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Religion
Le terme « religion » peut être défini de plusieurs manières, les trois Religion par pays
suivantes semblent montrer un certain consensus dans les
1, 2, 3
dictionnaires : Afrique
1. La religion comme un ensemble de croyances qui définissent le Afrique du Sud · Algérie · Angola · Bénin ·
Botswana · Burkina Faso · Burundi ·
rapport de l'homme avec le sacré, une reconnaissance par l'être
Cameroun · Centrafrique · République
humain d'un principe ou être supérieur (que certains peuvent appeler
démocratique du Congo · Côte d'Ivoire ·
Dieu). Cela vient du terme latin religio, qui a été défini pour la
Djibouti · Égypte · Érythrée · Éthiopie ·
première fois par Cicéron comme « le fait de s'occuper d'une nature
4 Guinée-Bissau · Kenya · Libye ·
supérieure que l'on appelle divine et de lui rendre un culte » . Dans Madagascar · Mali · Mauritanie · Maroc ·
les langues où le terme est issu du latin, la religion est souvent Mozambique · Niger · Nigeria · Ouganda ·
envisagée comme ce qui concerne la relation entre l'humanité et une Sahara occidental · Sao Tomé-et-Principe ·
ou plusieurs divinités. Sénégal · Sierra Leone · Somalie ·
2. La religion comme un ensemble de pratiques propres à une croyance Soudan · Soudan du Sud · Tchad · Tunisie ·
ou un groupe social. Par exemple, dans le Coran, le terme dîn, qui Zambie
peut être considéré comme équivalent de celui de religion, désigne Amérique
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avant tout les prescriptions de Dieu pour une communauté et en
chinois, le terme zōng jiào (宗教), inventé au début du xxe siècle pour Brésil · Canada · Colombie · Cuba · États-
traduire celui de religion, est connoté de l'idée d'un enseignement Unis · Guatemala · Haïti · Mexique
6
pour une communauté . Historiquement, les religions conçues Asie
comme des ordres dans lesquels est recommandé ce qu'il faut faire et
ce qu'il faut croire, sont apparues avec les partis religieux s'opposant Afghanistan · Arabie saoudite · Arménie ·
les uns aux autres en Europe de l'Ouest du xvie siècle. Ces partis Azerbaïdjan · Bahreïn · Bhoutan ·
sont en premier lieu ceux catholique et protestant, ainsi que la Birmanie · Brunei · Cambodge · Chine ·
7, 8 Inde · Chypre · Corée du Nord · Corée du
diversité des confessions protestantes . L'usage de désigner ces
partis comme « des religions » apparaît à la fin du xvie siècle, tandis Sud · Géorgie · Inde · Indonésie · Irak ·
Iran · Israël · Japon · Jordanie ·
que, par extension, il commence aussi à être question de « religions »
Kazakhstan · Laos · Koweït · Liban ·
à propos de l'islam, du bouddhisme, du taoïsme, de l'hindouisme et
Mongolie · Macao · Népal · Oman ·
toutes les religions du monde depuis les origines de l'humanité. La
Ouzbékistan · Qatar · Philippines ·
transformation de l'expérience religieuse des Européens a été reprise Pakistan · Syrie · Taïwan (République de
à l'époque des Lumières dans un questionnement présupposant une Chine) · Timor oriental · Turkménistan ·
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essence de la religion en amont de toutes les religions historiques . Turquie · Yémen
3. La religion comme l'adhésion à certaines croyances et convictions. Ce Europe
sens est lié aux précédents, et c'est dans ce sens que la religion peut
parfois être vue comme ce qu’il y a de contraire à la raison et jugée Albanie · Allemagne · Belgique · Bosnie-
synonyme de superstition. Herzégovine · Danemark · Écosse ·
La religion peut être comprise comme les manières de rechercher — et Espagne · Finlande · France · Grèce ·
Hongrie · Irlande · Irlande du Nord ·
éventuellement de trouver — des réponses aux questions les plus Islande · Italie · Liechtenstein ·
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profondes de l’humanité. En ce sens elle se rapporte à la philosophie . Luxembourg · Macédoine du Nord · Malte ·
Elle peut être personnelle ou communautaire, privée ou publique, liée à la Norvège · Pays-Bas · Pologne · Roumanie ·
politique ou vouloir s’en affranchir. Elle peut aussi se reconnaître dans la Royaume-Uni · Russie (Union soviétique) ·
Serbie · Slovaquie · Slovénie · Suisse
définition et la pratique d’un culte, d’un enseignement, d’exercices
spirituels et de comportements en société. La question de savoir ce qu'est Océanie
la religion est aussi une question philosophique, la philosophie pouvant y Australie · États fédérés de Micronésie ·
apporter des éléments de réponse, mais aussi contester les évidences des Îles Salomon · Nouvelle-Zélande
définitions qui en sont proposées. Il n'y a pas de définition qui soit
reconnue comme valable pour tout ce qu'il est permis aujourd'hui
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d'appeler religion . Ainsi, la question de savoir ce qu’est une religion est une question ouverte.
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Du xiie au xive siècle, les textes dans lesquels le judaïsme, le christianisme et l'islam sont envisagées comme des
choses équivalentes ne parlent pas de « religions » mais, par exemple, de trois « croyances » (créença) dans le catalan
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de Raymond Lulle ou de trois « lois » (legge) dans l'italien de Boccace . En ce qui concerne ce qui s'appelle alors
religio, l'idée était plutôt que la religion est une, qu'elle est susceptible d'erreurs appelées hérésies, ou bien qu'elle est
inconnue et, dans ce cas, il s'agit de paganisme.
Le terme religion change d'acception à partir du xvie siècle, moment auquel les Européens commencent à connaître
une forme de pluralisme religieux. D'une part l'islam leur était mieux connu et apparaissait davantage comme « une
autre religion » que comme une hérésie ou du paganisme ; d'autre part, il fallait un mot pour désigner les multiples
confessions ou Églises issues des réformes religieuses du xvie siècle. Celles-ci ont alors commencées à être désignées
comme « des religions ». Dès lors, une religion est vue comme ensemble de pratiques et de croyances d'une
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communauté . La réflexion moderne sur la religion qu'inaugure ensuite la philosophie des Lumières et qui se
prolonge dans les sciences des religions suppose qu'il y aurait comme une essence de la religion commune à toutes les
religions du monde et de l'histoire.
Il semble que ce qui était couramment appelé religio par les Latins est le
respect des coutumes, de ses parents, des devoirs civiques et des liens de
société. L'excellence religieuse est tenue pour ce qui permet le succès et la
conservation des cités. Avec la piété, le courage, la justice ou la vengeance, elle
est une des vertus attendues des citoyens. La religion ne se distingue pas de la
politique. Les actes religieux ont une valeur juridique, en même temps que ce
qui est valable ou ne l'est pas dans la religion est régi par les lois et la
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jurisprudence . Chaque peuple ou chaque cité ayant sa religion, les religions
de l'Antiquité forment un tout organique dans l'Empire Romain. Les Romains
ont ainsi la religion de Rome. Ils reconnaissent les religions des autres cités
tout en étant certains d'être les meilleurs religieux parce que Rome domine le
monde. Ces religions ont toujours une assise territoriale précise. Ce sont des
religions auxquelles on ne se convertit pas, chacun ayant la religion de son
peuple et de sa naissance. Ce qui se conçoit alors comme religion n'appelle ni
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engagement croyant, ni reprise sur soi .
Les cultes rendus aux dieux faisant partie, à divers degrés, des obligations
L'empereur Marc-Aurèle présidant un
sociales, la religion a été définie par Cicéron comme « le fait de s'occuper sacrifice à Rome, la tête couverte d'un
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d'une nature supérieure, que l'on appelle divine, et de lui rendre un culte » . pan de sa toge conformément au rituel.
Dans cette définition, qui est la plus ancienne que nous possédions de la
religion, le fait de « s'occuper » d'une nature divine supérieure, du verbe
curare en latin, peut désigner une occupation pratique, c'est-à-dire le fait d'accomplir envers les dieux les gestes et les
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rites conformes à la tradition . John Scheid estime en ce sens que la religion des Romains ne procède pas d'abord
d'une théologie ou d'un discours philosophique sur les dieux, mais qu'il s'agit avant tout de « faire » ce que prescrit la
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tradition . Toutefois ce que Cicéron appelle « s'occuper de la nature divine », peut aussi être de l'ordre d'une
« préoccupation » métaphysique. Le questionnement philosophique sur la nature des dieux, dans lequel prend place
la réflexion sur la nature de la religion, a joué un rôle de premier plan dans la formulation de premières conceptions
de la religion et, en retour, le problème de la connaissance de la nature divine a pris une place croissance dans la
religion des Romains. Au iie siècle av. J.-C., les Romains ont ainsi commencé à produire des écrits spéculatifs dans
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lesquels ils cherchent à rendre compte de façon raisonnée des dieux et des cultes qui leur étaient rendus à Rome .
Cicéron précise même qu'à son époque, il n'est « plus personne pour croire qu'Atlas porte le monde sur ses
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épaules » .
La religiosité antique se pratique à trois niveaux : le niveau individuel, familial, dans lequel le pater familias dirige les
actes rituels dans sa maison en s’adressant à des dieux personnels, parfois des ancêtres divinisés comme les Lares ; le
niveau clanique dans lequel un ou plusieurs clans pratiquent un culte local, généralement dans des petits sanctuaires
en plein air ; le niveau national qui se pratique dans des sanctuaires ou temples où sont vénérés le dieu national et
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d’autres divinités qui lui sont associées .
Religion christianisée
Lorsque le christianisme a commencé à se développer, il pouvait être vu comme se situant dans l'ordre de ce qu'est la
religion sur un plan théorique ou philosophique dans la mesure où il répond pleinement de la définition que Cicéron
avait donnée de la religion : « le fait de se soucier d'une nature supérieure, que l'on appelle divine, et de lui rendre un
culte ». Cependant, le christianisme ne correspond pas à ce qui reste ordinairement et légalement reconnu comme de
la religion ou une religion dans l'Empire romain. Les premiers écrits chrétiens comportant le terme latin religio sont
du iie siècle. Le terme a ainsi trouvé une place dans la littérature apologétique chrétienne lorsque celle-ci s'est
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Dès lors que la religion est pensée comme une vertu ou comme « l'amour de la Sagesse », elle se conçoit seulement au
singulier, de même qu'aujourd'hui il est normalement question de justice au singulier et jamais au pluriel. À mesure
que cette conception de la religion s'impose, il devient de moins en moins pertinent d'envisager un pluralisme
religieux. D'autres mots sont alors employés pour désigner ce qui, hormis le christianisme, se conçoit aujourd'hui
comme des religions : celui de paganisme pour ceux qui ne connaissent pas Dieu ou le refusent, et celui d'hérésie pour
qualifier les doctrines jugées déviantes par rapport à l'orthodoxie du christianisme. De ce fait, le terme religion au
pluriel devient disponible pour un usage tout à fait anodin. À partir du ve siècle et jusqu'à l'époque moderne, ce qui est
couramment désigné comme des religions sont les communautés monastiques, c'est-à-dire des lieux où l'on vit
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« religieusement », selon une règle, en aspirant à la perfection et au bonheur .
Dans le même temps, ont eu lieu les croisades et la Reconquista, suivies de l'expansion de l'Empire ottoman. Au cours
de ces conflits échelonnés sur plus de huit siècles, de la conquête arabe au siège de Vienne, les Européens ont acquis
une conscience accrue de l'altérité religieuse d'un islam qu'ils savaient mal connaître. Toutefois, chez les européens et
jusqu'au xvie siècle, il n'a pas été davantage question de l'islam comme d'une autre religion, qu'il n'était d'usage
d'envisager « des religions » au sens moderne du terme.
Entre les xie et xiiie siècles, l'Europe fut marquée d'une grande effervescence religieuse. D'autres croisades que celles
tournées vers Jérusalem ont eu lieu, notamment celle contre les cathares. Dans les villes d'Europe du Nord, les
Béguards trouvent, non sans difficultés, une forme de reconnaissance et de stabilité. Dans le sud de la France, le
valdéisme se développe de façon de plus en plus autonome et rebelle vis-à-vis des autorités ecclésiastiques. Ils ont
plus tard intégré le courant protestant. D'autres mouvements ont été acceptés et organisés dans l'Église sous forme
d'ordres religieux avec une règle, des supérieurs et des lieux conventuels, c'est-à-dire qu'ils devenaient ainsi
officiellement ce qui s'appelait alors « une religion » au sens médiéval du terme. Ce fut le cas des « ordres
mendiants », par exemple les franciscains.
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En 1453, dans le De pace fidei écrit immédiatement après la prise de Constantinople par les Turcs, Nicolas de Cuse a
laissé ce qui peut être considéré comme les prémices de la conception moderne de religion. Écrivant sur fond de
guerres entre Turcs et Byzantins et de disputes ecclésiales entre occidentaux et orientaux, et estimant que le dialogue
conduit « selon la doctrine du Christ » amène à la paix, Nicolas de Cuse imagine dans le De Pace Fidei des
représentants de toutes « les religions » dialoguant au ciel en présence du Christ. Dans la narration de Nicolas de
Cuse, c'est le Christ lui-même qui suscite ce dialogue en déclarant :
« Le Seigneur, Roi du ciel et de la terre, a entendu les gémissements de ceux qui ont été mis à mort,
jetés dans les fers ou réduits en esclavage, et ceux qui ont souffert à cause de la diversité des religions.
[…] le Seigneur a eu pitié de son peuple et se plaît, avec le consentement de tous les hommes, à ramener
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dans la concorde, la diversité des religions à une religion unique et inviolable . »
— Nicolas de Cuse, De Pace Fidei
En fait de représentants des « religions », ceux qui participent au dialogue sont des gens de bonne volonté issus de
différents peuples. Il s'agit d'un Grec, un Italien, un Arabe, un Juif, un Indien, un Persan, un Chaldéen, un Scythe,
d'un Syrien, un Espagnol, un Allemand, un Français, etc. Ce que Nicolas de Cuse désigne comme « des religions » est
donc un ensemble de positions dont la diversité est d'abord celle des peuples ou des nations et non pas directement ce
que l'on appelle aujourd'hui « les religions ». Mais Nicolas de Cuse renoue avec l'usage antique de considérer que
chaque cité ou chaque peuple a sa religion dans un contexte où se profile ce qui deviendra le pluralisme religieux
moderne.
« Dès le xvie siècle, l'espace religieux européen est marqué par une
diversité d'organisations particulières réclamant leur légitimation
propre, prescrivant des choses à faire et à croire : un ordre catholique
ou protestant, et, par-delà, un ordre juif, chrétien ou musulman. De
la perspective ancienne à la modernité, on est donc passé, avec le mot
religion, de la désignation d'une attitude (une vertu) requérant
l'humain dans son rapport au cosmos (ce qui relève plutôt d'une
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sagesse) à un système de croyances et de pratiques . »
— Pierre Gisel et Jean-Marc Tétaz, Théories de la religion, p. 12.
En français, l'usage du terme religion consistant à l'employer pour désigner
des organisations recommandant ce qu'il faut faire et croire a commencé à se
répandre à la fin du xvie siècle, en particulier sous la plume de Montaigne,
dont les écrits contribueront à la généralisation de la nouvelle acception du
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terme . Cette nouvelle façon d'envisager des religions investit rapidement
tout ce qui est de l'ordre de la religion, et il ne semble plus possible d'avoir de
la religion sans être d'une religion comme les autres. Les religions qui se
mettent en place sont en un sens identifiées à des doctrines telles que le
Les religions du monde, gravure du
luthéranisme, le calvinisme, l'anabaptisme, le catholicisme ou l'orthodoxie,
xviiie siècle.
mais elles tendent aussi à correspondre à des nations, telles que
l'anglicanisme, le gallicanisme, la religion des Turcs, etc. S'il fut d'abord
question de « religions » pour désigner les différents partis religieux chrétiens, le christianisme est aussi considéré
dans son ensemble comme une religion par rapport à l'islam ou bien d'autres religions lointaines ou passées : la
religion des Romains, celle des Égyptiens, la religion des sauvages d'Amérique, la religion de Bouddha, etc. La
naissance des religions a accompagné celle des États-Nations européens, elle a eu lieu sur fond de rivalités et de
violences entre armées et entre partis religieux, et c'est dans les guerres que se sont construites ces réalités - les
religions - qui font partie de ce par quoi s'organise le monde moderne.
