Exercices de physique générale I (2024) C. Galland, F. Mila, S.
Rusponi
Corrigé Série 06 : Forces de frottement
1 Voiture dans un virage incliné
a) Trois forces s’exercent sur la voiture (voir dessin) :
— le poids de la voiture m~g . êφ
~ perpendiculaire à la route.
— la force de soutien N ~
N
êr
— une force de frottement statique F~ , tangente à la route,
perpendiculaire à la vitesse et dirigée vers l’intérieur du F~
virage pour empêcher la voiture de déraper vers l’exté- θ m~g
rieur.
êθ
α
R
La contrainte est ici que la voiture reste sur la surface de la route, qui est la surface d’un cône de
révolution d’axe vertical, ouvert vers le haut, avec un demi-angle au sommet égal à θ = π/2 − α.
Cette contrainte s’exprime le plus naturellement dans un repère associé aux coordonnées sphériques,
avec l’origine au sommet du cône et ~ez vers le haut. La surface du cône est simplement décrite par la
condition "θ = constante = π/2 − α" (sans conditions sur r et φ).
b) Pour trouver la vitesse maximale que peut prendre la voiture, on utilise la deuxième loi de Newton
F~ + N
~ + m~g = m~a. (1)
L’accélération en coordonnées sphériques s’écrit :
~a = (r̈ − rθ̇2 − rφ̇2 sin2 θ)êr + (rθ̈ + 2ṙθ̇ − rφ̇2 sin θ cos θ)êθ + (rφ̈ sin θ + 2ṙφ̇ sin θ + 2rφ̇θ̇ cos θ)êφ (2)
Les contraintes sont : r = constante = R/ cos α, θ = constante = π/2 − α et φ̇ = constante = v/R
donc l’accélération devient :
R v2 2 R v2 v2
~a = − cos αê r − cos α sin αê θ = − (cos α êr + sin α êθ ) . (3)
cos α R2 cos α R2 R
(On voit que ce résultat ce retrouve facilement à partir de l’expression de l’accélération purement
centripète pour ce cas particulier du mouvement circulaire uniforme.)
On projette l’équation du mouvement (1) sur les axes
v2
sur êr : −mg sin α + Fr = −m cos α (4)
R
v2
sur êθ : +mg cos α + Nθ = −m sin α, (5)
R
où Fr = F~ · êr est la composante du vecteur F~ selon êr et Nθ = N
~ · êθ est la composante du vecteur
~
N selon êθ .
1
On peut réarranger les équations (4) et (5) pour trouver les expressions de Fr et Nθ :
2
v
Fr = −mg cos α − tan α , (6)
gR
v2
Nθ = −mg cos α 1 + tan α . (7)
gR
On constate que l’expression de Fr est négative si v 2 > gR tan α, ce qui correspond au cas où la
vitesse est suffisamment grande pour que la force de frottement soit dirigée comme sur le dessin. Nous
considérons cette condition satisfaite. L’expression de Nθ est, elle, toujours négative.
La condition pour que la voiture ne dérape pas vers l’extérieur est |Fr | ≤ µ|Nθ |, c’est-à-dire :
v2 v2
− tan α ≤ µ 1 + tan α , (8)
gR gR
d’où l’on tire :
v2
(1 − µ tan α) ≤ µ + tan α. (9)
gR
Deux cas doivent être considérés :
i) Si 1 − µ tan α ≤ 0, c’est-à-dire si tan α ≥ µ1 , alors la condition est automatiquement satisfaite.
Dans ce cas, la voiture ne peut pas déraper vers l’extérieur et la force de frottement ne peut jamais
atteindre sa valeur maximale, même si la vitesse tend vers l’infini.
ii ) Si 1 − µ tan α > 0, c’est-à-dire si tan α < µ1 , alors la condition devient
v2 µ + tan α
≤ . (10)
gR 1 − µ tan α
Soit finalement, r
µ + tan α
v ≤ gR (11)
1 − µ tan α
Une analyse dimensionnelle montre
q que le membre de droite a bien la dimension d’une vitesse.
1+tan(15π/180)
Application numérique : vmax = 10 × 300 1−1×tan(15π/180) ' 72 m/s ' 260 km/h.
2 Sport d’hiver
a) Comme dans l’exercice précédent, trois forces s’exercent sur la luge (voir dessin) :
— le poids m~g .
