I.
Introduction :
La névralgie cervico-brachiale (NCB) est une affection fréquente qui réalise une
douleur du membre supérieur, allant du rachis cervical jusqu’à la main.
Les racines concernées sont celles qui participent à la constitution du plexus brachial
(C5 à D1).
II. Physiopathologie :
La NCB peut être due à une atteinte discale par fissuration de l’anneau discal et issu du
nucleus pulposus = ″hernie molle″ responsable de la compression radiculaire ou d’une
compression radiculaire par nodule ostéophytique du trou de conjugaison = ″hernie dure″.
.À coté de ces 2 causes fréquentes, il faut rechercher une éventuelle NCB
symptomatique, secondaire à une affection souvent grave (affection traumatique,
tumorale, infectieuse, inflammatoire…).
III. Formes cliniques :
A. Névralgie cervico-brachiale commune :
1) Elle est de DGC aisé.
2) La douleur dont le début est souvent progressif, touchant le cou puis irradie vers le
membre supérieur.
3) L’interrogatoire recherchera la topographie de la douleur et les irradiations (préciser
le territoire de la douleur).
4) Un examen neurologique précis avec ; étude des réflexes, le testing musculaire et la
recherche des troubles sensitivomoteurs pour déterminer qu’elle est la racine en cause.
Racine Topographie de la douleur + Déficit moteur Réflexes
troubles sensitivomoteurs
C5 Face externe de l’épaule + bras Deltoïde
Face antérieure du bras + Biceps brachial Bicipital
C6 face externe de l’avant-bras + Brachial antérieur +
pouce et index Stylo-radial Stylo-radial
C7 Face postérieure du bras + Triceps + radiaux + Tricipital
avant-bras + majeur ECO
C8 – D1 Face interne du bras + avant-bras + FCO Cubito-
le 5ème doigt Interosseux pronateur
5) La douleur s’accompagne de paresthésies ± pénibles ou troubles sensitifs objectifs.
6) La fosse sous-épineuse, le bord interne de l’omoplate peuvent également être
douloureux (rôle de la branche postérieure des nerfs cervicaux).
1
7) Le cou est le siège d’attitude antalgique avec raideur et la mobilisation cervicale entraine
des douleurs dans le membre supérieur de même que la pression para-vertébrale.
8) Douleur à la pression verticale des têtes des épineuses = sign de SPÜRLING (+).
9) Manœuvre de ROGER – BIKILA (+) : douleur à la mobilisation du membre supérieur en
abduction – rétropulsion – rotation externe.
10) L’épaule est libre et le reste de l’examen doit être complet à la recherche d’une
compression médullaire ou des signes évocateurs d’une cause non commune.
11) Les radiographies de la colonne cervicale sont indispensables ; face + profil + ¾
droit et gauche visualisant les trous de conjugaison.
12) Biologie : aucune anomalie dans cette forme commune.
B. Névralgies dites secondaires : NCB symptomatiques
1) NCB hyperalgique : Peut conduire à l’hospitalisation pour un TRT mécanique à
savoir traction continue au lit et l’utilisation d’antalgiques majeurs.
2) NCB tronquée :
Peut être de DGC difficile, mais l’épaule est libre.
Les manœuvres de mise en tension des muscles de l’épaule sont indolores avec
présence d’un trouble moteur ; soit simple parésie, soit paralysie complète d’un
muscle ou d’un groupe musculaire faisant pratiquer d’emblée une TDM.
3) NCB au décours d’un traumatisme : Elle doit faire répéter les examens ;
tomographie, TDM, IRM, à la recherche d’une fracture ou d’une luxation.
4) NCB à bascule ou bilatérale : Elle doit faire évoquer une hernie discale médiane ou
une tumeur intrarachidienne.
5) NCB mono-radiculaire devenant pluriradiculaire : Qui s’accompagne ou non de
signes de compression médullaire, faisant rechercher une ostéopathie maligne
primitive ou secondaire, une tumeur rachidienne ou une MCA.