Avec les guerres de Religions, l'idée de tolérance a commencé à jouer un rôle important dans la réflexion sur la
religion. Il s'agit d'abord, au sens littéral et médical du terme, de supporter un mal que l'on ne sait empêcher, ce mal
étant la diversité des religions. Puis la tolérance devient, avec les intellectuels du xviiie siècle, une valeur et une
qualité qui s'oppose à la prétention à la vérité et au dogmatisme en matière religieuse.
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e e
Les xvii et xviii siècles verront l'essor d'une philosophie de la religion qui place la diversité des religions historiques
face à la raison universelle. Selon Ulrich Bart, « dans une époque marquée par l'expérience d'un pluralisme
confessionnel de plus en plus prononcé et par les premiers signes d'un pluralisme inter-culturel, il s'agissait de
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justifier le contenu de vérité des religions historiquement donné devant le for universel de la raison humaine » . La
philosophie des Lumières élève toute une série de termes relativement anodins au rang de concept clé pour penser le
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monde et l'expérience humaine : religion, culture, civilisation, société, etc . Une philosophie de la religion prend
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forme progressivement dans les œuvres de Locke , Hume en Angleterre ; Voltaire, Diderot ou Rousseau en
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France ; Kant , Schleiermacher , Fichte, Jacobi, Hegel ., etc. en Allemagne. La réflexion sur la religion et les
religions qui s'est amorcée avec la philosophie des Lumières « implique quelque chose comme une essence
substantielle de la religion, précédant logiquement les religions positives, comprises alors comme les formes
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historiques dans lesquelles la substance religieuse se réfléchit, devenant ainsi à soi-même son propre sujet ».
Le xixe siècle voit surtout se développer une pensée extrêmement hostile aux religions avec Marx, Nietzsche, etc.,
mais c'est aussi au xixe siècle que se mettent en place les sciences humaines, notamment la sociologie, qui va se
donner la religion pour objet d'étude. Michel Despland estime qu'en France, les années 1820-1830, correspondant à
l'époque de la Restauration, ont été un moment fondateur dans l'émergence des sciences des religions et, par là, de la
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catégorie moderne de religion . La religion devient un objet d'étude « scientifique » avec Proudhon ou Auguste
Comte, qui cherchaient à penser la religion avec la certitude qu'une approche rationnelle et positive la détruit. À leur
suite, mais dans une perspective différente, Émile Durkheim, Max Weber, Georg Simmel ou Ernst Troeltsch,
considérés comme les pères fondateurs de la sociologie, ont consacré de nombreux travaux à la religion posant les
principes d'une étude se voulant à la fois neutre et critique des religions.
Au xxe siècle, différentes approches de la religion ont été développées avec la sociologie, l'anthropologie, la
psychologie et l'histoire notamment. Aujourd'hui, dans les sciences des religions, se posent la question de la façon
dont la religion a été constituée comme objet d'étude. Il semble qu'aucune définition ne convienne à tout ce qui est
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étudié comme religion ou tout ce que l'usage permet d'appeler religion .
Le religion et ses conséquences sont également banalisées au niveau du langage quotidien, le célèbre footballeur
néerlandais Johan Cruyff ayant dit :
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« Je ne suis pas religieux. En Espagne, les 22 joueurs font le signe de croix avant d'entrer sur le terrain.
Si ça marchait, tous les matchs devraient se terminer en résultat nul. »
Problèmes de définition
Ces problèmes de définition ont conduit assez tôt des chercheurs à exclure la possibilité de définir la religion comme
une « essence universelle » tout en affirmant la nécessité de se fonder sur des choses observables. Marcel Mauss
déclarait ainsi en 1904 : « Il n'y a pas en fait une chose, une essence, appelée Religion ; il n'y a que des phénomènes
religieux, plus ou moins agrégés en des systèmes qu'on appelle religions et qui ont une existence historique définie,
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dans des groupes d'hommes et en des temps déterminés » . L'affirmation selon laquelle il n'y a pas d’essence de la
religion est devenue un lieu commun des discours sur la religion au xxe siècle. Cependant, exclure qu'il y ait une
essence de la religion au moment même où l'on affirme s'intéresser aux religions en leur existence historique ne règle
pas le problème de la définition de la religion : pour savoir ce qu'il faut prendre pour objet d'observation, il faut avoir
recours à une définition de la religion. Pour Jean Grondin la question de la définition de la religion reste celle de son
essence nonobstant les préventions ou les incompréhensions dont ce mot peut être l'objet : « l'air du temps,
nominaliste, répugne à tout discours portant sur l’essence des choses, comme s'il s'agissait d'un gros mot. On associe
alors, de manière caricaturale, l'essence à une idée un peu platonicienne, intemporelle et d'une constance absolue. [...]
la question de l’essence de la religion, loin de chercher une idée a priori, veut répondre à une question plus
51
élémentaire : de quoi parle-t-on quand il est question de religion ? » . Dans son Traité d'histoire des religions
52
Mircea Eliade juge impossible de définir précisément la religion. Il la définit donc par « approximation » . Selon
Mircea Eliade : « Toutes les définitions données jusqu'à présent du phénomène religieux présentent un trait
commun : chaque définition oppose à sa manière, le sacré et la vie religieuse, au profane et à la vie séculaire. C'est
quand il s'agit de délimiter la sphère de la notion de « sacré » que les difficultés commencent ». M. Eliade prend acte
de ces difficultés et laisse un caractère volontairement imprécis à la notion de sacré. Il reprend ainsi une thèse de
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Roger Caillois : « Au fond, du sacré en général, la seule chose qu'on puisse affirmer valablement est contenue dans la
définition même du terme : c'est ce qui s'oppose au profane. Dès que l'on s'attache à préciser la nature, la modalité de
cette opposition, on se heurte aux plus grands obstacles. Quelque élémentaire qu'elle soit, aucune formule n'est
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applicable à la complexité labyrinthique des faits » . Il s'agit donc de partir d'une approximation pour étudier les
« faits religieux » et ainsi approximativement définis, en savoir plus sur la nature du phénomène. Toutefois, l'idée
d'une opposition systématique entre sacré et profane a aussi été contestée. Pour Philippe Borgeaud, il n'y a pas dans
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la littérature ancienne d’équivalence à l’opposition entre sacré et profane . Les textes dits « sacrés » de
Mésopotamie, d'Égypte, d'Israël ou de Grèce antiques, permettent certes de trouver des catégories qui ressemblent à
l'idée de sacré, mais, d'une part, le sacré n'y est généralement pas en opposition à un profane, d'autre part il n'y a pas
homogénéité des catégories qui ressemblent à celle de sacré. Seuls les textes bibliques semblent contenir une
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bipartition entre ce qui est saint (qadesh) et ce qui est commun (khol) ou entre ce qui est pur et impur , mais ces
termes ne correspondent à ce qui peut se concevoir aujourd’hui comme opposition entre sacré et profane que si ces
notions gardent un caractère imprécis.
Pour R. Azria « le travail de définition cherche inlassablement sa voie à travers des débats infiniment recommencés,
continuellement déjoués par les transformations, les renouvellements, les effacements et les ré-émergences de l'objet
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polymorphe que les chercheurs s'efforcent de saisir » , ce qui empêcherait une définition stable ou consensuelle de
ce qu'est une religion.
Dôme du Rocher et Moine Bouddhiste, L'équipe de football Encens et offrandes Prière, Congo.
Saint-Sépulcre (au Tibet. américain du Colorado dans un temple
fond à droite), en prière avant un chinois, Taipei.
Jérusalem. match.
Le pape François. Prière du matin à La Moine de confession Barack Obama au Temple d'Or, Inde,
Mecque. jaïne à Ellora. Petit-déjeuner national sikhisme.
de prière (en).
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La chapelle de Taizé, Le Dalaï-lama à Hindou en prière face La Kaaba à La Mur des lamentations
France. Zurich. à une vache sacrée. Mecque. à Jérusalem en Israël.
Barbara Harris,
première femme
évêque de l'Église
épiscopalienne des
États-Unis.
La nécessité que le discours sur les religions soit non religieux fait partie des revendications qui s'entendent dans les
sciences des religions. Il faudrait pouvoir « parler du religieux de manière non religieuse », ce que ne feraient pas les
sciences des religions. Cependant, pour Jonathan Z. Smith, c'est déjà assez largement le cas, car la religion ne ferait
pas bon ménage avec les tentatives de la saisir intellectuellement. Il estime qu'« en un certain sens, il est plus facile
d'être religieux sans le concept : la religion peut devenir une véritable ennemie de la piété. On pourrait presque dire
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que l'homme religieux se tourne vers Dieu ; c'est l'observateur du dehors qui se tourne vers la religion. » Smith
considère que « La religion est uniquement une création d'universitaires. Elle est imaginée sur la base de
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comparaisons et de généralisations par les chercheurs pour les besoins de leurs études » .
Il a été aussi relevé que les définitions existantes sont partiales. Selon André Lalande, elles présentent « presque
60
toutes le caractère d'incorporer une théorie ou une appréciation du fait » . Les définitions proposées véhiculeraient
ainsi des pensées supplémentaires indiquant plus ou moins subtilement ce qu'il faut en penser ou en faire. Michel
Despland donne l'exemple extrême de la définition qu'avait proposée Salomon Reinach dans son Orpheus : histoire
générale des religions (1907). Il y définissait la religion comme « un ensemble de scrupules qui font obstacle au libre
exercice de nos facultés ». Pour Michel Despland, « toutes les idées de la religion ne sont pas aussi impérialistes, mais
il n'en reste pas moins que ces idées diverses non seulement désignent une réalité mais aussi donnent à penser et
orientent nos réflexions ».
Les sciences des religions se sont constituées comme sciences au moment où elles affirmaient leur neutralité vis-à-vis
des religions, mais la question de la neutralité des sciences des religions vis-à-vis de leur objet n'a pas cessé de poser
problème. Ainsi, en 1987, Danièle Hervieu-Léger, revenant sur l'histoire de la sociologie des religions et ses principes
fondateurs se demandait si le sociologue pouvait « échapper à l'impératif de devoir détruire son objet, dans le temps
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même où il le soumet aux procédures d'analyse et d'étude qui sont celle de sa discipline » . Le sociologue Shmuel
Trigano estime pour sa part que « La sociologie de la religion [...] se donnant pour tâche de rendre compte du
phénomène de la transcendance - le trait le plus fort de la religion - dans le cadre d'une explication reposant sur le
principe de l'immanence absolue de tout phénomène social, ce projet même la conduisait à supposer que l'expérience
religieuse était trompeuse, en tout cas illusoire, et que derrière elle, se tramait une réalité dont le croyant n'était pas
61
conscient » .
L'emploi du terme religion autant pour désigner des groupements communautaires aux contours assez bien définis
que pour les grandes traditions religieuses de l'humanité, relève d'une indétermination quant au rapport entre la
culture et ce que l'on appelle religion, problème auquel se sont attaqués différents chercheurs en sciences des
religions. Dans La religion pour mémoire, Danièle Hervieu-Léger avait cherché à raccommoder les religions
comprises comme des systèmes de croyances avec les traditions culturelles de l'humanité en proposant de définir une
religion comme « tout dispositif par lequel est constituée, entretenue, développée et contrôlée la conscience
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individuelle et collective de l'appartenance à une lignée croyante particulière » . Le point c'est la « lignée croyante »
qui désigne le lien d'une religion avec une tradition et par là une histoire et une culture. Danièle Hervieu-Léger estime
ainsi que le propre d'une religion est la référence à « une mémoire autorisée », c'est-à-dire à une tradition, tandis que
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les communautés qui sont sans référence à une tradition ne devraient pas être pensées comme des religions .
Dans son livre La sainte ignorance, le temps de la religion sans culture, le sociologue Olivier Roy adopte une position
diamétralement opposée à celle de Danièle Hervieu-Léger. Estimant que la conception de la religion qui requiert un
« saut dans la foi » est la norme du « pur religieux », il soutient qu'il faut chercher à comprendre la situation actuelle
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du religieux à partir des religions qui se développent le plus aujourd'hui. Ainsi, l'auteur n'identifie pas le « pur
religieux » aux « grandes traditions religieuses », ni aux Églises protestantes « traditionnelles » si l'on peut en parler
ainsi, mais aux « nouvelles religions », en particulier celles de la vaste mouvance appelée pentecôtisme ou
évangélisme. Celles-ci auraient les caractéristiques du « pur religieux » dans la mesure où il y est affirmé une rupture
avec les traditions et des cultures dont elles sont issues, et où elles n'ont le plus souvent aucun rapport institutionnel,
ni avec les religions plus anciennes, ni entre elles. L'auteur considère le pur religieux comme un mythe, c'est-à-dire
que ce « pur religieux » n'existerait pas autrement que comme une idée, mais ce mythe serait présent mondialement,
partout où se trouvent des personnes pour défendre les uns contre les autres leur religion en sa pureté. Olivier Roy
65
qualifie cette religion sans culture de « sainte ignorance », et estime qu'elle a de beaux jours devant elle .
L’induction expérimentale d’un état d’esprit « religieux » semble réduire les taux de tricherie et augmenter le
comportement altruiste vers des étrangers anonymes, mais tant chez des croyants que chez des laïques et non-
66
croyants . Des expérimentations montrent aussi un lien entre une dévotion religieuse affichée et une plus grande
66
confiance (en soi ou en autrui) mais les chercheurs constatent qu’avoir lu le mot « Dieu », ou le fait d’avoir lu le mot
« esprit » (en anglais, « Spirit » est proche du mot « spiritualité ») ou « police » a le même effet. Ni l’Histoire ni la
sociopsychologie ne montrent à ce jour [Quand ?] de différences claires entre le comportement social, éthique, moral ou
criminel de personnes ou groupes se disant religieux ou athées. Le fait d’être croyant ou la pratique religieuse ne
semble pas par exemple liée à la propension à aider un inconnu dans la détresse (ou à s’en détourner), mais le type de
religiosité (ou de comportement moral chez un laïc) a une importance sur le type d’aide qui sera apportée, si la
67
personne s’est arrêtée pour parler avec la personne en détresse . Les effets directs et indirects de la religion et de la
pratique religieuse sur la criminalité semblent aussi varier selon les époques et les contextes, et ils sont souvent
contre-intuitifs ou paradoxaux (ainsi la religion a historiquement justifié les croisades, de vastes mouvements de
déculturation, de colonisation et parfois d’asservissement très violents). Des gens se disant religieux ont participé à de
très nombreuses guerres et violences fratricides ou les ont cautionnées. Inversement, la religion semble aussi avoir
généré des comportements individuels ou de petites communautés considérés comme exemplaires.
Les croyances et les comportements religieux découragent-ils les comportements égoïstes ou criminels ? ou
autrement dit : l’athéisme diminue-t-il la pratique de comportements vertueux ? Des chercheurs ont tenté de
répondre à cette question en étudiant les effets comportementaux des injonctions religieuses.
