Droit Des Medias
Droit Des Medias
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SOMMAIRE
INTRODUCTION
I/ Approche terminologique
II/ Contexte et objectifs du cours
Section 2 : Un vide juridique après les indépendances sous l’ère du parti unique
Paragraphe 1 : L’état de la législation en vigueur
Paragraphe 2 : L’idéologie accompagnant la législation
Paragraphe 3 : L’état de la presse existante sous l’ère du parti unique
Section 3 : L’adoption des premiers textes sur les medias en 1991 avec le retour au
multipartisme
Paragraphe 1 : Le rappel de l’esprit des textes
Paragraphe 2 : L’explosion des organes de presse après le retour au multipartisme
2
Paragraphe 3 : Le renvoi de l’incrimination de certains délits de presse au Code pénal
Paragraphe 4 : Les restrictions liées à la défense et la sécurité nationale
Paragraphe 5 : La surveillance judiciaire de la liberté de presse
Paragraphe 6 : La non prise en compte des médias numériques
Paragraphe 7 : Les limites à l’accès à l’information publique
Paragraphe 8 : L’imprécision du statut des radios de proximité
BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE
3
INTRODUCTION
I/ Approche terminologique
Le média peut être direct comme par exemple le langage, l’écriture, les
l’affiche ;
Le média peut être diffusé par le biais d’un dispositif technique comme par
exemple la radio, la télévision, le cinéma, Internet, la presse, etc…
Le droit des médias est une branche du droit constituée d’un ensemble de règles qui
régit les moyens permettant de communiquer des informations quel que soit le
support. Ce droit est celui de toutes les formes d’expression (écrites, sonores,
visuelles et audiovisuelles) et techniques de communication publique (presse, radio,
télévision, film, livre, affiche, supports numériques, communication au public en
ligne…), de la presse à l’internet, de l’écrit à l’écran, des médias au multimédia, quel
qu’en soit le contenu (information d’actualité, documentation, fiction, divertissement,
publicité…). Dès lors qu’il y a publication, le droit des médias a vocation à s’y
appliquer. Les médias sont aussi le reflet des débats démocratiques qui agitent la
société, débats qui débouchent souvent sur des choix politiques. Les médias
informent donc le citoyen et lui permettent de se faire une opinion pour faire ses
choix en connaissance de cause.
A partir de cette définition, l’on peut déduire que le droit des medias et celui de
l’information et de la communication sont les mêmes disciplines, puisqu’ils visent les
mêmes buts et objectifs. Le droit de l’information et de la communication est
envisagé comme étant celui qui vise l’encadrement des situations dans lesquelles un
émetteur et un récepteur, situés à distance, sont mis en relation. Le nombre de
règles de droit susceptibles de tomber dans cet ensemble est évidemment
considérable. C’est pourquoi l’on dit souvent que c’est le droit qui s’intéresse à la «
publication » des informations. On y retrouve les conditions auxquelles il est licite de
publier, donc de porter à la connaissance d’un ensemble indéterminé de personnes
des propos, des images ou d’autres contenus.
Il faut entendre par droit des TIC, ou DTIC, le droit des Technologies de l’information
et de la Communication.
4
La notion de TIC est un acronyme relatif aux Technologies de l'Information et de la
Communication qui regroupent internet, les télécommunications, les multimédias1,
l'informatique et l'audiovisuel. Il s’agit d’un ensemble de technologies utilisées pour
traiter, modifier et échanger de l'information, plus spécifiquement des données
numérisées. La naissance des NTIC est due notamment à la convergence de
l'informatique, des télécommunications et de l'audiovisuel. Le secteur des TIC ayant
pour caractéristique fondamentale la dématérialisation des affaires, il s’est trouvé
plus que nécessaire de mettre en place un tel droit pour rassurer les différents
acteurs qui y interviennent. C’est cette sécurité juridique qui permettra à tous
d’embrasser ce secteur sans trop de crainte.
Le droit des TIC est lui-même composé de plusieurs branches ou secteurs. En effet,
il prend en compte des champs comme :
Le commerce électronique ;
Les données à caractères personnels ;
Les télécommunications ;
La poste ;
La signature électronique2 ;
La cybercriminalité, Etc.
2/ Le droit de la publicité
A/ Contexte
L’histoire des médias est intimement liée à celle des nations modernes. Porteuse de
l’espérance et des aspirations des peuples en mutation à un mieux-être, l’information
1
Le terme multimédia fut utilisé pour la première fois aux États-Unis en 1966, puis repris en France à
partir de 1978. Il désignera plus tard les applications qui grâce à la capacité de stockage d'information
du CD-ROM, ou d'Internet (par téléchargement), et aux capacités de l'ordinateur — peuvent créer,
utiliser ou piloter différents médias simultanément : musique, son, image, vidéo, et interface graphique
interactive (IHM).
2
La signature électronique (parfois appelée signature numérique) est un mécanisme permettant
de garantir l'intégrité d'un document électronique et d'en authentifier l'auteur, par analogie avec la
signature manuscrite d'un document papier.
Elle se différencie de la signature écrite par le fait qu'elle n'est pas visuelle, mais correspond à une
suite de caractères.
5
médiatique s’est révélée au fil des époques comme un incontournable creuset de
liberté et de démocratie.
Mais ici comme ailleurs, les médias traditionnels, notamment la presse, après avoir
connu leur période glorieuse, ne finissent pas d’achever leur traversée du désert,
dans un marché de plus en plus concurrentiel où apparaissent de nouveaux types de
médias, moins coûteux et plus accessibles aux publics. Aussi, la chute drastique des
prix de vente des journaux, face à des charges de fonctionnement de plus en plus
lourdes, ne finit-elle pas de plonger la presse ivoirienne dans la léthargie.
Ce, en dépit des appuis financiers de l’Etat (subvention à l’édition, etc.) au secteur,
en sus de réformes juridiques et structurelles, auxquelles s’ajoutent de nombreuses
initiatives publiques et privées émanant de partenaires au développement,
d’organismes nationaux et internationaux. De même, peu d’organes survivent à leur
création ou parviennent à vivre, à terme, de leurs productions. Aussi, importe-t-il de
savoir quels sont les facteurs objectifs qui expliquent la précarité des médias
ivoiriens ainsi que les causes structurelles, institutionnelles ou systémiques qui
justifient cette situation.
B/ Objectifs du cours
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PREMIERE PARTIE : LE CADRE JURIDIQUE
Le secteur des médias est régi par un ensemble de textes qui peuvent être
regroupés en deux grands groupes : les textes d’émanation étatique et les textes de
nature corporatiste.
Dans une approche chronologique, une législation nationale autonome sur les
médias est très récente. Nous aborderons d’abord l’encadrement des médias sous
l’ère coloniale, avant d’analyser ceux apparus après les indépendances. Sous l’ère
des indépendances, les premiers textes ont été adoptés en 1991 suite au retour au
multipartisme en 1990. Mais ces textes, quoique récents vont connaitre une évolution
très rapide, mus certainement par le contexte socio-politique fortement agité qui a
précédé, mais surtout suivi leur adoption.
Dans le contexte colonial, les medias étaient encadrés par la loi française du 29
Juillet 1881 sur la liberté de la presse. A cet effet, de 1910 à 1960, environ trente-
sept journaux sont parus3. La plupart ont eu une existence très éphémère ou subi de
nombreux avatars. La presse ivoirienne de cette époque était une presse d’opinion,
une presse de combat à faible tirage (500 à 3500 exemplaires au maximum) initiée
par les blancs.
La presse en Côte d’Ivoire fut d’abord celle des Blancs. C’est en 1906 que fut publié
le premier bimensuel d’informations, à Grand-Bassam. Il s’agit de la Côte d’Ivoire,
créé par Charles Ostench et Clément. Ces deux journalistes étaient présents, le 11
septembre 1910, à l’inauguration du Viaduc, sur le N’zi, et de la gare de Dimbokro.
Jusqu’en 1935, la presse fut entièrement réalisée par des Blancs. Ce n’est qu’en mai
1935 que paraît le premier journal créé et rédigé par des Ivoiriens : ce journal
(L’Eclaireur de Côte d’Ivoire) et un autre qui lui succédera n’auront qu’une existence
éphémère. Il faudra attendre 1946 pour que d’autres essais soient tentés.
La presse réalisée par et pour les colons français peut, assez arbitrairement sans
doute, être classée entre presse d’informations et presse d’opinion. La presse
d’opinion défendait surtout les intérêts des colons. Leur attitude vis-à-vis des
indigènes était plus ou moins favorable. Aucun cependant ne contestait les ‘‘
bienfaits de la colonisation ’’ et ne pouvait être taxé d’anticolonialisme. En 1913,
Julien Vizioz, vice-président de la chambre de commerce, fonde l’Indépendant de la
Côte d’Ivoire. Parmi les colonialistes ‘‘modérés’’, qui prennent parfois la défense des
intérêts des planteurs autochtones, citons tout d’abord Charles Modeste qui fonde en
3
Les informations relatives à la presse ivoirienne à l’époque coloniale sont en partie des reprises de
Geneviève Roux (1975). La presse ivoirienne : miroir d’une société, essai sur les changements
socioculturels en Côte d’Ivoire, thèse de Doctorat 3e cycle, 2t. Université René Descartes-Paris, PP.
19-22.
7
1922 Le Progrès Colonial. En 1936, Maître A. Brulfert soutient la cause des Africains
lors de l’élection au Conseil Supérieur des Colonies.
Dans le même temps, d’autres colons ne défendent que leurs intérêts propres sans
se soucier de ceux des Ivoiriens. Jean Rose mène la lutte de 1931 à la guerre de
1940. En janvier 1931, il lance le Bulletin mensuel du groupement Agricole de la
basse Côte d’Ivoire qui défend les intérêts des colons et donne des informations
commerciales. Puis en 1932, il publie L’Avenir de la Côte d’Ivoire qui défend le petit
et moyen commerce et veut l’autonomie financière de la Côte d’Ivoire. Ce journal est
interrompu en 1937.
Deux ans plus tard, Jean Rose lance Le Cri du Planteur pour la défense des intérêts
agricoles de la Côte d’Ivoire. En 1932, Roger Rappet crée Le Trait d’Union destiné à
faire l’union de tous les intérêts coloniaux. A côté de cette presse d’opinion, une
presse d’information essaie de naître. En octobre 1932, Louis Rouillon publie France
Afrique. Ce journal disparaît en 1935. Le 12 juillet 1940, le gouvernement local publie
La Côte d’Ivoire française pour informer les populations des évènements qui vont
suivre l’armistice. En 1944, ce journal devient La Côte-d’Ivoire française libre. Il est
supprimé par arrêté le 09 avril 1946 et remplacé par Feuille d’Avis qui dure jusqu’au
12 mars 1949. Parallèlement, le commandant Ply publie à partir de juillet 1946 le
Bulletin de la Côte-d’Ivoire qui devient bihebdomadaire en 1949 et prend le nom de
La Côte-d’Ivoire. Il disparaît en 1951.
