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Oral de Bac

Le 'Cahier de Douai' présente une série de poèmes de différents auteurs, dont Apollinaire et Cendrars, explorant des thèmes tels que l'amour, la nostalgie, et la pauvreté. Les poèmes évoquent des images puissantes et des émotions intenses, allant de la beauté des promesses d'amour à la dure réalité de la misère. Chaque texte illustre la richesse de la poésie moderne à travers des styles variés et des réflexions personnelles.

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Le 'Cahier de Douai' présente une série de poèmes de différents auteurs, dont Apollinaire et Cendrars, explorant des thèmes tels que l'amour, la nostalgie, et la pauvreté. Les poèmes évoquent des images puissantes et des émotions intenses, allant de la beauté des promesses d'amour à la dure réalité de la misère. Chaque texte illustre la richesse de la poésie moderne à travers des styles variés et des réflexions personnelles.

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Cahier de Douai

La Maison des Morts , Guillaume Apollinaire , Alcools, 1913

Une morte assise sur un banc

Près d’un buisson d’épine-vinette

Laissait un étudiant

Agenouillé à ses pieds

Lui parler de fiançailles

Je vous attendrai

Dix ans vingt ans s’il le faut

Votre volonté sera la mienne

Je vous attendrai

Toute votre vie

Répondait la morte

Des enfants

De ce monde ou bien de l’autre

Chantaient de ces rondes

Aux paroles absurdes et lyriques

Qui sans doute sont les restes

Des plus anciens monuments poétiques

De l’humanité

L’étudiant passa une bague

A l’annulaire de la jeune morte

Voici le gage de mon amour


De nos fiançailles

Ni le temps ni l’absence

Ne nous feront oublier nos promesses

Et un jour nous auront une belle noce

Des touffes de myrte

A nos vêtements et dans vos cheveux

Un beau sermon à l’église

De longs discours après le banquet

Et de la musique

De la musique

Nos enfants

Dit la fiancée

Seront plus beaux plus beaux encore

Hélas! la bague était brisée

Que s’ils étaient d’argent ou d’or

D’émeraude ou de diamant

Seront plus clairs plus clairs encore

Que les astres du firmament

Que la lumière de l’aurore

Que vos regards mon fiancé

Auront meilleure odeur encore

Hélas! la bague était brisée

Que le lilas qui vient d’éclore

Que le thym la rose ou qu’un brin

De lavande ou de romarin
Cahier de Douai

Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France, Blaise Cendrars, 1913

En ce temps-là j'étais en mon adolescence


J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà
plus de mon enfance
J'étais à 16 000 lieues du lieu de ma naissance
J'étais à Moscou, dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n'avais pas assez des sept gares et des mille et
trois tours
Car mon adolescence était si ardente et si folle
Que mon coeur tour à tour brûlait comme le temple d'Éphèse ou comme la Place Rouge de
Moscou
quand le soleil se couche.
Et mes yeux éclairaient des voies anciennes.
Et j'étais déjà si mauvais poète
Que je ne savais pas aller jusqu'au bout.
Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare
croustillé d'or,
Avec les grandes amandes des cathédrales, toutes
blanches
Et l'or mielleux des cloches...
Un vieux moine me lisait la légende de Novgorode
J'avais soif
Et je déchiffrais des caractères cunéiformes
Puis, tout à coup, les pigeons du Saint-Esprit s'envolaient sur la place
Et mes mains s'envolaient aussi avec des bruissements d'albatros
Et ceci, c'était les dernières réminiscences
Du dernier jour
Du tout dernier voyage
Et de la mer.
Cahier de Douai

Venus Anadyomène

Comme d’un cercueil vert en fer blanc, une tête

De femme à cheveux bruns fortement pommadés

D’une vieille baignoire émerge, lente et bête,

Avec des déficits assez mal ravaudés ;

Puis le col gras et gris, les larges omoplates

Qui saillent ; le dos court qui rentre et qui ressort ;

Puis les rondeurs des reins semblent prendre l’essor ;

La graisse sous la peau paraît en feuilles plates ;

L’échine est un peu rouge, et le tout sent un goût

Horrible étrangement ; on remarque surtout

Des singularités qu’il faut voir à la loupe…

Les reins portent deux mots gravés : Clara Venus ;

– Et tout ce corps remue et tend sa large croupe

Belle hideusement d’un ulcère à l’anus.


Cahier de Douai

Ma Bohême

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;​

Mon paletot aussi devenait idéal ;​

J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;​

Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.​

– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course​

Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.​

– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,​

Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes​

De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,​

Comme des lyres, je tirais les élastiques​

De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !


Cahier de Douai
Les Effarés

Noirs dans la neige et dans la brume,​


Au grand soupirail qui s’allume,​
Leurs culs en rond

A genoux, cinq petits, -misère!-​


Regardent le boulanger faire​
Le lourd pain blond…

Ils voient le fort bras blanc qui tourne​


La pâte grise, et qui l’enfourne​
Dans un trou clair.

Ils écoutent le bon pain cuire.​


Le boulanger au gras sourire​
Chante un vieil air.

Ils sont blottis, pas un ne bouge​


Au souffle du soupirail rouge​
Chaud comme un sein.

Et quand, pendant que minuit sonne,​


Façonné, pétillant et jaune,​
On sort le pain,

Quand, sous les poutres enfumées​


Chantent les croûtes parfumées​
Et les grillons,

Quand ce trou chaud souffle la vie;​


Ils ont leur âme si ravie​
Sous leurs haillons,

Ils se ressentent si bien vivre,​


Les pauvres petits pleins de givre,​
-Qu’ils sont là, tous,
Collant leurs petits museaux roses​
Au grillage, chantant des choses,​
Entre les trous,

Mais bien bas, comme une prière…​


Repliés vers cette lumière​
Du ciel rouvert,

-Si fort, qu’ils crèvent leur culotte​


-Et que leur lange blanc tremblotte​
Au vent d’hiver…

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