À ce jour [Quand ?], ils n’ont pu trouver aucune preuve convaincante ou systématique de relation scientifique ou
empirique entre la religion, la religiosité, la malhonnêteté et la criminalité. En 1969, Hirschi et Stark surprennent par
les résultats d’une étude portant sur les effets de l’implication religieuse des adolescents et la délinquance : ils ne
trouvent aucune relation significative entre les deux. Des réplications ultérieures de ces travaux ont abouti à des
résultats similaires ou mitigés. Chez les délinquants, la religiosité ne semble pas non plus être un facteur prédictif du
68
risque de récidive . Une étude américaine (méta-analyse) sur le risque d’addiction à l’alcool ou à d’autres drogues et
69
de délinquance conclut par contre que ce risque est moindre chez ceux qui ont une pratique religieuse , mais
70
plusieurs commentaires ou d’autres études ont estimé que, hors certains processus de radicalisation rapide ,
l’engagement religieux (chez les jeunes adultes notamment) était quand même globalement inversement lié au risque
de délinquance ou toxicomanie. Les grandes religions interdisent toutes le suicide, mais si Durkheim a autrefois
conclu que la religion semble protéger du suicide, cela ne semble plus vrai, notamment dans les sociétés où le taux de
71
suicide s’est élevé chez les jeunes . Les études qui ont tenté de prendre en compte les multiples dimensions de la
religiosité concluent souvent que la « religiosité en soi » pourrait-être moins « protectrice » que d'autres facteurs
72
(aptitude à la maîtrise de soi) , ou qu’elle n’est efficace pour certains groupes d'hommes (parmi une minorité de
jeunes adultes profondément religieux dans le cas de la violence conjugale ou familiale perpétrée par des hommes
72
selon une étude récente (2015) ).
Une méta-analyse de 60 études antérieures a été faite pour répondre à 2 questions : 1) Quel sont les
orientations et l'ampleur des effets de la religion sur la criminalité ? 2) Pourquoi les études précédentes ont-elles
autant varié dans leur estimation de ces effets?
Les auteurs ont conclu qu’aujourd’hui, les croyances et les comportements religieux exercent un « effet
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dissuasif modéré » sur le comportement criminel des individus. Ils estiment que les études antérieures ont
systématiquement varié dans leur estimation de l'effet de religion contre la criminalité, en raison de biais
méthodologiques et/ou d’approches conceptuelles du sujet trop différentes.
Une étude trans-culturelle et trans-nationale conduite à l’université de Chicago (USA), la première faite à une
telle échelle sur le sujet, a récemment (publication 2015) porté sur trois comportements (1. sens du don, c'est-à-
dire capacité à spontanément partager, 2. tendance à juger autrui, 3. tendance à punir les autres). Ces
3 comportements ont été évalués chez 1 170 enfants âgés de 5 à 12 ans de six pays (Canada, Chine, Jordanie,
Afrique du Sud, Turquie et États-Unis). Les enfants élevés dans des foyers non religieux se sont montrés plus
altruistes que ceux élevés dans un environnement familial religieux (familles musulmanes et chrétiennes dans
le cas de cette étude, les autres religions n’étant pas assez présentes dans le panel d’enfants pour en tirer des
conclusions statistiquement significatives). Les auteurs notent que dans ce panel, l’éducation religieuse a plus
souvent été associée à plusieurs tendances punitives en réponse à un comportement jugé « anti-social » ; En
outre, plus la famille était « religieuse » (d’après une enquête faite auprès des parents), moins l’enfant se
montrait altruiste dans les tests, et plus l’enfant d’une famille religieuse était âgé, plus il se montrait enclin à
73
l’égoïsme, au jugement et à punir les autres . L'âge de l’enfant, le statut socio-économique familial, ou le pays
73
d'origine, étaient des facteurs modifiant le résultat, mais moins que le degré de pratique religieuse .
« L’ensemble de ces résultats révèlent la similitude entre les pays dans la façon dont la religion influe
négativement sur l’altruisme des enfants. Ils remettent en cause le point de vue selon lequel la religiosité facilite
le comportement social. Ils remettent aussi en question l’utilité et la vitalité de la religion pour le développement
moral. Ces interrogations montrent que le discours moral ne sécurise pas la bonté humaine. En fait, il fait
73
exactement le contraire », commente le professeur Decety, l’un des principaux auteurs de l’étude . Pour
Benjamin Beit-Hallahmi qui étudie la psychologie de la religion, cette moindre bonté à l’égard des autres
pourrait résulter de « l'importance que de nombreuses religions accordent à une autorité extérieure et aux
menaces de punition divine », alors que les enfants élevés dans des foyers laïques pourraient être mieux
encouragés à suivre des règles morales juste simplement parce que c’est « la meilleure chose à faire » pour
bien vivre en société, ainsi « quand personne ne les regarde, les enfants issus de familles non religieuses se
73
comportent mieux » (Cette étude sera prolongée dans 14 pays, avec l’objectif de comprendre comment le
contexte religieux familial influence la manière dont les enfants vont redistribuer des biens à différentes
73
personnes d’un groupe ).
Thèse de la sécularisation
En rapport avec la thèse de la sécularisation, il est aujourd'hui question de retour du religieux pour des phénomènes
divers et dont il est difficile de percevoir ce qui en ferait l'unité. Depuis les années 1970, le retour du religieux a ainsi
été diagnostiqué dans le développement de ce que des sociologues appellent Nouveaux Mouvements Religieux
(NMR). Il peut être perçu dans la vitalité et la croissance des mouvements charismatiques pentecôtistes et
évangéliques. Le retour du religieux pourrait se caractériser par une tendance au retour à la tradition, mais aussi, par
le développement d'une forme de religiosité personnelle, dés-institutionnalisée et dérégulée. Au niveau politique, il
est question de retour du religieux à propos de l'influence qu'exercent des prédicateurs sur la vie politique américaine,
pour la révolution islamique iranienne, pour la montée du fondamentalisme musulman ou encore, la montée du
nationalisme hindou dans la vie politique indienne. Les constats qui permettraient de mesurer une sortie de la
religion ou un retour du religieux sont difficiles à établir tandis que l'incertitude sur ce qu'est une religion joue
fortement sur les arguments employés en faveur des idées de sortie ou de retour de la religion.
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Ainsi, selon l’Encyclopédie des religions de Bayard, la fin du xxe siècle, « moins optimiste ou plus prudent que le
précédent, a dû abandonner les grandes synthèses évolutionnistes, progressistes, rationalistes. Il a dû aussi renoncer
à percer l'énigme de l'origine des religions, qui se heurte à trop d'obscurités pour que l'on construise autre chose que
des hypothèses. Il a dû encore, malgré les constats de sécularisation croissante, enregistrer, en même temps que
74
l'indifférence ou l'athéisme, un regain des croyances aux formes totalement imprévues » .
Pour Marcel Gauchet, la fin de la religion intervient avec l'« épuisement du règne de l'invisible ». La fin ou la sortie de
la religion n'est cependant pas la fin du religieux. L'auteur considère qu'il existe un « pur religieux » remontant aux
origines de l'humanité. Celui-ci ne disparaît pas car le monde reste en rapport avec une transcendance qui en est
l'origine ou le fondement. Cependant « personne n'est fondé parmi les présents-vivants à se réclamer d'une connexion
privilégiée avec le fondement invisible, lequel n'a besoin de personne pour uniformément s'imposer ». Ce qui prend
fin avec la sortie de la religion n'est donc pas ce que Gauchet désigne comme étant le « pur religieux », mais c'est la
religion en tant que prétention à rendre compte du fondement invisible du monde. Avec la sortie de la religion « Dieu
ne meurt pas, il cesse simplement de se mêler des affaires politiques des hommes ».
Marcel Gauchet affirme que l'on peut parler de « retour du religieux » mais pas de « retour de la religion ». L'un et
l'autre seraient très différents en ce que le retour du religieux serait une nouvelle forme de religiosité
désinstitutionnalisée, tandis que le retour de la religion désignerait la reviviscence d'une religion inexorablement
vouée à la disparition. Ce qui s'apparente à un essor de la religion aujourd'hui serait de l'ordre d'états de déréliction
intermédiaires des religions plutôt que l'avenir religieux de l'humanité.
Le fait que les religions soient devenues des systèmes de croyance fait partie de ce processus : c'est lorsque s'opère la
76
« sortie de l'organisation religieuse du monde humain que la religion devient un système de croyance » . Comme
Max Weber, Marcel Gauchet reconnaît au christianisme une place particulière dans l'histoire de l'humanité et parmi
les autres religions, considérant qu'il s'agit de « la religion de la sortie de la religion ».
Le monde sortant de l'âge des religions, de nouveaux problèmes se posent car « le déclin de la religion se paie en
75
difficulté d'être soi ». Marcel Gauchet estime que « La société d'après la religion est aussi la société où la question
75
de la folie et du trouble intime de chacun prend un développement sans précédent ». L'auteur recommande d'aller
consulter un psychanalyste si l'on ne sait pas gérer seul les névroses résultant des incertitudes de l'existence. Le
discours psychanalytique, en particulier lacanien, pourrait aussi, selon Marcel Gauchet, permettre d'envisager des
réponses plus collectives. Cependant, chacun devra affronter « la douleur lancinante, journalière que nul opium sacral
75
ne permettra plus d'oublier : l'inexpiable contradiction du désir inhérent au fait même d'être sujet ».
Retour du religieux
Le thème d'un retour du religieux est évoqué dès le milieu du xixe siècle d'après Ernest Renan, qui, ancien
séminariste lui-même, s'inscrit en faux en affirmant un retour certes de formes religieuses, mais selon lui vidées de
leur contenu et sans rapport avec la foi profonde du Moyen Âge [réf. souhaitée]. La lutte entre partisans en France d'un
ordre de type séculier ou religieux sera vive (voir Affaire des fiches) jusqu'à ce que la Grande Guerre cimente l'Union
sacrée. Ce n'est qu'en 1916 qu'un drapeau tricolore sera admis dans une église en Vendée, où le souvenir des
massacres de Westermann est encore vivace.
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Lors de la deuxième guerre mondiale, Aragon témoigne dans La Rose et le réséda de la bonne entente dans la
Résistance entre celui qui croyait au Ciel, celui qui n'y croyait pas.
Dans l'après-guerre, un changement d'appréciation sur la valeur du progrès technique - déjà dénoncé par Edgar
Quinet, puis Paul Valéry en leurs temps et repris Georges Bernanos s'est produit : ni les sciences ni les techniques ne
répondent a priori aux questions d'un éventuel sens de la vie ou de la recherche du bonheur durable, qui ne sont pas
leur objet. Le « progrès » des armements, déjà dénoncé par Charles Richet, est même perçu comme néfaste, voire
désastreux. La bombe atomique montre l'humanité capable de s'anéantir elle-même, alors que grandissent avec les
Amis de la Terre, puis le Club de Rome les préoccupations environnementales. Dans les écrits d'Hannah Arendt, il est
question de crise de la culture, d'illusion du progrès, de perte de confiance en la raison. Avec l’effondrement de grands
77
systèmes idéologiques ayant déçu , se battre pour des idées parait inutile, en plus de dangereux (thème dont Georges
Brassens fera plusieurs chansons). Dans ce contexte, André Malraux évoquait avec plus d'éloquence que de précision
les formes que pourrait ou devrait prendre un retour du religieux. Il aurait déclaré alors dans des entretiens que « Le
xxie siècle sera religieux [dans d'autres citations : "spirituel"] ou ne sera pas ». Cette formule deviendra rapidement
célèbre. Il la dénoncera par la suite, niant l'avoir prononcée :
« Il [André Malraux] m'a dit que nous sommes la première civilisation dans l'histoire du monde à ne
pas avoir de centre, de transcendance, de sens à la vie qui l'informe en tant que civilisation. Très
sensible à la technologie moderne — « Pensez donc, en l'espace d'une seule vie j'ai vu les fiacres à Paris
et des hommes sur la lune » — il s'inquiétait pour l'avenir d'une telle culture sans centre, et c'est là où,
devant moi, il a prononcé la fameuse phrase : « Le xxie siècle sera religieux ou ne sera pas ». Il a
expliqué qu'il ne savait pas quelle forme cela prendrait : ou bien le renouveau d'une religion existante,
ou bien une nouvelle religion, ou bien quelque chose de tout à fait imprévisible, comme il l'a souligné
dans L'Homme précaire et ailleurs. Mais de toute façon, pour lui, ou bien notre civilisation retrouverait
un centre, une transcendance, un sens à la vie, ou bien on se ferait tous sauter en l'air puisque nous en
avons maintenant les moyens techniques. »
— Brian Thompson, « Le xxie siècle sera religieux ou ne sera pas » : le sens de cette phrase prononcée,
78
démentie, controversé .
L'opposition entre rationalité et religion est au cœur de la thèse de la sécularisation. Elle suppose que les religions
reculent à mesure que le monde développe ses connaissances, comme le supposait Auguste Comte dans sa loi des
trois états. Paul Valéry développe ce point de vue qu'il présente prudemment comme celui de Stendhal
.
80
Selon Odon Vallet, cette perception est de plus statistiquement fausse excepté en Europe : toutes les religions ont
gagné des adeptes par simple effet démographique au xxe siècle, excepté le bouddhisme qui en a perdu non en raison
de la modernité, mais des persécutions. Les religions proposent cependant des valeurs fondamentales (indépendantes
en général des croyances - qui ont d'ailleurs aussi pour effet de les légitimer), des progrès, un espoir, une fin, des
motivations, un sens à la vie, que ne donne pas dans l'état actuel des connaissances la modernité concurrente.
Lorsque la modernité décevrait, la religion reviendrait.
Toutefois de nombreux modèles de valeur humaine et morale issus de l'Antiquité (Solon, Socrate tel que décrit par
Platon, Epictète, Régulus, Cicéron, Marc-Aurèle, Caton, Horatius Coclès, Mucius Scaevola... sont issus d'une
civilisation où ni la religion ni les sciences exactes ne se prononcent sur un quelconque message moral : la morale est
issue chez eux de la philosophie ou de l'éducation bien avant que des religions extérieures à l'Empire ne viennent la
revendiquer comme étant de leur ressort.
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Des théories de « postmodernité » - parfois nommée ultra-modernité ou hyper-modernité - ouvrent des perspectives
différentes sur la question de la situation religieuse du monde et de son devenir. Elles semblent pouvoir expliquer à la
fois le déclin d'institutions religieuses anciennes, la persistance d'une spiritualité individuelle et une permanence du
religieux. Ces théories accordent une place importante à la montée d'une « culture du soi » ou d'une requête
d'accomplissement personnel (voir Pyramide de Maslow) en fonction de la subjectivité individuelle. Selon Danièle
Hervieu-Léger, ces théories permettent de penser que le recul des religions serait davantage une « dés-
81
institutionalisation » du religieux que sa disparition . Le religieux se recompose pour répondre à un des besoins qui
ne satisfont plus par l'appartenance à une communauté ou en se fiant aux interprétations autorisées des « grands
récits » qui ont accompagné la formation des cultures du monde. Les individus prennent ce qui leur semble avoir du
sens dans ces traditions et l'interprètent librement pour orienter les choix de leur vie. L'essor de cette religiosité
81
participerait « du règne de l'individualisme expressif et de la culture de l'authenticité ». Dans cette perspective, la
sécularisation peut se comprendre comme un processus de dérégulation institutionnelle de la religion. Les religions
traditionnelles et institutionnalisée s'effaceraient pour laisser place à un religieux dérégulé, les religions collectives et
81
identitaires disparaîtraient au profit d'un religieux diffus et personnel . Selon Danièle Hervieu-Léger, la prolifération
des croyances, notamment dans l'occident chrétien, se traduit dans deux grandes figures individuelles du croyant, le
82
pèlerin et le converti .
