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INTRODUCTION
Le continent africain dispose d'un immense potentiel qui doit lui
permettre non seulement de se nourrir, d'éliminer la faim et l'insécurité alimentaire,
mais aussi de devenir un acteur majeur des marchés internationaux. Ce potentiel
est constitué de ses terres, ses eaux, sa population et ses ressources naturelles.
L'agriculture représente une part essentielle de l'économie de tous les
Pays de ce continent. Elle a donc son rôle à jouer dans la résolution de nos priorités
continentales que sont l'éradication de la pauvreté et de la faim, la dynamisation du
commerce intra-africain et des investissements, l'industrialisation rapide et la
diversification économique, la gestion durable de nos ressources et de
l'environnement, la création d'emplois etc.
Cependant, la croissance agricole a un impact spécial sur la réduction de
la pauvreté dans toutes les catégories de pays. Une rapide croissance agricole en
Inde par exemple par suite d'innovations technologiques (diffusion de variétés à
haut rendement) et en Chine par suite d'innovations institutionnelles (système de
responsabilisation des ménages et libéralisation des marchés) s'est accompagnée
d'un important recul de la pauvreté rurale.
L'agriculture peut grandement contribuer à l'atteinte des objectifs du
Millénaire de développement. C'est d'elle que les pauvres des pays en
développement qui vivent en région rurale tirent en majorité leurs revenus, et c'est
elle qui procure aux populations rurales et urbaines la plus grande partie de leur
nourriture. Largement tributaire de la base des ressources naturelles, l'agriculture
influe sur la durabilité de l'environnement.
D'après la Banque Mondiale(2008), l'agriculture contribue au
développement pas en tant que seule activité économique, mais aussi comme
moyen de subsistance et source de services environnementaux ; elle est donc un
unique instrument du développement : L'agriculture en tant qu'activité
économique : elle peut alimenter la croissance de l'économie nationale, offrir des
opportunités d'investissement au secteur privé et être le principal moteur des
industries apparentées et de l'économie rurale non agricole.
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L'agriculture comme moyen de subsistance : selon les estimations, elle
offre un moyen de subsistance à 86 % des populations rurales. Elle emploie 1,3
milliard de petits paysans et de ruraux sans terres, elle assure une« protection
sociale financée par la ferme »lorsque des chocs se produisent dans les espaces
urbains, et elle est la fondation de communautés rurales viables. L'agriculture en
tant que source de services environnementaux : elle est aussi l'une des principales
sources de services environnementaux dans la contribution de la fixation de
carbone, la gestion des bassins versants et la préservation de la biodiversité.
1. Les obstacles du développement du secteur agricole en RDC
On ne peut pas concevoir, en RDC, une croissance économique rapide
sans une forte augmentation de la production agricole. Une croissance insuffisante
de cette production sera pour le moins la source de difficultés économique
sérieuses. Pour le cas de la RDC, le frein au développement de l'agriculture est
causé par plusieurs éléments.
1° une faible priorité donnée par le gouvernement à l'agriculture
Le gouvernèrent congolais n'est pas beaucoup concerné par l'agriculture.
Le premier danger est celui d'une trop grande priorité accordée à l'extraction des
minerais. Il n'est pas dit que l'extraction des minerais ne contribue pas à l'économie
du pays. Mais il ne faut pas aller jusqu'au point de négliger l'agriculture.
Or, ce que nous voyons en RDC tend à diriger plus d'investissement dans
le secteur minier. Dans ce climat, l'agriculture tend à être de plus en plus méprisée
et ce mépris se diffuse peu à peu dans les masses. (Voir tableau n°9 en annexe)
A tous les échelons, les cadres veulent s'occuper de tout autre chose que
l'agriculture. Il ne faut pas non plus s'imaginer tout résoudre par quelques actions
limitées telles que la diffusion du petit matériel agricole. La croyance naïve dans la
solution miracle qui, à elle seule, réglera tous les problèmes peut faire beaucoup de
mal. Nous avons vécu cela avec le projet BUKANGA LONZO, où juste une
diffusion du matériel agricole a été faite, mais le matériel agricole fut abandonné
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sans aucune production réalisée. Tout cela juste parce que la volonté de faire
n'existe pas chez les gouvernants.
Un pays comme la RDC, qui veut assurer son développement
économique a besoin d'un gouvernement qui supprime le régime de la grande
propriété financière, qui transforme l'esprit des masses en leur donnant confiance
dans l'avenir, en leur donnant le sentiment de participer à une oeuvre commune,
dont elles seraient bénéficiaires (lutte contre l'insécurité alimentaire par exemple),
qui accorde une priorité suffisante à l'agriculture et réussit à en faire une activité
non prioritaire.
