I) Présentation de la CNDH
La Commission Nationale des Droits de l’Homme(CNDH) de Mauritanie est
une Institution Constitutionnelle, Indépendante, dotée d’un large mandat de
promotion et de protection des droits humains conformément aux Principes
de Paris (Article 97 de la Constitution de la République Islamique de
Mauritanie).
La CNDH est aussi un cadre national de concertation entre les
administrations concernées par les questions des Droits de l’Homme et les
organisations nationales non gouvernementales de promotion et protection
des Droits de l’Homme.
L’indépendance de la Commission se manifeste à travers la nomination, la
révocation et la protection des membres qui sont :
Soit élus par leurs pairs,
Ou désignés par leurs administrations et institutions respectives.
L'indépendance de la CNDH est attestée également par le recrutement de son
personnel et la gestion de ses fonds propres.
En effet, aux termes de la loi régissant l’institution sur les vingt-sept (27)
membres composant la Commission, quatorze (14) sont issus des
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organisations professionnelles et de la société civile, des institutions
démocratiques et judiciaires, dont le Président.
Ils sont élus en majorité par leurs structures d’appartenance et disposent de
voix délibératives. Les treize (13) autres membres représentant les
départements ministériels et le parlement et ne disposent que de voix
consultatives.
De même, l’immunité octroyée aux membres en activité et même après
cessation de leur mandat consolide, elle aussi l’indépendance de la
Commission.
Cette immunité est prévue expressément par l’article 14 qui précise qu'aucun
membre ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé pour des
opinions ou votes émis par lui dans l’exercice de ses fonctions, même après
la cessation de celles-ci''.
Dans l’exercice de leurs attributions, les membres de la Commission ne
reçoivent d’instruction d’aucune autorité ».
II) Contribution au 3éme cycle de l’EPU de la Mauritanie de Janvier 2021
En Mauritanie, les principales thématiques des droits humains se rapportent
souvent à l’esclavage, Liberté d’expression, Liberté d’association, Droits des
femmes, l’état civil, Droits économiques, sociaux et culturels, Droits des
personnes réfugiées ou migrantes, Répression des défenseurs des droits
humains.
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Le présent document constitue la contribution de la CNDH au 3 ème cycle de
l’Examen Périodique Universel (EPU) prévu au cours de la 37ème session de
l’Examen Périodique Universel en Janvier 2021 conformément au paragraphe 11
de la résolution adoptée par l’Assemblée Générale n°60/251 du 15 mars 2006.
La CNDH continue le suivi de la mise en œuvre des engagements internationaux
et régionaux en matière de Droits de l’Homme et notamment les recommandations
formulées lors du second cycle de l’Examen Périodique Universel en 2015.
Ainsi, notre institution présente, à travers ce rapport ses conclusions sur l’état de
mise en œuvre des recommandations suivantes :
Recommandation 126.3 : Améliorer la mise en œuvre du cadre
juridique relatif aux droits des femmes et mettre définitivement au
point une loi sur la violence à leur encontre (Norvège) ;
Des femmes leaders et militantes pour les droits des femmes en
Mauritanie ont organisé jeudi 27 décembre 2018 un sit-in devant le
siège de l’Assemblée Nationale.
Cette manifestation fait suite au rejet par l’Assemblée Nationale de la
loi relative à la violence basée sur le genre. C’est la seconde fois que
cette loi est renvoyée au gouvernement. En janvier 2017, cette même
loi qui a été présentée aux députés avait suscité une vive polémique.
Cette loi vivement souhaitée par la société civile et une bonne partie
de l’opinion nationale vise à pénaliser la violence basée sur le genre,
car ils estiment qu’elle permettra de combler le vide juridique dont
souffre le système judiciaire Mauritanien. Les militants y voient un
gage, une garantie pour les femmes victimes de violence basée sur le
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genre. C’est pourquoi le gouvernement l’a déposé de nouveau devant
l’assemblée nationale pour promulgation.
Recommandations relatives à ce point :
1-Appeller à un dialogue élargi aux acteurs de la société civile permettant
l’élaboration d’une loi protégeant les femmes.
Mener des campagnes de sensibilisation et de prévention sur les
conséquences de la violence et des mauvais traitements à l’égard des
femmes et des filles ;
Elaborer et adopter une stratégie de prévention efficace des pratiques
traditionnelles préjudiciables, notamment les mutilations génitales
féminines, le mariage précoce, en consultation avec la société civile ;
Allouer des ressources suffisantes pour permettre d’enquêter sur les cas de
violence et d’exploitation sexuelles, de poursuivre les auteurs de ces crimes
et d’imposer des peines appropriées.
126.54 : Enquêter sur les plaintes pour esclavage ou traitements
assimilables et les traiter, et protéger les enfants de telles pratiques
(Mexique)
La CNDH, qui est dotée d’un service de plaintes ne cesse d’assurer les campagnes
de sensibilisation auprès des tribunaux, ainsi qu’auprès du gouvernement.
