Carbonatation
Carbonatation
ÉCOLE DOCTORALE
Sciences pour l’Environnement Gay Lussac
THÈSE
présentée par :
Akli YOUNSI
JURY :
Je remercie…
Mme Myriam CARCASSES, Présidente du jury
Mme Marie-Paule DELPLANKE, Rapporteur
M. Emmanuel DENARIÉ, Rapporteur
M. François CUSSIGH, Examinateur
M. Ahmed LOUKILI, Examinateur
Mme Stéphanie STAQUET, Examinatrice
M. Abdelkarim AÏT-MOKHTAR, Directeur de thèse
M. Philippe TURCRY, Co-Encadrant
M. Ouali AMIRI
M. Rafik BELARBI
M. Jean-Michel LOCHE
Laboratoire d’Étude des Phénomènes de Transfert et de l’Instantanéité : Agro-ressources
et Bâtiment – Université de La Rochelle
Service BATir (Building, Architecture & Town planning) – Université Libre de Bruxelles
Communauté d’Agglomération de La Rochelle
Fonds National de la Recherche Scientifique (Belgique)
Partenaires du projet ANR-RGC&U ÉCOBÉTON
Kamilia ABAHRI
Abdeslam BOUYAHIAOUI
Rabah DJEDJIG
Fabien GENDRON
Ameur El Amine HAMAMI
Tarek HOCINE
Sadok HOUDA
Laura-Anne MICHEL
Mireille RAHMEH
Mahfoud TAHLAITI
Abdelkrim TRABELSI
Ma famille
3
Résumé
Mots clés
Bétons à faible bilan carbone, cendres volantes, laitier de haut-fourneau, indicateurs de
durabilité, carbonatation, microstructure, hydratation, séchage, équivalence de
performances.
5
Abstract
Keywords
Low-carbon concretes, fly ash, blast-furnace slag, durability indicators, carbonation,
microstructure, hydration, drying, equivalent performance.
7
Table des matières
10
4.7.4. Quantité de Portlandite .............................................................................................................................. 102
4.7.5. Degré de saturation en eau liquide ........................................................................................................... 103
4.7.6. Influence simultanée : porosité/quantité de Portlandite/degré de saturation en eau liquide ........... 104
4.8. Conclusions ................................................................................................................................................... 106
11
Introduction générale
Les analyses de cycle de vie de structures en béton montrent que, parmi les différents
constituants du béton, le ciment représente la source principale des impacts sur
l’environnement, et des émissions de gaz à effet de serre en particulier [Parrott, 2002 ;
Flower et Sanjayan, 2007 ; Habert et Roussel, 2008 ; Collins, 2010]. Cette part importante
du ciment dans les émissions de CO2 du béton est due aux fortes émissions liées à sa
production en cimenterie. En effet, la quantité de CO2 émise lors de la fabrication du
ciment correspond en moyenne mondiale à 810 kg de CO2 émis par tonne de clinker
[Hendriks et al., 1998]. Ce qui correspond à environ 900 g de CO2 émis par jour, par
habitant, dans la mesure où la consommation moyenne mondiale du ciment, enregistrée
en 2010, est d’environ 400 kg de ciment par an, par habitant [CEMBUREAU, 2010]. Le
ciment apparaît donc comme un paramètre clé pour réduire les émissions de CO2, et plus
généralement l’impact environnemental du matériau « béton ».
La réduction des émissions peut être entreprise en cimenteries en améliorant les
performances des procédés de cuisson. L’industrie cimentière européenne a ainsi atteint le
niveau de 600 kg de CO2 par tonne de ciment [Habert et Roussel, 2008]. Elle peut aussi
être entreprise par la réduction du dosage en clinker du ciment au profit d’additions
minérales : fillers calcaires, ajouts pouzzolaniques (fumées de silice, cendres volantes,
schistes calcinés) ou ajouts potentiellement hydrauliques (laitiers de haut-fourneau). C’est
ainsi que les différents types de ciment sont obtenus [NF EN 197-1, 2001]. En moyenne,
ces ciments avec ajouts pourraient réduire d’environ 21 % les émissions mondiales dues
au clinker [Hendriks et al., 1998]. Cependant, dans les faits, cette dernière solution est
restée peu efficace en France dans la mesure où le clinker représente encore plus de 80 %
des 18 millions de tonnes de ciments produites en 2010 [Infociments, 2011].
Il existe une autre voie : la réduction du clinker peut être réalisée, non pas à l’échelle du
ciment, mais à celle du béton en diminuant son dosage en ciment par substitution avec
des additions minérales durant le malaxage [Rosković et Bjegović, 2005 ; Flower et
Sanjayan, 2007 ; Collins, 2010]. Cependant, l’approche prescriptive de la norme
NF EN 206-1 [NF EN 206-1, 2004] limite à 30 % le taux de remplacement du ciment par
des additions minérales. La norme autorise, en parallèle, une autre approche dite
performantielle, selon laquelle le béton peut être formulé avec plus de substitution du
13
ciment par des additions minérales, à condition de montrer qu’il a des performances
équivalentes à celles d’un béton de référence conforme aux prescriptions de la norme, et
notamment en termes de durabilité. En fonction de l’environnement de l’ouvrage, donc
des différentes classes d’exposition que répertorie la norme, et de la durée de vie qui lui
est prescrite lors de sa conception, cette durabilité prendra une forme de résistances
particulières à tel ou tel agent agressif. Elle se traduira aussi à travers des plages de valeurs
que prendront une série de paramètres appelés « indicateurs de durabilité » qui
représentent les propriétés microstructurales ou de transfert du matériau. Ainsi, il est
possible de se trouver face à des exigences plus ou moins élevées de résistances aux
attaques par les ions chlorure, le dioxyde de carbone, les sulfates, etc.
Des analyses de la littérature montrent que parmi les différentes agressions potentielles,
l’attaque par le dioxyde de carbone de l’atmosphère, responsable de la carbonatation, est
la plus répandue quel que soit la situation géographique de l’ouvrage [Macias et al., 1997].
L’équivalence de performances peut alors être vérifiée vis-à-vis de la carbonatation.
Le phénomène de carbonatation est le résultat de la réaction de neutralisation des bases
présentes dans le ciment hydraté, que sont les hydrates, par le CO2 atmosphérique : ce
dernier diffuse dans le béton sous forme gazeuse, se dissout dans la solution interstitielle
et réagit avec les hydrates pour former des carbonates de calcium CaCO3. Cette réaction
réduit le pH de la solution interstitielle à une valeur inférieure à 9 et dépassive ainsi les
aciers dans le cas du béton armé ou précontraint. La dépassivation des aciers favorise leur
corrosion et risque, par conséquent, de mettre en péril la structure.
Or, d’après la littérature, un béton formulé avec un fort remplacement du ciment par des
additions minérales, telles que des cendres volantes ou du laitier de haut-fourneau, est a
priori moins résistant à la carbonatation qu’un béton respectant les prescriptions de la
norme NF EN 206-1 [Osborne, 1986 ; Thomas et Matthews, 1992 ; Sisomphon et
Franke, 2007]. Cet effet néfaste de l’ajout massif des additions minérales est dû à une
modification de certains paramètres intrinsèques au béton, notamment sa teneur en
Portlandite, un des principaux produits carbonatables, qui se voit diminuer par la
réduction du dosage en clinker [Neville, 2000]. C’est l’une des raisons pour lesquelles ces
travaux de thèse sur la durabilité de ce type de béton ont été orientés vers l’agression
qu’est la carbonatation. L’objectif principal de ces investigations, qui s’insèrent dans le
cadre du projet ANR-RGC&U ÉCOBÉTON, est de mieux appréhender les phénomènes
physico-chimiques mis en jeu dans le mélange hydraté « clinker + addition » lors du
processus de carbonatation. Ces travaux de thèse visent aussi à évaluer le comportement
vis-à-vis de la carbonatation des Écobétons à forts taux de substitution du ciment par des
additions minérales, dont la composition a été optimisée pour obtenir au moins les
14
mêmes performances mécaniques à court et à moyen terme que celles d’un béton avec un
dosage en ciment conforme aux prescriptions de la norme (résistances à la compression à
2 et 28 jours).
À cette fin, la démarche suivante a été proposée :
Des compositions de béton qualifiées de « référence » ont été préparées à base du ciment
Portland CEM I 52,5 N, du ciment Portland aux cendres volantes CEM II/B-V 32,5 R et
du ciment de haut-fourneau CEM III/C 32,5 N, et ce conformément aux prescriptions de
la norme NF EN 206-1. D’autres compositions appelées « Écobétons » ont été préparées en
substituant, à des taux allant de 30 à 75 %, une partie du ciment par des cendres volantes
ou du laitier de haut-fourneau. Les Écobétons à forte teneur en cendres volantes (50 %) ou
en laitier de haut-fourneau (75 %) ont été formulés à l’aide d’une méthode développée
précédemment [Khokhar et al., 2010 ; Younsi et al., 2011], basée sur une optimisation des
teneurs en eau et en ciment pour obtenir une résistance à la compression permettant un
décoffrage au jeune âge. La durabilité des Écobétons ainsi formulés, notamment leur
carbonatation, reste la préoccupation majeure de ces travaux de thèse.
Une étude des paramètres « matériau » contrôlant la carbonatation des différents bétons
(microstructure, hydratation et transfert hydrique) a été menée. La carbonatation a ensuite
été étudiée aux moyens d’un essai accéléré normalisé ainsi que des essais en conditions
naturelles. Enfin, les corrélations entre les différents résultats obtenus ont été étudiées
pour mieux comprendre l’influence des différents paramètres sur la résistance à la
carbonatation des Écobétons et pouvoir conclure quant à leur comportement à long terme.
En complément à l’étude expérimentale, des simulations numériques du couplage
hydratation/séchage ont été menées en vue de mettre en évidence l’effet du séchage à l’air
libre et/ou en étuve sur les propriétés contrôlant la cinétique de carbonatation accélérée
des bétons étudiés. Ces propriétés sont la porosité, la quantité de Portlandite et le degré
de saturation en eau liquide. L’objectif est de mieux analyser les résultats de l’essai
accéléré.
Ce document est structuré de la manière suivante :
Le premier chapitre apporte quelques éléments bibliographiques relatifs à la formulation
des bétons ainsi qu’à leur impact environnemental.
Le second chapitre décrit le phénomène de carbonatation, évoque la carbonatation des
bétons contenant des additions minérales, expose quelques méthodes de caractérisation
expérimentale de la carbonatation et finit par une succincte synthèse des travaux de
modélisation de ce phénomène.
Le troisième chapitre présente les constituants entrant dans la composition des bétons et
15
pâtes de ciment étudiés, dans ces travaux de thèse, et décrit toutes les compositions
étudiées et les différents protocoles expérimentaux.
Le quatrième chapitre présente et analyse les différents résultats relatifs à la
microstructure, à l’hydratation, au transfert hydrique ainsi qu’à la carbonatation de tous les
bétons étudiés. Il présente aussi une analyse de l’influence de la composition et de certains
paramètres relatifs aux bétons sur leurs cinétiques de carbonatation accélérée.
Le cinquième chapitre traite de la simulation numérique du couplage hydratation/séchage.
Il décrit les modèles ainsi que leurs paramètres d’entrée utilisés dans les simulations et
présente les différents résultats obtenus ainsi que leurs analyses.
16
1. Formulation des bétons et leur
impact environnemental
1.1. Introduction
Ce premier chapitre apporte quelques éléments bibliographiques utiles à la
compréhension de la démarche entreprise dans la thèse, et qui consiste à étudier des
bétons formulés avec une faible teneur en ciment. Des généralités sur les constituants des
bétons sont donc explicitées dans un premier temps. Dans un second temps, la
formulation des bétons est évoquée. L’aspect normatif qui la réglemente est abordé à
travers deux notions : les classes d’exposition et l’approche performantielle, qui peut être
mise en œuvre à travers des indicateurs de durabilité et des essais de performances.
Ensuite, est décrite la prise en compte des additions minérales dans la formulation. En
effet, dans le cadre de ce travail, leur incorporation dans la composition du béton est
motivée par la réduction de l’impact environnemental de ce dernier. Ce fait est illustré
dans ce chapitre par un exemple d’analyse de cycle de vie appliqué à un produit en béton.
[Link]. Ciment
Le ciment, qui représente de l’ordre de 10 % du volume des bétons usuels, est constitué
essentiellement de clinker obtenu à partir de la cuisson vers 1450 °C d’un mélange de
80 % de calcaire et de 20 % d’argile.
Selon la teneur en clinker et autres constituants, cinq types de ciment courant sont définis
par la norme NF EN 197-1 [NF EN 197-1, 2001]. Parmi ces ciments, le plus
17
communément utilisé est le ciment Portland ordinaire qui est essentiellement composé :
– de silicate tricalcique, 3CaO.SiO2 noté C3S ;
– de silicate bicalcique, 2CaO.SiO2 noté C2S ;
– d’aluminate tricalcique, 3CaO.Al2O3 noté C3A ;
– d’aluminoferrite tétracalcique, 4CaO.Al2O3.Fe2O3 noté C4AF.
qui sont les composants du clinker, auxquels est ajouté du gypse, CaSO4.2H2O noté C ,
pour la régulation de la prise.
Ces constituants réagissent en présence d’eau pour former des hydrates :
(1.1)
(1.2)
(1.3)
(1.4)
(1.5)
(1.6)
— Cendres volantes
Les cendres volantes, dont deux exemples de composition chimique sont montrés sur la
Figure 1.1, se présentent sous forme de poudres constituées de particules sphériques
vitreuses de SiO2, Al2O3, Fe2O3 et CaO.
Figure 1.1 : Compositions chimiques des cendres volantes de Cordemais et de Gardanne comparées à celles
d’autres matériaux [Temimi et al., 1992].
Les cendres volantes sont classées en deux catégories [NF EN 450, 1995] :
o Type « V », des cendres siliceuses aux propriétés pouzzolaniques (capacité à
température ordinaire et en présence d’eau de fixer la chaux hydratée pour donner
19
des composés stables ayant des propriétés hydrauliques), elles contiennent moins
de 10 % de CaO ;
o Type « W », des cendres calciques qui possèdent des propriétés hydrauliques
(réactions d’hydratation et de prise) et parfois pouzzolaniques.
Les cendres volantes aux propriétés pouzzolaniques contribuent à diminuer la quantité de
Portlandite (CH) dans les bétons en formant des silicates de calcium hydratés (CSH).
Dans un premier temps, du fait du pH élevé, la silice réactive des cendres volantes se
dissout dans une solution riche en Portlandite :
(1.7)
avec : S = SiO2.
D’après Fraay et al. [Fraay et al., 1989], ce n’est que lorsque le pH de la solution
interstitielle excède 13,2 que la partie amorphe des cendres volantes est attaquée d’une
manière significative. Il est donc nécessaire qu’une part de l’hydratation du ciment
Portland soit amorcée, ce qui explique la période d’induction qui précède le début de la
consommation des cendres volantes.
Dans un second temps, les CSH précipitent en présence d’ions calcium de la solution :
(1.8)
20
— Laitiers de haut-fourneau
(1.9)
où :
21
(1.10)
[Link]. Granulats
Les granulats, qui représentent généralement de l’ordre de 70 % du volume du béton,
peuvent être naturels, artificiels, ou recyclés.
Certains granulats contenant une fraction significative de silice amorphe, de silicates ou de
calcaire dolomitique, sont susceptibles d’être attaqués par la solution interstitielle du béton
pour former des gels gonflants, portant ainsi préjudice à l’intégrité du béton (alcali-
réaction). Toutefois, la présence d’additions minérales dans le béton contribue à contrer
les effets néfastes de cette pathologie [Moisson, 2005].
De par le carbonate de calcium qu’ils apportent au béton, les granulats calcaires peuvent
rendre difficile la détection de la carbonatation par analyse thermogravimétrique (§ 2.4.2).
[Link]. Eau
Indispensable à l’hydratation du ciment, l’eau de gâchage contribue aussi à l’ouvrabilité du
22
béton. Elle doit être exempte d’impuretés nuisibles telles que les matières organiques, les
acides, les alcalins et les sels. Elle ne doit pas être employée avec excès sous risque de
diminuer les résistances mécaniques et la durabilité du béton.