6) NCB fébrile avec altération de l’état général : Elle doit faire rechercher une
spondylodiscite ou une épidurite infectieuse.
7) NCB C8 – D1 :
S’accompagne d’un syndrome de Claude – Bernard – Horner (myosis, ptosis,
enophtalmie).
Fait découvrir le plus souvent une néoplasie du sommet pulmonaire (syndrome
de PANACOAST – TOBIAS).
8) NCB chez les patients aux antécédents cancéreux : Doit faire rechercher des
métastases osseuses vertébrales ou épidurales.
9) Autres causes :
Maladie de Paget.
Syndrome des scalènes.
Tumeurs bénignes ; ostéoblastome, neurinome, angiome.
2
IV. Diagnostic différentiel :
1) Pathologie de l’épaule : En particulier tendineuse, mais les douleurs apparaissent
lors de la mobilisation articulaire ou de test de mise en tension tendineuse sans
limitation, ni douleur lors de la mobilisation du cou.
2) AND : De l’épaule et de la main au début de son évolution.
3) Épicondylite :
Les douleurs peuvent irradier jusqu’au poignet, mais remontent peu vers le bras.
Le siège précis à l’insertion des épicondyliens et la manœuvre de leur mise en
tension sont caractéristiques.
4) Syringomyélies ou syndromes syringomyéliques :
Par tumeur intra-médullaire, peuvent se manifester par des douleurs de type
cervico-brachiales.
L’examen peut retrouver la classique dissociation thermo-algésique.
L’IRM devient ici indispensable.
5) Lésion des gros troncs nerveux du membre supérieur : (radial, médian, cubital)
La compression du nerf moteur dans le canal carpien peut entrainer des douleurs
remontant dans le coude.
6) Douleurs d’origine thalamique : Suite à un ramollissement cérébral avec
hyperpathie et troubles de la sensibilité profonde avec la classique main thalamique.
7) Syndrome de parsonage de TURNER :
À son début, peut simuler une NCB aigue en réalisant une douleur scapulo-
humérale très violente avec amyotrophie importante du deltoïde, sus-épineux et
du biceps brachial.
De récupération progressive, et sa cause et obscure (virale ou immunitaire).
8) Ostéite humérales : Sont rares.
9) Douleurs d’origine vasculaire : Phlébites ou oblitération artérielle des cardiopathies
emboligènes ou en présence d’une cote cervicale surnuméraire.
10) Psychalgies cervico-brachiales : peuvent correspondre à un syndrome psychique
de conversion.
V. Traitement :
- Le TRT de la NCB commune est médical. L’évolution n’excédant rarement plus de 6-8
semaines.
A. Moyens thérapeutiques :
A.1. Repos :
1) Le TRT de la NCB commune à la phase aigue impose d’abord l’immobilisation du
cou par un collier cervical rigide.
2) Les manœuvres brusques du cou seront déconseillées au décours de la crise.
3
A.2. Médicaments :
1) Antalgiques banales : Paracétamol, Aspirine…
2) AINS associés à des hypotoniques la nuit
3) Les cas les plus douloureux et résistants peuvent justifier une prescription brève
d’antalgiques majeurs par voie orale et surtout d’une corticothérapie par voie
générale à dose initiale de 40-60 mg/j de Prédnisone qui sera diminué
progressivement en 3 semaines.
B. Moyens physiques :
B.1. Massage :
1) Le massage en pétrissage superficiel des plans cutanés de la nuque, du cou et des
fosses sus-épineuse sera utile.
2) Le massage décontracturant en foulage digitaux lent des muscles sous-occipitaux,
en glissé profond des gouttières para-vertébrales, en étirement lent des muscles
para-vertébraux.
3) Le massage doit intéresser la fosse sous-scapulaire et la région dorsale moyenne.
B.2. Contractions isométriques :
1) Contre résistance manuelle, sont souvent efficaces dans le soulagement de
certaines cervicalgies. La contraction est maintenue 5 à 10 secondes puis suivie
d’un relâchement aussi complet que possible.
