UNITE D’ENSEIGNEMENT DE l’ECONOMIE RURALE
(A l'usage des Etudiants de L3 Sciences Economiques)
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AVANT-PROPOS
A/Objectifs de l’Unité d’Enseignement (UE)
L’Unité d’Enseignement (UE) « Economie Rurale » a pour objectif
de faire comprendre aux étudiants (de L3 LMD en Sciences Economiques) que
cette discipline constitue un « éveil patriotique » de base pour interpeler tout
un chacun d’entre nous au sujet de l’importance du monde rural et de son rôle
très prépondérants dans le développement socio-économique des Nations.
En effet, cette Unité d’Enseignement confère la compétence à tout
apprenant ou étudiant en formation d’acquérir un bagage (atout) nécessaire
pour comprendre les atouts nécessaires qui constituent un passage obligatoire
du sous-développement vers le développement durable.
En outre, cette UE permettra à tout apprenant consciencieux, ayant
capitalisé respectivement, le rôle historique du secteur agricole, les divers
problèmes ainsi que les caractéristiques du monde rural face aux enjeux de la
mondialisation, d’être capable d’y apporter des solutions appropriées.
B/Contenu de l’Unité d’Enseignement (UE)
Ici, le contenu de l’Unité d’Enseignement comprend cinq (5)
chapitres qui sont :
0. Introduction générale ;
1. Aperçu général de l’économie rurale et définition des concepts fondamentaux ;
2. Caractéristiques du monde rural ;
3. Activités du monde rural ;
4. Exigences institutionnelles pour l’agriculture et l’industrie en milieu rural;
5. Développement économique du monde rural ;
6. Pistes pour la modernisation du monde rural congolais.
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O. INTRODUCTION GENERALE
L'économie mondiale du 20ème siècle finissant, comme celle des
siècles antérieurs, a été marquée par une grande diversité de situations concrètes de
développement matériel et humain.
Les différences fondamentales s'observent d'abord entre les pays
nantis, riches et organisés qui ont réussi à élever le niveau de vie de la grande masse
de leurs populations, et les pays dits du tiers monde, sous- développés, ou la majorité
populaire croupit encore dans une misère grandissante, en dépit de l'existence dans
certains de ces pays, d'abondantes ressources naturelles mal ou peu exploitées.
A l'intérieur de chaque pays, ces disparités s'aperçoivent entre
les grandes agglomérations urbaines et le reste de l'espace territoriale, où Ton trouve
une masse de population en quête de nourriture, de soins de santé, d'éducation et
d'emplois souvent mal définis et peu rémunérateurs.
De nombreux problèmes de survie et d'amélioration des
conditions générales de l'existence se posent aux habitants de grandes
agglomérations urbaines comme aux campagnards. Des solutions appropriées et
adaptées à chaque type d'environnement se recherchent habituellement dans la
mobilisation et l'exploitation des ressources économiques naturelles, répandues de
façon plus ou moins disséminée à travers les campagnes, et qui relèvent de la culture
des plantes, de l'élevage des animaux ou de l'exploitation des ressources
énergétiques et minières, du sol et du sous-sol. De nombreuses activités visant à
rendre disponibles des biens et services susceptibles de satisfaire de multiples
besoins ressentis par l'homme prennent ainsi naissance à la campagne,
habituellement appelée monde rural, avant de connaître divers développements par
la transformation, la distribution et la consommation dans les agglomérations à
grande concentration démographique qui forment le monde urbain.
Dès lors, par son objet, par ses approches scientifiques et son
assise géographique, l'économie mondiale peut se distinguer de nos jours en deux
grandes branches à savoir : L'économie urbaine ;
L'économie rurale.
L'économie urbaine se préoccupe essentiellement des activités
des agglomérations urbaines ; elle concerne particulièrement la production par
l'industrie des biens manufacturés et des infrastructures de services auxquels
l'ensemble de la population peut accéder par le commerce.
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L'économie rurale quant à elle, se charge des activités du monde
paysan dominées par l'agriculture, mais aussi des activités d'extractions minières ;
de chasse, de pêche et de cueillette. Bref des activités productions de biens primaires
auxquels la population rurale a accès par l'autoconsommation, pendant que les
urbains y accèdent principalement par l'échange commercial.
Ainsi, l'économie rurale traite, non seulement des problèmes des
productions agricoles, végétales et animales, comme on a souvent tendance à le
penser. Mais également de tous les problèmes de commercialisation de ces produits
à l'état naturel, de leur première transformation et de premier conditionnement. Elle
se préoccupe également des questions d'amélioration technologique, de transfert des
produits et de revenus entre les villes et la campagne, bref des conditions de la
répartition du bien-être matériel entre les hommes.
L’objet propre de l’économie rurale est de recherche le moyen le plus
efficace est le moins coûteux pour tirer du sol le meilleur profit possible car
l’économie rurale chercher la gestion efficace pour tirer profit dans le secteur
agricole ; l’homme économique vise l’intérêt avec un coût moindre.
Ainsi, nous pouvons affirmer que la science économique est
fondamentalement une science du monde rural, car les autres branches de
l'économie n'en constituent que des adaptations.
Tout au long de la décennie 1980, les organisations internationales ont
introduit un nouveau concept dans la terminologie de la science du
développement, à savoir le développement durable. Ce dernier concept a
finalement gagné ses lettres de noblesse en 1992, à Rio de Janeiro, à l'occasion
de la tenue d'une conférence devenue historique. Désormais, on ne peut concevoir
un développement durable que si les trois dimensions suivantes d'égale importance
sont entièrement couvertes.
Il s'agit des dimensions économiques, écologique et sociale. La
communauté doit exploiter les ressources de la biodiversité pour améliorer son bien-
être, sans pour autant compromettre le développement des générations futures. La
protection de l’environnement constitue dorénavant une préoccupation permanente
des dirigeants, mais aussi de tous les autres acteurs de développement.
Pour toutes ces fonctions exercées par l'agriculture ainsi que pour ces
nouvelles préoccupations concernant le développement dit durable, la science
économique doit s'intéresser au monde rural en général et à l’agriculture en
particulier. En plus, il ne faudrait pas perdre de vue que l'Afrique est avant tout un
continent où les communautés vivent encore essentiellement de l'agriculture. Celle-
ci est la principale activité pourvoyeuse d'emplois tant en milieu rural que dans les
agglomérations urbaines.
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Chapitre 1 : APERÇU GENERAL DE L’ECONOMIE RURALE ET
DEFINITIONS DES CONCEPTS FONDAMENTAUX
II semble primordial avant toutes choses de rappeler les
concepts de base.
1.1. QU'EST CE QUE L'ECONOMIE ?
Plusieurs définitions peuvent être dégagées du concept Economie.
Etymologiquement, économie signifie la gestion de la maison. Etant donné qu'elle
provient de deux concepts :
- OÏKOS = Maison
- NOMOS = Normes, règles, lois
Les auteurs classiques définissent l'économie comme étant une
science ayant pour objet l'étude de l'emploi des ressources rares susceptibles d'être
affectées à des fins multiples. Cette définition rappelle le contexte de rareté des
ressources et de multiplicité de possibilités de leurs affectations qui impliquent des
choix, qui ne sont pas souvent aisés à opérer.
1.2. QU'EST CE QUE L'ECONOMIE RURALE ?
L'économie rurale est la branche de l'économie générale qui
s'occupe des activités économiques qui se déroulent en dehors des agglomérations
urbaines, ou en dehors des villes. C'est une branche particulière de la science
économique, spécialisée dans l'étude des problèmes qui entourent les activités de
production, de distribution et de consommation des biens et services produits en
dehors des villes ou à la campagne.
Il importe par ailleurs des distinguer nettement les deux
concepts d'économie rurale et d'économie agricole.
1.2.1. L'Economie Rurale
Le rural qui se confond avec la campagne est souvent défini par
rapport à la ville. Il est caractérisé par une faible densité de la population et surtout
par la nature de l'activité qui y est exercée, à savoir l'agriculture, au sens large. En
réalité, l’agricole n’est qu’un sous-ensemble du rural, dans la mesure où, de nos
jours, plusieurs activités coexistent et s'y développent, même si l'agriculture en
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constitue l'activité prépondérante. Le milieu rural en pays sous-développé se
distingue également par un certain nombre de caractéristiques telles que :
1. La prépondérance de l'économie de subsistance, l'autoconsommation demeurant
la destination première de l'effort de production ;
2. L'utilisation des technologies fortes rudimentaires, n'ayant qu'une faible
incidence sur le niveau des rendements ;
3. La division sexuelle du travail au détriment de la femme ;
4. L'insuffisance des infrastructures économiques et sociales ;
5. La précarité des conditions d'existence, pour couronner le tout.
Partant de ces indications, le parcours de ce premier chapitre se fera
en deux étapes : d'abord, la précision à apporter quant à l'objet de l'économie rurale
et, ensuite, la définition de quelques concepts clé qui seront utilisés dans ce cours et,
naturellement, dans la terminologie de cette discipline.
1.2.2. L’objet de l’économie rurale
L'économie rurale, en tant que matière d'enseignement et discipline
scientifique, semble souvent se confondre avec l'économie agricole. Cette
malheureuse confusion ne devrait normalement pas exister, surtout dans les pays en
développement, dans la mesure où l’économie rurale est censée couvrir un domaine
plus vaste qui dépasse celui de la production agricole pour inclure les activités
rurales non agricoles, l'amélioration des infrastructures rurales et des installations
communautaires ainsi que le renforcement des organisations et Institutions rurales.
En parlant de l'agriculture, on lui attribue tantôt un sens large, tantôt
un sens strict ou étroit. Au sens large, l'activité agricole doit comprendre la
production agricole, l'élevage (activités pastorales), l'exploitation forestière, les
activités de soutien ou d'appui à la production ou à la commercialisation ainsi
que, évidemment, leurs interactions avec le milieu et la préservation des
ressources naturelles. Par contre, au sens strict, l'agriculture ne comporte que
l'activité de production agricole, c'est-à-dire l'exploitation des cultures vivrières et
maraîchères ainsi que des cultures industrielles.
La matière de l'économie rurale ne se limite pas exclusivement aux
activités qui s'exercent en milieu rural. Elle comprend également la parfaite
connaissance du facteur travail (l'exploitant), ses performances (niveau de
formation, productivité), son niveau de vie (revenu), la destination de sa production
(autoconsommation ou marché).
Cette précision étant fournie, il est néanmoins utile de savoir que dans
les pays d'agriculture très avancée, le concept d'économie rurale a perdu beaucoup
de son contenu. Les problèmes ruraux tels que vécus dans nos pays ayant pour la
plupart été résolus, c'est l'économie agricole au sens strict du terme qui constitue
la préoccupation des économistes et des pouvoirs publics. C’est donc la mise en
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œuvre des politiques et des stratégies susceptibles de favoriser et de soutenir
l’amélioration permanente de la productivité qui intéresse les chercheurs et les
décideurs. Aussi, de plus en plus, cette discipline perfectionne deux dimensions
fondamentales, à savoir la gestion des exploitations agricoles et la politique agricole.
L'économie rurale est un tout contenant plusieurs autres
activités en dehors des activités agricoles. On note des activités : des productions
alimentaires non agricoles, obtenues par la cueillette, la chasse et la pèche et des
activités artisanale senglobant une diversité de métiers qui procurent l'essentiel de
l'outillage aux producteurs Ruraux. Outre ces activités, les activités socioculturelles
qui caractérisent la vie des hommes ruraux.
1.2.3. L'Economie Agricole
Elle concerne essentiellement les activités de production, des
distributions et de consommation des biens naturels d'origine végétale et animale.
Elle est une sous branche de l'économie rurale, mais tire son importance du caractère
prépondérant de ses principales activités que sont l'agriculture et l'élevage à la
campagne.
De plus, l'agriculture et l'économie agricole ont toujours été
considérées comme la base de tout développement économique, pour avoir été à la
base de la prospérité de grandes civilisations du passé.
1.2.4. Le terroir foncier
La terre est souvent définie comme un don de Dieu ou encore un don
gratuit de la nature. Dans certains manuels récents d'économie, on peut lire que la
terre représente « l'ensemble des circonstances qui font que telle entreprise
bénéficie d'une rente de situation à tel endroit plutôt qu'à tel autre ». Disons
toutefois que la terre constitue le support indispensable pour toute opération de
production agricole et d'élevage des animaux.
En tant que facteur de production prépondérant, elle fait l'objet d'une
maîtrise sociale et présente un certain nombre de caractéristiques, telles que :
Elle est héritée de la création divine ;
Elle n'est pas extensible à volonté ;
Elle joue le rôle de trait d'union entre les générations actuelles et passées ;
Elle est susceptible d'appropriation ou de location.
Cette maîtrise sociale se fait à travers le système foncier qui définit les
.relations que- les hommes entretiennent avec la terre, mais aussi qu'ils entretiennent
entre eux à propos de la terre. En d'autres termes, le système foncier définitif tout
un ensemble de règles qui organisent les rapports à propos de la terre
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qu'entretiennent les ayants droit entre eux, et qu'ils peuvent opposer aux non
ayants droit ».
C'est ainsi par exemple que l'accès à la terre est subordonné à
« L’existence ou à la création des rapports sociaux préalables -filiation ou
affinité - par lesquels s'obtiennent ces matières ». En Afrique centrale, comme
nous le verrons plus loin, souvent la logique qui prévaut est celle de l'appropriation
collective de la terre, laquelle comprend la forêt ou la savane, les eaux voire les
matières premières indispensables à la pratique de ces diverses activités.
Toutefois, cette propriété collective n’est pas générale ; elle est plutôt
clanique dans la mesure où chaque clan se sent propriétaire indivis d'un territoire
hérité des générations passées. Dans ce cas, le rôle de gestionnaire du patrimoine
foncier du clan revient à l'autorité coutumière qui ne peut louer ou aliéner une
portion de la terre qu'avec l'accord du clan. C'est ce que l'on, observe chez les peuples
de forêt en général et aussi, chez certains peuples de savane. Par contre, dans d’autres
communautés paysannes, la terre peut appartenir à l’autorité coutumière.
C'est donc celle-ci qui dispose du pouvoir discrétionnaire de gérer à sa
guise le patrimoine foncier. Ce phénomène est observé chez certains peuples de la
région des Grands Lacs.
Comme l’a écrit MEILLASSOUX, «la propriété, qui, au sens plein,
contient les droits d'usus, de fructus et d'abusus, est liée à l'économie marchande qui
permet l'aliénation du produit et sa transformation en marchandise, c'est-à-dire son
insertion dans des rapports de production contractuels d'un autre ordre que ceux qui
prévalent dans la communauté domestique ».
Il arrive souvent que le terroir foncier ne soit pas rationnellement et
judicieusement reparti entre tous ceux qui se sentent capables de mettre la terre en
valeur.
Certaines personnes physiques et morales entretenant des rapports
particuliers avec les détenteurs du pouvoir politique peuvent profiter de leur position
ou de leurs moyens pour accaparer la plupart de terres et souvent les plus fertiles.
Dans ce cas, les pouvoirs publics désireux de modifier fondamentalement une telle
situation doivent alors procéder à une réforme foncière. Celle-ci consiste à transférer
aux couches les plus défavorisées (hier expropriées) les terres agricoles dont la
propriété peut devenir individuelle ou collective, selon le cas.
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1.2.5. L'espace rural
François BLAISOT dans le Guide National de l'Agriculteur fait appel
à un certain nombre de critères qualitatifs, statistiques et administratifs pour définir
l'espace rural.
S'agissant des critères qualitatifs, on peut les subdiviser en trois
catégories, à savoir économique, sociologique et géographique. Du point de vue
économique, l'espace rural est celui où se produisent les denrées agricoles, car,
d'après lui, toutes les autres activités qui s'y développent les sont au service de
l'agriculture (artisanat, industries agricoles) et de la population agricole (services
induits). Du point de vue sociologique, la société rurale se distingue par la spécificité
du mode de vie, des comportements et d'un système de valeurs propres autres que
celles que l'on observe dans les centres urbains. Enfin, du point de vue géographique
on remarque que c'est l'occupation de l'espace qui en constitue .la caractéristique
propre : la dispersion de l'habitat.
Quant aux critères statistiques, il est beaucoup plus question de tabler
sur des données chiffrées relatives à la taille de la population. Dans ce cas, on prend
en compte le seuil de la population à partir duquel on considère que l'agglomération
peut être qualifiée d'urbaine ou pas. En République Démocratique du Congo, la loi
définit les critères à remplir par les localités bénéficiant du statut de ville. En général,
toutes les autres localités ne figurant pas sur la liste des villes sont réputées
appartenir à l'espace rural. En France, aux Etats-Unis d'Amérique et en Belgique, le
seuil était il y a dix ans respectivement de 2000, 2500 et 5000 habitants. Dans
d'autres pays, ce critère n'ayant pas donné satisfaction, un autre critère
complémentaire a été introduit, à savoir le pourcentage de population agricole.
Enfin, en France par exemple, les délimitations administratives ont été
opérées pour répartir les compétences entre les Ministères tels que l'Intérieur et de
l'Agriculture en matière des travaux d'équipement. Dans ce cas, le Ministère de
l'Agriculture aurait en charge les travaux en milieu rural, tandis que celui de
l'Intérieur se spécialiserait pour les villes et agglomérations urbaines.
Ce type de délimitations s'insère dans le cadre des critères
administratifs. En R.D.C., le partage des responsabilités en matière d'adduction d'eau
potable entre la Regideso et le Service National d'Hydraulique rurale (S.N.H.R.)
pourrait ; constituer le genre de critère administratif pour délimiter l'espace rural, en
ce sens que le S.N.H.R. n'a comme champ d'action, les zones et agglomérations
rurales, tandis que la mission de la Regideso se limiterait aux villes et aux centres
urbaines.
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1.2.6. L'autosubsistance et l'autoconsommation
L'autosubsistance doit être considérée comme l’aptitude qu'a une
communauté de produire les vivres nécessaires à son entretien et à sa
reproduction à partir des ressources qui sont à sa portée et obtenues par
exploitation directe. Il ne faut surtout pas la confondre avec l'autarcie, car, elle
n’exclut aucunement les rapports éventuels avec d'autres communautés ou encore
certains échanges marchands. Le fait pour une communauté de vivre dans une
situation d'autosubsistance n'exclut pas non plus la pratique des activités autres que
celles destinées à la production vivrière. C'est le cas de la métallurgie, de la
menuiserie, de la vannerie, etc.
Une communauté qui évolue dans le cadre d'une agriculture
d'autosubsistance destine l'essentiel voire la totalité de sa production à
l'autoconsommation. L'organisation socio-économique de la production ne vise
donc pas le marché, en tant que destination première, autrement dit en tant que
objectif primordial poursuivi par la communauté. Celui-ci concerne la satisfaction
des besoins de consommation de la communauté. En d'autres termes, l'ensemble des
disponibilités alimentaires sont affectées à la consommation, déduction faite des
prélèvements sous forme de semences indispensables à la continuité et à l'expansion
du processus de production en relation avec le poids démographique.
Mais, l'autosubsistance recule avec le développement de l'agriculture.
Dès que plus de 50 %de la production du ménage sont destinés au marché,
l’économie agricole cesse d'appartenir à la production de subsistance.
1.2.7. Le mode de production
Depuis 1960, W. ROSTOW a enrichi la littérature économique
avec la théorie des « étapes de la croissance économique». Pour lui, en effet, le
processus de développement de toutes les sociétés passe par les cinq phases qui
sont : la société traditionnelle, les conditions préalables du démarrage, le
démarrage, le progrès vers la maturité et l'ère de consommation de masse.
(ROSTOW, 1963)
La société traditionnelle, première phase, est caractérisée par la
prédominance de l'activité agricole. Or, le développement de celle-ci est limité par :
une technologie élémentaire et rudimentaire ayant une faible
incidence sur les rendements ;
une structure sociale fortement hiérarchisée privilégiant le
pouvoir des vieux sur les jeunes qui leur restent totalement
dépendants ;
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le lien essentiel entre la propriété foncière et l'exercice du pouvoir
politique, à telle enseigne que ceux qui possédaient la terre ou la
soumettaient à son autorité se trouvaient au centre du pouvoir
politique.
Parmi les critiques enregistrées à la théorie de ROSTOW, il convient
d'épingler le fait que (MALASSIS, 1973) :
1) cet auteur ne traite pas des systèmes socio-économiques au sein desquels
peuvent se développer les phases successives de la croissance (capitalisme,
socialisme, autres formes) ni des rapports de production au sein de ces
systèmes ;
2) la chronologie des phases successives selon laquelle toute société est appelée à se
transformer pour atteindre le stade de la consommation de masse relève d’une
vision linéaire de l’histoire, vision optimiste quant aux chances, pour l’entière
humanité, d'atteindre le stade final. Peuvent se développer les phases successives
de la croissance (capitalisme, socialisme, autres formes) ni des rapports de
production au sein de ces systèmes.
Pour l’idéologie marxiste, par exemple, le mode de production
constitue, en effet, le concept de base du processus de changement historique. Il
représenté' « la façon dont les hommes produisent les biens matériels (nourriture,
vêtements, ustensiles, moyens de transport, etc.) nécessaires pour que la société
puisse vivre et se développer ». L'analyse du mode de production s'effectue à travers
ses trois composantes qui sont: les forces productives, les rapports de production ou
mode de production proprement dit et la superstructure juridique et politique.
1.2.7.1. Les forces productives sont constituées :
des ressources naturelles (climat, sol, hydrographie, flore et faune) ;
des équipements ou instruments de production (outils, machines, énergie
mécanique, espèces sélectionnées, fertilisants, pesticides, etc.) ;
de la main-d'œuvre, autrement dit les hommes utilisent les instruments pour
mettre en valeur les ressources naturelles ;
du savoir accumulé sous forme d'expérience de la production (habitude du
travail productif, connaissances acquises) ;
de l’organisation et la division du travail entre les composantes de la société.
1.2.7.2. Les rapports de production
Sont des relations qui s'établissent entre les hommes dans le
processus de production, lesquelles relations sont définies par les classes sociales
et caractérisent les modes de production. On aurait ainsi deux classes sociales
fondamentales: celles des «capitalistes», propriétaires des moyens de
production, el celle des « prolétaires », qui sont disposés à vendre leur force de
travail.
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1.2.7.3. La superstructure
Représente l'ensemble des institutions juridiques et politiques de
la société considérée. L’utilisation du mode de production, concept d'essence pourtant
marxiste, présente l'avantage de prendre en compte les phénomènes tant économiques
que sociaux, étant donné que leur séparation dans l'analyse peut entraîner de graves
inconvénients tant du point de vue scientifique que pragmatique ; le mode de
production étant une représentation globale de ce qui se fait réellement dans la société.
1.2.7.4. La population agricole
Après avoir défini l'espace rural et précisé le concept du mode de
production, il est temps d'apporter de la lumière sur la communauté vivant en milieu
rural. Grâce aux multiples enquêtes socio-économiques, les comptables nationaux
divisent de plus en plus les ménages en quatre (4) groupes : rural agricole, rural
non-agricole, urbain agricole et urbain non agricole. Malgré ce constat, il arrive
très souvent, surtout dans nos pays d'Afrique, que le commun des mortels entretienne
une confusion malheureuse entre population rurale et population agricole.
Notons toutefois que si la population rurale est constituée de
l'ensemble de la population qui vit en milieu-rural, sans tenir compte de l'activité
exercée par les uns et les autres ; le concept de population agricole a suscité au fil de
temps un intérêt particulier au point qu'à l'heure actuelle on lui accorde deux
significations fondamentales, selon que l'on privilégie le critère activité ou le critère
revenu». [FAO/FNUAP, 1979]
1.2.7.4.1. Population agricole du point de vue de l'activité
Elle comprend «toutes les personnes économiquement actives dans le
secteur agricole, indépendamment de l'endroit où elles habitent ou travaillent, ainsi
que leurs familles» ou encore «toutes lesù personnes économiquement actives dans
un emploi agricole, indépendamment de l'endroit où elles habitent ou travaillent
ainsi que leurs familles ».
Dans cette perspective, trois situations peuvent être envisagées, à
savoir :
1) Secteur agricole, emploi non agricole, Ex. : comptable, mécanicien,
électricien œuvrant dans l'exploitation agricole ;
2) Secteur agricole, emploi agricole ;
3) Secteur non agricole, emploi agricole, Ex. : ouvrier agricole dans une
industrie agro-alimentaire
1.2.7.4.2. Population agricole du point de vue du revenu
Elle comprend « toutes les personnes qui tirent leur mode de
subsistance du secteur agricole, ainsi que leurs familles ». Vu sous cet angle, trois
situations peuvent également être considérées :
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1) Activité agricole, source non agricole pour le revenu principal, Ex. : retraité
gérant une petite exploitation agricole ;
2) Activité en agriculture, revenu principal provenant de l'agriculture ;
3) Activité extérieure à l'agriculture, mais revenu principal provenant de
l'agriculture, Ex. : propriétaire foncier.
Ceci étant, il est recommandé de considérer comme faisant partie
intégrante de la population agricole « toutes personnes économiquement actives
exerçant principalement dans le secteur agricole, pendant l'année de référence,
indépendamment du lieu où elles habitent ou travaillent, et leurs familles à charge
».
1.2.8. L'emploi en agriculture
Est-il nécessaire de s'intéresser à l’emploi en agriculture? Précisons
d'abord que le volume de travail quotidien sur une exploitation peut varier selon les
périodes et les saisons. Ensuite, il existe des périodes de travail intensif tout comme
on observe des périodes de temps mort, l'agriculture étant toujours tributaire des
conditions météorologiques. On ne peut concevoir de semer sans la présence des
pluies, tout comme la récolte doit intervenir avant la fin de la saison sèche, si courte
soit-elle.
