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Ce mémoire analyse le mécanisme de prévention, de gestion et de règlement des conflits au sein de la CEDEAO, en évaluant son efficacité et ses limites dans un contexte d'instabilité en Afrique de l'Ouest. Il aborde les défis structurels et contextuels auxquels l'organisation fait face, ainsi que des pistes d'optimisation pour améliorer ses interventions. L'étude vise à renforcer la stabilité régionale et à éclairer les décideurs sur les stratégies à adopter face aux crises récurrentes.

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Ce mémoire analyse le mécanisme de prévention, de gestion et de règlement des conflits au sein de la CEDEAO, en évaluant son efficacité et ses limites dans un contexte d'instabilité en Afrique de l'Ouest. Il aborde les défis structurels et contextuels auxquels l'organisation fait face, ainsi que des pistes d'optimisation pour améliorer ses interventions. L'étude vise à renforcer la stabilité régionale et à éclairer les décideurs sur les stratégies à adopter face aux crises récurrentes.

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République Tunisienne

Ministère de la Défense Nationale

Armée de Terre

Académie Militaire

Organe d’Enseignement et de Formation

Direction de l’Enseignement Universitaire

MEMOIRE DE PROJET
DE FIN D’ETUDES

LE MECANISME DE PREVENTION DE
GESTION ET DE REGLEMENT DES CONFLITS
AU SEIN DE LA CEDEAO

Réalisé par :

Slt Isaac Elacet Gnamien Gonzague

Spécialité :

Sciences juridiques et gestions

Promotion :
Tahar Sfar

Encadré par :

M. Wadi Ben AISSA


REMERCIEMENTS

Je rends tout d'abord grâce à Dieu, notre père, pour m'avoir accordé la santé, la force,
l’intelligence et la persévérance nécessaires à l'accomplissement de ce travail. Sa présence
tout au long de mon parcours fut extrêmement bénéfique.

Je tiens aussi à exprimer ma profonde gratitude à ma famille, dont le soutien indéfectible,


l'amour, les encouragements et les prières à mon égard ont été essentiels à ma réussite. À
mes amis et êtres chers, merci pour votre présence, et vos prières.

Je tiens aussi à remercier l'ensemble du corps professoral pour la qualité de leur


enseignement et leur disponibilité. Leurs connaissances et leur dévouement ont grandement
enrichi mon parcours.

Je suis également reconnaissant envers l'encadrement militaire pour son soutien et sa


rigueur, qui ont contribué à forger ma discipline et mon sens des responsabilités.

Je souhaite enfin adresser mes remerciements les plus sincères à mon encadrant de
mémoire, M. Ben Aissa, pour son accompagnement précieux, ses conseils avisés et sa
patience tout au long de ce projet. Son expertise et son engagement ont été déterminants dans
la réalisation de ce mémoire.

I
SOMMAIRE

Remerciements

Sommaire

Liste des acronymes

Introduction Générale

Première partie : Cadre institutionnel et opérationnel du mécanisme


Chapitre I : Cadre institutionnel du mécanisme
Chapitre II : Le cadre opérationnel et juridique du mécanisme
Deuxième Partie : Les limites et perspectives d’amélioration du mécanisme
Chapitre I : Les limites du mécanisme
Chapitre II : Les perspectives d’amélioration du mécanisme
Conclusion Générale
Bibliographie
Tables des matières

II
Liste des acronymes
ACOTA : African Contingency Operations Training and Assistance
AES : Alliance des États du Sahel
AFISMA : African-led International Support Mission to Mali
APSA : Architecture Africaine de Paix et de Sécurité
ASSN : African Security Sector Network
CBLT : Commission du Bassin du Lac Tchad
CDS : Commission de Défense et de Sécurité
CEDEAO : Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest
CEEAC : Communauté Economique des États de l'Afrique Centrale
CEN-SAD : Communauté des États sahélo-sahariens
CER : Communautés économiques régionales
CEWS : Continental Early Warning System
CIJ : Cour internationale de justice
CMS : Comité de Médiation et de Sécurité
CPCC : Cadre de Prévention des Conflits de la CEDEAO
CPLP : Communauté des Pays de Langue Portugaise
CPI : Cour Pénale Internationale
DCAF : Centre de Genève pour la gouvernance du secteur de la sécurité
DDR : Démobilisation Désarmement et Réintégration
ECOMIB : ECOWAS Mission in Guinee-Bissau
ECOMIG : ECOWAS Mission in The Gambia
ECOMOG : Economic Community of West African States Cease-fire Monitoring Group
ECOMIL : Ecowas Mission in Liberia
ECOWARN : ECOWAS Early Warning and Response Network
ECPF : ECOWAS Conflict Prevention Framework
ESF : ECOWAS Standby Force
FAA : Force Africaine en Attente
FAC : Force en Attente de la CEDEAO

III
FPU : Formed Police Units
IBID : au meme endroit
IGAD : Intergovernmental Authority on Development
MISMA : Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine
MICECI : Mission de la CEDEAO en Côte d’Ivoire
MINUL : Mission des Nations unies au Liberia
NEPAD : New Patenership for Africa's Development
NEWS : National Early Warning System
ONG : Organisation Non Gouvernementale
ONU : Organisation des Nations Unies
ONUCI : Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire
OP. CIT : Dans l’ouvrage cité
OUA : Organisation de l’Unité Africaine
PIB : Produit Intérieur Brut
RECAMP : Renforcement des Capacités Africaines de Maintien de la Paix
RSS : Réforme du Secteur de la Sécurité
RSSG : Réforme du Secteur de la Sécurité et de la Gouvernance
SHIRBRIG : Stand-by High Readiness Brigade
SADC : Southern African Development Community
UE : Union Européenne
UA : Union Africaine
UNOWA : United Nations Office for West Africa and the Sahel
WAPCCO : West African Police Chiefs Committee
WANEP : West Africa Network for Peacebuilding

IV
Introduction Générale

L’Afrique de l’Ouest, région riche de sa diversité culturelle et de ses ressources


naturelles, est aussi l’une des zones les plus instables au monde. Depuis les indépendances
dans les années 1960, les États de l’Afrique de l’Ouest ont été confrontés à des défis
multiformes : guerres civiles (Liberia, Sierra Leone, Côte d’Ivoire), coups d’État récurrents
(plus de 40 tentatives ou réussites depuis 1960), crises électorales violentes, et une montée
en puissance des groupes terroristes dans le Sahel (AQMI, Boko Haram, État islamique).
Ces crises, souvent interconnectées, ont non seulement entraîné des pertes humaines
massives et des déplacements forcés (14 millions de personnes déplacées dans la région en
2023 selon l’ONU)1, mais elles ont aussi fragilisé les institutions démocratiques et entravé
le développement socio-économique.
Dans ce paysage marqué par l’instabilité, la Communauté Economique des Etats de
l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a été créée en 1975 pour promouvoir l’intégration
économique, et a dû évoluer vers un rôle sécuritaire et politique central. Initialement conçue
pour harmoniser les politiques commerciales et monétaires, l’organisation a été contrainte
de réinventer son mandat face à l’urgence des conflits des années 1990. Le Protocole de
1999 relatif au mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien
de la paix et de la sécurité2 a marqué un tournant, transformant la CEDEAO en acteur clé
de la gouvernance sécuritaire régionale. Ce mécanisme, complété par des instruments
comme le Protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance (2001)3 et le
Système d’Alerte Précoce (ECOWARN)4, incarne une tentative ambitieuse de concilier
souveraineté nationale, intégration régionale et promotion de la démocratie.
Sur le plan historique, les années 1990 ont été un catalyseur pour la CEDEAO. La guerre
civile au Liberia (1989-2003), qui a fait près de 250 000 morts, a révélé l’incapacité des
Nations Unies et de l’Organisation de l’unité africaine (OUA, ancêtre de l’Union africaine)
à répondre à l’attente de cette région de L’Afrique. La CEDEAO a alors pris l’initiative de
déployer sa première mission militaire, l’ECOMOG (Groupe de surveillance de la

1
https://www.vivafrik.com/2024/09/20/cote-divoire-le-hcr-apporte-des-precisions-sur-14-millions-de-
personnes-deplacees-de-force-en-afrique-de-louest-et-du-centre-a56982.html consulté le 05/01/2025 à 08:00
2
Protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et
de la sécurité. Décembre 1999
3
Protocole A/SP1/12/01 sur la Démocratie et la Bonne Gouvernance additionnel au Protocole relatif au
Mécanisme de Prévention, de Gestion, de Règlement des conflits et de maintien de la paix
4
https://ecowarn.ecowas.int/ consulté le 05/01/2025 à 08 :15

1
CEDEAO), marquant un précédent, en matière d’interventionnisme régional.
Cependant, ces opérations ont aussi exposé des lacunes : financements précaires, manque
de coordination et accusations de partialité (soutien supposé du Nigeria à certaines factions).
De surcroît, les années 2000 ont vu l’institutionnalisation progressive du mécanisme, avec
la création d’organes spécialisés comme le Conseil des Sages (2001), chargé des médiations
préventives, et la Cour de justice de la CEDEAO (2005), compétente pour arbitrer les litiges
interétatiques. Pourtant, la région a continué à être secouée par des crises complexes : la
crise post-électorale en Côte d’Ivoire (2010-2011), l’expansion du terrorisme au Mali
(2012), et plus récemment, la vague de coups d’État (Mali, Guinée, Burkina Faso entre 2020
et 2022).
Sur le plan géopolitique, l’Afrique de l’Ouest est aujourd’hui confrontée à des défis inédits.
Avant tout, on peut noter, la menace terroriste. En effet, le Sahel, en particulier, est devenu
un épicentre du djihadisme mondial, avec des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État
Islamique, contrôlant des territoires et attaquant les États faibles (Mali, Burkina Faso,
Niger) et progressant vers les pays du littoral ouest africain, notamment La Côte d’Ivoire et
le Bénin, récemment5.
Par ailleurs, on peut regretter la résurgence des coups d’État. En effet entre 2020 et 2022,
cinq coups d’Etat militaires ont eu lieu, Mali deux fois en 2020 et 2021, Burkina Faso deux
fois en 2022 et la Guinée en 2021, signes d’une érosion inquiétante des normes
démocratiques6.
Enfin, on peut aussi faire grand cas de l’ingérence des puissances étrangères: La présence
militaire croissante de la France, de la Russie et des États-Unis complexifie les dynamiques
locales et affaiblit la légitimité des solutions régionales7.
Sur le plan institutionnel, La CEDEAO incarne une approche unique de gouvernance
régionale, caractérisée par un mécanisme hybride, Combinant soft power (médiation,
sanctions ciblées) et hard power (missions militaires), des normes progressistes dont la
CEDEAO est l’une des rares organisations régionales à avoir adopté une charte
démocratique (2001) imposant des standards électoraux et condamnant les changements
anticonstitutionnels de gouvernements, et un système d’alerte précoce (ECOWARN), lancé
en 2013, qui vise à détecter les signes avant-coureurs de conflits, via un réseau de centres

5
https://acleddata.com/2025/03/27/new-frontlines-jihadist-expansion-is-reshaping-the-benin-niger-and-
nigeria-borderlands/ consulté le 30/03/2025 à 09 :20
6
https://theowp.org/reports/coup-detats-or-liberation-struggles/ consulté le 20/01/2025 à 08:30
7
https://www.revueconflits.com/la-poussee-russe-en-afrique-se-poursuit/ consulté le 20/01/2025 à 08:45

2
d’observation dans les 15 États membres.
Cependant, cette organisation reste confrontée à des contradictions majeures dont le
dilemme entre souveraineté et intégration. En effet les États membres, jaloux de leur
souveraineté, rechignent à mutualiser leurs ressources militaires ou à accepter des
ingérences perçues comme intrusives.
Deuxièmement, une dépendance financière critique dont la majorité du budget des
opérations de paix de la CEDEAO provient des bailleurs externes (UE, ONU), limitant,
ainsi, son autonomie décisionnelle8.
Pour finir, des rivalités internes deviennent patentes. Ainsi, le Nigeria, qui finance à lui seul
la majorité du budget de la CEDEAO, est-il souvent accusé d’hégémonisme, tandis que les
petits États (Bénin, Cap-Vert) dénoncent un manque de représentation équitable.
Ce mémoire vise à explorer, analyser et évaluer les outils institutionnels, politiques et
juridiques déployés par la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest
(CEDEAO) pour prévenir et résoudre les conflits dans la région. Les objectifs se déclinent
en plusieurs axes :
_Objectif général :
Il s’agit d’analyser les mécanismes de prévention, de gestion et de résolution des conflits
mis en place par la CEDEAO afin d’en évaluer l’efficacité, les limites et les perspectives
d’amélioration dans un contexte régional marqué par des crises politiques, sécuritaires et
sociales récurrentes.
_ Objectifs spécifiques :
Il s’agit, d’abord, de comprendre le cadre institutionnel et juridique de La CEDEAO : Les
textes fondateurs (protocoles, traités, chartes) et les structures opérationnelles
(Commission, Parlement, Cour de Justice, forces régionales) dédiés à la gestion des conflits.
Ensuite, d’évaluer l’efficacité des interventions passées, dont l’analyse des cas concrets (ex
: coups d’Etat au Mali, en Guinée, au Burkina Faso…) pour identifier les succès et les
échecs des mécanismes déployés.
De plus, identifier les défis structurels et contextuels, dont l’examen des obstacles internes
(manque de ressources, divergences politiques entre États membres) et externes (ingérences
extérieures, terrorisme, crises socio-économiques) entravant l’action de la CEDEAO.

8
https://reliefweb.int/report/world/le-conseil-de-securite-adopte-une-resolution-sur-le-financement-des-
operations-de-soutien-la-paix-menees-par-lunion-africaine consulté le 20/01/2025 à 18:50

3
En outre, de proposer des pistes d’optimisation, dont la recommandation des réformes
institutionnelles, des approches innovantes (médiation inclusive, renforcement des
systèmes d’alerte précoce) et une meilleure synergie avec les acteurs locaux et
internationaux (UA, ONU).
Enfin, de promouvoir une culture de prévention dont l’exploration du rôle de la diplomatie
préventive, de l’intégration économique et de la coopération transfrontalière dans la
réduction des tensions.
Ce sujet revêt une importance académique, politique et stratégique, tant pour la région
ouest-africaine que pour les études sur la paix et la sécurité internationales :
En intérêt académique, d’une part, il faut compléter la littérature existante. En effet bien que
la CEDEAO soit souvent citée comme modèle de gestion régionale des conflits en Afrique,
peu d’études approfondies analysent de façon critique ses mécanismes, en tenant compte
des évolutions récentes (montée du terrorisme, coups d’État, crises climatiques).
D’autre part, il faut aussi croiser les disciplines. En effet, le sujet se situe à l’intersection du
droit international, de la science politique, de la sociologie des conflits et des relations
internationales, offrant une approche pluridisciplinaire.
En intérêt politique et stratégique, en premier lieu, il y a le renforcement de la stabilité
régionale. En effet les conflits en Afrique de l’Ouest ont des répercussions transnationales
(flux de réfugiés, propagation de l’extrémisme). Une analyse des mécanismes de la
CEDEAO peut aider à consolider la paix et la sécurité.
En deuxième lieu, il y a l’importance de l’éclairage des décideurs. En effet, les
recommandations formulées pourront servir de base aux États membres et aux institutions
de la CEDEAO pour réformer leurs stratégies et améliorer leur réactivité face aux crises.
Enfin de compte, il y a la valorisation du rôle de la CEDEAO. En effet, la recherche met en
lumière le leadership de l’organisation dans un contexte où les interventions externes (ONU,
anciennes puissances coloniales) sont parfois perçues comme contradictoires avec les
solutions locales.
En intérêt sociétal, d’un côté, la protection des populations civiles, avec une meilleure
gestion des conflits réduisant les souffrances humaines, préserve les droits de l’homme et
favorise le développement socio-économique.
D’un autre côté, la promotion de l’intégration régionale, avec la résolution pacifique des
différends, va renforcer la coopération entre les États, essentielle pour des projets communs
(libre-échange, monnaie unique, infrastructures transfrontalières).

4
La problématique centrale s’articule autour de la question suivante :

« Quel est le rôle joué par le mécanisme de prévention, de gestion et de règlement des
conflits de la CEDEAO dans la stabilisation politique des États membres? »

C’est en ce sens que le mémoire sera structuré en deux parties :


La première partie est intitulée Cadre institutionnel du mécanisme de prévention, de gestion
et de règlement des conflits au sein de la CEDEAO. Et la deuxième partie est intitulée les
limites et perspectives d’amélioration du mécanisme

5
Première partie : Cadre institutionnel et
opérationnel du mécanisme

Depuis sa création en 1975, la Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest


(CEDEAO) s'est engagée à promouvoir l'intégration économique et la stabilité politique dans
la région. Face aux défis sécuritaires croissants, elle a progressivement élargi son mandat
pour inclure la prévention, la gestion et le règlement des conflits, reconnaissant que la paix
est une condition préalable au développement durable. La mise en place d'un mécanisme
régional efficace pour faire face aux crises a conduit à l'adoption du Protocole de 1999 relatif
au Mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et
de la sécurité, ainsi que du Protocole additionnel de 2001 sur la démocratie et la bonne
gouvernance. Ces instruments juridiques ont jeté les bases d'une architecture institutionnelle
et opérationnelle visant à renforcer la capacité de la CEDEAO à intervenir de manière
proactive et coordonnée dans les situations de conflit. La première partie de ce mémoire se
propose d'analyser en profondeur cette architecture, en mettant en lumière les structures
institutionnelles et les dispositifs opérationnels qui sous-tendent le mécanisme de la
CEDEAO. Le Chapitre 1 examinera le cadre institutionnel du mécanisme, le Chapitre 2
quant à lui se concentrera sur le cadre opérationnel et juridique du mécanisme. En examinant
ces dimensions institutionnelles et opérationnelles, cette partie vise à fournir une
compréhension approfondie des mécanismes mis en place par la CEDEAO pour assurer la
stabilité politique de ses États membres, en évaluant leur efficacité, leurs forces et leurs
faiblesses.

Chapitre I: Cadre institutionnel du mécanisme

Face aux défis sécuritaires récurrents en Afrique de l'Ouest, la Communauté Économique


des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a progressivement renforcé son engagement en
matière de prévention, de gestion et de règlement des conflits. La mise en place d'un cadre
institutionnel robuste a été essentielle pour permettre à l'organisation de répondre
efficacement aux crises politiques et sécuritaires affectant ses États membres. Ce cadre

6
repose sur des institutions et des organes d'appui spécifiquement dédiés à la promotion de la
paix, de la sécurité et de la stabilité dans la région.

Ce chapitre se propose d'analyser en détail le cadre institutionnel du mécanisme de la


CEDEAO, en mettant en lumière les rôles, les responsabilités et les interactions des
différentes entités impliquées. La première section examinera les institutions principales du
mécanisme, notamment la Conférence des chefs d'État et de gouvernement, le Conseil de
médiation et de sécurité, la Commission de la CEDEAO et le Département des affaires
politiques, de la paix et de la sécurité. La deuxième section se concentrera sur les organes
d'appui, tels que le Conseil des sages, la Commission de défense et de sécurité, ainsi que la
Force en attente de la CEDEAO (FAC). En explorant ces structures institutionnelles, ce
chapitre vise à fournir une compréhension approfondie des mécanismes internes de la
CEDEAO, de leur fonctionnement et de leur contribution à la stabilité politique des États
membres.

Section I : L’appareil institutionnel du mécanisme

La Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a mis en place


un mécanisme institutionnel pour prévenir, gérer et résoudre les conflits dans la région. Ce
mécanisme repose sur des institutions clés qui assurent la coordination, la prise de décision
et la mise en œuvre des actions nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité. La présente
section examine ces institutions fondamentales. La première sous-section se concentre sur
la Conférence des chefs d'État et de gouvernement et le Conseil de médiation et de sécurité,
la deuxième sous-section quant à elle analyse la Commission de la CEDEAO et son
Département des affaires politiques, de la paix et de la sécurité. En explorant ces structures,
cette section vise à comprendre comment la CEDEAO organise son action institutionnelle
pour répondre aux défis sécuritaires de la région.

7
Sous-section I: la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement et le conseil de
médiation et de sécurité

La Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO, qui constitue


l’instance décisionnelle suprême du Mécanisme, se compose des chefs d’Etat et de
gouvernement des Etats membres9. Elle se réunit souvent que nécessaire10 et est investie du
pouvoir de trancher sur l’ensemble des questions définies par ses dispositions11. Toutefois,
pour simplifier et accélérer le processus décisionnel, cette Conférence délègue au Conseil de
Médiation et de Sécurité l’autorité nécessaire pour adopter, en son nom, les mesures requises
à la bonne application des dispositions du Mécanisme12. Le Conseil de Médiation et de
Sécurité (CMS, également connu en anglais sous l’appellation Mediation and Security
Council/MSC) est composé de neuf États, parmi les douze membres de la Communauté.
Sept sont élus par la Conférence. Les deux autres membres qui sont d’office membres sont
la présidence de la Conférence et celle qui a assuré la précédente13. Mandaté pour deux ans
renouvelables14, il ne délibère que s’il y a la présence au moins de deux tiers de ces
membres15 et ses décisions sont prises à la majorité des deux tiers16. Le Conseil dispose du
pouvoir de prendre des décisions au nom de la Conférence des chefs sur les questions
relatives à la paix et à la sécurité17, et la mise en œuvre des politiques des dispositions du
protocole18. Ses prérogatives incluent aussi l’autorisation de tout type d’intervention, comme

9
Article 5 paragraphe 1 du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
10
Article 5 paragraphe 2 du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
11
Article 6 paragraphe 2 du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
12
Article 7 du chapitre II du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
13
Article 8 paragraphe 1 du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
14
Article 8 paragraphe 2 du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
15
Article 9 paragraphe 1 du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
16
Article 9 paragraphe 2 du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de règlement des
conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
17
Article 10 paragraphe 2 alinéa a du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion,
de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
18
Article 10 paragraphe 2 alinéa b du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion,
de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999

8
le déploiement de missions politiques et militaires19, l’établissement des mandats et des
termes de référence pour ces missions20, ainsi que la révision périodique de ces mandats et
termes de références suivant l’évolution de la situation21. Nous avons aussi la nomination
des principaux intervenants (tels que le Représentant spécial du Secrétaire exécutif ou le
Commandant de la force) sur recommandation du Président de la Commission22. Les travaux
du Conseil se déroulent à trois niveaux, celui des chefs d’État et de gouvernement, celui des
ministres, et celui des ambassadeurs23. Ces réunions sont dirigées par l’État membre assurant
la présidence en exercice de la Conférence24. Toutefois, la décision finale quant aux mesures
à mettre en œuvre revient exclusivement aux chefs d’État membres du Conseil. Le conseil
en question se réunit sous trois formats distincts. Tout d’abord, il faut signaler les réunions
des chefs d'État et de gouvernement. Ces sommets se tiennent généralement deux fois par an
en sessions ordinaires. En cas de nécessité ou à la demande de la majorité simple des
membres, le président en exercice peut convoquer des sessions extraordinaires25. Lors de ces
rencontres, des décisions finales sont prises sur des questions relevant de leur compétence26.
Ensuite, on peut citer les réunions ministérielles. Les ministres en charge de la défense, des
affaires étrangères, de la sécurité et de l'intérieur se réunissent au moins une fois tous les
trois mois. Cependant, des réunions plus fréquentes peuvent être organisées en fonction des
besoins. Ces rencontres permettent d'examiner la situation politique générale et sécuritaire
dans la sous-région27. Les recommandations issues de ces réunions sont ensuite soumises
aux chefs d'État et de gouvernement siégeant au sein du conseil28. Enfin, on peut noter les
réunions au niveau des ambassadeurs. Les États membres de la CEDEAO désignent des
ambassadeurs permanents auprès de la Commission de l'organisation. Ces représentants, qui

19
Article 10 paragraphe 2 alinéa c du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion,
de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
20
Article 10 paragraphe 2 alinéa d du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion,
de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
21
Article 10 paragraphe 2 alinéa e du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion,
de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
22
Article 10 paragraphe 2 alinéa f du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion,
de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
23
Article 11 paragraphe 1 du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
24
Article 11 paragraphe 2 du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
25
Article 12 paragraphe 1 du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
26
Article 12 paragraphe 2 du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
27
Article 13 paragraphe 1 du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
28
Article 13 paragraphe 2 du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999

9
peuvent également être accrédités auprès de la République Fédérale du Nigéria29, se
réunissent mensuellement pour examiner les questions liées à la paix et à la sécurité dans la
sous-région. En cas de nécessité, des réunions supplémentaires peuvent être convoquées 30.
Les conclusions et recommandations issues de ces rencontres sont transmises par la
Commission à tous les États membres du Comité de Médiation et de Sécurité (CMS) ainsi
qu'aux États concernés, et sont également soumises à l'examen des ministres du CMS31.

Ainsi, lors de la 66ᵉ session ordinaire du 15 décembre 2024 à Abuja, les dirigeants ouest-
africains ont abordé plusieurs sujets majeurs, dont le retrait du Mali, du Burkina Faso et du
Niger. La Conférence a pris acte de la décision de ces trois pays de se retirer de la CEDEAO,
à compter du 29 janvier 2025, tout en maintenant une période de transition jusqu'au 29 juillet
2025 pour favoriser le dialogue32. Il y a eu aussi une session extraordinaire le 8 février 2024,
à Abuja. Face aux notifications de retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger, le CMS a
exprimé sa préoccupation quant aux conséquences socio-économiques et sécuritaires de ce
retrait. Il a aussi appelé les trois pays à reconsidérer leur décision dans l'intérêt de la solidarité
régionale. Par ailleurs, il a souligné l'importance d'inclure divers acteurs, tels que les chefs
traditionnels et la société civile, dans les efforts de médiation33. C’est aussi le cas de la
réunion conjointe avec le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine le 24 avril 2024,
à Abuja. Cette première réunion annuelle entre le CMS de la CEDEAO et le Conseil de paix
et de sécurité de l'Union Africaine a permis de renforcer la coopération dans la lutte contre
le terrorisme et les changements anticonstitutionnels de gouvernement, de discuter de la
mobilisation des ressources pour les opérations de paix régionales et continentale, et
d’améliorer la coordination entre les deux institutions dans le cadre de l'Architecture
Africaine de Paix et de Sécurité34.

