La Liberté - TL
Introduction
"Être libre, c'est faire ce que je veux". Telle est notre définition suivante de
la liberté. Je ne serais donc pas libre lorsqu'on contraint ma volonté par
des règles, des ordres et les lois.
Être libre serais alors la condition naturelle de l'homme, et la société, la
marque de son esclavage. Pourtant, cette opinion ne semble pas tenable.
Si le problème de la liberté constitue généralement une énigme, c'est
d'abord parce que ce terme n'échappe ni aux ambiguïtés ni aux
équivoques. Ainsi, faut-il distinguer la liberté comme faculté d'obtenir
certains fins particuliers sur le plan politique et social, et la liberté comme
concept philosophique : Elle correspond alors à l'autonomie du choix sans
le premier cas ce qui importe, c'est le succès. Dans le second, on envisage
le choix humain : la capacité d'autodétermination.
C'est ce concept philosophique de liberté que nous allons cerner. Il faut
différencier cette liberté comme autodétermination humaine et autonomie
du choix de la liberté divine.
Dieu est absolument libre parce qu'il conduit toute perfection sans être
contraint par aucune autre chose.
"Dieu existe, dit Spinoza, par la seule nécessité de sa nature et donc il est
seul cause libre".
Il y a aussi la liberté morale, pouvoir défini de ne pas subir la contrainte
des passions aux indignations.
L'homme vit dans une société "ma liberté commence là où se termine
celle des autres". Cette société se trouve dans un milieu naturel que
subsistent des lois de la nature. "On ne commande à la nature qu'en
l'obéissant", disait Bacon.
I. L'approche métaphysique de la liberté : le libre arbitre
L'existence du libre arbitre fait parti des grandes questions métaphysiques
débattues depuis des siècles. Le libre arbitre pose la volonté comme cause
première de nos actions. Ce sentiment, nous l'éprouvons tous les jours,
nous sentons notre autonomie, nous nous croyons libres. Certains
philosophes ont pourtant mis en doute cette idée, affirmant que la libre
arbitre ne pourrait bien être qu'une illusion due à notre ignorance des
causes qui nous font agir.
I.1. Qu'est ce que le libre arbitre ?
La liberté d'indifférence, le libre arbitre pose en premier lieu que les
actions humaines sont contingentes. Le contingent s'oppose au nécessaire
: Je peux faire une chose comme je peux ne pas le faire. La liberté
d'indifférence défend l'idée d'une contingence des actions humaines.
Descartes définit l'indifférence comme "l'état dans lequel est la volonté
lorsqu'elle n'est pas poussée d'un côté plutôt que de l'autre par la
perception du vrai ou du bien".
Cette liberté relève de la pure volonté, sans autre motif rationnel ou
sentimental.
Ainsi Bossuet écrit que "le libre arbitre est la puissance que nous avons de
faire ou de ne pas faire quelque chose".
Un exemple emblématique pour illustrer le libre arbitre est l'histoire de
l'âne de Buridan, du nom du philosophe Jean Buridan $(1292\ -\ 1363).$ Il
présente un âne tenaillé par la faim et la soif. D'un côté de l'eau, de l'autre
de la nourriture. Incapable de choisir, l'âne finit par mourir de faim. Pierre
Bayle remplace l'eau par la nourriture mais le principe reste le même.
Cette histoire montre que l'homme ne peut pas mourir de cette façon car il
possède, à la différence de l'animal, la faculté du libre arbitre.
Si le libre arbitre consiste à prendre cette décision sans véritable motif, on
peut affirmer que décider c'est créer, car nos actes créent de nouvelles
causalités.
Descartes dira que même placé devant la vérité, nous pouvons la rejeter.
Dans l'action morale, le fait de faire de mal en toute connaissance de
cause est un signe du libre arbitre.
I.2. La remise en cause du libre arbitre
I.2.1 Le déterminisme
Selon le déterminisme, tout ce qui existe dans le monde est le produit de
la relation de cause à effet. Tout est soumis à la nécessité dans cet
univers. Il n'y a aucune place pour la liberté.