La perspective de la sécularisation et de la fin des religions a été plus radicalement remise en cause qu'elle ne l'est
avec la thématique de la recomposition ou de la dérégulation du religieux. Cette remise en cause a trouvé une
expression particulièrement claire avec la publication en 1999 d’un collectif dirigé par Peter Berger et intitulé La
désécularisation du monde. Peter Berger y affirme que la théorie de la sécularisation, qu'il avait lui-même défendue
auparavant, est globalement fausse lorsqu'elle prédit la fin des religions car la sécularisation entraîne une réaction
religieuse sur des lignes conservatrices ou traditionalistes. Pour Peter Berger, « Le monde est aujourd'hui, à quelques
83
exception près [...], aussi furieusement religieux que toujours, et par endroits plus qu'il ne l'a jamais été » .
Indifférence religieuse
Selon Claude Dagens, la sécularisation serait la cause de la montée de l'indifférence religieuse en Occident depuis les
84
dernières décennies du xixe siècle .
Dans Religion privée, opinion publique, Bertrand Binoche établit une corrélation entre la valorisation de l'idée de
tolérance dans l'opinion publique depuis le xviiie siècle et le refoulement de la croyance religieuse dans l'espace privé.
Il y décrit le paradoxe de ce refoulement : « Paradoxe : nous ne pouvons vivre en paix qu'en acceptant, une fois pour
toutes, de renoncer à être d'accord sur l'essentiel. Paradoxe du paradoxe : ce que nous abandonnons au désaccord
85
devient ipso facto inessentiel » .
Relativité culturelle
Le relativisme moderne permet de penser d'une part, que les croyances et les normes morales des différentes sociétés
n'ont pas de fondement rationnel, et d'autre part qu'elles sont légitimes et respectables au sein du système de pensée
où elles trouvent leur cohérence. Dans ce contexte, les croyances ne peuvent être ni défendues à l'extérieur, ni
critiquées de l'extérieur. À l'extrême, Richard Shweder (en) qui soutient la thèse de l'incommensurabilité des cultures
86
a suggéré que l'excision ne pouvait être jugée de l'extérieur . Raymond Boudon réagit à ce genre de positions en
écrivant : « On attend encore le culturaliste qui refuserait de juger de l'extérieur la lapidation des femmes adultères ou
87
la condamnation à mort pour cause de conversion religieuse » . Selon Raymond Boudon « Le relativisme a existé
dès l'Antiquité, en témoigne le Théétète de Platon (152 a), mais il a toujours représenté une philosophie parmi
87
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87
d'autres. Il n'est devenue une philosophie dominante que de notre temps » . En un sens large il est possible de
qualifier de « relativiste » l'idée selon laquelle la compréhension et l'interprétation de discours dépend des conditions
historiques et culturelles dans lesquelles ils sont énoncés. En un sens plus restrictif le relativisme consiste à tenir qu'il
n'y a de vérité qu'à l'intérieur d'un système de pensée ou d'une culture donnée, la vérité d'une culture n'étant pas
accessible à une autre. Raymond Boudon propose de voir dans ces deux façons de considérer le relativisme un bon et
un mauvais relativisme : « Le bon relativisme a attiré l'attention sur le fait que les représentations, les normes et les
valeurs varient selon les milieux sociaux, les cultures et les époques. Le mauvais en a conclu que les représentations,
les normes et les valeurs sont dépourvues de fondement : qu'elles sont les constructions humaines inspirées par le
87
milieu, l'esprit du temps, des passions des intérêts ou des instincts » .
Les bases théoriques du relativisme moderne n'ont jamais été posées de façon systématique, mais elles peuvent être
87
envisagées dans une relecture de certaines œuvres, notamment celles de Montaigne, Hume et Weber , trois auteurs
parmi ceux qui comptent le plus dans l'étude de la formation de l'idée moderne de religion. Ce que Montaigne aurait
permis de comprendre est que : « en matière normative, il n'y aurait pas de vérité, mais seulement des coutumes
variables d'une société à l'autre ». Avec ce qu'il est convenu d'appeler la guillotine de Hume, David Hume aurait
fourni l'un des arguments essentiels du relativisme moderne : « aucun raisonnement à l'indicatif ne peut engendrer
87
une conclusion à l'impératif » . L'idée est que l'on ne peut déduire logiquement des normes de propositions qui ne
soient pas elles-mêmes des normes. En d'autres termes, les principes moraux indiquant ce qu'il faut faire ou ne pas
faire ne se déduisent pas uniquement de l'observation de faits, mais toujours d'autres principes moraux. Enfin Max
Weber, avec Le polythéisme des valeurs et La guerre des dieux aurait fourni, « contre son gré », les bases d'une
argumentation relativiste déployée à sa suite par les sociologues allemands qui ont insisté sur l'idée que les valeurs
87
culturelles relèvent de l'arbitraire et des rapports de force .
88
C'est dans le sillage des travaux sur les religions des sociologues allemands Georg Simmel et Ernst Troeltsch que se
sont ensuite développées les théories sociologiques ou théologiques qualifiées de relativistes sur les religions.
Troeltsch fut relativiste comme « à regrets ». Son relativisme est plutôt un diagnostic qu'il pose sur la pensée de son
temps sur les religions et sur l'histoire des religions, problème qu'il cherche à dépasser tout en consolidant néanmoins
par ses analyses la possibilité de décrire et d'expliquer une forme d'incommunicabilité entre cultures ou religions.
C'est dans la seconde moitié du xxe siècle, avec des travaux relevant plus directement de la théologie, que
l'incommunicabilité entre cultures ou la valeur propre de religions irréductibles les unes aux autres commencera à
être défendue comme un fait positif et respectable, parfois considéré comme voulu par Dieu lui-même, par exemple
par John Hick qui défend, d'un point de vue chrétien, l'égale valeur de toutes les religions.
A contrario, Paul Valéry dans son essai sur Stendhal expose une raison pour l'incroyant de douter de toutes les
religions :
« Il est presque inconcevable à l’incrédule qu’un homme instruit, calmement attentif, capable de
s’abstraire de ses désirs ou de ses craintes imprécises (ou qui ne leur attribue de signification
qu’individuelle, organique et presque morbide), capable aussi de s’entretenir nettement avec soi-même,
et de bien séparer les domaines et les valeurs, ne rejette pas aux légendes et aux fables tous ces récits de
bizarres événements immémoriaux ou improbables qui sont essentiels à l’autorité de toute religion, ne
s’avise de la fragilité des preuves et des raisonnements sur quoi les dogmes se fondent, ne s’étonne
jusqu’à la négation, en constatant que des révélations, des avis d’importance littéralement infinie pour
l’homme, lui soient offerts comme des énigmes dangereuses à la manière du Sphinx, avec de si faibles
garanties et dans des formes si éloignées de celles qu’il a coutume d’exiger des choses vraies. Rien de
plus difficile à attribuer sans réserves à quelqu’un de pareil à nous. Il n’y a point de doute que la foi
existe ; mais on se demande avec quoi elle coexiste dans ceux chez qui elle existe. Un incrédule y voit
une singularité, quoique contagieuse, estime qu’un croyant d’esprit distingué ou supérieur, un homme
comme Faraday, chef de la secte des Sandemaniens, ou Pasteur, porte véritablement deux hommes en
lui. »
— Paul Valéry, Variété
Cas d'échanges, d'interdépendances ou de relations entre cultures ou entre religions
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Inscription de la Statue bouddhiste Sommet de la stèle Hulagu Khan et son La mosquée bleue,
synagogue de Cochin hellénistique, un art au nestorienne de Xi'an, épouse tenant la croix. construite sur le
en Inde. Une confluent du Chine. Témoigne de la Il conquiert Bagdad en modèle de la basilique
communauté juive y bouddhisme et de la présence de chrétiens 1258 où il instaure Sainte-Sophie (au
est présente tradition artistique de en Chine au viie siècle. pour une trentaine fond). Istanbul.
probablement depuis la Grèce antique. d'années la politique
le ier siècle. de tolérance religieuse
des Mongols, sans
jamais se déclarer
d'aucune religion.
Pour Jacques Bouveresse, le principal danger en matière de religions viendrait aujourd'hui de discours qui ne
donnent de légitimité qu'à une religion sans raison ou une foi sans intelligence. Ce danger ne viendrait pas tant des
religions elles-mêmes que d'un milieu universitaire, par ailleurs complètement affranchi de tout contrôle des
religions. Dans un chapitre intitulé « Les vrais et les faux amis des religions », Jacques Bouveresse déclare n'avoir
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personnellement « que peu de disposition pour la croyance, ayant une propension, naturelle ou acquise, à vouloir
90
juger et évaluer les croyances de façon rationnelle » . Et il s'oppose à ceux qui, notamment dans le domaine des
sciences des religions, assurent une légitimité a priori à toutes les croyances.
Valeur du vrai
Paul Veyne dans Les Grecs ont-ils cru à leur mythes ? propose une réflexion sur ce qui, aujourd'hui comme hier, fait
que l'on tienne certaines choses pour vraies, c'est-à-dire que l'on y croit. Il conclut son essai en écrivant : « Le propos
de ce livre était très simple. À la seule lecture du titre, quiconque a la moindre culture historique aura répondu
d'avance « Mais bien sûr qu'ils y croyaient, à leurs mythes ! ». Nous avons simplement voulu faire en sorte que ce qui
91
était évident de « ils » le soit aussi pour nous et dégager les implications de cette vérité première » . Pour Paul
Veyne, les Grecs avaient raison de croire en leurs mythes. Platon ou Aristote y croyaient en s'assurant de tout ce dont
il était pour eux possible de s'assurer selon une raison qu'ils ont, semble-t-il, fort bien déployée. Ils retranchaient des
mythes ce qui devait être tenu pour invraisemblable, participant ainsi, par amendements et corrections, à la
production de mythes crédibles. De même, aujourd'hui, nous faisons des sciences pour savoir les mythes qu'il faut
croire. Paul Veyne propose donc que l'on abandonne les projets de critique des idéologies comme l'habitude de
dénoncer le faux au nom d'un vrai, puisque le vrai est de toute façon l'assentiment que l'on donne en ce que l'on croit
selon les raisons que l'on a d'y croire. Il suffit de s'intéresser à ce qui est intéressant tout en considérant qu'il n'y a ni
vrai ni faux, et il déclare à ce sujet : « cela fait d'abord un drôle d'effet de penser que rien n'est vrai ni faux, mais on s'y
habitue rapidement. Et pour cause, la valeur de vérité est inutile, elle fait toujours double emploi ; la vérité est le nom
que nous donnons à nos options, dont nous ne démordrions pas, si nous en démordions, nous les dirions décidément
91
fausses, tant nous respectons la vérité » .
Jacques Bouveresse estime pour sa part que l'on ne renonce jamais sérieusement à la valeur du vrai. Il constate
qu'aujourd'hui une pensée dite « pragmatique » défend l'idée selon laquelle « les hommes s'aimeront davantage une
fois qu'ils auront cessé de croire que la vérité existe et peut, au moins dans certains cas, être découverte ». Jacques
Bouveresse, dénonce cette idée, et il considère qu'il y a tout lieu de s'attendre à ce que la décision de cesser
complètement de se préoccuper de vérités et de la fausseté soit plus souvent répétée et proclamée comme slogan que
92
supposée devoir être comprise sérieusement et appliquée concrètement . Il se demande comment honorer dans le
contexte actuel de crise de confiance en la raison ou en l'idée de vérité, l'inquiétude exprimée par Bertrand Russell
selon laquelle « là où il n'y a plus de place réelle pour une distinction entre le vrai et le faux, on peut parier à coup sûr
que ce qui augmentera, ce n'est pas l'amour entre les hommes mais plutôt l'arbitraire, la violence, la tyrannie et la
93
guerre » .
L'émergence du thème des faits religieux et son enseignement est d'abord une affaire française, liée à la recherche
universitaire sur les religions, mais aussi à la question de l'enseignement scolaire et de la laïcité. À Québec, une
problématique similaire se pose avec le débat sur le cours « Éthique et Culture Religieuse » (ECR), mis en place
96
depuis 2008 pour dispenser un enseignement culturel et neutre des différentes religions . L'expression « faits
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religieux » n'est pas équivalente à l'anglais « religious facts » qui désigne des données statistiques sur les religions
confessionnelles telles que celles produites par la CIA, et non pas l'opération épistémologique dont relève l'expression
française ou le cours ECR à Québec.
Parler de « faits religieux » n'apporte aucune solution aux problèmes de définition de la religion. Ainsi, le
Dictionnaire des faits religieux n'a pas d'article « religion » mais un article « faits religieux », où Jean-Paul Willaime
commence par poser les problèmes d'une définition de la religion et reconnaît que le « fait religieux » ne se définit pas
mieux que la religion. Selon l'auteur, « l'expression [fait religieux] vise à saisir les phénomènes religieux comme
« faits historiques », d'une part, et « faits sociaux », d'autre part, ce qui est une façon de souligner que les
phénomènes religieux sont construits comme faits à travers diverses approches disciplinaires : historique,
sociologique, anthropologique. Il ne s'agit pas d'une définition mais d'une façon de qualifier en langue française les
approches scientifiques des phénomènes religieux ». Ainsi, « La notion de fait religieux, si elle n'accepte pas de
définition simple et univoque, s'avère féconde pour la recherche et l'enseignement. Non seulement parce qu'il est
préférable de choisir l'adjectif religieux au substantif religion, mais aussi parce que cela permet d'entrer dans
l'intelligibilité des phénomènes religieux en étant attentif aussi bien à leur dimension de faits collectifs et matériels
qu'à leur dimension de faits symboliques et sensibles ». Considérant que l'étude des faits religieux consiste
premièrement à s'intéresser à des « faits historiques », Jean-Paul Willaime, précise que la notion de fait religieux s'est
construite dans la perspective « d'établir ce qui s'est réellement passé en tentant de distinguer la légende (ou la
mémoire) de la réalité, en s'appuyant donc sur des documents véridiques, en écartant les faux. » Il s'agirait ainsi de
soumettre toutes les religions à des études historico-critiques, comme l'ont été le judaïsme et le christianisme. Enfin,
97
l'étude des faits religieux implique que l'historien s'interroge sur ce qui lui est donné comme un « fait religieux » .
Pour Jean-Marc Tétaz, ce dont relève la volonté de décrire des « faits religieux » plutôt que des « religions » est une
opération épistémologique élémentaire qui consiste à tenter de constituer l'objet que l'on souhaite observer. La
description de « faits » tels qu'une réalité culturelle ou un comportement social est une affaire complexe, et il faut
s'interroger sur l'opération qui consiste à sélectionner des traits que retiendra la description pour désigner telle entité
du terrain étudié, « toute description est un acte de constitution, transformant la réalité observée en champs
98
théorique » . Ainsi, il n'y a pas de « fait » en soi, c'est toujours au travers d'une catégorie, en l'occurrence celle de
religion, que l'on décide qu'un fait est religieux.
L'émergence du thème des « faits religieux » n'est pas une révolution dans les sciences des religions, car l'étude du fait
religieux n'est rien d'autre que l'étude des religions telle que dans les sciences des religions. Néanmoins, dans le
domaine de l'enseignement scolaire, le changement de vocabulaire dans l'intitulé permet de clarifier l’ambiguïté de
l'expression « étude de la religion », qui peut laisser un doute sur la question de savoir si l'enseignant doit faire le
catéchisme ou s'il fait de l'histoire, de la sociologie, de l'anthropologie, etc. En parlant d'enseignement du fait
99
religieux, il parait plus clair qu'il ne s'agit pas de catéchèse .
Tel que l'énonçait le rapport Debray, le problème auquel tente de répondre la promotion d'un enseignement du fait
religieux est aussi celui de l'accès aux œuvres culturelles : peinture, musique, architecture, littérature, etc., qui sont
pleines de ce que l'on estime être religieux à un degré ou à un autre. Sans un minimum de connaissance des religions,
100
ces œuvres sont illisibles .