29
Article 14 paragraphe 1 du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
30
Article 14 paragraphe 2 du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
31
Article 14 paragraphe 3 du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
32
https://droit-et-politique-en-afrique.info/wp-content/uploads/2024/12/CEDEAO-communique-final-du-
sommet-du-15-decembre-2024 consulté le 05/01/2025 à 08 :15
33
https://droit-et-politique-en-afrique.info/wp-content/uploads/2024/12/CEDEAO-communique-final-du-
sommet-du-15-decembre-2024 consulté le 05/01/2025 à 08 :20
34
https://www.peaceau.org/fr/article/communique-conjoint-premiere-reunion-de-concertation-annuelle-entre-
le-conseil-de-paix-et-de-securite-de-l-union-africaine-et-le-conseil-de-mediation-et-de-securite-au-niveau-
des-ambassadeurs-de-la-communaute-economique-des-etats-de-l-afrique-de-l-ouestconsulté le 05/01/2025 à
08 :30

10
En conclusion, la Conférence des chefs d’État et de gouvernement et le Conseil de
Médiation et de Sécurité (CMS) de la CEDEAO jouent des rôles complémentaires essentiels
dans la gouvernance régionale. La Conférence, en tant qu'organe suprême, définit les
orientations stratégiques et prend des décisions contraignantes pour les États membres,
notamment en matière de politique générale, de sécurité et de développement régional. Le
CMS, quant à lui, est chargé de la mise en œuvre des décisions relatives à la paix et à la
sécurité, agissant au nom de la Conférence pour prévenir et gérer les conflits dans la région.
Ensemble, ces deux instances assurent la stabilité et la cohésion au sein de la CEDEAO, en
s'adaptant aux défis contemporains tels que les crises politiques et les menaces sécuritaires.

Sous-section II : La commission et le département des affaires politiques de la paix et


de la sécurité de la CEDEAO

La Commission, anciennement connue sous le nom de Secrétariat exécutif35, joue un rôle


central dans la gestion de la sécurité au sein de la sous-région. Elle est composée d’un
président, d’un vice-président et de sept commissaires. Son Président actuel Omar Touray36a
la responsabilité de proposer au Conseil de Médiation et de Sécurité la désignation du
Représentant Spécial ainsi que du Commandant de la Force37.Par ailleurs, il est chargé de
constituer le Conseil des Sages38 en sélectionnant des personnalités éminentes issues de
divers horizons, aptes à intervenir en tant que médiateurs ou conciliateurs dans les situations
de conflit. Il détient l’autorité nécessaire pour initier diverses actions telles que des enquêtes,
des médiations, des négociations ou encore des processus de réconciliation entre les parties

35
Il s’est transformé en Commission à la suite d’une décision prise lors du sommet des chefs d’Etat et de
gouvernement le 14 Juin 2006
36
Homme politique et diplomate gambien président de la Commission depuis le 3 Juillet 2022
37
Article 15 paragraphe 2 alinéa a du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion,
de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
38
Article 15 paragraphe 2 alinéa a du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion,
de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999

11
en conflit39. Il supervise également l’ensemble des fonctions politiques, administratives,
opérationnelles et logistiques de l’organisation40. Dans le cadre de ses responsabilités, le
Président élabore des rapports réguliers à l’attention du Conseil de Médiation et de Sécurité
ainsi que des États membres, concernant les activités du Mécanisme41. Il est aussi chargé de
déployer sur le terrain des missions d’enquête et de médiation42. En collaboration avec le
Président de la Conférence, il convoque les réunions du Conseil de Médiation et de Sécurité
du Conseil des Sages et de la Commission de Défense et de Sécurité43, et veille à
l’application des décisions prises par ces instances44. Pour soutenir le Président dans
l’exécution de ce mandat, un poste de Commissaire aux affaires politiques, à la paix et à la
sécurité a été institué au sein de la CEDEAO (remplaçant l’ancien poste de Secrétaire
exécutif adjoint chargé des affaires politiques, de défense et de sécurité). Le Commissaire
actuel Abdel-Fatau Musah45, sous l’autorité du Président de la Commission, est chargé de
lancer et de coordonner toutes les initiatives liées à la mise en œuvre du Mécanisme46.Ce
poste est attribué à un haut fonctionnaire désigné par les chefs d'État et de gouvernement de
la CEDEAO, généralement lors d'un sommet de l'organisation. Les candidats sont souvent
des personnalités expérimentées en diplomatie, en sécurité régionale ou en gestion des
conflits47. Ce poste est structuré en trois directions principales. Tout d’abord, on a la
Direction des Affaires politiques. Cette direction est subdivisée en quatre divisions
spécialisées qui sont : assistance électorale, démocratie et bonne gouvernance, coopération
internationale et médiation. Ensuite, il y a la Direction du Maintien de la paix et de la Sécurité
régionale. Elle comprend également quatre divisions qui sont : la sécurité régionale (traitant
notamment des questions de Réforme du Secteur de la Sécurité et de la Gouvernance
(RSSG)), le contrôle des armes légères, le Soutien aux opérations de paix, en charge des

39
Article 15 paragraphe 2 alinéa b du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion,
de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
40
Article 15 paragraphe 2 alinéa c du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion,
de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
41
Article 15 paragraphe 2 alinéa d du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion,
de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
42
Article 15 paragraphe 2 alinéa e du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion,
de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
43
Article 15 paragraphe 2 alinéa f du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion,
de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
44
Article 15 paragraphe 2 alinéa g du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion,
de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
45
Diplomate ghanéen et expert en sécurité, il a pris ses fonctions en Juillet 2022
46
Article 16 paragraphe 1 du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
47
Article 16 paragraphe 2 du chapitre II du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999

12
aspects stratégiques et la Force en Attente de la CEDEAO, responsable des questions
opérationnelles. Enfin, on peut signaler la Direction de l’Alerte Précoce. Cette direction est
chargée de la collecte, du suivi et de l’analyse des données, ainsi que de l’élaboration de
rapports contenant des recommandations adressées au Président de la Commission de la
CEDEAO48.

Comme illustration, on peut faire état de la gestion de la crise au Niger (2023–2024). À la


suite du coup d'État du 26 juillet 2023 au Niger, la CEDEAO a réagi fermement en imposant
des sanctions économiques et diplomatiques, notamment la fermeture des frontières et le gel
des avoirs de l'État nigérien. Le Département des Affaires politiques, de la Paix et de la
Sécurité a joué un rôle central en coordonnant les efforts de médiation et en envisageant une
intervention militaire pour rétablir l'ordre constitutionnel. En février 2024, la CEDEAO a
levé une grande partie des sanctions, tout en continuant d'exiger la libération du président
déchu Mohamed Bazoum et le retour à l'ordre constitutionnel. C’est aussi le cas de la réaction
aux attaques à Freetown, Sierra Leone (novembre 2023). Le 26 novembre 2023, des attaques
coordonnées ont visé plusieurs installations à Freetown, en Sierra Leone, dans ce qui a été
décrit comme une tentative de coup d'État. La CEDEAO a immédiatement condamné ces
actes, affirmant sa politique de "tolérance zéro" envers les changements anticonstitutionnels
de gouvernement. Elle a exprimé sa volonté de soutenir les autorités sierra-léonaises pour
renforcer la sécurité nationale.

Pour finir, La Commission de la CEDEAO joue un rôle central dans la promotion de la


stabilité et de la gouvernance démocratique en Afrique de l’Ouest. En mettant en œuvre des
mécanismes de prévention des conflits, de médiation et de maintien de la paix, elle s'efforce
de renforcer les liens de bon voisinage et de consolider un système démocratique de
gouvernance dans chaque État membre. Quant au Département des Affaires politiques, de la
Paix et de la Sécurité, il est structuré en plusieurs directions spécialisées, notamment la
Direction des affaires politiques, la Direction du maintien de la paix et de la sécurité
régionale, et la Direction de l’Alerte Précoce. Ces entités travaillent de concert pour
surveiller l'état de mise en œuvre des textes communautaires sur la paix, la sécurité, la

48
http://www.comm.ecowas.int/etats-membres/departement-des-affaires-politiques-paix-securite/?lang=fr
consulté le 07/01/2025 à 11 :20

13
démocratie et la bonne gouvernance, ainsi que pour élaborer des rapports avec des
recommandations transmis au Président de la Commission de la CEDEAO. Ces deux
structures sont des piliers essentiels dans la quête d'une région ouest-africaine pacifique,
stable et démocratique, œuvrant sans relâche pour le bien-être et la sécurité de ses
populations.

Pour conclure cette section, l’on peut retenir que la Conférence des chefs d’État et de
gouvernement, le Conseil de Médiation et de Sécurité (CMS) et la Commission de la
CEDEAO forment ensemble l’ossature de la gouvernance régionale en Afrique de l’Ouest.
Alors que la Conférence définit les grandes orientations stratégiques, le CMS met en œuvre
les décisions en matière de paix et de sécurité. Parallèlement, la Commission, à travers ses
départements spécialisés, renforce la stabilité régionale en promouvant la démocratie, la
bonne gouvernance et la prévention des conflits. En synergie, ces organes œuvrent sans
relâche pour construire une région ouest-africaine pacifique, stable et prospère, au service
du bien-être de ses populations.

Après avoir examiné les institutions principales du mécanisme de prévention, de gestion et


de règlement des conflits au sein de la CEDEAO, il convient désormais de s'intéresser aux
organes d’appui. Ces structures complémentaires jouent un rôle déterminant en soutenant et
en renforçant l'action des organes institutionnels, notamment à travers des missions
techniques, opérationnelles et stratégiques essentielles à l’efficacité globale du mécanisme.

Section II : les organes d’appuis du mécanisme

Dans le cadre de son engagement pour la paix et la sécurité en Afrique de l'Ouest, la


Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a mis en place, en
plus de ses institutions principales, des organes d'appui essentiels pour renforcer l'efficacité
de son mécanisme de prévention, de gestion et de règlement des conflits. Ces organes jouent

14
un rôle complémentaire en apportant expertise, conseil et capacités opérationnelles pour
répondre aux défis sécuritaires de la région. Cette section se propose d'examiner ces organes
d'appui, en mettant l'accent sur deux entités clés qui sont le Conseil des sages et la
Commission de Défense et de Sécurité, ainsi que la Force en attente de la CEDEAO (FAC).
En explorant ces organes d'appui, cette section vise à mettre en lumière leur contribution
significative au mécanisme de la CEDEAO et à la stabilisation politique des États membres.

Sous-section I: Le Conseil des sages

Le Conseil des Sages se distingue comme un dispositif de dialogue et de médiation inspiré


à la fois des traditions ancestrales africaines et des exigences contemporaines de
gouvernance régionale. Ce mécanisme vise à exploiter la crédibilité morale et l’expertise de
personnalités reconnues pour faciliter le règlement pacifique des différends et instaurer un
climat de confiance entre les parties en conflit. Les États ouest-africains ont toujours puisé
dans leurs traditions pour résoudre les conflits. Historiquement, le recours aux sages ou aux
anciens, figures respectées pour leur expérience et leur impartialité a permis de désamorcer
des tensions avant qu’elles ne dégénèrent en violence. La CEDEAO, consciente de cette
force symbolique, a institutionnalisé le Conseil des Sages afin de compléter ses outils de
prévention. Cette démarche s’inscrit dans la continuité d’une diplomatie préventive adoptée
par des mécanismes régionaux, notamment, inspirés par le Groupe des Sages de l’Union
africaine, qui joue un rôle essentiel dans la prévention des conflits sur le continent.

Créé en 2005, le Conseil des Sages de la Communauté économique des États de l’Afrique
de l’Ouest (CEDEAO) est un organe consultatif et opérationnel chargé de promouvoir la
paix, la sécurité et la stabilité régionale à travers la diplomatie préventive, le dialogue et la
médiation. Il rassemble des personnalités éminentes, reconnues pour leur grande expérience
de l’Afrique et du monde, désignées par le Président de la Commission en concertation avec
le Président en exercice de la CEDEAO. Une attention particulière est portée à l’intégration
des femmes ainsi qu’aux chefs traditionnels, religieux et aux figures politiques représentant
les diverses composantes sociales. Cette liste de membres de ce conseil est approuvée par le

15
CMS au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement49. Sa composition ainsi que ses mandats
sont établis par le Président de la Commission en fonction de la mission à accomplir 50. Ces
personnalités sont mobilisées pour exercer des missions de bons offices, de médiation, de
conciliation ou d’arbitrage, à la demande du Président de la Commission ou du Conseil de
Médiation et de Sécurité, en réponse à des situations de conflit spécifiques51. Le Conseil des
Sages rend ses rapports au Président de la Commission52. Celui-ci en rend compte au CMS53.
Cette diversité garantit que les interventions du Conseil soient perçues comme légitimes,
impartiales et objectives dans l’accomplissement de leur mission54, par toutes les parties
prenantes de la région. Il est présidé par le Président Goodluck Jonathan55.

Comme illustration, on peut citer le cas de la réunion stratégique à Abidjan (avril 2024). En
effet, du 29 au 30 avril 2024, le Conseil des Sages s’est réuni à Abidjan pour une retraite
stratégique axée sur les défis actuels en matière de gouvernance, de paix et de sécurité dans
la région. Sous la présidence de l’ancien président nigérian Goodluck Jonathan, les
discussions ont porté sur les crises politiques récentes, notamment les coups d’État au
Burkina Faso, au Mali, en Guinée et au Niger. L’objectif principal était de renforcer les
efforts de médiation et de proposer des solutions durables pour restaurer la stabilité dans ces
pays56. À l’issue de la retraite d’Abidjan, le Conseil des Sages a publié la « Déclaration
d’Abidjan » le 2 mai 2024. Ce document réaffirme l’engagement du Conseil à promouvoir
la paix et la sécurité dans la région ouest-africaine. Il souligne l’importance du dialogue et
de la diplomatie pour résoudre les conflits et appelle les États membres à collaborer
étroitement pour mettre en œuvre les recommandations émises57. Face à la décision du
Burkina Faso, du Mali et du Niger de se retirer de la CEDEAO, le Conseil des Sages a aussi
exprimé de vives inquiétudes. Dans une déclaration, il a exhorté ces pays à reconsidérer leur

49
Article 20 paragraphe 1 du chapitre III du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
50
Article 20 paragraphe 4 du chapitre III du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
51
Article 20 paragraphe 2 du chapitre III du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
52
Article 20 paragraphe 5 du chapitre III du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
53
Article 20 paragraphe 6 du chapitre III du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
54
Article 20 paragraphe 7 du chapitre III du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
55
Ancien Président du Nigeria, il a été nommé à ce poste en 2021 lors de la reconstitution du Conseil
56
https://saheltribune.com/echecs-et-strategies-les-sages-de-la-cedeao-a-la-croisee-des-chemins-geopolitiques
consulté le 10/01/2025 à 19 :00
57
https://westafricawire.com/stories/658220606-ecowas-council-of-the-wise-issues-abidjan-declaration
consulté le 14/01/2025 à 11 : 30

16
position, mettant en avant l’importance de l’unité régionale et de la cohésion pour le bien-
être des populations. Le Conseil a également insisté sur la nécessité de renforcer les
initiatives de dialogue et de diplomatie préventive pour préserver la paix et la stabilité dans
la région58.

En somme, le Conseil des Sages de la CEDEAO représente une composante stratégique


essentielle dans le mécanisme de prévention des conflits en Afrique de l’Ouest. En
s’appuyant sur des figures respectées et expérimentées, ce mécanisme combine traditions
ancestrales et exigences modernes pour faciliter le dialogue, favoriser la médiation et
consolider la paix dans une région souvent confrontée à des tensions multiples. Grâce à son
rôle consultatif, médiateur et de consolidation de la paix, le Conseil permet à la CEDEAO
d’agir de manière proactive et préventive, contribuant ainsi à réduire le risque d’escalade des
conflits.

Sous-section II : La Commission de Défense et de Sécurité et La force en Attente de la


CEDEAO (FAC)

La Commission de Défense et de Sécurité fait partie des organes d’appui créés à travers le
protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de règlement des conflits, de
maintien de la paix et de la sécurité du 10 Décembre 1999. Elle rassemble, pour chaque État
membre, les chefs d’état-major, les responsables des ministères de la sécurité intérieure, ainsi
que des experts issus des ministères des Affaires étrangères59. Selon les thématiques inscrites
à l’ordre du jour, peuvent être associés également les chefs des services de l’immigration,
des douanes, des organismes de lutte contre la drogue et des structures chargées de la sécurité

58
https://airinfoagadez.com/2024/05/01/le-conseil-des-sages-de-la-cedeao-exhorte-les-pays-de-laes-a-
reconsiderer-leur-decision-de-se-retirer-de-lorganisation-regionale consulté le 14/01/2025 à 11 : 45
59
Article 18 paragraphe 1 alinéa a, alinéa b, alinéa c du chapitre III du protocole relatif au mécanisme de
prévention de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999

17
aux frontières60. Se réunissant de manière trimestrielle ou en fonction des nécessités61, cette
Commission examine les aspects techniques, administratifs et logistiques liés à la sécurité
régionale62. Elle apporte notamment son appui au Conseil de Médiation et de Sécurité en
élaborant les mandats et termes de référence de la Force conjointe de la CEDEAO,
nomination du Commandant de la Force et la détermination de la composition des
contingents63. Elle évalue les rapports issus du système d’alerte précoce (ECOWARN), sur
lesquels elle fonde ses recommandations au CMS64. C’est ainsi qu’à la suite du coup d'État
au Niger en juillet 2023, la CEDEAO a activé ses mécanismes de réponse, notamment en
réunissant les chefs d'état-major des pays membres pour discuter des mesures à prendre. La
Commission de Défense et de Sécurité a joué un rôle central en évaluant les options
militaires et en formulant des recommandations au Conseil de Médiation et de Sécurité. Cette
coordination a permis de préparer une éventuelle intervention militaire pour restaurer l'ordre
constitutionnel, tout en laissant la porte ouverte à la diplomatie.

La CDS joue aussi un rôle clé dans la planification et la coordination des opérations de la
FAC. Créée en 1990 par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest
(CEDEAO), l’ECOMOG (Economic Community of West African States Cease-fire
Monitoring Group) fut la première force militaire multinationale ouest-africaine.
Initialement conçue pour superviser les cessez-le-feu, elle a rapidement évolué en une force
d’interposition capable de mener des opérations de maintien de la paix. Elle est intervenue
dans plusieurs conflits majeurs, notamment dans la guerre civile au Liberia (1990-1997),
celle de Sierra Leone (1997-1999) et celle de la Guinée-Bissau (1998-1999). Ces
interventions ont permis de stabiliser temporairement des zones en crise. En 2004, dans le
cadre de l'Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA) de l'Union africaine,
l'ECOMOG a été transformée en Force en attente de la CEDEAO (FAC), également connue
sous le nom d'ECOWAS Standby Force (ESF). Cette force fait partie des cinq brigades
régionales constituant la Force africaine en attente (FAA). La FAC est composée de

60
Article 18 paragraphe 1 alinéa d du chapitre III du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion,
de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
61
Article 19 paragraphe 2 du chapitre III du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
62
Article 19 paragraphe 1 du chapitre III du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
63
Article 19 paragraphe 1 alinéa a, alinéa b, alinéa c et alinéa d du chapitre III du protocole relatif au
mécanisme de prévention de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité.
Décembre 1999
64
Article 19 paragraphe 2 du chapitre III du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de
règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999

18
militaires, de policiers et de civils, et est conçue pour être rapidement déployée en cas de
crise65. Ses missions incluent le maintien et la consolidation de la paix, la prévention des
conflits, l'intervention humanitaire, le désarmement, la démobilisation, application des
sanctions, déploiement préventif, activités de police, la réintégration des combattants et
toutes opérations ordonnées par le CMS66.

C’est le cas de La Force en attente de la CEDEAO (FAC) en Gambie, en 2016. En effet, En


décembre 2016, le président sortant Yahya Jammeh, au pouvoir depuis 1994, perd les
élections face à Adama Barrow. Après avoir initialement reconnu sa défaite, Jammeh revient
sur sa décision, plongeant le pays dans une impasse constitutionnelle. Face à ce refus de
céder le pouvoir, la CEDEAO tente d'abord une médiation diplomatique, sans succès. Le 19
janvier 2017, la CEDEAO lance l'opération "Restore Democracy", mobilisant environ 7 000
soldats principalement du Sénégal, du Nigeria et du Ghana. Les troupes entrent en Gambie
par voie terrestre, aérienne et maritime, exerçant une pression militaire qui conduit Jammeh
à quitter le pays deux jours plus tard, le 21 janvier, pour un exil en Guinée équatoriale. Après
le départ de Jammeh, environ 4 000 soldats de la CEDEAO restent en Gambie pour assurer
la sécurité et soutenir la transition démocratique. Cette mission, renommée ECOMIG
(ECOWAS Mission in The Gambia), est prolongée à plusieurs reprises à la demande du
président Barrow, avec des effectifs réduits au fil du temps. En juin 2023, des troupes de la
CEDEAO étaient encore présentes pour former et assister les forces de sécurité gambiennes.

Enfin de compte, La Commission de Défense et de Sécurité (CDS) et la Force en attente


de la CEDEAO (FAC) forment ensemble le socle opérationnel de la stratégie de sécurité
régionale de la CEDEAO. Tandis que la CDS apporte son expertise technique, stratégique
et politique pour anticiper et formuler les réponses aux crises, la FAC incarne la capacité
d'action rapide et concrète sur le terrain. Leur interaction étroite assure une complémentarité
essentielle entre la réflexion stratégique et l’intervention militaire ou civile. Dans un contexte
marqué par la multiplication des défis sécuritaires, leur rôle est plus que jamais crucial pour
garantir la stabilité, la démocratie et la paix en Afrique de l’Ouest.

65
Article 21 du chapitre III du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de règlement des
conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
66
Article 22 du chapitre III du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de règlement des
conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999

19
En somme, le Conseil des Sages, la Commission de Défense et de Sécurité (CDS) et la
Force en attente de la CEDEAO (FAC) constituent ensemble des piliers fondamentaux du
mécanisme de prévention, de gestion et de résolution des conflits en Afrique de l’Ouest. En
mobilisant des personnalités respectées pour favoriser la médiation et en combinant expertise
stratégique et capacité d'intervention rapide, la CEDEAO parvient à conjuguer traditions
ancestrales et exigences contemporaines. Dans un contexte régional marqué par de multiples
défis sécuritaires, leur action conjointe reste déterminante pour préserver la stabilité,
promouvoir la démocratie et construire une paix durable.

En guise de conclusion de ce chapitre, nous pouvons retenir que la CEDEAO, à travers


ses différentes institutions et ses organes d’appui a su construire un système cohérent et
efficace de gouvernance, de prévention et de gestion des conflits en Afrique de l’Ouest. En
combinant orientations stratégiques, expertise technique, médiation traditionnelle et capacité
d'intervention rapide, ces organes œuvrent de manière complémentaire pour promouvoir la
démocratie, préserver la paix et garantir la stabilité dans un environnement régional en
constante évolution.

Après avoir examiné dans le Chapitre I la structuration institutionnelle du mécanisme de


prévention, de gestion et de règlement des conflits au sein de la CEDEAO, il importe
désormais de s'intéresser aux instruments et aux procédures qui permettent sa mise en œuvre
concrète. Le Chapitre II sera ainsi consacré à l'étude du cadre opérationnel et juridique du
mécanisme, en mettant en lumière les outils pratiques et les normes encadrant les
interventions de l’organisation dans la prévention et la gestion des crises en Afrique de
l’Ouest.

20
Chapitre II : Le cadre opérationnel et juridique du
mécanisme

La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) s'est dotée,


depuis les années 1990, d'un mécanisme structuré pour la prévention, la gestion et le
règlement des conflits. Ce chapitre se propose d'analyser en détail deux dimensions
complémentaires du mécanisme de la CEDEAO. La première section examinera le cadre
juridique, tandis que la seconde section se penchera sur les aspects opérationnels.

Section I : Cadre juridique du mécanisme

Le cadre juridique du mécanisme de prévention, de gestion et de règlement des conflits


de la CEDEAO repose sur des instruments normatifs clés qui définissent les principes, les
structures et les procédures guidant l'action de l'organisation en matière de paix et de sécurité.
Parmi ces instruments, le Protocole de 1999 relatif au Mécanisme de prévention, de gestion,
de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité établit les fondements
institutionnels et opérationnels de l'intervention régionale en cas de crise. Ce protocole a été
renforcé par le Protocole additionnel de 2001 sur la démocratie et la bonne gouvernance, qui
introduit des normes politiques et constitutionnelles visant à prévenir les crises internes en
promouvant la gouvernance démocratique et l'État de droit. Par ailleurs, la Cour de justice
de la CEDEAO joue un rôle crucial dans l'interprétation et l'application du droit
communautaire, notamment en matière de respect des droits humains et de règlement des
différends entre les États membres. Cette section examinera successivement ces deux piliers
du cadre juridique du mécanisme, en mettant en lumière leur contribution à la stabilité et à
la sécurité en Afrique de l'Ouest.

21
Sous-section 1 : Le Protocole de 1999 relatif au mécanisme et le Protocole additionnel
de 2001 sur la démocratie et la bonne gouvernance

La Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) s’est dotée à


la fin des années 1990 d’un dispositif juridique ambitieux pour prévenir, gérer et résoudre
les conflits dans la région. Le Protocole du 10 décembre 1999 relatif au Mécanisme de
prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité
(souvent appelé « Mécanisme de 1999 ») constitue ainsi le socle normatif le plus complet
pour faire face aux menaces contre la paix et la sécurité en Afrique de l’Ouest67. Ce Protocole
institutionnalise l’engagement de la CEDEAO dans le domaine de la sécurité régionale, en
complément de sa mission économique initiale. Il crée un lien indissociable entre la sécurité
des États et des populations ouest-africaines et l’objectif fondateur de développement
économique et social de la Communauté68. Sur le plan juridique, le Mécanisme de 1999
consacre le principe de la responsabilité collective des États membres en matière de gestion
des conflits. Les États s’engagent à prendre en charge la résolution des conflits internes et
interétatiques de la sous-région, ainsi que la gestion des crises humanitaires, naturelles et
environnementales qui pourraient en résulter69. Autrement dit, les États ouest-africains ont
accepté de limiter le principe de non-ingérence au profit d’une sécurité collective sous-
régionale, considérant qu’aucun conflit national n’est sans conséquences sur la stabilité des
pays voisins. Cette évolution témoigne d’une rupture majeure par rapport à l’approche
traditionnelle de la souveraineté absolue, rupture justifiée par les tragiques guerres civiles
des années 1990 (Liberia, Sierra Leone, Guinée-Bissau) qui ont convaincu la CEDEAO de
la nécessité de pouvoir intervenir face aux conflits internes70.

Le Protocole de 1999 établit à cette fin une architecture institutionnelle de paix et de


sécurité sans précédent en Afrique de l’Ouest. Il met en place des organes décisionnels et
opérationnels dédiés : l’Autorité des chefs d’État et de gouvernement conserve le pouvoir
politique ultime, mais délègue d’importantes prérogatives à un Conseil de Médiation et de

67
Cadre de Prévention des Conflits 2008-2020. Abuja, 2008
68
Ibid. Cadre de Prévention des Conflits 2008-2020. Abuja, 2008
69
Ibid. Cadre de Prévention des Conflits 2008-2020. Abuja, 2008
70
Régionalisme et régionalisation des conflits en Afrique de Daniel C. Bach, 8 septembre 2003
https://www.erudit.org/fr/revues/ei/2003-v34-n1-
ei549/006934ar/#:~:text=%281990,financi%C3%A8res%20pr%C3%A9c%C3%A9demment%20mises%20
en%20exergue consulté le 05/02/2025 à 09 :15

22
Sécurité (CMS) chargé de décider des interventions et du déploiement éventuel de forces71.
Pour appuyer le CMS, le Protocole crée un Comité de Défense et de Sécurité ainsi qu’un
Conseil des Sages72. Sur le terrain militaire, le Mécanisme s’appuie sur la Force en Attente
de la CEDEAO anciennement Force d’observation et de monitoring de la CEDEAO, connue
sous le nom d’ECOMOG, qui devient une force en attente multinationale disponible pour
des opérations de paix ou d’interposition décidées par la Communauté73. Enfin, le Protocole
prévoit un Système d’alerte précoce régional, avec un Centre d’observation et de suivi au
Secrétariat exécutif devenu Commission et des bureaux zonaux, afin de détecter en amont
les signes précurseurs de conflits et d’alerter les décideurs74. L’ensemble de ces organes et
procédures vise à doter la CEDEAO d’une capacité institutionnelle pour la prévention
proactive des crises, leur gestion rapide lorsqu’elles surviennent, et le soutien à la
consolidation de la paix une fois les conflits terminés.

