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Droit Des Medias

Le document traite du droit des médias en Côte d'Ivoire, en abordant son cadre juridique, institutionnel et le paysage actuel des médias. Il explore l'évolution historique de la réglementation des médias, les textes législatifs, ainsi que les défis auxquels sont confrontés les médias traditionnels et numériques. L'objectif est de fournir une compréhension approfondie des règles régissant la circulation de l'information et des enjeux liés à la liberté de la presse dans le pays.

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Droit Des Medias

Le document traite du droit des médias en Côte d'Ivoire, en abordant son cadre juridique, institutionnel et le paysage actuel des médias. Il explore l'évolution historique de la réglementation des médias, les textes législatifs, ainsi que les défis auxquels sont confrontés les médias traditionnels et numériques. L'objectif est de fournir une compréhension approfondie des règles régissant la circulation de l'information et des enjeux liés à la liberté de la presse dans le pays.

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DROIT DES MEDIAS

Docteur KRAGBE A. Gilles


Enseignant-chercheur à l’Université
Alassane OUATTARA de Bouaké,
UFR des Sciences Juridique,
Administrative et de Gestion

1
SOMMAIRE
INTRODUCTION

I/ Approche terminologique
II/ Contexte et objectifs du cours

PREMIERE PARTIE I : LE CADRE JURIDIQUE

CHAPITRE I : LES TEXTES D’EMANATION ETATIQUE

Section 1 : La règlementation des médias sous l’ère coloniale : 1906-1960


Paragraphe 1 : La presse des Blancs
Paragraphe 2 : La presse des africains

Section 2 : Un vide juridique après les indépendances sous l’ère du parti unique
Paragraphe 1 : L’état de la législation en vigueur
Paragraphe 2 : L’idéologie accompagnant la législation
Paragraphe 3 : L’état de la presse existante sous l’ère du parti unique

Section 3 : L’adoption des premiers textes sur les medias en 1991 avec le retour au
multipartisme
Paragraphe 1 : Le rappel de l’esprit des textes
Paragraphe 2 : L’explosion des organes de presse après le retour au multipartisme

Section 4 : Les réformes de 2004


Paragraphe 1 : Processus d’adoption des textes
Paragraphe 2 : La Loi n°2004 – 643 du 14 décembre 2004 portant régime juridique de la
presse
Paragraphe 3 : La Loi n°2004 – 644 du 14 décembre 2004 portant régime juridique de la
communication audiovisuelle.

Section 5 : Les réformes de 2011 à 2017

Section 6 : Les reformes de 2017 à nos jours


Paragraphe 1 : Le contexte d’adoption des textes
Paragraphe 2 : La Loi n° 2017 – 867 du 27 décembre 2017 portant régime juridique de la
presse
Paragraphe 3 : La Loi n° 2017 – 868 du 27 décembre 2017 portant régime juridique de la
communication audiovisuelle.

CHAPITRE II : LES TEXTES D’EMANATION CORPORATISTE

Section 1 : La nature des textes existants

Paragraphe 1 : Le Code de déontologie du Journaliste en Côte d’Ivoire


Paragraphe 2 : La Convention collective annexe des journalistes professionnels et
des professionnels de la communication de la presse privée en Côte
Paragraphe 3 : La charte pour une meilleure représentation des femmes dans les contenus
et institutions médiatiques de Côte d’Ivoire

Section 2 : Les limites et faiblesses du cadre juridique


Paragraphe 1 : L’état de la liberté de la presse et des droits des journalistes
Paragraphe 2 : La suppression de la peine d’emprisonnement pour les délits de presse

2
Paragraphe 3 : Le renvoi de l’incrimination de certains délits de presse au Code pénal
Paragraphe 4 : Les restrictions liées à la défense et la sécurité nationale
Paragraphe 5 : La surveillance judiciaire de la liberté de presse
Paragraphe 6 : La non prise en compte des médias numériques
Paragraphe 7 : Les limites à l’accès à l’information publique
Paragraphe 8 : L’imprécision du statut des radios de proximité

DEUXIEME PARTIE : LE CADRE INSTITUTIONNEL

CHAPITRE I : Les structures publiques de promotion

Section 1 : Le Ministère en charge de la communication


Section 2 : Le Fonds de Soutien et de Développement de la Presse
Paragraphe 1 : Statut et mandat
Paragraphe 2 : Conditions d'éligibilité au fonds
Paragraphe 3 : Les conditions à remplir par les organisations professionnelles pour être
éligibles au F.S.D.P. :
Section 3 : La Commission d’attribution de la carte d'identité des journalistes

CHAPITRE II : Les organes de régulation

Section 1 : Identification des organes


Paragraphe 1 : La Haute Autorité de la communication Audiovisuelle (HACA)
Paragraphe 2 : Le Conseil National de la Presse

Section 2 : Les faiblesses des organes de régulation


Paragraphe 1 : La sous-représentation des professionnels des médias au sein des
organes de régulation
Paragraphe 2 : La fragilisation de l’indépendance des organes de régulation
Paragraphe 3 : Des décisions jugées trop partisanes

Section 3 : Les organisations professionnelles et l’autorégulation


Paragraphe 1 : L’OLPED
Paragraphe 2 : L’autorégulation au sein des rédactions

TROISIEME PARTIE : LE PAYSAGE ACTUEL DES MEDIAS EN COTE D’IVOIRE

CHAPITRE I : Les émetteurs d’information et de divertissement


Paragraphe 1 : La Presse écrite
Paragraphe 2 : La presse numérique
Paragraphe 3 : La radio
Paragraphe 4 : La télévision
Paragraphe 5 : Les agences de presse
Paragraphe 6 : L’Internet et les technologies de l’information et de la communication
Paragraphe 7 : Le mobile média
Paragraphe 8 : Des médias non légalement constitués

CHAPITRE II : La cartographie des médias

CHAPITRE III : Les autres acteurs du secteur


Paragraphe 1 : Les éditeurs et promoteurs de médias
Paragraphe 2 : Les imprimeurs, les distributeurs, les régies publicitaires et les annonceurs

BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE

3
INTRODUCTION

I/ Approche terminologique

A/ Droit des medias

Le terme média désigne ainsi tout moyen de diffusion ou de transmission de


l’information :

Le média peut être direct comme par exemple le langage, l’écriture, les
l’affiche ;
Le média peut être diffusé par le biais d’un dispositif technique comme par
exemple la radio, la télévision, le cinéma, Internet, la presse, etc…

Le média permet donc la communication, soit de façon unilatérale par le biais de la


transmission d’un message, soit de façon multi-latérale par le biais d’échange
d’informations.

Le droit des médias est une branche du droit constituée d’un ensemble de règles qui
régit les moyens permettant de communiquer des informations quel que soit le
support. Ce droit est celui de toutes les formes d’expression (écrites, sonores,
visuelles et audiovisuelles) et techniques de communication publique (presse, radio,
télévision, film, livre, affiche, supports numériques, communication au public en
ligne…), de la presse à l’internet, de l’écrit à l’écran, des médias au multimédia, quel
qu’en soit le contenu (information d’actualité, documentation, fiction, divertissement,
publicité…). Dès lors qu’il y a publication, le droit des médias a vocation à s’y
appliquer. Les médias sont aussi le reflet des débats démocratiques qui agitent la
société, débats qui débouchent souvent sur des choix politiques. Les médias
informent donc le citoyen et lui permettent de se faire une opinion pour faire ses
choix en connaissance de cause.

A partir de cette définition, l’on peut déduire que le droit des medias et celui de
l’information et de la communication sont les mêmes disciplines, puisqu’ils visent les
mêmes buts et objectifs. Le droit de l’information et de la communication est
envisagé comme étant celui qui vise l’encadrement des situations dans lesquelles un
émetteur et un récepteur, situés à distance, sont mis en relation. Le nombre de
règles de droit susceptibles de tomber dans cet ensemble est évidemment
considérable. C’est pourquoi l’on dit souvent que c’est le droit qui s’intéresse à la «
publication » des informations. On y retrouve les conditions auxquelles il est licite de
publier, donc de porter à la connaissance d’un ensemble indéterminé de personnes
des propos, des images ou d’autres contenus.

B/ Les matières connexes au droit des medias

1/ Le droit des TIC

Il faut entendre par droit des TIC, ou DTIC, le droit des Technologies de l’information
et de la Communication.

4
La notion de TIC est un acronyme relatif aux Technologies de l'Information et de la
Communication qui regroupent internet, les télécommunications, les multimédias1,
l'informatique et l'audiovisuel. Il s’agit d’un ensemble de technologies utilisées pour
traiter, modifier et échanger de l'information, plus spécifiquement des données
numérisées. La naissance des NTIC est due notamment à la convergence de
l'informatique, des télécommunications et de l'audiovisuel. Le secteur des TIC ayant
pour caractéristique fondamentale la dématérialisation des affaires, il s’est trouvé
plus que nécessaire de mettre en place un tel droit pour rassurer les différents
acteurs qui y interviennent. C’est cette sécurité juridique qui permettra à tous
d’embrasser ce secteur sans trop de crainte.

Le droit des TIC est lui-même composé de plusieurs branches ou secteurs. En effet,
il prend en compte des champs comme :

Le commerce électronique ;
Les données à caractères personnels ;
Les télécommunications ;
La poste ;
La signature électronique2 ;
La cybercriminalité, Etc.

2/ Le droit de la publicité

La publicité est une action de communication pour promouvoir auprès d’un


consommateur un produit (alcool, tabac, médicaments, etc.), un service (transports,
banques, assurances, etc.), une idée (évènements culturels, etc.), une technique ou
une technologie. Le but suggéré étant d’inciter à la consommation et d’influencer le
choix du public ou des clients. Dans la pratique, il existe différents types de
publicités, qui vont de la publicité commerciale classique à la publicité institutionnelle,
en passant par la publicité de proximité (les panneaux). Selon les cas, elles peuvent
se faire via la télévision, la radio, la presse, Internet, les panneaux, les enseignes, les
pré-enseignes.
II/ Contexte et objectifs du cours

A/ Contexte

L’histoire des médias est intimement liée à celle des nations modernes. Porteuse de
l’espérance et des aspirations des peuples en mutation à un mieux-être, l’information

1
Le terme multimédia fut utilisé pour la première fois aux États-Unis en 1966, puis repris en France à
partir de 1978. Il désignera plus tard les applications qui grâce à la capacité de stockage d'information
du CD-ROM, ou d'Internet (par téléchargement), et aux capacités de l'ordinateur — peuvent créer,
utiliser ou piloter différents médias simultanément : musique, son, image, vidéo, et interface graphique
interactive (IHM).
2
La signature électronique (parfois appelée signature numérique) est un mécanisme permettant
de garantir l'intégrité d'un document électronique et d'en authentifier l'auteur, par analogie avec la
signature manuscrite d'un document papier.
Elle se différencie de la signature écrite par le fait qu'elle n'est pas visuelle, mais correspond à une
suite de caractères.

5
médiatique s’est révélée au fil des époques comme un incontournable creuset de
liberté et de démocratie.

Mais ici comme ailleurs, les médias traditionnels, notamment la presse, après avoir
connu leur période glorieuse, ne finissent pas d’achever leur traversée du désert,
dans un marché de plus en plus concurrentiel où apparaissent de nouveaux types de
médias, moins coûteux et plus accessibles aux publics. Aussi, la chute drastique des
prix de vente des journaux, face à des charges de fonctionnement de plus en plus
lourdes, ne finit-elle pas de plonger la presse ivoirienne dans la léthargie.

En fait, si le retour au multipartisme en avril 1990 a favorisé l’éclosion du paysage


médiatique ivoirien avec l’apparition de nombreux titres de journaux d’obédiences
diverses, la création de radios privées commerciales et non commerciales
(confessionnelles, communautaires, de proximité, rurales, etc.) et tout récemment
des médias numériques, force est de constater, près de trois décennies après le
printemps de la presse, que la situation des médias en Côte d’Ivoire est loin d’être
reluisante.

Ce, en dépit des appuis financiers de l’Etat (subvention à l’édition, etc.) au secteur,
en sus de réformes juridiques et structurelles, auxquelles s’ajoutent de nombreuses
initiatives publiques et privées émanant de partenaires au développement,
d’organismes nationaux et internationaux. De même, peu d’organes survivent à leur
création ou parviennent à vivre, à terme, de leurs productions. Aussi, importe-t-il de
savoir quels sont les facteurs objectifs qui expliquent la précarité des médias
ivoiriens ainsi que les causes structurelles, institutionnelles ou systémiques qui
justifient cette situation.

B/ Objectifs du cours

À l’issue de ce cours, l’étudiant(e) sera en mesure :


• de décrire les principales règles de droit découlant de la législation, de la
jurisprudence, de la doctrine et des pratiques réglementaires encadrant la circulation
de l’information en Côte d’Ivoire;
• d’identifier les facteurs pris en considération pour interpréter les règles de droit
envisagées;
• d’identifier les caractéristiques et connaître le fonctionnement des principales
techniques de réglementation utilisées dans le domaine de l’information;
• d’identifier les solutions juridiques et para-juridiques à un conflit engendré à
l’occasion de la circulation de l’information;
• de connaître les principaux phénomènes ayant un effet structurant sur les règles de
droit afférentes à l’information et à la communication.

6
PREMIERE PARTIE : LE CADRE JURIDIQUE
Le secteur des médias est régi par un ensemble de textes qui peuvent être
regroupés en deux grands groupes : les textes d’émanation étatique et les textes de
nature corporatiste.

CHAPITRE I : LES TEXTES D’EMANATION ETATIQUE

Dans une approche chronologique, une législation nationale autonome sur les
médias est très récente. Nous aborderons d’abord l’encadrement des médias sous
l’ère coloniale, avant d’analyser ceux apparus après les indépendances. Sous l’ère
des indépendances, les premiers textes ont été adoptés en 1991 suite au retour au
multipartisme en 1990. Mais ces textes, quoique récents vont connaitre une évolution
très rapide, mus certainement par le contexte socio-politique fortement agité qui a
précédé, mais surtout suivi leur adoption.

Section 1 : La règlementation des médias sous l’ère coloniale : 1906-1960

Dans le contexte colonial, les medias étaient encadrés par la loi française du 29
Juillet 1881 sur la liberté de la presse. A cet effet, de 1910 à 1960, environ trente-
sept journaux sont parus3. La plupart ont eu une existence très éphémère ou subi de
nombreux avatars. La presse ivoirienne de cette époque était une presse d’opinion,
une presse de combat à faible tirage (500 à 3500 exemplaires au maximum) initiée
par les blancs.

Paragraphe 1 : La presse des Blancs

La presse en Côte d’Ivoire fut d’abord celle des Blancs. C’est en 1906 que fut publié
le premier bimensuel d’informations, à Grand-Bassam. Il s’agit de la Côte d’Ivoire,
créé par Charles Ostench et Clément. Ces deux journalistes étaient présents, le 11
septembre 1910, à l’inauguration du Viaduc, sur le N’zi, et de la gare de Dimbokro.
Jusqu’en 1935, la presse fut entièrement réalisée par des Blancs. Ce n’est qu’en mai
1935 que paraît le premier journal créé et rédigé par des Ivoiriens : ce journal
(L’Eclaireur de Côte d’Ivoire) et un autre qui lui succédera n’auront qu’une existence
éphémère. Il faudra attendre 1946 pour que d’autres essais soient tentés.

La presse réalisée par et pour les colons français peut, assez arbitrairement sans
doute, être classée entre presse d’informations et presse d’opinion. La presse
d’opinion défendait surtout les intérêts des colons. Leur attitude vis-à-vis des
indigènes était plus ou moins favorable. Aucun cependant ne contestait les ‘‘
bienfaits de la colonisation ’’ et ne pouvait être taxé d’anticolonialisme. En 1913,
Julien Vizioz, vice-président de la chambre de commerce, fonde l’Indépendant de la
Côte d’Ivoire. Parmi les colonialistes ‘‘modérés’’, qui prennent parfois la défense des
intérêts des planteurs autochtones, citons tout d’abord Charles Modeste qui fonde en

3
Les informations relatives à la presse ivoirienne à l’époque coloniale sont en partie des reprises de
Geneviève Roux (1975). La presse ivoirienne : miroir d’une société, essai sur les changements
socioculturels en Côte d’Ivoire, thèse de Doctorat 3e cycle, 2t. Université René Descartes-Paris, PP.
19-22.

7
1922 Le Progrès Colonial. En 1936, Maître A. Brulfert soutient la cause des Africains
lors de l’élection au Conseil Supérieur des Colonies.

Dans le même temps, d’autres colons ne défendent que leurs intérêts propres sans
se soucier de ceux des Ivoiriens. Jean Rose mène la lutte de 1931 à la guerre de
1940. En janvier 1931, il lance le Bulletin mensuel du groupement Agricole de la
basse Côte d’Ivoire qui défend les intérêts des colons et donne des informations
commerciales. Puis en 1932, il publie L’Avenir de la Côte d’Ivoire qui défend le petit
et moyen commerce et veut l’autonomie financière de la Côte d’Ivoire. Ce journal est
interrompu en 1937.

Deux ans plus tard, Jean Rose lance Le Cri du Planteur pour la défense des intérêts
agricoles de la Côte d’Ivoire. En 1932, Roger Rappet crée Le Trait d’Union destiné à
faire l’union de tous les intérêts coloniaux. A côté de cette presse d’opinion, une
presse d’information essaie de naître. En octobre 1932, Louis Rouillon publie France
Afrique. Ce journal disparaît en 1935. Le 12 juillet 1940, le gouvernement local publie
La Côte d’Ivoire française pour informer les populations des évènements qui vont
suivre l’armistice. En 1944, ce journal devient La Côte-d’Ivoire française libre. Il est
supprimé par arrêté le 09 avril 1946 et remplacé par Feuille d’Avis qui dure jusqu’au
12 mars 1949. Parallèlement, le commandant Ply publie à partir de juillet 1946 le
Bulletin de la Côte-d’Ivoire qui devient bihebdomadaire en 1949 et prend le nom de
La Côte-d’Ivoire. Il disparaît en 1951.

En 1949 Ch. De Breteuil publie un nouveau France-Afrique qui n’a aucun lien avec
celui de L. Rouillon paru en 1932. D’abord bihebdomadaire puis trihebdomadaire, il
devient quotidien sous le nom d’Abidjan Matin. Ce journal est donc le premier
quotidien de Côte d’Ivoire. Il vit jusqu’à la naissance de Fraternité Matin en décembre
1964. Il donne une large place aux informations souvent recopiées directement de
France-Soir. Lancé par la chaîne de Breteuil, qui édite Dakar Matin et La Presse du
Cameroun, il connaît un succès certain et atteint un tirage de 9000 exemplaires en
1958.

Pour terminer ce tableau de la presse écrite par les Blancs, signalons deux journaux
parus en 1936 lors de la campagne électorale : Notre Voix et L’Acajou. Notre Voix,
fondé par Paul Pons, planteur à Eloka, était l’organe du parti socialiste (S.F.I.O.) en
ôte d’Ivoire. Il soutenait la politique du Front Populaire et la candidature de Georges
Nouelle pour la désignation du Délégué de Côte d’Ivoire au Conseil Supérieur des
Colonies. L’Acajou, géré par Joseph Ferras, soutenait quant à lui la candidature
d’Alcide Delmont. Qu’en était-il de la presse animée par les africains ?

