Strategie Pour Une Electricite Decarbonnee
Strategie Pour Une Electricite Decarbonnee
JANVIER 2024
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PREFACE
Il est naturel qu’une entreprise privée opérant dans les énergies renouvelables profite pour son
développement du désordre que l’on constate dans l’organisation des moyens de production de
l’électricité en France.
Cependant, il n’est pas acceptable de tromper l’opinion en critiquant le nucléaire dont les
insuffisances actuelles ne résultent que d’un abandon officialisé à de nombreuses reprises par
plusieurs gouvernements depuis 1997, dont la décision de fermer 14 réacteurs avant 2035 qui a
connu une première concrétisation avec la fermeture des deux réacteurs de Fessenheim. Depuis
l’entrée en jeu des énergies intermittentes pour remplacer les centrales le prix du KWh a doublé.
Les critiques ignorent qu’entre 1946 et 2000 grâ ce au programme nucléaire les prix du KWh sont
restés stable, souvent au-dessous de l’évolution de l’indice des prix !
Rien d’étonnant, une centrale moderne peut produire en continu une électricité décarbonée
désormais pendant 60 ans et demain sans doute pendant 80 ans comme aux Etats-Unis.
En tirant les leçons des différentes expériences nationales et internationales, les meilleurs experts
proposent pour l’avenir un mix énergétique composé comme suit :
80% de nucléaire
7.5% d’hydraulique
8% de fossiles gaz avec capture et séquestration du carbone
4.5% d’éolien et de solaire
Ce mix énergétique permettra de garantir aux Français en toute sérénité une électricité décarbonée,
bon marché, nous donnant un avantage compétitif sur nos principaux concurrents pour les
prochaines décennies.
Dans une tribune récente trois personnalités politiques respectées, JP Chevènement, F. Goulard et B.
Accoyer demandait au Président de tourner la page des énergies intermittentes et de renoncer à
écouter ses conseillers sous influence qui restent dans le déni.
L’enjeu n’est pas mince il s’agit de prospérité et d’indépendance. Il s’agit aussi de mettre un terme aux
agressions contre la nature que sont l’installation des parcs éoliens et d’interrompre le scandale
environnemental que représentent les parcs « offshore ». L’histoire retiendra les responsables de ces
saccages sans utilité pour les Français.
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SYNTHESE
Pour évaluer les conséquences sur les prix de l’électricité du mix électrique proposé par la
nouvelle Stratégie française énergie-climat, nous disposons d’une référence précieuse, le
coû t de production de l’électricité allemande qui est actuellement le double des coû ts de
production français comme nous l’indique RTE : « Le coût complet de la production de
l’électricité en Allemagne est de l’ordre de deux fois supérieur à la France (la différence
essentielle tenant au nucléaire historique). Cette différence ne se traduit pas dans les prix de
marché, une partie des coûts se retrouvant dans la fiscalité, concentrée sur les ménages. »
Source Bilan prévisionnel RTE 2023 P 67. Or, le mix proposé par la Stratégie française énergie-
climat aboutit en 2035 à une proportion d’ENR intermittentes supérieure à celle du mix
électrique allemand actuel 36% contre 32,5 %.
Les décideurs doivent donc avoir conscience qu’ils engagent le pays dans une
politique qui va doubler le prix de l’électricité avec d’énormes conséquences
économiques, sociales et écologiques pour les prochaines décennies.
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Alors que la majorité des observateurs misent sur un coû t de production décroissant des
ENR avec leur plus grande diffusion, plusieurs facteurs tendent à augmenter les prix de
l’électricité issue de ce modèle ENR/Thermique allemand :
Parce que moins on utilise les centrales électriques nucléaires, charbon, gaz qui assurent
le secours et le complément des ENR intermittentes, plus leurs kWh sont chers
Parce qu’il y a tout simplement de moins en moins de vent en Europe, sans que l’on sache
encore si cela résulte du changement climatique (rapport européen Copernicus)
Parce que les sites les plus compétitifs pour la production éolienne et la production
photovoltaïque ont déjà été utilisés. Ainsi selon RTE, « le facteur de charge des éoliennes
installées sur les années les plus récentes semble stagner ou diminuer ».
Parce que le développement de ces énergies extensives, à faible rendement nécessite des
masses de métaux qui poussent à la hausse leur prix.
Au contraire, le nucléaire bénéficie à plein de l’effet de série : construire dans des délais
rapides 28 EPR à l’horizon 2050, soit la moitié de notre premier programme nucléaire de 56
réacteurs, permet de viser un coû t de production de 70 Euros/MWh.
C’est la première tâ che à laquelle doit s’attaquer l’Etat, car ce plus que doublement des délais
de construction d’une centrale nucléaire hypothèque la réussite de la transition climatique
et, au-delà , menace la confiance des Français dans nos institutions tant il illustre la nouvelle
impuissance publique qui règne dans notre pays.
Pour faire émerger le mix énergétique décarboné le plus compétitif pour le pays, nous
préconisons de remplacer toutes les aides actuelles par un dispositif de soutien unique au
développement des productions d’électricité décarbonées quelle que soit leur nature (Eolien,
photovoltaïque, nucléaire, hydraulique...) via un crédit d’impô t à l’investissement pour la
production d’électricité décarbonée compris entre 20 et 30 %. Ce crédit d’impô t présente
l’avantage d’être neutre technologiquement et d’inciter ainsi chaque technologie,
photovoltaïque, éolien, nucléaire à réaliser ses meilleurs efforts pour se valoriser au mieux
sur le marché de l’électricité, donc à produire quand les besoins sont présents. Il s’agit en
particulier pour les ENR de passer d’une production « brute », fatale, à une production utile
par le couplage avec des moyens de stockage.
