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Cahiers de géographie du Québec
Cinq schémas théoriques de la géographie
Pierre Dagenais
Volume 17, numéro 40, 1973
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Éditeur(s)
Département de géographie de l'Université Laval
ISSN
0007-9766 (imprimé)
1708-8968 (numérique)
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Dagenais, P. (1973). Cinq schémas théoriques de la géographie. Cahiers de
géographie du Québec, 17(40), 193–199. https://doi.org/10.7202/021113ar
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NOTES
CINQ SCHÉMAS THÉORIQUES DE LA GÉOGRAPHIE
Bien que la géographie soit une des formes les plus anciennes du savoir
humain, sa structure organique et la place qu'elle occupe parmi les sciences
auxquelles elle se rattache continuent de préoccuper les esprits. Depuis le
début de la deuxième moitié du XXe siècle, plus que jamais auparavant, on
remet en question la nature de la science géographique. Les propositions de
Varénius au XVIIe siècle et de Kant au XVIIIe ne satisfont guère personne ;
celles de La Blache ( 1 9 2 2 ) , de Hettner ( 1 9 2 7 ) , de Vallaux ( 1 9 2 9 ) , de Dic-
kenson et Howart (1933) sont en général considérées comme dépassées;
celles de James et Jones ( 1 9 5 4 ) , de Hartshorne ( 1 9 3 9 - 1 9 5 9 ) , de Brock
( 1 9 6 5 ) , de Taafe (1970) et de nombre d'autres hérauts de la pensée géo-
graphique ne servent en somme qu'à relancer l'ardeur que manifestent les
géographes à redéfinir leur propre discipline. Notre propos n'est pas ici
de nous demander si cette attitude est normale ou pas, symptomatique d'un
malaise ou de bonne santé scientifique, mais simplement de la confirmer
une fois de plus, en apportant à notre tour, après tant d'autres, notre propre
petite contribution graphique à l'élaboration d'un schéma théorique de la
discipline géographique.
Dans un article intitulé : « The Structure of Geography : Note on an
Introductory Model », John M. Hunter 1 s'efforce de représenter sons la forme
d'un tableau schématique, l'armature, l'esprit et les fonctions des diverses
composantes de la géographie, afin de rendre plus explicites les modèles
proposés respectivement par Fenneman 2 , Hartshorne 3 et Haggett 4 . L'idée
de vouloir ainsi concrétiser une discipline complexe sous la forme d'un gra-
phique simple nous semble être un défi et un moyen efficace d'alimenter la
discussion tant chez les néophytes que chez les initiés. C'est dans cet esprit
que nous reproduisons ici les modèles de Haggett, de Fenneman, de Hart-
shorne et de Hunter avant de proposer le nôtre.
1 HUNTER, John M. (1971) The Structure of Geography: Note on an Introductory
Model. The Journal of Geography, LXX (6) : 332-336
2 FENNEMAN, Nevin M. (1919) The Circumference of Geography. Annals of the
Association of American Geographers, Vol. IX, p. 3-11.
3 KARTSHORNE, Richard (1939) The Nature of Geography. Association of American
Geographers. 482 p.
4 HAGGETT, Peter (1965) Locational Analysis in Human Georgraphy. London,
Arnold. 339 p.
194 CAHIERS DE GEOGRAPHIE DE QUEBEC, v o l . 17, no. 4 0 , avril 1973
1 géographie
A s c i e n c e s de la terre 2 géologie
3 démographie
B sciences sociales 4 topologi e
5 écologi e humaine
sciences géométriques 6 géomorphologie
7 cartographie
8 localisation
Figure 1 Le « Set Theory » du modèle de Haggett
Le modèle de Haggett fait surtout ressortir la fonction carrefour de la géographie par
rapport aux sciences systématiques connexes de la nature et de l'homme qu'il classe en
trois grands groupes : les sciences de la terre, les sciences sociales, les sciences géo-
métriques. La place qu'occupe la géographie dans chacun de ces groupes forme ce qu'il
appelle un « set », i.e. un secteur. À l'intérieur de ce secteur chacun des sujets représente
un « élément ». Ainsi le graphique comprend trois zones-secteurs. Le secteur « A » (scien-
ces de la terre) contient géographie (1), géologie (2), etc., et peut être désigné sous la
forme A = (1,2). Le secteur « fî » (sciences sociales contient géographie (1), démogra-
phie (3), soit B = (1,3). Le secteur « C » contient géographie (1), topologie (4), soit
C ~ (1,4). La géographie occupe donc le centre du modèle formé par l'intersection des
trois secteurs et leurs sujets connexes, la géomorphologie, l'écologie humaine, la carto-
graphie et la géodésie, la localisation spatiale.
