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Ce mémoire présente une étude de la paroisse Sainte-Flore en Mauricie, se concentrant sur l'économie, la population et la mobilité géographique entre 1860 et 1901. L'auteur, Guy Trepanier, utilise des recensements paroissiaux pour analyser les dynamiques démographiques et migratoires, tout en intégrant des éléments de géographie et d'économie régionales. L'étude vise à comprendre l'impact de l'industrialisation et de l'urbanisation sur la société rurale québécoise.

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Ce mémoire présente une étude de la paroisse Sainte-Flore en Mauricie, se concentrant sur l'économie, la population et la mobilité géographique entre 1860 et 1901. L'auteur, Guy Trepanier, utilise des recensements paroissiaux pour analyser les dynamiques démographiques et migratoires, tout en intégrant des éléments de géographie et d'économie régionales. L'étude vise à comprendre l'impact de l'industrialisation et de l'urbanisation sur la société rurale québécoise.

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UNIVERSITE DU QUEBEC

MEMOIRE PRESENTE A
UNIVERSITE DU QUEBEC A TROIS-RIVIERES

COMME EXIGENCE PARTIELLE DE LA MAITRISE


EN ETUDES QUEBECOISES

PAR

GUY TREPANIER

ECONOMIE, POPULATION ET MOBILITE GEOGRAPHIQUE


EN MILIEU RURAL: LA PAROISSE SAINTE-FLORE
EN MAURICIE, 1860-1901

AVRIL 1983
Université du Québec à Trois-Rivières

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ou cette thèse. Notamment, la reproduction ou la publication de la totalité
ou d’une partie importante de ce mémoire ou de cette thèse requiert son
autorisation.
ii

AVANT-PROPOS

Cette monographie de la paroisse Sainte-Flore se veut d'abord

une étude du monde rural québécois du 1ge siècle. Elle s'inscrit

dans la foulée des recherches portant sur la société régionale,

menées par le groupe de recherche sur la Mauricie.

Amorcée à l'intérieur du programme de maîtrise en études québé-

coises, notre réflexion sur la société rurale nous a amené à privi-

légier la monographie paroissiale comme instrument d'appréhension de

cette société. Par la micro-analyse qu'elle autorise, la monographie

permet de vérifier des hypothèses, de mettre en évidence des phénomènes

à partir d'un échantillon de population sur lequel on peut tenter

d'effectuer diverses mesures ou observations empiriques. Ces résultats

peuvent ensuite répondre à certaines interrogations sur l'ensemble de

la société régionale.

Au départ, nous voulions faire l'histoire de cette paroisse jusqu'à

l'apparition de l'industrie et de l'urbanisation d'une partie de son

territoire qui deviendra la ville de Grand'Mère au début du 20e siècle.

Nous nous proposions de suivre l'évolution démographique, économique et

sociale de cette paroisse en mettant l'accent sur les transformations

que l'implantation de l'usine de la Laurentide Pulp Co. en 1887 a

entraînées tant au niveau économique que social. Au fil de notre

recherche, nous avons vite constaté les difficultés de mener à terme de


iii

de façon satisfaisante, une étude aussi vaste dans le cadre d'un mémoire

de maîtrise.

Nous avons alors opté pour une utilisation plus systématique de

notr~ documentation sur le comportement démographique des habitants de

Sainte-Flore. Ces sources consistent en des recensements paroissiaux

nominatifs dressés par les curés à des intervalles de quatre à sept ans

entre 1867 et 1897. L'analyse de ces listes laissait entrevoir des

possibilités d'études fort intéressantes et inédites pour la région,

compte tenu de la rareté de telles sources dans les archives paroissiales.

Ces recensements permettent entre autres de repérer et d'évaluer préci-

sément les entrées et les sorties des familles de Sainte-Flore et donc

dtétudier la mobilité spatiale de la population. Nous savons déjà

l'ampleur qu'ont pris les mouvements migratoires au Québec entre 1840 et-

1930. Des études récentes ont démontré également l'importance du phéno-

mène au Saguenay. Il nous est apparu intéressant de voir ce qu'il en

était pour une paroisse de la Mauricie. Voilà donc comment nos premières

ébauches d'une monographie paroissiale ont été orientées vers une étude

plus démographique que nous avons été soucieux d'intégrer à la géographie

et à l'économie régionales.

La réalisation de ce mémoire a été rendue possible grâce à la

patiente et l'aimable collaboration de notre directeur de recherche,

M. René Hardy. Sa critique et ses remarques pertinentes ont enrichi

notre texte. Nous lui en sommes reconnaissant. Nous remercions aussi

M. Normand Séguin qui par ses travaux de recherche et sa lecture atten-

tive du manuscrit nous a été d'une aide précieuse. Enfin, nous exprimons
iv

notre gratitude à M. llabbé Langevin, curé de Sainte-Flore, au pp.r-

sonnel de llhôtel de ville de GrandlMère et aux responsables des centres

d1archives visités pour avoir facilité nos recherches.


v

TABLE DES MATIERES

Page

AVANT-PROPOS. .. ······...·····.. ii

TABLE DES MATIERES.


····· v

TABLE DES SIGLES.


· ···· vii

LISTE DES TABLEAUX.


····· .···· viii

LISTE DES CARTES ET FIGURES


· · · · · · . . . x

LISTE DES ANNEXES


····· ···· xi

INTRODUCTION. • • 1

PREMIERE PARTIE: ESPACE ET ECONOMIE. • 7

CHAPITRE 1: Le territoire paroissial. 8

A. Le site • 8
B. Formation de l'espace •• 10

CHAPITRE II: La marche du peuplement •• 20

CHAPITRE III: L'économie rurale • 31

A. L' agr iculture • • • • • 31


B. L'exploitation forestière • • • • • • • • • •• 45
C. Industries, commerces et chemin de fer. 49

DEUXIEME PARTIE: LA POPULATION • • • • • • • • • 53

CHAPITRE IV: Les effectifs démographiques 55

A. Les sources • • • • • • • • • • • • 55
B. La croissance de la population. • • • • • • •• 62
C. Le mouvement naturel de la population • 67
D. Les soldes migratoires. • . • • • • • 72
vi

TABLE DES MATIERES (suite)

CHAPITRE V: Les mouvements migratoires. • 75

A. Sources et méthodologie • 76
B. L'émigration . • 78
C. L'immigration • • • • • • • • • 83

TROISIEME PARTIE: EXPLICATION DE LA MOBILITE • • • • • 88

CHAPITRE VI: Occupation du territoire et mobilité • 91

CHAPITRE VII: Economie et mobilité •• 96

A. Agriculture • • • • • • • 97
B. Exploitation forestière • 104
C. Industrialisation . • • • 107

CONCLUS ION. • • • • • • ~ . • • • • • • • • • • • • • • • • •• 110

ANNEXES • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • 115

BIBLIOGRAPHIE • • • • • • • • • • • • • • 118
vii

TABLE DES SIGLES

AJALC Appendices aux Journaux de l'Assemblée législative


du Canada

ASTR Archives du séminaire -de Trois-Rivières

DSC Documents de la Session du Canada

DSQ Documents de la Session du Québec

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française


viii

LISTE DES TABLEAUX

Tableau Page

1. Répartition des ménages selon les rangs en 1865, 1874 21


et 1891 • • • • • • • • • • • • •

2. Nombre de ménages d'agriculteurs et d'emplacitaires 35


(1861-1896). . . • . • • • • • •••••••••

3. Répartition des occupants de terre selon l'espace occupé 37


(1861-1891). • • • . • • • • • • • • •••

4. Evolution de l'utilisation du sol (1861-1891) • • 38

5. Répartition en % de l'espace en culture (1861-1891) • • 40

6. Production moyenne par occupant • • • .. . 41

7. Rendement des principales cultures • 41

8. Production de bois sur les fermes en 1871. • 48

9. Population de la paroisse Sainte-Flore (1860-1901) 65

10. Population du poste, du village et de la ville de Grand' 66


Mère (1890-1901) • • • • • • • • • • • ••

Il. Taux de natalité, mortalité et d'accroissement naturel 69


à Sainte-Flore (1860-1901) • • •• • • • • • • • •

12. Mouvements migratoires d'après les soldes migratoi'res à 73


Sainte-Flore (1860-1897) • • • • • • • • • •

13. Ménages émigrant de Sainte-Flore (1861-1897) • 80

14. Ménages immigrant à Sainte-Flore (1861-1897) • 84

15. Répartition des couples sédentaires et émigrants selon le 93


lieu de résidence dans la paroisse

16. Répa~tition des sédentaires et des émigrants selon la super- 99


fic ie de te r re occupée • • • • • • • •
ix

LISTE DES TABLEAUX (suite)

Tableau Page

17. Répartition des sédentaires et des émigrants selon la 101


superficie de terre améliorée.
·····
18. Répartition des s~dentaires et des émigrants selon le 102
rendement des cultures .··· -
·····
19. Répartition des sédentaires et des émigrants selon le 103
cheptel possédé. ....··· ·····
20. Répartition des sédentaires et des émigrants selon le 107
nombre de billots coupés
··· · ···
·
x

LISTE DES CARTES ET FIGURES

Page

A. Cartes

1. Localisation de la paroisse Sainte-Flore en Mauricie. 9

2. Réseau routier de Sainte-Flore au 1ge siècle. 29

3. Potentiel agricole des sols de Sainte-Flore • 33

4. Evolution territoriale de Sainte-Flore. • • 59

B. Figure

1. Sainte-Flore et Grand'Mère courbes de la population totale 63


xi

LISTE DES ANNEXES

Annexes Page

A. Baptêmes, marjages et sépultures à Sainte-Flore, 115


1860-1901. • • • . • • • • • • • •

B. Chronologie paroissiale. • 117


INTRODUCTION

L'ouverture et le développement des régions excentriques du Québec

a soulevé ces derni~re~ années l'intérêt des historiens. Un nouveau

courant historiographique est apparu qui analyse la colonisation des

terres neuves dans la perspective générale de l'évolution socio-écono-

mique du Québec depuis le milieu du 1ge si~cle.l C'est dans cette

problématique que nous situons notre étude du comportement démographique

à Sainte-Flore.

Pour appréhender le phénom~ne de la mobilité géographique, il faut

d'abord dégager les composantes du mouvement général de colonisation.

Celui-ci s'inscrit dans le contexte des migrations survenues dans

diverses parties du Canada et des Etats-Unis au si~cle dernier. Au Québec,

la population rurale quitte en grand nombre les paroisses des basses

terres du Saint-Laurent pour se diriger soit vers les villes du Québec,

du Canada ou des Etats-Unis, soit vers les territoires neufs au nord et

au sud de la vallée laurentienne.

L'étude des mouvements de colonisation a donné lieu à diverses inter-

prétations. Nous ne voulons pas ici les décrire en détail mais signaler

l
Pour un exposé de l'histoire de la colonisation dans l'historio-
graphie du Québec, voir Normand Séguin, Agriculture et colonisation au
Québec, Montréal, Ed. Boréal Express, 1980, pp. 26-37.
2

les deux principaux courants et exposer succinctement les éléments

essentiels qu'ils renferment. Pour l'un, la colonisation naît d'abord

du surpeuplement des vieilles paroisses seigneuriales qùi poussent leurs

populations à chercher de nouvelles terres pour établir les jeunes géné-

rations. De nouvelles paroisses naissent où l'agriculture tradition-

nellement pratiquée dans les anciennes paroisses peut s'implanter.

Pour ceux qui ne participent pas à ce mouvement, il reste l'exode vers

les villes du pays ou des Etats-unis.

Selon cette approche, les nouvelles paroisses se forment seulement

là où le potentiel agricole du territoire le permet. Les activité agri-

coles s'apparentent à celles des paroisses du vieux terroir seigneurial

et suivent en général le mouvement de l'agriculture québécoise. Les

cultivateurs s'adonnent aussi au travail en forêt durant l'hiver, mais

le secteur agricole demeure leur assise économique fondamentale. Ces

populations essaiment à leur tour lorsque la pression démographique le


2
commande.

L'autre interprétation situe la colonisation dans le schéma général

de l'implantation du capitalisme dans les régiqns périphériques par le

biais de l'exploitation forestière, en quête de matière première et de


3
main-d'oeuvre. La population quitte la vallée du Saint-Laurent, se

2Fernand Ouellet présente cette interprétation dans un compte rendu


du livre de Normand Séguin, La conquête du sol au XIXe siècle, Québec,
Ed. Boréal Express, 1977, 295 p., publié dans Histoire Sociale, vol. X,
no. 20, 1977, pp. 439-47.
3
Normand Séguin a utilisé ce schéma d'analyse dans ses travaux sur
l'agriculture et la colonisation. Voir les ouvrages cités plus haut.
3

dirige vers les zones boisées des Laurentides et ouvre des paroisses

dans le sillage de l'exploitation forestière. Le colon s'appuie à la

fois sur le travail saisonnier en forêt et l'agriculture pour assurer

sa subsistance. Ceci amène l'émergence d'une économie de type agro-

forestier. L'éloignement des marchés, la concurrence d~s activités

forestières, le manque de chemins maintiennent le secteur agricole au

niveau de la subsistance.

Ce type d'économie rend la population très vulnérable à la con-

joncture de l'économie du bois car c'est ce secteur qui lui assure

l'essentiel de ses revenus vu la faible productivité de l'agriculture.

D'où l'existence de migrations fréquentes selon le rythme des crises

et du déplacement des centres de coupe forestière. Sous l'emprise du


/

système agro-forestier, ces paroisses évoluent dans la marginalité. Il

en va autrement dans la vallée du Saint-Laurentru l'agriculture en vient

à dépasser le niveau de l'auto-consommation en se commercialisant de plus

en plus sous l'effet du développement des marchés des villes et de

Y'exportation.

Ce résumé montre bien les divergences entre les deux thèses. Outre

l'interprétation globale de la colonisation, de la rationalité économique

du phénomène, l'opposition se manifeste à propos de la place de l'agri-

culture et du travail en forêt dans l'économie rurale. Toutes deux

reconnaissent que l'agriculture est basée sur la subsi~tance bien que

celle-ci ne procède pas des mêmes causes. La première. l'explique par

les pratiques agricoles traditionnelles des paysans et par la faible

potentialité du sol dans les territoires adossés à la montagne. La


4

seconde reconnaît les causes précédentes, mais impute principaleme~t

la faiblesse de l'agriculture à l'exploitation forestière. Celle-ci,

en imposant une marche forcée du peuplement vers des zones à faible

potentialité et de plus en plus éloignées des premiers centres, empêche

l'émergence d'une agriculture axée sur la commercialisation. L'une

laisse entendre que l'agriculture montre des signes d'affranchissement

progressif de la subsistance, alors que l'autre insiste sur le retard

de cette agriculture par rapport au mouvement de transformation observé

au centre du Québec •

. pour rendre compte encore plus justement de ces deux approches,

il faudrait mentionner plusieurs corollaires et introduire certaines

variantes qui s'y sont greffées. Mais pour nos fins, ces esquisses

suffisent; voyons plutôt quels énoncés elles renferment relativement à

la mobilité.

De par sa définition même, l'étude de la colonisation renvoie à

celle de la. mobilité spatiale. En effet, on entend d'abord par ce terme

l'occupation et la mise en valeur de nouveaux territoires, ce qui

implique des déplacements de populations originaires des anciennes

paroisses vers les nouvelles zones de peuplement. On peut également

penser qu'aussi longtemps que ce milieu ne sera pas suffisamment occupé,

mis en valeur et organisé, sa population aura tendance à être beaucoup

plus mobile. L'ampleur de ces déplacements doit donc être mise en

lumière afin de rendre compte adéquatement des mouvements de coloni-

sation.
5

Les deux approches décrites précédemment soulignent l'existence

d'une mobilité chez ces populations rurales. Ces migrations s'exer-

cent à l'intérieur des régions ou sont orientées vers l'extérieur.

Il est admis que la surcharge démographique des paroisses est une des

principales causes de cet exode. Mais l'approche de l'économie agro-

forestière met ce fait en rapport avec d'autres facteurs qui concourent

davantage à expliquer la mobilité. La pratique d'une agriculture qui

se maintient au seuil de la subsistance et l'offre d'emploi de l'exploi-

tation forestière placent les paysans dans une situation où ils sont

souvent obligés de se déplacer pour assurer la quête du numéraire essen-

tiel à leur survie. De plus, les forts excédents démographiques, le man-

que , de terres arables et la faiblesse de l'économie rurale engendrent le

sous-emploi chronique. Les habitants sont alors obligés de diversifier

leurs sources dremplois traditionnelles. Dans la mesure~ l'agriculture

stagne ou régresse et ne peut absorber de nouveaux exploitants, il en

résulte une prolétarisation de plus en plus grande des paysans, qui dé-
Ol o , 4
b ouc h e sur une p 1 us gran d e mo b 1 1te. Par ailleurs, la mobilité procède

aussi de la nécessité pour les familles paysannes d'assurer l'établisse-

ment des fils tout en évitant de morceler leurs domaines agricoles. Ceci

amène les cultivateurs à rechercher de nouvelles terres là où il y a de


5
bons lots disponibles à bon marché.

4 sur la question de la prolétarisation et de la participation du petit


o

producteur agricole à d'autres activités économiques, voir Normand Séguin,


"Orientation de recherche", Agriculture et colonisation ..._ pp. 189-97.
5
Gérard Bouchard a esquissé cette interprétation de la mobilité
dans "Démographie et société rurale", Recherches Sociographiques, vol.
XIX, no. l, 1978, pp. 7-33.
6

En nous inspirant des approches décrites précédemment, nous allons

examiner dans le cadre de cette étude quelques aspects de la colonisa-

tion de la paroisse Sainte-Flore au 1ge siècle. Notre objectif princi-

pal sera d'évaluer et d'expliquer la mobilité géographique de cette

population, observée dans le contexte de la période de colonisation de

la paroisse. L'analyse que nouS en ferons sera d'abord quantitative

et concernera les ménages ou familles, non les individus. L'étude de la

destination et de l'origine des migrants ne sera pas non plus abordée.

Par contre quelques caractéristiques des familles migrantes seront iden-

tifiées pour éclairer certains aspects de la mobilité.

Cette étude se divise en trois parties. A la suite d'une descrip-

tion de l'espace et de son occupation, nous brosserons d'abord un tableau

de l'économie locale. La seconde partie, consacrée à la démographie

traitera de quelques aspects des dynamismes démographiques et dégagera

l'importance des mouvements migratoires dans cette communauté. Enfin,

en troisième partie, l'explication de la mobilité sera recherchée à

travers les facteurs géographiques et économiques locaux, de même que

dans une analyse des différents types d'exploitations agricoles existant

dans la paroisse.
PREMIERE PARTIE

ESPACE ET ECONOMIE
CHAPITRE l

LE TERRITOIRE PAROISSIAL

A• . Le site: Le territoire de Sainte-Flore est localisé dans la

partie ouest de la vallée du Saint-Maurice et chevauche les basses terres

du Saint-Laurent et les Laurentides. Il se situe dans la zone qui prend

le relais des terrasses sablonneuses du delta du Saint-Maurice et forme

le dernier établissement avant de pénétrer dans l'auge étroite du Saint-

Maurice vers le nord.

Le territoire de Sainte-Flore fait partie de la seigneurie du

Cap-de-Ia-Madeleine, sauf ses extrémités nord-est et ouest situées

respectivement dans les cantons Radnor et Shawinigan. Au Ige

siècle, la paroisse est bornée à l'ouest par celle de Saint-Boniface

et le canton Shawinigan, au nord-ouest par le canton Caxton, au nord

par la chaîne des lacs La Pêche et au sud et à l'est par la rivière

Saint~Maurice. Ces limites renfermaient une superficie de près de 70

milles carrés, à l'époque où le territoire paroissial était à son

extension maximale.

Le réseau hydrographique est constitué de plusieurs lacs, du Saint-

Maurice et de ses affluents dont le plus important est la rivière Shawi-

nigan qui serpente le territoire du nord au sud, à la limite ouest de


9

Carte l
Localis a tion de la pa roi s se S d intc~Flore en Mauricie

; ,
.~.
.,
.~
\

.'
~, ,"
10

la paroisse. L'oekoumène est concentré dans la partie ouest-sud-ouest

et centre-sud de la paroisse et n'occupe qu'un peu moins de la moitié

de la superficie totale du territoire paroissial. Cette zone est

formée de plaines d'origine lacustro-marine composées d'argile et

de drift. La partie nord est traversée par les collines lauren-


. 1
t1ennes.

Comment ce territoire apparaissait-il aux yeux des contemporains

au siècle dernier? Une description instructive en est donnée dans le

recensement gouvernemental de 1861 par celui-là même qui l'a parcouru

afin d'en dénombrer la population. Le recenseur le décrit en ces termes:

••• Cet établissement est tout à fait nouveau et ne compte


encore que peu d'habitations dont le nombre ne dépasse
pas 56 disséminées à une assez grande distance les unes
des autres sur une étendue ou surface d'environ 12 milles
quarrés. Cette partie du comté est en partie couverte de
montagnes et n'a pas encore de chemins ouverts pour commu-
niquer à toutes les habitations dont quelques-unes sont
éloignées de plus de 10 milles des autres ( ••• ) Ce
manque de chemins dans le bois debout joint à la nature du
sol qui est montagneux a été cause d'une grande difficulté
pour prendre le recensement de cette partie du comté ••• 2
Voilà quelques lignes qui campent bien le cadre physique de la popula-

tion de Sainte-Flore à ses débuts.

B. Formation de l'espace: Sainte-Flore est une de ces paroisses

dont la formation résulte de la progression spatiale de l'exploitation

lMonique Déry-Ricard, Un exemple d'urbanisation rurale en devenir:


Sainte-Flore, Québec, Université Laval, 1971, p. 7.
2
Recensement du Canada, 1861 (Manuscrit), Etablissement extra-
paroissial de Sainte-Flore.
11

forestière en Mauricie. Elle a surgi avec l'aménagement du chemin des

Piles entre la Baie de Shawinigan et les Piles, dernier tronçon de l'axe

routier reliant Trois-Rivières aux eaux navigables du Saint-Maurice.

Cette route a été construite par le gouvernement en 1856 pour donner

aux conunerçants de bois une voie d'accès au Saint-Maur ice afin de

faciliter le transport des hoœmes et des marchandises vers les terri-


3
toires de coupe.

L'aménagement de routes donnant aux entrepreneurs l'accès à la

forêt était perçu par l'Etat comme le moyen le plus efficace pour favo-

riser la colonisation de nouveaux territoires: "Le commerçant de bois

est le meilleur précurseur du colon; les besoins de celui-là sont les

agents les plus puissants pour attirer le cùltivateur à sa suite; c'est

là ùn fait qu'on peut observer déjà sur le St-Maurice". Telle était

l'opinion qu'exprimait le cO~üissaire des terres de la Couronne dans


4
son rapport de 1856. Le même rapport mentionne que "deux ans après que

la route de Shawinigan fut terminée, elle se trouvait bordée d'établis-

sements d'une extrémité à l'autre ( ..• ) et que la nouvelle route condui-

sant aux Piles était aussi occupée sur toute sa longueur".