En 1949 Ch. De Breteuil publie un nouveau France-Afrique qui n’a aucun lien avec
celui de L. Rouillon paru en 1932. D’abord bihebdomadaire puis trihebdomadaire, il
devient quotidien sous le nom d’Abidjan Matin. Ce journal est donc le premier
quotidien de Côte d’Ivoire. Il vit jusqu’à la naissance de Fraternité Matin en décembre
1964. Il donne une large place aux informations souvent recopiées directement de
France-Soir. Lancé par la chaîne de Breteuil, qui édite Dakar Matin et La Presse du
Cameroun, il connaît un succès certain et atteint un tirage de 9000 exemplaires en
1958.
Pour terminer ce tableau de la presse écrite par les Blancs, signalons deux journaux
parus en 1936 lors de la campagne électorale : Notre Voix et L’Acajou. Notre Voix,
fondé par Paul Pons, planteur à Eloka, était l’organe du parti socialiste (S.F.I.O.) en
ôte d’Ivoire. Il soutenait la politique du Front Populaire et la candidature de Georges
Nouelle pour la désignation du Délégué de Côte d’Ivoire au Conseil Supérieur des
Colonies. L’Acajou, géré par Joseph Ferras, soutenait quant à lui la candidature
d’Alcide Delmont. Qu’en était-il de la presse animée par les africains ?
Elle fut essentiellement une presse d’opinion et de combat. Le premier journal date
de mai 1935. C’est L’Eclaireur de la Côte d’Ivoire fondé par Kouamé Binzème et G.J.
Vilasco. Il veut éclairer l’opinion et défendre les intérêts généraux du pays. Il connaît
un très grand succès car il combat les abus des chefs, réclame le développement
des œuvres sociales, défend les planteurs africains. Mais après le départ de
Binzème pour la France, le journal cesse de paraître dès octobre 1935. Un
Sénégalais, Hamed Sow Télémaque, lance une nouvelle feuille en janvier 1936 sous
le nom de L’Impérial de la Côte d’Ivoire.
8
Il lance une souscription en vue de doter le pays d’une presse africaine
indépendante, mais il est contraint de rentrer au Sénégal devant l’opposition du
régime colonial et la crainte des Ivoiriens. Après cet essai, il a fallu attendre 1946, dix
ans plus tard, pour que de nouveaux journaux soient publiés. Ce furent entre autres
Africa, créé par Sene Nasséné, qui est saisi dès sa première parution. En guise de
protestation, son promoteur publie une Lettre ouverte aux Administrateurs qui
dénonce les abus du système colonial. Le 17 janvier 1946, Kouamé Binzéme, qui
avait lancé dix ans plutôt L’Eclaireur de Côte d’Ivoire, publie Pachibo.
Ce journal avait pour rédacteur en chef Cyprien Brou QUAHO. Il était imprimé sur les
presses du Progrès Colonial à Bassam. Mais des difficultés techniques sont vite
apparues. Le Parti Progressiste de Côte d’Ivoire qui soutenait Binzème décidera de
l’achat d’une imprimerie. Celle-ci sera installée en décembre 1949 ; c’est l’imprimerie
africaine de Côte d’Ivoire. La presse écrite par les Ivoiriens devient très vite une
presse de parti, créée davantage pour que les intellectuels y expriment leurs opinions
anticolonialistes que pour endoctriner les militants, illettrés pour la plupart. Quatre
organes de presse anti-P.D.C.I. paraissent alors. Ce sont, outre Pachibo (organe
officiel du ‘‘Parti Progressiste de Côte d’Ivoire’’-P.P.C.I.) qui devient Le Progressiste,
La Vérité paru en 1949, mais qui n’aura qu’un numéro, L’Opinion créé par un
Libanais, puis Attoumgblan publié par le professeur Boni. Ce dernier organe fut
souvent saisi en raison de sa virulence.
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Ivoirienne. Mais quel visage la presse ivoirienne a-t-elle présenté depuis l’acquisition
de l’indépendance de la Côte d’Ivoire ?
Sur la période allant de 1960 à 1990 (soit 30 ans après les indépendances), l’Etat de
Côte d’Ivoire n’avait pas de lois nationales sur les medias. Une législation à cette
époque sur les medias privés ou pour être plus précis, sur une presse indépendante
n’aurait visiblement pas d’objet, tous les journaux privés préindépendance ayant
disparu rapidement au profit des journaux d’Etat. Durant cette période, il n’y avait de
presse que celle du parti unique au pouvoir. Florissant à l’époque coloniale, avec la
multiplication des titres, le paysage médiatique ivoirien va se réduire aux seuls
médias d’Etat, dès l’accession de la Côte d’Ivoire à l’indépendance le 07 août 1960.
Cette nouvelle donne cadrait sans doute avec l’unicité des partis politiques, sous la
bannière du P.D.C.I.-R.D.A., obtenue quelques mois avant l’indépendance du pays.
Par ailleurs, il n’existait pas de base légale dans le corpus juridique national au droit
à l’expression et à la diffusion de ses pensées. Il résulte de cette situation que la
liberté d’expression et d’opinion était méconnue aux citoyens, au profit de la pensée
unique4. Par défaut, ce vide juridique était comblé par les lois françaises en matière
des médias (loi française du 29 Juillet 1881 sur la liberté de la presse) grâce au
principe de la continuité législative consacré par l’article 76 de la loi N° 60-356 du 03
novembre 1960 portant Constitution de la République de Côte d’Ivoire5.
« Dans nos pays africains, si la presse et l’information ont eu, au moment de la lutte
pour l’indépendance politique, un rôle d’éveil des consciences des hommes au
bénéfice de ces admirables devises que sont la liberté, l’égalité et la fraternité, elles
sont devenues les supports des réalités visibles, des problèmes concrets, des
espérances raisonnables, c’est-à-dire que la presse et l’information sont maintenant
4
27 ans après l’indépendance, il y avait seulement quatre journaux sur le marché : Fraternité Matin
(journal pro-gouvernemental, Fraternité Hebdo (journal officiel du parti unique, PDCI–RDA), Ivoire
Dimanche et Ivoir’Soir créé un peu plus tard en 1987.
5
Constitution de 1960, article 76 : « La législation actuellement en vigueur en Côte d’Ivoire reste
applicable, sauf l’intervention de textes nouveaux, en ce qu’elle n’a rien de contraire à la présente
Constitution.»
10
des moyens indispensables et nécessaires de la bataille pacifique pour le
développement dont le but est le bonheur de l’homme ivoirien (…). Il s’agit en effet
de faire participer à cette lutte toutes les couches sociales de la nation dans la
stabilité, sans oublier que l’essentiel de notre force réside dans l’appui des masses
rurales, et que la condition de réussite de toute politique de développement repose
sur leur capacité de production ; celle-ci à son tour étant conditionnée par une claire
compréhension des options et de l’action du parti et du gouvernement (…) ».
En décembre 1976, à l’occasion d’un séminaire sur l’information, Mathieu Kra, alors
Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur, a donné comme suit son opinion sur le rôle des
médias : « Les moyens modernes de l’information sont, pour l’essentiel, des organes
de l’Etat ivoirien et leurs servants sont des militants du PDCI. Ce métier n’est pas un
métier d’artiste où l’on puisse tolérer des cabotins. Il y faut des militants, prêts à
prendre leur part de sacrifices personnels à la construction nationale… Votre rôle est
de faire comprendre le pourquoi et le comment des facteurs de vie qui conditionnent
le développement et non de rendre du papier en excitant des curiosités malsaines,
des instincts contenus, des sentiments morbides. »
En clair, dans ces médias d’Etat il n’y a point de place pour porter la contradiction
aux actions entreprises par le gouvernement et le parti au pouvoir. Quels étaient
alors les principaux organes d’informations avant 1990 ?
- Fraternité Matin qui le 09 décembre 1964 prend la place de Abidjan matin. Il tire
alors à 12000 exemplaires.
- Fraternité Hebdo qui remplace Fraternité en 1969, dix ans après sa création. Il
passe à 16 pages au lieu de douze pour Fraternité. Le 02 juin 1961, la création de
l’Agence Ivoirienne de Presse (AIP) assure une information régulière à ces organes
11
ainsi qu’à la radio et à la télévision. Cette agence publiera un bulletin quotidien qui
est une sorte de journal du soir : « AIP Information », mais dont la diffusion est
volontairement très limitée.
- Eburnéa, mensuel lancé en mars 1967. il est créé par l’AIP en vue de suppléer à
l’absence d’un magazine ivoirien. Il se voulait un organe de réflexion et d’analyses
liées à l’actualité.
- Ivoire Dimanche, hebdomadaire paru pour la première fois le 14 février 1971. Il était
le complément dominical de Fraternité Matin.
- Ivoir’ Soir, mis sur le marché le 11 mai 1987. C’est un support du groupe de presse
Fraternité Matin. Jusqu’à sa suspension en 2002, Ivoir’ Soir était édité par la Société
Ivoirienne d’Imprimerie. Il était un journal à vocation culturelle. Mais il a cessé de
paraître depuis le premier trimestre 2003 à cause des difficultés financières que
traversait le groupe qui assurait son édition.
Section 3 : L’adoption des premiers textes sur les medias en 1991 avec le
retour au multipartisme
Trois principaux textes ont été adoptés pour la première fois en Côte d’Ivoire en
1991, soit un an après le retour au multipartisme en 1990, pour réguler le secteur des
médias dans son ensemble. Il s’agit de la loi N° 91-1001 du 27 Décembre 1991 fixant
le régime de la communication audiovisuelle, de la loi N° 91-1033 du 31 Décembre
1991 portant régime juridique de la presse et de la loi N° 91-1034 du 31 Décembre
1991 portant statut juridique du journaliste professionnel.
Ces trois textes marquent une rupture totale avec l’ordre ancien en consacrant, de
manière explicite, le principe de la liberté d’expression qui se trouve au cœur de la
démocratie et de l’Etat de Droit. Ces textes accompagnent l’affirmation du principe,
d’un ensemble de garanties minimales pour donner effet à ce droit fondamental
reconnus aux citoyens. Ainsi, la loi sur la communication audiovisuelle ouvre une
fenêtre sur la possibilité pour des personnes privées de détenir des stations de
radiodiffusion et de télévision en disposant en son article 5 que « …il (le Service
Public National de la Radiodiffusion et de la Télévision) peut également être concédé
à une ou plusieurs personnes physiques ou morales de droit privé pour une durée
déterminée susceptible de renouvellement ou de prolongation.».
