PRÉFACE
To all the readers of this book, past, present and future:
It has been my extreme honor to have had the privilege of instructing Sifu Brice Amiot in the
art of Wing Chun Kung Fu. In this book, Brice will explain to you the fundamentals of our
art, as well as some of its more advanced physical, spiritual and mental aspects. Brice is
among the world's top CRCA instructors, and I have seen the amazing results of his teaching
in Nice, France, where I was quite impressed by the abilities of his most dedicated students.
I for one am quite proud of Brice as a friend and student, as I know his father would be if
he were alive to see his son's great achievements. With an instructor like Brice in France,
as well as the other CRCA schools in Paris and Versailles, there is no doubt in my mind that
Wing Chun Gung Fu will flourish in "la grande nation."
À tous les lecteurs de ce livre, passés, présents et futurs :
C’est pour moi un honneur extrême d’avoir eu le privilège d’instruire Sifu Brice Amiot à l’art
du Wing Chun Kung Fu. Dans ce livre, Brice vous expliquera les principes fondamentaux
de notre art, ainsi que certains de ses aspects physiques, spirituels et mentaux plus avancés.
Brice fait partie des meilleurs instructeurs de CRCA au monde et j'ai pu constater les résultats
étonnants de son enseignement à Nice, en France, où j'ai été très impressionné par les
capacités de ses élèves les plus dévoués. Pour ma part, je suis assez fier de Brice comme
ami et étudiant, comme son père le serait s'il était en vie pour voir les grandes réalisations
de son fils. Avec un instructeur comme Brice en France, ainsi que les autres écoles CRCA
à Paris et à Versailles, il ne fait aucun doute dans mon esprit que le Wing Chun Kung Fu
s'épanouira dans la « grande nation ».
RANDY WILLIAMS
Founder - Close Range Combat Academy International
(traduit de l'anglais par Brice AMIOT)
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INTRODUCTION
WUDE signifie « vertus martiales ».
Les vertus martiales retenues par l’école WUDE sont :
L’HUMILITÉ
LE RESPECT
LA POLITESSE
L’ALTRUISME
LA DROITURE
LA CONFIANCE
LE COURAGE
LA PERSÉVÉRANCE
LA VOLONTÉ
LA PATIENCE
LA TEMPÉRANCE
LA PRUDENCE
LA LOYAUTÉ
Elles forment le code de comportement de l’artiste martial. En respectant ce code, le « guer-
rier » harmonise sa vie ainsi que ses relations et s’emploie, jour après jour, à se bonifier en
tant qu’être humain. La guerre qu’il mène est celle qui l’oppose au pire ennemi qu’un homme
puisse avoir : lui-même, ou plutôt celui qu’il croit être, c’est-à-dire ce que l’on nomme l’ego.
WUDE est une école d’arts martiaux chinois (KUNG-FU WUSHU) traditionnels spécialisée
dans l’enseignement de plusieurs sciences du combat nées dans le sud de la Chine aux
XVIIIe et XIXe siècles. Ces « boxes », comme on les appelle encore dans leur pays d’origine,
n’ont pas subi la « sportisation » de l’après-guerre et fournissent, de ce fait, un outil complet
de développement personnel sur le plan physique, mental et spirituel.
Soucieuse d’offrir à ses adhérents un programme de formation complet, l’école WUDE
a fragmenté son enseignement pour permettre à ses élèves d’entrer dans le monde des arts
martiaux chinois par la ou les portes de leur choix.
Ainsi, au sein de son programme technique, tous les « courants » de pratique sont balayés :
le courant externe, le courant « doux-dur » et le courant « interne ».
Au fil de son évolution, l’élève comprendra que tous ces courants sont indissociables et que
l’essence des arts martiaux chinois se trouve dans leur union.
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WING CHUN KUNG FU
Trois disciplines constituent donc, aujourd’hui, l’intégralité du programme technique.
- Le WING CHUN : un style de combat rapproché ancestral célèbre pour avoir constitué
la base de la formation martiale du légendaire Bruce LEE.