Enfin, pour toutes ces raisons, il importe pour le statisticien agricole
de saisir et de quantifier le volume total de travail à fournir sur l'exploitation, sa
répartition dans le temps et entre les opérations agricoles, sa distribution en tenant
compte de la main-d'œuvre utilisée, son interrelation avec la taille et le type, sans
oublier d'autres caractéristiques éventuelles de l'exploitation.
Il convient de retenir que c'est l'année qui constitue la période de
référence souhaitée. Pour ce faire, il est souvent conseillé d'organiser plusieurs
enquêtes successives pendant l'année afin de saisir avec précision le volume de
travail agricole sur l'exploitation.
1.2.9. Le ménage et l’exploitant agricoles
Trois conceptions permettent de définir et d'identifier le ménage
agricole:
1) selon qu'il est rattaché à l'exploitation; dans ce cas, il réside sur
l'exploitation (critère de résidence) ;
2) selon qu'il exploite ou mieux gère l'exploitation et perçoit son revenu
principal de cette exploitation (critère de gérance de l'exploitation) ; 3) selon
qu'il fait de l'agriculture son activité principale.
Dans ce contexte, il est donc recommandé de considérer un ménage
comme étant agricole « dès lors qu'au moins un membre du ménage gère une
exploitation ou dès lors que le chef de ménage (ou une personne de référence ou
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la personne gagnant le revenu principal) a une activité économique,
principalement en agriculture ».
D'autre part, peut être considéré comme exploitant agricole, toute
personne physique de sexe masculin ou féminin qui vit en milieu rural ou urbain et
exerce une activité agricole au sens large. Il faudrait se référer ici à la définition de
la population agricole. Une étude sur l'activité agricole à temps partiel en France a
classé les exploitants agricoles en six principales catégories :
l'exploitant travaille à temps plein sur l'exploitation, n'a pas d'activité
hors de l'exploitation et aucun membre de sa famille n'a d'activité hors
de l'exploitation ;
l'exploitant travaille à plein temps sur l'exploitation et au moins un
membre de sa famille a une activité hors de l'exploitation ;
l'exploitant travaille à temps partiel sur l'exploitation, n'a pas d'activité
hors de l'exploitation, et aucun membre de sa famille n'a d'activité hors
de l'exploitation ;
l'exploitant travaille à temps partiel sur l'exploitation, n'a pas d’activité
hors de l'exploitation, mais au moins un membre de sa famille a une
activité hors de l'exploitation ;
l'exploitant a une activité hors de l'exploitation, mais aucun membre de
sa famille n'a d'activité hors de l'exploitation ;
l'exploitant a une activité hors de l'exploitation et aussi au moins un des
membres de sa famille a une activité hors de l'exploitation.
Puisque l'activité agricole s'exerce souvent par une famille plutôt
que par un individu, nous devons donc savoir que la cellule de base de la
production agricole en Afrique subsaharienne est l’Unité de production
familiale(UPF), car, c'est à l'intérieur de celle-ci que se combine les forces
productives, en d'autres termes, les facteurs de production (intrants ou inputs).
C'est toujours à partir d'elle que « s'opère le processus d'utilisation et
de circulation des produits obtenus ». Vous comprendrez que tous les membres de
l'UPF ne jouent pas les mêmes rôles. La responsabilité de l'exploitation incombe au
chef du ménage ou d’UPF, à qui revient le mérite de répartir les tâches, de
coordonner l'ensemble des opérations et de décider de l'affectation de la récolte,
L'Unité de production familiale constitue en même temps :
une unité collective d'habitation, dans la mesure où les membres de
famille vivent dans des maisons construites les unes à côté des autres ;
une unité collective de consommation, étant donné que les membres de
famille ont l'habitude de prendre leur principal repas ensemble, en général
le soir ;
une unité collective budgétaire, car ils dépendent tous d'un unique centre
de décision pour les principales dépenses.
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1.2.9.1. L'exploitation agricole
Après avoir défini ce qu'est un ménage agricole ou encore un
exploitant agricole, venons-en à l’exploitation agricole elle-même, car la décision de
produire telle spéculation agricole plutôt que telle autre est prise, en économie
libérale, au niveau de l'exploitation. En agriculture, l'exploitation, comme nous
l'avons sans doute déjà perçu, n'est pas indépendante de la famille. Il est donc évident
que c'est au chef de famille ou de façon restreinte au chef de ménage qu'incombe la
charge de gérer l'exploitation, autrement dit d'en être le chef ou le premier
responsable.
Cependant, une difficulté apparaît souvent lorsqu'il s'agit d'une part
d'identifier une exploitation, et d'autre part, de préciser à quel niveau se situe le
centre de décision. Peut-on considérer le petit potager et/ou le petit poulailler que le
curé de la paroisse entretient derrière la cure comme une exploitation agricole ?
Que penser des citadins qui élèvent quelques canards, poules ou lapins
ou encore qui font pousser quelques arbres fruitiers ou quelques menus légumes dans
leurs habitations ?
Toutes ces petites structures peuvent-elles être considérées comme
exploitations agricoles ? Et pourtant, leurs maigres récoltes contribuent dans une
certaine mesure à l’offre globale de produits alimentaires dans une ville ou dans un
pays.
En Afrique subsaharienne, les femmes ont généralement en charge les
cultures vivrières tandis que les hommes travaillent plus pour les cultures de rente.
Malgré cette apparente division de travail, il n'est pas toujours évident de déterminer
à quel niveau les décisions de produire ou de commercialiser se prennent.
Compte tenu de cette difficulté, il devient difficile de trouver une
définition universellement acceptée par tous. C'est pourquoi, chaque pays (et donc
chaque service de statistique) élabore sa propre définition et ceci ne rend pas la tâche
aisée à ceux qui veulent procéder à des comparaisons internationales.
Aussi, pour toute étude menée dans une région ou dans un pays,
l'économiste rural ou agricole, selon le cas, se verra dans l'obligation de définir les
caractéristiques permettant de classifier les exploitations, en prenant en compte des
critères rigoureusement choisis pour le besoin de la cause.. Pour établir en effet la
typologie des exploitations agricoles, un certain nombre de critères peuvent être
envisagés parmi lesquels on peut notamment ranger la taille et la structure.
15
1.2.9.2. La taille
Représente souvent un critère difficile à définir, car si la mesure de la
superficie ne pose aucun problème, il n'est pas toujours évident de lier l'importance
économique aux grandes superficies. Le chiffre d'affaires1 peut constituer une
mesure valable de l'apport économique de l'exploitation, tout au moins pour les
entreprises bien intégrées dans une économie de marché. II ressort en effet qu'en
l'absence d'économies d'échelle, il n'y a pas d'utilité économique de parler de la taille
d'exploitations. Seule la structure de production pourrait servir de critère.
1.2.9.3. La structure
Exprime la proportion relative de chaque spéculation dans le volume
global de production, lequel peut s'évaluer en termes de valeur ou de surface.
On pourrait également envisager de s'intéresser à la structure des
inputs, ce qui, pour les économistes, fait penser à l'isoquant ou mieux à la fonction de
production.
Au terme de ce paragraphe, il apparaît tout à fait logique de nous
intéresser à la taille de l'exploitation, en tant qu'élément susceptible de constituer un
critère de définition de l'exploitation.
1.2.10. La taille de l'exploitation
Connaître la taille de l’exploitation constitue pour les économistes, les
agronomes, les planificateurs et les pouvoirs publics une information pertinente dans
la mesure où il devient possible d'appréhender des données intéressant certaines
caractéristiques de l'exploitation telles que la population et la main d'œuvre attachées
à l'exploitation. La taille de l'exploitation peut se mesurer en termes de surface, de
production, de cheptel, d'heure de travail, etc.
En parlant de surface ou de superficie, les notions généralement
les plus utilisées sont la surface agricole utile, la surface agricole totale, la
surface réellement cultivée dans Tannée ou encore la surface récoltée. La
surface agricole utile (SAU) comprend l'ensemble des terres potentiellement
utilisables par l'exploitant agricole. II s'agit alors des superficies en jachère ainsi :
que des superficies n'ayant pas encore connu un début de mise en valeur.
Quand l'exploitation comporte à la fois cultures et cheptel, la surface
agricole utile englobe les forêts, les prairies et les pâturages.
La surface agricole totale (SAT) comprend l'ensemble des terres mises
en valeur, autrement dit les superficies réellement cultivées (cultures annuelles et
cultures pérennes) ainsi que les jachères.
Quant à la surface cultivée dans l'année (SCA), elle est la somme
16
des superficies des parcelles portant soit sur une culture, soit un ensemble de cultures
associées. Enfin, la surface récoltée (SR) peut être envisagée lorsqu'il s'agit des
cultures pérennes (palmier, café, cacao, etc.), car l'exploitation peut comporter des
superficies nouvellement cultivées et celles qui sont déjà en rapport, c'est-à-dire en
production.
La taille de l'exploitation peut aussi s'appréhender en termes de
volume de la production. Dans ce cas, le volume peut être évalué en nature ou en
valeur. Le volume peut être perçu soit en termes de production totale soit en termes
de production commercialisée. Si l'exploitation comprend plusieurs cultures ou
spéculations, il est donc conseillé d'indiquer le volume de chaque récolte, en prenant
soin de préciser la ou les culture (s) principale (s).
L'exercice relatif au dénombrement de têtes de bétail dépend de
différentes espèces animales se trouvant dans l'exploitation. L'exercice peut paraître
aisé s'il s'agit par exemple que de bovins, mais difficile si, en plus de bovins,
l'exploitation compte de caprins, d'ovins ou de porcins. Dans ce dernier cas,
l'addition ne vaudra que pour chaque espèce. Il existe aussi des tables de conversion
qui permettent de donner l'équivalent de différentes espèces en unité standard.
S'agissant des exploitations plantées d'arbres (vergers, plantations de
palmiers, de bois d'œuvre ou de chauffe, etc.), leur taille peut être évaluée en termes
du nombre d'arbres ou seulement du nombre d'arbres en rapport. La quantité de
besoin en main-d'œuvre est également utilisée comme mesure de la taille de
l'exploitation, en sachant que cette quantité varie avec le degré de mécanisation.
1.2.11. Le revenu agricole
Le revenu agricole est à la fois une notion simple (facile à saisir) et
une notion complexe (difficile à évaluer). Si dans les exploitations agricoles
modernes de l'Europe ou de l'Amérique où la production est essentiellement destinée
au marché, il est relativement facile de saisir la totalité de la production et par
conséquent sa valeur et donc le revenu du ménage agricole, il n'en est pas de même
en Afrique subsaharienne, où les exploitants en général analphabètes n'enregistrent
aucune statistique de la production et ne tiennent aucune comptabilité.
Dans ce dernier cas, la saisie du volume de production pose problème
pour plusieurs raisons :
la pratique de plusieurs cultures associées et donc la difficulté de saisir avec
précision les paramètres utilisés pour le calcul du volume de la production
(superficie, rendement) ;
le prélèvement quotidien ou périodique de la fraction de la récolte destinée à
l’autoconsommation ;
17
la méconnaissance des données relatives à l'exercice des activités non liées
directement à l'exploitation (chasse, pêche, cueillette, artisanat, ...).
Pour les ménages agricoles, le revenu provient de plusieurs sources telles que le
fruit du travail réalisé dans l'exploitation agricole (source principale), les autres
activités secondaires (pêche, chasse, cueillette), des transferts éventuels (pension de
retraite, aides reçues des membres de famille évoluant dans les centres urbains). Il
importe de préciser que généré par l'exploitation le revenu comporte deux éléments,
à savoir monétaire et non monétaire.
Pour les ouvriers agricoles qui travaillent dans les grandes
exploitations de type capitaliste, on peut dire que leur revenu est constitué des
salaires versés mensuellement par l'employeur et du fruit de leur travail résultant de
l'exploitation éventuelle d'une terre.
Quand il s'agit d'une exploitation agricole moderne où une
comptabilité est tenue en bonne et due forme, le revenu de l'exploitation n'est
réellement connu qu'après le dépôt du bilan. Le revenu brut (bénéfice ou profit brut)
représente la différence entre les recettes totales (chiffre d'affaires) et le coût total
(prix de revient). Ce revenu brut, après déduction d'impôts, fournit le revenu net-qui
est destiné au propriétaire de l’exploitation. La définition des concepts nous introduit
directement dans le vif du sujet, dont la matière débutera par l'identification des
caractéristiques du monde rural.
1.3. L'IMPORTANCE DE L'ECONOMIE RURALE DANS LE
DEVELOPPEMENT
Cette importance découle du fait d'avoir l'agriculture parmi les
éléments les plus marquants, qui ont fondé la richesse des grandes civilisations du
passé. En fait, dans l'antiquité la plus reculée des civilisations Mayas. Chinoise,
Mésopotamienne, Egyptienne, gréco-latine ont fondés leur prospérité sur
l'agriculture, avant même que le Moyen-âge Européen, les temps modernes et
l'époque contemporaine y recourent à leur tour.
Ainsi, comme le souligne D. GAIGNEAUX (1969) : si l'homme
le veut vraiment, il pourra nourrir l'homme, à condition que le fusil ne prenne pas la
place de la houe, de la bêche ou de la charrue, que le culte de l'acier n'entrave pas
celui du blé.
Certaines civilisations anciennes sont les exemples typiques de
comment l'agriculture bâtit la puissance d'un empire et portant son rayonnement.
18
1.3.1. La Civilisation Mayas en Amérique Centrale
Située dans l'Etat du GUATEMALA, cette civilisation a connu
une évolution millénaire dont le maïs constituait la principale base économique et le
point focal du culte. Ayant réussi à sélectionner des variétés à haut rendement de maïs
et à irriguer les plantes, le peuple Mayas réussit à créer l'abondance de nourriture
en maïs et contrairement en haricot. Libéré du souci alimentaire, il put se consacrer
aux loisirs, au culte, à l'astrologie et à l'étude des mathématiques. Les Mayas
excellèrent aussi dans l'architecture des pyramides majestueuses, semblables à celles
de l'Egypte des Pharaons.
Cette civilisation qui a connu son apogée entre les années 400 et 650 après
J.C. connaîtra aussi sa déchéance par suite de l'extension des champs et de la
déforestation intensive rendue nécessaire par les besoins de construction et
de fabrication de la chaux vive qui devait servir à embellir le temple de
Kukulkan.
Enfin, pour montrer l'importance que les Mayas accordaient au
produit de l'agriculture organisée, notamment au maïs D. GAIGNEAUX écrit que
les Mayas s'adressaient à cette céréale sous la forme rituelle de votre grâce. Avant
de labourer leurs terres et de semer, ils jeûnaient et faisaient des offrandes aux dieux
du ciel et du sol dont dépendaient leurs récoltes.
1.3.2. La Civilisation en Extrême-Orient
La Chine a connu une longue civilisation de plus de 15.000 ans
avec les mêmes peuples qui ont formé différentes dynasties dont la puissance
reposait sur l'organisation de l'agriculture, celui-ci concernait essentiellement la
culture des céréales dont le riz, le blé et le millet. Les excréments humains étaient
utilisés pour la fertilisation du sol.
Aujourd'hui encore l'agriculture chinoise se pratique sur des
rizières intensément exploitées faisant usage des engrais formés de la boue et de la
gadoue des villes. Sous la dynastie des Han (206 Av. J.C. - 220 Ap. J.C.) le peuple
sédentaire de Chine fut si riche et si heureux que les Chinois contemporains aiment
aujourd'hui se faire appeler les fils de Han.
De nos jours encore, la puissance de la coopération chinoise
avec la RDC se manifeste dans l'agriculture et l'architecture (construction de la
grande muraille, des édifices publics... Ainsi donc, la Chine est partie d'une
agriculture soignée qui leur a donné des périodes de prospérité et de civilisation
avancée pour bâtir sa puissance économique qui s'est davantage confirmée au fil des
temps jusqu'à nos jours.
19
1,3.3. La Civilisation Egyptienne
L'Egypte a aussi connu une longue et puissante civilisation dont
l'économie était fondée sur l'agriculture pratiquée dans la vallée du Nil.
Vaste pays désertique, traversé par le grand fleuve Nil dont les accrues et recrus
s'alternent régulièrement. L'Egypte, depuis l'antiquité pharaonique à ce jour, a pu
baser sa richesse sur l'organisation de l'agriculture pratiquée le long du fleuve,
après les 4 mois de crues annuelles.
Le phénomène des crues du Nil qui a toujours permis à ce pays
de tirer toute sa richesse de la terre sur un espace pas plus grand que la Sicile, ou le
Bas-Congo, a été décrit par M. MORET de la manière suivante : « De juin à
septembre près de 100 jours, le Nil monte de 7 à 8m dans les larges plaines du Delta
; il submerge tout le pays et après quelques jours d'étiage, au début d'octobre il
décroît, vers le l0 novembre ; il a perdu la moitié de la hauteur qu'il avait atteinte,
puis il rentre dans son lit normal, jusqu'au retour périodique de la crue ». Ainsi,
pendant 4 mois l'eau de Nil chargée des limons et des débris de végétaux provenant
des régions des grands-lacs et des hautes montagnes Ethiopiennes se déverse sur la
vallée Egyptienne en la fertilisant, la rendant ainsi prête à recevoir les cultures.
J. BESANCON raconte que les premières digues furent
construites sous le Rois MENES en 3.400 Av. J.C. pour protéger la province de
Memphis.
Sous l'empire Romain, l'Egypte exportait une quantité
considérable de blé, de légumes, de lin et de bétail vers Rome. La conjugaison d'une
Technique agricole efficace et des réformes politiques permirent d'augmenter les
disponibilités alimentaires et de développer les ressources humaines par la
spécialisation et de la division du travail.
De nombreux signes dont les pyramides contenant d'immense
trésor ont témoigné de la puissance économique atteinte par l'Egypte pharaonique
dans le passé. Malheureusement, la déchéance de cet empire résultera du fait que
l'Egypte n'a pas utilisé de façon équilibrée le surplus des richesses acquises.
Consacrant beaucoup de temps à des manifestations ostentatoires, les Pharaons
négligent des tâches ordinaires mais utiles d'irrigation, de drainage ou de
maintenance d'une activité commerciale avec les pays voisins. Il en résulta
l'affaiblissement des gouvernements des Pharaons et de la foi des sociétés
communautaires, suivis des invasions, puis la ruine.
1.3.4. La Constructions des Economies Coloniales enAfrique
Lorsque l'on observe le schéma de construction de l'économie
20
dans la plupart des pays Africains à l'époque coloniale, on ne peut négliger le rôle
combien important et déterminant que l'économie rurale, à travers les activités
agricoles et même parfois non-agricoles, telles que la cueillette du caoutchouc
naturel a eu à jouer.
Ce fut particulièrement le cas du Congo-Belge qui dès le début
de l'occupation Européenne en 1885, a vu se constituer un capitalisme Etatique sur
la collecte du Latex (Red Rubber). Sur l'organisation foncière basée sur les
concessions des terres à des nombreux investisseurs Européens appelés à y
développer l'agriculture des grandes plantations modernes (exploitations du
traitement de l'huile de palme du Kwango-Kwuilu, de l'Equateur...).
Ainsi, durant la période coloniale en Afrique, notamment au Congo-
Belge, la production agricole a pu concurrencer l'industrie minière dans les
exportations vers la métropole, et dans la création des richesses coloniales qui
malheureusement ont plus profité aux métropolitains qu'aux populations
congolaises.
1.3.5. Conclusion
A travers ces rappels des concepts économiques de base et de
l'importance que l'agriculture et le monde rural ont joué dans le développement et
l'évolution économique de grandes dynasties du passé, à travers l'histoire
universelle, rappels qui ont pu montrer comment l’économie rurale se situe à la base
même de tout progrès économique, et combien la chute et l'effondrement de grandes
dynasties politiques a pu être causée par la négligence ou les erreurs d'exploitation
excessive de ce domaine.
Par ailleurs, l’économie rurale, tout en prenant ses racines sur
les activités agricoles, ne s'y arrête pas exclusivement. La prospérité née de
l'agriculture a toujours débouché sur l'organisation globale de la société, à travers
les activités culturelles, technologiques et scientifiques de tous genres. Il convient
encore d'insister sur le fait que l'économie rurale est une science qui a pour objet,
non seulement l'analyse des activités agricoles, mais aussi celle de l'ensemble des
activités non-agricoles qui préoccupent les paysans.
21
Chapitre 2 : LES CARACTERISTIQUES DU MONDERURAL
2.1. QUEL EST LE PROBLEME ?
Il est primordial avant toute chose de poser le problème
de la répartition des terres en RDC. L'activité agricole nécessite des terres
disponibles. Toutefois en RDC l'occupation des sols pose un réel problème,
comme l'indique si bien le tableau ci-après :
Tableau 1 : Occupation des sols en RDC
Superficie Millions d'Hectares 226,8 % 100
- Superficie cultivée 6,6 2,9
Cultures annuelles 6,0 2,6
Cultures pérennes 0,6 0,3
- Prairie s /Pâturage permanents 9,2 4,1
- Terres Pâturage 3,5 1,5
- Forêts et Savanes 176,0 77,6
- Autres (Parcs Nationaux, Zones Urbaines, 35,0 15,4
Industrielles, Routes, Terres non exploitées).
Source : Annuaire de production PAO, 1986
La RDC a une superficie totale de 234,5 millions d'hectares
dont 7,7 millions d'hectares uniquement sont occupés par des lacs et des
fleuves. Cette proportion soustraite à la superficie totale, nous dégageons
clairement une superficie de 226 millions d'hectares disponibles pour
l'activité agricole.
1er constat : La RDC a suffisamment des terres pour augmenter les surfaces
cultivables soit 226,8 ; suffisamment des pâturages soit 0,2 pour
augmenter son cheptel et enfin 176,0 millions d'hectares des
ressources forestières pour développer son économie
2émeconstat : La population congolaise reste à prédominance rurale.
Actuellement 70 % à 60 % vivent en milieu rural et l'agriculture emploie
plus de 70 % de la population active, mais elle ne contribue que pour près
de 30 % du PIB,
22
Tableau 2 : Contribution de l'agriculture dans l'économie congolaise
1960 196 1970 1975 1980 1984 1985 1986 1987
Part de 26,0 21,0 16,0 19,5 28,5 31,5 30,5 28,9 29,7
l'agriculture en
Emploi dans - 82,0 - 77,1 75,0 - - 72,0 -
l'agriculture en
Exportations 41,0 16,0 16,0 18,0 11,8 11,0 8,0 18,0 -
agricoles en % de
la valeur
Exportations
La contribution du secteur agricole dans les recettes en
exportations a beaucoup régressé. Plus élevé vers les années I960, elle ne
représente presque rien aujourd'hui. La majeure partie de la population congolaise
vit en milieu rural, mais cette population contribue seulement à 30 % du BIP, ce
qui est trop insignifiant.
Ce constat peut être extrapolé à d'autres réalités en
comparant les pays développés aux pays sous-développés sur le plan des secteurs
d'activités. Considérons deux pays : les USA et la RDC.
1. Les USA
En considérant les secteurs d’activités suivantes :
Agriculture
23
Industries
Services
Nous pouvons constater aisément que l'agriculture emploie
au moins 5 % de la population active, laquelle nourrit l'ensemble de la
communauté nationale et se nourrit elle-même. Mais également dégage un surplus
de production qui est vendu à l'étranger. En effet, l'agriculture au stade primaire
dans ce pays employait plus de 80 % de la population, mais grâce à la recherche
qui permit d'obtenir un rendement plus élevé à l’hectare, le secteur agricole au fur
et à mesure de son évolution à procéder à des transferts des capitaux, de la main-
d'œuvre à d'autres secteurs tels que : Industries et services.
2. LaRDC
La RDC a une population rurale s'occupant essentiellement de l'agriculture estimée
à 80 % de la population active. Cette tranche, la plus importante du reste est
incapable de se nourrir et de nourrir les autres secteurs. Pour combler son déficit
alimentaire, la RDC est obligée de recourir aux importations.
De manière générale, dans les pays en voie de
développement, l'agriculture est rudimentaire et archaïque et les
centres de recherche existants ne contribuent presque pas à des
modifications des techniques culturales dans ces pays.
Le Paradoxe de l'agriculture Congolaise
Nous avons donc cette équation en termes des
24
forces productrices en présence :
Pays développés = Moins d'Agriculteurs moins de recherche =>(ce qui
entraîne)moins de production =>surplus alimentaire pour exportation
Pays sous-développés = Plus d'Agriculteurs plus de recherche
=>(ce qui entraîne)plus de productions déficit => (ce qui entraîne)
alimentaire d'où importation
La situation alimentaire dans les pays en voie de
développement est tellement préoccupante qu'il se pose toujours un
problème de politique à adopter par les gouvernements pour éradiquer ce
fléau. Les pays en voie de développement devraient- ils travailler pour
l’autosuffisance alimentaire ou pour la sécurité alimentaire ou pour la
sécurité alimentaire ?
L'autosuffisance alimentaire : vise à satisfaire à long
terme la demande de la nation en nourriture de manière quantitative et
qualitative tout en s'affranchissant de la dépendance extérieure. Dans ce
contexte, le pays compte sur ses propres capacités et ressources pour
satisfaire en totalité aux besoins nutritionnels de sa population. Pareil
programme doit tenir compte des capacités dont l'on dispose et surtout d'un
temps relativement long pour y parvenir. Avant d'y parvenir, les pays
devront compter sur l'aide alimentaire extérieure.
