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ITSA2007E

Le document présente des épreuves de mathématiques et de sujets de réflexion pour un concours d'ingénieurs en statistiques. Il contient des exercices variés sur des thèmes tels que les dérivées, les intégrales, les inéquations, et des problèmes de probabilités. En outre, il aborde des questions de société et d'économie, notamment sur les pays en développement et la mondialisation.

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INSTITUT SOUS-RÉGIONAL DE

STATISTIQUE ET D’ÉCONOMIE APPLIQUÉE


ISSEA – YAOUNDÉ

AVRIL 2007

CONCOURS INGÉNIEURS DES TRAVAUX STATISTIQUES

ITS Voie A

1ère COMPOSITION DE MATHÉMATIQUES


(Durée de l’épreuve : 4 heures)

Attention !
L’exercice n° 1 de la présente épreuve est obligatoire et toute note
strictement inférieure à 6 à cet exercice est éliminatoire (chaque question de
l’exercice n° 1 étant notée sur 1 point).

Globalement cet exercice n’entre toutefois que pour un cinquième dans


la note finale de cette première épreuve de mathématiques.

Exercice n° 1

x cos 2 x
1. Calculer la dérivée de la fonction f définie par : f ( x) =
1+ x2
1
1
2. Calculer ∫1+ e
0
x
dx

3x
3. Trouver une primitive de
1+ x2
⎧ x − y = 2 Ln2
4. Résoudre le système : ⎨
⎩ x + y = 4 Ln 2
x2 + x +1
5. Soit la fonction f définie sur ]− 2, + ∞[ par f ( x) = . Déterminer, si elle
x+2
existe, la valeur du minimum de f sur cet intervalle.

x2 − 2
6. Résoudre l’inéquation ≤0
x −1
7. Donner l’équation de la droite dans le plan, parallèle au vecteur u (1, 2) , et qui
passe par le point A (1, − 1)
8. Calculer Lim (1 + x − e − x / 2 )
x→ −∞

9. Dans une classe de lycée, la moyenne des filles à l’épreuve de


mathématiques est de 12/20 et celle des garçons de 10,2/20. Sachant que la
classe est composée pour les 2/3 de filles, quelle est la moyenne de la
classe ?
n
1
10. Calculer Lim ∑
k = 2 ( k − 1)( k + 1)
n→ +∞

Exercice n° 2

x
Soit f la fonction numérique définie par : f ( x) = , où x désigne la valeur
1+ x
absolue de x.

1. Etudier la dérivabilité de f à l’origine.

2. Etudier les variations de f et tracer son graphe.

1 1
3. Calculer ∫ f ( x) dx
0
et ∫ f ( x) dx
−1

Exercice n° 3

On considère la fonction numérique f définie sur ]− 1,+∞[ par :


1+ x
f ( x) =
2

1. Etudier les variations de f et tracer son graphe.

0
2. Calculer ∫ f ( x) dx
−1
.

1
3. On considère la suite (u n ) définie par : u 0 = et u n +1 = f (u n )
2
Etudier la convergence de cette suite (u n ) et calculer sa limite si elle existe.
Exercice n° 4

On considère la fonction numérique f définie sur ]0,1[ par :

2x − 1
f ( x) =
x( x − 1)

1. Etudier les variations de f .

2. Monter que le graphe de f est symétrique par rapport à un point que l’on
précisera.

3. Trouver une primitive de f sur ]0,1[ .

4. Calculer l’aire comprise entre l’axe ox , le graphe de f et les droites


1 2
d’équation x = et x = .
2 3

5. Soit g la fonction numérique définie sur ]0,1[ par :


2x − 1
g ( x) = 2
x ( x − 1) 2
1
Trouver la primitive G de g qui vérifie G ( ) = 6
2

Exercice n° 5

On considère la suite de fonctions numériques ( fn ) définies sur l’ensemble des


nombres réels par : f n ( x ) = x n sin x , où n est un entier naturel.