Cette politique d'ouverture du territoire à la colonisation au gré

3"Rapport du commissaire des te'~res de la Couronne pour l'année


1856", AJALC, 1857, vol. 15, app. 5, doc. 25. ' Le coût de cette route
devait être assumé en entier par les commerçants de bois grâce à un
prélèvement de dix louis sur chaque concession forestière mise en vente.
Mais cette taxe aurait à peine payé les intérêts de l'emprunt gouverne-
mental à cette fin. Voir L'Ere Nouvelle, 28 mai 1860, "Disccurs de M.
Dawson sur le budget."
12

des besoins d'infrastructure de l'exploitation forestière, bien qu'elle

donnait aux colons des voies de communication essentielles, introduisait

aussi un type de colonisation improvisé, qui imposait des conditions de

vie très précaires aux premiers habitants d'un territoire. Ceux-ci,

placés devant la nécessité d'amorcer au plus tôt leurs nouveaux établis-

sements, devaient souvent précéder le passage de la route sur les lieux

de colonisation et s'enfoncer dans la forêt loin de voies existantes. Ce

sont précisément les conditions qui ont prévalu lors du début de l'occu-
5
pation des territoires de Sainte-Flore et du canton Shawinigan.

A ces graves carences de l'intervention de l'Etat en matière de

colonisation vient se greffer l'occupation illégale du sol. Le territoire

de Sainte-Flore n'ayant été cadastré qu'après la construction du chemin

des Piles, les premiers lots ne furent vendus qu'à l'automne 1857. Les

pionniers étaient donc tous des squatters. Avant même que le gouvernement

ne mette les lots en vente, il y avait déjà une population assez impor-

tante pour que Theophilus Rickaby prenne l'initiative de construire un

moulin à farine et une scierie sur la rivière Shawinigan à l'endroit où


6
le chemin des Piles allait passer.

L'occupation illégale paraît avoir été une pratique courante dans

5 Ibid • Dans Shawinigan le rapport mentionne que les colons firent


à leur frais des chemins pour aller de 8 à 10 milles au-delà du chemin
du gouvernement.
6
"Rapport du Commissaire des terres ••• 1856", loc. cit. i et
Auguste Désilets, La Grand'Mère, TroiS-Rivières, Ed. du Bien Public,
1933, p. 2.0.
13

les premières années qui ont suivi l'ouverture de Sainte-Flore à la

colonisation. Les journaux font écho à ce problème en commentant la

décision du département des terres de la Couronne, en 1859, d'abolir

les droits des squatters sur les lots qu'ils ont mis en valeur. Le

journal L'Ere Nouvelle écrivait à ce sujet: "Les paroisses de Saint-

Etienne, Sainte-Flore, et Shawinigan contiennent une population de 8 à

900 familles que l'arrêt de M. Vankoughnet (commissaire des terres de la


7
Couronne) va obliger de se disperser au 1er septembre." Nos sources

ne précisent pas le nombre d'illégaux. à Sainte-Flore. ' Cependant, certains

faits permettent d'induire et d'expliquer l'existence de cette pratique

q~i était souvent le seul moyen de contourner les obstacles à la coloni-

sation de ce territoire.

Le contexte dans lequel Sainte-Flore et sa région immédiate ont été

ouvertes à la colonisation est essentiellement dominé par l'exploitation

forestière. Cette partie septentrionale de la seigneurie du Cap-de-la-

Madeleine, à l'entrée des forêts du haut Saint-Maurice dont l'exploitation

commençait à peine au milieu du siècle dernier, recelait encore des lots


8
richement boisés sur lesquels les entrepreneurs faisaient la coupe. Avec

7
L'Ere Nouvelle, 18 juillet 1859, p. 2.

8Le territ0ire de Sainte-Flore faisait partie des concessions fores-


tières de l'entrepreneur George Baptist. Ce dernier y faisait chantier en
1854, cf. Auguste Désilets, op. cit., p. 16. Nous ignorons si les con-
cessions forestières ont été maintenues en vigueur sur tout le territoire
après l'arpentage et le cadastrage du tèrritoire. On sait que des
billets de concession pouvaient être accordés pour des lots inclus dans
une conces~ion forestière. L'entrepreneur avait alors jusqu'au premier
mai apr~s l'émission du billet pour couper le bois. En cas de révocation
de la vente, le lot retournait à la concession forestière. Cf. Jean
Bouffard, Le traité du domaine, Québec, P.U.L., 1977, p. 21.
14

l'arrivée des colons, on imagine facilement la relation conflictuelle

qui allait s'établir avec .les commerçants de bois. Les colons recher-

chaient des terres cultivables et voulaient aussi tirer profit de la

coupe de bois sur leur lot ,alors que les entrepreneurs désiraient con-

server leur privilège exclusif d'exploitation des ressources forestières.

Ils profitaient de la protection de l'Etat qui avait édicté des règlements

contre la concurrence des colons. En fait, l'Etat ne permettait aux

colons détenant des lots sous billet de concession que la coupe du bois
9
nécessaire aux défrichements, au chauffage et à la construction. Mais

cette règlementation dont l'application relevait de l'agent des terres

était très difficile à faire observer à cause de l'étendue du territoire

à couvrir et du manque de chemins praticables.

Il est certain que plusieurs colons sont allés chercher une part

importante de leurs revenus en exploitant illégalement le bcis sur les

lots, du moins dans les premières années d'occupation du territoire, au

moment où les lots étaient bien boisés et qu'il fallait combler le manque
lO
à gagner d'une agriculture naissante. En se servant des chemins fores-

9J.~E. Garon, Historique de la colonisation dans la province de


Québec de 1825 à 1940, Québec, 1940, p. 99.

100ans quelques-uns de ses rapports, le commissaire des terres porte


ces irrégularités à l'attention du gouvernement et se propose d'y remé-
dier. L'inspecteur des agences, A.J. Russell~ suggère même de donner
aux entrepreneurs forestiers le droit de saisir le bois coupé en contra-
vention par les colons. Voir I .e "Rapport d'inspection de l'agence du
St-Maurice par A.J. Russell en 1859". Reproduit dans le "Rapport du
comité spécial chargé de s'enquérir de la condition du commerce de bois
au Canada au point de vue de la colonisation du pays, et de l'action du
gouvernement à cet égard", AJALC, 1863, vol. 21, App. 8. Voir aussi les
Rapports du commissaire des terres de la Couronne pour les années 1856,
loc. cit., et 1860, OSC, 1861, vol. XIX, doc. 15.
15

tiers des entrepreneurs ou en les aménageant eux-mêmes, les colons pou-

vaient acheminer leur bois vers la scierie la pl~s p~oche et le vendre.

L'établissement d'une scierie à Sainte-Flore par le squatter Rickaby,

dès le début de l'occupation du territoire, peut être révélateur de cette

pratique. A Sainte-Flore le boia pouvait aussi devenir un objet de troc

très important, car un des membres de la famille Rickaby, Hamilton, qui

exploitait un magasin général sur les lieux mêmes de la scierie, acceptait


ll
des produits des colons en échange de marchandises.

En Maurici~ le rapport conflictuel entre les colons et le commerçant

de bois a engendré une réaction oppressive de la part de l'Etat vis-à-vis

l'acc~ssj. bilité à la propriété foncière. Les commerçants de bois oeuvrant

parfois eux-mêmes dans la politique, parvenaient à orienter en leur

faveur certaines décisions gouvernementales pouvant affecter directement

leurs exploitations. Le conflit entre les colons et les entrepreneurs

forestiers engendré par une volonté commune de s'approprier les terres

publiques trouvait donc écho dans la politique de l'Etat relativement à

l'ouverture de territoire à la coloni~ation et à la concession des lots.

Les obstacles rencontrés par les premiers colons de Sainte-Flor.e sont

symptomatiques de ce type d'intervention. D'autres faits dans l'histoire

de la colonisation de Sainte-Flore et de sa région dénotent aussi cette

attitude négative de l'Etat vis-à-vis la colonisation.

Quelques · projets visant à ouvrir des territoires à la colonisation

échouèrent à cause d'interventions qui nous semblent provenir des entre-

llL'Ere Nouvelle, 13 janv. 1859, p. 3.


16

preneurs. Bien que sans preuve à l'appui, on peut penser que les

appréhensions que suscitait une colonisation éventuelle de leurs terri-

toires forestiers aient amené les entrepreneurs à presser l'Etat à s'y

opposer. Les exemples suivants tendent à le démontrer.

L'un de ces projets, conçu vers 1860, s'appuyait sur la construction

du chemin du Saint-Maurice qui devait partir du chemin des Piles et

atteindre les rivières Mattawin et aux Rats en passant par les cantons

Shawinigan et Caxton, la seigneurie du Cap~de-la-Madeleine et les


12
cantons Polette et Turcotte. D'après 1·' agent des terres du Saint-

Maurice, cette région était des plus prometteuses pour la colonisation:

••• D'après tous les rapports qui m'ont été faits depuis
quelque temps, tant de la part des arpenteurs que de la part
d'autres personnes compétentes, la partie sud de la ri-
vière aux Rats me paraît la plus avantageuse à établir
pour le présent, ainsi que cette partie des terres de la
·Couronne située au-dessus du Township de Caxton, entre la
petite rivière Shawinigan, le St-Maurice et la rivière
Mattawin. 13

12
"Rapport du comité spécial sur la colonisation", (témoignage · de
Alphonse Dubord agent des terres), AJALC, 1862, vol. 19, App. 1.

l3"Rapport du comité spécial sur la colonisation", (témoignage de


Alphonse Dubord), AJALC·, 1860, voL 17, App.. 5, p. 36.

Il faut être prudent quand il s'agit de dégager la part de vérité


des images parfois très idéalisées des régions à coloniser présentées
par les promoteurs de la colonisation. Ces derniers étaient souvent mûs
par des intérêts pécuniaires. En l'occurrence, l'agent des terres rece-
vait une commission sur les ventes de lots. Et dans le cas de Dubord, il
sera conducteur des travaux du chemin du Saint-Maurice. Le commissaire
des terres de la couronne faisait remarquer dans son rapport de 1862 que
plusieurs cantons impropres à la colonisation avaient été subdivisés
sur la base d'indications err0nnées d'arpenteurs et autres, désireux
d'obtenir quelque emploi (DSC, 1863, vol. 21, doc. 5). Mais le projet
du chemin du Saint-Maurice~'il servait des intérêts particuliers ·
était aussi de nature à favoriser réellement la colonisation comme en
font foi certains témoignages de contemporains plus impartiaux.
17

L'agent Dubord affirmait que d'après le nombre de demandes reçues, la


14
plus grande partie de ce territoire serait vendue en quelques mois.

Les affirmations de l'agent des terres sont reprises par d'autres


. t Grp.8sees
personnes :n ' , a' 1 a co l onlsatl0n.
' - 15

Certes, ce territoire situé dans les Laurentides était en bonne

partie montagneux. Mais les vallées des deux rivières renfermaient des

terres qui se prêtaiznt à une agriculture de subsistance telle qu'on la

·
pra t lqualc
'.L d
ailS les"reglons d l Oillsatlon
e co ' .' au 1 e9Slec~e.
'" 16 Au demeu-

rant, la terre n'était pas le seul facteur d'attraction dans les régions

neuves; le bois était aussi recherché que le sol agricole.

Cependant, l~ territoire du chemin du Saint-Maurice faisait partie

du plus riche domaine forestier concédé aux commerçants de bois en

14 Ibid .

15 VOlr
. l e rapport de Richard Lanigan sur le comté de Saint-Maurice,
i n ''Rapport du comité spécial. •• ", AJALC, 1862, et l'opinion du curé de
Sainte-Flore, J.-B. Chrétien, Journal des Trois-Rivières, 13 août 1869,
p.2.

160n sait que des terres le long de la vallée du Saint-Maurice


entre les Piles et La Tuque ont été exploitées à des fins agricoles par
certains entrepreneuLs et quelques colons au 1ge siècle. La qualité du
sol y est comparable à celle des vallées de la Mattawin et de - la ri v ière
aux Rats.

Le géographe Raoul Blanchard s'est d'ailleurs demandé pourquoi


dans l'Est des Laurentides et particulièrement en Mauricie, les établis-
sements ne s':vancaient guère au-delà d'une dizaine de milles du rebord
du boucliei canadien alors que au nord-ouest !a colonisation pén~tre
profondément à l'intérieur. Cf. Le centre du Canada français, Les
Laurentides. Montréal, Librairie Beauchemin, 1947, pp. 448-49.
18

Mauricie. L'obstruction à la colonisation s'y est exercée dès le début,

par l'intermédiaire de l'Etat qui a refusé de favoriser l'accès à ces

territoires. D'abord, le gouvernement n'a jamais voulu faire arpenter

le territoire longeant le parcours du chemin du Saint-Maurice au-delà

des cantons Shawinigan et Caxton, comme le réclamait l'agent des terres


17
Dubord dans ses rapports de 1860 et 1862. De plus, entre 1863 et 1869,

aucune subvention n'a été accordée pour la poursuite des travaux sur ce
. 18
c heml.n. Le projet a donc fait long feu et la route n'a jamais dépassé

le lac Perchaude dans Sainte-Flore.

Dans un autre cas, celui du canton Caxton, l'accaparement de la ma-

jeure partie du territoire par la compagnie de bois d'Hunterstown a énor-

mément retardé sa colonisation. L'agent des terres du Saint-Maurice no-

tait en 1860 que le sol y est de qualité et que ce territoire serait

colonisé depuis longtemps s'il n'avait été la propriété de cette com-


19
pagnie depuis 1835.

A Sainte-Flore et dans la seigneurie du Cap-de-la-Madeleine la

colonisation a aussi été freinée par une politique défavorable de l'Etat.

Ce sont les lourdes charges imposées à l'accession à la propriété foncière

qui ont entravé le peuplement. L'agent des terres écrivait en 1860:

17"Rapport du comité spécial ..• ", AJALC, 1860; "Rapport sur les
chemins de colonisation, Rapport du commissaire des terres de la
Couronne pour 1862", DSC, 1863, vol. 21, Doc. 4.
18
Journal des Trois-Rivières, 13 août 1869, p. 2.
19
"Rapport du comité spécial ..• ", AJALC, 1860.
19

Dans l~ Cap-de-la-Madeleine, l e haut ~rix dans cette


localité empêche les colons de s'y établir. Les gens
établis dans Shawinigan n'ont à payer que 30 centins l'acre,
tandis que leur voisin du Cap, ont à payer une piastre
par acre, outre sept piastres pour procès-'!erbaux (d' arpen-
tage) et une piastre pour le permis d'occupation, plus
l'intérêt pendant 5 ans. La conséquence est qu'il y a
encore un grand nombre de terres à vendre dans cette
10calité. 20

Le prix élevé des terres semblait être le principal obstacle à la coloni-

satien. Selon Dubord, les bonnes terres accessibles situées dans son

agence se vendaient presque aussitôt que mises en vente. Dans la sei-

gneurie du Cap-de-la-Madeleine, au contraire, un quatorzième à peine

· 'bl es ava1ent
d es t erres d 1spon1 . e' te' vend ues. 21 Ces modalités d'appro-

priation du sol préjudiciables aux colons expliqueraient la présence de

plusieurs squatters sur ce territoire. N'ayant pas poursuivi l'enquête

à ce sujet dans les re9istres de la concession des terres, nous ne

saurions dire si ces contraintes se sont exercées sur une longue période.

On peut penser [Link] que le prix élevé des terres à Sainte-Flore ait

entraîné plusieurs révocations de vente de lots, mais ceci reste à con-

firmer. Quoi qu'il en soit, on constate que le territoire a été occupé

au cours des années subséquentes. Voyons comment s'est déroulée cette

occupation dans l'espace et dans le temps.

20 Ibid •

21
"Rapport du comité spéciaL,.", AJALC, 1862.
CHAPITRE II

LA MARCHE DU PEUPLEMENT

La dynamique du mouvement de colonisation est un phénomène dont la

compréhension fait appel à plusieurs composantes du monde rural au 1ge

siècle . Dans ce chapitre nous nous limiterons à mettre en lumière deux

facteurs qui ont joué un rôle déterminant dans la progression spatiale

du peuplement à rL~n~érieur de la paroisse, soit les traits physiques

des diverses parties du territoire et les conditions d'accessibilité de


. l
ces 1 ~eux.

L'occupation du territoire de Sainte-Flore s'est réalisée selon un

rythme et une orientation particulière et à des périodes distinctes au

cours de la seconde moitié du 1ge siècle. Le tableau l rend compte de

la répartition de la population dans la paroisse durant cette période.

Les premiers colons se sont établis dans la plaine du chemin des Piles

et dans la vallée de la -rivière Shawinigan. En 1865 une dizaine

d'années après le début du peuplement, la paroisse comptait environ 93

ménages dont plus de la moitié habitait le rang des Piles. Les autres

IDans un chapitre ultérieur portant sur l'explication des mouvements


migratoires nous analyse~ons certains facteurs éccnomiques et sociaux
qui ont influencé la dynamique de la cclonisation.
21

Tableau l

Répartition des ménages selon les rangs


en 1865, 1874 et 1891.

a b c
1865 1874 l891

N % N % N %

Rang des Piles 50 54 110 53 113 38

Petit Rang 7 2

Rang Petite-Rivière 13 14 47 22 25 8

Rang l de 22 7
d
Shawinigan

Rang et poste de 13 14 15 7 40 13
Grand 'Mère

Rang St-Olivier 11 12 18 9 15 5

Rang Ste-Catherine 4 4 4 2 48 16

Rang St-Alexandre l l 14 7 8 3

Rang St-Ubald l l 3 l

Rang des Hêtres 14 5

Rang St-Théophile 2 6

Ensemble 93 100 208 100 297 100

aTiré de l'Acte de cotisation de la paroisse de Sainte-Flore pour


subvenir aux dépenses nécessaires à la construction d'une église •••
16 juin 1865. Archives de la paroisse Sainte-Flore.

bTiré du Recensement de la population de Sainte-Flore en 1874.


Archives de la paroisse Sainte-Flore.

c Tiré du Recensement de la paroisse de Sainte-Flore pour l'année


1891. Archives de la paroisse Sainte-Flore.

dFait partie du rang de la Petite-Rivière antérieurement à 1891.


22

se partageaient à peu près également entre les rangs de la Petite-

Rivière, de la Grand'Mère et Saint-Olivier. Bénéficiant d'un relief

peu accidenté et d'un sol fertile, ces zones ont donc été colonisées

à bonne heure.

Dix ans plus tard, la population se distribuait de façon pres-


.-
qu'identique, mais les habitants des deux principaux rangs étaient

beaucoup plus nombreux. Le nombre de ménages a doublé dans le rang

des Piles et quadruplé dans le rang de la Petite-Rivière. Une autre

partie du territoire paroissial, le rang Saint-Alexandre, a été ouverte

à la colonisation durant cette période. On y retrouvait 14 ménages en

1874. Le seul autre rang peuplé à cette époque, le rang Sainte-Catherine,

n'a pas quant à lui accru sa population. Ici, le milieu naturel aux

traits plus rudes en a retardé l'occupation.

Entre 1874 et 1891 on observe une nouvelle orientation du peuplement.

La population s'est dirigée vers des rangs antérieurement délaissés. Les

rangs Sainte-Catherine et des Hêtres (concession Sainte-Catherine no. 2)

ont attiré la plus grande partie des nouveaux ménages. Dans le cas du

premier, leur nombre est passé de 4 à 48 et dans le second, inhabité

jusque-là, 14 ménages s'y sont installés. Le rang et le poste de la

Grand'Mère ont reçu 25 nouveaux ménages et en comptaient 40 en 1891.

Le relevé de la population des autres rangs indique que leur occupation

était à peu près achevée dès 1874 et que certains ~aint-Alexandre et

Saint-Olivier) ont perdu des résidents. Durant cette périOde, l a . marche

du peuplement a obéi moins à la recherche de bonnes terres qu'à la néces-

sité d'occuper les zones résiduelles dans la paroisse. En effet, même


23

s'ils étaient peu propices à l'agriculture, ces espaces renfermaient

les seules terres encore disponibles à la colonisation sur le territoire

paroissial. Cette extension du peuplement vers les marges de l'oekoumène

s'est aussi réalisée sous l'impulsion d'activités économiques nouvelles

qui libéraient en partie la population des contraintes physiques du

milieu. Il s'agissait surtout de l'emploi créé par la construction de

l'usine de Grand'Mère dont il sera question dans un chapitre ultérieur.

Cette marche du peuplement s'est dessinée parallèlement à l'ouver-

ture des chemins de colonisation dans la paroisse. Les premiers colons,

nous l'avons vu dans le chapitre précédent, ont souvent ébauché eux-

mêmes les chemins leur donnant accès aux terres, précédant ainsi l'inter-

vention du gouvernement ou de la municipalité. Cette nécessité ajoutée

aux labeurs des premiers défrichements rebutaient cependant bon nombre

de colons de sorte que le rythme d'occupation du territoire en a souffert

considérablement. L'absence de chemins praticables est souvent évoquée

par les contemporains comme le principal obstacle à la colonisation. En

1865 le ministre de l'agriculture du Canada mentionnait dans son rapport

annuel:

Les conducteurs de travaux sont unanime-s à dire ( ••• ) que


le trop-plein de la population des paroisses n'attend que
l'ouverture de chemins pour se fixer sur les nouvelles
terres et commencer le défrichement et que, dans certains
endroits, la jeunesse émigre parce qu'il n'y a pas de
débouchés pour lui permettre d'exploiter avantageusement
les terres qu'elle pourrait acheter •.. 2

L'agent des terres du Saint-Maurice abondait dans le même sens quelques

2
"Rapport sur les chemins de colonisation du Bas-Canada, Rapport
du ministre de l'agriculture de la province du Canada pour l'année
1865", DSC, 1866, vol. XXVI, doc. 5.
24

années auparavant alors qu'il répondait au gouvernement que "les

chemins de colonisation sont si importants pour promouvoir l'établisse-

ment des terres nouvelles que généralement il n'y a pas de colonisation

possible sans cela ( ••• ) Après les chemins, poursuivait-il, je ne vois

au().un moyen plus avantageux pour encourager l'établissement des terres

que l'érection d'une chapelle autour de laquelle vient se greffer de

suite un noyau de colonisation ••• ,,3 Enfin, l'opinion d'un marchand de

Trois-Rivières corrobore celle des deux témoins précédents:

••• La colonisation, selon lui, fait des progrès rapides


partout où il est ouvert des chemins et bien lents et l'on
pourrait même dire qu'elle n'en fait pas du tout, là où il
n'y a pas de chemins, malgré que le cultivateur trouve un
marché facile et rémunérateur pour tous ses produits, dans
presque toutes les parties du territoire du St-Maurice, en
conséquence de l'exploitation du bois. Il faut donc en
conclure que l'absence de chemins est le seul grand obs-
tacle à la colonisation dans le Bas-Canada ••• 4

Parfois les colons commençaient à défricher des lots là où on les

informait qu'une route serait construite incessamment. Ce fut le cas

dans le rang Saint-Alexandre, comme le rapporte le conducteur des

chemins, curé de la paroisse:

••• L'année dernière, j'ai encouragé la colonisation de ce


rang, malgré qu'il n'y eût pas encore aucun chemin de fait,
leur promettant bien de devoir m'intéresser auprès du gou-
vernement ( ••• ) pour leur procurer une route cette année.
Ils ont été encouragés par cette promesse et ont travaillé
activement à ouvrir leurs terres ••• S

3"Rapport du comité spécial. •• ", AJALC, 1862.

4 (Réponse de R. Lanigan), "Rapport du comité spéc ial. •• ", AJALC, 1862.

