Sociologie Générale Cour L2
Sociologie Générale Cour L2
SOCIOLOGIE GENERALE
Selon quelle approche expliquer le réel ? Cette question a trouvé sa réponse dans la
production scientifique théorique.
Paradigme en sociologie :
Un paradigme est une représentation du monde, une manière de voir les choses, un
modèle cohérent de vision du monde qui repose sur une base définie. L’idée que la recherche
scientifique est ancrée dans un exemple que les chercheurs utilisent comme un modèle pour de
futures investigations. On a ainsi : le paradigme holiste, individualiste et constructiviste. Il y a
des courants théoriques qui correspondent à chacun des paradigmes. Par exemple, chez les
individualistes, on accorde la primauté de l’auteur sur la définition du phénomène social.
NB : c’est l’individualisme qui est la cause de la révolution française de 1789 ; donc les français
vont mettre sur place des théories basées non sur l’individualisme mais le holisme. Cette
doctrine refuse de partir de l’individu pour expliquer les phénomènes sociaux.
Objectifs du cours :
Amener l’étudiant à assimiler les paradigmes, les courants qui y correspondent, tout en
sachant en mesure :
PLAN DU COURS :
Introduction :
Question de sociologie :
Comment analyser les rapports entre le «social» et l’ «individuel», entre les structures et les
agents ? Il y a trois types de réponses classiques à cette question structurante qui renvoient à
trois types de paradigme.
NB : il n’y a pas d’entretien dans la sociologie holiste parce qu’elle est plus vouée aux
statistiques. De plus, pour cette sociologie, les normes sont données une fois pour toute et
s’imposent aux individus. Par contre, pour les individualistes, l’individu est un être doté de
raison, qui pense, réfléchi et agit. Donc il faut l’interroger pour comprendre ses actes. Ils pensent
qu’il faut quelque part transgresser les normes. Quant aux interactionnistes, il y a une situation
d’interaction et que celle-ci n’est pas forcément physique ou géographique mais elle peut aussi
être répartie dans le temps, dans l’espace entre nos appartenance collectives. Ils étudient les
rapports que les individus entretiennent entre eux dans une configuration sociale.
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Le holisme est un courant de pensée qui part du tout social pour expliquer les comportements,
les choix, les décisions des individus. Selon les sociologues holistes, la société exerce des
contraintes sur les individus au cours du processus de socialisation pour les amener à
s’intégrer, à s’insérer dans le «tout social» et leur permettre de s’y épanouir. Ces contraintes
déterminent les rôles tenus par les individus au sein de la société.
«postule l’existence d’un ordre sous-jacent aux phénomènes, dont la mise en évidence est le
but de la connaissance sociologique. (…) les acteurs individuels intériorisent des modèles de
comportement et des schèmes d’action définis en dehors d’eux». BERTHELOT, p.90
C’est la société qui définit les modèles de comportement, les schèmes d’actions et c’est à
l’individu de les intérioriser.
Principes :
EMILE DURKHEIM :
Les faits sociaux sont des manières d’agir, de penser et de sentir qui s’imposent à
l’individu. Ils sont doués d’une puissance impérative et coercitive et s’imposent aux individus.
La cause déterminante d’un fait social doit être recherchée par rapport aux faits sociaux
Sociologie, Licence 2 5
antérieurs et parmi l’état de conscience individuelle. Les actes individuels sont expliqués par la
société et les normes sociales.
LEVI-STRAUSS :
Le structuralisme est une théorie selon laquelle l’être humain ne peut être appréhendé qu’à
travers un réseau de relations symboliques qui sont autant de structures auxquelles il participe
sans en être conscient.
Pour les individualistes, l’individu est un être libre, c’est un ACTEUR. Contrairement
aux holistes qui pensent que l’individu est juste un AGENT qui ne fait que suivre les normes
sociales.
Courants théoriques :
Selon WEBER :
La sociologie est une science qui va se focaliser sur l’action des individus. Le sociologue
doit donc chercher à comprendre les raisons qui ont poussé un individu à agir de telle ou telle
manière ainsi que les conséquences de son action.
La sociologie a pour objet d’étudier les actions : la sociologie se doit d’étudier l’action
sociale ou l’activité sociale, c’est-à-dire «une science qui se propose de comprendre par
interprétation l’activité sociale et par là d’expliquer causalement son déroulement et ses
effets».