[Link]. Adjuvants
Les adjuvants sont classés en trois grandes catégories [NF EN 934-2, 2002] :
Adjuvants modifiant l’ouvrabilité du béton (plastifiants réducteurs d’eau,
superplastifiants) ;
Adjuvants modifiant les cinétiques de prise et de durcissement (accélérateurs de prise,
accélérateurs de durcissement, retardateurs de prise) ;
Adjuvants modifiant certaines propriétés du béton (entraîneurs d’air, générateurs de
gaz, hydrofuges de masse, etc.).
Deux adjuvants sont employés dans ce travail de thèse : les superplastifiants et les
entraîneurs d’air.
— Superplastifiants
— Entraîneurs d’air
Le béton durci contient un certain volume d’air résiduel réparti de façon aléatoire et dont
la fraction volumique est généralement de 1 à 2 %. Les entraîneurs d’air permettent d’en
entraîner un volume supérieur (≈ 5 %) et de le répartir uniformément en vue d’améliorer
la résistance au gel du béton [Chatterji, 2003], ainsi que sa résistance aux sels de
déverglaçage [Deja, 2003].
23
masses volumiques sont connues.
Une première équation peut être écrite en donnant la somme des volumes des
constituants égale à 1 m3. Les équations restantes sont obtenues à partir du cahier des
charges (affaissement, fc28, etc.) et/ou des critères de la norme NF EN 206-1
[NF EN 206-1, 2004].
Diverses méthodes de formulation existent, elles présentent des différences dans la
stratégie adoptée pour aborder le problème [Dreux, 1982 ; Baron et al., 1996 ; de Larrard,
2000].
Prescriptions normatives
– Résistance en compression minimale à 28 jours fc28,min
– Teneur en liant équivalent minimale Leq,min
– Rapport eau efficace/liant équivalent maximal (Eeff/Leq)max
– Taux de substitution maximal (A/A+C)max
Béton de référence
– Résistance en compression minimale à 28 jours fc28,min
– Teneur en liant équivalent minimale Leq,min + 5 %
– Rapport eau efficace/liant équivalent maximal (Eeff/Leq)max – 5 %
Béton à qualifier
– Résistance en compression minimale à 28 jours fc28,min
26
(1.11)
avec : Leq [kg/m3] est le liant équivalent ; C [kg/m3] est la quantité de ciment par mètre
cube de béton ; k [-] est le coefficient de prise en compte de l’addition considérée, il vaut
0,4 ; 0,5 ou 0,6 dans le cas des cendres volantes et 0,9 pour le laitier de haut-fourneau
[NF EN 206-1, 2004] ; A [kg/m3] est la quantité d’addition par m3 de béton. La valeur
maximale de A est définie, pour les différentes classes d’exposition, par le rapport
A / (A + C) qui représente le taux de substitution du ciment par des additions minérales,
dont les valeurs limites sont données dans l’annexe NA.F de la norme NF EN 206-1. Ces
valeurs limites montrent que la norme n’autorise pas, dans son approche prescriptive, des
rapports A / (A + C) supérieurs à 30 %. Cependant, aucune limite de A / (A + C) n’est
fixée par la norme dans son approche performantielle (§ [Link]). Cette approche ouvre
donc la porte à des préoccupations émergentes comme la prise en compte des aspects
environnementaux dans la formulation des bétons.
27
mètre linéaire, le m2, l’unité, etc. L’unité fonctionnelle prend en compte la durée de vie
typique (DVT) qui comprend l’ensemble des constituants y compris les emballages ;
Inventaire de cycle de vie où ce dernier est divisé en cinq étapes : la production, le
transport de l’usine jusqu’au chantier, la mise en œuvre au sein de l’ouvrage, la vie en
œuvre et la fin de vie ;
Calcul d’indicateurs d’impacts du cycle de vie du produit : consommation de
ressources énergétiques, épuisement des ressources, consommation d’eau, déchets
solides, changement climatique, acidification atmosphérique, pollution de l’air,
pollution de l’eau, destruction de la couche d’ozone stratosphérique, formation
d’ozone photochimique et modification de la biodiversité ;
Interprétation des résultats pour dégager des conclusions sur la santé et le confort.
Figure 1.3 : Impact environnemental des composants du béton [Habert et Roussel, 2008].
La part importante du ciment dans les émissions de CO2 du béton s’explique par les
fortes émissions liées à sa production en cimenterie. En effet, la quantité de CO2 émise
lors de la fabrication du ciment correspond en moyenne mondiale à 810 kg de CO2 émis
par tonne de clinker [Hendriks et al., 1998]. Ces émissions de CO2 proviennent pour
environ 30 % des combustibles brûlés pour la cuisson et environ 70 % de la
décarbonatation du calcaire qui intervient lors de la transformation des matières premières
du clinker en ses phases constitutives [Ollivier et Vichot, 2008].
29
[Link]. Réduction des émissions de CO2 des bétons
Par conséquent, le ciment apparaît comme un paramètre clé pour réduire les émissions de
CO2, et plus généralement l’impact sur l’environnement du béton. Deux solutions
peuvent alors être adoptées :
— En cimenteries
30
Figure 1.4 : Émissions directes de CO2 par tonne de ciment [Rompaey, 2006].
— En centrales à béton
Une autre solution pour réduire les émissions de CO2 du béton peut être adoptée
directement en centrales à béton. Elle consiste à réduire le dosage en ciment du béton en
remplaçant une partie du ciment par des additions minérales durant le malaxage. Ainsi
Rosković et Bjegović [Rosković et Bjegović, 2005] ont montré qu’il était possible de
réduire les émissions de CO2 de 24,6 % avec 25 % de substitution du ciment par des
cendres volantes et de 29 % avec 30 % de substitution par du laitier de haut-fourneau.
Flower et Sanjayan [Flower et Sanjayan, 2007] ont trouvé que les émissions de CO2
pouvaient diminuer de 13 à 15 % avec une substitution de 25 % par des cendres volantes
et de 22 % avec 40 % de remplacement par du laitier de haut-fourneau. Collins [Collins,
2010] a conclu à une possible réduction des émissions de 19 % avec un remplacement de
20 % par des cendres volantes, de 29 % avec 35 % de substitution par du laitier de haut-
fourneau et de 55 % avec 65 % de remplacement par du laitier de haut-fourneau.
1.4. Conclusion
Optimiser le matériau béton d’un point de vue environnemental, en substituant une partie
de son ciment par des additions minérales, s’avère nécessaire à la lumière de l’information
primordiale tirée de ce chapitre, qu’est le fait que parmi les constituants du béton, le
ciment représente la principale source d’impacts environnementaux.
31
Cette démarche est autorisée par la norme NF EN 206-1 à travers le concept de
performance équivalente du béton. Un principe selon lequel le béton peut être formulé
avec une forte teneur en addition minérale, sous réserve de prouver qu’il a une
équivalence de performances avec celle d’un béton de référence, et notamment en termes
de durabilité.
L’équivalence de performances peut alors être vérifiée vis-à-vis de la carbonatation, la plus
répandue et la principale sollicitation environnementale des matériaux cimentaires. Ce
processus de carbonatation est abordé dans le chapitre suivant.
32
2. Carbonatation atmosphérique
des bétons
2.1. Introduction
Évoquer dans ce second chapitre bibliographique une notion aussi primordiale que la
durabilité des bétons est un fait incontournable puisque dans ces travaux de thèse, c’est de
l’étude de la carbonatation qu’il s’agit essentiellement. En effet, étant la plus répandue des
agressions environnementales que subissent les matériaux cimentaires en général et les
bétons en particulier, le phénomène de carbonatation, qui risque de mettre en péril des
structures entières en favorisant la corrosion des aciers du béton armé, a ainsi été choisi
dans ce travail pour étudier l’équivalence de performances des bétons vis-à-vis de la
durabilité.
Le processus de carbonatation est donc décrit dans ce chapitre tout en passant en revue
les principaux paramètres l’influençant ainsi que ses principales conséquences. Eu égard à
la particularité des bétons faisant l’objet de cette étude, la carbonatation des bétons
contenant des additions minérales, en particulier des cendres volantes et des laitiers de
haut-fourneau, est abordée dans ce chapitre, où quelques méthodes usuelles de
caractérisation expérimentale de la carbonatation sont ensuite exposées, pour finir par une
succincte synthèse des travaux de modélisation de ce phénomène.
(2.1)
34
(2.2)
(2.3)
Cette dernière configuration prédomine dans le cas de bétons sains, avant toute attaque
chimique.
(2.4)
(2.5)
(2.6)
(2.7)
(2.8)
35
De par leur faible présence dans les bétons, la carbonatation de ces hydrates est souvent
négligée.
Toutes les études réalisées pour déterminer l’influence du rapport E/C sur la cinétique de
carbonatation s’accordent à conclure que plus ce rapport est bas, plus la vitesse de
carbonatation est faible [Vénuat et Alexandre, 1968 ; Skjolsvol, 1986 ; Papadakis et al.,
1992 ; Loo et al., 1994 ; Al-Khaiat et Fattuhi, 2002 ; Sulapha et al., 2003 ; Song et al., 2006].
En effet, la porosité d’un béton dépend en grande partie du rapport E/C. Plus il est élevé,
plus la quantité d’eau libre évaporable est grande. En s’évaporant, cette eau laisse des
vides qui favorisent la diffusion du CO2.
— Dosage en ciment
— Additions minérales
Des travaux réalisés sur divers matériaux cimentaires, avec des protocoles expérimentaux
différents, montrent que la présence dans le ciment (ciments avec ajouts) ou le béton de
cendres volantes, laitiers de haut-fourneau ou pouzzolanes augmente la profondeur
carbonatée [Hamada, 1968 ; Meyer, 1968 ; Vénuat et Alexandre, 1968 ; Tsukayama et al.,
1980 ; Ho et Lewis, 1983 ; Matthews, 1984 ; Byfors, 1985 ; Fattuhi, 1986 ; Litvan et
Mayer, 1986 ; Osborne, 1986 ; Paillère et al., 1986 ; Skjolsvol, 1986 ; Bier, 1986 ; Lin et Fu,
1987 ; Nagataki et al., 1987 ; Ohga et Nagataki, 1989 ; Osborne, 1989 ; Thomas et al.,
1990 ; Papadakis et al., 1992 ; Thomas et Matthews, 1992 ; Müller et Sickert, 1995 ;
Osborne, 1999 ; Khan et Lynsdale, 2002 ; Atiş, 2003 ; Sulapha et al., 2003 ;
Khunthongkeaw et al., 2006 ; Sisomphon et Franke, 2007].
Ces additions minérales génèrent des bétons à faible teneur en Portlandite (produit
carbonatable). Toutefois, elles permettent de diminuer la porosité et l’effet négatif peut
36
être annulé [Houst, 1992].
— Résistance à la compression
— Perméabilité au gaz
Si le béton est totalement saturé en eau liquide, la diffusion du CO2 n’est possible qu’à
travers la solution interstitielle, ceci freine considérablement la progression de la
carbonatation dans la mesure où les coefficients de diffusion du CO2 dans l’air et dans
l’eau sont respectivement de l’ordre de 10-5 m2/s et 10-9 m2/s. En revanche, si le degré de
saturation est trop faible, la dissolution du CO2 est fortement limitée et la cinétique de
carbonatation des hydrates est alors ralentie [Thiery, 2005].
Une bonne cure, qui consiste à maintenir le béton dans des conditions de température et
d’humidité relative propices à une meilleure hydratation [Delmi, 2004], diminue la vitesse
de carbonatation [Bier, 1986 ; Fattuhi, 1988 ; Loo et al., 1994 ; Sickert, 1997 ; Atiş, 2003].
Contrairement à une conservation à l’air libre, une cure dans l’eau favorise l’hydratation
du ciment et réduit ainsi la porosité du béton ce qui conduit à un béton plus résistant à la
carbonatation. Cette résistance à la carbonatation est d’autant plus importante que la
durée de la cure est longue.
— Humidité relative
37
1999].
Pour que la carbonatation soit maximale, l’humidité relative doit être suffisamment faible
pour qu’une phase gazeuse connectée permette la diffusion du CO2 gazeux et
suffisamment élevée pour que la réaction de carbonatation proprement dite puisse avoir
lieu en phase aqueuse [AFGC, 2004].
Selon les bétons, il est souvent admis que la vitesse de carbonatation est maximale entre
50 et 70 % d’humidité relative. En dessous de 50 % et au-dessus de 90 à 95 % la vitesse
est très faible ou nulle [Houst, 1992].
— Concentration en CO2
— Température
38
avoir lieu à l’échelle microscopique, mais où aucune dégradation n’est encore visible à
l’échelle macroscopique d’observation. Elle peut donc être définie comme le temps
requis pour que les aciers soient dépassivés par la carbonatation ;
– Période de propagation, la phase où la corrosion s’amorce et des dégradations se
développent.
Figure 2.1 : Diagramme de Tuutti modifié : (1) dépassivation des armatures, (2) apparition des fissures,
(3) éclatement du béton en parementent et (4) ruine [Baroghel-Bouny, 2005].
41
2.3.2. Bétons contenant du laitier de haut-fourneau
Litvan et Mayer [Litvan et Mayer, 1986] montrent que des bétons à base de ciment au
laitier de haut-fourneau se carbonatent, après dix-huit années d’exposition en conditions
naturelles, d’environ 70 % plus que des bétons au ciment Portland.
Selon Osborne [Osborne, 1986], des bétons à 70 et 80 % de substitution massique du
ciment Portland par du laitier de haut-fourneau se carbonatent, en conditions naturelles,
beaucoup plus que des bétons au seul ciment Portland. L’auteur conclut dans d’autres de
ses travaux [Osborne, 1989 ; Osborne, 1999] que des bétons à 50 % de substitution du
ciment Portland par du laitier de haut-fourneau montrent la même résistance à la
carbonatation naturelle que des bétons au ciment Portland.
Thomas et al. [Thomas et al., 1990] sont arrivés à la même conclusion qu’Osborne
concernant des bétons à 50 % de substitution par du laitier de haut-fourneau.
Sisomphon et Franke [Sisomphon et Franke, 2007] trouvent qu’un béton à base de ciment
au laitier de haut-fourneau (CEM III/B) se carbonate, en conditions accélérées et
naturelles, d’environ 65 % plus que des bétons au ciment Portland.
D’après Bouikni et al. [Bouikni et al., 2009], des bétons à 65 % de substitution massique du
ciment Portland par du laitier de haut-fourneau se carbonatent, en conditions naturelles,
entre 15 et 30 % plus que des bétons à 50 % de substitution.
2.3.3. Analyse
Il ressort de cette synthèse de résultats de travaux sur la carbonatation des bétons aux
cendres volantes et au laitier de haut-fourneau, que ces deux additions minérales
diminuent la résistance des bétons à la carbonatation. Toutefois, les taux de substitution à
partir desquels leur effet devient significatif diffèrent selon les auteurs.
Ces bétons ont une faible teneur en clinker dans la mesure où une partie de leur ciment
est remplacée par des cendres volantes ou du laitier de haut-fourneau. Par conséquent, ils
ont une faible quantité de Portlandite.
Sachant que la cinétique de carbonatation est plus importante lorsque la quantité de
Portlandite (principal produit carbonatable) présente est plus faible, la cinétique de
carbonatation est donc accélérée en présence de cendres volantes et de laitier de haut-
fourneau.
De surcroît, les bétons incorporant des cendres volantes ont une plus faible teneur en
Portlandite car celle-ci réagit avec la silice contenue dans les cendres volantes, de sorte
qu’une plus petite quantité de CO2 est nécessaire pour consommer toute la Portlandite en
42
produisant du CaCO3 [Neville, 2000]. Cependant, la réaction pouzzolanique (un bon
mûrissement est nécessaire afin que cette réaction se produise) densifie la structure de
sorte que la diffusivité est réduite et que la cinétique carbonatation s’en trouve ralentie
[Bier, 1986].
— Carbonatation naturelle
Bien qu’il soit très long, cet essai reflète davantage la réalité car il consiste à conserver des
échantillons directement à l’air libre, en salle ou in situ.
— Carbonatation accélérée
L’essai consiste à placer des échantillons dans une enceinte hermétique régulée en
humidité relative, en température et en concentration de CO2.
Les valeurs de ces trois paramètres, ainsi que les traitements que subissent les échantillons
avant leur mise en enceinte, varient selon les laboratoires et les normes en vigueur dans
chaque pays. En France, cet essai fait l’objet de la norme XP P 18-458 [XP P 18-458,
2008].
Pour les deux types d’essai, le processus de carbonatation est caractérisé par différentes
méthodes dont certaines sont citées dans les paragraphes suivants.
43
Figure 2.2 : Mesure de la profondeur de carbonatation détectée par la phénolphtaléine.