La sécurité alimentaire : quant à elle, admet à court
terme et/ou à moyen terme l'existence d'une certaine dépendance vis-à-vis
de l'extérieur. Elle s'efforce en s'appuyant sur toutes les ressources
disponibles existantes dans la conjoncture d'assurer à toute la population
une ration alimentaire suffisante et indispensable. Ici dans ce contexte,
l'essentiel n'est pas de compter sur ses ressources uniquement mais de
répondre à la demande alimentaire de tous, l'aide extérieure y compris.
La sécurité alimentaire apparaît dès lors comme une
étape transitoire obligée qui mène à l'autosuffisance alimentaire. Ce besoin
quotidien d'aide extérieure diminuera au fur et à mesure que le temps passe
mais créera et installera néanmoins dans le chef du consommateur une
certaine dépendance extérieure en aliment non produit localement. En cela
nous pouvons constater qu'il existe des pays pratiquement autosuffisants
mais qui par habitude de la population de consommer certains produits
25
extérieurs sont quasi-obligés de les importer. Cela n'est pas une dépendance
à la manière d'un besoin vital mais plutôt une consommation admise dans
les us et coutumes du pays.
3émeconstant : Tableau 3 : Le budget d'équipement et budget ordinaire de
l'agriculture en % du total des dépenses publiques
1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987
2,5 5,6 2,5 8,7 4,2 2,8 3,7 2,7 1,8 1,2 0,9 0,5 1,9
Si vers les décennies 70 et 80, la part réservée aux budgets
d'équipements a été encourageante, mais cela n'a été le cas vers la fin de la
décennie 80, où le relâchement fut spectaculaire. Cette situation explique bel et
bien l'absence de toute relance agricole dans un pays qui n'a pas une politique
d'équipement pour ce genre de secteur.
Les réponses à ces trois constants se trouvent dans ce cours. Le
développement du milieu rural dépend du développement de l'agriculture, pour la
simple raison que % de notre pays vit en milieu rural et avec l'agriculture comme
principale activité.
Le monde rural est caractérisé par trois phénomènes à savoir :
Le chômage ; La pauvreté ; L'iniquité (injustice dans la distribution du
revenu national).
Le chômage ;
La pauvreté ;
L’iniquité (injustice dans la distribution du revenu national).
Les stratégies et les actions à mener doivent viser :
la diminution du chômage, en créant plus d’emploi ;
L’instauration d’une justice distributive ayants pour conséquence la réduction
de l’iniquité ;
La réduction de pauvreté.
L’homme vivant en milieu rural est confronté à
plusieurs problèmes et pressions qu'exercé sur lui son environnement
direct. Ainsi, mettre sur pieds des stratégies, suppose procéder à
l'amélioration des conditions de vie du paysan, en le mettant à l'abri
des influences négatives qu’exerce son environnement.
26
Schématiquement ce problème se présente comme suit :
Environnement socio-
Culture (Tabous-us et
Coutumes)
Environnement Environnement
Economique écologique
Ménage rural
Environnement Environnement
Institutionnel technologique
(Crédit agricole)
INERA
Vulgarisation
Environnement
Politique
Cas de TORUMBU Province
Orientale qui ne connaisse pas
l'usage de la houe
Tous ces facteurs expriment la complexité qu'il y a dans
l'élaboration des projets de développement. Chaque coin du pays à ses spécificités, cela
étant, il n'y a pas des modèles des projets développement transposable.
27
2.2. ETUDE COMPARATIVE DU MILIEU RURAL ET DU MILIEU URBAIN
N° CRITERES MILIEU URBAIN (Ville) MILIEU RURAL
01 Mode de vie façonné par Industrie + services Agriculture
(+ élevage)
02 Revenu par tête d'habitant Elevé Médiocre
03 Rémunération des Valeur du produit ressources (facteurs marginal VPM du
VPM faible de productions) travail élevé
04 Terme de l'échange
++ --
En faveur Détérioré
La VPm reflète la valeur du produit (travail) marginal. Il
permet dans ce contexte précis de faire rapprochement entre la manière dont est
rémunérée un paysan et un ouvrier industrie. De façon générale, l'ouvrier
travaillant dans une fabrique voit son travail être payé plus significativement que
celui de son homologue de même qualification travaillant dans le champ.
Dans ce cas précis, la Vpm permet de comparer la valeur du
travail effectué dans la production manufacturée à celle de la production agricole.
A titre exemplatif : en 1988, un savon le coq coûtait 1.000 Z à Yangambi. Alors
1 Kg de café coûtait 50 Z. ce qui revient à dire qu'il fallait pour le paysan
l'équivalent de 20 Kg de café en baie pour obtenir un savon le coq. Cet exemple
prouve clairement la faible rémunération du travail du paysan.
La question qui se pose à ce stade est celle de savoir
comment améliorer la valeur du produit marginal du pays. Certaines pistes peuvent
être proposées à cette fin à savoir :
Le regroupement des paysans en coopératives ;
L'amélioration de l'infrastructure de transports ;
L'industrialisation rurale en vue de la création d'une plus-value plus
significative.
Selon VON THUNEN, la valeur que peut revêtir un site
28
dépend surtout de son emplacement dans l'espace économique régional ou
national. La proximité d'un site à d'autres points stratégiques, peut lui faire
bénéficier de certains avantages comparatifs. Il s'agit de la rente de situation.
Exemple : Un immeuble construit à Gombe, ne coûtera pas le même prix que celui
de même dimension et valeur construit à Kisenso. De même, les sols
du Bas-Congo ont beaucoup plus de valeur du point de vue de la
rentabilité économique que les sols de la province ou de l'Equateur
pourtant plus fertiles et productifs.
En milieu rural, certain stimulant positif pousse le pays à
produire davantage.
Ilya:
- Le prestige social : être plus considéré par les autres ; aisance matérielle :
Coleman, vélo, vaches... ;
- La subsistance : être capable d'assurer ses besoins vitaux et ceux de membres
de sa famille ;
- Le revenu : outre la survie quotidienne, le paysan doit répondre aux problèmes
de scolarisation, d'hospitalisation et d'équipement.
Certaines réticences et attitudes négatives empêchent le
paysan à produire plus ; il peut s'agir de :
Dons, legs ;
Faible valeur d'échange de leurs produits ;
Les us, coutumes, interdits ;
Le régime foncier empêchant dans certains coins du pays l'extension des champs
surtout à l'Est.
Par définition, la science économique est une science qui étudie l'allocation
efficiente des ressources rares lesquelles peuvent être utilisées à des fins
multiples.
La science économique est l'étude des coûts d'opportunités. Compte tenu
de l'environnement économique et technique, il faut calculer l'efficience pour
voir quel procédé peut être utilisé pour plus d'efficience ou une grande
production.
L'agriculteur doit opérer un choix entre la production de
maïs et du riz. Il devra retenir la culture qui lui procure plus de satisfaction
(revenu) maïs à moindre frais. Ce tableau exprime cette réalité.
29
Tableau n° 4 : Choix du Producteur entre deux cultures :
Le Maïs et le Riz
Ce tableau renseigne que celui qui opte pour la culture du
riz encourt un coût d'opportunité de 5.000 FC.
Un paysan est appelé à faire un choix entre deux cultures à
produire avec ou sans engrais, grâce au calcul d'efficience, il peut opérer son choix
sans difficulté.
A des fins multiples : La science économique est l'étude du coût d'opportunité.
Le but poursuivi par la science économique de minimiser le coût d'opportunité au
point de le ramener à zéro. Ainsi, l'expression à des fins multiples, peut être
comprise par la minimisation du coût d'opportunité.
L'homme rural est gangrené par plusieurs maux qui sont
occasionnés par les différents types d'environnement qui l'entourent. Parmi cela,
nous citerons l'exode rural qui est un phénomène qui paralyse presque l'activité
productrice dans ce milieu. L'exode rural peut être compris comme le départ
massif des hommes adultes valides (HAV) vers les centres urbains enquête des
meilleures conditions de vie.
Les causes de l'exode rural sont :
Le chômage ;
La sorcellerie ;
La pauvreté ;
La recherche du luxe et/ou bien être ;
La quête des loisirs ;
Les soins médicaux ;
30
La culture ;
Les études.
La création des emplois rémunérateurs, des écoles, des
hôpitaux et centres de loisirs... bien équipés auraient pour conséquence sûre de
sédentariser la population, en l'excitant plus à la production ; le minimum des
conditions de vie étant réuni. Nous prendrons pour exemple : la chute de la
production de Paddy entre 1984 à 1986 dans le District de la Mongala, Province
de l'Equateur à cause du départ massif des jeunes gens vers différents centres
urbains du pays.
Tableau n° : Production de paddy dans le District de la Mongala 1984-1986
Productions en 1984 1986
Millions de tonnes Territoires
LISALA 4.700 1.040
BONGANDANGA 1.680 676
BUMBA 35.205 21.349
TOTAL 41.985 23.065
De 41.985 tonnes de paddy en 1984, la production à considérablement chuté pour
atteindre le seuil de 23.065 tonnes en 1986. Le déficit alimentaire en riz ainsi
produit par cette chute spectaculaire a eu pour résultante l’introduction du riz
Thaïlandais dans le marché congolais.
2.3. LES CONTRAINTES AU DEVELOPPEMENT DU MONDE RURAL
1. Contraintes socio-culturelles1
Certains aspects socio-cultures faisant partie des caractéristiques de
l’agriculture traditionnelle congolaise constituent des véritables contraintes au
développement des milieux ruraux et de l’agriculture paysanne. Il s’agit :
1.1. La division par sexe du travail
Pour dire mieux, la primauté du travail de la femme. Dans la plupart des pays africains
(surtout peuplés des bantous), le principe de la division par sexe du travail agricole
avait pour corollaire la séparation des conditions et de types d’éducation et
d’instruction donne par les anciens aux jeunes filles et garçons.
Les filles étaient dès leur jeunesse initiées aux travaux de ménage et
d’agriculture. Car, la femme dans nos milieux traditionnels outre les travaux de
31
ménage, s’occupait de travaux de labour, de semis, de plantage, des récoltes des
produits.
L'éducation des garçons ne consacrait qu'une infime part aux travaux
agricoles. Elle n'était du reste systématisé que durant la courte période d'initiation
rituelle, alors les filles étaient formées dès la tendre enfance.
Aujourd'hui dans nos écoles d'agronomie et de formation des
moniteurs agricoles, les garçons sont les plus nombreux alors qu’en réalité sur le terrain
cette activité est essentiellement féminine.
Cette contradiction dans la conception et l'organisation des
actions de formations essentiellement autour des hommes qui devraient à leurs
tours les transmettre aux femmes est à la base d'échecs de pas mal des projets et
d'efforts entrepris par les coloniaux, les moniteurs agricoles pour modifier la
mentalité et les habitudes en matière de répartition des rôles entre l'homme et la
femme.
Cette division sexuelle du travail a eu en outre comme
conséquence d'amputer l'activité agricole d'une main-d'œuvre importante :
l'homme.
1.2. La primauté du savoir des vieux
En Afrique, comme en RDC, les coutumes et les traditions
ancestrales réservent un respect révérenciel, absolu et total que les jeunes doivent
à la parole et aux actes des anciens. « Seuls les vieux savent et connaissent ». Ceci
est un héritage ancestral ancré dans la tête des gens. Son influence se ressent dans
les relations des jeunes agronomes, moniteurs agricoles et animateurs ruraux, avec
les paysans sur le terrain. Certains enseignements et pratiques démontrés par ces
jeunes experts ruraux sont contestés par les paysans. Cette attitude est à la base de
l'échec de beaucoup des projets initiés en milieux ruraux.
Toute théorie moderne de développement en matière
agricole, ne pourrait réussir en Afrique que si certains aspects culturels, traditionnels
et coutumiers sont pris en compte.
1.3. L'emprise des Ancêtres sur la bonne ou la mauvaise récolte.
La bonne et/ou la mauvaise récolte est attribuée aux
Ancêtres. La mauvaise récolte est un châtiment résultat du non adhésion à
certaines pratiques rituelles. La bonne récolte est un don émanant des ancêtres.
Certains rites sont multipliés au moment de la mauvaise récolte pour implorer les
32
esprits, en vue des bonnes récoltes. Il est vrai que, pareilles dispositions mentales
prédisposent les pratiquants à réfuter toute innovation.
1.4. La répartition coutumière des ressources
Pour la majorité des congolais, la terre, bien sacré des vivants
certaines conditions et modalités qui trop souvent sont en contradiction aux
exigences d'une agriculture moderne, capitaliste : C'est ainsi que la mobilisation
privatise de grandes concessions des terres par les émigrants urbains, ne rencontre
pas souvent l'enthousiasme, ni l'intérêt des paysans traditionnels. De nombreux
conflits fonciers caractérisent actuellement les relations entre les agriculteurs et
éleveurs modernes et les pays traditionnels autour de l'occupation des espaces
agricoles. Ces conflits aboutissent généralement à l'abandon de l'activité agricole.
1.5. Taux élevé d'analphabétisme
D'une manière générale, le Paysan congolais est analphabète. Les
conditions du milieu s'y apprêtent. L'école rurale est généralement située à
plusieurs Kilomètres, d'où inaccessibilité. Sa physionomie est austère et ses
pensionnaires passent plus de la moitié de leurs temps aux travaux champêtres.
L'enseignant doit sa survie à l'assistance de la communauté paysanne, situation
qui empêche le paysan à croire aux vertus transformatrices de l'école.
Si les garçons sont contraints par moment à fréquenter
l'école, les filles par contre sont plus orientées à prendre la relève de leurs mères.
L'instituteur demeure longtemps le seul intellectuel du
village et voit son rôle réduit à la rédaction et à la lecture des correspondances.
Les hommes adultes valides ayant certaines aptitudes intellectuelles dépeuplent
les campagnes vers les villes enquête des meilleures conditions de vie. C'est
l'Exode Rural.
2.4 Contraintes Technologiques, Economiques et Financières
2.1. Utilisation d'une Technologie rudimentaire.
Il convient ici de rappeler le caractère rudimentaire de
l'outillage et des techniques productives habituellement utilisées par les pays.
L'outillage le plus utilisé est composé de : Houe, Bêche, Machette, Râteau,
Hache. Les techniques culturales sont héritées des ancêtres : défrichage, brûlis et
long jachère. L'agriculture tractée n'existe pas. Le rendement est souvent très
faible. L'utilisation des engrais est fort très peu répandue voire répugnant surtout
33
s'agissant des engrais d'origine animale et/ou humaine (matière fécale, bouse...).
Le paysan congolais est très conservateur et réticent à l'égard des technologies
nouvelles. L'utilisation des terres arables pour les cultures se fait par alternance.
2.5. L'absence de spécialisation
Le paysan congolais cultive tout dans le même champ Maïs,
Légumes, Poivres, Arachides, Manioc, haricots... alternent voire cohabitent sur la
même exploitation agricole. Il est donc difficile dans ces conditions pour le
paysan de retirer le bénéfice qui résulterait de la pratique d'une seule ou deux
cultures pendant de très longues périodes. Un paysan qui cultive les mêmes
espèces pendant de longues années finit par en acquérir une certaine expertise.
La pratique répétitive d'une seule culture confère la maîtrise des caprices de
chaque espèce et par conséquent rehausse le rendement.
2.5.1. L'absence de conservation
Le paysan congolais consomme presque la quasi-totalité de ses
fruits à la récolte ; par crainte de : Pourriture, moisissure ... Les techniques de
conservation les plus usitées sont : le séchage, le fumage, la salaison.
Les huttes en terre ou en paille, construites en pilotis
reçoivent les grains destinés à la commercialisation et à laprochaine saison
culturale. Il est normal que dans ces conditions le paysan soit capable de se
constituer des provisions de plus d'un an pour parer aux catastrophes : guerre,
sécheresse, criquets envahisseurs, inondation,...
Le paysan est donc exposé de façon permanente à la famine
et à la dépendance vis-à-vis de l'extérieur en termes d'assistance technique en
nourriture et en semences améliorées plus résistantes aux maladies.
2.5.2. La prédominance de la production saisonnière
L'agriculteur suit les périodes culturales et les espèces à
cultiver suivant le calendrier que lui impose la nature. L'alternance des espèces
cultivées obéît à la loi de la nature et non au vouloir du paysan.
Il devient dans ce contexte difficile pour le paysan d'obtenir
certains produits agricoles en permanence c'est-à-dire en dehors du calendrier ou
de la cadence imposée par la nature. La nature elle-même régule pour ainsi dire
le cycle de production agricole et le paysan n'y apporte aucune innovation de peu
de transgresser les traditions culturales léguées par les ancêtres.
34
Les fruits frais comme : le Maïs, les Arachides, le Safou, les Oranges
ne peuvent être consommés qu'à des périodes fixes de l'année. Seule la recherche
agronomique, les prédispositions mentales du paysan à recevoir l'innovation
pourraient changer cet état des choses.
2.5.3. L'absence des structures de gestion de L'Epargne et de l'Octroi de crédit
Au plan financier, les milieux ruraux congolais se trouvent
confrontés au manque de structures et organismes de collecte, de gestion et de
canalisation de l'épargne populaire vers les activités ou les projets des paysans,
constituent l'un des principaux obstacles au développement économique et
technologique en milieu rural. Les paysans ont peu d'occasion de disposer des
avances des fonds pour améliorer leurs outils de travail, la taille de leurs
exploitations ou l'équipement de transformation et de conservation de leurs
produits. Par ailleurs,la faible circulation de la monnaie en milieu rural ne favorise
pas l'évolution rapide des modes de vie.
Au plan économique pure, il y a lieu de souligner la
logique de substance qui fonde habituellement les activités des paysans en
l'absence quasi-totale d'esprit ou de sentiment « Homo oeconomicus », cet agent
économique parfait, calculateur, qui conditionne toute son activité sur le gain
matériel et financier y attaché. Le paysan congolais produit pour trois raisons
fondamentales :
Le prestige social,
Sa substance,
L'échange.
Il n'est soumis à aucune pression extérieure. Il se contente
de la générosité de la nature et ne possède aucun atout jour diversifier, doubler sa
production. Les institutions de proximité d'octroi de crédit, de formation sont
inexistantes. Produire pour échanger n'est pas une fin en soi pour le paysan, seul
le surplus dégagé peut être versé sur le marché.
2.6. Contraintes socio-politiques
2.6.1. Le départ massif vers les Centres urbains des hommes valides adultes
On assiste dans toutes les Campagnes de la RDC à un
dépeuplement dû à l'Exode rural. Les hommes valides adultes (HVA) en âge de
travailler fuirent les mauvaises conditions de vie de la campagne en quête d'une
vie meilleure dans les villes. Cette situation handicape sérieusement le travail
35
agricole qui perd la bonne partie de sa main d'œuvre. Les Campagnes dépeuplées
par les jeunes (filles et garçons) restent entre les mains des personnes en âge très
avancé et incapables de produire plus.
Arrivés en ville, cette armée des producteurs ne trouve pas
des emplois rémunérateurs, moins des infrastructures peuvent les accueillir et
préparer leur insertion dans la société. Ainsi s'adonne-t-elle aux travaux par
rémunérateurs : cordonniers, pousse pousseurs, cireurs, nettoyeurs. C'est cette
arrivée massive de la population rurale en ville qui est à l'origine de la naissance
des bidonvilles et de l'accroissement du taux de criminalité dans les villes.
2.6.2. L'instabilité politique des Régimes
L'organisation sociopolitique d'une nation est une condition
majeure du développement rural. La quiétude, la paix des cœurs et des esprits sont
indispensables pour la réussite des initiatives et des actions concrètes visant la
transformation des structures socio-économiques.
Une politique prévoyante et soucieuse de l'intérêt commun,
animée par des hommes intègres et compétents est exigée des gouvernements. Les
guerres à répétition, les sécessions, les agressions sont autant des phénomènes qui
annihilent toute activité agricole dans les campagnes et dévastent les cheptels, les
champs et les plantations. Aucune activité agricole durable ne peut être menée
avec succès dans un pays à trouble à répétition. Cas :
Destruction des parcs à l'Est ;
Destruction de cheptel à l'Est ;
Abandon des cultures par les paysans fuyant les guerres.
Depuis 1960, la RDC évolue dans un climat de tension et
d'instabilité permanente qui tire son origine des querelles politiciennes, en dépit
de la stabilité observée vers les années 70 et 80, les séquelles des guerres
fratricides sont encore visibles dans toute la vie économique du pays. L'activité
agricole dans nos campagnes a payé un lourd tribut de toutes ces contradictions
affichées par les gouvernants.
36
Chapitre 3 : LES ACTIVITES DU MONDE RURAL
Nous examinerons successivement :
Les activités agricoles du monde rural ;
Les activités non-agricoles du monde rural ;
Les caractéristiques de production du monde rural.
3.1. LA PRODUCTION AGRICOLE
La Production s'analyse dans un processus de création
d'utilité. Sous l'angle technique, la production implique un mode de combinaison
des facteurs de production (ressources naturelles, travail bien de production)
approprié à sa finalité.
La production au sens général de l'économie est un
processus de transformation par lequel l'homme réalise un ou plusieurs biens qui
l'intéressent ou intéressent d'autres hommes, à partir des ressources données qu'il
combine. La notion de transformation implique que certaines choses
(marchandises ou services) qui s'intègrent dans le processus de production perdent
de leurs identités ou leur forme antérieure, pendant que d'autres biens ou services
naissent du processus de transformation.
Les biens qui s'intègrent, disparaissent ou changent d'identité
dans le processus de transformation s'appellent « les Facteurs », Ceux qui naissent
de ce processus sont appelés « les Produits ». La production agricole consiste dès
lors à transformer les facteurs produits agricoles.
3.1.1. Les Facteurs des productions agricoles
Ils désignent les biens, services, et ressources au départ
desquels on obtient les productions agricoles.
Dans le cadre de la production agricole, il existe des biens
libres d'usages non privatif ou pas rares parce que se rencontrant en abondance
dans la nature. Nous citerons : la lumière, l'air, la température, les sels minéraux...
Ces biens ne font pas l'objet de l'analyse économique.
Par contre, plusieurs autres facteurs sont rares et font l'objet
de l'analyse économique. Ils peuvent être acquis sur le marché des ressources, ils ont
donc un coût à payer : machines, engrais.
37
Nous citerons :
La terre : premier facteur qui donne le substrat indispensable à la production
agricole ;
Le travail : désigne tout effort humain conscient, organisé et déployé dans le but
de produire des biens agricoles ;
Le Capital : un groupe des biens, facteurs extrêmement hétérogènes, résultant
d'une activité économique.
3.1.2. La combinaison des facteurs de production
L'agriculteur, en sa qualité d'agent économique, combine un certain
nombre de facteurs de production (terre, travail, capital) pour générer un volume de
production, Celui-ci dépend essentiellement :
o de la quantité des facteurs utilisés ;
o de la manière dont la combinaison a été opérée ; o de l'échelle liée à la
mise en a-Livre des combinaisons successives ; o du progrès
technique.
La combinaison technique des facteurs de production est autrement
qualifiée de fonction Je production définie comme étant « une relation quantitative
entre inputs et output entièrement déterminée par la technologie ... ». D'après le
professeur Robert Badouin, la fonction de production « indique quelle est
l'élasticité du volume de la production par rapport à la quantité utilisée de chacun
des facteurs de la production qu'elle prend en considération. Elle permet de savoir
le pourcentage d'accroissement de la production lorsqu'on augmente la dose de
travail ou celle de capital de 1 % ». Les fonctions de production sont toujours
caractérisées par des rendements d'échelle.
Ces derniers désignent «l'ampleur avec laquelle l’output s’accroit,
lorsque tous les inputs sont accrus simultanément et dans la même proportion ».
Rappelons que les rendements d’échelle peuvent être : constants, croissants,
décroissants, croissants puis décroissants.
Deux hypothèses permettent de déterminer deux principaux types
de fonction de production :
1) la complémentarité fixe entre les différents facteurs de production utilisés
dans le processus de production. Dans ce cas, un volume .déterminé de
production ne peut qu'être le résultat d'une seule combinaison des facteurs
de production et d'une seule. Quelle que soit l'échelle de production,
grande ou petite, les rendements sont constants
;
2) In substitution entre les facteurs de production. Dans ce cas, la
fonction de production la plus utilisée est donc celle Cobb-Douglas.
38
X = 𝑎0𝐴𝑎𝐾𝖰 o dans laquelle X représente le volume de la
production ; o A et K, respectivement le facteur travail et
capital ;
o un paramètre de niveau ;
o α + , désignant l'élasticité de la production par rapport au travail et au
capital. Ils indiquent donc de quel pourcentage la production varie
lorsque l'un ou l'autre des deux facteurs varie de 1 %.
En faisant varier chacun de deux facteurs d'une même proportion,
trois cas peuvent être envisagés :
a) α + , l'accroissement du produit est proportionnel à l'augmentation des
quantités de facteurs utilisés. On parle alors des rendements d'échelle
constants ;
b) α + >1, l'accroissement du produit est plus que proportionnel à
l'augmentation des quantités de facteurs de production. Dans ce cas, les
rendements d'échelle sont croissants ;
c) α + < 1, l'accroissement du produit est moins que proportionnel à
l'augmentation des quantités de facteurs de production. On a affaire à des
rendements décroissants d'échelle.
