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Apreciation Des Risques

Le projet de loi relatif à la prévention des risques technologiques et naturels vise à améliorer la gestion des risques en France, en intégrant des mesures pour la sécurité des installations et l'indemnisation des victimes. Il propose des modifications réglementaires pour renforcer la culture du risque et la prévention des catastrophes, tout en impliquant les entreprises et les collectivités dans le processus. Les observations de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris soulignent l'importance d'une approche contractuelle et d'incitations fiscales pour soutenir les efforts de prévention et d'indemnisation.

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Apreciation Des Risques

Le projet de loi relatif à la prévention des risques technologiques et naturels vise à améliorer la gestion des risques en France, en intégrant des mesures pour la sécurité des installations et l'indemnisation des victimes. Il propose des modifications réglementaires pour renforcer la culture du risque et la prévention des catastrophes, tout en impliquant les entreprises et les collectivités dans le processus. Les observations de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris soulignent l'importance d'une approche contractuelle et d'incitations fiscales pour soutenir les efforts de prévention et d'indemnisation.

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PROJET DE LOI RELATIF A LA PREVENTION DES RISQUES

TECHNOLOGIQUES ET NATURELS ET A LA REPARATION DES


DOMMAGES

OBSERVATIONS ET PROPOSITIONS

Rapport présenté par M. Alain BARILLEAU

et adopté par le Bureau du 6 mars 2003, selon la procédure d'urgence

au nom de la Commission de l'Aménagement Régional, de l'Environnement, du


Tourisme et des Transports, de la Commission du Commerce Intérieur, de la
Commission Economique et Financière et de la Commission du Travail et des
Questions Sociales
2

SOMM AIRE
Observations prior itai res de la CCI P _______________________________________ 3
I ) Introduction ____________________________________________________________ 5
I I) L’appréciat ion du ris que : un problème culture l ___________________________ 7
I II ) Observations et proposi tions de la CCI P ________________________________ 9
TITRE I LES RISQUES TECHNOLOGIQUES ___________________________________ 9

CHAPITRE 1 : INFORMATION ______________________________________________________ 9

CHAPITRE II : MAÎTRISE DE L’URBANISATION AUTOUR DES ÉTABLISSEMENTS


INDUSTRIELS À RISQUE _________________________________________________________ 12

A - La servitude d’utilité publique autour des installations industrielles______________________ 13

B - La mise en place des plans de prévention des risques technologiques (PPRT) ___________ 14

C - Les critères de délimitation des PPRT_____________________________________________ 14

D - La réglementation des constructions futures sur les différentes zones du PPRT __________ 16

E - Les travaux de prévention prescrits par le PPRT ____________________________________ 16

F - Les Droits de préemption, de délaissement, d’expropriation et de rétrocession ___________ 16

CHAPITRE III : MESURES RELATIVES À LA SÉCURITÉ DU PERSONNEL _______________ 17

CHAPITRE IV: INDEMNISATION DES VICTIMES DE CATASTROPHES TECHNOLOGIQUES 20

TITRE II LES RISQUES NATURELS _________________________________________ 24


ER
CHAPITRE 1 - INFORMATION ___________________________________________________ 24

A - Concernant l’information des populations __________________________________________ 25

B - Concernant l’organisation de la surveillance et de la prévision des crues ________________ 26

C - Concernant la commission départementale des risques majeurs _______________________ 27

CHAPITRE II - UTILISATION DU SOL ET AMÉNAGEMENT ____________________________ 27

CHAPITRE III - TRAVAUX ________________________________________________________ 29

A - Concernant la réalisation des travaux _____________________________________________ 30

B - Concernant l’indemnisation______________________________________________________ 30

CHAPITRE IV - DISPOSITIONS FINANCIERES ______________________________________ 31

CHAPITRE V - DISPOSITIONS RELATIVES A L’OFFICE NATIONAL DES FORETS _______ 34

TITRE III LES DISPOSITIONS COMMUNES ET TRANSITOIRES__________________ 35


I V) Conclusion ___________________________________________________________ 36
3

Obser vations prioritaires de la CC IP

Le projet de loi « relatif à la prévention des risques technologiques et naturels et à la


réparation des dommages », présenté par le Gouvernement au Conseil des ministres
le 3 janvier 2003, a été adopté par le Sénat, après amendements, le 6 février. Il est
actuellement en discussion devant l’Assemblée Nationale.

Tout en soulignant que ce projet marque une nette amélioration par rapport à celui
du précédent gouvernement, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris
souhaite attirer l’attention sur 11 points particulièrement importants pour les
entreprises :

1°) Prévoir, par voie contractuelle, dans le cas de sites existants ou réalisant des
travaux ou des extensions, une participation de l’Etat à l’indemnité accordée aux
propriétaires touchés par les servitudes d’utilité publique. Ne resterait à la charge de
l’entreprise que la prise en considération des risques nouveaux. A défaut, il y a un
danger sérieux de blocage du développement et de la modernisation de ces sites.

2°) Inciter fiscalement les PME à réaliser les investissements spécifiquement affectés
à l’amélioration de la sûreté. Les Fonds régionaux d’aide au conseil (FRAC)
devraient être ouverts aux prestations d’audit et de conseils en matière de risques
naturels et industriels.

3°) Prévoir, dans le cas d’une rétrocession à l’exploitant des terrains à proximité de
l’installation à risque, un abattement lié à l’immobilisation du bien et aux contraintes
de réutilisation.

4°) Dispenser du permis de construire, par souci de simplification et de


rationalisation, les travaux prescrits par les PPRT et les PPRN (Plans de Prévention
des Risques Naturels), une déclaration préalable étant suffisante.

5°) Adopter, par souci de cohérence et d’équité, une référence générale au prix du
marché pour la préemption, le délaissement, ou l’expropriation.

6°) Encadrer la faculté offerte aux Comités Locaux d’Information et de Concertation


(à coordonner avec les SPPPI – Secrétariat Permanent pour la Prévention des
Pollutions Industrielles) de faire appel à des experts en recourant au principe de
proportionnalité entre les demandes d’information complémentaires et leurs coûts, et
en définissant la qualité des personnes susceptibles de saisir le comité. A défaut,
des demandes abusives et coûteuses sont à craindre.

7°) Associer les CCI à l’élaboration des Plans de prévention des risques
technologiques (PPRT), comme elles le sont au titre des documents d’urbanisme,
compte tenu des enjeux pour les entreprises.
4

8°) Ne pas laisser à l’initiative d’un salarié, même investi d’un mandat de
représentant du personnel, la possibilité d’imposer un CHSCT, et encadrer
l’utilisation du droit d’alerte des CHSCT.

9°) Instaurer, en faveur des entreprises touchées par un sinistre, un mécanisme


systématisé d’acomptes sur indemnités, à l’instar de ce qui est prévu pour les
particuliers en matière d’indemnisation relative à un sinistre industriel.

10°) Garantir une participation des CCI à la Commission Départementale des


Risques Majeurs.

11°) Moduler le taux de la surprime finançant le régime de l’assurance ‘’Catastrophes


Naturelles’’ en fonction des efforts de prévention. Prévoir, par ailleurs, dans les
zones couvertes par un PPRN, que l’indemnité résultant de cette garantie puisse
dépasser le montant des dommages directement subis, dans la limite des frais
engagés par l’assuré pour réparer les dommages conformément aux normes de
construction en zones inondables. Indemniser les pertes d’exploitation, même sans
dommages matériels directs.
5

I) Introduction

Suite à l’explosion spectaculaire, à l’origine encore controversée, de l’usine Grande


Paroisse de Toulouse, le 21 septembre 2001 (plus de trente morts, des centaines de
blessés et des milliers de logements dévastés), et aux dernières grandes
catastrophes naturelles (tempêtes de décembre 1999, inondations de la Somme puis
du Gard), le pays a fait l’expérience d’un intense débat sur la maîtrise des risques
industriels et naturels. Au-delà des réactions passionnelles, compréhensibles en la
circonstance, la perception du risque dans notre société a largement évolué.

Les différents rapports de Commissions d’enquête 1, étayés par de nombreuses


auditions 2, sont venus alimenter et enrichir le débat et ont conforté le Gouvernement
dans sa volonté de faire évoluer le système actuel de gestion des risques
technologiques et naturels tant au niveau organisationnel, que réglementaire et
financier.

Incontestablement, le projet de loi présenté par le Gouvernement au Conseil des


ministres du 3 janvier 2003 et discuté au Sénat en février, traduit un certain
pragmatisme, bien qu’il n’apporte ni l’unification ni la clarification attendues
pour les dispositions en vigueur, qui continueront à relever de législations
distinctes. Il reprend les principales propositions des rapports auxquels il a été fait
référence plus haut, soit directement, soit dans leur esprit, à l’exception des mesures
de renforcement de l’inspection des installations classées, sur lesquelles le
Gouvernement a pris par ailleurs un engagement pluriannuel de croissance 3.

1
Cf rapport Monsieur Philippe ESSIG coordinateur des différentes tables rondes régionales et
nationales suite à l’explosion de Toulouse (janvier 2002) ; rapport Loos réalisé au nom de la
Commission d’enquête sur le sûreté des installations industrielles et des centres de recherches et sur
la protection des personnes et de l’environnement en cas d’accident industriel ((janvier 2002) ; rapport
de Yves DAUGE sur les politiques publiques de prévention des inondations (1999) ; rapport du Sénat
fait au nom de la commission d'enquête, sur les inondations de la Somme chargée d'établir les causes
et les responsabilités de ces crues, d'évaluer les coûts et de prévenir les risques d'inondations
(2002) ; rapport de l’Assemblée Nationale fait au nom de la Commission d’enquête sur les causes des
inondations répétitives ou exceptionnelles, et sur les conséquences des intempéries afin d’établir les
responsabilités, d’évaluer les coûts ainsi que la pertinence des outils de prévention, d’alerte, et
d’indemnisation (Novembre 2001).
2
Des acteurs de l’industrie chimique et pétrolière, des experts en matière de sécurité, en particulier
dans le domaine de l’aviation civile et du nucléaire, des représentants des sociétés d’assurance, des
élus de communes touchées gravement par des inondations, de représentants d’associations de
sinistrés, …
3
A la suite de la catastrophe de Toulouse, la décision de créer 150 emplois supplémentaires pour
3
l’inspection des installations classées dans les DRIRE a été inscrite dans la loi de finances de 2002.
Sa mise en œuvre est en cours et la majorité des nouveaux agents, 80 ingénieurs, 62 techniciens et 8
secrétaires, sera opérationnelle sur le terrain en 2003. L’effectif de l’inspection en DRIRE est ainsi de
1019 agents techniques et administratifs portés au budget 2002 du Ministère de l’écologie et du
développement durable.
6

Il va permettre également de favoriser l’émergence d’une véritable culture du


risque par les populations concernées, ce qui est d’autant plus nécessaire que les
protections, aussi efficaces soient-elles, ne peuvent supprimer tous les risques pour
les constructions situées à proximité de sites dangereux ou en bord de rivière.

En effet, les modifications ou les compléments apportés par le projet de loi aux
codes de l’environnement et de l’urbanisme, ainsi qu’au code rural, vont dans le sens
d’une réelle prévention, notamment en prévoyant la mise en place d’outils
nécessaires à la réalisation de mesures de réduction de la vulnérabilité des biens
exposés aux risques.