NOTES 195
Figure 2 Les cercles sécants de Fenneman
De même que celui de Haggett, le modèle de Fenneman reflète essentiellement la
nature pluridisciplinaire de la géographie, l'idée que chacune des grandes divisions de la
géographie générale relève d'une autre discipline autonome. Les petits cercles représen-
tent les sciences systématiques de la nature et de l'homme : astronomie, géologie, météo-
rologie, biologie, histoire, économique, auxquelles se rattache la géographie.
Les sections des petits cercles contenues dans le grand cercle constituent les grandes
divisions de la géographie générale : physiographie, climatologie, géographie commer-
ciale, politique, mathématique, biogéographie. Le graphique évoque, sans l'indiquer expli-
citement, que le centre du grand cercle, lieu de convergence des sections de
petits cercles, représente le domaine de la géographie régionale.
Le modèle de Fenneman, comme celui de Haggett, n'évoque pas les différences de
méthode et de points de vue, qui distinguent la géographie des sciences connexes. L'idée
de l'organisation globale de l'espace et des relations spatiales, souverainement caracté-
ristique de toute étude géographique, n'y apparaît pas clairement.
196 CAHIERS DE GÉOGRAPHIE DE QUÉBEC, v o l . 1 7 , no. 4 0 , avril 1973
SCIENCES SYSTÉMATIQUES
Sciences physiques Sciences sociales
naturelles biol.
sciences politiques
océanographie
anthropologie
météorologie
démographie
économique
ethnologie
sociologie
botanique
pédologie
zoologie
biologie
Sciences
I
I
Temps
Figure 3 Les pians sécants de Hartshorne (d'après John Wise) 5.
Le modèle de Hartshorne s'efforce de représenter graphiquement les différences de
points de vue entre la géographie et les sciences connexes en les faisant apparaître sur
des plans différents : les sciences systématiques de la nature et de l'homme apparaissent
sur le plan vertical ; la géographie, sur le plan horizontal. Chacune des sciences systéma-
tiques du plan vertical se prolonge sur le plan horizontal pour former les grandes divisions
de la géographie générale (systématique) : géomorphologie, climatologie, océanographie,
biogéographie (en géographie physique), géographie de la population, géographie urbaine,
sociale, économique, politique (en géographie humaine). L'application d'un ou plusieurs
sujets de géographie générale à l'étude d'une aire déterminée, c'est de la géographie ré-
gionale. L'application de tous les sujets de la géographie générale à une étendue délimitée
de l'espace terrestre, c'est de la géographie régionale systématique. Le graphique de
Hartshorne évoque une autre dimension de la géographie : celle du dynamisme des faits
et phénomènes géographiques dans le temps (géographie historique).
5 WISE, John (1972) Geography in Secundary Grammar and Comprehensive Schools
in England and Wales. Dans le manuscrit d'une communication présentée au colloque Géo-
graphie et Éducation de l'U.G.I., à Québec en août 1972.
NOTES
GEOGRAPHIE
systématique — — régionale
PONCTION DIMENSION
N O T I O N D E COHÉSION
DE LIAISON TEMPS
GÉOG. PHYSIQUE
Physiogiaphle 1 Espace: macro ou 1. La notion d'espace
Sciences Géomorphologie micro dimensions
physiques - glaciaire t spatiales 2. La notion de synthèse
- fluviale
- des zones arides 1 Continent 3. L'interdépendance
homme-milieu:
Météorologie à Subcontinent
Climatologie Espace .-localisation,
- masses d'air
ï
ï Région répartition, relations
- urbaine S -S spatiales.
e: pal
latiqu
^-micro Sous-région
Synthèse: la totalité
Océanographie .„ g, Localité,etc. de l'environnement
Hydrologie *• S dans ses éléments
- évaporation T. e Localisation spatiale physiques, biologiques
aies (
...cli
- équilibre de l'eau des études régionales: et humains.
a) synthèse de l'espace
Pédologie g •» (conception classique); Homme milieu:
Bio-géographie influence du milieu
- botanique
" £1 b) approche thématique
de certains phénomènes sur l'homme et vice
- zoologie
«
-ë Z, de l'espace global versa. Déterminisme
.•f ~° c) certains phénomènes et possibilisme. La
Ressources
£ i dans une aire donnée perception de l'envi-
i à toutes 1
lue d e s fort
Conservation ronnement.
t
^r^
Sciences
GËOG. HUMAINE
Economique .2 =
Mon dans le temps: a p p l i c a t
phologie: évolution m u l t i c y c
sociales - industrie manuf.