Dans une unité de production, on ne peut réaliser véritablement des
économies d'échelle que lorsque l'on se trouve dans le second cas, c'est-à-dire une
augmentation du volume de production avec, α + β >1. Rappelons que les
économies d'échelle se définissent par la diminution du coût unitaire de production
avec la grande échelle, ce qui, en conséquence, implique un profit unitaire
croissant à prix constant, Voilà qui explique que les économies d'échelle aient joué
un rôle très important dans le processus d'accumulation des richesses dans le
monde et spécialement dans les pays industrialisés. Cependant, la question ayant
fait l'objet de la préoccupation des économistes était celle de savoir s'il était
possible de dégager des économies d'échelle en agriculture, compte tenu de !a
particularité de ce secteur ?
Il apparaît en effet que le rôle des économies d’échelle est très
faible dans l’activité agricole, comparativement aux nombreuses activités
industrielles Ceci se justifie notamment par la possibilité d’utiliser des techniques
agricoles sans équipements lourds et indivisibles. Mais aussi, par le fait que le
coût de production augmente très vite avec la surface à parcourir. Ce coût provient
en fait du temps perdu pour parcourir une grande surface de terre en rapport avec
le site central de l'exploitation. La quasi absence d'économies d'échelle en
agriculture entraîne des conséquences pour ce secteur et davantage encore pour
son développement futur. Aussi, dans les pays industrialisés du Nord, la
tendance est donc de substituer le travail au capital, notamment par des
39
politiques délibérées visant à transformer les structures de production ou à
promouvoir l’industrialisation de l’agriculture.
La politique de structure vise à favoriser la création de grandes
exploitations, sachant que l'accroissement de l'échelle de production peut
entraîner une meilleure rémunération des facteurs de production et, par
conséquent, le revenu de l'entrepreneur agricole, si évidemment ce dernier est
propriétaire des facteurs de production. Les gouvernements doivent mettre des
moyens financiers substantiels pour acquérir les facteurs de production
supplémentaires.
Ce phénomène de structure intéresse aujourd'hui l'agriculture
moderne congolaise. Si sous la période coloniale, la prospérité du mode de
production capitaliste était partiellement tributaire de l'abondance du facteur
Travail, d'un environnement largement favorable au recrutement de la main
d'œuvre rurale et du coût relativement économique du travail, toute politique
agricole poursuivant, à l'heure actuelle, la croissance dans le sous-secteur moderne
requiert un changement stratégique du point de vue de la structure des
exploitations. C'est de petites et moyennes exploitations qu'il conviendrait
d'encourager à l'effet de contourner la difficulté liée au déficit de la main- d'œuvre
et notamment à l'insuffisance de l'industrialisation.
La politique de l'industrialisation vise à accroître le rôle du capital
dans la production agricole, c'est-à-dire, le recours à des techniques de
production, fortement « capitalistique » faisant appel au machinisme, et donc
élevant la productivité directe du travail. Celle-ci se définit comme le rapport entre
l'output et la quantité de travail utilisée directement dans le processus de
production étudié. L'industrialisation de l'agriculture est le résultat d'un processus
qui accroît la quantité de facteurs autres que le travail direct intervenant dans la
mise à disposition des produits agricoles dont le volume augmente sans cesse.
L'absence d'économies d'échelle fait de l’agriculture occidentale
un secteur résiduel dont la contribution dans la production intérieure brute
est non seulement en très nette diminution, mais ne représente guère qu'une
faible" proportion de l'emploi.
Elle a également :
• introduit dans l'exploitation de nouvelles sources d'énergie en
lieu et place de celle de la traction bovine fournie par les chevaux ou les beaufs ;
• permis de remplacer les riches fibres textiles telles que le
chanvre, le lin et la soie par les fibres synthétiques ;
• développé, enfin, l'agriculture à temps partiel qui favorise le
partage des risques.
40
3.1.3. Classification des productions agricoles
- Les productions végétales et animales :
Les végétales sont issues des végétaux
Les animales résultent généralement de la transformation des végétaux par
les animaux :
Foin = Lait
Céréales = Œufs
- Les productions agricoles et horticoles : les productions proviennent des
champs : Horticoles proviennent des jardins.
- Les productions finales et les productions intermédiaires :
Les productions finales sont livrées à l'état sur les marchés ;
Les productions intermédiaires sont celles qui subissent une transformation
préalable avant d'être livrées sur le marché.
- Les productions liées et non liées à la terre :
Les productions liées à la terre sont les animaux élevés sur les pâturages :
Bovins, Ovins, Caprins... ;
Les productions non liées à la terre : sont celles des animaux nourris par
les aliments du commerce : Porcs, Poules pondeuses...
- Les productions jointes : ce sont des productions dont l'élaboration est
simultanée et indissociable.
Exemple :
Poulets et œufs ;
Lait et Viande ;
Tubercules et Feuilles de manioc ; Huile palmiste et tourteaux.
41
- Les productions comestibles et non comestibles :
Les comestibles sont celles qui servent à l'alimentation ;
Les non comestibles sont celles qui sont impropres à cette fin.
Signalons que trois autres concepts sont utilisés en économie
agricole.
- L'unité de production : qui est un centre de décision qui agit de manière
autonome et qui porte l'empreinte des facteurs et de régime politique. A titre
d'exemple, nous citerons :
Les exploitations familiales (Europe Occidentale) ;
Les combinats agro-industriels (ancienne Yougoslavie) ;
Le Kibboutz (Israël) ;
Les haciendas ou fazendas (Amérique Latine) ; Les
fermes agro-pastorales (RDC é Afrique).
L'agriculture c'est en encore un concept qui mérite d'être précisé.
Etymologiquement, il désigne la culture dans les champs, et plus
concrètement l'ensemble des opérations ou des travaux de culture du sol
réalisés dans le but de produire des végétaux et des animaux utiles à
l'homme.
Le temps joue rôle important dans l'agriculture. Il a permis aux races
humaines de passer de l'économie de la cueillette, de la chasse et de la pêche
nomade à l'agriculture sédentaire.
3.2. LA PRODUCTION RURALE NON AGRICOLE
3.2.1. Définition :
L'activité non agricole est toute activité de recherche ou de
manipulation visant à mettre à la disposition des consommateurs des biens ou des
services qui ne requièrent pas de la part du producteur un effort particulier de
combinaison des facteurs de productions agricoles. Il s'agit donc, des produits qui
ne proviennent pas de la culture des champs, de l'élevage, ni de la pisciculture.
Mais qui sont obtenus par d'autres techniques ou technologies.
42
3.2.2. Classification des productions non agricoles
1) La production alimentaire non agricole
Elle englobe toutes les activités visant à rechercher dans la
nature les aliments cueillis à l'état naturel, et qui n'ont été élevés ou cultivés par
l'homme. Il s’agit spécifiquement des produits de la chasse (gibier), de la pêche
(poissons et fruits de mer), de la cueillette (légumes, fruits et insectes
comestibles).
2) La production cosmétique et médicinale
Les milieux ruraux africains regorgent des guérisseurs et
des tradi-praticiens qui connaissent de nombreuses plantes cosmétiques et
médicinales puissantes qu'ils utilisent pour assurer les soins corporels et guérir des
maladies les plus usuelles et même certaines maladies qui ne sont pas guéris par
la médecine moderne occidentale. Il existe des codes oraux de pratiques
traditionnelles qui malheureusement ne sont réservés qu'à certains initiés.
3) La production des vêtements traditionnels
Le métier de tissage est traditionnellement connu par
plusieurs tribus africaines et congolaises comme les Kuba, les Bunda, les Pende,
les Suku, les Rega, les Mbala ... L'invasion de l'étoffe occidentale l'a cependant
relégué à la production des œuvres artistiques et culturels (tapis décoratifs,
masques des danseurs, costumes des chefs traditionnels).
4) La production des meubles rudimentaires
L'ameublement des cases et des maisons rurales laisse
souvent à désirer, il existe cependant des artisans qui produisent des meubles en
rotins, en bambous, en roseaux de palmier, et en bois. L'existence des écoles
artisanales modernes à l'époque coloniale avait permis de former des menuisiers
outillés dès la sortie de l'école, et qui avaient permis d'équiper les milieux ruraux
: meubles, tables, chaises, lits, armoires en bois bien travaillés. La détérioration
de la situation économique et l'exode rural post-indépendance a tôt ramené ces
ouvriers spécialisés dans les centres urbains.
5) La production artisanale de l'outillage
Des corps de métiers très variés vivant en milieux ruraux
permettent également de réaliser les outils de travail, les biens ménagers et autres
dont a besoin le paysan dans sa vie de chaque jour. Nous citerons les activités de
43
forge (pour la fabrication de : houe, machette, coupe-coupe, bêche, hache, ...) de
vannerie, de poterie, de sculpture.
6) L'exploitation artisanale des matières précieuses
Dans les zones minières de la RDC, Tune des activités qui
retient largement l'attention des paysans, surtout des jeunes, au point et/ou du
même préjudicier l'agriculture et les activités scolaires, c'est la recherche de l'or
et/ou du diamant. Cette activité a notamment été à la base de la désertion des
ouvriers des plantations agro-industrielles. Le phénomène « Bana Lunda » a
marqué la vie rurale de certaines provinces congolaises comme le Bandundu et
le Bas-Congo. Une forte activité d'échanges parallèles a pu être observée aux
frontières de certains pays, ainsi entre la RDC et l'Angola, le Congo-Brazzaville,
la Zambie, la Tanzanie, le Rwanda, le Burundi, l'Ouganda et la RCA.
7) L'Administration des services publics ruraux
Signalons que la plupart des services publics du pays
interviennent en milieu rural. Des enseignants, des médecins, et personnels de
santé, la police et les fonctionnaires des secteurs et des territoires vivent et
exercent les fonctions en milieux ruraux. Toutes ces personnes constituent une
tranche de la populationrurale active dont les tâches quotidiennes sont
essentiellement non agricoles. Toutefois à cause des difficultés de paiement de
leurs salaires, ces fonctionnaires s'adonnent aux activités agricoles et/ou d'élevage
pour tirer leur survie.
3.2.3. L'apport des productions non agricoles au revenu
Le problème d'appréciation du revenu rural mérite un
commentaire particulier. Il est déjà très difficile d'évaluer le niveau de revenu
agricole, à cause de l'importance des activités d'autoconsommation, le revenu des
productions non agricoles est d'avantage entaché des incertitudes liées à leurs
caractères sporadique, ponctuel et même quelques fois aléatoire.
A l'exception des revenus salariaux des services publics
quantifiables quoique désorganisé, ceux des autres productions non agricoles
relève de l'informel et s'apprêtent difficilement pas au calcul de prévision
économique. On sait cependant de manière empirique que la survie des
populations rurales dépend de beaucoup de ces activités dont les fruits sont en
majeure partie auto consommée. Des quantités importantes des produits de
cueillette, de pêche et de la chasse sont également livrées au commerce avec les
centres urbains, constituant ainsi à relever les revenus monétaires de paysans.
44
2.2.4. Les transferts des revenus en milieu rural
Si les revenus des ruraux proviennent essentiellement de
leurs activités agricoles et non agricoles, il est aussi vrai que certains ruraux
reçoivent des revenus provenant des centres urbains de leurs membres de famille.
Il est aussi vrai que suite à la dégradation de la situation économique, ces transferts
sont de plus en plus rares.
2.3. LA COMMERCIALISATION DES PRODUITS RURAUX
L'organisation des marchés ruraux est une activité importante
qui conditionne révolution socio-économique et le progrès des campagnes. Car
actuellement les paysans ne produisent pas uniquement pour l'autoconsommation
mais aussi pour la commercialisation.
2.3.1. La problématique des marchés ruraux
Nous étudions cette problématique sous deux aspects àsavoir :
Le marché comme surface de vente ; Le marché
comme transaction économique.
Comme surface de vente
Le marché ou l'espace infrastructure qui nécessite un lieu
déterminé, équipé d'un minimum d'étalages, d'instruments de calibrage et de
mesurage des produits livrés au commerce.
Vu sous cet angle, les marchés ruraux sont confrontés à
divers problèmes notamment :
L'éloignement du lieu de marché par rapport à toutes les localités censées y
participer ;
Car en effet, en RDC les marchés ruraux ne sont pas organisés au sein de chaque
localité, mais plutôt par groupe de villages situés dans un rayon de plus au moins
15 à 20 Km dans une localité importante située généralement au bord d'une route
principale, nationale et/ou d'intérêt général ;
L'acheminement des produits vivriers sur des distances énormes posant ainsi un
vrai problème logistique ;
45
L'inexistence d'une infrastructure adaptée visant de recueillir les produits non
vendus, obligeant ainsi les paysans à retourner avec leurs marchandises,
l'absence des lieux appropriés de stockage ;
L'absence d'une structure coordonnatrice des activités paysannes visant à
défendre les intérêts des paysans.
Comme transaction économique
Le marché est une opération de marchandage entre le
vendeur et l'acheteur disposé l'un à céder un bien contre de l'argent. L'autre à céder
l'argent pour recevoir un bien. La transaction consiste à se mettre d'accord sur le
montant d'argent qui constitue ainsi le prix du marché ou de la transaction. Les
transactions économiques en milieu du village sont butées à certains problèmes
notamment :
o Les termes d'échanges sont en défaveur du paysan puisque les prix
des biens sont fixés d'autorité par l'acheteur ;
o L'absence des structures bancaires et/ou financières visant à
promouvoir l'octroi des crédits et les dépôts des Fonds pour l'épargne
en vue de redynamiser l'action paysanne à travers les investissements
durables ;
o Le non existence des systèmes de calibrage et d'unités de mesures
universelles pouvant servir de référence pour la fixation des prix de
vente des produits ruraux ;
o Le manque des unités monétaires divisionnaires pouvant faciliter les
échanges en milieux ruraux ; amenant les vendeurs et l'acheteur à
pratiquer le troc comme mode d'échange des produits ruraux. Cette
pratique a pour conséquence d'appauvrissement du paysan voyant ses
prix toujours minorés à cause de l'absence des instruments d'échange
reconnus et standards.
En guise de conclusion, nous pouvons signaler que les
rapports des forces et de relation d'exploitation économique qui au plan
international est décrite par la théorie de la détérioration des termes de l'échange
entre les pays nantis qui constituent le centre et les pays en voie de développement
qui en sont la périphérie, sont aujourd'hui exprimés par les rapports villes
campagnes en matière commerciale en RDC. Les villes jouent le rôle de centre et
les campagnes celui de la périphérique. Il existe une détérioration de termes de
l'échange entre les produits ruraux et les produits manufacturés d'origine urbaine.
46
Chapitre 4: LES EXIGENCES INSTITUTIONNELLES
POUR L'AGRICULTURE ET L'INDUSTRIE EN MILIEU RURAL
Certaines contraintes à base du retard au point de vue
développement que connaît le milieu rural congolais peuvent être relevées en
apportant certains correctifs à travers la prise de certaines mesures.
4.1. LA REFORME AGRAIRE
Les capacités de la population rurale d'accéder aux terres,
peuvent constituer un handicap sérieux pour l'augmentation de la production. C'est
le cas par exemple au Kivu (Sud, Nord Maniema) où le sol appartient aux chefs
coutumiers « MWANI ». Le paysan y cultive uniquement, mais les fruits recueillis
reviennent au chef de la terre et une petite rétribution en termes de la production
ou de lopin de terre lui est remise pour sa survie. Dans ces conditions, le paysan
est démotivé et ne peut produire plus de peur d'enrichir continuellement ce maître
qui le tyrannise. Un tel système pose problème et la résolution du problème passe
par « la Réforme Agraire ».
C'est la raison d'être de la loi BAKAJIKA en 1967, qui
stipulait que le sol et le sous-sol appartient à l'Etat congolais. Mais, dans la
pratique les chefs coutumiers continuent à exercer leur emprise sur les terres au
castrales, car ils recourent à la tradition.
La réforme agraire est un moyen efficace pour combattre la
pauvreté, le chômage et l'iniquité en milieu rural.
Bien menée, une réforme agraire peut apporter beaucoup des
points positifs au développement du monde rural ; elle peut :
1. Introduire le changement dans la distribution des revenus, en stimulant
l'initiative privée et en poussant le paysan à un effort supplémentaire en vue
de rehausser sa production agricole ;
2. Améliorer l'utilisation du sol par la création de Communauté rurale
dynamique ; le lopin de terre appartenant à une famille X, fera l'objet d'une
exploitation rationnelle à travers de longs jachères afin d'éviter son
épuisement rapide ; en outre la Communauté rurale rassurée, pourrait
s'organiser en coopérative pour la commercialisation des produits ;
3. Garantir la dignité humaine chez le paysan, jadis salarié chez le MWAMI,
mais il devient exploitant.
Avant la réforme Agraire le paysan est indifférent vis-à-vis de
47
la recherche, de l'innovation, ce qui a pour conséquence la baisse de la production
agricole. Après la réforme, il est intéressé à la recherche car cela augmente le
rendement et accroît la production agricole.
4. Aider à produire plus des produits avec peu des gens ;
5. Développer ou introduire une industrie agricole efficiente ; par l'installation
d'une industrie de transformation des produits agricoles ;
6. Aider à stabiliser la population.
Nous avons vu que l'homme rural était assujetti à six
environnements différents, qui si l'on en prend garde annihilent tous ses efforts de
développement. Les exigences institutionnelles seraient outre ce que nous avons
commencé à décortiquer, d'apporter un changement plus remarquable à ces
différents environnements en vue de dégager l'homme rural de l'étau dans lequel
il se trouve emprisonné.
2. Améliorer l'utilisation du sol par la création de Communauté rurale
dynamique ; le lopin de terre appartenant à une famille X, fera l'objet d'une
exploitation rationnelle à travers de longs jachères afin d'éviter son
épuisement rapide ; en outre la Communauté rurale rassurée, pourrait
s'organiser en coopérative pour la commercialisation des produits ;
3. Garantir la dignité humaine chez le paysan, jadis salarié chez le MWAMI,
mais il devient exploitant.
Avant la réforme Agraire le paysan est indifférent vis-à-vis de
la recherche, de l'innovation, ce qui a pour conséquence la baisse de la production
agricole. Après la réforme, il est intéressé à la recherche car cela augmente le
rendement et accroît la production agricole.
4. Aider à produire plus des produits avec peu des gens ;
5. Développer ou introduire une industrie agricole efficiente ; par l'installation
d'une industrie de transformation des produits agricoles ;
6. Aider à stabiliser la population.
Nous avons vu que l'homme rural était assujetti à six
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environnements différents, qui si l'on en prend garde annihilent tous ses efforts de
développement. Les exigences institutionnelles seraient outre ce que nous avons
commencé à décortiquer, d'apporter un changement plus remarquable à ces
différents environnements en vue de dégager l'homme rural de l'étau dans lequel
il se trouve emprisonné.
Environnement Changement a y apporter
Socio-culturel Par l’Education, l’instruction : formelle
informelle spécialisation
Ecologique Par la recherche, la vulgarisation ;
Economique Par la libéralisation Economique, Economie
du marché, octroi de crédit ;
Politique Par la démocratique
Institutionnel Décentralisation, délocalisation.
Le développement du monde rural consiste ou implique la
modification de ces environnements. Le libéralisme économique provoque l'éclosion
(promotion) de l'initiative privée. L'homme est poussé à produire pour gagner et
accroître son revenu. Le système capitalisme selon le Professeur Albert SOLO, libère
l'individu et la pousse à une forte production. Tandis que le système socialiste et
communiste le bloque et étouffe l'initiative privée.
Dans le système socialiste, la valeur du produit marginal du travail est
rémunérée forfaitairement, ce qui favorise la paresse ; alors que dans l'économie
libérale du marché, la VPM se calcule ; à travail égal, salaire égal.
L'Etat doit promouvoir le développement. Il ressemble à la fusée qui a pour rôle
le lancement de l'orbite. Sans Fusée, l'orbite ne peut amorcer sa trajectoire. L'Etat met
sur pieds des institutions ; c'est l'Etape Initiale, les institutions assurent la formation
et la spécialisation des hommes au travail, c'est l'Etape Transitionnelle ; les hommes
mieux équipés produisent plus et accroissent la richesse nationale et le bien-être de tous
c'est l'Etape Moderne. C'est le schéma que doit suivre toute société qui part de la
petite production à la grande production.
4.2. LE REGROUPEMENT DES PAYSANS EN PAYSANNAT
La population congolaise est inégalement répartie sur l'étendue du
territoire national. Les densités les plus élevées s'observent à l'Est du pays et à
l'extrême ouest. (Kinshasa, Bas-Congo). Une telle répartition impose des très longues
distances aux producteurs et aux consommateurs pour rassembler la production, aux
vulgarisateurs pour entretenir des contacts permanents avec les agriculteurs.
49
La question fondamentale est de comment faire pour réduire les distances
entre les différents intervenants de l'activité productive. Les Belges ont été butés
aux mêmes problèmes, pendant la colonisation, et l'ont résolu à travers le
regroupement des villages en paysannat.
Ce regroupement des villages (paysannat) avait plusieurs objectifs ; à
savoir :
Eriger les grands ensembles communautaires sur des crêtes pour en faciliter
l'accès ;
Réduire les distances des services étatiques : vulgarisateurs, Etat civil ;
Permettre la socialisation des diverses communautés qui vivaient dans les
vallées loin de tous contact ;
Construire des services publics de proximité servant de base, à l'administration
coloniale ;
Etablir un rapport optimal entre Hommes-terres.
Si le rapport Hommes-terres est trop faible, il existe donc un
manque des terres vacantes pour cultiver. Cas des problèmes fonciers ;
Si le rapport Hommes-terres est trop élevé, d'autres terres sont inoccupées ;
Si le rapport Hommes-terres est optimal, c'est-à-dire qu'il y a équité. Le rapport
Hommes-terres influence le facteur rémunération.
Le système des Régimes fonciers existant dans la plupart des pays du tiers
monde, ne sont pas de nature àfavoriser l'application et le développement d'un
programme agricole. Le système foncier actuel en RDC, faisant ressortir nettement
une dichotomie entre le pouvoir traditionnel et le pouvoir moderne est un obstacle à
la répartition des terres et au développement de la RDC. Seule une réforme Agraire,
doublée de regroupement des paysans en paysannat pourrait apporter certaines
solutions en associant surtout le pouvoir coutumier.
Le changement institutionnel à y apporter doit tenir compte des réalités régionales,
du droit foncier et des cultures foncières existantes dans chaque coin avant d'amorcer un
quelconque programme de regroupement.
4.3. LA VULGARISATION
Pour améliorer le rendement du paysan, le pouvoir public doit procéder à la
distribution de certains intrants agricoles améliorés. Généralement ces Inputs (engrais)
50
fruit de la recherche agronomique coûtent très chers. Leur utilisation nécessite
l'intervention des services spécialisés : services d'encadrement, service de vulgarisation.
Une meilleure utilisation de ces intrants faits améliorés la production et le
rendement. Les meilleures structures de commercialisation feront augmenter les
économies du paysan qui enfin de compte serait capable de voler de ses propres ailes,
au lieu d'attendre toujours l'aide du gouvernement en Inputs : semences améliorées.
Voici comment se présente la courbe de production améliorée de Cobb-
Douglas.
La courbe de
production améliore VPT=Valeur de
production totale
VPM = Valeur de production marginale
VPMX = Valeur de la production marginale X est égale au prix du
produit X c’est-à-dire Inputs améliorés (semences, engrais…)
C’est le point de la
rentabilité de la
production X
La vulgarisation a toujours en comme partout un rôle éducateur et/ou
sensibilisateur. Elle permet de résoudre le problème qui se pose. Considérons un
certain nombre des problèmes :
Q : Quand à l'intérieur d'un même pays, on y rencontre les régions à des stades
de développements différents. Que faire ?
l’èredémarche : Face à cette situation, vous ne saurez développer ces régions en
créant les mêmes institutions. Car les problèmes se poseraient différemment
aussi.
2émedémarche : II va falloir peut-être regrouper les paysans en paysannat.
Mais avant tout, il faudrait résoudre le problème de régime foncier.
51
3eme démarche : Procéder à l'approvisionnement en Input.
4ème démarche : Procéder à l'organisation et à la mise au point des services de
vulgarisation.
Il est donc question ici de suivre les trois différentes étapes :
4. Etape initiale primitive,
5. Etape transitionnelle : c'est le décollage,
6. Etape moderne.
Etape Initiale/Primitive - Etape transitionnelle Etape Moderne
Caractéristique : C'est le décollage Industrialisation.
- Outil du Travail Impulsion Etatique Usine de
Rudimentaire : pour prendre l'envol. Fabrication des
- Nouvelles Techniques
Agricoles ; - Octroi de matériaux
- Absence agricoles
crédit agricole;
agricole ; - Achat des semences
- Utilisation de compost ; améliorées ;
- Semences dégénérées ; - Création des Bureaux de
- Pas de recherche et autres
recherche Agronomique - Institution Financière et
Bancaire ;
- SENAFIC, SENASEM,
SENASEM, RAV.
SENAFIC : Service National des Fertilisants et Intrants Connexes;
SENASEM : Service National des Semences (Recherche et
Vulgarisation) ;
BUNASEM : Bureau National des Semences.
RAV : Recherche Agricole Vulgarisation. Ce programme a été initié par les
Américains pour venir à la ressource de l'INERA dont
l'essoufflement était ressenti. C'est ainsi que certains programmes
comme :
PRONAM = Programme National Manioc ;
PNL = Programme National Légumineuse ;
52
PNR = Programme National Riz ; PNM =
Programme National Maïs Ont été créés.
Signalons que les semences améliorées provenant de
plusieurs différents pays appelés « TOUT VENANT » à l'avantage d'avoir
un pouvoir de germination élevé et un rendement élevé. Au fil du temps, ces
semences améliorées à rendement élevé finissent par devenir semences
dégénérées parce qu'ayant perdu tout pouvoir germinateur. Ces semences
doivent être épurées dans un centre de recherche agronomique.