Sur le plan matériel, le Protocole de 1999 définit les circonstances précises pouvant
déclencher l’activation du Mécanisme et justifier une intervention régionale. L’article 25
énumère ainsi les conditions d’application : il prévoit l’intervention de la CEDEAO en cas
d’agression armée contre un État membre ou de conflit entre États membres, mais innove
surtout en autorisant l’implication de la Communauté dans les conflits internes répondant à
certains critères75. La CEDEAO peut intervenir dans un État membre en situation de guerre
civile, de rébellion ou de troubles internes lorsque ceux-ci risquent de provoquer une
catastrophe humanitaire ou menacent gravement la paix et la sécurité régionales, mais aussi
en cas de violation massive des droits de l’homme et de l’État de droit, ou encore en cas de
renversement ou tentative de renversement d’un gouvernement démocratiquement élu76. Ces
dispositions, très larges, donnent un fondement juridique explicite aux ingérences à des fins
de protection démocratique et humanitaire, anticipant de fait le principe de « responsabilité
de protéger » avant même son émergence onusienne. Elles marquent la consécration du rôle

71
Protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix
et de la sécurité. Décembre 1999 Op.Cit
72
Protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix
et de la sécurité. Décembre 1999 Op.Cit
73
Protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix
et de la sécurité. Décembre 1999 Op.Cit
74
Chapitre IV du protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de règlement des conflits, de
maintien de la paix et de la sécurité. Décembre 1999
75
Protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix
et de la sécurité. Décembre 1999 Op.Cit
76
Article 25 protocole relatif au mécanisme de prévention de gestion, de règlement des conflits, de maintien
de la paix et de la sécurité. Décembre 1999 Op.Cit

23
pionnier de la CEDEAO, qui avait, dès 1990, pris sur elle d’intervenir militairement au
Liberia en pleine guerre civile malgré l’absence de mandat onusien clair, établissant un
précédent en faveur du règlement régional des conflits internes. Désormais formalisé, le droit
d’ingérence de la CEDEAO repose sur l’idée qu’aucun coup de force anticonstitutionnel et
qu’aucune atrocité de masse ne doivent rester une affaire purement intérieure. C’est une idée
résumée par la formule de la « tolérance zéro » pour les changements anticonstitutionnels.
C’est précisément pour renforcer cette dernière idée qu’un Protocole additionnel sur la
démocratie et la bonne gouvernance a été adopté le 21 décembre 2001 à Dakar, en
complément du Mécanisme de 1999. Ce Protocole de 2001, qui a la même valeur juridique
que le traité instituant le Mécanisme77, vise à traiter les causes politiques des conflits et à
prévenir les crises intérieures en promouvant la gouvernance démocratique78. Il énonce une
série de principes constitutionnels communs, censés être respectés par tous les États
membres de la CEDEAO. Parmi ces principes figurent notamment : la séparation des
pouvoirs, l’indépendance de la justice, la soumission de l’armée au pouvoir civil
démocratique, la neutralité politique de l’administration et des forces de défense et de
sécurité, la tenue d’élections libres, régulières et transparentes, l’égal accès des citoyens aux
fonctions publiques, le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales (liberté
d’association, de presse, etc.)79. Le Protocole de 2001 consacre ainsi explicitement le
principe selon lequel “toute accession au pouvoir doit se faire à travers des élections libres,
honnêtes et transparentes”, écartant toute légitimité aux changements anticonstitutionnels80.
En miroir, il affirme la tolérance zéro pour le pouvoir obtenu ou maintenu par des moyens
anticonstitutionnels, ce qui constitue un engagement juridique ferme des États ouest-
africains en faveur de la démocratie représentative81. Concrètement, cela signifie que les
gouvernements issus de coups d’État ou de tout autre procédé illégal ne seront pas reconnus
par la CEDEAO82.

77
Protocole A/SP1/12/01 sur la Démocratie et la Bonne Gouvernance additionnel au Protocole relatif au
Mécanisme de Prévention, de Gestion, de Règlement des conflits et de maintien de la paix
78
Ibid.Protocole A/SP1/12/01 sur la Démocratie et la Bonne Gouvernance additionnel au Protocole relatif au
Mécanisme de Prévention, de Gestion, de Règlement des conflits et de maintien de la paix
79
Cadre de Prévention des Conflits 2008-2020. Abuja, 2008 Op.Cit
80
Ibid. Protocole A/SP1/12/01 sur la Démocratie et la Bonne Gouvernance additionnel au Protocole relatif au
Mécanisme de Prévention, de Gestion, de Règlement des conflits et de maintien de la paix
81
Mécanismes politiques et législatifs pour promouvoir la limitation des mandats présidentiels au sein de la
CEDEAO, Décembre 2023
82
https://www.fratmat.info/article/66821/Politique/cedeao-formelle-aucune-accession-au-pouvoir-par-des-
voies-non-constitutionnelles#:~:text=CEDEAO%20formelle%3A%20,John consulté le 17/02/2025 à 15 :00

24
Cette norme trouve un prolongement dans le régime de sanctions politiques et économiques
prévu par le Protocole de 2001 : son article 45 autorise la Conférence des chefs d’État et de
gouvernement de la CEDEAO à suspendre un État de toutes les instances de la Communauté
et à lui imposer diverses sanctions graduelles en cas de rupture de la démocratie ou de
violation massive des droits de la personne83. Par exemple, la suspension immédiate de l’État
auteur d’un coup d’État de toutes les activités de la CEDEAO est devenue une pratique
constante, accompagnée d’un embargo diplomatique et parfois de sanctions économiques ou
financières à l’égard de la junte au pouvoir. Le Protocole prévoit, en outre, durant la période
de suspension, l’État en question reste tenu de s’acquitter de ses obligations financières
envers la CEDEAO, de sorte à ne pas le déresponsabiliser84.

Sur le plan de la mise en œuvre, ce cadre juridique a été invoqué à de multiples reprises
au cours des deux dernières décennies. Dès 2003, la CEDEAO s’est appuyée sur le
Mécanisme de 1999 pour déployer des forces d’interposition lors des conflits civils en Côte
d’Ivoire (Mission de la CEDEAO en Côte d’Ivoire, MICECI) et au Liberia (force ECOMIL)
afin de stabiliser ces pays en crise en attendant l’intervention des Nations unies. Par la suite,
l’Organisation a eu recours aux outils juridiques du Protocole de 2001 pour condamner les
coups d’État et agissements anticonstitutionnels dans sa région. Un exemple notable est la
crise politique au Niger en 2009. Le président Mamadou Tandja, après deux mandats, avait
modifié la Constitution par référendum pour prolonger son pouvoir au-delà de la limite
prévue. Considérant cela comme une violation des principes de bonne gouvernance, la
CEDEAO a suspendu le Niger de l’organisation et refusé de reconnaître les élections
législatives organisées dans ce contexte de “crise de légalité constitutionnelle”85. De même,
lors de la crise post-électorale en Côte d’Ivoire en 2010-2011, la CEDEAO a appliqué le
principe selon lequel seul un accès au pouvoir par les urnes est légitime. Elle a reconnu la
victoire électorale d’Alassane Ouattara face au président sortant Laurent Gbagbo et a tenté
une médiation, tout en brandissant la menace d’une intervention armée pour évincer le
régime illégitime de Gbagbo qui refusait de céder le pouvoir.

83
Protocole additionnel de la CEDEAO Op.Cit
84
Protocole additionnel de la CEDEAO Op.Cit
85
https://www.reuters.com/article/world/ecowas-suspends-niger-says-election-invalid-
idUSTRE59K08B/#:~:text=,Yar%27Adua%2C%20who%20is%20ECOWAS%20chairman consulté le
17/02/2025 à 15 :20

25
Plus récemment, la série de putschs survenus en Afrique de l’Ouest (au Mali en 2020 puis
2021, en Guinée en 2021, au Burkina Faso en 2022) a mis à l’épreuve la politique de
“tolérance zéro” de la CEDEAO. À chaque fois, l’Organisation a immédiatement suspendu
les États concernés, exigé un retour rapide à l’ordre constitutionnel et imposé des sanctions
(y compris un embargo économique sévère dans le cas du Mali en 2022), sur le fondement
des engagements pris dans le Protocole de 200186. Le cas gambien reste un succès
emblématique du mécanisme CEDEAO. L’intervention pro-démocratique en Gambie a été
expressément fondée sur le Protocole de 2001 (principe de non-reconnaissance des régimes
illégitimes) et sur l’article 25 du Protocole de 1999 (renversement d’un gouvernement élu
comme condition d’action). Ce précédent a confirmé la validité du cadre juridique de la
CEDEAO, tout en soulignant l’importance de volonté politique des États pour en assurer le
respect.

En conclusion, la CEDEAO a su évoluer d'une organisation principalement économique


vers une entité régionale proactive en matière de paix, de sécurité et de gouvernance
démocratique. Les Protocoles de 1999 et 2001 ont jeté les bases d'un cadre juridique et
institutionnel robuste, permettant des interventions efficaces face aux crises politiques et
sécuritaires en Afrique de l'Ouest. Cette transformation illustre l'engagement des États
membres à privilégier la stabilité régionale et la démocratie, reconnaissant que le
développement durable ne peut être atteint sans une paix et une gouvernance solides.

Sous-section II : La Cour de justice de la CEDEAO

En complément des instruments politiques mentionnés ci-dessus, la CEDEAO dispose


également d’un organe judiciaire qui contribue, de manière moins directe mais réelle, à la
prévention et au règlement des conflits.

86
https://www.eeas.europa.eu/eeas/afrique-de-l%E2%80%99ouest-d%C3%A9claration-du-haut-
repr%C3%A9sentant-au-nom-de-l%E2%80%99union-europ%C3%A9enne-sur-la-paix-et-
la_und_en#:~:text=Dans%20ce%20cadre%2C%20l%E2%80%99Union%20europ%C3%A9enne,la%20stabil
it%C3%A9%20dans%20la%20r%C3%A9gion consulté le 18/02/2025 à 10 :20

26
Il s’agit de la Cour de justice de la CEDEAO, juridiction communautaire créée pour
assurer le respect du droit au sein de l’espace ouest-africain. La Cour de justice de la
Communauté a été établie initialement par le Protocole A/P.1/7/91 signé en 1991, en
exécution du Traité de 1975 (révisé en 1993) qui prévoyait un règlement juridictionnel des
différends communautaires87. Elle est officiellement entrée en fonction en 2001 et siège à
Abuja, au Nigeria88. Sa composition comprend cinq juges (portés à sept à une époque)
indépendants nommés par la Conférence des chefs d’État, pour un mandat de quatre ans
renouvelable une fois. La Cour de justice est compétente pour connaître de plusieurs types
d’affaires, ce qui en fait une juridiction polyvalente au sein de l’architecture CEDEAO.
Avant tout, elle a pour rôle classique d’interpréter et d’appliquer le traité et les protocoles de
la CEDEAO, à ce titre, elle peut trancher les différends entre États membres relatifs à
l’exécution des textes communautaires ou toute question d’interprétation du droit de la
CEDEAO89. Elle peut également être saisie par les plus hautes instances de l’Organisation
(Conférence, Conseil des ministres) pour avis consultatif sur des questions juridiques90. Par
ailleurs, la Cour fait office de tribunal du personnel (contentieux administratif interne) pour
les agents de la Commission de la CEDEAO91.

L’aspect le plus novateur de sa compétence résulte toutefois d’un Protocole additionnel


de 2005 (A/SP.1/01/05) qui a élargi le mandat de la Cour et, surtout, ouvert largement l’accès
des justiciables. En effet, depuis 2005, tout individu ou personne morale ressortissant d’un
État membre peut saisir directement la Cour de justice de la CEDEAO pour des violations
de droits de l’homme commises par un État membre, sans avoir besoin d’épuiser au préalable
les voies de recours nationales92. Cette possibilité exceptionnelle à l’échelle des

87
https://www.justiceinitiative.org/publications/ecowas-community-court-
justice#:~:text=The%201975%20ECOWAS%20Treaty%20included,nationals%20of%20the%20same%20sta
te consulté le 18/02/2025 à 10 :50

88
Ibid. Cour de justice de la Communauté de la CEDEAO
89
Ibid.Cour de justice de la Communauté de la CEDEAO
90
Ibid.Cour de justice de la Communauté de la CEDEAO
91
Ibid.Cour de justice de la Communauté de la CEDEAO

92
OFOR, Franca. Presentation on Community Court of Justice, ECOWAS. Abuja, ECOWAS Court of
Justice, 2018.

Guide de l’objecteur de conscience sur le système international des droits de l’homme, Cour de justice de la
Communauté de la CEDEAO

27
communautés économiques régionales a transformé la Cour de la CEDEAO en une véritable
cour sous-régionale des droits de l’homme. Le Protocole de 2005 consacre expressément la
compétence de la Cour pour connaître des cas de violation des droits de la personne, et il
supprime l’exigence d’épuisement des recours internes afin d’offrir un recours rapide aux
justiciables victimes de dénis de justice nationaux93. En pratique, la Cour de justice est ainsi
devenue un forum où des citoyens, des ONG ou des associations peuvent poursuivre leur
propre gouvernement pour des atteintes aux droits fondamentaux garantis par les instruments
internationaux (la Cour se réfère notamment à la Charte africaine des droits de l’homme et
des peuples et aux conventions de l’ONU ratifiées par les États)94. Ce rôle juridictionnel en
matière de droits humains contribue indirectement à la prévention des conflits, dans la
mesure où il offre un espace de règlement pacifique des griefs et une possibilité de justice
lorsque les systèmes nationaux font défaut. En sanctionnant les abus de pouvoir, les
violences ou les injustices, la Cour de la CEDEAO peut aider à résorber certains facteurs de
conflit interne (frustrations politiques, sentiment d’impunité, exclusion de minorités) par la
voie du droit plutôt que par la violence. Plusieurs affaires emblématiques illustrent l’impact
potentiel de cette juridiction sur la gouvernance démocratique des États membres. Ainsi, en
2017, la Cour de justice a rendu un arrêt marquant dans l’affaire Samuel Sam-Sumana c.
Sierra Leone, du nom de l’ancien vice-président sierra-léonais évincé de ses fonctions en
2015. La Cour a jugé que la destitution du vice-président par le président de l’époque violait
le droit, et a déclaré cette éviction illégale et contraire à la Constitution, ordonnant à l’État
sierra-léonais de verser des réparations à M. Sam-Sumana95. Cette décision soutenant l’état
de droit a été saluée comme une victoire pour la démocratie en Sierra Leone. Un autre cas
notable concerne la Gambie sous le régime autoritaire de Yahya Jammeh (1994-2017).
Durant cette période, la Cour de la CEDEAO a été saisie de multiples plaintes pour violations
graves des droits fondamentaux (disparitions forcées, actes de torture, répression de la
presse). Incapables d’obtenir justice devant des tribunaux nationaux inféodés au pouvoir, les
victimes se sont tournées vers la Cour régionale. Celle-ci a condamné à plusieurs reprises
l’État gambien. Notamment, en 2008, la Cour a jugé dans l’affaire Ebrima Manneh que
l’arrestation et la disparition forcée de ce journaliste constituaient une violation flagrante du

93
Présentation de la Cours de Justice de la CEDEAO Op.Cit
Guide de l’objecteur de conscience sur le système international des droits de l’homme
94
Guide de l’objecteur de conscience sur le système international des droits de l’homme Op.Cit
95
https://www.peaceinsight.org/en/articles/president-koromas-sacking-former-vice-president-was-illegal-
says-ecowas-regional- consulté le 22/02/2025 à 19 :10
court/#:~:text=The%20ECOWAS%20Regional%20Court%20of,mean%20for%20Sierra%20Leone%27s%20
fledgling consulté le 22/02/2025 à 19 :30

28
droit à la liberté et à un procès équitable. Elle a enjoint à la Gambie de libérer M. Manneh
(dont on est sans nouvelles depuis son enlèvement par les services de sécurité) et de verser
100 000 dollars de compensation à sa famille. De même, dans l’affaire Deyda Hydara
(journaliste assassiné en 2004), la Cour, par un arrêt de 2014, a établi que le gouvernement
gambien n’avait pas mené d’enquête effective sur ce meurtre et entretenait un climat
d’impunité violant la liberté d’expression ; elle a alloué des dommages-intérêts à la famille
du journaliste96. Sous le régime Jammeh, ces décisions sont restées lettre morte car le
gouvernement gambien n’a exécuté aucun des jugements, incarnant un défi à l’autorité de la
Cour et laissant perdurer l’impunité dénoncée par celle-ci. Ce n’est qu’après le changement
de pouvoir en 2017 que la Gambie a commencé à honorer ces arrêts, en versant notamment
une partie des indemnités dues aux familles des journalistes victimes97.

Les arrêts de la Cour de justice de la CEDEAO ont un effet catalyseur sur les réformes
internes ou la reconnaissance des torts. Dans certains cas, la pression juridique et la publicité
entourant les décisions encouragent les nouveaux gouvernements ou les régimes visés à
corriger les violations. Du point de vue juridique, la Cour de justice de la CEDEAO s’affirme
donc comme un garant du respect des normes communes, complémentaire de l’action
politique. Elle a consolidé le cadre juridique de prévention des conflits en donnant une
effectivité judiciaire à des principes clés tels que la protection des droits de l’homme, la
bonne gouvernance et l’État de droit. Chaque fois qu’un gouvernement est tenu responsable
d’une violation devant cette Cour, c’est un rappel que les engagements souscrits (par
exemple dans le Protocole de 2001 sur la bonne gouvernance) ne sont pas que déclaratifs,
mais peuvent faire l’objet d’un contrôle juridique contraignant. Cette responsabilité
juridique a un effet préventif : un État condamné risque une atteinte à sa réputation
internationale et s’expose à des pressions pour se conformer. Certes, la Cour ne dispose pas
de moyens coercitifs propres pour faire exécuter ses arrêts, et elle dépend de la volonté
politique des États. Néanmoins, la CEDEAO a envisagé de sanctionner les États qui ignorent
systématiquement les décisions de la Cour, allant jusqu’à brandir la menace de suspension

96
https://cpj.org/2014/06/ecowas-court-rules-gambia-failed-to-investigate-
jo/#:~:text=A%20panel%20of%20three%20justices,investigate%20the%20murder%2C%20and%20US%241
0%2C000 consulté le 22/02/2025 à 19 :40
97
https://mfwa.org/impact-stories/justice-at-last-gambia-finally-pays-compensation-to-families-of-ebrima-
manneh-and-deyda- consulté le 23/02/2025 à 09 :30
hydara/#:~:text=Gambia%20Finally%20Pays%20Compensation%20to,Ebrimah%20Manneh%20and%20De
yda%20Hydara consulté le 23/02/2025 à 09 :55

29
en cas de non-respect grave de l’État de droit98. À défaut d’un pouvoir coercitif, la force de
la persuasion et de l’opprobre international accompagne donc les arrêts de la Cour de justice.

En conclusion, la Cour de justice de la CEDEAO s'est imposée comme un acteur clé dans
la promotion et la protection des droits de l'homme en Afrique de l'Ouest. Grâce au Protocole
additionnel de 2005, elle offre aux citoyens un accès direct à la justice régionale, sans
nécessité d'épuiser les recours internes, renforçant ainsi l'État de droit et la gouvernance
démocratique. Ses décisions, bien que parfois confrontées à des défis d'exécution, ont un
impact significatif sur les réformes nationales et la responsabilisation des États membres,
contribuant à la stabilité et à la paix dans la région.

En définitive, le cadre juridique de la CEDEAO en matière de prévention, gestion et


résolution des conflits s’articule sur deux piliers complémentaires : d’une part, des
instruments politiques et normatifs (Protocole de 1999, Protocole de 2001) qui habilitent
l’Organisation et les États à intervenir collectivement pour préserver la paix et la démocratie
et d’autre part, un mécanisme juridictionnel (Cour de justice) qui promeut l’État de droit et
peut régler de manière pacifique des litiges à fort potentiel conflictuel. L’ensemble de ce
dispositif juridique a considérablement renforcé l’ingénierie institutionnelle de la CEDEAO
dans le domaine de la paix et de la sécurité, au point de faire de la Communauté un modèle
cité en exemple sur le continent africain.

Toutefois, l’efficacité pratique de ces outils dépend largement des ressources déployées et
de la cohésion politique entre États membres, ce qui conduit la CEDEAO à sans cesse
adapter et affiner son action. C’est ce qui justifie l’existence parallèle d’un cadre
opérationnel, destiné à traduire concrètement les normes en actions, que nous examinons à
présent.

98
https://allafrica.com/stories/202204210612.html#:~:text=West%20Africa%3A%20Failure%20to%20Obey,
President%20was%20unconstitutional%2C%20and consulté le 23/02/2025 à 10 :00

30
Section II : Cadre opérationnel du mécanisme

Le cadre opérationnel du mécanisme de prévention, de gestion et de règlement des conflits


de la CEDEAO repose sur des instruments stratégiques qui traduisent les engagements
juridiques en actions concrètes. Parmi ces instruments, deux cadres clés se distinguent : le
Cadre de Prévention des Conflits de la CEDEAO (CPCC) et le Cadre politique pour la
Réforme et la Gouvernance du Secteur de la Sécurité (RGSS).

Sous-section I : Cadre de prévention des conflits de la CEDEAO (CPCC)

Adopter des protocoles et des principes ne suffit pas à empêcher les guerres, encore faut-
il les mettre en œuvre à travers des actions concrètes, coordonnées et anticipatrices.
Consciente de cela, la CEDEAO a élaboré un Cadre de Prévention des Conflits spécifique
pour rendre opérationnels ses engagements. Ce cadre, adopté en 2008 sous la forme d’un
règlement de son Conseil de Médiation et de Sécurité, est connu en anglais sous l’appellation
ECOWAS Conflict Prevention Framework (ECPF). En français, on le désigne souvent
comme le Cadre de Prévention des Conflits de la CEDEAO (CPCC). L’ECPF de 2008 se
présente comme un document d’orientation stratégique qui vise à guider la Commission de
la CEDEAO et les États membres dans le renforcement de leurs capacités de prévention des
crises99. Il a été conçu comme une synthèse cohérente de l’ensemble des mécanismes,
protocoles et outils accumulés depuis les années 1990, afin de combler le fossé entre la
norme et la pratique et de favoriser une approche intégrée de la paix. Selon les termes mêmes
de l’ECPF, son but est de servir de référence pour toutes les initiatives de la CEDEAO et de
ses États visant à « renforcer la sécurité humaine » et à intégrer la prévention (aussi bien
structurelle qu’opérationnelle) dans tous les aspects de la consolidation de la paix 100. Le

99
Cadre de Prévention des Conflits 2008-2020. Abuja, 2008 Op.Cit
100
Cadre de Prévention des Conflits 2008-2020. Abuja, 2008 Op.Cit

31
CPCC se fonde clairement sur les principes juridiques établis en 1999 et 2001. Le document
rappelle que le Mécanisme de 1999 et le Protocole de 2001 fournissent le fondement et la
justification principale de l’approche préventive de la CEDEAO101. En d’autres termes,
l’ECPF se présente comme l’outil d’élaboration des textes juridiques précédemment
analysés.

Concrètement, le Cadre de Prévention des Conflits identifie quatorze domaines d’action


prioritaires couvrant l’ensemble du mécanisme de la prévention des conflits et de la
consolidation de la paix102. Ces domaines thématiques, qui correspondent aux facteurs de
conflit les plus pertinents en Afrique de l’Ouest, sont les suivants : l’alerte précoce, la
diplomatie préventive, la gouvernance démocratique et politique, les droits de l’homme et
l’état de droit, le rôle des médias, la gouvernance des ressources naturelles, les initiatives
transfrontalières, la réforme du secteur de la sécurité (dite “gouvernance sécuritaire”), le
désarmement pratique (notamment la lutte contre la prolifération des armes légères), les
femmes, paix et sécurité, les jeunes et la prévention des conflits, la Force en attente de la
CEDEAO (capacités de maintien de la paix), l’assistance humanitaire, et l’éducation à la
paix (promotion de la “culture de la paix”)103. Chacun de ces volets fait l’objet d’une fiche
détaillée dans l’ECPF, avec des objectifs, des activités types et des indicateurs de
performance. Cette structuration montre la volonté de la CEDEAO d’adopter une approche
globale de la prévention des conflits. Il ne s’agit pas seulement d’intervenir militairement ou
diplomatiquement quand une crise éclate, mais d’agir en amont sur les causes profondes
(mauvaise gouvernance, violations des droits, pauvreté, marginalisation de certaines
populations, concurrence pour les ressources, etc.) et en aval sur la reconstruction post-
conflit.

Le CPCC/ECPF consacre en particulier une attention aux mécanismes d’alerte et de


réaction rapide. Par exemple, dans le domaine de l’Alerte précoce, il prévoit de consolider
le Système d’Alerte Précoce existant (ECOWARN) en améliorant la collecte de données
dans les bureaux zonaux, l’analyse conjointe avec d’autres départements (Affaires
politiques, Affaires humanitaires, Genre) et la coordination avec les dispositifs de l’Union
africaine104. L’objectif est de fournir aux décideurs des rapports de situation et des options

101
Cadre de Prévention des Conflits 2008-2020. Abuja, 2008 Op.Cit
102
Cadre de Prévention des Conflits 2008-2020. Abuja, 2008 Op.Cit
103
Cadre de Prévention des Conflits 2008-2020. Abuja, 2008 Op.Cit
Protocole de la CEDEAO Op.Cit
104
Cadre de Prévention des Conflits 2008-2020. Abuja, 2008 Op.Cit

32
d’intervention en temps quasi-réel, de façon à prévenir les crises avant qu’elles ne
dégénèrent. En matière de Diplomatie préventive, l’ECPF encourage l’utilisation plus
systématique des bons offices, médiations et missions d’information. La CEDEAO dispose
à cet effet d’instruments tels que le Président en exercice, le Médiateur désigné ou le Conseil
des Sages, qu’il s’agit de mobiliser dès les premiers signes de tensions politiques (élections
contestées, protestations populaires, etc.). L’ECPF propose de renforcer les capacités de
médiation (par exemple en formant un pool régional de médiateurs expérimentés, ce qui a
été fait par la Commission) et d’impliquer davantage la société civile dans ces efforts (ONG
locales, chefs traditionnels, leaders religieux pouvant exercer une influence pacificatrice)105.
Un domaine crucial est la Gouvernance démocratique. Conformément au Protocole de 2001,
l’ECPF insiste pour que la CEDEAO soutienne activement les processus électoraux et la
consolidation des institutions démocratiques dans chaque État membre106. Cela recouvre
l’envoi d’observateurs électoraux de la CEDEAO lors des scrutins nationaux, l’appui
technique aux commissions électorales nationales, la promotion de codes de conduite pour
les candidats, etc.

