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La crise des institutions, les vives tensions
qui traversent les partis politiques et les
appareils d'Etat, où s'affrontent deux
conceptions opposées de la société, la
politisation des problèmes économiques
et sociaux suscitent auprès du grand
public un intérêt croissant pour les textes
politiques.
C'est à ce besoin d'information et de
réflexion que s'efforce de répondre PO-
LITIQUES, mais en évitant le double
écueil de la vulgarisation journalistique
et du théoricisme. Si elle garde bien pour
champ la théorie et la sociologie poli-
tiques, elle est axée sur les problèmes
actuels et concrets des pays développés
et du Tiers Monde, et met donc l'accent,
dans une écriture accessible, sur les
institutions politiques, les appareils d'Etat
et les nouvelles formes des conflits
sociaux et politiques.
POLITIQUES se situe, politiquement et
théoriquement, dans le cadre d'une pensée
et d'une recherche de gauche, mais au
sens le plus large du terme puisqu'elle
fait appel à des enseignants, des fonc-
tionnaires, des hommes politiques, des
syndicalistes qui vont du PC au PSU et
au PS, de la CGT à la CFDT, y compris
les diverses « gauches » où se regroupent
les intellectuels progressistes de toutes
tendances.
Volumes parus :
Destins personnels et structure de classe,
par Daniel Bertaux.
La gauche, le pouvoir, le socialisme.
Hommage à Nicos Poulantzas, sous la
direction de Christine Buci-Glucksmann.
Dépendance et développement en Amé-
rique latine, par F. H. Cardoso et
E. Faletto.
La crise économique et la société amé-
ricaine, par Manuel Castells.
Médecines au choix, médecine de classes,
par Antoinette Chauvenet.
Les régions, l'Etat et la société locale,
par Renaud Dulong.
La vieillesse et l'Etat, par Anne-Marie
Guillemard.
Masses et pouvoir, par Pietro Ingrao.
L'Etat, le pouvoir, le socialisme, par Nicos
Poulantzas.
La crise de l'Etat, sous la direction de
Nicos Poulantzas.
L'Etat, le patronat et les consommateurs,
par Michel Wieviorka.
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La gauche, le pouvoir, le socialisme
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POLITIQUES
COLLECTION FONDÉE PAR
NICOS POULANTZAS
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La gauche
le pouvoir
le socialisme
Hommage à Nicos Poulantzas
o u v r a g e p u b l i é sous la d i r e c t i o n d e
CHRISTINE BUCI-GLUCKSMANN
avec la c o l l a b o r a t i o n d e
Manuel Azcarate, Etienne Balibar, Blandine Barret-Kriegel, Michel
Beaud, Daniel Bertaux, Pierre Birnbaum, Martin Carnoy, Isidoro
Cheresky, Benjamin Coriat, Emilio de Ipola, Jean-Pierre Delilez
Kostas Filinis, Bob Jessop, Alain Joxe, Ernesto Laclau, Pierre
Lantz, Henri Lefebvre, Anne Legaré, Daniel Lindenberg, Michael
Lôwy, Chantal Mouffe, Jean-Louis Moynot, Carla Pasquinelli
Nicos Poulantzas, Catherine Quiminal, Pierre-Philippe Rey
Rossana Rossanda, Gôran Therborn, Marie-Noëlle Thibault
Jean-Marie Vincent et Henri Weber
p u f
POLITIQUES
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Pour Annie et Ariane
ISBN 2 I3 037gi8 4
Dépôt légal — Ire édition : 1983. avril
@ Presses Universitaires de France, 1983
io8, boulevard Saint-Germain, 75006 Paris
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SOMMAIRE
Introduction 7
Présentation : Christine Buci-Glucksmann 9
A titre de témoignages :
D'Angleterre :
Xicos Poulantzas en Grande-Bretagne : Bob Jessop 15
Présence de Xicos Poulantzas en A m é r i q u e latine : Emilio de Ipola 21
Principaux travaux de Nicos Poulantzas 29
PREMIÈRE PARTIE
LES STRATÉGIES : L ' E N J E U DÉMOCRATIQUE
Une révolution copernicienne dans la politique / Nicos Poulantzas 37
La redécouverte du socialisme démocratique / Daniel Lindenberg 42
Une nouvelle stratégie démocratique ? / Henri Weber 51
Développement politique et démocratie / Blandine Barret-Kriegel 62
Démocratie représentative et démocratie directe 1 Jean-Marie Vincent 67
L'Etat, le pouvoir politique et le socialisme : le cas français j Pierre
Birnbaum 81
Régions, nations et Etat dans la formation de nouveaux pouvoirs / Anne
Legaré 88
DEUXIÈME PARTIE
LES FORCES E X PRÉSENCE
i / Crise des formes politiques et mouvements sociaux 99
Après l'autre Mai j Etienne Balibar 99
Crise et dialectique des partis et mouvements sociaux en Italie / Rossana
Rossanda 120
Crise des partis politiques et participation des masses / Manuel Azcarate 137
Socialisme, démocratie et nouveaux mouvements sociaux / Chantai Mouffe 147
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2 / Syndicats et mutations de la classe ouvrière 15 7
Politique ouvrière et politique sociale dans la crise. Thèses pour une dis-
cussion / Benjamin Coriat 157
De l'indigène à l'inimigré : figures de la politique étatique de l'immigra-
tion / Catherine Quiminal 167
« Une espèce de flou paradisiaque, un désir sorti de l'enfance. » Les Lip /
Pierre Lantz 172
Crise syndicale et nouvelle politique / Jean-Louis Moynot 184
Stratégie syndicale et divisions de la classe ouvrière j Marie-Noëlle Thibault 194
3 / Intellectuels et pouvoirs de gauche 203
Les intellectuels dans la transformation sociale / Henri Lefebvre 203
Les intellectuels et le socialisme. Quelques thèses / Michael Lowy 206
Pouvoir des intellectuels et crise du marxisme / Carla Pasquinelli 212
Production anthroponomique et nouvelle classe / Daniel Bertaux 222
TROISIÈME PARTIE
LES PERSPECTIVES
i / Crise de l'Etat keynésien et nouveaux autoritarismes 237
Notes pour une théorie de la frontière impériale / Alain Joxe
Etat et crise capitaliste : le « reaganisme » / Martin Carnoy 252
Conflits à l'intérieur des Régimes autoritaires et mobilisation démocratique /
Isidoro Cheresky 270
2 / Quel socialisme ? 289
De la crise de l'Etat keynésien au nouveau socialisme ? La politique au-delà
de l'Etat / Christine Buci-Glucksmann 289
Quelques questions :
Sur la question de « l'alternative socialiste aujourd'hui » et la manière de la
poser / Michel Beaud 31 o
Sur la logique de la transformation sociale aujourd'hui / Jean-Pierre Déliiez 313
Troisième chance ou troisième voie ? / Gôran Therborn 316
Sur le tournant démocratique en Grèce / Kostas Filinis 326
Socialisme et transformation des logiques hégémoniques / Ernesto Laclau 331
Nouveau bloc au pouvoir, nouveau bloc historique ? / Pierre-Philippe Rey 339
NOTES ^ 367
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INTRODUCTION
Ce livre collectif et pluriel n'exprime pas seulement la dette théorique et
l'amitié des auteurs à l'égard de Nicos Poulantzas. Il repose sur la conviction
partagée que son travail marxiste, ses inquiétudes, les questions laissées ouvertes
par ses écrits sont plus quejamais les nôtres dans cette France et cette Grèce
de gauche qui mobilisaient tous ses espoirs et désespoirs.