1. Etudier les variations de f n sur [0, π / 2] et donner l’allure de son graphe.

π /2
2. On pose I n = ∫f
0
n ( x) dx , trouver une relation de récurrence entre I n et I n − 2

pour tout n.

3. Soit la suite de fonctions (u n ( x)) définie par : u n +1 ( x) = u n ( x) + f n ( x) et


u 0 ( x) = f 0 ( x) . Etudier la convergence de cette suite.
Exercice n° 6

L’exercice consiste à prouver l’irrationalité de π et π 2 selon la méthode de Niven


(Bulletin Amer. Math. Soc. 53, 509, 1947).
Soit n ∈ N * . On définit la fonction :

x n (1 − x) n 1 2 n
f ( x) = = ∑ c k x k , où c k ∈ Z *
n! n! k = n

pour tout x ∈ [0,1] et que f (1 − x ) = f ( x ) pour


1
1. Montrer que 0 < f ( x) <
n!
tout x .

2. Calculer la dérivée m − ième f (m ) (0) de f en 0 en fonction de m, n et c m


pour tout m ∈ N . En déduire que les nombres f (m ) (0) et f (m ) (1) sont des entiers
relatifs quels que soient les entiers m (On peut dériver m fois l’égalité
f (1 − x ) = f ( x ) ).

a
3. On suppose que π 2 = avec (a, b) ∈ N 2 . Soit
b
n
G ( x) = b n ∑ (−1) k π 2 n − 2 k f (2k )
( x)
k =0

a) Montrer que G (0) et G (1) sont des entiers relatifs.


d
b) Montrer que (G ' ( x) sin πx − π G ( x) cos πx) = π 2 a n sin πx × f ( x)
dx
1
c) En déduire la valeur de l’intégrale I = π ∫ a n sin πx × f ( x) dx en fonction
0

de G (0) et G (1) , et en particulier que I est un entier relatif.


d) Conclure à l’aide d’un raisonnement par l’absurde.

Exercice n° 7

Deux laboratoires pharmaceutiques proposent chacun leur vaccin contre une


maladie. On dispose des données suivantes :
- Un quart de la population a utilisé le vaccin A. Un cinquième le vaccin B.
- Lors d’une épidémie, 8 malades sur 1000 avaient utilisé le vaccin A et 6 le
vaccin B.
On choisit un individu au hasard dans la population et on note :
M = « l’individu est malade » et V = « l’individu est vacciné »

On appelle « indicateur d’efficacité » d’un vaccin le réel :

PV ( M ) Probabilité qu' un individu non vacciné soit malade


λ= =
PV ( M ) Probabilité qu' un individu vacciné soit malade

Calculer λ pour chacun des deux vaccins. Que peut on en conclure ?


INSTITUT SOUS-RÉGIONAL DE
STATISTIQUE ET D’ÉCONOMIE APPLIQUÉE
ISSEA – YAOUNDÉ

AVRIL 2007

CONCOURS INGÉNIEURS DES TRAVAUX STATISTIQUES

ITS Voie A

ORDRE GÉNÉRAL
(Durée de l’épreuve : 3 heures)

Les candidats traiteront au choix l’un des trois sujets suivants.

Sujet n° 1

Les pays en voie de développement : éléments communs et diversité.

Sujet n° 2

La Politique peut-elle faire abstraction de la Morale ?

Sujet n° 3

Dans le cadre de la Mondialisation et de ses effets sur les économies et les


sociétés, quelles sont les chances de l’Afrique ?
INSTITUT SOUS-RÉGIONAL DE
STATISTIQUE ET D’ÉCONOMIE APPLIQUÉE
ISSEA–YAOUNDÉ

AVRIL 2007

CONCOURS INGÉNIEURS DES TRAVAUX STATISTIQUES

ITS Voie A

Deuxième Composition de Mathématiques


(Durée de l’épreuve : 3 heures)

Exercice 1
Montrer que :
x
ln(1 + x) > , ∀x > 0.
1+x

Exercice 2
1. Déterminer les nombres réels α, β, γ et η vérifiant :

2x2 + 2x + 5 α β γ η
= + + + . (0.1)
(x − 1)2 (x + 2)2 (x − 1) (x − 1)2 (x + 2) (x + 2)2

2. En utilisant l’équation (0.1), déterminer les primitives de

2x2 + 2x + 5
.
(x − 1)2 (x + 2)2

Exercice 3
Cinq pour-cent des réservations aériennes sur une ligne donnée sont annulées. C’est pourquoi la
compagnie aérienne CompA enregistre 100 réservations pour 97 places sur le vol numéro 3750.
Soit X la variable aléatoire égale au nombre d’annulations pour ce vol.