6
La rédaction des rubriques relatives à la presse en Côte d’Ivoire sous l’ère coloniale et après
l’Indépendance (1960-1990) s’est en partie basée sur une enquête réalisée par Issiaka Tao, Jean-
Médéric Kragbe et Xavier Panon. Elle a été publiée dans ‘‘AIP-Information’’ n°7, juin, 1973. Cet
historique est également composé d’extraits de Geneviève Roux, Op. Cit. PP. 17-23 et 502-511
12
Son article 8 institue la liberté d’accès à la communication audiovisuelle. Mais cette
disposition est vidée de sa substance par l’institution d’un monopole au profit de
l’Etat. L’article 3 de la loi dispose à cet effet que «Le service public national de la
radiodiffusion et de la télévision est un monopole d’Etat…. ». Comme on le voit, l’Etat
s’accroche encore à ses privilèges, car cet article est la négation de la liberté en
matière de communication audiovisuelle quand il instaure un monopole à l’actif de
l’Etat. En effet, le monopole induit que l’Etat peut certes concéder, mais a la latitude
à tout moment, de reprendre la concession du service public national de la
radiodiffusion et de la télévision7.
En effet, une lecture combinée des articles 2 et 4 indique que tout journal ou écrit
périodique peut être publié sans autorisation préalable et sans dépôt de
cautionnement après une déclaration de publication en double exemplaire au
Parquet du tribunal dans le ressort duquel se trouve le siège du journal ou de l’écrit
périodique. Cette loi institue également un mécanisme de surveillance, la
Commission Nationale de la Presse et prévoit la création d’un fonds de soutien au
développement de la presse. L’Etat a par ailleurs, l’obligation d’assurer l’égalité et la
libre concurrence des journaux.
Mais au-delà de ses aspects positifs, cette loi comporte «une impressionnante
panoplie de mesures punitives - des crimes et délits commis par voie de presse - qui
a servi de colonne vertébrale aux 69 articles8 » qu’elle compte. La multiplicité des
infractions de presse est aggravée par leur régime juridique, aligné sur celui des
infractions de droit commun. L’article 52 de cette loi dispose que : « La procédure
subséquente à la poursuite des crimes, délits et contraventions prévue par la
présente loi, a lieu conformément au droit commun.».
Ces nombreuses dispositions répressives que contient la loi de 1991 ont mis en mal
l’essence même du principe de la liberté d’opinion, en particulier le droit à
l’expression par voie de presse. Les acteurs du secteur de manière unanime
concluront très vite que cette loi était hautement liberticide et qu’elle devrait par
conséquent changer. Une première réforme a été faite en 1999 pour modifier
certains aspects de la loi. Deux modifications substantielles sont enregistrées.
7
Fondation pour les Médias en Afrique de l’Ouest (GUEU Deu Youeu Patrice), La Loi et les Médias
en Côte d’Ivoire, Ghana, 2012.
8
Fondation pour les Médias en Afrique de l’Ouest (Zio Moussa), Les Médias et la Crise Politique en
Côte d’Ivoire, Ghana, 2012.
13
désormais ouverte aux journalistes désignés par leurs pairs ; d’autre part, en matière
de répression des infractions commises par voie de presse, un régime juridique
spécial est institué. Ce régime exclut la détention préventive et le flagrant délit, sauf
les cas d’offense, d’injure ou d’outrage à l’encontre du Chef de l’Etat.
Les deux lois sur la presse et la communication audiovisuelle vont subir de nouveaux
réglages sous la transition militaire de 2000. Les autorités militaires vont alors
prendre plusieurs ordonnances pour élargir les libertés et renforcer l’indépendance
des structures de régulation. En effet, après le coup d’Etat de décembre 1999, le
pays bascule sous un régime militaire au cours de l’année 2000. Le Parlement étant
dissout, ce régime va légiférer par ordonnance. Il va curieusement et en quelques
mois, accorder plus de liberté aux journalistes que ne l’a fait le pouvoir déchu sur
pratiquement une décennie.
Seront ainsi prises les ordonnances n°2000-456 du 30 Juin 2000 modifiant la loi n°
91-1001 du 27 Décembre 1991relative à la presse, n°2000-544 du 02 Août 2000
portant statut des journalistes professionnels, n° 2000-545 du 02 Août 2000 modifiant
la loi n°91-1033 du 31 Décembre 1991 portant régime juridique de la presse telle que
modifiée par la loi N°99-436 du 06 Juillet 1999.
Ces textes renforcent la liberté des journalistes professionnels qui bénéficient d’une
marge de manœuvre assez élevée dans l’exercice de leurs fonctions de collecte et
d’exploitation de l’information. Ils renforcent également l’indépendance des deux
structures de régulation que sont la Commission Nationale de la Presse et le Conseil
National de la Communication Audiovisuelle.
Mais en dépit de ces acquis, le cadre législatif relatif aux medias apparaissait
toujours liberticide aux yeux de la plupart des acteurs et observateurs du secteur, car
selon eux, le principe même de la liberté de presse était gravement fragilisé par les
nombreuses dispositions restrictives au libre exercice du métier. C’est ce constat qui
a conduit aux grandes réformes de 2004 induites par les bouleversements politiques
survenus après l’adoption de la Constitution de l’IIème République en août 2000 et
l’éclatement de la rébellion armée de septembre 2002.
14
garantir la neutralité et l’impartialité du service public et à favoriser l’indépendance
financière des médias9…».
Les réformes de 2004 sont donc les fruits de cet accord qui en avait fixé le sens et
les grandes orientations.
Les titres évocateurs de ces organes, dont la plupart ont disparu du marché quelque
temps seulement après leur création, sont révélateurs du nouvel état d’esprit
(fortement marqué par la liberté d’expression) qui prévaut depuis la réinstauration du
multipartisme :
- La Voie, Le Nouvel Horizon, Notre Temps, Liberté, Le Démocrate, Téré (soleil),
l’indépendant, Le Changement, Plume Libre, Le Dénonciateur, Le Virage, Réalités,
Le Défi, Le Regard, La Nouvelle Nation, Eclosion, Le Combattant, Côte d’Ivoire
Nouvelle, Le Jeune Démocrate, L’œil du Peuple, Le Nouvel Elan, L’Alternative,
Nouvelle ère, etc.
Parmi les journaux parus après le 03 mai 1990, l’on note aussi bien des quotidiens,
des hebdomadaires, des mensuels que des périodiques. Ils sont soient
‘‘indépendants’’, soient proches de l’opposition ou du parti au pouvoir, le P.D.C.I. Le
premier organe non gouvernemental paru après le retour au multipartisme fut Téré ;
support d’informations du Parti Ivoirien des Travailleurs (P.I.T.) mis sur le marché en
juillet 1990. Il s’agissait d’un hebdomadaire. Depuis cette date jusqu’en 2002, 200
titres ont été créés.
Mais, entre juillet 1990 et août 1996, 146 publications ont suspendu leur parution.
Sur 200 titres créés depuis juillet 1990, seulement 23 continuaient de paraître en mai
2001 ; 177 ont disparu. Outre le P.I.T., d’autres partis de l’opposition ivoirienne ont
créé leurs organes d’informations ou suscité la création de journaux qui leur sont
favorables. Ce fut le cas du Parti Socialiste Ivoirien (P.S.I.) qui a créé La Nouvelle
Côte d’Ivoire (bulletin d’informations) ; du Parti Libéral de Côte d’Ivoire (P.L.C.I.) qui
publiait Le Soleil d’or, du Front Populaire Ivoirien (F.P.I.) avec La Voie (devenu Notre
Voie) et Le Nouvel Horizon ; de l’Union des Sociaux-Démocrates (U.S.D.) qui
contrôlait Le Jeune Démocrate ; du Rassemblement Des Républicains (R.D.R.) avec
9
Accord De Linas-Marcoussis, Programme du Gouvernement de réconciliation nationale, Point 5
relatif aux Medias.
10
Cette partie de l’étude comporte aussi des extraits de la Thèse de Doctorat unique de Philippe
IBITOWA (2006), Côte d’Ivoire, l’opposition ivoirienne vue par un organe d’informations gouvernement
: cas de Fraternité Matin de 1990 à 1999.
3 Source : OLPED, UNJCI, ACDI (1997), La presse ivoirienne en 1996. 2 journées pour la liberté,
Abidjan : Multiprint, PP. 121-123
15
Le Libéral ; du P.D.C.I., tombé dans l’opposition en décembre 1999, avec Le
Nouveau Réveil.
S’il est indéniable que la presse est le domaine où la liberté d’expression s’est le plus
exercée depuis le retour au multipartisme en Côte d’Ivoire, il est tout aussi
incontestable que c’est là où se sont le plus manifestées les entraves et les menaces
contre la démocratie. Le manque de professionnalisme, l’extorsion de fonds, la
corruption, la diffamation, le chantage, l’escroquerie et de nombreux manquements à
l’éthique et à la déontologie font partie des avatars quotidiens de la presse ivoirienne
au lendemain de la libéralisation du paysage médiatique. Une presse au contenu
souvent acerbe, violent, purulent et incitateur à la haine, à la xénophobie et au
tribalisme.
Tous ces travers ont été maintes fois dénoncés par l’Observatoire de la Liberté de la
Presse, de l’Ethique et de la Déontologie (OLPED) créé le 24 septembre 1995 à la
veille de l’élection présidentielle. Après cinq années d’exercice (1995-2000), l’OLPED
a constaté 2025 manquements à l’éthique et à la déontologie. Les journaux qui ont
été les plus indexés sont :
- Le National (438 manquements)
- Le Libéral (167 manquements)
- Notre Voie (117 manquements)
- Le Patriote (89 manquements)
- Fraternité Matin (58 manquements).
Les reformes de 2004 ont abouti à l’adoption de deux nouvelles et importantes lois, «
appelées lois jumelles » qui sont la Loi n° 2004 – 643 du 14 décembre 2004 portant
régime juridique de la presse et la Loi n° 2004 – 644 du 14 décembre 2004 portant
régime juridique de la communication audiovisuelle. Les deux textes ont été adoptés
au plus fort de la crise militaro politique de 2002 qui a entrainé la partition du pays en
deux avec une zone Centre –nord et ouest contrôlée par la rébellion armée. Ces
deux lois ont abrogé toutes les dispositions anciennes pour instituer un nouvel ordre
juridique et institutionnel. Toujours en vigueur, elles ont permis aux gouvernements
successifs de prendre plusieurs mesures règlementaires et d’installer les structures
qui régulent le secteur des medias en Côte d’Ivoire.
16
du secteur, des instances de régulation et du ministère de tutelle (ministère de la
communication12) ».