2° Des problèmes rencontrées par l'agriculture
L'agriculture de la République Démocratique du Congo rencontre
beaucoup de problèmes dont notamment :
Le vieillissement de la main d'oeuvre agricole : les exploitations agricoles
sont essentiellement tenues par des classes d'âge variant entre 40 et 60ans.
Cette situation est due au fait que la main d'oeuvre agricole est constamment
en diminution de suite d'un exode rural des jeunes. Il devient dès lors
difficile d'introduire des techniques nouvelles de production à cause du
manque de formation et surtout de l'esprit conservateur de cette classe d'âge :
Manque d'intrants agricoles : la pénurie d'engrais et d'autres produits
Phytosanitaires tient le rendement à l'hectare de la plupart des cultures
à un niveau très faible. Le problème devient encore grave, car le prix
très élevé de ces intrants rend ainsi leur acquisition difficile à une
tranche importante des producteurs. La médiocrité des variétés en
culture et la dégénérescence des semences ne permettent pas aux
cultivateurs d'obtenir des bonnes quantités de production ;
Absence des industries liées à l'agriculture : la quasi-inexistence des
industries en amont (outils, engrais, etc.) et en aval (industries de
transformation et de mise en valeur des matières premières agricoles
locales) reste un obstacle à l'augmentation de la production. L'absence
des industries empêche l'agriculture de bénéficier des équipements et
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des activités constituant des débouchés importants nécessaires à
l'expansion.
3° Au niveau de la recherche agricole
La recherche agricole concerne essentiellement l'INERA et dans un
faible mesure, certaines sociétés agroindustrielles et quelques organismes
confessionnels. De ces trois structures, seul l'INERA reste le plus important tant au
niveau des activités que du champ d'action. Malheureusement, il est paralysé par
une série des problèmes et ne fait pratiquement plus de la recherche agricole. Or,
un développement agricole ne peut se faire qu'avec le soutien d'une recherche
agronomique efficace et organisée.
Il faut également souligner la faiblesse des allocations budgétaires
destinées aux activités de recherche agricole. Les ressources mises à la disposition
de l'INERA sont presque insuffisantes (voir tableau n°10 en annexe). Avec de tels
moyens si maigres, il est pratiquement impossible d'entreprendre des travaux de
recherche.
4° Au niveau de la commercialisation
Ici, nous avons noté :
L'insuffisance de l'infrastructure et des moyens de transport : les données sur
les infrastructures de transports et communication en RD. Congo, sont
évaluées à 145.000 km de routes héritées de la colonisation. Pour un pays
d'une superficie de 2.344..932km², ces données sont nettement insuffisantes
et même constituent un handicap à son développement général de
l'agriculture.
La dégradation de réseaux routiers freine et bloque la promotion de
l'agriculture. Se trouvant dans l'incertitude d'évacuer leurs productions, les
producteurs ont été conduits à limiter celle-ci au strict minimum de leurs
besoins usuels. Les arrivées sporadiques des commerçants sur les lieux de
production à cause de l'état délabré des routes, et celui de leurs camions ne
pouvaient pas stimuler les producteurs. Au Katanga, à Nyunzu, à Kanyama,
à Ngandandjika, à Luputa, à Kabinda et Lubao au Kasaï Oriental, même là
où l'évacuation est possible comme en Ituri, au Nord-Kivu, à Bumba, au
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Kwilu,... , les agriculteurs sont vraiment démotivés à tel point qu'ils se sont
ramenés à une agriculture d'autosubsistance.
5° Au niveau de la politique agricole
Les interventions isolées, ponctuelles et quelques fois contradictoires
menées sur le secteur agricole montrent l'absence du rôle précis du secteur agricole
dans les divers programmes mis en place. Cet état de choses a pour effet
l'incohérence totale dans les diverses actions tant au niveau des moyens financiers
qu'à celui des mesures à arrêter. Les problèmes à ce niveau sont :
o L'inadéquation entre les moyens et les objectifs : l'absence des études
de moyens de financement a souvent eu pour effet la mise en place
des projets ambitieux, difficile à financer. Beaucoup de ces projets
sont restés sans porter des fruits ;
o La mauvaise conception des projets : la plupart des projets n'ont guère
fait l'objet d'études préalables et ont souvent posé des problèmes
financiers pour leurs réalisations tout comme pour leur survie après la
phase de financement.
