Atomistique Liaisons chimiques et solvants 1PC1
Chapitre 3 : Liaisons chimiques et solvants
III-1 Introduction
Le modèle de l’atome que nous avons étudié représente l’atome isolé. Or, à part les gaz rares,
très peu de corps sont formés d’atomes isolés. Dans la plupart des corps qui nous entourent,
les atomes sont liés les uns aux autres pour former des molécules dont l’énergie est plus faible
que celle des atomes qui les constituent. La raison essentielle de la formation de liaisons
chimiques est la stabilité : deux atomes sont plus stables en partageant un doublet d’électrons
qu’isolés.
La molécule est le résultat d’un assemblage d’atomes (2 ou plusieurs), liés entre eux par des
liaisons chimiques. A + B -----> A – B (La liaison entre A et B ne pourra se former que si
l’énergie du système A – B est plus faible que l’énergie des deux atomes séparés)
III-2 Liaisons chimiques covalentes
D’une façon générale, toute liaison qui s’obtient par mise en commun d’électrons est une
liaison covalente. Elle est obtenue grâce à la mise en commun d’un doublet électronique
apporté par deux atomes, un électron par chacun ou dans certains cas deux électrons venant
du même atome. La paire d'électrons est délocalisée entre les deux atomes. Le partage de
deux ou trois doublets s'appelle respectivement liaison double et liaison triple.
Selon Lewis, on peut ignorer les électrons appartenant aux couches profondes de l’atome
(électron de cœur), seuls les électrons périphériques (électron de valence) d'un atome peuvent
être impliqués dans la formation des liaisons.
Rq : Les liaisons covalentes sont fortement directionnelles. En conséquence, les molécules tendent à
adopter des formes géométriques caractéristiques possédant des angles de liaison spécifiques.
III-2-1 Représentation de Lewis
Le chimiste Gilbert Lewis avait remarqué que seuls les électrons de la couche de valence
intervenaient dans la formation de liaisons chimiques, les électrons de cœur sont inchangés.
Ce modèle, utilisé essentiellement pour les éléments des blocs s et p, consiste à écrire autour
du symbole de l’élément ses électrons de valence en représentant :
Deux électrons appariés par un trait -
un électron célibataire par un point
une orbitale vide ou lacune électronique par un rectangle
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Le nombre d’électrons célibataires donne la valence de l’atome, c.à.d le nombre de liaison que
peut former un atome. Exemple :
L’hydrogène possède 1 électron célibataire : il est monovalent.
L’oxygène possède 2 électrons célibataires : il est divalent.
L’azote possède 3 électrons célibataires : il est trivalent.
L’atome de carbone possède 4 électrons célibataires : il est tétravalent.
Rq : afin d’avoir des électrons célibataires ou des lacunes électroniques nécessaires pour
former les liaisons, il faut souvent prendre certains atomes dans un état excité (ou un autre état
de valence) au lieu de l’état fondamental.
Schémas de Lewis de quelques composés formés par des atomes des trois premières périodes.
(Voir cours)
III-2-2 La règle de l’octet
Des atomes avec des sous-couches électroniques externes incomplètes s’attirent fortement.
Les liaisons covalentes sont obtenues par la mise en commun d’un ou plusieurs doublets
électroniques de telle sorte qu’après cette opération chaque atome, excepté l’hydrogène,
acquiert une couche externe en ns2 np6 identique à celle du gaz rare qui le suit dans la
classification périodique. Une fois la ou les liaisons établies, chaque atome dispose de 8
électrons sur la couche externe, sauf l’atome d’hydrogène qui se sature en 1s 2 (règle du duet)
Remarque :
La liaison covalente dative peut être réalisée lorsque l’un des atomes dispose d’un doublet
libre qu’il partage avec un atome ayant une lacune électronique. Elle est indiscernable
d’une liaison ordinaire.
Les notations de Lewis des ions sont analogues à celles des atomes en ajoutant en plus les
charges formelles.
III-2-3 Les écarts à la règle de l’octet
Certains éléments du groupe 13 (B, Al, Ga) disposent de trois électrons externes. Un
réarrangement de ns2 np 1 permet d’obtenir ns1 np 2 et la formation de liaisons covalentes
avec trois atomes monovalents et il n’y a que 6 électrons autour de l’atome central.
Exemples : BF3, AlCl3.