Toutefois aux dires des journalistes, ce consensus a été entaché la vers fin du
processus, car la mouture finale du texte soumis et adopté par le Parlement n’était
pas le reflet fidèle des acquis et compromis obtenus lors des travaux préparatoires.
Selon eux, cette mouture a été expurgée de certaines dispositions importantes
introduites lors des discussions avec les acteurs des médias, notamment en matière
de dépénalisation des délits de presse.
Cette loi stipule que la parution et la distribution de tout journal ou écrit périodique est
libre (articles 1 et 4). Le Journal ou écrit périodique y est défini comme toute
publication paraissant à intervalles réguliers et utilisant un mode de diffusion de la
pensée mis à la disposition du public ou de catégorie de publics.
La seule condition requise pour mettre un journal sur le marché est de créer une
entreprise de presse et de procéder aux formalités de déclaration de publication au
Parquet du tribunal dans le ressort duquel se trouve le siège du journal ou de l’écrit
périodique une déclaration de publication. Cette déclaration comporte des pièces
énumérées à l’article 6 de la loi, dont les documents justificatifs de l’existence
juridique de l’entreprise de presse, le titre du journal du journal, sa nature et sa
périodicité, une lettre d’engagement écrite, datée et signée par le directeur de
publication (à respecter et à appliquer la convention collective interprofessionnelle
régissant le secteur de la presse), des informations sur le directeur de publication et
les principaux associés.
L’entreprise de presse est quant à elle, définie comme toute unité de production, qui
a pour objet l’édition d’un journal ou écrit périodique en vue de sa diffusion (article 3).
Elle est obligatoirement créée sous la forme d’une société commerciale ayant un
capital social d’au moins 5.000.000 de francs CFA dont les associés, actionnaires et
commanditaires doivent être des ivoiriens qui détiennent au moins la majorité du
capital social A sa création, l’entreprise de presse doit satisfaire à l’obligation de
déclaration à la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale dans un délai de six mois.
Elle doit compter au titre de son personnel permanent des journalistes professionnels
dont, obligatoirement le rédacteur en chef, le rédacteur en chef adjoint ou le
secrétaire général de la rédaction.
12
Livre Blanc de l’Observatoire de la Liberté de la presse, de l’éthique et de la Déontologie, Abidjan,
2016
17
Au niveau comptable et fiscal, elle doit tenir une comptabilité autonome conforme
aux règles de l’OHADA et s’acquitter de ses impôts conformément aux dispositions
en vigueur. Pour cela, à sa création, l’entreprise doit faire la preuve de sa déclaration
fiscale d’existence aussi de l’existence d’un compte bancaire ouvert en son nom. Au
plan social, l’entreprise de presse doit satisfaire aux obligations mises à la charge de
tout employeur par les lois sociales en Côte d’Ivoire, notamment le paiement régulier
des salaires conformément à la législation en vigueur, le versement des cotisations
sociales, la création d’un cadre de travail répondant aux normes de sécurité et
d’hygiène.
18
Paragraphe 3 : La Loi n° 2004 – 644 du 14 décembre 2004 portant régime
juridique de la communication audiovisuelle.
Cette liberté peut être néanmoins limitée dans certaines conditions énumérées par le
même article premier dont le nom respecte de la souveraineté nationale, le non
respect des institutions de la république, le non-respect du secret d’Etat et de la
défense nationale, le non-respect de la sauvegarde de l’ordre public, de l’unité
nationale et de l’intégrité territorial etc. A l’analyse, même s’il convient de noter que
les libertés publiques sont des libertés encadrées, force est de relever que l’usage de
termes polysémique, voire ambiguë, peut conduire à des interprétations
tendancieuses susceptibles de restreindre gravement l’exercice du droit à
l’information.
A l’inverse, quand la proportion des ressources publicitaires dans le budget est moins
de 20%, elle entre dans la catégorie des radios privées non commerciales (Articles
79 et 83). Les radios privées commerciales doivent être constituées en entreprise de
droit ivoirien avec un capital d’au moins 50 000 000 FCFA. Elle doit disposer dans
19
l’hypothèse où elle diffuse de l’information, une équipe de rédaction et un directeur
de l’information qui doit être obligatoirement un journaliste professionnel. (Article 80)
Les radios privées non commerciales doivent être à but non lucratif, de type
associatif ou communautaire et viser dans son programme, l’information et
l’animation locale.
Au total, il convient de retenir que les innovations majeures induites par les reformes
de 2004 à travers les lois jumelles concernent notamment l’élargissement et la
consolidation du principe de la liberté d’expression aussi bien en matière de presse
écrite que de communication audio-visuelle, la consécration de l’aide publique au
développement des médias, l’ouverture de l’espace audiovisuel, l’assainissement et
l’organisation du secteur des médias et le renforcement des pouvoirs de contrôle des
organes de régulation.
Après la crise post-électorale de 2010-2011, les nouvelles autorités ont pris les
ordonnances suivantes en matière de communication audiovisuelle : l’ordonnance
n°2011-474 du 21 décembre 2011 modifiant la loi n°2004-644 du 14 décembre 2004
portant régime juridique de la communication audiovisuelle et l’ordonnance n°2011-
75 du 30 avril 2011 portant érection du Conseil National de la Communication
Audiovisuelle (CNCA) en Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA).
20
Selon les autorités ivoiriennes, ces ordonnances ont été prises en réponse aux
manquements graves du CNCA qui n’a pas efficacement accompli ses missions de
protection de la communication audiovisuelle et de veille relative à la liberté au
respect de l’éthique et de la déontologie au niveau du sous-secteur communication
audiovisuelle.
« Les lois ont été améliorées. Celle (loi sur la presse) de 2004 a fait d’énormes
progrès en dépénalisant les délits de presse » (Guillaume GBATO, Secrétaire du
Syndicat National des Agents de la Presse Privée de Côte d’Ivoire). « La loi actuelle
est bonne » (TRAORE MOUSSA, Président de l’UNJCI : Union Nationale des
Journalistes de Côte d’Ivoire).
Le même constat est partagé par la plupart des personnes rencontrées : « Le cadre
est bon, vu les textes, mais c’est très souvent dans la pratique qu’il y’a problème. Il
est propice, à ce que je sache, il n’y a plus de journaliste qu’on emprisonne. Mais il
y’a des limites au niveau de la pratique juridique », estime un Directeur de radio au
nord du pays. « Oui il est propice parce que dans un Etat nous sommes régis par des
lois et nous savons que nous les radios privées non commerciales, nous ne devons
pas faire de la politique sur nos stations. Donc si nous sommes en faute, il faudrait
que nous subissions la loi, donc moi je crois qu’il est propice », fait remarquer un
autre Directeur à l’ouest.
21
Ainsi, dans l’ensemble, les acteurs des médias privés ivoiriens estiment que
l’environnement juridique est plus ou moins favorable au développement des
activités. Même s’il comporte des limites.
À propos des entreprises de presse (troisième chose à retenir), la loi ne fait plus
obligation aux promoteurs de constituer un capital minimal de 5 millions FCFA (7 633
euros). Désormais, une entreprise de presse peut être constituée dans les mêmes
conditions qu’une Société à responsabilité limitée (SARL) ordinaire. Toutefois, avant
toute parution, l’entreprise de presse doit bénéficier d’un récépissé de régularité,
délivré par le procureur de la République. Ce dernier peut refuser de délivrer un
récépissé, à condition de donner les raisons de ce refus.
22
moins dix ans, être majeur et jouir de ses droits civils et civiques ». Dans l’ancienne
loi, tout citoyen ivoirien, sans être journaliste ou avoir une expérience en matière de
presse, pouvait être directeur de publication, ce qui était illogique puisque la loi de
décembre 2004, comme celle de décembre 2017, fait de celui-ci le « responsable du
contenu du journal ».
Point très important à retenir et qui constitue une réelle avancée : « la garde à vue, la
détention préventive et l’emprisonnement » sont exclus, pour « les infractions
commises par voie de presse ou par tout autre moyen de publication ». Dans
l’ancienne loi, l’emprisonnement était exclu, mais le parquet a souvent utilisé des
failles dans la formulation du texte, pour maintenir des journalistes en garde à vue ou
en détention préventive, expliquant que la loi le permettait. Désormais, aucun motif
valable ne pourrait expliquer la détention d’un journaliste, dans l’exercice de ses
fonctions.
Deuxième chose à retenir : la loi prend désormais en compte la presse en ligne, les
agences de presse et les envoyés spéciaux. Les journaux numériques et les articles
publiés sur les sites Internet sont désormais soumis aux mêmes obligations que les
journaux papiers. Toutefois, la loi n’a pas encore défini les conditions de suspension
d’un site internet ne se soumettant pas aux obligations fixées aux journaux
appartenant aux entreprises de presse légalement constituées. De fait,
l’encadrement de la presse en ligne reste encore problématique.
Les défenseurs des libertés considèrent que le maintien de cette disposition a été fait
à dessein, dans un parlement présidé par Guillaume Soro, ancien chef de la rébellion
des ex-Forces nouvelles de 2002 et dominé par le Rassemblement des républicains
(RDR, dont il est membre), qui compte dans ses rangs, des élus issus des ex-FN.
Cette disposition est sans doute le seul cheveu de recul sur la soupe des avancées
de la loi.
23
pécuniaires, elles restent élevées. Elles atteignent 15 millions FCFA (près de 30 000
euros), des montants qui n’ont pas baissé depuis l’ancienne loi de 2004.
Ce dernier point peut être considéré comme inconvénient dans la mesure où l’article
72 de la loi sur le régime de la presse, évoquant le délit d’offense au président, peut
être utilisé à l’avantage de ce dernier comme un moyen d'intimidation pour
suspendre la publication d’un numéro de journal ou condamné des journalistes au
paiement d’amendes exorbitantes. Ce qui peut constituer un frein à la transparence
et à la bonne gouvernance. Toutefois, les dispositions de l’article 72 déjà cité,
préservent le Président de la mauvaise foi de certains journalistes de l’opposition et
incite respect vis-à-vis du président.
L’exposé des motifs soumis par le Gouvernement indique au sujet de la loi sur la
communication audiovisuelle que cette réforme est mise en œuvre pour encadrer les
activités liées à l’avènement de la télévision numérique terrestre (TNT)13 et aussi
consacrer le principe de la séparation des activités d’édition de celles relatives à la
diffusion. Il permet également de prendre en compte les nouveaux supports de
diffusion tels que l’ADSL14, la fibre optique et tous les autres réseaux multimédias
ainsi que les nouveaux corps de métiers induits par ces différents changements.
