Article Sory
Article Sory
Résumé
L’information sanitaire est un des six piliers du système de santé. Elle est nécessaire surtout pour la plani-
fication sanitaire et la prise de décision dans le secteur de la santé. Mais face au constat d’insuffisance de
la qualité des données, de l’utilisation de l’information et du processus des Systèmes d’Information Hospitalier
(SIH) des pays du sud notamment au Burkina Faso, notre étude se propose d’apporter une contribution par
une évaluation de la performance du SIH dans un hôpital de troisième niveau en utilisant le cadre concep-
tuel de Performance of Routine Information System Management (PRISM). Celui-ci apprécie le SIH à partir
de sa performance en s’appuyant sur la qualité des données et l’utilisation de l’information. Notre popula-
tion d’étude était constituée par l’ensemble des unités de soins et le service de planification et de l’infor-
mation hospitalière. A l’intérieur de chaque service, les collecteurs, les utilisateurs, les gestionnaires de don-
nées ont été enquêtés ainsi que les décideurs au niveau de la direction de l’hôpital. Ce sont les acteurs essen-
tiels impliqués dans la gestion du SIH au niveau des différentes unités de soins des services cliniques et du
service en charge de l’information hospitalière de la direction générale du Centre Hospitalier Yalgado
Ouedraogo (CHU-YO). Il s’est agi d’une enquête transversale avec un devis mixte séquentiel explicatif (une
approche quantitative suivi d’une approche qualitative) qui a consisté en une évaluation de la qualité des
données, de l’utilisation de l’information, de la promotion de la culture de l’information, du processus et
des déterminants techniques au CHU-YO. Le PRISM nous a servi de cadre conceptuel de cette évaluation.
L’ensemble des unités de soins (US) ainsi que le service de planification et de l’information hospitalière
(SPIH) ont été enquêtés. Tous les Surveillants d’Unité de Soins (SUS) chargés de la collecte et 90,77 %
(n = 65) des utilisateurs de données (chef de service et SUS) au sein des US de services cliniques et les
gestionnaires au niveau du SPIH ont été interrogés. Les entretiens semi-directifs ont été réalisés avec 8 déci-
deurs du CHU-YO au niveau de la direction générale. La qualité des données : la complétude des rapports
mensuels (77 %), la promptitude dans la transmission à temps de ces rapports (53,7 %) et l’indice de précision
des données (22,4 %) étaient faibles au niveau des US des services cliniques. L’utilisation de l’informa-
tion pour la prise de décision et le plaidoyer ainsi que la promotion de la culture de l’information étaient
également à des niveaux bas avec respectivement 11 % de taux moyen d’utilisation de l’information et
17,5 % pour la promotion de la culture d’utilisation de l’information. En outre l’analyse du processus et
des déterminants techniques du SIH ont montré qu’en dehors de la disponibilité des registres et de la faci-
lité d’utilisation des formulaires des rapports mensuels, les autres composantes étaient inexistantes (0,0
%). L’évaluation a montré que le système information hospitalier actuellement en place au CHU-YO pré-
sente une faible performance dans ces différentes dimensions. Par conséquent, il devra être renforcé à
partir d’actions à même d’améliorer sa performance.
Mots-clés : information hospitalière, qualité, PRISM, Burkina Faso.
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Evaluation of the performance of the Hospital Information System
in Yalgado Ouédraogo university teaching hospital, Ouagadougou,
Burkina Faso
Abstract
Health information is one of the six pillars of the health system. It is key in planning and deci-
sion-making in the health sector. However, having noted the lack of data quality, low use of the
information and the Hospital Information System (HIS) in low-income countries including Burkina
Faso, our study aim to contribute through an evaluation of the performance of HIS in a tertiary
hospital using PRISM framework. This approaches the HIS from its performance, based on data
quality and use of information. The study population was the care units, and planning and hospital
information services. Within each service, data collectors, users and managers as well as deci-
sion makers at the head of the hospital administration were surveyed. These are key stakeholders
involved in the management of HIS in the different clinical care units and in the service in charge
of the information system at the teaching hospital directorate. It was a cross-sectional study with
a mixed sequential and explanatory design (a quantitative followed by a qualitative approach)
which evaluated the quality of data, the use of information, the promotion of the culture of infor-
mation utilization, the process and technical determinants in the hospital using the PRISM fra-
mework. All the units and services were successfully surveyed. All care units supervisors in charge
of data collection, as well as 90.77 % (n=65) of data users (supervisors and head of service) in
clinical care units and managers at hospital information service were interviewed. Semi-structured
interviews were conducted with eight decision-makers in the hospital at the directorate. Data
quality assessment revealed 77% of completeness of monthly reports, 53.7% of timeliness of trans-
mission of reports and 22.4% as data accuracy index. This was very low in clinical services.