S"Rapport détaillé sur les travaux exécutés dans les chemins de colo-
nisation durant l'année 1869, Rapport du commissaire de l'agriculture et
des travaux publics de la province de Québec pour les 12 mois expirés le
31 décembre 1869" ~ DSQ, 1869-70, vol. 2, doc. 3, p. 83.
25

Par contre, si le projet de route était incertain, la colonisation

n'avançait guère. Par exemple, dans le rang Sainte-Catherine, le curé

notait que "les progrès sous le rapport du défrichement ne sont pas

aussi considérables, la difficulté de sortie pour ne pas dire l'impos-

sibilité, le doute où l'on était s'il s'ouvrirait un chemin, en sont


6
la cause."

Support indispensable à la colonis.a tion, ces chemins de campagne

ne servaient pas toujours cette cause. Ceci tenait en partie au système

qui régissait la construction de ces voies. Le favoritisme politique

dans l'attribution des subsides gouvernementaux, l'inefficacité des

corvées, l'incompétence des surintendants des travaux rendaient inutiles

maints efforts consacrés à la construction et à l'amélioration de ces


. 7
routes. Ces lacunes entraînaient de sérieuses conséquences pour la

colonisation comme le rapportait l'agent de colonisation A. Barnard en

1874:

Un chemin. dont la nécessité sera pressante et immédiate


dans tout son parcours, n'avancera que d'un mille ou deux
par année et prendra plusieurs années à s'ouvrir; une fois
ouvert, il sera presqu'impraticable. Dans l'intervalle,
les colons auromt été expos.é s aux plus grandes misères et
bon nombre d'entre eux auront quitté le pays pour toujours.
Les parents et amis. de ces colons auront été tenus au cou-
rant de leurs. déboires et bn se gardera bien d'imiter leur
exemple. De fait, la colonisation est aujourd'hui consi-
dérée presque. partout comme un pis-aller auquel fort peu
de cultivateurs songent pour eux-mêmes ou pour leurs
familles ( ••• ) Il est certain que dans l'état actuel des

7Jean Hamelin. et Yves Roby, Histoire économique du Québec 1851-


1896, Montréal, Fides, 1971, p. 148.
26

chemins de colonisation, il est presqu'impossible


de tirer bon profit des magnifiques bois forestiers qui
abondent sur les terres des colons et qui pourtant au-
raient une si grande valeur si l'on pouvait seulement les
apporter sur les chemins de fer ou sur les rivières, sans
des frais exhorbitants. 8

Cette longue citation montre bien les difficultés générées par les défi-

ciences des voies de communication en milieu rural. Non seulement

empêchaient-elles le peuplement et l'occupation durable des territoires

de colonisation, mais elles limitaient aussi considérablement l'activité

économique dans les paroisses.

A Sainte-Flore, le réseau routier s'est élaboré dans de telles

conditions. Son territoire étant caractérisé en partie par un relief

accidenté, cela accentuait les problèmes liés à la construction des

chemins. Les nombreuses plaintes et réclamations dont est saisi le

conseil municipal relativement à l'état des routes témoignent des lacunes

à ce niveau dans la paroisse.

En dépit des carences de la voirie rurale au 1ge siècle, la coloni-

sation du territoire s'est effectuée concurremment au développement de

son réseau routier. A la fin des années 1880, tous les rangs et conces-

sions de la paroisse étaient desservis par des routes. Il a été possible

de situer dans le temps et dans l'espace la plupart des routes et chemins

8
"Rapport de -E.-A. Barnard, Rapport du commissaire de l'agri-
culture et des travaux publics de la province de Québec pour l'année
finissant le 30 juin 1874", DSQ, 1874, vol. 8, doc. 4.
27

9
de front en consultant les procès-verbaux relatifs aux règlements muni-

cipaux régissant l'ouverture et l'entretien des chemins. 10 La requête

des propriétaires demandant qu'un procès-verbal soit dressé peut se

rapporter à une route oont la réalisation a déjà été amorcée par les

premiers occupants d'un rang et viser à en fixer légalement les règles

de construction e~ d'entretien. Elle peut aussi concerner une route nou-

vellement projetée que l'on veut faire ouvrir sous le contrôle de la

municipalité. Généralement, la construction d'un chemin s'amorce peu de

temps après que la règlementation en ait été déterminée dans un procès-


ll
verbal. Ces procès-verbaux permettent de reconstituer assez fidèlement

l'élaboration du réseau routier dans la paroisse et ' partant, de cerner

9 L 'appellation "route" désigne ici spécifiquement les voies de commu-


nication qui relient les rangs entre eux suivant une direction perpendicu-
laire à ces derniers. La route longe habituellement la ligne de division
de deux lots. Le "chemin de front" aussi appelé chemin de rang ou de
cordon traverse la ligne de front de chacun des lots d'un rang. Il
constitue les voies de peuplement. Pierre Deffontaines, "Le rang, type
de peuplement rural du Canada français", Cahiers de géographie, no. 5,
1953, p. 20.

10Archives de la municipalité de la paroisse Sainte-Flore, Registre


pour procès-verbal et répartition de routes. La loi des municipalités
et ' des chemins adoptée en 1855, stipulait que les francs tenanciers d'une
paroisse désirant ouvrir ou améliorer une route devaient procéder à
l'élection d'un surintendant qui avait ]a responsabilité de les réunir
et de consigner dans un procès-verbal le tracé de la route, la distri-
bution des corvées et des cotisations entre les propriétaires. Ce
procès-verbal était homologué par le conseil municipal ou le conseil
de comté. Jean Hamelin, Yves Roby, op. cit., p. 174.

llce fait apparaît lorsque l'on confronte les procès-verbaux de


route avec les rapports annuels des travaux faits sur les chemins de
colonisation, annexés aux rapports annuels du commissaire de l'agri-
culture et des travaux publics. Ces derniers font état des travaux
de parachèvement des chemins règlementés par procès-verbal quelques
années auparavant. Entre les débuts des travaux d'ouverture d'un che-
min et leur achèvement, le procès-verbal prévoit en général deux ans,
mais ce délai atteint parfois quatre ans.
28

les phases et l'extension du peuplement. Voyons ce que nous livre cette

source.

La mise en place du réseau routier de Sainte-Flore telle qu'illus-

trée sur la carte no. 2, s'est déroulée en trois étapes au cours de la

seconde moitié du 1ge siècle. On distingue une première phase amorcée

en 1856 par la construction du chemin des Piles auquel se sont ajoutés

le chemin de la Petite-Rivière en 1860, de même que ceux des rangs

Saint-Olivier, de la Grand'Mèie, Sainte-Catherine et Saint-Ubald, en 1864.

Les parties de ces rangs desservis par le chemin ont été occupées durant

cette période, sauf le rang Saint-Ubald qui n'a jamais été habité.

Une deuxième phase apparaît entre 1868 et 1873. Le rang Saint-

Alexandre de même qu'une autre partie du rang Sainte-Catherine so~t alors

ouverts ~ la colonisation. Par la suite, il s'écoule une période de près

de dix années sans qu'aucun nouveau chemin ou route ne soit aménagé.

Cette interruption dans la mise en valeur de nouvelles zones sur le

territoire paroissial s'inscrit dans une période au cours de laquelle les

crédits gouvernementaux accordés pour les chemins de colonisation su-

bissent d'importantes diminutions. En effet, l'assistance de l'Etat

chute de 65% dans l'ensemble de la province et de 68% dans le comté de


12
Champlain entre 1875 et 1880.

12 Annualre
. ..
statlstlque, lere
' ,
annee, Q'b
ue ec, Bureau d e 1 a s t atlstl-
. .
que, 1914, p. 436.
L'explication de la baisse des dépenses ~ ce chapitre réside sans doute
en premier lieu dans la crise économique qui secoue le Québec ~ cette
époque. De plus, une forte proportion des fonds gouvernementaux a été
eMployée durant cette période pour la construction des chemins de fer,
ce qui a réduit la part allouée aux chemins de colonisation.
29

,
RESEAU ROUTiER DE
,
AU XIXe SIECLE .

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ÉCHELL E

Sources: plan officiel de la pa roisse Sainte-Flore, comté de Champlain,


Echelle 5 arpents au po uc e .

Registre pour procès-verbaux de routes.


30

La colonisation reprend vers 1885 avec l'occupation de la pJus

grande partie de la concession Sainte-Catherine. Ceci marque

l'extension maximale de l'oekoumène dans la paroisse au 1ge siècle.

Cette description de la marche du peuplement a montré comment

celle-ci a obéi à la géographie des lieux. Les chemins de colonisa-

tion ont été ouverts tôt, là où le territoire se prêtait bien à la

colonisation tant au point de vue de l'accessibilité que ~e l'agricul-

ture. Toutefois, la population s'est concentrée à 75% dans seulement

deux rangs pendant les 25 premières années d'existence de la paroisse.

Au cours des 15 dernières années QU 1ge siècle, elle fut mieux répartie

sur le territoire bien que le peuplement soit demeuré faible sur sept

des dix rangs que comptait la paroisse à la fin du siècle.


CHAPITRE III

L'ECONOMIE RURALE

Ce chapitre vise à présenter les principales activités économiques

auxquelles s'adonne cette communauté rurale au 1ge siècle. A Sainte-

Flore comme ailleurs en Mauricie et dans d'autres régions du Québec

rural de l'époque, l'agriculture et la forêt constituent les bases de

l'économie. La coexistence de ces deux activités dans un même espace

économique forme ce que les historiens ont appelé le système agro-fo-


l
restier. Il ne s'agira pas ici d'analyser les éléments de ce système

ni de vérifier comment ses mécanismes ont joué dans l'espace paroissial,

mais plutôt d'exposer à grands traits les caractéristiques de l'écono-

mie locale.

A. L'agricultur~: Dans les paroisses adossées aux Laurentides, l'ex-

ploitation agricole est grandement défavorisée par le cadre physique

des lieux. La rareté des sols fertiles, le relief accidenté, la tempé-

rature moins clémente imposent à l'agriculture de fortes contraintes.

A l'époque de la colonisation, ces difficultés naturelles se doublaient

l
Pour une interprétation de sa formation et une description de
cette économie, voir Normand Séguin, "L'économie agro-forestière: genèse
du développement au Saguenay au 1ge siècle", Agriculture et colonisation
au Québec ••• , pp. 159-164.
32

de pratiques agricoles déficientes et de l'absence d'infrastructures

essentielles à son développement.

Pour déterminer les conditions physiques du milieu en rapport

avec l'agriculture, nous avonS dressé la carte de potentiel agricole des

sols (carte 3) pour tout le territoire faisant partie de la paroisse


2
à un moment ou à un autre au cours du 1ge siècle.

La plus grande partie du territoire est couverte de sol impro-

ductif ou à productivité moyenne et de quelques minces bandes de très

bons sols. Ces deux dernières catégories sont concentrées dans la

plaine s'étendant le long du chemin des Piles et dans la vallée de la

rivière Shawinigan. Les rangs aux meilleures possibilités agricoles

sont par ordre d'importance, les rangs des ·Piles, de la Petite-Rivière

et premier rang de Shawinigan, les rangs Saint-Alexandre, Saint-Glivier,

de la Grand'Mère et des Hêtres. Les très bOns sols se rencontrent

presqu'exclusivement dans les deux premiers rangs. Toutefois, même les

bons sols sont assujettis à des facteurs limitatifs tels le manque de

drainage, la pierrosité et le relief. Dans ces conditions, l'agriculture

2Le classement des sols a été effectué selon la méthode de la carte


synthèse agricole décrite dans OPDQ, Inventaires bio-physiques du
Québec, La méthodologie du zonage des terres selon leurs potentiels,
Doc. no. 2, juin 1971, 97 p.

Nous avons inclus la classe 6 dans la catégorie c ou faible, alors


qu'elle est comprise dans les terres non agricoles sur la carte syn-
thèse. Ces terres sont jugées impropres à la culture peur une agri-
culture moderne, sauf pour les plantes fourragères vivaces. [Link],
dans le contexte ~e l'agriculture de subsistance pratiquée au 1ge
siècle, ces sols pouvaient servir de base à une exploitation visant
l'auto-consommation.
33

POTENTIEL AGRICOLE DES SOLS

DE SAIN TE - FLORE

.. ..
'
,

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[Link] ë
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FAIIL! m:l
i ... ~,.QOUC T IF 0
. !CHELL e' " .

Source: Québec, Service de recherche en sols. Classement des sols


selon leurs possibilités d'utilisation agricole (1969),
Shawinigan 31 1/10 Est, 31 1/10 Ouest.
34

évolue dans un cadre physique restreint, ce qui limite grandement ses

possibilités d'expansion.

3
D'après les recensements fédéraux, le dénombrement des exploi-

tants (tableau 2) indique une augmentation du nombre des établissements

agricoles durant toute la période. Mais au fur et à mesure que la

population s'accroît, la proportion de cultivateurs par rapport à

l'ensemble des familles s'abaisse au profit des journaliers, des gens

de métiers et des commerçants. Le pourcentage d'exploitants passe de

95% en 1861 à 76% en 1891. Cette baisse résulte en partie de l'arrivée

d'un grand nombre de journaliers à Grand'Mère après 1887, date de l'im-

plantation de l'usine de la compagnie Laurentide Pulpe En défalquant du

nombre total de ménages ceux qui résident au poste de Grand" Mère, la

proportion d'exploitants remonte à 86 % pou~ l'année 1891. Donc, en

considérant les données des recensements fédéraux, il n'y aurait pas eu

une baisse significative de la proportion d'exploitants agricoles dans

la partie rurale de la paroisse durant cette période.

Toutefois, cette source ne semble pas toujours fiable. A titre

d'exemple, en 1891 le curé évalue à 174 le nombre de ménages de culti-

vateurs contrairement au recensement du gouvernement qui en dénombre 255.

3La définition d'un exploitant agricole peut varier d'un recensement


à l'autre et influer sur les dénombrements. Cependant nous ne sommes
pas en mesure de connaître les différences d'évaluation que ceci aurait
pu occasionner, faute de précision quant à ces définitions. A ce propos
nOus renvoyons le lecteur à l'ouvrage de Normand Séguin et al., L'agri-
culture en Mauricie. DOssier statistique: 1850-1950, Trois-Rivières,
publié par le Groupe de recherche sur la Mauricie, 1979, pp. 21 ss.
35

Tableau 2

Nombre de ménages d'agriculteurs et d'emplacitaires


(1861-1896 )

a
Années Agriculteurs Emplacitaires Ensemble
N % N % N

1861· 55 95 3 5 58

1871· 113 83 23 17 136

1881· 193 90 22 10 215

1884 * 195 95 10 5 205

1887 * 197 90 21 10 218

1889 * 129 41 187 59 316

1891 * 174 58(66) 128(88) 42 (34) 302(262)

1891· 255 76(86) 81 24 336

1892 * 186 66 97 34 283

1894 * 197 70 84 30 281

1896 * 108 36(54) 188(92) 64 (46) 296(200)

aLe nombre d'emplacitaires a été obtenu en soustrayant le nombre d'ex-


ploitants du nombre total des ménages. Le groupe des emplacitaires
comprend aussi des occupants de te'rres qui . ne cultivent pas.

·Informations provenant des Recensements du Canada.


* Informations provenant des rapports annuels du curé.

{)Nombres et pourcentages après avoir soustrait les familles résidant


à Grand 'Mère.
36

Dans ce dernier estimé, le nombre total de ménages résidant dans la pa-

roisse est supérieur de 34 à celui du curé. Même en soustrayant ces 34,

on arrive à un total de 47 ménages agricoles de plus. Considérant la

nature des deux sources, les informations du curé seraient plus adéquates

pour évaluer le nombre réel de cultivateurs, car ce dernier dénombre les

familles habilitées à payer la dîme sous forme de produits agricoles.

D'après cette source, la proportion des ménages agricoles par rapport

à l'ensemble chute considérablement après 1887: ceux-ci, généralement,

représentent alors moins des deux tiers des ménages recensés.

Durant cette période, il y avait donc un nombre plus faible d'ex-

ploitants qui tiraient leur subsistance de la terre. Une fraction im-

portante de cultivateurs auraient abandonné la pratique de l'agriculture

au profit d'activités industrielles et forestières. Ces cultivateurs-

journaliers étaient-ils sur des terres en marge de l'oekoumène agricole

qui ne se prêtaient pas à la pratique d'une agriculture réellement produc-

tive? Ont-ils délaiss~ l'agriculture pour s'adonner à un travail tout

simplement plus rémunérateur? Pour éclairer la question, il importe de

cerner quelques caractéristiques du type d'agriculture pratiqué dans la

paroisse.

Les occupants de terres (tableau 3) de plus de 50 acres sont les

plus nombreux. Tout au cOurs de cette période, ils regroupent plus de

80% de l'ensemble des occupants. En comparaison, les occupants de cette

catégorie dans l'ensemble de la Mauricie constituent environ 70% des


.
exp l oltants d urant ces annees.
' 4 Sur ce plan, la paroisse se démarque

4Normand Séguin, "L'agriculture de la Mauricie et du Québec 1850-


1950", in RHAF, vol. 35, no. 4, mars 1982, p. 546.
37

donc passablement du reste de la région.

Tableau 3

Répartition des occupants de terre


selon l'espace occupé
(1861-1891 )

1861 * 1871 1881 1891

N % N % N % N %

1· à 10 acres 2 1,7 8 4,1 16 6,2

11 à 50 acres 2 3,5 19 16,8 30 15,5 34 13,3


,
51 a 100 acres 25 44,6 42 37,1 59 30,5 101 39,6

101 à 200 acres 19 33,9 39 34,S 66 34,1 75 29,4

Plus de 200 acres 10 17,8 Il 9,7 30 15,5 29 Il,3

Source: Recensements du Canada.


*Pour 1861, les superficies ont été recensées en arpents mais les données
publiées sont présentées en ' acres sans avoir été modifiées au préalable.
Même si nous n'avons pas effectué la conversion, la répartition des
occupants effectuée ici se rapproche passablement de la répartition réelle.

La dimension moyenne des exploitations (tableau 4) diminue de 118

acres en 1861 à 100 en 1891. Ceci représente cependant une trentaine

d'acres de plus que l'exploitation moyenne dans l'ensemble de la Mau-


5
ricie. Mais, l'espace utilisé à des fins agricoles n'accapare qu'une

faible part de la surface occupée. Les terres sont en effet couvertes

5 Ibid ., p • . 547.
Tableau 4

Evolution de l'utilisation du sol


(1861-1891)

Année Surface améliorée Dimension moyenne Espace moyen Espace moyen Espace moyen
moyenne par des terres ensemencé en bois debout pâturage
occupant occupées

acres % (acres) acres % acres % acres %

1861 10,6 8,9 118,9 9,9 8,3 108 91 0,7 0,6

1871 26,2 26,4 99,2 21,5 21,7 72,9 73,5 4,5 4,5

1881 31,8 27,1 117,2 25,7 21,9 85,4 72,8 6 5,1

1891 35,4 35 100,3 25,7 25,6 64,8 64,6 9,5 9,5

Source: Recensements du Canada o

w
co
39

de bois dans des proportions variant de 91% en 1861 à 65% en 1891. La

surface améliorée moyenne (tableau 4) demeure donc très faible tout au

long de la période. L'agriculture n'accapare que 26 acres en 1871, 31

acres en 1881 et 35 acres en 1891, ces superficies formant entre le quart

et le tiers de l'espace occupé moyen. A ce chapitre, la paroisse arrive

derrière la moyenne régionale jusqu'en 1881 alors que cette dernière est

de 39,9 acres, et la rejoint en 1891 au moment où l'espace amélioré moyen


6
se situe à un peu plus de 35 acres. Ceci ne représente encore que 35 %

de l'espace occupé moyen dans la paroisse. Aussi est-il probable qu'à

cette époque, la plus grande partie des terres occupées ne se prêtait

pas à une mise en valeur agricole sur une plus vaste échelle. L'exploi-

tation agricole était donc généralement de petite dimension, ce qui limi-

tait d'autant ses possibilités économiques.

Les surfaces consacrées aux diverses cultures (tableau 5) vont

par ordre d'importance à l'avoine, aux pâturages, au foin, au blé et aux

pommes de terre. Sauf pour le foin, l'espace utilisé pour ces cultures a
7
tendance à diminuer au profit des ,pâturages. La part de chacune de ces

cultures dans l'ensemble de l'espace cultivé est inférieure à celle obser-


8
vée dans l'ensemble des comtés de Champlain et Saint-Maurice sauf pour le

sarrasin et les pommes de terre en début de période.

6 Ibid •
7 .
Cependant, la proportion de l'espace total ensemencé par rapport à
l'espace occupé augmente, passant de 21,7% en 1871 à 25,6% en 1891.

8 Normand Segu~n
" et a 1 ., L" 1ture en
agr~cu "
Maur~c~e. Dossier statis-
tique: 1850-1950 ••• , p. 125 et 159.
40

Tableau ?
Répartition en % de l'espace en culture
(1861-1891)

1861 1871 1881 1891

Foin 14,8 13,3 18,7

Blé 2,1 3 1,9 1,4

Avoine 33,7 20,3

Pomme de terre 10,5 3,1 1,4 1,3

Pâturage 6,9 17,1 19 27

Source: Recensements du Canada.

En examinant . l'évolution de la production moyenne par occupant des

principales cultures (tableau 6), il ressort que seule la production de

foin est en hausse durant toute la période, la plus forte augmentation se

situant entre 1871 et 1881. La production des autres cultures atteint

son maximum en 1881 pour ensuite décliner fortement. Seule la pomme de

terre connaît une baisse continue jusqu'en 1881, puis une légère remontée

en 1891. Les données disponibles relativement à la productivité (tableau

7) reflètent généralement ces tendances de la production. Le curé de la

paroisse atteste cette dégradation de la production lorsqu'il note dans

son rapport annuel à l'évêque en 1891 que "les gens ne récoltent presque
9
plus".

9
Rapport annuel sur l'état de la paroisse de Ste-Flore ••• 1891,
Archives de l'évêché de Trois-Rivi~res. -
41

Tableau 6

Production moyenne par occupant (boisseaux)


(1861-1891 )

1861 1871 1881 1891

Blé 2,3 8,5 8,1 4-

Avoine 90,5 106 173,3 97,8

Fo in (tonne) 1,1 3,2 6 6,6

Pomme de terre 181,2 106,4 64,5 68,1

Source: Recensements du Canada.

Tableau 7

Rendement des principales cultures


(1861-1891 )

1861 1871 1881 1891

Pommes de terre
(boisseau/acre) 160,3 127 147 138

Avoine
(boisseau/acre) 25,1 13,5

Blé
(Boisseau/acre) 10,1 10,6 13 7,7

Foin
(Tonne/acre) ,8 1,4 ,9

Source: Recensements du Canada.


42

Ces résultats traduisent la persistance de pratiques agricoles

traditionnelles qui ne permettent pas de hausser le seuil de produc-

tivité au-delà des possibilités naturelles du milieu. Cette stagnation

serait aussi due à l'occupation de terres moins propices à l'agriculture

à compter des années 1880 ce qui a fait régresser le portrait général de

l'agriculture à partir de cette décennie. Cette dernière constatation

est confirmée par la description de la marche du peuplement présentée

dans le chapitre précédent où nous avons vu que durant la décennie 1880

ce sont principalement les lots situés dans la concession Sainte-Catherine

qui ont été occupés, zone caractérisée par un sol pauvre et un relief

accidenté. Pour compléter ce tableau de l'agriculture, mentionnons que

le cheptel possédé par les exploitants ne s'accroît que très faiblement

entre 1861 et 1891. En fin de période, la répartition moyenne des animaux

par occupant est la suivante: 3,7 bêtes à cornes, 2 vaches laitières,

3,8 moutons, 1,7 porcs et 1,3 chevaux. En cela, la situation de la


lO
paroisse est comparable à celle observée dans la région.