A relancer, à critiquer et reformuler en toute liberté, comme ce socialisme
qu'il souhaitait.
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PRÉSENTATION
Christine Buci-Glucksmann
« Dans le contexte de la crise politique, de la
montée des luttes populaires, de l'union (certes
conflictuelle) de la gauche, la France devient, pro-
bablement plus encore que l'Italie, le pays où
l'accession franche au pouvoir de la gauche et
l'application d'une stratégie de transformations
profondes de la société sont désormais à l'ordre
du jour. »
Nicos POULANTZAS.
Cet ordre du jour, ces paroles marquées au sceau rétrospectif
d'une tragédie personnelle et d'une histoire qui parut longtemps
prise dans le « totalitarisme » de l'Est et l' « étatisme autoritaire »
de l'Ouest, ouvrait un livre : La crise de l'Etat, qui se voulait en France
« une tentative exceptionnelle »1. A contre-courant d'une conjoncture
déjà traversée par la résurgence déferlante des irrationalismes néo-
conservateurs et inégalitaires et par un antimarxisme militant, brisant
des mœurs intellectuelles trop établies d'individualisme, de luttes de
coteries et de pouvoirs, Nicos Poulantzas se proposait alors de ras-
sembler en une recherche collective et pluraliste une forme d' « intel-
lectuel collectif » affrontant dans ses propres différences et contra-
dictions les grandes questions de cette transformation, dont une :
l'Etat. Car un tel ordre du jour était irréalisable en dehors d'un
espace public de débats — d'une culture politique de la transformation —,
d'une imagination théorique qui brise les orthodoxies marxistes
constituées et soit capable d'éclairer ce « socialisme démocratique »
qui hante tous ses derniers écrits. Comme un défi, un ultime risque
de la pensée : « Le socialisme sera démocratique ou ne sera pas. »
Cet ordre du jour et cette tâche sont plus que jamais les nôtres
dans les conditions politiques nouvelles de 1982-1983.
Aussi ce livre collectif à plusieurs voix, françaises et étrangères,
se veut-il tout autre chose qu'un hommage traditionnel à Nicos
Poulantzas. Reprenant les grandes lignes thématiques d'un colloque
organisé les 27 et 28 novembre 1981 à Paris VIII - Saint-Denis :
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La gauche, le pouvoir, le socialisme2, il se propose de revenir — en toute
liberté et en fonction des enjeux du présent — sur les grandes ques-
tions laissées ouvertes, et parfois seulement entrouvertes, par les
recherches marxistes de Nicos Poulantzas. A savoir : l'Etat, les stra-
tégies démocratiques, les grandes contradictions et perspectives issues
de la crise de l'Etat keynésien de Welfare, la montée des logiques guer-
rières et autoritaires et la construction, bien nébuleuse, d'un autre
socialisme, pour n'en citer que quelques-unes. Face à la crise historique
d'une certaine idée du socialisme, bafouée par les pratiques étatistes
et autoritaires, pour ne pas dire « totalitaires », du « socialisme réel »,
mais aussi face à la carence des idéologies politiques de la gauche
insuffisamment mobilisatrices, il se voudrait une contribution critique
à cette culture du changement qui fait encore cruellement défaut.
Au centre donc, un point de départ, un diagnostic et un constat
paradoxal : l'échec ou du moins la redécouverte des limites histo-
riques et théoriques des stratégies démocratiques élaborées dans les
quinze dernières années. Qu'elles aient pris la forme des larges ententes
de gauche « de l'eurocommunisme gouvernemental » ou qu'elles
aient cherché — comme Nicos et nombre d'entre nous — à articuler
démocratie directe et démocratie représentative afin d'éviter les
« hégémonies de gestion » de type social-démocrate, et d'offrir une
alternative démocratique aux stalinismes rampants. De telles limites
sont parfaitement perceptibles dans la crise de la « forme-parti »,
dans la montée d'un pluralisme des sujets de la transformation sociale,
dans l'inadéquation des stratégies syndicales face aux mutations de la
classe ouvrière, aux formes de corporatisme social et à un remanie-
ment de la division du travail au profit d'une nouvelle société civile
« multinationalisée », de plus en plus autonome par rapport aux Etats-
nations (voir les deux premières parties).
Mais ces limites s'affirment au moment même où la question démo-
cratique se repose avec une urgence nouvelle. En France bien évi-
demment, mais aussi en Europe et partout où se construit un espace
politique qui tente d'échapper à la logique militarisée des blocs et à
l'impact des « nouvelles frontières impériales » d'est en ouest. L'Amé-
rique centrale, la Pologne ou l'Afghanistan en font la tragique expé-
rience. De là le paradoxe de cette situation : reposer la question démo-
cratique dans une phase de crise ouverte ou larvée de la démocratie.
C'est à déployer toutes les dimensions d'un tel paradoxe — ses
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enjeux et ses issues —, à rechercher des grilles de lectures multiples
que ce livre s'emploie. C'est pourquoi la confrontation ici menée avec
certains instruments intellectuels ou questions construits par Nicos
Poulantzas se veut un à partir de, un au-delà.
En effet, dans ses derniers textes, l'enjeu démocratique du socia-
lisme se fait lancinant, appelant une véritable « révolution coperni-
cienne » dans la politique qu'esquisse sa dernière interview à Rinas-
cita3. Tout un espace s'ouvre : rapport entre les analyses de Marx et
les éléments « staliniens » du léninisme, réflexion sur la nécessaire
théorie de l' exercice démocratique du pouvoir, esquisse d'un nouveau
socialisme qui va bien au-delà de la stratégie d'articulation démocratie
de base - démocratie représentative qui clôt l'Etat, le pouvoir, le socia-
lisme... Tout un espace que Nicos n'a pu que baliser avec les intuitions
théoriques, critiques — c'est-à-dire politiques —, qui étaient les
siennes et qui nous manquent.
Cet espace reposait sur une idée fondamentale qui circule ici dans
tous les textes : nous vivons la fin de tout le cjcle historique qui s'est
mis en place après guerre avec l'Etat keynésien et le partage de Yalta.
Comme si à la faveur des conflits de la déstalinisation l'apparition d'un
« réformisme » interne aux pays de l'Est (et donc celui d'une auto-
réforme) avait fait pendant — dans la coexistence pacifique — avec
le réformisme élargi des grandes expériences social-démocrates.
Cette « fin » d'un cycle et la mise en place d'un nouveau encore
imprécis sur différents plans, Nicos en avait cerné un certain nombre
d'éléments : l'apparition de nouvelles formes étatiques qu'il appelle
dans ses notes de travail « l'étatisme pluralisme autoritaire », la cons-
truction d'une hégémonie du capital multinational et ses effets sur la
crise de l'Etat-nation, la délocalisation productive, la crise des Welfare,
l'émergence historique d'une « nouvelle petite-bourgeoisie » (1968
et 1981 en France) dont les intérêts ne sont pas — bien au contraire —
antagonistes avec ceux de la classe ouvrière, le développement de
nouveaux mouvements sociaux... Il avait également pressenti les
risques possibles de cette phase : crise des partis, montée des corpo-
ratismes, poudrière du « Sud », étouffement des dimensions démo-
cratiques du « socialisme réel ». Disons que cet espace — la caracté-
risation de la fin de ce cycle et celle des nouvelles perspectives qui
se profilent (cf. la Troisième Partie du livre) — définit le cadre de ce
travail collectif, son laboratoire.