~ perpendiculaire à
— la force de soutien N
la pente.
— une force de frottement F~frot , tangente à
la pente, qui s’oppose au glissement de
la luge.
2
On utilise un repère cartésien fixe dans le référentiel avec l’axe x̂ parallèle à la pente, vers le bas, et
ẑ perpendiculaire à la pente, vers le haut. A l’équilibre, l’accélération et nulle ; on projette alors la
deuxième loi de Newton selon x̂ et ẑ pour trouver que :
sur ẑ : Nz − mg cos α = 0, (12)
sur x̂ : Fx + mg sin α = 0. (13)
où les composantes dans forces a priori inconnues sont Fx = F~frot · ~ex et Nz = N ~ · ~ez . La force de
frottement statique a pour norme maximale µs |Nz | = µs mg cos α (car cos α > 0 ici). On obtient donc
la condition de non glissement :
mg sin α ≤ µs mg cos α ⇒ tan α ≤ µs . (14)
b) Lorsque la luge glisse, l’expression de la force de frottement cinétique (opposée à la vitesse) est
connue : Fx = −µc mg cos α. L’équation du mouvement selon x̂ est alors :
h µc i
mẍ = mg sin α − mg cos α µc = mg sin α 1 − = A mg sin α. (15)
tan α
On intègre une fois par rapport au temps pour trouver la vitesse (avec vitesse initiale nulle) :
ẋ(t) = A g(sin α) t, (16)
et une deuxième fois pour obtenir la distance parcourue (avec la position initiale à l’origine du repère) :
1
x(t) = A g(sin α) t2 . (17)
2
On remarque que la vitesse augmente proportionnellement au temps, donc la vitesse maximale est
h0
atteinte au point le plus bas, c’est-à-dire après avoir parcouru une distance L = sin α
. Le point le plus
bas est atteint à l’instant s
2L
t= (18)
g sin α A
d’où
s
2h0 p
vmax = g sin α A = 2h0 gA (19)
g sin2 α A
c) Dans cette deuxième phase du mouvement la luge remonte la pente d’en face. On change donc
l’orientation de x, z pour suivre la pente qui remonte, et l’origine est désormais au point le plus bas
(où la vitesse et vmax ). L’équation du mouvement selon x̂ devient
h µc i
mẍ = −mg sin θ − mg cos θ µc = −mg sin θ 1 + = −B mg sin θ. (20)
tan θ
En integrant par rapport au temps on trouve la vitesse
ẋ(t) = −B g(sin θ) t + vmax . (21)
3
La luge s’arrête quand ẋ(t) = 0, c’est-à-dire quand
vmax
t= .
gB sin θ
La distance parcourue est alors
2 2
1 vmax vmax vmax
L = − gB sin θ + vmax = . (22)
2 gB sin θ gB sin θ 2gB sin θ
La hauteur recherchée est donc
2
vmax A
h = L sin θ = = h0 . (23)
2gB B
d) En l’absence de frottement, A = B = 1 ; donc on trouve h = h0 comme attendu.
3 La feuille d’exercices
a) On décrit la situation dans le référentiel de la table. On choisit un repère fixe avec l’axe x horizontal
dans la direction de la force exercée par l’étudiant et un axe y vertical vers le haut. Lorsque la force
F~etudiant est trop petite pour mettre la feuille en mouvement, les forces extérieures qui s’appliquent
sur le système ‘feuille+téléphone’ sont
— son poids (m + m0 )~g , où ~g = −gêy ,
— la force de soutien de la table N ~ = N êy où N = |N ~ | est la norme,
— la force horizontale F~etudiant = Fetudiant êx où Fetudiant = |Fetudiant
~ | est la norme,
— la force de frottement statique exercée par la table F~stat = −Fstat êx , horizontale et de direction
opposée à F~etudiant , où Fstat = |F~stat | est la norme.
Attention : nous faisons ici le choix de travailler avec les normes des vecteurs (N, Fetudiant , Fstat > 0)
et non leurs composantes, car nous connaissons les directions des forces a priori. Mais l’exercice peut
aussi se résoudre avec la méthode habituelle de projection des composantes. Il faut être attentif aux
signes des composantes lorsque l’on prend les valeurs absolues.
z
y
x ~
N
~g
m0 F~étudiant
F~stat m
(m + m0 )~g
Rappel : le système ‘feuille+téléphone’ est traité ici comme un point matériel et on ne considère donc
que les forces appliquées par l’extérieur du système sur ce ”point”. Les forces internes à ce point (par
exemple les forces de frottements entre la feuille et le téléphone) n’interviennent pas.
