que
livrent les recensements agricoles disponibles, soit celui de 1861 et de
99
de 1871. Les exploitants ont été identifiés comme sédentaires ou émigrants
selon qu'ils se trouvent ou nOn dans les recensements disponibles au COurs
des décennies 1860 à 1870 et 1870 à 1880. Ces résultats ne représentent
toutefois qu'un portrait de l'exploitant à un moment précis. Son profil
diachronique nous échappe, ce qui diminue d'autant la valeur de ces mesures
dans l'interprétation des deux phénomènes. Les caractéristiques qui feront
l'objet de cette analyse ont été sélectionnées en tant qu'indices révé-
lateurs de la nature des exploitations agricoles; ce sont la superficie
de l'exploitation, le rendement des cultures et la dimension du cheptel.
Tableau 16
Répartition des sédentaires et des émigrants
selon la superficie de terre occupée
Superficies 1861-1871 1871-1881
(acres)
S E S E
a
10 et moins 2 8 16
,
11 a 50 l 1 11 9
,
51 a 100 la 15 24 21
101 à 200 9 10 28 9
Plus de 200 4 6 7 2
a
Comprend aussi les emplacitaires.
S , .
[Link].
E .
[Link].
Source: Recensements du Canada.
100
En ce qui a trait à la superficie de la terre occupée par chaque
représentant des deux groupes (tableau 16), les résultats démontrent
des changements significatifs selon les périodes. Entre 1861 et 1871,
la superficie occupée ne semble influer ni sur l'une ni sur l'autre des
tendances, les deux groupes se retrouvant à peu près dans les mêmes pro-
portions quelle que soit la grandeur de la terre. Par contre, entre 1871
et 1881, il Y a une nette tendance à la sédentarité chez les occupants de
plus de 100 acres: 76% d'entre eux sont sédentaires. Les exploitants
qui possèdent de 11 à 100 acres figurent dans les deux groupes à part
égale, tandis que les deux-tiers des occupants de 10 acres et moins
sont émigrants.
Le tableau 17 indique la répartition des deux groupes selon la super-
ficie des terres améliorées; il confirme les constatations précédentes:
la surface améliorée n'est pas associée . à l'une ou l'autre des tendances
entre 1861 et 1871, mais 65% des propriétaires de Il acres et plus sont
sédentaires durant la période 1871-1881.
Ces résultats démontrent qu'il s'établit une différenciation au
cours de la seconde période entre les agriculteurs, selon la dimension
de leurs exploitations. Les exploitants possédant un fondsde terre plus
important, acquièrent une plus grande stabilité, tandis que chez les
petits exploitants, les activités agricoles n'atteindraient pas un niveau
suffisant pour leur permettre de vivre de leur exploitation.
Nous avons poursuivi l'analyse comparée en examinant la producti-
vité du sol occupé. Cet indice permet d'estimer le potentiel agricole des
lots exploités par les colons. Dans les paroisses de colonisation loca-
101
lisées sur les contreforts des Laurentides, l'agriculture ne bénéficie
souvent que de quelques îlots de sol fertile qui sont eux-mêmes soumis
à des contraintes selon les cultures qu'on y pratique. Ce facteur
exerçait de fortes pressions sur l'entreprise agricole. Les cultiva-
teurs occupant de mauvaises terres ont pu être incités à ne pas mainte-
nir leur exploitation à Sainte-Flore. Nous avons donc tenté de voir les
liens entre la qualité du sol et la mobilité.
Tableau 17
Répartition des sédentaires et des émigrants
selon la superficie de terre améliorée
Superficies 1861-1871 1871-1881
améliorées
(acres) S E S E
10 et moins 11 15 16 14
11 à 20 10 12 17 9
21 à 50 3 5 28 14
Plus de 50 9 5
SS'd .
e [Link].
E .
[Link].
Source: Recensements du Canada.