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Sacrifice d'un Samsara ou Cycle des Moïse présentant les Ascension de Le Jugement dernier
marcassin en Grèce existences, tables de la Loi. Mahomet. Il existe peu (détail), 1541, Michel-
Antique. Des sacrifices Bouddhisme D'après un récit du d'images dans l'islam à Ange, Rome, Chapelle
sont effectuées dans mahāyāna. livre de l'Exode qui cause d'un interdit Sixtine.
de nombreuses parle de la révélation visant à prévenir
religions mais ils n'ont et du respect de la loi l'idolâtrie. Sur cette
pas partout la même de Dieu. image, le visage de
signification ni le Mahomet n'est pas
même but. figuré.
L'inspiration de saint L'Extase de sainte Méditation de Marie La foi. Un visage voilé L'Angélus, 1856, Jean-
Matthieu, Le Thérèse, Le Bernin, Madeleine aussi figure une forme de François Millet. Prière
Caravage, Rome 1652, Rome. L'extase appelé Madeleine connaissance qui marquant un temps de
1602. Matthieu écrit est une expérience repentante par serait celle de la foi. la journée au milieu
l'évangile sous la spirituelle qui signifie Georges de La Tour, des autres activités, le
dictée d'un ange placé littéralement, « se tenir vers 1640. matin, le midi ou le
dans un drapé qui a la hors de soi ». soir.
forme d'un cerveau.
Avec les travaux de ces chercheurs, quelques éclaircissements semblent pouvoir être apportés sur ce que l'on appelle
le concept ou la notion de religion. Il est au moins possible d'affirmer que l'idée selon laquelle il y aurait une essence
ou une nature commune à toutes les religions est progressivement apparue à l'époque moderne. Cette émergence est
située entre les xve et xixe siècles avec, en premier lieu les Réformes religieuses du xvie siècle, suivie de
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l'interprétation de cette nouvelle configuration de l'expérience religieuse des Européens par les philosophes des
Lumières, puis de l'émergence des sciences sociales. Ceci n'exclut pas que l'idée moderne de religion ait des
précédents et des racines dans ce qui précède. Selon Pierre Gisel :
« souligner cette mutation historique ne révoque pas une lecture généalogique plus large et inscrite
dans une histoire de longue durée, prenant alors en compte un développement du religieux et des
dispositions socio-culturelles pour lesquelles le christianisme joue effectivement un rôle central. Mais
le christianisme devra alors aussi être relu selon une approche large et différenciée, et non seulement à
partir des formes confessionnelles nées avec les temps modernes. On s'efforcera notamment de cerner
sa cristallisation au cœur de l'Antiquité tardive, à distance de ses Écritures de référence et au seuil
d'une histoire ultérieure toujours changeante justement, on interrogera aussi ses acculturations
diverses, de même que ses phénomènes de canonisation ou d'orthodoxies, comme ses marges,
hérétiques ou ésotériques, on prendra en compte ses lieux de protestation également - des Cathares aux
mouvements utopiques - ou encore ses liens, faits de démarcation et d'interdépendance, avec des
traditions parallèles, juives ou islamiques en premier lieu. »
— Pierre Gisel, Théories de la religion
Lorsqu'il est question d'approche généalogique chez Pierre Gisel, il s'agit d'une généalogie des idées de religion et non
pas des idées religieuses ou des religions elles-mêmes. En effet, l'histoire des religions, des croyances ou des idées
religieuses relève d'une conception de la religion que l'on suppose valable pour tout ce qu'il est possible d'appeler
religion dans l'histoire, tandis que l'histoire des idées montre que la religion se conçoit de façons différentes selon les
époques, les lieux et les auteurs.
La théorie des airs de famille est une transposition au domaine de l'étude des religions d'une théorie épistémologique
de Wittegenstein. Il s'agit d'expliquer que l'on désigne une multitude de choses comme une seule alors qu'il est
impossible de donner une définition qui convienne à chacune de ces choses prises séparément. L'exemple classique
pour expliquer cette théorie est celui du jeu qui avait été donné par Wittgenstein lui-même. Il existe toutes sortes de
jeux, des jeux de mots, de mains, de société, d'enfants, d'argent, des jeux olympiques, etc. Cependant, aucune
définition du jeu, aussi brève soit-elle, ne correspond à tout ce qui s'appelle « jeu ». Pour la religion, c'est la même
103
chose .
Étant admis qu'il n'y a pas une définition de la religion valable pour tout ce que l'usage a permis et permet aujourd'hui
de comprendre comme des religions, le chercheur commence par n'importe quel cas singulier de religion, car il faut
bien commencer quelque part. Il voit ensuite comment il peut passer de proche en proche vers les autres cas. « Le cas
singulier par rapport auquel on identifie d'autre cas […] n'implique alors aucune priorité de droit revenant au premier
cas ». Dans cette démarche, il n'est pas nécessaire de donner une définition de la religion qui convienne à toutes les
103
religions, mais l'on s'applique à définir le cas que l'on observe et l'on montre comment il s'articule à d'autres .
L'expression « airs de famille » est une métaphore qui a des limites. Selon Jean-Marc Tétaz, « telle que l'utilise
Wittgenstein, elle n'a aucune connotation généalogique ; les ressemblances constatées ne sauraient être reconduites à
103
quelque origine commune, sorte d'ancêtre éponyme ».
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Dans le christianisme, il existe une reconnaissance que certaines parties de la Bible écrites plus tard contiennent une
105
révélation divine plus complète. C'est à relier au concept d'Alliance éternelle. Charles Hodge écrit :
« Le caractère progressif de la révélation divine est reconnu par rapport à toutes les grandes doctrines
de la Bible... Ce qui n'est d'abord qu'obscurément suggéré se déploie progressivement dans les parties
ultérieures du volume sacré, jusqu'à ce que la vérité soit révélée dans sa plénitude. »
Ainsi, la notion de révélation progressive ne signifie pas que des textes antérieurs soient faux, sinon que les
enseignements sont complétés avec le temps. Cela peut concerner des vérités spirituelles ou des pratiques. Il y existe
aussi une reconnaissance de la continuité de la révélation divine par présence de prophètes jusqu'à la venue de Jésus,
106
qui constitue une manifestation universelle, comme attesté dans le livre des Hébreux :
« Après avoir autrefois, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, parlé à nos pères par les
prophètes, Dieu, dans ces derniers temps, nous a parlé par le Fils, qu'il a établi héritier de toutes
choses, par lequel il a aussi créé le monde [...] »
Dans l'islam, il est aussi fait une reconnaissance des différents prophètes du passé, certains de la Bible et d'autres dit
"arabes" (Hud...), avec une distinction entre le "prophète" qui a pour mission de proclamer un message divin et le
107
"messager" qui apporte une législation en plus, notion qui existe déjà dans le monde chrétien .
La révélation progressive est un enseignement principal de la foi bahá'íe selon lequel Dieu est un et s'adresse de
manière régulière à l'humanité à travers des Manifestations (ou messagers) et que les enseignements sont adaptés aux
besoins du moment et du lieu de leur apparition, permettant ainsi à l'humanité de pouvoir progresser. Ainsi, les
enseignements bahá'ís reconnaissent l'origine divine de plusieurs religions du monde comme différentes étapes de
l'histoire d'une religion, tout en croyant que la révélation de Baháʼu'lláh, son fondateur, est la plus récente et donc la
108
plus pertinente pour la société actuelle .
Religions officielles
En chinois le mot religion se traduit aujourd'hui par l’expression zōng jiào 宗教. Vincent Goossaert, dans l’article qu’il
a consacré à la carrière de cette expression, montre comment ce néologisme a été réintroduit dans les langues et
110
l’écriture chinoises à la fin du xxe siècle . Il fait remonter l’origine de ce néologisme à son emprunt en 1901 par des
lettrés chinois de l’expression japonaise shûkyô, littéralement « école des rites », qui, au Japon, désignait avec les
mêmes caractères la transmission d’un savoir et de rites au sein d’un groupe. Au moment où il est adopté par les
Chinois il désigne « un système structuré de croyances et de pratiques séparé de la société et organisant les fidèles en
111
églises » . Le terme zōng jiào 宗教 est alors mis en rapport avec la notion complémentaire de mi xin 迷信 désignant
la superstition. Selon Vincent Goossaert, la mise en opposition de ces deux notions a introduit dans le paysage
religieux chinois une distinction inconnue jusque-là. Cette opposition a d'abord conduit à renvoyer du côté de la
superstition de nombreux éléments de la culture traditionnelle chinoise, tandis que depuis 1912, le gouvernement
Chinois reconnaît cinq religions officielles : le Bouddhisme, le taoïsme, l'islam, le protestantisme et le catholicisme.
Plus tard, l’idée de superstition a alimenté le combat contre les religions mené par le régime de Mao. Si depuis les
années 1980 la politique religieuse de la Chine est plus souple, notamment vis-à-vis des groupes religieux qui
n'entrent pas dans le cadre des cinq religions officielles, la liberté religieuse y reste la possibilité de pratiquer un culte
dans le cadre établi par l'État et l'éventualité que ce qui n'y entre pas ne soit pas réprimé.
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Cette invention des religions moderne en Chine a eu lieu dans un contexte culturel capable de le recevoir mais qui en
a été profondément transformé et qui reste marqué par une longue tradition de reconnaissance de religions d'un autre
ordre que ce qui se conçoit comme des religions dans la modernité occidentale. Ainsi ce qu'il est possible de
considérer aujourd'hui comme la religion traditionnelle chinoise se décrit très mal avec le néologisme chinois formé
pour traduire « religion », et la question de savoir ce qu'il convient de considérer comme des religions ou de la
religion dans le contexte chinois continue à poser problème.
Tout d’abord, l’État veillait à la moralité des cultes rendus avec pour principal critère celui de l’intérêt de l’empire
chinois. Les cultes liés à des divinités lubriques ou violentes faisaient l’objet d’une procédure de recentrage au cours
de la procédure de canonisation qui permettait de corriger quelques aspects de la doctrine ou du culte en question.
Mais, plus que les questions d’honorabilité des cultes, les questions financières jouent un rôle prépondérant dans
l’attitude de l’État vis-à-vis des temples. En effet, les constructions nouvelles d’un temple ainsi que les fêtes religieuses
exubérantes sont considérées comme des dépenses inutiles et un frein aux autres travaux plus utiles au
développement de l’Empire. Conjointement aux autorisations données pour les cultes locaux, dans un esprit de
« donnant-donnant », l’État imposait des cultes pour tout l’Empire qui, grâce aux offrandes des fidèles, devaient
permettre de financer les travaux publics. Par ailleurs, la famille impériale était propriétaire de certains temples dont
le prestige était considérable, tel le temple du ciel à Pékin, mais d’un impact social très limité puisque la population
n’y avait pas accès.
Plutôt que de parler des religions chinoises en distinguant uniquement trois courants traditionnels, comme s'il
s'agissait de confessions distinctes au sens où l'on parle de religions en Occident, il semble possible d'envisager la
religion en Chine comme un ensemble organique de doctrines et de communautés qui présente une certaine
cohérence d'ensemble et qui a un socle commun dans les trois enseignements. Pour Vincent Goossaert « La religion
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Religions en Inde
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appartenance au groupe, à la religion ou à la caste dans laquelle il naît. Cette appartenance communautaire détermine
119
largement la vie des individus, leur profession, leur mariage, le lieu où ils peuvent vivre, etc .
Au xixe siècle, les Britanniques ont mis en place une administration coloniale en se fondant sur les structures sociales
et politiques existantes, préservant et renforçant ainsi un système dans lequel « l'État reconnait aux diverses
119
communautés d'être gouvernées par leurs propres lois et coutumes ». L'apport britannique à ce système est la
codification et la systématisation de sa dimension juridique. Pour ce faire, des universitaires britanniques ont
entrepris d'étudier des textes anciens hindous et musulmans. L'islam indien possède une tradition juridique
largement documentée et assez unifiée sur laquelle il a été possible de s'appuyer pour proposer une version codifiée
d'anciens textes de la charia. Pour les hindous ce sont les traités sur le dharma qui furent considérés comme la source
du droit communautaire. Ces textes, produits dans la caste brahmane, ne manifestent pas une doctrine unifiée, mais
l'effort de compréhension d'un système juridique de l'hindouisme sous pression des colons britannique a favorisé et
légitimé une version brahmanique de l'hindouisme comme étant l'hindouisme orthodoxe, renforçant ainsi la
120
domination de la caste brahmane sur l'ensemble de la société et l'appartenance des individus à leur jâti ou caste .
Aujourd'hui l'Inde reste en tension entre le modèle du droit communautaire hérité de l'histoire, et celui d'un régime
politique laïque voulu par la constitution de 1950. Bien que cette constitution mette l'individu au centre de ses
préoccupations et prévoie que la loi générale est valable pour tous, elle maintient aussi un système de droits
communautaires, notamment pour les hindous et les musulmans qui peuvent s'en réclamer pour ce qui concerne la
119
famille et les institutions religieuses .
Notion d'hindouisme
Le terme hindouisme par lequel il est d'usage de désigner la réalité religieuse propre à l'Inde, est apparu au début du
121
xixe siècle . Son usage a commencé à se répandre à la suite de la publication par Monier-Williams de Hinduism en
121
1877 . La thèse selon laquelle l'hindouisme comme religion est une invention d'universitaires britanniques et
122
d'administrateurs coloniaux est discutée depuis qu'elle a été avancée par Wilfred Cantwell Smith (en) en 1962 .
Dans la mesure où il s'agirait d'abord d'une création d'universitaires britanniques, la notion d'hindouisme peut être
vue comme exogène à l'Inde et, par là, inadéquate à la réalité envisagée sous ce terme. Cependant, la considération de
l'hindouisme comme d'une religion propre à l'Inde est aujourd'hui l'un des principaux ressorts d'un nationalisme
hindou dans lequel est défendu le caractère parfaitement autochtone de ce qui se conçoit comme l'hindouisme. Ceux
qui sont désignés comme hindous se sont ainsi emparés de cette désignation « pour penser l'hindouisme comme une
121
religion ».
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La « sanskritisation » de l'hindouisme
Au xixe siècle les indianistes ont
Vishnu et Shiva, illustration par un étudié « la religion de l'Inde »,
aquarelliste européen vers 1820, British supposant qu'il s'agissait d'une
museum. religion comme les autres avec son
clergé, ses pratiques, ses temples, son
système de croyances et ses textes
sacrés. L'étude de l'hindouisme est ainsi d'abord passée par celle des anciens
textes sanskrits. On parle de « sanskritisation de l'hindouisme (en) » pour
désigner cette refondation de l'hindouisme moderne dans ses écritures
123
anciennes . Celles-ci se répartissent en deux catégories d'ouvrages : la lecture des védas
124
Shruti et la Smriti . La Shruti rassemble les Védas rédigés entre 1500 et 800
av. J.-C., les Brahmanas rédigés entre 800 et 700 et les Upanishads rédigés
entre 700 et 650. Les Védas portent sur la nature divine, l'homme, le monde et leurs rapports. Les Brahmanas sont
des textes philosophiques développant les intuitions fondamentales des Védas, tandis que dans leur prolongement les
124
Upanishads sont tenus pour être l'expression la plus parfaite de la révélation divine . La Smriti est un ensemble
d'écritures secondaires par rapport à la Shruti. L'unité de la Smriti tient à ce que son contenu est de l'ordre de ce dont
on se souvient, de la mémoire ou de l'histoire. Elle comporte des poésies, des épopées et des histoires légendaires
auxquelles s'adossent nombre de cultes et de pratiques rituelles hindoues, mais aussi les Darshanas qui présentent la
124
façon dont se sont formés des diverses écoles ou points de vue philosophiques sur les Védas .