Utilization of information for decision making and advocacy as well as promoting the culture of
utilization of information were also at low level: 11% of mean utilization rate and 17.5% for the
promotion of the culture of utilization of information. In addition, the analysis of the process and
technical determinants of the HIS has shown that beside registries availability and ease of use of
the monthly reports templates, all the other components were null (0.0%). The assessment showed
that the HIS in place at Yalgado Ouedraogo was very weak in all its dimensions. Consequently,
le HIS should be strengthened through actions able to improve its performance.
Keywords: Hospital information, quality, PRISM, Burkina Faso.
Matériels et méthodes
Cadre de l’étude
Le Centre Hospitalier Universitaire Yalgado OUEDRAOGO (CHU-YO) a été créé en 1956, et
rendu fonctionnel depuis 1961. Il se situe au troisième niveau dans le système des soins de santé
du Burkina Faso. Il a une capacité de 716 lits avec un taux d’occupation des lits de 56 % selon
l’annuaire statistique du CHU-YO de 2013 [14]. Outre sa mission de soins, il a pour vocation de
développer la recherche et d’être un cadre privilégié pour la formation et l’encadrement des pro-
fessionnels de santé.
Population d’étude
La population de notre étude a été constituée par l’ensemble des unités de soins cliniques et le
service de planification et de l’information hospitalière.
Concernant le volet qualitatif, nous avons effectué un recensement et interviewé tous les chefs
de départements, les directeurs des services et le DG de l’hôpital en tant qu’informateurs clés et
décideurs.
A propos de la qualité des données, nous avons extrait les données des rapports mensuels de toutes
les unités. Concernant l’utilisation de l’information hospitalière, tous les 4 chefs de département
clinique, les 20 chefs de service clinique et les 41 surveillants d’unité de soins soit 65 personnes
au total ont été incluses dans notre étude.
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Organisation du SIH
Le SIH est organisé comme suit : d’abord la production des données est assurée par les médecins
avec la participation des médecins en spécialisation et des étudiants en septième année de méde-
cine à partir des consultations journalières et des hospitalisations. Ensuite, les surveillants d’unité
de soins (SUS), qui collectent les données à partir des dossiers médicaux des patients ou des registres
de consultation médicale de façon mensuelle. Le rapport mensuel de collecte du SUS est validé
par le chef du service et transmis au service de planification et de l’information hospitalière (SPIH).
Enfin, celui-ci est chargé de la saisie, du traitement et de l’analyse aboutissant à la production du
rapport trimestriel et de l’annuaire statistique du CHU-YO qui sont soumis au chef du départe-
ment de santé publique puis au Directeur Général. La transmission mensuelle par le SPIH des don-
nées au niveau central (direction régionale de la santé du centre et direction générale des études
et des statistiques sanitaires à travers le logiciel Endos-BF) n’existe pas au niveau du CHU-YO
(SPIH et US). Le SPIH est obligé d’être présent lors de compilation des données pour la produc-
tion de l’annuaire statistique du ministère de la santé afin de compléter les données provenant du
CHU-YO.
Le directeur général, les directeurs de services et les chefs de départements cliniques sont chargés
d’administrer le CHU-YO dans le sens de prise de décision pour donner les directives par rap-
port à la vision du SIH à partir de l’annuaire statistiques de l’hôpital et des rapports annuels des
services.
En outre, il existe un service informatique rattaché à la direction générale du CHU-YO chargé de
l’informatisation du dossier médical. Ce projet d’informatisation du dossier médical et d’inter-
connexion des services cliniques à travers un réseau local wifi n’est pas encore effectif.
