Mardi 22 avril 2025
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Devoir de vacances de Français
Sujet 1 : Montrez que dans le drame romantique les héros portent les caractéristiques du personnage
romantique.
Le drame romantique, qui émerge au début du XIXe siècle, bouleverse les codes traditionnels
du théâtre classique. Il cherche à représenter une réalité plus humaine, plus passionnée, en
mettant en scène des personnages tourmentés, sensibles, et en rupture avec la société. Dans
cette optique, le héros romantique est souvent un être passionné, en quête d’idéal, déchiré entre
ses aspirations profondes et les contraintes sociales. L’œuvre On ne badine pas avec l’amour
d’Alfred de Musset illustre parfaitement cette figure du héros romantique, à travers les
personnages de Perdican et de Camille. En comparant cette pièce aux œuvres du parcours
romantique, on observe que les héros romantiques partagent des caractéristiques communes qui
traduisent les aspirations d’une génération sensible et désillusionnée.
Tout d’abord, l’une des caractéristiques essentielles du héros romantique est sa profonde
sensibilité. Dans On ne badine pas avec l’amour, Perdican apparaît comme un jeune homme
passionné, guidé par ses émotions. Il passe de l’enthousiasme amoureux à la colère, puis à la
douleur, lorsqu’il se sent trahi ou incompris. Camille, de son côté, est elle aussi dominée par ses
sentiments : blessée par les trahisons passées, elle se montre froide et distante, mais souffre
intérieurement. Cette hypersensibilité, propre aux héros romantiques, se retrouve également
dans Lorenzaccio du même auteur. Le personnage de Lorenzo est déchiré par un profond mal-
être, entre désir d’idéal et incapacité à agir dans un monde corrompu.
Ensuite, les héros romantiques sont souvent en rébellion contre les normes et les conventions
sociales. Camille refuse de se plier à un mariage arrangé qu’elle juge hypocrite, tandis que
Perdican se révolte contre la superficialité des attentes sociales. Tous deux souhaitent vivre
selon leurs convictions profondes, et non selon ce que la société attend d’eux. Cette volonté de
liberté individuelle est également au cœur de la pièce Hernani de Victor Hugo, où le héros,
bandit noble, rejette les lois humaines pour suivre les élans de son cœur, quitte à en payer le
prix.
Par ailleurs, le drame romantique met en scène des amours douloureuses, voire impossibles.
Dans On ne badine pas avec l’amour, Perdican et Camille s’aiment, mais leur fierté et leurs
blessures les empêchent de se rejoindre. Cette incompréhension amoureuse conduit à la
tragédie : la mort de Rosette, victime innocente de leur jeu cruel. L’amour devient ici une force
destructrice, un malentendu permanent. On retrouve cette idée dans Ruy Blas de Victor Hugo,
où l’amour entre un valet et une reine, bien qu’intense, est condamné d’avance par les barrières
sociales.
Un autre aspect du héros romantique est sa quête d’absolu. Perdican ne veut pas d’un amour
tiède ou arrangé, mais d’un amour total, sincère, pur. Camille, elle aussi, cherche à préserver un
idéal amoureux intact, quitte à se réfugier dans la religion pour ne pas souffrir. Cette tension
entre idéal et réalité est centrale dans la littérature romantique. Dans Chatterton d’Alfred de
Vigny, le jeune poète rêve lui aussi d’un monde pur, mais se heurte à la médiocrité de la société
bourgeoise, ce qui le conduit au suicide.
De plus, le héros romantique est souvent marqué par une fatalité tragique. Dans la pièce de
Musset, la mort de Rosette révèle l’irréversibilité des erreurs commises. Perdican et Camille,
bien qu’ils s’aiment, sont prisonniers de leurs blessures et de leur orgueil. Leur destin tragique
reflète cette impuissance à vivre l’amour dans un monde imparfait. Dans Lorenzaccio, Lorenzo
est lui aussi victime d’un destin qu’il ne maîtrise pas, et meurt sans que son sacrifice ne soit
compris ni reconnu.
Enfin, le drame romantique se distingue par son esthétique du contraste. Dans On ne badine
pas avec l’amour, Musset mêle des scènes légères, presque comiques, à des moments de grande
intensité dramatique. Cette alternance crée un effet de profondeur et révèle la complexité des
personnages. Ce mélange des genres, typique du romantisme, est également présent dans
Hernani, où la comédie, le drame et le sublime coexistent au sein d’une même pièce.
En conclusion, les héros du drame romantique, tels que Perdican et Camille dans On ne badine
pas avec l’amour, incarnent une sensibilité à fleur de peau, une quête d’absolu, une rébellion
contre la société et un destin tragique. Ces traits, que l’on retrouve dans d’autres œuvres
romantiques comme Hernani, Lorenzaccio ou Chatterton, font du drame romantique un genre
profondément humain, qui explore les tensions intérieures de l’homme moderne. Le héros
romantique, fragile et grandiose, continue ainsi de fasciner par son intensité et sa complexité.
Sujet 2 : Arthur Rimbaud soutient qu’il est temps de renouveler la poésie et rompre avec la vieille
poésie qu’il nomme « poésie antique ». Son œuvre Cahier de Douai, ainsi que celles qui se réclament de
la poésie moderne, reflètent-elles cette rupture ?