13
La télévision numérique terrestre (TNT) est une évolution technique en matière de télédiffusion,
fondée sur la diffusion de signaux de télévision numérique par un réseau de réémetteurs hertziens
terrestres. Par rapport à la télévision analogique terrestre à laquelle elle se substitue, la télévision
numérique terrestre permet de réduire l'occupation du spectre électromagnétique grâce à l'utilisation
de modulations plus efficaces, d'obtenir une meilleure qualité d'image, ainsi que de réduire les coûts
d'exploitation pour la diffusion et la transmission une fois les coûts de mise à niveau amortis. La
télévision numérique terrestre est à comparer à la télévision numérique reçue par câble ou par
satellite (TNS). Dans ce dernier cas, la diffusion ne se fait pas par le réseau des émetteurs terrestres
mais via un satellite (d'où l'utilisation d'antennes paraboliques au lieu d'une antenne de télévision
classique dite antenne « râteau »).
14
L’ADSL (de l'anglais Asymmetric Digital Subscriber Line) est une technique de communication
numérique (couche physique) de la famille xDSL. Elle permet d'utiliser une ligne téléphonique, une
ligne spécialisée, ou encore une ligne RNIS (en anglais ISDN pour integrated services digital
network), pour transmettre et recevoir des données numériques de manière indépendante du service
téléphonique conventionnel (analogique). À ce titre, cette méthode de communication diffère de celle
utilisée lors de l'exploitation de modems dits « analogiques », dont les signaux sont échangés dans le
cadre d'une communication téléphonique (similaire au fax, c'est-à-dire sur des fréquences vocales).
La technologie ADSL est massivement mise en œuvre par les fournisseurs d'accès à Internet pour le
support des accès dits « haut-débit ».
24
Au titre du projet de loi relatif à la presse, l’exposé des motifs rappelle qu’il s’inspire
des recommandations formulées au cours des Etats généraux de la presse tenus en
août 2012 à Yamoussoukro. En clair, suivant les termes de cet exposé des motifs, la
réforme comprend trois principales innovations. Il y a d’abord la prise en compte des
nouveaux types de médias, en particulier la presse numérique, diffusés par le biais
d’Internet et par les réseaux de téléphonie mobile. Ensuite, la reforme interdit la
garde à vue et la détention préventive des journalistes pour les délits de presse.
Enfin, les conditions de création de l’entreprise de presse ont été assouplies et le
CNP est maintenue comme autorité de régulation.
Il dresse une liste de droits en faveur du journaliste, dont les plus importants sont:
- Le libre accès à toutes les sources d’information publique et le droit d’enquêter
librement et en toute responsabilité sur tous les faits qui conditionnent la vie
publique.
- La protection de ses sources d’information sous réserve du contrôle de la qualité et
de l’exactitude de l’information reçue,
- Le bénéfice de la clause de conscience
- Le bénéfice de la convention collective, d’un plan de carrière, d’une formation
adéquate, d’un contrat de travail personnel assurant la sécurité matérielle et morale
de son travail pour garantir son indépendance sur tous les plans.
25
Paragraphe 2 : La Convention collective annexe des journalistes
professionnels et des professionnels de la communication de la presse privée
en Côte
Le document précise qu’en dehors des dispositions particulières qu’il définies, les
parties conviennent d’observer les dispositions générales de la Convention collective
interprofessionnelle. Il définit la procédure de recrutement, les conditions de travail et
de stage, l’avancement, la classification professionnelle, les salaires, les fonctions,
les prestations sociales etc. La Convention collective est un texte qui accorde de
nombreux avantages aux journalistes et professionnels des médias et promeut ce
corps de métier. Mais la difficulté réside dans sa mise en œuvre effective par les
promoteurs de presse.
Faisant le constat de cette situation, le Conseil national de la presse avait initié des
négociations entre le patronat réuni au sein du Groupement des éditeurs de presse
de Côte d’Ivoire et les syndicats de la presse privée. L’application intégrale de la
convention collective a été requise à compter de janvier 2015. Selon une enquête
menée par le Conseil national de la presse, seulement 20 entreprises sur 81
recensées dans le secteur de l’édition de la presse en Côte d’Ivoire, se conforment
plus ou moins aux dispositions de la convention collective, soit un taux de 25%.
Cette charte, qui vise les principaux textes internationaux et nationaux de promotion
des droits de l’homme et de la femme, propose en quatorze (14) articles contenus
dans quatre (4) chapitres des recommandations pour une meilleure représentation
des femmes dans les contenus et institutions médiatiques de Côte d’Ivoire. Ces
chapitres, qui ont pour objectif de favoriser la place et l’image de la femme dans le
système médiatique, sont relatifs :
- aux droits des femmes à l’information et à la communication
- aux devoirs des médias quant à la représentation des femmes
26
- à la place et à l’emploi des femmes dans les médias et autres institutions du
secteur de l’information et de la communication
- à la promotion, à la mise en œuvre et au suivi de la charte.
Malgré les progrès enregistrés, les acteurs estiment que les lois en vigueur
comportent des faiblesses et des limites qui ont un impact négatif non seulement sur
l’exercice du métier de journaliste, mais aussi sur le développement du secteur des
medias en Côte d’Ivoire.
La Côte d’Ivoire fait des progrès sensibles en matière de liberté de la presse. Elle est
passée du 86e rang mondial en 2016 au 81e en 2017, gagnant 5 points. Néanmoins,
en dépit des progrès constatés dans l’évolution des textes et des efforts des
gouvernants, des pressions persistantes. Et comme le précise Reporters sans
frontières sur son site Internet, en Côte d’Ivoire, ‘‘si les violences liées à la crise
électorale de 2011 appartiennent au passé, la presse demeure un domaine
particulièrement surveillé par le pouvoir. L’indépendance des médias à l’égard des
partis et des hommes politiques fait toujours défaut même si la diversité de la presse
ivoirienne est réelle. Les délits d’offense au chef de l’État ou de diffusion de fausses
nouvelles, malgré leur dépénalisation en 2004, peuvent toujours envoyer des
journalistes en détention provisoire. Le public attend toujours la libéralisation de
l’audiovisuel et la fin du monopole de la télévision nationale, la RTI ’’.
L’article 68 de la loi sur la presse exclut la peine d’emprisonnement pour les délits de
presse. Il est donc interdit aux juges de prononcer une peine d’emprisonnement à
l’encontre d’un journaliste à cause de ses écrits. Cet article dresse une liste de faits
et actes qui sont considérés comme des délits commis par voie de presse ou par tout
autre moyen de publication. Ce sont : les délits contre la chose publique, les délits
contre les personnes et les biens, les délits contre les Chefs d’Etat et les agents
diplomatiques étrangers, les contraventions aux publications interdites et les délits
contre les institutions et leurs membres.
La privation de la liberté est remplacée par la peine d’amende qui varie de 2 000 000
FCFA à 20 000 000 FCFA. Cette amende est jugée excessive par l’ensemble des
acteurs interrogés qui la considère comme une atteinte à la liberté de la presse qui
aboutit au même résultat que l’emprisonnement, c’est dire le musellement de la
presse. l’OLPED assimile ces peines pécuniaires prévues par la loi à des clauses de
15
Source Reporters sans frontières : [Link] consulté le 03/05/2017
27
fermeture des journaux, « une autre forme de suppression des journaux » pour les
entreprises de presse, qui il faut le reconnaitre, traversent dans leur ensemble des
difficultés économiques et financières16.
Ce point de vue ressort d’un rapport de la Fondation pour les médias en Afrique de
l’ouest en ces termes ‘‘ (…) L’inquiétude demeure quand on pense aussi au
recouvrement des amendes et dommages-intérêts prononcés contre un auteur de
délit de presse. A l’analyse de la nouvelle loi, aucune procédure de recouvrement
desdites sommes n’a été prévue. Ce vide juridique autorise le lecteur à faire recours
au Code de Procédure Pénale en ses articles 699 et suivants. Lesdits articles
prévoient pour le recouvrement des amendes, des paiements au profit du Trésor
Public et des dommages-intérêts prononcés par la juridiction correctionnelle, le
recours à la contrainte par corps... En clair, par l’application des contraintes (…) les
peines de prison reviennent.’’17
La loi renvoie au code pénal (article 69) la répression de certains délits susceptibles
d’être commis par les journalistes. Elle offre des possibilités d’interprétations
abusives aux magistrat et décideurs politiques relativement au délit de presse (article
74). Ces appréhensions sur la loi sont fondées aux yeux de la plupart des opérateurs
qui interprètent les dispositions de l’article 69 comme une faiblesse majeure du texte.
Selon eux, cette disposition est la porte ouverte aux abus du politique et des
magistrats chargés de la poursuite, en particulier le Procureur. Ils en veulent pour
preuve l’incarcération le 12 février 2012 puis l’inculpation de six (6) journalistes dont
trois (3) patrons de presse18 au motif d’inciter les soldats à la révolte, suite à la
publication d’articles sur les différentes mutineries, notamment celle des Forces
spéciales, qu’a connues la Côte d’Ivoire en cette période.
16
Livre blanc de l’Observatoire de la liberté de la presse, de l’éthique et de la déontologie, Abidjan
17
Fondation pour les Médias en Afrique de I ’Ouest, Op. Cit.
18
Il s’agit de Vamara Coulibaly, Yacouba Gbané et Franck Bamba Mamadou, respectivement
directeurs de publication des quotidiens ivoiriens l’Inter et Soir Info (indépendants), du Temps
(opposition) et de Notre Voie (opposition), et de leurs collaborateurs Hamadou Ziao (rédacteur en chef
de l’Inter), Jean Bédel Gnago (Correspondant de Soir Info à Aboisso) et Ferdinand Bailly (Le temps).
28
Pour le Procureur de la République, l’arrestation des journalistes semble justifiée.
« Relativement aux récents mouvements d’humeurs des militaires (…) il nous est
donné de constater que certains organes de presse divulguent de fausses
informations de nature à inciter les soldats à la révolte », déclare un communiqué du
procureur de la République lu à la télévision nationale, avant de poursuivre : « Ces
agissements tombent sous le coup de la loi qui réprime l’incitation des militaires à
l’insoumission et à la rébellion, les atteintes à l’autorité de l’État et la publication
d’informations fausses se rapportant au secret de la défense et de la sûreté de l’État
».19
Ces arrestations, qui ont coïncidé avec la collecte des données dans le cadre de la
présente étude, ont été abondamment citées par les personnes interviewées. Pour
elles, cette disposition doit disparaitre, à tout le moins être suffisamment aménagé et
encadré pour mettre à l’abri les journalistes contre le zèle des magistrats. Nos
interlocuteurs se sont demandé qui des mutins qui ont pris des armes pour poser
leurs revendications ou des journalistes qui ont rapporté leurs propos devraient être
poursuivis pour atteinte à l’autorité de l’Etat. En lieu et place de l’incarcération, les
acteurs proposent le retrait de la carte de presse et la radiation du journaliste fautif
en cas de récidive multiple avérée. Un directeur de radio affirme : « en Côte d’Ivoire,
aujourd’hui dans les médias, pour un oui ou un non on te suspend ; c’est vrai qu’il
faut du professionnalisme mais on n’est pas libre de parler. Or la liberté d’expression
est un texte primordial… ».