L’avantage de cette technique est qu’elle révèle une ligne d’équi-pH (pH autour de 9)
correspondant à la valeur limite de pH en dessous de laquelle il y a risque de corrosion
[Saeki et al., 1983 ; Kashino, 1984]. En revanche, elle présente un inconvénient majeur qui
consiste en le fait que la corrosion des armatures peut démarrer à un pH supérieur à 9. En
effet, sachant que la dépassivation des armatures peut se produire pour un pH égal à 11,4
[Parrott, 1987], il est probable que la zone où il y a risque de corrosion soit plus profonde
dans le matériau que le front relevé par la phénolphtaléine (pH = 9 à ± 1 unité pH près).
44
2.4.3. Microscopie électronique à balayage « MEB »
La microscopie électronique à balayage permet de visualiser la carbonatation des hydrates
où le changement de microstructure est mis en évidence. Le carbonate de calcium
apparaît sous forme grenue sur les hydrates superficiellement carbonatés et sous forme de
flocules sur les régions complètement carbonatées [Delmi, 2004].
2.4.4. Gammadensimétrie
La gammadensimétrie est une méthode non destructive fondée sur l’absorption par la
matière des rayons émis par une source radioactive de 137Cs.
Lorsque la carbonatation progresse dans un béton, elle induit localement une
augmentation significative de masse volumique reliée à la quantité de CO2 fixée sur la
matrice cimentaire [Thiery, 2005].
45
(2.9)
avec : mCO2 [kg] est la masse de CO2 diffusant à travers une épaisseur élémentaire à la
profondeur XC ; DCO2 [m2/s] est le coefficient de diffusion effectif du CO2 ; S [m2] est la
section à travers laquelle le CO2 diffuse ; Δ[CO2] [kg/m3] est la différence de
concentration en CO2 entre l’air ambiant et le front de carbonatation ; XC [m] est la
profondeur de carbonatation et t est le temps [s].
La masse de CO2 mCO2 [kg] nécessaire pour augmenter la profondeur de carbonatation
d’un incrément dx est donnée par :
(2.10)
avec : QCO2 [kg/m3] est la teneur en CO2 nécessaire à la carbonatation des substances
alcalines contenues dans un volume de béton unitaire.
En insérant l’équation (2.10) dans l’équation (2.9), la relation suivante est obtenue :
(2.11)
(2.12)
(2.13)
où :
(2.14)
De nombreux modèles de carbonatation ont été élaborés sous la forme présentée dans
l’équation (2.13), où la valeur du coefficient Ac se rapporte à des données liées aux
caractéristiques du béton et à son milieu environnant, i.e. les paramètres influençant la
carbonatation (§ 2.2.2).
46
2.5.2. Principaux modèles de carbonatation
[Link]. Modèle de Papadakis et al. [Papadakis et al., 1989]
Ce modèle analytique, validé par des essais de carbonatation accélérée, prend en compte
en plus des cinétiques de carbonatation, celles des réactions d’hydratation et de
dissolution des hydrates. L’expression de la profondeur de carbonatation proposée par les
auteurs est :
(2.15)
où :
(2.16)
47
(2.17)
où :
(2.18)
(2.19)
où :
48
(2.20)
avec : V [kg/m3 s] est la vitesse de carbonatation ; [-] est un paramètre empirique tenant
compte des caractéristiques du béton ; HR [-] est l’humidité relative dans le réseau poral
du béton ; QCO2 et QCO2max [kg/m3] sont respectivement la quantité de CO2 instantanée et
maximale contenues dans 1 m3 de béton ; QCaCO3 et QCaCO3max [kg/m3] sont
respectivement la quantité de CaCO3 instantanée et maximale contenues dans 1 m3 de
béton ; N [-] est le coefficient d’ajustement pour la loi d’Arrhenius ; Ea [J/mol] est
l’énergie d’activation ; R [J/mol K] est la constante des gaz parfaits et T [K] est la
température absolue.
Les auteurs, qui ne considèrent dans leur modèle que la carbonatation de la Portlandite,
ne tiennent pas compte de la baisse de porosité au cours de la carbonatation.
(2.21)
(2.22)
é (2.23)
(2.24)
é
(2.25)
(2.26)
où :
(2.27)
avec : ε [-] est la porosité totale du matériau cimentaire ; Wl [-] est la teneur volumique en
eau liquide du matériau ; [CO2]g [mol/m3] est la concentration du CO2 dans la phase
gazeuse ; ρ ,ρ et ρ [kg/m3] sont respectivement les masses volumiques du CO2
dissous, de la Portlandite dissoute et de l’eau ; MCO2, MCH et MH [kg/mol] sont
respectivement les masses molaires du CO2, de la Portlandite et de l’eau ; DH,l [m2/s] est le
coefficient de diffusion de l’eau liquide dans le matériau ; [m2/s] est le coefficient
de diffusion effectif du CO2 dans le matériau ; DH [m2/s] est la diffusivité hydrique du
50
matériau ; DCH,l [m2/s] est le coefficient de diffusion effectif de la Portlandite dans la
phase liquide ; [CSH]s, [CH]s et [CaCO3]s [mol/m3] sont respectivement les
concentrations des CSH, de la Portlandite et du CaCO3 contenus dans la phase solide ;
[OH-]éq [mol/m3] est la concentration à saturation en ions hydroxyle ; [CH]l [mol/m3] est
la concentration de la Portlandite dissoute dans la solution interstitielle ; H [mol/m3 Pa]
est la constante d’Henry ; R [J/mol K] est la constante des gaz parfaits ; T [K] est la
température du milieu ; [1/s] et [m/s] sont respectivement les constantes
d’ajustement de la vitesse de carbonatation et de dissolution de la Portlandite ;
[1/s] est la constante d’ajustement de la vitesse de carbonatation des CSH ; τls [-] est la
fraction du taux de surface d’échange entre les phases liquide et gazeuses ; αs,CSH et αs,CH
[m2/m3] sont respectivement les surfaces spécifiques des CSH et de la Portlandite ; νCSH [-]
est le coefficient stœchiométrique de la réaction de carbonatation des CSH ; VM,CSH et
VM,CH [m3/mol] sont respectivement les volumes molaires des CSH et de la Portlandite.
En appliquant le modèle à la carbonatation accélérée avec échanges hydriques, l’auteur
obtient des résultats qui quantifient au cours de la carbonatation, entre autres, la
diminution de la porosité et la production du CaCO3. Ce modèle, qui met en évidence la
production d’eau durant la carbonatation, ne permet cependant pas de distinguer
clairement cette eau de celle impliquée dans les échanges hydriques ou présente dans le
matériau cimentaire.
(2.28)
51
(2.29)
(2.30)
(2.31)
(2.32)
(2.33)
(2.34)
(2.35)
(2.36)
(2.37)
(2.38)
(2.39)
(2.40)
où :
(2.41)
(2.42)
(2.43)
(2.44)
(2.45)
(2.46)
52
(2.47)
(2.48)
(2.49)
(2.50)
avec : ni et qi sont respectivement les contenus molaires et les flux de l’espèce i ; ε est la
porosité ; S est le degré de saturation en eau liquide ; k1 est la constante de vitesse ; Ki
sont les constantes d’équilibre des réactions des éléments i ; sont les taux d’avancement
des réactions des éléments i et [i] est la concentration de l’élément i.
Les données d’entrée du modèle sont essentiellement : la porosité, la perméabilité
intrinsèque à l’eau liquide, la courbe de sorption hydrique, la teneur en Portlandite et en
CSH.
En plus de la prédiction de la profondeur de carbonatation, ce modèle permet d’obtenir,
en sortie, des profils témoins de la durée de vie du matériau : profils d’humidité, de teneur
en CaCO3, de teneur en hydrates, de porosité, de pH, etc.
L’auteur n’a cependant pas validé son modèle à partir de matériaux cimentaires contenant
des additions minérales. Il ne l’a pas non plus validé à partir d’essais de carbonatation en
conditions naturelles in situ.
2.6. Conclusion
Le renseignement majeur tiré de ce chapitre est relatif à la carbonatation des bétons
contenant des cendres volantes ou du laitier de haut-fourneau. En effet, massivement
incorporées dans un béton, ces additions minérales réduisent la résistance à la
carbonatation. Cet effet apparemment néfaste est dû à une modification de certains
paramètres intrinsèques au béton, notamment sa teneur en Portlandite, un des principaux
produits carbonatables, qui se voit diminuer.
Ce résultat conforte les a priori quant à la durabilité des bétons à forte teneur en addition
minérale. C’est l’une des raisons pour lesquelles ces travaux de thèse, sur la durabilité de
ces bétons, ont été orientés vers ce type d’attaque, qu’est la carbonatation. L’un des
objectifs de ces investigations est de mieux appréhender les phénomènes physico-
chimiques mis en jeu dans le mélange hydraté « clinker + addition » lors du processus de
carbonatation.
Le chapitre suivant explicite la démarche expérimentale, entreprise dans ces travaux de
53
thèse, en vue de caractériser des bétons à forts taux de substitution du ciment par des
cendres volantes ou du laitier de haut-fourneau. La carbonatation y est essentiellement
étudiée de par le fait qu’elle est un des principaux indicateurs de performance, permettant
l’application du concept de performance équivalente selon la norme NF EN 206-1. Cet
adossement à la norme vise l’aspect applicatif de ces travaux de recherche, en vue de
démontrer l’applicabilité des bétons à forts taux de substitution minérale sur chantier tout
en respectant le cadre normatif en vigueur.
54
3. Étude expérimentale
─ Matériaux et protocoles
3.1. Introduction
Le principal objectif de la démarche expérimentale de ce travail de thèse est d’étudier le
comportement vis-à-vis de la carbonatation de bétons à faible teneur en ciment. Ces
bétons, dont une importante partie du ciment est substituée par des cendres volantes ou
du laitier de haut-fourneau, sont a priori moins durables et en particulier moins résistants à
la carbonatation que des bétons formulés conformément aux prescriptions de la norme
NF EN 206-1. Une comparaison entre bétons s’avère donc nécessaire pour confirmer ou
infirmer ces a priori. La comparaison se fait évidemment à travers des essais de
carbonatation mais aussi par des essais de caractérisation de la microstructure ainsi que de
l’hydratation des différents bétons. De plus, ces essais qui fournissent des indicateurs de
durabilité, servent à déterminer des propriétés considérées comme influençant la cinétique
de carbonatation.
Avant de décrire les essais menés dans le présent travail, ce premier chapitre de l’étude
expérimentale commence par présenter les constituants entrant dans la composition des
bétons et pâtes de ciment étudiés. Il décrit ensuite toutes les compositions étudiées et la
démarche aboutissant à leur formulation.
55
– un ciment Portland aux cendres volantes CEM II/B-V 32,5 R provenant de l’usine
CCB de Gaurain, en Belgique (Annexe A.2) ;
– un ciment de haut-fourneau CEM III/C 32,5 N provenant de l’usine Calcia de
Rombas, dans le département de la Moselle (Annexe A.3).
Compositions [%]
Clinker 95 73 15
Cendre volante 0 23 0
Laitier de haut-fourneau 0 0 82
Gypse 5 4 3
3.2.2. Granulats
Des granulats locaux ont été utilisés pour fabriquer les bétons :
– un sable de mer siliceux semi-concassé de granulométrie 0/4 mm provenant du
terminal sablier de Cheviré dans le département de la Loire-Atlantique (Annexe A.4) ;
– un gravillon dioritique concassé de granulométrie 6,3/10 mm provenant de la carrière
de Bellevue, dans le département de la Vendée (Annexe A.5).
– un gravillon dioritique concassé de granulométrie 10/14 mm provenant de la carrière
de Bellevue (Annexe A.6).
56
– une cendre volante silico-alumineuse provenant de la centrale thermique de Gardanne,
dans le département des Bouches-du-Rhône (Annexe A.7) ;
– un laitier de haut-fourneau provenant de l’usine Ecocem de Moerdijk, aux Pays Bas
(Annexe A.8).
3.2.4. Adjuvants
Deux types d’adjuvant entrent dans la composition des bétons et de leurs pâtes de ciment
correspondantes :
– un superplastifiant haut réducteur d’eau, à base de polycarboxylate modifié, le
CHRYSO Fluid Optima 206 (Annexe A.9) ;
– un entraîneur d’air, le CHRYSO Air D (Annexe A.10). Celui-ci a été employé pour
réduire la viscosité d’une des formulations étudiées, comme décrit ci-après.
57
Tableau 3.3 : Composition des bétons de référence [kg/m3].
A/(A+C) [-] 0 0 0 0
E/C [-] 0,60 0,54 0,60 0,48
E/(A+C) [-] 0,60 0,54 0,60 0,48
Leq [kg/m3] 303 321 303 361
E/Leq [-] 0,60 0,54 0,60 0,48
Volume de pâte [l/m3] 280 286 286 299
Affaissement [mm] 160 170 150 220
A = Addition ; C = Ciment ; E = Eau efficace ; Leq = Liant équivalent.
Tableau 3.4 : Composition des Écobétons avec substitution du ciment par des cendres volantes ou du
laitier de haut-fourneau [kg/m3].
CV 30 CV 50Test CV 50 L 30 L 75
Ciment CEM I 52,5 N 241 193 193 219 103
Ciment CEM II/B-V 32,5 R 0 0 0 0 0
Ciment CEM III/C 32,5 N 0 0 0 0 0
Cendres volantes 103 188 188 0 0
Laitier de haut-fourneau 0 0 0 94 310
Gravillon 10/14 844 876 876 868 836
Gravillon 6,3/10 204 213 213 209 201
Sable 0/4 824 792 792 848 816
Eau efficace 182 153 153 182 170
Superplastifiant 1,75 6,00 6,00 0,26 1,89
Entraîneur d’air 0 0 0,57 0 0
58
Contrairement aux bétons de référence, les Écobétons ont été formulés avec une faible
teneur en ciment, dont une partie a été remplacée par des cendres volantes ou du laitier de
haut-fourneau [Écobéton, 2007 ; Khokhar et al., 2010 ; Younsi et al., 2011].
Dans la suite, sont détaillées les méthodes de formulation des différents bétons.
59
NF EN 206-1 correspondant aux limites imposées dans le cas de la classe d’exposition
XC 3 : une résistance en compression minimale à 28 jours fc28,min = 25 MPa, une teneur
en liant équivalent minimale Leq,min = 280 kg/m3, un rapport eau efficace/liant équivalent
maximal (Eeff/Leq)max = 0,6 et un taux de substitution maximal (A/A+C)max = 0,3
[NF EN 206-1, 2004].
Les bétons à forte teneur en cendres volantes ou en laitier de haut-fourneau ont été
formulés à l’aide d’une méthode [Écobéton, 2007 ; Khokhar et al., 2010 ; Younsi et al.,
2011] qui consiste à résoudre un système composé de six équations à six inconnues : le
volume du gravillon 10/14 (VG1), le volume du gravillon 6,3/10 (VG2), le volume du sable
0/4 (VS), le volume du ciment (VC), le volume de l’eau (VE) et le volume de l’addition
minérale (VA). Les volumes du superplastifiant et de l’air dans le béton étant négligés, les
équations peuvent s’écrire :
(3.1)
(3.2)
(3.3)
(3.4)
(3.5)
avec : x et y [-] sont les fractions granulaires ; z [-] est le taux de substitution du ciment par
des additions minérales ; fC2 [MPa] est la résistance en compression à 2 jours ; [MPa] est
un coefficient proportionnel à l’activité du ciment CEM I 52,5 N ; C, A et E [kg/m3] sont
respectivement les dosages en ciment, en addition minérale et en eau ; k [-] est le
coefficient d’activité de l’addition minérale.
L’Écobéton CV 50Test a été formulé en fixant ces différents paramètres [Khokhar et al.,
2010 ; Younsi et al., 2011] :
– les fractions granulaires x et y ont été choisies égales à celles du béton Réf I ;
– le taux de substitution z a été fixé à 0,5 car au-delà de cette valeur, le coefficient
d’activité k devient faible [Khokhar et al., 2010] ;
– la résistance fC2 a été prise égale à 10 MPa, considérés suffisants pour permettre un
décoffrage sur chantier avant 1 jour (difficile à mesurer, la résistance en compression à
60
1 jour n’a pas été retenue comme critère de formulation) ;
– les valeurs de et k dans la relation de Bolomey (3.5) [Bolomey, 1927 ; Bolomey,
1935] ont été prises égales respectivement à 22 MPa et 0,1. Ces valeurs ont été
mesurées par des essais de compression, à l’âge de 2 jours, sur des mortiers
correspondant à l’Écobéton CV 50Test [Khokhar et al., 2010] ;
– la sixième équation consiste en le dosage en eau efficace E qui a été fixé à 153 kg/m3
pour faciliter le compactage du béton. Cette valeur a été choisie après une première
campagne de formulation au cours de laquelle il avait été montré qu’en deçà de
150 kg/m3 d’eau, le compactage du béton devenait difficile ;
– le dosage en superplastifiant a été ajusté pendant la fabrication du béton pour obtenir
un affaissement supérieur à 160 mm facilitant ainsi sa mise en place dans le coffrage.