Paragraphe 2 : La presse des africains

Elle fut essentiellement une presse d’opinion et de combat. Le premier journal date
de mai 1935. C’est L’Eclaireur de la Côte d’Ivoire fondé par Kouamé Binzème et G.J.
Vilasco. Il veut éclairer l’opinion et défendre les intérêts généraux du pays. Il connaît
un très grand succès car il combat les abus des chefs, réclame le développement
des œuvres sociales, défend les planteurs africains. Mais après le départ de
Binzème pour la France, le journal cesse de paraître dès octobre 1935. Un
Sénégalais, Hamed Sow Télémaque, lance une nouvelle feuille en janvier 1936 sous
le nom de L’Impérial de la Côte d’Ivoire.

8
Il lance une souscription en vue de doter le pays d’une presse africaine
indépendante, mais il est contraint de rentrer au Sénégal devant l’opposition du
régime colonial et la crainte des Ivoiriens. Après cet essai, il a fallu attendre 1946, dix
ans plus tard, pour que de nouveaux journaux soient publiés. Ce furent entre autres
Africa, créé par Sene Nasséné, qui est saisi dès sa première parution. En guise de
protestation, son promoteur publie une Lettre ouverte aux Administrateurs qui
dénonce les abus du système colonial. Le 17 janvier 1946, Kouamé Binzéme, qui
avait lancé dix ans plutôt L’Eclaireur de Côte d’Ivoire, publie Pachibo.

Ce journal avait pour rédacteur en chef Cyprien Brou QUAHO. Il était imprimé sur les
presses du Progrès Colonial à Bassam. Mais des difficultés techniques sont vite
apparues. Le Parti Progressiste de Côte d’Ivoire qui soutenait Binzème décidera de
l’achat d’une imprimerie. Celle-ci sera installée en décembre 1949 ; c’est l’imprimerie
africaine de Côte d’Ivoire. La presse écrite par les Ivoiriens devient très vite une
presse de parti, créée davantage pour que les intellectuels y expriment leurs opinions
anticolonialistes que pour endoctriner les militants, illettrés pour la plupart. Quatre
organes de presse anti-P.D.C.I. paraissent alors. Ce sont, outre Pachibo (organe
officiel du ‘‘Parti Progressiste de Côte d’Ivoire’’-P.P.C.I.) qui devient Le Progressiste,
La Vérité paru en 1949, mais qui n’aura qu’un numéro, L’Opinion créé par un
Libanais, puis Attoumgblan publié par le professeur Boni. Ce dernier organe fut
souvent saisi en raison de sa virulence.

Le P.D.C.I. ne semblait pas se défendre très vigoureusement au début. Le Réveil,


organe fédéral du R.D.A., paraissait suffire à se défendre. Il fut cependant complété
par Le Démocrate qui a commencé à paraître à partir de février 1948. Il était dirigé
par Ouezzin Coulibaly et rédigé par Bocum, Bernard Dadié, Mathieu Ekra et Koffi
Gadeau. Ce journal n’était cependant pas le porte-parole du P.D.C.I., qui s’en
méfiait. En 1956, La Concorde, éditée par Du Prey, recevait des articles de Ouezzin
Coulibaly, Jacques Aka, Jean Delafosse, Philippe Yace, Mamadou Coulibaly qui
soutenaient le P.D.C.I. pour les élections de 1957. Celles-ci passées, l’organe
disparaît. Mais en janvier 1959, lors du congrès du P.D.C.I., il est décidé de la
création d’un véritable organe de presse du parti : Fraternité.

Le premier numéro de Fraternité paraît le 24 avril 1959. Jean-Baptiste Mockey en est


le directeur et Joachim Bony le rédacteur en chef. Mais dès novembre 1959, la
direction politique de ce journal est confiée à Philippe Yacé, Secrétaire Général du
P.D.C.I.-R.D.A.. En 1960, Pierre Cheynier en devient le nouveau rédacteur en chef. Il
faut noter que le paysage des médias en Côte d’Ivoire fut essentiellement constitué
de la presse avant 1960. La radio ne fit que tardivement son apparition en 1954, soit
six ans seulement avant l’indépendance. ‘‘Radio-Abidjan’’ fut d’abord une station
pirate.

L’histoire raconte qu’elle naquit en 1954 dans le palais du Gouverneur. Un


mécanicien de bateau qui voulait faire une farce au Gouverneur a retransmis en
direct, à partir d’un émetteur côtier, une cérémonie que celui-ci organisait.1 En fait,
des studios avaient déjà été équipés dès 1951 mais ne diffusaient qu’à très faible
portée. C’est seulement deux ans après son indépendance, le 31 décembre 1962,
que la Côte d’Ivoire obtient de la France les installations de la Radio Nationale

9
Ivoirienne. Mais quel visage la presse ivoirienne a-t-elle présenté depuis l’acquisition
de l’indépendance de la Côte d’Ivoire ?

Section 2 : Un vide juridique après les indépendances sous l’ère du parti


unique

Paragraphe 1 : L’état de la législation en vigueur

Sur la période allant de 1960 à 1990 (soit 30 ans après les indépendances), l’Etat de
Côte d’Ivoire n’avait pas de lois nationales sur les medias. Une législation à cette
époque sur les medias privés ou pour être plus précis, sur une presse indépendante
n’aurait visiblement pas d’objet, tous les journaux privés préindépendance ayant
disparu rapidement au profit des journaux d’Etat. Durant cette période, il n’y avait de
presse que celle du parti unique au pouvoir. Florissant à l’époque coloniale, avec la
multiplication des titres, le paysage médiatique ivoirien va se réduire aux seuls
médias d’Etat, dès l’accession de la Côte d’Ivoire à l’indépendance le 07 août 1960.
Cette nouvelle donne cadrait sans doute avec l’unicité des partis politiques, sous la
bannière du P.D.C.I.-R.D.A., obtenue quelques mois avant l’indépendance du pays.

Par ailleurs, il n’existait pas de base légale dans le corpus juridique national au droit
à l’expression et à la diffusion de ses pensées. Il résulte de cette situation que la
liberté d’expression et d’opinion était méconnue aux citoyens, au profit de la pensée
unique4. Par défaut, ce vide juridique était comblé par les lois françaises en matière
des médias (loi française du 29 Juillet 1881 sur la liberté de la presse) grâce au
principe de la continuité législative consacré par l’article 76 de la loi N° 60-356 du 03
novembre 1960 portant Constitution de la République de Côte d’Ivoire5.

Paragraphe 2 : L’idéologie accompagnant la législation

En fait, la principale mission assignée aux médias d’Etat, au lendemain de


l’indépendance, fut d’accompagner le développement du pays en servant de relais
aux ordres du gouvernement et du parti au pouvoir, le P.D.C.I. L’extrait d’allocution
ci-dessous (prononcée par Félix Houphouët-Boigny, Président de la République de
Côte d’Ivoire, au XIIIe congrès de l’Union Internationale des Journalistes de la
Presse de langue française) éclaire davantage sur le rôle dévolu aux médias
ivoiriens avant la réinstauration du multipartisme.

« Dans nos pays africains, si la presse et l’information ont eu, au moment de la lutte
pour l’indépendance politique, un rôle d’éveil des consciences des hommes au
bénéfice de ces admirables devises que sont la liberté, l’égalité et la fraternité, elles
sont devenues les supports des réalités visibles, des problèmes concrets, des
espérances raisonnables, c’est-à-dire que la presse et l’information sont maintenant

4
27 ans après l’indépendance, il y avait seulement quatre journaux sur le marché : Fraternité Matin
(journal pro-gouvernemental, Fraternité Hebdo (journal officiel du parti unique, PDCI–RDA), Ivoire
Dimanche et Ivoir’Soir créé un peu plus tard en 1987.
5
Constitution de 1960, article 76 : « La législation actuellement en vigueur en Côte d’Ivoire reste
applicable, sauf l’intervention de textes nouveaux, en ce qu’elle n’a rien de contraire à la présente
Constitution.»

10
des moyens indispensables et nécessaires de la bataille pacifique pour le
développement dont le but est le bonheur de l’homme ivoirien (…). Il s’agit en effet
de faire participer à cette lutte toutes les couches sociales de la nation dans la
stabilité, sans oublier que l’essentiel de notre force réside dans l’appui des masses
rurales, et que la condition de réussite de toute politique de développement repose
sur leur capacité de production ; celle-ci à son tour étant conditionnée par une claire
compréhension des options et de l’action du parti et du gouvernement (…) ».

Au cours de ce congrès, Laurent Dona Fologo, Ministre de l’Information à l’époque,


tout en reprenant les principales idées du Président Houphouët-Boigny, a réfuté
l’image de caisse à résonance associée aux médias ivoiriens de l’époque : « Nous
ne nous contentons pas d’enregistrer ou de transmettre. Nous devons nous
appliquer à expliquer sans relâche, à aller sans cesse au-devant des questions et
des préoccupations légitimes entraînées par des évolutions nouvelles ; en bref,
instruire, informer et se sentir concernés au plein sens du terme par les attentes et
les objections de ceux qui ont quelque raison parfois de mal comprendre et de se
croire tenus à l’écart de ce qui se décide et de ce qui se fait. En d’autres termes,
notre information doit être à tout moment apte à être transformée en un dialogue
fécond pour le développement et l’épanouissement des masses. »

En décembre 1976, à l’occasion d’un séminaire sur l’information, Mathieu Kra, alors
Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur, a donné comme suit son opinion sur le rôle des
médias : « Les moyens modernes de l’information sont, pour l’essentiel, des organes
de l’Etat ivoirien et leurs servants sont des militants du PDCI. Ce métier n’est pas un
métier d’artiste où l’on puisse tolérer des cabotins. Il y faut des militants, prêts à
prendre leur part de sacrifices personnels à la construction nationale… Votre rôle est
de faire comprendre le pourquoi et le comment des facteurs de vie qui conditionnent
le développement et non de rendre du papier en excitant des curiosités malsaines,
des instincts contenus, des sentiments morbides. »

En clair, dans ces médias d’Etat il n’y a point de place pour porter la contradiction
aux actions entreprises par le gouvernement et le parti au pouvoir. Quels étaient
alors les principaux organes d’informations avant 1990 ?

Paragraphe 3 : L’état de la presse existante sous l’ère du parti unique

Pour ce qui concerne la presse, l’on avait :


- Abidjan matin créé en janvier 1956, dont le tirage passe de 7000, cette année là, à
9000 exemplaires en 1958.

- Fraternité Matin qui le 09 décembre 1964 prend la place de Abidjan matin. Il tire
alors à 12000 exemplaires.

- Fraternité dont le premier numéro a paru le 24 avril 1959. Il était l’organe


d’information du P.D.C.I.-R.D.A. Fraternité et Fraternité Matin vont constituer les
deux principaux organes de presse de la Côte d’Ivoire de cette époque.

- Fraternité Hebdo qui remplace Fraternité en 1969, dix ans après sa création. Il
passe à 16 pages au lieu de douze pour Fraternité. Le 02 juin 1961, la création de
l’Agence Ivoirienne de Presse (AIP) assure une information régulière à ces organes

11
ainsi qu’à la radio et à la télévision. Cette agence publiera un bulletin quotidien qui
est une sorte de journal du soir : « AIP Information », mais dont la diffusion est
volontairement très limitée.

- Eburnéa, mensuel lancé en mars 1967. il est créé par l’AIP en vue de suppléer à
l’absence d’un magazine ivoirien. Il se voulait un organe de réflexion et d’analyses
liées à l’actualité.

- Ivoire Dimanche, hebdomadaire paru pour la première fois le 14 février 1971. Il était
le complément dominical de Fraternité Matin.
- Ivoir’ Soir, mis sur le marché le 11 mai 1987. C’est un support du groupe de presse
Fraternité Matin. Jusqu’à sa suspension en 2002, Ivoir’ Soir était édité par la Société
Ivoirienne d’Imprimerie. Il était un journal à vocation culturelle. Mais il a cessé de
paraître depuis le premier trimestre 2003 à cause des difficultés financières que
traversait le groupe qui assurait son édition.

En définitive, avant le 03 mai 1990, date du retour effectif au multipartisme, deux


médias audiovisuels (Radio, Télévision) et quatre (4) organes de presse (Fraternité
Matin, Ivoir’ Soir, Ivoire Dimanche et Fraternité Hebdo devenu Le Démocrate sous
l’ère multipartite) totalement acquis à la cause du parti au pouvoir, étaient les
journaux ivoiriens qui traitaient l’actualité6.

Section 3 : L’adoption des premiers textes sur les medias en 1991 avec le
retour au multipartisme

Paragraphe 1 : Le rappel de l’esprit des textes

Trois principaux textes ont été adoptés pour la première fois en Côte d’Ivoire en
1991, soit un an après le retour au multipartisme en 1990, pour réguler le secteur des
médias dans son ensemble. Il s’agit de la loi N° 91-1001 du 27 Décembre 1991 fixant
le régime de la communication audiovisuelle, de la loi N° 91-1033 du 31 Décembre
1991 portant régime juridique de la presse et de la loi N° 91-1034 du 31 Décembre
1991 portant statut juridique du journaliste professionnel.

Ces trois textes marquent une rupture totale avec l’ordre ancien en consacrant, de
manière explicite, le principe de la liberté d’expression qui se trouve au cœur de la
démocratie et de l’Etat de Droit. Ces textes accompagnent l’affirmation du principe,
d’un ensemble de garanties minimales pour donner effet à ce droit fondamental
reconnus aux citoyens. Ainsi, la loi sur la communication audiovisuelle ouvre une
fenêtre sur la possibilité pour des personnes privées de détenir des stations de
radiodiffusion et de télévision en disposant en son article 5 que « …il (le Service
Public National de la Radiodiffusion et de la Télévision) peut également être concédé
à une ou plusieurs personnes physiques ou morales de droit privé pour une durée
déterminée susceptible de renouvellement ou de prolongation.».

6
La rédaction des rubriques relatives à la presse en Côte d’Ivoire sous l’ère coloniale et après
l’Indépendance (1960-1990) s’est en partie basée sur une enquête réalisée par Issiaka Tao, Jean-
Médéric Kragbe et Xavier Panon. Elle a été publiée dans ‘‘AIP-Information’’ n°7, juin, 1973. Cet
historique est également composé d’extraits de Geneviève Roux, Op. Cit. PP. 17-23 et 502-511

12
Son article 8 institue la liberté d’accès à la communication audiovisuelle. Mais cette
disposition est vidée de sa substance par l’institution d’un monopole au profit de
l’Etat. L’article 3 de la loi dispose à cet effet que «Le service public national de la
radiodiffusion et de la télévision est un monopole d’Etat…. ». Comme on le voit, l’Etat
s’accroche encore à ses privilèges, car cet article est la négation de la liberté en
matière de communication audiovisuelle quand il instaure un monopole à l’actif de
l’Etat. En effet, le monopole induit que l’Etat peut certes concéder, mais a la latitude
à tout moment, de reprendre la concession du service public national de la
radiodiffusion et de la télévision7.

La loi crée également un mécanisme de surveillance qui est le Conseil National de la


Communication Audiovisuelle, dont l’autonomie et l’indépendance ne sont pas
explicitement posées. Si la loi reste muette sur la tutelle de cette structure, elle
précise que ses membres sont nommés par le Président de la République, dont le
représentant en est le président. Au titre de la loi sur la presse, l’on note avec
satisfaction que les fondamentaux du droit à l’expression et à la diffusion de ses
opinions, sont posés à son article 2. Le régime de l’autorisation cède à celui de la
déclaration et ouvre ainsi la voie à la liberté d’expression de ses opinions et au
pluralisme de la presse.

En effet, une lecture combinée des articles 2 et 4 indique que tout journal ou écrit
périodique peut être publié sans autorisation préalable et sans dépôt de
cautionnement après une déclaration de publication en double exemplaire au
Parquet du tribunal dans le ressort duquel se trouve le siège du journal ou de l’écrit
périodique. Cette loi institue également un mécanisme de surveillance, la
Commission Nationale de la Presse et prévoit la création d’un fonds de soutien au
développement de la presse. L’Etat a par ailleurs, l’obligation d’assurer l’égalité et la
libre concurrence des journaux.

Mais au-delà de ses aspects positifs, cette loi comporte «une impressionnante
panoplie de mesures punitives - des crimes et délits commis par voie de presse - qui
a servi de colonne vertébrale aux 69 articles8 » qu’elle compte. La multiplicité des
infractions de presse est aggravée par leur régime juridique, aligné sur celui des
infractions de droit commun. L’article 52 de cette loi dispose que : « La procédure
subséquente à la poursuite des crimes, délits et contraventions prévue par la
présente loi, a lieu conformément au droit commun.».

Ces nombreuses dispositions répressives que contient la loi de 1991 ont mis en mal
l’essence même du principe de la liberté d’opinion, en particulier le droit à
l’expression par voie de presse. Les acteurs du secteur de manière unanime
concluront très vite que cette loi était hautement liberticide et qu’elle devrait par
conséquent changer. Une première réforme a été faite en 1999 pour modifier
certains aspects de la loi. Deux modifications substantielles sont enregistrées.

D’une part, la Commission Nationale de la Presse est élevée au rang d’autorité


administrative indépendante avec des pouvoirs renforcés dont la composition est

7
Fondation pour les Médias en Afrique de l’Ouest (GUEU Deu Youeu Patrice), La Loi et les Médias
en Côte d’Ivoire, Ghana, 2012.
8
Fondation pour les Médias en Afrique de l’Ouest (Zio Moussa), Les Médias et la Crise Politique en
Côte d’Ivoire, Ghana, 2012.

13
désormais ouverte aux journalistes désignés par leurs pairs ; d’autre part, en matière
de répression des infractions commises par voie de presse, un régime juridique
spécial est institué. Ce régime exclut la détention préventive et le flagrant délit, sauf
les cas d’offense, d’injure ou d’outrage à l’encontre du Chef de l’Etat.

Les deux lois sur la presse et la communication audiovisuelle vont subir de nouveaux
réglages sous la transition militaire de 2000. Les autorités militaires vont alors
prendre plusieurs ordonnances pour élargir les libertés et renforcer l’indépendance
des structures de régulation. En effet, après le coup d’Etat de décembre 1999, le
pays bascule sous un régime militaire au cours de l’année 2000. Le Parlement étant
dissout, ce régime va légiférer par ordonnance. Il va curieusement et en quelques
mois, accorder plus de liberté aux journalistes que ne l’a fait le pouvoir déchu sur
pratiquement une décennie.

Seront ainsi prises les ordonnances n°2000-456 du 30 Juin 2000 modifiant la loi n°
91-1001 du 27 Décembre 1991relative à la presse, n°2000-544 du 02 Août 2000
portant statut des journalistes professionnels, n° 2000-545 du 02 Août 2000 modifiant
la loi n°91-1033 du 31 Décembre 1991 portant régime juridique de la presse telle que
modifiée par la loi N°99-436 du 06 Juillet 1999.

Ces textes renforcent la liberté des journalistes professionnels qui bénéficient d’une
marge de manœuvre assez élevée dans l’exercice de leurs fonctions de collecte et
d’exploitation de l’information. Ils renforcent également l’indépendance des deux
structures de régulation que sont la Commission Nationale de la Presse et le Conseil
National de la Communication Audiovisuelle.