Cadre d’analyse de l’évaluation
Le cadre conceptuel PRISM a permis d’abord d’évaluer les apports (les intrants) qui a consisté à
l’analyse des facteurs techniques. Ensuite, il nous a permis d’apporter un jugement de valeur sur
le processus du SIH du CHU-YO (la collecte des données, la transmission, l’exactitude, le traite-
ment, l’analyse, l’affichage des données et le retro-information). Enfin, il a servi à évaluer les pro-
duits ou extrants (la qualité des données et l’utilisation de l’information). A partir de ces deux pro-
duits, nous avons abouti au résultat du SIH du CHU-YO qui est la performance de celui-ci. Le
cadre conceptuel PRISM définit les différentes composantes du Système d'Information Sanitaire
de Routine (SISR) [13,15]. Il affirme également que la performance du SIH est le résultat de
bons processus de système d'information sanitaire de routine, et des déterminants à la fois orga-
nisationnels et comportementaux (figure 1).
Le PRISM ou cadre à trois points, est basé sur l’hypothèse que l'amélioration de la capacité d’un
système d’information sanitaire de routine (et ultérieurement sa performance) exige des inter-
ventions qui regroupent les déterminants environnementaux et comportementaux de la perfor-
mance ainsi que les déterminants techniques. Le concept du PRISM élargit ainsi l'analyse des sys-
tèmes d'informations sanitaires de routine pour y inclure le comportement des professionnels de
santé qui collectent et utilisent les données, et l’environnement dans lequel ces professionnels de
santé travaillent.
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Selon le cadre conceptuel PRISM, la qualité des données et l’utilisation de l’information sani-
taire sont les deux déterminants fondamentaux de la performance du système d’information de
routine. En effet, la qualité des données a été évaluée à travers l’exactitude, la complétude des rap-
ports mensuels et la promptitude dans la transmission à temps de ces rapports. L’utilisation de l’in-
formation est analysée à travers les rapports produits, la discussion sur le système d’information
au sein de l’US, la prise de décision, la référence pour action au niveau supérieur et le plaidoyer.
Puis s’ajoute l’analyse du processus et les déterminants techniques (complexité des formulaires,
information technologique et intégration).
Les informations du cadre conceptuel du PRISM sont collectées par des outils différents. L'outil
diagnostique (figure 1) évalue la performance du Système d'Information Sanitaire de Routine
(SISR), les processus du SISR, la supervision et les facteurs techniques.
Type d’étude et période de collecte des données
Nous avons évalué la performance du système d’information hospitalier du CHU-YO à travers
une enquête transversale descriptive avec un devis mixte séquentiel. La collecte des données quan-
titatives et qualitatives s’est déroulée du 1er avril au 04 mai 2015.
Techniques et outils de collecte des données
La collecte des données quantitatives a été faite à l’aide d’un questionnaire fermé par entretien
au niveau des différentes unités de soins des services des quatre départements cliniques et au SPIH.
Deux types de questionnaire ont été développés à cet effet : un questionnaire sur la qualité des don-
nées et un autre sur l’utilisation de l’information. Nous avons aussi utilisé l’observation pour
vérifier la présence de copies des rapports mensuels au niveau des unités de soins et au SPIH du
CHU-YO d’une part, et de constater que celles-ci sont en bon état d’autre part.
La collecte des données qualitatives a été faite à travers des entretiens semi-structurés réalisés avec
le Directeur général, les directeurs de services et les chefs des départements du CHU-YO. Ces
entretiens ont porté sur la qualité des données, l’utilisation de l’information et les déterminants qui
influencent le processus de la performance du SIH du CHU-YO.
Indicateurs de la qualité de données mesurés
La transmission des rapports mensuels nous a permis de calculer la complétude des rapports
mensuels qui est mesurée au sens d’apprécier l’exhaustivité des rapports transmis au SPIH à partir
des unités de soins et se définit comme la proportion des rapports transmis par rapport au nombre
de rapports mensuels attendus.
La promptitude se définit comme la proportion des rapports transmis à temps par rapport au nombre
de rapports attendus.
Concernant l’exactitude, il s’est agi de retenir une pathologie par unité de soins pour sa mesure.