Exemple : le signe de croix pour un catholique, l’habillement d’un talibé «baay faal».
3. L’action rationnelle «en valeur» : action fondée sur des valeurs et qui ne tient pas
compte des avantages ou inconvénients qu’elle peut procurer.
- Capitalisme :
L’organisation méthodique des facteurs de production dans le but de réaliser un profit au sein
d’une entreprise. Le capitalisme mène des actions rationnelles en finalité.
- Bureaucratie :
C’est une forme d’organisation qui repose sur une forme de domination légale rationnelle : un
individu obéit à un second car celui-ci a légalement le droit de lui donner un ordre.
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Weber observe que le capitalisme s’est développé en priorité dans les pays ou des régions
marquées par le protestantisme. Il se demande si l’éthique protestante ne serait pas un des
facteurs qui aurait favorisé le développement de l’esprit du capitalisme. L’éthique protestante
repose sur cinq doctrines que WEBER résume :
A adopter un comportement rationnel (ne pas perdre son temps à des activités futiles)
A travailler (dans une entreprise… mais pour la gloire de Dieu)
Et à préférer l’épargne à la consommation (car le plaisir est répréhensible).
Il y aurait donc une relation étroite entre l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme.
Weber pense ainsi avoir démontré non pas que le protestantisme est la cause du capitalisme
mais que l’éthique protestante a favorisé l’esprit du capitalisme qui est un des facteurs
explicatifs de son apparition.
Influences :
NB : BOUDON est d’accord avec WEBER sur la rationalité de l’individu. Mais il n’est pas
d’accord sur l’existence des quatre formes de rationalité. Il écarte toute forme de déterminisme
qu’a essayé de nuancer WEBER dans les deux formes de rationalité. Pour lui ; chaque fois
que l’individu fait quelque chose c’est parce qu’il a intérêt à le faire. Donc il nous parle
d’une rationalité basée sur l’INTERET. L’individu n’a pas de faible conscience à ce qu’il fait,
comme le pense Weber, mais il a de bonnes raisons à ce qu’il fait.
Selon BOUDON : «l’individu, et non le groupe, est l’atome logique». Il s’agit donc de
ramener les phénomènes macroscopiques (non-intentionnels) auxquels la sociologie s’intéresse
à leurs causes microscopiques (intentionnelles).
Conduit donc nécessairement à concevoir les acteurs sociaux comme autonomes par
rapport aux structures sociales. Cela ne signifie pas que toute influence de l’environnement
serait exclue.
L’homo sociologicus est doté d’une autonomie variable en fonction du contexte dans
lequel il se trouve. Il est soumis à des passions, à des intérêts qu’il cherche à satisfaire en
utilisant les moyens qui lui semblent les meilleurs. C’est un agent intentionnel et rationnel
capable de placer les données extérieures sous le contrôle de la conscience.
Les êtres humains, selon BOUDON, peuvent avoir des comportements surprenants. Ses
comportements répondent cependant à une rationalité. Les acteurs sociaux ont toujours de
bonne raison d’agir comme il faut. Cette rationalité est basée sur l’intérêt ou un but recherché.
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Les individus sont insérés dans un contexte social mais leurs comportements sont tous dotés de
finalité.
Pour saisir les logiques des comportements des individus, il faut accéder au
raisonnement. Expliquer le comportement rationnel d’un individu = mettre en évidence les
bonnes raisons qui l’ont poussé à adopter ce comportement.
L’école est neutre, les inégalités scolaires ne sont que le résultat des stratégies
individuelles qui est différent selon l’origine sociale. L’école est un ensemble de «points de
bifurcation». A chaque point de bifurcation, les stratégies individuelles varient.
Les familles comparent les couts et les bénéfices de leurs choix à chaque décision tant
que les couts sont «aux bénéfices», on continue les études. Les familles issues du milieu
modeste surestiment le cout et sous-estiment les bénéfices du diplôme alors que c’est le
contraire dans les familles privilégiées. Pour BOUDON, la meilleure lutte contre les inégalités
scolaires serait de lier la carrière scolaire aux résultats des élèves, les professeurs orientent les
élèves en fonction de leurs résultats.
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Individualisme méthodologique :
Les effets pervers sont des phénomènes qui résultent de la juxtaposition de comportements
individuels sans être inclus dans les objectifs recherchés par les acteurs.
