DIALOGUE NATIONAL SUR LE SYSTEME POLITIQUE
TERMES DE RÉFÉRENCE
Contexte et justification
Le Sénégal constitue une originalité en Afrique tant il est vrai qu’il est reconnu comme
un pionnier et un modèle démocratique éprouvé. Le système politique a permis, à trois
reprises (2000, 2012 et 2024), une alternance démocratique au sommet de l’État alors
même que de nombreux pays africains sont confrontés à des coups d’État ou à des
tensions politiques liées à des scrutins contestés ou qui n’ont pas été tenus à date
échue. Ces changements démocratiques ont également, de manière récurrente, été
observés au niveau de la représentation nationale et des collectivités territoriales.
Il n’en demeure pas moins que l’architecture institutionnelle gouvernant le système
politique et les élections au Sénégal doit régulièrement être repensée à l’aune des
mutations politiques, des crises protéiformes et des dysfonctionnements constatés lors
des échéances électorales. Un système, quel qu’il soit, doit nécessairement
questionner en permanence ses fondations afin de s’adapter à la temporalité politique
changeante. Ce constat impose la tenue d’un Dialogue national sur le système
politique.
Dire que l’environnement institutionnel du système politique est la matrice sur le
fondement de laquelle s’organise l’animation du jeu politique et la compétition
électorale est un lieu commun. A ce titre, le Dialogue politique vise la fabrique et la
consolidation de consensus forts portant sur le soubassement institutionnel du système
politique, cadre holistique d’organisation et de fonctionnement de la gouvernance
politique. Cette approche institutionnelle constitue le viatique même du système
politique ; la problématique normative n’étant qu’un succédané.
En effet, la stabilité et la longévité de la démocratie sénégalaise reposent sur
l’organisation régulière des élections, l’implication de l’ensemble des acteurs à travers
un processus largement consensuel et la capacité de résilience du système politique.
Ce dernier s’appuie sur une répartition claire des responsabilités entre trois niveaux
institutionnels d’organismes de gestion des élections (OGE) :
• Le Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique, en charge de l’organisation
matérielle du scrutin ;
• La Commission électorale nationale autonome (CENA), organe indépendant chargé
de la supervision et du contrôle du processus électoral ;
• La Justice, qui tranche les contentieux électoraux.
Toutefois, aussi performant soit-il, le système politique au Sénégal doit être
continuellement évalué et amélioré, en prenant en compte les dysfonctionnements
observés, les mutations technologiques, l’évolution démographique et les bonnes
pratiques démocratiques internationales.
La vocation originelle d’un système politique étant de garantir un climat social apaisé,
l’architecture institutionnelle relative à l’organisation des élections exige une
intériorisation par tous les acteurs et une application en toute transparence.
Dans cet esprit, le Dialogue politique doit être maintenu quelles que soient les
circonstances de la temporalité politique. En effet, depuis l’adoption du Code électoral
consensuel de 1992, la concertation entre les parties prenantes est devenue une
tradition pour la fixation du cadre institutionnel régissant l’organisation des élections
au Sénégal.
Conscient de la nécessité de préserver et de renforcer cette tradition démocratique, le
Président de la République a appelé à un Dialogue national inclusif portant sur
l’environnement institutionnel relatif aux questions politiques et électorales. Les
échéances à venir, qui impliquent de rendre plus transparente et inclusive l’assise
institutionnelle, sont :
• Élections territoriales en 2027 ;
• Élection présidentielle en 2029 ;
• Élections législatives en 2029.
Il est donc essentiel de mettre en place un cadre de concertation favorisant des
échanges ouverts et constructifs sur les réformes institutionnelles.
Au titre de ces réformes institutionnelles majeures, le Président de la
République, lors de l’adresse à la Nation du 3 avril 2024, a relancé le débat
sur la nécessité de remplacer la Commission électorale nationale autonome
(CENA) par une Commission électorale nationale indépendante (CENI).
Objectif général
Il s’agit de conduire des concertations inclusives afin de parvenir à des consensus
politiques solides, dans le but de renforcer la démocratie sénégalaise et de préserver
la stabilité institutionnelle du pays en matière de formations politiques et d’organisation
des élections.
Objectifs spécifiques
Plusieurs objectifs spécifiques, qui concourent à l’amélioration du cadre institutionnel
du système politique au Sénégal, sont poursuivis :
• Réformer et améliorer le système électoral sénégalais ;
• Donner un contenu au statut de l’opposition et de son chef ;
• Débattre de l’inscription automatique sur le fichier électoral dès l’établissement de la
carte nationale d’identité biométrique CEDEAO et dès l’âge de la majorité ;
• Réviser le système de parrainage ;
• Examiner le rôle des autorités en charge des élections et des médias ;
• Débattre de la place de la justice dans le processus électoral ;
• Rationaliser le calendrier républicain ;
• Rationaliser en profondeur les partis politiques ;
• Encadrer le financement des partis politiques ;
• Réviser le Code électoral.
Thématiques des discussions
Les discussions seront organisées autour de trois axes principaux :
1. Démocratie, libertés et droits humains
• rationalisation des partis politiques et du calendrier républicain ;
• encadrement du financement des partis politiques ;
• reconnaissance du statut de l’opposition et de son chef.
2. Processus électoral
• Modalités d’organisation du parrainage et de l’inscription automatique sur le fichier
électoral via la carte nationale d’identité biométrique CEDEAO ;
• étude sur les spécifications techniques du bulletin unique ;
• opportunité d’un audit du fichier électoral ;
• numérisation du processus électoral ;
• vote des personnes en détention.
3. Réformes institutionnelles et organes de gestion des élections
Ces réformes porteront sur :
• le système électoral le mieux adapté au système politique sénégalais ;
• la place de la justice dans le processus électoral ;
• les autorités en charge des élections et des médias.
Résultats attendus
L’approche institutionnelle du dialogue politique devra aboutir à des recommandations
largement consensuelles, permettant d’améliorer le système démocratique,
notamment par :
• la clarification des modalités d’organisation des élections ;
• la redéfinition des rôles des autorités électorales et des médias ;
• la rationalisation du calendrier républicain ;
• l’encadrement des règles d’existence des partis politiques ;
• la révision du Code électoral ;
• le statut de l’opposition et de son chef.
Participants
Le Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique mettra en place un Cadre de
Concertation sur le Processus Électoral (CCPE), regroupant les parties prenantes au
processus électoral avec une représentation paritaire des acteurs politiques.
Ce cadre pourra inclure les acteurs suivants :
• représentants des partis politiques (majorité et opposition) ;
• Conseil constitutionnel ;
• Commission électorale nationale autonome (CENA) ;
• Conseil national de Régulation de l’Audiovisuel (CNRA) ;
• Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique ;
• Ministère de la Justice ;
• Ministère de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères ;
• le Médiateur de la République ;
• société civile
Un Comité de pilotage dirigera les travaux, avec pour mission de :
• organiser et coordonner les concertations ;
• faciliter la médiation et le consensus entre les parties ;
• rédiger un rapport général des travaux.
Lieu et date
Le lieu et la période des rencontres seront communiqués ultérieurement.