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Il était naturel que toutes ces directions se cristallisent sur la
France. A travers une expérience de démocratisation par des réformes
combinées faites d'en haut — mais partagées — le socialisme est-il
vraiment à l'ordre du jour ? Quelles en seraient les conditions ? Et
surtout, quel socialisme ? Telles sont nos questions et telles étaient
— telles seraient — celles de Nicos, qui n'hésitait pas à défier tous les
réalismes au petit pied (ce socialisme démocratique n'a jamais existé,
donc...) et à proclamer les droits du risque historique, du risque de la
pensée :
« Risques du socialisme démocratique qu'on ne pourrait à coup
sûr éviter que d'une seule façon : se tenir tranquille et marcher droit
sous les auspices et la férule de la démocratie libérale avancée. Mais
c ' e s t l à u n e a u t r e h i s t o i r e . . . »4.
Une autre histoire tranchée par le peuple de gauche en mai 198 1.
Mais sans ces risques de pensée, de vie, de luttes, de débats, aucune
démocratie ne peut vivre. Reste donc à les assumer personnellement,
à ne pas tout attendre d'en haut, à reprendre la parole collectivement.
Mais c'est aussi une autre histoire...
En plus des auteurs dont le texte se trouve dans ce livre, ont participé au Colloque
de Saint-Denis : Samuel BOWLES (Université de Massachusetts, Etats-Unis), Catherine
CLÉMENT (journaliste), Rafaël de la CRUZ (Cendes, Venezuela), Robert FOSSAERT (direc-
teur de la banque Scalbert Dupont), Bernard GUIBERT (responsable de recherches à la
Caisse nationale des Allocations familiales), David KAISERGRUBER (Dialectiques), Sylvain
LAZARUS (Paris VIII), Claudia MANCINA (Université de Rome), Kostas MAVRAKIS
(Paris VIII), Grégoire MADJARIAN (Paris VIII), Gus MASSIAH (Cedetim), Didier MOT-
CHANE (secrétaire national du Parti socialiste), Octavio RODRIGUEZ ARAUJO (Unam,
Mexico), Pierangelo SCHIERA (Université de Trente), Irnerio SEMINATORE (Paris VIII),
TRIN-V AN-THAo (Université de Picardie), Constantin TSOUKALAS (Université de Thes-
salonique), Kostas VERGOPOULOS (Paris VIII).
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A titre de témoignages
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d'Angleterre...
Nicos Voulantes en Grande-Bretagne
Bob Jessop
Comment évaluer l'énorme influence théorique de Nicos Pou-
lantzas sur la gauche en Grande-Bretagne ? Pour beaucoup d'entre
nous, Nicos Poulantzas a été une inspiration constante et directe,
pour beaucoup d'autres son rôle central a été médiatisé par les travaux
d'intellectuels familiers avec son œuvre. Même ceux qui rejettent ses
positions se sentent obligés de se définir eux-mêmes par rapport à
ses argumentations. Toutefois, en opposition à l'image donnée à ce
colloque par d'autres interventions qui insistent sur les contributions
récentes de Nicos sur la stratégie politique, c'est surtout comme théo-
ricien de la politique et de la société que Poulantzas est connu en
Grande-Bretagne. Depuis 1969, ses travaux sur l'Etat, le politique,
les classes sociales, la lutte des classes, l'idéologie et l'impérialisme
ont balisé de façon décisive le terrain pour une génération de théori-
ciens, qu'il s'agisse des principaux courants des sciences sociales
bourgeoises, qu'il s'agisse d'intellectuels de gauche radicaux. C'est
seulement avec la traduction de Les classes dans le capitalisme conteJll-
porain que les chercheurs britanniques ont commencé à apprécier les
implications stratégiques substantielles de l'oeuvre de Poulantzas,
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appréciation que les publications ultérieures de La crise des dictatures
et de L'Etat, le pouvoir, le socialisme n'ont fait que confirmer.
Les relations entre Nicos et la théorie marxiste en Grande-
Bretagne sont des relations de réciprocité. Poulantzas lui-même a
rappelé comment sa formation intellectuelle n'a pas seulement été
influencée par les théories et les pratiques françaises, mais aussi
par des revues comme Critica Marxista et New Left Revielv. De fait,
une de ses premières contributions à la théorie politique (par oppo-
sition à la philosophie et à la sociologie du droit) est une critique
fouillée de la théorie politique marxiste en Grande-Bretagne telle
qu'elle apparaît dans les pages de la New Left Reviewl. En retour, c'est
dans les pages de la New Left Review que Poulantzas a attiré l'attention
des chercheurs orthodoxes en sciences sociales ou des intellectuels
de gauche, en Grande-Bretagne comme dans le monde de langue
anglaise. C'est en effet dans cette revue que Poulantzas a publié son
importante critique du livre de Ralph Miliband sur L'Etat dans la
société capitaliste et ainsi amorcé le débat « Poulantzas-Miliband » dont
les répercussions sont toujours visibles, malgré l'abandon par les prota-
gonistes d'une partie de leurs positions initiales2. Bien que l'inter-
vention de Poulantzas se soit adressée directement à un public anglo-
phone, il est bien connu que le débat a été publié depuis lors dans de
nombreuses langues et a délimité la discussion sur l'Etat pendant près
de vingt ans. Il faut rappeler en particulier à quel point l'accent mis
couramment sur l' « autonomie relative » de l'Etat et les concepts
conjoints de « bloc au pouvoir » et de « fraction hégémonique » est
redevable au travail de pionnier de Poulantzas et à sa synthèse créa-
trice des thèmes d'Althusser et de Gramsci dans son œuvre de jeunesse,
Pouvoirpolitique et classes sociales.
A certains égards, la très grande importance du débat Poulantzas-
Miliband dans le monde anglophone a fait tort à une influence plus
générale de Poulantzas. Car, bien qu'il ait fait de lui en Grande-
Bretagne et ailleurs le théoricien marxiste de la politique le plus
influent de l'après-guerre et ait permis de définir les termes de la
discussion sur l'Etat dans les sociétés capitalistes, il a, dans certains
milieux, créé la fausse impression que Poulantzas représentait l'école
althussérienne structuraliste et pratiquement rien d'autre. A l'évidence,
sa première intervention dans le débat a placé ses propres vues dans
un éclairage plus althussérien que ne le justifient la complexité théo-
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rique et la richesse de ses premières études, et il est bien connu (sans
qu'il soit besoin d'en discuter ici) que ses analyses ultérieures sont
allées bien au-delà du cadre de référence althussérien. La première
intervention, en particulier, a conduit beaucoup de critiques à ignorer
l'importance des éléments léninien et gramscien dans les premières
études sur l'Etat et l'insistance mise à souligner l'importance du
combat politique de classe dans la transformation sociale. De ce
point de vue on peut regretter que la recension de Christine Buci-
Glucksmann sur Pouvoir politique et classes sociales soit si peu connue
dans le monde anglo-saxon alors qu'elle situe très clairement cet
ouvrage dans un contexte gramscien3.
En réalité, sa seconde intervention dans le débat Poulantzas-
Miliband a permis à Nicos de clarifier et d'élaborer sa position en
rejetant le reproche rebattu de « structuralisme » et en précisant la
rupture théorique entraînée par son analyse de l'Etat comme relation
sociale. C'est en développant la thèse que l'Etat est une condensation
formellement déterminée (ou matérielle) de l'équilibre des forces
politiques de classe en confrontation que Nicos Poulantzas a fait sa
contribution majeure à la théorie marxiste de l'Etat et introduit une
innovation théorique décisive qui doit être prise en compte par
toutes les analyses marxistes postérieures. Cette approche est claire-
ment au centre de L'Etat, le pouvoir, le socialisme, et informe les vues
de Nicos sur la stratégie comme sur l'analyse théorique.