Article 69 : Est passible des peines prévues par les articles 174 et 175 du code
pénal, quiconque par voie de presse :
1. incite au vol et au pillage, aux coups et blessures volontaires et au meurtre, à
l’incendie et à la destruction par quelque moyen que ce soit, de biens publics et
privés, à toutes formes de violences exercées à l’encontre de personnes physiques
et morales ainsi que sur leurs biens, ou à l’apologie des mêmes crimes et délits ;
2. incite à la xénophobie, à la haine tribale, à la haine religieuse, à la haine raciale et
à la haine sous toutes ses formes ;
3. fait l’apologie des crimes de guerre ou de collaboration avec l’ennemi ;
4. incite des militaires et des forces de l’ordre à l’insoumission et à la rébellion ;
5. porte atteinte à l’intégrité du territoire national, à la sûreté intérieure et extérieure
de l’Etat.
19
Source : [Link]
soldats-a-revolte-selon-autorites/, consulté le 13/03/2016.
29
Paragraphe 4 : Les restrictions liées à la défense et la sécurité nationale
A l’analyse, même si l’on convient que la liberté d’expression n’est pas un droit
absolu et qu’il est limité surtout par d’autres principes dont les droits d’autrui
(particuliers) et la sauvegarde de l’ordre et la sécurité publics, force est de relever
que la législation ivoirienne s’avère très protectrice de la sécurité nationale et à
l’inverses très méfiante vis-à-vis des médias, en particulier la presse. Cela est
d’autant vrai que les notions employées par la loi sont imprécises et vagues. La
sécurité nationale recouvre tellement d’éléments qu’il aurait fallu définir un minimum
de critères précis qui déterminent le caractère secret ou non de l’information.
30
acheminement. Il exerce ici un contrôle sur le contenu des journaux et peut réprimer
éventuellement tout ce qu’il peut considérer comme hors cadre.
Pour ces responsables des informations importantes liées à la vie citoyenne locale
ou à des décisions politiques qui ont un impact sur le quotidien des populations à la
base, sont exclues de leur champ de diffusion : « L’environnement juridique n’est pas
du tout favorable. Nous estimons que nous ne sommes pas libres de parler. On nous
interdit de mettre le nez dans les débats politiques. Or ils nous disent d’informer les
31
populations locales. Comment les informer si on nous muselle ? », Révèle un
directeur de radio de la Région de la Bagoué.
Par ailleurs, les responsables des radios dans leur ensemble estiment excessive la
caution de 3 000 000 FCFA ainsi que la redevance annuelle également de 3000 000
FCFA à payer auprès de l’instance de régulation qu’est la HACA. En faisant le
rapprochement avec leurs chiffres d’affaires annuels respectifs, les radios privées
non commerciales jugent les montants élevés et plaident pour une réduction.
32
DEUXIEME PARTIE : LE CADRE INSTITUTIONNEL
33
Avoir une équipe rédactionnelle composée en majorité de journalistes
professionnels conformément à l’article 16 de la loi portant régime juridique de la
Presse ;
Ne pas avoir fait l’objet de sanctions de deuxième degré de la part des instances
de régulation pendant l’année de la requête ;
Etre habituellement offert au public à un prix marqué, à la vente ou à l’abonnement
;
Mentionner le tirage de chaque publication dans l’ours qui est un encadré où
doivent figurer sur chaque exemplaire d’un journal, les noms du Directeur de la
Publication, des principaux rédacteurs et de l’imprimeur ;
Accepter le contrôle des fonds alloués par le F.S.D.P. au terme de l’exécution du
projet ou de l’activité.
34
Section 3 : La Commission d’attribution de la carte d'identité des journalistes
professionnels
- Justifier d’un diplôme délivré par une école professionnelle de journalisme, à défaut,
d’une licence de l’enseignement supérieur assortie d’une formation professionnelle
de deux ans ou, à défaut, d’une maîtrise de l’enseignement supérieur ou d’un
diplôme équivalent assorti d’une formation professionnelle d’un an dispensée dans
une école de journalisme agréée ou reconnue par l’Etat ou d’un stage professionnel
d’un an
35
CHAPITRE II : Les organes de régulation
A/ Statut
La HACA a été créée par l’ordonnance n°2011-75 du 30 avril 2011 portant érection
du Conseil National de la Communication Audiovisuelle en Haute Autorité de la
Communication Audiovisuelle (CNCA). Pour rappel, le CNCA a été institué par la loi
n°2004-644 du 14 décembre 2004 portant régime juridique de la communication
audiovisuelle, comme organe de régulation du secteur de la communication
audiovisuelle. La HACA est donc créée par une loi, ce qui renforce son statut
institutionnel et la protège contre les influences politiques.
La HACA est donc une entité autonome jouissant de la personnalité juridique, avec
des ressources propres inscrites au budget de l’Etat. Elle n’est soumise dans son
fonctionnement et son financement à aucune ingérence. Elle délibère et prend ses
décisions en toute liberté. Les recours contre ses décisions sont portées devant le
tribunal comptent. Elle est investie aux termes des articles 4, 5 et 6 de la loi n°2004-
644, d’un ensemble de missions qui visent à assurer le développement du secteur de
la communication audiovisuelle, le respect des principes du libre exercice de la
communication audiovisuelle, de l'éthique et de la déontologie en matière
d'information.
B/ Mandat
36
Enfin au titre de ses attributions, la HACA formule à l’attention des décideurs
politiques et administratifs, des avis et des recommandations. Son avis est requis sur
toutes les questions relevant de sa compétence.
Dans la limite dans son mandat, elle est dotée de pouvoirs d’investigation, de
contrôle et de sanction, notamment disciplinaire à l’encontre des journalistes.
C/ Composition
D/ Fonctionnement
Le collège des douze membres de la HACA se réunit une fois par mois en session
ordinaire et en session extraordinaire en tant que de besoin. Lors des sessions, le
quorum de sept membres est suffisant pour délibérer valablement et les délibérations
sont confidentielles. Des commissions techniques animées par les membres sont
mises en place pour mener des réflexions sur des questions relatives au secteur de
la communication audiovisuelle.
37
Pour l’accomplissement de ses missions, la HACA dispose d’un personnel technique
dirigé par un Directeur Général, nommé par décret pris en Conseil des Ministres sur
proposition du Président de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle. La
direction générale comprend cinq (5) Directions, qui sont : la Direction des Affaires
Administratives et Financières ; la Direction des Opérateurs Audiovisuels, la Direction
des Programmes, de la Documentation et de l’Information ; la Direction des
Technologies, des Etudes et de la Prospective ; la Direction des Affaires Juridiques.
E/ Décisions
A/ Statut et mandat
38
Cette dernière composante vise notamment à assainir le marché de la presse pour
instaurer un climat de concurrence loyale, à valoriser la fonction de journaliste
professionnel et de professionnel de la communication, à encourager le management
rigoureux des ressources humaines, le civisme fiscal et à inciter les entreprises du
secteur à remplir leurs obligations sociales.
B/ Composition
Le Conseil National de la Presse est composé de onze (11) membres qui sont:
- un professionnel de la communication, désigné par le Président de la République,
Président;
- un représentant du Ministre chargé de la Communication;
- un magistrat désigné par le Conseil Supérieur de la Magistrature;
- deux journalistes professionnels désignés par les organisations professionnelles de
journalistes;
- un représentant des directeurs de publication;
- un représentant des éditeurs de presse;
- un représentant des sociétés de distribution de presse;
- un représentant de la société civile désigné par les organisations de défense des
droits humains;
- un représentant des imprimeurs ;
- un représentant des Associations de consommateurs.
C/ Fonctionnement
39
Conseil des Ministres. Le Secrétariat Général est chargé notamment d'assurer la
coordination et la cohésion de l'ensemble des activités des différents services du
Conseil National de la Presse, de préparer les réunions et de veiller à la mise en
œuvre et au suivi des délibérations du collège des membres. Le secrétariat général
comprend cinq directions, dont la Direction de la revue de Presse, la Direction des
études et des Affaires Juridiques et la Direction de la documentation et de la
publication.
D/ Décisions
L’ensemble des acteurs des deux sous-secteurs presse et audiovisuelle, a une haute
opinion de la mise en place des organes de régulation. Ils sont unanimes à
reconnaitre le rôle précieux qu’ils sont appelés à jouer en matière de développement
des médias en Côte d’Ivoire. Toutefois, certains acteurs en particuliers les
journalistes ont fustigé la sous-représentation des professionnels des médias au sein
de ces organes ainsi que la forte influence des politiques sur leur fonctionnement.
40
cinq sont désignés par les organismes professionnels du secteur de la
communication audiovisuelle. On note que l’opinion exprimée par les journalistes
semble vérifiée, car les chiffres indiquent qu’il y a un léger déséquilibre au détriment
des journalistes qui évidemment figurent au centre du processus de régulation.
Autrement dit, la composition actuelle des organes de régulation pose non seulement
le problème de l’indépendance, mais aussi celui de leur légitimité. En effet, chaque
structure doit susciter et entretenir la confiance des acteurs auxquels elle s’adresse
principalement. Ceux-ci doivent s’y reconnaitre pour ne pas contester ses décisions.
L’organe de régulation doit être à l’abri des influences politiques susceptibles de
mettre en cause l’impartialité de ses décisions. Assurer une appropriation de l’organe
à travers le renforcement de la confiance des parties prenantes, est un gage de
succès des interventions des deux organes de régulation. C’est pourquoi, il convient
d’encourager une révision en profondeur du mandat et de la composition des
différents organes, au cours des reformes à venir.
Les acteurs interviewés ont accablé le CNP et la HACA de nombreux maux qui
touchent à leur fonctionnement et aux décisions qu’ils rendent en matière de
régulation. Selon la plupart des journalistes, les organes de régulation, au lieu de
protéger le droit à l’information du public, mettent plus tôt en avant la protection du
régime politique au pouvoir en prenant pour prétexte, les exigences de la sécurité
nationale. Ils se comportent alors comme de véritables gendarmes ou procureur.
Selon eux, cette situation explique le fait que les journaux proches de l’opposition
politique soient dans le viseur du CNP. Or les instances de régulation doivent
s’efforcer de garantir que l’impartialité et l’équité de leurs décisions, le sentiment
d’injustice et de l’arbitraire peut compromettre l’adhésion au processus de régulation,
provoquer de la résistance et empêcher de parvenir à des solutions durables.