Avant de prendre connaissance du tableau relatif à la productivité,
il faut en souligner les limites. Seulement deux cultures importantes ont
pu être retenues, soit l'avoine et le foin. De plus, l'impossibilité de
102
mesurer les rendements à long terme empêche l'évaluation réelle du
potentiel des terres, celles-ci pouvant être très productives au début
de leur mise en valeur et s'épuiser rapidement en raison de certaines
carences du sol.
Tableau 18
Répartition des sédentaires et des émigrants
selon le rendement des cultures
a
Minots d'avoine 1861-1871 Tonneaux de foin 1871-1881
par acre S E par arpent S E
12 et moins 5 5 50 et moins 7 10
13 à 20 9 12 51 à 100 23 13
21 à 30 o 4 101 à 150 12 2
31 et plus 5 5 151 et plus 7 5
a NOUS avons choisi les deux principales cultures dont il est possible de
calculer les rendements dans les deux recensements.
Source: Recensements du Canada.
La répartition des agriculteurs selon les rendements de la culture
de l'avoine en 1861 (tableau 18) indique que la mobilité n'entretient pas
de lien avec cette variable durant la période 1861-1871. Par contre, le
rapprochement entre les rendements de la culture du foin en 1871 et la
mobilité donne des résultats inverses à ceux observés à partir du recen-
sement de 1861. On note en effet une tendance à la sédentarité propor-
tionnelle à l'augmentation des rendements, bien que celle-ci décline
103
chez les exploitants obtenant les plus hauts rendements. Chez ceux dont
la productivité est la plus faible l'émigration est légèrement supérieure
à la sédentarité. Ici, la qualité du sol semble donc importer davantage
dans l'explication de la mobilité.
Pour compléter notre analyse, nous avons évalué l'importance du
cheptel possédé par les deux groupes étudiés (tableau 19). Ces résultats
prennent le même sens que les . précédents. Durant la première période, ce
facteur influence peu la mobilité. Par contre, entre 1871 et 1881, la
proportion de sédentaires croît avec la dimension du cheptel. Les émi-
grants se concentrent dans la catégorie des propriétaires de trois animaux
et moins.
Tableau 19
Répartition des sédentaires et des émigrants
selon le cheptel possédé
a
Nombre de têtes 1861-1871 1871-1881
s E s E
o à 3 9 11 16 31
4 à 9 14 15 21 13
10 à 20 l 6 22 12
21 et plus o o 16 l
a
Ce sont l'ensemble des chevaux, bovins, moutons et porcs possédés par
chaque exploitant recensé.
104
L'analyse de ces caractéristiques agricoles converge vers la même
conclusion: l'importance de l'exploitation agricole ne concourt à la
sédentarité qu'à partir du moment où l'agriculture en général a passé
le stade de la mise en valeur primitive et dispose d'un minimum d'in-
frastructures et de marchés permettant une meilleure productivité et un
début de commercialisation. Les années difficiles des premiers défri-
chements, liées aux contraintes du milieu, engendrent l'instabilité chez
les colons. Dans ce contexte, l'agriculture n'atteindrait pas un niveau
de productivité et de rentabilité suffisant pour les inciter à poursuivre
leur exploitation dans la paroisse. Dans une économie basée sur l'agri-
culture de subsistance et où le régime démographique exerçait de fortes
pressions sur les conditions de vie, les familles qui ne disposaient pas
de ressources agricoles suffisantes étaient confrontées à l'émigration.
B. L'exploitation forestière: La forêt a toujours été une ressource
indispensable pour les collectivités en région de colonisation. L'impact
de l'exploitation forestière sur l'économie rurale est double. D'une
part, elle influe sur l'agriculture par les marchés qu'elle crée pour
les produits agricoles Sur les lieux d'abattage; d'autre part, elle cons-
titue une source d'emploi saisonnier pour la main-d'oeuvre rurale qui
s'adonne à la coupe du bois sur les lots de ferme ou dans des chantiers
des entrepreneurs. Les conjonctures de l'industrie forestière peuvent
donc avoir influencé les mouvements migratoires. A priori, il paraît
plausible d'affirmer qu'un cycle de production forestière à la hausse
entraîne une diminution de l'émigration et une augmentation de l'immi-
105
3
gration, alors qu'un cycle à la baisse aurait l'effet inverse. Voyons
ce qu'il en est.
