Guide - Art - 1 - Protocol 7 - FRE
Guide - Art - 1 - Protocol 7 - FRE
à la Convention européenne
des droits de l’homme
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© Conseil de l’Europe/Cour européenne des droits de l’homme, 2024.
Introduction................................................................................................... 5
IV. Exceptions............................................................................................. 20
A. Principes généraux.................................................................................................................... 20
B. Exemples ................................................................................................................................... 21
Avis au lecteur
Le présent guide fait partie de la série des Guides sur la jurisprudence publiée par la Cour européenne
des droits de l’homme (ci-après « la Cour », « la Cour européenne » ou « la Cour de Strasbourg »),
dans le but d’informer les praticiens du droit sur les arrêts et décisions fondamentaux rendus par celle-
ci. En l’occurrence, ce guide analyse et résume la jurisprudence relative à l’article 1 du Protocole No 7
de la Convention européenne des droits de l’homme (ci-après « la Convention » ou « la Convention
européenne »). Le lecteur y trouvera les principes-clés élaborés en la matière ainsi que les précédents
pertinents.
La jurisprudence citée a été choisie parmi les arrêts et décisions de principe, importants, et/ou
récents*.
Les arrêts et décisions de la Cour tranchent non seulement les affaires dont elle est saisie, mais servent
aussi plus largement à clarifier, sauvegarder et développer les normes de la Convention ; ils
contribuent ainsi au respect, par les États, des engagements qu’ils ont pris en leur qualité de Parties
contractantes (Irlande c. Royaume-Uni, 18 janvier 1978, § 154, série A no 25 ; Jeronovičs c. Lettonie
[GC], no 44898/10, § 109, CEDH 2016).
Le système mis en place par la Convention a ainsi pour finalité de trancher, dans l’intérêt général, des
questions qui relèvent de l’ordre public, en élevant les normes de protection des droits de l’homme
et en élargissant la jurisprudence dans ce domaine à l’ensemble de la communauté des États parties
à la Convention (Konstantin Markine c. Russie [GC], no 30078/06, § 89, CEDH 2012). En effet, la Cour a
souligné le rôle de la Convention en tant qu’« instrument constitutionnel de l’ordre public européen
» dans le domaine des droits de l’homme (Bosphorus Hava Yolları Turizm ve Ticaret Anonim Şirketi
c. Irlande [GC], no 45036/98, § 156, CEDH 2005-VI, et plus récemment, N.D. et N.T. c. Espagne [GC], nos
8675/15 et 8697/15, § 110, 13 février 2020).
Le Protocole no 15 à la Convention a récemment inscrit le principe de subsidiarité dans le préambule
de la Convention. En vertu de ce principe, « la responsabilité de la protection des droits de l’homme
est partagée entre les États parties et la Cour », et les autorités et juridictions nationales doivent
interpréter et appliquer le droit interne d’une manière qui donne plein effet aux droits et libertés
définis dans la Convention et ses Protocoles (Grzęda c. Pologne [GC], § 324).
Ce guide comporte la référence des mots-clés pour chaque article cité de la Convention ou de ses
Protocoles additionnels. Les questions juridiques traitées dans chaque affaire sont synthétisées dans
une Liste de mots-clés, provenant d’un thésaurus qui contient des termes directement extraits (pour
la plupart) du texte de la Convention et de ses Protocoles.
La base de données HUDOC de la jurisprudence de la Cour permet de rechercher par mots-clés. Ainsi
la recherche avec ces mots-clés vous permettra de trouver un groupe de documents avec un contenu
juridique similaire (le raisonnement et les conclusions de la Cour de chaque affaire sont résumés par
des mots-clés). Les mots-clés pour chaque affaire sont disponibles dans la Fiche détaillée du
document. Vous trouverez toutes les explications nécessaires dans le manuel d’utilisation HUDOC.
* La jurisprudence citée peut être dans l’une et/ou l’autre des deux langues officielles (français et anglais) de la
Cour et de la Commission européennes des droits de l’homme. Sauf mention particulière indiquée après le nom
de l’affaire, la référence citée est celle d’un arrêt sur le fond rendu par une chambre de la Cour. La mention
« (déc.) » renvoie à une décision de la Cour et la mention « [GC] » signifie que l’affaire a été examinée par la
Grande Chambre. Les arrêts de chambre non-définitifs à la date de la publication de cette mise à jour sont
signalés par un astérisque (*).
Introduction
1. Le Protocole no 7 à la Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés
fondamentales, adopté le 22 novembre 1984, est entré en vigueur le 1er novembre 19881.
2. Le Protocole en question reconnaît certains droits non encore garantis ni par la Convention
européenne ni par ses Protocoles antérieurs : le droit à des garanties procédurales en cas d’expulsion
d’un étranger du territoire d’un État (article 1), le droit d’un condamné à un réexamen de la
condamnation ou de la peine par une juridiction supérieure (article 2) , le droit à une indemnisation
en cas d’erreur judiciaire (article 3), le droit à ne pas être poursuivi ou condamné pénalement, en
raison d’une infraction pour laquelle la personne a déjà été acquittée ou condamnée ("ne bis in idem")
(article 4) et, enfin, l’égalité de droits et de responsabilités des époux (article 5).
3. L’article 1 du Protocole no 7 est libellé comme suit :
1
Le Protocole a été ratifié par 44 États membres du Conseil de l’Europe.
droit pour un étranger d’entrer ou de résider dans un pays particulier (Muhammad et Muhammad
c. Roumanie [GC], 2020, § 114 ; Ilias et Ahmed c. Hongrie [GC], 2019, § 125 ; et De Souza Ribeiro
c. France [GC], 2012, § 77)
9. D’après le rapport explicatif relatif au Protocole no 7, en adoptant l’article 1 du Protocole no 7, les
États ont consenti à des garanties procédurales « minimales » en cas d’expulsion (Muhammad et
Muhammad c. Roumanie [GC], 2020, § 117). Cela permet de leur assurer une protection dans les cas
qui ne sont pas couverts par d’autres instruments internationaux et d’introduire cette protection dans
le système de contrôle prévu par la Convention (voir le point 7 du rapport explicatif).
10. Dans l’affaire Maaouia c. France [GC], 2000, §§ 36-40, la Cour a estimé qu’en adoptant l’article 1
du Protocole no 7 contenant des garanties spécifiques aux procédures d’expulsion d’étrangers, « les
États ont clairement marqué leur volonté de ne pas inclure ces procédures dans le champ d’application
de l’article 6 § 1 de la Convention » (droit à un procès équitable2). Elle a donc confirmé que les
décisions relatives à l’entrée, au séjour et à l’éloignement des étrangers n’emportent pas contestation
sur des droits ou obligations de caractère civil de l’intéressé ni n’ont trait au bien-fondé d’une
accusation en matière pénale dirigée contre lui, au sens de l’article 6 § 1 de la Convention.