Certains éléments de la troisième période (Si, P, S) et d’autres ayant des orbitales d libres
utilisent plus de 4 orbitales pour former des liaisons Exemple : Le pentachlorure de
phosphore PCl5 La configuration électronique est phosphore est P : 1s2 2s2 2p6 3s2 3p3.
Pour envisager une pentavalence (possibilité d’établir cinq liaisons, il faut qu’un électron
de la sous-couche 3s passe dans une sous-couche 3d initialement vide : 3s1 3p3 3d1 ; ainsi,
cinq liaisons de covalence peuvent s’établir, et l’atome de phosphore possède 10 électrons
externes.
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Les représentations de Lewis ne permettent pas de connaitre la géométrie spatiale des
molécules et des ions polyatomiques.
III-2-4 liaisons multiples
Il existe de nombreuses molécules où deux atomes peuvent être liés par deux ou même trois
paires d’électrons : on parle de double ou triple liaison. Exemple : CO2, C2H2, N2…
Dans ce cas, ces liaisons n’ont pas des caractères identiques ; en particulier, il y correspond
des énergies de liaison différentes. On appelle l’une d’elle liaison (sigma) et l’autre ou les
deux autres liaisons π
III-2-5 La liaison covalente délocalisée : Mésomérie
Pour un certain nombre d’espèces, il est possible d’écrire plusieurs structures de Lewis (aussi
plausibles les unes que les autres). Ces structures ont un nombre total d'électrons de valence
identiques mais qui peuvent être répartis de manière différente sur les différents atomes. Les
schémas différent seulement par la position attribuée aux électrons de valence, partagées (de
liaisons) ou non partagées, le nombre de doublet ainsi que la position des atomes restent les
mêmes.
Exemple 1 : ion carboxylate R-COO-
R-COOH + H2O → R-COO- + H3O+
Ces deux écritures constituent les formes mésomères ou formes limites de R-COO- et n’ont
pas d’existence physique, On dit qu’il y a résonance entre ces formes limites. On les indique
séparées par une flèche de deux pointes. On peut aussi indiquer les déplacements
électroniques permettant de passer d’une forme à une autre. L’ion réel doit être intermédiaire
entre les deux structures (hybride de résonance).
Exemple 2 : dioxyde de souffre SO2
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Les règles de la mésomérie :
1) On ne déplace que des doublets électroniques (exceptionnellement un électron célibataire).
2) Le nombre total d'électrons de valence reste le même dans toutes les formes mésomères.
3) Toutes les formes mésomères sont géométriquement identiques.
4) Les formes mésomères qui respectent la règle de l'octet ont un poids statistique nettement
plus important.
5) Les charges sur les atomes doivent être en accord avec leur électronégativité.
Rq : Plus une molécule présente des formes mésomères limites plus elle est stable. Elle
possède par rapport à une espèce ordinaire une énergie de stabilisation appelée énergie de
résonnance.
III-3 Prévision de la géométrie d’un édifice polyatomique : Méthode VSEPR
III-3-1 Méthode de Gillespie
Cette méthode permet de prévoir la forme géométrique des espèces chimiques (molécules ou
ions) dans l’espace en se référant au modèle de Lewis de la liaison covalente. Elle est fondée
sur le modèle VSEPR (Valence Shell Electron Pair Repulsion = Répulsion des paires
électroniques de la couche de valence)
Principe
Autour de chaque atome, les paires d’électrons de valence (libres ou de liaison) s’éloignent le
plus possible les unes des autres afin de minimiser leur répulsion électrostatique.
L’atome central A est lié à n atomes X, et il reste sur lui m doublets libres E de façon que la
molécule ou l’ion peut s’écrire :
AXnEm
Avec
A: atome central.
X: atomes liés à A et n leur nombre.
E: paires libres sur A et m leur nombre.
Sachant que les doublets électroniques de la couche de valence se repoussent entre eux, la
géométrie de la molécule sera celle pour laquelle les répulsions sont minimales, soit, les
doublets électroniques sont les plus éloignés possibles. Ainsi, dans cette théorie la géométrie
de la molécule est déterminée à partir des valeurs p =m+n.
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Rq : les liaisons multiples sont traitées comme les simples liaisons. Exemple : H2C=O ; on
considère que le carbone est entouré par trois liaisons : deux pour C-H et une pour C=O et
donc la molécule est représentée par AX3.