Consciente de cet enjeu de société qu’est la culture et la gestion du risque, la CCIP


présente aujourd’hui ses observations et propositions à l’occasion de la procédure
parlementaire engagée.

Enfin, on notera que cette discussion intervient alors que la Commission européenne
propose de modifier la directive 96/82/CE du Conseil du 9 décembre 1996 suite aux
accidents survenus à Baia Mare en Roumanie (déversement de cyanure dans la
Tisza) et à Enschede aux Pays-Bas (explosion dans un entrepôt pyrotechnique).
7

II) L’a ppréciation d u risque : u n pro blème


culturel

Force est de rappeler que le risque est intimement lié à la vie humaine, qu’il n’y a pas
d’activité ni de progrès sans risques, et que les processus les plus performants
utilisent souvent les produits les plus dangereux.

Le risque industriel n’est pas limité à l’industrie chimique stricto sensu ; par exemple,
il concerne également l’industrie pétrolière dans tous ses développements, le
transport des marchandises dangereuses, le stockage et la distribution du gaz, les
accidents dûs au gaz étant probablement les plus meurtriers de ceux qui affectent
notre pays chaque année.

La société a également un besoin vital de produits issus souvent d’installations à


risques (produits allant des engrais au nitrate d’ammonium jusqu’à la chimie fine et à
la pharmacie). Fournisseur de nombreux produits et services essentiels, le secteur
de la chimie (85 milliards d’euros de chiffres d’affaires 4, 250 000 emplois en direct,
500 000 avec les activités liées) a considérablement réduit ces vingt dernières
années la fréquence des accidents 5 grâce à son programme « Engagement de
progrès ».

Certes, il faut faire une distinction entre les risques courus volontairement (ou
acceptés consciemment par chacun d’entre nous, que ce soit le risque transport6, le
risque alimentaire, les risques domestiques ou le risque médical7) de ceux qui nous
sont imposés. On mesure cette distinction dans les différences de comportement
entre les conséquences d’un accident sur la route ou d’un accident de chemin de fer
ou de transport aérien.

L’écho n’est pas le même, ni dans la population, ni dans les médias qui en rendent
compte. Dans le premier cas, nous sommes directement acteurs du phénomène qui
peut conduire à l’accident (ce qui est un facteur de plus grande acceptation), dans
les seconds, nous les subissons (ce qui est un facteur de rejet plus facile).

Il est indéniable que les risques industriels ou naturels se placent dans cette seconde
catégorie du risque subi ; et pourtant les accidents dans les industries à risques
majeurs 8 (1240 sites en France dont 103 en Ile-de-France) ou les catastrophes

4
La chimie française en bref, UIC, 2002.
5
Source «A la rencontre de la chimie », UIC – octobre 2002. Le secteur de la chimie est celui où le
nombre d’accident du travail avec arrêt pour un million d’heures travaillées (taux de fréquence
d’accidents) est le plus faible.
6
Le transport routier avec plus de 7 000 morts chaque année et plusieurs centaines de milliers de
blessés sans compter les conséquences matérielles immenses, le transport maritime marqué par les
deux catastrophes de Zeebrugge et du Golfe de la Baltique et le transport aérien.
7
Tabac, alcool, drogues avec les conséquences immenses se chiffrant en centaines ou en milliers de
morts entraînés par leur abus.
8
Pour mémoire, il y a en France 450 000 installations classées soumises à l’inspection, dont 63 300
soumises à une autorisation préalable, dont 30 000 entreprises agricoles ou assimilées.
L’autorisation fixe les conditions de fonctionnement à respecter par l’établissement pour assurer la
sécurité des personnes et la protection de l’environnement. Sur cet ensemble, 10 000
8

naturelles sont rares mais spectaculaires. Depuis 1982, 570 accidents sérieux9 ont
eu lieu sur des établissements classés Seveso.

En raison des progrès de la science et de la technologie, s’est développé dans les


esprits un droit au « risque zéro », largement conforté par la rareté ou l’absence
d’accidents et de catastrophes graves. Lorsque les risques ne sont pas perçus,
comme cela peut être le cas dans les stockages en vrac, se produit alors une sorte
de banalisation et de sous-estimation du risque. Face à cette indifférence, l’explosion
de Toulouse ou les crues torrentielles des derniers mois sont un rappel brutal de ces
risques.

L'idée de délocaliser les entreprises à risque est une fausse bonne idée ; les
déplacer ne résout rien. C'est au contraire dans un pays comme le nôtre, où existent
les capacités intellectuelles et techniques, que l'on peut réduire pollutions et risques.

En revanche, il faut encourager les mesures visant à éviter de nouvelles


constructions, à usage industriel, commercial ou d’habitation dans les zones à
risques naturels ou technologiques.

Le développement de la conscience du risque, et des efforts de prévention permettra


de maintenir l'industrie française, pourvoyeuse d’emplois et de valeur ajoutée,
sur le sol français. Cette démarche dépend tout autant de l’approfondissement des
connaissances sur ces risques 10 ou de la diffusion de bonnes pratiques et des règles
de l’art reconnues en matière de réduction et de prévention des risques, que de la
simplification des réglementations.

Si l’on veut définir une stratégie à long terme de « culture de sécurité », elle
doit être conduite dans le cadre d’une étroite coordination avec les partenaires
européens de la France, car il ne faudrait pas que des mesures spécifiquement
françaises diminuent la compétitivité de ses entreprises.

établissements présentent des risques importants d’accidents ou de pollutions pouvant avoir des
impacts sur la santé publique. Les 1 250 établissements soumis à la directive européenne du 9
décembre 1996 SEVESO II (raffineries, usines chimiques, dépôts d’explosifs, mais aussi sidérurgie,
verreries…) ne sont pas les seules sources potentielles de problèmes graves. Ne sont par exemple
pas soumis à cette directive les incinérateurs de déchets, les silos de céréales, les traitements de
surface.
9
On peut citer notamment les accidents de La Mède (Total, 1992), de Noyelles Godault (Métal europ,
1993), de Blaye (silo de céréales pourtant non classé Seveso, 1997).
10
Les accidents font progresser la connaissance, car ils mettent en lumière les failles de certitudes
abusives. A Toulouse, tous les experts pensaient que le nitrate d’ammonium ne pouvait pas exploser.
9

III) O bser vatio ns et pro positions de la C C IP


Le projet de loi est divisé en trois parties. La première partie concerne les risques
technologiques, la deuxième les risques naturels, et la troisième regroupe des
dispositions communes.

Les principales observations et propositions de CCIP sont synthétisées ci après.

TITRE I Les risques technologiques

De nombreux textes et plusieurs administrations ou structures traitent déjà des


risques industriels. Mais, d'une part, l'application effective des textes est
problématique, d'autre part, les organismes de contrôle sont trop spécialisés. La
prise en compte globale du risque industriel dans ses formes actuelles n’est que
partiellement intégrée.

Ce titre de l’actuel projet de loi reprend largement l’architecture du texte déposé au


Parlement en février 2002 par le précédent gouvernement, mais il intègre également
de nouvelles mesures, de nature à mieux assurer l’effectivité des dispositifs à créer,
et à garantir l’indemnisation des victimes, en cas d’accident, dans l’esprit des
propositions du rapport Loos - Le Déaut.

Il modifie essentiellement le code de l’environnement, le code l’urbanisme et le code


du travail, comme le projet précédent, mais également le code des assurances et le
code du commerce. Il se divise en cinq chapitres.

CHAPITRE 1 : INFORMATION

Articles 1 et 2.

L’enquête publique, dans le cas des installations Seveso (c’est-à-dire soumises


à autorisation et pouvant bénéficier d’une servitude d’utilité publique, ou
installations avec servitude d’utilité publique), comprendra obligatoirement
l’organisation d’une réunion publique. Des comités locaux d’information et de
concertation sur les risques technologiques (CLIC) seront créés autour de ces
mêmes installations à l’initiative des Préfets. Ces comités, dont la composition
et les conditions d’application feront l’objet d’un décret ultérieur, disposeront
d’un pouvoir de contre-expertise et seront dotés par l’État des moyens de
remplir leurs missions.
10

L’objectif d’information appelle peu de commentaires, dans la mesure où la


transparence de l'information sur les risques industriels répond à un double objectif
de responsabilité sociale et d'efficacité de la prévention. En effet, l’explosion de
l’usine AZF à Toulouse a suscité de nombreuses interrogations sur les choix
collectifs et sur les responsabilités de chacun pour maîtriser le risque industriel.

La sûreté n'est pas, en effet, l'affaire des seuls industriels, souvent pris comme boucs
émissaires en cas d’accident, mais elle concerne également les institutions, le
système d’enseignement, les administrations, les médias, et le milieu associatif. La
participation active de citoyens (même si l’expérience montre que leur
participation à des réunions publiques d’information est souvent faible), eux
aussi informés de la situation et des risques qu’ils encourent, des plus courants aux
plus rares, permettra d’améliorer la culture de la sûreté.

Si l’on admet que le citoyen doit être informé pour être responsable (la diffusion au
grand public de certaines informations doit cependant être accompagnée de
garanties en termes de secrets professionnels et de confidentialité), il faut
également accepter que les décisions politiques soient prises à un niveau
décentralisé.

Etant donnée la grande hétérogénéité des problématiques locales et du nombre


d’établissements Seveso concernés par les bassins à risque, la CCIP suggère que
l’organisation (ordre du jour, mode d’information et fréquence de réunions) des
Comités locaux d’information et de concertation sur les risques technologiques
(CLIC) soit encadrée par l’Etat (garant de la cohérence) et repose sur l’expérience
accumulée des 73 comités locaux créés suite à la circulaire du 12 juillet 2002 du
Ministre de l’Ecologie et du Développement Durable.

Le fait d’élargir la réflexion à d’autres sujets tels que le transport de matières


dangereuses 11, le stockage temporaire de matières dangereuses dans les ports et
gares de triage, est une initiative qui permettra d’avoir une analyse d’ensemble de
la chaîne logistique. Le problème de la tutelle des opérations concernées partagée
entre des administrations différentes (Environnement, Industrie et Transports) n’est
toutefois pas évoqué. Or, une plus grande coordination pourrait s’avérer utile lors de
l’élaboration par chaque préfecture d’un plan de secours spécialisé pour le transport
des matières dangereuses 12 ou l’établissement d’un Plan particulier d'intervention
(PPI) 13 pour les lieux de transit et activités présentant des dangers ou des
inconvénients graves au sens de l’article L.511-1 du Code de l’environnement.

11
Les causes matérielles et externes sont principalement pour :
§ le rail : rupture mécanique (essieux, freins...), fausse manœuvre, déraillement,
§ la route : renversement de citerne, défaillance de freins, de pneumatique, rupture d'attelage...
§ les canalisations : corrosions, ruptures, surpressions...
Un progrès important pourrait être fait rapidement pour la maîtrise du risque transport des
marchandises dangereuses en utilisant les ressources de l’ITS (Intelligent Transport Systems)
dans les domaines des télécommunications, de la localisation des mobiles et du traitement de
l’information pour gérer les fonctions propres des véhicules, les flux de circulation, l’intervention des
services de secours, etc.…..Des expériences pilotes ont été faites aux Pays Bas et en Allemagne.
12
Circulaire du Ministère de l'Intérieur en date du 22 XI 1988.
13
Décret n° 88-622 du 6 mai 1988.
11

Afin de renforcer leur efficacité et éviter les redondances, la CCIP propose que
les actions des CLIC soient bien coordonnées avec celles des 12 Secrétariats
permanents pour la prévention des pollutions et des risques industriels
(SPPPI)14.
Même si leur couverture géographique est différente, leurs collèges de
représentants et leurs buts fondamentaux d’information et de concertation
s’avèrent identiques. Par contre, l’information des citoyens favorisée par les
CLIC étant souhaitée par l’Etat, il serait logique que le financement de ces
structures de concertation soit assuré par l'Etat ou par les collectivités locales,
et en aucun cas par les entrepreneurs.