41
Il y a deux niveaux d’autorégulation. Le premier est interne et se fait au sein des
rédactions. Le second niveau, plus formel, est réalisé par l’OLPED, Observatoire de
la Liberté de la Presse, de l’Ethique et de la Déontologie qui depuis 1995 interpelle
régulièrement les journalistes sur les manquements aux règles d’éthique et de
déontologie du métier. Ainsi, en raison de ses missions spécifiques dans le domaine
de l’autorégulation en Côte d’Ivoire, une attention particulière est accordée à cet
organisme.
Paragraphe 1 : L’OLPED
B/ Fonctionnement de l’OLPED
L’OLPED est dirigé par un Bureau Exécutif comprenant des journalistes, des patrons
de presse et des représentants des organisations de la société civile. Ce bureau
comprend : un président, vice-présidents, deux secrétaires, un trésorier général, des
conseillers, un secrétaire permanent, un quatre responsable financier et des
Assistants. Le bureau exécutif se réunit en session hebdomadaires. L’OLPED reçoit
les plaintes et requêtes des usagers. Il peut également s’autosaisir lorsqu’il fait le
constat de fautes professionnelles graves. La saisine par les usagers n’est pas
enfermée dans une forme particulière. Elle peut se faire par écrit, par téléphone ou
par toute autre forme.
C/ Activités de l’OLPED
20
Livre blanc de l’OLPED, 2006-2010
42
D/ Impact de l’action de l’OLPED sur la professionnalisation des médias
A cet effet, plusieurs rencontres d’échanges et d’information ont été organisées avec
les membres de la corporation, mais aussi le public des consommateurs. Plusieurs
séminaires ont été organisés et des prix ont été institués pour récompenser les
acteurs qui se distinguent. Tirant les conséquences des nombreux manquements à
l’éthique et à la déontologie que commentent les journalistes, L’OLPED s’est
persuadé que les journalistes ne font pas toujours preuve d’un sens aigu de leur
responsabilité sociale et professionnelle.
43
TROISIEME PARTIE : LE PAYSAGE ACTUEL DES MEDIAS EN COTE D’IVOIRE
La Côte d’Ivoire compte plus de vingt-trois (23) millions d’habitants avec un taux
d’analphabétisme de 55%, dans un contexte où la lecture ne fait pas partie des
habitudes des populations. C’est dans un tel environnement que le numérique, avec
l’avènement de l’Internet, réussit une percée et s’installe progressivement dans les
pratiques, notamment chez les jeunes.
A/ Nomenclature de la presse
La presse représente l’un des secteurs médiatiques les plus prolifiques. Au troisième
trimestre 2016, le Conseil National de la Presse (CNP) a enregistré un total de 114
publications régulières réparties comme suit2 :
- quotidiens : 23
- hebdomadaires : 51
- bihebdomadaires : 3 (L'Eléphant Déchainé, l'Arc en ciel, Vedette Magazine),
- mensuels : 28
- bimensuels : 3 (Apocalyspe, Sentiers d'Afrique, Event Program)
- bimestriels : 6 (Mon miroir, Irh Mag, Koundan Magazine, Secrétaire, Le
Démocrate Mag, Dunya).
En 2015, le nombre de publications était de cent trois (103) dont vingt-quatre (24)
quotidiens, quarante–quatre (44) hebdomadaires et bihebdomadaires et trente-cinq
mensuels et autres périodicités.
L’on constate qu’entre 2015 et fin septembre 2016, le paysage médiatique s’est
enrichi de six (6) publications. Par contre le nombre de quotidiens a baissé d’un
point. En revanche les hebdomadiers et bihebdomaires ont connu une poussée de
dix points, passant de 44 à 54.
44
Nord Sud Quotidien), soit de l’opposition (Notre Voie, La Voie Originale, Le Temps,
Le Quotidien d’Abidjan) ou relativement neutres (Soir Info, L’Inter, L’Intelligent
d’Abidjan). L’on note aussi des supports qui diffusent des informations à caractère
- religieux (chrétien, musulman : Le dominical, Islam info)
- sportif (Le sport, Le foot, Ases mimosa, Les Aiglons)
- féminins (Femme d’Afrique, Mousso d’Afrique)
- culturels et people (Top visages, VIP Mag, Zaouli, Life)
- économique (Tribune de l’économie, PME-PMI Magazine)
- agricole (L’Agriculteur, Le Planteur)
- humoristique et satirique (Gbich)
- de santé (Magazine Santé-MS)
- de faits divers (Alloh police)
- d’investigation (L’Eléphant déchaîné)
- d’entreprise, corporatiste (Notre Cité Treichville, journal de la mairie de
Treichville ; Echo du Haut-Sassandra, publication du Conseil régional du Haut
Sassandra)
- gratuit (Le Codivoirien, Abidjan Planet).
Ces publications sont éditées en format tabloïd (la plupart des quotidiens), poche
(Abidjan Planet), magazine (pour les supports people, glamour), sur support papier
journal (cas des quotidiens) ou papier glacé, de luxe pour les magazines (de mode,
showbiz). Par ailleurs, dans l’imagerie populaire, émerge une autre catégorisation
relative aux accointances idéologiques de certains supports. Ainsi, sont regroupées
sous le vocable de journaux bleus toutes publications proches de l’opposition
ivoirienne : Notre Voie, La Voie originale, Le Temps, Le Nouveau Courrier, Le
Quotidien d’Abidjan.
Les journaux verts sont quant à eux réputés proches du parti au pouvoir : Fraternité
Matin, Le Patriote, Le Nouveau Réveil. Cette métaphore teintée de bleu et de vert est
inspirée des couleurs dominantes de la charte graphique des Unes de ces journaux.
Elle marque aussi la forte bipolarisation de la presse ivoirienne. Par ailleurs, une
observation méthodique du paysage médiatique ivoirien permet de constater que
certains journaux sont des excroissances ou des démembrements d’autres supports.
Il ressort du décryptage de cet arbre généalogique que bon nombre de quotidiens qui
paraissent sont nés des entrailles d’autres supports dont ils portent les gènes
idéologiques originels. Ceux qui ont animé par exemple les premiers pas de Le
Temps sont issus de Notre Voie, lui-même sorti des ruines de La Voie. A l’issue de
dissension entre ses promoteurs, Le Temps a germé le Courrier d’Abidjan qui lui-
même va générer Le Quotidien d’Abidjan.
De l’autre côté, L’expression est né de la scission de Nord Sud Quotidien qui lui-
même a été créé après des mésententes entre certains journalistes de Le Patriote et
le propriétaire de cet organe d’informations. En outre, Notre Temps a généré Le Jour
qui produira 24 heures qui à son tour donnera naissance à Notre Heure. Il en va ainsi
de la vie de la presse ivoirienne.
45
Paragraphe 2 : La presse numérique
De création récente, elle est tout aussi foisonnante que la presse. Mais contrairement
à cette dernière, elle est moins structurée. Ce qui rend l’identification des supports
qui la composent fastidieuse. Néanmoins, le Réseau des Professionnels de la
Presse en Ligne de Côte d’Ivoire (REPRELCI) a initié un travail de recensement dont
le dernier date de 2015. Il en dresse un répertoire en cinq (5) principales catégories1
:
- Journaux en ligne : 41 :
- Agrégats ou portails : 10
- Web-TV : 4
- Web-Radio : 1
- Agence de presse : 3.
Paragraphe 3 : La radio
Il existe deux catégories de radio. Les radios de service public et les radios privées.
Les radios de service public concernent principalement les chaînes de la
Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI) : Radio Côte d’Ivoire et Fréquence 2 qui ont
vocation à émettre sur toute l’étendue du territoire national et Radio Bouaké, à
vocation régionale. Les radios privées sont réparties en deux catégories :
- radiodiffusions sonores privées commerciales
- radiodiffusions sonores privées non commerciales
Les radiodiffusions sonores privées commerciales sont à but lucratif. Elles tirent
l’essentiel de leurs ressources de la publicité et sont détenues par des personnes
morales de droit privé. Elles ont vocation à s’étendre sur tout le territoire national.
A la date du 31 décembre 2016, l’on en dénombrait cinq (5) :
- RADIO JAM FM ;
- RADIO NOSTALGIE ;
- VIBE RADIO ;
- TRACE FM ;
- HIT RADIO.
Les radiodiffusions sonores privées non commerciales sont les plus nombreuses. Il
en existe actuellement cent soixante-cinq (165). Ce sont des services de radios de
46
type communautaire ou associatif, à but non lucratif. A ces radios, la loi portant
régime juridique de la communication audiovisuelle a accordé la possibilité de
recourir à des ressources publicitaires pour une part ne pouvant excéder 20 % de
leur budget (article 83). Leur typologie se présente comme suit :
Les radios écoles ont une vocation pédagogique. Elles interviennent principalement
dans le domaine de la formation aux métiers de la communication. Leur rayon de
couverture n’excède pas cinq (5) Km. Elles sont au nombre de cinq (5) :
ABIDJAN (COCODY) :
ATLANTIQUE FM 107.2 MHz Université de l’Atlantique Abidjan
ISTC FM 103.8 MHz Institut des Sciences et Techniques de la Communication
(ISTC)
ELITE FM 104.0 MHz Centre de Formation Pratique et de Perfectionnement aux
Métiers de la Communication et de la Culture
ABIDJAN (TREICHVILLE) :
RADIO BLM 100.6 MHz Institut BLM ISACOM
BOUAKE : MERIDIEN FM 90.2 MHz Université de l’Atlantique Bouaké
Les radios confessionnelles sont des radios privées non commerciales qui
appartiennent à une communauté religieuse. Le contenu de leurs programmes est
essentiellement d’intérêt religieux. Ces radios sont au nombre de douze (12) :
RADIO PAIX SANWI ;
47
RADIO NATIONALE CATHOLIQUE ;
RADIO CHANDELIER ;
RADIO ESPOIR ;
RADIO FREQUENCE VIE ;
LA VOIX DE L'ESPERANCE ;
RADIO AL BAYANE ;
RADIO MARIA ;
RADIO LA VOIX DES 18 MONTAGNES ;
RADIO AL FOURQANE ;
RADIO AL FIRDAWS ;
RADIO SINAI.
Aujourd’hui, face aux nombreuses demandes de radio formulées, une réflexion est
menée par la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) en vue de
prendre en compte les autres courants religieux. Il pourrait être envisagé une
exploitation commune du service concédé, compte tenu de la rareté des fréquences.
Paragraphe 4 : La télévision
En attendant le démarrage effectif des activités des quatre (4) chaînes de télévisions
privées commerciales récemment autorisées, l’espace audiovisuel national est
dominé par les chaînes publiques regroupées au sein de la Radiodiffusion télévision
48
ivoirienne (RTI) avec 3 chaînes de télévision dont une à vocation nationale (RTI 1) ;
une de proximité (RTI 2) rayonnant sur Abidjan et ses environs, Man, Koun-Fao,
Bouaké et une régionale (RTI Bouaké). Il convient de noter qu’avec l’avènement du
satellite, RTT1 RTI2 (bien qu’ayant une zone d’émission limitée par onde hertzienne)
peuvent être captées par les usagers abonnés aux bouquets dédiés.