À cause de son faible dosage en eau, l’Écobéton CV 50Test s’est montré très visqueux, ce qui
a rendu son compactage difficile. La solution apportée à ce problème a été l’emploi d’un
entraîneur d’air, qui a pour effet de réduire la viscosité du béton frais [Newman et Choo,
2003] et de faciliter par conséquent son serrage. C’est ainsi qu’a été obtenu l’Écobéton
CV 50. L’effet premier de l’entraîneur d’air étant l’augmentation de la porosité du
matériau cimentaire, les éventuelles conséquences sur l’augmentation des cinétiques de
carbonatation, par une pénétration plus aisée du CO2 dans le matériau, seront exposées
plus loin.
L’Écobéton L 75 a été formulé de la même manière que l’Écobéton CV 50Test mais en
changeant certains paramètres comme suit :
– le taux de substitution z a été fixé à 0,75 ;
– le coefficient d’activité k a été pris égal à 0,44 [Khokhar et al., 2010] ;
– le dosage en eau efficace a été fixé à 170 kg/m3.
Il est à préciser que les Écobétons CV 50Test, CV 50 et L 75 destinés aux structures soumises
au risque de corrosion induite par carbonatation, dont la classe d’exposition est XC 1, ne
respectent pas les exigences de la norme correspondant à cette classe d’exposition : une
teneur en liant équivalent minimale Leq,min = 260 kg/m3, un rapport eau efficace/liant
équivalent maximal (Eeff/Leq)max = 0,65 (vérifié dans le cas des Écobétons CV 50Test et
CV 50) et un taux de substitution maximal (A/A+C)max = 0,3 [NF EN 206-1, 2004].
61
Néanmoins, des caractérisations physico-chimiques ont été réalisées non sur bétons mais
sur pâtes de ciment. Ces dernières ont été formulées avec les mêmes compositions que les
pâtes des différents bétons (Tableau 3.5 et Tableau 3.6).
Tableau 3.5 : Composition des pâtes de ciment correspondant aux bétons de référence [kg/m3].
A/(A+C) [-] 0 0 0 0
E/C [-] 0,60 0,54 0,60 0,48
A = Addition ; C = Ciment ; E = Eau efficace.
Tableau 3.6 : Composition des pâtes de ciment correspondant aux Écobétons avec substitution du ciment
par des cendres volantes ou du laitier de haut-fourneau [kg/m3].
CV 30 CV 50Test CV 50 L 30 L 75
Ciment CEM I 52,5 N 790 639 638 769 332
Ciment CEM II/B-V 32,5 R 0 0 0 0 0
Ciment CEM III/C 32,5 N 0 0 0 0 0
Cendres volantes 339 639 638 0 0
Laitier de haut-fourneau 0 0 0 330 996
Eau efficace 592 505 504 638 547
Entraîneur d’air 0 0 1,88 0 0
62
Les données utilisées dans les calculs des émissions de CO2 sont consignées dans le
Tableau 3.7. Elles sont relatives aux constituants solides des différents bétons étudiés (les
émissions dues aux adjuvants étant négligées).
Les émissions dues à la phase de production du ciment CEM I 52,5 N proviennent pour
environ 30 % des combustibles brûlés pour la cuisson et environ 70 % de la
décarbonatation du calcaire qui intervient lors de la transformation des matières premières
du clinker en ses phases constitutives [Ollivier et Vichot, 2008].
Les émissions dues à la phase de production des ciments CEM II/B-V 32,5 R et
CEM III/C 32,5 N sont obtenues en multipliant leurs teneurs en clinker par les émissions
dues à la phase de production du ciment CEM I 52,5 N.
Les émissions dues à la phase de production des cendres volantes proviennent de la
récupération, du broyage, du séchage et du transport de la centrale thermique vers le site
de traitement [Flower et Sanjayan, 2007].
Les émissions dues à la phase de production du laitier de haut-fourneau proviennent pour
environ 45 % du broyage, environ 35 % du séchage et environ 20 % du transport de
l’aciérie vers le site de traitement [Heidrich et al., 2005].
Les émissions dues à la phase de production des granulats proviennent de l’extraction, du
concassage, du broyage et du criblage.
Les émissions de CO2 dues aux transports des cendres volantes et du laitier de haut-
fourneau, entrant dans les compositions des ciments avec ajouts, sont considérées nulles
vue la proximité des sites de production de ces additions des cimenteries correspondantes.
63
Les émissions dues aux transports des constituants solides par les voies terrestres et
maritimes sont choisies égales respectivement à 0,08 et 0,03 kgCO2/tConstituant km
[ADEME, 2006].
Dans chaque béton (Tableau 3.8) :
– les émissions dues à la production d’un constituant donné [kgCO2/m3Béton] sont
obtenues en multipliant le dosage en ce constituant [kgConstituant/m3Béton] par les
émissions dues à sa phase de production [kgCO2/kgConstituant] ;
– les émissions dues au transport d’un constituant donné [kgCO2/m3Béton] sont obtenues
en multipliant le dosage en ce constituant [kgConstituant/m3Béton] par les émissions dues à
son transport [kgCO2/kgConstituant km] et par la distance entre son site de production et
la centrale à béton [km].
Tableau 3.8 : Estimations des émissions de CO2 des bétons étudiés dues aux productions (Pr.) et aux
transports (Tr.) de leurs constituants solides [kgCO2/m3Béton].
À partir de ces résultats, des taux de réduction des émissions de CO2 sont calculés pour
chaque béton par rapport aux émissions du béton de référence au seul ciment Portland,
i.e. Réf I (Figure 3.1). Ces réductions proviennent soit de l’emploi des ciments avec ajouts,
soit de l’incorporation des additions durant le malaxage des bétons.
Pour chaque addition utilisée, la réduction des émissions est d’autant plus importante que
le taux de substitution du ciment est plus élevé. Par ailleurs, de par sa forte teneur en
laitier de haut-fourneau (85 %), le béton Réf III présente un taux de réduction nettement
plus élevé que les autres bétons. Toutefois, la fabrication de ciments avec ajouts est restée
peu fréquente en France dans la mesure où le clinker représente encore plus de 80 % des
18 millions de tonnes de ciments produites en 2010 [Infociments, 2011].
Enfin, il est possible de conclure, d’un point de vue environnemental, que les
64
substitutions effectuées dans ces travaux sont efficaces dans la mesure où les Écobétons
CV 50 et L 75 présentent de satisfaisantes réductions des émissions de CO2. Il reste à
caractériser les principales propriétés et performances de ces Écobétons, notamment leurs
comportements vis-à-vis de la carbonatation.
Figure 3.1 : Réductions des émissions de CO2 calculées par rapport aux émissions du béton de référence
au ciment Portland (Réf I).
66
Tableau 3.9 : Échantillons et leurs conservations.
4 disques
Porosimétrie à l’eau Cylindres de béton 11X22 cm
« Air » 11X5 cm
et
Porosimétrie au « Eau » 1 cube
mercure ≈ 15 mm
Carbonatation 2 disques
accélérée 11X5 cm
« Air »
et
Carbonatation
« Eau »
naturelle en Cylindres de béton 11X22 cm
laboratoire 1 disque
11X10 cm
Carbonatation
In situ
naturelle in situ
(3.6)
avec : εeau [%] est la porosité accessible à l’eau de l’échantillon de béton ; mé[Link]. [kg] est la
masse de l’échantillon saturé sous vide ; mé[Link]. [kg] est la masse de l’échantillon sec après
étuvage à 105 °C ; [kg/m3] est la masse volumique de l’eau ; Véch. [m3] est le volume
total de l’échantillon obtenu par pesée hydrostatique.
Figure 3.2 : Échantillons de pâte de ciment pour la détermination des isothermes de désorption.
Les différentes coupelles ont ensuite été régulièrement pesées jusqu’à stabilisation de leurs
masses (perte de masse relative sous 24 heures inférieure à 0,05 %). Les points d’équilibre
ont été mesurés en parallèle dans sept bacs aux humidités relatives données dans le
Tableau 3.10.
69
Tableau 3.10 : Ambiances utilisées pour la détermination des isothermes de désorption de vapeur d’eau.
Le degré de saturation en eau liquide des échantillons de pâte de ciment Sl (HR) [%] est
calculé comme suit :
(3.7)
avec : mé[Link] [kg] est la masse de l’échantillon de pâte de ciment à l’équilibre avec
l’humidité relative considérée ; mé[Link]. [kg] est la masse de l’échantillon sec après étuvage
à 105 °C en fin d’essai et mé[Link]. [kg] est la masse de l’échantillon de pâte de ciment saturé
en eau, i.e. sa masse initiale après la saturation sous eau de plusieurs mois (les échantillons
de pâtes de ciment sont supposés totalement saturés en eau au début de l’essai).
(3.8)
avec : Δm400 → 600 °C(t) [kg] est la perte de masse de l’échantillon de pâte de ciment entre
400 et 600 °C ; MCH et MH2O [kg/mol] sont respectivement les masses molaires de la
Portlandite et de l’eau ; éch. [kg/m3] est la masse volumique de la pâte de ciment ; méch.
[kg] est la masse de l’échantillon de pâte testé et Δméch. [-] est sa perte de masse relative
durant la conservation à 20 ± 2 °C.
(3.9)
avec : téq(t) [s] est l’âge équivalent ; t [s] est le temps réel ; Ea [J/mol] est l’énergie
d’activation ; R [J/mol K] est la constante universelle des gaz parfaits ; Tréf [K] est la
température de référence ; T(t) [K] est la température à l’instant t.
Les énergies d’activation des bétons étudiés sont calculées à partir des résultats de
71
calorimétries adiabatiques dont le principe est expliqué ci-après. Des essais ont été menés
[Gehlen et Thomas, 2009] à trois températures initiales différentes : 10, 20 et 30 °C. Le
calcul de l’énergie d’activation (Ea) peut alors se faire à l’aide de la méthode de
superposition qui consiste à déterminer la valeur de Ea qui minimise, sur l’intervalle de
chaleur cumulée [Qinf ; Qsup], l’écart entre les courbes de chaleur en fonction de l’âge
équivalent [LCPC, 2003] :
(3.10)
(3.11)
avec : Q(∞) [J/g] est la chaleur théorique dégagée à un temps infini ; fcinf et fcsup [MPa]
sont respectivement la borne inférieure et supérieure de la plage visée de résistance à la
compression à 28 jours et fc28 [MPa] est la résistance à 28 jours du béton. Des détails sur
la méthode de superposition sont donnés dans [LCPC, 2003 et Darquennes, 2009].
Par ailleurs, des essais ont été effectués sur bétons en vue de déduire leurs courbes de
température en fonction de l’âge équivalent, et permettre ainsi de suivre leurs cinétiques
d’hydratation (§ 4.4.3). Les courbes constituent aussi un paramètre essentiel au modèle
des échanges thermiques (§ [Link]).
Les essais ont été effectués à 20 ± 3 °C au moyen d’un calorimètre adiabatique développé
au service BATir de l’Université Libre de Bruxelles (Figure 3.3).
Les bétons ont été coulés dans un moule cylindrique en fer blanc d’une capacité d’environ
72
30 litres (30 cm de diamètre et 43 cm de hauteur), entouré d’une couche d’air isolante et
d’une circulation d’eau régulant la température pour le maintien des conditions
adiabatiques à l’aide d’un bain thermostaté. De surcroît, les échanges thermiques entre le
calorimètre et le milieu ambiant ont été limités par l’emploi d’un isolant entourant le
calorimètre. Des thermocouples ont été disposés dans les bétons pour suivre l’évolution
de leurs températures pendant l’essai qui dure environ 7 jours. Des détails sur le dispositif
ainsi que sur le déroulement de l’essai sont donnés dans [Darquennes, 2009].
Pour imposer un séchage et une diffusion de CO2 radiaux, les faces supérieures et
inférieures des cylindres 11X22 cm ont été recouvertes d’aluminium adhésif à 24 heures
74
(au moment du démoulage) dans le cas de la conservation « Air » et à l’âge de 28 jours
pour la conservation « Eau ». Les échantillons ont ensuite été régulièrement pesés pour
suivre leur séchage (§ 4.5.3).
Pour chaque composition de béton et mode de conservation (Air et Eau), cinq
éprouvettes 11X22 cm ont été utilisées. Les mesures de profondeur de carbonatation ont
été effectuées en moyenne tous les 6 mois par pulvérisation à la phénolphtaléine de
disques de 11 cm de diamètre et de 10 cm de hauteur prélevés par sciage, au moment de
la mesure, sur des éprouvettes 11X22 cm.
3.6. Conclusion
Des bétons à forts taux de substitution du ciment par des cendres volantes ou du laitier de
haut-fourneau ont été formulés en optimisant leurs teneurs en eau et en ciment pour
obtenir une résistance à la compression permettant un décoffrage au jeune âge.
Ces compositions de béton ont ensuite été caractérisées puis comparées conformément
au principe de l’équivalence de performances à des bétons formulés selon les
prescriptions de la norme NF EN 206-1.
La comparaison a été menée à travers essentiellement des mesures d’indicateurs de
durabilité, dont les résultats sont présentés et discutés dans le chapitre suivant.
75
4. Étude expérimentale
─ Résultats et analyses
4.1. Introduction
Il s’agit dans ce second chapitre de l’étude expérimentale de présenter et d’analyser les
différents résultats relatifs à la microstructure, à l’hydratation, au transfert hydrique ainsi
qu’à la carbonatation de tous les bétons étudiés. Le chapitre présente aussi une analyse de
l’influence de la composition et de certains paramètres relatifs aux bétons (porosité,
teneur en CH et degré de saturation) sur leurs cinétiques de carbonatation accélérée.
Tableau 4.1 : Valeurs limites requises pour les compositions et les propriétés des bétons étudiés.
Classes Réf CV L
Prescriptions
d’exposition I II IIITest III 30 50Test 50 30 75
fc28,min = 20 MPa ● ● ●
Leq,min = 260 kg/m3
XC 1
(Eeff/Leq)max = 0,65
(A/A+C)max = 0,3
fc28,min = 25 MPa ● ● ● ● ● ●
Leq,min = 280 kg/m3 ● ● ● ● ● ●
XC 3
(Eeff/Leq)max = 0,6 ● ● ● ● ● ●
(A/A+C)max = 0,3 ● ●
77
Les bétons de référence Réf I, Réf II ainsi que les Écobétons CV 30 et L 30 ont été
formulés conformément aux prescriptions de la norme NF EN 206-1 correspondant à la
classe d’exposition XC 3. Par conséquent, une résistance à la compression d’au moins
25 MPa à 28 jours était attendue pour ces bétons. Dans le cas des Écobétons CV 50Test,
CV 50 et L 75, 10 MPa à 2 jours ont été visés lors de leur formulation, à travers la relation
de Bolomey (3.5), et au moins 20 MPa à 28 jours étaient attendus puisque ces bétons sont
destinés aux structures soumises au risque de corrosion induite par carbonatation dont la
classe d’exposition est XC 1. Les résultats présentés sur la Figure 4.1, issus de mesures
effectuées sur des cylindres 11X22 cm (§ [Link]), montrent que les résistances à la
compression des bétons fabriqués dépassent les valeurs requises, à l’exception de la
résistance à 2 jours de l’Écobéton L 75 qui est légèrement inférieure aux 10 MPa prévus
(12 MPa à 2 jours ont été atteints lors d’une campagne expérimentale menée par Khokhar
et al. [Khokhar et al., 2010]). Ce béton atteint toutefois 40 MPa à 28 jours.
Comme il a été mentionné dans le chapitre précédent (§ [Link]), le béton Réf IIITest s’est
révélé insuffisamment résistant à la compression notamment à 2 jours (Figure 4.1). Il a
donc été remplacé par le béton Réf III en visant une résistance en compression à 28 jours
supérieure à 25 MPa. La condition est satisfaite pour ce béton puisque sa résistance à 28
jours est de 34 MPa. Il a aussi atteint 11 MPa à 2 jours lui permettant ainsi d’être décoffré
sur chantier avant 1 jour.