Au niveau des unités de soins, il s’est agi de faire la compilation de ce qui est inscrit dans les
registres et comparer à ce qui est noté dans les rapports mensuels d’activités des unités de soins
ou dans la base de données de l’ordinateur au niveau du service de planification et de l’informa-
tion hospitalière. Pour cela deux mois (janvier et juillet 2014) ont été sélectionnés au hasard afin
de rechercher d’éventuels écarts entre certaines informations déclarées (rapports mensuels) et
des informations de référence (registre). Ainsi lorsque l’écart entre ce qui est écrit dans le registre
Résultats
L’ensemble des 41 unités de soins au niveau des services cliniques et le SPIH ont été enquêtés.
qualité de données au niveau des unités de soins de services.
Nous avons vérifié l’exactitude des données à travers le calcul de l’indice de précision des don-
nées. Celui-ci était de 22,4 %. La sous-estimation des données était de 44,9 % et la surestimation
des données était de 32,7 %. Au sujet de la fiabilité des données utilisées pour la prise de décision,
un responsable du CHU-YO affirmait que « …un jour mon SUS me disait que lorsqu’il compte
les données dans le registre à la fin du mois et s’il se lève à un moment donné ; à son retour s’il
se rappelle de la page tant mieux sinon il commence là où il veut, dans tous les cas on ne va rien
lui faire… », Chef de département.
Concernant la complétude des rapports, le nombre de rapports mensuels attendus annuellement
était de 492 soit 12 rapports par unités de soins. Le nombre de rapports mensuels réellement pro-
duits de mars 2014 à février 2015 a été de 379, soit une complétude de rapports mensuels de
77 %. Le tableau I résume les différents indicateurs mesurés au niveau des unités de soins.
Pour la promptitude dans la transmission des rapports mensuels, en vérifiant de visu les dates de
transmission des rapports mensuels des deux mois sélectionnés aléatoirement, nous a permis de
calculer la promptitude des rapports mensuels envoyés au service de planification et de l’infor-
mation hospitalière au niveau des unités de soins. Elle était de 53,7 %. Ainsi, un des décideurs
de l’hôpital a justifié cette faible promptitude dans la transmission des rapports mensuels en disant
que « les gens ont tendance à considérer le système d’information de l’hôpital comme quelque
chose de secondaire, à tel point que les SUS des services ont parfois tendance à banaliser la col-
lecte ».
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Utilisation de l’information hospitalière au niveau des unités de soins
Elle a été évaluée par la production de rapports (mensuels), la prise de décisions et de discus-
sions puis la promotion de l’utilisation de l'information à partir d’un effectif de 59 utilisateurs de
données au niveau des unités de soins des services cliniques. La figure 2 récapitule l’utilisation
de l’information au niveau des unités de soins.
Par rapport à la production de rapports, pour 50 utilisateurs de données, leurs unités de soins
compilent les données et pour 35 de ceux-ci, leurs unités de soins compilent les rapports mensuels
contenant les informations du SIH.
Le rapport mensuel est produit et confirmé auprès des unités de soins avec vérification visuelle.
Au sujet de la prise de décisions basées sur le SIH, pour 5 utilisateurs de données, le feedback men-
suel auprès des unités de soins sur les données envoyées au service en charge de l’information hos-
pitalière leur fournissait des recommandations pour entreprendre des actions.
Analysant les types de décisions sur la base des rapports mensuels des unités de soins, on notait
60 % des décisions qui préconisaient une allocation de plus de ressources matérielles et humaines
en comparant les performances. Puis, on avait 20 % des décisions qui recommandaient respecti-
vement d’abord le développement et la révision de politiques du SIH de l’hôpital en fonction du
type d’unité de soins, ensuite la mobilisation ou le transfert des ressources financières basé sur des
comparaisons des unités de soins et enfin l’appréciation et la reconnaissance des unités de soins.
Concernant les discussions au niveau des unités de soins de service clinique, pour 5 sur 59 utili-
sateurs de données, leurs unités de soins tiennent des réunions régulières pour passer en revue la
gestion du SIH. Parmi ceux-ci, trois utilisateurs et un utilisateur de données de ces unités de
soins ont tenu leur réunion de service respectivement selon une périodicité mensuelle et trimes-
trielle en 2014. Ainsi, la fréquence de ses réunions pendant les trois derniers mois précédant
notre enquête, pour deux utilisateurs et un utilisateur de données, la fréquence était respectivement
Pour la complétude des rapports mensuels, le service en charge de l’information hospitalière garde
les rapports mensuels envoyés par les unités de soins. Sur les 41 unités de soins supposées trans-
mettre des rapports mensuels, 33 unités de soins le font réellement. Pour le mois de janvier 2014,
33 rapports mensuels d’unités de soins ont été transmis et de même que pour le mois de juillet
2014, soit une complétude de rapports mensuels de 80 %.