Les embouteillages,
La dévalorisation des diplômes est la conséquence de la démocratisation de
l’enseignement et la surqualification des étudiants (effet pervers et ordre social),
Il y a une indétermination partielle du social dès lors que celui-ci est le résultat d’actions
individuelles libres.
Effets simples :
Ils résultent d’une addition des comportements individuels. C’est parce que tous les
entrepreneurs calvinistes se comportent de la même manière que le capitalisme nait et se
développe.
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Effets complexes :
La liberté des acteurs ne conduit pas nécessairement à leur collaboration. Leurs actions, au lieu
de se combiner, peuvent s’opposer et ainsi produire des effets qui leur échappent (effets
pervers).
Nb : il y a là une différence avec CROZIER qui pense que l’individu doit collaborer pour avoir
ce qu’il veut. Or, pour BOUDON, l’individu ne collabore pas, il a une liberté qui le lui permet.
Récapitulation :
CROZIER a une vision de la sociologie où l’acteur prend une place centrale, avec une
acception particulière (individu stratégique).
- l’individu est bien un ACTEUR,
- il évolue dans des CONTRAINTES,
- il a une MARGINALITE DE LIBERTE qu’il utilise de façon STRATEGIQUE dans
son interaction avec autrui,
- COLLABORATION afin d’arriver à obtenir ce qu’il veut.
Postulats de base :
conduites
existence acteurs ont la
sont
d'agents possibilité de
rationalité construites
libres ayant développer
par les
leurs limitée acteurs dans
leurs stratégies contingente un contexte
propres dans les
buts en vue de
systèmes
certains buts
Le comportement se construit dans des configurations qui vont se faire par des stratégies
lui permettant de contrôler une situation, une ressource etc.
Exemple du phénomène bureaucratique :
Selon CROZIER, la bureaucratisation contient elle-même les germes de son
dysfonctionnement.
- Les acteurs inclus dans une situation bureaucratique peuvent manquer d’efficacité à
cause des règles officielles,
- Celles-ci ne peuvent en effet prévoir toutes les situations,
- Dans ces conditions, cela permet à certains individus de prendre une parcelle de pouvoir
à coté de ce qui est prévu pour les règlements,
- Centralisation et multiplication des règles aboutissant à la constitution de «cercles
vicieux bureaucratiques» qui rigidifient l’organisation,
- La bureaucratie n’élimine pas le développement de relation de pouvoir parallèle, car le
principe structurant de l’organisation : les relations de pouvoir. Ces dernières reposent
sur la maitrise des zones d’incertitude.
Pour CROZIER, pour qu’il ait plus de productivité, l’individu ne doit pas suivre les
règles officielles de la bureaucratie mais seulement d’avoir une marge de liberté de pouvoir les
modifier et d’évoluer plus vite. Mais on ne peut pas gommer ces relations de pouvoir parce que
c’est le pouvoir qui fait vivre l’organisation. Les individus s’approprient les normes officielles
mais, de par leur stratégie, créent s’auto-organisent et évoluent de manière plus stratégique. Ils
Sociologie, Licence 2 17
créent des NORMES PRATIQUES qui vont devenir en quelque sorte de nouvelles règles
grâce à leur SAVOIR EXPERIENCIEL.
L’Acteur et le système :
Comment en fonction des conditions organisationnelles, les acteurs répondent aux
normes en adoptant des conduites qui leurs sont favorables (différence avec BOUDON). Dans
les conditions de l’action, l’individu ne peut pas trouver la «solution optimale» étant donné les
contraintes dans lesquels il agit : il doit se contenter d’une solution praticable, accessible,
possible. C’est donc la fin du «One best way» cher à l’organisation scientifique du travail de
TAYLOR, basé sur la prévisibilité.
Rationalité limitée et stratégie :
Pour CROOZIER, l’être humain est incapable d’optimiser t donc sa rationalité est limitée par
celle des autres. Par contre, pour BOUDON, comme que l’individu peut optimiser sa rationalité
est donc limitée par les effets pervers.
Rationalité limitée et stratégie (CROZIER)/ Rationalité limitée et effets pervers
(BOUDON) :
«L’être humain est incapable d’optimiser. Sa liberté et son information sont trop
limitées pour qu’il parvienne. Dans un contexte de rationalité limitée, il décide de façon
séquentielle et choisit pour chaque problème qu’il a à résoudre la première solution qui
correspond pour lui à un seuil minimal de satisfaction». (Crozier, Friedberg, 1977 : 46)
La décision rationnelle de l’acteur est «statisfactory (Crozier) and optimysing (Boudon)».