Pour une grande efficacité, le service de la vulgarisation ne doit
pas s'occuper des problèmes administratifs, mais d'éducation des masses. Son rôle
est d'apporter aux populations des nouvelles techniques. La tendance générale dans
notre pays est que ce service se comporte en agent de commercialisation des ;
Intrants agricoles.
Selon la Banque Mondiale, une zone de vulgarisation doit
répondre au critère suivant : 1 agent vulgarisateur pour 15 habitants. Cette
méthode a porté de fruit en Indes, parce que la population indienne est très
regroupée alors que la population congolaise est vraiment éparpillée.
L'attitude des paysans à accepter une innovation varie
beaucoup d'une région à l'autre et d'une culture à l'autre. Le schéma ci- dessous
catégorise les paysans suivant leur rapidité ou leur lenteur à adopter la nouvelle
technique.
53
Majorité rapidement Majorité tardivement
convaincue convaincue
Retardataires
Paysans rapidement Ceux-ci ont plus Retardataires
Paysans rapidementconvaincus d’instruction d’éducation parrapport aux derniers.
Novateursconvaincus initiateurs 34%34 %
34%
34 %
2,5%
54
1. Les Novateurs
Les Novateurs sont en général des gens qui présentent des
caractéristiques suivantes :
1) Ce sont des gens ayant vécu ou qui vivent en milieu cosmopolites
(villes) ;
2) Ils sont riches, possèdent les ressources financières en vue de supporter les
conséquences ou pertes éventuelles et peuvent l'observer ;
3) Ils sont l'habileté à comprendre et appliquer les connaissances, ils ont une
certaine formation ;
4) Ils sont prêts à prendre le risque et subir les pertes éventuelles.
2. Les Paysans rapidement convaincus
1) Ils vivent ou ont vécu soit au village ou en ville (c'est-à-dire milieu cosmopolite)
;
2) Ils possèdent un degré élevé de leadership d'opinion.
Cas d'un chef coutumier qui est toujours prêt à recevoir premier
les innovations et les autres suivent après. Ces gens sont supposés fournir les
conseils aux autres. Ils sont appelés premiers receveurs et les receveurs potentiels
se réfèrent à eux. Les tranches de 34 %, 34 % et 16 % sont des receveurs potentiels.
3. La Majorité rapidement convaincus
Caractéristiques :
1) Adoptent les nouvelles idées juste avant les membres moyens ;
2) Procèdent par une délibération avant l'adoption des nouvelles idées ;
3) Leur prise des décisions prend plus du temps que pour les novateurs ; 4) Suivent
avec une volonté délibérée dans l'adoption de l'innovation quoique la délibération
prenne un peu plus de temps.
4. La Majorité tardivement convaincus
Caractéristiques :
1) Adoptent les nouvelles innovations juste après la moyenne ;
2) Adoptent peut-être aussi bien une nécessité économique, aussi bien qu'une
réponse à des pressions sociales grandissantes ;
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3) Les innovations sont examinées avec prudence et scepticisme et
elles n'adoptent que quand la plupart des membres de la société l'on fait ;
4) Peuvent être persuadé de l'utilité des nouvelles idées, mais la pression des autres
est nécessaire pour motiver leur décision d'adoption.
5. Les Retardataires (Conservateurs Primitifs)
Caractéristiques :
1) Sont derniers à adopter l'innovation ;
2) Ne possèdent aucun Leadership d'opinion.
Signalons que les caractéristiques évoquées ci-dessus les sont
suivant le degré de la réceptivité des innovations. Elles peuvent être d'ordre : social,
psychologique, âge, formation.
4.4. LES PRIORITES DANS LA PRODUCTION AGRICOLE ET L'INDUSTRIE
RURALE
Le développement économique national requiert la croissance et
la modernisation des serveurs rurales (primaire) et urbain (Secondaire).
Une question mérite à ce stade d'être soulevée à savoir :
cette croissance est-elle équilibrée ?
Le secteur agricole constitue le pourvoyeur des ressources pour
le secteur industriel. Le secteur secondaire (industriel) fournit les biens manufacturés.
Pour que le secteur secondaire se développe, il faut que le
milieu rural ait par habitant un revenu très élevé en vue de consommer la
production locale. La population rurale, constitue la majeure couche de la
population totale du pays, augmenté son pouvoir d'achat revient à augmenter la
consommation nationale intérieure des biens manufacturés par ricochet
promouvoir l'industrie locale. Pour développer la RDC, il nous faut avant tout
combattre la pauvreté en milieu rural. Combattre la pauvreté en milieu rural revient
à augmenter la productivité du travail, à transférer une majeure partie de la main-
d'œuvre. C'est en effet ça « La Révolution de l'intelligence ».
La théorie des avantages comparatifs ou des coûts comparatifs
56
de l'économiste Anglais RICARDO, permet la spécialisation régionale. Cette théorie
suppose que dans les échanges inter régionaux, le coût de transport est nul, cela étant,
on compare les potentialités régionales.
Chaque région devra se concentrer dans des cultures pour les
quelles, elle possède beaucoup d'atouts et pourrait bénéficier des productions des
autres pour combler son déficit dans un domaine bien précis.
La meilleure façon de développer le secteur industriel dans un
pays serait de combattre la pauvreté en milieu rural et ce en octroyant un revenu
plus stable et plus conséquent. La création des petites exploitations agricoles
individuelles « Small holdings » pourront permettre au paysan d'accroître
progressivement l'étendue cultivable portant son revenu ; avec plus devenu le
paysan pourra consommer aisément les produits industriels urbains et dégager une
épargne qui viendrait aussi financer la recherche industrielle, développer
l'industrie locale.
Au départ le secteur agricole est mastodonte et pourvoyeuse
des ressources et la main-d'œuvre, mais très lentement son surplus en ressources
financières et humaines seront reversé dans le secteur secondaire (industriel) ce
qui amène à un état d'équilibre de tous les secteurs d'activités dans un espace
donné.
Voici comment se présente à transfert d'équilibre
schématiquement aux USA.
A l’intérieur du secteur rural (agricole)
Production alimentaire (vivrière)
EQUILIBRE
Production d’exportation (de Rente)
Le développement du secteur agricole
(Rural) vis -à-vis du secteur industriel
Urbain
STADE INDUSTRIALISATION STADE MODERNE
± Exclusivement Secteur secondaire agricole industriel
57
Fournisseurs des biens manufacturés
100% S/Secteur Le secteurPrimairerural o%
vivrier et agricolefournitau
secteurindustriel et autre
- Devises 10%
90% - Taxes
- Impôts 20%
- Epargne
80%
- Capitaux: 30%
70% Formationdes
capitauxbruts
- Matières 70%
S/Secteur
40% d'exportation premières
- Main-d'œuvres
90%
10%
Pourvoyeur des ressources
58
Chapitre 5 : LE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE DUMONDE RURAL
Les efforts de théorisation en matière du développement rural est une
question de brûlante actualité dans la plupart des pays où de nombreuse mœurs, habitudes,
comportements sociaux, psychologiques et économiques attendent encore d'être bien
identifiés et codifiés, en vue de mieux orienter des actions visant à améliorer les
conditions de vie des populations rurales dans leur milieu ambiant.
Il est donc nécessaire de confronter souvent les actions du terrain
qui sont initiées dans le cadre des projets de développement et les théories de
développement économique qui sont prônées par les scientifiques.
5.1. LES THEORIES ECONOMIQUES DU DEVELOPPEMENT
Les problèmes du développement, avant les années 1940 ne
retenaient pas explicitement l'attention des économistes. Avec la révolution Keynésienne,
à travers la théorie du multiplicateur d'investissement définit comme étant le nombre par
lequel l'accroissement des investissements se multiplie pour produire un accroissement
supérieur de revenu. Sans prononcer le vocable développement, l'auteur a ressenti et
exprimé la nécessité d'accroître le revenu dont l'augmentation est considérée par les
théories actuelles du développement comme l'un des indicateurs du bien-être des
populations.
1. Revue des principaux auteurs 1.
SCHUMPETER
II a développé une théorie selon laquelle l'évolution d'une économie,
ou simplement d'une société, vient de l'action dynamique de quelques individus
téméraires qui savent prendre des risques de l'innovation source de progrès. Il affirme par
ailleurs que le développement commence lorsque surgissent dans la société des véritables
entrepreneurs, des hommes de combinaisons nouvelles capables de fabriquer de nouveaux
biens,d'introduire de nouveaux procédés de fabrication, de nouvelles formes
d'organisation.
2. COLIN CLARK
Dans son ouvrage « The Condition off Economist Progrès », il a tenté
de préciser la cause de différence de degré d'évolution entre les pays. Cet auteur pense
que la limitation de la productivité du secteur primaire permet à la population d'accéder
59
au secteur secondaire où le progrès technique s'accompagne des rendements croissants,
du développement du machinisme et du niveau de
vie qui en dernier ressort, entraînent un accroissement des services. Ceux-ci
appelant à leur tour un flux de population active, on arrive ainsi au schéma de la loi du
développement que COLIN CLARK résume dans la périphrase : « De la Terre à l'usine,
de l'usine au bureau ».
3. W. ROSTOW
Selon lui, la croissance serait le résultat des jeux de six propensions
à savoir :
La propension au développement des sciences fondamentales ;
La propension à l'application économique de disciplines scientifiques ;
La propension à rechercher le progrès matériel ;
La propension à accepter les innovateurs ;
La propension à consommer ;
Et enfin la propension au développement démographique.
Cette réflexion a conduit à sa thèse sur les cinq étapes du
développement, à travers lesquelles il décrit le processus de transformation d'une société
depuis la phase traditionnelle, où l'homme est mal outillé, confronté aux multiples
problèmes de subsistance jusqu'à ce qu'il atteigne la phase de consommation des masses,
où l'homme ayant comblé ses besoins fondamentaux, recherche à atteindre son plein
épanouissement par la satisfaction des besoins plus sublimes, plus intellectuels et plus
spirituels.
4. François PERROUX
II a tenté d'analyser le processus d'expansion du progrès économique
par la théorie des pôles de croissance et de développement, remettant en question les
modèles de croissance homothétique avancée par Schumpeter. F. PERROUX illustre par
sa théorie que la croissance, tout comme le développement n'apparaisse pas partout à la
fois. Elle se manifeste en des points ou pôle de croissance, avec des intensités variables.
Elle se répand par divers canaux et avec des effets variables pour l'ensemble de
l'économie. Cette théorie nous apprend en outres que les effets d'entraînement
qu'amorcent les industries motrices agglomérées sur des industries mues, ou passives sont
de deux natures :
Certains sont générateurs de progrès ;
60
D'autres constituent des facteurs de freinage de la croissance.
5. F.PERROUX, ROSTOW, R. GENDARME & MYRDAL
Ces auteurs notent particulièrement le dualisme économique
instauré dans les PSD par la coexistence des secteurs modernes et traditionnels, et celle
de la domination économique des pays industrialisés sur les PVD, qui se manifeste
spécifiquement dans les relations des échanges internationaux de type Centre-
Périphérie.
Le Centre constitué par les pays industrialisés tirerait davantage
profit des échanges internationaux et deviendrait de plus en plus riche, tandis que la
périphérie composée par les pays en voie de développement s'appauvrirait dans les mêmes
proportions.
6.F.PERROUX,M.ARDAND &NURKSE
Ce groupe s'efforce d'étudier les remèdes au sous-développement et
les techniques d'aide internationale. Certains de ces auteurs prônent l'interventionnisme
systématique des PD dans la résolution des problèmes des PSD, par la constitution des
unités agro-industrielles ou la réalisation des microprojets de développement, d'autres au
contraire recommandent plus de libéralisme. Mais, ils restent tous d'accord sur la
nécessité d'une collaboration internationale dans la résolution des problèmes des PVD.
5.2. LES RESULTATS DES EFFORTS DE DEVELOPPEMENTEN PSD
En effet, on remarque bien souvent des contradictions très
flagrantes, tant sur le plan national qu'international, entre les déclarations de bonnes
intentions et les actes effectifs de ceux-là même qui prônent les beaux principes
humanitaires et/ou patriotiques, justifiant l'effort de tous, en vue d'améliorer le sort des
moins nantis. Au plan national, cette contradiction est souvent remarquée entre les
déclarations des discours officiels et les actes.
Au plan international, la situation se caractérise par les relations
économiques internationales qui aboutissent généralement au rapport de domination des
pays nantis sur les pays sous-développés (PSD).
Les institutions et les rencontres internationales constituent, pour
la plupart de temps, des forums de domination permettant aux puissants d'imposer leurs
lois ou leur volonté aux plus faibles, plutôt que d'être de véritables plates-formes de
dialogue et de collaboration sincère entre les hommes.
61
En définitive, la dichotomie entre la théorie et l'action, entre ce
qu'on veut faire et ce qu'on fait réellement sur le terrain, -, a souvent été à la base des
échecs des projets de développement rural.
5.3. LE ROLE DE L'AGRICULTURE DANS LE PROCESSUS
DE DEVELOPPEMENT
L'agriculture bien menée devrait jouer un rôle déterminant dans le développement de tous
les secteurs de la vie économique nationale. C'est en effet, le secteur agricole qui à travers
ses transferts vers les secteurs secondaire (industriel) et tertiaire (des services) déclenche
une spirale dont les chocs ondulatoires entraînent avec eux l'ensemble des secteurs
productifs. Les secteurs industriels et des services bénéficiant de l'apport en capitaux, en
main d'œuvre provenant du surplus agricole déclenche un processus de transformation
grâce à la recherche menée. Car sans recherche, l'agriculture restera toujours
rudimentaire. La recherche fait aussi avancer les secteurs industriels et des services à
travers la mise au point des nouvelles technologies, des nouveaux procédés de production.
Le déroulement de ce cycle fera baisser par la suite, la proportion de la main
d’œuvre agricole, pour le déverser dans l’industrie et les services où ils trouveront de
nouveaux débouchés.
Cette main d’œuvre plus spécialisée et bien formée développera le secteur
industriel, le diversifiera et le surplus d’experts ainsi formés se donneront aux activités de
services recherche, Etudes, Ingénierie, Communication,…) qui fourniront à l’avenir des
matériaux physiques et intellectuels à l’activité agricole.
Le bien-être des agriculteurs ne peut jamais être assuré sans qu’un certain nombre
de transformations, des mutations profondes se réalisent au sein de la société.
C’est l’ensemble de ces transformations englobent et permettant la croissance
(définie comme une augmentation dimensionnelle dans le temps de valeurs significatives)
qui assurera le développement.
Ainsi, les activités agricoles ont de tous les temps joué un rôle catalyseur et
déclencheur du processus de développement global. Pour y parvenir, le secteur agricole a
certaines fonctions à remplir.
Servir de source de denrées alimentaires à l’ensemble de la population
nationale,
Fournir les matières premières nécessaires au développement des secteurs
industriel et tertiaire (des services)
Fournir au pays des capitaux et des devises étrangères au fur et à mesure
que la production et l’exportation augmentent ;
Servir de base d’industrialisation pour assurer le décollage de l’économie
;
Pour que ces fonctions essentielles soient bien assurées, cela implique un certain nombre
de conditions à savoir ;
62
La réduction dans le temps de la population agricole ;
L’augmentation dans le temps du nombre d’habitants nourris par l’agriculteur ;
L’augmentation dans le temps de la population agricole ;
La réduction dans les temps des dépenses consacrées à l’alimentation ;
La réduction dans le temps de la part de la production agricole dans le
commerce extérieur ;
L’amélioration de la valeur ajoutée en pourcentage de la production agricole ;
L’augmentation dans le temps 4.4. le rôle de l’agriculture dans le
développement d’une économie au fil années peut être schématisé comme suit
:
5.4. Contribution de l'agriculture à la croissance économique globale
Dans les pays où le niveau de développement se trouve encore dans les
premières phases telles que décrites par Rostow, la croissance de l'agriculture a une forte
incidence sur la croissance économique. Généralement, dans ces pays, l’agriculture y
contribue pour une large proportion au produit intérieur brut (PIB) dans la mesure où elle
est le secteur qui emploie le plus de main-d’œuvre et qui produit le plus de richesse.
Si l’on considère un modèle simple à deux secteurs
Supposons en effet que : A et I, soient respectivement les secteurs
agriculture et industrie ;
α et β, les coefficients de pondération de la valeur ajoutée respective
ajoutée par l'agriculture et l'industrie ;et enfin, ra et ri, les taux de croissance respectifs de
l'agriculture et de l'industrie ; la croissance économique globale (RY) devrait s'écrire :
RY= Aαra+ Iβri
Dans les pays en développement où la contribution de l'agriculture est
prépondérante, valeur ajoutée par l'agriculture peut atteindre 40 à 50 %. Mais, au fur et à
mesure que les autres secteurs prennent de l'importance, la proportion relative de
l'agriculture au PÏB diminue jusqu'à tomber parfois en dessous de 10 %. Ceci se comprend
facilement d'autant plus que les rendements d'échelle sont plus faibles en agriculture que
dans d'autres secteurs, l'industrie en particulier. L'agriculture étant un secteur à croissance
lente, le taux global de croissance est d'autant plus faible que le secteur agricole demeure
prépondérant. Tant que sa croissance est lente, l'agriculture peut constituer un véritable
frein à la croissance économique globale.
Voilà qui justifie souvent le fait que dans certains pays, la politique
économique accorde priorité aux secteurs minier ou industriel, à cause de la rapidité de
leur croissance. C'est ce modèle qui a été appliqué au Congo depuis l'ère coloniale. Ce
modèle a malheureusement démontré ses limites, dans la mesure où la négligence dont
l'agriculture a été l'objet a affecté l'ensemble de l'économie nationale et renforcé la
dépendance alimentaire du pays vis-à-vis de l'extérieur.
63
5.4.1. Contribution au transfert des ressources en faveur des autres secteurs
A ce propos, deux principaux transferts sont mis à contribution : celui de la
force de travail et celui de l'épargne.
5.4.1.1. Transfert de la main-d'œuvre
Dans la section précédente, nous avons indiqué que le développement des
autres secteurs peut occasionner la réduction de la valeur ajoutée par l'agriculture.
L'accroissement de la productivité agricole entraîne une libération d'une fraction
importante de la main-d'œuvre qui peut rationnellement être utilisée dans d'autres secteurs
de l'activité économique. Dans ce cas, comme l'écrivaient déjà les pères de la science
économique, l'agriculture constitue un vrai réservoir de main-d'œuvre dans lequel
le secteur industriel doit puiser en permanence pour satisfaire ses besoins. Le secteur
agricole constituant un résidu, le caractère de la main-d'œuvre agricole demeure
également résiduel, caril ne reste que l'effectif strictement nécessaire après que les autres
secteurs aient satisfait leurs besoins.
Toutefois si la croissance de l'emploi industriel est inférieure à la
croissance de l'emploi global, l'emploi agricole ne peut cesser de croître. Si la croissance
de l’emploi est inférieure à celle de la population en âge d'activité, le sous-emploi
augmente dans le pays, soit sous forme de sous-emploi urbain, soit sous forme de
chômage agricole déguisé. Dans un pays comme le Congo, l'emploi industriel a
fortement baissé, mais on observe un transfert de main-d'œuvre agricole vers
d'autres activités de survie telles que l'exploitation artisanale de matières précieuses,
le petit commerce, le transport, etc. Dans l'exemple ci-dessus, les transferts sont
interprofessionnels, mais ils peuvent aussi être géographiques ou internationaux.
Comme nous l'avons dit précédemment, la diminution de la population
active agricole est un phénomène historique normal. Cependant, ce qu'il faut craindre,
c'est que ce phénomène se réalise sans qu'il n'y ait croissance de la productivité agricole.
La croissance de l'agriculture en général, et de la production alimentaire en particulier,
doit être en rapport avec l'évolution des besoins alimentaires de la population dont le taux
de croissance démographique constitue l'indicateur le plus précieux.
Le transfert des travailleurs agricoles vers d’autres secteurs n’a
économiquement de sens et ne contribue à la croissance économique globale que si la
productivité du travail non agricole (Wi) est supérieure à la productivité du travail
agricole (Wa). Si Wi = Wa, les transferts seraient sans incidence sur la croissance globale.
Dans le même ordre d'idées, si Wi < Wa, les transferts entraînent plutôt une perte de
productivité et contribuent à ralentir la croissance économique.
5.4.1.2. Transfert d'épargne
Dans les pays dotés en richesses minières et pétrolifères, ce sont les
64
ressources générées par l'exploitation de ces ressources qui fournissent les moyens
nécessaires au financement de l'industrie, de l'agriculture voire d'autres activités comme
le tourisme. Par contre, dans des pays qui en sont démunis, ce sont les
ressources provenant de l'agriculture qui jouent un rôle décisif dans le financement du
développement. Plusieurs mécanismes sont en effet mis à contribution pour générer des
ressources :
1. L'épargne des agriculteurs qu'on ne peut mobiliser que si le revenu de ces
derniers s'accroît régulièrement ;
2. L'impôt foncier a permis à certains pays tels que le Japon à mobiliser des
recettes substantielles ;
3. Les livraisons obligatoires opérées. par les autochtones congolais au
début de la colonisation .belge. (Caoutchouc, poivre, pointe d'ivoire, huile de palme,
amandes palmistes, etc.
4. L'impôt de capitation (contribution, personnelle minimum) a joué un rôle
de premier plan durant toute la période de l'ère coloniale ;
5. L'impôt sur le revenu payé par les entreprises agricoles du secteur
moderne ou par les PMEA ;
6. Les faibles prix payés aux agriculteurs pour leurs produits constituent un
prélèvement indirect au bénéfice de l'industrie ou des 'intermédiaires commerciaux ;
7. Dans les pays à économie planifiée, les livraisons obligatoires ou les
cessions des produits à des prix de misère ont également représenté des formes
particulières de mobilisation des ressources au profit du Trésor ;
8. Les taxes à l'exportation sur un certain nombre de produits agricoles':
café, thé, quinquina, huile de palme, bois grumes, etc. en RDC, du riz en Thaïlande ou au
Vietnam,
.9. Le transfert du personnel. qualifié Formé pour le 'secteur" agricole vers'
d'autres secteurs notamment industriel ou de service.
5.4.2. Contribution à la production des ressources en devises
Dès le début de la colonisation, l'économie des pays nouvellement en
contact avec le mode de production capitaliste s'est caractérisée par l'implantation
d'une monoculture orientée vers le commerce extérieur. La promotion d'un secteur
agricole exportateur devient en effet source de production de réserves de -change
tant pour ces pays- que pour certains pays ayant déjà atteint un niveau de développement
65
avancé comme l'Australie, la Nouvelle-Zélande, le Canada, les Etats-Unis d'Amérique .et
même le Japon. Mais, l'inconvénient- de la monoculture - a incité la plupart' de ces pays
• à diversifier leur agriculture, comme ce fut le cas au Congo.
Toutefois, la forte concurrence entre les pays producteurs a affecté les "cours sur
les marchés internationaux au point de provoquer une dégradation des termes de l'échange.
Afin de stabiliser les cours et les revenus des pays exportateurs, plusieurs accords
commerciaux furent initiés dans un premier temps, notamment en prévoyant un contrôle de la
production et des exportations afin d'éviter des surproductions qui n'auraient que des effets
dévastateurs sur le niveau des cours. Dans un deuxième temps, certains pays modifièrent leur
stratégie en promouvant davantage la transformation locale des produits agricoles afin
d'exporter des produits élaborés ou semi-finis (huiles végétales,-jus de fruits, cuir de
ruminants, conserves alimentaires, bois sciés, tranchés ou contreplaqués, meubles -en rotin ou
en bambou, etc.). Mais, 'très souvent le problème qui se pose est celui du transfert de la
technologie dont les pays industrialisés ou nouvellement industrialisés en sont les détenteurs
exclusifs et jaloux.
Néanmoins, malgré la concurrence née de l'entrée en lice de nouveaux
producteurs (Vietnam pour le café et le riz, par ex.), les pays africains ont intérêt à adopter
de nouvelles stratégies industrielles visant à accroître sur place la valeur ajoutée de la
plupart de leurs produits agricoles. Mais, comme très souvent, ils se retrouvent
producteurs et exportateurs des mêmes produits, n'ont-ils pas intérêt à conjuguer leurs
efforts dans le cadre des programmes d'intégration sous régionale afin d'élargir leurs
marchés et de produire à des coûts compétitifs pour espérer placer ces produits sur les
marchés dans un monde qui se globalise ?
5.1.3. Contribution au processus d'industrialisation
La promotion de l'industrialisation par l'agriculture peut se réaliser de trois
manières :
1. L'achat et la transformation des matières premières agricoles ;
2. Le transfert de la force de travail et des ressources financières (question
ayant déjà été abordée dans les paragraphes précédents) ;
3. La consommation de produits issus du processus industriel.
66
5.5. LES ORGANISMES DE PROMOTION DU DEVELOPPEMENTRURAL
Promouvoir le développement rural dans un pays est une tâche
qui ne revient pas à un seul individu ni à un seul groupe d'individus, plusieurs acteurs
et groupes d'acteurs doivent concourir à assurer cette promotion.
1. L'Etat ou la Collectivité Locale
L'Etat est un corps d'agents investis par la collectivité nationale
des pouvoirs de décision, d'exécution et de contrôle, au nom et pour le bien de la
communauté qui l'investit. Tout agent de l'Etat, fonctionnaire ou membre des services
publics spécialisés, peut donner des orientations, contrôler l'exécution des tâches, et
sanctionner positivement ou négativement, selon le cas, ceux qui sont impliqués à la
réalisation des actions d'intérêt commun.