1. Donner la loi de la variable aléatoire X.


2. Calculer IP(X = 3).
3. Soient pn ∈]0, 1[ et n ∈ IN? . On suppose que lim pn = 0 et lim npn = λ, où λ est un
n→+∞ n→+∞
nombre réel positif. Montrer que :
λk
lim Cnk pkn (1 − pn )n−k = exp(−λ) , ∀k ∈ {1, . . . , n},
n→+∞ k!
n!
où Cnk = (n−k)!k!
et k! = k × (k − 1) × (k − 2) × . . . 2 × 1.
4. A partir de la question précédente, en déduire que la loi de X peut être approchée par
une loi de Poisson P(λ) définie par :
exp(−k)λk
Y de loiP(λ) ⇐⇒ IP(Y = k) = , ∀k ∈ IN.
k!
Utiliser cette approximation pour déterminer une valeur approchée de IP(X = 3).

Problème
On note (up ) la suite définie pour tout entier p ≥ 1 par
1 Z p+1 dt
up = − .
p p t
La valeur γ de la somme infinie, appelée série, de terme général up s’appelle la constante d’Euler
et, pour tout n ≥ 1, on pose :
n
X +∞
X
γn = up , rn = up .
p=1 p=n+1

On désigne par S et R les fonctions définies, dérivables et de dérivées continues respectivement


sur IR, IR?+ par les relations :
Z x Z +∞
1 − exp(−t) exp(−t)
S(x) = dt R(x) = dt,
0 t x t
où exp désigne la fonction exponentielle.
Partie 1 : Convergence de la série définissant γ
1. Prouver que, pour tout p ≥ 1 :
1 1
0 ≤ up ≤ − .
p p+1

2. Montrer que (γn ) est une suite croissante, que cette suite converge et que 0 ≤ γ ≤ 1.
3. Etablir que, pour tout p ≥ 1 :
1Z 1 u
up = du. (0.2)
p 0 u+p
Indication : on pourra effectuer le changement de variables y = u + p dans le membre de
droite de l’équation (0.2).
4. Déduire de la question précédente que, pour tout p ≥ 2 :
1 1 1 1
( ) ≤ up ≤ ( ).
2 p(p + 1) 2 (p − 1)p

5. Trouver les réels a, b, c et d tels que :


1 a b 1 c d
= + et = + .
p(p + 1) p p+1 p(p − 1) p p−1

6. Montrer que, pour tout p ≥ 2 :


1 1 1 1 1 1
( − ) ≤ up ≤ ( − ),
2 p p+1 2 p−1 p
et en déduire que, pour tout entier n ≥ 1 :
1 1
≤ rn ≤ .
2(n + 1) 2n

7. On approche γ par γn . Déterminer un entier n permettant d’obtenir la précision 10−2 ;


même question pour la précision 10−8 . (On ne demande pas d’effectuer le calcul de γn ).
1
8. Pour tout entier n ≥ 1, on pose γn,1 = γn + 2(n+1)
. Prouver que :

1
0 ≤ γ − γn,1 ≤ .
2n2

9. Déterminer un entier n permettant d’obtenir la précision 10−2 lorsqu’on approche γ par


γn,1 et déterminer une valeur décimale approchée de γ à la précision 10−2 .