Ces idées ont non seulement délimité les termes du débat théorique
sur l'Etat capitaliste, elles ont aussi influencé beaucoup d'analyses
concrètes et de conjoncture. Parmi celles-ci il vaut la peine de noter
les travaux du « Centre for Contemporary Cultural Studies » de
Birmingham dont les collaborateurs ont entrepris une investigation
soutenue du changement de conjoncture politique en Grande-
Bretagne, avec ses tendances à la crise politique et à la crise étatique.
Les travaux collectifs publiés par le Centre et dirigés par Stuart Hall,
particulièrement l'important volume Policing the crisis, portent témoi-
gnage de l'influence de Nicos Poulantzas et de l'œuvre de Gramsci
sur l'hégémonie4. Le politologue américain, David Abraham, a
démontré également la puissance théorique de l'approche de Pou-
lantzas dans son travail magistral sur les diverses crises du bloc au
pouvoir dans l'Allemagne de Weimar et sur la circulation de l'hégé-
monie entre les différentes fractions du Capital5. Plus généralement,
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il y a beaucoup de monographies qui doivent une plus ou moins
grande part de leur appareil conceptuel et de leur mode d'analyse à
l'œuvre de Poulantzas.
Un deuxième domaine où Nicos a été très influent est l'analyse
des relations et de la lutte de classes. Dans une conférence organisée
en 1976 par le Parti communiste de Grande-Bretagne sur les classes
et les structures de classes le principal rapporteur fut Nicos Poulantzas
et les autres participants définirent leurs positions en faisant réfé-
rence à son livre sur Les classes sociales dans le capitalisme contemporain.
A cette occasion, Nicos mit au jour les conséquences stratégiques
essentielles de ses analyses de la nouvelle petite-bourgeoisie en oppo-
sant son approche aux implications social-démocrates de la défi-
nition large de la classe ouvrière comme classe des travailleurs
salariés6. Plus généralement, il est important d'indiquer dans quelle
mesure Nicos Poulantzas a eu un impact direct ou indirect sur l'ana-
lyse des classes sociales à travers le débat dont il a pris l'initiative sur
la détermination structurale des classes et sur son articulation contin-
gente avec la position des classes dans des conjonctures spécifiques.
Pour citer les travaux les plus importants dans ce débat en cours, on
peut mentionner les études de Carchedi, Hindess et Hirst, Laclau, Olin
Wright et Przeworski7. Il y a en outre une foule d'analyses secondaires
s'attachant à développer et à appliquer ces conceptions sur les situa-
tions de classe et la lutte des classes. Il y a certainement des difficultés
dans les analyses de Nicos Poulantzas sur la lutte des classes comme
il l'a admis à plusieurs reprises, particulièrement pour ce qui concerne
la relation problématique qu'il avait commencé à discuter, entre les
forces de classe, les nouveaux mouvements sociaux et les partis
politiques. Mais, et cela donne la mesure de sa capacité d'innover
théoriquement en faisant son autocritique, Nicos était conscient
de ces enjeux et résolu à les affronter dans des travaux et débats
ultérieurs.
Finalement il est important de souligner l'intérêt croissant, dans
le contexte britannique, soulevé par les implications stratégiques
de l'œuvre de Poulantzas. Jusqu'à la publication de Fascisme et dic-
tature les implications stratégiques de l'œuvre de Nicos n'apparaissent
pas clairement au-delà d'une vague perception de son engagement pour
le marxisme-léninisme, le rôle dirigeant de la classe ouvrière et l'im-
portance d u parti d'avant-garde. Par la suite les implications straté-
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giques sont mieux saisies sous l'effet de ses nouvelles appréciations
de la dictature militaire grecque et de ses préoccupations quant à la
croissance d'un étatisme autoritaire en France et ailleurs. Cela vaut
n o n seulement p o u r L e s classes sociales d a n s le c a p i t a l i s m e contemporain
et son intérêt p o u r l'impérialisme et les problèmes des alliances de
classe, mais aussi p o u r L a crise des dictatures e t L'Etat, le p o u v o i r , le
socialisme. C'est dans ce dernier ouvrage que se p r o d u i t le p l e i n épa-
nouissement des analyses stratégiques de Poulantzas en relation avec
sa n o u v e l l e théorie de l'Etat c o m m e relation sociale. D e ce p o i n t de
vue, l'impact de Poulantzas sur la stratégie politique en G r a n d e -
Bretagne est étroitement lié à l'assimilation plus générale de l'euro-
c o m m u n i s m e de France et d'Italie. Etant d o n n é la faiblesse p o l i t i q u e
d u c o m m u n i s m e en Grande-Bretagne ainsi que la f o r c e de la social-
démocratie, l'influence réelle de ces analyses est restée limitée
bien que leur pertinence politique et théorique soit énorme. Cela
d e v i e n t très a p p a r e n t a v e c la crise d e la s o c i a l - d é m o c r a t i e e n Grande-
Bretagne, la m o n t é e irrésistible de l'administration d'Etat et de l'éta-
t i s m e a u t o r i t a i r e et le d é v e l o p p e m e n t d e la crise p o l i t i q u e . E n ce sens,
nous avons toujours beaucoup à apprendre en Grande-Bretagne de
Nicos Poulantzas tant au niveau théorique qu'au niveau stratégique.
Q u e l r a p p o r t faut-il établir avec l'œuvre de Nicos et son héritage
théorique et politique ? Poulantzas m ' a dit une fois qu'il savait que
son œ u v r e était difficile et q u ' e n t a n t q u ' a u t e u r d e r u p t u r e s t h é o r i q u e s
v a r i é e s d a n s sa p r o p r e f o r m a t i o n i n t e l l e c t u e l l e , il n ' é t a i t p a s l u i - m ê m e
contemporain de son propre développement théorique. Ainsi la
première tâche serait de systématiser et d'analyser s o n d é v e l o p p e m e n t
théorique et de mettre au jour les absences permanentes et les iné-
galités de son œuvre. C'est particulièrement important en raison des
incompréhensions qui persistent, au moins dans certains lieux, en ce
q u i c o n c e r n e la s i t u a t i o n t h é o r i q u e d e N i c o s et parce que, a u m o m e n t
de sa mort, il é t a i t toujours en train d'affronter des questions théo-
riques n o n résolues. Il n ' e s t p a s question ici d ' i n s t a u r e r u n n o u v e a u
culte de la p e r s o n n a l i t é , il s ' a g i t p l u t ô t de continuer u n e œ u v r e ina-
c h e v é e p o r t e u s e d ' u n e i m m e n s e r é v o l u t i o n t h é o r i q u e d a n s les analyses
marxistes de l'Etat. N o u s devrions aborder son œ u v r e dans le m ê m e
état d'esprit critique que Poulantzas manifestait à l ' é g a r d d e ses écrits
c o m m e à l ' é g a r d d e c e u x des autres, d a n s le b u t d ' é v a l u e r ses r u p t u r e s
théoriques significatives, dans le but de remplir ses vides et de les
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développer dans de nouvelles directions. Mais nous devons également
nous efforcer d'éviter le théoricisme qui déforme tant d'analyses
marxistes et influence relativement la stratégie politique. Il est bien
connu que Nicos a combattu longtemps et durement pour l'unité
de la gauche en France et en Grèce, et qu'il a cherché à jeter les fonda-
tions théoriques d'une stratégie efficace orientée vers la transition
au socialisme démocratique dans les conditions du capitalisme contem-
porain. Cela doit être l'autre tâche des intellectuels de gauche et des
militants en Grande-Bretagne. Avant tout cela signifie développer
les bases sociales du contrat politique à l'intérieur de l'appareil d'Etat,
et cela en gardant ses distances de l'appareil d'Etat, pour transformer
l'appareil d'Etat. Cette stratégie complexe défendue par Poulantzas
dans son dernier livre apparaît seule en mesure d'offrir la perspective
d'une transition démocratique au socialisme démocratique. En dépit
de ses risques manifestes, dont Poulantzas lui-même était parfai-
tement conscient, il est essentiel pour les socialistes démocratiques
britanniques de suivre cette stratégie, base pour l'unité de la gauche et
défi politique au système de l'étatisme autoritaire en train de se cris-
talliser en Grande-Bretagne. Le succès, dans ce domaine, représen-
terait un monument durable à la mesure de Nicos Poulantzas et pas
seulement aux yeux des intellectuels de gauche.