Mais en dépit de ces acquis, le cadre législatif relatif aux medias apparaissait
toujours liberticide aux yeux de la plupart des acteurs et observateurs du secteur, car
selon eux, le principe même de la liberté de presse était gravement fragilisé par les
nombreuses dispositions restrictives au libre exercice du métier. C’est ce constat qui
a conduit aux grandes réformes de 2004 induites par les bouleversements politiques
survenus après l’adoption de la Constitution de l’IIème République en août 2000 et
l’éclatement de la rébellion armée de septembre 2002.

La Constitution de 2000 consacre en ses articles 9 et 10, la liberté de pensée et


d'expression et le droit fondamental de chaque citoyen à exprimer et à diffuser
librement ses idées. Par ailleurs, les négociations de paix démarrées après
l’éclatement de la rébellion, ont débouché sur de nombreux accords dont l’un des
plus importants est Linas-Marcoussis.

Cet accord signé entre le Gouvernement ivoirien, la rébellion armée, le parti au


pouvoir et l’opposition politique, avec la médiation du Gouvernement français, avait
vivement fustigé les médias ivoiriens en ces termes « La table ronde, condamne les
incitations à la haine et à la xénophobie qui ont été propagées par certains Médias ».
Ayant pris la pleine mesure du rôle négatif joué par les medias, la table ronde confie
au Gouvernement de « réconciliation nationale » à mettre en place, la mission de
réformer son régime juridique. L’accord stipule que « le Gouvernement de
réconciliation nationale reprendra dans un délai d’un an l’économie générale du
régime de la presse de manière à renforcer le rôle des autorités de régulation, à

14
garantir la neutralité et l’impartialité du service public et à favoriser l’indépendance
financière des médias9…».

Les réformes de 2004 sont donc les fruits de cet accord qui en avait fixé le sens et
les grandes orientations.

Paragraphe 2 : Le printemps de la presse ivoirienne : l’explosion après le


retour au multipartisme10

La libéralisation de l’espace politique ivoirien, le 03 mai 1990, a eu pour corollaire


l’éclatement du paysage médiatique marqué par la parution tous azimuts d’organes
d’informations. Ce phénomène a été plus marquant dans le domaine de la presse où,
de juillet 1990 à la mi-août 1996, l’on a enregistré la parution de 181 supports
d’informations générales, culturelles, politiques, sportives, satiriques, féminines11.

Les titres évocateurs de ces organes, dont la plupart ont disparu du marché quelque
temps seulement après leur création, sont révélateurs du nouvel état d’esprit
(fortement marqué par la liberté d’expression) qui prévaut depuis la réinstauration du
multipartisme :
- La Voie, Le Nouvel Horizon, Notre Temps, Liberté, Le Démocrate, Téré (soleil),
l’indépendant, Le Changement, Plume Libre, Le Dénonciateur, Le Virage, Réalités,
Le Défi, Le Regard, La Nouvelle Nation, Eclosion, Le Combattant, Côte d’Ivoire
Nouvelle, Le Jeune Démocrate, L’œil du Peuple, Le Nouvel Elan, L’Alternative,
Nouvelle ère, etc.

Parmi les journaux parus après le 03 mai 1990, l’on note aussi bien des quotidiens,
des hebdomadaires, des mensuels que des périodiques. Ils sont soient
‘‘indépendants’’, soient proches de l’opposition ou du parti au pouvoir, le P.D.C.I. Le
premier organe non gouvernemental paru après le retour au multipartisme fut Téré ;
support d’informations du Parti Ivoirien des Travailleurs (P.I.T.) mis sur le marché en
juillet 1990. Il s’agissait d’un hebdomadaire. Depuis cette date jusqu’en 2002, 200
titres ont été créés.

Mais, entre juillet 1990 et août 1996, 146 publications ont suspendu leur parution.
Sur 200 titres créés depuis juillet 1990, seulement 23 continuaient de paraître en mai
2001 ; 177 ont disparu. Outre le P.I.T., d’autres partis de l’opposition ivoirienne ont
créé leurs organes d’informations ou suscité la création de journaux qui leur sont
favorables. Ce fut le cas du Parti Socialiste Ivoirien (P.S.I.) qui a créé La Nouvelle
Côte d’Ivoire (bulletin d’informations) ; du Parti Libéral de Côte d’Ivoire (P.L.C.I.) qui
publiait Le Soleil d’or, du Front Populaire Ivoirien (F.P.I.) avec La Voie (devenu Notre
Voie) et Le Nouvel Horizon ; de l’Union des Sociaux-Démocrates (U.S.D.) qui
contrôlait Le Jeune Démocrate ; du Rassemblement Des Républicains (R.D.R.) avec
9
Accord De Linas-Marcoussis, Programme du Gouvernement de réconciliation nationale, Point 5
relatif aux Medias.
10
Cette partie de l’étude comporte aussi des extraits de la Thèse de Doctorat unique de Philippe
IBITOWA (2006), Côte d’Ivoire, l’opposition ivoirienne vue par un organe d’informations gouvernement
: cas de Fraternité Matin de 1990 à 1999.
3 Source : OLPED, UNJCI, ACDI (1997), La presse ivoirienne en 1996. 2 journées pour la liberté,
Abidjan : Multiprint, PP. 121-123

15
Le Libéral ; du P.D.C.I., tombé dans l’opposition en décembre 1999, avec Le
Nouveau Réveil.

S’il est indéniable que la presse est le domaine où la liberté d’expression s’est le plus
exercée depuis le retour au multipartisme en Côte d’Ivoire, il est tout aussi
incontestable que c’est là où se sont le plus manifestées les entraves et les menaces
contre la démocratie. Le manque de professionnalisme, l’extorsion de fonds, la
corruption, la diffamation, le chantage, l’escroquerie et de nombreux manquements à
l’éthique et à la déontologie font partie des avatars quotidiens de la presse ivoirienne
au lendemain de la libéralisation du paysage médiatique. Une presse au contenu
souvent acerbe, violent, purulent et incitateur à la haine, à la xénophobie et au
tribalisme.

Tous ces travers ont été maintes fois dénoncés par l’Observatoire de la Liberté de la
Presse, de l’Ethique et de la Déontologie (OLPED) créé le 24 septembre 1995 à la
veille de l’élection présidentielle. Après cinq années d’exercice (1995-2000), l’OLPED
a constaté 2025 manquements à l’éthique et à la déontologie. Les journaux qui ont
été les plus indexés sont :
- Le National (438 manquements)
- Le Libéral (167 manquements)
- Notre Voie (117 manquements)
- Le Patriote (89 manquements)
- Fraternité Matin (58 manquements).

Section 4 : Les réformes de 2004

Les reformes de 2004 ont abouti à l’adoption de deux nouvelles et importantes lois, «
appelées lois jumelles » qui sont la Loi n° 2004 – 643 du 14 décembre 2004 portant
régime juridique de la presse et la Loi n° 2004 – 644 du 14 décembre 2004 portant
régime juridique de la communication audiovisuelle. Les deux textes ont été adoptés
au plus fort de la crise militaro politique de 2002 qui a entrainé la partition du pays en
deux avec une zone Centre –nord et ouest contrôlée par la rébellion armée. Ces
deux lois ont abrogé toutes les dispositions anciennes pour instituer un nouvel ordre
juridique et institutionnel. Toujours en vigueur, elles ont permis aux gouvernements
successifs de prendre plusieurs mesures règlementaires et d’installer les structures
qui régulent le secteur des medias en Côte d’Ivoire.

Paragraphe 1 : Processus d’adoption des textes

Examinant le processus d’adoption de ces deux lois, l’étude a cherché à vérifier si


celles-ci reflètent un consensus entre les principales parties prenantes, notamment
entre les journalistes et le gouvernement. Sur ce point précis, les personnes et
professionnels interviewés sont formels sur le fait que les deux lois de 2004
découlent de concertations approfondies entre les pouvoirs publics, les acteurs et les
citoyens. En effet, avant leur adoption par le Parlement, elles ont largement été
discutées à la faveur de plusieurs réunions et ateliers de concertation. Cela est
confirmé par l’Observatoire de la Liberté de la Presse, de l’Ethique et de la
Déontologie qui soutient que « la mise en place des nouvelles lois a opéré une
rupture dans la démarche du législateur. Ces nouvelles lois ont été précédées par les
travaux d’une commission tripartites composées des associations professionnelles

16
du secteur, des instances de régulation et du ministère de tutelle (ministère de la
communication12) ».

Toutefois aux dires des journalistes, ce consensus a été entaché la vers fin du
processus, car la mouture finale du texte soumis et adopté par le Parlement n’était
pas le reflet fidèle des acquis et compromis obtenus lors des travaux préparatoires.
Selon eux, cette mouture a été expurgée de certaines dispositions importantes
introduites lors des discussions avec les acteurs des médias, notamment en matière
de dépénalisation des délits de presse.

Paragraphe 2 : La Loi n° 2004 – 643 du 14 décembre 2004 portant régime


juridique de la presse

Il comprend 106 articles organisés autour de 13 titres comprenant des dispositions


générales sur la presse en Côte d’Ivoire, des provisions sur la notion de journaliste
professionnel ses droits et ses devoirs ainsi que le délit de presse. Il définit
l’entreprise de presse, ses obligations et les infractions qui s’y rattachent. Il institue le
Conseil national de la presse, en tant que régulateur de ce secteur, consacre l’aide
publique à la presse et le droit de réponse en faveur des citoyens.

Cette loi stipule que la parution et la distribution de tout journal ou écrit périodique est
libre (articles 1 et 4). Le Journal ou écrit périodique y est défini comme toute
publication paraissant à intervalles réguliers et utilisant un mode de diffusion de la
pensée mis à la disposition du public ou de catégorie de publics.

La seule condition requise pour mettre un journal sur le marché est de créer une
entreprise de presse et de procéder aux formalités de déclaration de publication au
Parquet du tribunal dans le ressort duquel se trouve le siège du journal ou de l’écrit
périodique une déclaration de publication. Cette déclaration comporte des pièces
énumérées à l’article 6 de la loi, dont les documents justificatifs de l’existence
juridique de l’entreprise de presse, le titre du journal du journal, sa nature et sa
périodicité, une lettre d’engagement écrite, datée et signée par le directeur de
publication (à respecter et à appliquer la convention collective interprofessionnelle
régissant le secteur de la presse), des informations sur le directeur de publication et
les principaux associés.

L’entreprise de presse est quant à elle, définie comme toute unité de production, qui
a pour objet l’édition d’un journal ou écrit périodique en vue de sa diffusion (article 3).
Elle est obligatoirement créée sous la forme d’une société commerciale ayant un
capital social d’au moins 5.000.000 de francs CFA dont les associés, actionnaires et
commanditaires doivent être des ivoiriens qui détiennent au moins la majorité du
capital social A sa création, l’entreprise de presse doit satisfaire à l’obligation de
déclaration à la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale dans un délai de six mois.
Elle doit compter au titre de son personnel permanent des journalistes professionnels
dont, obligatoirement le rédacteur en chef, le rédacteur en chef adjoint ou le
secrétaire général de la rédaction.

12
Livre Blanc de l’Observatoire de la Liberté de la presse, de l’éthique et de la Déontologie, Abidjan,
2016

17
Au niveau comptable et fiscal, elle doit tenir une comptabilité autonome conforme
aux règles de l’OHADA et s’acquitter de ses impôts conformément aux dispositions
en vigueur. Pour cela, à sa création, l’entreprise doit faire la preuve de sa déclaration
fiscale d’existence aussi de l’existence d’un compte bancaire ouvert en son nom. Au
plan social, l’entreprise de presse doit satisfaire aux obligations mises à la charge de
tout employeur par les lois sociales en Côte d’Ivoire, notamment le paiement régulier
des salaires conformément à la législation en vigueur, le versement des cotisations
sociales, la création d’un cadre de travail répondant aux normes de sécurité et
d’hygiène.

Certaines obligations sont prévues en matière rédactionnelle. Ainsi, chaque parution


du journal doit porter certaines mentions obligatoires (article 17) et les droits de
réponse doivent être publiés sans réaction, ni Commentaire. Vis-à-vis du régulateur
qui est le CNP, l’entreprise de presse est tenue une fois par an, de communique un
rapport comportant entre autre informations, la composition des organes de direction
et d’administration, la liste des actionnaires et porteurs de parts avec le nombre
d’actions ou de parts de chacun et la liste complète des journalistes professionnels,
des rédacteurs fixes ou occasionnels.

De même, la loi sur la presse comme celle relative à la communication audiovisuelle,


institue « le droit de réponse » en faveur des populations. Ainsi, toute personne mise
en cause dans un journal bénéficie d’un droit de réponse que le journal est tenu de
publier sans commentaire. Adressé au directeur de publication, il doit paraître dans le
numéro suivant à la même place, dans le même caractère et de la même longueur
que l’article mis en cause. L’article 23 de la loi donne une définition du Journaliste
professionnel. Celui-ci doit réunir des un ensemble de conditions dont la formation
dans une école Professionnelle de journalisme ou à défaut dans une université et le
stage professionnel.

Il doit en outre avoir pour occupation principale, régulière et rétribuée, la recherche,


la collecte, la sélection, l’exploitation et la présentation de l’information dans un
journal, dans une entreprise de communication audiovisuelle ou dans une agence de
presse soumise à la Convention Collective ou au Statut Général de la Fonction
Publique. Dans l’exercice de ses activités, le journaliste professionnel bénéficie d’une
totale liberté en matière de collecte et d’exploitation de l’information. Ses sources
d’information sont protégées et il ne peut les révéler que dans les cas où la loi lui en
fait obligation (Article 28).

Toutefois, le journaliste professionnel et l’entreprise de presse sont tenus à certaines


obligations à savoir le respect des lois et règlements de la République, au respect de
la défense et de la sécurité nationale ainsi que les droits et libertés individuels. Ils
doivent s’approprier et respecter le code de déontologie de la profession ainsi que
l’ensemble des obligations mises à leur charge par la présente loi. Les manquements
graves à leurs obligations constituent des infractions (délits) sanctionnées aux
articles 64 à 67 pour l’entreprise de presse (amende allant de 3 000 000 à 15 000
000 FCFA) et aux articles 68 à 90 pour les journalistes. (principalement des amendes
et dans certains cas spécifiques l’emprisonnement).

18
Paragraphe 3 : La Loi n° 2004 – 644 du 14 décembre 2004 portant régime
juridique de la communication audiovisuelle.

La Loi n° 2004-644 du 14 décembre 2004 portant régime juridique de la


communication audiovisuelle est un texte relativement long qui comporte 212 articles
réunis autour de 8 titres qui eux-mêmes sont subdivisés en plusieurs chapitres.
Comme la loi sur la presse, elle commence par des dispositions d’ordre général sur
la communication audiovisuelle, puis met en place un régulateur qui est le Conseil
National de la Communication Audiovisuelle.

Enfin, elle réglemente l’accès et l’utilisation des fréquences de radiodiffusées


sonores et télévisuelles en distinguant deux régimes dont le premier concerne les
services autorisés ou privés et le second le service public de la communication
audiovisuelle. La loi dispose en son article premier que : « La communication
audiovisuelle est libre ».

Cette liberté peut être néanmoins limitée dans certaines conditions énumérées par le
même article premier dont le nom respecte de la souveraineté nationale, le non
respect des institutions de la république, le non-respect du secret d’Etat et de la
défense nationale, le non-respect de la sauvegarde de l’ordre public, de l’unité
nationale et de l’intégrité territorial etc. A l’analyse, même s’il convient de noter que
les libertés publiques sont des libertés encadrées, force est de relever que l’usage de
termes polysémique, voire ambiguë, peut conduire à des interprétations
tendancieuses susceptibles de restreindre gravement l’exercice du droit à
l’information.

Cette loi, remplace la concession du service de communication audiovisuelle par


l’attribution. Les autorisations d’usage des fréquences sont accordées par le Conseil
National de la Communication Audiovisuelle (aujourd’hui, Haute Autorité de la
Communication Audiovisuelle _ HACA), suite à un appel d’offre pour les radios et
télévisions commerciales ou suite à un appel à candidature pour celles qui sont non
commerciales. A cette fin, la liste des fréquences disponibles est rendue publique par
la HACA et une commission d’examen des dossiers d’appel d’offre ou de candidature
est instituée par décret. Cette commission adresse un rapport à la HACA sur la base
duquel les autorisations sont données (Articles 46, 47 et 50).

L’autorisation d’une fréquence donne lieu à la signature d’une convention entre le


conseil ou la HACA représentant l’Etat de Côte d’Ivoire et le requérant retenu. (Article
54). Les autorisations sont données pour une durée 5 ans et 10 ans renouvelables,
respectivement pour les radios et les télévisions. L’usage effectif des fréquences est
subordonné au paiement d’une redevance forfaitaire annuelle à la HACA. Une
distinction est faite entre les radiodiffusions sonores privées de type commercial et
celles qui sont non commerciales. Au sens de la loi, une radio privée est dite
commerciale lorsque les ressources publicitaires qu’elle engrange peuvent excéder
20% du chiffre d’affaires.

A l’inverse, quand la proportion des ressources publicitaires dans le budget est moins
de 20%, elle entre dans la catégorie des radios privées non commerciales (Articles
79 et 83). Les radios privées commerciales doivent être constituées en entreprise de
droit ivoirien avec un capital d’au moins 50 000 000 FCFA. Elle doit disposer dans

19
l’hypothèse où elle diffuse de l’information, une équipe de rédaction et un directeur
de l’information qui doit être obligatoirement un journaliste professionnel. (Article 80)
Les radios privées non commerciales doivent être à but non lucratif, de type
associatif ou communautaire et viser dans son programme, l’information et
l’animation locale.

A l’instar des radios commerciales, elles doivent faire assurer la responsabilité de la


rédaction des informations locales par un journaliste professionnel si la radio décide
de diffuser de l’information (article 84). Cette loi prévoit également l’autorisation
d’émettre pour les télévisions privées. Comme les radios, le régime d’attribution et
d’usage des fréquences varie en fonction du statut commercial ou non commercial.
(Articles 88 à 95). Ces articles précisent que pour être autorisée, une télévision
privée commerciale doit être une entreprise de droit ivoirien avec un capital d’au
moins 350 000 000 FCFA et avoir son siège en Côte d’Ivoire. Elle doit disposer dans
l’hypothèse où elle diffuse de l’information, une équipe de rédaction comprenant
exclusivement des journalistes professionnels.

Les télévisions privées non commerciales sont des télévisions communautaires,


régionales ou locales dont la part des ressources publicitaires dans le budget ne
dépasse pas 25%. Elles doivent viser dans leur programme, l’information et
l’animation locale (Articles 93 et 94). Mais plus d’une décennie après l’adoption de
cette loi, force est de constater qu’aucune télévision privée n’a été encore autorisée
à émettre via les fréquences de radiodiffusion télévisée en Côte d’Ivoire. Cette
commission constitue une violation grave du principe de la liberté d’expression.

S’agissant du secteur public de la communication audiovisuelle, la loi de 2004 pose


de nombreuses balises destinées à garantir la qualité des programmes, l’équilibre et
le pluralisme de l’information ainsi que l’expression pluraliste des divers courants de
pensée et d’opinion. Cette loi indique en effet que les organismes du secteur public
poursuivent dans l’intérêt général, des missions de service public. Ils présentent une
offre diversifiée de programme et favorisent le débat démocratique, les échanges
entre les différentes composantes de la population, l’insertion sociale et la
citoyenneté. Ils s’interdisent toute prise de position partisane (Article 106 et 107).