A cause de ceci, il en résulte des échéances plus longues ainsi que des
pertes énormes d'argent dont le plus spectaculaire Bukangalonzo. Les divers
projets ne constituent pas un tout cohérent et ne permettent pas de diversifier avec
précision les objectifs à réaliser.
2. Perspective de relance du secteur agricole de la RDC
1° Nouvelle organisation sociale et économique de la production agricole
Pour moderniser l'agriculture, il faut faire d'elle une activité intéressante
c'est-à-dire rémunératrice. Pour cela, il est nécessaire de réaliser ce qui suit :
1. faire un état des lieux de l'agriculture dans chaque province pour identifier
les besoins d'accompagnement selon les réalités contextuelles de chaque
milieu. Une identification des structures paysannes est aussi importante pour
une planification selon les avantages comparatifs dans les différents
territoires et secteurs selon leurs atouts ; consolidés en plans provinciaux,
une cartographie participative permettant une meilleure répartition des terres
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(zonage agricole) par entité de base, accompagnée d'une cartographie précise
des actions des partenaires techniques et financiers.
2. investir dans le secteur agricole selon ses besoins et faire une planification
axée sur les résultats, renforcer les capacités institutionnelles et économiques
des structures étatiques impliquées dans l'accompagnement agricole,
3. soutenir la bonne gouvernance pour permettre une collaboration étroite entre
l'Etat et les producteurs, la protection de l'environnement, l'amélioration de
l'accès aux marchés et organisations des filières par spéculation en cours
(filières café- cacao), une bonne collaboration, un partenariat entre les
agriculteurs et les universités pour la recherche et l'accompagnement
technique peut être fructueuse, une recherche agronomique dont les objectifs
sont déterminés par les organisations paysannes,
4. encourager la formation technique des producteurs dans des centres
spécialisés au niveau des collectivités et groupements, des formations
pratiques de type école aux champs qui répondent aux besoins techniques
des producteurs et favorisant l'accroissement de la production dans des
conditions écologiques,
5. faciliter l'accessibilité par les producteurs aux matériels adaptés et allégeant
leur travail, organiser les filières vers les marchés cibles, le transport des
produits, l'amélioration des systèmes de conditionnement et transformation
des produits agricoles et promouvoir les pratiques d'une agriculture
respectueuse de l'environnement pour sa rentabilité et sa durabilité et compte
tenu de l'enjeu du réchauffement climatique qui se précise (agroforesterie).
2° L'encadrement de la jeunesse en milieu rural
L'encadrement des jeunes dans le secteur agricole en milieu rural est
l'une des pistes qui peuvent aider le pays à sortir de la crise alimentaire. Les jeunes
disposent d'atouts indéniables ; comme la force physique, le goût de l'argent dans
leurs activités, les capacités d'apprentissage, la volonté de présenter un travail bien
soigné, le besoin de faire la différence dans les initiatives, etc. Les projets
d'encadrement agricoles dans les écoles suscitent de l'engouement de la part des
jeunes et doivent être encouragés.
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L'agriculture devient de plus en plus modernisée avec la mécanisation et
le pays s'ouvre progressivement aux pays étrangers avec beaucoup de possibilités
d'échanges commerciaux avec des productions plus diversifiées, chose qui
intéresse les jeunes en leur procurant un revenu.
3° Renforcement des capacités humaines
A ce niveau, on doit mettre en place une politique publique de recyclage
et de formation continue des professionnels du secteur ; trouver les mécanismes
pour améliorer les conditions de travail des fonctionnaires, encadreurs, enseignants,
chercheurs (salaire décent, équipements adaptés...) ;promouvoir et renforcer des
organisations professionnelles agricoles ; revitaliser les écoles, les universités et
centres de formation dans le secteur de l'agriculture, l'élevage, la pèche industrielle
et l'artisanat de transformation agro-alimentaire.
4° Réhabilitation des infrastructures économiques
Les infrastructures économiques doivent être réhabilitées en augmentant
substantiellement des ressources financières affectées à la réhabilitation et à
l'extension des axes de transport inter et intra régionaux (fluvial, routier, ferroviaire,
et aérien) et rationaliser la gestion de ces ressources pour permettre aux
producteurs l'accès aux marchés nationaux et internationaux.