Signalons qui à l'époque coloniale, les administrateurs de
territoires, les chefs des cercles médicaux, les chefs de secteurs, sillonnaient les milieux
ruraux pour faire exécuter et contrôler les travaux d'aménagement et d'entretien des routes
d'intérêt général et celles de déserte agricole, de construction des écoles et des
dispensaires ruraux, d'aménagement des sources d'eau potable, des latrines et diverses
infrastructures.
67
2. Les Coopératives Rurales
Le terme « Coopérative » désigne en économie, une association des
personnes qui, pour atteindre un but commun jugé essentiel, se constituent librement en
une entreprise gérée démocratiquement, et qui acceptent de contribuer de manière
égalitaire à la formation du capital, de participer activement au fonctionnement de
l'entreprise et de se réparti équitablement les risques et les fruits de l'effort commun.
L'entreprise coopérative diffère des autres formes d'entreprises
économiques par les principes fondamentaux qui la régissent et qui sont : 1)
L'Adhésion libre et volontaire ;
2) Le Contrôle démocratique (un homme = une voix) ;
3) L'Intérêt limité proportionnellement aux parts sociales ;
4) La Répartition des surplus aux membres proportionnellement au volume de leur
participation aux activités de la coopérative ;
5) La constitution d'un fond d'éducation coopérative au sein de l'entreprise, au
bénéfice des membres ;
6) La Formation des membres pour assurer leur promotion sociale et professionnelle.
L'organisation coopérative a pour but de promouvoir des intérêts
économiques et sociaux des membres. Elle doit être dotée d'une personnalité juridique.
Du point de vue de l'organisation, on distingue :
Les Coopératives Agricoles ;
Les Coopératives d'Elevage ;
Les Coopératives de Pêche ;
Les Coopératives d'Epargne et de Crédit ;
Les Coopératives d'Habitants ;
Les Coopératives Artisanales et Industrielle.
D'après leurs fonctions, les coopératives peuvent être classées en :
- Coopératives de production visent à mettre en commun des moyens de production
pour établir une entreprise commune, ou « Coopérative de service », celles qui
rendent des services bien déterminés à des membres indépendants.
Le mouvement coopératif fut initié en RDC par l'INEAC. L'INEAC
considérait la coopérative comme la phase finale de l'organisation des paysannats
indigènes.
68
Ceux-ci étaient conçus comme une « forme d'organisation rurale »
qui devait introduire des profondes transformations sociales et économiques chez les
indigènes. Les résultats de ce mouvement furent mitigés, disons-le.
3. Les organisations non-gouvernementales (ONG)
Depuis le début des années 1980, la littérature du développement
rural en Afrique et dans les pays du Tiers-monde en général s’est vue enrichie d'un
nouveau concept d'organismes œuvrant pour la promotion des milieux ruraux et des
masses défavorisées des grandes agglomérations urbaines les ONG un concept forgé par
l'ONU pour distinguer les organisations internationales de droit public faisant partie du
système Onusien. (QMS, PAO, UNICEF) ; des organisations privées (OXFAM, Croix-
Rouge, Médecins sans Frontières, Caritas, Miséreoré, ...).
Ces ONG sont en réalité liées à la tradition de l’humanisme
religieux pratiquant la charité et la solidarité avec les pauvres.
Les concepts ONG en RDC a vu son extension et/ou expansion
suite à l'afflux des réfugiés Rwandais et déplacés des guerres.
Dans leur fonctionnement les ONG misent essentiellement sur la
stratégie d'auto-développement ou d'auto-prise en charge par les populations concernées.
Elles s'appuient sur des microprojets initiés et exécutés par la base.
4. Les Petites et Moyennes Entreprises Industrielles (FMI)
La FMI joue un rôle déterminant, notamment celle de
transformation et de conditionnement des produits ruraux. Ces entreprises capables de
créer des emplois ruraux agricoles, d'améliorer les délais de conservation, de distribution
des biens et des revenus nécessaires à l'amélioration des conditions de vie de la campagne,
présentent un grand besoin de consommation d'énergie électrique. L'électrification des
campagnes devient une priorité majeure pour le développement du milieu rural.
69
Chapitre 6 : PISTES POUR LA MODERNISATION DU MONDE RURAL
CONGOLAIS
L'histoire économique de notre pays nous apprend qu'à la veille de
l'indépendance, grâce à la mission accomplie par l'Institut National pour l'Etude
Agronomique au Congo (INEAC) d'une part, et à l'ensemble d'activités économiques et
sociales déployées en milieu rural, d'autre part, les mentalités et les comportements
traditionnels se sont progressivement modifiés et la qualité de la vie dans les campagnes
sensiblement améliorée. En dépit de tous les résultats palpables obtenus entre 1947 et
1960, il était encore prématuré de croire que le pays avait rompu définitivement le cercle
vicieux du sous-développement. Si, dans les paysannats pilotes et dans d'autres centres
avancés, le niveau de revenu avait sensiblement augmenté, le niveau de vie moyen en
milieu rural restait faible, par rapport à celui des centres urbains. Plusieurs zones
éloignées des principaux axes de communication ou peu fertiles ou encore dont les
populations n'avaient pas répondu favorablement aux programmes .de vulgarisation
proposée par l'administration étaient à l'écart de tout processus de monétarisation et de
mise en place de nouvelles infrastructures économiques et sociales.
Afin de corroborer cette affirmation, il suffit de se référer aux conclusions
et recommandations de la session 1958 du Congrès colonial national. Les débats animés
au sein de cet important organe se démarquent des discours élogieux pour montrer que le
développement rural n'a été possible que grâce à l'action combinée de l'administration et
du secteur privé. Les débats ont insisté sur les trois objectifs prioritaires que devraient
s'assigner les responsables du développement rural :
Assurer la protection des ressources naturelles : sol. Végétation,
capital génétique ;
Œuvrer pour l'amélioration de la productivité du travail agricole ;
Fixer définitivement en milieu rural les agriculteurs qui se sont
fait remarquer par leur travail à l'effet d'en faire des fermiers tournés
vers le marché, plutôt que de vouloir transformer tous Ses villageois
en bons exploitants agricoles.
Ces recommandations démontrent à quel point les stratégies de paysannats
et de coopératives n'ont atteint que partiellement les objectifs leur assignes. Au seuil de
l'indépendance, on pouvait donc alléguer que :
1. L'accroissement du revenu résultant de l'extension des superficies avait
atteint sa limite. Il fallait à tout prix augmenter la productivité pour continuer à stimuler
les exploitants agricoles ;
2. Le programme d'intensification entamé dans certains paysannats devrait
normalement déboucher sur un surcroît de production, lequel risquait de ne pas bien
s'écouler faute d'infrastructures de stockage et de transport adéquates et d'organisation
70
rationnelle de marchés urbains. Tout devait être entrepris pour ne pas démotiver les
producteurs et leur faire perdre confiance à l'usage des intrants ;
3. Les paysannats n'ont pas permis d'introduire en milieu rural un système
d'appropriation privative du capital foncier ni de freiner définitivement l'exode rural ;
4. Les paysannats ont été pour l'administration coloniale l'occasion de
tester la contribution de l'autorité coutumière à l'exécution des politiques choisies et mises
en œuvre en milieu rural.
En conclusion, la politique agricole élaborée et mise en œuvre par le
pouvoir colonial, quelles que soient ses intentions, a plus profité aux colons, au
capitalisme occidental et à la métropole au sens large qu'aux agriculteurs congolais. La
politique des prix agricoles pratiqués, les mesures discriminatoires frappant les
agriculteurs congolais désireux de pratiquer des cultures d'exportation, l'imposition des
cultures obligatoires, l'expropriation des terres au profit de l'Etat qui les concédait aux
colons sans le moindre avis des communautés claniques, l'inexistence d'une élite
congolaise dans la gestion des paysannats et des entreprises agro-industrielles, tout cela
n'était pas de nature à améliorer le sort du paysan congolais et les rapports entre la jeune
élite politique congolaise et l'administration coloniale. Les leaders politiques congolais
profiteront du reste de toutes ces inégalités pour semer la haine en tirant sur la corde
sensible, quand devait sonner le glas de la colonisation.
Au lendemain du 30 juin 1960, face à l'absence d'encadrement intense
dispensé par le personnel européen, aux désordres politiques dus à l'immaturité des
gouvernants à tous les niveaux, à la propagande politique démobilisatrice, à l'effritement
de l'autorité coutumière, les populations rurales congolaises, confrontées aux dures
réalités, ont vu leur niveau de vie antérieur tomber. A l'heure actuelle, les populations
rurales étaient confrontées à de problèmes particulièrement graves voire inextricables à
telle enseigne que plusieurs défis devraient être relevés afin de leur garantir un
développement durable. C'est la conclusion à laquelle Draehoussoff et al, arrivent au
terme de leurs réflexions sur le développement rural en Afrique centrale. Pour eux, en
effet il y avait véritablement péril en la demeure en cette fin de millénaire, en ce sens qu'il
était absolument nécessaire de [DKACHOUSSOFF ET al, 199l] :
1. Ajuster la production vivrière de manière à lui permettre de répondre aux
besoins nutritionnels :
2. Accroître la productivité, le revenu et par conséquent le niveau de vie
des ménages agricoles ;
3. Fournir des matières premières de bonne qualité aux industries locales et
exporter des produits compétitifs vers des marchés non seulement concurrentiels, mais ne
pouvant nullement échapper à une mondialisation envahissante,
71
4. Contrôler les maladies et les prédateurs des cultures et du bétail ;
5. Maîtriser une explosion démographique qui accélère l'urbanisation, aggrave le
chômage, le sous-emploi et la pauvreté absolue ;
6. Protéger et reconstituer un milieu naturel de plus en plus menacé.
Et pourtant, il est important de savoir qu'entre le moment ou ce diagnostic
était dressé et ce début de 3émé millénaire, plusieurs conflits interethniques ont été
enregistrés notamment au Katanga, au Nord-Kivu et en Ituri dans la province Orientale.
Depuis 1996, le pays a connu deux guerres non seulement meurtrières, mais qui ont
occasionné de déplacements souvent spectaculaires des populations essentiellement
rurales et du bétail ainsi que de destruction massive des infrastructures et des ressources
écologiques. C'est dire que la situation apparaît aujourd'hui plus préoccupante encore au
niveau notamment de l'économie rurale. En outre, la survivance en milieu rural des
pesanteurs opérationnelles, institutionnelles et sociologiques sont souvent à la base du
blocage voire de l'échec de nombreux projets ou programmes de croissance agricole et de
développement rural.
C'est dire que la transformation et la modernisation du monde rural
congolais requièrent non seulement du temps et de ressources budgétaires abondantes,
mais davantage encore des choix judicieux de politique économique dans le chef des
dirigeants politiques. Mais, il faudra également qu'un certain nombre de préalables soient
réunis. Dans cet avant dernier chapitre, il sera donc question de passer en revue des
actions et stratégies susceptibles d'améliorer l'environnement rural et de le rendre
performant pour les populations qui y \ivcnt et pour le reste de l'économie nationale. A ce
propos, nous étudierons successivement les stratégies relatives a :
La transformation des structures de production ;
La vulgarisation et aux organisations paysannes ;
La politique agricole,
Rôle des activités rurales non agricoles.
6.1. Transformation des structures de production
Il s'agira ici d'ébaucher quelques réformes institutionnelles qu'il faudra
entreprendre ainsi que des stratégies susceptibles d'améliorer la performance des
exploitations agricoles et la productivité du travail agricole : régime foncier, systèmes de
production, recherche - développement, enseignement et formation, pour ne citer que ces
cas-là.
6.1.1. Régime foncier
L'activité agricole ne peut s'exercer et prospérer que si elle repose sur
deux bases indispensables à son développement, le patrimoine foncier et les biens
immobiliers. Dans les pays du Nord voire dans certains pays du Sud, la propriété foncière
est le gage de l'épanouissement de l'agriculture. Le fait pour une individuelle famille de
jouir de la propriété constituait une garantie de stabilité, de l'efficacité et de la prospérité
72
tant pour le présent que pour le futur plus ou moins éloigné. La propriété, avions-nous dit,
peut être individuelle, collective ou publique. Le droit de propriété, qui se caractérise par
deux attributs essentiels, à savoir l'exclusivité (une ou un groupe de personnes
nommément désignés) et la perpétuité (transmission de la propriété à un autre titulaire)
implique :
Le droit d'user, autrement dit la possibilité de se servir de la chose, la terre
notamment ;
le droit aux fruits, c'est-à-dire la faculté de retirer de la chose tous les fruits ; loyer,
production ;
le droit de disposer, en d'autres termes, la possibilité d'en transférer la propriété à
autrui soit à titre onéreux, soit à titre .gratuit.
En RDC, le patrimoine foncier ainsi que le mode d'attribution des terres
sont régis par la loi foncière n° 73-021 du 20 juillet 1973 modifiée et complétée par la loi
n° 80-008 du 18 juillet 1980 qui confère à l'Etat la propriété exclusive du sol et du sous-
sol. Cette disposition législative a des implications graves sur la croissance du secteur
agricole et développement du monde rural. Néanmoins, dans le chef des autorités
coutumières, c'est le droit coutumier qui prévaut, selon que le régime appliqué est :
celui de la propriété collective clanique ;
celui du type féodal qui confère à l'autorité coutumière {Mwami, par exemple) le
droit exclusif sur la terre, avec tous les abus que ce mode de tenure peut générer.
Quel que soit le caractère collectif des terres, la cession ne peut se faire que
par l'autorité administrative ou coutumière, maïs à l'issue de toute concertation avec les
ayants droit. Plusieurs types de problèmes se posent actuellement en milieu rural :
L’accès difficile pour les agriculteurs et les éleveurs, en cas de pénurie de terre
justifiée par l'importance des concessions accordées aux privées ou relevant du
domaine public ;
le morcellement excessif des terres dans les zones à forte densité démographique ;
l'impossibilité de procéder à des améliorations foncières, à cause de la propriété
collective.
Aussi, progressivement, il apparaît clairement que l'adoption d'un régime
foncier à propriété individuelle, comme c'est le cas notamment enEurope, conviendrait
mieux, car susceptible de sécuriser davantage les exploitants agricoles. Ce -système était
en passe d'être introduit dans les paysannats des années 1950.
D'autre part, l'article 57 de ladite loi foncière octroie plus d'avantages aux
nationaux, par le mécanisme de la concession perpétuelle (99 ans de durée de jouissance).
Il est nécessaire d'envisager d'étendre cette disposition aux personnes physiques et
73
morales d'origine étrangère de manière à promouvoir des investissements agricoles.
Enfin, dans des zones à fort peuplement où la pénurie des terres devient fréquente et
inquiétante (prolifération des conflits fonciers), il serait utile de prévoir une réforme
agraire afin de réduire les inégalités à l'intérieur de la paysannerie et redistribuer les terres
jusque-là gelées au profit des sans terre ou des ménages qui ne disposent pas d'un
patrimoine conséquent pour y faire développer une agriculture progressiste et prospère.
6.1.2. Amélioration des systèmes de production
Rappelons que la recherche sur les systèmes de production vise
essentiellement d'augmenter leur productivité à travers :
l'analyse des potentialités et des contraintes des systèmes en vigueur ;
la mise au point des technologies appropriées ainsi que toutes politiques
complémentaires susceptibles d'élever significativement le niveau de vie des
ménages agricoles.
Or, en lisant Steiner (p.29), on ne peut manquer de relever que parmi les
contraintes qui caractérisent les systèmes de production agricole en Afrique de l'Ouest,
on peut épingler la faible productivité des sols, souvent accompagnée d'une pénurie de
terres ; la pénurie de main d'œuvre due en partie à sa faible productivité ; l'imprévisibilité
des pluies ; le manque de ressources en espèces ; l'accès limité au crédit. En RDC, les
travaux du PNUD/UNOPS réalisés sur l'ensemble des provinces font état des contraintes
qui freinent voire bloquent le développement des systèmes de production. On relève, en
effet, la carence en intrants, l'absence du micro crédit, l'inefficacité de la recherche
agronomique et des services de vulgarisation, les coutumes et traditions rétrogrades, les
prix très peu incitants.
La politique agricole doit donc prévoir dans ses stratégies visant à
améliorer la performance et à accroître la productivité au niveau des systèmes de
production, un faisceau de mesures comprenant :
1. la mise au point de nouvelles technologies adaptées aux conditions éco-
climatiques locales et leur diffusion en milieu rural,
2. l'introduction des méthodes culturales rationnelles, productives et
susceptibles de protéger le sol et d'améliorer sa fertilité ;
3. la sensibilisation et la conscientisation des exploitants agricoles et leurs
familles en vue d'abandonner des attitudes rétrogrades et d'adopter des mentalités propices
au progrès ;
4. la mise en place des institutions de crédit en milieu rural de manière à
mettre en œuvre des mécanismes spécifiques pour l'octroi des prêts aux agriculteurs ;
5. Adoption (d’une politique des prix incitatifs en vue de soutenir le revenu
des agriculteurs.
74
6.1.3. Recherche Développement
Nul ne peut ignorer l'apport de la recherche agronomique et de la recherche
développement dans la mise au point de nouvelles technologies (semences, engrais verts,
engrais chimiques, pesticides, outillages, etc.), de nouveaux thèmes techniques culturaux
ainsi que de nouvelles méthodes de transformation de produits agricoles. Mais, la
recherche ne produit des résultats qu'à moyen et long termes et son financement coûte
cher : il implique l'acquisition des équipements, des moyens logistiques, le versement des
rémunérations et la maintenance tant des équipements, des bâtiments que des moyens
logistiques.
La recherche agronomique fut l'un des fleurons de la politique agricole
belge au Congo. Elle était organisée au sein de l'Institut National pour l'Etude
Agronomique au Congo (INEAC) créé le 22 décembre 1933 et inauguré le 23 mars 1934.
L'organisation administrative voire géographique de l'INEAC caractérisée par un système
décentralisé l'a été en fonction des critères écologiques et des considérations
opérationnelles. En.I960, on comptait 21 stations disséminées sur l'ensemble du territoire
congolais et regroupées en huit secteurs dont les sièges étaient établis respectivement à
M'vuazi, Kinshasa. Yangambi, Bambesa, Nioka, Ngandajika, Kisanga et Mulungu. Dans
ce cadre, les programmes de recherche ont porté principalement sur :
1. la botanique, la physiologie végétale, la climatologie, etc. ;
2. l'amélioration de la productivité agricole vivrière par la sélection, les
techniques culturales, la mécanisation post-culturale, la défense des cultures, la
conservation des produits, la fertilisation ;
3. le développement rural avec la création des paysannats et l'habitat rural ;
4. les cultures industrielles avec accent sur l'intensification ;
5. l'élevage par les recherches vétérinaires et production des vaccins et de
sérums, sélection et acclimatation des races de bétail, amélioration des pâturages et des
méthodes d'élevage ;
6. la sylviculture par l'étude des essences, des méthodes de conduite, de
régénération et la technologie forestière ;
7. la prospection des gîtes agricoles et détermination de territoires
écologiques ;
8. l'économie rurale.
Depuis la restructuration intervenue en 1984, l'INERA ne dispose plus que
de neuf (9} stations dont trois seulement continuent à faire l'objet de la préoccupation des
autorités et des organisations internationales, à savoir Mulungu, Ngandmjika et M'vuazi
75
Avec la guerre qui sévit dans l'Est, il est difficile de connaître le sort actuel de la station
de Mulungu.
A l'heure actuelle, de plus en plus, les systèmes nationaux de recherche ont
plusieurs enjeux principaux [CTA, 1995]:
s'articuler sur les systèmes régionaux et internationaux de recherche, en privilégiant
la spécialisation des rôles et en faisant circuler l'information entre les différents
centres,
entretenir une étroite association entre chercheurs, associations de producteurs et
autorités nationales dans le but d'identifier les thèmes de recherche, de suivre et
évaluer les résultats, voire même de participer à leur mise à disposition;
concevoir et mettre en œuvre de recherches pluridisciplinaires combinant la
technique, l'économique et le social, prenant en compte les progrès scientifiques
ainsi que les savoirs locaux traditionnels (Indigenous technical Knowledge ou
ITK).
Il devient impérieux, de nos jours, de favoriser et faciliter les échanges
entre les chercheurs, grâce aux publications scientifiques, aux rencontres entre chercheurs
(séminaires, colloques, ateliers, conférences) et surtout aux réseaux électroniques de
communication (E-mail, Internet). Plus important encore devrait être la vulgarisation dans
un langage simple et accessible les résultats des travaux de recherche pour l'information
et la formation des agriculteurs, des éleveurs et des pêcheurs. En ce moment-là, il devient
possible de promouvoir un processus de communication et de concertation entre
chercheurs, planificateurs nationaux et locaux de développement, associations paysannes
et animateurs de développement rural.
6.1.4. Enseignement et formation professionnelle
En Afrique subsaharienne, à l'instar de ce qui s'est passé en Europe,
l'agriculture est toujours considérée comme un état, un mode de vie, mais jamais comme
un vrai métier. Aussi, nul ne pensait à des aptitudes spéciales ni à de connaissances
particulières pour devenir agriculteur. Les hommes tout comme les femmes se
contentaient de la somme des connaissances accumulées dans le passé par les ancêtres et
leur léguées au fil des temps de générations en générations. Au début du 20 eme siècle, le
progrès scientifique a révolutionné les techniques agricoles, à telle enseigne que l'habileté
manuelle et les méthodes traditionnelles héritées des générations passées ne suffisaient
plus pour adapter l'offre à la demande. Loin d'être un art, comme un le pensait jadis,
l'agriculture moderne est devenue scientifique et technique.
L'agriculteur moderne est progressivement devenu un vrai agent
économique, un capitaine d'industrie, qui doit combiner et coordonner de manière
rationnelle et optimale de nombreux facteurs de production qui influent directement ou
76
indirectement sur la productivité. Il ne vit plus dans un univers isolé, comme Robinson
Crusoe sur son île, ou l'autoconsommation était la destination première de la production,
il esttotalement intégré dans une économie de marché ou la fonction de la spécialisation
devient une nécessité. L'agriculteur moderne est un homme de métier, un professionnel
préoccupé par la rentabilité de son exploitation. En tant que chef; d'entreprise,
l'agriculteur doit chercher à grandir, mais aussi à travailler en collaboration avec ses
pairs, d'où la nécessité de la coopération agricole.
Voilà pourquoi, tant pour les pouvoirs publics que pour les agriculteurs
eux-mêmes, un minimum de formation est requis pour permettre aux exploitants d'être
productifs et de sortir du cercle vicieux du sous-développement, la formation peut
présenter plusieurs aspects : formation générale, formation technique et économique,
formation théorique et pratique.
La formation générale est dispensée au niveau scolaire, en particulier au
stade de l'enseignement secondaire, où les jeunes se familiarisent avec les sciences
physiques et naturelles qui servent de soubassement aux techniques agricoles modernes.
La formation technique confère au producteur des méthodes et techniques indispensables
à l'exercice de son métier. En tant que gestionnaire d'exploitation agricole, la formation
générale et technique reçue par lui doit être complétée par celle de la gestion d'une
entreprise dont les caractéristiques ne sont pas nécessairement les mêmes que celles d'une
entreprise commerciale ou industrielle. Il est toujours souhaité que l'agriculteur, outre sa
formation théorique, participe à plusieurs stages de formation pratique en vue d'un
meilleur apprentissage du métier.
Sous la période coloniale, cette préoccupation fut prise en compte par
l'administration, quand bien même l'action, très limitée pour les autochtones, a
principalement bénéficié aux colons blancs. La politique coloniale dans le domaine
agricole se réalisa suivant deux axes : l'enseignement agricole et la formation des
agriculteurs.
L’enseignement agricole fut dispensé par les Ecoles professionnelles
agricoles (EPA), les Ecoles d'Assistants agricoles et, vers la fin de l’èrecoloniale, les
Universités. Les EPA étaient conçues pour former les moniteurs agricoles diplômés et les
chefs d'équipe pour les exploitations .et centres agricoles. Cependant, quelques- unes
étaient spécialisées dans la formation des moniteurs chargés de l'encadrement des
activités soit du maraîchage et de l’horticulture, soit de l’élevage et de la pêche. Les
candidats à ce type d'enseignement devaient avoir terminé au moins trois années d'études
primaires. La formation proprement dite durait deux ans, auxquels il fallait ajouter une'
année complète de stage, L'enseignement agricole fut renforcé plus tard par des Ecoles
moyennes agricoles (EMA) qui, après 1945, furent .transformées en Ecoles d'Assistants
Agricoles (EAA). Ces .dernières recevaient les candidats ayant terminé 3 années d'école
secondaire. La durée de formation était de 4 ans couronnés par une année de stage. C'est
au milieu des années 1950 que deux Universités congolaises furent créées, organisant
77
chacune d'elles une faculté de Sciences Agronomiques dont deux diplômes furent délivrés
au moment de, l'accession du pays à l'indépendance.
La formation agricole informelleétait destinée à former de bons
agriculteurs. Elle était destinée aux congolais dans le cadre des fermes écoles dont la
responsabilité; était confiée aux missionnaires. Ce mode de formation n'eut pas beaucoup
de-succès, les jeunes formés ayant rencontré de difficultés de, s'épanouir en milieu rural
où ils, étaient astreints à s'insérer-dans-une-communauté sociologique qui laisse très peu
d'initiatives aux jeunes. Or, aider ces jeunes à s'installer en qualité de petits fermiers
évoluant en dehors des prescrits de la communauté villageoise revenait à les affranchir de
l'autorité coutumière et parentale. La plupart des jeunes formés dans les fermes écoles se
sont pratiquement tous faits embaucher comme moniteurs agricoles dans'
l'administration ou dans lès-plantations appartenant aux colons. A partir de 1945, la
Colonie mit sur pied un nouveau système de formation informelle destinée aux candidats
colons européens, appelés à créer des exploitations agricoles ou agro-industrielles.