Partie 2 : Expression intégrale de γ à l’aide de S et de R


1. Montrer que :
1 1 1 Z 1 1 − (1 − v)n
∀n ∈ IN? , 1 + + + ... + = dv.
2 3 n 0 v

Indication : on pourra faire un raisonnement par récurrence ou bien utiliser la valeur de


n−1
X
la somme (1 − v)k , v ∈ [0, 1].
k=0

2. En déduire que :
Z 1 Z n
? 1 1 1 1 − en (t) en (t)
∀n ∈ IN , 1 + + + . . . + − ln(n) = dt − dt,
2 3 n 0 t 1 t
où en (t) est définie sur [0, n] par en (t) = (1 − nt )n .
Indication: on pourra faire le changement de variable v = nt .

3. Etablir que :

∀v ∈ IR, 1 + v ≤ exp(v). (0.3)


4. Etablir que :

t2 n
∀n ∈ IN? , ∀t ∈ [0, n], (1 − ) exp(−t) ≤ en (t) ≤ exp(−t).
n2
t
Indication : on pourra appliquer l’inégalité (0.3) en prenant alternativement v = n
et
v = − nt .

5. En déduire que :

t2
∀n ∈ IN? , ∀t ∈ [0, n], 0 ≤ exp(−t) − en (t) ≤ exp(−t).
n
Indication : on étudiera l’application h définie sur [0, 1] par h(v) = (1 − v)n + nv − 1.
n
X 1
6. En supposant que un = − ln(n), montrer que γ = S(1) − R(1).
k
k=1
Indication : on montrera que :
Z 1
1 − en (t)
lim ( dt − S(1)) = 0
n→+∞ 0 t
et que :
Z n Z n
en (t) exp(−t)
lim ( dt − dt) = 0.
n→+∞ 1 t 1 t
INSTITUT SOUS-RÉGIONAL DE
STATISTIQUE ET D’ÉCONOMIE APPLIQUÉE
ISSEA – YAOUNDÉ

AVRIL 2007

CONCOURS INGÉNIEURS DES TRAVAUX STATISTIQUES

ITS Voie A

CONTRACTION DE TEXTE
(Durée de l’épreuve : 3 heures)

Ce texte est tiré du livre de Jean-Marie Pelt et Gilles-Eric Séralini dont le


titre est « Après nous le déluge ? » paru aux éditions Flammarion / Fayard en
avril 2006. Il doit être résumé en 250 mots, plus ou moins 10%.

Nous sommes peu nombreux, quelques voix dispersées sur tous les
continents, à dénoncer le massacre du vivant. Il est grand temps que le cercle
s’élargisse. L’urgence nous dicte aujourd’hui de vous livrer notre expérience concrète
de scientifiques pour que vous puissiez juger de la situation : votre situation d’êtres
humains bientôt incapables de léguer à leur descendance une planète en bonne
santé. Votre état de femmes et d’hommes en chute de fertilité, avec des altérations
génétiques croissantes, votre état de cancéreux en puissance. Mais aussi votre
statut de citoyennes et citoyens désireux d’agir sur leur vie. Une simple vie humaine,
immensément belle en ce qu’elle est l’extraordinaire et intelligente manifestation des
réseaux d’espèces et d’individus qui, de la bactérie au lichen, de l’insecte au
mammifère, contribuent en permanence à l’émergence et à l’évolution de la vie. Une
fabuleuse distribution où chaque être vivant doit sa place au rôle qu’il joue par
rapport aux autres. Et à une complexité de fonctions jusqu’au cœur de la cellule.
Mais une vie rare, fragile, agressée par les pollutions chimiques, génétiques, et par la
disparition accélérée de milliers d’espèces. Une existence essentiellement menacée
par nos modes de vie. Par notre usage du monde.

Nos sociétés, nos économies se sont développées sur l’axiome(1) d’une


terre inépuisable, corvéable à merci. Dans cet esprit, l’impact de nos activités a
toujours été évalué à la marge, et a toujours compté pour négligeable ; la terre en
avait vu d’autres… Et la logique des systèmes en place consiste à « résoudre » le
problème immédiat sans en chercher la cause initiale.

