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LL Scène 5 Acte II

Dans la scène 5 de l'acte II de 'On ne badine pas avec l'amour', Perdican défend sa conception de l'amour face à Camille, qui privilégie une vision spirituelle en devenant religieuse. Il critique l'endoctrinement des religieuses et évoque les souffrances de l'amour tout en célébrant sa beauté et son importance dans la vie humaine. Cette confrontation met en lumière les tensions entre passion et raison, ainsi que les idéaux romantiques de l'époque.

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Dans la scène 5 de l'acte II de 'On ne badine pas avec l'amour', Perdican défend sa conception de l'amour face à Camille, qui privilégie une vision spirituelle en devenant religieuse. Il critique l'endoctrinement des religieuses et évoque les souffrances de l'amour tout en célébrant sa beauté et son importance dans la vie humaine. Cette confrontation met en lumière les tensions entre passion et raison, ainsi que les idéaux romantiques de l'époque.

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Séquence 3 : On ne badine pas avec l’amour, Alfred de Musset, 1834.

« Les jeux du cœur et de la parole. »

Lecture linéaire n°9 : scène 5 acte II

Dans ce passage, Perdican essaie de convaincre Camille de l’importance des


sentiments humains et de l’amour, tandis que Camille reste ancrée dans une vision
spirituelle et détachée des passions terrestres. Perdican exprime son désaccord avec
le choix de Camille de devenir religieuse, et une confrontation idéologique s’engage.

Problématique : Comment Perdican défend-il sa conception de l’amour ?

1er mouvement : Un réquisitoire contre le couvent : ligne 1 à 14.


-Les questions rhétoriques qui ouvrent la tirade lignes 1 à 5, suivies d’exclamations
expressives des lignes 5 à 7, introduites par l’interjection « Ah ! », l’inscrivent dans la
tonalité polémique, signe de la colère de Perdican.

-le verbe savoir est utilisé dans les 3 questions : « Sais-tu « « savent-elles » X2 cet
emploie vise à faire douter Camille en remettant en cause la vérité qu’elle a pu se
forger sur les religieuses.

-« malheureuse fille » ligne 1 interpelle et fait de Camille une victime du discours de


ces religieuses.
Cela est confirmé ligne 5-6 par la phrase exclamative : « Ah ! Comme elles t’ont bien
fait la leçon ! » Perdican ne l’attaque donc pas directement mais dénonce la religion et
le manque d’honnêteté des religieuses.
- ligne 2-3 il s’en prend directement à la religion : « Elles qui te représentent l’amour
des hommes comme un mensonge, savent-elles qu’il y a pis
encore, le mensonge de l’amour divin ? » Le chiasme, qui place en son centre le
reproche de « mensonge », met en parallèle l’argument précédemment invoqué par
Camille, « l’amour des hommes » considéré comme « un mensonge », et celui sur
lequel insiste Perdican, « le mensonge de l’amour divin », dont la gravité est amplifiée
par l’article défini.

-La troisième question, « Savent-elles que c’est un crime qu’elles font, de venir
chuchoter à une vierge des paroles de femme ? », pose un autre reproche, dont le
terme « crime » souligne la gravité : l’endoctrinement des jeunes filles au couvent,
encore innocentes car elles n’ont rien vécu, par des femmes qui, elles, ont connu
l’amour.
-Le choix du verbe « chuchoter » est une façon de démasquer leur manipulation
mentale, car elles disent ces « paroles » à l’oreille, en cachette, comme l’on avouerait
un péché.

- ligne 5 il suggère leur dépravation en opposant les mots « femme » et « vierge ». Il


détruit ainsi l’image de pureté traditionnellement associée au couvent.

-Ce reproche parcourt la fin de cette tirade, avec l’exclamative, « comme elles t’ont
fait la leçon ! », mais aussi à travers l’image : « le masque de plâtre que les nonnes
t’ont plaqué sur les joues ». Placée en cod, Camille est encore mis en position de
victime. Le masque est un symbole d’hypocrisie et le plâtre à une blancheur que l’on
peut associer à la mort. Le couvent, loin d’être un lieu de charité et de vérité est un
fait un espace mortifère de frustration et de manipulation.