C'est le développement ' de l'enseignement et de la formation
professionnelle au bénéfice des agriculteurs qui feront de ceux-ci des hommes de métier
produisant avant tout pour le marché. Mieux, ils seront formés, plus ils seront enclins à
transformer leurs structures de production en vue de s'adapter aux nouvelles conditions
de travail que requièrent l'objectif de la sécurité' alimentaire, et celui- de la'
mondialisation. La meilleure façon de fournir l'information et de réaliser des programmes
de formation, c’est de recourir à un' public plus important, à savoir les associations,
les organisations non gouvernementales, les entreprises, les collectivités locales. Ce qui
est recherché" davantage par les paysans, c'est moins l'information scientifique et
technique, mais l'information orientée vers le développement rural, incluant les aspects,
économiques, techniques, sociaux et culturels.
C'est à travers le dialogue, les débats, les relations entre acteurs que l'on
peut faire circuler les résultats de la recherche (savoirs, innovations, expériences locales,
régionales, nationales et internationales) ainsi que les outils indispensables au processus
de prise de décision. L'information et la formation pratique professionnelle sont
dispensées en milieu rural par le vulgarisateur.
6.2. Vulgarisation et Organisations paysannes
Dans cette section, nous mettrons en exergue le rôle de vulgarisation, des
organisations paysannes et des coopératives agricoles.
6.2.1. Le rôle de la vulgarisation agricole
Pendant longtemps, la vulgarisation agricole avait été définie comme «
l'ensemble des moyens mis en œuvre pour faire pénétrer le progrès technique chez le
plus grand nombre possible d'exploitants agricoles ». Cette définition a été abandonnée
78
avec le temps, car elle avait plutôt une tendance paternaliste, voire technocratique. En vue
de tenir compte du rôle qui doit être joué par les agriculteurs eux-mêmes dans le processus
de leur épanouissement, une autre définition fut proposée, d'après laquelle « la
vulgarisation est un moyen d'aider les agriculteurs à s'aider eux- mêmes». De ce point
de vue, l'agriculteur n'est plus l'élément négligeable qui doit tout attendre des structures
extérieures à l'exploitation agricole, mais davantage l'agent économique à qui revient de
prendre la décision quant aux questions quoi, comment et combien produire ? Le rôle de
la vulgarisation ne consiste qu'à l'y aider. Partant, le but essentiel poursuivi par la
vulgarisation est de : élever le niveau de vie des agriculteurs, améliorer la productivité
des exploitations.
L'action de vulgarisation vise à assurer la diffusion des résultats de la
recherche agronomique et à mieux faire connaître aux chercheurs les problèmes qui se
posent aux agriculteurs. Vue sous cet angle, la vulgarisation constitue une véritable
courroie de transmission entre la recherche et les utilisateurs des résultats de la recherche.
Dans le cadre de cette mission, elle peut s'adresser directement à des agriculteurs pris
individuellement tout comme à des groupements d'agriculteurs, autrement dénommés des
organisations paysannes. Les groupements d'agriculteurs se constituent librement.
Cependant, le service de vulgarisation peut également, par la sensibilisation et
l'animation, inciter les agriculteurs à créer des organisations paysannes.
Le développement de la vulgarisation nécessite la mise en place d'une
administration à différents paliers et pose par conséquent de nombreux problèmes, tels
que :
1. la qualité des techniciens de la vulgarisation, dont la formation de base et
la formation en cours d'emploi sont indispensables dans l'exercice de leurs fonctions, étant
donné la mise en œuvre périodique de nouvelles technologies ainsi que de nouvelles
méthodes culturales ;
2. le volume des ressources financières en rapport avec les besoins
toujours, croissants de l'activité de vulgarisation ;
3. la précision relative à la mission de l'Administration et à celle des
groupements d'agriculteurs, afin de garantir la nécessaire complémentarité entre les deux
partenaires ;
4. le risque des excédents de production comme résultat de la diffusion
denouvelles technologies.
En RDC, c'est en 1990 que le Service National de Vulgarisation a vu le jour. Sa première
tâche a été de former des agents relevant essentiellement des structures publiques et des
projets. En 1995, l'action de vulgarisation avait touché 17.160 groupes de contact parmi
79
lesquelles 1.102 organisations paysannes. Il convient cependant de préciser que
l'implantation du Service national de vulgarisation s'est révélée très lente, d'une part ;
tandis que l'effectif du personnel commis à l'encadrement des agriculteurs demeure très
faible au regard des normes admises dans ce domaine, d'autre part. En 1995-1996, le SNV
ne couvrait que 52 secteurs sur 300, soit 17 % du territoire national ; de ce fait, son action
ne pouvait réellement toucher que 9 % de 4 millions d'agriculteurs ciblés dans les zones
agricoles à potentiel élevé.
Figure 1 : L'action du service National de Vulgarisation
Couverts 17 %
Non couverts 83%
Le gouvernement devrait donc tout mettre en œuvre, une fois la guerre
terminée, pour accélérer !e processus d'implantation des antennes du SNV. Etant donné
que 70 % des travaux culturaux et post-culturaux représentent l'apport réel de la femme
rurale, toutes les stratégies envisagées dans le cadre du développement rural en généra!,
et du SNV en particulier, doivent concourir à son intégration totale et effective,
notamment en ce qui concerne la création des associations féminines ou paysannes. Les
actions de formation réservées à la femme doivent comporter des programmes relatifs à
l'alphabétisation, à la nécessité des associations paysannes, à l'apprentissage coopératif,
aux techniques culturales, aux technologies appropriées pour la "transformation et la
conservation de produits agricoles susceptibles d'alléger son travail. Au programme de
formation, il faut coupler la préoccupation, de l'information pour le développement rural
destinée aux associations paysannes, aux ONG, aux collectivités locales, aux petites
entreprises et aux ménages agricoles.
De plus en plus, le concept « vulgarisateur » cède le pas à celui d’«
animateur» et- le rôle de la vulgarisation tend à se modifier, De courroie de transmission
pour la diffusion d'un message technique produit par la recherche, le vulgarisateur devient
l'animateur, le conseiller. A la différence du vulgarisateur, généralement agronome de
formation, l'animateur est un agent polyvalent, car appelé à fournir à l'agriculteur, un «
paquet » consistant d'éléments économiques, techniques, sociaux faisant de lui un vrai
entrepreneur agricole. Connaissant parfaitement la langue du milieu, les habitudes ainsi
que les connaissances locales, l'animateur propose au producteur agricole un ensemble de
thèmes techniques. Il aide en effet les agriculteurs à prendre conscience de leur sort, à
identifier les contraintes ainsi que le potentiel que l'environnement local offre. Il stimule
les producteurs à initier des associations paysannes. Plusieurs techniques sont en effet
80
utilisées pour sensibiliser les producteurs : la radio rurale, les cassettes vidéo, les films,
les publications, les diapositives, la télévision, ...
6.2.2. Les organisations paysannes
La création des organisations paysannes trouve sa justification dans le
déséquilibre des rapports de force entre les petits agriculteurs et les intermédiaires ou les
industriels au moment des échanges commerciaux. Les partenaires commerciaux en
provenance de la ville se présentent très souvent en position de force au point de maintenir
à un niveau bas les prix des produits agricoles qu'ils achètent et de fixer à unniveau élevé
les prix de produits industriels. Le renforcement des organisations paysannes et
l'accroissement de leur pouvoir de négociation « bargaining power » constituent des
conditions sine qua non pour défendre les intérêts de petits agriculteurs, d'améliorer
conditions de travail et de renverser la tendance des termes de l'échange souvent en leur
défaveur.
Les organisations paysannes jouent plusieurs rôles que l'on peut regrouper
en trois fonctions fondamentales, à savoir : tribune d'expression, représentation et liaison,
enfin, prise en charge des activités collectives et de prestations de services. [VAN DE
SAND, 200.0]
6.2.2.1. Le rôle de tribune d'expression
Les organisations paysannes fonctionnant sous la forme de Initiatives
locales de développement (ILD), Comités locaux de développement (CLD), Groupements
de paysans, Associations paysannes, Coopératives de production ou de
commercialisation, etc. fournissent aux agriculteurs un cadre propice aux 'débats sur leurs
' préoccupations individuelles ou collectives. Dans les collectivités locales, nombre de
problèmes se posent mais ne peuvent être résolus que si une discussion franche s'organise
et si, de manière collective, les membres s'engagent à conjuguer ensemble leurs efforts
pour venir à bout même partiellement de ces problèmes. A titre illustratif, on pourrait citer
l'état des pistes rurales, des institutions scolaires et sanitaires, les maladies qui détruisent
les cultures ou les récoltes, la présence des prédateurs, l'introduction des innovations
technologiques (engrais, pesticides, nouvelles techniques culturales).
6.2.2.2. Le rôle de représentation et la liaison
Les organisations paysannes ont la mission de représenter les membres et
servent de relais de communication avec l'extérieur (Autorités, industriels, intermédiaires
commerciaux). A ce titre, elles jouent le rôle de porte-parole. Très souvent, elles sont les
interlocuteurs privilégiés des organisations financières internationales et des organismes
gouvernementaux lors de la conception, la formulation et la mise en œuvre des projets
d'investissement. Les organisations ou associations paysannes constituent de sources
précieuses d'information pour toutes les structures régionales, nationales ou
internationales de développement s'intéressant à la promotion du monde rural.
81
6.2.2.3. Le rôle de prise en charge des activités collectives et de prestations de services en
faveur de leurs membres
Les organisations paysannes bien structurées sont capables de mobiliser des
ressources humaines, financières et matérielles pour la réalisation des projets de
développement agricole et rural. Collectant de l'épargne, elles sont en mesure de fournir
du micro crédit aux paysans demandeurs.
Elles peuvent également entreprendre des activités de génie civil pour la
construction ou la maintenance des routes locales et des infrastructures hydro-agricoles
pour l'irrigation.
6.2.3. Les coopératives agricoles
La coopérative est une forme avancée d'organisation ou association
paysanne. La coopération est un système de pacte social entre des personnes qui visent
une activité économique ou de service, qui sont engagées solidairement, conviennent d'un
mode d'administration du groupe et de distribution de la valeur ajoutée. La coopérative
est tout à la fois une entreprise et une organisation professionnelle. Une société
coopérative peut être définie comme « un contrat par lequel des agriculteurs, et
éventuellement des organisations agricoles, ayant décidé de mettre en commun tout
ou partie de leur activité professionnelle dans le but de faciliter, d'encourager et
d'améliorer le rendement technique et économique de leurs exploitations, créent à
cet effet entre eux un être moral collectif qui sera leur mandataire gratuit pour la
réalisation de cet objet. »
La coopérative agricole est une entreprise qui ne poursuit pas le profit. Les
associés ou coopérateurs sont les utilisateurs des services de l'entreprise, service dont le
prix est censé ne pas inclure de marge bénéficiaire. Dans les pays où la coopération
agricole est très développée et mieux structurée, de l'objet des coopératives peut découler
la classification suivante ;
1. les coopératives de production, transformation, conservation et vente des
produits agricoles dont l'objet est de commercialiser les produits des membres soit à l'état
brut, soit après leur avoir donné une transformation ;
2. les coopératives d'approvisionnement qui achètent pour le compte de
leurs membres des produits ou matériels pour leurs exploitations : semences, engrais,
pesticides, machines, outillage agricole, aliments pour bétail, etc. ;
3. les coopératives de services qui ont pour mission de fournir à leurs
membres divers services autres que la commercialisation ou l'approvisionnement
(utilisation en commun du matériel agricole, insémination artificielle, etc.).
En RDC, les coopératives sont régies par le décret de 1949 amendé et enrichi en 1956 (24
mars). Bien que dépassé, la loi de 1956 offrait encore trois avantages, à savoir :
82
1. le système d'agrément décentralisé (gouverneur de province) ;
2. la souplesse du texte pour la rédaction des statuts d'une coopérative
particulière ;
3. la possibilité de constituer des pré-coopératives.
A l'heure actuelle, les problèmes posés aux coopératives congolaises
sont les suivants :
• l'inexistence d'une 1oi adaptée au contexte du moment. Un projet de
loi coopérative a été initié depuis 1985, mais n'a pas pu aboutir pour plusieurs raisons
dont notamment la lenteur administrative au niveau de l'organe exécutif de l'Etat. Ce te
lacune ne sera comblée que lorsque le pays sera doté des institutions nationales reconnues
et légitimes ;
• la carence d'organisation et l'insuffisance de formation à la gestion.
C'est la contrainte la plus importante depuis l'indépendance. La coopérative reste une
entreprise difficile à gérer. Les services d'animation devraient commencer par inciter les
agriculteurs à démarrer avec des associations paysannes pour un premier apprentissage,
avant de passer au stade de la pré-coopérative. Pour y arriver, un accent particulier doit être
placé sur l'éducation, la formation et l'information. La formation concerne aussi bien les
coopérateurs que les gestionnaires de la coopérative. Au Ministère ayant le Développement
rural dans ses attributions, cette tâche revient au Service National des Coopératives et des
Organisations paysannes (SENACOOP). La mise en place d'une coopérative proprement
dite doit être considérée comme l'étape ultime, autrement dit l'étape de maturité.
6.3. Politique agricole : rôle des pouvoirs publics
Une politique agricole n'est qu'une facette et sans doute la plus ancienne de
la politique économique des pouvoirs publics. Elle peut être définie comme l'ensemble de
décisions ou mesures cohérentes et systématiques prises par un gouvernement visant à
promouvoir le développement de l'agriculture, de manière à lui faire jouer son rôle
historique décrit dans le précédent chapitre. Quel rôle les pouvoirs publics doivent-ils
jouer pour favoriser la croissance du secteur agricole et du revenu des agriculteurs ? Quels
types de politiques et stratégies, les pouvoirs publics doivent-ils concevoir et mettre en
œuvre pour atteindre les objectifs de croissance de la production et des revenus ? Quelles
dispositions prendre pour améliorer la productivité voire la rentabilité des exploitations
agricoles ? Cette troisième section tentera de répondre à ces préoccupations.
6.3.1. Le rôle de l'administration
Une politique agricole ne peut être exécutée avec beaucoup de succès que
si un certain nombre de préliminaires sont réunis. Il s'agit, en plus des aspects de
l'éducation, de la formation et de la recherche déjà abordés ci-dessus, de la volonté
politique des dirigeants, de la stabilité des institutions et de la mise au point d'une
organisation institutionnelle efficace.
83
6.3.1.1. La volonté politique des dirigeants
Elle doit être traduite dans les faits par des mesures concrètes ayant un
impact sur la production.et sur le niveau de revenu des populations agricoles. Etant donné
que l'agriculture est une activité non seulement coûteuse, mais à rentabilité différée, la
plupart des gouvernements préfèrent accorder leur priorité à, des" secteurs à rentabilité
immédiate, comme l'exploitation minière, l'exploitation forestière, l'industrie
manufacturière ou les bâtiments. Accorder de l'intérêt à l'agriculture implique
l'adoption des stratégies conséquentes et l'affectation des ressources substantielles à
l'amélioration des infrastructures socio-économiques rurales, servant d'appui à 1a
production et à la commercialisation des produits agricoles.
6.3.1.2. La stabilité des institutions politiques
Tant que cette condition fait défaut, il n'est pas possible de concevoir et de
mettre en œuvre un programme de développement agricole, encore moins de mesurer son
efficacité qui nécessite un minimum de cinq ans. Une décision prise au niveau du
Ministère requiert la contribution de plusieurs personnes à différents paliers pour son
exécution optimale. II faut du temps à un ministre pour concevoir un programme agricole,
le formuler, le mettre en œuvre, l'évaluer afin de rectifier, si nécessaire, la trajectoire.
6.3.1.3. La mise en place d'une administration de développement
Le pays doit être doté d'une bonne administration, spécialement au niveau
des institutions locales et provinciales. Ceci implique d'une part des administrateurs
polyvalents, bien formés et régulièrement recyclés et, d'autre part, des cadres et agents
chargés de la vulgarisation et de l'animation à la fois compétents, équipés et motivés. La
territoriale doit devenir un véritable catalyseur de développement en milieu rural, d'où
l'extrême nécessité de bien former ses animateurs. En plus des diplômes universitaires,
les candidats à ia territoriale doivent subir une formation spécialisée qui les prépare à
assumer les tâches de développement qui les attend. La grille de formation doit utilement
prévoir un vaste programme de management comprenant des notions de : Droit
administratif, public, privé et coutumier ; Economie rurale et Agronomie ; Santé publique
; Maintenance des ponts et chaussées ; Conception et évaluation des projets de
développement ; Législation et réglementation relatives à l'agriculture, l'élevage, la pêche
et la forêt ; Habitat et hydraulique en milieu rural, Organisations paysannes et
organisations non gouvernementales » etc.
Il ne suffit pas d'investir des ressources immenses pour former ce personnel
polyvalent, faut-il encore l'affecter réellement en milieu rural.
L'affectation en province ne doit pas être considérée comme une sanction disciplinaire à
l'égard des récalcitrants, des tièdes ou encore des mal-aimés.
Autant, l'arrière-pays avait bénéficié d'un encadrement intense à l'époque du Congo belge,
autant la sous-administration a été la règle après l'indépendance. Le capital congolais doit
84
être désengorgé à l'effet de renforcer l'encadrement administratif en milieu rural. Mais
pour y parvenir :
1. une bonne, politique de décentralisation impliquant un réel découpage desentités
doit être initiée afin de rapprocher les administrés des dirigeants ;
2. un personnel polyvalent affecté dans l'arrière-pays suffisamment équipé, motivé et
suivi, périodiquement évalué.
6.3.2. Esquisse d'une politique agricole
Quelle politique de prix adopter pour stimuler les producteurs et accroître
leurs revenus, sans pour autant provoquer une hausse des prix -susceptible de
compromettre la sécurité alimentaire dans les centres urbainset le fonctionnement de
l'industrie de transformation ? Quel ajustement conviendrait-il de réaliser pour que les
transferts de main d'œuvre vers d'autres secteurs ne donnent pas lieu à terme à une
régression de l'activité agricole, à l'atrophie du secteur industriel et aux difficultés
d'approvisionnement des populations urbaines en produits .alimentaires ? Est-il facile de
procéder à une réforme agraire à l'effet de mieux assurer la redistribution des terres, en
particulier au profit des agriculteurs les plus vulnérables ? Que faire pour maintenir un
certain équilibre entre l'expansion des cultures vivrières et le développement des cultures
industrielles ? Voilà autant de questions parmi tant d'autres qui intéressent la politique
agricole.
6.3.2.1 , Stratégies de soutien des prix
Le prix est un puissant stimulant économique pour tout exploitant agricole.
En milieu rural, le paysan réagit effectivement à la variation des prix sur les marchés.
Selon que les prix sont incitatifs ou pas, les agriculteurs accroissent ou réduisent leurs
emblavures. Les pouvoirs publics .utilisent plusieurs techniques pour soutenir les prix des
produits agricoles : la fixation des prix minima, la libération des prix ou la stabilisation
des prix.
1. Les prix minima, fixés par une décision de l'Administration (niveau central ou
provincial), sont des prix planchers servant de référence pour toutes les transactions
relatives aux produits agricoles. Toutes les transactions doivent s'opérer à un niveau
au moins égal à celui des-prix minima.
3. La libération des prix, par contre, est une technique qui consiste à laisser les
agents économiques (agriculteurs y compris) fixer librement les prix de leurs
productions conformément à la-loi de l'offre et de la demande. Apparemment, le
libre jeu des mécanismes du marché devrait permettre à tous les agents
économiques de trouver leur compte. Concrètement, dans un système d'économie
de marché non réglementé, c'est le rapport de forces qui constitue l'élément
déterminant. Or, celui-ci ne peut qu'être en défaveur de l'agriculteur pour plusieurs
raisons.
85
4. Au Congo, c'est depuis septembre 1983 que le mécanisme de libération des prix fut
rendue effectif, à la faveur d'un accord conclu entre le gouvernement et les
institutions financières internationales issues de Bretton Woods mettant en œuvre
un Programme d'Ajustement Structurel.
5. La stabilisation des prix est un mécanisme mis en place pour les produits
d'exportation dont les prix se réfèrent à ceux du marché international. Dans ce cas,
les pouvoirs publics créent une institution publique appelée Caisse de stabilisation
dont le rôle est de stabiliser les prix payés aux producteurs, et partant leurs revenus.
Initiée pour empêcher que les paysans ne continuent à être victimes de l'exploitation
des intermédiaires commerciaux, la Caisse collecte des ressources importantes
provenant de la différence entre les prix à l'exportation et les prix aux producteurs.
Les ressources ainsi collectées sont soit placées soit investies dans le secteur
immobilier afin de générer des revenus qui servent à soutenir les prix intérieurs dès
qu'il y a fluctuation ou carrément baisse des cours sur les marchés internationaux.
Dans ce cas, le système de stabilisation implique la mise en œuvre des mécanismes
d'octroi de subventions.
6.3.2.2. Stratégies destinées à l'amélioration des performances des exploitations
Trois groupes de stratégies peuvent être envisagés par les pouvoirs publics :
les stratégies directes en faveur de l'agriculture, celles visant l'amélioration de la
production à moyen.et long terme et celles destinées à la facilitation des échanges et à
l'accroissement du pouvoir de marchandage des agriculteurs,
1. Mesures directes en faveur de l'agriculture
Elles peuvent concerner les prêts à court terme à taux d'intérêt bonifiés, les
subsides en faveur d'achats d'intrants divers (équipements, engrais pesticides, produits
vétérinaires, ...), les plafonds en matière de taux de fermage, la sous-imposition des
revenus agricoles. D'autres mesures intéressent la réglementation du taux de fermage ou
de métayage en faveur des agriculteurs non. propriétaires- des lopins de terre qu'ils
exploitent et la sous-imposition de\ revenusagricoles.
2°Mesures destinées à accroître les performances de l'agriculture
Elles, sont de plusieurs ordres : la mise en valeur des sols par le drainage,
l'irrigation et la lutte antiérosive ; l'octroi des crédits de développement, la réforme agraire
et le contrôle des importations alimentaires.
3°Mesures de facilitation des échanges et d'amélioration du pouvoir de marchandage des
agriculteurs
Les pouvoirs publics doivent enfin prévoir un faisceau de mesure
susceptibles de promouvoir et de développer, dans la perspective d'une si grande
croissance économique globale, les échanges entre les campagnes et les centres urbains
où sont implantées les unités de transformation et les centres de conditionnement pour les
86
marchés extérieurs. Pour ce faire, les stratégies à arrêter peuvent se focaliser autour des
infrastructures physiques de transport et de stockage, l'organisation des marchés ruraux
et l'encouragement des organisations paysannes dans l'optique d'une amélioration de leur
pouvoir de marchandage.
, Les travaux publics ruraux économisent les capitaux rares tout en faisant
un usage intensif du facteur relativement abondant, en l'occurrence le facteur travail. Ces
travaux à haute intensité de main-d'œuvre (HIMO) permettent de construire des .ouvrages
comme les digues, les terrasses, les routes de desserte par l'utilisation des équipements
légers comme bêche, pioche, hache, machette, brouette, etc. Il est vrai que ces travaux
n'ont pas d'impact immédiat et direct sur le niveau de la production, mais ils constituent
un puissant appui à tout programme de développement agricole et rural. Dans tous les
pays où ces travaux ont été privilégiés, les résultats se sont toujours passés de tout
commentaire. Ces travaux doivent se coupler avec un programme de réhabilitation de
routes d'intérêt régional et national afin de briser les goulots d'étranglement et de faciliter
une meilleure circulation des produits, laquelle a une incidence directe sur les coûts de
transport et la compétitivité des produits ruraux.
Outre les travaux publics, la politique agricole, en vue d’échanges et
développer la commercialisation, doit envisager une opération, impeccable de collecte
des produits. Celle-ci ne peut s'avérer efficace que si la structure des marchés ruraux
s'approche du modèle de concurrence parfaite. or, très souvent dans certaines zones de
production, la structure en vigueur semble plus proche des cas de monopole et d'oligopole
où la plus-value profite davantage aux intermédiaires commerciaux qu'aux producteurs
agricoles. Une bonne politique de commercialisation doit également privilégier la
création des infrastructures de stockage en milieu rural, car, très souvent les agriculteurs
sont victimes de pertes énormes de récoltes dues à des conditions médiocres de stockage
dans les villages, caractérisées par l'humidité, l'attaque des insectes et des rongeurs. En
vue d'améliorer les rapports de force en faveur des agriculteurs, les pouvoirs publics ou
les organisations' non gouvernementales peuvent, par la sensibilisation, la formation et
l'information, les aider à créer des organisations paysannes mieux loties pour négocier les
prix pratiqués sur les marchés ruraux.
6.3.3. Gestion des exploitations agricoles
Ce concept n'a encore aucune signification dans une agriculture
traditionnelle qui produit en priorité pour l'autoconsommation des membres de la famille.
Le producteur agricole des villages africains et congolais n'est que peu ou pas du tout
préoccupé par la rentabilité et le bénéfice; En économie de marché, on produit pour
vendre, mais, pour ce faire, il faut produire en tenant compte des normes techniques et de
celles de gestion.