En effet, alors que les CLIC sont une source d’information en direction des
populations des bassins d'emplois concernés (au moyen de réunions, plaquette,
rencontres, etc), la force et la crédibilité des SPPPI résident dans leur capacité à
mener des actions conduisant à une réduction effective des risques et des nuisances
d’origine industrielle.

Là où des CLIC existent, les SPPPI pourraient constituer une base de réflexion et
d’études sur des sujets intéressant plusieurs comités locaux à une échelle plus large
que le bassin industriel.

Enfin, afin d’éviter les situations de blocage par la multiplication des recours, il
convient d’encadrer la faculté offerte au CLIC par l’article L. 125-2 du code de
l’environnement, de recourir à des experts « sur demande d’une personne
intéressée » : créer un principe de proportionnalité entre les demandes
d’information complémentaires et leurs coûts, et définir la qualité des
personnes susceptibles de saisir le comité.

La CCIP souhaite que l’expertise des SPPPI soit confortée dans leur action et
leurs moyens. L’action de consolidation des données (incidents qui affectent les
processus industriels) effectuée par le Bureau d’Analyse des Risques et
Pollutions Industrielles (BARPI15) existants dans les DRIRE doit être également
renforcée en envisageant notamment la création d’une agence indépendante
de collecte et d’analyse des incidents sur le modèle de ce qui existe dans les
secteurs de l’aéronautique (agence européenne de sécurité aérienne16) et du
nucléaire (agence internationale de l’énergie atomique 17).

14
Un SPPPI est une assemblée collégiale qui rassemble sur une aire géographique déterminée,
l’ensemble des acteurs (industriels, élus et collectivités locales, services de l’Etat, associations,
médecins, journalistes…) concernés par l’amélioration de la prévention des pollutions et des risques
d’origine industrielle. Sa mission est de favoriser cette prévention par la concertation et la
transparence. Il ne substitue pas aux réglementation, aux programmes d’aide mais au contraire met
en relief ce qui existe déjà. A titre, d’exemple, le SPPPI Vallée de la Seine a un conseil d’orientation
présidé par le Préfet des Yvelines et composé de cinq collèges (Elus et collectivités locales,
associations, industriels, administrations et personnes qualifiées). Son secrétariat est assuré par le
DRIRE
15
Le Service de l’Environnement industriel de la Direction de la Prévention des Pollutions et des
Risques (DPPR) du Ministère de l’Ecologie compte 69 personnes dont 11 au bureau des risques
technologiques et industries chimiques et pétrolières et 6 au BARPI en charge du retour d’expérience
sur les accidents.
16
Information : http://europa.eu.int/scadplus/leg/fr/lvb/l24249.htm.
17
Information : http://www.iaea.org.
12

Cette agence travaillerait en étroite collaboration avec l’INERIS 18. L’expertise


française ainsi renforcée serait également mieux reconnue à l’échelle
européenne19.

CHAPITRE II : MAITRISE DE L’URBANISATION AUTOUR DES


ETABLISSEMENTS INDUSTRIELS A RISQUE

Articles 3 et 4

Pour les installations nouvelles, il s’agit d’étendre le champ de l’article L. 5 15-8


du code de l’environnement aux cas de délivrance d’autorisations concernant
une installation industrielle à haut risque dite «AS 20» nouvelle sur un site
existant, ou la modification d’une installation existante. En effet, l’article L. 515-8
ne concerne actuellement que les installation AS sur des sites nouveaux.

Pour les installations existantes, le dispositif repose sur un nouvel outil


juridique, les plans de prévention des risques technologiques, annexés aux
plans locaux d’urbanisme. Ces plans, qui vaudront servitudes d’utilité publique,
ont pour objet de prévenir et de réduire les risques suscités par les installations
existantes. Son élaboration relève de la compétence de l’Etat, après
concertation préalable et enquête publique. Son périmètre couvre les
établissements à haut risque et autres installations dangereuses ; il est défini
selon les études de dangers et peut être subdivisé en zones d’exposition selon
la probabilité des accidents et leur gravité. En cas de carence de la collectivité
locale, le préfet est d’ailleurs tenu d’imposer, par mise en demeure, cette
annexion21. Dans les zones à risques, les collectivités locales compétentes
peuvent exercer leur droit de préemption urbain, dans les conditions de droit
commun de l’article L 211-1 du Code de l’urbanisme.

Par ailleurs, dans des secteurs de ces zones où les risques sont encore plus
graves et immédiats, la grande nouveauté est l’instauration d’un droit de
délaissement22 qui permet au propriétaire de mettre en demeure la collectivité
compétente d’acquérir son bien, au prix du marché. De surcroît, pour des
secteurs de risque maximum avec impossibilité de mesures de protection ou
dont le coût serait supérieur à l’indemnité d’expropriation, les mesures de
délaissement peuvent être utilisées par la collectivité publique.
18
L’Institut national de l’environnement et des risques industriels, établissement public de recherche
et d’expertise créé en 1990, est placé sous la tutelle du Ministère de l’Ecologie et du Développement
Durable. Il a pour mission de contribuer à la réduction et à la prévention des risques que les activités
industrielles (hors nucléaire) font peser sur la santé, la sécurité des personnes et des biens, ainsi que
sur l’environnement. 520 personnes travaillent à l’INERIS, qui dispose d’un budget de près de 50
millions d’Euros et d’importants laboratoires permettant la réalisation d’expérimentations à grande
échelle, notamment en vue de valider les modèles nécessaires à l’évaluation des risques.
19
Cf programme de recherche européen dénommé ARAMIS (accidental risk assessement
methodology for industries) dont le pilotage est confié à l’INERIS, programme ASSURANCE
(assessment of the uncertainties in risk analysis of chemical establishments).
20
Avec servitude d’utilité publique.
21
Article L 126-1 du Code de l’urbanisme.
22
Le régime des droits de délaissement est prévu aux articles L 230-1 et s. du Code de l’urbanisme.
13

Enfin, il est prévu un droit de rétrocession des terrains au profit de l’exploitant


des installations à l’origine du risque, sous réserve qu’il n’utilise pas le terrain
rétrocédé pour implanter des activités accroissant les risques. Ce droit s’exerce
au prix d’acquisition du bien.

L’insertion des usines de Toulouse au sein d’un environnement très largement


urbanisé a fortement marqué les esprits et a révélé les limites des instruments
actuels de maîtrise de l’urbanisation. Afin de résorber progressivement les situations
de promiscuité entre usines à risque et zones habitées 23, la CCIP fait les
observations et propositions suivantes sur :

A - La servitude d’utilité publique autour des installations industrielles

En étendant le champ d’application aux installations et aux sites existants, le projet


de loi a pour but d’éviter la pression foncière dans les périmètres de protection. Cet
objectif doit être salué 24, mais certaines modalités suscitent des remarques.

Le projet de texte ne vise que les modifications d’installations existantes


soumises à nouvelle autorisation, dont les changements substantiels
aggravent les risques. Un renvoi exprès au droit des installations classées
(article L 512-3 du Code de l’environnement), qui connaît ces notions serait
opportun.

Par ailleurs, il faudrait reconsidérer, pour les entreprises existantes, le principe selon
lequel l’indemnisation des propriétaires touchés par la servitude est à la seule charge
de l’exploitant. En effet, cette menace risque de bloquer toute modernisation ou
extension d’un site installé depuis longtemps dans une zone urbanisée. Cette
procédure, d’intérêt public, relevant pour partie de l’Etat par l’institution même
de la servitude et la délivrance des autorisations, il serait plus équitable de
prévoir une participation de l’Etat à l’indemnité accordée aux propriétaires ; La
clef de répartition étant la prise en charge par l’Etat du risque « passé » et par
l’exploitant du risque « nouveau ». Ce dispositif financier serait acté dans une
convention.

On soulignera qu’en matière de documents d’urbanisme prescrivant des contraintes


supplémentaires à des fonds privés (inconstructibilité), le Code de l’urbanisme ouvre,
certes de manière assez limitée, des possibilités d’indemnisation supportée par les
collectivités publiques initiatrices.

23
Historiquement, des situations très diverses ont été vécues. Des usines ont été implantées
relativement proches d’urbanisation importantes, dans un contexte où la prise de conscience du
risque était tout autre que celle d’aujourd’hui ! Dans d’autres cas, et en particulier à Toulouse, le
développement de la ville a rattrapé l’usine, même si celle-ci a été plusieurs fois déplacée
24
Dans le dispositif existant, il appartient aux documents d’urbanisme de prendre en compte les
risques technologiques et, pour ce faire, le préfet porte à connaissance des auteurs des documents à
élaborer les études de danger. Des projets d’intérêt général, initiés par l’Etat, peuvent également
instaurer des périmètres de protection. Mais, ces systèmes ne se concrétisent qu’à travers les
instruments de planification urbaine, ils ne sont pas directement opposables aux opérations de
construction qui pourraient être envisagées dans des zones à risques.
14

B - La mise en place des plans de prévention des risques technologiques (PPRT)

En l’état du droit positif, il n’existe pas de document fédérateur unique en matière de


prévention des risques technologiques. Ceux-ci sont traités à travers les plans locaux
d’urbanisme, les autorisations de construire et autres autorisations spéciales.

S’agissant des plans locaux d’urbanisme, le zonage peut délimiter des zones où sont
interdites ou restreintes les installations à risques, assorties de périmètres de
protection à leurs abords. Quant aux autorisations, le permis de construire peut être
refusé si l’activité présente des risques ou des dangers pour l’espace urbain
environnant25.

Cette réglementation d’urbanisme s’ajoute à celle des installations classées et aux


autorisations prévues par le Code de l’environnement 26.

Dans un souci de cohérence, il conviendrait de prévoir d’associer les CCI à


l’élaboration des PPRT, comme elles le sont au titre des documents d’urbanisme 27,
compte tenu des enjeux pour les entreprises.

Enfin, ne serait-il pas judicieux, pour la clarté du droit, d’annexer au PPRT les
servitudes d’utilité publique prévues précédemment au titre de l’article L 515-8
du Code de l’environnement ? Le PPRT serait ainsi un véritable document
fédérateur en matière de risques technologiques.

C - Les critères de délimitation des PPRT

La CCIP accueille favorablement les deux critères de délimitation des périmètres des
PPRT (études de dangers et mesures de prévention).

Il serait cependant nécessaire de compléter la définition de l’étude de danger


inscrite dans le projet de loi28 par un texte d’application qui préciserait les
méthodologies établies de manière concertée entre les industriels et l’administration
pour l’élaboration de ces périmètres. En effet, les différents rapports d’enquête
réalisés à la suite de l’explosion de Toulouse ont relevé quelques insuffisances sur
les méthodes utilisées dans les études de danger29.