Certains nourrissent encore l’espoir, la croyance, que la science trouvera


bien, un jour, une solution. Seulement, il ne s’agit plus de problèmes d’hygiène ou de
microbes, que la science est parvenue grosso modo, à juguler, du moins dans les
pays riches. Nous devons affronter une transformation radicale des milieux qui
hypothèque le retour à un état sanitaire satisfaisant. Nous touchons aux rivages de
l’irréversible.
Il a fallu la menace que font peser sur l’économie les cyclones,
la sécheresse, les inondations et la fonte des glaciers pour que la classe politique
mondiale commence à se saisir du dérèglement climatique et de la pollution
atmosphérique. Mais les climatologues avaient réagi, constaté, interpellé. Par contre,
alors que l’air, l’eau, la terre, se polluent toujours davantage, que notre
environnement toujours chargé d’innombrables molécules suspectes devient de plus
en plus pathogène, nous déplorons l’absence d’unanimité des biologistes,
les scientifiques les plus près de la vie, pour alerter leurs concitoyens sur les dangers
encourus.

C’est pourquoi nous unissons aujourd’hui nos voix pour partager avec le plus
grand nombre notre inquiétude sur l’état de la terre et nos interrogations sur le rôle
de la science tant dans le bilan des atteintes à la biodiversité (pollutions chimiques et
génétiques), dans l’épuisement des ressources naturelles (eau douce, pétrole, gaz,
forêts, sols arables), que dans les voies proposées pour remédier à ces désastres.

De la science, nous avons des approches et pratiques complémentaires,


de la très visible observation de plantes, à l’invisible vie des cellules et des gènes.
Le botaniste qu’est Jean-Marie Pelt a exploré l’Afghanistan, une partie de l’Afrique
occidentale et sa Lorraine natale avant de créer l’Institut européen d’écologie
à Metz. En son laboratoire universitaire de Caen, Gilles-Eric Séralini, le biologiste
moléculaire, traque le rôle des pesticides dans les cancers humains et les problèmes
de reproduction, après avoir affûté ses outils aux Etats-Unis et au Canada.

En fait, nous nous complétons. Nous formons à nous deux un scientifique tel
que nous aimerions qu’il soit : relié aux autres questionnements scientifiques que le
sien. Capable de faire ce va-et-vient nécessaire du détail à la globalité et de la
globalité au détail.

Aujourd’hui dans nos universités et dans nos laboratoires de recherches,


nous sommes trop rarement capables de rapporter le détail à la globalité, de lire les
complémentarités à l’intérieur du biotope(2) terrestre, car nous n’avons plus, ou
presque plus, les botanistes, les physiologistes, les embryologistes, les zoologistes,
tous ces grands explorateurs du vivant qui asseyaient leur savoir sur leurs capacités
d’observation et de description – ces qualités aujourd’hui méprisées car elles n’ont
de valeur que dans le temps, alors que nous vivons dans l’instant.

Pourtant, comment connaîtrait-on la disparition des espèces sans les


inventaires des XVIIè et XVIIIè siècles, sans les herbiers, sans les collections des
muséums ? Comment connaître la richesse d’un biotope sans la précision des
relevés des voyages scientifiques ? La science est devenue pressée. Elle vit dans
l’urgence et le résultat immédiat. Elle n’investit pas sur le long terme, elle finance des
projets de recherche dont on définit à l’avance ce qu’il faut qu’ils trouvent.
Pas question de s’embarrasser avec des considérations générales. On préfère
ignorer la cohérence du monde.
Depuis environ quatre décennies les biologistes ne jurent plus que par
l’infiniment petit. Oublié l’homme qui se tient au sommet des cellules assemblées,
effacé le paysage dans lequel il se meut, ignorée la planète sur laquelle il niche avec
plantes et animaux. Au-delà du strict sujet d’étude, le monde est gommé. Il n’est
plus étudié ou presque, qu’à travers le prisme des gènes et des micro- ou nano-
particules. Certains scientifiques continuent à y projeter leurs fantasmes de
simplicité, du genre, un gène = une protéine = une fonction. Ne leur vient-il pas à
l’esprit que l’infiniment petit, à l’instar du grand, fonctionne en système, le monde
entier n’est qu’interactions et interdépendances mais, aspirés par le tunnel de
l’infiniment minuscule, ces chercheurs ne voient trop souvent que ce qui est au bout
de leur lorgnette, fût-elle électronique. Devenus ce que nous appelons des
scientifiques réductionnistes, ils s’enfoncent dans une parcelle infinitésimale de la
réalité atteinte grâce à la technique, mais aussi isolée du reste – cellule, organe,
corps, biotope, monde – par un mur technique. Microscopes et ordinateurs n’ont ni
rétroviseurs ni zoom arrière.