À la fin du XIXe siècle, un vent nouveau souffle sur la poésie. De jeunes poètes refusent de se
conformer aux règles traditionnelles héritées du classicisme ou du romantisme, jugées
dépassées. Parmi eux, Arthur Rimbaud, adolescent révolté et génial, affirme dans sa célèbre
Lettre du voyant qu’il faut rompre avec la "vieille poésie" pour créer une poésie nouvelle,
visionnaire, affranchie des carcans formels et des sujets convenus. Ses premiers poèmes,
regroupés dans le Cahier de Douai, marquent les débuts de cette révolution. Peut-on y lire déjà
une vraie rupture avec la poésie antique, ou sont-ils encore empreints de tradition ? À travers
l’analyse de ses poèmes et de l’évolution vers une poésie moderne, nous verrons dans quelle
mesure l’œuvre de Rimbaud reflète cette volonté de rupture.
Le premier aspect de cette rupture est thématique. Rimbaud s’éloigne des grands sujets nobles
de la poésie classique pour explorer des thèmes nouveaux, inattendus, voire choquants. Dans
Ma Bohème, le poète raconte sa vie vagabonde de manière libre et intime, célébrant la pauvreté
et l’errance comme des formes de liberté poétique. Ce n’est plus la nature idéalisée ou les
exploits héroïques qu’on chante, mais la vie quotidienne, les sensations brutes, les chemins
poussiéreux. Dans Roman, l’adolescent exprime une sensibilité nouvelle, légère et spontanée,
bien loin du lyrisme solennel du romantisme. Cette attention aux expériences vécues, à la
subjectivité du poète, marque une réelle volonté de renouvellement. De même, dans Zone
d’Apollinaire, écrit quelques décennies plus tard, on retrouve cette même modernité des thèmes
: le poète parle de villes, de machines, d’avions — tout un monde contemporain qui remplace
les pastorales antiques.
Cependant, malgré cette volonté de nouveauté, les poèmes du Cahier de Douai conservent
parfois des formes traditionnelles. Beaucoup sont écrits en alexandrins, avec des rimes
régulières et une structure classique. Dans Le Dormeur du val, par exemple, Rimbaud utilise un
sonnet, forme poétique ancienne, pour évoquer la mort d’un soldat. Le contraste entre la forme
traditionnelle et le sujet tragique et réaliste crée un effet de rupture subtile mais puissant. Cette
tension entre l’héritage poétique et l’innovation est typique des débuts de la modernité. De la
même manière, Baudelaire, dans Les Fleurs du Mal, rénove la poésie sans rompre
complètement avec ses formes classiques.
Une autre manière pour Rimbaud de rompre avec la poésie antique est sa manière de regarder
le monde. Dans sa Lettre du voyant, il affirme que le poète doit devenir un « voyant », c’est-à-
dire un être capable d’élargir les perceptions, d’atteindre des vérités invisibles à l’œil ordinaire.
Il faut, selon lui, dérégler tous les sens pour accéder à une forme supérieure de connaissance.
Cette conception nouvelle du poète bouleverse la fonction traditionnelle de la poésie : il ne
s’agit plus de plaire ou d’enseigner, mais de révéler des mondes intérieurs, de provoquer une
expérience sensorielle et spirituelle. Cette vision inspirera des poètes comme Paul Éluard ou
André Breton, qui dans le surréalisme, poursuivront l’exploration du rêve et de l’inconscient.
En outre, le langage chez Rimbaud devient lui-même objet de rupture. Dès les poèmes du
Cahier de Douai, on perçoit un jeu sur les sons, les images, les associations libres. Dans
Sensation, il évoque une promenade dans la nature non pas avec un vocabulaire descriptif, mais
par des impressions, des évocations fugaces : « Je ne parlerai pas, je ne penserai rien ». C’est la
sensation brute, immédiate, qui prime. Cette liberté d’expression, cette musicalité nouvelle
préparent les expérimentations radicales des Illuminations, où le langage explose toute
contrainte logique. Cette démarche annonce la modernité poétique du XXe siècle, jusqu’à des
poètes comme Henri Michaux ou René Char.
Néanmoins, cette rupture avec la tradition ne se fait pas sans transition. Les poèmes du Cahier
de Douai montrent un jeune poète encore marqué par certaines influences romantiques. On y
retrouve la mélancolie, la communion avec la nature, et parfois même une certaine
grandiloquence. Ophélie, par exemple, évoque un personnage issu de Shakespeare avec une
sensibilité qui rappelle Musset ou Lamartine. Rimbaud ne rejette pas d’emblée toute la poésie
du passé ; il en reprend certaines images, certains rythmes, avant de les transformer. C’est ce
mélange qui rend sa poésie si riche : elle s’enracine dans une tradition tout en la dépassant.
Enfin, Rimbaud ouvre la voie à une nouvelle génération de poètes. Par sa posture de révolté,
son rejet des institutions, son refus de faire carrière, il incarne une figure nouvelle du poète :
libre, rebelle, visionnaire. Cette figure sera reprise par les avant-gardes, notamment les
surréalistes, pour qui Rimbaud est une référence majeure. Sa formule « Je est un autre » devient
un principe fondateur de la poésie moderne, où l’identité du poète est en mouvement, fluide,
insaisissable.
En conclusion, les poèmes du Cahier de Douai annoncent déjà une rupture avec la poésie
antique, tant par leurs thèmes que par leur vision du monde et leur langage. Bien qu’encore
influencés par certaines formes traditionnelles, ils témoignent d’une volonté profonde de
transformation, confirmée dans la Lettre du voyant. Rimbaud, par sa précocité, son audace et sa
radicalité, pose les bases d’une poésie résolument moderne, qui influencera durablement tout le
XXe siècle.