Le philosophe déterministe, Baruch Spinoza $(1632\ -\ 1677)$ affirme
aussi que l'homme n'échappe pas à cette loi : "Ce n'est pas un empire
dans un empire". Ce n'est qu'une partie de la nature. Si nous nous croyons
libre ; c'est parce que nous ignorons les causes qui nous fond agir. Le libre
arbitre est une illusion issue de notre ignorance. "Les hommes se
trompent lorsqu'ils pensent être libres et cette opinion consiste en ceux-là
qui sont conscients de leurs actions et ignorant les causes par lesquelles
ils sont déterminés".
I.2.2 Le destin
Le destin, à la différence du déterminisme, pose que le cours des choses
est gouverné par une puissance mystérieuse. De ce fait, la liberté absolue
de l'homme est niée. Le libre arbitre n'est qu'un fantasme.
Ainsi, Bossuet affirme que toute les entreprises humaines ne sont que des
moyens mis en œuvre inconsciemment par les hommes à des fins divines.
I.3. Le problème moral de la négation du libre arbitre
Quelque soit la diversité des critiques du libre arbitre, le problème se situe
au niveau de l'éthique.
Saint Thomas d'Aquin $(1225\ -\ 1274)$ faisait remarquer que la morale
est impensable sans le libre arbitre : "L'homme possède le libre arbitre ou
alors les conseils, les exhortations, les préceptes, les interdictions, les
récompenses et les châtiments seraient vains". La négation du libre
arbitre déresponsabilise l'homme.
Si le libre arbitre est une illusion, comment tenir qui que ce soit pour
responsable ? Comment juger du point de vue morale un acte ?
Pour Nietzsche, le libre arbitre n'est qu'une fable qui permet à l'homme de
se décharger de l'ensemble de ses responsabilités.
II. Liberté et nécessité
Dieu (la nature) n'agit pas pour une fin, mais la seule causalité à l'œuvre
dans tout ce qui est, c'est la causalité efficiente mécanique selon un ordre
de causes et d'effets absolument nécessaires. Toute chose est tout ce
qu'elle peut être. Il n'y a donc pas à se lamenter de ce qu'elle n'est pas
comme on désir qu'elle soit, mais seulement à comprendre l'ordre
nécessaire des causes et des effets.
Il faut donc en finir avec cet anthropomorphisme grossier qui projette sur
Dieu la conviction illusoire qu'ont les hommes d'être dotés d'un libre
arbitre. Nous nous croyons libres parce que nous avons conscience de nos
actes, tout en ignorant les causes qui nous déterminent à vouloir ce que
nous voulons.
Ainsi, entre une pierre qui se meut du fait d'une impulsion initiale et un
homme qui agit, il n'y a aucune différence de nature. L'homme n'est pas
plus libre que la pierre, mais il le croit, simplement parce qu'il est
conscient de ses actes. Si la pierre avait conscience de son mouvement,
elle croirait en être la cause ; c'est-à-dire être libre. Elle serait convaincu
d'être libre.
Ainsi, "l'homme n'est pas dans la nature comme un empire dans un
empire" et il n'y a donc pas plus de libre décret en l'homme qu'en Dieu.
Pourtant Dieu peut être dit cause libre au sens qu'il n'est pas contraint par
autre chose à faire ce qu'il fait, mais qu'il le fait de par la seule nécessité
de sa propre nature.
Ainsi, pour Spinoza, la liberté n'est pas le contraire de la nécessité mais de
la contrainte (l'homme y compris). Dieu seul sera cause libre, parce que la
nécessité de ses actes s'explique par sa seule nature.
II.1. Peut-on dire que l'animal est libre ?
Si la liberté est l'absence de toutes règles et de toutes contraintes alors,
l'animal est libre. Mais, ce raisonnement n'a qu'une apparence de vérité :
Le comportement d'un animal est en fait dicté par son instinct, de sorte
que l'animal ne peut pas s'empêcher d'agir comme il agit. L'instinct
commande, l'animal obéit : Loin d'être le modèle de la liberté, l'animal est
l'incarnation d'une totale servitude à la nature. On ne peut parler de
liberté que pour un être qui s'est affranchi du déterminisme naturel.