La science et sa technologie de pointe, portée par la biologie, ressemblent à


ces animaux de trait(3) tout à leur labeur immédiat. Atomisée en ses objets de
recherche, la pratique scientifique a rompu avec une vision cohérente du monde,
s’est trouvée entraînée, et l’humanité avec, dans un divorce avec la nature et un
mariage avec l’économie de marché.

N’est-ce pas intenter un procès déplacé que de vouloir instruire un tel


dossier, que de conférer à la science un tel pouvoir et une telle responsabilité ?
Depuis l’époque des Lumières, elle est l’outil central de l’évolution de notre
société. Elle a, par ses innombrables découvertes, bouleversé les modes de vie et
d’organisation de la société. Elle a changé les conceptions de notre place dans
l’Univers au point de devenir au XXè siècle, une référence morale supplantant celle
de la religion. Pour s’en convaincre, il n’est que de voir le nombre de scientifiques à
la tête des comités d’éthique, ou les décisions de justice tranchant en faveur de tel
ou tel acharnement thérapeutique. La science et les systèmes technologiques qui en
découlent ont pris les commandes de nos vies.

Nous considérons que la science n’est ni bonne ni mauvaise, mais nous


voulons juger l’arbre à ses fruits. Nous comptons parmi les partisans du bilan de la
science et de ses applications, plutôt que de ceux qui perpétuent les incantations sur
ses bienfaits et les inéluctables progrès qu’elle engendre. Sur un plateau de
la balance, une augmentation considérable de l’espérance de vie occidentale,
un niveau de vie confortable, atteint au XXè siècle par un quart de la population
mondiale concentré dans l’hémisphère Nord, mais si peu pour les autres. Sur l’autre
plateau, un état de la dégradation du monde – pollution, épuisement des ressources,
dérèglements climatiques – unique dans l’histoire de l’homme, dans l’histoire de la
vie, dans l’histoire de la Terre. Ce mode de vie, dont nous sommes si fiers,
nous l’exportons, via la globalisation économique, avec la vision du monde qui
lui est consubstantielle(4) : se libérer des entraves naturelles, s’affranchir de
l’environnement, accroître sans limites la consommation. En d’autres termes,
raccourcir la distance qui nous sépare du point d’irréversibilité des dommages
écologiques et humains.
Nous voudrions amorcer ici une critique de la pratique scientifique, lorsqu’elle
s’érige en nouvelle religion. Lorsqu’elle épaule les pouvoirs politiques et
économiques. A quelle autorité morale se réfère un président de la République,
un premier ministre, et tout le personnel politique, pour savoir si les OGM sont bons
ou pas ? si le clonage est profitable ou pas ? l’énergie nucléaire durable ou pas ?
si l’étendue de la pollution mérite une loi sur l’air, celle des nappes phréatiques une
loi sur l’eau, ou pas ?

Aujourd’hui, nous vous livrons nos éléments d’analyse avec trois buts :
souligner l’avancée des connaissances sur la biodiversité et les effets des pollutions ;
réapprendre à penser et à vivre en dehors du dogme technoscientifique ; et que la
société civile puisse débattre du contrôle et de la transparence de la science, de ses
objectifs et de son utilisation. Pour marquer notre engagement envers la société,
nous proposons aussi un serment éthique à l’usage des chercheurs en sciences de
la vie.