Sous l’égide de l’ECPF, la CEDEAO a envoyé des missions d’observation lors de la


plupart des élections présidentielles et législatives dans ses États membres durant la décennie
2010, contribuant à désamorcer certaines contestations. En 2016, au moment de l’alternance
en Gambie, la présence d’observateurs de la CEDEAO et la validation du résultat électoral
par l’organisation ont légitimé le vainqueur et isolé le président sortant qui tentait de
s’accrocher au pouvoir. De même, la diplomatie préventive de la CEDEAO a joué un rôle
déterminant dans la résolution de crises politiques sans effusion de violence, comme en
Guinée en 2010 (transition encadrée vers des élections après les troubles) ou au Togo en
2005 (médiation ayant abouti à l’organisation rapide de nouvelles élections après la vacance
du pouvoir). Ces succès relèvent directement de la mise en œuvre du Cadre de prévention,
bien qu’ils soient moins médiatisés que les interventions militaires. L’ECPF a aussi
encouragé la CEDEAO à intégrer des perspectives nouvelles, notamment en ce qui concerne
le rôle du genre et de la jeunesse dans la paix. La création d’unités spécialisées (telle que la
Division Femme, Paix et Sécurité au sein de la Commission) et l’adoption d’un Plan
d’Action régional pour la mise en œuvre de la Résolution 1325 du Conseil de sécurité

105
https://cpnn-
world.org/new/?p=14961#:~:text=West%20Africa%3A%20Stakeholders%20call%20for,regional%20and%2
0national%20capacities consulté le 01/03/2025 à 09 :00
106
ECOWAS’ Military Intervention Mechanism Christof Hartmann and Kai Striebinger

33
(participation des femmes à la résolution des conflits) sont des retombées concrètes de ce
cadre. De même, la CEDEAO a appuyé des programmes de formation à la paix dans les
écoles (culture de la paix) et de réinsertion socio-économique des jeunes pour réduire leur
vulnérabilité au recrutement par des groupes armés ou extrémistes.

Sur le plan opérationnel, un apport significatif du Cadre de 2008 a été l’élaboration de


Plans d’action détaillés pour chacun des 14 domaines identifiés. En 2013, la CEDEAO a
lancé un processus pour doter chaque composante d’un plan de mise en œuvre avec des
activités phares, des responsables désignés et des indicateurs de suivi107. Par exemple, pour
la composante Ressources naturelles, le plan d’action prévoyait la création d’un Forum des
ministres en charge des ressources extractives afin d’harmoniser les politiques et anticiper
les tensions liées à l’exploitation minière ou pétrolière. Pour la composante Médias, une
Charte de la presse en période électorale a été promue. Ces plans d’action ont bénéficié de
partenariats avec l’Union européenne et d’autres bailleurs internationaux dans le cadre du
soutien à l’Architecture de Paix et de Sécurité de la CEDEAO108. Le Cadre de Prévention
des Conflits a incontestablement renforcé la réactivité et l’anticipation de la CEDEAO face
aux situations de crise. Il a institutionnalisé le passage d’une posture principalement réactive
(intervenir après le déclenchement du conflit) à une posture davantage préventive. Cette
évolution se manifeste par la multiplication des missions de bons offices et de médiation en
amont. Souvent, ces interventions discrètes ont permis d’éviter que des tensions politiques
ne dégénèrent en conflits ouverts. Par ailleurs, l’accent mis sur la consolidation post-conflit
(composantes DDR, aide humanitaire, éducation à la paix) a aidé à stabiliser durablement
certains pays sortant de crise, en complément de l’action des Nations unies. Ces efforts ont
contribué à ce que ces pays ne retombent pas dans la guerre.

107
https://www.eeas.europa.eu/node/56207_en#:~:text=,of%20the%20ECPF%20have consulté le 01/03/2025
à 18 :00
108
https://www.africa-newsroom.com/press/ecowas-officially-launches-security-sector-reform-and-
governance-policy-framework- consulté le 02/03/2025 à 11 :00
ssrg#:~:text=Organised%20with%20the%20support%20of,DCAF%29%2C%20United%20Nations consulté
le 02/03/2025 à 11 :15

34
En somme, le Cadre de Prévention des Conflits de la CEDEAO constitue le versant
opérationnel de l’arsenal de paix ouest-africain. Il traduit dans les faits l’idée que la
prévention est un processus continu, qui engage de multiples dimensions de l’action publique
et nécessite la collaboration de nombreux acteurs (États, organisations régionales, société
civile, partenaires internationaux). L’ECPF de 2008 a permis de systématiser cette approche
globale. En 2021, la CEDEAO a d’ailleurs entrepris de mettre à jour certains plans d’action
de l’ECPF pour les adapter aux menaces émergentes comme le terrorisme dans le Sahel et
le changement climatique, preuve que ce cadre est évolutif et appelé à perdurer comme
référence en matière de paix et de sécurité régionales.

Sous-section II : Cadre politique pour la réforme et la gouvernance du secteur de la


sécurité (RGSS)

La stabilité politique et la paix dépendent en grande partie de la manière dont le secteur de


la sécurité (armées, gendarmeries, polices, services de renseignement) est géré dans chaque
État. Des forces de sécurité professionnelles, respectueuses des droits humains et soumises
à l’autorité civile légitime sont un rempart contre les conflits, tandis qu’à l’inverse, des forces
mal gouvernées peuvent elles-mêmes devenir des fauteurs de trouble (coups d’État,
répressions violentes, etc.). Consciente de cet enjeu, la CEDEAO a progressivement
développé un Cadre politique pour la Réforme et la Gouvernance du Secteur de la Sécurité
(RGSS), qu’elle a formalisé en juin 2016 par un Acte additionnel adopté par la Conférence
des chefs d’État et de gouvernement. Ce cadre, élaboré en étroite concertation avec l’Union
africaine et les partenaires internationaux, s’inscrit dans la suite logique du Mécanisme de
1999 et du Protocole de 2001, ainsi que du Cadre de prévention de 2008, qui tous
soulignaient déjà l’importance d’une bonne gouvernance du secteur de la sécurité pour
prévenir les conflits109.

109
Acte Additionnel sur le Cadre Politique de la CEDEAO pour la Réforme et la Gouvernance du Secteur de
la Sécurité. Abuja, 4 juin 2016

35
En particulier, le CPCC de 2008 comportait une composante dédiée à la “Sécurité et
gouvernance”, et un Code de conduite pour les forces armées et de sécurité de la CEDEAO
avait été adopté en 2011, posant des standards de comportement pour les militaires
(neutralité politique, respect des droits, rejet des ordres manifestement illégaux, etc.). Le
Cadre RGSS de 2016 vient consolider ces acquis en offrant une vision commune et des
principes directeurs pour réformer les secteurs de sécurité nationaux de manière coordonnée.
Le contenu du Cadre RGSS se présente comme une Déclaration politique et une Position
commune des États de la CEDEAO sur la réforme du secteur de la sécurité (RSS). Il établit
un certain nombre de principes fondamentaux de la RSS que les États s’engagent à respecter.
Par exemple, le principe de l’appropriation nationale (chaque pays dirige sa propre réforme
en fonction de son contexte, la CEDEAO apportant un soutien et une cohérence régionale),
le principe d’inclusivité (associer la société civile, les femmes110et les minorités aux
processus de réforme, conformément aux engagements de parité et d’égalité de genre), le
respect de l’État de droit et des droits humains dans toutes les opérations de sécurité, la
transparence et la responsabilité des forces de défense et de sécurité devant l’autorité civile
démocratique, etc. Le Cadre encourage aussi l’adoption de normes communes au niveau
régional, afin de faciliter la coopération et les interventions conjointes. Par exemple, il
promeut l’harmonisation des formations des forces de sécurité, l’échange de bonnes
pratiques via des réseaux régionaux (réseau des comités parlementaires de défense et
sécurité, forum des chefs de police WAPCCO, forum des chefs de renseignement, etc.)111,
et l’établissement d’une expertise régionale mobilisable en appui aux pays engagés dans des
réformes (constitution d’un groupe d’experts ouest-africains de la RSS)112.

Sur le plan juridique, l’adoption du Cadre RGSS sous forme d’Acte additionnel confère une
valeur contraignante à ses dispositions du moins en théorie. En effet, en droit de la CEDEAO,
un Acte additionnel signé par les chefs d’État a une portée obligatoire immédiate (il n’a pas
à être ratifié individuellement par chaque pays, contrairement aux protocoles originaux) et
s’intègre à l’acquis communautaire. Ainsi, les États membres ont formellement reconnu en
2016 que la bonne gouvernance du secteur de la sécurité fait partie de leurs obligations
régionales. Bien entendu, la mise en œuvre de ces engagements dépend essentiellement de

110
Acte Additionnel sur le Cadre Politique de la CEDEAO pour la Réforme et la Gouvernance du Secteur de
la Sécurité. Abuja, 4 juin 2016 Op.Cit
111
Acte Additionnel sur le Cadre Politique de la CEDEAO pour la Réforme et la Gouvernance du Secteur de
la Sécurité. Abuja, 4 juin 2016 Op.Cit
112
Acte Additionnel sur le Cadre Politique de la CEDEAO pour la Réforme et la Gouvernance du Secteur de
la Sécurité. Abuja, 4 juin 2016 Op.Cit

36
la volonté de chaque gouvernement d’entreprendre ou poursuivre des programmes nationaux
de RSS. Le rôle de la CEDEAO, tel que défini dans le Cadre, est d’accompagner et de
coordonner ces efforts nationaux, tout en veillant à ce que les principes communs soient
respectés.

Le Cadre RGSS n’empiète pas sur la souveraineté des États en matière de défense et de
sécurité, mais il sert de guide et de point d’ancrage normatif, ainsi que de plateforme de
coopération régionale. Depuis son adoption, comment ce Cadre a-t-il été appliqué
concrètement ? On observe que plusieurs pays de la CEDEAO ont bénéficié d’un appui
régional en matière de RSS. Notamment, après le changement de régime en Gambie en 2017,
les nouvelles autorités ont lancé un vaste programme de réforme de leurs forces de sécurité,
qui étaient perçues comme politisées et coupables d’exactions sous l’ancien régime. La
CEDEAO a joué un rôle clé via sa Mission ECOMIG sur place (initialement déployée pour
la stabilisation post-crise), en l’orientant progressivement vers des tâches de restructuration
et formation de l’armée et de la police gambiennes. Le Cadre RGSS a servi de référence
pour cette transition. la CEDEAO, avec le soutien technique de l’ONU, de l’UE et du Centre
de Genève pour la gouvernance du secteur de la sécurité (DCAF), a aidé la Gambie à élaborer
une Politique nationale de sécurité et un Plan de réforme alignés sur les principes
régionaux113. Un bureau du Représentant spécial de la CEDEAO en Gambie a coordonné
ces efforts, et des ateliers ont été organisés pour sensibiliser les acteurs locaux
(parlementaires, médias, société civile) à l’importance d’une sécurité démocratique114.

Un autre cas est celui de la Guinée-Bissau, où la CEDEAO s’est investie de longue date. Ce
pays a connu des interventions militaires récurrentes et une instabilité chronique liée à un
secteur de sécurité hypertrophié et mêlé aux trafics. Dès 2012, la CEDEAO avait déployé
une mission (ECOMIB) après un coup d’État, avec un mandat incluant l’appui à la réforme
des forces armées. Sous le Cadre RGSS, cette mission a été prolongée et renforcée pour
accompagner la restructuration de l’armée bissau-guinéenne (retraite anticipée de centaines
de militaires, modernisation de la police, etc.), en coordination avec la Communauté

113
https://www.africa-newsroom.com/press/ecowas-officially-launches-security-sector-reform-and-
governance-policy-framework-
ssrg#:~:text=ECOWAS%20Regional%20Security%20Division%20,Police%20Programme%20in%20The%20Ga
mbia Op.Cit consulté le 04/03/2025 à 08 :00
114
https://www.africa-newsroom.com/press/ecowas-officially-launches-security-sector-reform-and-
governance-policy-framework-
ssrg#:~:text=ECOWAS%20Regional%20Security%20Division%20,Police%20Programme%20in%20The%20Ga
mbia Op.Cit consulté le 04/03/2025 à 16:20

37
lusophone (CPLP) et l’ONU. Les progrès ont été limités en raison des turbulences politiques
internes, mais la CEDEAO a au moins pu maintenir un dialogue sur la RSS et prévenir de
nouveaux soulèvements pendant plusieurs années.

En Côte d’Ivoire, après la crise de 2010-2011, un important programme DDR et RSS a eu


lieu (avec l’ONUCI), et bien que la CEDEAO n’ait pas été le principal acteur (dû à la
présence onusienne), elle a veillé, via son Cadre RGSS, à partager les bonnes pratiques de
la région et à intégrer l’expérience ivoirienne dans son retour d’expérience. Le Cadre RGSS
prévoit des plateformes régionales d’échange et de formation continue sur des thèmes
comme le contrôle parlementaire du secteur sécurité ou la justice militaire115.

Il convient de noter que la montée des menaces terroristes et extrémistes au Sahel et sur le
pourtour du Lac Tchad a conféré une urgence particulière à la mise en œuvre du Cadre
RGSS. Des armées mal préparées et des forces de sécurité abusant des populations peuvent
aggraver ce genre de conflit asymétrique. Ainsi, la CEDEAO a appuyé des formations aux
droits de l’homme à destination des forces engagées dans la lutte antiterroriste (par exemple
au Niger ou au Nigeria), en collaboration avec l’UA et des ONG. Le Cadre RGSS insiste sur
le respect du droit international humanitaire et des droits des populations, même dans les
opérations contre les groupes armés, afin de conserver le soutien des civils et de ne pas
alimenter les griefs116. De plus, face au défi des coups d’État militaires qui ont resurgi
récemment, le Cadre RGSS se révèle on ne peut plus pertinent. Il promeut un secteur de
sécurité “républicain”, c’est-à-dire subordonné au pouvoir civil et exclu du jeu politique.

La recrudescence des putschs en 2020-2022 (Mali, Guinée, Burkina) montre que cet objectif
est encore loin d’être atteint, mais elle a aussi poussé la CEDEAO à redoubler d’efforts pour
inculquer ces valeurs.

Au Sommet de 2022, les dirigeants ouest-africains ont réaffirmé la “tolérance zéro à l’égard
des coups d’État militaires” et la nécessité d’approfondir la réforme des armées pour
empêcher les militaires de s’emparer du pouvoir117. Le Cadre RGSS offre à cet égard un plan

115
Acte Additionnel sur le Cadre Politique de la CEDEAO pour la Réforme et la Gouvernance du Secteur de
la Sécurité. Abuja, 4 juin 2016 Op.Cit
116
Mécanismes politiques et législatifs pour promouvoir la limitation des mandats présidentiels au sein de la
CEDEAO Op.Cit
117
https://www.crisisgroup.org/fr/africa/sahel/burkina-faso-mali-niger/splinter-sahel-can-divorce-ecowas-be-
averted#:~:text=Alliance%20des%20Etats%20du%20Sahel,des%20prises%20de%20pouvoir consulté le
04/03/2025 à 08:15

38
d’action pour encourager chaque État à adopter des lois nationales clarifiant la place de
l’armée, renforcer l’éducation civique dans les forces, sanctionner les manquements à la
discipline démocratique, etc.

Un aspect positif du Cadre RGSS est qu’il a favorisé une meilleure coordination avec
l’Union africaine et les autres Communautés Régionales. L’UA avait adopté en 2013 un
Cadre d’orientation sur la RSS à l’échelle continentale118, et le fait que la CEDEAO ait
concrétisé ces principes en 2016 a été salué comme un pas en avant, la position ouest-
africaine servant de modèle pour d’autres régions. Lors du lancement officiel du Cadre
RGSS en novembre 2021, les partenaires (UE, ONU, ASSN, DCAF) ont souligné qu’il
arrivait à point nommé, appelant à intensifier la sensibilisation de toutes les parties prenantes
(y compris la société civile) pour créer un environnement propice à la transformation
démocratique des institutions de sécurité119. Cette dimension sociétale est cruciale. La
réforme du secteur sécurité ne doit pas être vue comme une affaire purement technique ou
interne aux forces armées, mais comme un chantier national impliquant les citoyens (via les
parlements, les médias, etc.). C’est pourquoi la CEDEAO promeut, via son Cadre RGSS,
l’idée d’un contrat de confiance entre les forces de sécurité et la population, fondé sur la
redevabilité, la protection des civils et le respect mutuel.

En résumé, le Cadre politique pour la Réforme et la Gouvernance du Secteur de la Sécurité


(RGSS) de la CEDEAO représente une avancée majeure dans la promotion d'une sécurité
démocratique et respectueuse des droits humains en Afrique de l'Ouest. En établissant des
principes directeurs tels que l'appropriation nationale, l'inclusivité, la transparence et la
responsabilité, ce cadre vise à renforcer la professionnalisation des forces de sécurité et à
prévenir les dérives autoritaires.

118
Acte Additionnel sur le Cadre Politique de la CEDEAO pour la Réforme et la Gouvernance du Secteur de
la Sécurité. Abuja, 4 juin 2016 Op.Cit
119
https://www.africa-newsroom.com/press/ecowas-officially-launches-security-sector-reform-and-
governance-policy-framework- consulté le 04/03/2025 à 08:30
ssrg#:~:text=SSRG%20Policy%20Framework%20came%20at,for%20effective%20transformation%20and%
20democratic consulté le 04/03/2025 à 08:35

39
Comme conclusion à cette section, on peut retenir que le cadre opérationnel incarné par
le CPCC de 2008 et le Cadre RGSS de 2016 vient compléter et renforcer le cadre juridique
de la CEDEAO pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits. Le CPCC fournit
une feuille de route d’actions multidimensionnelles pour attaquer les causes et
manifestations des conflits, tandis que le Cadre RGSS s’attaque à un volet spécifique mais
crucial, la gouvernance du secteur de la sécurité sans lequel les autres efforts pourraient être
vains. Juridiquement, ces instruments n’ont pas la force d’un traité classique, mais ils
représentent des engagements politiques forts et des références normatives que les États se
sont appropriées. Politiquement, ils témoignent de la maturité de la CEDEAO, capable de
réfléchir de façon globale aux problèmes de paix et sécurité et de se doter d’outils innovants
(par exemple, l’intégration de la dimension genre ou jeunesse dans la prévention des conflits
fut pionnière en Afrique). Sur le terrain, leur impact se mesure en termes d’amélioration
progressive des capacités de réaction de la CEDEAO. Aujourd’hui, l’organisation dispose
d’une panoplie d’instruments diplomatiques, juridiques, sécuritaires, sociaux qu’elle peut
mobiliser de manière flexible face aux crises.

Le bilan d’ensemble de ce chapitre est celui d’une architecture ouest-africaine de paix et de


sécurité de plus en plus cohérente, où le juridique et l’opérationnel se complètent pour
prévenir les conflits, gérer ceux qui éclatent malgré tout, et tenter d’en résoudre les
conséquences dans la durée. Ce cadre intégré, perfectionné au fil des ans, place la CEDEAO
à l’avant-garde des organisations régionales africaines en matière de prévention, gestion et
résolution des conflits, conformément à sa vocation à la fois économique, politique et
sécuritaire au service de la stabilité de la sous-région.

40
Conclusion partielle

Pour conclure, la CEDEAO a su bâtir une architecture juridique et opérationnelle robuste


pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits en Afrique de l'Ouest. Les
instruments juridiques, tels que le Protocole de 1999 et le Protocole additionnel de 2001, ont
établi des normes claires en matière de gouvernance démocratique et de respect des droits
humains, renforcées par l'action de la Cour de justice de la CEDEAO. Sur le plan
opérationnel, les organes tels que le Conseil de Médiation et de Sécurité, la Force en attente
de la CEDEAO (FAC) et le Système d'alerte précoce (ECOWARN) travaillent de concert
pour anticiper et répondre efficacement aux crises. Cette synergie entre le cadre juridique et
les mécanismes opérationnels confère à la CEDEAO une capacité d'intervention réactive et
coordonnée, essentielle pour maintenir la paix et la stabilité dans la région.

La Première Partie de notre étude a permis d'examiner en détail le cadre institutionnel et


opérationnel du mécanisme de prévention, de gestion et de règlement des conflits au sein de
la CEDEAO. Elle a mis en lumière l'architecture juridique, les organes clés ainsi que les
principales modalités d'action déployées pour promouvoir la paix et la stabilité en Afrique
de l'Ouest. Toutefois, malgré les avancées enregistrées, ce mécanisme n’est pas exempt de
limites structurelles et fonctionnelles. C’est pourquoi la Deuxième Partie sera consacrée à
l’analyse critique de ces insuffisances ainsi qu’à l’exploration des perspectives
d'amélioration nécessaires pour renforcer l'efficacité de l'action régionale face aux défis
sécuritaires contemporains.

41
Deuxième Partie : Les limites et les perspectives
d’amélioration du mécanisme

La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) s'est dotée,


depuis les années 1990, d'un ensemble de mécanismes visant à prévenir, gérer et résoudre
les conflits dans la région. Cependant, les récents coups d'État survenus au Mali, en Guinée,
au Burkina Faso et au Niger ont mis en évidence les limites de ces mécanismes face à un
contexte politique et sécuritaire en mutation profonde120. Ces événements soulignent la
nécessité pour la CEDEAO de réévaluer et d'adapter ses instruments d'intervention afin de
répondre efficacement aux défis actuels. Dans cette optique, la deuxième partie de cette
étude se propose d'analyser, dans un premier temps, les limites du mécanisme de prévention,
de gestion et de règlement des conflits de la CEDEAO.

Chapitre I : Les limites du mécanisme

La CEDEAO s’est dotée depuis les années 1990 d’un mécanisme institutionnel ambitieux
pour prévenir, gérer et régler les conflits dans l’espace ouest-africain. Notamment par le
Protocole de 1999 relatif au Mécanisme de prévention, de gestion et de règlement des
conflits, de maintien de la paix et de la sécurité, complété par le Protocole additionnel de
2001 sur la démocratie et la bonne gouvernance. Pour autant, plusieurs limites et défis
entravent la mise en œuvre efficace de ce mécanisme de paix et de sécurité. Ces contraintes
sont à la fois politiques et juridiques, logistiques et financières, liées à la préservation de la
souveraineté des États membres et à la difficile coordination régionale.

120
Le Rôle de la CEDEAO dans la Gestion des Crises Politiques et des Conflits Cas de la Guinée et de la
Guinée Bissau Op.Cit

42
Section I : Les contraintes et défis politiques, juridiques, logistiques et
financiers

Malgré les avancées significatives accomplies par la CEDEAO dans la mise en place d’un
mécanisme régional de prévention, de gestion et de règlement des conflits, l’organisation
reste confrontée à des défis structurels majeurs. Ces défis, qu'ils soient d'ordre politique,
juridique, logistique ou financier, limitent parfois la portée et l'efficacité de ses interventions.
En effet, la complexité des dynamiques politiques nationales, la fragilité de l'État de droit
dans plusieurs États membres, les lourdeurs logistiques ainsi que l’insuffisance des
ressources financières constituent autant d'obstacles qui entravent la mise en œuvre optimale
des missions assignées au mécanisme.

Afin d’en cerner toute la portée, l’analyse sera structurée en deux sous-sections
complémentaires. D'une part, la première sous-section portera sur les contraintes et défis
politiques et juridiques. D'autre part, la deuxième sous-section s’intéressera aux contraintes
et défis logistiques et financiers. Cette approche permettra de dresser un tableau fidèle des
vulnérabilités persistantes qui pèsent sur l'efficacité du mécanisme régional de paix et de
sécurité.

Sous-section I : Les contraintes et défis politiques et juridiques

Sur le plan politique, la volonté des États membres constitue un maillon décisif du
mécanisme de prévention et de règlement des conflits, dont l’absence peut gravement limiter
l’efficacité. En théorie, le dispositif repose sur des organes tels que le Conseil de médiation
et de sécurité (composé de chefs d’État ou ministres) et le Groupe des sages pour les bons
offices. Toutefois, l’insuffisance de volonté politique de certains dirigeants a souvent freiné
l’activation rapide et résolue de ces instruments.

Un constat dressé dès le début des années 2000 était que seulement trois États sur quinze
avaient ratifié le Protocole de 1999 après son adoption, révélant un net déficit d’engagement

43
politique121. Ce retard de ratification, symptôme d’une réticence des chefs d’État à l’égard
d’un mécanisme contraignant, a rendu difficile l’opérationnalisation du dispositif normatif
de la CEDEAO, au point que l’on a pu parler d’un « manque de volonté politique » flagrant
de la part des leaders ouest-africains122. En pratique, même une fois les textes ratifiés, les
décisions prises en sommet subrégional ne sont pas toujours suivies d’effets une fois les
dirigeants retournent dans leurs pays. Cette tendance au non-respect des engagements
collectifs illustre bien l’un des premiers obstacles politiques qui sont la primauté des intérêts
nationaux sur l’intérêt régional, et la difficulté à bâtir une véritable supranationalité en
matière de sécurité.

Des exemples concrets mettent en évidence ces réticences politiques. Ainsi, au début des
années 1990, lors de l’intervention de la force ouest-africaine ECOMOG au Libéria, la
CEDEAO a été handicapée par des divergences entre États anglophones et francophones
quant à l’opportunité et la conduite de l’opération. Certains pays, comme la Côte d’Ivoire de
Houphouët-Boigny ou le Burkina Faso de Compaoré, étaient initialement sceptiques et peu
enclins à soutenir une intervention perçue comme servant surtout l’influence du Nigeria dans
la région123. De même, lors de la crise politico-électorale en Côte d’Ivoire (2002–2010), la
médiation et l’action de la CEDEAO ont souffert de la fragmentation des positions des chefs
d’État. En effet, la Communauté s’est rapidement retrouvée en retrait au profit d’autres
acteurs (Union africaine, Nations Unies, médiation de chefs d’État individuels), faute de
parvenir à parler d’une seule voix face au régime de Laurent Gbagbo124. Dans ce contexte,
la détermination de certains leaders régionaux a parfois fait défaut pour faire respecter
scrupuleusement les normes communes, surtout lorsque leurs intérêts personnels ou ceux de
leur pays pouvaient être affectés125.

121
Operationalizing the ECOWAS Mechanism for ConflictPrevention, Management, Resolution,
Peacekeeping , and Security, Rapporteurs: Dorina Bekoe and Aida Mengistu 2002
122
Ibid. Operationalizing the ECOWAS Mechanism for Conflict Prevention, Management, Resolution,
Peacekeeping , and Security
123
Joséphine Diallo, L’intégration régionale sécuritaire de la CEDEAO 2015

124
Dr. Gilles Olakounlé Yabi, Le Rôle de la CEDEAO dans la Gestion des Crises Politiques et des Conflits
Cas de la Guinée et de la Guinée Bissau Abuja : Friedrich-Ebert-Stiftung, 2010.