III-3-2 Figures de répulsion et géométrie moléculaire
Les géométries possibles sont fonction des nombres de n et m qui peuvent être déterminées
grâce aux notations de Lewis. Nous envisageons les sommes n + m de 2 à 6. Le tableau I
présente ces géométries possibles et des exemples de chaque cas.
p =n Figure de
n m Type Géométrie Exemples
+m répulsion
BeCl2 ; CO2 ;
2 2 0 AX2 Linéaire Linéaire
HCN ; NO2 +
BH3 ; COCl2 ;
3 0 AX3 Triangle
NO3 −
Coudée
3 Triangle
(en V),
SnF2 ; SO2 ;
2 1 AX2E1 angle
NO2 − ; O3
voisin de
120°
CH4 ; NH4 + ;
4 0 AX4 Tétraèdre BeF4 2− ;
SO2Cl2
Pyramide
4 3 1 AX3E1 Tétraèdre NH3, PCl3
trigonale
Coudée,
angle H2O ; SF2,
2 2 AX2E2
voisin de NH2−
109°
PCl5 ; PF2Cl3 ;
5 0 AX5 Bpt
SOF4
Bipyramide
à base
5
triangulaire
(bpt)
Tétraèdre
4 1 AX4E1 SF4 ; IF4+
déformé
5
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En forme
3 2 AX3E2 BrF3
de T
2 3 AX2E3 Linéaire ICl2 − , I3 −
6 0 AX6 Octaèdre SF6 ; PF6 −
6 Octaèdre
Pyramide
5 1 AX5E1 à base BrF5 ; SbF5 2−
carrée
4 2 AX4E2 Plan carré ICl4 −
III-3-3 Modifications des angles valentiels
Les angles réels à l’intérieur des molécules, ne sont pas rigoureusement égaux aux angles
prévus par la géométrie de base. Ils dépendent en fait de la présence de doublets non liants ou
de liaisons multiples et de l’électronégativité des différents atomes.
III-3-3-1 Influence du nombre m des doublets libres
Dans la série AX4 (CH4), AX3E1(NH3) et AX2E2 (H2O), on constate la diminution de
l’angle 𝑋Â𝑋 en passant de m = 0 à m = 2 : 𝐻-C-𝐻 = 109,5° ; 𝐻-𝑁-𝐻 = 107,3° ; 𝐻-𝑂-𝐻 =
104,5°. Cette diminution est due aux répulsions de paires libres occupant autour de l’atome
central A un volume plus important que les paires liées bloquées entre A et X (une paire
liée est sous la contrainte de deux noyaux positifs qui l’encadrent).
L'augmentation du nombre de paires libres sur l'atome central contribue à la fermeture de
l'angle.
La molécule de formaldéhyde (H2C=O) du type AX3 est triangulaire et les trois liaisons
devraient former trois angles de 120°. Or la valeur réelle de l’angle H-C-H est 116°. Cet
écart est attribué au fait que les doublets d’une liaison multiple (double ou triple) occupent
un plus grand espace que celui d’un doublet d’une liaison simple. Il en résulte que ces
doublets exercent sur les autres une répulsion plus forte que celle du doublet unique d’une
liaison simple. La double liaison correspond à 2 doublets soit 4 électrons, la triple
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liaison correspond à 3 doublets soit 6 électrons, la charge étant plus importante, la
répulsion sera augmentée et les angles vont être modifiés.
Remarque : Les répulsions électrostatiques entre deux doublets sont plus importantes entre
deux doublets non liants qu’entre deux doublets liants ; la répulsion entre un doublet libre et
un doublet liant est intermédiaire entre les deux.
III-3-3-2 Influence de l’électronégativité de l’atome central
Dans la série AX3E1 : NH3, PH3 AsH3 et SbH3, on détermine expérimentalement : 𝐻-𝑁-𝐻 =
107,3° ; 𝐻-𝑃-𝐻 = 93,3° ; 𝐻-𝐴𝑠-𝐻 = 91,8° ; 𝐻-𝑆𝑏-𝐻 = 91,3°. Dans le groupe 15,
l’électronégativité décroit de N à Sb, les doublets liants sont plus attirés vers l’azote dans NH 3
que l’antimoine SbH3, la répulsion est donc plus forte et l’angle valentiel plus élevé.