Le système est à l’équilibre, la deuxième loi de Newton s’écrit
~ + F~etudiant + F~stat = ~0.
(m + m0 )~g + N
4
En projection sur l’axe vertical y, on a N = (m + m0 )g.
En projection sur l’axe horizontal x, on a Fstat = Fetudiant , qui est vérifiée tant que la valeur maximale
max
de la norme de la force de frottement, Fstat ~ |, n’est pas atteinte. Donc, pour que le système
= µs |N
‘feuille+téléphone’ ne bouge pas :
|F~etudiant | < Fstat
max ~ | = µs (m + m0 )g.
= µs |N
Si |F~etudiant | est plus grand que cette valeur limite, le système feuille+téléphone se met en mouvement.
b) Lorsque la force |F~etudiant | est plus grande que la valeur limite µs (m+m0 )g, le système feuille+téléphone
se met en mouvement. Cependant si la force F~etudiant est trop faible pour que la feuille glisse sous le
téléphone, ce dernier reste sur la feuille en tout temps et on peut étudier le système ‘feuille+téléphone’
en mouvement. Lorsque le système ‘feuille+téléphone’ est en mouvement, la force de frottement
statique est remplacée par une force de frottement cinétique F~cin . Elle est exercée par la table et est
horizontale et de direction opposée à F~etudiant .
z
y
x ~
N
~g
m0 F~étudiant
F~cin m
(m + m0 )~g
Considérons maintenant les forces qui s’appliquent sur le téléphone :
— son poids m0~g ,
— la force de soutien exercée par la feuille N~ 0,
— la force de frottement exercée par la feuille F~stat
0
. Cette force est horizontale dans une direction qui
empêche le téléphone de glisser sur la feuille ; comme le téléphone pourrait glisser vers la gauche
(vers les x négatifs), la force de frottement statique est dirigée vers la droite (vers les x positifs).
z
y
x ~0
N
~g
m0 F~ 0 stat
m
m0~g
Considérons les projections selon x de la deuxième équation de Newton pour le téléphone, ainsi que
pour le système ‘feuille+téléphone’ (les projections selon y ne servent qu’à déterminer les valeurs de
~ et N
forces de soutien N ~ 0 et sont évidentes).
0
— Pour le téléphone : Fstat = m0 ẍ0 .
— Pour le système ‘feuille+téléphone’ : Fetudiant − Fcin = (m + m0 )ẍ.
Dans la situation où le téléphone ne bouge pas par rapport à la feuille, on a ẍ = ẍ0 . En combinant
les deux équations précédentes, on obtient
0
Fstat
Fetudiant = Fcin + (m + m0 ) . (24)
m0
5
0 max
0
Ceci est vrai tant que la force Fstat ne dépasse pas la valeur limite Fstat ~ 0 | = µ0 m0 g, faute de
= µ0s |N s
quoi le téléphone se mettra en mouvement par rapport à la feuille. La condition pour que la feuille
glisse sous le téléphone s’écrit donc
m + m0 0 0
Fetudiant > Fcin + µs m g
m0
= (µc + µ0s )(m + m0 )g,
où l’on a introduit Fcin = µc (m + m0 )g.
Cependant pour que la feuille glisse sous le téléphone, il faut également exiger que Fetudiant > µs (m +
m0 )g pour mettre en mouvement la feuille (résultat du point a)). Si ce n’est pas le cas, la condition
trouvée au point a) n’est pas satisfaite et tout restera immobile. Finalement, la condition pour que
la feuille glisse sous le téléphone est donc
Fetudiant > max [µs , (µc + µ0s )] (m + m0 )g. (25)
4 Champ de bosses
On choisit des axes x et z comme sur le dessin ci-dessous. On choisit l’origine du temps de telle sorte que
t = 0 quand x = 0.
x=0 x
z=0
a) On sait que la route a un profil sinusoïdal. La hauteur de la roue (coordonnée z) s’écrit donc :
h(x) = A sin(αx)
où A et α sont les paramètres du profil sinusoïdal.