Le comportement de l’individu s’inscrit dans une stratégie relationnelle dont la rationalité
limitée se définit par rapport :
- Aux enjeux ou aux projets qui sont les siens,
- Par rapport aux règles du jeu et aux interactions,
- Enfin, par rapport aux atouts dont il dispose.
1. L’acteur n’a que rarement des objectifs clairs et des projets cohérents,
2. Son comportement est actif. C’est-à-dire que même contraint, il n’est pas totalement
limité,
3. Ce comportement a toujours un sens. Cette rationalité est liée, non à des objectifs clairs
et explicites, mais aux comportements des autres acteurs,
4. Ce comportement présente un double aspect : offensif (la saisie d’opportunités en vue
d’améliorer sa situation), et défensif (le maintien et l’élargissement de sa marge de
liberté).
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1ere source
possession d'une compétence ou d'une spécialisationdifficilement remplacable
2eme source
relations entre l'organisation et son (ses) environnement(s): relais entre deux sous-
systèmes (marginal sécant)
3eme source
controle des flus d'informations
4eme source
connaissance et à l'utilisation des règles organisationnelles
Le concept majeur d’Alain TOURAINE c’est l’historicité. Sa sociologie est centrée sur
l’étude des mouvements sociaux : «des systèmes dynamiques et revendicatifs qui sont portés
par des acteurs historiques et qui ont pour objet de faire vacilier ou de renverser les structures
du pouvoir étatique en place».
Son analyse cherchait à comprendre comment les sociétés se produisent elles-mêmes à
travers leurs conflits, leurs modes de négociation et d’organisation.
TOURAINE, historien de formation, place au centre de sa sociologie l’étude des
changements, des mutations et des mouvements sociaux.
Comment est-on passé en occident d’une société primitive, agraire et traditionnelle
à une société moderne de type post-industrielle ?
Donc ce qui intéresse TOURAINE c’est l’Analyse des mouvements sociaux.
L’historicité :
C’est la capacité d’une société à se produire, à se transformer elle-même notamment
par le biais de la création de ses propres orientations culturelles. C’est une action collective
visant à changer les comportements et/ou les institutions en un sens, à un groupe actif et
organisé.
Les mouvements sociaux sont en conflit, non pas contre un groupe dominant ou pour
défendre une position économique mais bien pour le contrôle des orientations sociales et
culturelles de la société. L’Historicité devient l’enjeu des rapports de classes.
Caractéristique d’un mouvement social :
Tout mouvement social se structure autour des trois principes :
- d’identité : il doit avoir conscience de lui-même,
- d’opposition : il doit identifier clairement l’adversaire,
- de totalité : il doit avoir conscience de l’enjeu de son combat : l’historicité.
1. Principe d’identité : «qui lutte ?» : c’est la définition de l’acteur par lui-même
Un mouvement social ne peut s’organiser qui si cette définition est consciente mais la formation
du mouvement précède largement cette conscience.
2. Principe d’opposition : «qui est l’adversaire ?»
Un mouvement ne s’organise que s’il peut nommer son adversaire. Le conflit fait surgir
l’adversaire, forme la conscience des acteurs en présence.
3. Principe de totalité : «pourquoi lutter ?»
Le principe de totalité renvoie à l’historicité (la capacité d’un peuple à se transformer).
Sociologie, Licence 2 24
GEORG SIMMEL
SOCIOLOGIE : ETUDES SUR LES FORMES DE SOCIALISATION
Georg SIMMEL commence par réfuter l’idée selon laquelle la sociologie est l’étude
de tout ce qui est humain. Donc pour lui, faire de la sociologie une science dotée d’un objet
autonome exige donc de renoncer à faire d’elle la science de tous les phénomènes sociaux.
Selon lui, le XIXe siècle est la période au cours de laquelle l’individu cherche à se connaitre par
rapport à la société. Les sciences qui se développent à cette période faisaient que «l’individu
n’était que le point où se nouaient les fils sociaux». (SIMMEL, 2010, p.40)
Pour lui, la sociologie n’est pas la science des phénomènes sociaux parce que la
sociologie ne s’intéresse pas à tous les phénomènes sociaux, il y a d’autres sciences sociales
qui s’en chargent. Pour SIMMEL, on ne peut pas passer sous silence de l’individu dans la
sociologie du XIXe siècle. L’individu devient le point où se noue les fils sociaux. Il refuse
d’étudier la société comme un substrat initial dont les individus seraient les produits. Pour lui,
la sociologie est donc l’étude des formes de l’action réciproque des individus.