L'angle de valence est donc d'autant plus grand que l'électronégativité de l'atome central est
grande.
III-3-3-3 Influence de l’électronégativité des ligants X
Dans deux molécules isostructurales (de même structure) AXnEm et AX’nEm, si
l’électronégativité de l’atome X’ est supérieure à celle de X, les doublets liants s’éloigneront
davantage de l’atome A dans le cas de la molécule AX’ nEm. Leurs interactions sont affaiblies
et les liaisons « se rapprochent »
L'angle de valence diminue avec l'électronégativité des ligandes.
Exemples :
- OH2 et OF2 sont deux molécules (de type AX2E2) en V, mais l’angle H-O-H = 104,5°
et l’angle F-O-F = 103°.
- NH3 et NF3 sont deux molécules (de type AX3E1) pyramidales, mais l’angle H-N-H
=107,6° et l’angle F-N-F =102°.
III-3-3-4 la position des doublets non liants
Dans le triangle et le tétraèdre, les sommets sont équivalents. Il en résulte que la
localisation du (ou des) doublet(s) non liant(s) est indifférente
Dans la bipyramide trigonale, les cinq directions des liaisons ne sont pas équivalentes
(deux directions axiales et trois équatoriales). Les doublets non liants occupent les
positions équatoriales qui les éloignent le plus les uns des autres
Dans l’octaèdre, il est préférable de placer les deux doublets libres aux extrémités d’une
diagonale pour réduire les répulsions électrostatiques.
III-4 Polarité d’une molécule
III-4-1 Définitions
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Une molécule est dite polaire lorsqu’elle possède des liaisons polarisées (la différence
d’électronégativité entre les deux atomes est supérieure à 0,4) et lorsque le centre géométrique
(le barycentre) des charges partielles négatives est différent de celui des charges positives.
III-4-1 Polarité d’une liaison
Lorsque la différence d’électronégativité est importante, il en résulte un déplacement du
doublet vers l’atome le plus électronégatif, créant une dissymétrie du nuage électronique, et la
liaison est dite polaire. En conséquence, des charges partielles apparaissent, négative sur
l’atome le plus électronégatif et positive sur le moins. Les charges δ+ et δ- ont une valeur
absolue comprise entre 0 et 1, en prenant par unité la valeur absolue de la charge de l’électron.
III-4-2 Le moment dipolaire
L’existence des charges partielles (la molécule présente un pôle positif et un pôle négatif) se
traduit par l’existence d’un moment dipolaire //𝝁// = /𝜹e/ .𝒅𝑨−𝑩. Avec
e : la valeur absolue de la charge de l’électron
𝑑𝐴−𝐵 : la longueur de la liaison A-B (distance entre les deux atomes).
𝝁 est une grandeur vectorielle orientée vers l’atome le moins électronégatif (du pôle négatif
vers le pôle positif). Exemple : Moment dipolaire de la molécule de chlorure d’hydrogène
HCl
Remarque :
Le moment dipolaire s’exprime en coulomb.mètre (C m) et surtout en debye (D) : 1 D =
1,336. 10-30 C m.
Le moment dipolaire d’une molécule est la somme vectorielle des moments dipolaires de
ses différentes liaisons. Une molécule possédant un moment dipolaire non nul est dite polaire
; le cas contraire, elle est dite apolaire.
Lorsque la différence d’électronégativité est très élevée (exemple entre halogènes et
alcalins), il y aura transfert total du doublet liant vers l’atome le plus électronégatif avec
formation d’ions ; la liaison obtenue est dite ionique et peut être considérée comme le cas
limite de liaison covalente polaire.
III-4 Solvant
A coté des interactions fortes entre les atomes (liaisons covalentes), ils existent des
interactions faibles qui sont des forces qui s’exercent à des courtes distances entre les atomes
ou les molécules sans échange d’électrons. L’énergie de ces liaisons varie de 1 à 50 kj.mol-1 :
Ces liaisons sont dues à des forces entres molécules (intermoléculaire) où les possibilités de
liaisons fortes sont déjà saturées.
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Plus la distance inter-particules (atomes, molécules ou édifices ioniques) diminue au cours
d’un refroidissement ou d’une compression, plus les forces intermoléculaires augmentent.