11. Toutefois, la Cour a souligné qu’en cas d’expulsion, les garanties spécifiques prévues par l’article 1
du Protocole no 7 dont bénéficient les étrangers s’ajoutent à la protection qui leur est offerte
notamment par les articles 3 et 8 de la Convention combinés avec l’article 13 (Lupsa c. Roumanie,
2006, § 51 ; Baltaji c. Bulgarie, 2011, § 54). Plus de détails concernant la protection procédurale
offerte par d’autres articles de la Convention peuvent être trouvés dans le Guide sur l’article 8 de la
Convention et dans le Guide sur l’Immigration.
12. Enfin, dans le contexte de l’article 1 du Protocole no 7, la Cour a tenu compte de ce que l’objet et
le but de la Convention, instrument de protection des droits de l’homme, appellent à comprendre et
à appliquer ses dispositions d’une manière qui en rend les exigences concrètes et effectives, et non
théoriques et illusoires (Muhammad et Muhammad c. Roumanie [GC], 2020, § 122 ; Takus c. Grèce,
2012, § 63 ; et Geleri c. Roumanie, 2011, § 48). Il s’agit là d’un principe général d’interprétation de
l’ensemble des dispositions de la Convention et de ses Protocoles (Muhammad et Muhammad
c. Roumanie [GC], 2020, § 122).
I. Conditions d’applicabilité
Article 1 § 1 du Protocole no 7
« 1. Un étranger résidant régulièrement sur le territoire d’un État (...) »
Mots-clés HUDOC
Résidant régulièrement (P7-1-1) – Expulsion d’un étranger (P7-1-1)
2
Pour le champ d’application de l’article 6 § 1, voir les Guides sur l’article 6 de la Convention (le volet pénal et
le volet civil), disponibles sur la plateforme ECHR-KS de la Cour.
c. Roumanie [GC], 2020, § 91 ; Géorgie c. Russie (I) [GC], 2014, § 228 et Sejdovic et Sulejmanovic
c. Italie (déc.), 2002).
14. L’article 1 du Protocole no 7 ne s’applique qu’aux personnes physiques et non pas, par exemple,
aux organisations internationales (O.I.J. c. République tchèque (déc.), 1999 ; et F.S.M. c. la République
tchèque (déc.), 1999).
15. En ce qui concerne la notion de « résidence », le protocole explicatif indique que « Le mot résidant
tend à exclure l’application de cet article à l’étranger qui est arrivé dans un port ou tout autre point
d’entrée mais n’est pas encore passé par le contrôle d’immigration, et à l’étranger qui a été admis sur
le territoire d’un État uniquement en transit ou, comme non résident, pour une période limitée. Cette
période couvre aussi celle qui précède la décision sur une demande de permis de séjour » (voir le point
9 du rapport explicatif).
16. La Cour a confirmé la définition de la notion de « résidant » telle que définie dans le rapport
explicatif (Yildirim c. Roumanie (déc.), 2007 ; S.C. c. Roumanie, 2015, § 83).
17. La Cour a eu l’occasion d’apporter des précisions sur la signification de la notion de « résidence »
dans l’affaire Nolan et K. c. Russie, 2009. Dans cette affaire, la Cour a indiqué d’une part, que la notion
de « résidence » est plus large que celle de la simple « présence physique » sur le territoire d’un État
et, d’autre part, que le mot « résident » exclut les étrangers qui n’ont pas été admis sur le territoire
de l’État ou qui n’y ont été admis qu’à des fins non résidentielles. En outre, la Cour a ajouté que la
notion de « résidence » s’apparente au concept autonome de « domicile » développé au titre de
l’article 8 de la Convention, en ce sens que les deux ne se limitent pas à la présence physique mais
dépendent de l’existence de liens suffisants et continus avec un lieu déterminé3. Ainsi, il a été
considéré qu’un étranger, après avoir été admise à des fins résidentielles et avoir établi sa résidence
dans un État donné, ne cesse d’être un « résident » chaque fois qu’il se rende à l’étranger (ibidem,
§ 111).
18. En ce qui concerne la notion de « régulièrement », le rapport explicatif indique que « le mot
régulièrement fait référence à la législation nationale de l’État en question. Il appartient donc à cette
législation de déterminer les conditions qu’une personne doit remplir pour que sa présence sur le
territoire soit considérée comme étant « régulière ». Cette disposition s’applique non seulement à
l’étranger qui est entré régulièrement sur le territoire, mais aussi à celui qui est entré irrégulièrement
et dont la situation a été régularisée par la suite. Par contre, l’étranger dont l’entrée et le séjour ont
été soumis à certaines conditions, par exemple une durée déterminée, et qui ne remplit plus ces
conditions, ne peut pas être considéré comme se trouvant « régulièrement » sur le territoire de l’État »
(voir le point 9 du rapport explicatif).
19. La Cour a affirmé dans sa jurisprudence que la « résidence, afin d’être régulière, doit être
conforme à la législation de l’État en question » (Yildirim c. Roumanie (déc.), 2007 ; voir également
Sultani c. France, 2007, § 88) ; Bolat c. Russie, 2006, § 76). C’est donc au droit interne de déterminer
les conditions qui doivent être remplies pour que la présence d’une personne sur le territoire soit
considérée comme légale (Sharma c. Lettonie, 2016, § 73).
20. La Cour a considéré que l’étranger ne résidait pas régulièrement sur le territoire d’un pays lorsque
qu’il ne peut se prévaloir d’un titre de séjour valide (Sejdovic et Sulejmanovic c. Italie (déc.), 2002, et
Sulejmanovic et Sultanovic c. Italie (déc.), 2002), dès lors que sa demande de bénéficier du statut de
3. Sur la notion de « domicile » voir Prokopovitch c. Russie, no 58255/00, § 36, CEDH 2004-XI (extraits) : « La Cour rappelle
que, selon sa jurisprudence et celle de la Commission, la notion de « domicile » au sens de l’article 8 ne se limite pas au
domicile légalement occupé ou établi, mais qu’il s’agit d’un concept autonome qui ne dépend pas d’une qualification en droit
interne. La question de savoir si une habitation particulière constitue un « domicile » relevant de la protection de l’article 8
§ 1 dépendra des circonstances factuelles, notamment de l’existence de liens suffisants et continus avec un lieu déterminé
(Buckley c. Royaume-Uni, arrêt du 25 septembre 1996, Recueil des arrêts et décisions 1996-IV, pp. 1287-1288, §§ 52-54, et
avis de la Commission, pp. 1308-1309, § 63, Gillow c. Royaume-Uni, arrêt du 24 novembre 1986, série A n° 109, p. 19, § 46,
Wiggins c. Royaume-Uni, n° 7456/76, décision de la Commission du 8 février 1978, Décisions et rapports 13, p. 40»
réfugié politique a été définitivement refusée (S.T. c. France, 1993, décision de la Commission) ou
lorsque, après l’expiration d’un visa provisoire, il est resté dans le pays concerné en attendant l’issue
de la procédure engagée en vue d’obtenir un permis de séjour ou un statut de réfugié (Voulfovitch et
Oulianova c. Suède, décision de la Commission, 1993) ou en attendant que sa demande d’asile soit
examinée (S.C. c. Roumanie, 2015, § 84-85, et N.M. c. Roumanie, 2015, § 104-105). Il en va de même
pour l’étranger qui a bénéficié d’un titre de séjour valide jusqu’à une certaine date mais qui, après
l’expiration de la validité de son titre, n’a pas fait de démarches pour sa prolongation (Yildirim
c. Roumanie (déc.), 2007) et pour l’étranger dont le titre de séjour a été révoqué et qui fait l’objet
d’une interdiction du territoire (Karimi c. Roumanie (déc.), 2020, § 57).