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... d'Amérique latine
Présence de Nicos Poulantzas
en Amérique latine
Emilio de Ipola*
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, je commencerai cette
communication — qui veut être surtout un hommage à Nicos Pou-
lantzas — en disant que celui-ci connaissait très peu l'Amérique
latine. Il me semble pourtant que ce commencement est indispensable
en vue d'une évaluation juste de ses apports; car en effet, s'il y a
quelque chose de vraiment paradoxal, c'est que, malgré cette connais-
sance précaire et partielle qu'il avait de nos sociétés, ce que la réflexion
politique et sociologique latino-américaine doit à l'œuvre de Pou-
lantzas ne saurait être sous-estimée.
Certes, même en la connaissant mal, Poulantzas n'ignorait pas
l'Amérique latine. Au contraire, il était toujours sensible et ouvert
à nos préoccupations : ce n'est pas par hasard s'il a su maintenir pendant
toute sa vie intellectuelle un dialogue constant et des rapports étroits
avec des amis, des collègues et des étudiants latino-américains. Mais
il est incontestable que l'Amérique latine connaissait mieux Poulantzas
que Poulantzas l'Amérique latine. Asymétrie qu'exprime assez bien
le fait suivant : alors que Poulantzas n'a rien écrit, ou presque, sur
* Universitaire argentin, Mexico, FLACSO.
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n o s pays, p a r c o n t r e t o u s ses o u v r a g e s o n t été t r a d u i t s en e s p a g n o l
et ont connu une large diffusion dans notre continent.
C'est que, en dépit d u fait q u e Poulantzas n'a parlé q u e r a r e m e n t
de l ' A m é r i q u e latine, t o u t ce qu'il écrivait et publiait semblait n o u s
être adressé, concerner nos incertitudes et nos expectatives. Il
suffit, p o u r s ' e n c o n v a i n c r e , d e p a r c o u r i r les p r i n c i p a l e s analyses s u r
les p r o c e s s u s sociopolitiques latino-américains parues au cours des
d i x o u d o u z e d e r n i è r e s a n n é e s : il e s t difficile d ' e n t r o u v e r u n e q u i
n ' u t i l i s e n i n e d i s c u t e les t r a v a u x d e P o u l a n t z a s .
C e c i d i t , il f a u t a j o u t e r q u e la l e c t u r e l a t i n o - a m é r i c a i n e d e l ' œ u v r e
de Poulantzas, quoique pleine de respect et d'admiration à l'égard
d e sa p e n s é e , a été aussi s o u v e n t u n e lecture critique. On a utilisé
l a r g e m e n t ses analyses, o n a t r a v a i l l é et r e t r a v a i l l é ses c a t é g o r i e s et
ses t h è s e s : o n n ' a p a s p o u r a u t a n t r e n o n c é à les d i s c u t e r et m ê m e à
les m e t t r e e n q u e s t i o n s u r des aspects, p a r f o i s d e détail, p a r f o i s de
f o n d , là o ù n o u s p e n s i o n s q u e c e t t e m i s e e n q u e s t i o n s ' a v é r a i t n é c e s -
s a i r e . O r , c ' e s t j u s t e m e n t e n r a i s o n d e c e l a , je v e u x d i r e e n r a i s o n d u
fait q u e P o u l a n t z a s n ' a jamais été, en A m é r i q u e latine, u n e m o d e à
suivre ou bien une sorte de héros d e la p e n s é e a u q u e l il f a l l a i t se
plier sans conditions, que son influence a p u être chez nous non
seulement fructueuse mais aussi permanente. Je voudrais développer
q u e l q u e p e u cette d e r n i è r e affirmation, car elle est loin d ' ê t r e p u r e m e n t
rhétorique.
Ainsi, par exemple, o n a b e a u c o u p lu et d i s c u t é Pouvoir politique
e t classes sociales ( p a r u e n espagnol en 1969). On n'en a pas retenu
cette distinction mystérieuse, assez insoutenable, entre ce que
Poulantzas a p p e l l e le d o m a i n e d e s « s t r u c t u r e s » e t le d o m a i n e des
« p r a t i q u e s »; o n n ' a pas n o n plus approuvé ses « e x é c u t i o n s som-
maires » de M a x Weber, d e W r i g h t M i l l s , d e c e r t a i n s a s p e c t s d e la
pensée de Gramsci, etc.; enfin, le c o n c e p t d ' « effets p e r t i n e n t s »,
central dans sa définition des classes sociales, nous a semblé aussi
contestable (bien que nous reconnaissions qu'il visait u n problème
réel qui reste, p a r ailleurs, e n c o r e ouvert).
Mais précisément du fait que nous n'avons pas pris pour des
articles de foi tout ce q u e Poulantzas écrivait, n o u s avons pu être
toujours très proches de lui. D'une part, parce que, bien souvent,
n o u s n ' a v i o n s p r e s q u e p a s le t e m p s — pour ainsi dire - - de déve-
l o p p e r n o s d é s a c c o r d s a v e c lui. P o u l a n t z a s l u i - m ê m e n o u s d e v a n ç a i t
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dans un nouveau livre, en reformulant ses concepts et ses thèses, en
faisant son autocritique, parfois implicite mais toujours claire, juste-
ment sur les aspects de sa pensée que nous trouvions obscurs ou bien
insuffisants. D'autre part, parce que, grâce à cette approche à la fois
positive et critique des analyses de Poulantzas, nous avons été en
mesure de retenir leurs apports les plus valables.
En effet, pour revenir à Pouvoir politique et classes sociales, si nous
avons rejeté les aspects — disons « structuralisants » — de sa pensée
d'alors, par contre nous avons su reconnaître la pertinence et la
richesse de ses analyses sur le fonctionnement de l'Etat par rapport
aux classes dominantes et aux classes dominées; de ses distinctions
et précisions conceptuelles au sujet des types et des formes d'Etat
et de régime sous le capitalisme; de ses catégories et ses thèses pour
l'analyse des conjonctures; de son étude minutieuse et à plusieurs
égards éclairante des ouvrages politiques de Marx, etc. Sans doute, à
plus d'une douzaine d'années de la publication de ce livre, beaucoup
de choses ont changé, théoriquement, et politiquement. En parti-
culier, on a fait des progrès considérables dans l'analyse de l'Etat,
des classes et des mouvements sociaux. Mais, outre le fait que Pou-
lantzas lui-même a beaucoup contribué à ces progrès, il ne faudrait
pas oublier qu'ils ont été possibles non pas malgré, mais grâce aux
apports premiers et pionniers, de Pouvoir politique et classes sociales.