125
Ibid. Le Rôle de la CEDEAO dans la Gestion des Crises Politiques et des Conflits Cas de la Guinée et de
la Guinée Bissau

44
Néanmoins, la CEDEAO a longtemps adopté une attitude mesurée à l’égard de régimes
autoritaires membres (comme la Gambie de Yahya Jammeh avant 2016, ou le Togo de
Gnassingbé père et fils), préférant la persuasion diplomatique à des sanctions fermes, tant
que la stabilité minimale prévalait. Ce n’est qu’en 2017, face au refus obstiné de Yahya
Jammeh de céder le pouvoir après sa défaite électorale, que les dirigeants ouest-africains ont
unanimement opté pour une posture résolue (dépêche d’une force d’interposition). Un cas
relativement rare d’unité politique se traduisant par une action vigoureuse.

Un autre défi politique réside dans la tentation pour certains États de privilégier des
réseaux parallèles de médiation ou d’intervention, hors cadre CEDEAO, lorsqu’une crise les
affecte de près. Par exemple, lors du conflit sierra-léonais et libérien dans les années 1990,
le Burkina Faso, la Libye ou la France ont mené des actions unilatérales ou via d’autres
forums, parfois en décalage avec les initiatives de la CEDEAO. Plus récemment, la création
du G5 Sahel (impliquant deux États membres de la CEDEAO, le Niger et le Burkina Faso
aux côtés du Tchad, de la Mauritanie et du Mali) pour lutter contre le terrorisme a soulevé
la question de la cohérence de l’architecture de sécurité. Cette multiplication d’enceintes
traduit certes la gravité des menaces, mais aussi une possible insuffisance de confiance de
certains États dans la capacité exclusive de la CEDEAO à traiter certains conflits. Le résultat
est un éparpillement des efforts et une dilution de l’autorité régionale, du fait de jeux
d’acteurs multiples.

Sur le plan juridique, malgré une base normative robuste, plusieurs limites subsistent
également. D’une part, l’arsenal juridique de la CEDEAO en matière de paix et sécurité doit
coexister avec des principes de droit international qui encadrent strictement l’intervention
dans les affaires intérieures des États. Certes, le Protocole de 1999 autorise explicitement
l’organisation à intervenir militairement dans un État membre en cas de conflit interne grave
(tentative de coup d’État, crise humanitaire, génocide, etc.) sans nécessairement requérir
l’accord préalable de l’État concerné126. Cependant, une telle action régionale, pour être
légitime, est en pratique coordonnée avec l’Union africaine (qui a sa propre politique de non-
indifférence aux crimes graves) et surtout avec l’ONU en vertu du Chapitre VIII de la Charte
des Nations Unies. L’article 52 du Protocole de 1999 souligne d’ailleurs que la CEDEAO
coopérera pleinement avec le mécanisme de l’UA pour la prévention et le règlement des

La CEDEAO et les coups d’État en Afrique de l’Ouest : quel cadre juridique pour quelles actions
126

préventives ?, par Djifa Agbezoukin,

45
conflits127. En clair, toute action coercitive de la CEDEAO doit être harmonisée avec le cadre
légal international, ce qui peut engendrer des lenteurs ou des incertitudes juridiques. C’est
ainsi que, lors de la crise gambienne de 2016-2017, la CEDEAO a menacé d’intervenir
militairement pour déloger le président sortant Jammeh. Bien qu’elle considérait agir en
conformité avec son Protocole et la volonté souveraine exprimée par les urnes en Gambie,
elle a veillé à obtenir un soutien juridique international (une résolution du Conseil de sécurité
de l’ONU saluant l’initiative) afin de conforter la légalité de son action. Cette nécessité
d’arrimer l’action régionale au droit onusien constitue une contrainte juridique structurelle,
qui peut freiner la réactivité du mécanisme en cas d’urgence. D’autre part, des lacunes
juridiques et institutionnelles subsistent dans l’application des textes. En effet, le Protocole
additionnel de 2001 sur la démocratie et la bonne gouvernance qui prohibe notamment les
changements anticonstitutionnels de gouvernement et consacre le principe de la tolérance
zéro vis-à-vis des coups d’État, n’est pas toujours appliqué avec la même rigueur selon les
cas. La CEDEAO suspend systématiquement de ses instances les États auteurs de putschs
(Guinée 2008, Mali 2012, Mali 2020, Guinée 2021, Burkina Faso 2022, etc.), mais les
sanctions plus fortes (embargos, gels financiers) sont décidées de manière inégale, reflétant
des considérations politiques plus que strictement juridiques. Par exemple, après le coup
d’État au Mali en août 2020, l’organisation a rapidement imposé un embargo économique
sévère, exigeant une transition courte, alors qu’au lendemain du putsch en Guinée
(septembre 2021), les sanctions ont été plus limitées et la transition de 2 ans proposée par la
junte a été relativement tolérée. Ces disparités dans le traitement juridique des situations
comparables affaiblissent la crédibilité du mécanisme et illustrent comment le juridique se
heurte au politique. En outre, la CEDEAO ne dispose pas de moyens juridictionnels pour
contraindre un État à respecter ses engagements. En effet, la Cour de Justice de la CEDEAO,
bien qu’autorisée à connaître de certaines violations (notamment des droits humains), n’a
pas de mandat spécifique pour juger les questions de changements anticonstitutionnels ou
de crimes liés aux conflits. Il n’existe pas, par exemple, de procédure contentieuse
permettant de traduire les auteurs de coups d’État devant un tribunal régional (il faut recourir
à des mécanismes internationaux comme la CPI dans les cas extrêmes, ou laisser les justices
nationales agir). Ce vide juridictionnel limite l’effet dissuasif des textes. Les putschistes,

127
L’intégration régionale sécuritaire de la CEDEAO Op.Cit

46
notamment savent que, hormis des sanctions politiques, ils n’encourent pas directement de
poursuites judiciaires au niveau régional.

En somme, la faiblesse des institutions nationales dans nombre d’États membres


représente une contrainte juridique indirecte mais réelle. En effet, l’efficacité du mécanisme
de prévention des conflits de la CEDEAO dépend aussi de la solidité des État de droit
internes. Or, dans plusieurs pays ouest-africains, la séparation des pouvoirs est incomplète
et les contre-pouvoirs (Parlements, systèmes judiciaires) peinent à contrôler l’exécutif128.
Cette situation favorise les abus de pouvoir, la corruption et les crises politiques internes qui
dégénèrent en conflits. La CEDEAO se retrouve alors à gérer des crises qui auraient pu être
évitées par un meilleur ancrage juridique de la démocratie dans ces États. Ses textes prônent
la bonne gouvernance, mais leur mise en œuvre nationale reste inégale. Tant que les
pratiques politiques internes n’épousent pas pleinement les principes convenus, la CEDEAO
ne peut jouer qu’un rôle de rempart vulnérable, dont les limites apparaissent vite atteintes
face à la souveraineté des États et la volonté de leurs dirigeants.

Sous-section II : Les contraintes et défis logistiques et financiers

Les limites d’ordre matériel, logistique et financier constituent un autre obstacle majeur
au fonctionnement optimal du mécanisme de paix et de sécurité de la CEDEAO. Si la volonté
politique d’agir est présente, encore faut-il en avoir les moyens opérationnels. Or, les
interventions passées de la CEDEAO ont mis en lumière d’importantes lacunes logistiques,
et l’organisation demeure tributaire de ressources financières limitées.

La CEDEAO ne dispose pas d’une armée permanente intégrée. En effet, elle s’appuie sur
les contributions des États membres (troupes, équipements, bases logistiques) lorsqu’une
mission de paix doit être déployée. Cette formule ad hoc a montré ses faiblesses. Lors de la
première intervention ECOMOG au Libéria (1990-1997), la capacité opérationnelle de la

La CEDEAO et les coups d’État en Afrique de l’Ouest : quel cadre juridique pour quelles actions
128

préventives Op.Cit

47
force a été gravement entravée par des problèmes de logistique et de coordination. Une étude
ex-post a révélé que l’absence de structure de commandement unifiée, le manque de
communication efficace entre contingents nationaux et l’insuffisance de soutien logistique
commun avaient compromis l’efficacité d’ECOMOG129. Chaque pays gérait en partie son
propre contingent, entraînant des dysfonctionnements (par exemple des équipements
incompatibles d’une armée à l’autre, ou des difficultés de ravitaillement pour certaines
troupes moins pourvues). De plus, le monopole du Nigeria aux postes de commandement
inévitable étant donné qu’il fournissait l’écrasante majorité des troupes et du matériel a
suscité des frictions et un manque de cohésion au sein de la force130. Au Sierra Leone voisin,
l’ECOMOG déployé en 1997-2000 a rencontré les mêmes problèmes de coordination et de
logistique limitées, peinant à couvrir l’ensemble du territoire faute d’effectifs et de moyens
de transport suffisants. Globalement, les opérations de la CEDEAO dans les années 1990
ont souffert d’une improvisation logistique, l’organisation n’ayant pas anticipé la lourdeur
qu’implique la conduite d’opérations militaires prolongées (bases, hôpitaux de campagne,
maintenance, etc.). Ces insuffisances ont perduré au-delà. Au début des années 2000, la
CEDEAO a néanmoins entrepris d’institutionnaliser sa capacité de maintien de la paix en
créant une Force en Attente (ou ECOWAS Standby Force) intégrée à l’Architecture de paix
et de sécurité africaine de l’UA. La Force en Attente de la CEDEAO (FAC) est conçue pour
être multidimensionnelle (composante militaire ~6500 hommes, composante policière,
composante civile) et rapidement déployable sur décision du Conseil de médiation et de
sécurité131.

Cependant, la FAC n’a que peu été éprouvée opérationnellement à ce jour. Ses effectifs
théoriques n’ont été mobilisés que dans des proportions modestes, comme lors de la Mission
de la CEDEAO en Gambie (ECOMIG) en 2017 ou au cours de missions d’observation. De
fait, le saut qualitatif vers une force régionale pleinement opérationnelle reste inachevé. Les
critiques formulées autrefois contre ECOMOG, sur la domination d’un État dans le
commandement ou la contribution inégale des États n’ont été que partiellement résolues. Le
mécanisme de 1999 prévoit que chaque État fournisse au moins un bataillon à la force en
attente, et que le commandant de force soit désigné collectivement par les États membres132.
Dans les faits, toutefois, les armées ouest-africaines demeurent très hétérogènes en termes

129
L’intégration régionale sécuritaire de la CEDEAO Op.Cit
130
L’intégration régionale sécuritaire de la CEDEAO Op.Cit
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L’intégration régionale sécuritaire de la CEDEAO Op.Cit

48
de formation, d’équipement et de capacité de projection. Plusieurs pays de la CEDEAO ont
des armées modestes, à dominante intérieure, peu rompues aux opérations extérieures. Lors
de la préparation de la Mission d’appui au Mali (MISMA/AFISMA) en 2013, la CEDEAO
a éprouvé des difficultés à rassembler rapidement des troupes entraînées et équipées face à
l’offensive djihadiste. Il a fallu l’appui logistique et l’intervention directe de la France
(opération Serval) pour stabiliser la situation en attendant le déploiement laborieux de la
force africaine puis onusienne. Ce délai à agir illustre bien le déficit capacitaire de la
CEDEAO en matière de déploiement rapide et autonome.

En termes plus précis, les défis logistiques incluent le transport stratégique des troupes
(manque d’avions de transport tactique, de moyens navals de projection), l’insuffisance de
communications sécurisées interopérables (les missions passées ont souffert de l’absence
d’un système de communication et de commandement unifié)133, le déficit en soutien
médical et en évacuation sanitaire, ainsi que la dépendance persistante à l’égard
d’équipement extérieur. Par exemple, dans les missions récentes de la CEDEAO, la plupart
des contingents utilisent des véhicules et matériels fournis via des programmes d’assistance
étrangère (Union européenne, Nations Unies, France, États-Unis via le programme
ACOTA/RECAMP, etc.), ce qui pose des problèmes de maintenance et de compatibilité134.
Les centres de formation régionaux le Centre Kofi Annan au Ghana, l’École de maintien de
la paix de Zambakro en Côte d’Ivoire, le Collège de Défense au Nigeria contribuent à
harmoniser les doctrines, mais ils manquent de ressources pour former en nombre suffisant
et régulièrement le personnel de maintien de la paix135. En dépit de leur existence, un rapport
d’experts a noté qu’ils ne pourront probablement pas répondre à tous les besoins de
formation, du fait du manque de financement, de formateurs et d’expertise disponible
localement136. Ainsi, l’inadéquation des capacités techniques demeure une limite concrète.
Comme le soulignent des observateurs, « malgré le nombre de centres de formation, -ils sont
peu ou ne sont pas à même de combler les besoins-, les missions de paix ouest-africaines

133
Operationalizing the ECOWAS Mechanism for Conflict Prevention, Management, Resolution,
Peacekeeping ,and Security Op.Cit
134
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Peacekeeping ,and Security Op.Cit
135
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Peacekeeping ,and Security Op.Cit
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Peacekeeping ,and Security Op.Cit

49
souffrent encore de lacunes logistiques, de communications et de systèmes de
commandement mal coordonnés »137.

Par ailleurs, la contrainte financière pèse lourdement sur les opérations de paix de la
CEDEAO. La plupart des États membres disposent de ressources budgétaires très limitées,
et les dépenses militaires ou de maintien de la paix ne peuvent qu’en représenter une part
modeste. Financer une opération de maintien de la paix est prohibitif pour les États africains
les plus fragiles138. La CEDEAO a bien prévu, dès 1999, la création d’un Fonds de la
Communauté alimenté par un prélèvement communautaire (0,5% sur les importations) pour
financer ses activités de gestion des conflits139. Toutefois, dans la réalité, la mise en œuvre
de ce mécanisme de financement autonome a été incomplète ou tardive. Pendant de longues
années, le prélèvement n’a pas été pleinement collecté ou son produit est resté très modeste
(on évoquait un montant d’environ 60 millions de dollars, notoirement insuffisant au regard
des besoins)140. En pratique, chaque fois qu’une crise majeure éclate, la CEDEAO doit
solliciter des contributions volontaires de ses membres (or, seuls quelques-uns ont des
moyens significatifs, notamment le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Ghana et, dans une moindre
mesure, le Sénégal) ainsi que l’aide des partenaires extérieurs. Historiquement, le Nigeria a
assumé l’essentiel du coût des interventions des années 1990 : on estime qu’il a dépensé
plusieurs milliards de dollars pour financer ECOMOG au Libéria et en Sierra Leone (en
assumant solitairement l’entretien de ses troupes et le soutien logistique d’autres contingents
plus pauvres). Mais cette situation n’est plus tenable à long terme, d’autant que l’économie
nigériane a connu des aléas et que le pays doit faire face à ses propres défis sécuritaires
(insurrection de BokoHaram notamment) qui absorbent ses moyens. Les autres pays, pour
la plupart, ne peuvent dédier qu’une fraction minime de leur budget national à des opérations
régionales. Dès lors, la dépendance financière vis-à-vis des bailleurs internationaux est une
réalité incontournable. L’ONU, l’Union européenne, des pays comme la France, les États-
Unis ou le Royaume-Uni, ainsi que des organisations comme l’Union africaine, ont
régulièrement été mis à contribution pour soutenir financièrement les déploiements ouest-
africains. Ainsi, la Mission de stabilisation en Guinée-Bissau (ECOMIB) déployée après le

137
Operationalizing the ECOWA S Mechanism for Conflict Prevention, Management, Resolution,
Peacekeeping ,and Security Op.Cit
138
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Peacekeeping ,and Security Op.Cit
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50
coup d’État de 2012 a été en grande partie financée par l’Union européenne, sans laquelle sa
poursuite n’aurait pu être assurée141. De même, l’opération AFISMA au Mali en 2013 n’a
effectivement pu voir le jour qu’après la promesse de remboursements et de soutien
logistique de l’ONU (à travers une résolution de soutien logistique et financier) 142, faute de
quoi les pays contributeurs de troupes ne pouvaient pas engager leurs soldats sur leurs seules
ressources.

Cette dépendance financière externe comporte deux limites. D’une part, elle peut
introduire des délais préjudiciables, tant que les promesses de financement ne sont pas
concrètes, les troupes tardent à se déployer. Cela s’est vu en 2013 où, malgré l’urgence,
l’AFISMA n’a réellement commencé son déploiement que plusieurs semaines après
l’offensive française, le temps qu’une conférence de donateurs se tienne et que les modalités
de financement soient clarifiées143. D’autre part, compter sur des bailleurs signifie subir
parfois leurs conditions ou priorités. Par exemple, les financements européens via la Facilité
africaine de paix imposaient des procédures qui ralentissaient la mise à disposition des fonds
sur le terrain144. Par ailleurs, les partenaires extérieurs peuvent avoir leurs propres agendas.
La multiplicité des sources d’assistance (ONU, UA, UE, bilatéraux) peut entraîner une
dispersion des initiatives et un manque de cohérence stratégique. Comme le note un expert,
trop d’offres d’assistance non coordonnées risquent de « diluer les objectifs et priorités,
d’affaiblir la réflexion stratégique et de creuser un décalage entre les plans d’action
ambitieux et la capacité d’exécution de la Commission »145. Autrement dit, l’afflux ponctuel
de financements divers n’équivaut pas à un renforcement durable des capacités si ces apports
ne s’inscrivent pas dans un cadre pensé par la CEDEAO elle-même.

141
https://www.securitycouncilreport.org/atf/cf/%7B65BFCF9B-6D27-4E9C-8CD3-
CF6E4FF96FF9%7D/s_res_2404.pdf consulté le 15/03/2025 à 11 :00
142
https://studies.aljazeera.net/en/reports/2013/02/20132148940690455.html
https://digitallibrary.un.org/record/746482/files/S_2013_163-FR.pdf consulté le 15/03/2025 à 11 :10
143
https://theglobalobservatory.org/2013/05/disagreements-over-mali-could-sour-more-than-the-upcoming-
african-union-celebration/ consulté le 15/03/2025 à 15 :00
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15/03/2025 à 15 :15
https://www.france24.com/en/20130129-global-donors-pledge-600-million-mali consulté le 15/03/2025 à
15 :30
144
African Peace And Security Architecture (APSA) 2010 Assessment Study
145
Le Rôle de la CEDEAO dans la Gestion des Crises Politiques et des Conflits Cas de la Guinée et de la
Guinée Bissau Op.Cit

51
En résumé, l’insuffisance de moyens logistiques et financiers place la CEDEAO dans une
position de dépendance et limite son autonomie d’action. Tant que l’organisation ne
disposera pas de ressources prévisibles et suffisantes, par exemple, un fonds de réserve
alimenté en continu pour pouvoir financer les déploiements d’urgence146et tant qu’elle
n’aura pas renforcé les capacités de ses armées nationales (interopérabilité, entraînement,
matériel), chaque intervention restera un défi relevé in extremis. La lenteur de mobilisation
observée dans plusieurs crises découle directement de ces contraintes matérielles. Il s’agit là
de limites structurelles du mécanisme actuel, que la volonté politique seule ne peut combler
sans une vision stratégique d’ensemble pour doter la CEDEAO de moyens à la hauteur de
ses ambitions.

En guise de conclusion de la section 1, il convient de noter que la CEDEAO se trouve


confrontée à des défis structurels majeurs qui entravent son efficacité en matière de
prévention et de gestion des conflits. D'une part, la fragilité des institutions nationales dans
plusieurs États membres limite la mise en œuvre des normes régionales de gouvernance
démocratique, rendant l'organisation vulnérable face aux crises internes. D'autre part,
l'insuffisance de ressources logistiques et financières compromet sa capacité à intervenir
rapidement et de manière autonome lors des situations d'urgence. Pour surmonter ces
obstacles, il est impératif que la CEDEAO renforce les institutions étatiques, assure un
financement prévisible de ses opérations et améliore la coordination avec les partenaires
régionaux et internationaux. Ce n'est qu'à travers une approche intégrée et proactive que
l'organisation pourra pleinement assumer son rôle de garant de la stabilité en Afrique de
l'Ouest.

Après avoir exploré les contraintes et défis politiques, juridiques, logistiques et financiers
qui entravent l'intégration régionale, il est essentiel d'examiner les enjeux liés à la
souveraineté des États membres et à la coordination régionale.

146
Operationalizing the ECOWAS Mechanism for Conflict Prevention, Management, Resolution,
Peacekeeping , and Security Op.Cit

52
Section II : Les contraintes et défis liés à la souveraineté des États
membres et à la coordination régionale

L'intégration régionale, bien qu'elle offre des opportunités de coopération et de


développement, confronte les États membres à des défis complexes. D'une part, la nécessité
de préserver leur souveraineté nationale peut entraver la mise en œuvre de politiques
communes. D'autre part, la coordination régionale exige une harmonisation des politiques et
des pratiques, ce qui peut s'avérer difficile en raison des divergences économiques, politiques
et culturelles entre les États membres. Cette section examine ces deux dimensions en détail,
en explorant d'abord les contraintes liées à la souveraineté des États membres, puis les défis
associés à la coordination régionale.

Sous-section I : Les contraintes et défis liés à la souveraineté des États membres

Le principe de souveraineté nationale constitue sans conteste l’une des pierres


d’achoppement les plus délicates pour le mécanisme de prévention et de gestion des conflits
de la CEDEAO. L’organisation ouest-africaine, bien qu’ayant fait évoluer les pratiques
traditionnelles de non-ingérence, reste une communauté d’États souverains jaloux de leurs
prérogatives. Les chefs d’État, en dernière instance, fixent les limites de l’action collective
en fonction de ce qu’ils jugent acceptable pour la souveraineté de leur propre pays. Ainsi, la
capacité de la CEDEAO à influencer le fonctionnement politique réel de ses États membres
se heurte rapidement à une barrière, celle de la souveraineté et de la volonté politique
individuelle des dirigeants147.

Plusieurs facteurs expliquent cette sensibilité. Avant tout, l’histoire post-coloniale


africaine a longtemps sacralisé le respect absolu de la souveraineté et de la non-interférence,

147
Le Rôle de la CEDEAO dans la Gestion des Crises Politiques et des Conflits Cas de la Guinée et de la
Guinée Bissau Op.Cit

53
principe cardinal de l’OUA (Organisation de l’unité africaine). Bien que l’Union africaine
ait, depuis 2000, amendé ce dogme en adoptant le principe de « non-indifférence » aux
crimes graves (article 4 de l’Acte constitutif de l’UA) et en encourageant les initiatives
régionales de paix, dans la pratique beaucoup de dirigeants restent réticents à accepter une
intervention extérieure chez eux. Au sein de la CEDEAO, il existe une tension permanente
entre l’ingérence légitime au nom de la stabilité régionale et la défense de la souveraineté
nationale. Par exemple, lors de la crise politico-militaire au Mali en 2012, la CEDEAO a
proposé l’envoi d’une force pour aider à sécuriser la transition et lutter contre la rébellion
dans le Nord. Or, le gouvernement de transition malien initial (dirigé par le capitaine Sanogo
après le coup d’État) a, dans un premier temps, rejeté catégoriquement l’idée de troupes
étrangères sur le sol malien, y voyant une atteinte à la souveraineté148. Il a fallu d’âpres
négociations et la détérioration de la situation sécuritaire (avancée des groupes armés vers
le sud) pour que les autorités maliennes finissent par solliciter officiellement l’aide de la
CEDEAO et accepter le principe d’AFISMA149. Cette réticence initiale, motivée par
l’orgueil national et la crainte de perdre le contrôle, a fait perdre de précieux mois dans la
réponse collective. De même, en Guinée-Bissau, pays chroniquement instable, l’ingérence
étrangère est un sujet sensible. En 2012, après un énième coup d’État, la CEDEAO a déployé
une mission d’interposition (ECOMIB). Si certains acteurs bissau-guinéens y ont vu une
garantie de la stabilité, d’autres notamment des factions militaires locales ont dénoncé une
présence étrangère indésirable150.

La méfiance envers la CEDEAO a parfois été attisée par le sentiment que certains États
voisins cherchaient à contrôler la situation pour leurs propres intérêts (ainsi le Sénégal et le
Nigéria, contributeurs principaux de troupes, ont été accusés par des militaires bissau-
guinéens de vouloir imposer leur agenda). On retrouve là un réflexe souverainiste classique,
même au bord du chaos, des forces locales préfèrent revendiquer leur pleine souveraineté,
compliquant la tâche de la CEDEAO pour stabiliser le pays. Plus généralement, dès que
l’action de la CEDEAO contrarie un gouvernement en place, celui-ci n’hésite pas à faire
valoir la souveraineté nationale pour s’y opposer. Par exemple, un président en exercice mis
en cause pour non-respect des règles démocratiques (tentation de s’éterniser au pouvoir,

148
https://www.france24.com/en/20120429-mali-coup-leader-rejects-ecowas-troop-deployment-sanogo-west-
africa-traoreconsulté le 17/03/2025 à 09:30
149
https://press.un.org/fr/2012/cs10789.doc.htm consulté le 17/03/2025 à 14:30
150
Le Rôle de la CEDEAO dans la Gestion des Crises Politiques et des Conflits Cas de la Guinée et de la
Guinée Bissau Op.Cit

54
fraude électorale, etc.) percevra les pressions de la CEDEAO comme des immixtions dans
ses affaires intérieures. Dans les années 2000, le régime de Togo sous Gnassingbé Eyadéma
puis Faure Gnassingbé a régulièrement rejeté les critiques régionales sur la gouvernance en
invoquant le droit souverain d’organiser ses processus électoraux. La CEDEAO, dans ces
circonstances, est contrainte de composer avec la souveraineté. Elle peut suspendre un État
ou condamner ses agissements, mais elle ne peut pas remplacer ses dirigeants ni administrer
directement le pays. Gilles Yabi souligne bien que la CEDEAO ne doit pas être perçue
comme un substitut possible aux États ni comme un moyen de s’affranchir des carences ou
de la légitimité discutable de leurs dirigeants. Le rôle de la CDEAO n’est pas de se substituer
à la souveraineté nationale, et penser le contraire serait une illusion dangereuse151. En
d’autres termes, le mécanisme régional a pour vocation d’appuyer, de compléter les efforts
nationaux, mais non de les supplanter : « le renforcement des mécanismes régionaux doit
aller de pair avec la consolidation des mécanismes et des institutions au niveau de chacun
des États membres »152. Cette phrase met en lumière la limite intrinsèque liée à la
souveraineté. La stabilité régionale dépend d’abord de la stabilité et de la bonne gouvernance
de chaque État, domaine dans lequel la CEDEAO ne peut intervenir qu’indirectement. Le
consentement des États reste donc souvent la condition sine qua non d’une action efficace.
Certes, la CEDEAO a développé le principe de décisions majoritaires en matière de sécurité
(le Conseil de médiation et de sécurité peut, théoriquement, décider d’une intervention sans
l’accord de toutes les parties, voire contre l’avis de l’État concerné dans des cas extrêmes).
Mais en pratique, les grandes opérations ont été menées soit avec l’aval du pays en crise (par
exemple, au Liberia en 2003, le gouvernement de transition a accueilli la force
d’interposition ECOMIL qui précédait l’ONU), soit dans un contexte de vacance du pouvoir
ou de consensus international qui rendait l’argument de souveraineté moins opérant (ex. : en
Gambie en 2017, l’ancien président refusant de partir n’avait plus de légitimité reconnue ni
par l’UA ni par l’ONU, ce qui a facilité l’acceptabilité de l’intervention de la CEDEAO). En
dehors de ces cas, une intervention non-consentie serait extrêmement difficile, car elle
risquerait d’être considérée comme une agression par l’État visé, de diviser les membres de
la CEDEAO et de manquer de base de légalité internationale solide. L’attitude de Yahya
Jammeh qualifiant l’intervention de la CEDEAO d’« acte de guerre » en 2017 illustre le type

151
Le Rôle de la CEDEAO dans la Gestion des Crises Politiques et des Conflits Cas de la Guinée et de la
Guinée Bissau Op.Cit
152
Le Rôle de la CEDEAO dans la Gestion des Crises Politiques et des Conflits Cas de la Guinée et de la
Guinée Bissau Op.Cit

55
de réaction souverainiste auquel l’organisation s’expose si elle outrepasse les lignes rouges
des dirigeants nationaux153.