21. Encore et plus généralement, l’étranger qui n’a jamais obtenu un permis de séjour ne peut pas se
prévaloir de l’article 1 du protocole no 7 (A.M. et autres c. Suède (déc.), 2009). Enfin, l’étranger, entré
illégalement dans un pays avec un visa faux, n’est forcément pas régulièrement résident (T.A. c. Suède,
décision de la Commission, 1994).
22. En revanche, il est régulièrement résident l’étranger titulaire d’un titre de séjour valable au
moment de son expulsion (Nowak c. Ukraine, 2011, § 80) et l’étranger ayant le droit de séjourner sur
le territoire de l’État défendeur en vertu du droit interne en tant que sollicitant du statut de réfugié
(Ahmed c. Roumanie, 2010, § 46). Le fait que l’autorité nationale compétente révoque un permit de
séjour à un étranger n’empêche pas de considérer ce dernier comme « résidant régulièrement » si, au
moment de l’expulsion, la décision en question est suspendue dans l’attente du contrôle de légalité
de la mesure par un tribunal interne (Bolat c. Russie, 2006, § 78).
23. En principe, si la condition de la résidence régulière n’est pas remplie, l’article 1 du Protocole no 7
ne trouve pas à s’appliquer et la Cour déclare le grief irrecevable pour incompatibilité ratione materiae
avec les dispositions de la Convention, au sens de l’article 35 § 3 de celle-ci (Sulejmanovic et Sultanovic
c. Italie (déc.), 2002 ; Yildirim c. Roumanie (déc.), 2007 ; S.C. c. Roumanie, 2015, § 86).
B. Expulsion
24. La Cour a constamment rappelé que les Hautes Parties contractantes disposent d’un pouvoir
discrétionnaire pour décider d’expulser un étranger présent sur leur territoire, mais que ce pouvoir
doit être exercé de manière à ne pas porter atteinte aux droits que la Convention garantit à la
personne concernée (Bolat c. Russie, 2006, § 81, et Nowak c. Ukraine, 2011, § 81).
25. La Cour européenne des droits de l’homme a clairement affirmé que la notion d’« expulsion » est
une « notion autonome, indépendante de toute définition dans les législations internes » et que à «
l’exception de l’extradition, toute mesure contraignant un étranger à quitter le territoire sur lequel il
séjournait régulièrement constitue une « expulsion » aux fins de l’article 1 du Protocole no 7 » (Bolat
c. Russie, 2006, § 79 ; Nolan et K. c. Russie, 2009, § 112 ; voir aussi le point 10 du rapport explicatif)).
26. La Cour qualifie ainsi comme expulsion l’éloignement du requérant de son domicile et son
embarquement à bord d’un appareil en partance pour un autre État (Bolat c. Russie, 2006, § 79). De
même, une décision interdisant au requérant le retour dans l’État défendeur suite à sa prochaine
sortie du pays rendant ainsi définitif le départ du demandeur s’analyse en une expulsion (Nolan et K.
c. Russie, 2009, § 112).
27. En revanche, dans l’affaire Yildirim c. Roumanie (déc.), 2007, la Cour a noté que, dans la mesure
où le requérant ne résidait pas sur le territoire roumain, l’intéressé s’est vu refuser le droit d’entrer
sur le territoire et non pas appliquer une décision d’expulsion. Dans l’affaire Davies et autres
c. Roumanie (déc.), 2003, la Cour a considéré que le premier requérant n’a nullement fait l’objet d’une
procédure d’expulsion, mais qu’il s’est simplement vu retirer temporairement, pour des raisons
d’ordre public, son droit d’accès et de séjour sur le territoire roumain. Dans cette dernière affaire,
après avoir noté qu’il n’y avait pas expulsion, la Cour a déclaré le grief du requérant tiré de l’article 1
du Protocole no 7 incompatible ratione materiae.
28. L’article 1 du Protocole no 7 est-il applicable si l’ordre d’expulsion n’a pas été exécuté ? La Cour a
répondu à cette question dans l’affaire Ljatifi c. l’ex-République yougoslave de Macédoine, 2018,
§§ 21-23. La requête a été introduite par une ressortissante serbe résidant depuis l’âge de huit ans
dans le pays défendeur où elle avait obtenu un permis de séjour renouvelé jusqu’en 2014, date à
laquelle le ministère de l’Intérieur mit fin à son droit d’asile. Une décision d’expulsion a alors été
prononcée à son encontre au motif qu’elle représentait un risque pour la sécurité nationale. La
requérante a saisi la Cour d’une requête le 1er avril 2016 alléguant que la procédure dans le cadre de
laquelle il lui avait été ordonné de quitter le territoire de « L’ex-République yougoslave de Macédoine
» ne présentait pas les garanties procédurales minimales. En particulier, elle se plaignait de ne pas
avoir vu ni pu contester les preuves produites contre elle. La Cour a décidé d’examiner ce grief sous
l’angle de l’article 1 du Protocole no 74.
29. Sur le point de savoir si l’article 1er Protocole no 7 était applicable même si l’expulsion n’a pas eu
lieu, la Cour a réalisé un examen des conséquences pratiques de l’existence de la décision d’expulsion :
elle a ainsi relevé que la décision d’expulsion mettait fin à la base légale de la résidence de l’intéressée
dans le pays et contenait un ordre explicit de quitter le pays dans le délai imparti (§ 22). La Cour a pris
en compte également que la décision d’expulsion n’avait pas été révoquée ou invalidée et que les
autorités nationales n’avaient pas suspendu son exécution ni autorisé la requérante à rester sur le
territoire de l’État défendeur (voir, à l’inverse, Saeed c. Danemark (déc.), 2014, § 7). En outre,
l’exécution de cette décision n’aurait été soumise à aucune autre exigence de forme. Pour ces raisons
la requérante risquait à tout moment d’être expulsée. La Cour a considéré que, le fait pour la
requérante d’obtenir une permission unique de quitter et de retourner dans l’État défendeur et
l’absence d’exécution de la décision d’expulsion ne suffisaient pas pour conclure que ladite décision
n’était plus en vigueur ou qu’elle ne pouvait pas entraîner l’expulsion de l’intéressée. En outre, le fait
que la requérante continuait à rester sur le territoire de l’État défendeur reposait sur la discrétion des
autorités nationales et ne se fondait sur aucune disposition légale (Ljatifi c. l’ex-République yougoslave
de Macédoine, 2018, § 22).
30. Dans de telles circonstances, la Cour a conclu que la décision du ministère de l’Intérieur ordonnant
à la requérante de quitter l’État défendeur devait être considérée, à toutes fins utiles, comme une
mesure d’expulsion prise à son encontre, qui rendait l’article 1 du Protocole n o 7 à la Convention
applicable (§ 23).