- Le TAIJIQUAN (taïchi-chuan) style YANG (forme de YANG BAN HOU) : style martial
extrêmement riche employant une mécanique corporelle déliée et affûtée en vue de laisser
place à l’expression de l’énergie interne. Véritable science du combat, le taijiquan offre un
support technique idéal pour unir le corps, le souffle et l’esprit. On y étudie les percussions,
les saisies, les luxations, les pressions sur les cavités nerveuses ou énergétiques, comment
perturber le flux sanguin et enfin les techniques de lutte, le tout, en lien avec le principe de
non-opposition à la force adverse.
- La boxe chinoise/SANDA : forme sportive d’affrontement créée dans les années 20 par
l’armée chinoise sur le modèle du SAMBO russe. Les pratiquants, munis de gants de boxe
et de protections, s’opposent sur une plate-forme selon des règles techniques précises en
employant des coups de poing, des coups de pied, des saisies et des projections. L’école
WUDE utilise le cadre sécurisé du SANDA pour permettre à ses élèves de mettre en pratique
les concepts issus des boxes traditionnelles chinoises qu’elle enseigne.
L’ensemble de ces disciplines forme un grand tout nommé KUNG-FU en Occident. Ce terme
représente la maîtrise obtenue par le travail régulier qu’une personne fournit sur une longue
période de temps dans un domaine précis. Il implique une notion de réalisation de soi,
d’accomplissement personnel. L’objectif de la pratique du KUNG-FU n’est pas de devenir
un destructeur mais bien de se parfaire en tant qu’être humain, de trouver sa nature véritable
et de comprendre le sens de la vie.
Si devenir un combattant redoutable est une étape sur la voie du guerrier, elle n’en constitue
pas l’ultime objectif. Celui qui s’engage sur la voie martiale doit désirer avant tout :
- renforcer la santé de son corps et celle de son esprit,
- se connaître lui-même profondément,
- acquérir des facultés de concentration, d’organisation physique et intellectuelle
extraordinaires,
- combattre ses peurs,
- vivre plus sainement et être plus heureux au cœur d’un monde à la dérive,
- comprendre le sens de sa vie.
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PRONONCIATION DES TERMES CHINOIS
C
et ouvrage fera mention d’une terminologie importante. Afin de permettre à un
élève français d’avoir une prononciation des noms des différentes techniques assez
proche du langage chinois, chaque nom a été « francisé » phonétiquement mis à
part quelques mots couramment employés dans les manuels martiaux classiques.
Ces mots sont les suivants :
- QI se prononce Tchi
- QUAN se prononce Tchuane
- CHANG se prononce Tchang
- KUNG-FU se prononce Kong Fou ou encore Gong Fu
- WUSHU se prononce Wou Chou
- TAIJIQUAN se prononce Taï Dji Tchuène
- WUDE se prononce Wou Dé
- WING CHUN se prononce Wing Tcheune ou Wing Tszeune ou Wing tchoune
- KWOON se prononce Kwouane ou Gwouane
- KUEN se prononce Kune ou Kuène
- JEET se prononce Djite
- QING se prononce Tching
L
’objectif est de permettre au lecteur français de lire ce qui s’entend lorsque l’on
utilise les termes lors des leçons. D’habitude, les termes martiaux chinois sont
retranscrits en « Pinyin » (littéralement « épeler les sons » en mandarin) qui est un
système de romanisation (transcription phonétique en écriture latine) du man-
darin, utilisé en République populaire de Chine. Le premier problème, c’est que les termes
du WING CHUN sont issus du cantonnais. Le second, c’est que généralement, les termes
donnés dans les ouvrages occidentaux correspondent à une prononciation à l’anglaise. Il
m’a donc semblé utile de créer, pour cet ouvrage destiné à mes élèves français, une retrans-
cription terminologique phonétiquement adaptée à leur langue.
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WING CHUN KUNG FU
L’école a été fondée en 2003 par Brice AMIOT.
Né le 22 avril 1975, il pratique les arts martiaux depuis l’âge de 7 ans.