Il est à noter que la résistance à la compression croît plus lentement pour les bétons à
forte teneur en laitier. C’est le cas de l’Écobéton L 75, qui voit sa résistance passer de 8 MPa
à 2 jours à 40 MPa à 28 jours. Ce phénomène est dû à l’évolution de la réaction
d’hydratation au cours de laquelle le laitier n’est activé qu’une fois l’hydratation de la
Portlandite amorcée (§ [Link]).
De son côté, l’Écobéton CV 50Test a présenté, de par sa forte viscosité, un défaut de
compactage qui a été réglé dans le cas du béton CV 50 par l’ajout d’un entraîneur d’air
réduisant ainsi sa viscosité et facilitant, par conséquent, sa mise en place ([Link]). Grâce à
cet adjuvant, l’Écobéton CV 50 est plus résistant à la compression que l’Écobéton CV 50Test
(Figure 4.1), et ce bien que ces deux Écobétons aient les mêmes quantités de granulats, de
liants et d’eau. Ce résultat peut paraître paradoxal dans la mesure où l’emploi d’un
entraîneur d’air conduit habituellement à des bétons à plus forte teneur en air, donc plus
poreux et moins résistants à la compression. Cependant, dans le cas de l’Écobéton CV 50,
c’est l’amélioration du compactage par l’ajout de l’entraîneur d’air qui a primé sur l’effet
courant de l’entraîneur d’air. Les résultats sur la porosité, présentés ci-après, confirment
d’ailleurs que malgré l’entraîneur d’air, l’Écobéton CV 50 n’est pas plus poreux que
l’Écobéton CV 50Test.
78
Vis-à-vis de la résistance en compression à 28 jours, les Écobétons sont au moins aussi
performants que les bétons de référence.
Figure 4.1 : Résistances à la compression moyennes des bétons mesurées à 2 et 28 jours sur des éprouvettes
cylindriques 11X22 cm conservées sous l’eau à environ 20 °C.
4.3. Microstructure
4.3.1. Porosité accessible à l’eau
Les porosités accessibles à l’eau des différents bétons étudiés (Figure 4.2) sont issues de
mesures effectuées sur des disques 11X5 cm à l’âge de 28 jours (§ [Link]).
L’effet du mode de conservation des échantillons de béton sur leurs porosités accessibles
à l’eau apparaît clairement sur ces résultats. La cure sous l’eau de 27 jours conduit à des
bétons moins poreux que ceux laissés à l’air libre après démoulage. En effet, une
maturation sous eau favorise l’hydratation, notamment à la peau des échantillons, ce qui
réduit progressivement leurs porosités. Tandis que dans le cas de la conservation « Air »,
la peau est rapidement séchée, ce qui ralentit l’hydratation et mène à de fortes porosités
[Powers, 1947 ; Price, 1951 ; Patel et al., 1988 ; Ewertson et Petersson, 1993 ; Baron et al.,
1996]. Comme ces dernières sont plus élevées près de la surface qu’au cœur, les mesures
réalisées ne représentent que des valeurs moyennes.
Malgré la présence d’un entraîneur d’air dans sa composition, l’Écobéton CV 50 n’est pas
plus poreux que l’Écobéton CV 50Test. Ceci corrobore les résultats des essais de résistance à
la compression dans la mesure où une faible porosité tend à augmenter la résistance en
compression. La porosité accessible à l’eau du béton Réf IIITest est plus élevée que celles
des autres bétons, ceci confirme une fois de plus les résultats des essais de compression.
À l’exception des bétons Réf IIITest et Réf III, bien qu’ils n’aient pas la même
79
composition, tous les autres bétons ont des porosités accessibles à l’eau assez proches, et
ce pour chaque mode de conservation. Il est à noter toutefois que l’essai ne fournit pas de
mesures très précises, ce qui explique les écart-types parfois importants pour certains
échantillons.
En termes de porosité accessible à l’eau, les Écobétons ont une durabilité potentielle au
moins équivalente à celle des bétons de référence.
Figure 4.2 : Porosités accessibles à l’eau mesurées à 28 jours sur des échantillons de béton —
Conservations « Air » et « Eau ».
80
0,01 μm et 0,06 μm (le béton Réf II présente toutefois un second mode aux alentours de
0,2 μm dû vraisemblablement à un artefact de mesure, qui peut être des auréoles de
transition). Ces échantillons ont donc des porosités plus fines que celles des échantillons
conservés à l’air, et ce grâce à la maturation sous l’eau qui favorise l’hydratation et affine
ainsi la porosité [Monge, 2007 ; Rozière, 2007].
Figure 4.3 : Effet du mode de conservation des bétons sur leurs distributions porales.
81
Tableau 4.2 : Principaux modes de pore des bétons étudiés.
Réf I ●
Réf II ● o
Réf III ●
« Eau » CV 30 ●
CV 50 ●
L 30 ●
L 75 ●
o Pic dû à un éventuel artefact de mesure.
À l’exception du béton Réf II (à cause éventuellement d’un artefact de mesure), tous les
autres bétons (Air et Eau) contenant des cendres volantes ou du laitier de haut-fourneau
ont des distributions porales plus fines que celle du béton Réf I (Figure 4.4 et Figure 4.5).
Cet effet positif des additions minérales, notamment du laitier, sur la structure porale des
bétons étudiés est bien connu des chercheurs [Mehta, 1981 ; Roy et Idorn, 1982 ; Xi et al.,
1997 ; Fu et al., 2002].
En termes de porosité accessible au mercure (distribution porale), les Écobétons ont une
durabilité potentielle équivalente voire meilleure que celle des bétons de référence.
Figure 4.4 : Distribution de la taille des pores des bétons conservés 27 jours à l’air libre après démoulage.
82
Figure 4.5 : Distribution de la taille des pores des bétons conservés 27 jours dans l’eau après démoulage.
83
Figure 4.6 : Isothermes de désorption des pâtes de ciment (et des bétons correspondant) mesurées à 3
mois — Degré de saturation en eau en fonction de l’humidité relative.
(4.1)
avec : Sl (HR) [-] est le degré de saturation en eau liquide des échantillons de pâte de
ciment ; [kg/m3] est la masse volumique de l’eau et εeau [-] est la porosité accessible à
l’eau du béton correspondant.
Ces courbes serviront de données d’entrée au modèle des échanges hydriques (§ [Link]).
Par ailleurs, les courbes exprimées en fonction du degré de saturation en eau obtenues sur
des pâtes de ciment (Figure 4.6) sont aussi celles des bétons correspondant.
Il est à noter que les imprécisions dans la mesure des porosités accessibles à l’eau se
répercutent sur l’exactitude des valeurs de teneur en eau des bétons.
84
Figure 4.7 : Isothermes de désorption des bétons — Teneur en eau en fonction de l’humidité relative.
4.4. Hydratation
4.4.1. Évolution de la quantité de Portlandite
[Link]. Mesurée sur pâtes de ciment
Les résultats des suivis, en fonction du temps, de la quantité de Portlandite dans les pâtes
de ciment (Figure 4.8 et Figure 4.9) sont issus d’essais ATG réalisés sur des échantillons
de pâte réduite en poudre de masse d’environ 100 mg (§ [Link]).
Les courbes montrent que les quantités de Portlandite produites dans le cas de la
conservation « Endogène » sont plus élevées que lors de la conservation à une humidité
relative de 65 %. Par ailleurs, l’écart entre les résultats des deux modes de conservation est
plus marqué pour les compositions aux cendres volantes.
Après 7 jours, le séchage à 65 % d’humidité relative a quasiment arrêté la formation de la
Portlandite pour toutes les compositions étudiées. Ceci peut être interprété comme un
arrêt du processus d’hydratation par ce mode de conservation [Powers, 1947 ; Price,
1951 ; Patel et al., 1988] qui réduit la quantité d’eau capillaire nécessaire à la poursuite du
processus d’hydratation.
La quantité de Portlandite formée est d’autant plus importante que la teneur en additions
minérales est faible. Ce résultat est en accord avec d’autres travaux [Lam et al., 2000 ;
Darquennes, 2009]. Toutefois, la pâte de ciment CV 50 contient plus de Portlandite que la
pâte Réf II en conditions endogènes.
85
Figure 4.8 : Quantités de Portlandite dans les pâtes de ciment en fonction de leur âge — Conservation
« HR = 65 % ».
Figure 4.9 : Quantités de Portlandite dans les pâtes de ciment en fonction de leur âge — Conservation
« Endogène ».
(4.2)
avec : CHpâte(t) [kg/m3] est la quantité de Portlandite dans la pâte de ciment et Ppâte [-] est
la proportion volumique de la pâte dans le béton.
Comme il vient d’être évoqué précédemment, la quantité de Portlandite produite dépend
de la cinétique d’hydratation influencée par l’humidité relative ambiante. L’état hydrique
des disques de pâte de ciment 30X2 mm de la conservation « HR = 65 % » s’équilibre vite
avec l’ambiance vue la finesse des disques. En revanche, des disques de béton bien plus
épais, conservés dans les mêmes conditions, se comporteraient différemment. Leurs
86
quantités de Portlandite doivent donc être en moyenne supérieures à celles déduites des
pâtes.
Figure 4.10 : Quantités de Portlandite dans les bétons en fonction de leur âge — Conservation
« HR = 65 % ».
Figure 4.11 : Quantités de Portlandite dans les bétons en fonction de leur âge — Conservation
« Endogène ».
Figure 4.12 : Quantités de Portlandite dans les bétons à l’âge de 28 jours — Conservations
« HR = 65 % » et « Endogène ».
Les avancements des réactions d’hydratation des bétons (Figure 4.13), obtenus à partir des
calorimétries adiabatiques réalisées à une température initiale de 20 ± 3 °C, sont calculés
de la façon suivante :
(4.3)
avec : αhyd(téq) [-] est l’avancement de l’hydratation du béton ; T(téq) [°C] est la température
du béton au temps équivalent téq ; Tréf [20 ± 3 °C] est la température du béton en début
d’essai et Tmax [°C] est la température maximale atteinte par le béton en fin d’essai.
La faible teneur en clinker dans les bétons ralentit considérablement leur hydratation
notamment au jeune âge. Cela corrobore les résultats de précédents travaux [Darquennes,
2009 ; Gehlen et Thomas, 2009]. La lenteur de la réaction des additions minérales est à
l’origine de ce ralentissement de l’hydratation [Fraay et al., 1989 ; Meinhard et Lackner,
2008 ; Min et al., 2008 ; Ollivier et Vichot, 2008].
Il est à noter que les résultats obtenus par calorimétrie adiabatique (Figure 4.13) sont en
accord avec ceux obtenus par analyse thermogravimétrique (Figure 4.10 et Figure 4.11).
En effet, une comparaison entre résultats montre que le béton dont le degré
d’avancement de l’hydratation est le plus élevé est celui dont la quantité de Portlandite
produite est la plus importante.
89
Figure 4.13 : Avancements des réactions d’hydratation des bétons en fonction de l’âge équivalent
(Tréf = 20 °C).
(4.4)
avec : mé[Link]. [kg] est la masse initiale de l’échantillon de béton et méch.(t) [kg] est sa masse
à l’instant t.
D’après ces résultats, conservés à l’air libre après leur démoulage, les bétons aux additions
minérales sèchent plus vite que le béton Réf I, notamment durant les 27 jours en salle. En
revanche, lorsqu’ils sont conservés dans l’eau, les bétons aux cendres volantes présentent,
après 14 jours en étuve, des pertes de masse identiques à celle du béton Réf I, qui
d’ailleurs sèche plus que les bétons au laitier. Ce dernier constat est inattendu dans la
mesure où les bétons Réf IIITest et Réf III sont plus poreux que le béton Réf I (Figure
4.2). Par ailleurs, ce constat peut être expliqué par la distribution porale du béton Réf I
plus grossière que celles des bétons au laitier de haut-fourneau (Figure 4.5).
En termes de pertes de masse finales, les échantillons de béton conservés dans l’eau
sèchent moins vite que ceux exposés au séchage dès leur démoulage car une maturation
90
de 27 jours sous eau favorise l’hydratation et mène à de faibles porosités.
Figure 4.14 : Pertes de masse des échantillons de béton dues à leur séchage durant 27 jours à l’air libre
puis 14 jours en étuve ventilée à 45 °C — Conservation « Air ».
Figure 4.15 : Pertes de masse des échantillons de béton dues à leur séchage durant 14 jours en étuve
ventilée à 45 °C — Conservation « Eau ».
(4.5)
avec : Sl [%] est le degré de saturation en eau liquide de l’échantillon de béton ; Veau [m3]
91
est le volume d’eau dans l’échantillon ; εeau [-] est la porosité accessible à l’eau du béton ;
Véch. [m3] est le volume total de l’échantillon obtenu par pesée hydrostatique ; méch.étu. [kg]
est la masse de l’échantillon après étuvage de 14 jours ; é[Link]. [kg/m3] est la masse
volumique du béton sec déterminée à partir des porosimétries à l’eau (pesées
hydrostatiques) et du séchage à 105 °C ; ρ [kg/m3] est la masse volumique de l’eau.
Les résultats montrent qu’à l’exception de l’échantillon de béton Réf I, tous les
échantillons de la cure « Eau » sont restés plus saturés en eau, après étuvage à 45 °C, que
ceux laissés à l’air libre après démoulage. Ce constat est attendu eu égard aux résultats des
pertes de masse finales après séchage à 45 °C (Figure 4.14 et Figure 4.15).
Il est à noter que les imprécisions dans la mesure des porosités accessibles à l’eau se
répercutent sur l’exactitude des valeurs de degré de saturation des bétons. Par ailleurs,
comme le séchage s’opère de la peau des échantillons vers le cœur, les degrés de
saturation calculés sont moins élevés près de la surface qu’au cœur, leurs valeurs ne sont
donc que des moyennes dans les échantillons.
Figure 4.16 : Degrés moyens de saturation en eau liquide des échantillons de béton après 14 jours
d’étuvage à 45 °C — Conservations « Air » et « Eau ».
Figure 4.17 : Pertes de masse des échantillons de béton dues à leur séchage à l’air libre — Conservation
« Air ».
Figure 4.18 : Pertes de masse des échantillons de béton due à leur séchage à l’air libre — Conservation
« Eau ».
4.6. Carbonatation
4.6.1. En conditions accélérées
Les résultats obtenus (Figure 4.19 et Figure 4.20) sont issus d’essais de carbonatation
accélérée réalisés sur des disques de béton 11X5 cm (§ [Link]).
Les courbes montrent que tous les bétons de la conservation « Eau » sont plus résistants à
la carbonatation accélérée que ceux exposés directement à l’air libre après démoulage. Par
93
ailleurs, les bétons Réf II, L 30 et L 75 sont les plus influencés par le mode de
conservation. Ces deux derniers Écobétons sont d’ailleurs aussi performants que le béton
Réf I dans le cas de la cure « Eau ». En effet, contrairement à une conservation à l’air
libre, une maturation sous eau favorise l’hydratation et conduit ainsi à des bétons moins
poreux et ayant plus de produits carbonatables donc plus résistants à la carbonatation
[Bier, 1986 ; Fattuhi, 1988 ; Loo et al., 1994 ; Sickert, 1997 ; Atiş, 2003].
Il est à noter que dans une campagne expérimentale préliminaire, l’Écobéton CV 50Test s’est
révélé très peu résistant à la carbonatation. D’ailleurs, aucun front net de carbonatation
n’a pu être observé pour ce béton quel que soit son mode de conservation. La Figure 4.21
montre l’aspect très dégradé de sa section avec un fort bullage. L’Écobéton CV 50Test a été
mal compacté malgré la vibration, ce défaut de serrage est dû à sa forte viscosité.
Quel que soit le mode de conservation, les Écobétons CV 50 et L 75, qui pourtant ne
respectent pas les prescriptions de la norme NF EN 206-1, se carbonatent moins vite que
les bétons Réf II et Réf III qui sont conformes aux prescriptions de la norme.
Une analyse des différents paramètres influençant le comportement de ces bétons vis-à-
vis de la carbonatation en conditions accélérées est présentée plus loin (§ 4.7).
En termes de carbonatation accélérée, les Écobétons ont une durabilité potentielle meilleure
que celle des bétons de référence aux ciments avec ajouts.