Ce bilan de l'évolution des activités agricoles confirme l'hypothèse

d'une occupation au-delà de la zone agricole viable. Cette occupation

aurait été le fait de colons pour qui l'agriculture tendait à devenir une

activité secondaire devant la nécessité d'aller chercher ailleurs les

ressources d'appoint.

S'il est vrai que cette agriculture dans son ensemble se situe à un

stade peu avancé au cours de la période étudiée, il faut aussi reconnaître

10Normand Séguin et al., L'agriculture en Mauricie. Dossier statis-


tique: 1850-1950 ••• , p. 128 et 162.
43

que la population y a trouvé sa subsistance. Il s'agit d'abord d'une

agriculture axée sur l'auto-consommation: les données présentées plus

haut tendent à le démontrer. Par ailleurs, certains indices suggèrent

l'existence d'activités agricoles orientées vers les marchés. Ainsi,

l'importance de la culture de l'avoine malgré le faible nombre d'animaux

à nourrir laisse deviner que cette production était destinée principale-

ment au marché, en l'occurrence les chantiers d'abattage du bois. L'état

actuel de notre documentation ne permet pas de juger de l'importance de


ll
ce commerce entre les cultivateurs et les entrepreneurs forestiers.

Tout de même, quelques informations en attestent la pratique.

Le chemin des piles a longtemps été le principal axe de pénétration

vers les territoires de coupe forestière; Sainte-Flore formait le dernier

établissement d'importance avant d'atteindre le haut Saint-Maurice. Elle

bénéficiait ainsi de la proximité des marchés forestiers. Ceci consti-

tuait un avantage certain, car les coûts de transport étant moindres,

les cultivateurs pouvaient vendre leurs produits à un prix inférieur,

tout en profitant des prix élevés offerts par ces marchés éloignés des

paroisses agricoles. Cet avantage est mis en lumière dans certains

articles traitant de l'essor de la colonisation dans la paroisse. Ainsi

le Journal des Trois-Rivières mentionnait en 1869: "Les cultivateurs

ne sont nullement en peine d'écouler leurs produits, en les vendant même

à des prix beaucoup plus élevés que ceux de notre marché. Les chantiers

sont pour les habitants de Sainte-Flore un excellent débouché et généra-

llCertains marchés d'approvisionnement ont pu faire l'objet de contrats


notariés. Un relevé systématique de tels contrats permettrait d'identifier
certains individus plus engagés dans ce commerce mais ne révélerait pas
pour autant l'lmportance de ces débouchés pour l'ensemble des agriculteurs.
44

lement, ils vendent leurs grains 12 à 15 sols plus chers qu'on les vend
..
lC1 •••
"12

Cette agriculture, orientée ·principalement vers l'auto-consommation,

n'en est donc pas pour autant coupée du marché. Elle est aussi, de ce

fait, soumise aux aléas des crises cycliques qui affectent le secteur éco-

nomique de la forêt. Par ailleurs, ce débouché a pu être entravé par

l'ouverture du chemin de fer des Piles en 1880, qui déplaçait du côté est

de la rivière la voie de pénétration du haut Saint-Maurice. Mais l'essor

de Grand'Mère, consécutif à l'implantation de la Laurentide Pulp Co., a

engendré une nouvelle demande pour les produits agricoles. Bien que

l'absence de données pour l'année 1901 ne permette pas de voir comment

l'agriculture s'est ajustée à ce nouveau marché, on peut penser qu'il a

contribué nettement à amorcer le mouvement de spécialisation et de moder-

nisation des exploitations agricoles.

L'apparition d'associations travaillant à l'avancement de l'agri-

culture annonce les débuts de ces transformations. Ainsi, la Société

d'agriculture et le Cercle agricole sont fondés à Sainte-Flore après

1887. Ces mouvements ne semblent pas avoir suscité l'intérêt des culti-

vateurs plus tôt au 1ge siècle, comme ce fut le cas dans d'autres pa-
13
roisses des comtés de Champlain et de Saint-Maurice. Selon nos infor-

12
Journal des Trois-Rivières, 7 décembre 1869, p. 2, col. 1-2.

l3En 1877, 13 paroisses du comté de Champlain et 7 du comté Saint-


Maurice ont des souscripteurs à leurs Sociétés d'agricultures respecti-
ves. "Rapport général du commissaire de l'agriculture et des travaux
publics de la province de Québec pour l'année finissant le 30 juin 1877",
DSQ, 1877-78, Vol. 11, doc. 4.
45

mations, il n'y aurait pas eu de responsable de la Société d'agricul-


14
ture à Sainte-Flore avant 1888. Le Cercle agricole ne fut organisé,
15
sous la présidence du curé de la paroisse, qu'en 1894. Malgré le

manque d'encadrement, certains agriculteurs ont tout de même participé

au mouvement de spécialisation dans l'industrie laitière, amorcé vers

la fin du siècle au Québec et dans la région. En 1893, la paroisse

comptait trois fromageries et en 1898, une beurrerie, trois fromageries


. f romager1e.
et une' b eurrer1e- . 16

A la lumière de ces faits, il ne serait pas faux d'affirmer que

l'apparition d'un marché d'importance à proximité a été l'élément cata-

lyseur des transformations de l'agriculture à Sainte-Flore.

B. L'exploitation forestière: Si les paroisses de colonisation étaient

souvent localisées sur des territoires peu propices à l'agriculture,

elles renfermaient par contre de riches forêts qui ont été largement ex-

ploitées au 1ge siècle. Ce fut le cas à Sainte-Flore où le bois a toujours


17
joué un rôle important dans l'économie locale.

14
Cette année-là, le secrétaire-trésorier de la paroisse en est le
directeur, Journal des TroiS-Rivières, 2 janvier 1888, p. 2.
15" Rapport du comm1ssa1re
' . d
e l ' agr1cu
. l ture et de l a co l ' .
on1sat10n de
la province de Québec pour 1894", DSQ, 1894-95, vol. 28, doc. 2.

16"12ème rapport annuel de la société d'industrie laitière de la


province de Québec pour 1893, Liste des fabriques de beurre et de fromage
de la province de Québec", DSQ, 1893-94, vol. 27-28, doc. 2; "16ème
rapport annuel de la société ... pour 1897", DSQ, 1899, vol. 32, doc. 3B.

17 Les diverses formes d'exploitation forestière ne peuvent être


étudiées au niveau local faute de sources. Nous n'allons ici que les
décrire brièvement.
46

L'exploitation forestière se développe d'abord à la suite de la

demande pour le bois équarri, puis pour le bois scié, à partir du milieu

du siècle et du bois à pâte vers 1890. La coupe de bois s'effectuait

sur les terres publiques ou privées par des entrepreneurs forestiers ou

des cultivateurs.

Le travail en forêt consistait pour certains à s'engager au service

des entrepreneurs ou de leurs sous-traitants oeuvrant e~ haute Mauricie.

Plusieurs cultivateurs, surtout les jeunes célibataires allaient y

travailler l'automne après les travaux agricoles. Bien que le rec~nsement

des chantiers du haut Saint-Maurice en 1861 ne dénombre qu'un seul rési-

dent de Sainte-Flore, il est probable que plusieurs d'entre eux travail-

laient aux chantiers dans la paroisse même ou à proximité. Quelques

témoignages en effet confirment l'existence de chantiers dans la paroisse

au 1ge siècle. En 1869, le Journal des Trois-Rivières rapportait que

"pendant l'hiver, les habitants (de Sainte-Flore) pouvaient eux-mêmes

faire chantier pour les commerçants de bois et il y en avait plusieurs

qui, chaque automne, entreprenaient de faire un nombre considérable de

billots. Quand arrivait le printemps, ils se trouvaient avoir en main

une somme assez ronde qui les aidaient beaucoup dans la culture et le
18
défrichement de leurs terres." La même année, le curé mentionnait

"qu'il y aurait encore des chantiers non loin des chemins."19 Un autre

l8Journal des Trois-Rivières, 7 décembré 1869, p. 2.

19"Rapport détaillé sur les travaux exécutés dans les chemins de


cOlonisation durant l'année 18 -6 9", "Rapport du commissaire de l' agri-
culture et des travaux publics de la province de Québec pour les 12
mois expirés le 31 décembre 1869", DSQ, 1869-70, vol. 2, doc. 3.
47

20
conducteur notait encore la présence de chantiers en 1888. L'arrivée

de la Laurentide Pulp en 1887 a donné un nouvel essor à l'exploitation

forestière qui subissait alors les contrecoups de la crise économique

amorcée en 1873 et du déclin de la demande de bois scié. Cette industrie

créa un marché pour les résineux de plus faibles dimensions utilisés dans

la fabrication de la pâte de bois, d'autant plus qu'à ses débuts la com-


21
pagnie s'approvisionnait en bois chez les cultivateurs.

Les fermes comportaient, nous ' l'avons vu, une grande superficie de

terres en bois debout dont certaines renfermaient des essences recher-

chées sur les marchés. Les cultivateurs les exploitaient à des fins

domestiques ou commerciales. Le recensement fé~éral de 1871 donne la

production de bois de chaque occupant de terre (tableau 8). On peut

présumer que pour la majorité des exploitants, ce bois provenait des lots

de ferme. Cette année-là, 93 exploitants ou 82% ont coupé du bois sur

leurs terres. De ceux-ci, 62% ont fait plus de 100 billots et 25% plus

de 500. Trois occupants désignés comme "contracteurs", ont une production

qui atteint pour l'un 4 200 billots et pour les deux autres, l 400 chacun.

Le grand nombre d'occupants de terre qui s'adonnent à l'exploitation fo-

restière démontre l'existence de plusieurs chantiers dans la paroisse ou

dans les environs donnant du travail à plusieurs hommes.

20"Réponse à un ordre de l'Assemblée législative en date du 7 mars


1890 pour une copie de toutes requêtes, correspondance et recommandations
faites au sujet des octiois de colonisation dans le comté de Champlain
depuis le 1er février 1887 ••• ", OSQ, 1890, vol. 23, doc. 230.
21
Auguste oésilets, La Grand'Mère •.• , p. 46.
48

Tableau 8

Production de bois sur les fermes en 1871

Bois équarri No. de producteurs Billots No. de producteurs


Pieds cubes

500 et moins 19 Moins de 100 30

Plus de 500 14 100 - 500 32

Plus de l 000 6 plus de 500 26

Total 39 TOtal 88

Nombre total d'occupants de terres ayant tiré du bois de leurs lots: 93


ou 82,3%.

Source: Recensement du Canada (manuscrit).

La forêt était également exploitée pour le bois de chauffage dont la

demande s'accroissait avec l'essor des villes. Ce commerce s'est déve-

loppé principalement après l'arrivée du chemin de fer qui permettait de

transporter le bois vers des marchés plus éloignés. Sous ce rapport,

Sainte-Flore était défavorisée au 1ge siècle à cause de l'éloignement


,
des l 19nes f errOV1a1res.
. . 22 Au de'b ut des annees
' 1 880, l a fabr1cation
. de

charbon de bois aux Grandes-Piles amena une exploitation plus intensive

des / bois francs sur les terres. A cette époque, les habitants de Sainte-

Flore ont aussi exploité l'écorce de pruche utilisée dans l'industrie de

la tannerie. Le bois de pruche était vendu pour la fabrication de dormants

22
Ce type d'exploitation ne pouvait Se faire avantageusement qu'à 7
ou 8 milles au plus des voies ferrées ou des routes principales, cf.
La vallée du St-Maurice et les avantages qu'elle offre à la colonisation,
Ottawa, 1887.
49

de chemin de fer pour lesquels il y eut une forte demande lors de la

construction de la ligne des Basses-Laurentides durant les décennies


23
1880 et 1890.

C. Industries, commerces et chemins de fer: Les ressources naturelles

du milieu favorisèrent l'implantation de quelques industries à Sainte-

Flore au cours du 1ge siècle. Les rivières qui sillonnaient la pa-

roisse renfermaient des sites propices à l'installation de scieries.

La première fut construite vers 1856 sur la rivière Shawinigan, la

seconde le fut dans la décennie 1860, sur la rivière Grand'Mère et une

troisième fut mise en activité par la Laurentide Pulp Co. sur le site de

l'usine en 1887. Les chiffres de la production de ces scieries, connus

pour les années 1861 et 1871, montrent qu'elles étaient des entreprises

de faibles dimensions. Celle identifiée en 1861 sur la rivière Shawinigan

ne sciait que 200 billots, n'employait qu'un homme et ne fonctionnait qu 'un

mois par an. En 1871, l'une sciait 500 billots, employait trois hommes et

fonctionnait durant six moisi l'autre sciait l 200 billots, employait deux
"
hommes et f onc1aonnalt d uranli:. sept mOlS.
. 24

La paroisse ne fut dotée d'une véritable usine qu'avec l'implantation


25
de la Laurentide Pulp Co. par John Forman en 1887. Ce dernier, voyant

23ASTR , Thomas Boucher, (Histoire de Grand'Mère) , (manuscrit), p. 28,


Dossier F 3, G- 27.

24 René Hardy et al., L'exploitation forestière en Mauricie . Dossier


statistique 1850-1930, Trois-Rivières, Groupe de recherche sur la Mauri -
cie, 1980, pp. 98, 103, 104.
25
Sur l'histoire de cette entreprise, voir Jorge Niosi ,"La Laurentide
(1887-1928): pionnière du papier journal au Canada" 1 RHAF, vol . 29, no. 3,
(déc. 1975), pp. 375-415.
50

les possibilités d'utilisation des chutes de Grand'Mère sur le Saint-

Maurice comme force motrice, chercha à établir une usine de pâte de

bois à partir de 1882. Il fonda alors la Canada Pulp Co. L'entreprise

amorça les travaux d'aménagement des chutes et embaucha de 30 à 40

hommes principalement de Sainte-Flore entre 1882 et 1883. Mais elle


26
connut la faillite un an après sa fondation. Une nouvelle compagnie

fut formée quatre ans plus tard et les travaux d'aménagement des chutes

et de l'usine furent alors terminés. Plus de 300 hommes recrutés sur-

tout dans la paroisse et aux environs furent embauchés. Malgré la dureté

du travail, les journées de plus de dix heures, les salaires des jour-

naliers ne dépassaient pas un dollar et demi par jour. Néanmoins, pour

la main d'oeuvre locale, cela représentait à l'époque une source de

revenus encore inégalée. En usine, la compagnie employait 75 hommes


27
et versait environ $50 000 en salaires. En 1897 l'entreprise connut

une nouvelle expansion lorsque l'on commença à fabriquer du papier et

que la capacité hydro-électrique du barrage fut augmentée. Au début,

plus de 400 travailleurs furent embauchés et l'année suivante, 1 300


"
h ommes y trava1"Il a1ent. 28 En 1901 la ville de Grand'Mère comptait au

total trois établissements industriels qui ensemble employaient 971


29
personnes et versaient $329 900 en salaire.

26
Auguste Désilets, op. cit., p. 38.

2 7 lb id ., p. 50.

28 lb id., p. 59.

29pierre Lanthier et al., L'industrialisation de la Mauricie,


DOssier statistique et chronologique: 1870-1975, Trois-Rivières, U.Q.T.R.,
Groupe de recherche sur la Mauricie, 1981, p. 40.
51

Sous l'impulsion de cette nouvelle activité économique, le commerce

local connut un essor important. Alors que la paroisse ne comptait pas


30
plus de trois commerçants jusqu'en 1881, on en dénombrait dix en 1889.

Les nouveaux besoins d'une partie de la population composée de journa-

liers, de gens de métier et d'agriculteurs plus prospères entraînèrent

la disparition partielle de l'économie de subsistance au profit d'une

économie axée davantage sur l'échange marchand.

A la fin du siècle, l'économie locale bénéficia de l'amélioration

du réseau de chemins de fer. Vers 1898 en effet, la paroisse fut des-

servie par la ligne des Basses-Laurentides qu~ reliait Saint-Jérôme au

Lac Saint-Jean en passant par Joliette et Rivière-à-Pierre. En plus

d'ouvrir ;de nouveaux marchés pour les produits agricoles et autres, la

construction de ce chemin de fer eut un impact sur l'économie locale en

fournissant du travail à plusieurs journaliers de la paroisse et des loca-

lités environnantes au cours des années 1890. Auparavant la ligne la

plus rapprochée de Sainte-Flore était le chemin de fer des Piles terminé

en 1880 lequel passait au lac à la Tortue situé à environ cinq milles à

l'est du village. Cette voie fut prolongée en 1891 jusqu'au Saint-

Maurice et passait en face de l'usine Laurentide.

Ce survol de l'économie met en relief les principales ressources de

cette communauté rurale durant la seconde moitié du 1ge siècle. L'agri-

culture, . aux prises avec des obstacles naturels tenant à la géographie,

évoluait dans un cadre étroit ne permettant qu'un faible niveau de produc-

30Marchand et Frigon (ed.) Almanach des adresses des Trois-Rivières,


Nicolet, Louiseville et Arthabaskaville, 1889-90. Trois-Rivières, 1889,
p. 193.
52

tivité. Seuls les exploitants localisés sur les étroites bandes de

bons sols disséminées le long de certains rangs pouvaient pratiquer

une agriculture plus productive. Ces derniers ont pu bénéficier des

marchés forestiers et, à la fin du siècle, d'un marché local à Grand'

Mère pour vendre leurs produits. Pour la majorité des cultivateurs, la

coupe du bois sur leurs terres a été une source de revenu complémentaire.

Pour certains, le travail dans les chantiers a pu jouer le même rôle,

alors que pour les résidents ne s'adonnant pas à l'agriculture, cette

activité a pu constituer leur principal travail. Par ailleurs, l'im-

plantation de la Laurentide pulp Company a stimulé l'exploitation

forestière en général en plus de fournir de l'emploi à bon nombre de

résidents à l'usine même. L'arrivée de l'industrie du papier a marqué

le début de l'urbanisation de Grand'Mère et jeté les bases d'une économie

plus diversifiée, axée davantage sur les marchés.


DEUXIEME PARTIE

LA POPULATION
54

Un courant récent de l'historiographie québécoise s'intéresse à la

démographie historique. Appliquée d'abord à l'étude du Québec dans son

ensemble, cette discipline a été mise à profit par la suite pour étudier

en profondeur les sociétés régionales. En ce domaine, le groupe de

recherche sur le Saguenay a principalement ouvert la voie. Son enquête

a mis en évidence des phénomènes de population jusque-là insoupçonnés

qui jettent un nouvel éclairage sur le comportement des populations en

régions de colonisation. Ces recherches ont démontré l'importance de

l'approche démographique pour interpréter adéquatement l'histoire des

régions rurales du Québec.

Nous avons utilisé cette approche dans notre recherche sur la paroisse

de Sainte-Flore. A l'aide des sourCes habituellement consultées dans ce

type d'étude, c'est-à-dire les dénombrements religieux, les recensements

décennaux et les registres d'état civil, il a été possible de dresser une

série de statistiques qui permettent de saisir l'état et le mouvement de

la population durant la période étudiée.

Notre but n'est pas une analyse en profondeur des dynamismes démo-

graphiques de cette ~pulation, mais plutôt de cerner quelques éléments

qui, mis en relation avec notre compréhension de l'agriculture et de la

colonisation, éclaireront mieux les structures de cette communauté rurale

du siècle dernier. Les effectifs démographiques, les tendances du mouve-

ment naturel et les courants migratoires feront l'objet de notre étude.


CHAPITRE IV

LES EFFECTIFS DEMOGRAPHIQUES

A. Les sources: Le dénombrement des individus a été tiré des recense-

ments religieux et gouvernementaux. Les premiers se retrouvent dans

trois sources émanant de la paroisse: le cahier des âmes, le rapport


l
annuel transmis à l'évêché et le procès-verbal de la visite épiscopale.

Dans cette étude, la source principalement utilisée est le cahier des

âmes. Dressé lors de la visite paroissiale, il se présente comme une

liste nominative de la population de la paroisse et des dessertes dont le

territoire est limitrophe. Ces listes n'ont pas toutes la même présen-

tation tout au long de la période. Certaines ne rapportent que les noms

des chefs de famille ainsi que le nombre d'enfants et de communiants dans


2
chaque famille. C'est le cas pour les années 1867, 1874 et 1878. D'autres

recensent tous les membres d'une même famille indiquant le prénom et l'âge

de chacun d'entre eux. Ce sont les listes de 1880, 1886, 1891, 1896 et

1897. La population est parfois énumérée suivant le rang ou le chemin de

lPour une description détaillée des sources religieuses, voir Jean Roy
et al., Les populations municipales et paroissiales de la Mauricie.
Dossier statistique: 1850-1971, Publication du Groupe de recherche sur
la Mauricie, U.Q.T.R., 1980, (Cahier no. 3) et Gérard Bouchard, Michel
Bergeron. "Les rapports annuels des paroisses et l'histoire démographique
saguenayenne: étude critique", in Archives, vol. 10, no. 3 (déc. 1978),
pp. 5-31.
2
Le terme famille utilisé dans ce texte désigne un ménage, c'est-à-
dire toute unité domestique pouvant être constituée par un ou des céliba-
taires, un couple, une famille élargie ou plusieurs familles.
56

résidence des paroissiens. Chacune des divisions paroissiales est

alors identifiée au début de l'énumération. Cette présentation se

retrouve en 1874, 1891, 1896 et 1897. Il est à noter que les familles

sont toujours recensées à la suite selon l'ordre d'occupation du rang,

sauf en 1886 où la liste est dressée par ordre alphabétique.

A la suite de la visite paroissiale, le curé transmet à l'évêché

un rapport annuel où sont consignés, entre autres, les résultats du


3
dénombrement de la population, individus et familles. Nous les avons

utilisés pour les années où le cahier des âmes n'était pas disponible.

D'autre part, les recensements décennaux du Canada publiés depuis 1851

renseignent sur la population totale des localités ainsi que le nombre


, 4
de menages.

Confrontées, les données de ces diverses sources ·ne concordent pas

toujours. Cela tient à la datation des recensements et au territoire

qu'ils recouvrent. Voyons de plus près ces discordances.

1) L'année de référence des recensements: Les chiffres provenant

des rapports annuels et des rapports de visite pastorale sont disponibles

pour les années 1871, 1874, 1875, 1878, 1884, 1887, 1889, 1890, 1891,

1892, 1894, 1896. Ce sont les années indiquées dans les rapports. Or,

ces chiffres représentent la population de la paroisse au premier

3Le terme famille utilisé dans le rapport annuel désigne en réalité


les ménages comme nous avonS pu le constater en confrontant ces données
avec celles du cahier des âmes.

4LeS termes famille ou ménage sont utilisés selon les années dans les
recensements décennaux; mais une vérification faite à partir des listes
nominatives indique que ce sont des ménages qui sont recensés.
57

janvier de l'année en cours, à partir de 1877. Ils sont donc valables

pour l'année antérieure.

Une autre observation nous amène à conclure dans le même sens.

En effet, l'examen des années inscrites sur les listes nominatives

provenant du cahier des âmes nous confronte au même problème. L'en-

tête de ces recensements indique l'année et le mois au cours duquel la

liste a été confectionnée, par exemple, "Recensement de la 'paroisse de

Ste-Flore pour l'année 1891, fait en janvier". Pour vérifier de quelle

année il s'agissait, nOUS avons tiré des registres d'état civil certains

noms de personnes décédées durant l'année d'un recensement paroissial et

tenté de les jumeler aux individus inscrits sur cette liste. Ainsi,

lorsqu'une personne décédée en mai 1891 apparaît sur la liste de 1891,

on peut conclure que ce recensement a été fait en janvier 1891 et non en

1892. A la suite de ces vérifications, nous avons constaté que l'année

indiquée sur un recensement est celle de sa rédaction. Comme la plupart

des listes nominatives des dénombrements religieux ont été confectionnées

en début d'année, entre janvier et avril, nous avons donc' adopté comme
5
année de référence l'année antérieure à la rédaction du recensement.