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Précisons que les rédacteurs de ce rapport ne sont nullement hostiles aux ENR
intermittentes. Ils constatent tout simplement que ce sont des énergies extensives,
clairsemées, donc exigeant d’énormes installations de production et de transport, beaucoup
de matériaux et d’espace et qu’elles sont donc incompatibles avec de fortes densités de
population et que, par ailleurs, les ressources en vent et en ensoleillement sont trop faibles
en Europe. Seule la péninsule ibérique est à même d’utiliser de manière profitable cette
ressource renouvelable. En Australie le coû t de l’électricité ENR est le tiers du coû t allemand.
Si la Fondation Concorde était un Think Tank australien, elle recommanderait sans
hésitation un déploiement maximal de parcs éoliens et de parcs photovoltaïques couplés à
des batteries de stockage de l’électricité.
REMERCIEMENTS
Les meilleurs spécialistes ont été consultés, André Merlin ancien Président de R.TE, Hervé
Machenaud Académie des technologies, Michel Faure et Pierre Dumont, industriels.
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TABLE DES MATIERES
Evolution des prix de l’électricité : historique et perspectives pour les
consommateurs français :
11. Quel mix énergétique pour faire bénéficier les Français d’une électricité
décarbonée la moins chère possible ? ..............................................................................................................20
L’évolution comparée des prix de l’électricité avec l’indice des prix permet de distinguer cinq
périodes :
❶ De 1960 à 1973, les gains de productivité d’EDF, grâ ce auxquels le prix de l’électricité augmente
moins vite que l’indice des prix et contribue ainsi à accroitre le pouvoir d’achat des ménages.
❷De 1973 à 1985, les deux chocs pétroliers font sentir leurs effets du fait de l’importance du parc de
centrales au fuel d’EDF : les prix de l’électricité augmentent davantage que l’indice des prix. En
réponse Pierre Messmer lance en 1974 un grand plan de construction de centrales nucléaires.
❸ A partir de 1985, les bénéfices des centrales nucléaires se font pleinement sentir : les Français
bénéficient d’augmentations des prix de l’électricité systématiquement inférieures à l’indice des prix.
Les coû ts de production de l’électricité française sont désormais déconnectés des fluctuations des
cours des hydrocarbures et baissent en euros constants.
❹ Mais, à partir de 2006, le choc des renouvelables intermittentes : alors que les consommateurs
devaient bénéficier de baisses plus accentuées du prix de l’électricité du fait de l’amortissement des
centrales nucléaires, retournement de tendance pour le prix de l’électricité. Il augmente beaucoup
plus que l’indice des prix à partir de 2009 du fait des taxes (CSPE puis TICFE) qui financent les
surcouts de production des énergies renouvelables et du fait des développements des réseaux
électriques rendus nécessaires par leur développement.
❺ A partir de 2021, explosion des prix du marché européens de l’électricité compensée en partie
par des subventions massives aux consommateurs si bien que ni le prix du marché européen de
l’électricité, ni les prix payés par les consommateurs ne reflètent désormais les fondamentaux des
coû ts de production de l’électricité à long terme.
D’un cô té, les prix spot sur le marché de l’électricité ont explosé en atteignant 600€/MWh à comparer
à un prix moyen de 40 €/MWh en 2019, du fait de l’interruption de la fourniture du gaz russe dont les
conséquences ont été amplifiées par les déboires du parc nucléaire français et par les erreurs de
l’Etat français qui a fermé de manière irresponsable des centrales pilotables indispensables pour
assurer la sécurité de notre système électrique (fermeture de Fessenheim et fermeture de 20 GW de
centrales thermiques).
L’évolution du tarif bleu illustre clairement ces ruptures avec le retournement à la hausse du prix de
l’électricité en 2008 et l’explosion des prix à partir de 2021 :
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Il est évidemment pertinent d’évaluer les coû ts de l’électricité du modèle allemand puisque celui-ci
constitue l’objectif que les pays européens doivent atteindre.
Dans ce modèle, les ENR électriques intermittentes sont érigées en objectifs au lieu de
constituer un moyen parmi d’autres de décarboner l’électricité. Elles se développent grâ ce aux
subventions des Etats sous la forme de tarifs d’achat leur garantissant une recette supérieure à leurs
coû ts quel que soit le prix de l’électricité sur le marché. Ces subventions sont financées directement
ou indirectement par les consommateurs.
Un nouvel objectif contraignant de 42,5% de renouvelables dans la consommation européenne finale
d'ici à 2030 a été entériné en 2023. C’est un bond considérable puisque La directive de 2018 fixait un
objectif contraignant de 35% à horizon 2030.
Cette proportion de 42,5 % dans la consommation totale d’énergie correspond à une proportion de
70 % d’ENR dans la production d’électricité en 2030. Une telle proportion est en fait irréaliste et
inatteignable : elle n’a jamais été expérimentée dans aucun pays et pour des raisons techniques
augmentera fortement le risque de blackout.