III-4-1 Interactions de Van der Waals
La polarité des molécules est mise en évidence par l’existence des moments dipolaires. Des
interactions attractives intermoléculaires de faible énergie appelées forces ou liaisons de Van
der Waals résultent de l’interaction entre les moments dipolaires des différentes molécules.
L’énergie de ces interactions est de l’ordre de quelques kilojoules par moles. Les liaisons de
van der Waals recouvrent trois types d’interactions.
III-4-1-1 Interaction entre dipôles permanents ou force d’orientation de Keesom
Deux molécules polaires de dipôles permanents interagissent de manière attractive et
s’orientent les uns par rapport aux autres de façon que leur énergie soit minimale. Dans ce cas
là, les molécules mettent en jeux une énergie d’interaction de keesom de type E k = -kk/r6 avec
r est la distance entre les dipôles et kk dépend de la température et du moment dipolaire 𝝁
III-4-1-2 Interaction dipôle permanent – dipôle induit ou interaction de Debye
Effet d’induction
Ces interactions existent entre les molécules polaires ayant un moment dipolaire permanent et
les molécules apolaires. Une molécule polaire crée autour d’elle un champ électrique E et si
une molécule apolaire se trouve dans son voisinage, elle subit l’influence de ce champ : il s’y
crée une polarisation induite qui disparait quand elle s’éloigne. La molécule apolaire acquiert
alors un moment dipolaire induit de la forme : 𝝁 = α.E avec α est la polarisabilité de la
molécule apolaire qui traduit la facilité avec laquelle le nuage électronique d’une molécule
peut se déformer sous l’action d’un champ électrique. On est alors ramené à l’interaction
dipôle permanent – dipôle induit, à laquelle est associée une énergie d’interaction de Debye
de type : ED = -kD/r6 où kD dépend de α et de 𝝁.
III-4-1-3 Interaction entre dipôles instantanés ou interaction de London
En raison du mouvement incessant des électrons dans une molécule, cette dernière présente à
chaque instant un moment dipolaire instantané non nul bien que sa moyenne dans le temps
soit nulle. La moyenne des interactions instantanées est de la forme FL = -kL/r6, où kl dépend
de la polarisabilité α.
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Même si les molécules ou les atomes ne sont pas polaires, les dipôles induits existent
toujours à cause de la polarisabilité des atomes ou des molécules, c’est-à-dire la déformation
de la distribution de leurs charges électriques. Cette polarisabilité vient de ce que le nuage
électronique est déformable par influence électrique. Ainsi, deux molécules, même non
polaires comme I2 ou O2, lorsqu’elles sont suffisamment proches, influencent mutuellement
leurs distributions de charges, et les déforment, créant ainsi de petits dipôles instantanés qui
vont s’attirer faiblement.
III-4-2 Liaisons hydrogène
La liaison hydrogène est une attraction électrostatique qui se produit entre un atome
d’hydrogène déjà lié à un atome A fortement électronégatif (F, O, N, Cl) et un autre atome B
également très électronégatif porteur d’un doublet libre et lui aussi, déjà engagé dans une
molécule.
Rq : L’énergie de cette interaction est de l’ordre de quelques dizaines de kilojoules, elle est
plus importante que les liaisons de Van der Waals. Ces liaisons sont responsables d'une
augmentation des constantes physiques.
Les liaisons hydrogènes peuvent s’établir au sein de la même molécule, on parle alors de
liaisons hydrogènes intramoléculaires sinon il s’agit des liaisons intermoléculaires.
Influence de la liaison hydrogène sur les propriétés physico-chimiques :
De nombreuses constantes physiques de certains composés hydrogénés (exemple :
températures de fusion, température d’ébullition,…) sont anormalement élevées par rapport
aux composés analogues. Ces constatations prouvent l’existence d’associations stables
intermoléculaires de type A-H….B,
Le passage solide-liquide puis liquide-gaz nécessite la rupture des liaisons H d’où
l’augmentation des constantes physiques
Pour les liaisons H intermoléculaires, on constate une augmentation des constantes
physiques (Teb, Tfus) alors qu’elles diminuent dans le cas des liaisons H intramoléculaires.