25
Articles L 421-8, R 111-2 et R 111-3-1 du Code de l’urbanisme
26
Articles L 512-1 et s.
27
Article L 121-4 du Code de l’urbanisme.
28
L’évaluation du risque est « fonction de la probabilité d'occurrence, la gravité et la cinétique des
accidents potentiels.
29
Jusqu’à présent, l’approche se faisait de façon « déterministe », c’est à dire qu’on ne retenait que
certains scénarios dont l’occurrence présentait, de l’avis des experts, un degré de probabilité suffisant.
Il faudrait aujourd’hui compléter cette approche par une analyse « probabiliste » où seraient examinés
les conséquences d’événements beaucoup plus graves mais dont la probabilité d’occurrence est
faible (scénarios «majorants » ou « worst case » suivant la terminologie anglo-saxonne). Cette
évolution s’est faite dans le domaine ferroviaire depuis les études du Tunnel sous la Manche.
15

La CCIP soutient donc l’initiative du conseil supérieur des installations


classées de créer un groupe de travail regroupant des spécialistes de
l’administration, de l’industrie, d’organismes de recherche et de personnalités
scientifiques afin d’élaborer la doctrine, de valider les méthodes et les outils
d’analyse et de maîtrise des risques des installations classées dans chaque
branche professionnelle.

Pour renforcer la sécurité des sites SEVESO, la priorité est la réduction des risques
à la source et la mise en oeuvre de mesures de prévention adaptées définies à partir
d’une étude des risques que présentent les installations. Selon l'INERIS, les
accidents industriels majeurs proviennent seulement, à hauteur de 29 %, de
défaillances des matériels mais à hauteur de 53 % de dysfonctionnements de
l'organisation de l’entreprise.

En l’état actuel du projet de loi, il est prévu des mesures fiscales à destination des
propriétaires afin de les encourager à réaliser les travaux qui pourraient leur être
imposés pour leur sécurité.

La CCIP souhaite qu’à l’instar des particuliers propriétaires d’immeubles, les


PME soient incitées fiscalement (amortissements accélérés, dispositif de TGAP
différenciée 30…) à réaliser les investissements spécifiquement affectés à
l’amélioration de la sûreté (éloignement des matières combustibles, remplacement
des installations électriques vétustes, installation de détecteurs de fumées ou de
produits de décomposition, mise en place de moyens de lutte contre l’incendie...).

La CCIP souligne également que le contexte de raréfaction de l’offre d’assurance 31


et d’augmentation corrélative des prix32 va renforcer les besoins des PME à l’égard
de conseils extérieurs 33. C’est pourquoi les Fonds régionaux d’aide au conseil
(FRAC) devraient rendre éligibles et inscrire parmi leurs priorités les
prestations d’audit et de conseils en matière de risque industriel pour les
PMI34. En effet, on peut estimer à une centaine, le nombre de PMI qui gère des
établissements à haut risque en France.

30
Cf. art. 266 du Code des douanes, tel que modifié par l’article 24 de la loi de finances rectificative
pour 2002 (n° 2002-1576 du 30 décembre 2002, JO du 31 décembre 2002). Le dispositif a pour
objectif d’inciter les exploitants de sites de stockage à obtenir la certification ISO 14001.
31
Selon les chiffres de l’association des réassureurs français (ARF) et de la Fédération française des
sociétés d’assurance (FFSA), la capacité du marché est passé de 6650 millions d’euros en 2001 à
4000 millions d’euros en incendie de 5500 millions à 4800 millions en pétrochimie ou encore de 1900
millions à 1800 millions en RC générale.
32
Le resserrement actuel du marché de l’assurance rend par ailleurs urgente une révision des taux de
taxe sur les conventions d’assurance appliqués en France, qui devraient être allégés afin d’être
ramenés au niveau européen.
33 Voir étude conjointe CCIP et l’association pour le management des risques et des assurances de
l’entreprise intitulée « pour une meilleure gestion des risques et des assurances au sein des PME.
Cette étude est disponible sur http://www.ccip.fr/etudes/dossiers/risques-assurances/index.htm.
34 Propositions issues du rapport de M. Jean Claude Canioni sur « Les PME face aux difficultés
d’assurance » adopté en Assemblée Générale de la CCIP le 17 octobre 2002.
16

D - La réglementation des constructions futures sur les différentes zones du PPRT

A l’intérieur de leur périmètre, les PPRT peuvent, en fonction du type de risques,


« délimiter des zones dans lesquelles la construction de tous nouveaux ouvrages,
habitations, aménagements, installations artisanales, commerciales ou industrielles
ou voies de communication est interdite ou subordonnée au respect des
prescriptions relatives à la construction, à l’utilisation ou à l’exploitation ».

De telles restrictions sont nécessaires pour la protection des personnes physiques et


morales – un commerce qui reçoit de la clientèle ne saurait s’implanter dans des
zones à risques.

En revanche, sur le plan du droit de l’urbanisme, il faut que le plan local d’urbanisme
auquel est annexé le PPRT ne comporte pas de dispositions incompatibles. Une
bonne cohérence entre les documents est ici indispensable. Une même vigilance
vaut pour des opérations d’aménagement, comme les ZAC, qui devraient être
prohibées dans de telles zones.

E - Les travaux de prévention prescrits par le PPRT

Dans les zones précitées, le PPRT peut prescrire des mesures susceptibles de
limiter le danger d’exposition aux risques encourus, notamment par des travaux
préventifs sur les travaux à la charge des propriétaires, exploitants ou utilisateurs.

Dans la mesure où le coût maximum de ces travaux est fixé par décret, il n’est pas
normal qu’il reste à la charge exclusive des propriétaires, exploitants ou utilisateurs.
Il serait opportun que les contributions financières de l’Etat et autres collectivités
territoriales impliquées soient définies dans une convention spéciale, au regard du
but d’intérêt général poursuivi.

D’autre part, sur le plan des contraintes administratives, il conviendrait de


dispenser expressément ces travaux de permis de construire et de ne les
soumettre qu’à simple déclaration de travaux35. On remarquera que de telles
dispenses de permis existent déjà, par exemple, pour les démolitions prescrites par
un plan de sauvegarde et de mise en valeur non assujetties à permis de démolir.

F - Les Droits de préemption, de délaissement, d’expropriation et de rétrocession

Conformément à une jurisprudence constante, il importe de veiller à la motivation en


bonne et due forme de la décision de préemption. Pour éviter une source de
contentieux, ne faudrait-il pas, à l’instar de ce que la loi SRU prévoit pour les
plans locaux de l’habitat, que la motivation consiste en une référence directe
aux dispositions concernée du PPRT.

35
Prévue aux articles L 422-1 et R 422-1 et s. du Code de l’urbanisme, la déclaration adressée en
mairie permet d’entreprendre les travaux dès lors que l’autorité compétente n’a pas notifié son
opposition dans le délai légal (un mois à deux mois selon les cas).
17

D’une manière générale, que ce soit au titre de la préemption, du délaissement ou de


l’expropriation, la loi devrait expressément adopter la référence au prix du marché. A
défaut d’accord amiable sur le prix, le juge d’expropriation serait donc saisi et ce sont
les règles du code l’expropriation qui devraient alors s’appliquer.

En revanche, quant au droit de rétrocession, il faudrait, pour le moins, prévoir un


abattement lié à l’immobilisation du bien et aux contraintes de réutilisation
puisque les activités ne doivent pas accroître le risque.

Etant donné l’impact social et financier de la résorption des situations issues du


passé (35 000 à 100 000 habitants, pour un coût de 1200 à 3500 millions d’euros sur
vingt à trente ans dont la moitié sur les dix premières années 36) et dans un souci de
pragmatisme, la CCIP propose que l’Etat fixe, à l’instar des Pays-Bas, un
objectif daté et chiffré des moyens de sauvegarde et de protection à mettre en
oeuvre. Aux Pays Bas, il a été retenu que la limite du risque encouru pour un
habitant du voisinage doit avoir été divisée par 10 d’ici 2010 pour atteindre le
niveau exigé pour des installations nouvelles.

CHAPITRE III : MESURES RELATIVES A LA SECURITE DU PERSONNEL

Articles 5 à 11

Les obligations des entreprises (classées Seveso « seuils hauts ») en matière


de prévention des risques professionnels sont renforcées. L’entreprise
utilisatrice (donneuse d’ordre) et les entreprises extérieures présentes sur le
site doivent définir de manière conjointe les mesures nécessaires pour assurer
la sécurité et la santé des salariés37. L’employeur de l’entreprise utilisatrice doit
veiller à leur mise en œuvre, y compris par les entreprises extérieures, et
organiser une formation d’accueil sur les risques au profit des salariés
d’entreprises extérieures. Le contenu de cette formation peut être précisé soit
par convention soit par accord collectif de branche soit par accord collectif
d’entreprise.

Il est prévu que l’entreprise utilisatrice informe l’inspecteur du travail, le service


de prévention des organismes de sécurité sociale et, selon le cas, l’inspecteur
des installations classées ou l’ingénieur chargé de l’exercice de la police des
installations, de l’exercice par le CHSCT, de son droit d’alerte et des suites
qu’elle entend lui donner.

L’obligation faite à l’entreprise de se doter des moyens appropriés, humains et


matériels, de prévention, de lutte contre l’incendie et de secours est renforcée.

L’employeur sera tenu, dès qu’un délégué du personnel en fera la demande,


d’organiser la mise en place d’un CHSCT dans les entreprises classées Seveso
« seuils hauts », même celles qui n’y sont actuellement pas légalement tenues
en raison de leur effectif (inférieur à 50 salariés). La composition du CHSCT
36
Chiffres résultant du rapport du Sénateur Yves Détraigne, Sénat n°154, 2002-2003.
37
Cette mesure tient compte du fait que 13 des 23 employés qui ont trouvé la mort sur le site AZF
étaient salariés d’entreprise sous-traitante.
18

s’ouvre aux représentants des entreprises extérieures (chef d’entreprise et


salariés), et ses attributions sont élargies et renforcées. Les représentants du
personnel du CHSCT des entreprises concernées (et des entreprises
extérieures) pourront bénéficier d’une formation spécifique correspondant aux
risques ou facteurs de risques particuliers, en rapport avec l’activité de
l’entreprise. Enfin, l’inspecteur des installations classées pourra assister aux
réunions du CHSCT d’un établissement Seveso « seuils hauts » et les
représentants des salariés pourront présenter des observations.

La CCIP approuve le renforcement de la synergie entre les entreprises utilisatrices et


les prestataires extérieurs en cas d’intervention des seconds sur le site des
premières.

Elle estime également opportun de prévoir une formation d’accueil, si cette


formation est circonscrite aux salariés dont l’intervention est susceptible de
créer des risques particuliers en raison de sa nature, de sa fréquence, ou de la
proximité de l’installation.
Elle s’interroge toutefois sur la procédure d’élaboration du contenu de cette formation
qui ‘’peut’’ être fixé par accord collectif, car l’articulation entre le pouvoir de
l’employeur et la négociation collective est ambiguë.

Il serait en effet souhaitable que la responsabilité du contenu de cette


formation relève clairement du champ de la négociation collective. Dans cette
perspective, il ne serait pas nécessaire que la loi précise qu’il ‘’peut’’ être fixé par
accord collectif, les partenaires sociaux de la branche ou de l’entreprise pouvant en
tout état de cause se saisir de cette question, selon la procédure établie.

Il serait également souhaitable, pour éviter toute divergence d’interprétation


ultérieure, de préciser que les coûts de cette formation d’accueil dispensée aux
salariés d’entreprises extérieures, et aux non salariés présents sur le site,
jouiront du même régime fiscal que les dépenses de formation engagées au
profit des salariés de l’entreprise utilisatrice.