« Le coût complet de la production de l’électricité en Allemagne est de l’ordre de deux fois supérieur à la
France (la différence essentielle tenant au nucléaire historique). Cette différence ne se traduit pas dans
les prix de marché, une partie des coûts se retrouvant dans la fiscalité, concentrée sur les ménages. »
Source Bilan prévisionnel RTE 2023 P 67
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D’abord il faut avoir en tête que l’Allemagne partait d’une situation de production d’électricité très
carbonée, accentuée par la fermeture de ses centrales nucléaires. L’Allemagne s’est donc engagée
dans un processus de décarbonation de son électricité thermique (charbon lignite, gaz),
essentiellement par le recours aux énergies renouvelables intermittentes (éolien et photovoltaïque) :
En 2022, 45 % de l’électricité allemande a été produite à base de lignite, charbon et gaz (avec des
conséquences majeures pour la santé des Européens et bien sû r le climat, puisque l’Allemagne émet
362 grammes de CO2 par KWh contre 60 en France) et 32,5 % par l’éolien et le solaire.
Comme les prix d’achat varient au fil du temps, le meilleur moyen d’évaluer le coû t de production est
d’additionner au prix de marché moyen sur une année la subvention moyenne allemande
A ce coû t de production, il faut ajouter le coû t du développement des réseaux électriques nécessités
par le raccordement des éoliennes et des parcs photovoltaïques.
La comparaison France Allemagne entre les coû ts du réseau de transport HT et THT permet d’évaluer
ces surcoû ts compris entre 11 et 14 Euros/MWh :
Pour ce faire l’Allemagne dispose d’un parc thermique à flamme dispose d´un total de 82,7 GW qui a
assuré 26 % de la production électrique en 2022 et se trouve en mesure de fournir la pointe
maximale de 82 GW, car le gestionnaire de réseau allemand considère à juste titre que la
production ENR intermittente peut tomber à zéro. Ainsi l’Allemagne dispose-t-elle d’un parc de
production presque 2 fois plus puissant que le parc français pour une consommation électrique
presque égale.
Au total :
Coût complet de production de l’électricité renouvelable allemande (Production +Réseaux
dédiés) = 120 à 126 Euros/MWh
Coût complet de production du nucléaire = 60,7 €/MWh pour la période 2026-2030, 59,1
€/MWh sur 2031-2035 et 57,3 €/MWh sur 2036-2040 selon la CRE
Les coûts de production de l’électricité ENR/Thermique allemande sont bien le double des
coûts de production français.
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4. Pourquoi les coûts de l’électricité ENR intermittente resteront structurellement
élevée en Europe ?
Est-ce que ces coû ts sont appelés à baisser avec la courbe d’expérience ? Il ne semble pas. On assiste
actuellement à une très forte augmentation des coû ts de production des ENR intermittentes, avec la
hausse des taux d’intérêts et matières premières, de 32 % pour l’éolien depuis 2021 et de 40 % pour
le solaire, selon le rapport publié par la banque Lazard, de 50 % pour l’éolien off-shore selon
Bloomberg. Dans l'offshore, le dernier appel d'offres remporté par RWE aux Etats-Unis a fixé un prix
de 141 dollars par MWh et plusieurs projets, remportés avant l'envolée des coû ts, ont été suspendus,
comme le Trollvind du norvégien Equinor. Idem pour le suédois Vattenfall et son Norfolk Boreas (1,4
GW) en mer du Nord britannique. Cette dérive des coû ts affecte évidemment aussi les cinq fabricants
européens de turbines, qui depuis plusieurs années sont en perte. Pour sortir du rouge, ils devront
augmenter leurs prix …
Alors que la majorité des observateurs misent sur un coût de production décroissant des ENR
avec la plus grande diffusion de ces technologies, plusieurs facteurs tendent à augmenter les
coûts de l’électricité à l’avenir :
Parce que moins on utilise les productions de complément charbon, gaz et demain peut-
être hydrogène, plus elles coûtent cher à produire
Parce que les sites les plus compétitifs pour la production éolienne et la production
photovoltaïque ont déjà été utilisés. Ainsi selon RTE, « le facteur de charge des éoliennes
installées sur les années les plus récentes semble stagner ou diminuer ».
Parce que le développement de ces énergies extensives, à faible rendement nécessite des
masses de métaux qui poussent à la hausse leurs prix. Leur développement constitue un
des facteurs de l’inflation des métaux.
De nombreuses régions du monde bénéficient de conditions beaucoup plus favorables pour la
production d’électricité renouvelable, en matière de conditions climatiques et de disponibilité du
foncier. En Europe, la ressource solaire est très saisonnière, trop faible en hiver et le développement
structurel des grands anticyclones privent régulièrement le continent de vent. Ainsi, en France,
malgré une augmentation de la puissance installée qui est passée de 17,6 GW en 2020 à 20,6 GW en
2022, on a assisté à une diminution globale de la production électrique des éoliennes terrestres sur la
même période. D’après RTE (Réseau de Transport d’Electricité), on est passé d’une production de
37,9TWh en 2020 à une production de 37,5 TWh en 2022. RTE reconnait également que « le facteur
de charge des éoliennes installées sur les années les plus récentes semble stagner ou diminuer ».
Du fait de la politique de subventions par des prix garantis en toutes circonstances, au fur et à
mesure de leur développement, les ENR intermittentes prennent la place des centrales
nucléaires en réduisant leur durée de fonctionnement, les reléguant à une place d’énergie
d’appoint, comme les centrales à charbon et au gaz en Allemagne, alors que celles-ci ont
besoin de fonctionner en permanence, techniquement et économiquement.