Au total, il convient de retenir que les innovations majeures induites par les reformes
de 2004 à travers les lois jumelles concernent notamment l’élargissement et la
consolidation du principe de la liberté d’expression aussi bien en matière de presse
écrite que de communication audio-visuelle, la consécration de l’aide publique au
développement des médias, l’ouverture de l’espace audiovisuel, l’assainissement et
l’organisation du secteur des médias et le renforcement des pouvoirs de contrôle des
organes de régulation.

Section 5 : Les réformes de 2011 à 2017

Après la crise post-électorale de 2010-2011, les nouvelles autorités ont pris les
ordonnances suivantes en matière de communication audiovisuelle : l’ordonnance
n°2011-474 du 21 décembre 2011 modifiant la loi n°2004-644 du 14 décembre 2004
portant régime juridique de la communication audiovisuelle et l’ordonnance n°2011-
75 du 30 avril 2011 portant érection du Conseil National de la Communication
Audiovisuelle (CNCA) en Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA).

20
Selon les autorités ivoiriennes, ces ordonnances ont été prises en réponse aux
manquements graves du CNCA qui n’a pas efficacement accompli ses missions de
protection de la communication audiovisuelle et de veille relative à la liberté au
respect de l’éthique et de la déontologie au niveau du sous-secteur communication
audiovisuelle.

Ces deux ordonnances visaient donc à élever le statut juridique de l’instance de


régulation de ce secteur qui passe d’une autorité administrative indépendante
rattachée au Ministère de la Communication à une Haute autorité indépendante et
autonome. A ce titre, ses missions et ses pouvoirs sont renforcés. En matière de
presse, l’ordonnance n°2012-292 du 21 mars 2012 modifiant la loi n°2004-643 du 14
décembre 2004 portant régime juridique de la presse a été prise pour réaménager
les conditions de désignation des membres du Conseil National de Presse, les
incompatibilités à la fonction de président et instituer une obligation de réserve à la
charge de ses membres.

Une autre mesure phare dans le domaine de l’information et de la liberté


d’expression est l’adoption de la Loi n°2013-867 du 23 décembre 2013 sur l’accès à
l’information et aux documents d’intérêt public. Cette loi qui est une innovation
majeure en Côte d’Ivoire en matière de liberté d’information, oblige les pouvoirs
publics à mettre à la disposition des citoyens les informations nécessaires pour leur
permettre de contrôler de manière éclairée l’action publique et participer pleinement
au développement du pays. Elle crée une Commission d’Accès à l’Information
d’Intérêt Public (CAIDP) qui a été installée par le Décret 2014-462 du 06 août 2014
portant attributions, organisation et fonctionnement de la CAIDP.

Elle renforce significativement le dispositif législatif et institutionnel destiné à créer les


conditions idoines et un environnement favorable à la liberté d’expression et
d’opinion en Côte d’Ivoire. Globalement, les opérateurs et acteurs des médias
ivoiriens jugent favorable le cadre juridique en vigueur. De l’avis des acteurs
interrogés, aussi bien en matière de communication audiovisuelle que de presse, le
cadre juridique est bon, car il contient beaucoup de dispositions qui protègent les
journalistes et promeuvent aussi bien la liberté de presse que la viabilité économique
des entreprises de presse et de communication audiovisuelle.

« Les lois ont été améliorées. Celle (loi sur la presse) de 2004 a fait d’énormes
progrès en dépénalisant les délits de presse » (Guillaume GBATO, Secrétaire du
Syndicat National des Agents de la Presse Privée de Côte d’Ivoire). « La loi actuelle
est bonne » (TRAORE MOUSSA, Président de l’UNJCI : Union Nationale des
Journalistes de Côte d’Ivoire).

Le même constat est partagé par la plupart des personnes rencontrées : « Le cadre
est bon, vu les textes, mais c’est très souvent dans la pratique qu’il y’a problème. Il
est propice, à ce que je sache, il n’y a plus de journaliste qu’on emprisonne. Mais il
y’a des limites au niveau de la pratique juridique », estime un Directeur de radio au
nord du pays. « Oui il est propice parce que dans un Etat nous sommes régis par des
lois et nous savons que nous les radios privées non commerciales, nous ne devons
pas faire de la politique sur nos stations. Donc si nous sommes en faute, il faudrait
que nous subissions la loi, donc moi je crois qu’il est propice », fait remarquer un
autre Directeur à l’ouest.

21
Ainsi, dans l’ensemble, les acteurs des médias privés ivoiriens estiment que
l’environnement juridique est plus ou moins favorable au développement des
activités. Même s’il comporte des limites.

Section 6 : Les reformes de 2017 à nos jours

Le Gouvernement ivoirien a entamé un processus de révision des deux lois jumelées


de 2004. Pour être plus précis, les textes qui ont été soumis à l’examen de
l’Assemblée nationale sont en clair de nouveaux textes qui viennent abroger l’ancien
cadre juridique. L’un est intitulé projet de loi portant régime juridique de la presse et
l’autre projet de loi portant régime juridique de communication audiovisuelle.

Paragraphe 1 : Adoption de la Loi n° 2017 – 867 du 27 décembre 2017 portant


régime juridique de la presse

La loi portant régime juridique de la presse a récemment été votée à l’unanimité.


C’était le 21 décembre 2017 que les députés ivoiriens ont voté à l’unanimité le
nouveau régime juridique de la presse. Selon Bruno Nabagné Koné, ministre de la
Communication, de l’Économie numérique et de la Poste, porte-parole du
gouvernement ce texte constituerait une avancée dans le secteur. Dans le cadre de
ce cours, nous examinerons les avantages et inconvénients de la loi.

A/ Avantages du nouveau texte de loi portant régime juridique de la presse

1- Absence de peine de prison

La première chose à retenir est le retrait pur et simple de la disposition la plus


controversée dans le projet de loi, qui instituait « un emprisonnement d’un an à cinq
ans et d’une amende de 300 000 à 3 000 000 de F CFA, quiconque par voie de
presse ou par tout autre moyen de publication ; incite au vol et au pillage, au
meurtre, à l’incendie et à la destruction (…), à toutes formes de violences exercées à
l’encontre de personnes physiques et morales (…) ; incite à la xénophobie, à la haine
tribale, à la haine religieuse, à la haine raciale et à la haine sous toutes ses formes ».

2- Des conditions de création des entreprises de presse alignées sur celles


d’une SARL

À propos des entreprises de presse (troisième chose à retenir), la loi ne fait plus
obligation aux promoteurs de constituer un capital minimal de 5 millions FCFA (7 633
euros). Désormais, une entreprise de presse peut être constituée dans les mêmes
conditions qu’une Société à responsabilité limitée (SARL) ordinaire. Toutefois, avant
toute parution, l’entreprise de presse doit bénéficier d’un récépissé de régularité,
délivré par le procureur de la République. Ce dernier peut refuser de délivrer un
récépissé, à condition de donner les raisons de ce refus.

3- Le directeur de publication doit être un professionnel reconnu

Troisième chose à retenir : « le directeur de publication doit être un journaliste


professionnel de nationalité ivoirienne, avoir une expérience professionnelle d’au

22
moins dix ans, être majeur et jouir de ses droits civils et civiques ». Dans l’ancienne
loi, tout citoyen ivoirien, sans être journaliste ou avoir une expérience en matière de
presse, pouvait être directeur de publication, ce qui était illogique puisque la loi de
décembre 2004, comme celle de décembre 2017, fait de celui-ci le « responsable du
contenu du journal ».

4- Aucun motif valable pour détenir un journaliste à cause de son métier

Point très important à retenir et qui constitue une réelle avancée : « la garde à vue, la
détention préventive et l’emprisonnement » sont exclus, pour « les infractions
commises par voie de presse ou par tout autre moyen de publication ». Dans
l’ancienne loi, l’emprisonnement était exclu, mais le parquet a souvent utilisé des
failles dans la formulation du texte, pour maintenir des journalistes en garde à vue ou
en détention préventive, expliquant que la loi le permettait. Désormais, aucun motif
valable ne pourrait expliquer la détention d’un journaliste, dans l’exercice de ses
fonctions.

B/ Inconvénients du nouveau texte de loi portant régime juridique de la presse.

5- Pas d’encadrement pour la presse en ligne

Deuxième chose à retenir : la loi prend désormais en compte la presse en ligne, les
agences de presse et les envoyés spéciaux. Les journaux numériques et les articles
publiés sur les sites Internet sont désormais soumis aux mêmes obligations que les
journaux papiers. Toutefois, la loi n’a pas encore défini les conditions de suspension
d’un site internet ne se soumettant pas aux obligations fixées aux journaux
appartenant aux entreprises de presse légalement constituées. De fait,
l’encadrement de la presse en ligne reste encore problématique.

6- L’infraction de diffamation, seul vrai recul du texte

Cinquième chose à retenir : « l’infraction de diffamation n’est pas constituée lorsque


la véracité des faits qualifiés de diffamatoires est établie, sauf (entre autres) lorsque
l’imputation se réfère à des faits qui remontent à plus de dix années ». Cette
disposition farouchement critiquée par les journalistes travaillant pour le compte
d’agences de presse qui aiment chuter à la fin de leurs articles sur des rappels
historiques, a été maintenue, en dépit de l’amendement introduit par le groupe
parlementaire Vox Populi.

Les défenseurs des libertés considèrent que le maintien de cette disposition a été fait
à dessein, dans un parlement présidé par Guillaume Soro, ancien chef de la rébellion
des ex-Forces nouvelles de 2002 et dominé par le Rassemblement des républicains
(RDR, dont il est membre), qui compte dans ses rangs, des élus issus des ex-FN.
Cette disposition est sans doute le seul cheveu de recul sur la soupe des avancées
de la loi.

7- Maintien du délit d’offense au président

Dernière chose à retenir : le maintien du délit d’offense au président de la


République, pour lequel le procureur peut toujours s’auto-saisir. Quant aux sanctions

23
pécuniaires, elles restent élevées. Elles atteignent 15 millions FCFA (près de 30 000
euros), des montants qui n’ont pas baissé depuis l’ancienne loi de 2004.

Ce dernier point peut être considéré comme inconvénient dans la mesure où l’article
72 de la loi sur le régime de la presse, évoquant le délit d’offense au président, peut
être utilisé à l’avantage de ce dernier comme un moyen d'intimidation pour
suspendre la publication d’un numéro de journal ou condamné des journalistes au
paiement d’amendes exorbitantes. Ce qui peut constituer un frein à la transparence
et à la bonne gouvernance. Toutefois, les dispositions de l’article 72 déjà cité,
préservent le Président de la mauvaise foi de certains journalistes de l’opposition et
incite respect vis-à-vis du président.

Paragraphe 2 : Adoption de la Loi n° 2017 – 868 du 27 décembre 2017 portant


régime juridique de la communication audiovisuelle

L’exposé des motifs soumis par le Gouvernement indique au sujet de la loi sur la
communication audiovisuelle que cette réforme est mise en œuvre pour encadrer les
activités liées à l’avènement de la télévision numérique terrestre (TNT)13 et aussi
consacrer le principe de la séparation des activités d’édition de celles relatives à la
diffusion. Il permet également de prendre en compte les nouveaux supports de
diffusion tels que l’ADSL14, la fibre optique et tous les autres réseaux multimédias
ainsi que les nouveaux corps de métiers induits par ces différents changements.

La reforme prend en compte la directive de l’UEMOA portant harmonisation du cadre


règlementaire de la télévision numérique terrestre. Elle ouvre formellement l’accès
des services publics de radiodiffusion aux personnes handicapées visuelles et
auditives. Elle réglemente les organismes de radiodiffusion confessionnelle. Enfin, le
projet de loi reconduit la HACA en tant qu’autorité de régulation du secteur de la
communication audiovisuelle. Elle est une autorité administrative indépendante dotée
de la personnalité morale et de l’autonomie financière. Le représentant du Président
de la République en assure la présidence.

13
La télévision numérique terrestre (TNT) est une évolution technique en matière de télédiffusion,
fondée sur la diffusion de signaux de télévision numérique par un réseau de réémetteurs hertziens
terrestres. Par rapport à la télévision analogique terrestre à laquelle elle se substitue, la télévision
numérique terrestre permet de réduire l'occupation du spectre électromagnétique grâce à l'utilisation
de modulations plus efficaces, d'obtenir une meilleure qualité d'image, ainsi que de réduire les coûts
d'exploitation pour la diffusion et la transmission une fois les coûts de mise à niveau amortis. La
télévision numérique terrestre est à comparer à la télévision numérique reçue par câble ou par
satellite (TNS). Dans ce dernier cas, la diffusion ne se fait pas par le réseau des émetteurs terrestres
mais via un satellite (d'où l'utilisation d'antennes paraboliques au lieu d'une antenne de télévision
classique dite antenne « râteau »).
14
L’ADSL (de l'anglais Asymmetric Digital Subscriber Line) est une technique de communication
numérique (couche physique) de la famille xDSL. Elle permet d'utiliser une ligne téléphonique, une
ligne spécialisée, ou encore une ligne RNIS (en anglais ISDN pour integrated services digital
network), pour transmettre et recevoir des données numériques de manière indépendante du service
téléphonique conventionnel (analogique). À ce titre, cette méthode de communication diffère de celle
utilisée lors de l'exploitation de modems dits « analogiques », dont les signaux sont échangés dans le
cadre d'une communication téléphonique (similaire au fax, c'est-à-dire sur des fréquences vocales).
La technologie ADSL est massivement mise en œuvre par les fournisseurs d'accès à Internet pour le
support des accès dits « haut-débit ».

24
Au titre du projet de loi relatif à la presse, l’exposé des motifs rappelle qu’il s’inspire
des recommandations formulées au cours des Etats généraux de la presse tenus en
août 2012 à Yamoussoukro. En clair, suivant les termes de cet exposé des motifs, la
réforme comprend trois principales innovations. Il y a d’abord la prise en compte des
nouveaux types de médias, en particulier la presse numérique, diffusés par le biais
d’Internet et par les réseaux de téléphonie mobile. Ensuite, la reforme interdit la
garde à vue et la détention préventive des journalistes pour les délits de presse.
Enfin, les conditions de création de l’entreprise de presse ont été assouplies et le
CNP est maintenue comme autorité de régulation.

CHAPITRE II : LES TEXTES D’EMANATION CORPORATISTE

Section 1 : La nature des textes existants

Paragraphe 1 : Le Code de déontologie du Journaliste en Côte d’Ivoire

L’actuel Code de déontologie du Journaliste en Côte d’Ivoire a été adopté à Abidjan


le 23 février 2012 par les représentants des journalistes en Côte d’Ivoire. Il succède
au premier code adopté en 1992. Il détermine les devoirs et les droits des
journalistes en s’inspirant des lois et conventions internationales relatives à la liberté
d’expression et de presse. Instrument d’autorégulation, il vise à amener le Journaliste
à avoir à l’esprit en tout temps, les règles éthiques et déontologiques qui encadre
son métier. Ce code comprend un préambule et deux chapitres dont le premier porte
sur les devoirs et le second les droits du journaliste. Dans son préambule, il revient
sur le caractère fondamental du droit l’expression en ces termes « Le droit à
l’information, à la libre expression et à la critique est l’une des libertés fondamentales
de tout être humain. ».

Il dresse une liste de droits en faveur du journaliste, dont les plus importants sont:
- Le libre accès à toutes les sources d’information publique et le droit d’enquêter
librement et en toute responsabilité sur tous les faits qui conditionnent la vie
publique.
- La protection de ses sources d’information sous réserve du contrôle de la qualité et
de l’exactitude de l’information reçue,
- Le bénéfice de la clause de conscience
- Le bénéfice de la convention collective, d’un plan de carrière, d’une formation
adéquate, d’un contrat de travail personnel assurant la sécurité matérielle et morale
de son travail pour garantir son indépendance sur tous les plans.

En contrepartie de ses droits, il est rappelé au Journaliste ses devoirs et sa


responsabilité personnelle qui est engagée dans ses écrits quels qu’ils soient, même
anonymes ou signés sous pseudo. Il lui est strictement interdit de publier des
informations dont l’origine, la véracité et l’exactitude ne sont pas établies. Il lui est fait
obligation de respecter la sacralité du fait et la liberté du commentaire et de
S’abstenir de toute atteinte à l’éthique sociale : incitation au tribalisme, à la
xénophobie, à la révolte, à la violence et aux crimes et délits ; outrage aux bonnes
mœurs, l’apologie de la guerre. Ce code a servi de base d’élaboration de la grille
d’écoute et de lecture des médias par l’Observatoire de la liberté de la presse, de
l’éthique et de la déontologie. Il également visé par le Conseil National de presse
dans de nombreuses décisions.

25
Paragraphe 2 : La Convention collective annexe des journalistes
professionnels et des professionnels de la communication de la presse privée
en Côte

La Convention collective des journalistes professionnels et des professionnels de la


communication a été signé depuis 2008 entre le Groupement des éditeurs de presse
de Côte d’Ivoire et le Syndicat national des agents de la presse privée de Côte
d’Ivoire sous l’égide du Conseil National de la Presse. Elle est arrimée à la
Convention collective interprofessionnelle du 20 juillet 1977 et vise à règle les
relations de travail entre les éditeurs de presse d’une part, et d’autre part, les
journaliste et professionnels de la communication dans les établissements ou
entreprises de presse exerçant leurs activités en République de Côte d’Ivoire.

Le document précise qu’en dehors des dispositions particulières qu’il définies, les
parties conviennent d’observer les dispositions générales de la Convention collective
interprofessionnelle. Il définit la procédure de recrutement, les conditions de travail et
de stage, l’avancement, la classification professionnelle, les salaires, les fonctions,
les prestations sociales etc. La Convention collective est un texte qui accorde de
nombreux avantages aux journalistes et professionnels des médias et promeut ce
corps de métier. Mais la difficulté réside dans sa mise en œuvre effective par les
promoteurs de presse.

Faisant le constat de cette situation, le Conseil national de la presse avait initié des
négociations entre le patronat réuni au sein du Groupement des éditeurs de presse
de Côte d’Ivoire et les syndicats de la presse privée. L’application intégrale de la
convention collective a été requise à compter de janvier 2015. Selon une enquête
menée par le Conseil national de la presse, seulement 20 entreprises sur 81
recensées dans le secteur de l’édition de la presse en Côte d’Ivoire, se conforment
plus ou moins aux dispositions de la convention collective, soit un taux de 25%.

Un nombre considérable d’entreprises de presse évolue dans l’informel, 50% des


rédacteurs en chef ne sont pas détenteurs de la carte d’identité de journaliste
professionnel, 60% des entreprises de presse ne payent pas leurs journalistes
professionnels et professionnels de la communication au niveau minimum des 1400
points requis par le protocole d’accord sur l’application de la convention collective,
66% des entreprises de presse n’ont pas déclaré leurs employés à la caisse
nationale de prévoyance sociale (CNPS).

Paragraphe 3 : La charte pour une meilleure représentation des femmes dans


les contenus et institutions médiatiques de Côte d’Ivoire

Cette charte, qui vise les principaux textes internationaux et nationaux de promotion
des droits de l’homme et de la femme, propose en quatorze (14) articles contenus
dans quatre (4) chapitres des recommandations pour une meilleure représentation
des femmes dans les contenus et institutions médiatiques de Côte d’Ivoire. Ces
chapitres, qui ont pour objectif de favoriser la place et l’image de la femme dans le
système médiatique, sont relatifs :
- aux droits des femmes à l’information et à la communication
- aux devoirs des médias quant à la représentation des femmes

26
- à la place et à l’emploi des femmes dans les médias et autres institutions du
secteur de l’information et de la communication
- à la promotion, à la mise en œuvre et au suivi de la charte.