- transport
- marketing
- localisation
Agricole
Urbaine
Population
-démographie
E
Historique S
Sociale et culturelle
Du comportement
De la perception
Politique
- électorale
Médicale
1
M É T H O D E S , T E C H N I Q U E S , O U T I L S D E COHÉSION
Cartographie: cartes, diagrammes de l'ordinateur
Photographie aérienne: à petite échelle et télédétection
Méthodes quantitatives: Techniques statistiques, ordinateur
Géographie théorique:les théories, les concepts, les modèles
Analyse systémique:écologie humaine, écosystèmes,
interrelations
Géographie et éducation: la transmission des connaissances,
théorie de l'apprentissage.
Figure 4 Le tableau synthétique de Hunter
Dans son tableau synthétique, Hunter reprend, sous une forme différente, les idées
évoquées dans les modèles précédents et y ajoute des précisions concernant l'esprit et la
méthode géographique.
En marge des deux grandes divisions traditionnelles (générale, régionale) et leurs
rapports avec les sciences connexes, ce tableau s'efforce d'expliciter d'autres aspects fon-
damentaux de la discipline qu'on ne retrouve pas dans tous les modèles précédents :
1. la dimension temps, la notion de l'évolution ininterrompue des phénomènes dans
le temps qu'inspire la géographie générale ou régionale ;
2. trois notions essentielles de cohésion (unifying concepts) : a) la notion d'espace
(localisation, répartitions spatiales) ; b) la notion de synthèse (holism) qui a fait que le
caractère géographique d'un milieu provient du résultat de la combinaison de tous les
éléments physiques, biologiques et humains qui composent ce milieu ; c) la notion d'inter-
dépendance homme-milieu ;
3. les méthodes techniques et outils de cohésion : la cartographie, la photographie
aérienne, les méthodes quantitatives, les théories, concepts et modèles, l'analyse systé-
mique, etc.
198 CAHIERS DE GEOGRAPHIE DE QUEBEC, v o l . 1 7 , no. 4 0 , avril 1973
Figure 5 Le modèle à cercles concentriques (d'après P. Dagenais)
Le modèle à cercles concentriques propose graphiquement une idée que nous con-
sidérons comme fondamentale : la géographie dite régionale est le centre des préoccupa-
tions de la discipline, « expression la plus parfaite de la conception géographique, celle
qui confère à notre discipline toute son originalité, sa raison d'être et son autonomie », la
seule qui, par son effort de synthèse pluridisciplinaire, ne soit pas contestée par les te-
nants des sciences systématiques de la nature et de l'homme. Cette fonction lui mérite,
nous semble-t-il, sa position au coeur de /'organigramme. // faut bien reconnaître, en effet,
que chacune des composantes naturelles ou humaines, qui entrent dans la composition
d'un milieu, fait l'objet propre d'une science autonome autre que la géographie, mais
celle-ci est la seule discipline à considérer l'ensemble de ces composantes, la combinai-
son, comme l'objet même de son étude. Le champ d'observation des sciences systéma-
tiques se réduit à l'échelle de leur spécialité respective. Elles considèrent le milieu pour
ainsi dire à la loupe (et parfois même littéralement au microscope) afin de mieux isoler
NOTES 199
les éléments qui les intéressent. La géographie, au contraire, étudie le milieu à travers
une lentille grand angulaire afin de le saisir dans toute la réalité de son ensemble résultant
de la combinaison de toutes ses composantes.
Plus on s'éloigne du cercle central de la synthèse régionale, plus on s'engage dans
les secteurs spécialisés de la géographie générale, plus on se rapproche des sciences
systématiques auxquelles ils se rattachent, et plus la géographie perd de son autonomie
disciplinaire.
Pierre DAGENAIS
Laboratoire de didactique-géographie,
Université de Montréal