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Quand il y a du vent et du soleil, le nucléaire doit réduire sa production et l’augmenter quand il n’y a
pas de vent ou de soleil. En France le développement des énergies renouvelables n’aboutit qu’à
remplacer temporairement et aléatoirement l’électricité nucléaire décarbonée par des
électricités ENR décarbonées ! Nous payons en quelque sorte trois fois la décarbonation de notre
électricité, d’abord par le financement passé du parc nucléaire, puis par son remplacement par des
ENR deux fois plus chères.
Comme les coû ts du nucléaire sont fixes, moins une centrale nucléaire fonctionne à peine puissance,
plus son coû t de production est élevé : le coût du KWh produit par une centrale nucléaire double
si sa durée de fonctionnement est réduite de moitié. Les anti-nucléaires ne manqueront pas de
pointer la hausse structurelle des coûts du nucléaire. Ils l’avaient bien dit !
En fait le nucléaire sera beaucoup plus cher, mais restera tout aussi indispensable.
La ruine du nucléaire se produit notamment par les prix négatifs de l’électricité sur le marché dû s
principalement à la surproduction ENR allemande quand il y a du soleil ou de vent. Comme les
centrales nucléaires ne peuvent pas techniquement réduire leur production pour une ou deux heures,
elles payent pour pouvoir livrer leurs kWh sur le réseau !
Ainsi, on observe comment une électricité nucléaire moins chère et utile est ruinée par une électricité
photovoltaïque plus chère et inutile :
1) Les prix sur le marché de l’électricité sont négatifs entre 12h00 et 15h00 en France, Belgique,
Allemagne et Pays Bas parce qu’il a une trop forte production photovoltaïque dont on ne sait pas quoi
faire.
2) Les centrales nucléaires françaises qui produisent à 59 Euros/MWh doivent baisser au maximum
leur production pour donner la priorité ENR allemandes qui produisent à 120 Euros/MWh, mais qui
bénéficient d’une garantie du prix même si le prix de marché est négatif. Et comme les centrales
nucléaires françaises ne peuvent baisser que partiellement leur production, ( les centrales nucléaires
ne peuvent pas être arrêtées et mises en route « à la demande » sur des créneaux de quelques heures
: lorsqu’un réacteur nucléaire est fortement ralenti de manière rapide, il se produit un processus
appelé « empoisonnement xénon » qui empêche le redémarrage à pleine puissance dans les heures
qui suivent), elles doivent payer pour écouler leur électricité résiduelle, car on en a impérativement
besoin entre 17h00 le soir et 10h00 le matin, quand le photovoltaïque ne peut produire.
Comme ce n’est pas supportable financièrement, la logique voudrait que certaines de ces centrales
soient définitivement fermées. Mais, comme elles sont indispensables pour notre approvisionnement
en électricité, l’Etat les rémunère par le mécanisme de capacité. Ce mécanisme de capacité est un
dispositif qui a pour objectif de renforcer la sécurité d’approvisionnement en électricité. Le principe
est de donner un revenu supplémentaire aux producteurs d’électricité pour qu’ils maintiennent en
fonctionnement les centrales pilotables dont on a absolument besoin pour assurer la fourniture
d’électricité lorsque les ENR intermittentes ne produisent pas. Ainsi nous subventionnons un
développement désordonné des ENR qui ruine les centrales nucléaires pilotables et comme
nous ne pouvons nous passer de ces dernières, nous sommes obligés de les rémunérer, elles
aussi ! On leur donne un revenu en plus pour les maintenir en fonctionnement. Cela revient à
financer le poison et le contrepoison… Le coû t de cette rémunération de la sécurité
d’approvisionnement croit évidemment au fur et à mesure du développement des ENR, car moins
elles fonctionnent, plus il faut les rémunérer :
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Les prix négatifs de l’électricité peuvent sembler
une bonne affaire pour les consommateurs. Ce
n’est pas du tout le cas. Ils les payent. La
Commission de régulation de l’énergie (CRE)
évalue le coû t de production du parc nucléaire
existant d’EDF à 59 euros le mégawattheure : le
coû t de capacité représente d’ores et déjà une
taxe de 11 % que doit acquitter le
consommateur.
Le fait qu’il y ait des prix négatifs sur le marché de l’électricité indique tout simplement que le
développement anarchique des ENR intermittentes détruit de la richesse aux dépens des
consommateurs.
Si l’on adopte cette politique, on aboutira à une électricité plus chère même qu’en Allemagne,
parce qu’utiliser en France les centrales nucléaires comme secours des ENR est beaucoup plus
onéreux qu’utiliser des centrales à gaz
les consommateurs français vont « payer l’addition » des énergies renouvelables. Ils verront
leur facture plus que doubler.
Le fait qu’il y ait des prix négatifs sur le marché de l’électricité indique tout simplement que le
développement anarchique des ENR intermittentes détruit de la richesse aux dépens des
consommateurs.
Si l’on va jusqu’au bout de cette politique, on aboutira à une électricité plus chère qu’en
Allemagne parce qu’utiliser en France les centrales nucléaires comme secours des ENR est
beaucoup plus onéreux qu’utiliser des centrales à gaz comme en Allemagne, et en fait
impossible techniquement en dessous d’un taux d’utilisation de 30 %.