La période antérieure à 1866 est marquée par une lente évolution
de la production forestière et une forte émigration. A partir de 1869
iusqu'en 1873. la coupe de l'épinette s'accroît considérablement: le
pin suit un mouvement parallèle bien que moins accentué. A ce cycle,
correspondent des taux d'émigration inférieurs à ceux de la période
antérieure. Puis il yale déclin de la production forestière à partir
de 1874 jusqu'en 1879, les plus mauvaises années se situant entre 1877
et 1879. Sauf une brève reprise entre 1880 et 1883, le cycle à la baisse
se poursuit jusqu'en 1888. Cette fois, la baisse de la production amor-
cée en 1874 n'est pas accompagnée tout de suite d'une hausse de l'émi-
gration. Au contraire, entre 1874 et 1877, le taux d'émigration est un
des plus bas enregistré dans la paroisse au 1ge siècle. Mais quand la
crise atteint son sommet, une forte hausse de l'émigration s'ensuit,
atteignant 9,7% entre 1878 et 1880. A partir de 1880 jusqu'à la fin
du siècle, le taux d'émigration diminue et se maintient entre 5 et 6 %.
La crise du bois qui se poursuit après 1880 n'a donc pas entraîné un
accroissement des départs. L'apparition de nouveaux marchés pour le
bois franc de même que pour le bois de pruche à la même époque, grâce
à l'ouverture du chemin de fer des Piles et à l'exploitation de fours
à charbon de bois aux Piles, a sans doute atténué les répercussions du
3Les données sont tirées de: René Hardy et al., L'exploitation
forestière e.n Mauricie, Dossier statistique 1850'-1930, Trois-Rivières,
Groupe de recherche sur la Mauricie, 1980, (Cahier no. 4). Cette pu-
blication permet de périodiser le volume de la production en provenance
des entreprises d'exploitation forestière oeuvrant en Mauricie.
106
déclin du bois de sciage. Après 1887, la demande pour le bois à pâte
créée par l'implantation de l'usine Laurentide pulp, a réactivé l'ex-
ploitation forestière dans la région de Sainte-Flore. Ces conditions
locales favorables ont pu contribuer à maintenir la mobilité à un
niveau relativement bas durant les vingt dernières années du 1ge siècle.
Du côté de l'immigration, la courbe semble évoluer de façon parallèle à
celle de la production de bois, sauf pour les années 1861 à 1866 et 1878
à 1880 où une faible production coïncide avec une forte immigration.
S'il Y a concordance entre les courants migratoires et les conjonc-
tures de l'exploitation forestière à certaines périodes, d'autres facteurs
tout aussi déterminants semblent avoir joué dans les migrations. Ainsi,
un déclin de l'activité forestière a pu avoir pour effet de forcer les
cultivateurs à développer davantage leur exploitation agricole afin d'en
tirer leur subsistance. Le simple rapp~ochement des courbes ne permet
pas de dégager des conclusions probantes quant au rapport entre l'économie
forestière et la mobilité à Sainte-Flore.
Pour l'autre volet des activités forestières, soit la coupe du bois
par les exploitants, les statistiques ne sont disponibles que pour
l'année 1871. L'identification des sédentaires et des émigrants chez
ce groupe (tableau 20) indique qu'il y a peu ou pas de relation entre
la quantité de bois coupé et l'une ou l'autre des options. Mais le
fait que 40% des producteurs de plus de 100 billots émigrent soulève
l'hypothèse que plusieurs occupants de terres ne se fixent à Sainte-Flore
que le temps de couper le bois de commerce sur leurs lots. Les terres
de ces exploitations ne se prêtaient peut-être pas à une véritable exploi-
107
tation agricole et leurs propriétaires n'étaient pas nécessairement de
véritables agriculteurs. Pour le moment, ce faible éChantillonnage et
le manque d'information sur ces producteurs empêchent de dégager le
rôle exact de cette activité dans la mobilité.