Rareté cosmique, rareté géographique, mais aussi rareté temporelle de la vie


pour en arriver à la civilisation humaine… L’homme a colonisé beaucoup de milieux
différents, mais des endroits habitables. Si nous faisons un tant soit peu varier nos
conditions climatiques ou géothermiques, la donne humaine change. Et si nous n’y
prenons pas garde, nous perdrons la richesse et la beauté des conditions
exceptionnelles qui sont celles de la vie terrestre.

(....) Préserver le diamant de la société. C’est pour nous un préalable :


l’homme est au centre de notre mobilisation. La Terre n’a pas besoin de nous pour
continuer son existence cosmique. Nous, nous avons besoin d’elle dans un état qui
satisfasse nos aspirations. Notre économie, globalisée comme elle l’est, ne préserve
ni l’homme ni la nature. Elle est toujours sur le versant sombre de la théorie
darwinienne : la compétition avec son corollaire, l’élimination des plus faibles.
Biologistes, nos mots-clé sont la diversité, la coordination et la complémentarité.
Le développement durable, c’est d’abord respecter l’autre, le protéger.
La préservation des liens sociaux, la valorisation des initiatives collectives,
de l’économie sociale, l’amélioration des conditions de vie, l’égalité d’accès aux biens
fondamentaux, le respect des cultures, l’éducation, la justice sont les piliers
indispensables du développement durable.

Encore faut-il s’entendre sur le mot « développement ». Nous ne l’entendons


pas au sens d’une croissance continue (impossible au demeurant), d’une inflation
des biens de consommation. Car personne ne doit rester sur le carreau de
l’économie. Une société digne de ce nom attache un extrême souci à la personne.
L’économie doit être au service de celle-ci, et non l’inverse.

(….) Les métiers changent : les informaticiens sont pléthoriques, les artisans
de plus en plus rares, et les boulangers qui se lèvent encore la nuit auront bientôt
disparu au profit du seul pain décongelé. Pourtant, à l’aune(5) de la durabilité de la
planète, un métier n’en vaut pas un autre. Un inventeur de pesticides ne vaut pas un
forestier qui restaure un massif. Un fabricant de plastique non dégradable qui laisse
suinter des phtalates dans l’alimentation qu’il emballe, ne vaut pas le travail d’un
agriculteur bio. Un industriel de l’armement ne vaut pas une infirmière pourtant bien
moins rétribuée que lui.
La société de développement durable que nous appelons de nos vœux
conduit à des reconversions professionnelles guidées par des impératifs,
pas seulement économiques : l’écologie, la diversification, les échanges équitables,
l’épanouissement, la moralisation des grands circuits financiers, la culture.

(….) Le respect des hommes ne peut passer que par un dialogue régulier
entre science et société civile, entre scientifiques et citoyens. En toute modestie et
avec l’appétit de contradictions que réclame la démocratie. Nous sommes nombreux,
scientifiques ou non, à partager notre inquiétude quant à la situation. Nous craignons
notamment que le corps scientifique ne révise aisément la conception de son rôle.
Car un danger nous guette : l’outil de liberté et de culture que la science est
devenue, pourrait devenir un outil d’asservissement. C’est pourquoi nous invitons les
jeunes chercheurs en sciences de la vie à prononcer un serment éthique qui engage
leur responsabilité morale, à l’instar du serment d’Hippocrate pour les médecins. Le
chercheur s’engagerait ainsi à respecter l’état du monde, à mesurer l’impact de ses
recherches sur l’homme et sur les écosystèmes, à transmettre son savoir.

Devenus conscients de l’état de la planète, citoyens soucieux du bien


commun ces chercheuses et chercheurs passionnés par cet extraordinaire objet
vivant retrouveraient la capacité de s’enchanter et de préserver la Terre pour les
dix milliards d’êtres humains qui s’annoncent… Un pas des hommes vers l’homme.
Et la société y gagnera des savants.

(1) axiome : proposition – principe


(2) biotope : lieu , étendue géographique correspondant à un groupement d’êtres
vivants
(3) animaux de trait : animaux qui tirent une voiture
(4) consubstantiel : de la même substance
(5) à l’aune : à la mesure

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