Section 2 : Les limites et faiblesses du cadre juridique

Malgré les progrès enregistrés, les acteurs estiment que les lois en vigueur
comportent des faiblesses et des limites qui ont un impact négatif non seulement sur
l’exercice du métier de journaliste, mais aussi sur le développement du secteur des
medias en Côte d’Ivoire.

Paragraphe 1 : L’état de la liberté de la presse et des droits des journalistes

La Côte d’Ivoire fait des progrès sensibles en matière de liberté de la presse. Elle est
passée du 86e rang mondial en 2016 au 81e en 2017, gagnant 5 points. Néanmoins,
en dépit des progrès constatés dans l’évolution des textes et des efforts des
gouvernants, des pressions persistantes. Et comme le précise Reporters sans
frontières sur son site Internet, en Côte d’Ivoire, ‘‘si les violences liées à la crise
électorale de 2011 appartiennent au passé, la presse demeure un domaine
particulièrement surveillé par le pouvoir. L’indépendance des médias à l’égard des
partis et des hommes politiques fait toujours défaut même si la diversité de la presse
ivoirienne est réelle. Les délits d’offense au chef de l’État ou de diffusion de fausses
nouvelles, malgré leur dépénalisation en 2004, peuvent toujours envoyer des
journalistes en détention provisoire. Le public attend toujours la libéralisation de
l’audiovisuel et la fin du monopole de la télévision nationale, la RTI ’’.

À l’évidence, le Conseil national de la Presse a toujours la main plus lourde à l’égard


des journaux d’opposition que vis-à-vis des médias pro-gouvernementaux. Même si
RSF n’a pas recensé récemment d'exactions violentes, à proprement parler, contre
les journalistes en Côte d’Ivoire15.

Paragraphe 2 : La suppression de la peine d’emprisonnement pour les délits de


presse

L’article 68 de la loi sur la presse exclut la peine d’emprisonnement pour les délits de
presse. Il est donc interdit aux juges de prononcer une peine d’emprisonnement à
l’encontre d’un journaliste à cause de ses écrits. Cet article dresse une liste de faits
et actes qui sont considérés comme des délits commis par voie de presse ou par tout
autre moyen de publication. Ce sont : les délits contre la chose publique, les délits
contre les personnes et les biens, les délits contre les Chefs d’Etat et les agents
diplomatiques étrangers, les contraventions aux publications interdites et les délits
contre les institutions et leurs membres.

La privation de la liberté est remplacée par la peine d’amende qui varie de 2 000 000
FCFA à 20 000 000 FCFA. Cette amende est jugée excessive par l’ensemble des
acteurs interrogés qui la considère comme une atteinte à la liberté de la presse qui
aboutit au même résultat que l’emprisonnement, c’est dire le musellement de la
presse. l’OLPED assimile ces peines pécuniaires prévues par la loi à des clauses de

15
Source Reporters sans frontières : [Link] consulté le 03/05/2017

27
fermeture des journaux, « une autre forme de suppression des journaux » pour les
entreprises de presse, qui il faut le reconnaitre, traversent dans leur ensemble des
difficultés économiques et financières16.

Selon d’autres observateurs, la loi de 2004 ne prévoit pas de procédure de


recouvrement des amendes qu’elle a fixé. Ce vide pose un problème réel, car elle est
appelée à être comblée par le Code de Procédure Pénale qui en la matière prévoit
un certain nombre de moyens dont la contrainte par corps, c’est-à-dire
l’emprisonnement.

Ce point de vue ressort d’un rapport de la Fondation pour les médias en Afrique de
l’ouest en ces termes ‘‘ (…) L’inquiétude demeure quand on pense aussi au
recouvrement des amendes et dommages-intérêts prononcés contre un auteur de
délit de presse. A l’analyse de la nouvelle loi, aucune procédure de recouvrement
desdites sommes n’a été prévue. Ce vide juridique autorise le lecteur à faire recours
au Code de Procédure Pénale en ses articles 699 et suivants. Lesdits articles
prévoient pour le recouvrement des amendes, des paiements au profit du Trésor
Public et des dommages-intérêts prononcés par la juridiction correctionnelle, le
recours à la contrainte par corps... En clair, par l’application des contraintes (…) les
peines de prison reviennent.’’17

Enfin, l’article 70 de la loi sur la presse prévoit la suspension du journal ou écrit


périodique comme sanction accessoire à la condamnation de l’auteur du délit de
presse. La suspension est définie en fonction de la périodicité du journal. Cet article
dresse à cet effet une liste qui comprend les hebdomadaires (huit parutions), les
bimensuels (quatre parutions), les trimestriels (quatre parutions), les mensuels (trois
parutions). Comme on peut le constater, les quotidiens sont omis de cette liste et
cela est une porte ouverte sur l’arbitraire des structures de régulation.

Paragraphe 3 : Le renvoi de l’incrimination de certains délits de presse au


Code pénal

La loi renvoie au code pénal (article 69) la répression de certains délits susceptibles
d’être commis par les journalistes. Elle offre des possibilités d’interprétations
abusives aux magistrat et décideurs politiques relativement au délit de presse (article
74). Ces appréhensions sur la loi sont fondées aux yeux de la plupart des opérateurs
qui interprètent les dispositions de l’article 69 comme une faiblesse majeure du texte.
Selon eux, cette disposition est la porte ouverte aux abus du politique et des
magistrats chargés de la poursuite, en particulier le Procureur. Ils en veulent pour
preuve l’incarcération le 12 février 2012 puis l’inculpation de six (6) journalistes dont
trois (3) patrons de presse18 au motif d’inciter les soldats à la révolte, suite à la
publication d’articles sur les différentes mutineries, notamment celle des Forces
spéciales, qu’a connues la Côte d’Ivoire en cette période.

16
Livre blanc de l’Observatoire de la liberté de la presse, de l’éthique et de la déontologie, Abidjan
17
Fondation pour les Médias en Afrique de I ’Ouest, Op. Cit.
18
Il s’agit de Vamara Coulibaly, Yacouba Gbané et Franck Bamba Mamadou, respectivement
directeurs de publication des quotidiens ivoiriens l’Inter et Soir Info (indépendants), du Temps
(opposition) et de Notre Voie (opposition), et de leurs collaborateurs Hamadou Ziao (rédacteur en chef
de l’Inter), Jean Bédel Gnago (Correspondant de Soir Info à Aboisso) et Ferdinand Bailly (Le temps).

28
Pour le Procureur de la République, l’arrestation des journalistes semble justifiée.
« Relativement aux récents mouvements d’humeurs des militaires (…) il nous est
donné de constater que certains organes de presse divulguent de fausses
informations de nature à inciter les soldats à la révolte », déclare un communiqué du
procureur de la République lu à la télévision nationale, avant de poursuivre : « Ces
agissements tombent sous le coup de la loi qui réprime l’incitation des militaires à
l’insoumission et à la rébellion, les atteintes à l’autorité de l’État et la publication
d’informations fausses se rapportant au secret de la défense et de la sûreté de l’État
».19

Ces arrestations, qui ont coïncidé avec la collecte des données dans le cadre de la
présente étude, ont été abondamment citées par les personnes interviewées. Pour
elles, cette disposition doit disparaitre, à tout le moins être suffisamment aménagé et
encadré pour mettre à l’abri les journalistes contre le zèle des magistrats. Nos
interlocuteurs se sont demandé qui des mutins qui ont pris des armes pour poser
leurs revendications ou des journalistes qui ont rapporté leurs propos devraient être
poursuivis pour atteinte à l’autorité de l’Etat. En lieu et place de l’incarcération, les
acteurs proposent le retrait de la carte de presse et la radiation du journaliste fautif
en cas de récidive multiple avérée. Un directeur de radio affirme : « en Côte d’Ivoire,
aujourd’hui dans les médias, pour un oui ou un non on te suspend ; c’est vrai qu’il
faut du professionnalisme mais on n’est pas libre de parler. Or la liberté d’expression
est un texte primordial… ».

A l’observation, ces différentes restrictions paraissent trop précautionneuses et


cachent mal une certaine frilosité des différents régimes (qui se sont succédés à la
tête du pays depuis l’adoption de ces lois), comme s’ils n’arrivent pas encore à se
faire à l’idée d’accorder à la presse toute la liberté requise, de peur certainement
qu’une dépénalisation complète ne constitue ‘‘un danger ou une menace’’ pour eux.
Cela ressemble fort bien à une liberté sous-contrôle.

Article 69 : Est passible des peines prévues par les articles 174 et 175 du code
pénal, quiconque par voie de presse :
1. incite au vol et au pillage, aux coups et blessures volontaires et au meurtre, à
l’incendie et à la destruction par quelque moyen que ce soit, de biens publics et
privés, à toutes formes de violences exercées à l’encontre de personnes physiques
et morales ainsi que sur leurs biens, ou à l’apologie des mêmes crimes et délits ;
2. incite à la xénophobie, à la haine tribale, à la haine religieuse, à la haine raciale et
à la haine sous toutes ses formes ;
3. fait l’apologie des crimes de guerre ou de collaboration avec l’ennemi ;
4. incite des militaires et des forces de l’ordre à l’insoumission et à la rébellion ;
5. porte atteinte à l’intégrité du territoire national, à la sûreté intérieure et extérieure
de l’Etat.

19
Source : [Link]
soldats-a-revolte-selon-autorites/, consulté le 13/03/2016.

29
Paragraphe 4 : Les restrictions liées à la défense et la sécurité nationale

L’article 73 de la loi sur la presse et l’article premier de la loi sur la communication


audiovisuelle énumèrent un ensemble de réserves et interdictions au centre
desquels se trouvent les notions de souvenait nationale, de défense et sureté
nationale. La diffusion des informations même exactes est alors interdite aux termes
de l’article 73 si celles-ci se rapportent aux secrets de la Défense Nationale et à la
sûreté de l‘Etat ainsi qu’aux atteintes à la stabilité monétaire nationale.

A l’analyse, même si l’on convient que la liberté d’expression n’est pas un droit
absolu et qu’il est limité surtout par d’autres principes dont les droits d’autrui
(particuliers) et la sauvegarde de l’ordre et la sécurité publics, force est de relever
que la législation ivoirienne s’avère très protectrice de la sécurité nationale et à
l’inverses très méfiante vis-à-vis des médias, en particulier la presse. Cela est
d’autant vrai que les notions employées par la loi sont imprécises et vagues. La
sécurité nationale recouvre tellement d’éléments qu’il aurait fallu définir un minimum
de critères précis qui déterminent le caractère secret ou non de l’information.

La liberté de presse et le droit à l’information des populations sont gravement mis en


péril par les pouvoirs exorbitants accordés aux seules autorités administratives et
judiciaires de classifier secret défense telle ou telle information. Selon les
journalistes, cette dissuasion légale est semblable à une épée de Damoclès au-
dessus de leur tête qui débouche généralement sur l’autocensure sur certains sujets
importants de la vie de la Nation. Les imprécisions et incriminations larges tournent
toujours à l’avantage des pouvoirs publics et exposent les journalistes et
professionnels des médias à une insécurité juridique maintes fois vérifiée sur le
terrain. Les arrestations et détention arbitraires sont légions.

Paragraphe 5 : La surveillance judiciaire de la liberté de presse

La législation sur la presse accorde aux Procureurs de la République de larges


pouvoirs de contrôle et de surveillance alors que le capital le plus précieux du
journaliste reste sa liberté et son indépendance. Il exerce un contrôle avant et post-
parution du journal. Aux termes de l’article 6 de la loi sur la presse, c’est le Procureur
de la République qui reçoit, la déclaration de publication avant la parution du journal.
Au regard des pièces que comporte cette déclaration, le Procureur contrôle la nature
du journal, l’identité et les antécédents judiciaires des promoteurs ainsi que
l’engagement du Directeur de publication à respecter et appliquer les lois en
particulier la convention collective.

Suite à ce contrôle, il délivre sous quinze jours, un récépissé de déclaration qui


permet aux promoteurs de mettre le journal sur le marché. Il peut refuser de le faire
s’il estime avoir des raisons valables. Aucun recours n’est prévu contre ce refus du
Procureur de délivrer un récépissé de déclaration, ce qui est une entorse grave à la
liberté de presse en Côte d’Ivoire.

Après la parution du journal, l’article 9 de la loi le soumet aux formalités du dépôt


légal et les promoteurs doivent mettre à la disposition du Procureur de la République,
cinq exemplaires du journal. Les sociétés de distribution sont chargées de leur

30
acheminement. Il exerce ici un contrôle sur le contenu des journaux et peut réprimer
éventuellement tout ce qu’il peut considérer comme hors cadre.

En définitive, le Procureur de la République et plus généralement le Parquet exerce


une surveillance quotidienne des médias. Placé sous l’autorité des décideurs
politiques, le ministre de la justice et plus loin le Président de la république, l’on
comprend que le Procureur soit un organe de pression redoutable pour les
journalistes en particulier ceux de l’opposition politique.

Paragraphe 6 : Le non prise en compte des médias numériques

« Les lois actuelles ne prennent pas en compte le secteur numérique. L’inadaptation


de la loi favorise l’informel dans le secteur » estime un acteur clé de ce secteur. De
ce fait, les médias numériques, contrairement aux secteurs de la presse et des
radios privées non commerciales, ne bénéficient pas du soutien de l’Etat, notamment
des appuis du Fonds de Soutien et de Développement de la Presse.

Paragraphe 7 : Les limites à l’accès à l’information publique

L’importance de l’accès du citoyen à l’information publique bien qu’ayant été prise en


compte par les pouvoirs publics avec la création et la mise en place de la
Commission d’Accès à l’Information d’Intérêt Public (CAIDP) comporte quelques
limites. Des préoccupations demeurent notamment au sujet du délai de réaction
relativement long, requis par la loi. En effet, selon l’article 12 de la loi qui crée la
CAIDP « l’organisme public saisi d’une demande d’accès à l’information est tenu de
donner une suite à cette requête dans un délai maximum de 30 jours à compter du
jour de réception de la demande. Les requêtes émanant des chercheurs et des
journalistes professionnelles sont traitées dans un délai de quinze jours. Ce délai
peut être renouvelé une fois prorogeable par l’organisme auprès duquel la requête
est formulée (article 13 »). Pour un journaliste, pour qui l’information est une denrée
périssable, ce délai parait long et dilatoire.

Paragraphe 8 : L’imprécision du statut des radios de proximité

De nombreux responsables de radios de proximité jugent la loi sur la communication


audiovisuelle très contraignante en certains de ses aspects en rapport avec les
radios privées non commerciales. Les restrictions relatives à la diffusion des
informations à caractère politique ont été dénoncées. En effet, la loi les autorise à
diffuser l’information locale, à l’exception des informations ayant un caractère
politique qui ne peuvent l’être que si la radio réunit certaines conditions, notamment
avoir une rédaction composée de journalistes professionnels. Ces conditions sont
ces derniers difficiles à réunir pour des radios aux ressources financières très
limitées.

Pour ces responsables des informations importantes liées à la vie citoyenne locale
ou à des décisions politiques qui ont un impact sur le quotidien des populations à la
base, sont exclues de leur champ de diffusion : « L’environnement juridique n’est pas
du tout favorable. Nous estimons que nous ne sommes pas libres de parler. On nous
interdit de mettre le nez dans les débats politiques. Or ils nous disent d’informer les

31
populations locales. Comment les informer si on nous muselle ? », Révèle un
directeur de radio de la Région de la Bagoué.

Par ailleurs, les responsables des radios dans leur ensemble estiment excessive la
caution de 3 000 000 FCFA ainsi que la redevance annuelle également de 3000 000
FCFA à payer auprès de l’instance de régulation qu’est la HACA. En faisant le
rapprochement avec leurs chiffres d’affaires annuels respectifs, les radios privées
non commerciales jugent les montants élevés et plaident pour une réduction.

32
DEUXIEME PARTIE : LE CADRE INSTITUTIONNEL

Les institutions de promotion et de régulation du secteur des médias en Côte d’Ivoire


sont nombreuses. A leur tête se trouve le Ministère en charge de la communication
dénommée Ministère de la Communication, de l’Economie Numérique et de la Poste.

CHAPITRE I : Les structures publiques de promotion

Section 1 : Le Ministère en charge de la communication

Le Ministère chargé de la Communication coordonne la politique gouvernementale


dans le domaine de l’information et de la communication. Il exercice la tutelle
technique et administrative de l’ensemble des structures publiques qui régulent ou
interviennent dans le secteur de la presse et de la communication audiovisuelle en
Côte d’Ivoire.

Section 2 : Le Fonds de Soutien et de Développement de la Presse

Le Fonds de Soutien et de Développement de la Presse (F.S.D.P.) a été institué par


l’article 102 de la loi de 2004 sur la presse en lieu et place du fonds d’aide à la
presse. Les attributions, l'organisation et le fonctionnement du F.S.D.P. sont définis
par le décret n°2007-677 du 28 décembre 2007.

Paragraphe 1 : Statut et mandat

Le F.S.D.P. est un Etablissement Public Administratif doté de la personnalité morale


et de l'autonomie financière. Il fonctionne selon les règles qui régissent les
établissements publics nationaux telles que définies par la loi n°98-388 du 2 juillet
1998. Le F.S.D.P. a pour mandat de financer au profit des entreprises de presse et
de communication audiovisuelle ainsi que les organisations professionnelles
éligibles, la formation, les études, le conseil, la diffusion, le développement de la
presse et du multimédia et des projets d'intérêt collectif en faveur des organisations
professionnelles.

Il peut constituer auprès des banques et établissements financiers, la garantie des


emprunts contractés par les entreprises de presse et organisations professionnelles
et peut également accorder des subventions. Au service des médias en Côte
d’Ivoire, le F.S.D.P. accentue sa stratégie sur la mise en œuvre d’interventions
structurelles de développement du secteur de la presse et de l'audiovisuel afin
d'assurer aux entreprises des secteurs concernés, l'égalité et la libre concurrence,
dans le cadre de la mission d'intérêt général de la Presse.