Figure 4.19 : Profondeurs moyennes de carbonatation des bétons en fonction de la durée dans l’enceinte de
carbonatation accélérée — Conservation « Air ».
94
Figure 4.20 : Profondeurs moyennes de carbonatation des bétons en fonction de la durée dans l’enceinte de
carbonatation accélérée — Conservation « Eau ».
Figure 4.21 : Section d’un échantillon du béton CV 50Test pulvérisée de phénolphtaléine après 14 jours
dans l’enceinte de carbonatation accélérée — Conservation « Air ».
95
Figure 4.22 : Profondeurs moyennes de carbonatation naturelle en laboratoire des bétons en fonction de
leur âge — Conservation « Air ».
Figure 4.23 : Profondeurs moyennes de carbonatation naturelle en laboratoire des bétons en fonction de
leur âge — Conservation « Eau ».
96
En termes de carbonatation naturelle in situ, les Écobétons ont une durabilité potentielle
meilleure que celle des bétons de référence aux ciments avec ajouts.
Figure 4.24 : Profondeurs moyennes de carbonatation naturelle in situ en fonction de l’âge des bétons.
97
Figure 4.25 : Profondeurs moyennes de carbonatation accélérée des bétons mesurées après 14 jours dans
l’enceinte en fonction des profondeurs mesurées après 7 jours — Conservation « Air » à gauche et cure
« Eau » à droite.
Figure 4.26 : Profondeurs moyennes de carbonatation naturelle en laboratoire des bétons mesurées à l’âge
de 2 ans en fonction des profondeurs mesurées à 1 an — Conservation « Air » à gauche et cure « Eau »
à droite.
Figure 4.28 : Profondeurs moyennes de carbonatation naturelle in situ des bétons mesurées à l’âge de 2
ans en fonction des profondeurs mesurées après 14 jours dans l’enceinte de carbonatation accélérée —
Conservation « Air » à gauche et cure « Eau » à droite (pour la carbonatation accélérée).
Figure 4.29 : Profondeurs moyennes de carbonatation naturelle in situ des bétons mesurées à l’âge de 2
ans en fonction des profondeurs de carbonatation naturelle en laboratoire mesurées au même âge —
Conservation « Air » à gauche et cure « Eau » à droite (pour la carbonatation en laboratoire).
99
4.7. Influence de la composition et des propriétés des bétons
sur leur carbonatation accélérée
Dans ce qui suit, est présentée une analyse de l’influence de certains paramètres relatifs
aux bétons étudiés (§ [Link]) sur leurs comportements vis-à-vis de la carbonatation en
conditions accélérées ; l’objectif étant d’expliquer la différence de comportement des
bétons face à l’essai accéléré, réalisé dans les mêmes conditions externes pour tous les
bétons étudiés.
Pour la même raison que précédemment (§ 4.6.4), les profondeurs de carbonatation
accélérée mesurées à 14 jours dans l’enceinte semblent être les plus adéquates à présenter.
Figure 4.30 : Profondeurs moyennes de carbonatation accélérée des bétons mesurées après 14 jours dans
l’enceinte en fonction de leurs rapports eau/liant — Conservation « Air » à gauche et cure « Eau » à
droite.
100
Figure 4.31 : Profondeurs moyennes de carbonatation accélérée des bétons mesurées après 14 jours dans
l’enceinte en fonction de leurs quantités de liant — Conservation « Air » à gauche et cure « Eau » à
droite.
Figure 4.32 : Profondeurs moyennes de carbonatation accélérée des bétons mesurées après 14 jours dans
l’enceinte en fonction de leurs résistances en compression à 28 jours — Conservation « Air » à gauche et
cure « Eau » à droite.
101
4.7.3. Porosité totale
Bien que la tendance générale d’augmentation des profondeurs de carbonatation accélérée
des bétons étudiés avec leurs porosités accessibles à l’eau soit vérifiée (Figure 4.33), il est
difficile d’en dégager une corrélation dans la mesure où, à l’exception des bétons
Réf IIITest et Réf III, tous les autres bétons ont des porosités assez proches, pour les deux
modes de conservation, mais des résistances à la carbonatation bien différentes. Cette
absence de corrélation a déjà été mise en évidence par Rozière [Rozière, 2007].
Il est à rappeler que, dans le cas de la conservation « Air », le séchage qui s’opère de la
peau des échantillons vers le cœur augmente la porosité près de la surface, les valeurs
utilisées ne sont donc que des moyennes dans les échantillons.
Figure 4.33 : Profondeurs moyennes de carbonatation accélérée des bétons mesurées après 14 jours dans
l’enceinte en fonction de leurs porosités accessibles à l’eau mesurées à l’âge de 28 jours — Conservation
« Air » à gauche et cure « Eau » à droite.
Figure 4.34 : Profondeurs moyennes de carbonatation accélérée des bétons mesurées après 14 jours dans
l’enceinte en fonction de leurs quantités de Portlandite mesurées à l’âge de 28 jours — Conservation
« Air » à gauche et cure « Eau » à droite.
103
Figure 4.35 : Profondeurs moyennes de carbonatation accélérée des bétons mesurées après 14 jours dans
l’enceinte en fonction de leurs degrés de saturation en eau liquide mesurés à l’âge de 28 jours —
Conservation « Air » à gauche et cure « Eau » à droite.
(4.6)
(4.7)
avec : XC(t) [m] est la profondeur de carbonatation à l’instant t [s] ; DCO2 [m2/s] est le
coefficient de diffusion effectif du CO2 ; [CO2] [mol/m3] est la concentration molaire du
CO2 dans la phase gazeuse au contact du béton et [Ca(OH)2] [mol/m3] est la
concentration molaire de la Portlandite dans le béton.
En se basant sur l’expression du coefficient de diffusion déterminée expérimentalement
104
par Papadakis et al. [Papadakis et al., 1991], et donnée en fonction de l’humidité relative,
Thiery [Thiery, 2005] a proposé une autre expression, donnée en fonction du degré de
saturation en eau liquide :
(4.8)
avec : εeau [-] est la porosité accessible à l’eau du béton ; Sl [-] est le degré de saturation en
eau liquide du béton et DAir, CO2 [m²/s] est le coefficient de diffusion du CO2 dans l’air.
DAir, CO2 = 1,6 .10-5 m²/s et [CO2] = 21,25 mol/m3 soit une concentration de 50 %.
Le paramètre Ac qui dépend de la porosité, de la quantité de Portlandite et du degré de
saturation en eau est donc exprimé de la manière suivante :
(4.9)
(4.10)
105
Figure 4.36 : Profondeurs moyennes de carbonatation accélérée des bétons mesurées après 14 jours dans
l’enceinte en fonction des profondeurs calculées avec le modèle — Conservations « Air » et « Eau ».
L’utilisation du modèle présente néanmoins des limites. En effet, il est calculé à base de
valeurs moyennes de porosité, de quantité de Portlandite et de degré de saturation en eau.
En réalité, ces trois paramètres ne sont pas uniformes dans l’échantillon de béton exposé
au séchage. À cause de ce dernier, qui s’opère de la peau du béton vers le cœur, la porosité
devrait être plus élevée près de la surface et le contraire pour la quantité de Portlandite et
le degré de saturation en eau. Une autre limite consiste en la quantité de Portlandite qui
est mesurée non sur bétons mais sur pâtes de ciment.
4.8. Conclusions
Dans la campagne expérimentale menée lors de ces travaux de thèse, des bétons à forts
taux de substitution du ciment par des cendres volantes ou du laitier de haut-fourneau ont
été formulés en optimisant leurs teneurs en eau et en ciment pour obtenir une résistance à
la compression permettant un décoffrage au jeune âge. Ces compositions de béton, qui ne
respectent pas la démarche prescriptive de la norme NF EN 206-1, ont ensuite été
caractérisées puis comparées conformément au principe de l’équivalence de performances
à des bétons formulés selon les prescriptions de la norme.
À l’issue de cette étude, il est possible d’affirmer que bien qu’ils ne soient pas conformes
106
aux prescriptions de la norme NF EN 206-1, les Écobétons à forts taux de substitution du
ciment par des cendres volantes (50 %) ou du laitier de haut-fourneau (75 %) sont au
moins aussi résistants à la compression que les bétons de référence formulés selon la
démarche prescriptive de la norme. En termes de porosité accessible à l’eau, de porosité
accessible au mercure (distribution porale), de teneur en Portlandite, de carbonatation
(accélérée, naturelle en laboratoire et naturelle in situ), ces Écobétons ont une durabilité
potentielle équivalente voire meilleure que celle des bétons de référence aux ciments avec
ajouts (CEM II/B-V 32,5 R et CEM III/C 32,5 N), qui d’ailleurs s’hydratent moins vite
que les Écobétons comme l’a révélé la calorimétrie adiabatique.
L’effet bénéfique de la conservation dans l’eau des bétons, sur leurs caractéristiques et
performances, est bien mis en évidence. D’une part, ce mode de conservation a réduit et
affiné la porosité des bétons, et d’autre part, il a augmenté leur résistance à la
carbonatation (accélérée et naturelle en laboratoire). Cet effet positif est plus marqué pour
les compositions au laitier de haut-fourneau. La cure dans l’eau est donc conseillée pour
ce type de béton. Le séchage à l’air libre (HR = 65 %) a en revanche réduit la formation
de Portlandite en ralentissant le processus d’hydratation des pâtes de ciment.
En comparant les résultats d’essais de carbonatation conduits selon trois protocoles
différents (en accéléré, en laboratoire et in situ), l’essai accéléré réalisé conformément à la
norme française XP P 18-458 n’a pu que renseigner sur les tendances observées en
conditions plus réalistes notamment in situ. Il a néanmoins permis de distinguer les
compositions de béton les plus sensibles à la carbonatation.
Pris séparément, l’analyse de l’influence des principaux paramètres relatifs aux bétons sur
leur carbonatation accélérée a révélé peu d’influence du rapport eau/liant et du dosage en
liant. Cependant, elle a montré qu’il y a une tendance générale cohérente avec la résistance
en compression à 28 jours et avec la porosité totale. Cette tendance générale existe bien
avec la quantité de Portlandite sans toutefois qu’il y ait une forte corrélation, ceci est aussi
vrai avec le degré de saturation en eau liquide.
L’influence simultanée de la porosité totale, de la quantité de Portlandite et du degré de
saturation en eau liquide a été prise en compte par un modèle simple de carbonatation. Ce
modèle a permis de prédire assez correctement les profondeurs mesurées, affirmant ainsi
que la résistance à la carbonatation accélérée des bétons étudiés dépend de ces trois
paramètres (pris simultanément). En effet, une faible teneur en Portlandite peut être
compensée par un faible coefficient de diffusion, dû à un fort degré de saturation en eau
liquide.
Sachant que les valeurs de ces trois paramètres, contrôlant la carbonatation accélérée, ne
107
sont que des moyennes dans la mesure où ces paramètres ne sont pas uniformes dans
l’échantillon de béton sujet au séchage, le couplage hydratation/séchage a été étudié par
simulations numériques dans le but de mieux comprendre l’effet du séchage sur ces
paramètres. Ce travail de simulation numérique fait l’objet du chapitre suivant.
108
5. Étude numérique
─ Modélisation du couplage
hydratation/séchage : Effet sur la
carbonatation accélérée
5.1. Introduction
L’objectif de ce travail de simulation numérique du couplage hydratation/séchage est de
mettre en évidence l’effet du séchage à l’air libre et/ou en étuve sur les propriétés
contrôlant la cinétique de carbonatation accélérée des bétons étudiés, que sont la porosité,
la quantité de Portlandite et le degré de saturation en eau liquide, et ce en vue de mieux
analyser les résultats de l’essai accéléré. Cette étude est motivée par le fait qu’au chapitre
précédent, il n’a été déterminé, pour les échantillons de béton sujets au séchage avant
l’essai accéléré, que des données moyennes. En effet, en s’opérant de la peau des
échantillons vers le cœur, le séchage devrait augmenter la porosité et diminuer la quantité
de Portlandite et le degré de saturation près de la surface, ce qui affecterait le
comportement des bétons vis-à-vis de la carbonatation accélérée.
Les modèles ainsi que leurs paramètres d’entrée utilisés dans les simulations réalisées à
l’aide du code de calcul MLS [MLS, 2003] sont décrits dans ce chapitre, où les différents
résultats obtenus ainsi que leur analyse sont ensuite présentés.
(5.1)
où :
(5.2)
é (5.3)
110
[Link]. Paramètres d’entrée
— Courbes de température
Les courbes de température des bétons en fonction de la maturité (Figure 5.1), issues des
courbes de dégagement de chaleur obtenues à partir des calorimétries adiabatiques
(§ [Link]), permettent de déduire l’avancement de l’hydratation en fonction de l’âge réel :
(5.4)
Les autres paramètres d’entrée du modèle d’hydratation ont été pris identiques pour tous
les bétons étudiés : Tréf = 20 °C et ac = bc = 7. Ces valeurs permettent d’avoir un
avancement d’hydratation constant pour une humidité relative ≤ 65 %, ce qui se traduit
par une hydratation arrêtée comme observé expérimentalement (§ [Link]). Un exemple de
calage des coefficients ac et bc, réalisé avec le béton Réf I, est présenté sur la Figure 5.2, où
l’avancement de l’hydratation est calculé comme suit :
(5.5)
Figure 5.2 : Avancement de l’hydratation du béton Réf I, d’après les mesures sur pâtes de ciment par
ATG, en fonction de l’âge réel du matériau pour deux humidités relatives différentes : 65 et 100 %.
112
— Énergies d’activation
Les énergies d’activation correspondant à chaque béton étudié (Tableau 4.3) sont issues
de calorimétries adiabatiques menées à trois températures initiales différentes (§ [Link]).
Il est à rappeler que les énergies d’activation des bétons au laitier de haut-fourneau sont
faibles par rapport aux valeurs de la littérature obtenues par des essais mécaniques.
Darquennes [Darquennes, 2009] impute l’écart constaté à la méthode de superposition qui
ne serait pas adaptée à ce type de béton. Cela signifie que peut-être la méthode de
superposition mise au point pour étudier la résistance à la compression n’est pas adaptée à
la calorimétrie. En outre, cette méthode suppose l’existence d’une valeur unique de
l’énergie d’activation, alors que certains auteurs utilisent des énergies d’activations variant
en fonction de la maturité [D’Aloia et Chanvillard, 2002 ; Turcry et al., 2002].
— Condition initiale
(5.6)
(5.7)
113
= 2,4 W/m K ont été fixées. Ces valeurs sont conformes à celles préconisées par l’ACI
[ACI, 1994].
— Courbes de température
— Condition initiale
(5.8)
où : vvent [m/s] est la vitesse du vent. Dans ces travaux de simulation, vvent = 0 car les
échantillons de béton n’ont pas été exposés aux conditions extérieures (échantillons
conservés en salle ou sous eau). Par conséquent, = 5,7 W/m2 K.
La température externe (Te) a été introduite dans le programme en fonction des intervalles
de temps correspondant aux différentes étapes précédant la mise des échantillons dans
l’enceinte de carbonatation accélérée (Tableau 5.1). Te = 20 °C correspond à la
température mesurée pendant la conservation, de même Te = 45 °C est la température
moyenne mesurée dans l’étude ventilée.
(5.9)
avec : W [kg/m3] est la teneur en eau ; HR [-] est l’humidité relative dans les pores du
béton ; est la pente de l’isotherme de désorption de vapeur d’eau ; Dh [m2/s] est le
coefficient de diffusion de l’humidité ; hyd [kg/m3] est la diminution de la teneur en
eau du béton due à l’hydratation au cours de l’intervalle de temps t [Bažant et Najjar,
1972].
L’expression du coefficient de diffusion de l’humidité Dh [m2/s] est [Mensi et al., 1988] :
(5.10)
(5.11)
avec : Wb [-] est la proportion massique d’eau nécessaire à l’hydratation complète du liant ;
Kl et L [kg/m3] sont respectivement les dosages en clinker et en laitier de haut-fourneau ;
[-] est l’augmentation du degré d’hydratation.
Une limite de ce modèle consiste en le fait que le coefficient de diffusion de l’humidité
donné par l’expression (5.10) ne dépend pas du degré d’hydratation du béton, alors que
cette étude vise à coupler le séchage et l’hydratation.
Les conditions aux limites permettant la résolution de l’équation (5.9) sont :
(5.12)
avec : [m/s] est le flux d’humidité relative normal à la frontière B ; β [m/s] est le
coefficient de transfert hydrique (à la surface) et HRe [-] est l’humidité relative externe.