A contrario, plus on recourt au nucléaire, moins l’électricité sera chère. C’est ce qu’affirme RTE dans
son rapport « Futurs énergétiques 2050 » p 618 : « l’analyse en mix optimal confirme l’avantage
économique des scénarios avec le nouveau nucléaire même dans le cas où ceux-ci se comparent avec des
mix de production renouvelable totalement optimisés sur le plan économique » … « Le résultat se justifie
sur le plan économique du fait qu’il soit pilotable et qu’il permette ainsi de réduire le besoin de flexibilité
du système électrique européen interconnecté. »
L’intérêt de l’électricité nucléaire est désormais de plus en plus clairement perçu. Nous sommes
passés d’une situation dans laquelle on programmait de fermer de manière anticipée 14 réacteurs
nucléaires existants (Fessenheim en a fait les frais !) à la relance de la construction de nouvelles
centrales nucléaires. Une forme de rationalité reprend ses droits : le nucléaire est à la fois pilotable et
moins cher que les ENR qui, elles, sont intermittentes. A travers ce rapport on constate que l’adoption
de la politique électrique allemande doublerait les prix de l’électricité.
De ce fait, les défenseurs des intérêts des producteurs d’électricité renouvelable mettent en
avant un nouvel argument : la construction de nouvelles centrales nucléaires demandant
beaucoup de temps, il faut donc développer des productions d’électricité renouvelable
beaucoup plus rapides à installer.
Mais plutô t que de recourir à la mauvaise solution des ENR intermittentes, nous préconisons de
renouer avec l’efficacité et la rapidité d’exécution des années 70… Alors que les enjeux sont encore
plus importants qu’en 1974, puisque la disponibilité en électricité décarbonée conditionne la
transition climatique, comment peut-on accepter de tels délais de construction, si importants
qu’ils peuvent ébranler la confiance des Français dans nos institutions tant ils illustrent la
nouvelle impuissance publique qui règne dans notre pays ?
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La loi du 22 juin 2023 facilite les procédures administratives pour accélérer la construction de
nouveaux réacteurs de type EPR2, prévus sur des sites nucléaires existants, mais manifestement, elle
est insuffisante…
Nous proposons :
De nous inspirer de la loi olympique qui a permis de réaliser 64 ouvrages en cinq ans.
De mettre en place deux procédures uniques accélérées, l’une pour l’environnement, les règles de
d’aménagement et de construction, l’autre pour la sécurité et la sureté des installations
nucléaires.
De concrétiser le projet du gouvernement qui vise à répartir les compétences de l'Institut de
radioprotection et de sû reté nucléaire (IRSN), chargé de l'expertise de la sû reté nucléaire au sein
de trois institutions publiques : l'Autorité de sû reté nucléaire (ASN), en charge de la sû reté
nucléaire civile, la DSND son équivalent dans le monde militaire et le CEA chargé de la recherche.
La réunion des compétences techniques d'expertise de l'IRSN et avec celles de l’ASN, le gendarme
du nucléaire doit permettre d'éliminer les lourdeurs administratives lors de l'examen des
dossiers. Cela permettrait de mettre l'ASN au même niveau que le régulateur nucléaire aux Etats-
Unis.
De nommer un chef de projet « construction des nouveaux EPR » au sein de l’administration qui
aura la charge de trouver des solutions pour contracter les délais administratifs et
réglementaires.
De recourir à une alternative au financement envisagé des nouveaux EPR par les « contrats pour
différence » à travers un dispositif de soutien unique du développement des productions
d’électricité décarbonées quelle que soit leur nature (Eolien, photovoltaïque, nucléaire,
hydraulique...) par un crédit d’impôt à l’investissement pour la production d’électricité
décarbonée compris entre 20 et 30 %. Ce crédit d’impô t présente l’avantage :
d’être neutre technologiquement et d’inciter chaque technologie, photovoltaïque, éolien,
nucléaire à réaliser ses meilleurs efforts pour se valoriser au mieux sur le marché de
l’électricité, donc à produire quand les besoins sont présents. Ce remplacement des prix
d’achat garantis par une aide à l’investissement incitera les producteurs d’ENR intermittentes
à ne pas produire quand les prix de l’électricité sont négatifs et, au contraire, à développer
des moyens de stockage pour mieux valoriser leurs productions et être ainsi véritablement
utiles à la satisfaction des besoins en électricité des consommateurs français. Il s’agit pour
les ENR de passer d’une production « brute », fatale, à une production utile par le
couplage avec des moyens de stockage.
d’optimiser les investissements à consentir avec probablement beaucoup moins
d’investissements dans les réseaux électriques si le nucléaire fait valoir ses avantages.
d’être dans la ligne de dispositifs déjà utilisés par le ministère de l’Economie et des Finances
(CICE, CIR, Industries vertes).
d’être compatible avec les règles européennes de la concurrence car il ne désigne pas
une entreprise bénéficiaire en particulier. Ce dispositif permettrait de gagner les presque
2 ans d’instruction d’une demande d’aide d’état pour les contrats pour différence. Un tel délai,
s’il était perdu, augmenterait sensiblement les coû ts de production des premiers EPR.
d’être « paramétrable » au niveau du taux de crédit, et donc d’être actionné plus ou moins
intensément en fonction de l’évolution des besoins en électricité.
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Au total, ce dispositif permettra de faire émerger le mix énergétique décarboné le plus
compétitif pour le pays. Il entrainera probablement un plus grand développement du
nucléaire ce qui permettra d’économiser beaucoup sur le développement des réseaux et sur
les subventions aux ENR intermittentes.