Tableau 20
Répartition des sédentaires et des émigrants
selon le nombre de billots coupés
a
Nombre de billots 1871 - 1881
Sédentaires Emigrants
Moins de 100 18 12
100 à 500 18 14
Plus de 500 15 Il
Aucun 16 12
aIl s'agit du bois coupé par les exploitants recensés en 1871 et qui
sont présents ou non au recensement de 1881.
Source: Recensement du Canada.
C. L'industrialisation: L'implantation de l'usine de pâte de la compa-
gnie Laurentide pulp à Grand'Mère en 1887 est sans contredit le principal
facteur à l'origine des forts courants migratoires observés dans la pa-
roisse durant les quinze dernières années du 1ge siècle. Cette in-
dustrie a été une source d'emploi importante pour la main-d'oeuvre
rurale, d'abord lors de l'aménagement des chutes et de la construction
108
de l'usine et ensuite par ses besoins en matière ligneuse qui ont
créé un important débouché pour le bois coupé par les cultivateurs et
accru l'activité dans les chantiers en Haute-Mauricie. L'implanta-
tion de l'usine à Grand'Mère a entraîné le peuplement rapide de la
future ville et aussi l'occupation des zones résiduelles de la partie
rurale de la paroisse. Le grand nombre d'immigrants relevés entre
1891 et 1897 en témoigne. Ces nouvelles populations étaient sanS doute
composées en majorité de travailleurs journaliers mais aussi de culti-
vateurs attirés par les perspectives de travail que laissait miroiter
l'essor de Grand 'Mère. Ils formaient une population instable qui arri-
vait et quittait la paroisse au rythme de la demande en main-d'oeuvre.
On note aussi la multiplication, en dehors du territoire de Grand'
Mère, du nombre de ménages emplacitaires ou qui ne cultivent plus; ceux-
ci passent de 21 en 1887 à 92 en 1896. L'émigration constatée entre
1891 et 1897 serait en partie le fait de ces emplacitaires journaliers
établis sur des terres non exploitées, sanS doute à cause de leur infer-
tilité et qu'ils ont été contraints d'abandonner lorsque le travail à
l'extérieur de l'agriculture vint à manquer.
Les mouvements migratoires de la fin da 1ge siècle tiennent aussi
pour une bonne part à l'arrivée du chemin de fer dans la région en 1879
et de son extension dans la paroisse même durant la dernière décennie du
siècle.
A partir des variables économiques analysées dans ce chapitre, il
appert que ce soit l'importance de l'établissement agricole qui influence
109
le plus directement la mobilité et , cela dépendamment de l'étape histo-
rique où se situe le développement de la ~aroisse. Durant la décennie
1860, la mobilité frappe tous les groupes d'exploitants. Les diffi-
cultés liées à la mise en valeur initiale des établissements agricoles,
de mauvaises conjonctures dans l'industrie forestière, l'absence d'enca-
drement institutionnel (curé, résident, écoles), la faible densité du
peuplement et les lacunes du réseau routier ont pu concourir à divers
degrés à engendrer l'instabilité chez les colons. Puis, à la faveur de
la consolidation des exploitations agricoles, de l'essor de l'exploita-
tion forestière et de l'organisation du cadre paroissial, la population
devient plus stable et des noyaux de familles sédentaires apparaissent
dans les rangs colonisés. Les petits exploitants et les emplacitaires
regroupent alors la majorité des émigrants. Parce que l'agriculture n'est
pas leur principale ressource économique, plusieurs de ces paysans sont
contraints à la mobilité pour assurer leur subsistance. Parmi ceux-ci,
quelques-uns ont dû aller grossir les rangs des journaliers dans les
villes et d'autres, s'adonnant surtout au travail en forêt, ont dû se
déplacer de façon à- suivre la progression spatiale des activités fores-
tières.