Il est possible d'identifier trois formes principales de l'hindouisme actuel : l'hindouisme des brahmanes, l'hindouisme
121
populaire et l'hindouisme des « sectes » ou des nouveaux mouvements religieux . L'hindouisme des Brahmanes
relève des traditions écrites indiennes les plus anciennes qu'il tend à interpréter de façon orthodoxe mais sans
homogénéité. L'hindouisme populaire est celui massivement vécu dans les temples et les manifestations religieuses
publiques. Bien que ces manifestations religieuses puissent être dirigées par des brahmanes très au fait des traditions
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et des textes, et que ces rites se rapportent souvent aux textes du Purana, il s'agit d'un hindouisme qui répond surtout
de croyances populaires véhiculées sans soucis d'orthodoxie, ni connaissance des textes sacrés ou des systèmes
philosophiques par ailleurs considérés comme essentiels à l'hindouisme. Enfin l'hindouisme des sectes ou des
nouveaux mouvements religieux indiens se développe tant en Inde qu'à l'international. Ces trois formes d'hindouisme
sont en étroites relations les unes avec les autres, et se développent dans et par leurs rapports mutuels.
L'hindouisme doit sa dimension internationale tant au développement d'une connaissance de l'Inde par les travaux
des indianistes occidentaux depuis le xixe siècle, qu'à l'exportation de pratiques religieuse par des groupes et des
gourous hindous ayant fait du prosélytisme hors de l'Inde. À la confluence d'une connaissance popularisée de
quelques aspects de la culture indienne et du développement des nouveaux mouvements religieux, se sont
développées des formes de religiosité indianisantes notamment relayées par le mouvement New Age aux États-Unis,
puis par des entreprises commerciales vendant des programmes et des sessions de « santé bien-être ». Il en ressort
une vision occidentalisée de l'hindouisme, appelée tantrisme, largement orientée sur les thématiques
d'épanouissement personnel et sexuel. La notoriété acquise par le Kâmasûtra (traité du désir) ou ce que l'on dit des
Tantras dans les courants New Age fait ainsi partie d'un phénomène occidental que Wendy Doniger appelle
126
« Californication des Tantras » .
L'hindouisme américanisé ou occidentalisé donne lieu à des réactions en Inde où l'on souligne le caractère offensant,
erroné ou caricatural de compréhensions américaines ou occidentales de l'hindouisme. Ces réactions incluent des
protestations contre l'utilisation des Tantras pour légitimer des obscénités, la caricature de l'hindou adorateur de
vaches sacrées, ou encore contre l'insistance jugée exagérée dans les descriptions occidentales de l'hindouisme sur le
126
système des castes et sur l'oppression de la femme .
Une réflexion identitaire sur « l'indianité » ou « l'hindouité » des religions a lieu aujourd'hui en Inde. Elle pousse à
considérer comme des religions indiennes ou hindoues, non seulement celles de ceux qui se revendiquent hindous,
mais aussi les religions qui se fondent sur les textes védiques : le jaïnisme et le bouddhisme notamment. Par
contraste, l'islam et le christianisme sont vus comme des religions étrangères. Selon Catherine Clémentin-Ojha,
depuis les années 1980, cette vision nationaliste des religions en Inde s'accompagne de la contestation de l'idée de
nation multiculturelle inscrite dans la constitution de 1950, et d'« exactions d'une rare violence à l'encontre des
127
musulmans et des chrétiens » .
La notion de dharma
La notion de dharma est centrale de la conception hindoue ou indienne du monde, de la société et de l'homme. Le
terme dharma n'a cependant pas une acception univoque, pas plus qu'il n'a d'équivalent satisfaisant dans les langues
occidentales. On le rend parfois par religion, mais cette notion recouvre aussi celles de droit ou de loi. L'équivalence
aujourd'hui souvent établie entre la notion de religion et celle de dharma n'est pas tant une approximation
d'observateurs extérieurs que le fait des hindous eux-mêmes. Depuis le xixe siècle, les efforts menés en Inde et par des
hindous pour penser l'hindouisme comme une religion les ont conduits à adopter l'expression « dharma éternel »
(sanâtana dharma) pour désigner l'hindouisme ou la religion hindoue dans son rapport aux « autres religions ». De
ce fait, la notion de dharma reste aujourd'hui pensée dans la tension entre différents pôles : entre le passé et le
présent de l'Inde, entre ce qui est indien ou hindou et ce qui est étranger. Ainsi, bien qu'il soit d'usage de s'appuyer
sur les sources védiques anciennes pour penser aujourd'hui un dharma de toujours, l'hindouisme moderne, dans la
mesure où il est présenté comme ce dharma, peut aussi être tenu pour la norme et la réalité objective. Par ailleurs, cet
hindouisme, même s'il se réfère à des sources autochtones de l'Inde, est apparu en modernité dans un contexte
mondialisé. Il s'est formé en rapport aux autres religions et à ce qui se conçoit par ailleurs comme étant la religion.
Selon Madeleine Biardeau, dans les textes des brahmanes, le dharma est un ordre socio-cosmique. La notion peut
128
s'appliquer à l'Univers, à la société humaine dans son ensemble, à une caste, ou à la vie de chaque individu . Le
dharma renvoie autant à l'ordre établi qu'aux conditions de son maintien. Il se traduit nécessairement par un système
121
politique. Selon Catherine Clémentin-Ojha, « il n'y a pas de dharma sans roi pour le protéger ». En ce sens, les
théories du dharma peuvent être celles de la structure sociale et politique de l'Inde, elles permettent en particulier de
penser les castes. Le dharma se décline ainsi dans la théorie des quatre castes héréditaires (varna), adossée à celle
des quatre stades de la vie (âsrama), pour penser le monde, la société et la vie individuelle selon un ensemble de
normes. Des théories du dharma permettent aussi de penser les jâti ou nombreuses castes avec le modèle du
varnasrama dharma. Néanmoins ces théories n'ont pas toujours existé en Inde, elles sont apparues avec la royauté.
Elles sont ainsi historiquement situées et restent à tout moment de l'histoire liées aux formes des régimes politiques
en place. De plus, elles sont le seul fait des castes supérieures où elles peuvent être discutées et ré-élaborées, sans
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qu'aucune adhésion soit requise, ni que quiconque puisse faire valoir une orthodoxie à ce sujet. De cette façon, sur un
plan religieux, les théories du dharma ne relèvent d'aucune « orthodoxie » (ce qu'il faut croire), mais elles sont des
façons de rendre compte d'une « orthopraxie » (ce qu'il faut faire).
L'hindouisme des brahmanes et celui des « sectes hindoues » relèvent de conceptions différentes et par certains
aspects antagonistes du dharma. Chez les brahmanes, la société est hiérarchisée en castes et inclut toute la société
dans cette hiérarchie, tandis que le développement de différents groupes communautaires autour d'une tradition
particulière ou de gourous est porteur d'une conception égalitaire du pluralisme religieux dans la société indienne. Il
s'ensuit une importante divergence sur la notion de dharma qui dans l'hindouisme orthodoxe des brahmanes ne peut
se concevoir qu'au singulier, tandis qu'avec les « sectes hindoues », un dharma se conçoit comme une religion, et l'on
tend à envisager autant de dharma que de religions. Un second point de divergence est la question de l'universalité du
dharma. Dans l'hindouisme, le Bhârata, c'est-à-dire le territoire indien, est traditionnellement considéré comme le
seul lieu d'accomplissement du dharma. Mais certains nouveaux mouvements religieux hindous ont aboli cette limite
territoriale de l'hindouisme pour penser l'hindouisme comme une religion universelle. Ces mouvements s'opposent
ainsi, autant aux sectes hindoues se concevant comme « un dharma » parmi ceux existant sur le territoire du
« dharma éternel », qu'à l'hindouisme des brahmanes qui se présente comme « le dharma » et dont la pratique est
rigoureusement limitée à l'Inde et à son territoire sacré. De cette façon est apparue une forme d'hindouisme
universaliste et de grande visibilité internationale, qui transgresse cependant les limites territoriales et ethniques
largement tenues pour intangibles dans l'hindouisme. Parmi ces mouvements celui de Swami Vivekananda, fondateur
de la Rama-Krishna Mission. Il fut au début du xxe siècle l'un des premiers d'une longue liste de gourous
charismatiques, s'exprimant en anglais et qui donnent une grande visibilité internationale l'hindouisme pensé comme
religion universelle. Enfin, les théories du dharma supposent très largement que la vie des individus soit déterminée
par leur naissance. Cependant la possibilité de poser des actes volontaires est aussi reconnue. C'est notamment ce que
font les ascètes ou sâdhu, en adoptant un style de vie qui n'est pas déterminé par leur naissance. Les « gourous »
fondateurs de mouvements religieux ou de « sectes » hindous sont généralement des personnes qui se sont engagées
dans ce style de vie avant de fonder leur mouvement. Ils véhiculent ainsi souvent une notion de dharma davantage
polarisée par les idéaux de liberté ou de libération individuelle que vers la défense de l'ordre établi et des
déterminations de l'existence.
Typologies et classifications
La différence entre classification et typologie n'est pas toujours très nette dans la mesure où une typologie peut se
concevoir comme un mode de classification. Néanmoins, dans les sciences des religions, les termes « classification »
et « typologie » peuvent désigner des modes d'appréhension de la diversité des religions assez distincts :
Une classification des religions est une tentative de décrire l'ensemble des religions du monde et de l'histoire en
les présentant selon un nombre réduit de catégories principales, qui peuvent éventuellement comprendre des
sous-catégories. Les classifications des religions sont principalement liés aux travaux d'histoire des religions.
Elles procèdent toujours d'une approche comparatiste, dans la mesure où les religions sont classées sur la
base de leurs ressemblances et de leurs différences.
Une typologie des religions est un mode de conceptualisation de la religion qui en propose une compréhension
générale à partir de deux ou trois « types idéaux » de religion. La notion d'idéal-type vient du sociologue Max
Weber ; dans les sciences des religions, il est ainsi question de typologies webero-troeltschiennes pour
désigner les typologies des religions établies à sa suite.
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typologies établies sur ce postulat, telles que celle de polythéisme, de monothéisme, d'hénothéisme ou d'animisme,
n'ont pas pour autant disparues et restent aujourd'hui très employées. Plus récemment, des essais de classifications
dits « taxonomique » ont été proposés.
Pour Hegel « La vérité est que la vérité, la nature, la vie, l’esprit sont entièrement organiques, que tout ce qui est pour
soi, tout être différencié même est le miroir de cette Idée ; elle s’y montre individualisée, comme processus en lui en
132
sorte qu’il manifeste en lui cette unité » . Ainsi, chacune des religions, en tant que miroir de l’Idée, reflète la vérité.
Le christianisme comme religion historique pourrait aussi être considérée comme l’une des religions effectives ou
déterminées, mais elle est traitée par Hegel comme la religion absolue. Plutôt qu'une supériorité du christianisme sur
les autres religions, Hegel envisage le christianisme comme l'essence de toutes religions, considérant qu'elles sont
133
toutes également vraies et révélées étant chacune l'effectivité d'un même concept de religion lui-même chrétien :
« Les religions déterminées ne sont pas il est vrai notre religion ; toutefois comme moments essentiels
bien que secondaires qui ne doivent pas faire défaut à la vérité absolue, ils sont contenus dans la nôtre.
Nous n’avons donc pas affaire avec quelque chose d’étranger, mais à quelque chose qui est nôtre ;
134
reconnaître qu’il en est ainsi, c’est réconcilier la vraie religion avec les fausses »
Avec l'influence de Hegel, l'élaboration de typologies ou classifications des religions se fera avec le rejet de « divisions
en religions vraies et religions fausses, en religions naturelles et religions révélées, ou en religions populaires et
135
religions à fondateurs ».
À partir du xixe siècle, moment auquel on tente de constituer l'histoire des religions en science, l'idée d'une évolution
religieuse de l'humanité est relayée par celle d'évolutionnisme culturel qui, chez Max Müller, fait explicitement écho à
la théorie de l'évolution des espèces de Darwin. Max Müller accordait aussi une importance extrême aux problèmes de
classifications des religions. Cherchant à établir les principes et les méthodes de la science des religions, estimait qu'il
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Contemporain de Müller, l'anthropologue britannique Edward Burnett Tylor a introduit le concept d'animisme pour
désigner les religions des sociétés dites « primitives ». Ce concept a eu beaucoup de succès jusque dans les premières
138
décennies du xxe siècle, devenant « l'un des termes de référence majeurs de l'histoire de l'ethnologie religieuse » . Il
est encore aujourd'hui utilisé dans le langage courant ou dans les statistiques, comme un mot fourre-tout désignant
l'ensemble de ce qui, ne relevant pas des religions théistes s'appuyant sur des textes sacrés, est transmis par des
139
traditions orales .
Le concept de chamanisme n'est guère plus précis que ceux d'animisme ou de religion primitive. Le terme a fait son
entrée parmi ceux fréquemment utilisés en histoire des religions avec Mircea Eliade. Le chamanisme se rapporte en
premier lieu à la religion traditionnelle des populations de Sibérie et d'Asie centrale, mais, par extension, le terme est
aussi employé pour désigner des religions en d'autres lieux et d'autres temps, c'est-à-dire des religions ailleurs dites
animistes ou primitives. À ces expressions peuvent aujourd'hui être préférées celles de religions traditionnelles ou
ethniques.
Wach distinguait sur un plan religieux des « groupes naturels » et des « groupes
fondés ». Les groupes naturels se forment avec les clans ou les tribus, ils
correspondent aussi aux nations lorsque le clan s'élargit à ces dimensions. Ce sont des
groupements identitaires dans lesquels il n'existe pas nécessairement la conscience
d'avoir une religion particulière et où peuvent encore se former des sous-groupes
religieux, par exemple selon l'âge ou le statut social. Dans ce contexte tout le groupe
est religieux sans que la religiosité apparaisse comme un élément distinctif au sein de
la société. L'apparition de « groupes religieux fondés » correspond à une évolution ou
une mutation marquée par la possibilité nouvelle de reconnaître ce qui est
« spécifiquement » religieux, et donc de définir, de modeler ou de fonder les groupes
religieux. Selon Jean Martin Ouédraogo, Wach pensait en particulier au christianisme
et à l'islam lorsqu'il envisageait ces « groupes fondés ». Gustav Mensching (de) a repris
les travaux de Wach y introduisant de nouvelles distinctions telles que celles entre
Max Weber.
« religion nationale » et « religion universelle », ainsi qu'en développant l'opposition
140
entre groupes « spécifiquement et non spécifiquement religieux » .
La réflexion sur ces typologies s'est essoufflée dans les années 1980, moment où sont apparues de nouvelles notions
qu'il était difficile de faire entrer dans ces « idéals types », notamment de « Nouveau Mouvement Religieux », de
140
« religion séculière » ou encore plus récemment celle de « religieux diffus » .
Classifications taxonomiques
Les typologies fondées sur des idéals-types peuvent être considérées comme des typologies de « la » religion, tandis
qu'il existe d'autres essais de typologies ou de classification partant des formes observables de religions plutôt que de
« la religion ». Jonathan Smith avait comparé ces propositions de classifications des religions aux classifications
141
taxonomiques qui concernent les espèces vivantes réparties par genre et espèce .
La méthode consiste à partir de l'observation de chaque cas particulier de religion pour les classer selon leurs
ressemblances en des groupes et des sous-groupes, et parvenir ainsi à une classification générales des religions en
autant de catégories que nécessaire. Ces recherches sont aujourd'hui principalement le fait de chercheurs Nord-
américains, et elles sont très liées à la publication de dictionnaires ou d'encyclopédies visant une forme d'exhaustivité
et de systématicité dans leur présentation des religions. Ces recherches ont pris leur essor dans les années 1970. Une
de leurs préoccupations premières fut de comprendre comment situer les Nouveaux Mouvements Religieux (NMR)
par rapport aux autres religions, notamment avec les travaux de Roy Wallis (en). Les classifications proposées
aujourd'hui peuvent comprendre un nombre élevé de catégories principales : Gordon Melton en distingue soixante-
dix dans The encyclopedia of American religions (1989). Les critères retenus pour établir une catégorie peuvent être
l'origine géographique des religions, des facteurs linguistiques, leurs parentés dans des courants religieux (Melton
envisage des « familles de religions »), de leur expansion selon qu'elles soient des religions mondiales ou non, de
l'époque à laquelle elles apparaissent, etc.