Ceci vaut encore plus pour Fascisme et dictature (dont la version
espagnole date de 1971). Car ce livre abordait, à travers une analyse
historique et politique, des questions qui étaient pour nous dramati-
quement actuelles. Dans cette année-là, un coup d'Etat réaction-
naire venait de renverser le gouvernement progressiste du général
J. J. Torres en Bolivie; l'expérience de l'Unité populaire au Chili
affrontait déjà de graves problèmes; par ailleurs, la dictature militaire
argentine alors en place, malgré l'opposition ouverte de l'ensemble
des forces sociales, cherchait une « issue viable » destinée à sauvegarder
la continuité de sa politique; peu de temps après, l'Uruguay tombait
aussi sous l'égide des militaires ; le régime brésilien, consolidé écono-
miquement et politiquement, marquait de sa présence menaçante le
panorama politique sud-américain dans son ensemble; et, enfin,
depuis des décennies, on avait Duvalier en Haiti, Somoza en Nica-
ragua, Stroessner au Paraguay...
Certes, le livre de Poulantzas ne parlait pas de cela, mais de
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l'Allemagne nazie, de l'Italie fasciste, de la IIe et IIIe Internationale,
de Staline, de Dimitrov, de l'Europe des années 20, 30, 40. Qui,
cependant, oserait dire que ces « histoires », en apparence doublement
lointaines, l'étaient vraiment ? Elles nous concernaient, elles nous
concernent encore aujourd'hui.
(J'ouvre une parenthèse pour rendre un peu plus précis ce que
je viens de dire : je ne pense pas que les régimes autoritaires de
l'Argentine, de l'Uruguay, du Chili et du Brésil représentent autant
de versions latino-américaines du fascisme. Cette opinion, disons
« négative », n'est pas seulement la mienne — d'autres la partagent —
mais elle n'est pas non plus unanime. Plusieurs débats ont eu lieu
au cours des dernières années sur ce sujet... et la question reste ouverte.
Par ailleurs, l'emploi du terme « fasciste » pour qualifier ces régimes
doit beaucoup aux aléas et aux besoins, à mon avis souvent fictifs,
de la lutte idéologique. Il me semble néanmoins incontestable que les
gouvernements militaires du Cône sud de l'Amérique latine — en ce
qui concerne le type de système politique qu'ils ont mis en place,
leur politique économique, leur projet d' « ordre social », enfin leurs
rapports à la société civile — n'ont rien de commun, sauf l'attachement
au capitalisme et l'exercice systématique de la répression, avec les
fascismes. Je renvoie sur ces points à la communication d'Isidoro
Cheresky pour ce même colloque. Mais, cela dit, je dois ajouter que
c'est dans une grande mesure grâce à Vanalyse dufascisme faite par Poulantzas
dans son ouvrage que moi et d'autres avons pu tirer, et mêmefonder, la conclu-
sion précédente. Ce n'est pas par hasard que les débats, déjà mentionnés,
sur la nature de ces régimes ont souvent pris Fascisme et dictature
comme un point de repère essentiel.)
Je ne peux m'arrêter sur l'influence qu'ont eue parmi nous d'autres
ouvrages postérieurs de Poulantzas, notamment Les classes sociales
dans le capitalisme d'aujourd'hui et La crise des dictatures (parus en espa-
gnol en 1976). Je dirai seulement que cette influence a été considé-
rable, pour des raisons à la fois politiques et théoriques. Aussi bien
l'analyse du déclin et de la crise des régimes dictatoriaux du Portugal,
de la Grèce et de l'Espagne que l'étude des classes sociales sous le
capitalisme actuel — en particulier, les thèses sur ce que Poulantzas
appelle la « nouvelle petite-bourgeoisie » — ont été pour nous très
utiles et stimulantes. Encore une fois, je dois signaler qu'on n'a pas
été toujours d'accord avec ces analyses et ces thèses; néanmoins,
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ceux-là mêmes qui pensaient que Poulantzas ne voyait pas toujours
juste devaient tout de même reconnaître qu'il visait toujours justel.
Occasion de souligner ici un des principaux mérites de Poulantzas :
non seulement son sens aigu des vrais problèmes, mais encore et
surtout sa capacité et sa volonté de chercher à y répondre dans et
pour le présent, en faisant pour cela appel à la réflexion théorique, à
l'analyse historique, à son expérience d'intellectuel et de militant et
même, s'il en était besoin, à son intuition. C'est pourquoi, si l'on
pouvait parfois être en désaccord avec lui, on ne pouvait par contre
ignorer ou négliger son apport. Vis-à-vis de ses travaux, toutes les
attitudes étaient possibles, sauf l'indifférence.
Je voudrais conclure ces remarques en faisant quelques commen-
taires au sujet de la « lecture latino-américaine » du dernier ouvrage
de Poulantzas : L'Etat, le pouvoir, le socialisme (publié en espagnol
en 1979). A mon avis — mais cet avis est peut-être généralisable —
ce livre est à la fois le plus fragile et le meilleur de tous ceux que
Poulantzas a écrits. Le plus fragile : en comparaison avec ses ouvrages
précédents, L'Etat, le pouvoir, le socialisme me semble être, du moins
théoriquement, le moins « fondé ». Je veux dire par là, d'une part,
qu'il s'agit du livre le plus explicitement personnel de Poulantzas
et, d'autre part, que dans cet ouvrage, beaucoup plus que dans les
précédents, la conviction de l'auteur tend à prévaloir sur l'argumen-
tation théorique et historique. Un exemple parmi d'autres : au com-
mencement du livre Poulantzas affirme, cinq fois de suite, qu' « il
n'y a pas de théorie générale de l'Etat » ; or, le seul argument qu'il
offre pour soutenir cette affirmation est tout simplement « qu'il ne
saurait y en avoir » (p. 22). Inutile de chercher dans l'ensemble du
livre la moindre justification de cet argument, sauf peut-être une
allusion très rapide aux remarques de Marx au sujet de la « produc-
tion en général », allusion qui ne saurait nullement passer pour une
justification2.
Il s'agit en somme d'un ouvrage où les conclusions sont toujours
plus importantes que les prémisses ; d'un livre sans doute passionnant,
mais aussi passionné, dans lequel Poulantzas reprend et souvent
rectifie une bonne partie de ses thèses précédentes et dans lequel
transparaît surtout l'intention d'aller tout de suite à l'essentiel; à
savoir, d'une part, offrir une sorte de synthèse des leçons qu'il a
tirées de son expérience intellectuelle et militante et, d'autre part,
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prendre résolument parti vis-à-vis des principaux problèmes poli-
tiques d'aujourd'hui.
En dépit — ou mieux à cause — de tout cela, je suis persuadé
que L'Etat, le pouvoir, le socialisme est le meilleur livre de Poulantzas
et, du moins pour nous, Latino-Américains, le plus enrichissant.
Il serait facile de justifier « rhétoriquement » cette conviction en
disant qu'il s'agit de son ouvrage le plus fécond en hypothèses
théoriques et politiques, qu'il ouvre des voies de recherche et de
réflexion inédites, etc. Et, sans doute, ces arguments d'ordre général
ne sont pas faux; ils ont cependant l'inconvénient de pouvoir être
appliqués à n'importe quel travail de Poulantzas et, par là même, de
nous faire oublier ce que cet ouvrage a d'effectivement nouveau.