D’après les données du problème, on peut écrire A = H2 et α = 2π
L
, et donc
H 2π
h(x) = sin x . (26)
2 L
La voiture a une vitesse horizontale constante vx . On peut donc écrire x(t) = vx t, l’équation horaire
de la roue devient :
H 2π
h(t) = sin vx t . (27)
2 L
6
b) Soit z(t), la hauteur de la voiture. L’équation du mouvement de la voiture est donnée par la deuxième
loi de Newton ΣF~ = P~ + F~r = m~a où P~ est le poids de la voiture et F~r la force de rappel du ressort.
En projection sur l’axe z, on a P = −mg et Fr = −k∆z où ∆z représente l’allongement du ressort
et peut s’écrire ∆z = z(t) − h(t) − l0 . Pour s’en convaincre, on peut se dire que z(t) représente la
position (verticale) de la voiture au cours du temps et h(t) la position (verticale) de la roue au cours
du temps. z(t) − h(t) est dès lors la distance voiture-roue, c’est-à-dire la longueur du ressort. Et donc
finalement z(t) − h(t) − l0 est la différence entre la longueur du ressort et sa longueur au repos. Cette
expression est donc bien l’allongement du ressort ∆z. Pour se convaincre du signe −, on peut faire
le raisonnement suivant : si z(t) − h(t) − l0 > 0, alors le ressort est étiré, il exerce une force vers
le bas. Le signe de cette force est négatif ce qui est cohérent car l’axe z est dirigé vers le haut. Si
z(t) − h(t) − l0 < 0 alors la force est dirigée vers le haut et son signe est positif.
En projection sur l’axe z, l’équation du mouvement s’écrit donc
H 2π
mz̈ = −mg − k [z − h(t) − l0 ] = −mg − kz + kl0 + k sin vx t . (28)
2 L
2πvx k
Si on pose ω = L
et ω02 = m
, on récrit cette équation :
H
z̈ + g + ω02 z − ω02 l0 = ω02 sin(ωt). (29)
2
c) On remarque que l’équation (29) peut se mettre sous la forme :
g H
2
z̈ + ω0 z + 2 − l0 = ω02 sin(ωt),
ω0 2
qui est presque l’équation demandée. Pour y arriver, il suffit de faire un changement de variable z → u
avec
g
u = z + 2 − l0 ,
ω0
ce qui donne z̈ = ü, et donc on obtient l’équation
H
ü + ω02 u = ω02 sin(ωt), (30)
2
qui a bien la forme demandée, si α0 = ω02 H2 .
d) Dans la donnée, on nous propose d’utiliser une solution de la forme
u(t) = ρ sin(ωt − ϕ) avec ϕ = 0. (31)
On la dérive deux fois et on l’introduit dans l’équation du mouvement (30), qui devient
H
−ρω 2 sin(ωt) + ω02 ρ sin(ωt) = ω02 sin(ωt).
2
En divisant par sin(ωt), on obtient :
H
(−ω 2 + ω02 )ρ = ω02 ,
2
et donc
7
H 1
ρ= .
2 1 − ω22
ω0
La grandeur ρ représente l’amplitude des oscillations verticales de la masse m. Dans le cas de notre
voiture, plus cette valeur sera petite, plus notre voiture sera confortable.
Il faut distinguer ici 3 cas différents :
q
k L
• La vitesse est telle que ω = ω0 , c’est-à-dire vx = m 2π
. Dans ce cas-là l’amplitude des oscillations
tendra vers l’infini (phénomèneq de résonance) et le véhicule sera très inconfortable.
k L
• La vitesse est plus petite que m 2π
. Dans ce cas, l’amplitude des oscillations sera finie, mais
ne pourra pas descendre en dessous d’une certaine limite. En effet, lorsque vx → 0 (c’est à dire
ω → 0), on a
H
umax → .
2
q
k L
• La vitesse est plus grande que m 2π
. Dans ce cas, plus la vitesse est grande, plus l’amplitude
sera petite. Dans le cas limite vx ou ω → ∞ on a umax → 0.
En conclusion, pour rouler avec le plus de confort possible sur une route bosselée, il faut rouler le
plus vite possible. Et lorsque cela n’est pas possible, il faut rouler avec une vitesse très faible. Mais
dans tous les cas éviter de rouler avec une vitesse proche de celle qui correspond à la résonance. Ce
phénomène est illustré dans le film Le salaire de la peur de Henri-Georges Clouzot avec Yves Montand
et Charles Vanel.