Un autre aspect de la souveraineté qui pose défi est la diversité des régimes politiques au
sein de la CEDEAO. En effet, on y trouve aussi bien des démocraties relativement stables
(Ghana, Cap-Vert, Sénégal…) que des États autoritaires ou en transition fragile. Cette
diversité implique que les États n’ont pas tous la même conception de l’ingérence acceptable.
Par exemple, les États ayant eux-mêmes des gouvernances discutables peuvent craindre
qu’en sanctionnant trop fermement un voisin, un précédent soit créé qui un jour leur soit
appliqué. Cette situation a pu se produire dans les discussions internes. Ainsi, l’adoption du
Protocole de 2001 sur la bonne gouvernance a demandé de la diplomatie, certains régimes
militaires (comme la Gambie à l’époque) se sentant visés.

Plus récemment, en 2015, un projet de la CEDEAO visant à imposer une limitation


constitutionnelle des mandats présidentiels dans tous les États membres a avorté, car deux
pays (le Togo et la Gambie) s’y sont opposés fermement, arguant du respect de leur
souveraineté constitutionnelle154. Cet épisode révèle comment la volonté de préserver des
prérogatives souveraines (ici, le droit de chaque État de fixer son régime de mandats) a
empêché une avancée collective qui aurait pu fortifier la prévention des crises de succession
au pouvoir.

Enfin, le nationalisme et la sensibilité des opinions publiques entrent en jeu. Les


populations ouest-africaines, bien qu’attachées à l’idéal d’intégration, peuvent se montrer
hostiles à la présence de troupes étrangères, fussent-elles de pays voisins. Les
gouvernements, conscients de cela, instrumentalisent parfois le sentiment national pour
rejeter les recommandations de la CEDEAO. Notamment, en Côte d’Ivoire durant la crise
de 2010, le camp de Laurent Gbagbo a mobilisé l’opinion contre ce qu’il qualifiait de diktat
extérieur, accusant la CEDEAO (et l’UA, l’ONU) de comploter pour installer Alassane
Ouattara sous influence étrangère. Cette rhétorique de la souveraineté offensée a pour effet

153
https://www.aljazeera.com/news/2017/1/1/yahya-jammeh-calls-ecowas-deployment-an-act-of-
war#:~:text=Yahya%20Jammeh%20calls%20ECOWAS%20deployment,in%20last%20month%27s%20presi
dential consulté le 17/03/2025 à 18:50
154
https://reuters.screenocean.com/record/154688 consulté le 18/03/2025 à 08:20

56
de délégitimer l’action régionale aux yeux de certains citoyens, et rend plus coûteuse
politiquement toute intervention de la CEDEAO155.

En somme, la souveraineté des États membres demeure un cadre limitatif incontournable.


Les avancées normatives de la CEDEAO en matière de droit d’ingérence régionale se
heurtent, sur le terrain, à la nécessité de composer avec l’acceptation des États. Tant que les
États seront fragiles et les pratiques de gouvernance nationales éloignées des standards
démocratiques proclamés, la CEDEAO verra son rôle de « gardien de la démocratie »
constamment remis en question, et ses limites atteintes dès que ses actions contredisent
frontalement la volonté d’un gouvernement en place. Le défi est donc de trouver un équilibre
entre respect de la souveraineté et exigence de stabilité collective, équilibre qui, jusqu’ici, a
souvent penché en faveur de la souveraineté.

Sous-section II : Les contraintes et défis liés à la coordination régionale

Au-delà des États pris individuellement, le mécanisme de la CEDEAO fait face à des
limites découlant de la coordination au niveau régional et international. Par « coordination
régionale », il faut entendre aussi bien la cohérence entre la CEDEAO et les autres
organisations de la région (Union africaine, autres Communautés économiques régionales,
Nations Unies) que la coordination au sein même de la CEDEAO entre différents acteurs
(Commission de la CEDEAO, organes politiques, société civile). Des chevauchements de
compétences, un manque d’harmonisation des systèmes d’alerte et parfois une compétition
implicite entre organisations ont pu affaiblir l’efficacité de la prévention des conflits en
Afrique de l’Ouest.

Un premier enjeu est la délimitation des rôles entre la CEDEAO et l’Union africaine.
Depuis le début des années 2000, l’UA a développé sa propre Architecture de Paix et de

155
https://www.rfi.fr/fr/afrique/20101226-laurent-gbagbo-denonce-complot-franco-americain consulté le
18/03/2025 à 08:25
https://www.france24.com/fr/20101227-gbagbo-denonce-complot-menaces-cedeao-monde-figaro-
ambassadeurs-ouattara-cedeao consulté le 18/03/2025 à 08: 35

57
Sécurité (APSA), dont les Communautés économiques régionales (CER) sont des piliers. En
théorie, le principe de subsidiarité prévaut que l’organisation régionale (CEDEAO)
intervient en première ligne sur les conflits de son espace, l’UA apportant un soutien ou
intervenant si la situation déborde le cadre régional. Dans la pratique toutefois, tout cela
manque de clarté. Plusieurs textes définissent le rôle des CER, sans toujours articuler
précisément comment celles-ci doivent coopérer avec l’UA.

Comme l’illustre, le Protocole de 2002 sur le Conseil de Paix et Sécurité de l’UA qui
mentionne le rôle spécifique des CER dans la mise en œuvre du Système continental d’alerte
précoce (CEWS)156et le Mémorandum d’accord UA-CER de 2008 qui évoque les principes
de subsidiarité, complémentarité et avantage comparatif157. Toutefois, ces principes
manquent de définition précise et laissent une marge d’interprétation qui a mené à des
chevauchements158.

En Afrique de l’Ouest, la CEDEAO dispose de son propre système d’alerte précoce,


ECOWARN, avec des observatoires zonaux (à Ouagadougou, Monrovia, Banjul, Cotonou)
et une centrale à Abuja. Or, pendant longtemps, ECOWARN n’était pas directement relié au
Centre de Situation de l’UA à Addis-Abeba159. Les deux systèmes fonctionnaient en
parallèle, produisant chacun des analyses et rapports, sans intégration optimale. Cette
duplication des mécanismes d’alerte a pu nuire à la cohérence des évaluations et entraîner
une dispersion des efforts. L’UA et la CEDEAO, voulant chacune prouver leur pertinence,
ont parfois mené des initiatives redondantes en matière de prévention des conflits160. Par
exemple, lors de crises naissantes (comme des tensions pré-électorales), l’UA a envoyé ses
propres émissaires pendant que la CEDEAO menait sa médiation, ce qui a pu brouiller les
messages et susciter une confusion chez les acteurs locaux quant à l’instance de référence.

156
https://www.iss.europa.eu/publications/briefs/pivoting-african-conflict-
prevention#:~:text=between%20existing%20and%20future%20RECs,formal%20AU%20texts%2C%20they
%20lack consulté le 18/03/2025 à 11:00
157
Ibid. https://www.iss.europa.eu/publications/briefs/pivoting-african-conflict-
prevention#:~:text=between%20existing%20and%20future%20RECs,formal%20AU%20texts%2C%20they
%20lackconsulté le 18/03/2025 à 11:10
158
Ibid. https://www.iss.europa.eu/publications/briefs/pivoting-african-conflict-
prevention#:~:text=between%20existing%20and%20future%20RECs,formal%20AU%20texts%2C%20they
%20lack consulté le 18/03/2025 à 14:30
159
Ibid. https://www.iss.europa.eu/publications/briefs/pivoting-african-conflict-
prevention#:~:text=between%20existing%20and%20future%20RECs,formal%20AU%20texts%2C%20they
%20lack consulté le 18/03/2025 à 14:45
160
Ibid. https://www.iss.europa.eu/publications/briefs/pivoting-african-conflict-
prevention#:~:text=between%20existing%20and%20future%20RECs,formal%20AU%20texts%2C%20they
%20lackconsulté le 18/03/2025 à 14:50

58
Certes, des progrès ont été accomplis dans la dernière décennie pour mieux intégrer ces
efforts. Une coopération technique accrue a été établie entre le CEWS de l’UA et
ECOWARN de la CEDEAO161. Mais des marges d’amélioration subsistent pour éviter les
compétitions institutionnelles nuisibles.

Un cas emblématique de coordination délicate est celui de la gestion de la crise malienne de


2012-2013. La CEDEAO a très tôt pris les devants (sommets extraordinaires, nomination
d’un médiateur, le président du Burkina Faso Blaise Compaoré, et élaboration d’un plan
d’intervention militaire). Cependant, l’UA a également constitué de son côté un groupe de
soutien et nommé un représentant, et in fine, c’est sous l’égide conjointe UA-ONU qu’a été
autorisée la mission AFISMA. La multiplicité des plans d’action et des canaux a fait perdre
du temps. La résolution claire du Conseil de sécurité autorisant le déploiement n’est
intervenue qu’en décembre 2012, après de nombreux allers-retours entre la CEDEAO et
l’UA sur le concept d’opération. Ce décalage a mis en lumière la nécessité d’une meilleure
entente UA-CEDEAO en amont. En effet, tant que l’UA n’avait pas entièrement entériné le
plan de la CEDEAO, le Conseil de sécurité de l’ONU hésitait à donner son feu vert, par
crainte d’un manque de consensus africain. Il y a donc eu un effet de blocage par manque de
coordination régionale au sens large. Par ailleurs, les Etats appartiennent à la fois à plusieurs
organisations sous-régionales, ce qui pose la question du choix du cadre d’intervention. En
Afrique de l’Ouest, ce problème est moindre qu’ailleurs, car la plupart des États de la
CEDEAO n’appartiennent qu’à cette communauté (sauf cas particuliers comme la
Mauritanie qui s’est retirée de la CEDEAO en 2000 ou le Cameroun/ Tchad qui sont en
Afrique centrale). Néanmoins, on peut citer l’exemple du Mali et du Niger qui était à la fois
membres de la CEDEAO et du CEN-SAD (Communauté sahélo-saharienne). Lors de
l’offensive jihadiste au Mali, le CEN-SAD, moins outillé, n’a pas joué de rôle, mais
théoriquement cette double appartenance aurait pu créer des redondances. De même, le
Nigeria coordonne certaines actions antiterroristes via la Commission du Bassin du Lac
Tchad (CBLT) avec des pays non-CEDEAO (Cameroun, Tchad) dans la lutte contre
BokoHaram162. Il a donc fallu articuler les efforts de la Force multinationale mixte de la
CBLT avec l’approche CEDEAO plus large sur la lutte contre le terrorisme. Si ces

161
Op. Cit https://www.iss.europa.eu/publications/briefs/pivoting-african-conflict-
prevention#:~:text=between%20existing%20and%20future%20RECs,formal%20AU%20texts%2C%20they
%20lackconsulté le 18/03/2025 à 15:00
162
Rapport annuel Stratégie régionale de stabilisation, de relèvement et de résilience des zones dans le Bassin
du Lac Tchad affectées par la crise Boko Haram

59
mécanismes ne sont pas synchronisés, on risque des dédoublements ou des angles morts dans
la couverture sécuritaire régionale.

Au sein même de la CEDEAO, la coordination entre acteurs régionaux et nationaux est


également un défi. En effet, la CEDEAO a mis en place des bureaux nationaux d’alerte
précoce et de réponse (avec, dans certains pays, l’aide d’ONG locales comme le WANEP
(West Africa Network for Peacebuilding) qui relaie des informations de terrain). Toutefois,
la coopération entre ces bureaux nationaux, les gouvernements et le centre régional n’est pas
toujours optimale. Des rapports ont indiqué que malgré l’existence formelle de quatre
observatoires d’alerte, ECOWARN souffrait d’un manque de personnel et de financement
adéquat au niveau du Secrétariat, ce qui limite son efficacité163. De plus, le défaut de
publicité autour du travail d’alerte et le manque de coordination avec les systèmes d’alerte
d’autres régions (par ex. l’IGAD en Afrique de l’Est) constituent des obstacles identifiés au
bon fonctionnement d’ECOWARN164. En clair, la circulation de l’information et l’alerte
précoce ne produisent pleinement leurs effets que si elles sont partagées et discutées avec
les différents niveaux de décision (national, régional, continental), ce qui n’est pas encore
systématique. Un autre volet de la coordination régionale concerne l’implication des acteurs
non-étatiques dans le mécanisme de paix. La CEDEAO, pendant longtemps, a été une affaire
strictement interétatique, où la société civile et autres parties prenantes locales étaient peu
associées. Or, on reconnaît aujourd’hui que la participation des organisations de la société
civile et des communautés peut renforcer la prévention des conflits (par une meilleure
remontée des signaux faibles, une appropriation locale des solutions, etc.). L’absence ou la
faiblesse de ces liens a donc constitué une limite. Des études pointent que le mécanisme de
la CEDEAO pâtissait d’une implication insuffisante des acteurs civils dans ses travaux, ce
qui privait l’organisation de relais locaux et de légitimité populaire. Par exemple, dans des
situations tendues (manifestations pré-électorales, conflits locaux), la CEDEAO a parfois
tardé à intervenir faute d’informations directes du terrain, alors que des réseaux civils
auraient pu en fournir avec diligence. En Guinée ou au Togo, ce sont souvent les associations
locales qui ont tiré la sonnette d’alarme sur des risques de violence, mais leur lien avec les
instances régionales était indirect. La structuration d’un partenariat CEDEAO-société civile

163
Operationalizing the ECOWA S Mechanism for ConflictPrevention, Management, Resolution,
Peacekeeping , and Security Op.Cit
164
Operationalizing the ECOWA S Mechanism for ConflictPrevention, Management, Resolution,
Peacekeeping , and Security Op.Cit

60
en est encore à ses balbutiements, et cette lacune de coordination verticale a pu limiter la
pertinence et la rapidité de certaines réponses régionales.

Enfin, la coopération avec les acteurs internationaux (ONU notamment) doit être
soulignée comme un défi de coordination. Si, dans nombre de cas, la CEDEAO et l’ONU
ont collaboré (les missions de la CEDEAO servant de précurseurs ou de compléments aux
opérations de l’ONU, comme ECOMOG puis MINUL au Liberia, ECOMIL puis MINUL
également, ECOMOG en Côte d’Ivoire en soutien à l’ONUCI, ECOMIB en Guinée-Bissau
aux côtés de l’ONU, etc.), il y a parfois eu un manque de concertation préalable sur la
répartition des tâches. Inversement, la CEDEAO a parfois pris des initiatives sans en
informer immédiatement le Conseil de sécurité, ce qui a pu créer des flottements (comme
l’annonce initiale en décembre 2010 d’une possible intervention militaire en Côte d’Ivoire
pour évincer Gbagbo, que l’ONU n’a pas endossée officiellement, préférant une solution
politique). Il a fallu, pour améliorer cela, instituer des réunions régulières de coordination
entre l’ONU, l’UA et la CEDEAO sur les crises ouest-africaines. Notamment, à travers le
Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest (UNOWA, puis ONU/Prévention des
conflits en Afrique de l’Ouest) qui joue un rôle de passerelle. Cependant, quand cette
coordination tripartite n’est pas clairement établie, l’action de la CEDEAO peut se voir
doublonnée ou contredite par d’autres initiatives internationales.

En définitive, les défis de coordination régionale signifient que la CEDEAO n’agit pas en
huis clos. Elle doit sans cesse composer avec d’autres acteurs régionaux et internationaux.
L’absence de cadre de collaboration bien huilé peut réduire l’impact de ses efforts. Que ce
soit la concurrence institutionnelle (réelle ou perçue) avec l’UA, la multiplicité des cadres
d’intervention en Afrique de l’Ouest, ou le manque de synergie avec la société civile et les
Nations Unies, ces facteurs ont parfois brouillé la réponse collective aux conflits. Une
coordination déficiente peut conduire à des actions parallèles non synchronisées, à des
doublons ou à des vides dans la gestion des crises, affaiblissant la CEDEAO dans son rôle
de pilier régional de la paix. Reconnaître ces limites est un premier pas vers l’identification
des améliorations à apporter pour rendre le mécanisme de prévention et de règlement des
conflits plus cohérent, efficace et légitime.

61
En guise de conclusion de section 2, nous constatons que la CEDEAO se trouve à un
carrefour stratégique où ses ambitions régionales se heurtent à des réalités complexes. D'une
part, la souveraineté des États membres limite la portée de ses interventions, surtout lorsque
les gouvernements en place perçoivent ses actions comme une ingérence. D'autre part,
l'absence de coordination efficace avec d'autres acteurs régionaux et internationaux entrave
la mise en œuvre de réponses cohérentes aux crises. Pour renforcer son rôle de garant de la
stabilité en Afrique de l'Ouest, la CEDEAO doit naviguer habilement entre le respect des
souverainetés nationales et la nécessité d'une action collective concertée, tout en améliorant
la synergie avec ses partenaires.

Pour conclure ce chapitre, nous pouvons notifier que la CEDEAO fait face à des défis
structurels et institutionnels qui entravent son efficacité dans la prévention et la gestion des
conflits en Afrique de l'Ouest. La fragilité des institutions nationales et le manque de
ressources logistiques et financières limitent la mise en œuvre des normes régionales de
gouvernance démocratique et la capacité d'intervention rapide de l'organisation. Par ailleurs,
la souveraineté des États membres et l'absence de coordination efficace avec d'autres acteurs
régionaux et internationaux compliquent la mise en œuvre de réponses cohérentes aux crises.
Pour renforcer son rôle de garant de la stabilité dans la région, la CEDEAO devra envisager
d'améliorer son mécanisme.

Chapitre II : Les perspectives d’amélioration du


mécanisme

Face aux limites identifiées, de nombreuses pistes d’amélioration s’offrent à la CEDEAO


pour renforcer son mécanisme de prévention, de gestion et de règlement des conflits.
L’objectif est de consolider les acquis institutionnels tout en corrigeant les faiblesses
structurelles. Les perspectives d’amélioration peuvent être envisagées selon les mêmes axes
que les contraintes : un renforcement des capacités institutionnelles, juridiques et
juridictionnelles d’une part, et un renforcement des capacités financières et opérationnelles

62
d’autre part. Il s’agit, en somme, de doter la CEDEAO des moyens de ses ambitions. Des
institutions mieux préparées et plus inclusives, un cadre juridique robuste appliqué
uniformément, ainsi que des ressources financières soutenables et une efficacité
opérationnelle accrue sur le terrain.

Section I: Renforcement des capacités institutionnelles, juridiques et


juridictionnelles

Dans un contexte régional marqué par des défis sécuritaires, politiques et institutionnels
croissants, la CEDEAO doit renforcer ses capacités pour répondre efficacement aux attentes
de ses États membres et de leurs populations. Ce renforcement passe par deux axes
complémentaires : l'amélioration de ses capacités institutionnelles et le développement de
ses capacités juridiques et juridictionnelles.

Sous-section I : Renforcement des capacités institutionnelles

Le premier levier d’amélioration consiste à consolider les institutions de la CEDEAO


chargées de la paix et de la sécurité, afin de les rendre plus efficaces, réactives et inclusives.
Plusieurs dimensions peuvent être soulignées tels que la réforme et le fonctionnement des
organes décisionnels, le rôle de la Commission de la CEDEAO, l’intégration de nouveaux
acteurs tels que la société civile, et la coopération avec les parlements nationaux et le
Parlement régional165.

En premier lieu, le Conseil de médiation et de sécurité (CMS), organe central du


mécanisme pourrait gagner en efficacité par des procédures de décision accélérées et une
planification plus anticipative166. Actuellement, le CMS se réunit en sessions périodiques ou

165
CEDEAO, Protocole relatif au Mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de
maintien de la paix et de la sécurité Op.Cit
166
Francis, D. J., Uniting Africa: Building Regional Peace and Security Systems, Ashgate, 2006

63
d’urgence en cas de crise167. Pour améliorer sa réactivité, la CEDEAO pourrait instituer un
système de réunions plus fréquentes des hauts responsables de la sécurité (ministres de la
Défense/Affaires étrangères)168 et même prévoir la délégation de certaines décisions à un
comité restreint en permanence (par exemple, un “Bureau” du CMS avec quelques États clés
en rotation, capable de se réunir en 48 heures si nécessaire). Cela éviterait les délais inhérents
à la convocation de sommets extraordinaires. De plus, doter le CMS d’un Secrétariat dédié
au sein de la Commission, chargé de suivre l’évolution de chaque situation de crise et de
préparer des options d’action, permettrait aux États de disposer d’analyses et de scénarios
prêts à être mis en œuvre. Une meilleure planification stratégique est essentielle. En effet, il
s’agit de distinguer clairement ce qui peut être fait à court, moyen et long terme pour la
prévention des conflits, et d’avoir des plans d’action préétablis pour les crises récurrentes169.
La CEDEAO pourrait par exemple élaborer des plans de contingence pour les risques connus
(élections à haut risque, transitions fragiles, menaces terroristes) de sorte qu’au moment
critique, l’activation soit rapide.

En deuxième lieu, le rôle de la Commission de la CEDEAO (ancien Secrétariat) dans le


domaine de la paix et de la sécurité doit être renforcé en moyens humains et analytiques. Le
Département Affaires Politiques, Paix et Sécurité de la Commission gagnerait à être doté
d’experts supplémentaires, capables de faire de la veille, de mener des missions d’évaluation
sur le terrain, et de soutenir les médiations. Une recommandation souvent faite est de
professionnaliser davantage l’alerte précoce. Cela passe par le recrutement et la formation
d’analystes, l’amélioration des systèmes de collecte de données et l’augmentation du
personnel dans les bureaux zonaux ECOWARN170. Il faudrait viser une meilleure intégration
des informations provenant de la société civile et des communautés locales dans le système
d’alerte. À cet égard, institutionnaliser le partenariat avec des réseaux comme WANEP (qui
déjà collabore avec ECOWARN en fournissant des rapports de terrain) 171 est une voie
prometteuse. Un Observatoire régional de la paix et sécurité réellement interactif entre la

167
CEDEAO, Rapport d’évaluation du mécanisme de prévention des conflits, Abuja, 2018.

168
Adebajo, A., Building Peace in West Africa: Liberia, Sierra Leone, and Guinea-Bissau, Lynne
RiennerPublishers, 2002
169
Le Rôle de la CEDEAO dans la Gestion des Crises Politiques et des Conflits Cas de la Guinée et de la
Guinée Bissau Op.Cit
170
Operationalizing the ECOWAS Mechanism for Conflict Prevention, Management, Resolution,
Peacekeeping , and Security Op.Cit
171
https://wanep.org/wanep/wp-content/uploads/2024/07/News-release-WANEP-ECOWAS-MoU-
SIGNING.pdf consulté le 21/03/2025 à 09:09

64
Commission, les États et la société civile permettrait de détecter plus tôt les signaux de crise
et de proposer au CMS des actions préventives (diplomatie préventive, missions de bons
offices) avant que les conflits ne s’enveniment172. La CEDEAO pourrait créer un cadre
formel de dialogue avec les organisations de la société civile ouest-africaines sur la
prévention des conflits. Par exemple à travers un forum consultatif régulier, afin que ces
dernières aient un canal pour alerter et recommander des mesures en cas de tensions
naissantes. L’étude de Gilles Yabi souligne justement le rôle majeur que peuvent jouer les
organisations de la société civile ouest-africaine pour sauvegarder les acquis démocratiques
et exiger de la CEDEAO le respect strict de ses principes173. En intégrant ces acteurs,
l’organisation bénéficierait d’un ancrage local plus fort et d’une légitimité accrue dans ses
interventions. Par ailleurs, le Groupe des Sages mérite d’être revitalisé. Le Protocole de 1999
prévoyait ce Conseil des anciens, personnalités éminentes pouvant servir de médiateurs ou
de facilitateurs. Jusqu’à présent, son utilisation a été sporadique. Une perspective
d’amélioration est de constituer un panel permanent de médiation au sein de la CEDEAO,
incluant non seulement d’anciens chefs d’État ou ministres respectés, mais aussi des
personnalités issues de la société civile (chefs religieux influents, leaders traditionnels, etc.)
qui pourraient intervenir rapidement en cas de crise politique. Par exemple, on pourrait
imaginer que la CEDEAO déploie systématiquement une mission de bons offices menée par
un sage dès qu’un contentieux électoral sérieux éclate dans un pays membre, plutôt que
d’attendre que la situation dégénère. Cela a été fait de manière ad hoc (comme l’envoi de
l’ancien président nigérian Goodluck Jonathan en tant que médiateur en Mali en 2020-
2021)174, mais formaliser cette pratique la rendrait plus systématique. Ensuite, l’implication
du Parlement de la CEDEAO et des parlements nationaux constitue un autre axe. Bien que
le Parlement communautaire n’ait qu’un rôle consultatif, il peut servir de tribune pour
promouvoir la culture de la paix et de la démocratie dans la région. Un Parlement renforcé
pourrait voter des résolutions de soutien aux actions de médiation, exercer une pression
politique sur les dirigeants récalcitrants en incarnant la voix des peuples, et favoriser
l’harmonisation des législations nationales sur des questions sensibles (contrôle des
armements, lutte contre le terrorisme, etc.). Par exemple, le Parlement pourrait lancer des

172
Le Rôle de la CEDEAO dans la Gestion des Crises Politiques et des Conflits Cas de la Guinée et de la
Guinée Bissau Op.Cit
173
Le Rôle de la CEDEAO dans la Gestion des Crises Politiques et des Conflits Cas de la Guinée et de la
Guinée Bissau Op.Cit
174
https://www.africanews.com/2020/07/16/ex-nigerian-president-goodluck-jonathan-in-mali-to-mediate-
crisis// consulté le 21/03/2025 à 11 :18

65
initiatives de diplomatie parlementaire en cas de crise (envoyer des missions parlementaires
dans un pays en tension pour dialoguer avec toutes les parties, encourager le respect de l’État
de droit, etc.). De plus, encourager les parlements nationaux à créer des comités dédiés à la
prévention des conflits et à suivre les engagements pris au niveau régional aiderait à une
meilleure appropriation interne des normes CEDEAO. C’est par ce biais que l’on peut
atténuer la tension souveraineté/intégration. Si les élus nationaux soutiennent et contrôlent
l’application des décisions CEDEAO, celles-ci s’en trouveront légitimées et mieux mises en
œuvre.