L’AIP est une agence de service public créé le 2 juin 1961 par la loi N° 61-200 du 2
juin 1961 pour permettre à la Côte d’Ivoire d’assurer sa souveraineté en matière de
collecte et de redistribution de l’information nationale et mondiale. Elle a le statut d’un
Etablissement Public National à caractère Administratif dont le siège se trouve à
Abidjan-Plateau, Avenue Chardy. Elle a pour objet la collecte, le traitement et la
distribution de l’information aux organes de presse et autres usagers contre
paiement. Elle est dirigée par un Conseil de gestion et une direction centrale.
B/ Alerte info
Créée en octobre 2006, l’agence de presse privée ALERTE INFO est la première en
Côte d’Ivoire et en Afrique, notamment au Burkina Faso, Cameroun, Mali et Sénégal,
spécialisée dans la production et la diffusion de l’actualité par SMS, sur application
mobile pour Smartphones et le web. Hommes et femmes d’affaires, diplomates,
cadres du privé et du public, membres de gouvernements et du système des Nations
unies, officiers de forces armées, médias (radio, télé et presse écrite), religieux
constituent la majorité des abonnés de l’agence, aussi bien en Côte d’Ivoire, au
Burkina Faso, au Mali, au Sénégal qu’au Cameroun.
49
Internationale de la Francophonie (OIF), Reporters Sans Frontières (RSF) et Radio
France internationale (RFI).
Dans un premier temps, les Ivoiriens devaient se connecter à Internet via la ligne
ADSL, c’est-à-dire par le biais de leur ligne téléphonique. Lorsque la connexion se
fait par l'ADSL, l’internet est accessible grâce au téléphone fixe. Internet est alors
présent au sein des domiciles des particuliers et des entreprises grâce à différents
fournisseurs d'accès internet dont font partie Alink d'Atlantique Telecom, Vipnet et
l'opérateur historique Aviso de Orange Côte d'Ivoire Télécom. Cet opérateur
dispose d'un monopôle sur les lignes ADSL du pays et les loue aux autres
fournisseurs d'accès Internet qui se chargent à leur tour de les commercialiser aux
multiples utilisateurs locaux.
B/ L'Internet mobile
Plus récent, ce type de connexion est fourni par les différents opérateurs de
téléphonie mobile dont font partie Orange-CI, MTN-CI et Moov-CI, grâce aux clés
USB data internet, aux Box Internet et aux Bornes Wifi mobile. En Côte d'Ivoire, les
clés Wimax et les clés 4G sont proposées par les trois opérateurs de téléphonie
mobile. Elles permettent de se connecter à Internet à tout endroit où le signal émet
de façon suffisante. La couverture mobile a atteint presque la totalité du territoire en
2011, celle-ci permettant alors à tout ivoirien de rester connecté au monde entier,
mêmes dans les zones rurales les plus éloignées.
Les box Internet sont aussi de plus en plus utilisés. Elles permettent à plusieurs
ordinateurs ou mobiles par exemple de se connecter à Internet à partir d'un point
d'accès unique grâce au Wifi ou à un câble. Les trois opérateurs de téléphonie
mobile ivoiriens proposent leur box ; MTN proposant la Wibox et Orange-CI
proposant la Livebox par exemple. Les opérateurs de téléphonie mobile ont mis à la
disposition des ivoiriens des bornes Wifi mobile leur permettant ainsi de se connecter
à Internet quel que soit l'endroit où ils sont situés. Leur taille réduite permet en effet
aux bornes Wifi mobile d’être transportées facilement pour profiter d’une connexion
optimale à tout moment.
50
C/ Les utilisateurs de l'Internet en Côte d'Ivoire
Parmi les différents utilisateurs de l'Internet, on retrouve aussi bien des particuliers
que des entreprises. En 2000, on recensait près de 20.000 utilisateurs de l'Internet,
chiffre qui est monté à 300.000 trois ans plus tard. En 2012, le nombre d'utilisateurs
s'élevait à près de 2 millions de personnes. Au début de l'année 2013, on
comptabilisait environ 125.000 abonnés à l'ADSL. En 2010, c’était près de 200.000
personnes qui utilisaient une clé 3G pour accéder à une connexion Internet. Quant
aux particuliers ne disposant pas de leur propre connexion Internet privée, ils
peuvent se rendre dans l'un des milliers de cybercafés présents sur le territoire
ivoirien.
Certains éditeurs l’ont si bien compris qu’ils proposent de l’information en temps réel
aux populations. C’est le cas de Fraternité Matin qui offre plusieurs types de produits
:
- Fratmat mobile avec la compagnie Orange.
Avec cette formule, moyennant un abonnement modulable (horaire, journalier,
hebdomadaire, mensuel, continu), ce produit donne accès à 9 rubriques qui
concernent l’actualité politique, économique, sportive, culturelle, l’emploi,
l’humour/loll, les opinions, people, les nouvelles de l’étranger, avec la possibilité de
recevoir 5 flashs par jour
- Fratmat express avec MTN qui propose le même type d’informations
- Moov Actu plus avec la compagnie MOOV.
D’autres éditeurs proposent des produits similaires ou des alertes qui permettent à
leurs clients d’être continuellement informés, par sms, sur les points chauds de
l’actualité. Il s’agit de Alerte Info, de l’Agence Ivoirienne de Presse (AIP) et de
Tafnews qui commercialise alerte actu avec MOOV. A ces produits, il faut ajouter
tous les sites d’informations en ligne qui offrent la possibilité aux usagers de
s’informer gratuitement (en dehors du coût de l’accès à Internet) et en continu sur
l’actualité : [Link], [Link], [Link], [Link],
[Link], etc.
Suite aux différentes crises que la Côte d’Ivoire a connues, de 2002 à 2011, des
radios privées non commerciales ont été créées spontanément sans autorisation
préalable de l’instance de régulation comme l’exige la loi portant régime juridique de
la communication audiovisuelle. Elles sont pour la plupart situées dans les zones
autrefois appelées CNO (Centre Nord-Ouest). Certaines de ces radios ont fortement
51
contribué au retour de la paix et de la cohésion sociale dans les zones où elles sont
implantées. Au regard de ce rôle important, la HACA les a invitées à régulariser leur
situation en se conformant à la loi.
Si certaines l’ont fait, d’autres exercent toujours dans l’illégalité, malgré les
interpellations de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle qui a toujours
privilégié, dans ses relations avec les opérateurs du secteur, l’approche
pédagogique.
La plupart des médias imprimés ont leurs sièges à Abidjan. Seules les radios dites
de proximité permettent un véritable maillage médiatique du territoire national.
Comme l’indique le tableau ci-après, ces radios sont installées dans pratiquement
chacune des grandes régions de Côte d’Ivoire et leurs localités. Les radios
commerciales ont vocation à couvrir l’ensemble du territoire national. S’agissant des
radios privées non commerciales, certaines ont vocation à couvrir l’ensemble du
territoire national (Radio Al Bayane, Radio fréquence Vie et Radio Nationale
Catholique).
Ces derniers sont les plus nombreux et participent à une forte bipolarisation de
l’univers médiatique. C’est en cela d’ailleurs que la presse quotidienne ivoirienne a la
réputation d’être partisane et peu équitable dans le traitement de l’information. Cette
52
réputation s’explique par l’attachement de ces maisons de presse à des chapelles
politiques dont elles sont en réalité les porte-voix. En résumé, la tendance dominante
est celle de promoteurs :
très proches des acteurs politiques plutôt que celui d’entrepreneurs,
qui tirent l’essentiel de leur financement de leur activisme politique tandis que leurs
supports servent beaucoup plus la cause à l’origine de la provenance des fonds,
et qui, pour la plupart, ne considèrent pas l’entreprise de presse comme une
organisation qui doit pouvoir vivre par elle-même. Ils restent plutôt dépendants des
subventions et des apports des promoteurs non visibles au plan capitalistique.
A/ Les imprimeurs
Plusieurs entreprises impriment les journaux en Côte d’Ivoire. Au nombre des plus
connues et des plus professionnelles, l’on compte l’imprimerie de la Société
Nationale de Presse et d’Edition de Côte d’Ivoire (SNPECI), l’imprimerie du Groupe
Olympe et Sud Action Media dirigée par monsieur Samba KONE.
B/ Les distributeurs
En Côte d’Ivoire, l’activité de la publicité est menée par les régies publicitaires
chargées de commercialiser des espaces publicitaires de supports. Pour exercer leur
métier, elles obtiennent un agrément du Conseil Supérieur de la Publicité (CSP), une
53
structure sous tutelle du ministère en charge de la communication. En 2016, le CSP
a autorisé 156 sociétés à mener l’activité de régisseur, en plus d’un courtier
indépendant (KOUANDE WA CARLOS) chargé de Radio Amitié Yopougon.
D/ Les annonceurs
Les annonceurs font partie, en plus de la vente de l’information aux usagers, des
deux principales sources de financement des médias. En Côte d’Ivoire, les
principaux annonceurs sont issus, par ordre d’importance des sommes investies
dans la publicité, des secteurs de la téléphonie mobile (Orange Côte d’Ivoire, MTN
Côte d’Ivoire, Moov Côte d’Ivoire), de l’agroalimentaire (Unilever, Solibra, Groupe
carré d’Or) et du cosmétique (Dream Cosmétics, Nouvelle Parfumerie Gandour,
Groupe SIVOP).
En 2015, les 20 premiers annonceurs ont dépensé plus de 13,6 milliards FCFA en
publicité dans divers médias : télévision, radio, presse, affichage. Malheureusement,
cette manne ne semble pas toujours profiter aux éditeurs de presse dont les
principaux représentants (Groupements des Editeurs de Côte d’Ivoire-GEPCIet. Le
Forum des Directeurs de Publication de Côte d’ivoire-FORDPCI) se plaignent de la
rareté de la publicité dans leurs supports. Au mieux, quand ils en reçoivent, le
‘‘paiement par les régies commises par les annonceurs s’effectue avec beaucoup de
retard ; six mois, voire un an’’1, dénonce avec amertume Charles Tra-Bi, Président
du FORDPCI.
54
CONCLUSION
55
BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE
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changements socioculturels en Côte d’Ivoire, thèse de 3e cycle, 2t. Université
René Descartes-Paris
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BOUCHARD, M.-P., La diffusion directe par satellite dans les relations canado-
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standards du multimédia : XML, MPEG-4 et 7, MPEG-21, JPEG 2000, MP3, Web3D, Wap...
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58