L’entreprise utilisatrice devra informer les autorités compétentes de l’intention du


CHSCT d’utiliser son droit d’alerte. Cette information est étendue (elle ne concernera
plus seulement la seule administration du travail) et interviendra plus tôt que ne
l’impose la loi actuellement en vigueur, laquelle ne fait porter cette obligation sur
l’entreprise qu’au terme de l’enquête interne, et seulement en cas de divergence
entre l’employeur et les représentants du personnel. Cette disposition, a priori
inspirée d’une saine intention pourrait toutefois conduire à certains désordres,
voire à une mise en cause indue de l’entreprise, si les alertes, mêmes non
fondées, étaient rendues publiques sans discernement. Il y a lieu, en la matière
de préciser que ces informations ne pourront être rendues publiques tant que
les résultats de l’enquête n’auront pas été produits.

La CCIP attire l’attention sur l’obligation faite aux établissements «Seveso», de


constituer, « de manière permanente, des moyens matériels et humains de
prévention, de lutte contre l'incendie et de secours ». En effet, cette disposition
pourrait entraîner des difficultés sérieuses pour les petites entreprises, seules
19

celles de grande taille étant susceptibles d’assurer cette tâche qui suppose, en
particulier, l’expérience de personnels qualifiés. La Chambre de Commerce et
d’Industrie de Paris souhaite donc que cette obligation soit pondérée en
fonction des moyens dont peut disposer l’entreprise. Par ailleurs, ces
dispositions ne sauraient retirer aux collectivités locales les responsabilités
qui sont les leurs en la matière.

Par ailleurs, si le souci d’assurer une représentation du personnel dédiée à la


sécurité des personnes occupées dans l’entreprise peut paraître légitime, l’obligation
faite à l’employeur, dès qu’un délégué du personnel en fait la demande, de mettre en
en place un Comité d’Hygiène de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT)
dans les entreprises classées Seveso « seuils hauts » ne paraît pas opportune. On
peut, en effet, contester le choix de la procédure retenue, qui considère qu’un
délégué du personnel est particulièrement compétent pour juger de la mise en
place d’un CHSCT. Le mandat de délégué du personnel ne saurait préjuger en rien
de la compétence de son titulaire en matière de risques professionnels.

De deux choses l’une : ou bien le Législateur considère que la présence d’un


CHSCT dans les entreprises concernées est en tout état de cause souhaitable,
compte tenu des risques industriels et quel que soit l’effectif de l’entreprise et, dans
ce cas, il abaisse (voire supprime) le seuil de 50 salariés pour ces seules
entreprises ; ou bien il considère que seules certaines situations peuvent justifier la
création d’un CHSCT en deçà de cet effectif, auquel cas il précise les catégories
d’entreprises concernées.

Mais cette décision ne peut reposer sur l’initiative d’un salarié, même investit
d’un mandat de représentant du personnel.

La CCIP est favorable à l’élargissement du CHSCT. Il est en effet important de


permettre aux branches professionnelles de mettre en place, à l’instar de l’accord
signé le 4 juillet 2002 dans l’industrie chimique, des dispositifs adaptés à leur
contexte (industriel, géographique, social), en vue d’améliorer la sécurité en cas
d’intervention d’entreprises extérieures. Comme ont pu le faire valoir de nombreux
chefs d’entreprise confrontés à ce genre de difficultés sur le terrain, il est primordial
de s’appuyer sur les initiatives pragmatiques et opérationnelles issues du
paritarisme, notamment les démarches de labellisation de prestataires
extérieurs.

On doit toutefois relever que, en confiant à la négociation de branche le soin de


préciser ces conditions, et en l’absence d’une quelconque possibilité d’obliger les
partenaires sociaux à conclure un accord, le Législateur rend incertaine la
concertation nécessaire lorsque, sur un même site sont occupés des personnels de
différentes entreprises. Il serait donc logique, pour compléter le dispositif, de
prévoir des dispositions légales minimales qui viendraient s’appliquer de
manière supplétive, en cas d’absence d’accord.

En revanche, le renforcement des compétences du CHSCT paraît suffisamment


pertinent pour être approuvé, dès lors qu’il est évidemment circonscrit aux
entreprises présentant des risques particuliers.
20

La CCIP souhaite que soit explicitement prévue la déductibilité des coûts de la


formation spécifique dispensée au profit des membres du CHSCT, salariés (et
non salariés) extérieurs à l’entreprise. D’autre part, le caractère « habituel » de
l’activité déployée par les personnels extérieurs présents sur le site gagnerait à être
précisé, pour éviter toute difficulté d’interprétation ultérieure.

La participation de l’inspecteur des installations classées aux réunions du CHSCT


des établissements Seveso « seuils hauts », et la possibilité offerte aux
représentants des salariés de présenter leurs observations, devraient participer au
décloisonnement entre les autorités administratives compétentes en matière
industrielle, et les instances vouées aux questions sociales. Pour autant, un
rapprochement ne semble pas s’imposer systématiquement, dès lors que les
compétences du CHSCT et de l’administration chargée des installations classées
diffèrent sensiblement. C’est pourquoi la présence du représentant de cette
administration ne doit pouvoir être admise que lorsque le chef d'entreprise en
exprime le souhait.

CHAPITRE IV: INDEMNISATION DES VICTIMES DE CATASTROPHES


TECHNOLOGIQUES

Articles 12 et 13

En cas d’accident de grande ampleur (non nucléaire) endommageant un grand


nombre d’habitations, un arrêté interministériel constatera l'état de catastrophe
industrielle. Les contrats d’assurance garantissant les dommages aux biens et aux
véhicules à moteur ouvriront droit à la garantie pour risques technologiques, dans
l’objectif de la réparation intégrale des biens endommagés. Afin d’accélérer
l’indemnisation, l’assureur pourra intervenir dans des conditions d’expertise
simplifiée. Pour les personnes dépourvues de contrat, les dommages à l’habitation
principale seront pris en charge par le fonds de garantie automobile. Les assureurs
et le fonds de garantie pourront se retourner contre le responsable du sinistre.

Indépendamment du débat sur l’origine du sinistre 38 (avec comme conséquence la


désignation d’un responsable), il est à noter que les procédures d’indemnisation de
droit commun ne sont pas adaptées aux sinistres d’une ampleur de celui de
Toulouse (35 000 logements directement touchés dont 11 000 détruits ou gravement
endommagés, 100 000 personnes victimes à des degrés divers de la catastrophe,
soit un Toulousain sur quatre, 80 000 déclarations de sinistres déposées dans les
compagnies ou mutuelles d'assurances soit autant qu’une année entière, en sachant
que dans les quartiers défavorisés du sud toulousain 15 % des familles n'étaient pas
assurés).

En l’état actuel du projet de loi, il est prévu d’assurer une indemnisation rapide et
complète des dommages aux seuls particuliers. La CCIP considère que cet objectif
doit être étendu à l’ensemble des petites et moyennes entreprises qui subiraient les

38
Comme le rappelle la Fédération française des sociétés d’assurance dans son livre blanc du 13
septembre 2002 intitulé « un an après la catastrophe de Toulouse », l’origine du sinistre a également
constitué un problème dans le processus d’indemnisation.
21

conséquences d’un sinistre industriel39. Certaines PME, qui ne disposent pas de


l’assise financière suffisante leur permettant d’attendre une indemnisation tardive,
risquent en effet le dépôt de bilan, ce qui alourdirait davantage les dommages
économiques découlant du sinistre. C’est pourquoi la CCIP souhaite, qu’à l’instar
de ce qui est prévu pour les particuliers, les PME bénéficient également de
l’instauration d’un mécanisme systématisé d’acomptes sur indemnités 40. Ces
procédures constitueraient d’ailleurs un enjeu positif pour les compagnies
d’assurance, qui renforceraient par là même leur image de prestataires de services
auprès de leur clientèle.

CHAPITRE V - DISPOSITIONS DIVERSES


Articles 14 , 15 et 16

Le Sénat n’a pas retenu l’obligation, inscrite à l’article 14 dans le projet de loi
initial, pour les exploitants d'installations « Seveso » à hauts risques de faire
« une évaluation quantitative des dommages aux tiers que pourraient provoquer
les installations dangereuses en cas de réalisation d'accident ». Le rapport
d’évaluation devait être transmis au préfet et au président du CLICRT.
L’évaluation est révisée tous les 5 ans, comme les études de dangers. Dans le
fil des dispositions déjà introduites dans le code de commerce, le rapport
annuel présenté à l’assemblée générale des sociétés exploitant des
établissements à risque devra contenir des informations sur le niveau de risque
présenté par l’entreprise, sur la politique de prévention adoptée, et sur les
moyens permettant l’indemnisation des victimes en cas d’accident engageant
sa responsabilité.

Le Sénat, en supprimant l’article 14, a tenu compte des avis de nombreuses


fédérations professionnelles quant à la difficulté de réaliser une évaluation des
dommages matériels (les dommages comme les pertes d’exploitation étant
techniquement très difficiles à évaluer). Ce rôle d’évaluation pourrait être confié à
l'Institut Européen de Sécurité Industrielle 41, qui vient d’être créé à Toulouse et
dont les missions ne sont pas définitivement arrêtées. En effet, son
indépendance, sa vocation pluridisciplinaire et ses multiples partenaires42, en
font un organisme particulièrement adapté à cette mission.

En outre, comme le rappelle l’Union des Industries chimiques 43, l’article 4 de l’arrêté
du 10 mai 2000 relatif à la prévention des accidents majeurs impliquant des
39
La CCI de Toulouse a recensé 4 173 entreprises et établissements touchés par l’explosion de
l’usine AZF, employant 40 800 personnes ; en outre, 900 emplois ont été supprimés sur le pôle
chimique dont 600 chez les sous-traitants.
40 Voir aussi sur ce point le rapport de M. Jean Claude Canioni, « Les PME face aux difficultés
d’assurance », adopté en Assemblée Générale de la CCIP le 17 octobre 2002.
41
Contact pour l’industrie, François Mongenet ([email protected]) et pour l’université,
Gilbert Casamatta (gilbert.casamatta@ensiacet)
42
Airbus Industries, Alcatel Espace, Atofina, GDF, Pierre Fabre, Rhodia, Sanofi-Synthélabo, Thalès
Engineering and Consulting, TotalFinaElf ; contacts en cours avec DuPont, Solvay,Norsk-Hydro, le
CEFIC, TNO...
43
L’évaluation des dommages doit être réalisée à partir des scénarios d’accidents envisagés dans le
cadre de l’étude de dangers, en cohérence avec les futurs plans de prévention des risques
technologiques. Dans la mesure où la probabilité d’occurrence d’un accident est prise en compte,
l’étude chiffre les dommages matériels aux tiers, en validant une approche exclusivement statistique
22

substances ou des préparations dangereuses prévoit déjà une telle politique


(«L'exploitant définit une politique de prévention des accidents majeurs. L'exploitant
définit les objectifs, les orientations et les moyens pour l'application de cette
politique. » ). Il peut donc être envisagé que le préfet et le président de la CLIC
soient informés de cette politique.