Cette mise au point est essentielle pour utiliser les données exactes

dans le calcul des taux de natalité et mortalité et dans le calcul des

soldes migratoires. En ce qui a trait aux recensements du Canada, étant

donné qu'ils ont aussi été faits en début d'année, en janvier ou avril,

nous avons adopté la même règle.

5Ceci ne vaut pas pour les recensements datés de 1880, 1896 et 1897
pour lesquels l'année indiquée est bien l'année de référence.
58

2) Le cadre territorial: Certains écarts importants observés entre

les chiffres de population rapportés dans les diverses SOurces pour une

même année provi~nnent fort probablement de la non concordance des limites

du territoire recensé. Prenons les cas séparément et examinons le terri-

toire correspondant à chaque recensement.

En 1861, le district de recensement comprend I~'établissement extra-

paroissial de Ste-Flore". La paroisse n'étant pas encore érigée canoni-

quement, il est difficile de connaître précisément les limites de ce

district. On peut supposer cependant qu'il est à peu près identiqu~ dans

sa partie habitée, au territoire érigé en paroisse en 1863.

En 1867, le dénombrement du curé comprend, en plus des habitants de

la paroisse, ceux du premier rang du canton Shawinigan faisant partie de

la paroisse de Saint-Boniface, mais desservis aux fins religieuses par


6
Sainte-Flore. Comme ce dénombrement ne donne pas la population selon

les rangs, il était impossible d'évaluer avec précision le nombre de

personnes résidant dans cette partie de Saint-Boniface. Cependant, en

jumelant ce dénombrement avec le recensement fédéral de Saint-Boniface

de 1871, il est apparu que 9 familles groupant 32 personnes de cette

localité avaient été recensées à Sainte-Flore.

Pour l'année 1871, les deux données disponibles ne concordent pas.

L'une provenant du recensement fédéral fait en avril 1871 représente

la population comprise dans les limites de la municipalité de la pa-

6Certaines mentions dans les registres d'état civil révèlent qu'une


partie de la paroisse de Saint-Boniface est desservie par Sainte-Flore.
59

ÉVOLUTioN TERRi TORi ALE /


DE SAiNTE-FLORE
/ /

AU XIX. SI ECLE
-
/

... .................. /
... /
/
/

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1• • •• ,

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. ÉC MEl..L E ' TI
60

roisse de Sainte-Flore. Ce territoire coïncide avec celui de la paroisse


"
re l 19le use. 7 L'autre, tirée du rapport annuel du curé présenté à

l'occasion de la visite épiscopale du 3 et 4 juillet 1871, fait état de

la population de la paroisse telle que recensée probablement dans le

courant de l'hiver. Toutefois, il est fort plausible que ce dernier

dénombrement inclue la population des missions situées le long du Saint-

Maurice et celle du premier rang du canton Shawinigan. Ce qui expli-

querait la surévaluation de 300 personnes dans ce rapport.

On note aussi une discordance dans les résultats des dénombrements

de 1874. Celui du cahier des âmes renferme en plus de la population

paroissiale celle d'une partie du premier rang du canton Shawinigan

détachée de Saint-Boniface et annexée à Sainte-Flore par le décret du


8 9
25 septembre 1874 et ce, même si le recensement est antérieur au décret.

Le rapport annuel indique une population supérieure de plus de 200 âmes.

L'inclusion des missions dans ce dernier expliquerait également cet écart.

7D'apr~s le "décret d'érection canonique de la paroisse de Sainte-


Flore" du 27 octobre 1862 et le "décret d'érection civile de la munici-
palité de la paroisse de Sainte-Flore" du 17 janvier 1863, Archives pa-
roissiales de Sainte-Flore.

8c . E . Deschamps, Municipalités et paroisses de la province de Québec,


Québec, Imp. Léger Brousseau, 1896, p. 1195. Pour connaître les
mutations territoriales, voir la carte no.4.
9 .
Le recensement localise cette population dans le rang ou chemin de
de la Petite-Rivi~re dont une partie du tracé passe dans le rang Saint-
Anatole qui est compris dans Sainte-Flore. Pour identifier les résidents
de cette partie du chemin de la Petite-Rivi~re compris dans le premier
rang du canton . Shawinigan, il a fallu jumeler la liste du curé avec le
recensement fédéral de la paroisse Saint-Boniface de 1871. Ainsi, 21
familles regroupant 131 personnes résidaient dans la partie du premier
rang de Shawinigan appartenant à Saint-Boniface, mais desservie par
Sainte-Flore.
61

Pour les années subséquentes, les chiffres provenant du cahier des

âmes renferment, en plus de la population de Sainte-Flore, les habitants

desservis aux fins religieuses par le curé de cette paroisse et localisés

dans la partie non annexée du premier rang du canton Shawinigan. Ce terri-

toire sera détaché de la paroisse Saint-Mathieu et intégré à Sainte-Flore


10
en 1887.

La paroisse subit une autre modification territoriale en 1885, alors

qu'elle est amputée dans sa partie nord au profit de Saint-Jacques-des-


ll
Piles. Environ 200 personnes seraient impliquées dans cette mutation.

Notons finalement que les dénombrements du cahier des âmes de 1878 à


·
1897 ne comprennent pas 1a popu1 at~on d es ..
m~ss~ons
d ' . 12 et
u Sa~nt-Maur~ce

10C.E. Deschamps, op. cit. p. 1195. Ce territoire comprend les lots


no 40 à 55 du premier rang du canton Shawinigan. Nous avonS évalué ses
occupants en jumelant les noms recensés dans le cahier des âmes en 1880
avec ceux du recensement fédéral de la paroisse Saint-Mathieu fait en l88l.
Dix familles regroupant 44 personnes ont été repérées dans cette partie du
rang pour cette époque.
Il
C.E. Deschamps, op. cit., p. 467. Ce nombre a été estimé de la fa-
çon suivante. Nous avons jumelé les noms des chefs de familles inscrits
au recensement fédéral de Sainte-Flore en 1881 avec ceux du dénombrement
xeligieux de 1886. Cette opération a fait apparaître un groupe de 36 fa-
milles, soit 188 personnes, toutes recensées les unes à la suite rles autr~s
en 1881 et qui ne se trouvaient plus dans Sainte-Flore en 1886. Nous som-
mes venuS à la conclusion qu'il s'agissait du groupe impliqué dans le dé-
tachement de 1885.

l2ces missions qui ont pour noms les Piles, Mékinac, Mattawin, Ri-
vière-aux-Rats, La Pêche, Les Chenaux, La Tuque et La Croche, semblent
avoir été desservies par Sainte-Flore jusque vers 1885, alors qu'elles
deviennent à la charge du curé de Saint-Jacques~es-Piles. Pour s'assurer
que ceS missions n'étaient pas recensées à Sainte-Flore, nous avons tenté
de jumeler quelques noms d'individus apparaissant dans les registres
d'état civil de Sainte-Flore et désignés résidents de ces missions, avec
ceux des dénombrements paroissiaux. Dans tous les cas, le jumelage s'est
avéré négat i f .
62

que le rapport annuel de 1896 exclut la population de Grand'Mère alors


13
que ce territoire fait partie de Sainte-Flore jusqu'en 1898. Il faut

avoir recours aux cahiers des âmes pour évaluer cette population. Nous

y constatons que le détachement de Grand'Mère entraîne une perte de

l 334 habitants.

Les dénombrements contenus dans le cahier des âmes couvrent du

début à la fin de la périod~ tous les territoires qui seront annexés

à la paroisse au 1ge siècle. En raison de l'uniformité du territoire

recensé, nous les utiliserons pour l'analyse de l'évolution démogra-

phique de la paroisse. Cela étant, les seules mutations territoriales

dont il faudra tenir compte pour évaluer correctement la population totale

seront l'amputation de 1885 au profit de Saint-Jacques-des-Piles et celle

de 1898 au profit de Grand'Mère. Pour ce qui est des autres sources,

elles seront utilisées pour compléter la première lorsque leur exacti-

tude le permettra.

B. La croissance de la population: Le peuplement de Sainte-Flore amorcé

au cours des années 1850 est rapide et continu jusqu'en 1877. Survient

ensuite une période de stagnation d'une dizaine d'années, précédant une

forte ascension qui se poursuivra jusqu'à la fin du siècle. Seule une

brève période de baisse entre 1890 et 1892 interrompt le mouvement. Illus-

trée sur la figure l, cette courbe démographique prend un autre aspect

13 Le 15 janvier 1898, la loi 61V, c 61 proclame la création du village


de Grand'Mère, voir Odessa Piché, Municipalités, paroisses, cantons, etc •••
de la province de Québec, de 1896 à 1924, Québec, Ministère de la coloni-
sation des mines et des pêcheries, 1924, p. 165.
63

Figure l

Sainte-Flore et Grand'Mère, courbe de la population totale


(1860-1901)

3600

3300

3000

2700

,.
2400

,
1

,
2100 1 .....~.c.1?J , , ',, "
I.e.. 7 " ,
, 1 1 ,
1 I?J,
0..... "

1800

,
,
,, 1

1500 "

1200 , -- --~ --- - -- -.....'


,,
,,
900 ,,
, ,,
,,
,,
600
,,
,
,,
300
,,

18&0 1170 1810 1890 1900.


64

lorsque la population du poste de Grand'Mère est défalquée de celle de

l'ensemble de la paroisse. La courbe de Grand'Mère est presque verti-

cale ce qui reflète un fort accroissement de la population dans un laps

de temps très court. Par contre, la population de la paroisse, sans

Grand'Mère, présente une courbe moins accentuée qui indique bien toute

l'importance du nouveau village industriel dans cette croissance démo-

graphique.

L'examen détaillé des tableaux 9 et 10 donne une image plus précise

de cette croissance démographique.

Le recensement fédéral de 1861 dénombre dans la zone de Sainte-

Flore, 315 habitants plus 51 travailleurs forestiers. Six ans plus tard,

la population a plus que doublé. Entre 1867 et 1874, bien que moindre

que celle des années précédentes, la croissance est tout de même forte,

419 nouveaux habitants, soit une hausse de 62,6%. Au cours des sept

années suivantes, l'augmentation est beaucoup plus faible et ne dépasse

pas 180 personnes. La paroisse renferme alors l 268 habitants. Entre

1881 et 1886, la population totale reste quasi stationnaire en raison de

la perte d'environ 200 habitants dans la mutation territoriale de 1885.

Cependant, si l'on fait abstraction de cette amputation, l'augmentation

peut être comparable à celle de la période antérieure.

Après 1886 s'amorce un mouvement à la hausse temporairement inter-


14
rompu en 1891 et qui se poursuit jusqu'à la fin du siècle. Entre

14 La baisse de population observée en 1891 pourrait être liée au


départ de travailleurs saisonniers employés par la compagnie de pâte à
papier Laurentide à Grand'Mère.
65

Tableau 9

Population de la paroisse Sainte-Flore


(1860-1901)

, 1
Annee Population Ménages

2 58·
1860 315·

1866 669+ 3 114+

*
1870 798· (1 100 ) 136·
a 1088+ 4
1873 (1 300*) 208+

1877 1237+ 5 (1 255*) 210+

1880 1214+ 5 (1 268· ) 220+ (215· )


d
1885 1292+ 6 209+
a * *
1886 1273 218
* *
1888 1681 316
1615+ 7
1890 (1 932·) 298+ (336· )
* *
1891 1518 283

1892 1809+ 280+

1893 1862+ 281+

2321+ 8 8
1896 (1 882+) 439+ (343+)
8 8
1897 3375+ (2 041+) 595+ (366+)
385+
1900 2190+

1901 2140+ (3 144·) 376+ (580· )

·Recensement décennal du Canada.

+Cahier de llétat des âmes.


* Rapport annuel du curé.

aAnnexion
d Detac
-, h ement.
66

Notes tableau 9.

l
Ce sont les années de référence des recensements.

2 plus 51 travailleurs forestiers venant de l'extérieur.

3 9 ménages regroupant 32 personnes sont énumérés mais résident hors des


limites de la paroisse, dans le premier rang du canton Shawinigan.

4comprend la population d'une partie du premier rang du canton Shawini-


gan évaluée à environ 160 personnes formant une trentaine de ménages.
5
Comprend la population de la partie du premier rang du canton Shawini-
gan non annexée en 1874, population évaluée à 70 habitants ou 14 ména-
ges environ.

6un groupe de 188 personnes résidant sur le territoire annexé à Saint-


Jacques-des-Piles en 1885 n'est plus dénombré.

7L'écart existant entre les résultats des deux recensements pourrait


s'expliquer en partie par l'intervalle de quelques mois séparant les
deux dénombrements. Celui du curé a été fait en janvier et celui du
gouvernement en avril. On sait qu'à cette époque, de nombreux travail-
leurs saisonniers venaient s'établir à Grand'Mère lorsque les travaux
à l'usine Laurentide pulp débutaient.

8Exclut Grand'Mère.

Tableau 10

Population du poste, du village et de la ville


de Grand'Mère (1890-1901)

Année Population Ménages

1890 186+ 40+

1896 439+ 96+

1897 1334+ 229+

1901 2511· 489·

+Cah1er
. d
e l 'etat
' des âmes.

• Recensement décennal du Canada.


67

1886 et 1890, la population augmente de 25 % et atteint l 615 habitants.

Durant la période de six anS allant de 1891 à 1896, la population de

l'ensemble de la paroisse fait un bond considérable pour atteindre

2 321 habitants, une hausse de 43,7 %. Le poste de Grand'Mère accapare

36 % des nouveaux résidents et porte sa population à 439 personnes, ce

qui représente une augmentation de 136 %. Le reste de la paroisse, avec

un accroissement de 31,7 %, porte sa ' population à l 882 habitants. La


,
crOlssance ,
demograp h'lque de Gran d" Mere 15 contlnue
, par l a sUlte
" a se

démarquer de celle du reste de la paroisse. Entre 1896 et 1901, sa

population augmente de 2 072 habitants (472 %) alors que la paroisse ne

reçoit que 258 nouveaux résidents (13,7%).

L'essor ' démographique vigoureux de Grand'Mère constitue un fait

dominant dans l'histoire de Sainte-Flore au 1ge siècle. Le peuplement

de la paroisse connaît ainsi une nouvelle poussée qui résulte en un

apport de population plus important durant les quinze dernières années

du siècle que lors de ses vingt-cinq premières années d'existence. On

peut présumer qu'une bonne part de cette augmentation est due à l'immi-

gration. Tentons maintenant d'en saisir les coordonnées.

c. Le mouvement naturel de la population: L'utilisation des registres

d e l , etat
' " 116 pour eva
C1Vl , l uer l" accrOlssement nature l n ' est pas sans

15A défaut d'en connaître la délimitation exacte, nous tenons pour


acquis que le territoire désigné sous le nom de Grand'Mère conserve les
mêmes limites d'un recensement à l'autre.
16 Pour une descrlptl0n
, , d'etal'11 ee
' d u contenu des reglstres
' d ' etat
'
civil, voir l'article de Gérard Bouchard et Michel Bergeron, "Les registres
de l'état civil de Notre-Dame-de-Laterrière, 1855-1911", Archives, vol. 3,
no. 3, (sept. - déc. 1975), pp. 164-173. .
68

soulever certaines difficultés. Il faut d'abord retracer les données

pour la période antérieure à l'ouverture de ces registres. Les bap-

têmes de Sainte-Flore sont enregistrés dans les registres de Saint-

Etienne en 1860 et 1861 et de Saint-Boniface en 1862, 1863 et 1864;

la plupart des mariages et sépultures figurent aussi dans les seconds

jusqu'en 1867 inclusivement.

Par ailleurs, les registres de Sainte-Flore renferment les actes

d'état civil de ses missions. Nous avons dû repérer ces actes et les

retrancher du total inscrit dans les registres. Ces corrections s'im-

posaient afin d'utiliser les bons numérateurs dans les calculs de la


17
natalité et de la mortalité et pour évaluer l'accroissement naturel.

'
Le ta bleau Il presente 1 es taux d e nata1 lte et d e morta 1 lte,18
0
'
0

0b-

19
servés pour douze années s'échelonnant entre 1860 et 1901. Parce que

17 Notons que cette operatlon


, 0

s 'app
1 lque aux mlSSlons et d essertes
0
0 0

dont les populations ne sont pas dénombrées dans les listes nominatives
de recensement, en l'occurrence celles du Saint-Mauricp., de Saint-
Mathieu et de Saint-Théophile du Lac-à-la-TOrtue.
18 NOus donnons en annexe 1 eS d Onnees
' b rutes des baptemes,
... marlages 0

et sépultures de 1860 à 1901 telles qu'inscrites à la fin des regis-


tres par le curé et les résultats obtenus après avoir éliminé les actes
des missions.
19
Le calcul de taux périodiques exige de connaître la population
totale pour un plus grand nombre d'années. Dans les travaux spécia-
lisés en démographie historique, on supplée habituellement aux lacunes
des sources en estimant la population totale à l'aide de la méthode
statistique de l'interpolation graphique, Voir à ce propos Giuseppe Leti,
"Problèmes d'échantillonnage statistique dans les enquêtes de démogra-
phie historique" in Maria Luiza Marcillio et Hubert Charbonneau, Démo-
.graphie historique, Rouen, Montréal, P.U.F., 1979, pp. 77-108.
69

ce sont des résultats ponc,tuels, la tendance moyenne pour une période

donnée nous échappe. Néanmoins ce tableau permet d'apprécier d'une

façon acceptable l'allure de ces indices démographiques au cours de la

période étudiée.

Tableau 11

Taux de natalité, de mortalité et d'accroissement naturel


à Sainte-Flore
(1860-1901 )

Année Natalité Mortali té Accroissement


naturel
0/00 0/00 0/0

1860 28,6 19 0,9

1866 41,8 22,4 1,9

1870 46,3 20 2,6

1873 56 12,8 4,3

1877 42,8 13,7 2,9

1880 46,9 19,7 2,7

1885 52,6 10,8 4,1

1890 59,1 25,1 3,4

1893 64,9 24,1 4

1897 47,5 32,8 1,4


a
1900 60,2 47 1,3

1901 52,3 47,6 0,4

a pour 1900 et 1901 les chiffres de la natalité ne concernent que Sainte-


Flore à l'exclusion de Grand'Mère, parce que des registres distincts sont
ouverts pour cette dernière à partir de 1899. Cependant, les décès pour
la paroisse Saint-Paul de Grand'Mère sont encore enregistrés dans les
registres de Sainte-Flore.
70

En considérant l'~nsemble de la période étudiée, on note que la

natalité est élevée: les tau~ -sont généralement supérieurs à 40/1000

et atteignent fréquemment 50/1000, parfois même 60/1000. Cette vigou-

reuse natalité témoigne de la présence de nombreux jeunes ménages, con-

séquence de la structure d'âge dans les régions nouvellement peuplées,

conséquence aussi des mouvements migratoires qui à certaines périodes

font hausser le nombre de jeunes couples.

Par ailleurs, le mouvement des naissances n'est pas constant durant

toutes ces années. On peut en effet distinguer quatre phases. La pre-

mière se situe durant la quinzaine d'années qui suit le début du peuple-

ment. A cette époque la paroisse enregistre des taux croissants de nata-

lité qui culminent en 1873 avec 56/1000. vient ensuite une phase durant

laquelle la natalité connaît un déclin appréciable, celle-ci étant ramenée

à 42,8/1000 en 1877 et à 46,9/1000 en 1880. Cette baisse des naissances

survient pendant la période de stagnation de la population entre 1877 et

1885. Elle pourrait être la conséquence d'un exode des jeunes qui aurait

freiné l'établissement de nouvelles familles dans la paroisse et partant,

le nombre des naissances. La troisième phase se situe entre 1885 et 1893

alors que le taux dépasse 50/1000 et atteint un sommet en 1893 avec plus

de 64/1000. Finalement, la dernière phase couvrant le reste de la décennie

1890, est caractérisée par une natalité qui bien que demeurant élevée, est

ramenée à un taux beaucoup plus bas, soit 47,5/1000 en 1897. La diminution

observée ici ne serait qu'un effet du type de peuplement dont Grand'Mère

est l'objet. La population de la future ville est composée à cette époque


20
d'un grand nombre de travailleurs saisonniers qui font hausser considé-

20 Par exemp l e, l e recensement parolssla


. . l de 1897 rapporte l a presence
'
de 316 pensionnaires dont plus de 300 résident à Grand'Mère.
71

rablement la population sans pour autant engendrer une augmentation de

la natalité étant donné qu'ils sont célibataires. Ceci a pour consé-

quence de faire baisser le taux de natalité. Toutefois, pour ce qui est

de la paroisse à l'exclusion de Grand'Mère, les taux semblent demeurer

tout aussi élevés qu'au cours de la période précédente. Les forts taux

de natalité des années 1885-1900 sont probablement la résultante de

l'accroissement naturel élevé noté dans les décennies 1860 et 1870,

mult~pliant le nombre de jeunes en âge de fonder une famille durant les

dernières quinze années du siècle.

Il est plus difficile à l'aide de ces données fragmentaires d'ex-

pliquer les [Link] de la mortalité. La hausse des décès qui pourrait

s'expliquer par une forte mortalité infantile ne correspond pas toujours

aux années de forte natalité. De même, si un certain vieillissement de la

population s'est produit comme on pourrait le soupçonner durant la période

de stagnation de la population, cela ne semble pas avoir amené une hausse

du taux de mortalité; on observe au contraire de faibles taux entre 1877

et 1885.

Nonobstant cette dernière remarque, nos données sur la mortalité

font ressortir une nette tendance à la hausse durant les années 1890.

On enregistre alors des taux records allant de 25 à 47/1000. Cette

phase à la hausse surgit avec le démarrage industriel et l'arrivée

massive de travailleurs à Grand'Mère. Cette situation amène une dété-

rioration des conditions sanitaires et entraîne une augmentation du

nombre des décès qui de 39 en 1896 passent à plus de 100 entre 18,97 et

1901. La variole atteignant un état épidémique, le conseil municipal


72

décide de créer un bureau d'hygi~ne en 1901 "dans l'intér~t de la

santé pUblique".21 L'accroissement naturel de la population demeure

positif tout au long de la période, sauf en 1899 où le déficit est de

28 (cf. annexe A). Pour dégager la tendance générale, nouS avons calculé

la moyenne annuelle des excédents par période décennale. Pour les quatre

décennies entre 1860 et 1901, ces excédents naturels moyens sont respec-

tivement de 18,4, 39,9, 51,8 et 56,4. L'apport de l'accroissement naturel

à la croissance de la population est donc à la hausse durant ce demi-

si~cle. Les taux annuels de l'accroissement naturel qui varient de 2% à


22
4% jusqu'en 1893 confirment le fort potentiel d'accroissement de cette

population. Ce contexte laisse entrevoir les possibilités d'une surcharge

démographique du territoire entraînant l'exode d'une partie de la popula-

tion. Voyons ce qu'il en est par le calcul des soldes migratoires.