II.2. Comment conquérir la liberté ?
Pour être libre, il faut pouvoir choisir de faire ou de ne pas faire. Seul donc
un être qui s'est débarrassé de la tyrannie des instincts peut remplir les
conditions minimales de l'accès à la liberté.
Kant soutient que c'est là le rôle de l'éducation. Elle a pour but premier de
discipliner les instincts ; c'est-à-dire de les réduire au silence pour que
l'homme ne se contente pas d'obéir à ce que la nature commande. C'est
aussi et plus largement, le rôle de la vie en substituant les lois sociales
aux lois naturelles. C'est donc la culture au sens large ; c'est-à-dire la
façon que l'homme a de faire taire la nature en lui ; qui nous fait accéder à
la liberté.
Pour les stoiciens, Epictête souligne que pour être libre, il faut savoir
distinguer ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas. On perdrait
son temps en voulant influencer la météo. En revanche, on peut influencer
les choses qui dépendent de nous et c'est là où se situe notre liberté et
par suite, notre bonheur.
II.3. A quelles conditions suis-je libre ?
"Je suis libre quand je fais ce que je veux". Certes, mais à quelles
conditions suis-je libre de vouloir ce que je veux ? Le plus souvent, ma
volonté est déterminée par ce que je suis : Il n'y aura aucun sens à vouloir
être plus grand si je n'étais pas petit. Ma volonté n'est alors pas libre, bien
au contraire, elle est déterminée : Je ne choisis pas plus de vouloir être
grand que je n'ai choisi d'être petit.
l'acte gratuit serait l'incarnation même de l'acte libre : un acte sans aucun
but et sans aucune motivation. L'afcadis, le personnage des caves du
vatican de gide s'est essayé à cette entreprise sans succès. Il décide de
tuer quelqu'un dans le wagon d'un train en marche sans aucune
motivation si ce n'est de se prouver l'existence à un acte libre sans
aucune motivation (ce qui est déjà une motivation). Il ne pourra pas
prendre une décision seule, il lui faudra s'en remettre à un élément
extérieur : L'apparition d'un feu dans la nuit.
Ma volonté n'est donc libre que quand elle s'est libérée de toutes les
déterminations qu'elle a reçues ; c'est-à-dire quand elle s'est affranchie de
tout ce qui en fait ma volonté. Pour être réellement libre, il faudrait que
ma volonté veuille ce que toute volonté peut vouloir, donc que ce qu'elle
veuille soit universellement valable.
Kant affirme que ma volonté est universelle quand elle veut ce que tout
homme ne peut que vouloir. Pour être libre, ma volonté doit respecter la
volonté en moi-même comme en autre. Elle doit observer le
commandement suprême de la moralité qui ordonne de considérer autrui
toujours comme une fin en soi, et jamais comme un moyen de satisfaire
mes désirs.
La liberté se conquiert donc en luttant contre les désirs qui réduisent
l'homme en esclavage et en obéissant à l'impératif de la moralité.
II.4. Comment être libre tout en obéissant à une loi ?
La colombe légère, dans son libre vol, écrit Kant $(1724\ -\ 1804)$ imagine
qu'elle volerait plus vite dans le vide parce qu'elle subit la résistance de
l'air. Mais, elle ignore que sans air, elle ne volerait pas du tout : Ce qui lui
apparait comme un obstacle est en réalité une condition de son vol. De
même, beaucoup d'hommes pensent qu'ils seraient beaucoup plus libres
sans les lois. Ils se montrent par là plus ignorants que la colombe de Kant,
car sans ces contraintes, ils ne pourraient plus du tout exercer leur liberté.
Ce qui pourrait être une entrave à notre liberté est en réalité une condition
d'exercice de notre liberté. S'il suffisait d'obéir aux lois pour être libre,
alors les sujets d'une tyrannie connaitraient la liberté.
