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Cinq Schémas Théoriques de La Géographie: Pierre Dagenais

L'article de Pierre Dagenais présente cinq schémas théoriques de la géographie, soulignant la complexité et la pluridisciplinarité de cette science. Il examine les modèles de divers géographes, tels que Haggett et Fenneman, et propose un modèle à cercles concentriques qui place la géographie régionale au centre de la discipline. Ce modèle met en avant l'importance de la synthèse pluridisciplinaire et l'interdépendance des éléments naturels et humains dans l'étude géographique.

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Thèmes abordés

  • géographie,
  • évolution des phénomènes,
  • biogéographie,
  • écologie humaine,
  • notion d'espace,
  • sciences sociales,
  • cartographie,
  • géographie humaine,
  • approche thématique,
  • systématique
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Cinq Schémas Théoriques de La Géographie: Pierre Dagenais

L'article de Pierre Dagenais présente cinq schémas théoriques de la géographie, soulignant la complexité et la pluridisciplinarité de cette science. Il examine les modèles de divers géographes, tels que Haggett et Fenneman, et propose un modèle à cercles concentriques qui place la géographie régionale au centre de la discipline. Ce modèle met en avant l'importance de la synthèse pluridisciplinaire et l'interdépendance des éléments naturels et humains dans l'étude géographique.

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  • géographie,
  • évolution des phénomènes,
  • biogéographie,
  • écologie humaine,
  • notion d'espace,
  • sciences sociales,
  • cartographie,
  • géographie humaine,
  • approche thématique,
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Document généré le 21 fév.

2025 06:31

Cahiers de géographie du Québec

Cinq schémas théoriques de la géographie


Pierre Dagenais

Volume 17, numéro 40, 1973

URI : https://id.erudit.org/iderudit/021113ar
DOI : https://doi.org/10.7202/021113ar

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Éditeur(s)
Département de géographie de l'Université Laval

ISSN
0007-9766 (imprimé)
1708-8968 (numérique)

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Citer cette note


Dagenais, P. (1973). Cinq schémas théoriques de la géographie. Cahiers de
géographie du Québec, 17(40), 193–199. https://doi.org/10.7202/021113ar

Tous droits réservés © Cahiers de géographie du Québec, 1973 Ce document est protégé par la loi sur le droit d’auteur. L’utilisation des
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NOTES

CINQ SCHÉMAS THÉORIQUES DE LA GÉOGRAPHIE

Bien que la géographie soit une des formes les plus anciennes du savoir
humain, sa structure organique et la place qu'elle occupe parmi les sciences
auxquelles elle se rattache continuent de préoccuper les esprits. Depuis le
début de la deuxième moitié du XXe siècle, plus que jamais auparavant, on
remet en question la nature de la science géographique. Les propositions de
Varénius au XVIIe siècle et de Kant au XVIIIe ne satisfont guère personne ;
celles de La Blache ( 1 9 2 2 ) , de Hettner ( 1 9 2 7 ) , de Vallaux ( 1 9 2 9 ) , de Dic-
kenson et Howart (1933) sont en général considérées comme dépassées;
celles de James et Jones ( 1 9 5 4 ) , de Hartshorne ( 1 9 3 9 - 1 9 5 9 ) , de Brock
( 1 9 6 5 ) , de Taafe (1970) et de nombre d'autres hérauts de la pensée géo-
graphique ne servent en somme qu'à relancer l'ardeur que manifestent les
géographes à redéfinir leur propre discipline. Notre propos n'est pas ici
de nous demander si cette attitude est normale ou pas, symptomatique d'un
malaise ou de bonne santé scientifique, mais simplement de la confirmer
une fois de plus, en apportant à notre tour, après tant d'autres, notre propre
petite contribution graphique à l'élaboration d'un schéma théorique de la
discipline géographique.

Dans un article intitulé : « The Structure of Geography : Note on an


Introductory Model », John M. Hunter 1 s'efforce de représenter sons la forme
d'un tableau schématique, l'armature, l'esprit et les fonctions des diverses
composantes de la géographie, afin de rendre plus explicites les modèles
proposés respectivement par Fenneman 2 , Hartshorne 3 et Haggett 4 . L'idée
de vouloir ainsi concrétiser une discipline complexe sous la forme d'un gra-
phique simple nous semble être un défi et un moyen efficace d'alimenter la
discussion tant chez les néophytes que chez les initiés. C'est dans cet esprit
que nous reproduisons ici les modèles de Haggett, de Fenneman, de Hart-
shorne et de Hunter avant de proposer le nôtre.