III-4-3 solvants moléculaires
III-4-3-1 caractéristiques d’un solvant
Un solvant est l’espèce majoritaire d’un mélange. Les autres sont appelées solutés : Une
solution est obtenue en dissolvant un ou plusieurs constituants appelés solutés dans un liquide
appelé solvant et lorsque le solvant est l’eau la solution est dite aqueuse. Les réactions
chimiques qui peuvent se dérouler au sein d’une solution sont très influencées par la nature du
solvant. Les forces mises en jeu entre solutés et solvant dépendent de son caractère polaire, de
son caractère portique et de sa permittivité électrique relative. On classe les solvants selon les
trois caractéristiques suivantes :
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Le caractère dissociant d’un solvant : est défini comme sa capacité à dissocier une paire
d’ions. Plus la permittivité électrique relative r d’un solvant est grande, plus l’interaction
anion-cation est affaiblie dans ce solvant. Exemple : l’eau est un solvant fortement
dissociant (r =80) prenons le cas de la dissolution du sel NaCl dans l’eau, les ions étant
maintenus à l’état solide par des liaisons ioniques. Toutefois, ils se séparent en solution
malgré l’interaction électrostatique entre eux.
Le caractère ionisant d’un solvant est définit comme la capacité de ce solvant à
transformer un soluté ionique (NaCl) ou un composé moléculaire ionisable (HCl) en une
paire d’ions. Un solvant est d’autant plus ionisant que son moment dipolaire est élevé.
Exemple : l’eau est un solvant fortement ionisant.
Exemple : Les deux molécules HCl (soluté) et H2O (solvant) étant polaires, l’oxygène de
l’eau attire l’hydrogène de la molécule HCl qui finit par se détruire. Ensuite, grâce au
caractère dissociant de l’eau, les ions se séparent. Généralement, les solvants polaires
dissolvent les molécules polaires. On dit que ce sont des solvants ionisants.
Caractère protique d’un solvant : Un solvant constitué de molécules pouvant créer des
liaisons hydrogène est dit protique. En l’absence de cette propriété, le solvant est dit
aprotique. L’eau est un solvant protique, le cyclohexane C6H12 est un solvant aprotique.
III-4-3-2 Mise en solution d’un composé
Le processus de solubilisation du composé A dans le solvant est représenté par l’équation :
Apur Adissous
Ce phénomène est possible jusqu’à saturation du milieu. La capacité d’un solvant à solubiliser
un composé est reliée à la possibilité d’établir des interactions intermoléculaires (Van der
Waals et/ou liaisons hydrogène) entre les molécules de solvant et celles du composé.
Exemple : l’eau, solvant polaire pouvant réaliser des liaisons hydrogènes, solubilise très bien
l’éthanol qui a les mêmes propriétés mais pas le cyclohexane qui ne peut réaliser que des
interactions de London.
a) Solubilisation des composés ioniques
La dissolution d’un composé se déroule en trois étapes (exemple : HCl dans l’eau) :
Ionisation : création d’une paire d’ions (HCl H +Cl−)
Dissociation : séparation de la paire d’ions (H+Cl− H + + Cl−)
Solvatation : les molécules de solvant forment des liaisons faibles (Van der Waals et/ou
liaisons hydrogène) avec les ions (H+ + Cl− H + (aq) + Cl− (aq)).
Exemple : L’eau est un bon solvant pour les composés ioniques (exemple : NaCl) ou les
espèces polaires mais pas pour les composés apolaires. Par contre, le cyclohexane est un bon
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solvant pour les espèces apolaires associées par des interactions de London (exemple : I2
solide).
b) Miscibilité des solvants
Deux liquides sont miscibles lorsqu’ils forment un mélange homogène (une seule phase).
Deux solvants semblables sont miscibles. Plus les solvants ont des propriétés en commun,
plus ils sont miscibles entre eux. Par exemple, l’eau et l’éthanol sont des solvants polaires et
protiques et sont miscibles en toutes proportions. L’eau et le cyclohexane ne sont pas
miscibles car l’eau est polaire alors que le cyclohexane est apolaire.
c) choix d’un solvant
* Les espèces chimiques polaires ou fortement polarisable sont très solubles dans les solvants
polaires (exp : HCl dans l’eau). Au contraire, les espèces apolaires et/ou peu polarisables sont
peu solubles dans l’eau (exp : les alcanes dans l’eau)
* les espèces chimiques protiques sont très solubles dans les solvants protiques (exp : éthanol
dans l’eau).
* les espèces chimiques apolaires se dissolvent bien dans les solvants apolaires (exp : le
diiode I2 dans le cyclohexane).
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