Il est aujourd’hui reconnu comme :
• Professionnel des arts martiaux par la FFKDA (CQP)
•Professeur 3e Duan (grade/dan chinois) diplômé de la FFKDA
• Instructeur diplômé de la fédération Internationale de Wushu (IWUF)
• Instructeur diplômé de la fédération de Wushu et Sanda (FWS)
• Ancien membre de l’équipe de France FWS
• Ancien membre de l’Université Française de Wushu
• Détenteur de 4 titres de champion international
(Championnat du monde Chicago 2007 et Hong Kong 2008)
• Expert en CHANG QUAN (boxes du nord de la Chine)
et NAN QUAN (boxes du sud)
• Instructeur en TAIJIQUAN style YANG
• Instructeur en QI GONG
• Instructeur en WING CHUN
• Élève et représentant en France de SIFU Randy « THE SEEF »
WILLIAMS et de son école CLOSE RANGE COMBAT ACADEMY,
• Également certifié dans les disciplines de défense personnelle et
systèmes de combat rapproché
• Également certifié en karaté Shotokan, karaté Shidokan et judo
• Créateur de la M.A.G.A.P. (Méthode Adaptable de Gestion des
Agressions Physiques adoptée par la croix rouge et certains membres
des forces de l’ordre comme système de formation à la défense
personnelle)
• Auteur du livre Esprit Martial.
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WING CHUN KUNG FU
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LA THÉORIE
Kao Si Dji Djing Ming Lay Line Goang
« Demandez humblement conseil à votre instructeur.
Comprenez la théorie de ce que vous pratiquez. »
MAXIME DU WING CHUN
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WING CHUN KUNG FU
L
a science du WING CHUN renferme une théorie extrêmement riche. Cette théo-
rie représente tout simplement le « pourquoi » de cet art. Elle justifie l’emploi des
concepts qui ont abouti à la confection de la boxe chinoise la plus pratiquée
dans le monde. Connaître cette théorie, c’est comprendre comment le
WING CHUN fonctionne et sur quels éléments mécaniques, physiques, réactionnels ou
même culturels ses principes ont été fondés.
I. YIN YANG
Yeum Yeung Yiou Sick
« Les principes du Yin et du Yang doivent être compris »
MAXIME DU WING CHUN
Ce symbole exprime la loi qui s’impose à tout ce qui est créé dans l’Univers. Il constitue la
base de la philosophie et de la spiritualité asiatique. Il représente l’interaction de deux pola-
rités indissociables : le YIN, partie noire dotée d’un point blanc et le YANG, partie blanche
dotée d’un point noir. Le symbole n’est pas immobile, il tourne afin de montrer le caractère
constamment muable des choses dans l’Univers. Nous trouvons dans le YANG et le YIN,
la représentation des principes masculin et féminin, ou encore celle du jour et de la nuit, du
chaud et du froid, du dur et du doux, du haut et du bas, de l’avant et de l’arrière, de la droite
et de la gauche, de l’extérieur et de l’intérieur, du grand et du petit, de l’épais et du fin (etc.).
Tout, absolument tout, peut s’apprécier en termes de YIN et de YANG car la loi est formelle,
l’existence d’une chose est liée à l’existence de son contraire. La nuit est le contraire du jour
et l’un ne va pas sans l’autre. On ne peut apprécier le jour que parce que l’on a expérimenté
son contraire, la nuit. Si on détermine qu’une chose est froide c’est parce que l’on peut faire
la différence avec son contraire, le chaud. Le chaud et le froid ne vont pas l’un sans l’autre.
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WING CHUN KUNG FU
Comprendre cette loi, c’est comprendre qu’un esprit séparateur est source d’insatisfaction.
En effet, apprécier le contraire des choses que l’on aime c’est reconnaître avec sagesse
l’inéluctabilité de leur existence pour que nous puissions jouir de ce que nous aimons.
Par exemple, un homme appréciera vraiment le confort d’un habitat moderne s’il passe
quelques nuits dehors, « à la dure » comme on le dit chez nous. Parfois il est nécessaire,
pour vraiment reconnaître la valeur de ce que l’on possède, de se retrouver sans rien pen-
dant un temps car, à force de regarder les mêmes choses, on ne les voit plus.
Le symbole exprime également une notion d’équilibre. En effet, il nous dit que rien ne peut
perdurer longtemps dans l’extrême et qu’une chose est harmonieuse lorsque les polarités
qui la constituent sont équilibrées. Sur le symbole, l’harmonie est représentée par un S, fron-
tière entre le YIN et le YANG. Cette forme sinusoïdale représente le chemin naturel le plus
favorable pour la circulation de l’énergie dans la matière. L’équilibre est donc gage d’une
circulation énergétique optimale.
