INTRODUCTION GENERALE
Les finances publiques sont l’élément le plus important de la chose publique car la
disposition des moyens financiers conditionne l’activité des hommes et des Etats et coïncide
avec l’indépendance et la puissance, du moins au plan matériel. Après son accession à
l’indépendance, le nouvel Etat camerounais devait non seulement assurer son devenir politique
mais aussi prendre en relief sa destinée économique.
C’est ainsi que face au pillage ostentatoire que pouvait causer certains ordonnateurs, le
législateur à travers la loi de finances n°61/11 du 14 juin 1961 va instaurer les jargons de
protection en ce qui concerne les biens publics. Le souci de protection des biens publics aura
pour fondement l’article XIV de la DDHC qui dispose : « tous les citoyens ont le droit de
constater, par eux-mêmes ou par leur représentants, la nécessité de la contribution publique,
de la consentir librement, d’en suivre l’emploi et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le
recouvrement et la durée ». Cet article fonde la légitimité des contrôles financiers publics, qu’il
soit des juridictionnels (Chambre des comptes de la Cour suprême, tribunaux régionaux des
comptes) Cour de discipline budgétaire et financière), administratifs ou encore politique
notamment au travers de l’évaluation des politiques publiques par le Parlement ou du vote de
la loi de règlement entre autres.
Si le bon fonctionnement de toute administration en quête de rendement dépend de la
qualité des ressources humaines, les ressources financières en sont incontournables. Il est
observé que toute administration pour atteindre un degré d’efficience et d’efficacité devrait
utiliser au mieux les moyens dont elle dispose faisant ainsi appel au principe de la bonne
gouvernance qui « appelle un changement de logique dans la gestion publique et doit
engendrer une amélioration de l’efficacité de la dépense publique et de la performance des
services de l’Etat ». La transparence de la gestion publique constitue une exigence
démocratique ; aspect important de la modernisation de la gestion publique, le développement
de la transparence financière résulte de la conjoncture de plusieurs facteurs.
Le problème de fond qui n’est pas récent, à savoir, l’opacité et l’extrême technicité de
la matière financière sont à l’origine des débats constants entre, d’une part, les experts et la
technostructure qui développent des instruments toujours plus sophistiqués de gestion et,
d’autre part, le pouvoir politique et les citoyens qui en leur qualité d’acteurs (décision
budgétaire pour les premiers et versement de l’impôt pour les autres) exigent que leur soient
rendus des comptes clairs et compréhensibles. A cela s’ajoutent le problème de la démocratie
administrative et des droits des administrés, en vue de faire des administrations publiques des
« maisons de verre »
Compte tenu de nombreuses malversations financières observées au quotidien qu’elles
soient volontaires ou pas ne pouvant empêcher de se demander si réellement les finances
publiques sont-elles encore les finances de l’Etat, une inquiétude qui illustre à suffisance
l’attention particulière que les autorités publiques accordent aux finances et par voie de
conséquence le souci de protection compte tenu de la série de privatisation à laquelle
l’administration camerounaise fait augure montrant en effet la valeur d’une technique de
limitation du rôle de l’Etat et d’une solution à la crise des finances publiques. Cela nous amène
à opérer une distinction entre faute de gestion et le détournement de deniers publics.
Les malversations financières seront dites non volontaire lorsqu’il s’agit d’une faute de
gestion. Cette dernière peut être commise d’abord par la défaillance de l’ordonnateur à émettre
un titre de recette susceptible d’enrichir l’Etat ou toute autre personne morale de droit public,
ensuite par le défaut de reversement dans les caisses d’une créance régulièrement établie ou
constatée, elle peut aussi consister en la perception d’une recette sans fondement légal et, enfin,
il peut s’agir de la violation d’une disposition légale ou réglementaire ayant entrainé des pertes
de recette à une personne morale de droit public.
Le détournement des deniers publics quant à est une opération illégale qui consiste à
utiliser des sommes ou des titres appartenant à la collectivité à des fins autres que l’intérêt
public. (Article 184 du CP). Les deniers publics seraient l’ensemble des finances appartenant
à l’Etat et aux entités publiques (CTD EP)(cas de la FECAFOOT). (Différence entre faute de
gestion et détournement des deniers publics).
Les chefs des entreprises publiques ou tous ceux qui se trouvent être en tête des
institutions morales de droit public doivent accomplir leurs fonctions avec loyalisme et
abnégation d’où l’appel au contentieux des comptes publics.
Par contentieux des comptes publics, nous entendons tout litige né de la gestion des
finances de l’Etat et des entités publiques.
Le contrôle, écrit le professeur Jean Marie BRETON, « est indissociable de toutes
activités sociales : individuelle, de groupe ou d’Etat ». Il poursuit en disant « contrôler les
hommes et contrôler l’exécution réelle de chaque tâche, c’est là toujours et seulement là le
nœud de tout travail, de toute politique, de toute équipe ». C’est que, le contrôle est une fonction
assez importante. Entre une décision, sa mise en œuvre, et sa réalisation effective, il y a bien
souvent un certain nombre de données qui font que la décision pourrait soit ne pas se
concrétiser, soit être mal appliquée. Qui plus est, la bonne foi de celui qui ou de ceux chargés
de la mise en œuvre d’une décision n’est pas acquise par hypothèse.
Or, la programmation budgétaire, en tant que levier de la performance des finances
publiques, implique une série d’exigences. En effet, la réussite de cette innovation du régime
financier en vigueur au Cameroun est tributaire de mécanismes destinés à surveiller la
conformité voire la régularité des opérations jalonnant la mise en œuvre de l’exécution du
budget. Il s’agit de mécanismes qui revêtent pour l’essentiel, les caractères d’un contrôle.