Cette bataille des délais de construction est vitale pour pouvoir disposer rapidement des
volumes d’électricité décarbonée nécessaires à la transition climatique. C’est également le
facteur qui détermine le plus les coûts de production des nouvelles centrales nucléaires avec
le nombre de réacteurs construits. L’Agence internationale de l’énergie atomique évalue ainsi que
les coû ts financiers peuvent représenter plus de 50 % du coû t total du projet dans certains cas, selon
les délais de construction. Les coûts du nouveau nucléaire seront compris entre 70 et 140 Euros
par MW/h selon les hypothèses de nombres d’EPR construits (l’effet de série) et de délais de
construction.
La méthode de calcul et la clef de répartition de cet effort entre É tats restent à adopter. Pour la France
comme pour les autres pays, le principe est que la contribution nationale est calculée en fonction du
PIB, d’une contribution forfaitaire, du potentiel de développement des ENR sur le territoire national
et du niveau d’interconnexions avec les pays voisins. Avec ces modalités de répartition, le quota
d’ENR dévolu à la France serait incompatible avec une présence forte de nucléaire dans notre
mix énergétique.
Ce principe est d’autant plus capital que nous vivons une période historique révolutionnaire en
matière de technologies et que personne ne sait véritablement qu’elles sont les technologies qui
s’imposeront par leur efficacité. Alors, autant laisser la compétition s’installer entre les différentes
technologies.
Il faut donc reconfigurer la politique européenne sur ces principes en instaurant une concurrence
équitable entre les différentes énergies décarbonées. Il faut prendre en particulier acte que les ENR
sont des énergies matures, désormais dominantes sur le marché. Il n’a donc plus lieu de continuer à
les subventionner de manière préférentielle, d’autant plus qu’elles déclarent être moins chères et
qu’elles bénéficient d’un prix du CO2 désormais élevé.
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Ce prix élevé du CO2 poussera les producteurs d’électricité à recourir aux énergies les moins
carbonées les moins chères, ENR intermittentes et/ou nucléaire. En effet les productions d’électricité
à base de charbon seront pénalisées par une taxe de l’ordre 100 Euros/MWh soit 0,1 Euro/kWh.
Il ne faut donc pas supprimer le marché européen de l’électricité mais, au contraire, le remettre en
ordre de marche en traitant de manière égale toutes les productions d’électricité, c’est-à -dire en
supprimant les tarifs d’achat garantis. Il faut instaurer une concurrence équitable orientée par le
prix du carbone. Si aide il doit y avoir, elle ne peut se faire que par une aide à l’investissement
accessible à toutes les productions d’électricité décarbonée. Il faut bien sû r arrêter d’ériger en
objectifs les ENR. Elles ne sont qu’un moyen parmi d’autres de décarboner l’électricité.
8.2. Recourir le plus possible aux ENR thermiques pour le chauffage des locaux pour augmenter le «
bilan ENR » français
Pour atteindre l’objectif de 45 % d’ENR dans le mix énergétique imposé par l’Europe, il existe une
alternative au développement de ces coû teuses et inutiles productions ENR électriques
intermittentes (Photovoltaïque, éolien) : la pompe à chaleur étant considérée comme une ENR ( car
elle puise ses calories dans l’air ou dans l’eau), il est beaucoup plus utile, dans le contexte français, de
les développer pour le chauffage des locaux (avec les autres ENR thermiques réseaux de chauffage
urbain, géothermie, solaire thermique, bois).
Ces ENR thermiques apportent une réelle décarbonation en remplaçant du gaz ou du fuel dans le
chauffage des locaux alors que, dans le cas des ENR électriques, on ne décarbone pas, on gaspille
l’argent des consommateurs et des contribuables en substituant les ENR intermittentes plus chères à
une production nucléaire moins chère et on met en danger la sécurité d’approvisionnement
électrique du pays.
Ces gisements de décarbonation du chauffage des locaux représentent 278 TWh, 218 TWh dans le
résidentiel et 60 TWh dans le tertiaire soit 17 % d’une consommation énergétique totale du pays de
1676 TWh (chiffres CEREN).
Cette orientation figure dans le projet Stratégie française énergie-climat. Il faut également saluer le
plan du Gouvernement de développement de la production de PAC en France via un crédit d'impô t
permettant de subventionner les investissements du secteur à hauteur de 20 à 25 % qui va être
intégré dans le projet de loi de finances pour 2024. L'objectif est d'atteindre 2 milliards d'euros
d'investissements d'ici fin 2027, ce qui correspond à une dizaine d'usines nouvelles produisant des
PAC.
Il faut aller plus loin et être rationnel en réallouant les énormes soutiens financiers publics
dédiés aux ENR électriques intermittentes en faveur du développement de cette technologie :
le seul coût de raccordement des éoliennes marines de 50 milliards d’euros permettrait de
financer intégralement 3 millions de Pompes à Chaleur et ainsi de décarboner réellement nos
consommations d’énergie et procureraient aux consommateurs des économies sur leur
factures de chauffage.
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Nous proposons de :
10. Quels besoins en électricité pour décarboner les utilisations énergétiques du pays
au moindre coût ?
Ainsi, alors que la France consomme actuellement 1242 TWh d’énergie fossile (gaz 430 et pétrole
812) et 468 TWh d’électricité (chiffres 2021) :
Dans une hypothèse optimiste on peut considérer qu’un kWh d’électricité se substituera à 3 KWh
fossiles grâ ce au bond rendement des voitures électriques et à celui des PAC. Cette substitution
nécessitera alors 414 TWh de plus d’électricité par an (1241/3), soit une augmentation de 88 %
par rapport à la consommation actuelle.