D. Les soldes migratoires: A la lecture du tableau 12 on peut distinguer

quatre périodes entre 1861 et 1897 au cours desquelles les bilans des

mouvements migratoires se sont traduits par des gains ou des pertes de

population. D'abord, de 1861 à 1873 le solde migratoire net est de 446

personnes. L'immigration fournit alors 57,7% des nouveaux effectifs de

la paroisse. Entre 1874 et 1885, les soldes sont négatifs. La paroisse

21,
Reso l utlon
' d u 2 ]Ul
' ' Il et 1901, Registre des délibérations du Conseil
municipal de Sainte-Flore pour l'année 1901, Archives de la ville de
Grand'M~re.

22une population augmentant constamment de 3% par an doublerait en


23,5 ans et quadruplerait en 47 ans. Cf. Louis Henry, Démographie,
analyse et mod~les, Paris, Librairie Larousse, 1972( p. 236.
Tableau 12

Mouvement migratoire d'après les soldes migratoires à Sainte-Flore


(1861-1897 )

périodes Population en Accroissement Population attendue Population Accroissement Solde


début de naturel en fin de période observée en fin réel migratoire
période étant donné le mou- de période net
vement naturel

1861-1866 315 109 424 669 354 245

1867-1873 669 218 887 1 088 419 201

1874-1877 1 088 182 1 270 1 237 149 -33

1878-1880 1 237 104 1 341 1 214 -23 -127


a
1881-1885 1 232 311 1 543 1 500 268 -43

1886-1890 1 292 228 1 520 1 615 323 95

1891-1893 1 615 183 1 798 1 862 247 64

1894-1897 1 862 312 2 174 3 375 1 513 1 201

aCe nombre comprend le groupe d'environ 188 personnes habitant le territoire détaché de Sainte-Flore en 1885.

-.1
W

1
.1
74

ne parvient pas à garder sa population et l'émigration entraîne une

perte nette de 203 personnes. Ce qui signifie que l'accroissement réel

n'équivaut qu'à 66% de l'accroissement naturel. De 1886 à 1893 les

soldes redeviennent positifs mais l'immigration contribue dans une

proportion moindre à l'accroissement réel de la population: sa part

se chiffre à 27,9%. La dernière période allant de 1894 à 1897 se

démarque des précédentes par un solde migratoire très élevé atteignant

l 201 personnes ce qui constitue 79,3 % de l'augmentation de la popula-

tion durant ces années.

Les mouvements migratoires mis en évidence ici constituent une piste

intéressante pour identifier les ressorts qui ont façonné l'histoire de

cette paroisse et partant pour mieux comprendre les structures économiques

et sociales du monde rural. Cette voie de recherche nécessite une pério-

disation et une mesure précises de l'immigration et de l'émigration. Le

chapitre suivant y est consacré.


CHAPITRE V

LES MOUVEMENTS MIGRATOIRES

L'une des voies privilégiées pour approfondir notre connaissance

du monde rural est l'étude de la mobilité géographique de la popula-

tion. Ce volet de l'histoire démographique d'une paroisse peut aider

à saisir la dynamique de cette sociétp..

L'analyse démographique précédente n'a mesuré que les migrations

nettes, c'est-à-dire le solde positif ou négatif entre les entrées

et sorties et non l'ampleur réelle des mouvements migratoires. Il se

peut, par exemple, qu'une période se soldant par un surplus de popula-

tion que l'on attribue à une forte immigration soit aussi une période

d'émigration importante. De même, l'immigration peut être d'une


·
amp l eur que ne 1 [Link] .[Link].
pas soupçonner l e so l de [Link] . l Pour saisir

la dimension exacte et la nature des mouvements migratoires, il faut

évaluer les effectifs impliqués dans les courants d'émigration et

d'immigration et discerner les caractéristiques des migrants.

ITel est l'enseignement de l'étude de Gérard Bouchard sur les


migrations à La Tèrrière, "Démographie et société rurale au Saguenay,
1851-1935", Recherches sociographiques, vol. XIX, no. l, (janv. -
avril 1978),~7-32. Cette étude révèle entre autres pour la décennie
1860-69, un nombre réel d'entrées et de sorties de l'ordre du millier
alors que le calcul du solde ne laissait voir qu'un faible mouvement
migratoire.
76

2
A. Sources et méthodologie: L'étude de la mobilité géographique repose

sur des listes nominatives de recensement, grâce auxquelles il est possi-

ble d'identifier et de dénombrer exactement les individus impliqués dans

une migration. Les recensements utilisés ici ont été décrits au chapi-

tre précédent. Rappelons qu'ils consistent en neuf listes nominatives;

six proviennent des recensements paroissiaux ou cahier des âmes: ceux

de 1867, 1874, 1878, 1886, 1891 et 1897; les trois autres sont des recen-

sements décennaux· du gouvernement canadien pour les années 1861, 1871 et

1881.

La première étape consiste à jumeler les noms des individus ou

familles apparaissant sur un premier recensement avec ceux du recensement

subséquent. Les personnes de la première liste qu'on ne retrouve pas

dans la seconde sont en principe consid~rééscomme émigrants. Celles qui

apparaissent pour la première fois dans la seconde liste sont en principe

des immigrants.

Ce procédé laisse échapper les personnes qui entrent et sortent de

la paroisse durant la période intercensitaire. Cependant, cette fai-

blesse méthodologique est d'autant moins importante que les recensements

sont rapprochés dans le temps. Dans ce cas, en effet, il y a moins

2 La méthodologie correspond ·dans ses grandes lignes avec celle dé-


cr ite dans l'article de Raymond Roy et al, "Le jumelage des données
nominatives dans les recensements: problèmes et méthodes", Histoire
Sociale, vol. XIII, no. 25, (mai 1980), pp. 173-193. Nous donnerons
ici les traits essentiels de cette méthode avec les variantes que nous
aurons adoptées. Pour la démonstration et la critique de la méthode,
nous reférons le lecteur à l'article précité.
77

d'individus susceptibles de s'être établis temporairement dans la pa-

roisse entre deux recensements. Nos listes nominatives dressées à

peu près aux cinq ans, devraient donc conférer une assez grande précision

à nos résultats.

Le jumelage des noms doit pouvoir être validé à l'aide de preuves

concluantes, ceci dans le but d'éviter les erreurs de couplage prove-


3
nant des cas d'homonymie et de mutation nominative. A cet effet, le

jumelage de couple où l'on possède les noms des deux conjoints assure

une identification certaine des personnes jumelées. Ont aussi été inclus

dans le jumelage tous les autres ménages recensés. · Ainsi, les familles

migrantes, telles qu'entendu ici, peuvent être des couples ou des

individus vivants seuls ou veufs.

Trois des neuf recensements n'offrent pas la possibilité de jumeler

les couples, soit ceux de 1867, 1874 et 1878. Seuls les noms des chefs

de familles ou des ménages sont inscrits sur ces listes, avec le nombre

3
Les cas d'homonymie sont peu fréquents durant les vingt premières
années couvertes par les recensements. Ils se rencontrent surtout dans
les familles où le fils porte le même prénom que son père. A mesure que
la population grossit, ces cas sont plus fréquents. Les descendances de
certaines familles dont le nom est courant dans la paroisse renferment
quelques homonymes. Ceux-ci se rencontrent surtout chez les familles
Gélinas et Lafrenière. Mais ils sont au total peu nombreux; pour chacune
des listes nominatives, de deux à cinq cas d'homonymie ont été relevés.

Les mutations nominatives sont occasionnées par des variations de l'or-


thographe des noms. Le plus souvent minimes, ces changements peuvent,
parfois, être déroutants, comme l'attestent les exemples suivants tirés
du recensement de 1861: "Gélinas" est écrit "Gina". Lavergne devient
"Laval"; Berthiaume est transformé en "Berqueaume"; Mélançon devient
"Ménançon" •
78

d'enfants ou de communiants compris dans le ménage. Les mentions "père",

"fils" ou "veuf" sont accolées à certains noms. Les risques de confondre

des individus sont donc plus grands pour ces années. Cependant, compte

tenu de la taille relativement restreinte de la population étudiée, ces

risques demeurent assez faibles, de sorte que les résultats n'en sont pas

ou peu affectés. Abordons l'étude de l'émigration et de l'immigration

tout en précisant quelques particularités méthodologiques propres à chacun

des phénomènes.

B. L'émigration: Une fois dressée la liste des couples qui ne sont plus

dénombrés d'un recensement à l'autre, il a fallu confronter ces noms avec

ceux des personnes décédées durant les périodes concernées telles que

nous les avons relevés à partir des registres d'état civil de la paroisse.

Les personnes n'apparaissant plus sur les recensements pour cause de

décès furent ainsi éliminées des émigrants.

Le cas des veufs et des veuves remariés fait problème. Pour ce qui

est des veuves, une première difficulté se pose là où les recensements

ne donnent que les noms des chefs de familles et qu'une veuve chef de

famille apparaît sous le nom du mari défunt. Pour repérer la présence

de ces veuves dans tous les recensements subséquents, il a fallu trouver


4
leurs noms dans le répertoire des mariages de Sainte-Flore et vérifier

si elles se remariaient et avec qui. Si le nom du nouvel époux figurait

au recensement suivant le mariage, la veuve était éliminée des émigrants.

4Louise Lesieur, Mariages de Ste-Flore (comté de St-Maurice) 1867-


1977), Montréal, Editions Bergeron Inc., 1979.
79

L'autre diff iculté se rapporte aux recensements qui donnent les noms

des deux époux. Dans ce cas, nous avons vérifié dans le répertoire

des mariages avec qui les veufs et les veuves se remariaient de façon

à s'assurer que l'un des conjoints du nouveau couple était bien celui

identifié dans les recensements antérieurs et ainsi à l'éliminer des

émigrants.

Le tableau 13 rapporte la mesure de l'émigration brute à laquelle

nous SOID~es arrivés. Première caractéristique qui émerge: sur l'en-

semble de la période étudiée, l'émigration touche entre 20% "et 50%

des familles recensées. Le taux moyen annuel du mouvement se situe

généralement autour de 5% et 6%, mais trois crêtes apparaissent: l'une

entre 1861 et 1866, l'autre entre 1871 et 1873 et la dernière entre

1878 et 1880. Voyons par période l'intensité du mouvement.

L'émigration est très élevée durant la phase initiale de peuplement

entre 1861 et 1866 alors que 48,2% des ménages recensés en 1861 quittent

la paroisse, ce qui équivaut à un taux annuel moyen de 8,1%.5 Les deux

périodes comprises entre 1867 et 1873 étant respectivement de quatre et

trois années, permettent une mesure plus précise du mouvement sur un

espace de sept ans puisque l'on prend en compte les nouveaux résidents

établis entre 1867 et 1870. Ici, les départs totalisent 54 ménages.

5Ce nombre sous-évalue encore l'émigration réelle à cause de l'inter-


valle de six ans entre les deux recensements. Les familles arrivant après
1861 et repartant avant 1866 ne peuvent être en effet comptabilisées.
Nous avons estimé précisément l'importance de cette sous-évaluation selon
que l'on utilise deux ou tr0is listes nominatives pour -une période donnée.
Pour les sept années allant de 1867 à 1873, nouS avons identifié 40 fa-
milles émigrantes en utilisant deux listes et 54 avec trois listes.
80

Tableau 13

Ménages émigrant de Sainte-Flore


(1861-1897 )

Périodes Ménages Moyennes Taux annuels


annuelles moyens %

N %a

1861-1866 28 48,2 4,7 8,1


b
1867-1870 26 22,8 6,5 5,7

1871-1873 28 20,5 9,3 6,8

1874-1877 43 20,6 10,7 5,1

1878-1880 61 29 20,3 9,7


-'--- ~

c Il,2
1881-1885 56 25,4 5,2

1886-1890 64 30,6 12,8 6,1

1891-1897

Ste-Flore et 107 35,9 15,2 5,1


Grand 'Mère

Ste-Flore sans 87 33,7 12,4 4,8


Grand 'Mère

Grand 'Mère 20 50 2,8 7,1

a
Pourcentage par rapport au -nombre total de ménages du recensement initial
de chaque période.

b9 ménages ont été soustraits des émigrants. Ces ménages ne sont pas
recensés en 1871 parce qu'ils résident hors des limites du sous-district
de recensement fédéral qui correspond à la municipalité de Sainte-Flore.
Etant inscrits les uns à la suite des autres dans les recensements de
1867 et 1874, nous en avons conclu que ces ménages n'ont pas émigré mais
ont plutôt été exclus du dénombrement de 1871.

c 36 ménages ont été soustraits des émigrants parce qu'ils ne sont plus
recensés à Sainte-Flore à la suite d'un détachement territorial au profit
de Saint-Jacques-des-Piles en 1885.
81

Avec des taux de 5,7% et 6,8%, ces sept dernières années sont donc

marquées par une baisse de l'émigration qui cependant touche encore un

ménage sur cinq. La période septennale suivante totalise 104 départs

répartis comme suit: 43 entre 1874 et 1877 et 61 entre 1878 et 1880.

Pour les quatre premières années le taux (5,l%) est le plus bas enre-

gistré durant la seconde moitié du 1ge siècle, alors que pour les trois

autres années, le taux (9,7%) est le plus élevé. Le nombre de ménages

étant quasi stationnaire durant ces annÉes, on peut calculer que 50%

de ceux-ci émigrent entre 1874 et 1880. Durant les vingt dernières

années du siècle, l'émigration est ramenée à des proportions plus près

de la moyenne, les taux variant de 5% à 6%. Toutefois, les départs

atteignent encore le quart et le tiers des ménages.

Contrairement à ce que le calcul des soldes avait suggéré, l'émi-

gration n'est pas uniquement le fait des années 1874 à 1880, mais plutôt

une constante du régime démographique de la paroisse, les périodes 1860

à 1866 et 1878 à 1880 étant les temps forts du mouvement. La précocité

et la constance du phénomène sont particulièrement significatives. Alors

que l'on pourrait croire que l' émi gration augmente à mesure qu'approche

la saturation du territoire, il appert au contraire que ce mouvement tou-

che de nombreux ménages dès les tout débuts et que l'amplitude du mouvement

est élevée tout au long de la période é tudi ée. L' émigration ne peut donc

être interprétée ici comme l'aboutissement d'une période de croissance

trop rapide de la population créant des tensions d émographiques que la

paroisse n'aurait pu résorber rendue à un certain stade.

A la suite de cette prise de vue quantitat ive de la mobilité, il


82

faut se demander quelle est la nature de ces déplacements. S'agit-il

d'une micro-mobilité, c'est-à-dire de départs vers une destination

rapprochée du lieu d'origine? S'agit-il de migrations à l'extérieur

de la région immédiate ou vers la ville, entraînant une transformation

du milieu et du genre de vie? Ces déplacements ont-ils un caractère

définitif ou temporaire?

Malheureusement, on ne possède pas d'information sur la destina-

tion des migrants. La ville a sans doute attiré bon nombre d'entre eux.

C'est le cas de la majorité de ceuX qui ont émigré vers les Etats-Unis;
6
en 1891, ils totalisaient 109 personnes. L'enquête de E.-Z. Massicotte

concernant l'émigration aux Etats-Unis dans le comté de Champlain entre

1880 et 1892 montre que dans la paroisse Notre-Dame-du-Mont-Carmel dont

la population se compare en nombre à celle de Sainte-Flore, 30 familles


7
ont émigré vers les villes américaines.

Relativement au caractère permanent des départs à Sainte-Flore, on

peut affirmer qu'ils le sont dans presque tous les cas. En effet, après

avoir effectué une vérification en confrontant quatre listes d'émigrants

et d'immigrants espacées d'une dizaine d'années chacune, nous n'avons

noté le retour que de deux familles entre 1861 et l87l y de deux autres

entre 1871 et 1878, de sept entre 1878 et 1886 et de neuf familles

entre 1886 et 1897. Sans doute y a-t-il des migrations de courte durée,

mais les périodes intercensitaires sont trop longues pour qu'elles appa-

raissent par le jumelage des listes nominatives disponibles.

6
Recensement de la paroisse Sainte-Flore pour l'année 1891. Archives
de la paroisse. Il s'agit ici de communiants.

7Yolande Lavoie, L'émigration des Québécois aux Etats-Unis de 1840


à 1930, Québec, Editeur officiel, 1979, p. 34.
83

C. L'immigration: Si l'émigration est une caractéristique du milieu

rural, elle devrait générer un courant d'immigration chez les paroisses

d'accueil. Voyons ce qu'il en est à Sainte-Flore.

L'ampleur de ce mouvement a été déterminée par le jumelage des

ménages pour chaque année de recension. Ont été relevés ceux qui

apparaissaient sur la seconde liste nominative et non sur la première

pour une période donnée. Ensuite, le résultat final fut obtenu en

éliminant les couples nouvellement formés dont les conjoints sont ori-

ginaires de la paroisse. Il a fallu les repérer dans le répertoire des

mariages de Sainte-Flore. Deux cas peuvent se présenter: si le mariage

a lieu à l'extérieur de la paroisse, il est impossible d'éliminer ces

couples qui sont par le fait même comptabilisés avec les immigrants,8

dans le cas d'un homme d'une paroisse autre qui vient prendre femme à

Sainte-Flore, le couple est considéré comme immigrant.

Les résultats consignés au tableau 14 montrent que les immigrants

entrent en grand nombre dans la paroisse jusqu'à la fin du siècle. Par

période décennale, il y a de 125 à plus de 180 nouveaux ménages qui

s'installent entre 1860 et 1890 et plus de 350 entre 1890 et 1897. Le

rythme des arrivées atteint son apogée entre 1861 et 1873 alors que les

taux s'établissent à 8,6% et 12,5%, la principale vague survenant entre

1871 et 1873. Le mouvement connaît un brusque ralentissement entre 1874

et 1877, période où le taux chute à 5,2%, puis atteint un nouveau sommet

entre 1878 et 1880 avec un taux de 9.7%. Durant la décennie 1880 les

8Gérard Bouchard estime que ceci peut être la cause d'une sur-éva-
luation de 5 à 10% des immigrants dans le cas du village de La Terrière.
Cf. "Démographie et société rurale ••• ", p. 15.
84

Tableau 14

Ménages immigrant à Sainte-Flore


(1861-1897)

Périodes Ménages Moyennes Taux annuels


annuelles moyens %

1861-1866 77 67,5 11 9,6

1867-1870 34,5 Il,7 8,6

1871-1873 37,5 26 12,5

1874-1877 44 20,9 11 5,2

1878-1880 64 29 21,3 9,7

1881-1885 79 37,7 15,8 7,5

1886-1890

Ste-Flore et
Grand 'Mère 108 36,2 21,6 7,2

Ste-Flore sans
Grand 'Mère 81 31,4 16,2 6,2

Grand 'Mère 27 67,5 5,4 13,5

1891-1897

Ste-Flore et
Grand 'Mère 360 60,5 51,4 8,6

Ste -Flore sans


Grand 'Mère 146 39,8 20,8 5,6

Grand 'Mère 214 93,4 30,6 13,3

a
Pourcentage par rapport au nombre total de ménages du recensement terminal
de chaque période.

bNbus avons soustrait des immigrants dix ménages recensés à Saint-Boniface


en 1871 et non à Sainte-Flore. Ces ménages sont desservie aux fins reli-
gieuses par Sainte-Flore et de ce fait inclus dans tous les recensements
paroissiaux.
85

arrivées se stabilisent aux environs de 7% par an. Entre 1890 et 1897,

la paroisse reçoit un nombre sans précédent d'immigrants o Ceux-ci tota-

lisent 360 ménages ou 60% des ménages présents en 1897. De ce nombre

le poste de Grand 'Mère en .accueille 60%. Les forts courants d' immi-

gration qui alimentent la paroisse ont donc fait contrepoids aux nombreux

départs et assurent la croissance démographique de la paroisse.

La mise en parallèle des tableaux relatifs aux mouvements migratoires

et aux soldes migratoires permet de mieux comprendre la nature et le rôle

des migrations. On note d'abord que l'immigration totalise un nombre de

ménages toujours supérieur à ceux qui émigrent mais que ceci se traduit

généralement par un solde peu élevé ou même négatif. Cette constatation

soulève la question de la taille des ménàges migrants et des migrations

des célibataires. Pour illustrer ces problèmes, considérons quelques-unes

des périodes identifiées.

Entre 1874 et 1878, le nombre de ménages émigrants, soit 43, équivaut

à peu près au nombre de ménages immigrants, 44. La taille de ces ménages

est presque identique puisque les premiers totalisent 203 individus et les

seconds 198. En supposant que tous les membres de ces ménages émigrent,

le solde migratoire devrait être de -5. Or celui-ci est de -33; il faut

donc conclure qu'au moins 28 personnes non encore établies ou célibataires


9
auraient également émigré durant cette période.

9 Il faut bien comprendre ici que ces estimations de la mobilité des


célibabaires ne sont qu'approximatives, entre autres à cause de l'hypo-
thèse voulant que tous les membres d'un ménage émigrent avec le couple,
ce qui n'est évidemment pas toujours le cas et aussi parce que l'immi-
gration est surévaluée. Néanmoins, ces chiffres n'en démontrent pas
moins que l'émigration touchè aussi un grand nombre de célibataires et
que leur prise en compte reviserait à la hausse l'évaluation de la
mobilité effectuée au cours de cette recherche.
86

Entre 1878 et 1880, le nombre de ménages émigrants se rapproche de

celui des immigrants, 61 contre 64, mais dans ce cas les premiers re-

groupent 357 individus et les seconds 271, d'où un déficit migratoire

prévisible de 86. En fait, le solde migratoire total est de -127, ce

qui nous amène à conclure que 41 personnes ne faisant pas partie des

ménages migrants auraient également quitté la paroisse.

Ce large écart entre les effectifs des ménages migrants alors que

les deux courants migratoires s'équilibrent signifie que l'émigration

atteint surtout des ménages constitués d'un plus grand nombre d'enfants

et, partant, dont les conjoints seraient plus âgés. La taille moyenne

des ménages émigrants est de 5,8 membres et celle des ménages immigrants

est de 4,2. L'absence de mention d'âge dans les recensements de cette

période rend impossible de vérifier pour le moment l'âge des conjoints.

Une dernière vérification portant sur la période 1886-1890 montre

que la différence entre le nombre de ménages émigrants et immigrants est

de 44 en faveur de ces derniers. Si l'on tient compte de tous les indi-

vidus qui composent les ménages, le solde migratoire devrait être de

140 alors qu'il n'est que de 95. Cet écart laisse supposer 45 départs

d'individus célibataires. Relativement à la dimension des ménages migrants,

cette périOde appelle les mêmes remarques que pour les années 1878-1880.

On observe que les ménages immigrants ' sont de plus petite taille: ils

regroupent en moyenne 4,9 personnes en comparaison de 6,2 dans les ménages

émigrants. Ces traits distinctifs des deux courants laissent entrevoir

une différenciation des motifs générant la mobilité chez les deux groupes.
87

Cette prise de vue quantitative des mouvements migratoires dénote

l'existence d'une intense mobilité chez cette population rurale. Par

leur ampleur, les migrations régissent l'évolution démographique de la

paroisse. En dépit d'une forte émigration, la population croît grâce à

l'apport continuel de forts contingents de nouveaux habitants. En ce

sens la stagnation démographique de la période 1874-1880 s'explique

surtout par la baisse de l'immigration.

Il importe de chercher les causes qui ont entraîné une telle mobi-

lité. Dans la troisième partie de cette étude, nous nous pencherons

sur cette question en confrontant les conjonctures migratoires aux faits

géographiques et économiques mis en lumière précédemment et en isolant

certaines caractéristiques propres aux migrants et aux sédentaires.