1 HUNTER, John M. (1971) The Structure of Geography: Note on an Introductory


Model. The Journal of Geography, LXX (6) : 332-336
2 FENNEMAN, Nevin M. (1919) The Circumference of Geography. Annals of the
Association of American Geographers, Vol. IX, p. 3-11.
3 KARTSHORNE, Richard (1939) The Nature of Geography. Association of American
Geographers. 482 p.
4 HAGGETT, Peter (1965) Locational Analysis in Human Georgraphy. London,
Arnold. 339 p.
194 CAHIERS DE GEOGRAPHIE DE QUEBEC, v o l . 17, no. 4 0 , avril 1973

1 géographie
A s c i e n c e s de la terre 2 géologie
3 démographie
B sciences sociales 4 topologi e
5 écologi e humaine
sciences géométriques 6 géomorphologie
7 cartographie
8 localisation

Figure 1 Le « Set Theory » du modèle de Haggett

Le modèle de Haggett fait surtout ressortir la fonction carrefour de la géographie par


rapport aux sciences systématiques connexes de la nature et de l'homme qu'il classe en
trois grands groupes : les sciences de la terre, les sciences sociales, les sciences géo-
métriques. La place qu'occupe la géographie dans chacun de ces groupes forme ce qu'il
appelle un « set », i.e. un secteur. À l'intérieur de ce secteur chacun des sujets représente
un « élément ». Ainsi le graphique comprend trois zones-secteurs. Le secteur « A » (scien-
ces de la terre) contient géographie (1), géologie (2), etc., et peut être désigné sous la
forme A = (1,2). Le secteur « fî » (sciences sociales contient géographie (1), démogra-
phie (3), soit B = (1,3). Le secteur « C » contient géographie (1), topologie (4), soit
C ~ (1,4). La géographie occupe donc le centre du modèle formé par l'intersection des
trois secteurs et leurs sujets connexes, la géomorphologie, l'écologie humaine, la carto-
graphie et la géodésie, la localisation spatiale.
NOTES 195

Figure 2 Les cercles sécants de Fenneman

De même que celui de Haggett, le modèle de Fenneman reflète essentiellement la


nature pluridisciplinaire de la géographie, l'idée que chacune des grandes divisions de la
géographie générale relève d'une autre discipline autonome. Les petits cercles représen-
tent les sciences systématiques de la nature et de l'homme : astronomie, géologie, météo-
rologie, biologie, histoire, économique, auxquelles se rattache la géographie.

Les sections des petits cercles contenues dans le grand cercle constituent les grandes
divisions de la géographie générale : physiographie, climatologie, géographie commer-
ciale, politique, mathématique, biogéographie. Le graphique évoque, sans l'indiquer expli-
citement, que le centre du grand cercle, lieu de convergence des sections de
petits cercles, représente le domaine de la géographie régionale.

Le modèle de Fenneman, comme celui de Haggett, n'évoque pas les différences de


méthode et de points de vue, qui distinguent la géographie des sciences connexes. L'idée
de l'organisation globale de l'espace et des relations spatiales, souverainement caracté-
ristique de toute étude géographique, n'y apparaît pas clairement.
196 CAHIERS DE GÉOGRAPHIE DE QUÉBEC, v o l . 1 7 , no. 4 0 , avril 1973

SCIENCES SYSTÉMATIQUES
Sciences physiques Sciences sociales
naturelles biol.

sciences politiques
océanographie

anthropologie
météorologie

démographie

économique
ethnologie

sociologie
botanique
pédologie

zoologie
biologie
Sciences

I
I

Temps

Figure 3 Les pians sécants de Hartshorne (d'après John Wise) 5.

Le modèle de Hartshorne s'efforce de représenter graphiquement les différences de


points de vue entre la géographie et les sciences connexes en les faisant apparaître sur
des plans différents : les sciences systématiques de la nature et de l'homme apparaissent
sur le plan vertical ; la géographie, sur le plan horizontal. Chacune des sciences systéma-
tiques du plan vertical se prolonge sur le plan horizontal pour former les grandes divisions
de la géographie générale (systématique) : géomorphologie, climatologie, océanographie,
biogéographie (en géographie physique), géographie de la population, géographie urbaine,
sociale, économique, politique (en géographie humaine). L'application d'un ou plusieurs
sujets de géographie générale à l'étude d'une aire déterminée, c'est de la géographie ré-
gionale. L'application de tous les sujets de la géographie générale à une étendue délimitée
de l'espace terrestre, c'est de la géographie régionale systématique. Le graphique de
Hartshorne évoque une autre dimension de la géographie : celle du dynamisme des faits
et phénomènes géographiques dans le temps (géographie historique).