Cette nouveauté apparaît de prime abord au niveau de ce que
j'appellerais volontiers un certain effet de lecture : en ce sens, L'Etat,
le pouvoir, le socialisme me semble être le livre le plus « convaincant »
de Poulantzas. Je veux dire par là que, dans cet ouvrage, plus que
dans les précédents, Poulantzas réussit largement à atteindre l'objectif
qu'il s'était proposé en l'écrivant : celui de nous transmettre, et de
nous faire partager, l'essentiel de ses préoccupations. Dans cette
mesure, il est tout à fait secondaire que son auteur y abuse un peu du
procédé d' « aller au plus court »; que, d'une façon toujours intelli-
gente mais parfois trop désinvolte, il y fasse un dense bricolage avec
des éléments tirés de Foucault, de Pierre Vilar, de Claudin, de 1fax
Weber, de J. Hirsch, de C. Offe, etc., afin d'aller rapidement
au nœud des problèmes et d'atteindre ses lecteurs. Le fait est que
Nicos mène à terme, de façon accomplie, ces deux tâches et que
cette réussite est fondamentale.
D'autre part (et ceci nous concerne directement, nous, Latino-
Américains), malgré le fait d'être un essai manifestement non systé-
matique et, par ailleurs, centré sur l'analyse de la situation politique
européenne — et surtout française —, L'Etat, le pouvoir, le socialisme
aborde de front des questions qui sont aujourd'hui au cœur de nos
inquiétudes et même de nos urgences. Mentionnons-en quelques-
unes : celle de l'Etat-nation et de ses rapports aux classes sociales et
à la lutte des classes; celle du Droit, en tant qu'idéologie et pratique
répressive; celle des « fonctions » économiques de l'Etat moderne;
enfin, et surtout, celle de la mise en marche d'un projet politique
démocratique et socialiste. Etant donné que ce dernier point inclut
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d'une certaine façon les précédents — dans la mesure où l'examen de
ceux-ci prépare le terrain et aboutit logiquement à l'analyse de
celui-là — et qu'il s'agit, de toute évidence, du thème central du
livre, je vais finir cette communication en disant deux mots à ce sujet.
Tout d'abord il faut remarquer que Poulantzas ne se borne pas
à juxtaposer les deux termes auparavant mentionnés (« démocratie »
et « socialisme ») et à préconiser leur nécessaire conjonction. Il essaie
plutôt de mettre en lumière ce que cette conjonction signifie et ce
qu'elle implique du point de vue politique. Par exemple, la revendi-
cation non libérale de la démocratie représentative, donc de ses
institutions juridiques et politiques, le pluralisme des partis et partant
la possibilité réelle — et ouvertement reconnue — de l'alternance au
gouvernement; mais aussi le développement et la consolidation des
formes de la démocratie de base et des initiatives populaires ; enfin, la
nécessité d'une mise en question profonde de l'étatolâtrie, aussi bien
staliniste que social-démocrate, en se gardant toutefois de s'en tenir
exclusivement aux seuls mécanismes de la démocratie de base, ce qui,
comme l'expérience historique le prouve, amènerait tôt ou tard à la
mise en place d'un nouveau despotisme (étatique et/ou technocratique).
Certes, un tel projet politique met la gauche devant le défi de
prendre en charge — et de résoudre — des tâches et des problèmes
radicalement nouveaux. De ce défi, et de son enjeu, Poulantzas est
parfaitement conscient. Citons ses propres paroles :
« Comment saisir une transformation radicale de l'Etat en articulant
l'élargissement et l'approfondissement des institutions de la démocratie
représentative et des libertés (qui furent aussi une conquête des masses
populaires) avec le déploiement des formes de démocratie directe à la base
et l'essaimage de foyers autogestionnaires, là est le problème essentiel d'une
voie démocratique au socialisme et d'un socialisme démocratique » (p. 283).
C e p r o b l è m e n o u s est-il étranger ? Poulantzas, pas plus que nous,
n'était de cet avis; pour lui, « le problème de fond d'un socialisme
démocratique... ne concerne pas que les pays dits développés... Ce problème
concerne toute transition au socialisme, même si celle-ci se présente de
façon considérablement différente selon les divers pays » (p. 284.
Nous soulignons). Sans doute, dans la plupart des pays de l'Amérique
latine le socialisme n'est pas « à l'ordre du jour » (et peut-être ne le
sera pas pendant un bon bout de temps). Il n'en est pas moins vrai,
cependant, que nous tous qui, en Amérique latine, faisons nôtre le
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projet d'un socialisme démocratique pouvons et devons, dès mainte-
nant, faire face à ce « problème de fond » que Poulantzas se pose et
nous pose.
Fin septembre 1973. A Santiago du Chili c'est l'apogée de la
terreur version Pinochet. La télévision est en train de nous montrer
« les-preuves-du-cancer-marxiste-qui-menaçait-la-nation-chilienne ».
On vient de perquisitionner une maison, des appartements. Les scènes
du saccage nous sont épargnées. On ne nous montre pas non plus les
« coupables », seulement les « preuves ». On peut voir, ici et là,
quelques foyers allumés dans la rue. Un officier de l'armée brandit
un livre; la caméra s'approche : il s'agit de Fascisme et dictature de
Nicos Poulantzas. Fascismo y dictadura !, dit l'officier d'une voix
sévère et réprobatrice. Tout de suite après, il jette le livre au feu. Il
a bien fait. Certes, Fascisme et dictature ne mentionnait même pas le
Chili. Mais...
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PRINCIPAUX TRAVAUX DE NICOS POULANTZAS*
1961 Histoire et éthique (en grec), publié dans Anti, 28 août 1981.
1962 La renaissance du droit naturel en Allemagne après la seconde guerre
mondiale, Polycopié, Paris.
K. LARENZ, Methodenlehre der Rechtswissenschaft (compte rendu),
Archives de philosophie du droit, 7, p. 309-316.
1963 Notes sur la phénoménologie et l'existentialisme juridiques, Archives
de philosophie du droit, 8, p. 213-235.
C. TSATSOS, Etudes de philosophie du droit (compte rendu), Archives
de philosophie du droit, 8, p. 294-297.
O. BALLWEG, Zu einer Lehre von der Natur der Sache (compte
rendu), Archives de philosophie du droit, 8, p. 339-341.
1964 L'examen marxiste de l'Etat et du droit actuels et la question de
l'alternative, Les Temps modernes, 20e année, no 219-220, p. 274-302.
Dialectique et nature des choses, Annales de la Faculté de Droit de
Toulouse, 12 (i), p. 247 sq.
1965 La critique de la raison dialectique de J.-P. Sartre et le droit, Archives
de philosophie du droit, 70, p. 83-106.
Nature des choses et droit : essai sur la dialectique du fait et de la valeur,
Paris, Librairie générale de Droit et de Jurisprudence, R. Pichon
& R. Durand-Avzias.
Préliminaires à l'étude de l'hégémonie dans l'Etat, Les Temps
modernes, p. 862-896, 1048-1069.
1966 La dialectique hégélienne-marxiste et la logique juridique-moderne,
Archives de philosophie du droit, 77, p. 149-158.
Sur la conception marxiste de l'Etat, Seconde Semaine de la pensée
* Cette bibliographie, sans doute encore incomplète, a été établie avec la collaboration
de Bob JESSOP que je remercie tout particulièrement. (C. B.-G.)
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1966 c o n t e m p o r a i n e , A t h è n e s , 1966, d a n s Marxi-rmos k a i episteme, A t h è n e s ,
T h e m e l i o , p. 329-338.