(5.13)
Tableau 5.2 : Proportions massiques d’eau nécessaire à l’hydratation complète des bétons étudiés.
— Isothermes de désorption
116
Figure 5.3 : Isotherme de désorption du béton Réf I obtenue par le modèle de Roelfstra modifié comparée à
l’isotherme obtenue expérimentalement.
— Condition initiale
L’humidité relative dans les pores des bétons a initialement été fixée égale à 1 (HR = 1)
car, au moment de leur préparation, les échantillons de béton sont considérés totalement
saturés en eau.
Le coefficient de transfert hydrique (à la surface) β a été pris égal à 1,6 .10-4 m/s
[Carmeliet, 1992]. Il est à noter que β = 0 lorsque les échantillons de béton sont dans le
117
moule (surfaces recouvertes) [Bažant et Najjar, 1972].
L’humidité relative externe (HRe) a été introduite dans le programme en fonction des
intervalles de temps correspondant aux différentes étapes précédant la mise des
échantillons dans l’enceinte de carbonatation accélérée (Tableau 5.3). HRe = 0,66
correspond à l’humidité relative moyenne mesurée pendant les 27 jours de conservation
en salle (à l’air libre), de même HRe = 0,114 est l’humidité relative moyenne mesurée dans
l’étude ventilée.
118
Figure 5.4 : Dimensions et maillage de la géométrie de simulation.
119
Tableau 5.4 : Modèles, leurs paramètres d’entrée et leurs principales sorties.
Hydratation
Modèles
Échanges
thermiques
Échanges
hydriques
Capacité thermique cT
Échanges Conductivité thermique
thermiques Courbe de température du béton en fonction de la maturité
Coefficient de transfert thermique (convectif)
Paramètres A1 et A2
Échanges Proportion massique d’eau nécessaire à l’hydratation complète Wb
hydriques Isotherme de désorption
Coefficient de transfert hydrique (à la surface) β
120
Tableau 5.5 : Conditions en température et humidité relative pour les étapes des simulations.
Tableau 5.6 : Paramètres du coefficient de diffusion de l’humidité calés sur les courbes de perte de masse
des bétons.
« Air »
séchage à l’air libre 6,1 7,2 8 7,13 7,2 7,35 8
séchage en étuve 8 8 8 8 8 7 8
A2 [-]
« Eau »
séchage en étuve 8 7,82 7,47 7,8 8 8 8
Il est à rappeler que dans le cas de la conservation « Air », les pertes de masse des
échantillons de béton sont dues à leur séchage durant 27 jours à l’air libre puis 14 jours en
étuve ventilée à 45 °C. Tandis que dans le cas de la cure « Eau », les pertes de masse sont
dues uniquement au séchage durant 14 jours en étuve. Les détails relatifs à la perte de
masse obtenue expérimentalement sont donnés dans le chapitre précédent (§ 4.5.1).
121
Comme le code de calcul utilisé ne donne en sortie que des profils, des post-traitements
ont été effectués en vue de déterminer les pertes de masse des échantillons à partir des
courbes de teneur en eau et de degré d’hydratation. Les calages des coefficients A1 et A2
ont ainsi été relativement longs (ce qui a fait de cette étape la plus fastidieuse de l’étude).
La perte de masse relative issue des simulations pdmsimu.(t) [%] est calculée comme suit :
(5.14)
où :
(5.15)
(5.16)
avec : (meau libre + meau liée)ini. [kg] est la masse d’eau dans l’échantillon de béton à l’état
initial ; (meau libre + meau liée)(t) [kg] est la masse d’eau à l’instant t ; mé[Link]. [kg] est la masse
initiale de l’échantillon ; H et ri=n [m] sont respectivement la hauteur et le rayon de
l’échantillon ; Wi [kg/m3] et αi [-] sont respectivement la teneur en eau (Figure 5.14 et
Figure 5.15) et le degré d’hydratation (Figure 5.6) à une distance ri [m] du cœur de
l’échantillon ; Wb [-] est la proportion massique d’eau nécessaire à l’hydratation complète
du béton ; Kl et L [kg/m3] sont respectivement les dosages en clinker et en laitier de haut-
fourneau.
Un exemple de calage du coefficient de diffusion de l’humidité, réalisé avec le béton Réf I,
est présenté sur la Figure 5.5. Les calages effectués avec les autres bétons sont donnés sur
la Figure C.1 disponible en Annexe C.
122
Figure 5.5 : Comparaisons des résultats de simulation aux résultats expérimentaux des pertes de masse
des échantillons du béton Réf I dues à leur séchage — Conservation « Air » à gauche et cure « Eau » à
droite.
Dans la suite, sont présentés et analysés les résultats obtenus à l’âge de 42 jours, qui
correspond au moment de la mise des échantillons de béton dans l’enceinte de
carbonatation accélérée.
Dans le cas de la conservation « Air », à cause du séchage à l’air libre qui s’opère de la
peau du béton vers le cœur, le degré d’hydratation est moins élevé près de la surface
(Figure 5.6). D’ailleurs, à la peau des échantillons (r = 55 mm), le degré d’hydratation à
l’âge de 42 jours est identique à celui atteint à environ 1 jour, car l’avancement de
l’hydratation est resté constant à HR = 66 %, comme il a été évoqué précédemment
(Figure 5.2).
123
Figure 5.6 : Profils de degré d’hydratation à 42 jours — Conservation « Air ».
En vue de mieux mettre en évidence l’effet du séchage à l’air libre sur l’hydratation des
bétons, des profils d’avancement de l’hydratation (Figure 5.7) sont calculés :
(5.17)
avec : αhyd(r) et α(r) [-] sont respectivement l’avancement et le degré d’hydratation à une
distance r [mm] du cœur de l’échantillon ; αmax [-] est le degré d’hydratation maximal
atteint (au cœur).
À partir des profils d’avancement de l’hydratation (Figure 5.7), sont déduites les
profondeurs atteintes par le séchage dans les échantillons à 42 jours, i.e. les profondeurs
dans lesquelles l’hydratation a été affectée par le séchage (Figure 5.9). Ces profondeurs,
notées « Xséc. » dans la suite, correspondent aux distances, à partir de la peau des
échantillons, qui coïncident avec le degré d’avancement de l’hydratation αhyd = 1. Leur
124
détermination est illustrée sur la Figure 5.8.
L’effet du séchage, peu profond dans le cas du béton Réf I, atteint les premiers dix
millimètres du cœur dans le cas du béton Réf III. En effet, le béton Réf I dont
l’hydratation est la plus rapide (Figure 4.13) a aussi les plus faibles coefficients de
diffusion de l’humidité (Tableau 5.6). De son côté, le béton Réf III a de forts coefficients
de diffusion de l’humidité et une faible vitesse d’hydratation.
Par ailleurs, quel que soit le type d’addition minérale, Xséc. est d’autant plus importante
que le taux de substitution du ciment est plus élevé. Les bétons au laitier de haut-fourneau
ont besoin de cure car leurs Xséc. dépassent 2 cm, une des valeurs d’enrobage préconisées
par les règlements.
125
Figure 5.9 : Profondeurs « Xséc. » à partir de la peau des bétons — Conservation « Air ».
(5.18)
où :
(5.19)
avec : ε(r) [%] et α(r) [-] sont respectivement la porosité et le degré d’hydratation à une
distance r [mm] du cœur de l’échantillon ; ε0 [%] est la porosité initiale calculée à partir de
la composition des bétons ; εu [%] est la porosité ultime mesurée sur des échantillons de
béton conservés 27 jours sous l’eau (Figure 4.2) ; αu [-] est le degré d’hydratation ultime
calculé à l’aide de l’expression (5.2) proposée par Schindler et Folliard [Schindler et
Folliard, 2005] ; meau [kg] est la masse d’eau présente dans un volume Vt = 1 m3 au
moment du coulage (Tableau 3.3 et Tableau 3.4) ; [kg/m3] est la masse volumique de
l’eau ; εair [%] est la porosité due au volume d’air piégé, prise égale à 5 % dans le cas de
126
l’Écobéton CV 50 contenant de l’entraîneur d’air (mesurée avec un aéromètre), et à 2 %
pour les bétons restants (valeur typique de la littérature [Neville, 2000]).
Les profils de quantité de Portlandite (Figure 5.11) sont calculés à partir des profils de
degré d’hydratation, de la quantité de Portlandite CHu et du degré d’hydratation αu
ultimes :
(5.20)
avec : CH(r) [kg/m3] et α(r) [-] sont respectivement la quantité de Portlandite et le degré
d’hydratation à une distance r [mm] du cœur de l’échantillon ; CHu [kg/m3] est la quantité
de Portlandite dans les bétons à l’âge de 60 jours calculée à partir des résultats ATG
obtenus sur des pâtes de ciment conservées en conditions endogènes (Figure 4.11) et αu [-]
est le degré d’hydratation ultime calculé à l’aide de l’expression (5.2). L’expression (5.20)
suppose une linéarité entre la quantité de Portlandite dans le matériau et le degré
d’hydratation, comme l’a montré Mounanga [Mounanga, 2003].
À cause du ralentissement de l’hydratation par séchage à l’air libre, la porosité est plus
élevée près de la peau des échantillons qu’au cœur. Pour la même raison, la quantité de
Portlandite est plus élevée au cœur qu’à la surface. Par ailleurs, comme il a été montré
avec les profils d’hydratation, Xséc., définie précédemment (§ 5.4.2), augmente en
diminuant la teneur en clinker.
Au vu de ces résultats, il est possible de déduire qu’au début de leur exposition à une
concentration en CO2 de 50 %, la diffusion du CO2 risque d’être plus rapide près de la
surface de séchage, où la porosité est la plus élevée.
127
Figure 5.11 : Profils de quantité de Portlandite à 42 jours — Conservation « Air ».
129
Figure 5.15 : Profils de teneur en eau à 42 jours — Conservation « Eau ».
(5.21)
où :
(5.22)
avec : Sl(r) [%], W(r) [kg/m3], Wsat.(r) = W3(r) [kg/m3] et α(r) [-] sont respectivement le
degré de saturation en eau liquide, la teneur en eau, la teneur en eau à saturation et le
degré d’hydratation à une distance r [mm] du cœur de l’échantillon ; E, Kl et L [kg/m3]
sont respectivement les dosages en eau, en clinker et en laitier de haut-fourneau.
Le paramètre C4 [-] est donné par l’expression (B.8) du modèle de Roelfstra disponible en
Annexe B.
Comme le montre l’équation (5.22), la teneur en eau à saturation dépend du rayon de
l’échantillon car elle dépend du degré d’hydratation qui est fonction du rayon dans le cas
de la conservation « Air » (§ 5.4.2).
La cure (murissement) de 27 jours sous l’eau a conduit à des bétons qui sont restés plus
saturés en eau liquide, après 14 jours en étuve, que des bétons conservés à l’air libre après
démoulage.
130
Figure 5.16 : Profils de degré de saturation en eau liquide à 42 jours — Conservation « Air ».
Figure 5.17 : Profils de degré de saturation en eau liquide à 42 jours — Conservation « Eau ».
(5.23)
avec : X est la moyenne volumique qui peut être la porosité ε [%], la quantité de
Portlandite CH [kg/m3] ou le degré de saturation en eau liquide Sl [%] ; R [m] est le rayon
131
de l’échantillon (correspondant à ri=n) et Xi est la valeur de X (ε, CH ou Sl) à une distance
ri [m] du cœur de l’échantillon.
Quelques écarts existent entre les résultats expérimentaux et ceux obtenus par les
simulations (Figure 5.18 et Figure 5.19). Les écarts constatés sont dus, dans le cas de la
porosité, aux incertitudes dans l’estimation des porosités initiales des bétons. Dans le cas
de la quantité de Portlandite, les écarts proviennent de la linéarité supposée entre la
quantité de Portlandite dans le matériau et le degré d’hydratation. Les écarts dans le cas du
degré de saturation en eau liquide peuvent s’expliquer par la grande simplicité de
l’isotherme de Roelfstra modifié qui modélise la courbe par des segments de droite
(Figure 5.3). Malgré ces écarts, la différence n’est pas très importante. La tendance
générale reste cohérente, ce qui signifie que les profils obtenus peuvent être considérés
représentatifs de l’état réel des échantillons.
Figure 5.18 : Comparaisons des résultats de simulation aux résultats expérimentaux à l’âge de 28
jours — Porosité moyenne à gauche et quantité de Portlandite moyenne à droite.
132
Figure 5.19 : Comparaisons des résultats de simulation aux résultats expérimentaux des degrés de
saturation en eau liquide moyens mesurés à l’âge de 42 jours — Conservation « Air » à gauche et cure
« Eau » à droite.
(5.24)
avec : ε(r) [-], Sl(r) [-] et [Ca(OH)2](r) [mol/m3] sont respectivement la porosité, le degré
de saturation en eau liquide et la concentration molaire en Portlandite à une distance r
[mm] du cœur de l’échantillon ; DAir, CO2 [m²/s] est le coefficient de diffusion du CO2
133
dans l’air et [CO2] [mol/m3] est la concentration molaire du CO2 dans la phase gazeuse au
contact du béton (i.e. dans l’air).
Comme il a été souligné dans le chapitre précédent, d’autres modèles plus sophistiqués
existent dans la littérature (notamment ceux élaborés au LEPTIAB), dont une succincte
synthèse a été présentée dans le second chapitre (§ 2.5.2). Néanmoins, ce modèle a été
utilisé pour sa simplicité, puisqu’il intègre les paramètres fondamentaux contrôlant la
cinétique de carbonatation que sont la porosité, la quantité de Portlandite et le degré de
saturation en eau liquide, qui sont facilement mesurables (expérimentalement).
Quel que soit le mode de conservation, le paramètre Ac est plus élevé près de la peau des
bétons qu’au cœur. L’essai de carbonatation accélérée est donc effectué sur des
échantillons de béton dont le paramètre Ac est non homogène, notamment sur les cinq
premiers millimètres de la surface. Ceci pourrait expliquer l’allure des cinétiques de
carbonatation accélérée en fonction du temps (Figure 4.19 et Figure 4.20). En effet, la
carbonatation se produit rapidement près de la surface de séchage où Ac est le plus élevé,
puis elle est ralentie par la diminution de la valeur du paramètre Ac. Le phénomène est
néanmoins plus compliqué dans la mesure où la carbonatation réduit la porosité et la
quantité de Portlandite. Elle dégage aussi de l’eau qui modifie le degré de saturation. Ce
dernier peut d’ailleurs être affecté par l’humidité relative régnant dans l’enceinte de
carbonatation accélérée puisque les échantillons n’y sont pas en équilibre hydrique avec
l’ambiance, comme il a été souligné précédemment (§ 5.4.4).
Par ailleurs, les paramètres Ac des bétons de la conservation « Air » sont plus élevés que
ceux des bétons conservés sous l’eau et dont les profils sont plus rapprochés, tout comme
les profondeurs de carbonatation accélérée (Figure 4.20).
L’utilisation du modèle développé par Papadakis et al. a néanmoins une limite qui consiste
en le fait que la carbonatation ne peut avoir lieu lorsque le degré de saturation en eau
liquide est trop faible. Par conséquent, un Ac élevé à la peau du béton ne signifie pas
nécessairement un risque plus élevé de carbonatation.
134
Figure 5.20 : Profils du paramètre « Ac » — Conservation « Air ».
5.7. Conclusions
Ces simulations numériques du couplage hydratation/séchage ont été menée dans le but
de mettre en évidence l’effet du séchage à l’air libre et/ou en étuve sur les propriétés
contrôlant la cinétique de carbonatation accélérée des bétons étudiés, que sont la porosité,
la quantité de Portlandite et le degré de saturation en eau liquide, et ce en vue de
compléter l’analyse des résultats de l’essai accéléré.
À l’issue de ce travail, il est possible de conclure que les propriétés des bétons testés à la
carbonatation accélérée ne sont pas uniformes dans les échantillons sujets au séchage (à
l’air libre et/ou en étuve) préalable à leur mise en enceinte. En effet, comme le séchage à
l’air libre s’opère de la peau des échantillons vers le cœur, le degré d’hydratation a été
moins élevé près de la peau. Par conséquent, la porosité a été plus élevée et la quantité de
Portlandite moins importante à la surface qu’au cœur. La teneur en eau dans les
échantillons est aussi affectée par le séchage à l’air libre et par l’étuvage (uniquement par
135
l’étuvage dans le cas des bétons conservés 27 jours sous l’eau). Ainsi, au cœur des
échantillons, la teneur en eau a été plus élevée qu’à la surface directement exposée au
séchage. Le préconditionnement auquel sont soumis les échantillons n’établit donc pas un
équilibre hydrique entre les pores des bétons et l’ambiance de l’enceinte de carbonatation
accélérée. Ce qui remet en cause la pertinence de ce protocole.