En observant le symbole, nous pouvons constater que rien, dans l’Univers, n’est tout blanc
ou tout noir. La nuit n’est pas totalement sombre : la lune et les étoiles viennent apporter leur
contribution de nature YANG au sein du YIN de même que le jour est parsemé des zones
d’ombre créées par l’opacité des objets matériels. Il y a une partie masculine en chaque
femme et une partie féminine en chaque homme. L’équilibre ne s’établit vraiment que lorsque
l’on observe cette règle de la présence d’une infime partie du contraire d’une chose en
elle-même.
Enfin, comme je l’ai déjà dit, le caractère perpétuellement muable de notre Univers est dis-
simulé dans le symbole. Tout change et se transforme perpétuellement. Le « TAO », la voie,
ou encore le chemin, est celui d’un homme s’appliquant à maintenir l’équilibre de tous les
aspects de son existence malgré les changements constants.
Ayant été façonnés dans les temples bouddhistes par des êtres profondément spirituels,
les arts martiaux chinois sont inévitablement construits selon la volonté omniprésente de
maintenir l’équilibre au cœur du mouvement perpétuel de la vie symbolisée par le combat.
En effet, un combat, un vrai, est constamment changeant (c’est d’ailleurs pour cela qu’il
est illusoire de s’entraîner sur des actions uniques et figées). La loi du YIN et du YANG en-
gendre le principe d’action-réaction. C’est d’ailleurs pour cela que dans le WING CHUN
et le TAIJIQUAN, il est crucial de s’entraîner à adhérer aux mouvements adverses afin de
les suivre, c’est-à-dire, de suivre les changements perpétuels, les actions et les réactions et
d’établir en conséquence, dans les postures et les techniques, la meilleure voie possible
pour le maintien de l’équilibre et l’épanouissement de l’énergie, qu’elle soit mécanique ou
interne. L’expert en arts martiaux sera celui qui, par une longue expérience de la pratique de
son art, connaîtra intimement les lois naturelles auxquelles l’homme est soumis au cœur du
combat. Il pourra donc anticiper les réactions d’un adversaire et avoir un temps d’avance
sur chacune de ses actions. L’homme étant un microcosme et le combat symbolisant la vie,
cet expert sera à même d’établir toutes les relations entre son art et l’existence. Ne dit-on
pas que les arts martiaux sont une école de la vie ?
Les maximes du WING CHUN ne manquent pas de rappeler que la connaissance et la com-
préhension des principes du YIN et du YANG sont indispensables pour saisir comment fonc-
tionne le système WING CHUN car sans cela, la pratique ne serait qu’un chemin d’errance.
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WING CHUN KUNG FU
II. LE NOMBRE 108
En entrant dans l’apprentissage du WING CHUN, l’étudiant rencontrera régulièrement le
nombre 108 tout au long de son parcours. Qu’il s’agisse du nombre des mouvements réperto-
riés dans les différents enchaînements techniques (les formes) d’un système ou même du nombre
de répétitions de certains exercices, le nombre 108 semble avoir été privilégié dès lors qu’il
fallait, dans les arts martiaux chinois, établir un compte. Pourquoi ? On peut ici présenter plu-
sieurs hypothèses qui se rejoindront toutes sur le point suivant : les arts martiaux étaient des voies
d’épanouissement de l’Être ainsi le développement de la spiritualité était indissociable du travail
physique et mental qu’ils exigeaient. De grands enseignements sur l’Univers et ses lois étaient
jadis transmis aux élèves les plus méritants, c’est-à-dire à ceux qui, par une pratique régulière et
assidue, étaient capables d’en comprendre et d’en appliquer les propos.
Comme dans notre alchimie occidentale, de nombreuses clés furent cachées dans certains
termes techniques ou dans la codification des formes et le nombre 108, considéré comme
un nombre très puissant par les Asiatiques, était l’une d’entre elles. Il s’avère par exemple,
que les moines bouddhistes comptent 108 perles à leur chapelet. Au temple Shaolin,
108 coups de cloche retentissaient pour marquer le début de la journée et, selon les lé-
gendes qui s’y rapportent, celui qui désirait quitter la vie monastique pour retourner dans le
monde civil devait affronter 108 mannequins de bois dans un labyrinthe truffé de pièges.