Gérer une exploitation, c'est « la conduire simultanément au point de vue
technique, économique et social, dans une certaine direction, en réalisant un ensemble
coordonné et stable ». La combinaison technique de facteurs de production (fonction de
87
production) à laquelle procède l'exploitant agricole doit déboucher sur un résultat
économique et financier qui est non seulement un volume maximal de l'output, mais
davantage un profit maximum. Une bonne gestion doit faire appel aux règles-
élémentaires de la tenue d'une comptabilité agricole. - .
L'agriculteur moderne est censé connaître avec exactitude la
signification économique et financière de certains concepts utilisés couramment en
comptabilité, à savoir :
Le rendement ou le produit brut ;
Les charges ou les coûts de production ;
Les revenus.
Dans toute entreprise, et dans l'entreprise agricole en particulier, deux
données fondamentales caractérisent l'économie d'une exploitation agricole : la valeur de
la production totale (produit brut ou rendement brut) et les charges brutes (coûts de
production). C'est l'écart positif ou négatif entre ces deux grandeurs qui détermine le
revenu ou la perte de l'exploitant agricole.
5.3.3.1. Le rendement ou le produit brut
Le rendement brut ou le produit brut représente la valeur monétaire du
volume total de la production au cours d'une année. Il comprend les rendements bruts
partiels de diverses spéculations végétales, animales et autres services prestes pour les
tiers. Afin de valoriser les productions végétales et animales de l'exploitation, il faut
prendre en compte ;
1. Les ventes des produits végétaux et animaux. Pour ces derniers, deux cas
peuvent être envisagés: les ventes des animaux nés sur l'exploitation (recettes brutes) et
les ventes nettes d'animaux achetés et revendus après engraissement (recettes nettes) ;
2. Les prestations en nature (valeur des produits consommés par Je ménage
et éventuellement les ouvriers) ;
3. La variation d'inventaire. : procéder à l'inventaire, consiste à évaluer le
capital d'exploitation comprenant Je cheptel vif, le cheptel mort, les avances aux cultures,
les denrées en magasin, les créances et dettes, les disponibilités et les emprunts. La
variation d'inventaire est donc obtenue en faisant la différence entre l'inventaire de fin
d'exercice et l'inventaire de début d'exercice.
. En résumé, le rendement brut se calcule comme suit :
Ventes (produits végétaux et animaux) + autoconsommation + recettes
diverses (primes travaux pour tiers) +/- variation d'inventaire
6.3.3.2. Les charges ou coûts de production
Pour produire, l'exploitant agricole acquiert des facteurs de production qui
ont un coût. On distingue des charges réelles et les charges calculées.
88
Les charges réelles (frais externes) correspondent aux dépenses
effectives effectuées pour mettre à disposition le produit au cours d'une campagne
agricole. Elles comprennent :
1. Les approvisionnements ; engrais, amendements, semences, plants,
carburants, lubrifiants, pièces de rechange, etc. ;
2. Les salaires : en numéraires et en nature ainsi que les charges sociales ;
3. Les frais généraux ; cotisations, électricité, téléphone, fax, Internet ;
4. Les entretiens et réparations : des constructions, des terres, des
plantations, du matériel, etc. ;
5. Les amortissements.
Quant aux charges calculées (frais internes), elles comprennent la
rémunération des capitaux et du travail familial. Il s'agit de :
a) Rémunérations des capitaux : valeur locative, par exemple ;
b) Rémunération du travail familial : salaires payés aux membres de famille
;
c) Rémunération du travail de l'exploitant : indemnités de directeur ou
d'administrateur.
La sommation des charges réelles et des charges calculées donne les
charges globales ou le coût de production de l'exploitation.
6.3.3.3. Les revenus
On distingue, en effet ; le revenu agricole, le revenu réel de l'exploitant et le
revenu net ou le profit.
Le revenu agricole représente la différence-entre-le" rendement brut (valeur
de l'output) et les charges réelles de production. Il 'exprime la rémunération de l'exploitant
et de sa famille pour leur travail et "les capitaux investis.
Le revenu réel de l'exploitant correspond au revenu agricole diminué de la
valeur locative et du salaire fictif de la famille. C'est la rémunération effective du travail
(manuel, direction) et du capital personnel de l'exploitant.
Le revenu net ou profit est égal au rendement brut moins les charges
globales ou encore au revenu agricole moins les charges calculées.
REVENU NET = REVENU AGRICOLE - CHARGES CALCULEES
89
II convient d'indiquer que tous les éléments ci-dessus évoqués permettent
d'établir le compte d'exploitation générale de l'exploitation agricole qui fournit les
résultats financiers pouvant être excédentaires (boni), déficitaires (mali) ou en équilibre
financier.
6,4. Développement rural
On ne peut définir le développement rural sans être fixé sur le concept de
développement agricole.
6.4.1. Développement agricole
L'agriculture étant l’une des activités du monde rural, le développement
agricole a pour objectif d'améliorer les structures agricoles, la productivité et les revenus
des ménages agricoles. En réalité, le concept qui conviendrait davantage dans ce contexte.
Serait celui de la croissance agricole, car il s'agit spécialement de l'augmentation des
quantités produites qui peuvent résulter d'une extension des superficies cultivées ou d'une
amélioration de la productivité. Il va de sol que pour les agriculteurs, un accroissement
de la productivité agricole devrait se traduire par une augmentation des revenus, dans
l'hypothèse naturellement d'une agriculture marchande. Dans les chapitres et sections qui
précèdent, nous avons évoqué abondamment la problématique de la croissance en
agriculture ou de développement agricole. Que dire du développement rural ?
6.4.2. Développement rural
Le développement rural dépasse largement le cadre de l'activité agricole. Il
couvre la promotion des activités non agricoles, l'amélioration (des infrastructures rurales
et des installations communautaires ainsi que le renforcement des organisations et
institutions rurales. Il vise l'amélioration de l'environnement rural dans son ensemble et,
par conséquent, les conditions d'existence de la population. Pour que le secteur agricole
soit réellement productif, performant et joue pleinement son rôle dans le processus de
croissance économique et de développement d'une nation, ce sont ces différents facteurs
qui doivent enregistrer une amélioration.
La FAO a mis au point un ensemble d'indicateurs socio-économiques
permettant d'évaluer l'état d'avancement d'.un programme de développement rural dans
un pays.
Il s'agit-de la pauvreté rurale, de la nutrition, de la santé, de l'enseignement,
de l'habitat, des services publics, de la productivité et des revenus, -de la production1
agricole -et vivrière, -.des ressources publiques destinées au monde rural. Ces indicateurs
se- regroupent dans les six principaux
, domaines d'intérêt du développement rural qui sont :
6.4.2.1. Lutte contre la pauvreté ,
Dans ce cadre, les indicateurs sont les suivants :
90
1. Revenu/consommation : il s'agit de calculer le pourcentage de
la population rurale appartenant à des ménages à revenu inférieur au seuil de pauvreté ;
2 Nutrition : proportion de la population sous-alimentée et proportion des
enfants de 1 à 5 ans souffrant de la malnutrition protéino-énergétique(MPE), ce qui
provoque en eux une croissance physique insuffisante, retard du développement mental
et une grande vulnérabilité aux infections ;
3. Santé : la proportion de !a population rurale ayant au moins un médecin
ou à tout le moins un auxiliaire médical ; le taux de mortalité infantile et juvénile ;
4. Education : le taux de scolarisation des enfants, le taux de déperdition
scolaire et la proportion des adultes alphabétisés ;
5. Logement : la proportion des ménages ruraux ayant un logement en dur
ounon, le pourcentage de logements équipés en eau courante, en électricité et en
installations sanitaires ;
6. Accès aux services communautaires : la proportion des ménages ruraux
ayant accès à l'eau potable, aux services de santé, aux écoles primaires, à d'autres services
sociaux.
6.4.2.2. Accès à la terre, à l'eau et aux autres ressources naturelles
II s'agit ici de déterminer le nombre d'exploitations agricoles (superficie)
selon le régime foncier, la proportion des ménages ruraux sans terre, le salaire moyen des
travailleurs agricoles, le volume de chômage et de sous-emploi, la proportion des
travailleurs agricoles sans terre.
6.4.2.3. Accès aux intrants, aux marchés et aux services publics
Proportion des ménages ruraux qui bénéficient d'un crédit octroyé par une
institution spécialisée.
6.4.2.4. Développement des activités rurales non agricoles
Proportion de la population active exerçant en milieu rural des activités non
agricoles.
6.4.2.5. Education, formation et vulgarisation
Nombre de vulgarisateurs ruraux pour 1000 exploitations. Il convient de
noter que dans les conditions de l'agriculture congolaise, la norme est de 1 vulgarisateur
pour 300 agriculteurs, donc entre 3 à 4 vulgarisateurs pour 1000 ménages agricoles. -. .
Un autre indicateur important serait d'évaluer le niveau de participation
populaire, et en particulier, la participation des femmes.
91
6.4.2.6. Croissance
Trois indicateurs peuvent être calculés dans ce cadre :
1. Agriculture : le PIB agricole par habitant et l'importance des superficies
cultivées par habitant (population totale et population agricole) et par
rapport à l'ensemble de terres arables ;
2. Population : le taux annuel de croissance démographique (reproduction
naturelle et migration).
On n'est pas nécessairement tenu de calculer tous ces indicateurs pour se
prononcer sur l'état du développement rural dans un pays. Quelques-uns de ces indicateurs
peuvent largement suffire pour se faire une Idée et permettre d'élaborer une ou des
politiques appropriées. En parlant du développement rural, tes spécialistes réunis à Tanger
en 1977 considèrent qu'il peut être qualifié d'intégré lorsqu'il s'agit «d'une stratégie par
laquelle une série d'actions, régulières et progressives, amorcées et soutenues par une
volonté politique apporte des changements quantitatifs au sein d'une population rurale et
avec sa participation consciente et active, en vue de répondre à des besoins essentiels,
d'améliorer son bien-être et d'engendrer un processus autonome de développement ».
6.4.3. Développement durable
Nouveau concept introduit dans le vocabulaire, le développement durable a.
pris ses lettres de noblesse depuis la conférence de RIO en 1992. Il ne suffit plus
seulement d'avoir un taux de croissance annuel de 5 % du PNB pour rattraper les pays
dits « développés ». Le développement n'est plus uniquement une affaire essentiellement
économique. Désormais, le développement, pour être durable, doit couvrir trois
dimensions d'importance égale : économique, écologique et sociale.
Biosphère : durabilité écologique
Société : développement social
DD
D.D. : Développement Durable
Production développement économique
Comme nous le montre ce schéma emprunté à Dietrich BURGER (1998),
92
on ne peut accéder au développement durable que s'il y a association de la durabilité
écologique, du développement économique et du développement social. En effet, c'est
depuis plusieurs décennies que l'on aborde, dans les rencontres internationales, des
questions d'environnement en essayant de démontrer que l'exploitation anarchique des
ressources naturelles pouvait freiné voire compromettre la croissance économique. Il
fallait donc régler cette dichotomie en optant soit pour l'environnement soit pour le
développement. D'autre part, depuis longtemps, on a insisté sur la régénération des
ressources renouvelables, notamment sur la mise en place des forêts aménagées.
La chute du mur de Berlin, en décembre 1989, a permis l'émergence d'un
nouveau débat sur les conditions politiques et sociales du développement. Depuis, les
institutions internationales ne ratent aucune occasion pour dénoncer la mauvaise
gouvernance et insister sur la sécurité politique et collective. en plus en pins, on a pris
l'habitude d'établir une corrélation positive entre la mise en place des institutions
démocratique, le respect des droits fondamentaux de l'homme (développement social) et
la promotion d'un développement économique. Voilà qui explique que dans le rapport
Brundtland, préparatoire à la Conférence de RIO, le développement durable est défini
comme « un développement permettant de répondre aux besoins actuels sans
compromettre l'aptitude des générations future à répondre à leurs propres besoins
». [BURGER, 1998] plus concrètement, il est de notre devoir d'utiliser les ressources du
pays pour assurer notre bien-être, mais, nous devons avoir présent à l'esprit les droits tout
aussi fondamentaux des générations futures sur ces ressources.
Avenir
Environnement société économie
Passé
Le développement durable apparaît comme une recherche permanente et
continue d'un équilibre à plusieurs dimensions, comme on a pu le voir sur la figure ci-
dessus. De plus en plus, tous les projets d'investissement en milieu rural doivent être
conçus de manière à minimiser leur impact néfaste ou nuisible sur l'environnement. Il faut
aussi former les paysans à la nécessité de protéger l'environnement dans lequel ils vivent
et qu'ils sont obligés de sauvegarder pour les générations futures. Les programmes de
formation et de participation populaire doivent être considérés comme la pierre angulaire
93
de l'agriculture et du développement rural durables. Mais, il faut aussi renforcer les
institutions nationales et rurales par des réformes structurelles conséquentes et par des
mesures législatives et réglementaires adéquates.
6.4.4. La pauvreté en milieu rural congolais
6.4.4.1. Les fléaux nutritionnels
La stagnation de la production vivrière imputable entre autres à la faiblesse
de la productivité agricole, l'insuffisance des revenus agricoles et la réduction sensible de
diverses ressources de la biodiversité ont induit dans la société congolaise de fléaux
nutritionnels tels que la malnutrition protéine-énergétique et les anémies nutritionnelles.
On constate en effet une forte prévalence de la malnutrition chronique davantage en
milieu rural que dans les centres urbains. A ce propos, alors que dans les villes, la
fréquence de cas sévères s'élève à 12 % de ménages, cette proportion atteint 29 % de
ménages ruraux. Ceci s'explique notamment par le caractère déséquilibré du régime
alimentaire de la population, composé essentiellement des féculents et des légumes. Par
conséquent, de 2100 calories en 1987-89, la ration alimentaire moyenne du congolais ne
lui procurait plus que 1829,79 calories et 29,711 grammes de protéines par jour en 1995.
La situation est plus dramatique encore pour les couches les plus
vulnérables de la population rurale, en particulier les femmes enceintes ou allaitantes et
les enfants de moins de cinq ans. Pour ces derniers, on remarque une forte dégradation
des conditions d'existence ces quinze dernières années.
De 137 % en 1984, le taux de mortalité infantile est estimé à 148 %o en 1995.
Ce taux moyen cache l'ampleur du mal en milieu rural où il atteint 161 %o contre
seulement 101 en milieu urbain.
Tableau 1 : Taux de mortalité infantile (en %o)
Indicateurs 1984 1995
Congo Urbain Rural
Mortalité infantile 137 48 101 161
Mortalité infanto- 213 20 46 241
juvénile
Source : - INS, Zaïre : un aperçu démographique, Kinshasa, 19-91, p.20 -
Ministère du Plan, ENSEF, op. cit., p.55
Une variation du taux de mortalité constituant une source directe pour
94
estimer l'espérance de vie à la naissance, les données disponibles permettent justement de
conclure qu'au Congo, l'espérance de vie à la naissance diminue incontestablement.
Tableau 2 : Espérance de vie à la naissance (ans)
956 975 980 985 1995
Congo urbain Rural
Espérance de vie 37,6 45,7 47,8 49,6 45,4 53,6 43,1
Source : BOUTE, J. et de SAINT MOULIN, L., Perspectives
démographiques régionales 1975-1985, Kinshasa, Département du Plan, 1980, pp 9-10 et
Ministère du Pian, ENSEF, op. cit., p. 55
Cette évolution plutôt négative démontre à quel point la pauvreté a atteint
aujourd'hui un seuil hautement critique qui nécessite des mesures draconiennes pour
renverser la tendance. D'abord, l'espérance de vie à la naissance qui s'est progressivement
améliorée de 1956 à 1985 retombe à 45,4 en 1995, donc à un niveau inférieur à celui de
1975, avec un écart significatif entre le rural et l'urbain. Ensuite, l'indice des risques pour
les enfants (IRE) apparaît comme l'un des plus élevés du monde, soit 76. Il n'est devancé
que par six pays dont le Sierra Leone (95) et l'Angola (96) connus comme évoluant dans
un environnement hostile à l'épanouissement intégral des enfants1.
auxquels sont exposés les enfants jusqu'à l'âge de 18 ans. Cetindice est un
6.4.4.2. Les problèmes de santé publique
Depuis près d'une décennie, en effet, les institutions de santé1 situées dans
l’arrière-pays n'ont reçu' ni subsides de fonctionnement, ni produits pharmaceutiques, nj
nouveaux équipements. Tous les efforts fournis pendant la décennie 1980 pour déployer
les zones et centres de santé afin de dispenser des soins de santé primaires à la majorité
de la population rurale ont totalement été annihilés.
Il y a pire ! Les endémies naguère maîtrisées et pour la plupart éradiquées,
comme le paludisme, les maladies transmissibles de l'enfance, la trypanosomiase, les
troubles dus à la carence en iode, la lèpre, l'onchocercose, les maladies sexuellement
transmissibles..., ont resurgi avec force faisant de milliers de victimes au sein d'une
population rurale sans défense. Le cas du VIH/SIDA mérite attention. Du fait de la
guerre, en effet, les conséquences prévisibles à moyen et long termes sur le niveau de la
1
L'IRE est en fait un nouvel indicateur de la pauvreté que vient de lancer l'UNICEF pour tenter de quantifier les risques
95
production agricole et les revenus doivent faire l'objet des préoccupations tant des
politiques, des scientifiques que de la communauté internationale.
6.4.4.3. L'éducation des adultes
Puissant moyen d'instruction de la population rurale essentiellement adulte,
l'éducation formelle et informelle est un indicateur susceptible de mesurer le progrès
réalisé par les agriculteurs dans le cheminement de la lutte contre le sous- développement.
Le phénomène d'analphabétisme a été appréhendé à travers l'enquête déjà citée où il
ressort que le taux d'analphabétisme se situait, en 1995, à 17,5 % pour les hommes el 46
% pour les femmes, et que, s'agissant particulièrement, du milieu rural, le taux féminin
atteignait 60 % contre seulement 13 % en milieu urbain. Concernant l'année 1995,
d'énormes disparités apparaissaient au niveau des provinces où l'on observe des taux
supérieurs à la moyenne, notamment à l'Equateur, au Kivu et dans la Province Orientale.
Tableau 3 : Evolution du taux net de scolarisation
1987/79 1987/88 1994/95
Congo Urbain Rural
GARÇONS 86,5 66,4 62,4 77,1 57.0
FILLES 57,8 51,1 54,6 76,5 45,7
TOTAL 71,8 58,7 58,5 76,8 51.5
Source : Ministère du Plan, ENSEF, op.cit.
L’exploitation des matières précieuses figure parmi les causes probables de la
réduction du taux des scolarisations en milieu rural, car exerçant un pouvoir réel de
séduction sur les enseignants et les jeunes garçons.
6.4.4.4. Le logement
La situation du logement dans l’ensemble du pays n’est pas brillante. La promiscuité
étant devenue la règle d’or, 60% des personnes touchés par l’enquête déjà citée évoluent
dans des logements peu spacieux ne comportant que deux chambres à coucher maximum.
Dans les campagnes, les techniques de construction des habitations sont à ce point
rudimentaires que :
1) Le pavement de la presque totalité des maisons est en terre battue ou en sol nu ; 2)
Les toitures sont couvertes à 90%de pailles.
Si le Congo est bien irrigué en fleuve, rivières et autres cours d’eau,
l’approvisionnement en eau potable n’est pas toujours une sinécure. En milieu rural,
en effet, il se révèle que 75% des ménages dépendent des étangs, ruisseaux, rivières,
fleuve ou encore puits et sources non aménagées pour leur approvisionnement.
Inutile de dire que l’électricité est un luxe qui semble loin d’être à la portée des
ménages ruraux.
96
Section 4: la planification du secteur rural dans l'économie nationale
Nous pouvons définir la planification avec Jacques SIMON,
comme une science tendant à l'établissement des programmes économiques comportant
l'indication des objectifs, des étapes du financement et des prévisions relatives à leur
réalisation.
Pour développer l'industrie, un pays qui veut réussir pareil défi
devrait mener des actions similaires vis-à-vis de la campagne. Car les produits industriels
trouvent des débouchés à la campagne. Rehausser le niveau du revenu du paysan,
permettrait l'intégration du secteur primaire dans l'économie nationale.
Planifier, le secteur rural de l'économie revient à fixer un
ensemble des objectifs à atteindre ipso foutu et à insérer cet ensemble des objectifs dans
l'économie nationale.
Un plan Directeur du développement Agricole et Rural
comprendrait dès lors :
Des objectifs globaux ;
Des objectifs stratégiques ; Des objectifs
opérationnels ; Des actions à mener.
Plan Directeur du Développement Agricole & Rural
Objectifs Globaux
Objectifs Stratégiques
Objectifs Opérationnels
Actions à mener
Exemple stylisé : La RDC
1. Objectifs Globaux : Autosuffisance Alimentaire
97
Cet objectif signifie que la RDC doit produire et en quantité
plus que suffisante tout ce qu'elle doit consommer. C'est en effet, un programme
d'import substitution visant à remplacer les produits importés par la production
locale.
2. Objectifs Stratégiques :
Il sera question pour la RDC, de C'est
l'angle combler le déficit en denrées servant de base à
d'attaque, le plus court l'alimentation humaine : Riz, Maïs, Manioc, chemin vers le but à
atteindre. Blé, Sucre, Viande, J Poisson, Lait ...
Une bonne stratégie doit-être L'objectif
chiffrée. Sa réussite dépend global se subdivisera en programme des outils.
spécifique pour combler le déficit là où elle existe. Il faudra déterminer les indicateurs,
par des statistiques existants, pour V faire des projections.
La stratégie est une ligne d'actions, articulées entr'elles
d'une manière cohérente et performante, pour atteindre un objectif soigneusement défini
et ciblé grâce à des atouts déterminés.
Pour combler le déficit en « Maïs » par
3. Objectifs Opérationnels exemple, les objectifs opérationnels
consisteront à :
II s'agit ici des secteurs - Renforcer la recherche agronomique ;
d'intervention, - Renforcer la vulgarisation ;
d'exaction, de s'agit donc - Regroupementtraitement. des en
des « outils ». coopérativesIl de production ;
- Améliorer l'infrastructure de transport
;
- Créer le système de crédit ;
- Créer de dispositif de stockage.
Il est donc question ici de déterminer les ressources
disponibles et de hiérarchiser le mode opératoire par propriété. La suite des
opérations devrait se faire de manière à ce que les différentes opérations
s'emboîtent les unes des autres. Il s'agit de déterminer qu'elle opération vient
avant l'autre.
4. Actions à mener
Suppons que ça soit la recherche agronomique qui pourrait déclencher le processus
qui nous conduirait à l'auto-suffisance alimentaire sur le plan de tel ou tel autre
produit.
98
Que faire il s’agit ici de l’application de la stratégie
Formation des chercheurs &recyclage
Réhabilitation infrastructures existantes : laboratoires, équipements
divers ;
Rémunération (motivation) des chercheurs.
La performance et l'efficience des actions à mener dans le
cadre des objectifs arrêtés dans un plan Directeur de développement dépendent
des procédés opérationnels.
CONCLUSION GENERALE
Cette Unité d’Enseignement « Economie Rurale » a été structurée en six
chapitres qui ont traité successivement :
de l'objet de l'économie rurale et de la définition des concepts. S'agissant
des concepts, nous avons appris avec précision ce que c'était le terroir
foncier, l'espace rural, les notions d'autosubsistance et d'autoconsommation
le mode de production, la population agricole, les notions d'emploi en
agriculture, de ménage et d'exploitant agricole, d'exploitation agricole, de
la taille de l'exploitation et du revenu agricole
;
des caractéristiques du monde rural avec l'étude des facteurs naturels qui
influent sur le volume de production agricole (facteurs climatiques, facteurs
de la fertilité des sols, fertilisation des sols, travail du sol, assainissement,
drainage et irrigation). Ce second chapitre nous a permis de connaître les
sociétés traditionnelles et leur processus de mutation, les principaux modes
de production ainsi que les systèmes de production agricole ;
de l'étude de l’agriculture, en tant qu’activité dominante du monde rural, au
cours de laquelle nous avons maîtrisé les facteurs de production
(combinaison, dotation et caractéristiques des exploitations agricoles), le
rôle de l'investissement dans la croissance agricole ainsi que la relation
entre l’agriculture et l'aménagement de l'espace rural ;
du rôle historique de l'agriculture dans la croissance économique, à travers
la contribution de l’agriculture à la croissance économique globale
(transfert des ressources, production des réserves de change, contribution à
l'industrialisation), le financement de l'agriculture, la commercialisation
des produits agricoles, la transformation, le conditionnement et la
distribution des produits agricoles ;
99
des pistes pour la modernisation du monde rural congolais, grâce aux
différentes stratégies relatives à la transformation des structures de
production, à la vulgarisation et aux organisations paysannes, à la politique
agricole ainsi qu'au rôle des activités rurales non agricoles ;
Si grâce à l'ensemble de ces notions et matériaux, les étudiants
finalistes de « Licence en Sciences Economiques » ont saisi l'objet de cette UE et
surtout la problématique du développement de l'agriculture et du monde rural,
alors l'objectif poursuivi au stade actuel peut être considéré comme atteint.
100
BIBLIOGRAPHIQUE
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2. BOUSSARD, J.M, Economie de l’agriculture Paris, Economica, 1987 ;
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6. DRACHOUSSOFF, V. et al. Le développement rural en Afrique centrale
1908-1960/62 : Synthèse et Réflexions, vol T et H, Bruxelles, Fondation Roi
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utiliser pour le suivi et l'évaluation de la réforme agraire et du développement
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8. FAQ, La réalisation des recensements et des enquêtes agricoles,
Rome, 1997 ;
9. FAO/FNUAP, La collecte des statistiques sur la population et
l’emploi en, Rome, 1 979.
101