Il ne faut pas négliger la dimension de la culture institutionnelle. Pour améliorer la


prévention des conflits, la CEDEAO doit promouvoir en son sein une culture pragmatique
axée sur les résultats et avoir l’audace stratégique de contourner les obstacles que peuvent
représenter les décideurs politiques quand leurs intérêts propres ne correspondent pas à
l’intérêt général régional175. En pratique, cela signifie que l’organisation doit se doter de
mécanismes internes de suivi des progrès. Par exemple, un examen périodique de la situation
politique et sécuritaire de chaque État membre (sur le modèle du « Peer Review Mechanism
» du NEPAD/UA)176, pour identifier les faiblesses de manière consensuelle et pousser à des
réformes avant qu’il n’y ait crise. La Conférence des chefs d’État de la CEDEAO pourrait
instituer un rapport annuel sur l’état de la démocratie et de la sécurité régionale, discuté
collectivement, qui pointerait du doigt les risques de conflit (par exemple, les élections à
venir potentiellement problématiques, les régions instables, etc.) et formulerait des
recommandations que les États s’engagent à suivre. Ce type d’approche préventive, déjà
pratiqué dans d’autres cadres, renforcerait l’auto-discipline collective et la transparence177.
Un autre aspect institutionnel est la coopération avec d’autres organes régionaux comme la
Cour de Justice de la CEDEAO ou le Conseil des chefs traditionnels (s’il venait à être créé).
Bien que la Cour de Justice ne traite pas directement des conflits politiques, elle joue un rôle
en matière de droits de l’homme et d’état de droit. La renforcer (voir section suivante) aura
indirectement un impact institutionnel en offrant un recours judiciaire régional aux citoyens,
ce qui peut désamorcer certains conflits (par exemple, canaliser une contestation électorale

175
Le Rôle de la CEDEAO dans la Gestion des Crises Politiques et des Conflits Cas de la Guinée et de la
Guinée Bissau Op.Cit
176
ECOWAS PeaceFund 5-Year Strategic Plan (2024-2028) Elaboratedwith the support of the European
Union November 2023
177
Supplementary Act on ECOWAS Policy Framework for Security Sector Reform and Governance

66
dans un cadre légal plutôt que dans la rue)178. Enfin, l’intégration institutionnelle passe aussi
par une meilleure coordination avec l’UA et les autres CER (point déjà abordé comme
contrainte, mais qu’il s’agit ici d’améliorer). Sur le plan institutionnel, cela pourrait se
traduire par la mise en place de cellules de liaison permanentes UA-CEDEAO. Par exemple,
la présence d’un représentant de l’UA au siège de la CEDEAO (et vice-versa) assurerait un
échange continu d’informations et d’alignement stratégique. De plus, la CEDEAO pourrait
proposer la tenue périodique de réunions de coordination incluant les CER voisines (CEEAC
pour l’Afrique centrale, par exemple, étant donné que certaines crises peuvent être
transfrontalières, comme la situation du Lac Tchad). L’idée serait d’éviter les silos régionaux
et de gérer ensemble les zones de chevauchement179.

En somme, le renforcement institutionnel vise à rendre la CEDEAO plus proactive, mieux


préparée et plus inclusive. En dotant ses organes d’outils de décision rapide, en impliquant
davantage d’acteurs (société civile, Parlements, personnalités morales), en
professionnalisant son administration interne de la paix et sécurité, la CEDEAO serait mieux
armée pour anticiper et traiter les crises avant qu’elles n’embrasent la région. Ces
améliorations institutionnelles créeraient un environnement plus favorable à l’application
effective des mesures de prévention et de règlement des conflits, en atténuant les pesanteurs
politiques et en mobilisant toutes les énergies disponibles au service de la stabilité régionale.

Sous-section II : Renforcement des capacités juridiques et juridictionnelles

Le cadre juridique de la CEDEAO en matière de prévention et de gestion des conflits est


solide en théorie, mais son amélioration passe par une meilleure mise en œuvre et par le
comblement de certaines lacunes. Le renforcement des capacités juridiques et

Agbezoukin, Djifa. « La CEDEAO et les coups d’État en Afrique de l’Ouest : quel cadre juridique pour
178

quelles actions préventives ? » Revue africaine de droit international et comparé, 2019.

179
Vers un partenariat ONU/UA plus efficace sur la prévention des conflits et la gestion des crises Daniel
Forti et Priyal Singh, Octobre 2019

67
juridictionnelles implique d’une part de consolider et d’uniformiser le respect des normes
régionales par les États membres, et d’autre part de doter la CEDEAO ou l’Afrique de
l’Ouest de mécanismes juridictionnels efficaces pour traiter les litiges ou violations graves
liés aux conflits.

Un premier axe serait d’assurer l’application rigoureuse et harmonisée des protocoles


existants. Tous les États membres doivent non seulement ratifier, mais aussi intégrer dans
leur droit interne les dispositions du Protocole de 1999 et du Protocole de 2001. Il
conviendrait d’encourager chaque pays à adopter des lois nationales reprenant les
engagements régionaux (par exemple, une loi-cadre sur la gestion des conflits et la sécurité,
mentionnant explicitement les conditions d’intervention de la CEDEAO, l’obligation de
bonne gouvernance, etc.). Cela rendrait ces normes plus tangibles localement et faciliterait
leur invocation en cas de crise. En outre, pour pallier les disparités d’application, la
CEDEAO pourrait instituer un mécanisme de suivi du respect des engagements juridiques.
Un comité juridique régional pourrait examiner périodiquement la conformité des pratiques
nationales avec les principes communautaires (par exemple, vérifier si les constitutions
nationales respectent les “principes de convergence constitutionnelle” énoncés en 2001,
comme l’indépendance de la justice, le rôle apolitique de l’armée, etc.180). Si un État s’écarte
des normes (tentative de manipuler la constitution pour se maintenir au pouvoir, ingérence
de l’armée dans les affaires politiques...), ce comité pourrait émettre des avis juridiques
contraignants ou saisir le Conseil de médiation et de sécurité pour action. L’idée serait de
rendre plus automatique et moins politisée la réaction de la CEDEAO aux entorses aux règles
communes, en s’appuyant sur le droit. La CEDEAO doit également continuer à actualiser
son arsenal juridique face aux nouvelles formes de conflits. Par exemple, le phénomène du
terrorisme transnational a conduit l’Organisation à adopter en 2013 une Stratégie de lutte
contre le terrorisme et son plan d’action, qui mériterait d’être juridiquement renforcée par
un protocole additionnel ou une convention régionale, afin de préciser les obligations des
États en matière de coopération antiterroriste (échange de renseignements, extradition de
suspects, patrouilles communes, etc.). De même, les conflits liés aux ressources naturelles
ou au changement climatique pourraient à terme être couverts par des instruments juridiques
spécifiques (pour prévenir, par exemple, les conflits agriculteurs-éleveurs par la gestion
concertée des ressources régionales). Anticiper juridiquement ces enjeux permettraient de

180
L’intégration régionale sécuritaire de la CEDEAO Op.Cit

68
ne pas être pris de court lorsque de nouveaux types de crises émergent. Un autre aspect
crucial est de renforcer le rôle du droit et de la justice comme mode de résolution des
différends en Afrique de l’Ouest, afin de détourner les acteurs des solutions violentes181.
Cela peut passer par le niveau national (appui à l’État de droit) mais aussi par la sphère
régionale182. Actuellement, en cas de différend entre États, la CEDEAO privilégie la
médiation politique. À l’avenir, envisager un règlement juridictionnel des différends inter-
étatiques pourrait être une avancée. La Cour de Justice de la CEDEAO, dont le mandat initial
ne couvrait que l’interprétation du traité et le contentieux communautaire, pourrait voir sa
compétence élargie pour connaître des conflits entre États membres (par exemple, sur des
questions frontalières, de circulation, etc., qui parfois sont sources de tensions). Certes, les
différends frontaliers majeurs (comme Bakassi entre le Nigeria et le Cameroun) ont été
réglés par la CIJ, mais un cadre régional pourrait accélérer le règlement d’autres litiges de
moindre envergure qui, s’ils traînent, empoisonnent les relations (pêche maritime,
mouvements transfrontaliers de populations, etc.). Une amélioration juridique serait donc
d’amender le Protocole sur la Cour de Justice pour lui donner compétence consultative ou
contentieuse sur les différends relevant de la paix et la sécurité, avec l’accord des parties
concernées.

Concernant les coups d’État et autres changements anticonstitutionnels, le renforcement


juridique consisterait à mettre en place des conséquences plus systématiques et dissuasives.
Par exemple, la CEDEAO pourrait prévoir qu’en cas de coup d’État, non seulement l’État
est suspendu, mais les auteurs identifiés font l’objet d’un interdit de voyage et d’un gel des
avoirs automatique dans tous les pays membres (ce type de sanction ciblée a déjà été utilisé
ponctuellement, mais pourrait être généralisé). De plus, travailler de concert avec l’Union
africaine pour activer des mécanismes judiciaires internationaux serait judicieux. L’UA a
projeté de donner compétence à une Cour africaine élargie pour juger les auteurs de
changements anticonstitutionnels (projet du Protocole de Malabo de 2014). La CEDEAO
pourrait soutenir cette initiative et encourager la ratification de cet instrument, afin qu’à
terme un chef putschiste puisse être poursuivi au niveau africain pour crime contre l’ordre
constitutionnel. En attendant, la CEDEAO pourrait aussi encourager les États membres à
exercer la compétence universelle ou à poursuivre sur une base nationale les auteurs de

181
CEDEAO, Protocole relatif au Mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de
maintien de la paix et de la sécurité Op.Cit
182
UnitingAfrica: Building RegionalPeace and Security Systems, Ashgate Op.Cit

69
violences lors de conflits (par exemple, poursuivre des ex-chefs de milices qui se
réfugieraient dans un autre pays membre)183. Ce maillage juridictionnel contribuerait à lutter
contre l’impunité, car l’un des facteurs de répétition des conflits en Afrique de l’Ouest a été
l’absence de reddition de comptes des responsables (on l’a vu avec les guerres civiles :
longtemps, ni Charles Taylor ni d’autres seigneurs de guerre n’ont été inquiétés
judiciairement, jusqu’à l’établissement du Tribunal spécial pour la Sierra Leone à l’initiative
onusienne)184.

Le renforcement des capacités juridictionnelles passe également par le soutien aux


systèmes judiciaires nationaux. La CEDEAO pourrait dans son Cadre de prévention des
conflits intégrer un volet “État de droit” plus poussé, visant à aider les États à réformer leur
justice, former des magistrats, lutter contre l’impunité locale185. Un réseau de magistrats
ouest-africains spécialisé dans les crimes liés aux conflits (crimes de guerre, crimes contre
l’humanité, terrorisme) pourrait être créé, permettant des échanges, des formations
communes et même une assistance juridique mutuelle lors de procès sensibles186.

Ainsi, pour juger les responsables de massacres post-électoraux, un État pourrait demander
le concours d’experts juridiques de la région187. En renforçant ainsi la capacité des États à
traiter judiciairement les crises (commissions vérité-justice, tribunaux spécialisés), on
renforce indirectement le mécanisme de prévention, car la perspective d’un règlement
judiciaire peut freiner certains acteurs violents188.

Une autre perspective est de codifier davantage les pratiques de la CEDEAO en matière
d’interventions. Élaborer un « manuel juridique d’intervention » qui détaille toutes les étapes

183
Compendium of key humanrights documents of the African Union - Sixth Edition
by Christof Heyns and Magnus Killander, 2016 Pretoria : Pretoria University Law Press
184
Accord pour et Statut du Tribunal Spécial pour la Sierra Leone, 16 janvier 2002
185
CEDEAO, Cadre de Prévention des Conflits 2008-2020, Abuja, 2008.

186
Traditional Justice and Reconciliation after Violent Conflict Learning from African Experiences Editors
Luc Huyse Mark Salter. Stockholm : International IDEA, 2008.

187
Globalizing Justice for Mass Atrocities A Revolution in Accountability by Chandra Lekha

Sriram Routledge, 2005


188
Strengthening the Rule of Law in Crisis-Affected and Fragile Situations New York, UNDP, November 4,
2015

70
et bases légales pour chaque type de situation (par ex. procédure légale en cas de demande
d’assistance d’un État membre, ou en cas de vacance du pouvoir, etc.) permettrait
d’uniformiser les approches et d’éviter l’improvisation juridique. Ce manuel pourrait être
approuvé par le Conseil des ministres, donnant ainsi un poids politique aux lignes directrices
juridiques à suivre lors des crises.

Enfin, sur le plan strictement institutionnel juridique, la CEDEAO pourrait envisager de


renforcer son Secrétariat juridique et les mécanismes de conseil juridique au sein du CMS189.
Disposer d’avis juridiques clairs sur ce qui est permis ou non par les textes dans une situation
donnée aiderait les décideurs à prendre des mesures courageuses sans craindre d’outrepasser
le droit. Par exemple, avoir un avis juridique interne affirmant qu’une intervention militaire
est légitime au regard du Protocole de 1999 et du droit international dans telles circonstances
peut faciliter la formation d’un consensus politique pour agir190.

En résumé, l’amélioration des capacités juridiques et juridictionnelles vise à faire de la


règle de droit un véritable garde-fou et un outil au service de la paix régionale. Il s’agit
d’assurer une meilleure adhésion des États aux normes collectives (d’où l’idée de
mécanismes de suivi et d’harmonisation interne), de disposer de sanctions légales plus
automatiques pour les violations (afin de réduire la marge d’arbitraire politique), et de
développer les voies judiciaires de règlement des conflits, qu’il s’agisse de juger les fauteurs
de troubles ou de régler des différends sans recourir aux armes. Une CEDEAO où la loi et
la justice ont toute leur place sera plus à même de remplir son rôle de garant de la stabilité,
car elle pourra opposer aux aventuriers politiques la force dissuasive de normes
effectivement appliquées et éventuellement la perspective de comptes à rendre devant des
instances juridictionnelles impartiales.

189
When War Ends Building Peace in Divided Communities by David J. Francis Farnham, Ashgate

2011
190
Global and Regional Peacekeepers: Trends, Opportunities, Risks and a Way Ahead Paul D. Williams First
published 07 February 2017

71
En guise de conclusion de la section 1, nous pouvons dire que le renforcement des
capacités institutionnelles et juridiques de la CEDEAO est essentiel pour améliorer
l'efficacité de ses interventions en matière de prévention des conflits, de maintien de la paix
et de réponse aux crises sécuritaires. L'activation récente de la Force en attente de la
CEDEAO (FAC) témoigne de la volonté de l'organisation de disposer d'une force régionale
prête à être déployée rapidement en cas de besoin. Parallèlement, l'amélioration des capacités
juridiques et juridictionnelles vise à faire de la règle de droit un véritable garde-fou au service
de la paix régionale. Cela implique une meilleure adhésion des États aux normes collectives,
des sanctions légales plus automatiques pour les violations, et le développement des voies
judiciaires de règlement des conflits. En dotant ses organes d'outils de décision rapide et en
impliquant davantage d'acteurs, la CEDEAO serait mieux armée pour anticiper et traiter les
crises avant qu'elles n'embrasent la région. Ces efforts conjoints renforceront la capacité de
la CEDEAO à agir de manière proactive et efficace face aux défis sécuritaires croissants
dans la région.

Après avoir exploré les efforts déployés par la CEDEAO pour renforcer ses capacités
institutionnelles, juridiques et juridictionnelles, il est crucial de se pencher sur les aspects
financiers et opérationnels qui soutiennent ces structures.

Section II : Renforcement des capacités financières et opérationnelles

Dans un contexte régional marqué par des défis sécuritaires croissants, des crises
politiques récurrentes et des besoins humanitaires pressants, la CEDEAO se doit de renforcer
ses capacités pour répondre efficacement aux attentes de ses États membres et de leurs
populations. Ce renforcement passe par deux axes complémentaires : l'amélioration de ses
capacités financières et le développement de ses capacités opérationnelles.

72
Sous-section I : Renforcement des capacités financières

Comme on l’a vu, la viabilité financière du mécanisme de paix de la CEDEAO est un


enjeu crucial. Pour améliorer cette dimension, plusieurs pistes complémentaires peuvent être
suivies afin d’assurer à l’organisation des ressources stables, suffisantes et gérées
efficacement pour prévenir et gérer les conflits.

La première mesure serait de pérenniser et de renforcer les mécanismes de financement


autonome de la CEDEAO191. Il existe déjà le prélèvement communautaire (0,5% sur les
importations) qui alimente le budget de l’organisation. Il faudrait veiller à son recouvrement
intégral par tous les États (en luttant contre les retards ou détournements) et, si possible,
augmenter la part de ce prélèvement dédiée spécifiquement au Fonds de paix et de
sécurité192. Une idée avancée par des experts a été de créer un fonds de réserve alimenté en
continu en période de paix, pour pouvoir être mobilisé immédiatement en cas de crise193. Ce
fonds pourrait être constitué par un pourcentage du budget de la CEDEAO chaque année,
plus des contributions exceptionnelles lors des excédents. Ainsi, au moment d’une
intervention, les premières dépenses (déploiement initial, logistique d’urgence) ne seraient
pas bloquées par l’attente de contributions extérieures. La CEDEAO pourrait puiser dans ce
fonds pour agir vite, puis le reconstituer après coup. Un tel mécanisme de réserve correspond
à une forme d’“auto-assurance” collective. Ensuite, il convient de mobiliser davantage les
États membres eux-mêmes en tant que contributeurs financiers à la paix régionale, selon
leurs capacités respectives. Les États les plus prospères économiquement (Nigéria, Côte
d’Ivoire, Ghana, Sénégal…) pourraient s’engager dans le cadre de la CEDEAO à assumer
une part plus conséquente des coûts des opérations régionales, un peu à la manière des
barèmes de contribution de l’ONU (où les grandes puissances payent plus194). Actuellement,
c’est souvent informellement que cela se fait (ex: Nigéria payant le plus). Formaliser un

191
CEDEAO, Protocole relatif au prélèvement communautaire de la CEDEAO, Abuja, 1996.
192
Acte Additionnel sur le Cadre Politique de la CEDEAO pour la Réforme et la Gouvernance du Secteur de
la Sécurité. Abuja, 4 juin 2016.
193
Operationalizing the ECOWAS Mechanism for Conflict Prevention, Management, Resolution,
Peacekeeping , and Security Op.Cit
194
https://defenseglobaledusahel.com/qui-finance-la-cedeao/ consulté le 25/03/2025 à 11 :35

73
barème de contributions obligatoires pour les opérations de soutien à la paix (par exemple
indexé sur le PIB de chaque pays) créerait un devoir de solidarité mieux réparti. Il faudrait
bien sûr que ce barème reste équitable pour ne pas pénaliser les économies faibles, mais il
pourrait être conçu de sorte qu’au moins un minimum soit attendu de chaque pays, afin de
créer l’appropriation collective. L’UA a d’ailleurs adopté un barème pour son fonds paix
(les pays africains se répartissant les contributions en groupes d’économie forte, moyenne,
faible). La CEDEAO pourrait s’en inspirer. Parallèlement, la gestion financière doit être
optimisée195 pour améliorer la planification budgétaire des missions, réduire les gaspillages,
et accroître la transparence pour maintenir la confiance des États contributeurs et des
partenaires. L’établissement d’un budget-programme pluriannuel pour la paix et la sécurité
(incluant les besoins de médiation, d’alerte précoce, de déploiement éventuel) aiderait à
anticiper les montants nécessaires et à les négocier en amont avec les ministères des finances
de chaque État. De plus, une plus grande transparence sur l’utilisation des fonds lors des
missions. Par exemple via des audits indépendants après chaque opération rassurerait les
bailleurs internes et externes sur le bon usage de leur argent.

Cependant, il est illusoire de penser que la CEDEAO pourra se passer de l’appui des
partenaires internationaux dans un futur proche. L’amélioration à rechercher est donc une
relation financière plus structurée avec ceux-ci, plutôt qu’une dépendance informelle. Par
exemple, la CEDEAO pourrait négocier avec l’ONU un accord de financement relais. Dès
qu’elle déploie une force sous mandat régional, l’ONU pourrait s’engager à prendre en
charge tout ou partie de la mission au bout de X mois (6 mois par ex.), ce qui garantirait que
l’effort financier sur le long terme ne repose pas que sur la région196. Ce modèle a été entrevu
avec l’AFISMA (qui est devenue MINUSMA onusienne)197. Le but serait de le systématiser
pour ne pas laisser planer d’incertitude. Aussi, au sein de l’ONU, une réflexion est en cours
sur le financement des opérations de l’UA par des contributions obligatoires onusiennes198.
La CEDEAO pourrait plaider pour que les missions sous conduite régionale validées par

195
https://fr.africanews.com/2024/06/27/cedeao-26-milliards-de-dollars-pour-securiser-lafrique-de-louest/
consulté le 25/03/2025 à 14 :10
196
Operationalizing the ECOWAS Mechanism for Conflict Prevention, Management, Resolution,
Peacekeeping , and Security Op.Cit

197
The UN Stabilization Mission in Mali (MINUSMA) peacekeeping caught in the geopolitical crossfire,
Arthur Boutellis New York, International Peace Institute (IPI), IPI Policy Paper, 2015.

198
Report of the Secretary-General on options for authorization and support for African Union peace support
operations UN. Secretary-General, 2017

74
l’UA et l’ONU puissent bénéficier de ces fonds. Cela allégerait le poids sur les États de la
CEDEAO199. Avec l’Union européenne, principal bailleur via ses instruments (Fonds
européen pour la paix, etc.), la CEDEAO pourrait établir un programme conjoint pluriannuel
de soutien à la paix et sécurité. Au lieu de financements au coup par coup, un programme-
cadre de, par exemple, 5 ans pourrait être convenu, allouant une enveloppe pour le
renforcement des capacités (formation, équipement non létal) et prévoyant une réserve
financière en cas de déploiement d’urgence. L’UE a déjà fait cela à l’échelle de l’UA, mais
pourrait le décliner régionalement.

En outre, diversifier les sources de financement est une option à explorer. Par exemple,
faire appel à la Banque africaine de développement ou à la Banque Mondiale sur des
programmes de consolidation de la paix post-conflit (qui, tout en relevant du développement,
pourraient inclure un volet sécuritaire)200. Ou solliciter les pays du Golfe ou d’Asie qui ont
montré de l’intérêt pour la stabilité africaine201. Cependant, attirer de nouveaux partenaires
doit se faire prudemment pour ne trop se disperser. L’idéal serait de canaliser ces
contributions dans le cadre du fonds de la CEDEAO plutôt que via des arrangements
bilatéraux dispersés. Ainsi, si un pays comme la Chine ou la Turquie veut appuyer la sécurité
ouest-africaine, la CEDEAO pourrait orienter ce soutien vers l’équipement de la Force en
attente ou la construction d’infrastructures logistiques mutualisées (entrepôts régionaux,
centres de formation), plutôt que vers des accords unilatéraux avec certains États qui
créeraient des déséquilibres.

Une piste innovante, parfois évoquée, serait de mobiliser le secteur privé et les ressources
naturelles au service de la paix. Par exemple, imaginer une contribution volontaire des
industries extractives présentes en Afrique de l’Ouest (pétrolières, minières), qui souffrent
aussi de l’instabilité, dans un fonds de stabilité régionale202. Cela a été expérimenté à petite
échelle dans d’autres régions (des compagnies finançant des projets communautaires pour
la paix). La CEDEAO pourrait engager un dialogue public-privé sur la sécurité, en sollicitant
un concours financier des grandes entreprises pour des programmes de réinsertion d’ex-

199
https://press.un.org/fr/2024/cs15842.doc.htm consulté le 30/03/2025 à 09 :15
200
. Bank Group’s Strategy for Addressing Fragility and Building Resilience in Africa (2022-2026). Abidjan,
2022
201
Regional Organizations in African Security, by Rodrigo Tavares and Frederik Soderbaum Abingdon,
Routledge, 2013.
202
https://goreeinstitut.org/pour-une-gouvernance-saine-des-ressources-extractives-en-afrique-de-louest-les-
acteurs-misent-sur-un-plaidoyer-commun consulté le 01/04/2025 à 10 :15

75
combattants, de lutte contre l’extrémisme, etc., ce qui indirectement renforce la paix. Il faut
bien sûr l’encadrer pour éviter tout conflit d’intérêt ou dépendance envers des firmes, mais
le secteur privé local ou régional (banques, télécoms, etc.) pourrait aussi jouer un rôle, ne
serait-ce qu’en sponsorisant des initiatives de cohésion régionale (événements sportifs ou
culturels pour la paix, etc.)203.

Un autre aspect du renforcement financier est l’efficacité des dépenses. Il s’agit de faire
en sorte que chaque dollar investi dans la paix produise un maximum d’effet204. Par exemple,
investir davantage en prévention coûte beaucoup moins cher que payer une opération
militaire lourde une fois la guerre déclenchée205Donc, convaincre les États de financer en
amont les mécanismes d’alerte et de médiation (même s’ils n’en voient pas toujours les
bénéfices immédiats) est crucial. Cet argument économique peut être mis en avant. Le coût
des conflits pour la région (pertes en PIB, destruction d’infrastructures, crise humanitaire)
est infiniment supérieur au coût de la prévention. Ainsi, renforcer financièrement la
CEDEAO c’est faire un investissement rentable pour chaque État. Appuyer cela d’études
chiffrées et d’exemples (par ex, le coût de la guerre civile en Sierra Leone a été estimé à bien
plus que ce qu’aurait coûté une prévention réussie) aiderait à conscientiser les décideurs
financiers.

Enfin, en matière de gestion interne, la CEDEAO pourrait mutualiser avec l’UA certains
coûts. Par exemple, utiliser le Fonds de paix de l’UA pour co-financer des activités en
Afrique de l’Ouest, ou emprunter des mécanismes d’achat conjoints (pour économiser sur
l’équipement)206. L’idée est d’éviter les doublons de dépenses entre les niveaux régional et
continental. De plus, tout en cherchant plus de fonds, la CEDEAO doit veiller à ne pas diluer
ses priorités sous l’influence des bailleurs. Yabi mettait en garde contre l’acceptation de trop
d’initiatives suggérées par les partenaires extérieurs, qui risquent de détourner l’organisation
de ses priorités et de créer un décalage entre plans d’action ambitieux et capacité réelle
d’exécution207. Donc le renforcement financier doit aller de pair avec une discipline

203
https://www.ecowasvolunteers.com/article_detail/ consulté le 01/04/2025 à 14:20
204
https://africacenter.org/fr/spotlight/les-operations-de-paix-conduites-par-les-africains-un-outil-essentiel-
pour-la-paix-et-la-securite/ consulté le 01/04/2025 à 18:25
205
https://www.france24.com/fr/20130207-intervention-francaise-mali-cout-70-millions-euros? consulté le
01/04/2025 à 18:30
206
Roadmap for the implementation of the African Union’s Administrative and financial reforms
207
Le Rôle de la CEDEAO dans la Gestion des Crises Politiques et des Conflits Cas de la Guinée et de la
Guinée Bissau Op.Cit

76
stratégique. Mobiliser des fonds, oui, mais pour des programmes bien ciblés et dans la limite
de ce que la Commission peut gérer efficacement.