- Démonstration kantienne :
A la suite de KANT, SIMMEL établit que l’esprit n’est pas un dispositif passif, il est activité,
principe de construction et de mise en forme.
- Propriété spécifique du social : le relationnel
De là découle que, chez l’auteur, le sociologique signifie avant tout un relationnisme. Deux
notions clés : action réciproque et forme.
Pour SIMMEL, la sociologie c’est l’étude du relationnel ou l’étude des actions
réciproques. Elle est la science des actions réciproques : il y a société là où il y a une action
réciproque de plusieurs individus, par exemple les échanges, les relations de vie, de jeu…
ACTION RECIPROQUES sont «socialisation» : peuvent engendrer un effet sur les
autres ou recevoir un effet venant des autres.
La sociologie est alors l’étude de cette socialisation parce que science des actions
réciproques. C’est sur la base d’une séparation conceptuelle entre les formes et les contenus de
la socialisation que la sociologie deviendra une science dotée d’un champ disciplinaire
spécifique.
Sociologie, Licence 2 25
- Simple coexistence d’individus ne constitue pas d’emblée une société pour que cette
dernière existe : il faut que les individus entrent en relation, les uns avec les autres,
directement ou par l’intermédiaire d’un tiers, qu’il existe différents types d’influence
les uns sur les autres.
On n’est donc pas dans un moment où l’individu agit d’intérêts personnels mais dans une
situation ou relation d’interdépendance, c’est-à-dire liée à des influences qu’il a sur les autres
et que les autres ont sur lui.
Réfutation d’un individualisme atomique et d’une démarche holiste :
- La démarche de SIMMEL ne saurait être holiste. Il est contre le déterminisme social,
«clé en main de la société». Il a une conception particulière de l’unité procédant de
l’interaction entre différents éléments. Par ailleurs, l’individualisme chez lui n’est pas
un atome initial et irréductible, il est issu d’échanges réciproques.
- Au sens empirique, l’unité n’est pas autre chose que l’action réciproque d’éléments. Le
seul jeu des interactions produit la société dont la sociologie se propose d’étudier les
formes.
SIMMEL : un des grands précurseurs de l’interactionnisme américain ?
NB :
- Si on veut comprendre le phénomène social, il faut mettre cela en relation avec les
interactions et non avec les structures ou les rationalités. Le comportement que vous
allez adopter n’est que le reflet que les autres ont eu sur vous, et vous sur eux, c’est-à-
dire les interactions.
- La sociologie de Pierre BOURDIEU est devenue une sociologie constructiviste parce
qu’elle a commencé à prendre en compte les constructions sociales.
réalisent en situation, les actions réciproques entre les individus, les contenus (les états
mentaux) vont prendre une forme particulière dans les interactions.
3. Les approches psychologiques de G.H. MEAD (1863-1931) et de C.H. COOLEY :
l’interactionnisme symbolique (communication verbale et non-verbale) entre les
individus déterminent le sens que ces derniers accordent au monde, à leurs états
mentaux. BLUMER, élève de MEAD, va développer une microsociologie
interactionniste s’opposant aux paradigmes dominants en sociologie : le
fonctionnalisme et le culturalisme.
Trois principes fondamentaux de l’interactionnisme symbolique :
- Les humains agissent à l’égard des choses en fonction du sens que ces choses ont pour
eux.
- Ces sens sont dérivés ou proviennent des interactions de chacun avec autrui.
- C’est dans un processus d’interprétation mis en œuvre par chacun dans le traitement des
objets rencontrés que ce sens est manipulé et modifié.
NB : pour les individualistes, le sens des choses est lié à la rationalité de l’individu, alors
que pour les interactionnistes, le sens des choses est construit dans les interactions.
Un principe qui dispose que les faits sociaux ne s’expliquent pas par des
caractéristiques propres aux individus, ou par des structures sociales déterminantes qui
s’imposeraient aux individus.
NB : c’est en présence d’autrui que nous pouvons avoir un comportement accepté. La
norme est donc une construction sociale, c’est-à-dire en présence avec les autres, du fait
des influences réciproques qu’on va être d’accord sur certaines choses. Autrement dit, sur
ce qui est acceptable et sur ce qui ne l’est pas.