Au Tibet, les écritures sacrées sont regroupées en 108 ouvrages. La tradition hindoue recon-
naît 108 doctrines authentiques (Upanishad), etc.
Ce qu’il faut d’abord relever, ce sont les extraordinaires propriétés mathématiques du nombre
108. Déjà, c’est un multiple de 3, ce qui est important pour la culture chinoise qui se réfère à
une analyse mathématique des lois Universelles. Ainsi, le YI KING, le « Livre des transforma-
tions » considéré comme le livre fondateur de la pensée chinoise, s’appuie sur l’interaction
de huit trigrammes pour représenter l’ensemble des probabilités existantes dans l’Univers.
Ensuite, 108 est divisible par la somme de ses chiffres (1+0+8=9) et 9 est encore un mul-
tiple de 3. On peut observer également que :
1+2+3=6
1x2x3=6
11 x 22 x 33 = 108.
Le chiffre 3 est constamment en lien avec le nombre 108 et les trois chiffres qui le constituent
sont trois symboles majeurs dans la spiritualité chinoise : le 1 symbolise l’unité, le grand tout.
Le 0 symbolise le vide, la vacuité et le 8, l’éternité, l’infini, l’immortalité.
Il faut savoir que l’astrologie chinoise compte 108 étoiles sacrées. Pour les rosicruciens,
108 est le nombre de l’accomplissement. Il symbolise également, pour les chrétiens, le
cheminement des ténèbres vers la lumière car, entre le jour de la fête des morts et Noël, il
y a 54 jours et 54 nuits.
Il paraît donc finalement logique que le KUNG-FU que l’on traduit par « l’homme qui investit
beaucoup de temps et d’énergie (au sens d’effort) au service d’une discipline dans le but de
se réaliser/s’accomplir » ait adopté le nombre 108 comme repère numérique. Rappelons
d’ailleurs au passage que le KUNG-FU est une voie d’éveil, donc une voie qui nous mène
bien des ténèbres à la lumière.
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WING CHUN KUNG FU
Dans le monde du WING CHUN, 108 est également un nombre « porte-bonheur » car
lorsqu’on le prononce en cantonais, on obtient « YEUT LING BOT ». Ceci est très proche de
l’expression « YEUT DING FOT » signifiant « succès assuré ».
Voilà quelques explications pour vous aider à comprendre pourquoi vous trouverez, dans les
pages qui suivent, beaucoup de références au nombre 108 mais si vous cherchez par vous-
même, vous vous rendrez compte à quel point ce nombre est énigmatique et à quel point
il revient constamment dans toutes les traditions spirituelles du monde. À titre d’exemple,
en occident, 108 est considéré comme étant le « nombre de l’homme » car c’est au 108e
verset de la Genèse que l’homme et la femme sont créés. Ne prenez pas pour argent comp-
tant tous ces renseignements, cherchez par vous-même et faites-vous votre propre idée, vous
vous rendrez vite compte que dans la vie, le hasard n’existe pas.
III. KUNG-FU/GUNG FU/GONG FU
KUNG-FU est un terme chinois composé de deux idéogrammes. Le premier,
KUNG, implique une notion d’investissement, d’effort, de travail ou encore
d’énergie dépensée au service de quelque chose : Une discipline, une profes-
sion, ou un art par exemple et ce, sur une longue période de temps.
On retrouve cet idéogramme KUNG ou GONG dans le terme QI GONG :
QI représentant, dans ce terme, l’énergie vitale d’un être humain, le nom QI GONG re-
présente donc l’ensemble des efforts ou des travaux réalisés par un homme, sur une longue
période de temps, pour étudier, comprendre et influencer la circulation et la quantité de sa
propre énergie vitale mais également celle d’un autre homme. L’acupuncture, les massages, la
pharmacopée chinoise, la méditation, la pratique d’exercices thérapeutiques mêlant souffle
et concentration ou encore, la pratique des arts martiaux, sont des exercices de QI GONG.
Le second idéogramme, FU, représente un contenu technique.