TROISIEME PARTIE

EXPLICATION DE LA MOBILITE
89

L'étude des causes de la mobilité renvoie à des facteurs de natures

diverses qui peuvent relever aussi bien des ressources du milieu, des

structures économiques de la société rurale, des cycles conjoncturels

de l'économie et des traits socio-culturels des individus et groupes

sociaux. Dans le cas de Sainte-Flore, comment s'articule la mobilité

géographique et ces différents facteurs? La question est fort complexe

et le cadre de cette étude ne permet pas de la cerner sous toutes ses

facettes. Néanmoins, à partir des traits les plus significatifs de

l'histoire de cette communauté rurale, certains éléments de réponse

peuvent être avancés. Pour ce faire, nous allons tenter d'associer

les mouvements migratoires aux phases de la mise en valeur du territoire

de même qu'à l'économie locale. Le cas des émigrants sera examiné de

plus près en les comparant aux sédentaires sous l'angle de leur lieu de

résidence et de leurs ressources agricoles et forestières.


CHAPITRE VI

OCCUPATION DU TERRITOIRE ET MOBILITE

Hormis les toutes premières années du peuplement, l'occupation

du territoire ne semble pas avoir souffert d'entraves importantes.

Vers 1874, les zones les plus favorables à " la colonisation sont

presque entièrement occupées et toutes accessibles par la route. Le

courant d'immigrati~n qui alimente la paroisse jusque-là confirme

l'existence de conditions propices à la poussée colonisatrice à l'épo-

que. Mais le constat d'un mouvement d'émigration impliquant de nom-

breux effectifs dès les années 1860 oblige à nuancer cette vision des

choses. Si la géographie de même que les voies de communication ont

favorisé le peuplement de certaines zones de l'oekoumène, ces avantages

n'ont pas suffi à retenir les quelques 80 ménages qui émigrent durant

cette quinzaine d'années~ Les difficultés d'adaptation au milieu, les

conditions contraignantes d'accessibilité à la propriété foncière, le

déplacement des activités forestières constituent autant de facteurs

susceptibles d'avoir engendré cette mobilité.

Cette période est " suivie d'une phase de stagnation de la population

qui s'étend sur une dizaine d'années et qui est concomitante de l'inter-

ruption de la mise en valeur de nouvelles ZOnes dans la paroisse. Or,


91

on a observé que les courants migratoires s'équilibrent en ce qui a

trait au nombre de ménages impliqués. Cela traduirait-il un reserre-

ment des conditions d'accessibilité à de nouvelles terres, entraînant

une saturation du territoire déjà colonisé? Si c'était le cas, cela

interdirait effectivement tout apport supplémentaire de population

venant de l'extérieur. Les motifs de départ pourraient être liés à la

nécessité pour les familles d'acquérir de nouvelles terres afin d'a-

grandir le domaine agricole et établir les fils.

Le début des années 1880 marque une reprise du mouvement de coloni-

sation et le peuplement atteint alors des zones auparavant délaissées.

La baisse du taux d'émigration entre 1881 et 1885 pourrait découler de la

mise en valeur de ce nouvel espace: à partir de 1887, avec l'implantation

de l'usine de pâte à papier au poste de Grand'Mère, l'immigration con-

naît un essor considérable qui amène l'occupation rapide de cette partie

de Sainte-Flore. Au cours des années 1890, le processus d'urbanisation

de Grand'Mère est enclenché ce qui vaut à la paroisse entière des mou-

vements migratoires d'une ampleur exceptionnelle. Comme on l'a vu, le

peuplement déborde l'oekoumène agricole viable durant cette période à la

faveur de nouvelles activités économiques à Grand'Mère et de nouveaux

débouchés pour le bois coupé sur les lots des particuliers.

A la suite de ces considérations générales, observons la mobilité

et la sédentarité à l'intérieur de chacun des rangs colonisés en tenant

compte de leurs traits géographiques et des activités économiques qui

s'y sont développées.


92

Nous avons vu que les rangs habités n'offrent pas tous les mêmes

avantages au peuplement et ~ la mise en valeur agricole. Certains

renferment en partie des sols de bonne qualité, d'autres sont moins

bien pourvus et sont couverts de terrain montagneux. Dépendant de ceS

conditions, l'établissement sur ces terres présente des degrés variables

de difficulté; les chemins sont plus ou moins praticables; l'habitat

peut être plus dispersé; la fonction du rang en tant qu'unité spatiale

favorisant l'émergence des rapports d'entraide indispensables entre les

membres de la communauté risque de ne pouvoir s'exercer. Bref, cer-

taines familles sont ainsi placées dans un état d'isolement plus grand

et peuvent difficilement profiter des ressources économiques et humaines

qu'offre le milieu. Ces contraintes ont pu les inciter à émigrer.

Grâce à la carte de potentiel agricole, nous disposons d'informations

assez explicites sur les traits physiques de l'ensemble du territoire.

Les ménages sédentaires et émigrants dans chaque rang ont été

identifiés au cours de trois périodes s'échelonnent entre 1865 et 1897,

Ces données ne sont cependant pas significatives pour chacun des rangs

car quelques-uns d'entre eux n'ont qu'une très faible population durant

certaines périodes. Voyons les principales tendances qui se dégagent

de cette compilation (tableau 15).

Entre les années 1865 et 1873, ce sont les deux rangs les plus an-

ciennement peuplés qui conservent les plus hauts pourcentages de séden-

taires, soit les rangs des piles et de la Petite-Rivière, avec respec-

tivement 58 et 62%. Dans les autres rangs occupés, soit de la Grand'

Mère, Saint-Olivier et Sainte-Catherine, les sédentaires ne forment plus


93

Tableau 15

Répartition des couples sédentaires et émigrants


selon le lieu de résidence dans la paroisse

Rang Années Ensemble de Nombre de


couples couples

N % Sédentaires Emigrants
N % N %

Des piles 1865-73 50 100 29 58 21 42


1874-80 110 100 68 62 42 38
1891-97 113 100 63 56 50 44

Petite-Rivière 1865-73 13 100 8 62 5 38


ou St-Anatole 1874-80 47 100 33 70 14 30
1891-97 25 100 19 76 6 24

1er rang de
Shawinigan a 1891-97 22 100 20 91 2 9

De la Grand' 1865-73 13 100 4 31 9 69


Mère 1874-80 15 100 9 60 6 40
1891-97 40 100 20 50 20 50

Petit rang 1891-97 8 100 7 87 1 13

St-olivier 1865-73 11 100 4 36 7 64


1874-80 18 100 10 56 8 44
1891-97 ' 15 100 10 67 5 33

Ste-Catherine 1865-73 4 100 1 25 3 75


1874-80 4 100 1 25 3 75
1891-97 48 100 32 67 16 33

St-Alexandre 1865-73 1 100 1 100


1874-1880 14 100 12 86 2 14
1891-97 8 100 6 75 2 25

Des Hêtres 1891-97 14 100 10 71 4 29

St-Ubald 1865-73 1 100 1 100


1891-97 3 100 2 67 1 33

St-Théophile 1891-97 2 100 2 100

aCe rang fait partie de la Petite-Rivière pour les années antérieures.


94

que le quart ou le tiers des familles du début de période.

Cette différence de mobilité selon les rangs coïncide avec la

qualité du sol et l'ancienneté de l'occupation: les deux rangs où

les familles sont les plus stables dominent sous ce rapport.

Durant la période 1874-1880, la mobilité évolue à peu près selon

les mêmes critères. Cependant, les écarts entre les pourcentages des

ménages sédentaires des divers rangs sont beaucoup moindres que précé-

demment et le nombre d'émigrants baisse dans la plupart des rangs.

Cependant ceux à faible potentialité conservent toujours la part rela-

tive d'émigrants la plus élevée. Deux rangs s'éloignent de cette prise

de vue générale. Lè- rang Sainte-Catherine ouvert en 1869 voit partir

trois de ses quatre familles résidantes. Par contre, le rang Saint-

Alexandre dont l'occupation s'amorce aussi vers la même année, renferme

la population la plus stable: les ménages sédentaires y représentent

86% de l'ensemble. Dans ces cas, le facteur qui paraît être le plus

déterminant quant au degré de mobilité est la qualité du sol. Le

premier est en effet une zone accidentée et couverte en majorité de sol

improductif tandis que le second est très bien pourvu en sol agricole.

Pendant la dernière décennie du siècle, les comportements migratoires

semblent obéir à des facteurs plus complexes. Les rangs traversés par

de bonnes terres agricoles conservent encore les plus forts pourcentages

de sédentaires, mais ces derniers se retrouvent aussi en plus grand nombre

dans les rangs à moyenne et faible potentialité. Ici, la diversification

des activités économiques en augmentant les emplois en dehors de l'agri-


95

culture aurait permis une occupation plus stable des zones résiduelles

de l'oekoumène. Dans les rangs Sainte-Catherine et des Hêtres, par

exemple, occupés de plus récente date, il est fort probable que les

terres recelaient encore des peuplements forestiers ayant une valeur

sur le marché du bois à pâte. Les propriétaires de ces lots ont pu

ainsi tirer des revenus intéressants de l'exploitation de leurs terres

à bois.

Deux rangs échappent à ce constat général. Le rang des piles connaît

une hausse du nombre de familles émigrantes de même que le poste de

Grand 'Mère. Dans ce dernier cas, les chefs de ménage sont pour la plu-

part des travailleurs saisonniers employés par la compagnie Laurentidei

ils sont de ce fait beaucoup plus mobiles. C'est ce que note le curé dans

son rapport annuel de 1896: "La population de la Grand'Mère, écrit-il,

est une population nomade, sur laquelle on ne peut compteri tantôt nous

avOns 103 communions, tantôt 130, quelques fois 90. La plupart de ces

travailleurs nous viennent des paroisses voisines pour 3 ou 4 mois, en-

suite, retournent dans leur paroisse" 1 Cette explication serait éga-

lement valable pour le rang des Piles, du moins pour ses résidents les

plus rapprochés de Grand'Mère.

Cette analyse confirme l'existence d'une relation entre la mobilité

et la qualité du sol. Dans la mesure où la population qui habite les

zones à faible potentiel peut se détacher des activités agricoles, elle

e'st moins touchée par la mobilité.

1
Rapport annuel sur l'état de la paroisse de Sainte-Flore .•. 1896,
Archives de l'évêché de Trois-Rivières.
CHAPITRE VII

ECONOMIE ET MOBILITE

Au chapitre des causes de la mobilité, les conditions économiques

comptent parmi les explications les plus couramment évoquées par les con-

temporains. En 1868, on identifie le manque de manufactures pour emplo~r

la main d'oeuvre rurale et les déficiences de l'agriculture comme les


l
deux principales caUSes de l'émigration. En région périphérique, le

contexte de la colonisation confronte les individus à de sérieux problèmes

de subsistance, comme en fait foi ce témoignage d'un résident de Saint-

Boniface en 1868:

Le défaut d'ouvrage est ce qui fait le malheur de nos can-


tons. Il est év·ident qu'un jeune ménage qui vient s'éta-
blir sur une nouvelle terre le plus souvent sans aucune
ressource ne peut vivre tout de suite du produit de cette
terre. Il faut donc que l'homme tâche de gagner quelques
choses et ce ne sont pas les quelques moulins à scie que
nous avons par-ci par-là qui peuvent donner suffisamment
de l'emploi à ces nouveaux colons.

Reste l'hivernement dans les chantiers qui est très dur et


ne paie pas très bien.

( ••• )Mais voici ce qui arrive, ce qui est arrivé souvent


durant la présente année: désespérant d'arriver à l'aisance
le colon vend sa terre et s'en va aux Etats-Unis dans l'es-
poir que son pain sera plus facile à gagner là qU'ici. 2

l
Jean Hamelin, Yves Roby, Histoire économique du Québec, p. 69.

2"Extrait du rapport du conducteur A. Rousseau de Saint-Boniface,


Rapport du commissaire de l'agriculture et des travaux publics de la
province de Québec pour les 18 mois expirés le 31 décembre 1868", DSQ,
1869, vol. l, doc. 4.
97

Ce témoignage éloquent montre comment l'émigration en vient à être

le lot de bon nombre de colons durant la période des difficiles débuts

en pays de colonisation. Ces derniers ne peuvent trouver ni dans l'agri-

culture, ni dans la forêt les ressources nécessaires à leur subsistance.

Mais ces deux secteurs d'activité n'en constituent pas moins les

bases économiques sur lesquelles s'appuie l'ensemble des ruraux dans les

régions de colonisation. S'agissant d'expliquer la mobilité géographique

et ses variations dans le temps, il importe de mettre en rapport les

mouvements migratoires et l'évolution structurelle et conjoncturelle de

l'économie rurale. Les connaissances de l'économie locale et régionale

étant encore fragmentaires, notre analyse le sera également. Néanmoins,

certains facteurs de mobilité pourront être dégagés. Voyons d'abord le

cas de l'agriculture.

A. Agriculture et mobilité: Notre analyse de l'agriculture a montré

qu'en dépit de l'accroissement du nombre d'occupants de terre, il y a

eu diminution du "nombre d'exploitants agricoles réels après 1887.

Plusieurs propriétaires de parcelles plus ou moins grandes, identifiés

comme agriculteurs dans le recensement, sont en réalité des pseudo-ex-"

ploitants qui ne tirent que partiellement ou plus du tout leur subsis-

tance de l'agriculture. Cette réduction des effectifs agricoles réels

est sans doute une conséquence de la faible productivité des exploitations

et de la nécessité d'aller chercher un revenu complémentaire hors de

l'agricultur~. Mais il se peut aussi que ce soit l'attraction d'un tra-

vail rapportant des revenus supérieurs à toute entreprise agricole qui


98

soit à la base de l'abandon de l'agriculture. En l'occurrence à Sainte-

Flore, ces revenus proviendraient des emplois générés par l'implantation

de la compagnie Laurentide Pulp à Grand'Mère.

Ce nouveau statut de prolétaire ou de semi-prolétaire peut tendre à

accroître la mobilité de ces travailleurs à un certain moment, s'ils ne

trouvent plus à l'extérieur de l'agriculture et à proximité les ressour-

ces économiques dont ils ont besoin. Or, chez les résidents de Sainte-

Flore, bien qu'il soit impossible pour le moment d'identifier précisément

le cas de chacun des migrants, On peut conclure qu'à court terme du moins

cette prolétarisation des ruraux a favorisé la sédentarité. Durant la

période 1891-1897, en effet, le taux d'émigration des ménages résidant à

l'extérieur' de Grand'Mère descend à 4,8% alors qu'il était de 5 à 6%

pendant la décennie antérieure. Les nouvelles activités économiques se

substituant à l'agriculture ont pu amener un accroissement du niveau de

vie et ainsi favoriser une plus grande sédentarité des ménages.

En postulant que la mobilité est générée par les besoins économiques

des familles, l'analyse de l'agriculture doit tendre à évaluer dans quelle

mesure l'exploitation agricole fournit à son propriétaire les ressources

nécessaires à la famille. Quelle est, en somme, l'incidence de la taille

et de la productivité de l'exploitation agricole sur la mobilité? Com-

parons les sédentaires et les émigrants sous ce rapport.

Les familles émigrantes et sédentaires ayant déjà été identifiées,

il a été possible de relever pour chacune d'elles, les informations que

livrent les recensements agricoles disponibles, soit celui de 1861 et de


99

de 1871. Les exploitants ont été identifiés comme sédentaires ou émigrants

selon qu'ils se trouvent ou nOn dans les recensements disponibles au COurs

des décennies 1860 à 1870 et 1870 à 1880. Ces résultats ne représentent

toutefois qu'un portrait de l'exploitant à un moment précis. Son profil

diachronique nous échappe, ce qui diminue d'autant la valeur de ces mesures

dans l'interprétation des deux phénomènes. Les caractéristiques qui feront

l'objet de cette analyse ont été sélectionnées en tant qu'indices révé-

lateurs de la nature des exploitations agricoles; ce sont la superficie

de l'exploitation, le rendement des cultures et la dimension du cheptel.

Tableau 16

Répartition des sédentaires et des émigrants


selon la superficie de terre occupée

Superficies 1861-1871 1871-1881


(acres)
S E S E

a
10 et moins 2 8 16
,
11 a 50 l 1 11 9
,
51 a 100 la 15 24 21

101 à 200 9 10 28 9

Plus de 200 4 6 7 2

a
Comprend aussi les emplacitaires.
S , .
[Link].
E .
[Link].

Source: Recensements du Canada.


100

En ce qui a trait à la superficie de la terre occupée par chaque

représentant des deux groupes (tableau 16), les résultats démontrent

des changements significatifs selon les périodes. Entre 1861 et 1871,

la superficie occupée ne semble influer ni sur l'une ni sur l'autre des

tendances, les deux groupes se retrouvant à peu près dans les mêmes pro-

portions quelle que soit la grandeur de la terre. Par contre, entre 1871

et 1881, il Y a une nette tendance à la sédentarité chez les occupants de

plus de 100 acres: 76% d'entre eux sont sédentaires. Les exploitants

qui possèdent de 11 à 100 acres figurent dans les deux groupes à part

égale, tandis que les deux-tiers des occupants de 10 acres et moins

sont émigrants.

Le tableau 17 indique la répartition des deux groupes selon la super-

ficie des terres améliorées; il confirme les constatations précédentes:

la surface améliorée n'est pas associée . à l'une ou l'autre des tendances

entre 1861 et 1871, mais 65% des propriétaires de Il acres et plus sont

sédentaires durant la période 1871-1881.

Ces résultats démontrent qu'il s'établit une différenciation au

cours de la seconde période entre les agriculteurs, selon la dimension

de leurs exploitations. Les exploitants possédant un fondsde terre plus

important, acquièrent une plus grande stabilité, tandis que chez les

petits exploitants, les activités agricoles n'atteindraient pas un niveau

suffisant pour leur permettre de vivre de leur exploitation.

Nous avons poursuivi l'analyse comparée en examinant la producti-

vité du sol occupé. Cet indice permet d'estimer le potentiel agricole des

lots exploités par les colons. Dans les paroisses de colonisation loca-
101

lisées sur les contreforts des Laurentides, l'agriculture ne bénéficie

souvent que de quelques îlots de sol fertile qui sont eux-mêmes soumis

à des contraintes selon les cultures qu'on y pratique. Ce facteur

exerçait de fortes pressions sur l'entreprise agricole. Les cultiva-

teurs occupant de mauvaises terres ont pu être incités à ne pas mainte-

nir leur exploitation à Sainte-Flore. Nous avons donc tenté de voir les

liens entre la qualité du sol et la mobilité.

Tableau 17

Répartition des sédentaires et des émigrants


selon la superficie de terre améliorée

Superficies 1861-1871 1871-1881


améliorées
(acres) S E S E

10 et moins 11 15 16 14

11 à 20 10 12 17 9

21 à 50 3 5 28 14

Plus de 50 9 5

SS'd .
e [Link].
E .
[Link].

Source: Recensements du Canada.

Avant de prendre connaissance du tableau relatif à la productivité,

il faut en souligner les limites. Seulement deux cultures importantes ont

pu être retenues, soit l'avoine et le foin. De plus, l'impossibilité de


102

mesurer les rendements à long terme empêche l'évaluation réelle du

potentiel des terres, celles-ci pouvant être très productives au début

de leur mise en valeur et s'épuiser rapidement en raison de certaines

carences du sol.

Tableau 18

Répartition des sédentaires et des émigrants


selon le rendement des cultures
a

Minots d'avoine 1861-1871 Tonneaux de foin 1871-1881


par acre S E par arpent S E

12 et moins 5 5 50 et moins 7 10

13 à 20 9 12 51 à 100 23 13

21 à 30 o 4 101 à 150 12 2

31 et plus 5 5 151 et plus 7 5

a NOUS avons choisi les deux principales cultures dont il est possible de
calculer les rendements dans les deux recensements.

Source: Recensements du Canada.

La répartition des agriculteurs selon les rendements de la culture

de l'avoine en 1861 (tableau 18) indique que la mobilité n'entretient pas

de lien avec cette variable durant la période 1861-1871. Par contre, le

rapprochement entre les rendements de la culture du foin en 1871 et la

mobilité donne des résultats inverses à ceux observés à partir du recen-

sement de 1861. On note en effet une tendance à la sédentarité propor-

tionnelle à l'augmentation des rendements, bien que celle-ci décline


103

chez les exploitants obtenant les plus hauts rendements. Chez ceux dont

la productivité est la plus faible l'émigration est légèrement supérieure

à la sédentarité. Ici, la qualité du sol semble donc importer davantage

dans l'explication de la mobilité.

Pour compléter notre analyse, nous avons évalué l'importance du

cheptel possédé par les deux groupes étudiés (tableau 19). Ces résultats

prennent le même sens que les . précédents. Durant la première période, ce

facteur influence peu la mobilité. Par contre, entre 1871 et 1881, la

proportion de sédentaires croît avec la dimension du cheptel. Les émi-

grants se concentrent dans la catégorie des propriétaires de trois animaux

et moins.

Tableau 19

Répartition des sédentaires et des émigrants


selon le cheptel possédé
a

Nombre de têtes 1861-1871 1871-1881

s E s E

o à 3 9 11 16 31

4 à 9 14 15 21 13

10 à 20 l 6 22 12

21 et plus o o 16 l

a
Ce sont l'ensemble des chevaux, bovins, moutons et porcs possédés par
chaque exploitant recensé.
104

L'analyse de ces caractéristiques agricoles converge vers la même

conclusion: l'importance de l'exploitation agricole ne concourt à la

sédentarité qu'à partir du moment où l'agriculture en général a passé

le stade de la mise en valeur primitive et dispose d'un minimum d'in-

frastructures et de marchés permettant une meilleure productivité et un

début de commercialisation. Les années difficiles des premiers défri-

chements, liées aux contraintes du milieu, engendrent l'instabilité chez

les colons. Dans ce contexte, l'agriculture n'atteindrait pas un niveau

de productivité et de rentabilité suffisant pour les inciter à poursuivre

leur exploitation dans la paroisse. Dans une économie basée sur l'agri-

culture de subsistance et où le régime démographique exerçait de fortes

pressions sur les conditions de vie, les familles qui ne disposaient pas

de ressources agricoles suffisantes étaient confrontées à l'émigration.

B. L'exploitation forestière: La forêt a toujours été une ressource

indispensable pour les collectivités en région de colonisation. L'impact

de l'exploitation forestière sur l'économie rurale est double. D'une

part, elle influe sur l'agriculture par les marchés qu'elle crée pour

les produits agricoles Sur les lieux d'abattage; d'autre part, elle cons-

titue une source d'emploi saisonnier pour la main-d'oeuvre rurale qui

s'adonne à la coupe du bois sur les lots de ferme ou dans des chantiers

des entrepreneurs. Les conjonctures de l'industrie forestière peuvent

donc avoir influencé les mouvements migratoires. A priori, il paraît

plausible d'affirmer qu'un cycle de production forestière à la hausse

entraîne une diminution de l'émigration et une augmentation de l'immi-


105

3
gration, alors qu'un cycle à la baisse aurait l'effet inverse. Voyons

ce qu'il en est.

La période antérieure à 1866 est marquée par une lente évolution

de la production forestière et une forte émigration. A partir de 1869

iusqu'en 1873. la coupe de l'épinette s'accroît considérablement: le

pin suit un mouvement parallèle bien que moins accentué. A ce cycle,

correspondent des taux d'émigration inférieurs à ceux de la période

antérieure. Puis il yale déclin de la production forestière à partir

de 1874 jusqu'en 1879, les plus mauvaises années se situant entre 1877

et 1879. Sauf une brève reprise entre 1880 et 1883, le cycle à la baisse

se poursuit jusqu'en 1888. Cette fois, la baisse de la production amor-

cée en 1874 n'est pas accompagnée tout de suite d'une hausse de l'émi-

gration. Au contraire, entre 1874 et 1877, le taux d'émigration est un

des plus bas enregistré dans la paroisse au 1ge siècle. Mais quand la

crise atteint son sommet, une forte hausse de l'émigration s'ensuit,

atteignant 9,7% entre 1878 et 1880. A partir de 1880 jusqu'à la fin

du siècle, le taux d'émigration diminue et se maintient entre 5 et 6 %.