5 WISE, John (1972) Geography in Secundary Grammar and Comprehensive Schools


in England and Wales. Dans le manuscrit d'une communication présentée au colloque Géo-
graphie et Éducation de l'U.G.I., à Québec en août 1972.
NOTES

GEOGRAPHIE
systématique — — régionale

PONCTION DIMENSION
N O T I O N D E COHÉSION
DE LIAISON TEMPS

GÉOG. PHYSIQUE
Physiogiaphle 1 Espace: macro ou 1. La notion d'espace
Sciences Géomorphologie micro dimensions
physiques - glaciaire t spatiales 2. La notion de synthèse
- fluviale
- des zones arides 1 Continent 3. L'interdépendance
homme-milieu:
Météorologie à Subcontinent
Climatologie Espace .-localisation,
- masses d'air
ï
ï Région répartition, relations
- urbaine S -S spatiales.

e: pal
latiqu
^-micro Sous-région
Synthèse: la totalité
Océanographie .„ g, Localité,etc. de l'environnement
Hydrologie *• S dans ses éléments
- évaporation T. e Localisation spatiale physiques, biologiques

aies (
...cli
- équilibre de l'eau des études régionales: et humains.
a) synthèse de l'espace
Pédologie g •» (conception classique); Homme milieu:
Bio-géographie influence du milieu
- botanique
" £1 b) approche thématique
de certains phénomènes sur l'homme et vice
- zoologie
«
-ë Z, de l'espace global versa. Déterminisme
.•f ~° c) certains phénomènes et possibilisme. La
Ressources
£ i dans une aire donnée perception de l'envi-
i à toutes 1
lue d e s fort

Conservation ronnement.
t
^r^
Sciences
GËOG. HUMAINE
Economique .2 =
Mon dans le temps: a p p l i c a t
phologie: évolution m u l t i c y c

sociales - industrie manuf.


- transport
- marketing
- localisation

Agricole
Urbaine

Population
-démographie

E
Historique S
Sociale et culturelle
Du comportement
De la perception
Politique
- électorale
Médicale
1
M É T H O D E S , T E C H N I Q U E S , O U T I L S D E COHÉSION
Cartographie: cartes, diagrammes de l'ordinateur
Photographie aérienne: à petite échelle et télédétection
Méthodes quantitatives: Techniques statistiques, ordinateur
Géographie théorique:les théories, les concepts, les modèles
Analyse systémique:écologie humaine, écosystèmes,
interrelations
Géographie et éducation: la transmission des connaissances,
théorie de l'apprentissage.

Figure 4 Le tableau synthétique de Hunter

Dans son tableau synthétique, Hunter reprend, sous une forme différente, les idées
évoquées dans les modèles précédents et y ajoute des précisions concernant l'esprit et la
méthode géographique.

En marge des deux grandes divisions traditionnelles (générale, régionale) et leurs


rapports avec les sciences connexes, ce tableau s'efforce d'expliciter d'autres aspects fon-
damentaux de la discipline qu'on ne retrouve pas dans tous les modèles précédents :
1. la dimension temps, la notion de l'évolution ininterrompue des phénomènes dans
le temps qu'inspire la géographie générale ou régionale ;
2. trois notions essentielles de cohésion (unifying concepts) : a) la notion d'espace
(localisation, répartitions spatiales) ; b) la notion de synthèse (holism) qui a fait que le
caractère géographique d'un milieu provient du résultat de la combinaison de tous les
éléments physiques, biologiques et humains qui composent ce milieu ; c) la notion d'inter-
dépendance homme-milieu ;
3. les méthodes techniques et outils de cohésion : la cartographie, la photographie
aérienne, les méthodes quantitatives, les théories, concepts et modèles, l'analyse systé-
mique, etc.
198 CAHIERS DE GEOGRAPHIE DE QUEBEC, v o l . 1 7 , no. 4 0 , avril 1973

Figure 5 Le modèle à cercles concentriques (d'après P. Dagenais)

Le modèle à cercles concentriques propose graphiquement une idée que nous con-
sidérons comme fondamentale : la géographie dite régionale est le centre des préoccupa-
tions de la discipline, « expression la plus parfaite de la conception géographique, celle
qui confère à notre discipline toute son originalité, sa raison d'être et son autonomie », la
seule qui, par son effort de synthèse pluridisciplinaire, ne soit pas contestée par les te-
nants des sciences systématiques de la nature et de l'homme. Cette fonction lui mérite,
nous semble-t-il, sa position au coeur de /'organigramme. // faut bien reconnaître, en effet,
que chacune des composantes naturelles ou humaines, qui entrent dans la composition
d'un milieu, fait l'objet propre d'une science autonome autre que la géographie, mais
celle-ci est la seule discipline à considérer l'ensemble de ces composantes, la combinai-
son, comme l'objet même de son étude. Le champ d'observation des sciences systéma-
tiques se réduit à l'échelle de leur spécialité respective. Elles considèrent le milieu pour
ainsi dire à la loupe (et parfois même littéralement au microscope) afin de mieux isoler
NOTES 199

les éléments qui les intéressent. La géographie, au contraire, étudie le milieu à travers
une lentille grand angulaire afin de le saisir dans toute la réalité de son ensemble résultant
de la combinaison de toutes ses composantes.

Plus on s'éloigne du cercle central de la synthèse régionale, plus on s'engage dans


les secteurs spécialisés de la géographie générale, plus on se rapproche des sciences
systématiques auxquelles ils se rattachent, et plus la géographie perd de son autonomie
disciplinaire.
Pierre DAGENAIS
Laboratoire de didactique-géographie,
Université de Montréal

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