Paragraphe 2 : Conditions générales d'éligibilité au fonds

Les entreprises de presse écrite ou de communication audiovisuelle doivent remplir


les conditions définies ci-après pour avoir accès au bénéfice du Fonds de Soutien et
de Développement de la Presse en abrégé F.S.D.P :
Etre régulièrement constitués en entreprise de presse écrite ou de communication
audiovisuelle au moment de la requête ;

33
Avoir une équipe rédactionnelle composée en majorité de journalistes
professionnels conformément à l’article 16 de la loi portant régime juridique de la
Presse ;

Faire assurer la responsabilité de la rédaction des informations locales par un


journaliste professionnel, conformément à l’article 84 de la loi portant régime
juridique de la communication audiovisuelle, dans l’hypothèse où l’entreprise de
communication diffuse de l’information ;

Fournir un document délivré par le Conseil Nationale de la Communication


Audiovisuelle, en abrégé CNCA, pour les entreprises audiovisuelles attestant qu’au
moins 20% de leurs programmes sont consacrés aux productions nationales ;
Etre immatriculés à la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale en abrégé
CNPS ;

Déclarer son personnel à la CNPS ;


Etre à jour de ses cotisations sociales, l’attestation de la CNPS faisant foi ;
Faire la preuve de sa déclaration fiscale d’existence ;
Produire les bilans des deux derniers exercices ;
Appliquer les dispositions de la convention collective interprofessionnelle, annexe
des journalistes et professionnels de la communication ;

Respecter l’éthique et la déontologie ;


Fournir un document délivré par le Conseil National de la Presse en abrégé CNP
attestant d’une vente moyenne de 2000 exemplaires par jour pour les quotidiens et
3000 exemplaires pour les hebdomadaires, mensuels et trimestriels ;
Consacrer au moins 75% de sa surface à l’information politique, économique,
sociale, culturelle ou sportive ;

Ne pas avoir fait l’objet de sanctions de deuxième degré de la part des instances
de régulation pendant l’année de la requête ;
Etre habituellement offert au public à un prix marqué, à la vente ou à l’abonnement
;
Mentionner le tirage de chaque publication dans l’ours qui est un encadré où
doivent figurer sur chaque exemplaire d’un journal, les noms du Directeur de la
Publication, des principaux rédacteurs et de l’imprimeur ;
Accepter le contrôle des fonds alloués par le F.S.D.P. au terme de l’exécution du
projet ou de l’activité.

Paragraphe 3 : Les conditions à remplir par les organisations professionnelles


pour être éligibles au F.S.D.P. :

- Etre régulièrement constituées ;


- Avoir un compte bancaire ;
- Organiser régulièrement des activités d’intérêt corporatiste ou général en rapport
avec le développement de la presse ;
- Avoir un siège social, une adresse postale et géographique ;
- Avoir un programme d’activités régulier ;
- Accepter le contrôle des fonds alloués par le F.S.D.P.

34
Section 3 : La Commission d’attribution de la carte d'identité des journalistes
professionnels

La Commission Paritaire d’Attribution de la Carte d’Identité des Journaliste


Professionnels (CIJP) a été instituée par la loi de 2004 sur la presse. Elle est
chargée de la délivrance de la carte d’identité professionnelle aux requérants. Elle en
définit les modalités de délivrance, la durée, la validité et les formes de leur
renouvellement ou de leur retrait. Sa composition, son organisation et son
fonctionnement sont fixés par le décret n° 2006 - 316 du 25 octobre 2006 relatif à la
carte d’identité de journaliste professionnel et de professionnel de la communication.

Aux termes de l’article 23 de la loi de 2004 précitée, pour prétendre à la carte


d’identité de Journaliste professionnel tout requérant doit réunir les conditions
suivantes :

- Justifier d’un diplôme délivré par une école professionnelle de journalisme, à défaut,
d’une licence de l’enseignement supérieur assortie d’une formation professionnelle
de deux ans ou, à défaut, d’une maîtrise de l’enseignement supérieur ou d’un
diplôme équivalent assorti d’une formation professionnelle d’un an dispensée dans
une école de journalisme agréée ou reconnue par l’Etat ou d’un stage professionnel
d’un an

- Avoir pour occupation principale, régulière et rétribuée, la recherche, la collecte, la


sélection, l’exploitation et la présentation de l’information,
- Exercer l’activité de journaliste dans une ou plusieurs publications quotidiennes ou
périodiques, ou dans une ou plusieurs entreprises de communication audiovisuelle,
ou dans une ou plusieurs agences de presse soumises à la Convention Collective ou
au Statut général de la fonction publique.

La CIJP dispose de pouvoir disciplinaire et peut prononcer des sanctions à l’encontre


des détenteurs de carte d’identité de journaliste professionnel ou de professionnel.
Ainsi en cas de manquement aux règles d’éthique et de déontologie, elle prononce
les sanctions suivantes : l’avertissement, le blâme, la suspension ou la radiation. La
radiation entraîne le retrait définitif de la carte la carte d’identité de journaliste
professionnel ou de professionnel de la communication. Les décisions de la CIJP
sont susceptibles de recours, en cas de contestation, devant les organes de
régulation siégeant en formation collégiale et le cas échéant, devant les juridictions
compétentes. Elle peut être saisie à tout moment par tout intéressé. Elle peut se
saisir d’office.

35
CHAPITRE II : Les organes de régulation

Section 1 : Identification des organes

Paragraphe 1 : La Haute Autorité de la communication Audiovisuelle (HACA)

A/ Statut

La HACA a été créée par l’ordonnance n°2011-75 du 30 avril 2011 portant érection
du Conseil National de la Communication Audiovisuelle en Haute Autorité de la
Communication Audiovisuelle (CNCA). Pour rappel, le CNCA a été institué par la loi
n°2004-644 du 14 décembre 2004 portant régime juridique de la communication
audiovisuelle, comme organe de régulation du secteur de la communication
audiovisuelle. La HACA est donc créée par une loi, ce qui renforce son statut
institutionnel et la protège contre les influences politiques.

Conformément à l’article 4 de la loi n°2004-644, telle que modifiée par l’ordonnance


n°2011-474 du 21 décembre 2011, la HACA est appréhendée comme autorité
administrative indépendante, dotée de l’autonomie financière ; elle n’est soumise à
aucune tutelle. Ce statut sera renforcé par l’ordonnance n°2011-75 qui a transformé
l’ancien Conseil National en Haute Autorité, avec un statut institutionnel voisin de
celui des institutions de république créées par la Constitution. Ce changement
qualitatif traduit la volonté des pouvoirs publics de donner à l’instance de régulation
du secteur de la communication audiovisuelle, les moyens nécessaires à
l’accomplissement de sa mission.

La HACA est donc une entité autonome jouissant de la personnalité juridique, avec
des ressources propres inscrites au budget de l’Etat. Elle n’est soumise dans son
fonctionnement et son financement à aucune ingérence. Elle délibère et prend ses
décisions en toute liberté. Les recours contre ses décisions sont portées devant le
tribunal comptent. Elle est investie aux termes des articles 4, 5 et 6 de la loi n°2004-
644, d’un ensemble de missions qui visent à assurer le développement du secteur de
la communication audiovisuelle, le respect des principes du libre exercice de la
communication audiovisuelle, de l'éthique et de la déontologie en matière
d'information.

B/ Mandat

Dans le cadre de son mandat, la HACA est principalement chargée de :

- Favoriser et garantir le pluralisme dans l'espace audiovisuel,


- Garantir l'accès et le traitement équitables des institutions de la République, des
partis politiques, des associations et des citoyens aux organes officiels d’information ;
- Appuyer le processus d’attribution des fréquences de radiodiffusion sonore et
télévisuelle ;
- Elaborer et contrôler le respect des conventions ainsi que les prescriptions du
cahier des charges annexé à ces conventions ;
- garantir l'indépendance et assurer l'impartialité du secteur public de la
communication audiovisuelle, notamment la radiodiffusion sonore et télévisuelle.

36
Enfin au titre de ses attributions, la HACA formule à l’attention des décideurs
politiques et administratifs, des avis et des recommandations. Son avis est requis sur
toutes les questions relevant de sa compétence.
Dans la limite dans son mandat, elle est dotée de pouvoirs d’investigation, de
contrôle et de sanction, notamment disciplinaire à l’encontre des journalistes.

Ainsi, en matière de contrôle et d’enquête, la Haute Autorité de la Communication


Audiovisuelle contrôle les programmes des radiodiffusions sonores et télévisuelles
dans le cadre du respect du pluralisme des courants de pensée et d’opinion. Elle est
autorisée à mener auprès des opérateurs toutes enquêtes nécessaires à l’exécution
de ses missions et toute personne physique ou morale sollicitée est tenue de
répondre.

C/ Composition

Aux termes de l’article 26 de la loi, la Haute Autorité de la Communication


Audiovisuelle comprend douze membres nommés par décret pris en Conseil des
Ministres :
- Un professionnel de la communication, désigné par le Président de la République,
Président,
- Une personne désignée par le Président de l’Assemblée Nationale,
- Une personne désignée par le Président du Conseil Economique et Social,
- Un magistrat désigné par le Conseil Supérieur de la Magistrature,
- Une personne désignée par le Ministre chargé de la Communication,
- Une personne désignée par le Ministre chargé de l’Economie et des Finances,
- Une personne désignée par le Ministre chargé de la Culture,
- Une personne désignée par le Ministre de la Poste et des Technologies de
l’Information et de la Communication,
- Une personne désignée par les associations de défense des Droits de l’Homme,
- Trois représentants des organismes professionnels de la communication
audiovisuelle dont un journaliste professionnel de l’audiovisuel, un ingénieur des
médias et un professionnel de la production.
Le collège des membres de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle
dispose d’un mandat de six ans non renouvelable.

D/ Fonctionnement

Le collège des douze membres de la HACA se réunit une fois par mois en session
ordinaire et en session extraordinaire en tant que de besoin. Lors des sessions, le
quorum de sept membres est suffisant pour délibérer valablement et les délibérations
sont confidentielles. Des commissions techniques animées par les membres sont
mises en place pour mener des réflexions sur des questions relatives au secteur de
la communication audiovisuelle.

Il s’agit de la Commission Ethique et déontologie, de la commission des affaires


juridiques et réglementaires, de la Commission Développement de la production
audiovisuelle, de la commission suivi de la libéralisation audiovisuelle, de la
commission veille technologique et transition numérique et de la Commission Accès
équitable aux médias et publicité.

37
Pour l’accomplissement de ses missions, la HACA dispose d’un personnel technique
dirigé par un Directeur Général, nommé par décret pris en Conseil des Ministres sur
proposition du Président de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle. La
direction générale comprend cinq (5) Directions, qui sont : la Direction des Affaires
Administratives et Financières ; la Direction des Opérateurs Audiovisuels, la Direction
des Programmes, de la Documentation et de l’Information ; la Direction des
Technologies, des Etudes et de la Prospective ; la Direction des Affaires Juridiques.

E/ Décisions

La HACA peut prononcer à l’encontre des titulaires des autorisations qui ne


respectent pas les obligations qui leur sont imposées par les textes législatifs et
réglementaires, des sanctions allant de la suspension (de l’autorisation ou d’une
partie du programme) au retrait de l’autorisation d’exploiter le service autorisé.

De même, la HACA dispose de pouvoir disciplinaire sur les journalistes


professionnels et techniciens du secteur de la communication audiovisuelle. En cas
de manquements aux règles d’éthique et de déontologie, la HACA peut prononcer à
leur encontre les sanctions disciplinaires suivantes : l’avertissement, le blâme, la
suspension et la radiation. La suspension entraine le retrait de la carte
professionnelle sur la durée de la sanction et la radiation le retrait définitif de la carte
professionnelle. (Articles 7 et 8) La HACA siège en formation collégiale avec le
Conseil National de la Presse sur les recours formulés contre les décisions de la
Commission paritaire d’attribution de la carte d’identité de journaliste professionnel et
de professionnel de la communication (CIJP).

Paragraphe 2 : Le Conseil National de la Presse

A/ Statut et mandat

Le Conseil National de la Presse (CNP) est institué par la loi n°2004-643 du 14


décembre 2004 portant Régime Juridique de la Presse telle que modifiée par
l’ordonnance N° 2012-292 du 21 mars 2012. Aux termes de l’article 48, le CNP est
une autorité administrative indépendante qui jouit de la personnalité juridique (civile
et morale) et de l’autonomie financière.

Du point de vue du mandat, la mission principale du CNP est de réguler le secteur de


la presse « écrite » en veillant au respect par les entreprises de presse et les
journalistes de l’ensemble des obligations prévues par la loi n°2004-643 du 14
décembre 2004 portant Régime Juridique de la Presse. A cet effet, il veille :

- à la liberté et au pluralisme de la presse,


- au respect des règles relatives à la création des entreprises de presse,
- au respect par les entreprises de presse et les journalistes, des textes qui régissent
la profession,
- au respect de l’éthique et de la déontologie du journaliste,

Les missions du CNP en matière de régulation sont subdivisées en deux grandes


composantes que sont d’une part la régulation éditoriale des journaux ou écrits
périodiques et d’autre part la régulation économique des entreprises de presse.

38
Cette dernière composante vise notamment à assainir le marché de la presse pour
instaurer un climat de concurrence loyale, à valoriser la fonction de journaliste
professionnel et de professionnel de la communication, à encourager le management
rigoureux des ressources humaines, le civisme fiscal et à inciter les entreprises du
secteur à remplir leurs obligations sociales.

A cet effet, à la création de l’entreprise de presse, le Procureur de la République lui


tient copie du récépissé de déclaration. Le responsable de l’entreprise de presse
l’informe dans un délai de quinze jours, de toute modification relative au capital social
et à la gestion et enfin, les responsables de la distribution tiennent à sa disposition,
mensuellement, les chiffres d’affaires et de vente des journaux et écrits périodiques
en vue d’une diffusion trimestrielle. La régulation de la presse est faite sur la base de
la Loi de 2004 et du code de déontologie des journalistes.

En plus de la régulation, le CNP mène des actions en matière de formation et de


sensibilisation des acteurs, en matière d'assistance et de promotion. Pour lui
permettre de réaliser efficacement sa mission, la loi de 2004 a doté le CNP d’un
pouvoir de sanction disciplinaire exercé à l’encontre des journalistes et
professionnels de la presse. Il est donc habilité à prononcer à l’encontre des
opérateurs défaillants ou contrevenants du secteur, les sanctions prévues par la loi
de 2004 sur la presse. Il est en particulier autorisé à sanctionner les abus et les
manquements des journalistes aux règles juridiques et déontologiques qui encadrent
leurs métiers.

Réalisant sa mission de régulation du sous-secteur de la Presse écrite, le CNP s’est


fixé comme objectifs, d’œuvrer à l’émergence d’une presse professionnelle et
indépendante, d’appuyer le renforcement des capacités des acteurs et d’aider à la
vulgarisation des textes légaux et réglementaires régissant la presse.

B/ Composition

Le Conseil National de la Presse est composé de onze (11) membres qui sont:
- un professionnel de la communication, désigné par le Président de la République,
Président;
- un représentant du Ministre chargé de la Communication;
- un magistrat désigné par le Conseil Supérieur de la Magistrature;
- deux journalistes professionnels désignés par les organisations professionnelles de
journalistes;
- un représentant des directeurs de publication;
- un représentant des éditeurs de presse;
- un représentant des sociétés de distribution de presse;
- un représentant de la société civile désigné par les organisations de défense des
droits humains;
- un représentant des imprimeurs ;
- un représentant des Associations de consommateurs.

C/ Fonctionnement

Le Conseil National de la Presse dispose d’un Secrétariat Général placé sous


l’autorité du Président et dirigé par un Secrétaire Général, nommé par décret pris en

39
Conseil des Ministres. Le Secrétariat Général est chargé notamment d'assurer la
coordination et la cohésion de l'ensemble des activités des différents services du
Conseil National de la Presse, de préparer les réunions et de veiller à la mise en
œuvre et au suivi des délibérations du collège des membres. Le secrétariat général
comprend cinq directions, dont la Direction de la revue de Presse, la Direction des
études et des Affaires Juridiques et la Direction de la documentation et de la
publication.

D/ Décisions

Aux termes de l’article 47 de la loi sur la presse, le Conseil National de la Presse


peut prononcer des sanctions disciplinaires aussi bien à l’encontre de l’entreprise de
presse en cas de manquement à ses obligations qu’à l’égard de tout journaliste
fautif. Il peut être saisi à tout moment par tout intéressé et a le droit de s’auto-saisir.
(Article 46) Les sanctions pouvant frapper les entreprises de presse sont
l’avertissement, le blâme, les amendes et la suspension de l’activité de l’entreprise.
Vis-à-vis du journaliste, les sanctions sont l’avertissement, le blâme, la suspension et
la radiation.

La suspension entraîne le retrait de la carte professionnelle pendant la durée de


ladite mesure et la radiation quant à elle entraîne le retrait définitif de la carte
professionnelle. Les sanctions prononcées par le CNP sont susceptibles de recours
devant les juridictions compétentes, en l’occurrence la chambre administrative de la
Cour suprême.

Section 2 : Les faiblesses des organes de régulation

L’ensemble des acteurs des deux sous-secteurs presse et audiovisuelle, a une haute
opinion de la mise en place des organes de régulation. Ils sont unanimes à
reconnaitre le rôle précieux qu’ils sont appelés à jouer en matière de développement
des médias en Côte d’Ivoire. Toutefois, certains acteurs en particuliers les
journalistes ont fustigé la sous-représentation des professionnels des médias au sein
de ces organes ainsi que la forte influence des politiques sur leur fonctionnement.

Paragraphe 1 : La sous-représentation des professionnels des médias au sein


des organes de régulation

Si les journalistes interrogés ne trouvaient rien à dire sur le mode de désignation et


de nomination des membres des instances de régulations, ils dénoncent et déplorent
par contre, la sous-représentation des acteurs mêmes au sein du collège des
membres du CNP et de la HACA. Cette sous-représentation selon eux profite aux
pouvoirs publics dont les représentants s’y retrouvent en surnombre. Il s’agit d’une
opinion largement partagée par les acteurs dont le SYNAPPCI, l’OJPCI et des
organisations de la société civile interviewées lors de la collecte des données.

A l’analyse des articles 40 de la loi sur la presse et 26 de la loi sur la communication


audiovisuelle, relatifs à la composition du CNP et de la HACA, l’on note que pour la
presse, sur onze membres, il est prévu deux journalistes professionnels désignés par
les organisations professionnelles de journalistes auxquels s’ajoute un représentant
des directeurs de publication. Pour l’audio-visuelle, sur un total de douze membres,

40
cinq sont désignés par les organismes professionnels du secteur de la
communication audiovisuelle. On note que l’opinion exprimée par les journalistes
semble vérifiée, car les chiffres indiquent qu’il y a un léger déséquilibre au détriment
des journalistes qui évidemment figurent au centre du processus de régulation.

Paragraphe 2 : La fragilisation de l’indépendance des organes de régulation


par le mode de désignation du Président

Les dispositions de la loi relatives à la composition des deux organes de régulation


(HACA et CNP), indiquent qu’ils sont présidés d’office par le représentant du
Président de la République. Cette mesure semble anachronique avec le principe de
l’indépendance et de la neutralité sur lesquels doit se fonder toute structure de
régulation. Comment le représentant du Président de la république, nommé président
d’un organe de régulation, peut –il s’affranchir de ce dernier dans le contexte
ivoirien?

Autrement dit, la composition actuelle des organes de régulation pose non seulement
le problème de l’indépendance, mais aussi celui de leur légitimité. En effet, chaque
structure doit susciter et entretenir la confiance des acteurs auxquels elle s’adresse
principalement. Ceux-ci doivent s’y reconnaitre pour ne pas contester ses décisions.
L’organe de régulation doit être à l’abri des influences politiques susceptibles de
mettre en cause l’impartialité de ses décisions. Assurer une appropriation de l’organe
à travers le renforcement de la confiance des parties prenantes, est un gage de
succès des interventions des deux organes de régulation. C’est pourquoi, il convient
d’encourager une révision en profondeur du mandat et de la composition des
différents organes, au cours des reformes à venir.