CONCLUSION
Nous avons voulu décrire le contexte dans lequel s'est déroulée
la colonisation de Sainte-Flore et les bases économiques de cette
communauté rurale au 1ge siècle. Nous avons aussi tenté de mettre
en rapport ces éléments et l'évolution démographique de la paroisse
dans le but d'éclairer le phénomène de la mobilité spatiale de la
population.
L'étude de la géographie du territoire et son aménagement a fait
apparaître quelques caractéristiques de la colonisation et les défi-
ciences des politiques gouvernementales qui ont gêné le peuplement de
la paroisse. Sa position géographique excentrique l'isolait des centres
les plus peuplés de la vallée du Saint-Laurent; l'étroitesse de la zone
de l'oekoumène viable, les difficultés de mise en place des voies de
communication et les contraintes topographiques et pédologiques du
milieu entraînaient de sérieuses difficultés dans la mise en valeur des
terres.
Les structures d'une économie rurale axée sur l'agriculture d'auto-
consommation et la forêt, associées dans le système agro-forestier, entre-
tenaient des conditions de vie précaires chez cette communauté. Les
colons arrivaient difficilement à dépasser le niveau de la subsistance.
L'absence de marchés stables pour écouler les produits de la ferme et les
111
difficultés inhérentes à l'exploitation agricole en région de coloni-
sation faisaient reposer les établissements agricoles sur des assises
fragiles. Pour assurer sa subsistance, l'agriculteur devait compter
sur les revenus d'appoint obtenus par le travail en forêt. Mais les
mécanismes du système agro-forestier et les crises cycliques de l'éco-
nomie forestière rendaient cette activité souvent peu rentable pour le
cultivateur. Au demeurant, le travail en forêt ne devait être parfois
qu'un pis-aller. Aux prises avec une pauvreté endémique les obligeant
à s'endetter, plusieurs paysans ont dû vendre ou abandonner leurs terres
à leurs créanciers.
Par ailleurs, L'exploitation des ressources forestières en terri-
toire de colonisation a créé un conflit entre les colons et les entre-
preneurs forestiers au sujet de l'appropriation des terres. L'Etat,
complice des intérêts marchands, a permis que cet antagonisme nuise aux
premières poussées colonisatrices. Qu'en est-il de ce conflit par la
suite? Les entrepreneurs forestiers ont-ils occupé des terres propices
à l'agriculture? Il serait opportun d'aborder l'étude de ces entraves
possibles à la colonisation qui n'a pu trouver place dans cette mono-
graphie.
Nonobstant les contraintes qu'il a imposées, ce cadre géo-économique
a été source de peuplement. La population rurale, obligée de quitter les
paroisses surpeuplées de la plaine du Saint-Laurent, recherchait d'abord
des territoires capables de supporter une agriculture viable, comme
c'était le cas dans leurs paroisses d'origine. Sainte-Flore rencontrait
ces exigences et bénéficiait d'un sol suffisamment fertile à certains
112
endroits pour la pratique d'une agriculture commerciale. L'exploitation
forestière commandée par l'industrie du bois de sciage et du bois à pâte
a aussi été très associée au développement de cette paroisse au 1ge
siècle. Les ressources forestières ont été un facteur d'attraction
prédominant à cette époque. Durant la période des premiers défrichements,
les revenus tirés de la forêt assuraient la subsistance. Plus tard, ils
ont permis à certains exploitants agricoles d'améliorer leurs établissements
et ainsi d'échapper à la subsistance. A" la fin du siècle, l'implantation
de l'industrie du bois à pâte au moment où l'industrie du sciage décli-
nait,a stimulé l'économie locale et régionale et a entraîné une nouvelle
phase d'expansion du peuplement de la paroisse. Notre étude a montré que
certaines zones très peu propices à l'agriculture ont été occupées à ce
rooment. Cela a donné naissance à un groupe d'occupants de terre qui ne
cultivaient plus à toute fin utile et que l'on pourrait assimiler davan-
tage à des professionnels de la forêt.
A ces structures se superposait un régime démographique inflation-
niste caractéristique des populations jeunes des paroisses de colonisation.