Mots-clés HUDOC
Prévue par la loi (P7-1-1) – Accessibilité (P7-1-1) – Prévisibilité (P7-1-1) – Garanties contre les abus
(P7-1-1)
4. La Cour européenne des droits de l’homme est maîtresse de la qualification juridique des faits de la cause (voir Radomilja
et autres c. Croatie [GC], no 37685/10, § 126, 20 mars 2018 ; Söderman c. Suède [GC], n° 5786/08, § 57, CEDH 2013 et Moretti
et Benedetti c. Italie, n° 16318/07, § 27, 27 avril 2010).
A. Principes généraux
31. Une première garantie fondamentale énoncée à l’article 1 § 1 du Protocole no 7 prévoit que
l’étranger concerné ne peut être expulsé qu’« en exécution d’une décision prise conformément à la
loi » (Muhammad et Muhammad c. Roumanie [GC], 2020, § 118). Cette notion revêt un sens similaire
partout où elle est employée dans la Convention et ses Protocoles (ibidem).
32. Le mot « loi » désigne « la loi nationale de l’État en question. La décision doit donc être prise par
l’autorité compétente conformément aux dispositions du droit matériel et aux règles de procédure
applicables » (Bolat c. Russie, 2006, § 81).
33. Il a été toutefois précisé que le renvoi à la « loi » concerne non seulement l’existence d’une base
en droit interne, mais a trait aussi à la qualité de la loi ce qui suppose l’accessibilité et la prévisibilité
de celle-ci, ainsi qu’une certaine protection contre les atteintes arbitraires de la puissance publique
aux droits garantis par la Convention (Muhammad et Muhammad c. Roumanie [GC], 2020, § 118 ;
Baltaji c. Bulgarie, 2011, § 55 ; Ahmed c. Roumanie, 2010, § 52 ; Kaya c. Roumanie, 2006, § 55 ; Lupsa
c. Roumanie, 2006, § 55). Cela vaut également pour les articles de la Convention qui renferment des
garanties procédurales, comme le fait l’article 1 du Protocole no 7, car il est de jurisprudence constante
que la prééminence du droit, expressément mentionnée dans le préambule de la Convention, est
inhérente à tous les articles de la Convention (Muhammad et Muhammad c. Roumanie [GC], 2020,
§ 118). Cela implique que, bien qu’une expulsion puisse être effectuée en exécution d’une décision
prise conformément à la loi, si cette dernière ne répond pas aux exigences de la Convention il y a
violation de l’article 1er du Protocole no 7.
34. Aucune exception à cette règle ne peut être faite (Sharma c. Lettonie, 2016, § 80, et Bolat
c. Russie, 2006, § 81).
35. Dans le contexte de l’expulsion pour des raisons liées à la sécurité nationale, il a été précisé que
compte tenu de la particularité de ce contexte et du fait que les menaces à la sécurité nationale
peuvent varier et peuvent être imprévisibles ou difficiles à définir à l’avance (voir, mutatis mutandis,
C.G. et autres c. Bulgarie, 2008, § 40), l’exigence de prévisibilité de la loi ne va pas jusqu’à obliger les
États à adopter des dispositions énumérant en détail tous les comportements susceptible de conduire
à la décision d’expulser un individu pour des raisons de sécurité nationale (Ljatifi c. l’ex-République
yougoslave de Macédoine, 2018, § 35).
B. Exemples
36. Dans l’affaire Bolat c. Russie, 2006, la Cour a constaté qu’il n’y avait eu aucune décision prise
« conformément à la loi » en raison du fait qu’aucune décision judiciaire ordonnant l’expulsion du
requérant n’avait été prise, décision que la législation de l’État défendeur exigeait pour qu’un étranger
puisse être expulsé (§§ 81-82).
37. Dans l’affaire Sheveli et Shengelaya c. Azerbaïdjan, 2020, la Cour a constaté l’absence de toute
base légale dans la mesure où le Gouvernement n’a fait état d’aucune disposition légale nationale
permettant l’expulsion d’une personne en l’absence d’une décision judiciaire exécutoire (§§ 45-46).
38. Dans l’affaire Sharma c. Lettonie, 2016, concernant l’expulsion d’un ressortissant indien de
Lettonie, la loi nationale prévoyait qu’un acte administratif prenait normalement effet lorsqu’il était
notifié au destinataire. Toutefois, l’introduction d’un recours devant une autorité hiérarchiquement
supérieure aurait suspendu l’exécution de l’acte en question, sauf si les conditions d’exécution
urgente d’un acte administratif avaient été définies dans une lex specialis ou dans la décision
contestée. En l’espèce, la décision initiale d’expulsion du requérant avait été adoptée le 13 juin 2005
et était entrée en vigueur le même jour où celle-ci a été notifiée à l’intéressé. Le lendemain, le
requérant déposa un recours hiérarchique qui suspendait en principe l’exécution de la décision
d’expulsion initiale jusqu’à la prise d’effet de la décision rendue à la suite de son recours hiérarchique.
Les autorités internes n’invoquaient aucun motif justifiant une expulsion en urgence. Lors du recours,
tranché le 11 juillet 2005, il fut indiqué que la décision avait pris effet dès sa notification au requérant.
Le 12 juillet 2005, le requérant fut expulsé sans que la décision d’expulsion lui soit notifiée. Selon la
Cour, l’expulsion du requérant reposait sur une décision qui n’était pas encore devenue définitive, ce
qui a entraîné le non-respect de la procédure prévue par la loi nationale et par cela la non-conformité
à la loi.
39. Dans l’affaire Ahmed c. Roumanie, 2010, § 53-55, le Cour a considéré que la loi roumaine n’offrait
pas des garanties suffisantes minimales contre l’arbitraire des autorités et qu’elle ne satisfaisait pas à
la condition de prévisibilité, étant donné que les autorités n’avaient pas fourni aux requérants le
moindre indice concernant les faits qui leur étaient reprochées et, d’autre part, que le parquet ne leur
avait pas communiqué les ordonnances prises à leur encontre en temps utile (voir aussi dans le même
sens Kaya c. Roumanie, 2006, § 57, et Lupsa c. Roumanie, 2006, § 57).
40. Dans l’affaire C.G. et autres c. Bulgarie, 2008, § 73, après avoir noté que l’expulsion du premier
requérant n’avait pas été prononcée conformément à la loi au sens du paragraphe 2 de l’article 8 de
la Convention (« prévue par la loi ») et après avoir constaté que cette expression revêt le même sens
partout où elle est employée dans la Convention et ses Protocoles5, la Cour a conclu que l’expulsion
ne répondait pas à la condition de légalité posée au paragraphe 1 de l’article 1 du Protocole no 7 (voir
aussi en ce sens Lupsa c. Roumanie, 2006, § 57, Baltaji c. Bulgarie, 2011, § 56, Geleri c. Roumanie,
2011, § 45).
41. Dans certaines affaires, la Cour a examiné non seulement la qualité de la loi interne, mais aussi le
respect des garanties énumérées au paragraphe 1 de l’article 1 du Protocole no 7 (voir, par exemple,
Lupsa c. Roumanie, 2006, §§ 58-60, C.G. et autres c. Bulgarie, 2008, § 74, Geleri c. Roumanie, 2011,
§§ 46-47).