On peut donc dire que le KUNG-FU est un terme signifiant qu’une personne a investi
beaucoup d’énergie et beaucoup de temps dans l’étude et dans l’emploi du contenu tech-
nique d’une discipline. Par ses efforts réguliers et répétés inlassablement, elle a acquis une
certaine maîtrise et cette maîtrise se voit. Cela peut être de l’aisance, de l’efficacité, de la
dextérité, de la rapidité, de la beauté, etc. peu importe mais l’expression qui résume par-
faitement ce que le KUNG-FU suscite chez celui qui l’observe est « Ouah ! ». L’admiration
provoquée par le profond savoir-faire ou le « coup de main » d’un artisan exprime, par
exemple, totalement ce que l’on ressent en présence du KUNG-FU.
Le KUNG-FU n’est donc absolument pas un terme propre aux arts martiaux. C’est un terme
général. Un grand chef cuisinier possède le KUNG-FU de la cuisine par exemple. Sa grande
expérience ne s’apprécie pas en regardant ses diplômes mais bien en goûtant le fruit de
son travail. On la ressent dans la subtilité des mélanges des saveurs, dans la justesse de la
cuisson des plats, dans le choix des produits et des épices, dans la mise en forme harmo-
nieuse des assiettes. Sa cuisine nous transporte, nous procure une émotion. Seul un travail
acharné et régulier durant de nombreuses années procure le KUNG-FU mais pour accepter
les efforts et les sacrifices qu’il exige, il faut être véritablement passionné par la discipline
dans laquelle on choisit de s’investir. Le KUNG-FU est donc une véritable preuve d’amour.
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WING CHUN KUNG FU
Ce qu’il faut aussi percevoir dans l’alliage des idéogrammes, c’est la notion de réalisation
personnelle, d’accomplissement. Tout d’abord, le choix d’une voie doit se faire par le cœur
et non par la tête. Ensuite, l’ensemble des obstacles qui nous séparera d’un quelconque
résultat constituera un chemin initiatique. Celui-ci nous apprendra beaucoup sur nous-même
et sur le fonctionnement des choses dans notre Univers. Il nous confrontera souvent à notre
pire ennemi, nous-même. Mais à l’issue du voyage, une transmutation aura opéré. Le vieux
morceau de fer que vous étiez aura été chauffé, martelé, poli et sera devenu une magni-
fique lame tranchante.
Si, en occident, nous en sommes venus à désigner les arts martiaux chinois par le nom de
KUNG-FU, c’est à cause des moines jésuites missionnaires du XVIIIe siècle qui découvrirent
en Chine, les exercices de QI GONG pratiqués par les bonzes taoïstes. C’est le père
Marie Joseph AMIOT qui, dans ses écrits, employa le terme de KUNG-FU pour décrire, en
détail, les enchaînements de mouvements qu’il observa dans les temples de Pékin. Ce nom
fut sans doute choisi en raison de son utilisation par les moines chinois qui l’employaient
pour se féliciter les uns les autres des résultats obtenus par un long travail rigoureux sur leur
énergie vitale. Ainsi, en Occident et particulièrement en France, le terme de KUNG-FU fut
amalgamé à toutes les pratiques physiques énergétiques et les arts martiaux chinois en fai-
saient partie. Ce nom rejaillit et fut popularisé dans les années 70 avec l’arrivée chez nous
des films d’arts martiaux chinois. On parlait alors des films de « KUNG-FU ».
En Chine, le nom qui désigne les arts martiaux nationaux est WUSHU :
Ce nom est également composé de deux idéogrammes.
L’idéogramme WU signifiant « guerre » et l’idéogramme SHU signifiant « l’art ». Pour
comprendre la philosophie des arts martiaux chinois, il est important de savoir que l’idéo-
gramme WU est lui-même composé de deux clés. La clé « stopper » et la clé « hallebarde,
lance ou javelot » représentant plus généralement les armes. Il faut donc en déduire que la
guerre, en Chine, n’était conçue que comme une ultime solution pour rétablir la paix. Nous
pouvons aussi reconnaître le principe universel de la non dualité cher aux Chinois qui dit
que pour que la paix existe, il faut aussi l’existence de son contraire.