L e s classes et l ' E t a t (en grec), S e c o n d e S e m a i n e de la p e n s é e c o n t e m -
poraine, Athènes, dans Marxismos kai episteme, Themelio, p. 329-
338.
La théorie politique marxiste en Grande-Bretagne, Les Temps
modernes, 238, p. 1683-1707.
V e r s u n e t h é o r i e m a r x i s t e , L e s T e m p s modernes, n ° 2 4 0 , m a i , p . 1952-
1982.
1967 Marxist Political Theory in Great Britain, New Left Revient, 4J,
p. 57-78.
A propos de la théorie marxiste du droit, Archives de philosophie
du droit, n° 12, p. 145-162.
Les formes politiques du coup d'Etat militaire (en grec), Poreia,
2 juin 1967, repris dans Politis, n° 29, 1979.
1968 Brèves remarques sur l'objet du Capital, Victor FAY (éd.), Eu
partant du « Capital », Paris, Anthropos, 1968, p. 235-247.
Pouvoir politique et classes sociales, Maspero. Traduit en allemand,
anglais, espagnol, italien, japonais, grec, suédois, serbo-croate.
1969 The Problem of the Capitalist State, New Left Review, j8. Traduction
allemande : Europaische Verlagsanstalt.
1970 R. MILIBAND, L'Etat dans la société capitaliste (compte rendu),
Archives de philosophie du droit, XV, p. 460-462.
Sur la question des alliances (en grec), Agonas, juin 1970, sous le
pseudonyme de Skyrianos.
Sur l'Etat dans la société capitaliste, Politique aujourd'hui, mars 1970,
p. 65-76.
Fascisme et dictature, Paris, Maspero, 1970 (traduit en allemand,
anglais, espagnol, italien, grec, suédois).
Préface à D. EUDES, Les Kapetanios, p. VII-VIII, Paris, Fayard.
1971 Das Problem des kapitalistischen Staates, Kritische J u s t i I V ,
p. 201-2°9.
1972 Préface à D. LINDENBERG, L'Internationale communiste et l'école de
classe, Paris, Maspero, p. 7-16.
Les classes sociales, L'Homme et la Société, p. 24-25. Traduction
anglaise : New Left Rei,iew, 78, et italienne : Sul concetto di classe,
Feltrinelli, 1974.
1973 Note à propos du totalitarisme, Tel Quel, JJ, p. 74-81.
L'Internationalisation des rapports capitalistes et l'Etat-nation, Les
Temps modernes, 319, p. 1456-1500.
Klassenkampf und Repression. Einige Hauptzüge des kapitalisti-
schen Staates, Kursbuch, 31, mai, p. 129-136.
1974 Fascism and Dictatorship, London, New Left Books.
Lettre ouverte à « Critique de l'économie politique », Critique de
l'économie politique, IJ, p. 136-141.
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CONFLITS A L'INTÉRIEUR DES RÉGIMES AUTORITAIRES
ET MOBILISATION DÉMOCRATIQUE
1. J'ai moi-même insisté sur cette négativité politique des régimes autoritaires dans
Democracia y autoritarismo en los capitalismos dependientes, in Revista Alexicana
de Sociologia, n° 3, 1980.
2. Voir les travaux de F. H. CARDOSO et de G. O'DONNELL, et les contributions de
plusieurs chercheurs dans le cadre des activités organisées par le Social Science
Research Council et le W. Wilson Center.
3. Notons que les politologues américains avaient fait des réflexions sur beaucoup de
points semblables à propos de la crise politique dans les pays du Tiers Monde, le
thème était alors celui du « prétorianisme de masses ». Voir S. P. HUNTINGTON,
Political order in changing societies, Yale University Press, 1968. Sur la gouvernabilité
il existe une abondante littérature notamment en italien : N. LUHMANN, Potere et
complessita sociale, Il Saggiatore, 1979; C. DONOLO et Franco FICHERA, Il Goberno debole,
De Donato, 1981 ; P. BARCELONA, Oltre lo stato sociale, De Donato, 1980; A. ARDIGO,
Crisi de gobernabilita e mondi vitali, Capelli, 1980.
4. On entend par légitimité antisubversive au sens large le crédit politique obtenu par
les régimes autoritaires pour gouverner pendant la période où la tâche principale est
la suppression ou la désorganisation de secteurs définis comme ennemis. En réalité,
des quatre cas, seul le gouvernement militaire d'Argentine doit faire face pendant
une période de plusieurs mois à une opposition armée. Au Brésil, plusieurs années
après l'établissement du régime, on voit apparaître des mouvements de guérilla.
DE LA CRISE DE L'ÉTAT KEYNÉSIEN
AU NOUVEAU SOCIALISME?
1. L'Etat, le pouvoir, le socialisme, PUF, p. 294.
2. Sur ce point, cf. notre Défi social-démocrate, Maspero (avec G. THERBORN).
3. Claus OFFE, Unregierbarkeit. Zur renaissance Konservativer krisentheorie, dans
HABERMAS, Stichivorte Zur Geistigen Situation der Zeit, Surkampf, 1979, vol. 1, p. 294
et s.
4. Sur l'évolution des différentes social-démocraties européennes face à la crise, on se
reportera au dossier du Monde diplomatique. Social-démocraties européennes, sep-
tembre 1981, et à notre article : « Critique et autocritique d'un modèle ».
5. Sur ce dilemme, cf. l'ensemble du dernier chapitre de L'Etat, le pouvoir, le socialisme :
« Vers un socialisme démocratique ».
6. L'Etat, le pouvoir, le socialisme, p. 265-266.
7. Voir par exemple toute la problématique de l'eurocommunisme de gauche et les
textes de Nicos POULANTZAS réunis dans Repères (Maspero).
8. André GORZ, Adieux au prolétariat, Galilée.
9. Voir sur ce point la critique d'Ingrao dans Per une ricerca sul partito politico, dans
le livre collectif II partito politico, De Donato.
10. Paradigmi di analisi della crisi dei partiti, dans II partito politico. La crise des partis est
un des derniers articles publiés par Nicos POULANTZAS (septembre 1979, Le Monde
diplomatique). La crise des partis — crise de représentation et d'identité sociologique —
et la nécessité d'une « transformation profonde des partis ouvriers, leur démocrati-
sation interne... » sont au centre de la problématique et de la possibilité d'un socialisme
démocratique.
11. I n t e r v i e w à Rinascita, n o v e m b r e 1981.
12. Ibid.
13. Pour une philosophie radicale, Le Sycomore, et A theory of history, M e l b o u r n e , 1981.
14. Sur la critique féministe de cette n o t i o n de f o r m e : Luce IRIGARAY, Spéculum, Minuit.
15. Cf. les travaux de Michel SERRES et ceux de PRIGOGINE, L a Nouvelle Alliance, Galli-
m a r d , avec I. STENGERS.
16. Régis DEBRAY, Critique de la raison politique, Gallimard, et le n° II du Temps de la
réflexion, Gallimard.
17. Serge MOSCOVICI, L'âge des foules, Fayard.
18. Niklas L e H MANN, Klassische T h e o r y der Macht, dans Zeitschrift fiir Politik, X V I , 1969.
19. Nicos POULANTZAS, Les classes dans le capitalisme aujourd'hui, Seuil, 1974.
NOUVEAU BLOC AU POUVOIR, NOUVEAU BLOC HISTORIQUE ?
1. Pour reprendre une expression chère à l'un de ces intellectuels, Roland Castro,
qui fut aussi il y a plus de dix ans un des coauteurs d'une formule qui a fait du chemin
depuis : « Changer la vie »...
2. « La société contre l'Etat ».