42. L’affaire Corley et autres c. Russie, 2021, §§ 53-64, concerne principalement le départ forcé des
requérants de Russie avant de pouvoir exercer leurs droits procéduraux prévus par la loi. La Cour a
jugé que les autorités nationales ont délibérément créé une situation dans laquelle les requérants
n’ont pas pu bénéficier d’une possibilité réaliste d’exercer leurs droits procéduraux prévus par la loi
avant leur expulsion. Elle a pris en compte plus particulièrement l’examen inhabituellement rapide de
l’affaire par les autorités et le fait que l’un des requérants a été contraint de signer une renonciation
illicite à son droit de recours, en échange de sa libération (ibidem, § 63).
Mots-clés HUDOC
Contester l’expulsion (P7-1-1) – Réexamen de la décision d’expulsion (P7-1-1) – Autorité compétente
(P7-1-1) – Être représenté (P7-1-1)
5 La Cour considère les expressions « prévu par la loi » et « conformément à la loi » comme ayant une signification similaire
(voir : Malone c. Royaume-Uni, 2 août 1984, § 66, série A no 82 ; voir aussi en ce sens Mihalache c. Roumanie [GC],
no 54012/10, § 112, 8 juillet 2019).
43. Outre la condition de légalité, l’article 1 § 1 du Protocole no 7 prévoit des garanties procédurales
spécifiques. Ainsi, l’étranger doive pouvoir :
a. faire valoir les raisons qui militent contre son expulsion,
b. faire examiner son cas, et
c. se faire représenter à ces fins devant l’autorité compétente ou une ou plusieurs personnes
désignées par cette autorité.
44. Afin de vérifier si ces garanties étaient accordées dans les affaires portées devant elle, la Cour a
tenu compte des différentes circonstances factuelles, sans toujours préciser en particulier l’une ou
l’autre des garanties énumérées au premier paragraphe de l’article 1 du Protocole no 7 ou en faisant
une appréciation globale de celles-ci. Toutefois, certains éléments ressortent de la jurisprudence de
la Cour qui permet d’apprécier la portée de ces droits.
56 ; Kaushal et autres c. Bulgarie, 2010, §§ 30 et 48 ; Baltaji c. Bulgarie, 2011, § 58, et Ljatifi c. l’ex-
République yougoslave de Macédoine, 2018, §§ 36 à 39).
49. Dans l’affaire Muhammad et Muhammad c. Roumanie [GC], la Cour a examiné si des étrangers
expulsés pour des raisons de sécurité nationale pouvaient revendiquer en vertu de l’article 1 § 1 du
Protocole no 7 le droit d’être informés des raisons factuelles de leur expulsion et celui d’avoir accès
aux documents versés au dossier fondant la demande d’expulsion. Après avoir noté que ces droits
n’étaient pas expressément mentionnés dans le texte de l’article 1 du Protocole no 7, en gardant à
l’esprit le principe d’effectivité des droits, la Cour a apporté des clarifications par rapport à sa
jurisprudence antérieure. Ainsi, la Cour a jugé que « un étranger ne peut pas utilement contester les
allégations des autorités selon lesquelles la sécurité nationale est en cause ni faire raisonnablement
valoir les raisons qui militent contre son expulsion sans connaître les éléments factuels pertinents qui
ont conduit les autorités internes à considérer que l’intéressé met en danger la sécurité nationale »
(Muhammad et Muhammad c. Roumanie [GC], 2020, § 126). S’agissant de l’accès aux pièces du
dossier, la Cour a jugé que l’article 1 du Protocole no 7 garantit à l’étranger concerné « le droit d’être
informé, de préférence par écrit et en tout état de cause d’une manière telle qu’il puisse se défendre
de façon effective, du contenu des documents et des informations sur lesquels s’est fondé l’autorité
nationale compétente pour décider de l’expulsion, sans préjudice de la possibilité d’apporter, si
nécessaire des restrictions dûment justifiées quant à ce type d’information » (Muhammad et
Muhammad c. Roumanie [GC], 2020, § 128).
50. L’article 1 § 1 a) du Protocole no 7 garantit donc aux étrangers les droits d’être informés des
raisons de leur expulsion et celui d’avoir accès aux documents versés au dossier fondant la demande
d’expulsion mais avec une portée limitée : les seuls droits que peuvent revendiquer les étrangers sont
le droit d’être informé des éléments factuels pertinents qui ont conduit l’autorité nationale
compétente à considérer qu’ils représentaient une menace pour la sécurité nationale et le droit
d’accès au contenu des documents et des informations du dossier de l’affaire sur lesquels ladite
autorité s’est fondée pour décider de l’expulsion (Muhammad et Muhammad c. Roumanie [GC], 2020,
§ 129 ; à comparer, par exemple, avec les exigences de l’article 6 de la Convention qui garantit à la
personne accusée le droit d’être informée de la nature et de la cause de l’accusation portée contre
elle et le droit d’accès à l’intégralité des pièces du dossier – voir, pour plus de détails sur ce dernier
point, le Guide sur l’article 6 (volet pénal) ; à comparer aussi avec les exigences de l’article 8 de la
Convention selon lesquelles, dans les affaires d’expulsion d’étrangers pour des motifs de sécurité
nationale, la garantie d’un recours effectif n’allait pas jusqu’à exiger la communication des
informations classées à la personne concernée S.L. c. Roumanie (déc.), 2022, §§ 42-43).
difficultés causées par ces limitations à l’étranger concerné ont été suffisamment contrebalancées par
des facteurs compensateurs (Muhammad et Muhammad c. Roumanie [GC], 2020, §§ 133 et 137).
53. Le fait que les autorités nationales n’aient pas examiné ou qu’elles aient insuffisamment examiné
et justifié la nécessité des restrictions apportées aux droits procéduraux des étrangers ne suffit pas, à
lui seul, à emporter violation de l’article 1 § 1 a) du Protocole no 7. En tout état de cause, la Cour
recherchera si des facteurs compensateurs ont été mis en place (ibidem, § 144). Seule l’intensité du
contrôle opéré par la Cour diffère : moins les autorités nationales seront rigoureuses dans l’examen
de la nécessité d’apporter des restrictions aux droits procéduraux des étrangers, plus le contrôle par
la Cour des éléments compensateurs mis en place pour contrebalancer la limitation des droits en
cause devra être strict (ibidem, § 145).
54. La Cour a aussi noté que dans son appréciation, elle sera guidée par deux principes de base : plus
les informations fournies à l’étranger concerné sont limitées, plus les garanties mises en place pour
contrebalancer la limitation des droits procéduraux doivent être importantes ; lorsque les
circonstances d’une affaire relèvent un enjeu particulièrement important pour l’étranger, les garanties
compensatoires doivent encore être renforcées (ibidem, § 146).
55. La Cour a jugé qu’elle doit effectuer son examen eu égard aux circonstances concrètes d’une
affaire donnée, en prenant en compte l’ensemble de la procédure en cause (ibidem, §§ 138 et 157),
ce qui implique que la Cour prendra en compte l’ensemble des facteurs mis en place au cours de
l’ensemble de la procédure.