Pour Rousseau, la seule solution a ce problème c'est que je suis l'auteur
de la loi à laquelle je me soumets.
Sur le plan politique, le contrat social garantit la liberté des citoyens non
en les délivrant de toutes lois, mais en faisant d'eux les auteurs de la loi :
par le vote, les homme se donnent à eux même leur propre loi, en ayant
en vue non leurs intérêts particuliers, mais le bien être commun ; l'intérêt
général.
De même, sur le plan moral, Kant en se référant en Rousseau, montre que
la loi de la moralité à laquelle je dois me soumettre et qui s'exprime sous
la forme d'un impératif catégorique, ne m'est pas imposé de l'extérieur,
mais vient de ma propre conscience : je suis libre lorsque j'obéis au
commandement moral parce que c'est moi-même qui me le prescris.
C'est ce que Locke affirme en disant que "Où il n'y a point de loi, il n'y a
point de liberté" et Hegel : l'Etat permet à la liberté de ce réaliser.
Rousseau affirme que c'est pour les libertés que les homme ont fait naître
la loi civile. L'Etat doit être garant de la liberté individuelle de ses
membres. C'est le peuple érigé en volonté générale (somme des volontés
particulières) qui est souverain. En obéissant à la loi, le citoyen assure sa
liberté. "L'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté".
III. La liberté est-elle l'essence de l'homme ?
Dire que la liberté constitue la seule essence de l'homme, cela revient à
dire que l'homme n'a pas de nature, qu'il est ce qu'il a choisi d'être, même
si ce choix n'est pas assumé comme tel voire même implicite (Sartre).
Pour Heidegger, l'essence de l'homme c'est l'existence parce qu'il est
temporel, l'homme est toujours jeté hors de lui-même vers les possible
parmi lesquels il doit choisir. L'homme est une liberté en acte, j'ai à
chaque instant à choisir celui que je serai, même si la plupart du temps je
refuse de le faire.
Que la liberté soit l'essence de l'homme, elle est aussi un fardeau
écrasant. Elle me rend seul responsable de ce que je suis. C'est à cette
responsabilité que j'essaye d'échapper en excusant mon comportement
par un caractère sur le mode "Ce n'est pas ma faute, je suis comme ça".
C'est pour cette raison que Sartre disait que "Nous somme condamnés à
être libres". Donc, il est difficile de prouver et le déterminisme et la liberté.
On peut dire que du point de vue de la science le déterminisme à un sens
mais du point de vue de la morale il est nécessaire de postuler la liberté,
car sans cela aucun d'entre nous ne pourrait être dit responsable de ses
actes.
L'idée de la liberté est nécessaire à l'homme pour que celui-ci croit en sa
dignité et la dignité des autres. Être à l'origine de ses actes et pouvoir se
contemplé sois-même dans ses actes sont les conditions pour que nous
nous estimions nous-mêmes et pour que les autres nous respectent.
IV. Les objections
Selon Sartre, la liberté est un fardeau, on est obligé d'être libre. Je suis
responsable de tout ce qui m'arrive, personne n'a décidé à ma place. C'est
en ce sens qu'il affirme que "L'homme est condamné a être libre". C'est un
fait et non un horizon à atteindre.
Selon Rousseau, l'obéissance à la loi qui exprime la volonté générale n'est
pas en contradiction avec la liberté. La volonté générale est donc un gage
de la liberté. "Renoncé à sa liberté, c'est renoncé à sa qualité d'homme"
Selon Nietzsche les hommes n'ont été présentés comme libre que pour
pouvoir être jugés, punis : il est donc indispensable de concevoir toute
action comme prenant son origine dans la conscience.
Selon Locke, les lois n'ont pas pour finalité de limiter notre liberté, mais de
nous détourner d'actions mauvaises. Ce n'est pas la liberté que la loi limite
mais toute les formes de violences qui menacent les libertés individuelles.
Conclusion
Non seulement on peut affirmer que l'homme est libre, qu'il est soumis à
des lois, mais sans la régularité d'une nature ordonnée et connaissable, la
liberté humaine resterait sans effets.