Dans une hypothèse moyenne, on peut considérer qu’un kWh d’électricité ne se substituera qu’à
2,5 kWh fossiles. Cette substitution nécessitera alors 497 TWh de plus d’électricité par an
(1242/2,5), soit une augmentation de 106 % par rapport à la consommation actuelle.
Dans une hypothèse pessimiste, on peut considérer qu’un kWh d’électricité ne se substituera qu’à
2 kWh fossiles. Cette substitution nécessitera alors 621 TWh de plus d’électricité par an
(1242/2), soit une augmentation de 132 % par rapport à la consommation actuelle.
Cette modélisation simple monte bien que les actuelles trajectoires de production d’électricité sont
insuffisantes pour assurer la décarbonation du pays. Nous devons doubler notre production
d’électricité décarbonée.
RTE a déjà réévalué fortement à la hausse ses prévisions de demande d’électricité à l’horizon
2050 :
Nous estimons les besoins en électricité à 900 TWh en 2050 si l’on veut réellement décarboner notre
système énergétique. Les seuls projets actuels de production d’hydrogène représentent déjà une
augmentation de la consommation d’électricité de 10 %.
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11. Quel mix énergétique pour faire bénéficier les Français d’une électricité
décarbonée la moins chère possible ?
Les besoins en électricité décarbonée sont tellement grands (il faut doubler notre production
d’électricité à l’horizon 2050) qu’il y a de la place pour toutes les formes d’énergies. Mais si
l’on applique le principe de neutralité technologique, dans les conditions actuelles techniques
et économiques, la part du nucléaire dans le mix électrique de la France devrait à nouveau
atteindre 80%. Le mix se composerait donc de 80% de nucléaire, 7,5% d’hydraulique, 8% de fossiles
gaz ou charbon avec capture et séquestration du carbone, 4,5 % d’éolien et solaire.
Produire 80% de 900 TWh représente une production nucléaire de 720 TWh, soit un parc nucléaire
de 114 GW. Le niveau de capacités nucléaires à construire d’ici 2050 découlera des choix qui seront
faits en matière de durée de vie des réacteurs existants :
98 GW soit 49 réacteurs EPR2 pour une durée de vie de 60 ans des réacteurs existants ;
51 GW soit 31 réacteurs EPR2 pour une durée de vie de 70 ans des réacteurs existants ;
46 GW soit 28 réacteurs EPR2 pour une durée de vie de 80 ans des réacteurs existants.
Compte tenu de l’expérience américaine et compte tenu de la meilleure qualité des alliages des cuves
de nos réacteurs, le prolongement de la durée de vie du parc existant à 80 ans constitue la meilleure
option. Dans cette hypothèse, la construction de 28 réacteurs se situerait à niveau
sensiblement inférieur au premier programme nucléaire de 56 réacteurs : la moitié. Cet effort
de construction, somme toute modéré, permettrait de fournir toute l’électricité décarbonée dont a
besoin notre économie et la relance de notre industrie. Il permettrait de bénéficier d’un réel effet
de série permettant d’abaisser les coûts de production de l’électricité nucléaire. Le principal
enjeu réside dans l’accélération de la construction des nouveaux réacteurs pour renouer avec les
délais du premier programme : 5 ans.
Après le choc pétrolier de 1974, lancement du programme nucléaire. Les premières centrales
nucléaires entrent en production en 1980, soit 6 ans après la décision politique.
Suite à la guerre en Ukraine, relance du nucléaire en février 2022. Les premiers réacteurs
nucléaires n’entreront en fonctionnement au mieux qu’en 2037, soit 15 ans après la décision.
L’Etat doit retrouver son efficacité dans l’accompagnement et l’impulsion des grands projets
structurants pour le pays.
Quelle que soit la part du nucléaire ou des ENR intermittentes dans le mix électrique, leur capacité à
satisfaire les besoins en électricité des consommateurs nécessite le recours à une production
d’électricité de complément, mobilisable rapidement que seul le gaz peut offrir : c’est la production la
moins coû teuse en investissements et la plus facile à faire démarrer rapidement. Cette part du gaz
serait plus forte dans l’hypothèse d’un poids important des ENR intermittentes comme l’indique RTE
: « le besoin de construire de nouvelles centrales thermiques est important si la relance du nucléaire est
minimale et il devient massif – donc coûteux – si l’on tend vers 100% renouvelable ».
Or, les derniers gouvernements ont initié une politique électrique irrationnelle qui accélère le
développement de l’électricité renouvelable et, dans le même temps, ferme le parc de centrales
thermiques charbon qui pouvaient assurer le secours de la production intermittente éolienne et
photovoltaïque ainsi que les pointes de la demande que la production d’électricité nucléaire ne peut
assurer.
Le doublement de la production d’électricité nécessite de doubler la puissance des centrales à gaz
disponibles (passer de 10GW à 20 GW) pour faire face aux besoins de pointe. Cela nécessite d’investir
dans la capture et la séquestration du CO2 pour atteindre une production électrique totalement
décarbonée.
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Les installations de CSC (capture et stockage de carbone) constituent une nouvelle
infrastructure essentielle au même titre que les réseaux électriques, les gazoducs et oléoducs,
les autoroutes, les voies navigables, que les pouvoirs publics doivent planifier.