56. En ce qui concerne le premier des critères, la Cour a précisé les conditions auxquelles doit
satisfaire l’appréciation, par les autorités internes, de la question de savoir si la limitation litigieuse a
été imposée pour des « motifs dûment justifiés » (à comparer, par exemple, avec les « raisons
impérieuses » exigées dans les arrêts Ibrahim et autres c. Royaume-Uni, [GC], § 265, et Beuze
c. Belgique [GC], § 142, et les « motifs sérieux » exigés dans l’arrêt Schatschaschwili c. Allemagne [GC],
§ 107). La Cour a admis que des motifs dûment justifiés, tels la nécessité de protéger la sécurité
nationale, peuvent imposer des restrictions aux droits procéduraux des étrangers, question à décider
en premier lieu par les juridictions nationales. La Cour examinera donc le processus décisionnel ayant
conduit aux limitations apportées aux droits procéduraux de l’étranger. À cet égard, la Cour a
mentionné des aspects qui pourraient peser dans son examen (ibidem, §§ 140-142) :
▪ le contrôle par une autorité – juridictionnelle ou autre – indépendante de l’autorité
exécutive ayant imposé la limitation ;
▪ l’étendue des compétences de ladite autorité nationale et notamment :
si ladite autorité peut contrôler la nécessité de maintenir la confidentialité des données
classifiées ;
les pouvoirs dévolus à l’autorité indépendante en fonction du constat qu’elle aura fait
dans un cas donné quant à la nécessité de restreindre les droits procéduraux.
57. S’agissant du deuxième critère – les éléments compensatoires – la Cour a énuméré de manière
non-limitative les facteurs suivants (ibidem, § 151-156), certains inspirés de l’article 1 § 1 b) et c) du
Protocole no 7 :
▪ la pertinence des informations communiquées aux étrangers quant aux raisons de leur
expulsion et l’accès au contenu des documents sur lesquels les autorités se sont fondées. À
cet égard, il convient de noter que la Cour a précisé que l’information doit être présentée à
l’étranger dans le cadre de la procédure et qu’il doit être informé de la substance des
reproches dont il fait l’objet. Il serait aussi pris en compte si c’était une autorité
indépendante qui a déterminé, après avoir examiné l’ensemble des preuves classées
secrètes, quelles étaient les informations factuelles à présenter à l’intéressé (ibidem, §§ 151-
152). Une simple énumération des numéros des articles de loi ne saurait constituer, même
a minima, une information suffisante sur les faits reprochés (ibidem, § 168) ;
6
Pour des détails décrivant ce facteur, voire le paragraphe 63 du présent Guide.
62. Il en ressort de ce texte que les raisons qui fondent la décision d’expulsion doivent être examinées
par une autorité indépendante – administrative ou judiciaire – qui doit être compétente pour
contrôler le bien-fondé de la décision d’expulsion. Devant cette autorité, bien que les droits
procéduraux de l’étranger puissent être restreints afin protéger les informations classifiées utilisées
comme preuve pour fonder la décision d’expulsion, l’intéressé doit pouvoir contester l’affirmation que
la sécurité nationale est en jeu. La Cour a conclu en l’espèce à la violation de l’article 1 § 1 a) et b) du
Protocole no 7.
63. Dans l’affaire Muhammad et Muhammad c. Roumanie [GC], 2020, § 156, la Cour a noté que l’un
des facteurs susceptibles pour compenser une limitation des droits garantis par l’article 1 § 1 a) du
Protocole no 7 est l’intervention d’une autorité indépendante dans la procédure. En faisant référence
au droit garantit par l’article 1 § 1 b) du Protocole no 7 et à sa jurisprudence pertinente en cette
matière, la Cour a systématisé les aspects déjà pris en compte dans les affaires précédentes et en a
mentionné d’autres. La Cour a noté que les aspects suivants pourraient être pris en compte :
i) si une ou des autorités indépendantes, administratives ou juridictionnelles, sont intervenues dans la
procédure soit pour prendre elles-mêmes la mesure d’expulsion soit pour en contrôler la légalité voire le
bien-fondé. Un contrôle juridictionnel de la mesure d’expulsion aura en principe un effet compensatoire
supérieur à un contrôle de type administratif ;
ii) si le requérant a eu la possibilité de contester de manière effective devant l’autorité indépendante les
motifs selon lesquels il représente un danger pour la sécurité nationale ;
iii) l’étendue de la compétence d’autorité indépendante et la manière dont cette compétence a été
exercée dans un cas donné. Sur ce point, la Cour prendra en considération si ladite autorité avait accès à
l’intégralité du dossier constitué par l’organe compétent en matière de sécurité nationale, y compris aux
documents classifiés ; si ladite autorité était compétente pour vérifier l’authenticité des pièces du dossier
ainsi que la crédibilité et la réalité des informations classifiées présentées à l’appui de la demande ou, le
cas échéant, de la décision d’expulsion ; l’autorité indépendante devrait pouvoir vérifier les faits à la
lumière des preuves soumises ;
iv) si l’autorité indépendante disposait du pouvoir d’annuler ou de réformer la décision d’expulsion au
cas où elle aurait estimé, au vu du dossier, que l’invocation de la notion de sécurité nationale était dénuée
d’une base factuelle raisonnable et suffisante ;
v) si la nature et l’intensité du contrôle exercé par l’autorité nationale sur les faits reprochés à l’étranger
concerné se manifestent, même sommairement, dans la motivation de la décision prise par celle-ci.
délivré l’ordonnance litigieuse, ne pouvait pas passer pour un organe indépendant et impartial »
(Baltaji c. Bulgarie, 2011, § 58).
66. Dans l’affaire Muhammad et Muhammad c. Roumanie [GC], 2020, §§ 154-155 la Cour a précisé,
en se référant à l’article 1 § 1 c) du Protocole no 7 que les étrangers doivent pouvoir se faire
représenter devant l’autorité compétente pour décider de leur expulsion. Cela implique l’existence en
droit interne de normes légales assurant une possibilité effective pour les étrangers de se faire
représenter. Dans l’affaire Poklykayew c. Pologne, 2023, §§ 75 et 76, lorsqu’elle a examiné la
possibilité pour le requérant d’être représenté dans la procédure en tant que facteur compensateur
pour la limitation de son droit d’accès aux pièces du dossier, la Cour a pris en compte, entre autres,
que les autorités nationales n’ont pas fourni à l’intéressé une liste avec les noms des avocats qui
étaient titulaires d’une autorisation de sécurité.
D. Exemples
67. Dans l’affaire Nolan et K. c. Russie, 2009, § 115, la Cour a relevé que le Gouvernement de l’État
défendeur n’a pas expliqué pour quelles raisons la décision d’exclusion n’a pas été communiquée au
requérant pendant plus de trois mois et pour quelles raisons il n’a pas permis à l’intéressé de faire
valoir les raisons qui militaient contre son expulsion et de faire examiner son cas avec la participation
de son avocat. Le requérant n’a donc pas bénéficié des garanties de procédure énoncées à l’article 1
du Protocole no 7.