142
Dans le Dictionary of Religion , Jonathan Z. Smith considère sept catégories de religions à l'échelle mondiale :
religions chrétiennes, religions d'islam, religions bouddhistes, religions du sud-est asiatique, religions de l'Antiquité,
nouvelles religions et religions des peuples traditionnels (Religions of Traditional Peoples). Cette dernière catégorie a
été objet de beaucoup de débats. L'expression proposée par Smith remplace d'autres termes « fourre-tout » tels que
ceux de paganisme, de polythéisme, d'animisme ou de chamanisme qui étaient très employés au xixe siècle pour
qualifier les religions que l'on peut situer aujourd'hui dans la catégorie de « Religions of Traditional Peoples » ou
« folk religion » (religions traditionnelles). Néanmoins Smith constate que cette catégorie, quelle que soit la façon
dont elle est rebaptisée, reste une catégorie dans laquelle on situe des religions sans liens historiques ou
143
géographiques évidents, d'Afrique, d'Amérique, d'Asie, d’Arctique ou d’Océanie .
Ces essais nord-américains de classifications générales des religions sont sans équivalent dans les publications
francophones et européennes, où les ouvrages, dictionnaires ou encyclopédies consacrés à la présentation des
religions du monde et de l'histoire tendent plutôt à prendre acte du caractère fragmenté de la réalité religieuse sans
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tenter de la présenter dans une typologie systématique. Ils suivent plutôt un plan chrono-thématique renvoyant le
lecteur à un index alphabétique pour les catégories et notions décrites, utilisées ou critiquées dans les différents
144
articles .
Religions spécifiques
Religions abrahamiques
Les religions abrahamiques sont des religions monothéistes qui disent descendre d'Abraham, principalement le
judaïsme, le christianisme et l'islam.
Le judaïsme
Le judaïsme est la plus ancienne religion abrahamique, issue d'Abraham, pour se déplacer vers la terre de Canaan ou
Terre promise, qui correspond actuellement et approximativement aux territoires occupés par Israël, la Palestine, le
Liban, l'Ouest de la Jordanie et la Syrie. Il s'agit d'une religion monothéiste dont le Dieu unique est YHWH. La Torah,
son texte fondateur, constitue la première partie d'un ensemble de livres : le Tanakh ou Bible hébraïque. La religion
s'identifie au peuple juif, descendant des Israélites, dont elle a marqué la culture et dont le Tanakh retrace l'histoire.
Celle-ci est marquée par des cycles d'éloignement des dirigeants et du peuple des enseignements, ce qui amène un
châtiment divin (parfois sous la forme d'ennemis) jusqu'à ce que l'obéissance aux injonctions divines avec la venue
régulière de prophètes apporte la prospérité.
Les prophètes principaux du judaïsme sont, dans l'ordre chronologique, Abraham, Joseph, Moïse et Élie. Moïse est
connu pour sortir le peuple hébreu de son esclavage en Égypte, avoir dicté les dix commandements (le Décalogue) et
145
un ensemble de lois religieuses, sociales et alimentaires . Les injonctions des prophètes et leurs lois visaient à la
protection du peuple hébreu de la décadence et d'ennemis extérieurs.
Le christianisme
Le christianisme est fondé sur la vie et les enseignements de Jésus de Nazareth relatés dans le Nouveau Testament,
qui fait suite à l'Ancien Testament (la Bible hébraïque). L'ensemble de ces deux textes constitue la Bible chrétienne,
son livre saint. Les chrétiens reconnaissent Jésus comme le Messie promis dans l'Ancien Testament. Jésus révoque un
grand nombre de lois du judaïsme et en introduit d'autres lors du sermon sur la montagne, et à la notion d'un Dieu
qu'il faut craindre dans les enseignements juifs, il ajoute la conception d'un Dieu aimant qui pardonne, ce qui doit
146
inspirer les fidèles à aimer et pardonner . Les trois principales confessions chrétiennes sont le catholicisme, le
protestantisme et l'orthodoxie.
L'islam
L'islam est fondé sur les enseignements du Coran, son livre saint révélé par Mahomet. C'est une religion monothéiste,
Allah en arabe étant le nom sous lequel "Dieu" est connu. Le Coran reconnaît l'origine divine de l'ensemble des livres
147
sacrés du judaïsme et du christianisme, mentionne aussi 5 prophètes arabes et 24 personnages bibliques , et
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contient des exhortations, des lois spirituelles (le jeûne, la prière, le pèlerinage...) et sociales (règles des partages
148
successoraux, traitement des délits et des crimes...) . Le calendrier musulman est un calendrier lunaire qui
commence en 622 ap. J-C, marquant l'hégire, l'exil de Mahomet à Médine.
Religions indo-iraniennes
Les religions indo-iraniennes ou religions aryennes, comptent avec l'hindouisme, le bouddhisme, et le zoroastrisme.
L'hindouisme
L'hindouisme est une des plus anciennes religions au monde encore pratiquées, et est fondée les Vedas, un ensemble
124
de textes révélés, divisées entre la Shruti et la Smriti . Elle est issue de l'Inde, qui reste son principal foyer de
peuplement. L'hindouisme est aujourd'hui considéré comme un polythéisme, avec des divinités principales comme
Brahma, Shiva et Vishnou, qui ont pris de l'importance successivement. Krishna est à la fois considéré comme une
divinité et un prophète réel du IIe millénaire av. J.-C.
Le zoroastrisme
149
Le zoroastrisme tire son nom de fondateur Zoroastre, né au Nord-Est de l'Iran cours du Ier millénaire av. J.-C. .
C'est aussi une religion monothéiste, Ahura Mazda étant le nom sous lequel "Dieu" est connu.
Le bouddhisme
Le bouddhisme est, selon les points de vue en Occident, une religion ou une philosophie, voire les deux, dont les
origines remontent en Inde au ve siècle av. J.-C. à la suite de l'éveil de Siddhartha Gautama et de son
150
enseignement . Le bouddhisme est souvent considéré comme une religion bien qu'il n'y soit question ni de Dieu, ni
151
de nature divine .
Le bouddhisme comptait en 2005 entre 230 millions à 500 millions d'adeptes, ce qui en fait la quatrième religion
mondiale, derrière (dans l'ordre décroissant) le Christianisme, l'Islam, et l'Hindouisme. Le bouddhisme présente un
ensemble ramifié de pratiques méditatives, de pratiques éthiques, de théories psychologiques, philosophiques,
cosmogoniques et cosmologiques, abordées dans la perspective de la bodhi "l'éveil". À l'instar du jaïnisme, le
bouddhisme est à l'origine une tradition shramana, et non brahmanique (comme l'est l'hindouisme).
Bien que le bouddhisme soit communément perçu comme une religion sans dieu, que la notion d’un dieu créateur soit
absente de la plupart des formes du bouddhisme (elle est cependant présente dans les formes syncrétiques en
Indonésie), la vénération et le culte du Bouddha historique (Siddhārtha Gautama) en tant que Bhagavat joue un rôle
important dans le Theravada et particulièrement dans le Mahayana qui lui donnent un statut de quasi-dieu
contribuant à brouiller les notions de dieu et de divinité dans le bouddhisme.
Le bahaïsme
La foi bahá'íe a été fondée au xixe siècle d'après les enseignements de Bahá’u’lláh, qui proclament l'unicité de Dieu,
l'unicité des religions et l'unicité de l'humanité. Partant du fait qu'il n'y a qu'un seul Dieu, le bahaïsme détaille la
notion de révélation progressive, selon laquelle Dieu envoie régulièrement des messagers ou manifestations à
152
l'humanité afin de la faire progresser, chacune construisant sur les apports de la précédente . Pour les bahaïs,
Adam, Abraham, Moses, Zarathoustra, Krishna, Bouddha, Jésus-Christ, Mahomet, le Báb et Bahá’u’lláh sont des
153
manifestations de Dieu .
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Le bahaïsme contient plusieurs principes fondamentaux, dont l'unicité de l'humanité, l'abolition des préjugés, l'égalité
154
des sexes, l'harmonie entre la science et la religion, l'abolition des extrêmes de richesse et de pauvreté . Il rassemble
environ 8 millions de fidèles.
Chiffres et statistiques
Problèmes de dénombrement
Les statistiques mondiales sur les religions supposent une relative uniformité de ce que sont « les religions », chaque
individu étant susceptible d'en avoir une ou de ne pas en avoir. Ce schéma s'applique assez bien aux populations dont
les traditions religieuses sont principalement le christianisme ou l'islam et qui représentent environ la moitié de la
population mondiale. La prise en compte de l'autre moitié, c'est-à-dire principalement de l'Asie, pose plus de
difficultés. Il est par exemple possible, en Chine, de considérer comme « des religions » les trois enseignements que
sont le confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme, mais traditionnellement la population a recours à ces
enseignements sans exclusivité et sans que cela se traduise par une adhésion de l'ordre de celles que peuvent requérir
les confessions chrétiennes ou l'islam. D'autre part, si les Chinois peuvent en grand nombre avoir recours au
bouddhisme, au taoïsme ou au confucianisme sans y adhérer ou y appartenir formellement, en Asie du Sud-Est
(Cambodge, Thaïlande, Birmanie) le bouddhisme est aujourd'hui vécu beaucoup plus clairement sous le mode de
l'adhésion exclusive à une religion. Ces faits rendent extrêmement difficile de prendre en compte le bouddhisme et
plus largement la réalité religieuse asiatique dans des statistiques mondiales. Pour Vincent Goossaert, les chiffres
155
avancés au niveau mondial resteront sans valeur tant que l'on ne se sera pas sérieusement penché sur ce problème .
Ce qui fonde l'adhésion d'un individu à une religion varie considérablement d'une religion à l'autre. Dans le
christianisme, le critère peut être le fait d'être baptisé, ou bien le fait d'être actif ou pratiquant, ou encore le fait
d'exprimer son adhésion. Par exemple, chaque année l'Annuaire pontifical donne le nombre de baptisés dans l'Église
catholique. Pour l'année 2011 ce nombre est de 1,196 milliard. Le critère pris en compte dans cet annuaire pour être
considéré comme catholique est uniquement le fait d'être baptisé. Ce chiffre est repris dans de nombreuses
statistiques, cependant il ne correspond pas nécessairement à celui des personnes qui s'estiment catholiques ou qui
partagent des convictions les plus largement considérées comme étant celles des catholiques. Ainsi, dans un sondage
publié par Le Monde des Religions, 58 % des personnes se déclarant catholiques ne croyaient pas à la Résurrection du
156
Christ et seulement 52 % croyaient en l'existence de Dieu .
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Concernant les estimations sur le nombre de musulmans dans le monde, c'est principalement le fait d'être né dans un
pays majoritairement musulman, ou d'en être originaire, et de ne pas faire partie d'une minorité religieuse de ces pays
qui est pris en compte. Ce critère relève d'un principe, largement tenu pour une règle intangible en monde musulman,
selon lequel les enfants de musulmans sont musulmans. Par suite, l'essentiel du nombre estimé de musulmans dans le
monde vient de l'addition des données démographiques officielles des pays majoritairement musulmans dont on
estime en outre qu'entre X % et 100 % est musulmane. En France, où l'administration a interdiction de collecter des
données sur la religion des individus, une polémique a eu lieu en 2010 autour d'un chiffre avancé par les services du
157
ministère de l'intérieur, qui évaluait entre 5 et 6 millions le nombre de musulmans sur le territoire national . Pour
établir ce chiffre, les services du ministère de l'intérieur ont considéré qu'il correspondait à celui des Français
originaires de pays majoritairement musulman et à leurs descendants.
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Outre les chiffres officiels donnés par chaque Éétat sur la situation religieuse de leur population, la CIA donne de
façon irrégulière des données mondiales et par pays sur les religions dans le World FactBook, mais sans préciser la
façon dont ces chiffres sont établis. Des sites Internet de statisticiens amateurs tels que [Link] ou
[Link] proposent des statistiques sur les religions en se fondant sur les chiffres disponibles, les données
officielles ainsi que les sondages réalisés pour la presse par des instituts spécialisés.
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Critiques
Notes et références
1. « religion - Définitions, synonymes, conjugaison, exemples | Dico en ligne Le Robert ([Link]
om/definition/religion) », sur [Link] (consulté le 23 juillet 2022)
2. Éditions Larousse, « Définitions : religion - Dictionnaire de français Larousse ([Link]
francais/religion/67904) », sur [Link] (consulté le 23 juillet 2022)
3. « Religion ([Link] », sur [Link] (consulté le 23 juillet 2022)
4. .Cicéron, De l'invention oratoire, II, 53 : « Religio est, quae superioris cuiusdam naturae, quam diuinam uocant,
curam caerimoniamque affert ». Pour un commentaire de cette définition, cf. Jean Grondin La Philosophie de la
religion, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2009, p. 66-73 (ISBN 978-2-13-056960-2)
(BNF 41426943 ([Link] ; voir aussi Jean Greisch, Le Buisson
ardent et les lumières de la raison, L'invention de la philosophie de la religion, tome I. Héritages et héritiers du
xixe siècle, Cerf, coll. « Philosophie & théologie », Paris, p. 14ss. (ISBN 2-204-06857-8)
5. Mohammad Ali Amir-Moezzi (dir.), Dictionnaire du Coran, Robert Laffont, coll. « Bouquin », Paris, 2007,
(ISBN 978-2-221-09956-8), article « Religion », p. 740-741 ; voir aussi Yvonne Yasbech Haddad, « The
conception ot the terme dîn in the Qur'an », Muslim World, no 64, 1974, p. 114-123, (ISSN 1478-1913 ([Link]
[Link]/resource/issn/1478-1913)).
6. Vincent Goossaert, « L'invention des « religions » en Chine moderne » in Anne Cheng (dir.), La pensée en Chine
aujourd'hui, Paris, Gallimard, folio essais 486, 2007, p. 188 (ISBN 978-2-07-033650-0).
7. Pierre Gisel et Jean-Marc Tétaz, Théories de la religion, Genève, Labor et Fides, p. 12. (ISBN 2-8309-1051-6)
8. Cf. Articles « religion » dans les dictionnaires et encyclopédies d'autrefois sur le site ARTFL Project ([Link]
[Link]/cgi-bin/dicos/[Link]?strippedhw=Religion&headword=&docyear=ALL&dicoid=ALL),
Université de Chicago - CNRS. (Dictionnaire de l'Académie française, 1695 ; encyclopédie de Diderot et
d'Alembert, Dictionnaire de la langue française (Littré), 1872-1877 ; voir aussi Émile Durkheim, Les formes
élémentaires de la vie religieuse (1912), Paris, PUF, coll. « Quadrige Grands textes », p. 65.
(ISBN 978-2-13-056751-6), et Pierre Gisel, Qu’est-ce qu’une religion ?, Paris, Vrin, Chemins Philosophiques,
2007, p. 14-15 et 55. (ISBN 978-2-7116-1875-0).
9. Jean-Marc Tétaz, Théories de la religion, p. 43.
10. Jean Grondin, La philosophie de la religion, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? » no 3839, 2009. « Religion et sens
de la vie », p. 3-6 et quatrième de couverture : « Pourquoi vit-on ? La philosophie jaillit de cette énigme, sans
ignorer que la religion cherche à y répondre. La tâche d'une philosophie de la religion est de méditer le sens de
cette réponde et la place qu'elle peut tenir dans l'existence humaine, à la fois individuelle et collective. »
(ISBN 978-2-13-056960-2).
[Link] 37/46
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11. Jean-Paul Willaime, Sociologie des religions, PUF, coll. « Que sais-je ? », Paris, 2010, p. 112.