DEUX TYPES DE CONTROLE
- Contrôle administratif
S’exprimant au sujet des contrôles auxquels l’Administration peut être soumise, le
professeur Alain BOCKEL indique qu’il existe globalement quatre types de contrôle : le
contrôle inorganisé ( il faut entendre le contrôle de l’opinion publique qui s’exerce soit
directement, soit par l’intermédiaire d’organes d’expression de cette opinion tels que la presse,
les partis politiques et les groupes de pression. C’est un contrôle de portée variable selon l’état
de la conscience collective et des libertés publiques. Il dépend pour l’essentiel, du degré de
participation des citoyens au processus national de développement.), le contrôle parlementaire,
le contrôle administratif.
Les contrôles dits administratifs sont ceux que les comptables opèrent sur la régularité des
opérations de dépenses et les pièces justificatives. Cette catégorie de contrôle trouve son
fondement dans l’article 84 de la loi n 2018/012 du 11 juillet 2018 portant régime financier de
l’État et des autres entités publiques. Le contrôle administratif de la gestion des comptes peut
être entendu suivant deux orientations.
Le contrôle parlementaire encore appelé politique La gestion des comptes publics de l’Etat est
objet de contrôle au plan politique. Il s’agit dans ce cas, de la soumettre à la vérification de
ceux-là même qui sont investis de la légitimité du peuple ou du peuple lui-même. Suivant cette
base, on peut admettre que le contrôle politique de la gestion des comptes publics.
- Contrôle juridictionnel
Le contrôle juridictionnel des finances est un contrôle effectué par une juridiction
financière. Les pays de l’Afrique centrale n’ont pas dérogé à cette nomenclature en vertu du
mimétisme institutionnel et normatif observable dans les lesdits Etats au lendemain des
indépendances. Par contrôle juridictionnel, on désigne donc le contrôle des ordonnateurs d’une
part et le contrôle des comptables publics d’autre part. Deux principales juridictions sont
concernées par le contrôle juridictionnel de la gestion des comptes publics : la juridiction
administrative et la juridiction répressive.
Pour ce qui est de la juridiction administrative, deux catégories de juridictions
administratives participent au contrôle de la gestion des comptes publics. L’une correspond à
la juridiction administrative spécialisée en matière financière et l’autre correspond à la
juridiction administrative à compétences générales. Sont donc soumis au contrôle les
ordonnateurs et les autres acteurs de maniement des finances de l’Etat et des entités publiques.
L’ordonnateur est défini par l’article 65 de la nouvelle loi comme toute personne ayant qualité
au nom de l’Etat de prescrire l’exécution des recettes et des dépenses inscrites au budget de
l’Etat ; il est responsable de la bonne exécution des programmes.
Il présente l’exécution des recettes et des dépenses. En matière de recettes, la loi (article 67)
distingue 02 catégories d’ordonnateurs :
- L’ordonnateur principal est le Ministre des Finances
- Les ordonnateurs délégués peuvent être les chefs de départements ministériels ou assimilés et
les agents de l’administration fiscale ; ils peuvent constituer des régisseurs de recettes. Ces
ordonnateurs principaux ou délégués émettent les titres permettant de collecter les recettes.
En matière de dépenses, il existe 03 types d’ordonnateurs selon l’article 66 de la nouvelle loi :
- Les ordonnateurs principaux du budget de l’Etat : il s’agit des chefs de départements
ministériels ou assimilés et les hautes autorités des institutions constitutionnelles ;
Les ordonnateurs secondaires sont des responsables des services déconcentrés de l’Etat qui
reçoivent les autorisations de dépenses des ordonnateurs principaux ; ils obéissent au principe
de la territorialisation des crédits.
- Les ordonnateurs délégués sont des responsables désignés par les ordonnateurs principaux ou
secondaires pour des matières expressément définies ; cette délégation de signature prend la
forme d’un acte administratif de l’ordonnateur principal ou secondaire. Bien que la loi soit
muette sur la question il faut noter qu’il existe des ordonnateurs suppléants en cas d’absence ou
d’empêchement de l’ordonnateur principal, secondaire ou délégué.
Les ordonnateurs sont juges de l’opportunité des dépenses de l’Etat qu’ils engagent liquidèrent
et ordonnancent. Ils tiennent la comptabilité administrative. Aux termes de la nouvelle loi les
ordonnateurs sont assistés par les responsables de programme définis comme des facilitateurs
d’un point de vue de la gestion. Ces derniers sont désignés par les ministres sectoriels dont ils
relèvent, l’acte de désignation précisent les conditions dans lesquelles compétences de
l’ordonnateur sont déléguées aux responsables des programmes ainsi que les modalités de
gestion des programmes, cet acte est transmis pour information au Ministre des finances. Sur
la base des objectifs généraux fixés par le ministre le responsable de programmes détermine les
objectifs spécifiques, mise en œuvre du affecte les moyens et contrôle les résultats des services
chargés sous sa responsabilité de la mise en œuvre du programme ; il s’assure du respect des
dispositifs de contrôle interne et du contrôle de gestion.
Aux termes de l’article 71 alinéa 1 les comptables publics sont des agents publics ayant la
charge exclusive du recouvrement (toutes les recettes publiques doivent être encaissées par un
comptable public qui est tenu d’effectuer toute diligence nécessaire pour recouvrer les titres de
recette régulièrement établis), de la garde et du maniement des fonds et valeurs, de la tenue des
comptes de l’Etat et des autres entités publiques ; la fonction de comptable correspond à un
métier soumis à une qualification professionnelle (triple compétence juridique, comptable et
financière) et à un statut ; le paiement des dépenses de l’Etat relève de la responsabilité
exclusive du comptable public ou d’un agent nommément désigné par lui agissant sous son
contrôle et sous sa responsabilité directe.