Suite aux nombreux amendements apportés au projet de loi initial par le Sénat,
après notamment l’affaire ‘’Métaleurop’’, la CCIP rappelle la nécessité de mettre en
œuvre un cadre général cohérent44 pour rendre opérationnelle et effective la
couverture financière de la dépollution de sols et la remise en état du site après
cessation d’activité.
En ce qui concerne la procédure administrative de réhabilitation, la CCIP propose de
synthétiser et structurer les différents textes de façon à instituer un véritable
régime des sites et sols pollués, plus clair et plus stable, en permettant une
meilleure articulation avec les autres législations (notamment celle relative à
l’urbanisme) et en limitant ainsi les risques de contentieux ; ceci permettrait, en
outre, le développement de polices d’assurance plus souples et encore mieux
adaptées aux entreprises.

En ce qui concerne les critères de responsabilité, la CCIP propose de :

- modifier la loi de 1976 sur les installations classées afin de définir


précisément les responsabilités respectives du propriétaire et de
l’exploitant, et de clarifier, enfin, une jurisprudence hésitante ;

- amender la loi de 1985, relative au redressement et à la liquidation


judiciaires des entreprises, de telle sorte que le mandataire-liquidateur soit
incité à prendre des mesures conservatoires visant à éviter l’aggravation
d’une pollution dont le traitement serait beaucoup plus coûteux ;

- libérer de toute obligation le dernier exploitant lors de la cessation


d’activité, une fois les travaux de réhabilitation effectués, en substituant à
l’actuelle « procédure de récolement », une « procédure de donné
acte » comme celle utilisée dans le Code des Mines 45; en outre, la restriction
d’usage de type contractuel entre l’Etat et le dernier exploitant mérite d’être
appliquée plus systématiquement, car elle constitue une solution souple pour
garantir l’usage futur d’un site en fonction des risques résiduels.

(les dommages immatériels comme les pertes d’exploitation étant techniquement impossibles à
évaluer).
44
Pour plus d’informations, se référer au document de synthèse de la CCIP intitulé « Pour un
développement durable » et au rapport de M. Guy PALLARUELO « Pour une clarification du régime
des sites et sols pollués », adopté en Assemblée Générale le 9 novembre 2000.
.
45
L'article 84 du code minier prévoit que, lors de la fin de l'exploitation et l'arrêt des travaux,
l'exploitant fait connaître les mesures qu'il envisage de mettre en oeuvre pour préserver les intérêts
mentionnés à l'article 79, pour faire cesser de façon générale les séquelles, désordres et nuisances
de toute nature générés par ses activités. Le décret n° 95.696 du 9 mai 1995 relatif à l'ouverture des
travaux miniers et à la police des mines précise la procédure d'arrêt définitif des travaux. Après
l'établissement d'un procès-verbal de récolement des mesures prises par l'exploitant ou imposées par
le préfet, celui-ci donne acte par arrêté de l'arrêt définitif des travaux et de la cessation d'utilisation des
installations. La surveillance administrative et la police des mines prennent fin à la date où il est donné
acte à l'exploitant des travaux effectués.
23

Afin d’assurer une meilleure sécurité juridique des transactions immobilières, la CCIP
propose d’inscrire au registre des hypothèques l’état de pollution d’un site ;
ceci permettrait aux notaires de mieux informer l’acheteur et de disposer d’une
référence légale qui pourrait, en outre, contenir des éléments relatifs à l’éventuelle
dépollution. En effet, à l’issue de plusieurs reventes successives, il arrive que l’on
perde de vue l’objectif initial de la dépollution d’un site, ce qui n’est pas sans
conséquences en matière d’aménagement du territoire.

La CCIP rappelle également que le coût de la dépollution varie en fonction du type


de polluant, de la surface et de l’ancienneté du site, ainsi que de l’usage auquel est
destiné le terrain .

Les capacités techniques et financières dont doit justifier un exploitant pour la remise
en état de son site lors de la fermeture doivent tenir compte de ces différents
critères, qui peuvent varier dans le temps. La réévaluation régulière de ces
capacités est donc nécessaire.

En outre, la mise en œuvre des outils de garanties financières (cautions


d’établissements de crédit ou d’établissements d’assurance) actuellement
prévues par le décret du 21 septembre 1977 pris pour l’application de la loi
relative aux installations classées est apparue difficile. La faisabilité et
l’efficacité d’autres instruments financiers (cautions et garanties de la maison
mère, mécanismes d’assurance ou d’épargne pollution) pourraient être
étudiées.

En tout état de cause, il est souvent extrêmement élevé et peut menacer l’équilibre
d’une entreprise. La CCIP demande que de nouvelles voies soient explorées pour
permettre aux entreprises de faire face aux contraintes de la dépollution :

- réformer le régime de responsabilité des pollutions passées en mettant en


place un système de responsabilité partagée entre l’Etat, les collectivités, et
le dernier exploitant ;

- exonérer de taxe dites « environnementales », les travaux de dépollution ;

- étudier la faisabilité réglementaire et fiscale, pour les entreprises, d’un


système de provisions visant à assurer le financement des éventuels
travaux de réhabilitation futurs;

- donner une valeur juridique aux « contrats » d’objectifs entre certaines


branches d’activité ou des groupes industriels, et les pouvoirs publics ;
cette évolution est d’autant plus envisageable que l’Administration souhaite
développer les restrictions d’usage de type contractuel, pour laquelle une
évolution législative est nécessaire.
24

Titre II Les risques naturels

Annoncé suite aux inondations torrentielles du Gard des mois de septembre et


octobre 2002, le nouveau dispositif législatif relatif à la lutte contre les risques
naturels fait l’objet du titre II du projet de loi.

Les dispositions qui peuvent actuellement être utilisées pour la prévention et la


réparation des risques naturels, et plus particulièrement pour la lutte contre les
inondations, sont situées dans des textes épars : code de l’environnement, code
rural, code de l’urbanisme, code des assurances. Certaines d’entre elles n’ont
d’ailleurs pas été conçues à cet effet à l’origine (article L 111-3 du code de
l’urbanisme, par exemple). A défaut d’autres moyens juridiques pertinents, elles ont
ensuite été utilisées à des fins préventives.

Néanmoins, les dispositions actuellement existantes ne permettent pas véritablement


de prévenir le risque inondation. La plupart concerne, en effet, l’information (DICRIM,
DCS, etc), la protection des personnes et des biens (PPRI), ou les mesures de
sauvegarde à mettre en œuvre au moment de la catastrophe (PSSI46). Seules les
dispositions concernant le curage et l’entretien des cours d’eau (article L 214-4 du
code de l’environnement) peuvent être entendues comme ayant un effet préventif sur
le risque d’inondation.

Ce projet devrait permettre de favoriser l’émergence d’une véritable prise de


conscience du risque. Il crée, par ailleurs, des modifications ou des compléments
aux codes de l’environnement et de l’urbanisme, ainsi qu’au code rural qui vont dans
le sens d’une réelle prévention, grâce à des mesures concernant l’utilisation du
sol. Enfin, il met en place les outils nécessaires à la réalisation de mesures de
réduction de la vulnérabilité des biens exposés aux risques.

CHAPITRE 1 ER - INFORMATION

Articles 17, 18, et 19

L’article 17 organise l’information des populations situées sur les communes


couvertes par un Plan de Prévention des Risques Naturels.

Dans le but d'assurer la cohérence des dispositifs de surveillance des crues


mis en place par les collectivités sous leur responsabilité et pour leurs besoins
propres, l'article 18 prévoit la réalisation de schémas directeurs de prévision
des crues.

Les informations recueillies, et les prévisions élaborées grâce aux dispositifs de


surveillance mis en place par les collectivités locales, doivent être transmises
aux autorités de police et aux responsables des équipements susceptibles
d’être intéressés par ces informations. De leur côté, les collectivités locales

46
Plan de secours spécial inondation.
25

pourront accéder gratuitement aux données recueillies et aux prévisions


élaborées par les dispositifs de surveillance gérés par l’Etat.

Cet article a été amendé par le Sénat pour confier à l’Etat, avec le concours des
collectivités territoriales, l’organisation de la surveillance et de la prévision des
crues.

L'article 19 confie au maire le soin de matérialiser, entretenir, et protéger les


repères correspondant aux crues historiques et aux crues nouvelles
exceptionnelles.

L’article 19 bis introduit par le Sénat prévoit la création d’une commission


départementale des risques naturels majeurs qui donnera un avis consultatif
sur les projets et documents d’information et de prévention des risques
naturels. L’article 19 ter, issu également d’un amendement du Sénat donne aux
collectivités territoriales la possibilité de s’associer au sein d’un établissement
public territorial de bassin pour faciliter à l’échelle d’un bassin ou d’un sous-
bassin la prévention des inondation.

A - Concernant l’information des populations

La CCIP rappelle que le droit à l’information des personnes soumises à un risque


majeur, mis en place par la loi du 22 Juillet 1987, est organisé par un décret du 11
octobre 1990. La Cellule d’Analyse des Risques et d’Information Préventive (CARIP)
réunit les différents acteurs du risque majeur dans le département, et élabore un
Dossier Départemental sur les Risques Majeurs (DDRM) 47.

Un Dossier Communal Synthétique (DCS) est établi à partir du DDRM par la CARIP,
en concertation avec les services communaux. Le DCS est un document
réglementaire ; il est notifié au maire par arrêté préfectoral. Consultable par le public
en mairie, il précise les dispositions contenues dans le DDRM pour chaque
commune.

Un Dossier d’Information Communal sur les Risques Majeurs (DICRIM), réalisé par
le maire à partir des informations contenues dans le DDRM et le DCS, indique les
mesures de prévention prises au niveau communal, dans le cadre des documents
d’urbanisme, et des pouvoirs de police propres au maire. Le DICRIM est adressé à
tous les acteurs communaux du risque majeur, il est consultable en mairie.

Le maire doit également faire réaliser des affiches à apposer dans les locaux à
usage d’habitation regroupant plus de quinze logements, immeubles destinés à
l’exercice d’une activité dont le nombre d’occupants est supérieur à cinquante
personnes, établissements recevant du public, etc. 48

47
Ce dossier recense les risques majeurs, tant naturels que technologiques, du département et les
conséquences prévisibles pour les hommes, les biens, et l’environnement, ainsi que les mesures
prises pour en limiter les effets. Document de sensibilisation, le DDRM est diffusé à l’ensemble des
acteurs du risque majeur du département, consultable en préfecture, et en mairie.
48
Article 6 du décret n°90-918 du 11 octobre 1990.
26

Or, toutes les communes ne sont pas encore dotés de DCS, très peu sont
couvertes par un DICRIM, et les mesures d’affichage ne sont pas mises en
œuvre ou restent illusoires.

En effet, le public n’a en général pas connaissance de l’existence de ces


dossiers d’information. Ils sont en effet consultables, soit en préfecture, soit en
mairie, mais cette mise à disposition paraît mal adaptée à une bonne transmission
de l’information. Compte tenu des horaires d’ouverture des administrations, très
peu de personnes, même si elles sont intéressées, peuvent se rendre sur place pour
s’informer.

En conséquence, la CCIP insiste sur la nécessité :

- d’appliquer les textes déjà existants en accélérant la réalisation des DICRIM


qui pourraient intégrer un volet d’information sur les Plans de Prévention
des Risques Naturels, un autre sur les assurances, et prendre en compte les
entreprises dans le volet sur les mesures de prévention et de sauvegardes,

- de faciliter l’accès à toutes les mesures d’informations déjà existantes en


prévoyant leur mise en ligne sur Internet.