L’originalité de l’interactionnisme est :
- de considérer l’action réciproque des êtres humains et les signes qui les rendent visible
comme le phénomène social majeur.
- de considérer que le comportement humain n’est pas une simple réaction à
l’environnement mais un processus interactif de construction de cet environnement.
- de considérer que la société, les institutions, les classes sociales ou la conscience
collective n’ont pas de réalité indépendante des interactions sociales.
Sociologie, Licence 2 30
Les études sur la déviance portaient sur le milieu social dudit déviant et sur sa personnalité.
- L’écologie urbaine interprétait la déviance à partir de la désorganisation sociale
- Le courant culturaliste mettait en évidence de sous cultures délinquantes
- Fonctionnalistes : concept d’ «anomie» pour expliquer le phénomène (avec MERTON).
BECKER : «théorie interactionniste de la déviance» ou théorie de l’«étiquetage». La
statistique désigne la déviance comme un écart par rapport à la moyenne, mais l’approche
interactionniste de BECKER en fait un concept dynamique (relation).
Pour BECKER, le déviant c’est la «personne dont le comportement s’écarte de la norme
sociale admise et définie dans le cadre des interactions avec les autres». Cette norme n’est
pas antérieure aux interactions, elle n’a de sens que dans le cadre des interactions. Pour qu’il
ait déviance, il faut trois éléments :
1. Une norme
2. Une transgression de la norme
3. Une désignation de cette transgression par quelqu’un.
Les interactions sociétales créant de la déviance, par réaction aux transgressions ; puis en
instituant des normes dont le non-respect entraine la déviance.
Dans OUTSIDERS (ouvrage) : l’élément constitutif de la déviance n’est plus le comportement
en tant que tel de l’individu déviant mais le fait que les autres le qualifient ainsi. Le déviant est
donc celui auquel cette étiquette a été appliquée.
Les entrepreneurs de la morale et la Déviance :
BECKER a porté le regard sur ce qu’il a appelé «les entrepreneurs de la morale». Ils
élaborent et font appliquer les normes auxquelles ces déviants ne conforment pas. Ce sont des
acteurs qui se mobilisent pour qu’une activité donnée soit catégorisée socialement comme
déviante. BECKER cherche ainsi à montrer que la marijuana n’est devenue illégale aux Etats-
Unis qu’à la suite d’une campagne menée par des entrepreneurs de la morale.
Toute étude de la déviance, pour BECKER, ne doit pas penser les actions comme, en soi,
déviantes, mais comme ayant été définies comme telles par des entrepreneurs de morale.
- La déviance n’est rien d’autre comme construction sociale. Elle dépend de la situation
sociale ; c’est-à-dire des interactions.
Sociologie, Licence 2 31
Dans Stigmate, les usages sociaux des handicaps (1963) : GOFFMAN (1922-1982)
s’intéresse aux «différences» qui tendent à discréditer socialement les individus. Il pose la
question de la norme et de la marginalité (anormalité) et plus largement celle de la construction
de l’identité sociale.
Modèle de l’acteur social dramaturge et ritualité de la vie quotidienne :
- La vie sociale comme une scène sur laquelle l’auteur social joue un rôle dans une
représentation où il ne doit pas « perdre la face ».
GOFFMAN travaille sur la notion d’interaction en plaçant ce principe dans la formation de
l’identité. Cette dernière est l’expression dans la perception que les individus ont du rôle
social qu’ils jouent dans la société. Cette perception ne peut être établie qu’à partir des
interactions dans laquelle l’individu évolue.
- La société est un monde interactif et les individus ont conscience de leur rôle social,
celui-ci répondant aux attentes des autres personnes.
La présentation du soi :
La vie sociale est une scène (région où se déroule la représentation), avec ses acteurs, son
public et ses coulisses (espace où les acteurs peuvent contredire l’impression donnée dans la
représentation).
Façade = différents éléments avec lesquels l’acteur peut jouer, tel le décor, mais aussi la
façade personnelle (signes distinctifs, statut, habits, mimiques, sexe, gestes).
Les acteurs se mettent sur scène offrant à leur public l’image qu’ils se donnent.
La scène = cadre social d’expérience, situation. On se présente sur la scène avec les images
que les autres attendent de nous. Or, si nous nous présentons avec des images non attendues par
le public, nous sommes toute de suite stigmatisés. Voilà l’idée de GOFFMAN.