La promptitude dans la réception des rapports mensuels des unités de soins par rapport à la
transmission était de 12,5 % en vérifiant de visu les dates de réceptions par rapport à la date-limite
d’envoi au service en charge de l’information hospitalière pour les mois de janvier et juillet 2014
sélectionnés aléatoirement.
Concernant l’exactitude des données, elle a été mesurée en comparant les données existant dans
les rapports mensuels adressés par les unités de soins à celles retrouvées dans la base de données
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à l’ordinateur au niveau du service en charge de l’information hospitalière. Elle était de 95 % pour
les deux mois sélectionnés.
Analyse du processus du SIH du CHU-YO
Au sujet de l’enregistrement, dans la plupart des unités de soins (93,1 %), un manuel de procédure
de gestion du SIH pour l’enregistrement des données n’a pas été trouvé. Ainsi, le rôle et les res-
ponsabilités des surveillants d’unité de soins dans l’enregistrement des données ne sont pas connus.
En effet, au cours des trois derniers mois précédent notre enquête, certaines unités de soins (14,6 %)
ont reçu une directive de leur hiérarchie relative à la collecte de données hospitalières. Malgré l’ab-
sence de documents indiquant le rôle des différents acteurs, la majorité (91,5 %) des unités de soins
tiennent des registres de consultation journalière et d’hospitalisation.
Ainsi, trente-cinq (35) unités de soins sur un total de 41 (soit 85,4 %) ont gardé une copie de rap-
port mensuel du SIH envoyée au service en charge de l’information hospitalière, et 91,83 % des
rapports mensuels gardés sur place y ont été retrouvés en vérifiant de visu (pour la comparaison
on devrait avoir 100 %).
Un manuel de procédure de gestion du SIH pour la transmission des données comme l’enregis-
trement des données n’a pas également été retrouvé. Néanmoins, il faut noter qu’en pratique, les
unités de soins ont jusqu’au 05 du mois suivant pour transmettre leur rapport au service en
charge de l’information hospitalière. Ainsi, 32 d’unités de soins ont transmis leur rapport mensuel
d’activités au service de l’information hospitalière avant le 05 et 5 unités de soins après cette date.
Pour 4 unités de soins aucune date limite n’est fixée.
En outre, à la question de savoir si au cours des trois derniers mois, une directive de la hiérarchie
a été adressée aux collecteurs de données relative à la date de soumission du rapport d’activités,
12,20 % ont respectivement répondu par l’affirmative. Au niveau des unités de soins, il est
admis que la transmission des rapports fait partie des tâches mais un peu plus des trois quarts assu-
rent une transmission régulière de ses rapports au niveau du service de l’information hospitalière.
Concernant le traitement des données, seul le SPIH dispose d’une base de données informatisée
pour la saisie et le traitement des données. Cette base lui permet de calculer les différents indica-
teurs hospitaliers. Mais celle-ci n’est pas sur la plateforme informatique du logiciel de gestion
(ENDOS-BF) du système national d’information sanitaire du pays.
Au niveau des unités de soins, seulement 6 unités de soins (14,6 %) disposent d’une base infor-
matisée pour la saisie et dans 5 unités de soins (12,2 %), la base permettait un traitement manuel.
La figure 3 résume les composantes d’analyse du processus du SIH du CHU-YO.
Pour l’analyse des données, il fait référence à la capacité à transformer une donnée en information
hospitalière. Dans les services cliniques, il n’y a pas d’analyse au niveau des unités de soins. Au
niveau du SPIH, l’analyse permet d’aboutir à la production de l’annuaire statistique du CHU-
YO. Elle permet de faire des comparaisons entre les services cliniques.
Les résultats de l’enquête montrent que l’analyse des données est corrélée avec le niveau de la
structure. En d’autres termes, les structures inférieures (unités de soins des services cliniques) ana-
lysent moins les données que les structures supérieures (SPIH).