68. Dans l’affaire Nowak c. Ukraine, 2011, § 82, la Cour a noté que la décision d’expulsion n’avait été
notifiée au requérant que le jour de son départ, dans une langue qu’il ne comprenait pas et dans des
circonstances qui l’empêchaient d’être représenté ou de présenter des raisons contre son expulsion.
Pour ces raisons, la Cour a conclu à la violation de l’article 1 du protocole no 7.
69. En revanche, dans l’affaire Mokrani c. France (déc.), 2002, après avoir noté que le requérant a pu
contester l’arrêté d’expulsion dans le cadre d’une procédure judiciaire et qu’il avait aussi
préalablement eu la possibilité de faire valoir les raisons qui militaient contre son expulsion dans le
cadre de la procédure devant la commission d’expulsion, la Cour a conclu que le requérant a bénéficié
de toutes les garanties prévues à l’article 1 § 1 a), b) et c) du Protocole no 7.
70. De même, dans l’affaire Dorochenko c. Estonie (déc.), 2006, la Cour a relevé que l’affaire des
requérants avait été tranchée par un tribunal administratif et, à la suite de leurs appels, par une cour
d’appel et par la Cour suprême. À tous les niveaux, il leur était loisible de présenter des arguments
contre le refus des autorités de prolonger leur permis de séjour. Elle conclut que le requérant a
bénéficié des garanties prévues à l’article 1 § 1 du Protocole no 7 (voir aussi, en ce sens, Nagula
c. Estonie (déc.), 2005, et Unlu c. Suisse, décision de la Commission, 1996).
71. Dans l’affaire Muhammad et Muhammad c. Roumanie [GC], 2020, les requérants, deux citoyens
pakistanais résidant régulièrement en Roumanie, ont été déclarés indésirables pour une période de
quinze ans et éloignés du territoire à la suite d’une procédure administrative au cours de laquelle ils
avaient été informés qu’ils étaient soupçonnés d’être engagés dans des activités terroristes, sans qu’ils
soient informés des faits concrets reprochés et sans avoir accès aux pièces du dossiers classifiées
« secrets ». Les juridictions nationales ont eu accès à un document classé secret versé au dossier et
établi par le Service roumaine de renseignement. Les intéressés ont été représentés en recours par
deux avocates qui ne bénéficiaient pas d’un certificat les habilitant à accéder au document « secret »
du dossier. Le droit interne prévoyait également des délais assez courts pour la conduite de ce type
de procédure (cinq jours pour le recours).
72. La Cour a noté que les requérants ont subi des restrictions importantes dans l’exercice de leurs
droits d’être informés des éléments factuels qui sous-tendaient la décision de les expulser et de celui
d’avoir accès au contenu des documents et des informations du dossier sur lesquels l’autorité
compétente avait fondé sa décision et qu’il ne ressortait pas du dossier que la nécessité de ces
restrictions ait été examinée et jugée dûment justifiée par une autorité indépendante au niveau
national. Dès lors, elle devait exercer un contrôle strict des éléments mis en place dans la procédure
concernant les requérants pour contrebalancer les effets de ces restrictions. Or, en l’occurrence, la
Cour a noté que les requérants n’ont reçu que des informations très générales sur la qualification
juridique des faits retenus contre eux et qu’aucune information ne leur a été fournie quant au
déroulement des moments clés de la procédure et quant à la possibilité d’avoir accès aux preuves
classifiées du dossier par le biais d’un avocat titulaire d’un certificat d’habilitation. Quant à l’étendue
du contrôle opéré par une autorité indépendante, la Cour a considéré que le seul fait que la décision
d’expulsion a été prise par des hautes autorités judiciaires indépendantes, sans qu’il puisse être
constaté qu’elles ont exercé concrètement les pouvoirs que la loi roumaine leur conférait, n’est pas
de nature à pouvoir compenser les restrictions subies par les intéressés dans l’exercice de leurs droits
procéduraux. La Cour a conclu que, eu égard à la procédure dans son ensemble et tout en tenant
compte de la marge d’appréciation dont disposent les États en la matière, les restrictions subies par
les requérants dans la jouissance des droits qu’ils tiraient de l’article 1 du Protocole no 7 n’avaient pas
été compensées dans la procédure interne de manière à préserver la substance même de ces droits.
Elle a conclu à la violation de l’article 1 § 1 du Protocole no 7.
73. Dans l’affaire F.S. c. Croatie (2023, §§ 68 et 70), après avoir noté que les droits procéduraux des
requérants ont connu une limitation forte, la Cour a pris en compte que le requérant n’avait reçu
aucune information factuelle des celles qui ont conduit les autorités à conclure qu’il représentait un
risque pour la sécurité nationale (contrairement à Muhammad et Muhammad c. Roumanie [GC],
2020, §§ 12 et 161, où les requérants avaient au moins été informés que les soupçons les concernant
étaient liés au terrorisme, et Poklykayew c. Pologne, 2023, §§ 6 et 66, où la décision notifiant au
requérant que son maintien en Pologne constituait une menace pour la sécurité nationale soulignait
qu’il avait collaboré avec les services secrets biélorusses). En examinant les autres éléments
compensatoires, la Cour a observé que les juges qui avaient contrôlé la décision d’expulsion du
requérant n’avaient pas fait usage du droit qui était le leur d’accéder aux documents classifiés qui
fondaient la décision d’expulsion. Elle a également noté que les juridictions de contrôle n’avaient pas
fait usage du mécanisme procédural disponible qui aurait permis au requérant de faire valoir les
raisons qui militaient contre son expulsion et a considéré que leur examen formaliste de l’affaire ne
pouvait constituer un facteur compensatoire suffisant. Dès lors, elle a conclu à la violation de l’article 1
§ 1 du Protocole no 7, en raison d’une limitation forte des droits procéduraux de l’intéressé qui n’avait
pas été compensée par des facteurs procéduraux suffisants.
du grief du requérant, ses allégations devaient être examinées sous l’angle de l’article 1 du Protocole
no 7.
80. Dans l’affaire Berdzenishvili et autres c. Russie, 2016, §§ 124 et 129, les requérants ont invoqué
l’article 13 de la Convention en combinaison avec l’article 1 du Protocole no 7 pour se plaindre de ce
qu’ils n’ont pas bénéficié d’un recours effectif pour contester l’illégalité de leur expulsion. Après avoir
conclu à la non-violation de l’article 1 du Protocole no 7 au motif que certains requérants n’avaient
pas prouvé qu’ils résidaient régulièrement dans le pays et que d’autres n’avaient pas été expulsés, la
Cour a jugé qu’elle ne disposait pas d’éléments suffisants pour conclure que les intéressés
présentaient un grief défendable sous l’angle de l’article 1 du Protocole no 7 lui permettant d’examiner
le grief tiré de l’article 13 de la Convention.