Un artiste martial se doit donc d’être un ardent défenseur de la paix. Il la recherche à l’in-
térieur comme à l’extérieur de lui-même. S’il pratique les arts martiaux, ce n’est pas pour
devenir un destructeur, mais bien pour acquérir la maîtrise des aspects vulgaires de son Être.
Il s’applique chaque jour à répéter inlassablement les bases de son art afin d’en devenir
une expression vivante. Cet acte de dévotion le conduira peu à peu à devenir fort physi-
quement, mentalement et spirituellement.
Aujourd’hui les arts martiaux sont généralement considérés comme des disciplines sportives,
des loisirs ou un moyen de se défouler. Nous sommes loin de l’aspect éducatif et encore
plus loin de l’aspect spirituel de base. L’homme moderne, formaté pour vivre au rythme de
la société de consommation, veut apprendre vite. Parce qu’il paie avec de l’argent, il attend
de recevoir sur le champ, l’enseignement des techniques les plus efficaces pour savoir se
défendre et briller en société. Bien souvent déçu par la lenteur de ses progrès, il accusera
son professeur d’être incompétent et ira en chercher un autre. Celui qui le couvrira rapide-
ment de diplômes et de ceintures de multiples couleurs sera alors son « Grand Maître » mais
en vérité, seul son ego sera diplômé. Si l’argent est une première étape pour s’octroyer les
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WING CHUN KUNG FU
enseignements d’un professeur, le KUNG-FU, lui, ne se paie réellement qu’avec du temps,
des efforts, de la sueur, de la douleur, des doutes, de la patience, de la persévérance,
du courage et des milliers de répétitions des mêmes choses. Connaître des techniques ne
suffit pas, savoir comment elles doivent se faire non plus. Il faut que ces techniques fassent
littéralement partie de notre nature.
Ainsi l’engagement dans la pratique d’un art martial traditionnel n’est pas anodin. Celui
qui prétend devenir un artiste martial doit avoir de fermes objectifs et être résolu à travailler
dur sur de nombreux plans, s’il veut réussir. Ce travail ne devra pas se résumer à quelques
heures dans la semaine. Ce sera un travail de chaque instant.
IV. LES BOXES
Le KUNG-FU WUSHU regroupe plus de cinq cents styles différents. On appelle ces styles,
des « boxes ». Une boxe est une manière bien précise de concevoir la pratique du combat.
Elle revendique de ce fait un registre technique, théorique et philosophique représentant la
vision personnelle d’un maître, celle d’un clan ou encore d’une communauté. Nous pouvons
citer les boxes animalières comme la boxe du tigre, la boxe du serpent, celle du singe ou
encore celle de la mante religieuse ; les boxes de clans comme celle du clan CHEN ou les
boxes musulmanes ; des boxes d’attitude comme la boxe du labyrinthe, la boxe de l’homme
ivre, mais aussi des boxes aux références plus abstraites comme celle de la paume des huit
trigrammes, du grand fait suprême, des huit directions, de la forme et de la pensée, etc.
Contrairement à ce que nous connaissons en Europe, ce terme boxe ne signifie pas que les
combattants n’utilisent que les poings pour se battre. En effet, les termes QUAN en mandarin ou
KUEN en cantonnais, tous deux signifiant « poing » au sens de « science du combat », repré-
sentent un vaste registre de techniques différentes regroupées en quatre grands thèmes d’étude :
- les percussions exécutées avec les mains et les bras,
- les percussions exécutées avec les pieds et les jambes,
- les techniques de saisies,
- les projections.
Certains styles ajoutent également l’étude du combat au sol.
1. Les boxes du nord et du sud de la Chine
On peut classer l’ensemble des boxes chinoises en plusieurs catégories.
A. Les boxes du nord de la Chine
Les boxes du nord sont plutôt basées sur l’exercice du combat à longue ou moyenne dis-
tance et ceci pour deux raisons. Les habitants des contrées du nord sont naturellement longi-
lignes et les reliefs géographiques constitués en grande partie de plaines offrent un espace
propice aux mouvements martiaux amples et aériens. On utilise de nombreux coups de pied
divers et variés et des sauts. Il n’était d’ailleurs pas rare d’avoir recours à des techniques
sautées pour désarçonner les cavaliers.
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