La crise du bois qui se poursuit après 1880 n'a donc pas entraîné un

accroissement des départs. L'apparition de nouveaux marchés pour le

bois franc de même que pour le bois de pruche à la même époque, grâce

à l'ouverture du chemin de fer des Piles et à l'exploitation de fours

à charbon de bois aux Piles, a sans doute atténué les répercussions du

3Les données sont tirées de: René Hardy et al., L'exploitation


forestière e.n Mauricie, Dossier statistique 1850'-1930, Trois-Rivières,
Groupe de recherche sur la Mauricie, 1980, (Cahier no. 4). Cette pu-
blication permet de périodiser le volume de la production en provenance
des entreprises d'exploitation forestière oeuvrant en Mauricie.
106

déclin du bois de sciage. Après 1887, la demande pour le bois à pâte

créée par l'implantation de l'usine Laurentide pulp, a réactivé l'ex-

ploitation forestière dans la région de Sainte-Flore. Ces conditions

locales favorables ont pu contribuer à maintenir la mobilité à un

niveau relativement bas durant les vingt dernières années du 1ge siècle.

Du côté de l'immigration, la courbe semble évoluer de façon parallèle à

celle de la production de bois, sauf pour les années 1861 à 1866 et 1878

à 1880 où une faible production coïncide avec une forte immigration.

S'il Y a concordance entre les courants migratoires et les conjonc-

tures de l'exploitation forestière à certaines périodes, d'autres facteurs

tout aussi déterminants semblent avoir joué dans les migrations. Ainsi,

un déclin de l'activité forestière a pu avoir pour effet de forcer les

cultivateurs à développer davantage leur exploitation agricole afin d'en

tirer leur subsistance. Le simple rapp~ochement des courbes ne permet

pas de dégager des conclusions probantes quant au rapport entre l'économie

forestière et la mobilité à Sainte-Flore.

Pour l'autre volet des activités forestières, soit la coupe du bois

par les exploitants, les statistiques ne sont disponibles que pour

l'année 1871. L'identification des sédentaires et des émigrants chez

ce groupe (tableau 20) indique qu'il y a peu ou pas de relation entre

la quantité de bois coupé et l'une ou l'autre des options. Mais le

fait que 40% des producteurs de plus de 100 billots émigrent soulève

l'hypothèse que plusieurs occupants de terres ne se fixent à Sainte-Flore

que le temps de couper le bois de commerce sur leurs lots. Les terres

de ces exploitations ne se prêtaient peut-être pas à une véritable exploi-


107

tation agricole et leurs propriétaires n'étaient pas nécessairement de

véritables agriculteurs. Pour le moment, ce faible éChantillonnage et

le manque d'information sur ces producteurs empêchent de dégager le

rôle exact de cette activité dans la mobilité.

Tableau 20

Répartition des sédentaires et des émigrants


selon le nombre de billots coupés
a

Nombre de billots 1871 - 1881

Sédentaires Emigrants

Moins de 100 18 12

100 à 500 18 14

Plus de 500 15 Il

Aucun 16 12

aIl s'agit du bois coupé par les exploitants recensés en 1871 et qui
sont présents ou non au recensement de 1881.

Source: Recensement du Canada.

C. L'industrialisation: L'implantation de l'usine de pâte de la compa-

gnie Laurentide pulp à Grand'Mère en 1887 est sans contredit le principal

facteur à l'origine des forts courants migratoires observés dans la pa-

roisse durant les quinze dernières années du 1ge siècle. Cette in-

dustrie a été une source d'emploi importante pour la main-d'oeuvre

rurale, d'abord lors de l'aménagement des chutes et de la construction


108

de l'usine et ensuite par ses besoins en matière ligneuse qui ont

créé un important débouché pour le bois coupé par les cultivateurs et

accru l'activité dans les chantiers en Haute-Mauricie. L'implanta-

tion de l'usine à Grand'Mère a entraîné le peuplement rapide de la

future ville et aussi l'occupation des zones résiduelles de la partie

rurale de la paroisse. Le grand nombre d'immigrants relevés entre

1891 et 1897 en témoigne. Ces nouvelles populations étaient sanS doute

composées en majorité de travailleurs journaliers mais aussi de culti-

vateurs attirés par les perspectives de travail que laissait miroiter

l'essor de Grand 'Mère. Ils formaient une population instable qui arri-

vait et quittait la paroisse au rythme de la demande en main-d'oeuvre.

On note aussi la multiplication, en dehors du territoire de Grand'

Mère, du nombre de ménages emplacitaires ou qui ne cultivent plus; ceux-

ci passent de 21 en 1887 à 92 en 1896. L'émigration constatée entre

1891 et 1897 serait en partie le fait de ces emplacitaires journaliers

établis sur des terres non exploitées, sanS doute à cause de leur infer-

tilité et qu'ils ont été contraints d'abandonner lorsque le travail à

l'extérieur de l'agriculture vint à manquer.

Les mouvements migratoires de la fin da 1ge siècle tiennent aussi

pour une bonne part à l'arrivée du chemin de fer dans la région en 1879

et de son extension dans la paroisse même durant la dernière décennie du

siècle.

A partir des variables économiques analysées dans ce chapitre, il

appert que ce soit l'importance de l'établissement agricole qui influence


109

le plus directement la mobilité et , cela dépendamment de l'étape histo-

rique où se situe le développement de la ~aroisse. Durant la décennie

1860, la mobilité frappe tous les groupes d'exploitants. Les diffi-

cultés liées à la mise en valeur initiale des établissements agricoles,

de mauvaises conjonctures dans l'industrie forestière, l'absence d'enca-

drement institutionnel (curé, résident, écoles), la faible densité du

peuplement et les lacunes du réseau routier ont pu concourir à divers

degrés à engendrer l'instabilité chez les colons. Puis, à la faveur de

la consolidation des exploitations agricoles, de l'essor de l'exploita-

tion forestière et de l'organisation du cadre paroissial, la population

devient plus stable et des noyaux de familles sédentaires apparaissent

dans les rangs colonisés. Les petits exploitants et les emplacitaires

regroupent alors la majorité des émigrants. Parce que l'agriculture n'est

pas leur principale ressource économique, plusieurs de ces paysans sont

contraints à la mobilité pour assurer leur subsistance. Parmi ceux-ci,

quelques-uns ont dû aller grossir les rangs des journaliers dans les

villes et d'autres, s'adonnant surtout au travail en forêt, ont dû se

déplacer de façon à- suivre la progression spatiale des activités fores-

tières.
CONCLUSION

Nous avons voulu décrire le contexte dans lequel s'est déroulée

la colonisation de Sainte-Flore et les bases économiques de cette

communauté rurale au 1ge siècle. Nous avons aussi tenté de mettre

en rapport ces éléments et l'évolution démographique de la paroisse

dans le but d'éclairer le phénomène de la mobilité spatiale de la

population.

L'étude de la géographie du territoire et son aménagement a fait

apparaître quelques caractéristiques de la colonisation et les défi-

ciences des politiques gouvernementales qui ont gêné le peuplement de

la paroisse. Sa position géographique excentrique l'isolait des centres

les plus peuplés de la vallée du Saint-Laurent; l'étroitesse de la zone

de l'oekoumène viable, les difficultés de mise en place des voies de

communication et les contraintes topographiques et pédologiques du

milieu entraînaient de sérieuses difficultés dans la mise en valeur des

terres.

Les structures d'une économie rurale axée sur l'agriculture d'auto-

consommation et la forêt, associées dans le système agro-forestier, entre-

tenaient des conditions de vie précaires chez cette communauté. Les

colons arrivaient difficilement à dépasser le niveau de la subsistance.

L'absence de marchés stables pour écouler les produits de la ferme et les


111

difficultés inhérentes à l'exploitation agricole en région de coloni-

sation faisaient reposer les établissements agricoles sur des assises

fragiles. Pour assurer sa subsistance, l'agriculteur devait compter

sur les revenus d'appoint obtenus par le travail en forêt. Mais les

mécanismes du système agro-forestier et les crises cycliques de l'éco-

nomie forestière rendaient cette activité souvent peu rentable pour le

cultivateur. Au demeurant, le travail en forêt ne devait être parfois

qu'un pis-aller. Aux prises avec une pauvreté endémique les obligeant

à s'endetter, plusieurs paysans ont dû vendre ou abandonner leurs terres

à leurs créanciers.

Par ailleurs, L'exploitation des ressources forestières en terri-

toire de colonisation a créé un conflit entre les colons et les entre-

preneurs forestiers au sujet de l'appropriation des terres. L'Etat,

complice des intérêts marchands, a permis que cet antagonisme nuise aux

premières poussées colonisatrices. Qu'en est-il de ce conflit par la

suite? Les entrepreneurs forestiers ont-ils occupé des terres propices

à l'agriculture? Il serait opportun d'aborder l'étude de ces entraves

possibles à la colonisation qui n'a pu trouver place dans cette mono-

graphie.

Nonobstant les contraintes qu'il a imposées, ce cadre géo-économique

a été source de peuplement. La population rurale, obligée de quitter les

paroisses surpeuplées de la plaine du Saint-Laurent, recherchait d'abord

des territoires capables de supporter une agriculture viable, comme

c'était le cas dans leurs paroisses d'origine. Sainte-Flore rencontrait

ces exigences et bénéficiait d'un sol suffisamment fertile à certains


112

endroits pour la pratique d'une agriculture commerciale. L'exploitation

forestière commandée par l'industrie du bois de sciage et du bois à pâte

a aussi été très associée au développement de cette paroisse au 1ge

siècle. Les ressources forestières ont été un facteur d'attraction

prédominant à cette époque. Durant la période des premiers défrichements,

les revenus tirés de la forêt assuraient la subsistance. Plus tard, ils

ont permis à certains exploitants agricoles d'améliorer leurs établissements

et ainsi d'échapper à la subsistance. A" la fin du siècle, l'implantation

de l'industrie du bois à pâte au moment où l'industrie du sciage décli-

nait,a stimulé l'économie locale et régionale et a entraîné une nouvelle

phase d'expansion du peuplement de la paroisse. Notre étude a montré que

certaines zones très peu propices à l'agriculture ont été occupées à ce

rooment. Cela a donné naissance à un groupe d'occupants de terre qui ne

cultivaient plus à toute fin utile et que l'on pourrait assimiler davan-

tage à des professionnels de la forêt.

A ces structures se superposait un régime démographique inflation-

niste caractéristique des populations jeunes des paroisses de colonisation.

Sur un territoire où l'oekoumène viable est restreint, ces excédents dé-

mographiques ont créé un déséquilibre dans le rapport hommes-terres. Ce-

ci a multiplié les difficultés pour les familles à établir leurs membres,

engendré un sur~roît ôe main-d'oeuvre débouchant sur le sous-emploi

chronique de l'émigration.

Les mouvements migratoires mis en évidence dénotent une grande mobi-

lité spatiale dans ce milieu durant la seconde moitié du 1ge siècle.

L'émigration atteint de 20 à 50 % des ménages selon les périodes. L'inten-


113

sité maximum du mouvement se situant entre 1861 et 1866 et entre 1878

et 1880. Les ménages immigrants forment de 20 % à 65 % des unités

recensées; les proportions les plus élevées se rencontrent évidemment

durant la période initiale de peuplement jusqu'en 1874. A la fin du

siècle, le développement de Grand'Mère donne lieu à un mouvement d'immi-

gration sans précédent: 360 ménages arrivent à Sainte-Flore entre 1891

et 1897 et de ce nombre Grand'Mère en accapare 60%.

Dans cette étude, les courants d'immigration ont été expliqués

par la disponibilité des terres, l'accessibilité de nouvelles zones de

l'oekoumène et l'émergence d'activités industrielles. Il est plus

difficile de discerner les ressorts de l'émigration à travers la pério-

disation que nous en avons faite. Hormis la période initiale de peu-

plement entre 1861 et 1866 où ce sont principalement les difficultés

liées à l'ouverture du territoire qui génèrent l'instabilité, l'expli-

cation des diverses phases d'émigration renvoie à des causes complexes

qui tiennent à la fois de facteurs conjoncturels et structurels. Nous

avons essayé d'identifier les causes de cette mobilité en isolant quel-

ques données d'ordre économique relatives à chacun des ménages.

L'analyse des données agricoles a montré que la tendance à la mobi-

lité variait selon l'importance des exploitations agricoles, une fois

passée l'étape des premiers défrichements. Ainsi, durant la première

décennie d'existence de la paroisse, les exploitants les mieux dotés

n'inclinent pas davantage à la sédentarité que les petits exploitants

ou les moins nantis. Les contraintes et difficultés de toutes sortes

rencontrées durant la période d'ouverture d'une nouvelle paroisse


114

auraient alors un effet plus déterminant sur la mobilité. Par contre,

une relation différente entre l'agriculture et la mobilité se dessine

durant la décennie suivante. En effet, les émigrants se rencontrent

alors en majorité chez les petits agriculteurs et les emplacitaires.

Ce sont les conditions économiques propres à chaque exploitant qui

orienteraient leur choix de migrer ou non à cette époque.

L'étude des ménages selon leur lieu de résidence vient appuyer

cette dernière hypothèse. On a vu en effet que la mobilité touchait

surtout les résidents des rangs colonisés de plus récente date et

g@nés par les conditions physiques du milieu qui se pr@tait davan-

tage à l'exploitation forestière qu'à l'agriculture. Au cours de la

dernière décennie du siècle, s'ajoute aux facteurs précédents l'insta-

bilité engendrée par le travail saisonnier à l'usine Laurentide, auquel

s'adonne un grand nombre de résidents de Grand'Mère et des rangs avoi-

sinants.

Cet essai en vuede circonscrire les causes de la mobilité visait

d'abord à dégager des tendances chez des groupes donnés de ménages. De

ce fait, elle n'a pu rendre compte de nombreux cas de mobilité qui échap-

pent à l'interprétation générale. Dans cette optique, notre analy se a

permis, croyons-nous, d'isoler et de préciser des h 1Pothèses intéressantes

pour la compréhension de la mobilité géographique en milieu rural. Cette

recherche a, d'une façon plus générale, décrit le processus de formation

et les étapes de l'évolution d'une paroisse située sur le front pionnier

en Mauricie, de m@me que les premières transformations qu'elle a subies

au contact de l'industrialisation.
ANNEXE A

Baptêmes, mariages et sépultures à Sainte-Flore


(1860-1901)

Année Baptêmes Mariages sépultures Accroissement


naturel

1860 9 1 6 3
1861 15 2 2 13
1862 21 5 4 17
1863 24 5 2 22
1864 30 1 6 24
1865 26 2 6 20
1866 28 5 15 13
1867 37 6 14 23
1868 31 (33 ) 3 14 (21) 17
1869 49 8 17 32
1870 37 13 (16 ) 16 (21 ) 21
1871 46 (53 ) 8 (10 ) 16 (18 ) 30
1872 65 (69 ) 5 ( 7) 17 (22 ) 48
1873 61 (70 ) 5 ( 6) 14 (19 ) 47
1874 58 (71) 6 20 (27 ) 38
1875 66 (79 ) 4 6) 12 (19 ) 54
1876 70 (87 ) 7 8) 16 (19) 54
1877 53 (63 ) 5 ( 6) 17 (22 ) 36
1878 61 (90 ) 9 (12 ) 27 (36) 34
1879 55 (79 ) 6 ( 8) 18 (36 ) 37
1880 57 (91 ) 5 (12 ) 24 (32) 33
1881 64 (79 ) 14 (23 ) 34 (41) 30
1882 84 (121) 14 (16 ) 28 (34 ) 56
1883 99 (115 ) 9 (14 ) 15 (20 ) 84
1884 92 (105 ) 11 (14 ) 5 (20) 87
1885 68 (69 ) 14 14 (18 ) 54
1886 62 (65 ) 21 37 (41 ) 25
1887 73 (80 ) 7 25 (28) 48
1888 81 (86 ) 18 35 46
1889 104 (112 ) 9 49 (51) 55
1890 94 (103 ) 16 40 54
116

ANNEXE A (suite)

Année Baptêmes Mariages sépultures Accroissement


naturel

1891 102 (114) 16 43 (45) 59


1892 99 (111) 18 51 (52) 48
1893 121 (137 ) 12 45 76
1894 115 (130 ) 26 41 74
1895 133 12 55 78
1896 144 15 31 105
1897 152 17 105 47
1898 105 22 (29) 54 51
1899 103 23 131 -28
1900 132 15 103 29
1901 112 15 102 10

()Chiffres incluant les dessertes.


ANNEXE B

Chronologie paroissiale

1855 Arpentage du territoire de Sainte-Flore.

1856 Construction du chemin des Piles.

1857 Vente des premiers lots.


Ouverture d'une scierie sur la rivière Shawinigan.

1858 Construction d'une chapelle.

1862 Erection canonique de la paroisse.

1863 Erection civile de la paroisse .

1866 Construction de l'église.

1867 Nomination du premier curé, Jean-Baptiste Chrétien.

1868 Formation de la Commission scolaire.

1874 Annexion d'une partie du premier rang du canton Shawinigan.

1882 John Forman fonde la compagnie Canada pulp et amorce les travaux
d'aménagement des chutes de Grand'Mère.

1883 Faillite de la Canada Pulp Co.

1885 Détachement du territoire de Saint-Jacques-des-Piles.

1887 Annexion d'une partie du premier rang du canton Shawinigan.


Formation de la compagnie Laurentide Pulp par John Forman et reprise
des travaux d'aménagement des chutes et de la construction de l'usine
de pâte à Grand'Mère.

1897 Construction de la seconde église.

1898 Détachement du territoire du village de Grand'Mère.

1901 Détachement du territoire de la paroisse Saint-pierre de Shawinigan.


BIBLIOGRAPHIE

l LES SOURCES

A. Sources manuscrites:

Archives de la paroisse Sainte-Flore.

Registre des délibérations de la Fabrique, 1866 à 1901.

Recensements paroissiaux (Cahiers des âmes), 1867, 1874,1878,


1880, 1886, 1891, 1896, 1897.

Acte de cotisation de la paroisse de Sainte-Flore pour subvenir


aux dépenses nécessaires à la construction d'une église ••.
16 juin 1865.

Divers documents et notes historiques sur l'organisation reli-


gieuse et civile de la paroisse.

Archives de la municipalité de la ville de Grand'Mère.

Registres des délibérations du Conseil municipal de la paroisse


Sainte-Flore, 1863 à 1901.

Registres des délibérations du Conseil municipal de la ville de


Grand'Mè·re, 1898 à 1901.

Registre pour procès-verbaux et répartitions de routes (Sainte-


Flore) •

Archives judiciaires du district de Shawinigan.

Registres d'état civil de la paroisse Sainte-Flore, 1876 à 1901.

Archives nationales du Québec à Trois-Rivières.

Registres d'état civil des paroisses Saint-Etienne, 1860 à


1862; Saint-Boniface, 1862 à 1868; Sainte-Flore, 1865 à
1875.
119

Archives du Séminaire de Trois-Rivières.

Rayon B l - Clergé 18, 19, 20.

Rayon D 4 - Colonisation 9, Il, 12.

Rayon F l - Sainte Flore.

Rayon F 3 - Grand'Mère.

Rayon N l - Mauricie: Colonisation 28; Histoire 58 à 74;


Industrie 75.

Rayon N 2 - Le Saint-Maurice: Chemins de colonisation 2;


Les Piles 51.

Rayon R l - Fonds Auguste Désilets, 83 à 99.

Archives de l'évêché de Trois-Rivières.

Procès-verbaux des visites pastorales de la paroisse Sainte-


Flore, 1871 à 1896.

Rapports annuels des curés de la paroisse Sainte-Flore à


l'évêché, 1862 à 1896.

Recensements du Canada (nominatifs), 1861, 1871, 1881.

B. Sources imprimées:

1. Journaux

Pour la périOde 1850 à 1910, L'Ere Nouvelle, Le Constitu-


tionnel, Le Journal des Trois-Rivi~res, La Paix,
Le Trifluvien, Le Nouveau Trois-Rivières. L'index
thématique de ces journaux constitué par le
Groupe de recherche sur la Mauricie de l'U.Q.T.R.
a été consulté.

2. Publications gouvernementales

Appendices aux Journaux de l'Assemblée législative du


Canada, 1850 à 1869.
120

Documents de la Session du Canada de 1860 à 1869.

Rapports annuels du commissaire des terres de


la Couronne.

Rapports annuels du ministre de l'agriculture.

Documents de la Session du Québec de 1869 à 1902.

Rapports annuels du commissaire de l'agriculture


et des travaux publics (ou de la colonisation).

Rapports annuels du commissaire des terres de


la Couronne (ou des terres et forêts).

Rapports annuels de la société d'industrie laitière.

Recensements du Canada, 1861, 1871, 1881, 1891, 1901.

La vallée du St-Maurice et les avantages qu'elle offre


à l'industrie, au commerc~et à la colonisation.
Ottawa, Département de l'agriculture, 1887, 32 p.

Annuaire statistique, 1ère année. Québec, Bureau statis-


tique, 1914.

3. Cartes:

Plan de partie des lignes latérales de la Seigneurie du


Cap-de-la-M~deleine depuis la rivière St-Maurice
jusqu'à la profondeur de 20 lieues et de lignes
traversant cette seigneurie et le Township Radnor,
et de deux concessions sur la rivière St-Maurice.
Arpenté en 1853 et 1854 par John Ralph.

plan de partie de la Seigneurie du Cap-de-la-Magdeleine.


Arpenté dans le cours des annéés 1855 et 1855 par
J.P. Bureau. Echelle, 20 arpents au pouce.

plan of part of the Seigniory of Cap-de-la-Madeleine.


Surveyed in the years of 1855, 1856, by J.P. Bureau.
Crown and Office, April 1857. Echelle, 20 arpents
au pouce.

Plan officiel de la paroisse de Ste-Flore, comté de


Champlain. Echelle, 5 arpents au pouce.
121

Extrait du plan officiel de la paroisse de Ste-Flore,


comté de Champlain, indiquant la partie annexée
du comté de St-Maurice. Québec, Département des
terres de la Couronne, 1895.

Classement des sols selon leurs possibilités d'utili-


sation agricole (1969) Shawinigan 31 IIIO Est,
31 IIIO Ouest, Québec, Ministère de l'agriculture,
Services de recherche en sols.

4. Divers

Almanach des adresses (Directory) de Trois-Rivières,


Nicolet, Louiseville et Arthabaskaville. Trois-
Rivières, Marchand et Frigon, 1889.

Almanach des adresses, Guide de la Cité et du Diocèse


des Trois-Rivières, s.l., 1884.

Caron, Napoléon. Deux voyages sur le St-Maurice.


Trois-Rivières, Ayotte, s.d. 322 p.

Edition du 50e anniversaire de la paroisse St-Paul


de Grand'Mére, 1899-1949. Trois-Rivières, Le
Nouvelliste, 31 août 1949, 23 p.

Gérin, Elzéar, Le Saint-Maurice. Notes de voyage.


Montréal, Sénécal, 1872, 25 p.

II ETUDES

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vol. 3, no 3 (sept-déc. 1975), pp.. 164-173.

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