-Il accumule ensuite les exemples du résultat de cet endoctrinement,


d’abord l’attitude de Camille lors de leurs retrouvailles, son admiration du tableau
d’une aïeule en costume de religieuse : « Comme j’avais prévu tout cela quand tu t’es
arrêtée devant le portrait de notre vieille tante ! »ligne 7.

2ème mouvement : un plaidoyer romantique : ligne 6 à 14.


Le réquisitoire laisse place à un playdoyer sentimental où Perdican évoque leur
enfance.

-Petit « récit enchâssé » où Perdican essaie de montrer à Camille son erreur. •


Passage à l’imparfait et utilisation de négations syntaxique et lexicale dans trois
propositions juxtaposées : « tu voulais partir sans », « tu ne voulais pas » « tu reniais

- référence à la nature : bois, fontaine et herbe: En convoquant les éléments eau et


végétaux, il associe la nature à la spontanéité, à l’âge de l’innocence, à l’enfance dont
Camille se détourne.

-La fontaine, symbole de pureté est personnifié : « pauvre petite qui nous regarde ».
et est associée à un registre pathétique « pauvre petite » « tout en larmes » Paysage
état-d’âme romantique
Ce paysage idyllique est un « locus amoenus », cadre naturel agréable propice à
l’expression des sentiments.

-L’innocence d’alors est soulignée par le « baiser de frère » que lui a refusé Camille.
La sincérité de l’enfance s’oppose au « masque de plâtre » que les sœurs ont
« plaqué » sur les joues de Camille.

-Métaphore du masque qui symbolise la tromperie, la froideur, l’indifférence.


Il fait aussi référence au moulage que l’on réalisait à l’époque pour garder les traits
d’un mort : le couvent est un tombeau.

-Le « mais » adversatif fait appel au « cœur » de Camille (métonymie et


personnification)
Le cœur, garant de la sincérité « a battu » et « oublié sa leçon » les passés-composés
montrent la perte d’innocence.

⇨ Pour faire tomber ce masque, Perdican reprend le point de vue de Camille avec
une ironie cinglante.

-L’interjection « Eh bien ! » marque le retour au réquisitoire contre les nonnes. •


L’ironie de Perdican fonctionne par antiphrase (les mots expriment l’inverse de ce
qu’on pense) « elles ont bien parlé », « elles t’ont mise dans le vrai chemin ».

-Le futur « il pourra m’en coûter l’amour de ma vie » c’est une prolepse (annonce la
suite de la pièce). C’est même une ironie tragique (allusion à une fin funeste) car il
perdra bien plus que l’amour de sa vie.
-L’impératif adresse le message aux nonnes : « dis-leur cela de ma part » • la
négation et la 3e personne sont provocatrices : « Le ciel n’est pas pour elles » il ne
s’adresse même plus à Camille.

-ligne 14 « Ni pour moi, n’est-ce pas ? ». ⇨ Le dialogue est compromis, les deux
personnages en colère et orgueilleux s’éloignent de la sincérité qu’ils attendent de
l’autre.
La réaction de Camille, sa question « Ni pour moi, n’est-ce pas ? », est ambiguë : a-t-
elle été touchée par ce reproche de ne faire que réciter le discours d’autrui, blessée
dans son orgueil ? Ou bien, cette question révèle-t-elle une amertume désabusée
devant l’incompréhension de Perdican ? Ou bien encore cherche-t-elle à enfin obtenir
une réponse tranchée à sa question initiale : doit-elle, on non, prendre le voile ?

3ème mouvement : dénoncer le grotesque du monde : ligne 15 à 20


-Perdican ne répond pas à la question de Camille, le terme « Adieu » montre une
rupture : on entend ironiquement « À Dieu »

-L’impératif « Retourne à ton couvent » reprend la tirade de Camille qui précède :


« Retournez à la vie » : • Chacun dénonce le « monde » dans lequel vit l’autre.

-le lexique, violemment péjoratif dans l’hypallage qui personnifie les « récits » prenant
la place des « nonnes », reprend la critique pour lui dicter, à son tour, une leçon : « et
lorsqu’on te fera de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te
dire ».