En synthèse, améliorer la capacité financière du mécanisme signifie assurer et structurer


le financement. Cela passe par une responsabilisation accrue des États (cotisations, fonds de
réserve), une contractualisation plus claire avec les bailleurs internationaux (financements
d’appoint prévus et planifiés), une gestion plus transparente et efficace pour gagner la
confiance, et possiblement une innovation dans la recherche de fonds (secteur privé,
mécanismes régionaux innovants). Avec de meilleures ressources financières, la CEDEAO
pourra déployer ses missions sans attendre, maintenir plus longtemps ses engagements sur
le terrain, et investir dans la prévention de manière continue. Ce soutien financier renforcé
est indispensable pour que les belles déclarations de principe se traduisent en actions
concrètes au service de la paix.

Sous-section II : Renforcement des capacités opérationnelles

Le dernier volet d’amélioration concerne les capacités opérationnelles stricto sensu de la


CEDEAO, c’est-à-dire sa faculté à planifier, déployer et conduire des opérations de
prévention des conflits, de maintien de la paix ou d’imposition de la paix, ainsi qu’à mener
efficacement la panoplie d’actions non-militaires (médiations, sanctions, interventions
humanitaires, etc.). Renforcer ces capacités opérationnelles implique d’agir sur plusieurs
leviers tel que la préparation des forces (entraînement et équipement), la rapidité de
déploiement, la coordination sur le terrain, l’ajustement aux nouveaux types de menaces, et
l’efficacité des actions non-militaires. Un élément central est de parfaire
l’opérationnalisation de la Force en Attente de la CEDEAO (FAC). Bien qu’existant sur le
papier, cette force doit être rendue pleinement fonctionnelle. Concrètement, cela signifie
qu’il faut d’abord s’assurer que chaque État a bien constitué son bataillon affecté à la FAC,
avec un effectif complet, équipé et entraîné de manière standardisée. Si certains pays ont des
difficultés à fournir un bataillon complet, envisager des contributions groupées (par exemple,
des petits pays fournissant ensemble une compagnie chacun pour former un bataillon

77
régional)208. Ensuite, standardiser l’équipement et la logistique autant que possible. La
CEDEAO pourrait, grâce aux financements de partenaires, acquérir et mettre à disposition
commune certaines ressources critiques. Par exemple, un parc de véhicules logistiques, des
systèmes de communication modernes et interopérables, du matériel de génie militaire pour
les bases, etc., qui seraient entreposés dans des dépôts régionaux stratégiques (par ex. un en
Afrique de l’Ouest côtière, un au Sahel)209. En outre, renforcer les capacités de
commandement intégrées, en organisant régulièrement des exercices de poste de
commandement réunissant officiers de différents pays, pour qu’ils apprennent à travailler
ensemble selon les mêmes procédures. La création d’un Quartier Général permanent de la
FAC, même avec un effectif réduit en temps normal, permettrait d’avoir une structure de
planification qui se rôde et peut monter en puissance en cas de crise 210. De plus, augmenter
la composante civile de la FAC, en recensant dans les pays membres un vivier de civils
(fonctionnaires, policiers, ingénieurs, médecins) volontaires pour participer aux missions
régionales, et les former via des stages communs. La FAC a un volet civil prévu (ingénieurs,
personnel médical, travailleurs sociaux, experts légaux, etc.)211, qu’il faut concrétiser212.
Cela permettra, lors des déploiements, d’avoir des équipes pour les tâches de reconstruction,
administration transitoire, dialogue communautaire, qui complètent l’action des militaires.
Enfin, travailler également la composante police/gendarmerie qui est cruciale pour les
missions de stabilisation (contrôle d’émeutes, sécurité publique) surtout après la phase aiguë
d’un conflit. Des unités de police constituées (comme les FPU Formed Police Units de
l’ONU) pourraient être intégrées à la FAC213. La rapidité de déploiement est un enjeu
cardinal. Pour éviter le syndrome de l’“arrivée après la bataille”, la CEDEAO doit être en
mesure de projeter une force initiale en quelques jours ou semaines. Une proposition
concrète serait de mettre en place une Force de réaction rapide au sein de la FAC. Un noyau

208
Institute for Security Studies PAPER African Standby Force police roster system Proposed features,
operations and processes
209
Institut d'Études de Sécurité. 19th Meeting of the Administration & Finance Committee Memorandum on
the Status of Establishment of the ECOWAS Logistics Depot in Lungi, Sierra Leone. Dakar, 9-11 mai 2016.
210
https://amaniafrica-et.org/update-on-the-operationalisation-of-the-african-standby-force-asf/ consulté le
03/04/2025 à 08 :05
211
L’intégration régionale sécuritaire de la CEDEAO Op.Cit
212
The Civilian Dimension of the African Standby Force. Addis Ababa, Peace Support Operations Division
of the African Union Commission, 2010. By Cedric de Coning and Yvonne Kasumba
213
https://police.un.org/en/formed-police-units-fpus consulté le 03/04/2025 à 08:40

78
d’environ 500 à 1000 soldats d’élite, pré-désignés, provenant de plusieurs pays (à l’image
de la Force africaine en attente qui avait prévu des unités de déploiement rapide). Ces troupes
d’élite resteraient en alerte chez elles, prêtes à être déployées en avance de phase pour
stabiliser une situation en attendant le reste de la FAC214. Ainsi, lors de la crise gambienne,
des éléments sénégalais et nigérians ont pu entrer très rapidement. Formaliser cela, c’est-à-
dire signer des protocoles d’entente entre certains pays volontaires pour fournir cette force
d’intervention immédiate, avec une clause financière (la CEDEAO couvrirait les frais dès
activation) permettrait de gagner un temps précieux.

Sur le plan pratique, améliorer les capacités opérationnelles implique aussi de mieux
préparer le soutien logistique. La CEDEAO pourrait investir dans des capacités de transport
régionales : acquérir ou affréter en permanence quelques hélicoptères de transport et avions
cargo légers qui seraient basés de façon centralisée et utilisables dès qu’une mission
commence, au lieu de dépendre de la disponibilité aléatoire des aéronefs nationaux. Elle
pourrait également négocier à l’avance des accords de transit et de soutien avec les pays
voisins ou les grandes puissances215. Avoir un accord avec l’ONU ou l’UE pour bénéficier
de leur aide logistique (ce que l’on a vu via l’initiative française RECAMP ou américaine
ACOTA qui ont apporté un appui logistique et de formation, qu’il faudrait poursuivre)216.
L’usage de mécanismes comme le SHIRBRIG (Stand-by High Readiness Brigade,
aujourd’hui disparu, mais le concept reste valable d’une brigade multinationale rapidement
mobilisable) a été évoqué pour partager les ressources de peacekeeping217. La CEDEAO
pourrait militer pour relancer de tels dispositifs au niveau de l’UA ou de l’ONU, afin qu’en
cas de crise la région ne porte pas seule le fardeau initial. Il est également crucial d’améliorer
l’entraînement des troupes destinées aux missions régionales. Outre la spécialisation des
centres de formation existants (Ghana, Nigeria, Côte d’Ivoire) qui doit se poursuivre, la
CEDEAO pourrait organiser tous les deux ans un exercice militaire régional de grande
envergure, simulant un scénario d’intervention (un déploiement dans un pays fictif en guerre

214
Camilla Elowson and Justin MacDermott ECOWAS Capabilities in Peace and Security A scoping study of
progress and challenges Stockholm, FOI (Swedish Defence Research Agency), Report FOI-R--4565--SE,
2016
215
Le renforcement des capacités dans le transport aérien en Afrique : Une stratégie susceptible d’améliorer
l’efficacité militaire Par Birame Diop, David M. Peyton et Gene Mcconville Washington D.C., Africa Center
for Strategic Studies, Africa Security Brief No. 37, 2020
216
Operationalizing the ECOWAS Mechanism for Conflict Prevention, Management, Resolution,
Peacekeeping , and Security Op.Cit
217
Operationalizing the ECOWAS Mechanism for Conflict Prevention, Management, Resolution,
Peacekeeping , and Security Op.Cit

79
civile). Ceci a déjà été initié (il y a eu par le passé l’exercice “Logique Western” dans les
années 1990 et plus récemment l’exercice “JIGUI” en 2017 pour la Force en attente).
Poursuivre et intensifier ces exercices permet de tester la chaîne de commandement, la
mobilité, l’interopérabilité linguistique (point souvent problématique entre anglophones,
francophones et lusophones). Ces exercices doivent impliquer les trois composantes
(militaire, police, civile) pour se rapprocher des conditions réelles.

Une autre capacité à renforcer est la gestion des sanctions et moyens de pression non
militaires. Souvent, l’efficacité opérationnelle passe par des mesures diplomatiques ou
économiques fortes pour éviter de devoir intervenir militairement. La CEDEAO, dans ses
perspectives d’amélioration, pourrait affiner son arsenal de sanctions graduées face aux
situations de rupture de l’ordre constitutionnel ou de conflit. Par exemple, développer des
mécanismes de sanctions ciblées plus sophistiqués (gel d’avoirs, restrictions commerciales,
interdiction de participation à certains programmes régionaux)218 pour mettre la pression sur
les acteurs perturbateurs. Ces sanctions doivent être assorties d’un suivi rigoureux : créer
une unité chargée de surveiller l’application des sanctions (s’assurer qu’aucun État membre
ne commerce en armes avec un régime sanctionné, etc.). Le but est d’augmenter la crédibilité
de la dissuasion régionale. Si les acteurs savent que la CEDEAO activera automatiquement
des mesures contraignantes en cas d’entorse, ils réfléchiront à deux fois. Cela renforce la
posture opérationnelle de la CEDEAO sans qu’elle ait à déployer un soldat. En ce qui
concerne l’adaptation aux nouvelles menaces, la CEDEAO doit intégrer dans son mode
opératoire la lutte contre le terrorisme, la criminalité organisée, et gérer les conflits
asymétriques219. Cela signifie que ses opérations ne peuvent plus être calquées uniquement
sur le modèle classique d’interposition entre deux forces conventionnelles. Il faut former des
unités spécialisées, aptes à opérer contre des groupes irréguliers, en coopération étroite avec
les forces locales : inclure au sein de la Force en attente des unités anti-terroristes régionales
ou des unités de renseignement fusionnées220. Un partage en temps réel du renseignement
entre États membres est essentiel pour traquer des groupes se déplaçant d’un pays à l’autre.
On pourrait imaginer un centre de fusion du renseignement de la CEDEAO pour les menaces
terroristes et criminelles, travaillant en lien direct avec les opérations sur le terrain 221. Cela

218
SupplementaryAct A/SP.13/02/12 on Sanctions Against Member States that Fail to Honourtheir
Obligations to ECOWAS Act 2-SP13 of 2012
219
https://www.unodc.org/unodc/fr/frontpage/2013/October/ecowas-countries-international-community-
renew-commitment-to-tackle-transnational-organized-crime.html consulté le 03/04/2025 à 11:20
220
https://www.dhs.gov/national-network-fusion-centers-fact-sheet consulté le 03/04/2025 à 14:15
221
https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/19392206.2021.1929747 consulté le 03/04/2025 à 14:30

80
augmenterait l’efficacité des missions dans des environnements complexes (comme le Nord
Mali ou la région du Liptako-Gourma actuellement).

Sur le volet coordination opérationnelle, lors des crises, la CEDEAO devrait veiller à
mieux arrimer ses actions avec celles des acteurs internationaux présents. Par exemple, si
l’ONU prévoit une mission de maintien de la paix, la CEDEAO peut préparer l’intégration
de ses troupes dans cette mission pour éviter des doublons (ce qui fut bien fait au Liberia en
2003 où les troupes d’ECOMIL ont servi de noyau à la MINUL onusienne)222. Inversement,
si l’ONU est déjà sur place (comme en Côte d’Ivoire 2003-2011), la CEDEAO peut
concentrer ses efforts sur la médiation politique. En clair, avoir une doctrine claire de
complémentarité. Soit la CEDEAO agit en avant-garde militaire puis passe le relais, soit elle
agit en soutien politique à une présence internationale. Dans tous les cas, il faut définir cela
au cas par cas mais sur base de principes connus pour éviter confusions et rivalités.

Un aspect parfois négligé est la dimension post-conflit et reconstruction. Renforcer les


capacités opérationnelles de la CEDEAO signifie aussi être capable d’accompagner un pays
après un conflit pour éviter la rechute. La CEDEAO pourrait développer des cellules
d’experts en réforme du secteur de sécurité (RSS) et en désarmement démobilisation
réintégration (DDR), qui interviendraient en appui au pays sortant de crise : Après une guerre
civile, envoyer une mission de la CEDEAO pour aider à restructurer l’armée, former la
police, etc., en partenariat avec l’UA et l’ONU, serait extrêmement utile pour stabiliser
durablement. Cela a été fait dans une certaine mesure en Guinée-Bissau (appui à la réforme
des forces armées, lutte contre le trafic de drogue)223, mais avec un succès mitigé faute de
moyens et de suivi prolongé. En tirant les leçons, la CEDEAO pourrait systématiser ce type
d’effort dès qu’un conflit se termine.

Enfin, il ne faut pas oublier l’importance de l’évaluation et du retour d’expérience.


Chaque mission de paix ou intervention menée sous l’égide de la CEDEAO devrait faire
l’objet d’un débriefing systématique et d’une évaluation indépendante. Les enseignements
tirés sur les plans tactique, stratégique, logistique, politique permettront d’affiner en continu
les protocoles opérationnels et de corriger les faiblesses constatées224. Ce processus

222
https://peaceaccords.nd.edu/provision/un-peacekeeping-force-accra-peace-agreement consulté le
03/04/2025 à 14:40
223
Le Rôle de la CEDEAO dans la Gestion des Crises Politiques et des Conflits Cas de la Guinée et de la
Guinée Bissau Op.Cit
224
Les opérations de paix en Afrique : Enseignements tirés depuis 2000 Par Paul D. Williams, Paris 2018

81
d’apprentissage permanent ancrera une culture d’excellence au sein du mécanisme de paix
et de sécurité.

En résumé, le renforcement des capacités opérationnelles de la CEDEAO est crucial pour


améliorer l'efficacité de ses interventions en matière de prévention des conflits, de maintien
de la paix et de réponse aux crises sécuritaires. L'activation récente de la Force en attente de
la CEDEAO (FAC) témoigne de la volonté de l'organisation de disposer d'une force
régionale prête à être déployée rapidement en cas de besoin. Des initiatives sont en cours
pour améliorer la logistique, la coordination interarmées, l'entraînement des troupes et
l'intégration des composantes civiles et policières. Ces efforts visent à doter la CEDEAO
d'une capacité d'action rapide et efficace face aux menaces sécuritaires croissantes dans la
région.

En guise de conclusion de section 2, nous pouvons dire que le renforcement des capacités
opérationnelles et financières de la CEDEAO est essentiel pour améliorer l'efficacité de ses
interventions en matière de prévention des conflits, de maintien de la paix et de réponse aux
crises sécuritaires. L'activation récente de la Force en attente de la CEDEAO (FAC)
témoigne de la volonté de l'organisation de disposer d'une force régionale prête à être
déployée rapidement en cas de besoin. Des initiatives sont en cours pour améliorer la
logistique, la coordination interarmées, l'entraînement des troupes et l'intégration des
composantes civiles et policières. Parallèlement, assurer et structurer le financement de ces
opérations est crucial. Cela passe par une responsabilisation accrue des États membres, une
contractualisation plus claire avec les bailleurs internationaux, une gestion transparente et
efficace, ainsi que l'exploration de sources de financement innovantes. Avec de meilleures
ressources financières, la CEDEAO pourra déployer ses missions sans attendre, maintenir
plus longtemps ses engagements sur le terrain et investir dans la prévention de manière
continue. Ce soutien financier renforcé est indispensable pour que les déclarations de
principe se traduisent en actions concrètes au service de la paix.

82
Comme conclusion de ce chapitre, les perspectives d’amélioration du mécanisme de
prévention, de gestion et de règlement des conflits de la CEDEAO sont multiples et
interdépendantes. Il s’agit de muscler l’architecture institutionnelle (en dotant l’organisation
d’organes réactifs, inclusifs et stratégiquement guidés), de consolider l’État de droit tant au
niveau régional que national (afin de réduire l’écart entre normes et pratiques et de dissuader
les fauteurs de troubles), et de fournir à la CEDEAO les moyens financiers et opérationnels
à la hauteur de ses ambitions. La mise en œuvre de ces améliorations rencontrera sans doute
des défis car elle requiert une volonté politique soutenue des États membres et un esprit de
solidarité renouvelé. Néanmoins, au regard des enjeux de stabilité et de développement en
Afrique de l’Ouest, de tels efforts sont indispensables. Une CEDEAO renforcée dans son
rôle de gardien de la paix régionale pourra non seulement mieux gérer les conflits actuels,
mais aussi prévenir plus efficacement ceux de demain, contribuant ainsi à ancrer la région
dans un cercle vertueux de paix, de démocratie et de prospérité partagée.

83
Conclusion partielle

À travers cette deuxième partie, nous constatons que la CEDEAO se trouve à un tournant
décisif de son évolution en tant qu'acteur clé de la stabilité en Afrique de l'Ouest. Les défis
structurels, institutionnels et financiers identifiés dans ce chapitre soulignent la nécessité
d'une réforme en profondeur de ses mécanismes de prévention, de gestion et de règlement
des conflits. Pour relever ces défis, il est impératif de renforcer l'architecture institutionnelle
de l'organisation, de consolider l'État de droit tant au niveau régional que national, et de doter
la CEDEAO de moyens financiers et opérationnels à la hauteur de ses ambitions. La mise
en œuvre de ces améliorations nécessitera une volonté politique soutenue des États membres
et un esprit de solidarité renouvelé. Cependant, au regard des enjeux de stabilité et de
développement en Afrique de l'Ouest, de tels efforts sont indispensables. Une CEDEAO
renforcée dans son rôle de gardien de la paix régionale pourra non seulement mieux gérer
les conflits actuels, mais aussi prévenir plus efficacement ceux de demain, contribuant ainsi
à ancrer la région dans un cercle vertueux de paix, de démocratie et de prospérité partagée.

84
Conclusion Générale

Ce mémoire s’est attaché à répondre à la question suivante : « Quel est le rôle joué par le
mécanisme de prévention, de gestion et de règlement des conflits de la CEDEAO dans la
stabilisation politique des États membres ? » Cette problématique s’inscrit dans un contexte
régional marqué par des défis sécuritaires persistants, des transitions politiques fragiles et
des tensions liées à la souveraineté des États. La CEDEAO, en tant qu’organisation
régionale, a mis en place un mécanisme institutionnel et opérationnel visant à prévenir, gérer
et résoudre les conflits, avec pour objectif ultime la consolidation de la paix et de la stabilité
politique en Afrique de l’Ouest.

L’analyse du cadre institutionnel et juridique de la CEDEAO révèle une volonté affirmée


des États membres de doter la région d’un mécanisme efficace de gestion des conflits. Le
Protocole de 1999 relatif au mécanisme de prévention, de gestion et de règlement des
conflits, de maintien de la paix et de la sécurité, ainsi que le Protocole additionnel de 2001
sur la démocratie et la bonne gouvernance, constituent les piliers juridiques de ce dispositif.
Ces instruments établissent des normes claires en matière de gouvernance démocratique, de
respect des droits de l’homme et de l’État de droit.

Sur le plan institutionnel, la Conférence des chefs d’État et de gouvernement, le Conseil


de médiation et de sécurité, la Commission de la CEDEAO et le Département des affaires
politiques, de la paix et de la sécurité jouent un rôle central dans la mise en œuvre du
mécanisme. Les organes d’appui tels que le Conseil des sages, la Commission de défense et
de sécurité et la Force en attente de la CEDEAO (FAC) renforcent cette architecture en
apportant une expertise technique et opérationnelle.

La CEDEAO a développé des outils opérationnels visant à anticiper et à répondre


efficacement aux crises. Le Cadre de prévention des conflits de la CEDEAO (CPCC) et le
Cadre politique pour la réforme et la gouvernance du secteur de la sécurité (RGSS)
permettent d’identifier les signaux précoces de conflits et de proposer des mesures
préventives. Le système d’alerte précoce (ECOWARN), en collaboration avec le Réseau
ouest-africain pour l’édification de la paix (WANEP), facilite la collecte et l’analyse
d’informations pertinentes pour la prévention des conflits. La Force en attente de la

85
CEDEAO (FAC) constitue un instrument de dissuasion et d’intervention rapide en cas de
crise majeure. Son déploiement lors de situations critiques, comme en Gambie en 2017, a
démontré la capacité de la CEDEAO à agir de manière décisive pour restaurer l’ordre
constitutionnel.

Les interventions de la CEDEAO ont eu des résultats mitigés en termes de stabilisation


politique. Dans certains cas, comme au Liberia, en Sierra Leone ou en Gambie,
l’organisation a joué un rôle déterminant dans la résolution des crises et le rétablissement de
la gouvernance démocratique. Cependant, dans d’autres contextes, notamment au Mali, en
Guinée ou au Burkina Faso, les efforts de la CEDEAO ont été confrontés à des obstacles
majeurs, tels que le refus des autorités de transition de respecter les engagements pris, la
montée de l’insécurité ou encore la méfiance envers les institutions régionales. La récente
décision du Mali, du Burkina Faso et du Niger de se retirer de la CEDEAO et de former
l’Alliance des États du Sahel (AES) illustre les limites de l’influence de l’organisation dans
un contexte de remises en question de l’ordre régional établi. Cette situation met en évidence
la nécessité pour la CEDEAO de renforcer sa légitimité et son efficacité pour répondre aux
aspirations des populations et aux défis sécuritaires actuels.

Cette étude met en lumière l’importance d’un mécanisme régional de prévention et de


gestion des conflits pour la stabilité politique en Afrique de l’Ouest. La CEDEAO, en tant
qu’acteur régional, joue un rôle crucial dans la promotion de la paix, de la démocratie et de
la bonne gouvernance. Cependant, son efficacité dépend de plusieurs facteurs, notamment
la volonté politique des États membres, la disponibilité de ressources financières et humaines
adéquates, ainsi que la capacité à s’adapter aux évolutions du contexte régional. L’analyse
des interventions de la CEDEAO souligne également l’importance de la coordination entre
les différents acteurs impliqués dans la gestion des conflits, y compris les organisations de
la société civile, les partenaires internationaux et les institutions nationales. Une approche
inclusive et participative est essentielle pour garantir la durabilité des solutions mises en
œuvre.

L’élaboration de ce mémoire a été confrontée à plusieurs difficultés. Tout d’abord, l’accès


limité à certaines données internes de la CEDEAO a restreint la profondeur de l’analyse. De
plus, la rareté de sources actualisées et la difficulté à obtenir des informations précises sur
les opérations en cours ont constitué des obstacles à une évaluation exhaustive du

86
mécanisme. Enfin, le manque de temps et de ressources pour mener des enquêtes de terrain
ou des entretiens avec des acteurs clés a limité la dimension empirique de l’étude.

Ce travail ouvre plusieurs perspectives de recherche pour approfondir la compréhension


du rôle de la CEDEAO dans la stabilisation politique de ses États membres. Parmi les pistes
envisageables, une analyse comparative des mécanismes de gestion des conflits mis en place
par d’autres organisations régionales, telles que l’Union africaine ou la Communauté de
développement de l’Afrique australe (SADC), afin d’identifier les bonnes pratiques et les
leçons à tirer. Une étude de cas approfondie sur l’intervention de la CEDEAO en Gambie en
2017, pour évaluer les facteurs de succès et les défis rencontrés lors de cette opération est
nécessaire. Une évaluation des réformes du secteur de sécurité afin d’analyser l’impact des
récentes initiatives de la CEDEAO (renforcement de la FAC, dialogues civilo-militaires,
réforme du secteur de la sécurité) sur la stabilisation politique. Une telle étude permettrait
de mesurer l’efficacité des nouvelles stratégies régionales.

87
Bibliographie

I. Ouvrages

Ouvrages généraux

1. Ayissi, Anatole (dir.). Coopération pour la paix en Afrique de l’Ouest : agenda


pour le XXIe siècle. Genève : UNIDIR, 2001.
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Security Sector Network (ASSN), août 2020.
4. DIALLO, Joséphine. L’intégration régionale sécuritaire de la CEDEAO. Paris,
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Touré, Jabir. La CEDEAO et le règlement des conflits en Afrique de l'Ouest. Mémoire de


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politique, août 2022.

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Institute (IPI), IPI Policy Paper, 2015.
7. Compaoré, Étienne et Ouédraogo, Boukary. « Les dépenses militaires dans les pays
de la CEDEAO : une évaluation des facteurs déterminants ». Revue Défense
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capacités dans le transport aérien en Afrique : Une stratégie susceptible
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Studies, Africa Security Brief No. 37, 2020.
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Defence Research Agency), Report FOI-R--4565--SE, 2016.
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investigate journalist's murder ».
https://cpj.org/2014/06/ecowas-court-rules-gambia-failed-to-investigate-jo/
5. Goree Institute. « Pour une gouvernance saine ».
http://www.goreeinstitute.org
6. Media Foundation for West Africa (MFWA). « Justice at last: Gambia finally pays
compensation to families of Ebrima Manneh and Deyda Hydara ».
https://mfwa.org
7. Peace Insight. « President Koroma’s sacking of former vice president was illegal,
says ECOWAS regional court ».
https://www.peaceinsight.org
8. The Organization for World Peace (OWP). « Coup D’états or Liberation Struggles?
». The OWP, décembre 2024.
https://theowp.org

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Table des matières
REMERCIEMENTS ............................................................................................................ I
SOMMAIRE ......................................................................................................................... I
Liste des acronymes ........................................................................................................... III
Introduction Générale ......................................................................................................... 1
Première partie : Cadre institutionnel et opérationnel du mécanisme........................... 6
Chapitre I : Cadre institutionnel du mécanisme........................................................... 6
Section I : L’appareil institutionnel du mécanisme .................................................. 7
Section II : les organes d’appuis du mécanisme ...................................................... 14
Chapitre II : Le cadre opérationnel et juridique du mécanisme ............................... 21
Section I : Cadre juridique du mécanisme............................................................... 21
Section II : Cadre opérationnel du mécanisme ....................................................... 31
Conclusion partielle ....................................................................................................... 41
Deuxième Partie : Les limites et les perspectives d’amélioration du mécanisme ........ 42
Chapitre I : Les limites du mécanisme ......................................................................... 42
Section I : Les contraintes et défis politiques, juridiques, logistiques et financiers
...................................................................................................................................... 43
Section II : Les contraintes et défis liés à la souveraineté des États membres et à
la coordination régionale ........................................................................................... 53
Chapitre II : Les perspectives d’amélioration du mécanisme ................................... 62
Section I: Renforcement des capacités institutionnelles, juridiques et
juridictionnelles .......................................................................................................... 63
Section II : Renforcement des capacités financières et opérationnelles ................ 72
Conclusion partielle ....................................................................................................... 84
Conclusion Générale ......................................................................................................... 85
Bibliographie ...................................................................................................................... 88

94

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