Paragraphe 3 : Des décisions jugées trop partisanes

Les acteurs interviewés ont accablé le CNP et la HACA de nombreux maux qui
touchent à leur fonctionnement et aux décisions qu’ils rendent en matière de
régulation. Selon la plupart des journalistes, les organes de régulation, au lieu de
protéger le droit à l’information du public, mettent plus tôt en avant la protection du
régime politique au pouvoir en prenant pour prétexte, les exigences de la sécurité
nationale. Ils se comportent alors comme de véritables gendarmes ou procureur.
Selon eux, cette situation explique le fait que les journaux proches de l’opposition
politique soient dans le viseur du CNP. Or les instances de régulation doivent
s’efforcer de garantir que l’impartialité et l’équité de leurs décisions, le sentiment
d’injustice et de l’arbitraire peut compromettre l’adhésion au processus de régulation,
provoquer de la résistance et empêcher de parvenir à des solutions durables.

Section 3 : Les organisations professionnelles et l’autorégulation

Les organisations professionnelles privées du secteur des médias en Côte d’Ivoire


sont nombreuses. Elles sont constituées de syndicats, d’associations
professionnelles, d’éditeurs, de distributeurs, de grossistes, de détaillants et de
vendeurs à la criée auxquels il faut ajouter les associations de consommateurs.

41
Il y a deux niveaux d’autorégulation. Le premier est interne et se fait au sein des
rédactions. Le second niveau, plus formel, est réalisé par l’OLPED, Observatoire de
la Liberté de la Presse, de l’Ethique et de la Déontologie qui depuis 1995 interpelle
régulièrement les journalistes sur les manquements aux règles d’éthique et de
déontologie du métier. Ainsi, en raison de ses missions spécifiques dans le domaine
de l’autorégulation en Côte d’Ivoire, une attention particulière est accordée à cet
organisme.

Paragraphe 1 : L’OLPED

A/ Création et mandat de l’OLPED

L'Observatoire de la Liberté de la Presse de l'Ethique et de la Déontologie (OLPED)


a été créé le 24 septembre 1995 à Yamoussoukro, lors d’un atelier qui a réuni près
de 200 participants issus du secteur des médias et de la presse. Pionnier de la
réflexion et du travail sur l’éthique et la déontologie des médias en Afrique, l’OLPED
a pour missions de promouvoir et défendre l'éthique et la déontologie journalistique,
la liberté de la presse et d’assurer le cas échéant, la médiation entre les journalistes
et les usagers. Le principal cadre qui sert de base à cette mission est le est le code
d’éthique et de déontologie du journaliste en Côte d’Ivoire, adopté en 1992, puis
révisé en 2012.

B/ Fonctionnement de l’OLPED

L’OLPED est dirigé par un Bureau Exécutif comprenant des journalistes, des patrons
de presse et des représentants des organisations de la société civile. Ce bureau
comprend : un président, vice-présidents, deux secrétaires, un trésorier général, des
conseillers, un secrétaire permanent, un quatre responsable financier et des
Assistants. Le bureau exécutif se réunit en session hebdomadaires. L’OLPED reçoit
les plaintes et requêtes des usagers. Il peut également s’autosaisir lorsqu’il fait le
constat de fautes professionnelles graves. La saisine par les usagers n’est pas
enfermée dans une forme particulière. Elle peut se faire par écrit, par téléphone ou
par toute autre forme.

C/ Activités de l’OLPED

Un pool d’assistants est chargé de faire la lecture et l’écoute quotidienne des


medias. Ils tiennent des fiches de lecture et d’écoute sur lesquelles ils relèvent les
manquements à l’éthique et la déontologie. Ces fiches sont validées par les
membres du bureau exécutif lors de leurs réunions hebdomadaires. Pour y arriver,
l’OLPED a adopté une grille d’écoute et de lecture, qui a évolué de six indicateurs ou
points au départ à 21 aujourd’hui. Ces points sont relatifs entre autre à : l’injure,
l’incitation à la révolte et à la violence, l’incitation au tribalisme et à la xénophobie,
l’incitation au fanatisme religieux, le non-respect de l’équilibre dans le traitement de
l’information, le non –respect de la confraternité, l’incitation à la débauche, l’atteinte
aux bonne mœurs, l’atteinte à la dignité humaine, la manipulation de l’information,
l’apologie de la guerre, le plagiat20 etc.

20
Livre blanc de l’OLPED, 2006-2010

42
D/ Impact de l’action de l’OLPED sur la professionnalisation des médias

Depuis sa création, l’OLPED totalise plus de 10 000 décisions rendues en matière


d’autorégulation des manquements à l’éthique et la déontologie du journalisme. Il
reçoit de nombreuses saisines qui selon le livre blanc de l’OLPED, témoignent du
crédit dont il jouit au sein de l’opinion ivoirienne. Tribunal des pairs, ses interventions
prennent en compte non seulement le monitoring et la médiation, mais aussi
l’information et la sensibilisation, le renforcement des capacités techniques et la
vulgarisation de la culture de la responsabilité.

A cet effet, plusieurs rencontres d’échanges et d’information ont été organisées avec
les membres de la corporation, mais aussi le public des consommateurs. Plusieurs
séminaires ont été organisés et des prix ont été institués pour récompenser les
acteurs qui se distinguent. Tirant les conséquences des nombreux manquements à
l’éthique et à la déontologie que commentent les journalistes, L’OLPED s’est
persuadé que les journalistes ne font pas toujours preuve d’un sens aigu de leur
responsabilité sociale et professionnelle.

C’est pourquoi l’objectif de parvenir à l’émergence d’une culture de la responsabilité


dans l’exercice du métier de journaliste a été inscrit comme une préoccupation
transversale de toutes les interventions de l’OLPED1. Ce travail semble avoir eu, à
un certain moment de l’histoire de la presse ivoirienne, un réel impact positif sur les
contenus des journaux. Mais face à la raréfaction de ses moyens, l’OLPED est de
moins en moins présent sur l’échiquier médiatique. Et l’évaluation par les pairs en
prend ainsi un coup.

Paragraphe 2 : L’autorégulation au sein des rédactions

Le second niveau de l’autorégulation est interne et se fait au sein même des


rédactions, à travers les filtres et les dispositifs mis en place pour collecter et traiter
l’actualité. Les conférences de rédaction sont aussi souvent l’occasion pour évaluer
les contenus des médias et rappeler aux journalistes les règles et les principes de
base du métier. A Radio Pulsar, par exemple, il y a un régime de suivi des émissions.
Le directeur des programmes veille à l’application et au suivi de la grille.

Il recommande au chef d’antenne la programmation ou la suspension de tel ou tel


programme selon les mesures en vigueur établies par les organes de régulation. A
ISTC FM, l’autorégulation se fait par le rédacteur en chef qui prend soin de traiter
l’information avant de la diffuser. Les journalistes sont tenus de respecter la ligne
éditoriale et le cahier de charges. A Fréquence vie, dans le cadre de l’autorégulation,
le chef d’antenne écoute plusieurs fois les Prêts A Diffuser avant la mise en onde.

43
TROISIEME PARTIE : LE PAYSAGE ACTUEL DES MEDIAS EN COTE D’IVOIRE

La Côte d’Ivoire compte plus de vingt-trois (23) millions d’habitants avec un taux
d’analphabétisme de 55%, dans un contexte où la lecture ne fait pas partie des
habitudes des populations. C’est dans un tel environnement que le numérique, avec
l’avènement de l’Internet, réussit une percée et s’installe progressivement dans les
pratiques, notamment chez les jeunes.

La communication est structurée principalement autour de la télévision, de la radio et


de la presse. L’accès à l’information publique est régi par la loi n° 2013-867 du 23
décembre 2013 qui renforce les droits des citoyens en la matière. Le paysage
médiatique ivoirien actuel est assez diversifié et varié avec l’existence de la presse,
de médias numériques, de radios privées non commerciales, de radios
commerciales, de 4 distributeurs de bouquets de télévision par satellite et
l’autorisation récente de 4 chaînes de télévisions privées commerciales.

CHAPITRE I : Les émetteurs d’information et de divertissement

Paragraphe 1 : La Presse écrite

A/ Nomenclature de la presse

La presse représente l’un des secteurs médiatiques les plus prolifiques. Au troisième
trimestre 2016, le Conseil National de la Presse (CNP) a enregistré un total de 114
publications régulières réparties comme suit2 :
- quotidiens : 23
- hebdomadaires : 51
- bihebdomadaires : 3 (L'Eléphant Déchainé, l'Arc en ciel, Vedette Magazine),
- mensuels : 28
- bimensuels : 3 (Apocalyspe, Sentiers d'Afrique, Event Program)
- bimestriels : 6 (Mon miroir, Irh Mag, Koundan Magazine, Secrétaire, Le
Démocrate Mag, Dunya).

- Spéciaux et hors-séries : 2 (Spécial L’Intelligent d’Abidjan, Spécial Islam Info).

En 2015, le nombre de publications était de cent trois (103) dont vingt-quatre (24)
quotidiens, quarante–quatre (44) hebdomadaires et bihebdomadaires et trente-cinq
mensuels et autres périodicités.

L’on constate qu’entre 2015 et fin septembre 2016, le paysage médiatique s’est
enrichi de six (6) publications. Par contre le nombre de quotidiens a baissé d’un
point. En revanche les hebdomadiers et bihebdomaires ont connu une poussée de
dix points, passant de 44 à 54.

B/ Typologie des organes de presse écrite

La presse ivoirienne émane de plusieurs obédiences, genres et spécificités. Elle est


soit proche du pouvoir gouvernant (Fraternité Matin, Le Patriote, Le Nouveau Réveil,

44
Nord Sud Quotidien), soit de l’opposition (Notre Voie, La Voie Originale, Le Temps,
Le Quotidien d’Abidjan) ou relativement neutres (Soir Info, L’Inter, L’Intelligent
d’Abidjan). L’on note aussi des supports qui diffusent des informations à caractère
- religieux (chrétien, musulman : Le dominical, Islam info)
- sportif (Le sport, Le foot, Ases mimosa, Les Aiglons)
- féminins (Femme d’Afrique, Mousso d’Afrique)
- culturels et people (Top visages, VIP Mag, Zaouli, Life)
- économique (Tribune de l’économie, PME-PMI Magazine)
- agricole (L’Agriculteur, Le Planteur)
- humoristique et satirique (Gbich)
- de santé (Magazine Santé-MS)
- de faits divers (Alloh police)
- d’investigation (L’Eléphant déchaîné)
- d’entreprise, corporatiste (Notre Cité Treichville, journal de la mairie de
Treichville ; Echo du Haut-Sassandra, publication du Conseil régional du Haut
Sassandra)
- gratuit (Le Codivoirien, Abidjan Planet).

Ces publications sont éditées en format tabloïd (la plupart des quotidiens), poche
(Abidjan Planet), magazine (pour les supports people, glamour), sur support papier
journal (cas des quotidiens) ou papier glacé, de luxe pour les magazines (de mode,
showbiz). Par ailleurs, dans l’imagerie populaire, émerge une autre catégorisation
relative aux accointances idéologiques de certains supports. Ainsi, sont regroupées
sous le vocable de journaux bleus toutes publications proches de l’opposition
ivoirienne : Notre Voie, La Voie originale, Le Temps, Le Nouveau Courrier, Le
Quotidien d’Abidjan.

Les journaux verts sont quant à eux réputés proches du parti au pouvoir : Fraternité
Matin, Le Patriote, Le Nouveau Réveil. Cette métaphore teintée de bleu et de vert est
inspirée des couleurs dominantes de la charte graphique des Unes de ces journaux.
Elle marque aussi la forte bipolarisation de la presse ivoirienne. Par ailleurs, une
observation méthodique du paysage médiatique ivoirien permet de constater que
certains journaux sont des excroissances ou des démembrements d’autres supports.

Il ressort du décryptage de cet arbre généalogique que bon nombre de quotidiens qui
paraissent sont nés des entrailles d’autres supports dont ils portent les gènes
idéologiques originels. Ceux qui ont animé par exemple les premiers pas de Le
Temps sont issus de Notre Voie, lui-même sorti des ruines de La Voie. A l’issue de
dissension entre ses promoteurs, Le Temps a germé le Courrier d’Abidjan qui lui-
même va générer Le Quotidien d’Abidjan.

De l’autre côté, L’expression est né de la scission de Nord Sud Quotidien qui lui-
même a été créé après des mésententes entre certains journalistes de Le Patriote et
le propriétaire de cet organe d’informations. En outre, Notre Temps a généré Le Jour
qui produira 24 heures qui à son tour donnera naissance à Notre Heure. Il en va ainsi
de la vie de la presse ivoirienne.

45
Paragraphe 2 : La presse numérique

De création récente, elle est tout aussi foisonnante que la presse. Mais contrairement
à cette dernière, elle est moins structurée. Ce qui rend l’identification des supports
qui la composent fastidieuse. Néanmoins, le Réseau des Professionnels de la
Presse en Ligne de Côte d’Ivoire (REPRELCI) a initié un travail de recensement dont
le dernier date de 2015. Il en dresse un répertoire en cinq (5) principales catégories1
:
- Journaux en ligne : 41 :
- Agrégats ou portails : 10
- Web-TV : 4
- Web-Radio : 1
- Agence de presse : 3.

Soit un total de 59 supports qui diffusent de manière régulière l’information sur


Internet. Mais le nombre des éditeurs de droit ivoirien d’informations sur le web y est
largement supérieur. D’après un rapport de recensement des sites web
d’informations remis aux autorités du pays le 21 janvier 2015, le secteur emploie plus
de 316 personnes, dont 186 journalistes professionnels, soit 20,66% des journalistes
professionnels de la Côte d’Ivoire. Toujours selon le rapport, 80% des sites Internet
d’informations emploient au moins un (01) journaliste professionnel, tandis que 61%
des sites disposent d’un siège. 36% ont un registre de commerce, quand seulement
1% d’entre eux a un hébergeur basé en Côte d’Ivoire.

Paragraphe 3 : La radio

Il existe deux catégories de radio. Les radios de service public et les radios privées.
Les radios de service public concernent principalement les chaînes de la
Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI) : Radio Côte d’Ivoire et Fréquence 2 qui ont
vocation à émettre sur toute l’étendue du territoire national et Radio Bouaké, à
vocation régionale. Les radios privées sont réparties en deux catégories :
- radiodiffusions sonores privées commerciales
- radiodiffusions sonores privées non commerciales

A/ Les radios privées commerciales

Les radiodiffusions sonores privées commerciales sont à but lucratif. Elles tirent
l’essentiel de leurs ressources de la publicité et sont détenues par des personnes
morales de droit privé. Elles ont vocation à s’étendre sur tout le territoire national.
A la date du 31 décembre 2016, l’on en dénombrait cinq (5) :
- RADIO JAM FM ;
- RADIO NOSTALGIE ;
- VIBE RADIO ;
- TRACE FM ;
- HIT RADIO.

B/ Les radios privées non commerciales

Les radiodiffusions sonores privées non commerciales sont les plus nombreuses. Il
en existe actuellement cent soixante-cinq (165). Ce sont des services de radios de

46
type communautaire ou associatif, à but non lucratif. A ces radios, la loi portant
régime juridique de la communication audiovisuelle a accordé la possibilité de
recourir à des ressources publicitaires pour une part ne pouvant excéder 20 % de
leur budget (article 83). Leur typologie se présente comme suit :

1/ Les Radios Ecoles

Les radios écoles ont une vocation pédagogique. Elles interviennent principalement
dans le domaine de la formation aux métiers de la communication. Leur rayon de
couverture n’excède pas cinq (5) Km. Elles sont au nombre de cinq (5) :

ABIDJAN (COCODY) :
ATLANTIQUE FM 107.2 MHz Université de l’Atlantique Abidjan
ISTC FM 103.8 MHz Institut des Sciences et Techniques de la Communication
(ISTC)
ELITE FM 104.0 MHz Centre de Formation Pratique et de Perfectionnement aux
Métiers de la Communication et de la Culture
ABIDJAN (TREICHVILLE) :
RADIO BLM 100.6 MHz Institut BLM ISACOM
BOUAKE : MERIDIEN FM 90.2 MHz Université de l’Atlantique Bouaké

2/ Les Radios de Proximité

Les radios de proximité visent dans leurs programmes l’information et l’animation


locale, le développement culturel et l’éducation permanente. Leurs zones de
couverture se limitent à la localité ou à la commune dans laquelle elles sont
implantées, avec un rayon n’excédant pas 10 Km. Elles sont au nombre de cent-
quarante (140).

3/ Les Radios Rurales Locales

Les radios rurales ont vocation à accompagner les initiatives et activités de


développement (socio-économique) au niveau local. Elles ont été créées par l’Etat de
Côte d’Ivoire en 1995, dans le but de relayer les informations relatives à l’action
gouvernementale. Elles couvrent tout un département ou une région dans un rayon
de 80 km et sont au nombre de sept (7) :
RADIO RURALE TIASSALE (90,300 MHz) ;
LA VOIX D'ADZOPE (90,600 MHz) ;
RADIO SAN-PEDRO (90,000 MHZ) ;
LA VOIX DU CAVALLY (94,300 MHz) ;
RADIO MORONOU (100,000 MHz) ;
RADIO BINKADI (106,700 MHz) ;
RADIO BOUNA (105,000 MHz).

4/ Les Radios Confessionnelles

Les radios confessionnelles sont des radios privées non commerciales qui
appartiennent à une communauté religieuse. Le contenu de leurs programmes est
essentiellement d’intérêt religieux. Ces radios sont au nombre de douze (12) :
RADIO PAIX SANWI ;

47
RADIO NATIONALE CATHOLIQUE ;
RADIO CHANDELIER ;
RADIO ESPOIR ;
RADIO FREQUENCE VIE ;
LA VOIX DE L'ESPERANCE ;
RADIO AL BAYANE ;
RADIO MARIA ;
RADIO LA VOIX DES 18 MONTAGNES ;
RADIO AL FOURQANE ;
RADIO AL FIRDAWS ;
RADIO SINAI.

A l’occasion de la libéralisation de l’espace audiovisuel dans les années 1990, les


fréquences dédiées à l’exploitation de radio religieuse avaient été assignées à trois
confessions religieuses présentes en Côte d’Ivoire, à savoir :
- la religion Catholique ;
- la religion Musulmane ;
- la religion Protestante.

Aujourd’hui, face aux nombreuses demandes de radio formulées, une réflexion est
menée par la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) en vue de
prendre en compte les autres courants religieux. Il pourrait être envisagé une
exploitation commune du service concédé, compte tenu de la rareté des fréquences.

C/ Les radios non nationales

Des stations de radiodiffusion sonore d’origine étrangère, de réputation


internationale, autorisées sous le vocable de « radios non nationales » ainsi qu’il
ressort des dispositions de l’article 87 de la loi n°2004-644 du 14 décembre 2004,
complètent le paysage radiophonique ivoirien.
Ces radios sont au nombre de quatre (4) :
BRITISH BROADCASTING CORPORATION (BBC) AFRICA (94.3 MHz) [disponible
également sur le bouquet satellitaire de Canal +]
RADIO FRANCE INTERNATIONALE (RFI) (97.6 MHz) [disponible également sur le
bouquet satellitaire de Canal +]
VOICE OF AMERICA (VOA) (99.0MHz)
RADIO MÉDITERRANÉE INTERNATIONALE –MEDI 1- (MEDI 1) (97.2 MHz).

D/ Les chaînes de radio distribuées par le satellite

Les chaînes de radio distribuées par le satellite et disponibles sur le bouquet de


Canal+ Côte d’Ivoire sont au nombre de cinquante-deux (52).