-Ce discours adopte, dans un premier temps, le pessimisme du discours religieux porté
par Camille, à travers deux énumérations :
*la première de neuf adjectifs dressant un bien sombre portrait des hommes, «
Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux
ou lâches, méprisables et sensuels » Il semble reconnaître la nature libertine des
hommes.
*puis de six adjectifs qui n’épargnent pas les femmes : « toutes les femmes
sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ». Si les hommes sont
tels que Camille les a décrits, les femmes ne valent pas mieux.

-Cette vision s’accentue encore par des images, toutes destinées à susciter un dégoût
à la fois visuel et olfactif de l'humanité : « le monde n’est qu’un égout sans fond où les
phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ».

-La négation restrictive « ne … que » réduit « le monde » entier à cette description


effrayante.

-La métaphore des « égouts » est une hyperbole (figure d’exagération) avec le lexique
du dégoût : « égout », « fange », de l’animalité : « phoques » « rampent et se
tordent ».
-Les superlatifs participent à l’exagération : « sans fond, les plus informes, montagnes
de… »Cette métaphore peut faire penser à certains monstres de la Bible ou de la
mythologie..

4ème mouvement : défendre un amour imparfait mais sublime : ligne 20 à 25.


-Le connecteur « mais » ligne 20 introduit un éloge de l’amour, du couple, mis en
valeur par les oppositions lexicales des termes mélioratifs, en réponse aux hyperboles
péjoratives : « mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux
de ces êtres si imparfaits et si affreux. »

-S’ensuit une généralisation dans une phrase à nouveau antithétique. Musset reprend
la concession pessimiste sur un rythme ternaire, souligné par l’anaphore de
l’adverbe : « On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux
».
*Utilisation du pronom personnel indéfini « on » et du présent de vérité
générale qui montre que ses propos dépassent leur histoire personnelle. Il s’agit ici
d’un véritable proverbe.
*Le rythme ternaire « trompé, blessé, malheureux » insiste sur les souffrances
de l’amour.
*L’anaphore de l’adverbe « souvent » en fait une véritable condition : pas
d’amour sans souffrance.

-Le lien d’opposition « mais » introduit une nouvelle antithèse « on aime » malgré
tout.

-La subordonnée circonstancielle « quand on est sur le bord de la tombe », et le passé


composé « j’ai aimé » expriment un amour terrestre qui n’est pas éternel. Par contre,
le souvenir est éternel « regarder en arrière ».
⇨ Cette conception s’oppose à celle de Camille : « Je veux aimer, mais je ne veux pas
souffrir ; je veux aimer d’un amour éternel».

-La citation célèbre « J’ai souffert… j’ai aimé » est extraite de la lettre de George Sand
(du 12 mai 1834). Toutefois le « Je » est lyrique et prend une valeur universelle : il ne
désigne ni Musset ni Perdican mais l’amoureux romantique. En effet, Perdican n’a pas
d’expérience du grand [Link] rythme ternaire est parallèle au premier : « j’ai
souffert / je me suis trompé / j’ai aimé. » Mais la forme active montre que le « je » a
choisi de vivre cette expérience.

-Le présentatif « c’est moi qui » insiste sur l’authenticité de cette première personne

-Les nonnes sont pratiquement des allégories de « l’orgueil et l’ennui » qui créent un
être factice.

-La didascalie « Il sort » fait de la parole « Adieu » une action, rappelant que les mots
sont des actes au théâtre (valeur performative du langage).
Conclusion
Au cœur de la pièce, cette scène est la plus longue conversation entre les deux
protagonistes. Camille, après avoir demandé à Perdican son avis sur sa décision de
rester au couvent pour devenir religieuse, est amenée à la justifier par une violente
critique de l’infidélité masculine. Elle entraîne ainsi la réaction de Perdican, ici porte-
parole de Musset. Dans un premier temps, comme de nombreux auteurs
romantiques, son argumentation critique violemment l’éducation donnée aux jeunes
filles dans les couvents, où les religieuses leur peignent sous les couleurs les plus
terribles l’amour terrestre. Cependant, cela ne l’empêche pas de présenter une
sombre vision de la société, mais qui le conduit à faire, dans un élan lyrique, un
vibrant éloge de l’amour, sans en nier les souffrances : il est la seule force qui donne
sens à la vie.

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