2) Les contractions isométriques doivent être indolores et elles peuvent être réalisées
par le malade lui même.
B.3. Mobilisations :
1) Faites dans des directions non douloureuses, elles sont souvent utiles en dehors
des périodes de poussées inflammatoires.
2) Elles doivent être lentes, progressives, rythmées, maintenues mais pas trop
prolongées.
B.4. Manipulations vertébrales :
1) Exécutées par un médecin entrainé en dehors des phases hyperalgiques.
2) Contre-indiquées en cas d’arthrose cervicale très évoluée.
B.5. Tractions vertébrales : sont extrêmement utiles ;
1) En semi-continue : plusieurs fois par jour en position couchée ou assise de 3-5 kg.
2) En discontinue : 10 à 20 minutes 2 à 3 fois par jour avec des charges plus
importantes.
B.6. Physiothérapie :
1) Ultra-sons, Électrothérapie.
2) Thermothérapie sous forme de bains ou de douches.
4
B.7. Rééducation :
1) On pratique des contractions isométriques statiques contre résistance manuelle,
avec contraction et décontraction lente.
2) Ces contractions doivent être parfaitement indolores et elles ont alors souvent un
effet antalgique très notable.
3) Elles peuvent porter sur les extenseurs et les fléchisseurs de la tête et du cou, les
muscles latéro-fléchisseurs et rotateurs.
4) La reprogrammation sensorimotrice intervient en complément vers la fin de la
rééducation ;
Principe :
La perception de l’orientation de la tête sur le tronc est probablement une des
composantes de la synergie oculo-vestibulo-cervicale, le plus accessible à un
bilan chez le cervicalgique.
De plus elle permet de témoigner à la fois des altérations pathologiques de la
proprioception et du résultat de la rééducation.
Cette reprogrammation proprioceptive est basée sur le couplage oculo-
céphalique, dont il existe 2 types :
Un tonique : intervient dans les positions fixées des yeux.
L’autre phasique : intervient au cours des saccades ou poursuites oculaires.
Le programme comporte 15 séances et 5 séquences :
1ère séquence : recrute la participation automatique des muscles extrinsèques
oculaires ; regard fixé sur une cible pendant que le rachis cervical est mobilisé
passivement dans toutes les amplitudes non douloureuses.
2ème séquence : privilégiant la participation cervicale active en réduisant le
champ visuel à la vision fovéale et les exercices sont réalisés en position assise
et debout.
3ème séquence : par des mouvements automatiques du cou par rapport à des
déplacements passifs et actifs du tronc, en position assise puis debout, pour
permettre le maintien du regard fixé sur la cible.
4ème séquence : exercice d’amélioration de repositionnement cervical ; le
patient fixe la cible pendant quelques secondes et tente de mémoriser sa
position cervico-céphalique.
5ème séquence : restaure le couplage normal oculo-cervical.
C. La chimionucléolyse cervicale :
1) Dans les hernies molles et non pas un nodule ostéophytique, cette hernie doit être
montrée par un examen TDM en coupes fines avec injection.
2) Le geste est contre-indiqué en cas de présence de signes neurologiques d’origine
médullaire.
5
D. TRT chirurgical :
1) Envisagé après échec du TRT médical bien conduit pendant 1 à 2 mois.
2) Le choix de la technique chirurgicale est essentiellement guidé par la localisation de
la lésion compressive.
3) La voie antérolatérale est actuellement très fréquemment utilisée si la lésion est
médiane ou paramédiane.
4) La discectomie sans greffe est la plus répondue lors de la présence d’une hernie
molle.
E. Autres méthodes interventionnelles :
1) Nucléotomie percutanée.
2) Injection intra-discale d’Aprotinine.
VI. Conclusion :
- En pratique, malgré les progrès des techniques chirurgicales, le TRT médical doit
rester la règle et le TRT interventionnel d’exception.
DR ; IMAD BENAZIZA
Médecine physique et réadaptation
AZUR PLAGE