- de rendre obligatoire l’établissement de plans de secours, ou au moins de


‘’fiches réflexes’’, régulièrement actualisées, au niveau communal.

La CCIP suggère, par ailleurs, de prévoir une obligation de communication sur


ces DICRIM, d’associer les CCI à cette communication pour la sensibilisation
des entreprises, et d’organiser un débat public local sur les risques.

B - Concernant l’organisation de la surveillance et de la prévision des crues

L’Etat n’ a pas d’obligation légale en matière d’annonce des crues. C’est, le maire qui
est responsable de l’information et de la sécurité de la population. Néanmoins, à
partir du XIXème siècle, un réseau d’annonce des crues s’est peu à peu mis en
place, gérés par les services déconcentrés de l’Etat (DDE, DIREN ou SNS 49 selon
les cas), organisé désormais officiellement par deux arrêtés 50.

Dotés de moyens insuffisants, répartis de façon inégale sur le territoire, ces services
n'ont pas, pour le moment, ni la taille suffisante ni les moyens pour assurer une
véritable mission de prévision des crues.

La mise en place de schémas directeurs de prévision des crues constitue le second


volet de la réforme des services d’annonce de crues, amorcée par la circulaire du 1er
octobre 2002. Ce texte confie en effet aux préfets coordonnateurs de bassin le soin

49
Service de la navigation de la Seine.
50
Arrêtés du 27 février 1984 portant réorganisation de l’annonce des crues et de la transmission des
avis de crues, modifiés le 11 février 1997 .
27

d’élaborer une proposition d’organisation des services de prévision des crues pour le
mois de mars 2003.

La CCIP est favorable à cette mesure. Une organisation cohérente et coordonnée


des différents services compétents permettra en effet une transmission plus rapide
de l’information en période de crise.

Elle suggère néanmoins que la mission de surveillance et de prévision des


crues soit décentralisée à l’échelon du bassin. Elle propose également que les
collectivités locales, relais de l’information auprès des citoyens et les
Chambres consulaires, relais de l’information auprès des entreprises, soient
destinataires d’office des données recueillies et des prévisions élaborées grâce
aux dispositifs de surveillance mis en place par l’Etat. Pour le moment, le texte ne
prévoit qu’un accès gratuit aux données recueillies et aux prévisions élaborées par
les dispositifs de surveillance gérés par l’Etat

Enfin, elle suggère que la surveillance et la mesure des nappes phréatiques, à


l’instar des données météorologiques et hydrologiques, soient prises en
compte par les services de prévision des crues.

C - Concernant la commission départementale des risques majeurs

La constitution d’une telle commission devrait donner la possibilité aux différentes


parties prenantes (collectivités locales, professionnels, sinistrés, assurances) d’avoir
un véritable débat sur les risques et les mesures à mettre en œuvre pour les réduire.
Les CCI doivent donc être représentées au sein de cette commission.

La CCIP demande que le texte indique expressément que figure parmi les
représentants des organisations professionnelles un représentant des CCI.

CHAPITRE II - UTILISATION DU SOL ET AMENAGEMENT

Article 20, 21 22 , et 23

L’article 20 permet à l’Etat ou aux collectivités locales d’instituer des servitudes


sur les terrains riverains des cours d’eau afin de créer des zones de rétention
temporaire des eaux de crues, ou de créer ou restaurer des zones de
mobilité du lit mineur d’un cours d’eau.

Ces servitudes ouvriront droit à indemnités pour les propriétaires ou les


occupants, et le propriétaire d’un terrain grevé par une servitude pourra en
demander l’acquisition dans un délai de 5 ans.
Dans ces zones, les communes auront également la faculté d’instaurer le droit
de préemption urbain, et le préfet pourra interdire aux propriétaires et
exploitants tout acte susceptible de nuire au bon écoulement des eaux.

L’article 21 modifie l’article 1 de la loi d’orientation agricole afin que figurent


parmi les objectifs de la politique agricole l’entretien des cours d’eau et la
prévention des inondations et de l’érosion des sols.
28

Il insère également un chapitre IV dans le code rural intitulé : ‘’l'agriculture de


certaines zones soumises à des contraintes environnementales’’ qui permet au
préfet de délimiter des zones d’érosion dans lesquelles il établit, en
concertation avec les différentes personnes intéressées, un programme
d’actions de lutte contre l ‘érosion, précisant les pratiques à promouvoir pour
réduire ces risques.

L'article 22 indique que les recueils de coutumes et usages locaux doivent être
tenus à jour, en particulier dans les zones d'érosion.

L’article 23 exclut du statut du fermage les conventions portant sur des terrains
appartenant aux collectivités publiques qui servent de champs d’expansion des
crues ou sont utiles à la prévention du ruissellement et de l’érosion des sols.

Ces mesures constituent une avancée importante que la CCIP tient à encourager.
Elles devraient faciliter les transactions foncières nécessaires à la réalisation de
champs d’expansion des crues.

Cependant, en donnant la faculté d’intervenir à la fois à l’Etat et aux collectivités


locales, pour l’institution de servitudes, le texte ne désigne pas précisément de
responsable. Le problème de la dilution des responsabilités et de la multiplicité
des acteurs, facteurs jusque là d’inertie et de lourdeur dans la gestion du
risque inondation, dénoncé dans plusieurs rapports parlementaires 51, n’est
donc pas levé.

Dans un esprit décentralisateur, la CCIP suggère que la création de zones de


rétention temporaire des eaux de crues et la restauration des zones de mobilité
du lit mineur des cours d’eau soit confiée aux établissements publics
territoriaux de bassin, dont la constitution est prévue par l’article 19 ter,
introduit à l’initiative du Sénat.

La CCIP souhaite, par ailleurs, que des précisions soient apportées sur les
indemnités versées aux propriétaires et occupants des terrains grevés de servitudes.

51
Les Politiques publiques de prévention des inondations : rapport au Premier Ministre de Monsieur
Yves DAUGE La Documentation française 1999 ; Rapport fait au nom de la commission d'enquête,
sur les inondations de la Somme chargée d'établir les causes et les responsabilités de ces crues,
d'évaluer les coûts et de prévenir les risques d'inondations. Sénat – n°34 Session ordinaire 2001-
2002 ;Rapport fait au nom de la Commission d’enquête sur les causes des inondations répétitives ou
exceptionnelles, et sur les conséquences des intempéries afin d’établir les responsabilités, d’évaluer
les coûts ainsi que la pertinence des outils de prévention, d’alerte, et d’indemnisation. Assemblée
Nationale – Novembre 2001
29

Ces indemnités doivent compenser :


- pour les propriétaires, la perte de la valeur vénale du fonds et les
dégâts liés à chaque inondation,

- pour les exploitants, les changements de conditions d'exploitation et


les préjudices subis après chaque inondation des parcelles.

Il conviendrait de préciser que le droit de préemption s’exerce au prix du


marché.

CHAPITRE III - TRAVAUX

Article 24

Cet article modifie le code rural. Les collectivités locales ne pourront plus
entreprendre de travaux de dessèchement des marais ou d’assainissement des
terres humides. En effet, ces opérations peuvent avoir un impact négatif en
matière de prévention des inondations car elles réduisent les zones naturelles
d’expansion des crues.

Le caractère d’intérêt général ou d’urgence des travaux prévus à l’article L 151-


36 (lutte contre l’érosion, curage, approfondissement, redressement et
régularisation des canaux et cours d’eau, etc), ainsi que la déclaration publique
des opérations, acquisitions, ou expropriations nécessaires à leur réalisation est
rendue plus facile. En cas de situation de ‘’péril imminent’’, ces travaux seraient
dispensés d’enquête publique. A l’initiative du Sénat, il est prévu que les
travaux portant sur un cours d’eau couvert par un SAGE (Schéma
d’Aménagement et de Gestion des Eaux) soient également dispensés
d’enquête publique.

Par ailleurs, afin de faciliter l’exécution des travaux et l’entretien ultérieur des
ouvrages, une servitude de passage pourra être instituée. Les propriétaires ou
occupants des terrains grevés par la servitude auront droit à une indemnité
proportionnée au dommage qu’ils subissent, mais qui sera calculée en tenant
compte des avantages que peuvent leur procurer l’exécution des travaux et
l’existence des ouvrages ou installations pour lesquels cette servitude a été
instituée.

Enfin, les possibilités d’intervention des collectivités locales sont élargies à :

- la lutte contre l’érosion des sols, l’exploitation, l’entretien et l’aménagement


d’ouvrages hydrauliques existants,
- la mise en place et l’exploitation de dispositifs de surveillance de la ressource
en eau et des milieux aquatiques,
- l’animation et la concertation dans le domaine de la gestion et de la protection
de la ressource en eau.
30

A - Concernant la réalisation des travaux

Faciliter l’intervention des collectivités locales pour lutter notamment contre les
inondations, par des mesures d’entretien des cours d’eau est en effet primordial, et,
sur le principe, la CCIP ne peut qu’être en accord avec ce que prévoit le texte.

Ces articles appellent, cependant, la même observation que précédemment : en ne


désignant pas la collectivité responsable de ces travaux, le risque est que rien ne se
fasse, ou que chacun des acteurs intervienne sans coordination préalable. Or, ces
travaux et aménagements ne seront pleinement efficaces que si une cohésion
d’ensemble est assurée.

La CCIP approuve l’amendement du Sénat visant à dispenser d’enquête


publique les travaux réalisés sur les cours d’eau couverts par un SAGE. Elle
propose cependant d’aller plus loin et de prévoir un volet prévention des
inondations dans tous les SAGE portant sur les cours d’eau dont les crues
présentent des risques importants pour la sécurité des personnes et des biens,
ainsi que pour l’activité économique. Ce volet porterait sur la délimitation des
zones d’expansion des crues, ou des zones de mobilité des cours d’eau, et
l’élaboration des programmes de travaux d’entretien des cours d’eau.

La Commission Locale de l’eau (CLE)52, dans le cadre de laquelle est élaboré le


SAGE, pourrait, en effet, constituer le cadre de réflexion indispensable pour définir, à
moyen et long terme, en concertation avec tous les acteurs concernés, un
programme de travaux coordonnés.

Par ailleurs, la CCIP souhaite que la réalisation de ces travaux et


aménagements soit explicitement mise à la charge des Etablissement Publics
territoriaux de Bassin (EPTB).

Enfin, la gestion des cours d’eau domaniaux devrait donc être décentralisée au
profit des institutions locales les plus pertinentes (institutions
interdépartementales de bassin par exemple), pour permettre de maîtriser de
façon plus complète les actions publiques de gestion des bassins versants.

B - Concernant l’indemnisation

Enfin, les principes posés en matière d’indemnisation des propriétaires ou occupants


pour l’institution d’une servitude de passage appellent les commentaires suivants :
Au titre du futur article L 151-37 du code rural, les propriétaires ou occupants d’un
terrain grevé par cette servitude auront droit à une indemnité proportionnée au
dommage qu’ils subissent, mais qui sera calculée en tenant compte des avantages
que peuvent leur procurer l’exécution des travaux et l’existence des ouvrages ou
installations pour lesquels cette servitude a été instituée.