Sur un territoire où l'oekoumène viable est restreint, ces excédents dé-
mographiques ont créé un déséquilibre dans le rapport hommes-terres. Ce-
ci a multiplié les difficultés pour les familles à établir leurs membres,
engendré un sur~roît ôe main-d'oeuvre débouchant sur le sous-emploi
chronique de l'émigration.
Les mouvements migratoires mis en évidence dénotent une grande mobi-
lité spatiale dans ce milieu durant la seconde moitié du 1ge siècle.
L'émigration atteint de 20 à 50 % des ménages selon les périodes. L'inten-
113
sité maximum du mouvement se situant entre 1861 et 1866 et entre 1878
et 1880. Les ménages immigrants forment de 20 % à 65 % des unités
recensées; les proportions les plus élevées se rencontrent évidemment
durant la période initiale de peuplement jusqu'en 1874. A la fin du
siècle, le développement de Grand'Mère donne lieu à un mouvement d'immi-
gration sans précédent: 360 ménages arrivent à Sainte-Flore entre 1891
et 1897 et de ce nombre Grand'Mère en accapare 60%.
Dans cette étude, les courants d'immigration ont été expliqués
par la disponibilité des terres, l'accessibilité de nouvelles zones de
l'oekoumène et l'émergence d'activités industrielles. Il est plus
difficile de discerner les ressorts de l'émigration à travers la pério-
disation que nous en avons faite. Hormis la période initiale de peu-
plement entre 1861 et 1866 où ce sont principalement les difficultés
liées à l'ouverture du territoire qui génèrent l'instabilité, l'expli-
cation des diverses phases d'émigration renvoie à des causes complexes
qui tiennent à la fois de facteurs conjoncturels et structurels. Nous
avons essayé d'identifier les causes de cette mobilité en isolant quel-
ques données d'ordre économique relatives à chacun des ménages.
L'analyse des données agricoles a montré que la tendance à la mobi-
lité variait selon l'importance des exploitations agricoles, une fois
passée l'étape des premiers défrichements. Ainsi, durant la première
décennie d'existence de la paroisse, les exploitants les mieux dotés
n'inclinent pas davantage à la sédentarité que les petits exploitants
ou les moins nantis. Les contraintes et difficultés de toutes sortes
rencontrées durant la période d'ouverture d'une nouvelle paroisse
114
auraient alors un effet plus déterminant sur la mobilité. Par contre,
une relation différente entre l'agriculture et la mobilité se dessine
durant la décennie suivante. En effet, les émigrants se rencontrent
alors en majorité chez les petits agriculteurs et les emplacitaires.
Ce sont les conditions économiques propres à chaque exploitant qui
orienteraient leur choix de migrer ou non à cette époque.
L'étude des ménages selon leur lieu de résidence vient appuyer
cette dernière hypothèse. On a vu en effet que la mobilité touchait
surtout les résidents des rangs colonisés de plus récente date et
g@nés par les conditions physiques du milieu qui se pr@tait davan-
tage à l'exploitation forestière qu'à l'agriculture. Au cours de la
dernière décennie du siècle, s'ajoute aux facteurs précédents l'insta-
bilité engendrée par le travail saisonnier à l'usine Laurentide, auquel
s'adonne un grand nombre de résidents de Grand'Mère et des rangs avoi-
sinants.
Cet essai en vuede circonscrire les causes de la mobilité visait
d'abord à dégager des tendances chez des groupes donnés de ménages. De
ce fait, elle n'a pu rendre compte de nombreux cas de mobilité qui échap-
pent à l'interprétation générale. Dans cette optique, notre analy se a
permis, croyons-nous, d'isoler et de préciser des h 1Pothèses intéressantes
pour la compréhension de la mobilité géographique en milieu rural. Cette
recherche a, d'une façon plus générale, décrit le processus de formation
et les étapes de l'évolution d'une paroisse située sur le front pionnier
en Mauricie, de m@me que les premières transformations qu'elle a subies
au contact de l'industrialisation.