(ISBN 978-2-13-058452-0). Jean-Marc Tétaz propose de reprendre un problème identifié par Wittgenstein pour
expliquer la possibilité de désigner une multitude de choses comme une seule alors qu'il est impossible de donner
une définition commune qui convienne à chacune de ces choses prises séparément. L'image employée par
Wittgenstein est celle du jeu. Il existe toutes sortes de jeux, des jeux de mots, de mains, de société, d'enfants,
d'argent, des jeux olympiques, etc. Cependant aucune définition du jeu, aussi brève soit-elle, ne correspond à tout
ce qui s'appelle « jeu ». Pour la religion, c'est la même chose. Cf. Pierre Gisel et Jean-Marc Tétaz, Théories de la
religion, Genève, Labor et Fides, 2004. p. 46 ss. (ISBN 2-8309-1051-6), voir aussi : Berverlez Clarck, The
philosophy of religion : a critical introduction, Polity Press, Cambridge, 2008, p. 1-7. (ISBN 9780745638683).
12. Cicéron, Pladoyer pour Flaccus, 28, 69. « Sua cuique civitati religio ». Lecture sur [Link] ([Link]
bloodwolf/orateurs/[Link]).
13. Pierre Gisel, Qu'est-ce qu'une religion ?, Paris, Vrin, Chemins philosophiques, 2007. (ISBN 978-2-7116-1875-0).
14. À propos de l'usage ancien qui consistait à désigner une communauté religieuse comme une religion, cf. l'article
Religion ([Link] sur le site du Centre National de Ressources Textuelles et
Lexicales ; voir aussi l'Homélie sur la perle ([Link]
[Link]) sur le site du Monastère Saint-Benoît de Port Valais, un texte anonyme du xiie siècle un temps
attribué à Bernard de Clairvaux ; voir enfin le Code de droit canonique de 1917, en particulier les canons 487-681
([Link] Le canon 488 pose la définition suivante :
« Religion : une société approuvée par l’autorité ecclésiastique légitime, dans laquelle les membres,
conformément aux lois de cette société, émettent des vœux publics, soit perpétuels, soit temporaires, - lesquels
doivent être renouvelés quand expire le temps pour lequel ils furent émis -, de cette façon les membres tendent à
la perfection évangélique. »
15. Raymond Lulle, Le Livre du gentil et des trois sages.
16. Boccace, Décaméron, première journée, nouvelle III. (Parabole des trois anneaux). « io saprei volentieri da te
quale delle tre leggi tu reputi la verace, o la giudaica o la saracina o la cristiana. »
17. L'encyclopédie de Diderot et d'Alembert écrit « Religion, se dit plus particulièrement du système particulier de
créance et de culte qui a lieu dans tel ou tel pays, dans telle ou telle secte, dans tel ou tel termes, etc. ». En 1912,
le sociologue Émile Durkheim pose comme cette définition de la religion : « Une religion est un système solidaire
de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c'est-à-dire séparées, interdites, croyances et
pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Église, tous ceux qui y adhèrent », cf. Émile
Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse (1912). Introduction de Jean-Paul Willaime, Paris, PUF,
coll. « Quadrige Grands textes », p. 65. (ISBN 978-2-13-056751-6). Voir aussi les articles « religion » dans les
dictionnaires et encyclopédies d'autrefois sur le site ARTFL Project ([Link]
[Link]?strippedhw=Religion&headword=&docyear=ALL&dicoid=ALL), Université de Chicago - CNRS.
18. Au début de son traité De la nature des dieux, Cicéron précise l'objet de la discussion qui va suivre de la façon
suivante : des philosophes sont convoqués chez un pontife pour « qu'ils examinent ce qu'il faut penser de la
religion, de la piété, de la crainte des dieux, des cérémonies, de la foi, du serment, des temples, des sanctuaires,
des sacrifices solennels, des auspices ».
19. Cf. John Scheid, La religion des Romains, Paris, Armand Collin, 2002 (ISBN 978-2200263775).
20. Pierre Gisel, Qu'est-ce qu'une religion ?, Paris, Vrin, Chemins philosophiques, 2007, p. 54-57
(ISBN 978-2-7116-1875-0).
21. Cicéron, De inventione II, 160-162.
22. John Scheid, « Quand faire c'est croire » : les rites sacrificiels des Romains, Aubier Montaigne, Paris, 2005
(ISBN 978-2700722987).
23. Catherine Salles, « Dieux romains », in Saint Augustin, La Cité de Dieu, Gallimard, Pléiade, 2000, p. 1276
(ISBN 2-07-010694-2).
24. Cicéron, De la vieillesse ; De l'amitié ; Des devoirs, collection 10x18.
25. Thomas Römer, L'Invention de Dieu, Seuil, 2014, p. 121.
26. Tertullien, Apologétique, 24.
27. Lactance, Les Institutions divines IV, Augustin, De la vraie religion et La cité de Dieu livres VI à X.
28. Augustin, De la vraie religion, V, 8.
29. Augustin, Les Rétractations, I, XIII, 3.
30. Mohammad Ali Amir-Moezzi (dir.), Dictionnaire du Coran, Paris, Robert Laffont, coll. Bouquins, 2007, art.
« Religion », pp.740-741. (ISBN 978-2-221-09956-8)
31. Rémi Brague, « Y a-t-il eu au Moyen Âge un dialogue entre les religions », dans Au moyen du Moyen Âge,
Philosophies médiévales en chrétienté, judaïsme et islam, Paris, Flammarion, Champs-Essais no 856, 2008, pp.
343-362. (ISBN 978-2-0812-1785-0).
32. Nicolas de Cuse, De Pace Fidei, III, 9. 1453.
33. Michel Despland, La religion en Occident. Évolution des idées et du vécu, Paris, Cerf, coll. Cogitatio Fidei, 1979,
pp. 228-239. (ISBN 2-204-01447-8)
34. Ulrich Bart, « Qu'est-ce que la religion », in Pierre Gisel et Jean Marc Tétatz (dir.), Théories de la religion, Genève,
Labor et Fides, 2002, p. 82. (ISBN 2-8309-1051-6)
(BNF 38986284 ([Link]
[Link] 38/46
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35. Jean-Marc Tétaz, « image de l'Inconditionné », Éléments pour une théorie pos-métaphysique de la religion à partir
de Habermas et Wittgenstein. in Pierre Gisel et Jean Marc Tétatz (dir.), Théories de la religion, Genève, Labor et
Fides, 2002, pp. 41-42. (ISBN 2-8309-1051-6)
(BNF 38986284 ([Link]
36. John Locke, Lettre sur la tolérance
37. David Hume, Dialogue sur la religion naturelle.
38. encyclopédie de Diderot et d'Alembert, « Religion », vol. XIV, p. 74, lecture sur le site ARTFL Encyclopédie Project
([Link] Université de
Chicago - CNRS.
39. Jean-Jacques Rousseau, Du Contrat social, « La religion civile ».
40. Emmanuel Kant, La religion dans les limites de la simple raison, trad. Monique Naar, Paris, Vrin, 2004.
41. Schleiermacher, Discours sur la religion pour la défendre contre ses mépriseurs.
42. Hegel, La positivité de la religion chrétienne ; Leçons sur la philosophie de la religion.
43. Michel Despland, L'émergence des sciences de la religion. La monarchie de Juillet : un moment fondateur,
coll. « Religion et sciences humaines », Montréal et Paris, l'Harmattan, 598 p., 1999. (ISBN 9782738480590).
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s’est imposé au xxe siècle, d’abord dans la sociologie française avec Émile Durkheim, (Les formes élémentaires
de la vie religieuse, 1912), Henri Hubert et Marcel Mauss, puis dans la théologie avec notamment Rudolf Otto
(Das Heilige, 1917, traduction française Le sacré, Paris, « Petite bibliothèque Payot ») et enfin dans des
approches anthropologiques avec Roger Caillois (L'homme et le sacré, Paris Gallimard, 1939, réed. 1988) et
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for the scholar's analitic purpose by his imaginative acts of comparison and generalization. Religion has no
independent existence apart from the academy. »
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des Œuvres complètes de Paul Valéry.
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Eerdmans, 1999, p. 2. (ISBN 978-0802846914). Citation traduite de : « The world today, with some exceptions to
which I will come presently, is as furiously religious as it ever was, and in some places more so than ever. It's
mean that a whole body of the litterature by historians and social scientists loosely labeled « secularization
theory » is essentially mistaken »
84. Claude Dagens, Entre épreuves et renouveaux, la passion de l'évangile - Indifférence religieuse, visibilité de
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et Weber et les « trois noyaux argumentatif du relativisme cognitif » p. 7-22 (ISBN 978-2-13-056577-2).
88. Georg Simmel, Les problèmes de la philosophie de l'histoire (1900), Paris, PUF, 1994.
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114. Deux campagnes anti-Confucius ont eu lieu en Chine au xxe siècle, la première à partir de 1919 a pris le slogan
« À bas Confucius et compagnie ! », la seconde eut lieu entre 1973 et 1975 au cours de la révolution culturelle.
Cf, Anne Cheng, introduction aux Entretiens de Confucius, Seuil, Paris, 1981, p.27-28.
115. Vincent Goossaert, Dans les temples de la Chine. Histoire des cultes, vie des communautés, éd. Albin Michel,
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123. Le terme « sanskritisation » a été créé en 1952 par le sociologue indien Mysore Narasimhachar Srinivas. Selon
Wendy Doniger, il désigne la façon dont les valeurs sociales védiques, les rites védiques et l'apprentissage du
sanskrit se sont infiltrés dans les pratiques et les croyances populaires de l'Inde en partie du fait de ceux qui
cherchaient à imiter les Brahmanes. Cf, Wendy Doniger, The Hindus, an alternative history, Penguin Book, p. 5.
(ISBN 978-0-14-311669-1)
124. Francis Audiau, L'Inde des religions, Karthala, Paris, 1988, pp. 38-40. (ISBN 2-86537-223-5)
125. Paul Hacker, « Inklusivismus » in G. Oberhammer (éd.), Inklusivismus, eine indische Denkform ?, Vienne, Akad,
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126. Wendy Doniger, The Hindus. An alternative history, Penguin Book, p.648-649. (ISBN 978-0-14-311669-1)
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128. Madeleine Biardeau, L'hindouisme, anthropologie d'une civilisation, Flammarion, Paris, 2009.
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129. Pierre Daniel Chantepie de la Saussaye (de), Manuel d'histoire des religions, trad. Henri Hubert et Isidore Lévy,
1904, p.5
130. Jean-Louis Vieillard-Baron, Hegel, système et structures théologiques, Cerf, coll. Philosophie et théologie, Paris,
2006.
131. Pierre Daniel Chantepie de la Saussaye (de), Manuel d'histoire des religions, trad. Henri Hubert et Isidore Lévy,
1904, p.5. Après la partie sur la notion de religion, la partie du cours de Hegel sur les religions déterminées se
divise en deux : la religion de la nature et la religion de l'individualité spirituelle. La religion de la nature envisagée
ici n’est pas la religion naturelle des Lumières car, pour Hegel, la raison ou la religion n'est pas dans la nature
mais elle commence lorsque l'homme est arraché à l’état naturel. La religion de la nature est ainsi le premier
moment de l’élévation de la conscience vers l’absolu. Hegel identifie la magie comme première forme de la
religion de la nature et il l'appelle religion spontanée. Comptant elles aussi parmi les religions de la nature
viennent ensuite celles dans lesquelles s'opère le « dédoublement de la conscience de soi » appelées religions de
la substance : la religion de la mesure (Chine), la religion de la fantaisie (Brahmanisme, Inde) et religion de la
contemplation intérieure (Bouddhisme). Après ces religions de la nature Hegel examine les religions qui
permettent une transition de la religion de la nature vers la religion de la liberté par lutte pour la subjectivité : la
religion du bien ou de la lumière (Perse), la religion de la douleur (Syrie) et la religion du mystère (Égypte). Enfin
viennent les religions de l'individualité spirituelle : la religion de la sublimité (Juifs), la religion de la beauté (Grecs)
et la religion de futilité ou de la raison (Romains). Après cette « histoire des religions » la toute dernière partie du
cours est consacrée à la religion absolue, c'est-à-dire au christianisme.
132. Hegel, Leçons sur la philosophie de la religion, IIIe partie « La religion absolue », traduction J. Gibelin, 1954-1959,
vol.4, p.45
133. Jean-Louis Vieillard-Baron, Hegel, système et structures théologiques, Cerf, coll. Philosophie et théologie, Paris,
2006, p. 240.
134. Hegel, Leçons sur la philosophie de la religion, IIIe partie « La religion absolue », traduction J. Gibelin, 1954-1959,
t.4, p.9.
135. Pierre Daniel Chantepie de la Saussaye (de), Manuel d'histoire des religions, trad. Henri Hubert et Isidore Lévy,
1904, p.5.
136. David Hume, L’histoire naturelle de la religion et autres essais sur la religion, Introduction, traduction et notes par
Michel Malherbe, Paris, Vrin, 1980. (ISBN 978-2-7116-0383-1), aperçu sur Google book ([Link]
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137. Max Müller, Introduction to the Science of religion, Londres, 1873, p. 123. cité dans Jonathan Z. Smith, Relating
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(ISBN 0-226-76386-2)
138. « Animisme », article de G. Le Moal dans Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie, sous la direction de
Michel Izard et Pierre Bonte, Presses universitaires de France, Paris, 4e éd. coll. « Quadrige. Dicos poche »,
2007, p. 72-73 (ISBN 978-2-13-055999-3)
139. « Philippe Descola, anthropologue : L'animisme est-il une religion ? », propos recueillis par Nicolas Journet, Les
Grands Dossiers des Sciences humaines, no 4, décembre 2006/janvier-février 2007, p. 36-39
140. Jean Martin Ouédraogo, « Typologies des religions » dans Régine Azria et Danièle Hervieu-Léger (dir.),
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151. L'absence de Dieu dans le bouddhisme est une position fréquemment admise. Des auteurs tant de culture
chrétienne que bouddhiste, ou ayant connu les deux, ont parlé en ce sens du bouddhisme comme d'une religion
athée. Cf. par exemple Henri Arvon : « Dans notre étude qui ne s'inspire d'aucun prosélytisme et qui est née
uniquement de l'intérêt passionné que l'auteur a pris au spectacle d'une religion athée et d'un athéisme qui
veulent étreindre l'Absolu, … ». Henri Arvon, Le Bouddhisme, Paris, PUF, 1re éd. coll. « Que sais-je » 468, 1951,
rééd. PUF, Quadrige, 2005. p. 6. (ISBN 978-2130550648) ou Dennis Gira. Cependant le bouddhisme ne se
prononce ni sur l'existence, ni sur la non-existence de Dieu, pas plus qu'il n'en mentionne le concept. Bien qu'il y
ait différentes écoles sur le sujet, le bouddhisme peut être dit chemin du milieu, précisément parce qu'il
proposerait de se tenir à équidistance de l'existence et de la non-existence, la vacuité de l'être n'étant ni
l'affirmation d'un soi, ni le néant. Prenant position dans le débat sur la place de Dieu ou d'un dieu dans le
bouddhisme, quelques analystes discutent pour le bouddhisme, de la possibilité d'envisager Dieu comme réalité
ultime, Absolu ou Nirvāna. Les enjeux de ce débat sont liés la perception du bouddhisme comme d'un nihilisme
qui a accompagné l'interprétation d'éléments de doctrine bouddhistes dans le prisme de catégories de la tradition
philosophique occidentale. Perry Shmidt-Leukel propose une présentation du débats et de ses acteurs en
introduction de : Perry Shmidt-Leukel (éd.), Buddhism, Christianity And the Question of Creation: Karmic or
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Voir aussi
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Articles connexes
Anthropologie religieuse Liste de philosophes de la Religion naturelle
Athéisme religion Religion politique
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