Pour l’affichage des données, un certain nombre de variables ont été retenues. Il s’agit de don-
nées relatives à l’utilisation du service et la surveillance des maladies. Ni les unités de soins, ni
le SPIH ne pratique l’affichage des données par tableau, graphique ou par cartographie. Dans ce
sens, un responsable dit ceci : « les statistiques apparemment pour certaines personnes c’est
pour le décor alors que non, ce sont des outils de planification et de gestion, il faut amener les
gens à comprendre et à s’impliquer ».
Pour le contrôle de la qualité des données, il est assuré seulement par quatre unités de soins enquê-
tées. La plupart des unités de soins n’ont jamais bénéficié de supervisions. Dans la majorité des
unités de soins (38), il n’y a pas de discussions régulières pour passer en revue la gestion du SIH.
Concernant le feedback, seulement neuf unités de soins ont reçu un feedback de la hiérarchie au
cours des trois derniers mois sur ces performances suite au rapport mensuel produit. Aussi, 36
d’entre elles n’ont pas reçu d’objectif mensuel ou annuel basé sur l’information hospitalière pro-
venant de la hiérarchie. Cinq utilisateurs de données disent que le feedback mensuel sur les don-
nées leur fournit des recommandations pour entreprendre des actions.
Analyse des facteurs techniques
Au sujet des outils et procédures techniques de collecte, les producteurs de données ont apprécié
la complexité des formulaires, information technologique et intégration au sein des unités de soins.
Le Tableau II récapitule les facteurs techniques mesurés.
Au sujet d’un manuel de procédure de gestion du SIH, il est disponible pour 6,93 % de produc-
teurs et il est facile à utiliser pour 28,57 % d’entre eux.
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Tableau II : Facteurs techniques
Variables mesurées Unité de soins de SPIH (%)
service clinique (%)
Facteurs techniques 24,7 % 10 %
(N = 41) (N = 4)
Disponibilité de manuel de procédure de gestion du SIH 00 00
Disponibilité des registres 100
Facilité d’utilisation des formulaires de rapports mensuels 72,7
Existence d’un logiciel ENDOS-BF de gestion du SNIS au CHUYO 00 00
Existence d’un réseau WIFI 00 00
Absence d’ordinateur 00 25
Absence d’imprimante 00 25
Pour le formulaire de rapport mensuel, il existe pour 10,89 % et est compliqué à suivre pour
27,27 % d’entre eux.
Le logiciel ENDOS-BF de gestion du SNIS n’existe pas dans les unités de soins. Par contre, l’exis-
tence d’autres logiciels de gestion du SIH a été signalée au niveau des unités de soins pour 7,92 %
et est facile à utiliser pour 87,5 % d’entre eux. De même, au niveau du SPIH, il n’existe pas de
logiciel Endos-BF pour la saisie, le traitement et l’analyse permettant de mettre en réseau les
données du CHU-YO dans la plateforme informatique du SNIS avec les autres structures sani-
taires au niveau national du pays. A ce sujet, un chef de département a laissé entendre ceci :
« Pour la performance du SIH, l’informatique est le premier nœud, afin qu’on puisse mettre tout
le système en réseau pour qu’on n’ait pas besoin de se déplacer pour quoi que ce soit ».
Un réseau WIFI existe pour fournir un accès complet à l’information au CHU-YO pour 7,9 % et
un accès partiel à l’information pour 17,8 %. A ce sujet, un autre décideur d’ajouter « Dans
aucun service clinique vous ne verrez un ordinateur de bureau chez un chef de service, ni un chef
de département. Pourtant, quand vous prenez l’hôpital, même le plus petit agent d’un service admi-
nistratif a un ordinateur dans son bureau, a la connexion internet ».
Discussion
qualité de données au niveau des unités de soins
Nous avons trouvé une complétude moyenne des données et des rapports mensuels de 77 % pour
une norme nationale et internationale fixée à 100 %. Cela s’expliquerait par un manque de com-
pétence au niveau des ressources humaines pour exécuter les tâches de gestion du SIH au CHU-YO
au niveau des unités de soins. Dioma au Burkina Faso en 2012, dans une étude sur l’analyse des
outils de collectes de données réalisé au CHU-YO avait trouvé que le niveau de complétude des
items des registres de consultation journalière était inférieur à 50 % [17].