Dans le cadre de son approche de lutte contre l’Esclavage, le gouvernement a
adopté en 2014, une feuille de route relative à la lutte contre les séquelles de
l’Esclavage qui a été élaborée d’une manière participative incluant tous les
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acteurs concernés, ainsi que le vote d’une loi incriminant toutes les formes
d’Esclavage telles que par exemple le mariage forcé, la cession d’Esclave à un
tiers et la transmission d’un Esclave par succession.
La nouvelle loi met aussi en place des juridictions spécialisées pour juger les
crimes d’Esclavage et accorde une assistance judiciaire aux victimes
d’Esclavage et permet aussi aux Organisations de la Société civile actives qui
œuvrent pour l’éradication de l’Esclavage de se constituer partie civile et
d’assister les victimes.
De sa part , la CNDH et dans le cadre de la lutte contre l’esclavage a conduit
une campagne qui a sillonné plusieurs régions de l’intérieur du pays afin de faire
des investigations sur les possibles cas d’esclavage , et de s’enquérir de la
situation des populations anciennement victimes du fléau de l’esclavage. Nous
rappelons que les thèmes de cette campagne étaient : esclavage : tourner la page
et esclavage : tolérance zéro. Pour mieux combattre l’esclavage, la CNDH fut à
l’origine de la création d’une coordination comprenant le bureau du Haut-
Commissariat des Nations Unies, le FONADH et l’AMDH afin d’enquêter sur
tous les cas présumés d’esclavage.
La CNDH suit également tous les cas pendants devant les tribunaux spécialisés
de l’esclavage et demande l’accélération des procédures de jugements.
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Recommandations :
Sensibiliser les populations rurales sur la loi incriminant l’Esclavage et les
pratiques esclavagistes à travers les Médias ;
Organiser des campagnes de sensibilisation dans les langues nationales
(Hassanya, Poular, Soninké et Wolof) à travers les émissions radio
télévisées sur la nécessité de l’éradication des pratiques esclavagistes et de
leurs séquelles par l’évolution et la reconversion des mentalités ;
-La mise sur pied des Programmes économiques pour lutter contre la
pauvreté.
Recommandation 127.14 : Permettre au pouvoir législatif de mener à bien l’adoption
du projet de loi sur le mécanisme national de prévention de la torture (République
démocratique du Congo) :
La Commission Nationale des Droits de l’Homme note avec satisfaction la création d’un
Mécanisme National de Prévention contre la Torture (MNP) par la loi n°2015-034.
La mission de cette institution est d’effectuer des visites régulières programmées ou
inopinées sans aucun préavis et à tout moment dans tous les lieux où se trouvent où
pourraient se trouver des personnes privées de libertés afin de s’informer sur les
conditions des détenus et de s’assurer qu’ils n’ont pas été victimes de torture et d’autres
peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.
Recommandations :
Doter le MNP de moyens lui permettant de mener un monitoring régulier des
lieux de privation de libertés.
Renforcement continue des capacités des membres de cette institution.
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Recommandation127.9 : Doter l’institution nationale des droits de l’homme avec les
moyens nécessaires pour assurer son travail régulier et renforcer son
indépendance (Portugal)
En réponse à cette recommandation, la CNDH note avec satisfaction la promulgation du
Projet de loi amendant et modifiant certaines dispositions de la loi organique n°2017-016
du 5 juillet 2017 fixant la composition, l’organisation et le fonctionnement de la Commission
Nationale des Droits de l’Homme (CNDH).
Ce projet de loi améliore les conditions de supervision du processus de choix et sélection
des membres, et assure l’indépendance de ce processus en confiant la présidence du
comité de sélection à une personnalité indépendante.
Il est à noter aussi que le budget de la CNDH a connu une augmentation de 40% ce qui
lui permettra d’améliorer son efficacité. Malgré tout cela, ce budget reste toujours
insuffisant.
Recommandations :
Renfoncer les capacités du personnel à travers l’amélioration des
conditions et membres de la CNDH afin d’assurer le suivi de la situation
des droits de l’homme même en période de crises .
Elargir le champs d’action de la CNDH à travers des partenariats avec les
établissements d’enseignement primaires, secondaires et universitaires
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Recommandation 127.30 : Appliquer la législation anti-esclavage et garantir
pleinement l’application du principe de non-discrimination et garantir la pleine
jouissance de tous les droits de l’homme par tous les membres de la société
(Afrique du Sud)
La Mauritanie a aboli l’esclavage en 1981 et l’a criminalisé en 2007. Le
gouvernement soutient qu’il n’existe plus d’esclavage, mais seulement ses
séquelles, notamment l’exclusion et la pauvreté extrême – des problèmes qu’il
s’efforce de résoudre. La CNDH soutient que ce phénomène existe toujours sous
la forme des cas éparpillés par ci par la et pour preuve les cas de condamnation
prononcés par les tribunaux et nous notons que certains cas sont pendants devant
les tribunaux depuis quelque temps
La CNDH note que des tribunaux spéciaux poursuivent les crimes liés à
l’esclavage, mais depuis leur création par une loi de 2015, ils n’ont jugé que
quelques cas. En mars 2018, on a rapporté que le tribunal spécial de Nouadhibou
avait condamné un père et un fils à 20 ans de prison, et dans une affaire
distincte, une femme à 10 ans, pour avoir réduit des personnes en esclavage, en
plus des cas de Nema en 2019, procès auquel la CNDH a assisté et ou les
présumés coupables avaient fuit au Mali
Suite à cette situation, la CNDH a demandé aux autorités de mettre en œuvre la
convention d’entraide judiciaire avec le Mali pour faire obstacle à ces pratiques
afin d’empêcher les condamnés de fuir la justice au Mali.
