SEANCE N°3
THEME : LACTION CIVILE
EXERCICE : Commentaire d’arrêt.
Groupe du Jeudi
Cour de Cassation, Chambre criminelle, du 19 janvier 1993, 92-80.556., Bulletin n° 23, p. 48.
LA COUR,
Vu le mémoire produit ;
Vu l'article 575, alinéa 2.2o, du Code de procédure pénale ;
Sur le moyen unique de cassation, pris de la violation des articles 2, 3, 5, 80, 85 et 86, 575.2°, 575.3°,
592, et 593 du Code de procédure pénale :
Attendu qu'il apparait de l'arrêt attaqué que, le 27 avril 1989, les consorts X... se sont constitués parties
civiles du chef d'homicide involontaire à la suite du décès de leur fils et frère dans un accident de la
circulation ; que, le 24 juillet 1989, le procureur de la République de Montpellier a requis l'ouverture
d'une information contre Philippe Y..., du chef précité, conformément aux dispositions de l'article 86 du
Code de procédure pénale ;
Attendu que, le 25 mars 1991, le juge d'instruction ayant été informé de ce que les consorts X... avaient,
dès le 12 avril 1989 soit avant leur constitution de partie civile saisi le tribunal de grande instance de
Montpellier d'une demande de réparation du préjudice subi à la suite de la mort de leur parent, a dit n'y
avoir lieu à suivre ;
Sur la première branche du moyen :
Attendu que, pour confirmer la décision de non-lieu susvisée, la chambre d'accusation, constatant " la
triple identité de parties, de cause et d'objet des actions pénale et civile ", énonce " qu'il convient de faire
application de la règle Una Via Electa... et en déduit à bon droit que la constitution de partie civile des
demandeurs est irrecevable, " l'irrévocabilité de l'option civile interdisant toute discussion sur
l'imputabilité du délit d'homicide involontaire à Philippe Y..., par application de l'article 5 du Code de
procédure pénale " ; que, dès lors, le moyen, en sa première branche, doit être écarté ;
Sur la seconde branche du moyen :
Attendu que, leur action ayant été déclarée irrecevable, les parties civiles, par voie de conséquence, et
en l'absence de pourvoi du procureur général, n'ont pas qualité pour invoquer une méconnaissance des
dispositions de l'article 86 du Code précité, et que le moyen, pris en sa seconde branche, est, dès lors
irrecevable ;
Et attendu que l'arrêt est régulier en la forme ;
REJETTE LE POURVOI ;
Groupe du vendredi
Exercice : Commenter l’arrêt ci-dessous
Assemblée Plénière, 9 Mai 2008, D. 2008, p. 1415.
LA COUR,
Sur le moyen unique :
Vu les articles 2 et 3 du code de procédure pénale, ensemble l’article 731 du code civil ;
Attendu que toute personne victime d’un dommage, quelle qu’en soit la nature, a droit d’en obtenir
réparation de celui qui l’a causé par sa faute ; que le droit à réparation du préjudice éprouvé par la
victime avant son décès, étant né dans son patrimoine, se transmet à ses héritiers ;
Attendu, selon l’arrêt attaqué rendu sur renvoi après cassation, que MM. Jacques et Lionel X..., parties
civiles, demandaient devant la cour d’appel saisie des seuls intérêts civils, en leur qualité d’héritiers de
Antoine X..., la réparation des préjudices matériels et moraux causés par les faits de falsifications de
chèques et usage dont leur auteur avait été victime ;
Attendu que pour déclarer cette demande irrecevable, après avoir dit constitués à la charge de Mme Ana
Y..., renvoyée devant le tribunal correctionnel par ordonnance du juge d’instruction du 17 juin 2002, les
éléments des infractions de falsifications de chèques et usage, l’arrêt retient que MM. Jacques et Lionel
X... ne peuvent être considérés comme victimes directes de ces faits, alors même que leur auteur, bien
qu’il en fût informé, n’avait jamais déposé plainte ni même manifesté l’intention de le faire ;
Qu’en statuant ainsi, alors que le droit à réparation des préjudices subis par Antoine X..., né dans son
patrimoine, avait été transmis à ses héritiers qui étaient recevables à l’exercer devant la cour d’appel
saisie des seuls intérêts civils, peu important que leur auteur n’ait pas introduit d’action à cette fin avant
son décès, dès lors que le ministère public avait mis en mouvement l’action publique et que la victime
n’avait pas renoncé à l’action civile, la cour d’appel a violé les textes susvisés ;
PAR CES MOTIFS :
CASSE et ANNULE, mais seulement en ce qu’il a déclaré MM. Jacques et Lionel X... irrecevables en
leur demande de réparation des préjudices subis par leur auteur, Antoine X..., par suite des faits de
falsifications de chèques et d’usage, l’arrêt rendu le 26 octobre 2005, entre les parties, par la cour d’appel
de Paris ; remet, en conséquence, sur ce point, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient
avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Paris, autrement composée.