Cette différence pourrait s’expliquer par le fait que nous n’avons pas utilisé les mêmes outils
pour déterminer la complétude de données. Par contre, notre résultat était similaire à celui de
Dumont et al. en 2012 qui trouvaient 79 % au premier trimestre dans leur étude sur l’utilisation
des données recueillies en routine pour évaluer l’activité des maternités au Mali et au Sénégal [12].
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trouvait 61 % de promptitude. Cet écart pourrait s’expliquer par le contexte de notre évaluation
qui est que le SIH au CHU-YO bénéfice d’un faible appui de la part des premiers responsables
de l’hôpital d’une part et d’autre part le SIH du CHU-YO fonctionnerait en vase clos sans lien avec
le SNIS au niveau national du pays.
L’exactitude des données était de 95 %, ce qui est proche de la moyenne nationale et internatio-
nale qui est de 100 %. Ce résultat traduirait l’existence de compétence en ressource humaine au
niveau du SPIH de l’hôpital. Notre résultat est supérieur à celui de l’évaluation du SIG de la
Côte d’Ivoire et du Gabon qui notait respectivement 40 % et 55 % au niveau des hôpitaux de
districts et des centres hospitaliers régionaux [18,19].
Analyse du processus
Concernant l’enregistrement, plus de 8 unités de soins sur 10 gardent une copie sur place du rap-
port mensuel et environs 9 rapports mensuels sur 10 ont été retrouvés. Concernant la transmis-
sion de données, elle était de 78 %. Ce qui était inférieur à la norme nationale et internationale
qui est de 100 % [16].
Au sujet du traitement et d’analyse de données, une unité de soins sur 10 dispose d’une base de
données. La faiblesse de cet indicateur traduirait un déficit de l’utilisation de données produites
par les unités de soins dans leur activité de planification et d’actions de prise de décisions. Cette
situation pourrait s’expliquer également par une absence de compétence et de manque de res-
sources humaines mises à la disposition du SIH au CHU-YO pour la gestion de base de données.
Nos résultats diffèrent de ceux de l’évaluation du système d’information de gestion de la Côte
d’Ivoire qui trouvaient que le tiers des établissements sanitaires visités, analysaient les données.
Ces résultats trouveraient leur explication dans l’importance que les responsables accordent à l’uti-
lisation des données pour leurs activités de planification et de gestion des services cliniques.
De même, le bureau du service de planification et de l’information hospitalière dispose d'une base
de données à l'ordinateur pour la saisie et le traitement des données. Cette base de données leur
permet de calculer les indicateurs hospitaliers puis la production de l’annuaire statistique du CHU-
YO. Notre résultat est supérieur à celui de l’évaluation du SNIS du Gabon et de la Côte d’Ivoire
qui trouvait respectivement 90 % et 51 % au niveau des centres hospitaliers régionaux et des hôpi-
taux de districts disposaient d’une base de données.
Par rapport à l’affichage des informations dans les unités de soins des services cliniques, aucun
service ne fait cet exercice ni par tableau, ni par graphique encore moins par cartographie. Cette
absence d’affichage de l’information se traduirait par le manque de procédure standardisée (manuel
de procédure) sur l’utilisation de l’information du SIH au CHU-YO qui constitue un élément déter-
minant pour assurer une meilleure utilisation de l’information selon Dumont et al. dans leur article
sur l’utilisation des données recueillies en routine pour évaluer l’activité des maternités au Mali
et au Sénégal. Par conséquent, les unités de soins qui sont censés être la vitrine du CHU-YO en
montrant sa performance à travers son SIH ne jouent pas ce rôle fondamental. Alors que le score
global de l’affichage de l’information était de 49 % au cours de l’évaluation du système d’infor-
mation de gestion de la Côte d’Ivoire en 2008, il était nul au niveau du SPIH du CHU-YO. Notre
résultat est inférieur à celui de l’évaluation du SIG de la Côte d’Ivoire qui notifiait 81 % d’affi-
chage des données au niveau des hôpitaux de districts. Cette différence pourrait s’expliquer par
le peu d’importance que les acteurs impliqués dans la gestion accordent au SIH de l’hôpital.
Références bibliographiques
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