ANNEXE A
Baptêmes, mariages et sépultures à Sainte-Flore
(1860-1901)
Année Baptêmes Mariages sépultures Accroissement
naturel
1860 9 1 6 3
1861 15 2 2 13
1862 21 5 4 17
1863 24 5 2 22
1864 30 1 6 24
1865 26 2 6 20
1866 28 5 15 13
1867 37 6 14 23
1868 31 (33 ) 3 14 (21) 17
1869 49 8 17 32
1870 37 13 (16 ) 16 (21 ) 21
1871 46 (53 ) 8 (10 ) 16 (18 ) 30
1872 65 (69 ) 5 ( 7) 17 (22 ) 48
1873 61 (70 ) 5 ( 6) 14 (19 ) 47
1874 58 (71) 6 20 (27 ) 38
1875 66 (79 ) 4 6) 12 (19 ) 54
1876 70 (87 ) 7 8) 16 (19) 54
1877 53 (63 ) 5 ( 6) 17 (22 ) 36
1878 61 (90 ) 9 (12 ) 27 (36) 34
1879 55 (79 ) 6 ( 8) 18 (36 ) 37
1880 57 (91 ) 5 (12 ) 24 (32) 33
1881 64 (79 ) 14 (23 ) 34 (41) 30
1882 84 (121) 14 (16 ) 28 (34 ) 56
1883 99 (115 ) 9 (14 ) 15 (20 ) 84
1884 92 (105 ) 11 (14 ) 5 (20) 87
1885 68 (69 ) 14 14 (18 ) 54
1886 62 (65 ) 21 37 (41 ) 25
1887 73 (80 ) 7 25 (28) 48
1888 81 (86 ) 18 35 46
1889 104 (112 ) 9 49 (51) 55
1890 94 (103 ) 16 40 54
116
ANNEXE A (suite)
Année Baptêmes Mariages sépultures Accroissement
naturel
1891 102 (114) 16 43 (45) 59
1892 99 (111) 18 51 (52) 48
1893 121 (137 ) 12 45 76
1894 115 (130 ) 26 41 74
1895 133 12 55 78
1896 144 15 31 105
1897 152 17 105 47
1898 105 22 (29) 54 51
1899 103 23 131 -28
1900 132 15 103 29
1901 112 15 102 10
()Chiffres incluant les dessertes.
ANNEXE B
Chronologie paroissiale
1855 Arpentage du territoire de Sainte-Flore.
1856 Construction du chemin des Piles.
1857 Vente des premiers lots.
Ouverture d'une scierie sur la rivière Shawinigan.
1858 Construction d'une chapelle.
1862 Erection canonique de la paroisse.
1863 Erection civile de la paroisse .
1866 Construction de l'église.
1867 Nomination du premier curé, Jean-Baptiste Chrétien.
1868 Formation de la Commission scolaire.
1874 Annexion d'une partie du premier rang du canton Shawinigan.
1882 John Forman fonde la compagnie Canada pulp et amorce les travaux
d'aménagement des chutes de Grand'Mère.
1883 Faillite de la Canada Pulp Co.
1885 Détachement du territoire de Saint-Jacques-des-Piles.
1887 Annexion d'une partie du premier rang du canton Shawinigan.
Formation de la compagnie Laurentide Pulp par John Forman et reprise
des travaux d'aménagement des chutes et de la construction de l'usine
de pâte à Grand'Mère.
1897 Construction de la seconde église.
1898 Détachement du territoire du village de Grand'Mère.
1901 Détachement du territoire de la paroisse Saint-pierre de Shawinigan.
BIBLIOGRAPHIE
l LES SOURCES
A. Sources manuscrites:
Archives de la paroisse Sainte-Flore.
Registre des délibérations de la Fabrique, 1866 à 1901.
Recensements paroissiaux (Cahiers des âmes), 1867, 1874,1878,
1880, 1886, 1891, 1896, 1897.
Acte de cotisation de la paroisse de Sainte-Flore pour subvenir
aux dépenses nécessaires à la construction d'une église ••.