12. Comment faire profiter les consommateurs français et les entreprises de la « rente
nucléaire »
Tout d’abord, il est intéressant de constater qu’on ne parle jamais de « rente ENR », tout simplement
parce qu’elle n’existe pas...
Nous ne pensons pas que le Gouvernement ait opté pour la meilleure formule avec la mise en place
d'un système de taxation des profits d’EDF générés par la vente de la quasi-totalité de son électricité
nucléaire sur les marchés de gros, quand ces derniers dépassent certains seuils, avec reversement
aux consommateurs. Ce mécanisme est extrêmement complexe et donc génère une trop forte
incertitude pour que les industriels grands consommateurs d’énergie continuent à investir sur le
territoire français.
Par ailleurs, le maintien des tarifs réglementés aux ménages et leur extension aux très petites
entreprises, ne peut qu’inciter l’autorité de concurrence européenne à exiger des compensations
comme cela a été le cas dans le passé avec l’ARENH.
Cela nécessite de faire un rappel historique. Dans le cadre de la directive européenne de 1996
définissant les modalités du marché de l’électricité aux termes de laquelle chaque client final doit
pouvoir choisir son fournisseur, la France a commis l’erreur de vouloir maintenir les tarifs régulés de
vente de l’électricité (TRVE) en contradiction avec la règlementation européenne. En contrepartie de
quoi, l’administration française a proposé en 2009 qu’EDF cède une partie de sa production à
d’autres fournisseurs avec pour objectif d’amorcer une concurrence sur le marché de l’électricité en
France. En 2010, la loi NOME (Nouvelle Organisation du Marché de l’Electricité) introduit l’ARENH
(Accès Règlementé à l’Electricité Nucléaire Historique) : EDF doit vendre environ le quart de sa
production (100 TWh) au prix fixé de 42 €/MWh. Cela a créé un vrai/faux marché de l’électricité avec
l’émergence d’une multitude de revendeurs d’électricité qui ne font que revendre l’électricité que leur
fournit EDF sans investir dans des moyens de production.
La nationalisation d’EDF permet de reconfigurer totalement le système de tarifs et de prix en
assurant une maitrise des prix de l’électricité faits aux consommateurs français :
Les TRVE seraient remplacées par des offres de prix d’EDF compétitives indexées sur les coû ts de
production prévisionnels des nouveaux EPR en construction sur des durées de 3 ans pour les
consommateurs particuliers et les petites entreprises et sur des durées de 5 ans pour les
entreprises moyennes et grandes. Ce niveau assurerait la rentabilité des nouveaux
investissements d’EDF.
Pour les industriels dits électro-intensifs (acier, aluminium, chimie, batteries, gaz industriels,
papier…),pour lesquels l’approvisionnement électrique est un enjeu de compétitivité majeur
peuvent être proposés des approvisionnement à long terme (avec engagement d’achat sur 10
ans) accompagnés d’une prime fixe initiale (dite « avance en tête ») versée en début de contrat
qui correspond à un investissement de leur part dans les capacités de production d’ EDF et d’un
prix du KWh électrique fixe, payé au fur et à mesure de la livraison d’électricité (à l’instar du
contrat exeltium).
Les fournisseurs alternatifs resteraient totalement libres de concurrencer les offres d’EDF par
leur propre production ou en bénéficiant de ces contrats de fourniture sur 3 ans ou 5 ans ainsi
que des contrats à très long terme.
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EN RESUMÉ
La France doit arrêter le développement anarchique des E.N.R qui représentent un facteur
inflationniste important tant le rô le de l’électricité devient incontournable dans tous les secteurs de la
société. Nous le répétons : 80% de nucléaire, 7,5% d’hydraulique, 8% de fossiles gaz avec
séquestration de carbone, 4,5% d’éolien et solaire doit être le mix énergétique nous assurant une
décarbonation optimale et des prix de l’électricité stables et bon marché pour les prochaines
décennies.
Sous réserve que les directives de la Commission européenne sur la réforme du marché européen de
l’électricité, à la suite des délibérations du parlement et des accords entre E. Macron et O. Scholz du
10 octobre 2023 aient abouti aux mêmes orientations pour ce qui concerne l’organisation de la
production et la distribution de l’électricité en France.
Nous résumons les décisions qu’un gouvernement français devrait prendre le plus vite
possible pour préserver les consommateurs français et l’avenir d’une réindustrialisation
décarbonée pour les décennies du XXIe siècle.
Sortir de l’ARENH et arrêter le régime de financement des ENR intermittentes et non pilotables.
Prendre les dispositions pour la réalisation sous l’autorité d’EDF de 28 nouvelles centrales EPR2.
Les économies réalisées par le consommateur sur les investissements nécessaires pour le réseau
de raccordment des ENR intermittentes (en particulier marines) permettront de financer
largement le programme nucléaire.
Adapter la surveillance et la sureté de fonctionnement des centrales sur le modèle américain aux
fins de porter avec les autorités de sureté la durée de fonctionnement des centrales existantes à
80 ans.
Construire les centrales à gaz avec capture et séquestration de carbone en nombre suffisant pour
répondre aux pointes de consommation. Ce n’est pas très couteux et elles ne fonctionneraient
qu’en cas de besoin.
Avec ce programme nous serions armés pour l’électrification de notre économie, pour la
décarbonation de notre industrie à l’abri d’un blackout et robuste quel que soit la météo !
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