Quel que soit le type d’addition minérale, la cinétique de séchage est d’autant plus
importante que le taux de substitution du ciment est plus élevé.
L’effet bénéfique de la conservation sous l’eau des échantillons de béton apparaît sur leurs
profils de teneur en eau et de porosité. Ainsi, ce mode de conservation a conduit à des
bétons moins poreux et ayant des teneurs en eau plus élevées que celles des échantillons
exposés au séchage à l’air libre.
L’influence simultanée des profils de porosité, de quantité de Portlandite et de degré de
saturation en eau liquide sur la carbonatation accélérée a été prise en compte par un
modèle simple de carbonatation à travers un paramètre cinétique noté Ac. Ce dernier, s’est
montré plus élevé près de la peau qu’au cœur des échantillons. Ce qui pourrait constituer
une explication de l’allure des cinétiques de carbonatation accélérée en fonction de la
durée que passent les échantillons dans l’enceinte. L’utilisation du modèle étudié est
toutefois limitée dans la mesure où la carbonatation ne peut avoir lieu lorsque le degré de
saturation en eau liquide est trop faible. Un Ac élevé à la peau du béton ne signifie donc
pas forcément un risque plus élevé de carbonatation.
136
Conclusions générales et perspectives
À l’instar de tous les produits, procédés et matériaux, le béton doit faire l’objet d’une
optimisation quant à l’impact environnemental de sa fabrication et de son utilisation. De
ce point de vue, la première démarche consiste à optimiser les procédés d’obtention de
ses différents constituants. Parmi ceux-ci, la fabrication du ciment se trouve être la
première source générant des rejets ayant un impact sur l’environnement, notamment
celui du dioxyde de carbone comme gaz à effet de serre. Ainsi, l’optimisation peut être
menée en réduisant la quantité de ciment dans le béton. Une partie du ciment est alors
remplacée par des additions minérales durant le malaxage, pour obtenir des bétons qu’il
est possible de qualifier comme ayant un faible impact environnemental. Ces bétons sont
nommés « Écobétons » dans ces travaux.
Ces travaux de thèse ont été menés dans le but d’étudier les phénomènes physico-
chimiques ayant lieu lors du processus de carbonatation de bétons à forts taux de
remplacement du ciment par des additions minérales et d’évaluer le comportement vis-à-
vis de la carbonatation de ces bétons à faible impact environnemental.
Une campagne expérimentale a été menée sur des compositions de béton, dites de
« référence », préparées à base de ciments courants, conformément aux prescriptions de la
norme NF EN 206-1, et sur d’autres compositions d’Écobétons, préparées en substituant
une partie du ciment par des cendres volantes ou du laitier de haut-fourneau. Les
compositions des Écobétons ont été optimisées pour obtenir au moins les mêmes
performances mécaniques à court et à moyen terme que celles d’un béton avec un dosage
en ciment conforme aux prescriptions de la norme. Une étude a été réalisée sur la
durabilité des Écobétons, vis-à-vis de la carbonatation et sur l’équivalence des performances
des Écobétons avec celles des bétons de référence.
Une étude des paramètres contrôlant la cinétique de carbonatation des bétons a ensuite
été menée, puis la carbonatation proprement dite a été étudiée en conditions aussi bien
accélérées que naturelles.
Les principales conclusions de la campagne expérimentale sont les suivantes :
– En termes de porosités accessibles à l’eau et au mercure, de teneur en Portlandite, et
de carbonatation, les Écobétons ont une durabilité potentielle équivalente voire
137
meilleure que celle des bétons de référence aux ciments avec ajouts ;
– La conservation dans l’eau des bétons réduit (résultat de prosimétries à l’eau) et affine
(résultat de prosimétries à mercure) leur porosité, et augmente leur résistance à la
carbonatation. Cet effet positif est néanmoins plus marqué pour les compositions au
laitier de haut-fourneau. Les Écobétons au laitier sont d’ailleurs aussi résistants à la
carbonatation accélérée que le béton de référence au seul ciment Portland. La cure
dans l’eau est donc conseillée pour ce type de béton ;
– D’après la comparaison entre les résultats de carbonatation accélérée et ceux des
carbonatations naturelles en laboratoire et in situ, obtenus à 2 ans, il est possible de
conclure que l’essai accéléré, réalisé conformément à la norme française XP P 18-458,
ne peut que renseigner sur les grandes tendances observées en conditions plus
réalistes, notamment in situ. Il permet néanmoins de distinguer les compositions de
béton les plus sensibles à la carbonatation dans la gamme générale des bétons
courants ;
– Le comportement vis-à-vis de la carbonatation accélérée ne peut être déduit de
simples paramètres que sont la porosité totale, la quantité de Portlandite ou le degré de
saturation en eau liquide : ces indicateurs ne sont pas assez « sensibles » pour décrire la
résistance des bétons à la carbonatation, notamment en valeurs moyennes dans
l’échantillon ;
– La prise en compte de la porosité totale, de la quantité de Portlandite et du degré de
saturation en eau liquide dans un modèle simplifié de carbonatation (tel que celui
développé par Papadakis et al. [Papadakis et al., 1989]) fournit un indicateur assez
pertinent de la cinétique de carbonatation accélérée des bétons étudiés.
En complément à l’étude expérimentale, des simulations numériques du couplage
hydratation/séchage ont été menées en vue de déterminer l’effet du séchage à l’air libre
et/ou en étuve sur les propriétés contrôlant la cinétique de carbonatation accélérée des
bétons étudiés, que sont la porosité, la quantité de Portlandite et le degré de saturation en
eau liquide, et ce pour mieux analyser les résultats de l’essai accéléré.
Les principales conclusions tirées des simulations numériques sont les suivantes :
– D’après les simulations de l’interaction hydratation/séchage, la cinétique de ce dernier
est d’autant plus élevée que le taux de substitution du ciment par des additions
minérales est plus important, notamment dans le cas des bétons au laitier de haut-
fourneau. Cela est dû, d’une part, à leurs forts coefficients de diffusion de l’humidité,
et d’autre part, à leurs faibles vitesses d’hydratation. De nouveau, une cure sous eau
138
prolongée apparait comme nécessaire pour ce type de béton ;
– Le préconditionnement des échantillons de béton, préconisé par la norme française
XP P 18-458 sur la carbonatation accélérée, n’établit pas un équilibre hydrique entre
les pores des bétons et l’ambiance de l’enceinte de carbonatation accélérée. Ce
déséquilibre pourrait constituer une explication des cinétiques de carbonatation
accélérée avec un ralentissement après quelques jours en enceinte. Par ailleurs, un
séchage important de la peau des échantillons conduit à de faibles degrés de saturation
en eau liquide. Cela risque a priori d’empêcher la réaction de carbonatation dans cette
zone, malgré la diffusion du CO2 dans le réseau poral.
Au vu des résultats expérimentaux, il est possible d’affirmer que les Écobétons à forts taux
de substitution du ciment par des cendres volantes (50 %) ou du laitier de haut-fourneau
(75 %) sont en mesure de remplacer, dans certains cas, les bétons usuels. Des études sur
site sont cependant nécessaires afin d’asseoir les résultats des essais de laboratoire. Ces
derniers pourraient d’ailleurs être étendus à d’autres indicateurs de durabilité et essais de
performance, comme la perméabilité au gaz ou le coefficient de diffusion des ions
chlorure.
La pertinence de l’essai de carbonatation accélérée réalisé selon la norme française
XP P18-458 pourrait être davantage analysée en étudiant les cinétiques de carbonatation
des bétons dans les premiers jours suivant leur mise en enceinte. Aussi, les
préconditionnements auxquels sont soumis les échantillons ainsi que les conditions, en
humidité relative et en concentration en CO2, régnant dans l’enceinte pourraient être
réadaptées pour obtenir des résultats qui corréleraient le mieux avec ceux obtenus en
conditions plus réalistes (in situ).
Pour des raisons de commodité, les mesures d’isotherme de désorption de vapeur d’eau
ainsi que les quantifications des teneurs en Portlandite par ATG ont été réalisées sur des
pâtes de ciment correspondant aux bétons étudiés. Des essais sur bétons fourniraient ainsi
des résultats plus réalistes, même si les essais requièrent des temps particulièrement longs.
L’effet du séchage à l’air libre et/ou en étuve sur les propriétés des bétons testés à la
carbonatation accélérée pourraient être aisément mis en évidence expérimentalement, et
ce à l’aide de capteurs hygrométriques disposés à différentes distances du cœur des
échantillons.
Sachant que les cinétiques de carbonatation des bétons étudiés ont été quantifiées par la
détection d’une limite en deçà de laquelle le pH avoisine 9, correspondant à la zone de
virage coloré de la phénolphtaléine, les pH initiaux des Écobétons restent cependant
inconnus. Il serait alors intéressant de quantifier expérimentalement ces pH, dont les
139
valeurs régissent les cinétiques d’initiation de la corrosion des aciers du béton armé ou
précontraint.
Une étude des conséquences de la carbonatation sur les propriétés et performances des
Écobétons apporterait davantage de renseignements sur leur comportement vis-à-vis de ce
type d’agression.
Une modélisation de l’interaction hydratation/séchage/carbonatation permettrait de
prédire le comportement des bétons à long terme. Une validation expérimentale pourrait
être faite à partir des résultats des campagnes de carbonatation naturelle, toujours en
cours. Afin d’être pertinente, cette démarche de modélisation doit prendre en compte
l’hétérogénéité du matériau béton et la complexité de la géométrie de son réseau poral.
Car il est bien évident que les réactions chimiques de carbonatation se produisent dans la
phase liquide de la solution interstitielle avec un apport de CO2 bien plus aisé en phase
gazeuse du réseau poral. C’est pourquoi, la distribution de la taille de pores et son
éventuelle évolution depuis la peau du béton vers le cœur est un paramètre de premier
ordre, comme l’est la distribution du degré de saturation en eau liquide (ou teneur en eau),
c’est-à-dire son profil à travers le matériau.
Il est à rappeler que cet aspect représente l’un des points faibles du code de calcul utilisé
pour les simulations du couplage hydratation/séchage.
Ces voies proposées doivent permettre de mieux appréhender le comportement vis-à-vis
d’attaques chimiques, autrement dit, lié à la durabilité de matériaux dont l’utilisation ne
peut que prendre de l’ampleur au regard des exigences environnementales qui ne feront
que s’accroitre dans l’avenir.
140
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accélérée - Mesure de l’épaisseur de béton carbonaté, novembre 2008.
159
Annexes
161
Annexe A.2 : Fiche technique du ciment CEM II/B-V 32,5 R.
162
Annexe A.3 : Fiche technique du ciment CEM III/C 32,5 N.
163
Annexe A.4 : Fiche technique du sable 0/4.
164
Annexe A.5 : Fiche technique du gravillon 6,3/10.
165
Annexe A.6 : Fiche technique du gravillon 10/14.
166
Annexe A.7 : Fiche technique de la cendre volante.
167
Annexe A.8 : Fiche technique du laitier de haut-fourneau.
168
Annexe A.9 : Fiche technique du superplastifiant.
169
Annexe A.10 : Fiche technique de l’entraîneur d’air.
170
B. Isothermes de désorption des bétons calculées
par le modèle de Roelfstra modifié
Dans le modèle de Roelfstra modifié [MLS, 2003], les courbes de teneur en eau en
fonction de l’humidité relative sont définies par trois segments de droite (Figure B.1).
L’humidité relative HRt ainsi que les teneurs en eau W1, W2 et W3 sont calculées de la
manière suivante :
(B.1)
(B.2)
(B.3)
(B.4)
où :
(B.5)
(B.6)
171
(B.7)
(B.8)
avec : α [-] est le degré d’hydratation ; Kl, L et E [kg/m3] sont respectivement les dosages
en clinker, en laitier de haut-fourneau et en eau ; T [°C] est la température ambiante.
Figure B.2 : Isothermes de désorption des bétons obtenues par le modèle de Roelfstra modifié comparées
aux isothermes obtenues expérimentalement.
172
C. Calage du coefficient de diffusion de l’humidité
173
Figure C.1 : Comparaisons des résultats de simulation aux résultats expérimentaux des pertes de masse
des échantillons de béton dues à leur séchage — Conservation « Air » à gauche et cure « Eau » à droite.
174
Carbonatation de bétons à forts taux de substitution du ciment par des
additions minérales
Résumé :
Le ciment est la source principale des impacts environnementaux du matériau béton. Afin que ce dernier soit
optimisé d’un point de vue environnemental, il est nécessaire de réduire sa quantité de ciment. Cela peut être
entrepris en remplaçant une partie du ciment par des additions minérales lors du malaxage du béton. Ces travaux de
thèse visent, d’une part, à étudier les phénomènes physico-chimiques ayant lieu lors du processus de carbonatation
de bétons à forts taux de remplacement du ciment par des additions minérales, et d’autre part, à évaluer leur
comportement vis-à-vis de la carbonatation. Une campagne expérimentale est menée sur des bétons de référence
préparés à base de ciments courants, et sur des Écobétons préparés en substituant une partie du ciment par des
cendres volantes ou du laitier de haut-fourneau. Les différentes études menées portent sur la durabilité des
Écobétons vis-à-vis de la carbonatation, sur l’équivalence de performances des Écobétons avec celles des bétons de
référence, et sur les paramètres contrôlant la cinétique de carbonatation. La carbonatation est étudiée en conditions
accélérées et naturelles. Les résultats montrent que les Écobétons à forts taux de substitution du ciment par des
cendres (50 %) ou du laitier (75 %) pourraient remplacer, dans certains cas, les bétons usuels. En complément à
l’étude expérimentale, des simulations numériques du couplage hydratation/séchage sont menées en vue de
déterminer l’effet du séchage sur les propriétés contrôlant la cinétique de carbonatation accélérée des bétons étudiés.
Les propriétés sont la porosité, la quantité de Portlandite et le degré de saturation en eau liquide. Les résultats
montrent que la cinétique de séchage augmente avec le taux de substitution du ciment par des additions. Ils montrent
aussi que le préconditionnement des échantillons selon la norme française XP P 18-458 n’établit pas un équilibre
hydrique entre les bétons et l’ambiance de l’enceinte de carbonatation accélérée.
Mots clés : Carbonatation, indicateurs de durabilité, équivalence de performances, bétons à faible bilan carbone,
additions minérales, cendres volantes, laitier de haut-fourneau, ciments avec ajouts, microstructure, hydratation,
séchage.
Cement is the main source of environmental impacts of concrete use. It is thus recognized that the most pragmatic
solution for minimizing environmental impacts of concrete is the reduction of the cement content. This could be
achieved by replacing a part of cement by mineral additions such as fly ash or blast-furnace slag during concrete
mixing. The present work aims at studying the physico-chemical phenomena occurring during the process of
carbonation of concrete mixtures with high substitution rates of cement by mineral additions and their resistance
against this type of attack. An experimental campaign was conducted on reference concrete mixtures prepared with
common cements and on other concrete mixtures, called “Écobétons” (Green concretes), prepared by replacing a
part of cement by fly ash or blast-furnace slag. The study focused on the Écobétons durability, especially their
resistance against carbonation, on the equivalence of Écobétons performances with the reference mixtures
performances and on the composition and microstructure parameters controlling the kinetics of carbonation.
Carbonation has been studied in natural and accelerated conditions. The results show that Écobétons mixtures with
high substitution rates of cement by fly ash (50 %) and blast-furnace slag (75 %) could replace, in some cases,
concretes that are in accordance with the current standard. In addition to the experimental study, numerical
simulations of the coupling between hydration and drying were conducted in order to determine the effect of drying
on the properties controlling the accelerated carbonation kinetics of the studied concrete mixtures (porosity,
Portlandite content and water saturation degree). The results show that the kinetics of drying increases with the
degree of substitution of cement by mineral additions. They also question the relevance of the preconditioning of the
samples during accelerated carbonation test conducted according to the French standard XP P 18-458.
Keywords: Low-carbon concretes, fly ash, blast-furnace slag, durability indicators, carbonation, microstructure,
hydration, drying, equivalent performance.