Paragraphe 4 : La télévision

A/ Les chaînes nationales

En attendant le démarrage effectif des activités des quatre (4) chaînes de télévisions
privées commerciales récemment autorisées, l’espace audiovisuel national est
dominé par les chaînes publiques regroupées au sein de la Radiodiffusion télévision

48
ivoirienne (RTI) avec 3 chaînes de télévision dont une à vocation nationale (RTI 1) ;
une de proximité (RTI 2) rayonnant sur Abidjan et ses environs, Man, Koun-Fao,
Bouaké et une régionale (RTI Bouaké). Il convient de noter qu’avec l’avènement du
satellite, RTT1 RTI2 (bien qu’ayant une zone d’émission limitée par onde hertzienne)
peuvent être captées par les usagers abonnés aux bouquets dédiés.

B/ Les télévisions disponibles par le satellite

Les chaînes de télévision et services audiovisuels distribués par le satellite et


disponibles sur le bouquet de Canal+ Côte d’Ivoire sont au nombre de cent cinquante
trois (153). Celles diffusées sur Star Times sont au nombre 150 à la date de fin mai
2017. Ce bouquet ne distribue pas de chaînes de radio pour le moment.

Paragraphe 5 : Les agences de presse

La Côte d’Ivoire compte aussi plusieurs agences de presse nationales publiques et


privées dont les plus professionnelles sont l’Agence Ivoirienne de Presse (AIP) et
Alerte Info.

A/ L’Agence Ivoirienne de Presse

L’AIP est une agence de service public créé le 2 juin 1961 par la loi N° 61-200 du 2
juin 1961 pour permettre à la Côte d’Ivoire d’assurer sa souveraineté en matière de
collecte et de redistribution de l’information nationale et mondiale. Elle a le statut d’un
Etablissement Public National à caractère Administratif dont le siège se trouve à
Abidjan-Plateau, Avenue Chardy. Elle a pour objet la collecte, le traitement et la
distribution de l’information aux organes de presse et autres usagers contre
paiement. Elle est dirigée par un Conseil de gestion et une direction centrale.

D’entreprise Publique à sa création, l’AIP est devenue une direction du Ministère de


l’Information pendant de nombreuses années avant d’être érigée en Etablissement
Public National à caractère administratif par le décret N° 91-181 du 27 mars 1991
modifié par le décret n° 2013-28 du 23 janvier 2013. Dotée de la personnalité civile et
de l’autonomie de gestion, elle est soumise à la tutelle administrative et technique du
Ministère de la Communication, et à la tutelle économique et financière du Ministère
de l’Economie et des Finances.

B/ Alerte info

Créée en octobre 2006, l’agence de presse privée ALERTE INFO est la première en
Côte d’Ivoire et en Afrique, notamment au Burkina Faso, Cameroun, Mali et Sénégal,
spécialisée dans la production et la diffusion de l’actualité par SMS, sur application
mobile pour Smartphones et le web. Hommes et femmes d’affaires, diplomates,
cadres du privé et du public, membres de gouvernements et du système des Nations
unies, officiers de forces armées, médias (radio, télé et presse écrite), religieux
constituent la majorité des abonnés de l’agence, aussi bien en Côte d’Ivoire, au
Burkina Faso, au Mali, au Sénégal qu’au Cameroun.

Le 16 mars 2016 à Paris, l’agence de presse ALERTE INFO a reçu le 2e Prix de la


première édition de l’innovation dans les médias, initié par l’Organisation

49
Internationale de la Francophonie (OIF), Reporters Sans Frontières (RSF) et Radio
France internationale (RFI).

Paragraphe 6 : L’Internet et les technologies de l’information et de la


communication : un secteur en plein essor

Contrairement aux autres médias, notamment la presse et la presse en ligne dont il


constitue l’un des canaux privilégiés de diffusion, l’Internet connait un véritable essor
en Côte d’Ivoire et constitue une activité florissante pour les fournisseurs d’accès.
Créé dans les années 1990, après la téléphonie mobile, l’Internet a subi un
développement important en Côte d'Ivoire. Aujourd'hui, il est accessible dans toutes
les grandes villes du pays. Bien que la connexion Internet fût d'abord offerte grâce à
l'ADSL, elle a subi une véritable évolution avec l’avènement d’opérateurs de
téléphonie mobile qui ont proposé des solutions internet adaptées aux personnes en
déplacement.

A/ L'Internet via la ligne ADSL

Dans un premier temps, les Ivoiriens devaient se connecter à Internet via la ligne
ADSL, c’est-à-dire par le biais de leur ligne téléphonique. Lorsque la connexion se
fait par l'ADSL, l’internet est accessible grâce au téléphone fixe. Internet est alors
présent au sein des domiciles des particuliers et des entreprises grâce à différents
fournisseurs d'accès internet dont font partie Alink d'Atlantique Telecom, Vipnet et
l'opérateur historique Aviso de Orange Côte d'Ivoire Télécom. Cet opérateur
dispose d'un monopôle sur les lignes ADSL du pays et les loue aux autres
fournisseurs d'accès Internet qui se chargent à leur tour de les commercialiser aux
multiples utilisateurs locaux.

B/ L'Internet mobile

Plus récent, ce type de connexion est fourni par les différents opérateurs de
téléphonie mobile dont font partie Orange-CI, MTN-CI et Moov-CI, grâce aux clés
USB data internet, aux Box Internet et aux Bornes Wifi mobile. En Côte d'Ivoire, les
clés Wimax et les clés 4G sont proposées par les trois opérateurs de téléphonie
mobile. Elles permettent de se connecter à Internet à tout endroit où le signal émet
de façon suffisante. La couverture mobile a atteint presque la totalité du territoire en
2011, celle-ci permettant alors à tout ivoirien de rester connecté au monde entier,
mêmes dans les zones rurales les plus éloignées.

Les box Internet sont aussi de plus en plus utilisés. Elles permettent à plusieurs
ordinateurs ou mobiles par exemple de se connecter à Internet à partir d'un point
d'accès unique grâce au Wifi ou à un câble. Les trois opérateurs de téléphonie
mobile ivoiriens proposent leur box ; MTN proposant la Wibox et Orange-CI
proposant la Livebox par exemple. Les opérateurs de téléphonie mobile ont mis à la
disposition des ivoiriens des bornes Wifi mobile leur permettant ainsi de se connecter
à Internet quel que soit l'endroit où ils sont situés. Leur taille réduite permet en effet
aux bornes Wifi mobile d’être transportées facilement pour profiter d’une connexion
optimale à tout moment.

50
C/ Les utilisateurs de l'Internet en Côte d'Ivoire

Parmi les différents utilisateurs de l'Internet, on retrouve aussi bien des particuliers
que des entreprises. En 2000, on recensait près de 20.000 utilisateurs de l'Internet,
chiffre qui est monté à 300.000 trois ans plus tard. En 2012, le nombre d'utilisateurs
s'élevait à près de 2 millions de personnes. Au début de l'année 2013, on
comptabilisait environ 125.000 abonnés à l'ADSL. En 2010, c’était près de 200.000
personnes qui utilisaient une clé 3G pour accéder à une connexion Internet. Quant
aux particuliers ne disposant pas de leur propre connexion Internet privée, ils
peuvent se rendre dans l'un des milliers de cybercafés présents sur le territoire
ivoirien.

Paragraphe 7 : Le mobile média

Les données fournies à la section précédente, tout en montrant l’essor des


compagnies de téléphonie mobile et des fournisseurs d’accès à Internet, rendent
compte du fort taux de pénétration de l’Internet et de ses outils, notamment le
téléphone mobile, chez de nombreux ivoiriens. Cette situation va avoir parallèlement
un impact sur le rapport des usagers aux produits de l’information désormais
dématérialisés et plus flexibles/faciles d’accès grâce à Internet via le téléphone
portable.

Certains éditeurs l’ont si bien compris qu’ils proposent de l’information en temps réel
aux populations. C’est le cas de Fraternité Matin qui offre plusieurs types de produits
:
- Fratmat mobile avec la compagnie Orange.
Avec cette formule, moyennant un abonnement modulable (horaire, journalier,
hebdomadaire, mensuel, continu), ce produit donne accès à 9 rubriques qui
concernent l’actualité politique, économique, sportive, culturelle, l’emploi,
l’humour/loll, les opinions, people, les nouvelles de l’étranger, avec la possibilité de
recevoir 5 flashs par jour
- Fratmat express avec MTN qui propose le même type d’informations
- Moov Actu plus avec la compagnie MOOV.

D’autres éditeurs proposent des produits similaires ou des alertes qui permettent à
leurs clients d’être continuellement informés, par sms, sur les points chauds de
l’actualité. Il s’agit de Alerte Info, de l’Agence Ivoirienne de Presse (AIP) et de
Tafnews qui commercialise alerte actu avec MOOV. A ces produits, il faut ajouter
tous les sites d’informations en ligne qui offrent la possibilité aux usagers de
s’informer gratuitement (en dehors du coût de l’accès à Internet) et en continu sur
l’actualité : [Link], [Link], [Link], [Link],
[Link], etc.

Paragraphe 8 : Des médias non légalement constitués

Suite aux différentes crises que la Côte d’Ivoire a connues, de 2002 à 2011, des
radios privées non commerciales ont été créées spontanément sans autorisation
préalable de l’instance de régulation comme l’exige la loi portant régime juridique de
la communication audiovisuelle. Elles sont pour la plupart situées dans les zones
autrefois appelées CNO (Centre Nord-Ouest). Certaines de ces radios ont fortement

51
contribué au retour de la paix et de la cohésion sociale dans les zones où elles sont
implantées. Au regard de ce rôle important, la HACA les a invitées à régulariser leur
situation en se conformant à la loi.

Si certaines l’ont fait, d’autres exercent toujours dans l’illégalité, malgré les
interpellations de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle qui a toujours
privilégié, dans ses relations avec les opérateurs du secteur, l’approche
pédagogique.

CHAPITRE II : La cartographie des médias

La plupart des médias imprimés ont leurs sièges à Abidjan. Seules les radios dites
de proximité permettent un véritable maillage médiatique du territoire national.
Comme l’indique le tableau ci-après, ces radios sont installées dans pratiquement
chacune des grandes régions de Côte d’Ivoire et leurs localités. Les radios
commerciales ont vocation à couvrir l’ensemble du territoire national. S’agissant des
radios privées non commerciales, certaines ont vocation à couvrir l’ensemble du
territoire national (Radio Al Bayane, Radio fréquence Vie et Radio Nationale
Catholique).

La zone de couverture des radios de proximité se limite à la localité ou à la commune


dans laquelle elles sont implantées, avec un rayon n’excédant pas 10 Km. Il en de
même pour les radios confessionnelles autres que celles ayant vocation à couvrir
l’ensemble du territoire national. Les radios rurales locales couvrent tout un
département ou une région dans un rayon de 80 km. Pour ce qui est des médias de
service public, le taux de couverture télévisuelle se situe à 96% en 2015 et celui de
la radio à 98 %. La représentation du Ministère de la Communication au plan national
et international est faible. La carte ci-après essaie de matérialiser l’implantation des
médias sur le territoire national. L’on observe une bonne répartition des radios de
proximité sur l’ensemble du territoire contre une très forte concentration de la presse
à Abidjan.

CHAPITRE III : Les autres acteurs du secteur

Paragraphe 1 : Les éditeurs et promoteurs de médias

A/ Les entreprises de presse

Le paysage médiatique ivoirien compte près d’une centaine d’entreprises de presse.


En 2015 (chiffes CNP), elles étaient quatre-vingt-une (81) à avoir édité 103
publications. Le profil de leurs vrais propriétaires ou gestionnaires est variable. Il part
de vrais hommes d’affaires (Feu Rayess Nady, Zohoré Lassana, Fabrice Sawegnon,
Charles Tra-Bi, Assalé Tiémoko pour respectivement Gbich, Soir Info, Tycoon, La
Synthèse, L’Eléphant déchaîné) à l’Etat (Fraternité Matin, Femmes d’Afrique) en
passant par les partis politiques et personnes qui leur sont très proches (Le Nouveau
Réveil, Le Patriote, Notre Voie, La Voie originale, Le Temps, etc.).

Ces derniers sont les plus nombreux et participent à une forte bipolarisation de
l’univers médiatique. C’est en cela d’ailleurs que la presse quotidienne ivoirienne a la
réputation d’être partisane et peu équitable dans le traitement de l’information. Cette

52
réputation s’explique par l’attachement de ces maisons de presse à des chapelles
politiques dont elles sont en réalité les porte-voix. En résumé, la tendance dominante
est celle de promoteurs :
très proches des acteurs politiques plutôt que celui d’entrepreneurs,
qui tirent l’essentiel de leur financement de leur activisme politique tandis que leurs
supports servent beaucoup plus la cause à l’origine de la provenance des fonds,
et qui, pour la plupart, ne considèrent pas l’entreprise de presse comme une
organisation qui doit pouvoir vivre par elle-même. Ils restent plutôt dépendants des
subventions et des apports des promoteurs non visibles au plan capitalistique.

Le constat est pratiquement similaire au niveau de la presse en ligne où l’on note


aussi une tendance à la bipolarisation avec des supports proches des chapelles
politiques : [Link] (opposition), [Link] (pouvoir).
Néanmoins, la prolifération des médias numériques permet d’atténuer fortement
cette bipolarisation. Et les éditeurs de l’information en ligne ont des profils variés :
- étudiants en immersion dans le milieu professionnel : [Link]
- entreprises de presse : [Link] appartenant à Weblogy, [Link] (Telecom
Action Faith), [Link] (SNPECI), [Link] (Groupe Olympe), Class
FM ([Link]), [Link] (Emdia Company)
- écoles ou instituts de formation : [Link] (ISTC)
- particuliers : [Link].

B/ Les agences de presse

Les agences de presse et fournisseurs de programmes ont pour promoteurs l’Etat et


le privé. A ce titre, l’on compte l’AIP (Agence Ivoirienne de Presse) pour le service
public et Alerte info pour le privé.

Paragraphe 2 : Les imprimeurs, les distributeurs, les régies publicitaires et les


annonceurs

A/ Les imprimeurs

Plusieurs entreprises impriment les journaux en Côte d’Ivoire. Au nombre des plus
connues et des plus professionnelles, l’on compte l’imprimerie de la Société
Nationale de Presse et d’Edition de Côte d’Ivoire (SNPECI), l’imprimerie du Groupe
Olympe et Sud Action Media dirigée par monsieur Samba KONE.

B/ Les distributeurs

La distribution est essentiellement tenue par EDIPRESSE. Cette entreprise existe


depuis 1963 et survit tant bien que mal aux crises du secteur. A ce jour, au titre des
publications distribuées par Edipresse, l’on dénombre 22 quotidiens et 68 supports
de différentes périodicités, soit au total 90 publications.

C/ Les régies publicitaires

En Côte d’Ivoire, l’activité de la publicité est menée par les régies publicitaires
chargées de commercialiser des espaces publicitaires de supports. Pour exercer leur
métier, elles obtiennent un agrément du Conseil Supérieur de la Publicité (CSP), une

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structure sous tutelle du ministère en charge de la communication. En 2016, le CSP
a autorisé 156 sociétés à mener l’activité de régisseur, en plus d’un courtier
indépendant (KOUANDE WA CARLOS) chargé de Radio Amitié Yopougon.

Parmi les 156 structures agréées :


- Une douzaine représente des entreprises de médias :
Société Nouvelle de Presse et d’Edition de Côte d’Ivoire (SNPECI), éditrice de
Fraternité Matin, Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI), La Refondation, éditrice
de Notre Voie, Société Radio Nostalgie (SORANO), Mayama Editions et Production,
éditrice du quotidien Le Patriote, Voodoo Media, éditrice du magazine Tycoon, Les
Editions «LE REVEIL», éditrice de Le Nouveau Réveil, Société Nationale de Presse
et d’Edition (SNPED), CÔTE D’IVOIRE ECONOMIE, Nord-Sud Communication,
éditrice de Nord Sud Quotidien, Trace Cote d’Ivoire, gestionnaire de Trace FM,
Entreprise Radio JAM pour Radio JAM.
- 49 commercialisent des espaces pour des publications
- 8 des espaces audiovisuels
- 5 des espaces pour des sites Internet
- le reste vend des espaces pour divers autres supports (affichage, affichage mural,
affichage mobile, téléphonie mobile, événementiel, écran Led d’intérieur,
signalétique, caddies de supermarchés).

D/ Les annonceurs

Les annonceurs font partie, en plus de la vente de l’information aux usagers, des
deux principales sources de financement des médias. En Côte d’Ivoire, les
principaux annonceurs sont issus, par ordre d’importance des sommes investies
dans la publicité, des secteurs de la téléphonie mobile (Orange Côte d’Ivoire, MTN
Côte d’Ivoire, Moov Côte d’Ivoire), de l’agroalimentaire (Unilever, Solibra, Groupe
carré d’Or) et du cosmétique (Dream Cosmétics, Nouvelle Parfumerie Gandour,
Groupe SIVOP).

En 2015, les 20 premiers annonceurs ont dépensé plus de 13,6 milliards FCFA en
publicité dans divers médias : télévision, radio, presse, affichage. Malheureusement,
cette manne ne semble pas toujours profiter aux éditeurs de presse dont les
principaux représentants (Groupements des Editeurs de Côte d’Ivoire-GEPCIet. Le
Forum des Directeurs de Publication de Côte d’ivoire-FORDPCI) se plaignent de la
rareté de la publicité dans leurs supports. Au mieux, quand ils en reçoivent, le
‘‘paiement par les régies commises par les annonceurs s’effectue avec beaucoup de
retard ; six mois, voire un an’’1, dénonce avec amertume Charles Tra-Bi, Président
du FORDPCI.

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CONCLUSION

Le régime juridique de la presse et de la communication audiovisuelle en Côte


d’Ivoire connait une évolution rapide du fait du dynamisme de ce secteur qui est en
plaine mutation. Les textes actuels sont jugés par les acteurs comme étant
globalement favorables au développement du secteur des médias. Ils consacrent et
organisent le principe de la liberté de la presse et d’information. Pour la création d’un
journal, il n’y a pas d’autorisation requise des pouvoirs publics, le principe est la
déclaration aux fins d’information des autorités. Les médias en ligne ne sont pas pris
en compte par la législation en vigueur, ce qui débouche sur une prolifération et une
inorganisation des sites d’informations en ligne. Les acteurs sont unanimes que l’État
n’interfère pas en matière de communication numérique, notamment en cherchant à
filtrer le contenu des diffusions via Internet.

En matière de liberté de presse, il existe un principe qui est l’interdiction de la peine


d’emprisonnement. Ce principe est assorti d’exception lorsque les faits tombent sous
le coup des articles 174 et 175 du code pénal. Deux organes de régulation (CNP et
HACA) sont créés respectivement pour le sous-secteur presse et le sous-secteur
communication audiovisuelle. Le mode de désignation des membres de ces
instances ne garantit pas suffisamment leur indépendance vis-à-vis des décideurs
politiques et cela est décrié en pratique par les journalistes. Les réformes en cours
devraient s’appuyer sur les acquis des lois actuelles pour renforcer l’indépendance
des organes de régulation et supprimer totalement l’emprisonnement pour les délits
de presse.

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BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE

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l’année 2016

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décembre 2000 • Médias généralistes et idéal journalistique : la fin d’une époque. Cahiers du
journalisme, n° 16, automne 2006

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formation au journalisme
SONNAC Nathalie, L’économie de la presse : vers un nouveau modèle d’affaires in Les
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