16 juin 1865.
Divers documents et notes historiques sur l'organisation reli-
gieuse et civile de la paroisse.
Archives de la municipalité de la ville de Grand'Mère.
Registres des délibérations du Conseil municipal de la paroisse
Sainte-Flore, 1863 à 1901.
Registres des délibérations du Conseil municipal de la ville de
Grand'Mè·re, 1898 à 1901.
Registre pour procès-verbaux et répartitions de routes (Sainte-
Flore) •
Archives judiciaires du district de Shawinigan.
Registres d'état civil de la paroisse Sainte-Flore, 1876 à 1901.
Archives nationales du Québec à Trois-Rivières.
Registres d'état civil des paroisses Saint-Etienne, 1860 à
1862; Saint-Boniface, 1862 à 1868; Sainte-Flore, 1865 à
1875.
119
Archives du Séminaire de Trois-Rivières.
Rayon B l - Clergé 18, 19, 20.
Rayon D 4 - Colonisation 9, Il, 12.
Rayon F l - Sainte Flore.
Rayon F 3 - Grand'Mère.
Rayon N l - Mauricie: Colonisation 28; Histoire 58 à 74;
Industrie 75.
Rayon N 2 - Le Saint-Maurice: Chemins de colonisation 2;
Les Piles 51.
Rayon R l - Fonds Auguste Désilets, 83 à 99.
Archives de l'évêché de Trois-Rivières.
Procès-verbaux des visites pastorales de la paroisse Sainte-
Flore, 1871 à 1896.
Rapports annuels des curés de la paroisse Sainte-Flore à
l'évêché, 1862 à 1896.
Recensements du Canada (nominatifs), 1861, 1871, 1881.
B. Sources imprimées:
1. Journaux
Pour la périOde 1850 à 1910, L'Ere Nouvelle, Le Constitu-
tionnel, Le Journal des Trois-Rivi~res, La Paix,
Le Trifluvien, Le Nouveau Trois-Rivières. L'index
thématique de ces journaux constitué par le
Groupe de recherche sur la Mauricie de l'U.Q.T.R.
a été consulté.
2. Publications gouvernementales
Appendices aux Journaux de l'Assemblée législative du
Canada, 1850 à 1869.
120
Documents de la Session du Canada de 1860 à 1869.
Rapports annuels du commissaire des terres de
la Couronne.
Rapports annuels du ministre de l'agriculture.
Documents de la Session du Québec de 1869 à 1902.
Rapports annuels du commissaire de l'agriculture
et des travaux publics (ou de la colonisation).
Rapports annuels du commissaire des terres de
la Couronne (ou des terres et forêts).
Rapports annuels de la société d'industrie laitière.
Recensements du Canada, 1861, 1871, 1881, 1891, 1901.
La vallée du St-Maurice et les avantages qu'elle offre
à l'industrie, au commerc~et à la colonisation.
Ottawa, Département de l'agriculture, 1887, 32 p.
Annuaire statistique, 1ère année. Québec, Bureau statis-
tique, 1914.
3. Cartes:
Plan de partie des lignes latérales de la Seigneurie du
Cap-de-la-M~deleine depuis la rivière St-Maurice
jusqu'à la profondeur de 20 lieues et de lignes
traversant cette seigneurie et le Township Radnor,
et de deux concessions sur la rivière St-Maurice.
Arpenté en 1853 et 1854 par John Ralph.
plan de partie de la Seigneurie du Cap-de-la-Magdeleine.
Arpenté dans le cours des annéés 1855 et 1855 par
J.P. Bureau. Echelle, 20 arpents au pouce.
plan of part of the Seigniory of Cap-de-la-Madeleine.
Surveyed in the years of 1855, 1856, by J.P. Bureau.
Crown and Office, April 1857. Echelle, 20 arpents
au pouce.
Plan officiel de la paroisse de Ste-Flore, comté de
Champlain. Echelle, 5 arpents au pouce.
121
Extrait du plan officiel de la paroisse de Ste-Flore,
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