Il s'agit par exemple de :
o l'appui aux petites et moyennes entreprises locales spécialisées dans
l'entretien routier ;
o l'appui au désenclavement des provinces rurales à fort potentiel
agricole :
o Avantages accordés aux opérateurs et entreprises privées qui
entretiennent le réseau de transport,
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o Mise en place des mécanismes de financement appropriés et des
mesures adéquates d'encadrement de nature à permettre aux entités
décentralisées de prendre en charge la réhabilitation, l'entretien et
l'expansion des équipements collectifs adaptés à leurs besoins
(transport, énergie, eau, marchés...) .
5° Protection de l'environnement et de la base productive naturelle
Normalement l'environnement doit être protégé afin de garantir aux
générations futures une capacité de production et de développement soutenu d'une
agriculture productive et durable. Il s'agit par exemple de :
- l'appui aux petites et moyennes entreprises locales spécialisées dans l'exécution
des programmes de reboisement,
- l'amélioration de la fertilité des sols, des techniques antiérosives ;
- la gestion durable des ressources forestières,
- l'adoption d'une loi sur la cogestion des ressources halieutiques par l'Etat et les
opérateurs de pèche.
CONCLUSION
Les recettes agricoles peuvent renflouer les deniers publics, en devises.
Dans notre réflexion, nous avons diagnostiqué une série de difficultés liées à la
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matérialisation, car le secteur agricole demeure la source indispensable pour un
développement et la meilleure force de combattre la faim, la pauvreté, le chômage,
(le social) en RDC. Ce secteur est incontournable pour le développement socio-
économique de tout pays car, il joue un rôle économique important dans la mesure
où, il constitue un secteur de croissance de l'économie, de financement et
d'ajustement de cette croissance.
En dehors de ce qu'elle soit une source de d'approvisionnements des
industries, l'agriculture permet aussi la création d'emplois, l'amélioration des
conditions de vie de la population, etc.
En terme de recommandations, nous avons pensé que, pour que le
secteur agricole se développe, il faut un arsenal des stratégies telles que la
professionnalisation de l'agriculture, la réorganisation des services administratifs
agricoles, l'institution du cadre de mérite agricole, l'accès facile à la terre, le
renforcement des capacités humaines, la réhabilitation des infrastructures
économiques, la protection de l'environnement et de la base productive naturelle,
etc.
Bref, il faut que la population rurale soit mise au travail productif,
motivé pour que sa croissance rapide puisse rencontrer une production alimentaire
conséquente. La remise de la population au travail passe d'abord par la formation,
ensuite par le respect des obligations des uns et des autres et enfin par
l'aménagement de l'habitat, le respect des lois et règlements du pays, l'existence
d'un Etat ou pouvoir fort accepté.
La relance de l'agriculture dans ce vaste pays ne sera effective que par la
réhabilitation ou la création des nouvelles infrastructures en milieu rural,
particulièrement en matière de commercialisation et transport, ainsi que la mise à
la disposition d'intrants dans tout le pays. Pour sortir l'agriculture congolaise de
cette crise et arriver à avoir des politiques agricoles efficaces, nous avons proposé
des stratégies suivantes : il faut que le Gouvernement puisse créer des nouveaux
mécanismes de financement ; avoir des nouvelles organisations sociale et
économique de la production agricole ; procéder à l'encadrement de la jeunesse en
milieu rural, l'accès facile à la terre ; renforcer des capacités humaines, réhabiliter
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des infrastructures économiques ; protéger l'environnement et la base productive
naturelle.
BIBLIOGRAPHIE
1. NEPAD, 2014, les agricultures africaines, les transformations et les
perspectives, p 3
2. BANQUE MONDIALE, 2008 : agriculture au service du développement,
p156
3. Revue : Agence canadienne de développement, 2003 : l'agriculture au
service du développement rural durable, p63
4. LUMUMBA TOLENDA, Le rôle de l'agriculture dans les pays sous-
développés en particulier au zaire. Thèse de doctorat à l'Université de Paris,
1976, p.p26-29
5. KANYINDA TSHIKUDA et MUSANGU MUAMBA, Evolution de
l'agriculture traditionnelle au contact de l'économie : cas du noyau de fortes
densités du Kasai 1905-1958, Marseille, 1978, p59
6. MOUSSA MUKOKO W., Politiques agricoles et développement socio-
économique de la RDC : défis et perspectives. Thèse de doctorat à
l'Université de Kinshasa, 2015, p209
7. LUBO YAMBELE D., Mondialisation, politiques de développement et
perspectives de lutte contre la pauvreté en milieu rural ; regard sur
l'intervention de la Coopération Technique Belge dans le Territoire de
Kabinda. Thèse de doctorat, FSSAP, Sociologie, UNIKIN, 2009-2010, p96.