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Recommandations :
Assurer le suivi de la mise en œuvre des lois réprimant les pratiques
esclavagistes
Renforcer les capacités des tribunaux spécialisés dans la lutte contre les
pratiques esclavagistes.
Renforcer la coopération entre la CNDH et le secteur de la justice pour un
meilleur suivi de la question de l’esclavage.
Recommandation 127.42 : Mettre pleinement en œuvre la Feuille de route nationale
de lutte contre les séquelles de l’esclavage (États Unis d’Amérique) :
L’Etat partie a mis en œuvre la feuille de route pour l’éradication des séquelles et des
formes contemporaines de l’esclavage proposée par les Nations Unies et adoptée par le
Gouvernement.
En outre, les programmes mis en œuvre par l’Agence Nationale « Tadamoun » pour
l’Eradication des Séquelles de l’Esclavage, à l’Insertion et à la Lutte Contre la Pauvreté,
objet du décret n°2013-048 reprise par la Délégation Générale TAAZOUR née du décret
n°385-2019 ayant pour objectif la protection et la réintégration adéquates des personnes
sorties de situations d’esclavage et de pratiques esclavagistes, ont permis la réalisation
des actions destinées à améliorer les conditions de vie des populations pauvres ou
victimes des séquelles de l’esclavage, même si les actions menées par cette récente
agence sont encore à leur début
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Pour mieux améliorer l’action de cette institution, la CNDH devra signer un accord de
partenariat avec cette institution. Cet accord déjà négocié stipule que la CNDH sera le
conseiller de TAAZUR dans le cadre de la mise en œuvre de ses programmes sur le
terrain. Ainsi les informations reçues par la CNDH lors de ses caravanes ou lors des
plaintes qu’elle reçoit peuvent orienter l’agence dans son action.
Recommandations :
Vulgariser la loi de 2015 sur la criminalisation de l’esclavage.
Doter les tribunaux spéciaux de moyens et de pouvoirs leur permettant de
combattre les cas qui s’annoncent et de punir les auteurs.
Recommandation 127.52 : Renforcer le cadre juridique pour la protection des
enfants, ainsi que garantir les droits des mineurs délinquants (France).
L’Etat partie a adopté un code général de protection de l’enfant (loi n°024-2018)
et le décret n°051-2017 du 08/05/2017 qui créé et met en place le Conseil National
de l’Enfance qui a pour mission d’assister les départements en charge des droits
de l’enfant en matière de coordination, d’élaboration, de mise en œuvre et de
suivi-évaluation des politiques, stratégies et programmes de l’enfance
Le système de protection de l’enfance en Mauritanie comprend un corpus
législatif harmonisé aux dispositions de la CDE (Le Code de protection de
l’enfance) dont la supervision incombe au Gouvernement qui assure la
coordination comprend :
- la Stratégie Nationale d’Institutionnalisation du Genre.
- l'ordonnance portant protection pénale de l'enfant
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- la stratégie de protection sociale
- la stratégie nationale de gestion de la migration
- la coordination et le plaidoyer.
Consacrée par la Convention de droits de l’Enfant (CDE) et ses protocoles
facultatifs, la protection de l'enfant est explicitement énoncée dans les articles 32
à 40. Les droits y afférents doivent être garantis par les États. Il s’agit
notamment de lutter contre toutes les formes de violence, d’exploitation, de
discrimination, d’abus et de négligence, y inclus l'exploitation économique et
l’exposition forcée au travail comportant des risques ou susceptible de
compromettre l’éducation ou de nuire au développement physique, mental,
spirituel, moral ou social de l’enfant.
Recommandations :
Intensifier et accélérer le processus d'harmonisation du corpus législatif
avec les dispositions de la Convention sur les droits de l'enfant ;
Adopter un code général de l'enfance, intégrant les dispositions de la
Convention et tenant compte de la Charte africaine des droits et du
bienêtre de l’enfant.
Mettre en place un mécanisme de recours pour les plaintes formulées par
les enfants, avec un numéro vert accessible à tous ;
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Intensifier ses efforts pour que les communautés, les chefs religieux, les
parents et les enfants connaissent et comprennent les dispositions de la
Convention, en utilisant différents médias et avec la participation active
des enfants.
Réviser le Code pénal afin d’interdire expressément par la loi tout
châtiment corporel et de faire appliquer cette interdiction dans tous les
contextes, y compris dans la famille, à l’école et dans les structures de
protection de remplacement avec des campagnes de sensibilisation en
faveur d’autres formes de discipline, respectueuses de la dignité de
l’enfant et conformes aux dispositions de la Convention,
Prendre toutes les mesures nécessaires pour prévenir la maltraitance et le
délaissement des enfants ;
Je vous remercie.
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