81. Dans certaines affaires, outre l’article 1 du Protocole no 7, les requérants ont invoqué l’article 13
de la Convention pour se plaindre de ne pas avoir bénéficié de garanties procédurales adéquates dans
les procédures ayant abouti à leur éloignement du pays. Plusieurs approches ont été adoptées par la
Cour. Dans l’affaire Ljatifi c. l’ex-République yougoslave de Macédoine, 2018, § 45, la Cour a considéré
que, compte tenu du constat de violation de l’article 1 du Protocole no 7 en raison de la défaillance
des juridictions nationales à contrôler de manière appropriée si l’ordonnance d’expulsion était fondée
sur des motifs réels de sécurité nationale, il n’était pas nécessaire d’examiner s’il y avait eu également
violation de l’article 13 de la Convention. Plus récemment, en se prévalant de sa qualité de « maîtresse
de la qualification juridique des faits » (Radomilja et autres c. Croatie [GC], §§ 113-115 et 126), la Cour
a estimé approprié d’examiner les allégations des requérants sous le seul angle de l’article 1 du
Protocole no 7 à la Convention (Muhammad et Muhammad c. Roumanie [GC], § 88, et Poklykayew
c. Pologne, 2023, § 42-43).
IV. Exceptions
Article 1 § 2 du Protocole No 7
« Un étranger peut être expulsé avant l’exercice des droits énumérés au paragraphe 1.a, b et c de
cet article lorsque cette expulsion est nécessaire dans l’intérêt de l’ordre public ou est basée sur des
motifs de sécurité nationale. »
Mots-clés HUDOC
Expulsion avant l’exercice de droits procéduraux (P7-1-2) – Nécessaire dans une société
démocratique (P7-1-2) – Protection de l’ordre public (P7-1-2) – Sécurité nationale (P7-1-2)
A. Principes généraux
82. En règle générale, un étranger doit être autorisé à exercer ses droits en vertu des alinéas a, b et c
du paragraphe 1 avant d’être expulsé. Toutefois, le paragraphe 2 autorise des exceptions en prévoyant
les cas où l’expulsion avant l’exercice de ces droits est considérée comme nécessaire dans l’intérêt de
l’ordre public ou lorsque des motifs de sécurité nationale sont invoqués (voir le point 15 du rapport
explicatif ; C.G. et autres c. Bulgarie, 2008, §§ 77-78, et Takush c. Grèce, 2012, § 63).
83. Ces exceptions doivent être appliquées en tenant compte du principe de proportionnalité tel que
défini par la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l’Homme (voir le point 15 du rapport
explicatif ; C.G. et autres c. Bulgarie, 2008, § 77).
84. L’État qui invoque l’ordre public pour expulser un étranger avant l’exercice des droits mentionnés
au premier paragraphe de l’article 1 du Protocole no 1 doit pouvoir prouver que cette mesure
exceptionnelle était nécessaire dans le ou les cas particuliers dont il s’agit. Par contre, si des motifs de
sécurité nationale sont à l’origine de l’expulsion, ceux-ci doivent être acceptés comme une justification
suffisante (voir le point 15 du rapport explicatif).
85. Quoi qu’il en soit, dans les deux cas permettant l’application de l’exception, l’étranger doit être
autorisé à exercer les droits énoncés au paragraphe 1 après son expulsion (voir le point 15 du rapport
explicatif, Lupsa c. Roumanie, 2006, § 53, et Kaya c. Roumanie, 2006, § 53).
B. Exemples
86. Ainsi, dans l’affaire Nolan et K. c. Russie, 2009, § 115, la Cour a constaté que le Gouvernement de
l’État défendeur n’a présenté aucun élément ni aucune preuve susceptible de corroborer l’affirmation
selon laquelle les intérêts de la sécurité nationale ou de l’ordre public étaient en jeu. En conséquence,
l’exception prévue au paragraphe 2 ne peut être considérée comme applicable en l’espèce et le
requérant aurait dû donc bénéficier des garanties procédurales dont au premier paragraphe de
l’article 1er.
87. Dans l’affaire C.G. et autres c. Bulgarie, 2008, § 78, la Cour a jugé que le Gouvernement n’a avancé
aucun argument susceptible de convaincre la Cour de la nécessité de la mesure litigieuse et qu’aucun
élément du dossier ne permettait de dire qu’il était réellement nécessaire d’expulser le premier
requérant avant que celui-ci ait pu contester cette mesure. La Cour a aussi affirmé que, si l’expulsion
n’était pas fondée sur de véritables motifs de sécurité nationale au sens de l’article 8 § 2 de la
Convention, du fait du sens similaires des termes qu’il faut retenir, l’expulsion ne serait non plus
fondée en ce qui concerne l’exception prévue au deuxième paragraphe de l’article 1 du Protocole no 7
(ibidem, § 77).
88. En outre, la « seule mention que le requérant était dangereux pour l’ordre et la sécurité publics,
sans faire valoir le moindre argument à l’appui de cette affirmation, ne saurait être justifiée par les
dispositions du paragraphe 2 de l’article 1 du Protocole no 7 » (Takush c. Grèce, 2012, § 63).
89. Une déclaration générale, fondant un ordre d’expulsion, selon laquelle l’étranger constitue « un
risque pour la sécurité [nationale] », ne contenant aucune indication des faits à la base de cette
appréciation, acceptée sans plus de précision par l’autorité compétente au réexamen, ne justifie pas
une expulsion avant l’exercice des garanties procédurales garanties par l’article 1er du protocole no 7
(Ljatifi c. l’ex-République yougoslave de Macédoine, 2018, §§ 36-38).
—A—
o
A.M. et autres c. Suède (déc.), n 38813/08, 16 juin 2009
Ahmed c. Roumanie, no 34621/03, 13 juillet 2010
Al-Nashif c. Bulgarie, no 50963/99, 20 juin 2002
—B—
o
Baltaji c. Bulgarie, n 12919/04, 12 juillet 2011
Berdzenishvili et autres c. Russie, no 14594/07 et 6 autres, 20 décembre 2016
Bolat c. Russie, no 14139/03, CEDH 2006-XI (extraits)
—C—
o
C.G. et autres c. Bulgarie, n 1365/07, 24 avril 2008
Corley et autres c. Russie, nos 292/06 et 43490/06, 23 novembre 2021
—D—
o
Davies et autres c. Roumanie (déc.), n 40122/98, 7 janvier 2003
De Souza Ribeiro c. France [GC], no 22689/07, CEDH 2012
Dorochenko c. Estonie (déc.), no 10507/03, 5 janvier 2006
—F—
o
F.S.M. c. la République tchèque (déc.), n 39803/98, 27 avril 1999
F.S. c. Croatie, no 8857/16, 5 décembre 2023
—G—
Gaspar c. Russie, no 23038/15, 12 juin 2018
Geleri c. Roumanie, no 33118/05, 15 février 2011
Géorgie c. Russie (I) [GC], no 13255/07, CEDH 2014 (extraits)
—H—
Hassine c. Roumanie, no 36328/13, 9 mars 2021
—I—
I.R. et G.T. c. Royaume-Uni (déc.), nos 14876/12 et 63339/12, 28 janvier 2014
Ilias et Ahmed c. Hongrie [GC], no 47287/15, 21 novembre 2019
—K—
Kaya c. Roumanie, no 33970/05, 12 octobre 2006
Karimi c. Roumanie (déc.), no 30186/19, 23 juin 2020
Kaushal et autres c. Bulgarie, no 1537/08, 2 septembre 2010
—L—
Liu c. Russie (no 2), no 29157/09, 26 juillet 2011
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