52
La CLE réunit des représentants des collectivités territoriales, des usagers, des organisations
professionnelles et des associations (ce collège comprend au moins un représentant des chambres
de commerce et d'industrie), et des représentants de l'Etat.
31

Par ailleurs, l’article L151-36 avant dernier alinéa du code rural prévoit déjà la
possibilité pour les Collectivités qui entreprennent ces travaux de faire participer aux
dépenses de premier établissement, d’entretien, et d’exploitation des ouvrages, les
personnes qui ont rendu les travaux nécessaires ou qui y trouvent leur intérêt. Le
propriétaire peut même exiger l’acquisition de son bien, si le montant de la
participation qui lui est demandée est supérieur au tiers de la valeur du bien avant
travaux.

En conséquence, la CCIP en appelle à la vigilance du législateur dans la


rédaction du texte, afin que le ‘’dégrèvement’’ de l’indemnité pour tenir compte
des avantages que peuvent procurer l’exécution des travaux ne se cumule pas
avec une participation du propriétaire à ces mêmes travaux. Dans ce cas, en
effet, le propriétaire paierait deux fois.

CHAPITRE IV - DISPOSITIONS FINANCIERES

Articles 25, 26, 27, et 28

L’article 25 permet à l’Etat de déclarer d’utilité publique l’expropriation par les


communes ou lui-même de biens exposés à des risques menaçant gravement
des vies humaines. Cependant, les indemnités perçues au titre de l’assurance
Catastrophes Naturelles sont alors déduites de l’indemnité d’expropriation
lorsque les travaux de réparation du sinistre n’ont pas été réalisés (pas de
double indemnisation).

L’article 26 prévoit l’élargissement du fonds de prévention des risques naturels


majeurs qui pourra désormais permettre :

1°) l’acquisition amiable par une commune, ou l’Etat :


- des biens exposés à un risque prévisible menaçant gravement des vies
humaines, sous réserve que le prix d’acquisition s’avère moins coûteux que les
moyens de sauvegarde et de protection des populations,
- de biens d’habitation ou de biens d’entreprises de moins de 10 salariés,
lorsque ces biens ont été sinistrés à plus de la moitié de leur valeur et
indemnisés au titre de l’assurance Catastrophes Naturelles.

Le prix fixé pour ces acquisitions ne doit pas excéder le montant des indemnités
perçues au titre de l'assurance Catastrophes Naturelles, lorsque les travaux de
réparation liés au sinistre n'ont pas été réalisés. Les collectivités qui ont
bénéficié d'un financement du Fond Barnier devront rembourser les sommes
perçues si les terrains acquis n'ont pas été rendus inconstructibles dans un
délai de trois ans.
32

2°) le financement :

- d’opérations de reconnaissance des cavités souterraines et des marnières


dont les dangers pour les constructions ou les vies humaines sont avérés,
- d’études et de travaux de prévention sur des biens d’habitation ou biens
d’entreprises de moins de 10 salariés, définis et rendus obligatoires par un
PPRN approuvé,
- des campagnes d'information sur les garanties de l'assurance
Catastrophes Naturelles.

Le montant des indemnités perçues au titre de l’assurance Catastrophes


Naturelles pour la réalisation d’études ou de travaux de réparation est déduite
du financement.

Il est prévu que le taux de prélèvement sur le produit des primes ou cotisations
annuelles qui alimente le fonds Barnier passe de 2 à 4%.

L’article 27 modifie le code de l’urbanisme afin d’intégrer la préservation des


champs d’expansion des crues dans les objectifs de la politique départementale
des espaces naturels et sensibles.
Le produit de la Taxe Départementale sur les Espaces Naturels Sensibles
pourra donc être utilisé aux fins d’acquisition par le département de terrains
pouvant servir de champs d’expansion des crues.

L’article 28 prévoit que des abattements spéciaux au montant de la garantie


Catastrophes Naturelles pourront être décidés par le Bureau Central de
Tarification (BCT) saisi par le Préfet ou le Président de la caisse centrale de
réassurance, qui jugerait que ces indemnités sont injustifiées au regard du
comportement de l’assuré, ou à l’absence de toute mesure de précaution de
nature à réduire la vulnérabilité de ce bien ou de cette activité.

La CCIP est favorable aux dispositions financières prévues par le projet qui vont
permettre la réalisation par les personnes et les entreprises concernées de mesures
de réduction de la vulnérabilité de leurs biens.

Elle propose néanmoins d’aller plus loin en ce qui concerne la réforme de


l’assurance catastrophes naturelles afin, d’une part, d’inciter davantage les
assurés à mettre en place des mesures de précaution, et, d’autre part, de
résorber les dysfonctionnements observés.

La CCIP formule donc les suggestions suivantes :

- L’indemnité résultant de la garantie ‘’CATNAT’’ devrait pouvoir dépasser le


montant des dommages directement subis, dans la limite des frais engagés par
l’assuré pour réparer les dommages conformément aux normes de
construction en zones inondables.

- Le taux de la surprime devrait pouvoir être modulé en fonction des efforts


de prévention, dans les communes couvertes par un PPRN.
33

- Pour le moment, les franchises applicables en cas de catastrophes naturelles sont


prévues par un arrêté, et s’imposent au contrat, même si celui-ci ne prévoit
aucune franchise ou une franchise d’un faible montant. Or la conclusion d’un tel
contrat est beaucoup plus onéreuse. Il faudrait permettre aux assurés de
bénéficier de la franchise prévue par le contrat de base qu’ils ont souscrit.

- Pour tous les autres régimes d’assurances, lorsque les conclusions de l’expert
désigné par l’assurance pour évaluer les dommages de l’assuré ne le satisfont
pas, celui-ci a la possibilité de choisir un autre expert dont les honoraires sont pris
en charge par l’assurance. Ce n’est pas le cas pour le régime ‘’CATNAT’’ Cette
anomalie doit être corrigée et la garantie étendue à la rémunération de l’expert
désigné à l’initiative de l’assuré.

- Les pertes d’exploitation des entreprises ne sont indemnisables que si cette


garantie a été spécifiquement souscrite par l’assuré, et si les pertes de l’entreprise
sont directement liées au sinistre : l’entreprise doit avoir été inondée. Or une
entreprise peut ne pas avoir été touchée directement, mais subir lourdement les
effets indirects d’une inondation : difficultés d’accès donc perte de clientèle,
rupture des approvisionnements, etc. Il serait souhaitable que les compagnies
d’assurance étendent la garantie pertes d’exploitation aux pertes
d’exploitation indirectes.

- Une information claire sur les limites de l’assurance doit être dispensée
auprès des propriétaires vivant dans les zones à risques. Ils doivent être
clairement informés qu’ils ne pourront être indemnisés au titre de l’assurance
‘’CATNAT’’ s’ils ne sont pas couverts par un contrat d’assurance. Les
agrandissements réalisés postérieurement à la conclusion d’un contrat
d’assurance ne sont pas indemnisables non plus.

En ce qui concerne le Fonds Barnier, la CCI propose :

- que les travaux de prévention des inondations ouvrent droit aux indemnités
du Fonds, s’ils résultent de la mise en œuvre d’un SAGE, comme elle le
suggère,

- d’élargir le Fonds Barnier aux diagnostics de vulnérabilité des entreprises


situées dans les zones à risques.

Enfin, le projet de loi, en favorisant une meilleure prise de conscience des risques et
en incitant les entreprises à mettre en place des mesures de prévention va accroître
les besoins des PME et PMI en matière de conseil. La CCIP préconise donc que les
Fonds régionaux d’aide au conseil (FRAC) rendent éligibles et inscrivent parmi
leurs priorités les prestations d’audit et de conseils en matière de risque, tant
industriels (voir p. 19) que naturels pour les PME/PMI
34

CHAPITRE V - DISPOSITIONS RELATIVES A L’OFFICE NATIONAL DES


FORETS

Article 29

L’article 29 donne la possibilité à l’ONF de réaliser des travaux de fixation des


dunes lorsque ces travaux s’effectuent sur les dunes littorales du domaine privé
de l’Etat, qui lui ont été remise en gestion

Cet article n’appelle pas de commentaires particuliers de la part de la CCIP , en ce


qui la concerne.
35

Titre III Les dispositions communes et transitoires

Articles 30, 31, 32, et 33

Les acquéreurs de biens situés dans des zones exposées à des risques
naturels ou technologiques, notamment celles couvertes par un PPRT ou un
PPRN doivent être informés par le vendeur de l’existence de ces risques, ainsi
que les locataires par les bailleurs. Un état des risques se fondant sur les
informations publiques disponibles rassemblées par le préfet est annexée à tout
contrat réalisant ou constatant la vente.

Le bailleur ou le vendeur d’un immeuble sera tenu, par ailleurs, d’informer par
écrit le locataire ou l’acquéreur de tout sinistre ayant donné lieu à versement
d’une indemnité au titre du code des assurances.

L’article 32 exclut du champ d’application de la TLE (taxe locale d’Equipement)


les aménagements prescrits par un PPRT ou un PPRN sur les biens construits
ou aménagés avant l’approbation de ce plan, et mis à la charge des
propriétaires ou exploitants de ces biens. Ces aménagements sont également
exclus du champ d’application de la TDENS (taxe départementale sur les
espaces naturels sensibles).

L’information sur les risques, légitime, devrait être aménagée afin que
propriétaires et bailleurs soient en mesure de s’y conformer.

Elle devrait être limitée aux communes couvertes par un PPRT ou un PPRN ; il
faut, en effet, que les zones où trouvent à s’appliquer ces obligations soient
définies avec précision : ce n’est ni au propriétaire, ni au bailleur d’apprécier le
champ d’application de cette obligation.

Enfin, l’obligation d’information sur les risques ne peut concerner que le


vendeur. La procédure entourant la conclusion d’un contrat de vente permet le
recueil de toutes les informations nécessaires. En revanche, faute
d’informations disponibles, le bailleur ne sera pas toujours en mesure de la
respecter. Ne devrait donc être mis à la charge de ce dernier qu’une obligation
d’information sur les sinistres ayant donné lieu à versement d’indemnités.

La CCIP approuve les exonérations fiscales prévues pour les travaux prescrits
par les PPRN et les PPRT Elle suggère également de dispenser de tels travaux
du permis de construire, une déclaration préalable étant suffisante.
36

IV) Conclusion

Le projet de loi traduit un certain pragmatisme, mais il faut éviter qu’il n’ait qu’un rôle
de « bonne conscience », alors que la réduction des dangers et des conséquences
d’accidents exige une vigilance permanente et une participation active des citoyens,
des entreprises, des institutions, du système d’enseignement, des administrations,
des médias, et du milieu associatif.

Si tout le monde s’accorde à reconnaître que l’objectif est de créer en France une
vraie culture de sécurité (la sûreté n'étant pas, en effet, l'affaire des seuls industriels,
souvent pris comme boucs émissaires en cas d’accident), les moyens d’y parvenir
mériteraient d’être précisés.

La prévention des risques, à travers les PPRN et les PPRT, va contraindre les
collectivités à opérer des arbitrages difficiles en termes d’aménagement du territoire
(on ne peut repenser plusieurs décennies d’urbanisme rapidement) et de dépenses
publiques (par application du droit de délaissement, de préemption et
d’expropriation). Créer cette nouvelle culture de sécurité induira également de
travailler sur les produits et leurs finalités, sur les modes de traitement et sur
l’ensemble de la chaîne logistique qui leur est associée et d’encourager le
management de la sécurité dans les entreprises.

Les choix ne pourront être faits que de façon décentralisée : l’Etat est trop lointain et
trop unificateur ; la commune est trop petite ; c’est au niveau régional que doit se
situer le bon niveau de décision d’élus, éclairés par des débats préalables où chacun
apportera son avis.

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