STIGMATE :
Traits jugés hors norme : représentent moins des attributs objectifs que des étiquettes opposées
au cœur des interactions pour les individus dit normaux.
- Passé des individus
- Handicaps
- Tares de caractère
- Homosexualité
- Appartenance à un groupe donné, etc.
Sociologie, Licence 2 32
La stigmatisation désigne une «relation» entre le «stigmatisé» et le dit «normal», d’où une
nuance entre identité sociale virtuelle et réelle. L’identité sociale virtuelle est celle qui est
stigmatisable.
La théorie interactionniste :
Pour les interactionnistes, la réalité sociale se construit. Elle ne renvoie pas à une base
psychologique de l’individu, c’est-à-dire à ses motivations (une intentionnalité que l’on
retrouverait dans l’individu et qui oriente le sens de ses actions). La réalité sociale se construit
au fil des interactions. Elle n’est pas aussi prédéterminée par des structures et n’est pas motivée
au plan individuel. Pour Georg SIMMEL, l’intention est un contenu qui doit être socialisée, elle
va avoir une forme au cours des interactions. C’est ce qu’on va aussi retrouver dans la pensée
de SCHUTZ de manière singulière parce qu’il va beaucoup plus donner du poids à trois
concepts : concept de phénomène, de l’expérience et de réalités multiples.
C’est ce que SCHUTZ va reprendre en parlant de Réalités multiples parce que finalement
nous sommes dans plusieurs types de réalités et que chaque réalité renvoyant à une situation,
va donner place à une expérience singulière et celle-ci va même avoir une manière d’influencer
sur notre manière d’interpréter le monde : d’où la notion de phénomène.
L’expérience va influencer le sens de nos actions au fils des interactions. C’est cela qui va
faire évoluer nos motivations, cela va nous renvoyer à une forme de réalité.
Histoire de SCHUTZ :
SCHUTZ va s’exiler aux USA en raison du nazisme. Il va arriver en 1939 aux USA et va lui-
même être confronté à ce qu’il va appeler les Réalités multiples (l’expérience est faite de
plusieurs réalités différentes). Il était avocat d’affaire, chercheur en sciences sociales et
musicien.
Ce vécu personnel et ce vécu expérimenté vont être des éléments importants dans la
réflexion qu’il va développer.
Arrivé aux USA, il va être influencé par le pragmatisme américain avec la tradition
philosophique pragmatique de John DEWEY, William JAMES, Georg Herbert MEAD : étudier
les formes concrètes de la société.
C’est en fonction de la situation qu’on va avoir une intention. Or, pour WEBER, l’individu a
d’abord ses motivations, ses intentions, ses objectifs qu’il cherche à résoudre. L’intention, pour
HUSSERL, se construit dans les phénomènes (les expériences, les situations), et qu’on va
définir ce qu’on cherche.
Réalités multiples = c’est dans les différentes situations que nous allons avoir des
intentions, des motivations. L’intention ne sert pas à grande chose tant qu’on n’est pas
en interaction avec les autres.
Critiques des travaux de Max WEBER par SCHUTZ :
a les autres. Ce qu’il faut retenir au-delà de cette définition, c’est que pour WEBER, la
caractéristique principale de l’action sociale c’est la relation significative que l’auteur établit
avec la réalité qui l’environne, et spécialement avec autrui.
C’est dans ce cas de figure qu’il a développé les quatre formes de rationalité. Pour WEBER,
si le comportement de l’individu est lié à ce qui l’environne et à autrui, c’est qu’il renvoie juste
à certaines normes, certaines valeurs, à une tradition, à une activité charismatique qui fait que
chacun d’entre nous, finalement, partage ces idées.
Exemple :
C’est parce que je suis musulman que si je vous dis que j’ai pris, à la fin du mois, mon
salaire et je suis allé à Touba pour le donner au marabout. Celui qui est musulman ou celui qui
est mouride comprend cela. Et c’est probable que lui aussi fasse la même chose. C’est-à-dire
qu’on va avoir un comportement déterminé par un environnement et qui peut être partagé par
tous.
SCHUTZ va critiquer la notion de SENS. Le sens que je vais donner à mon action est
influencé par quelque chose que je partage avec les autres. Selon WEBER, les mêmes
phénomènes sont interprétés de la même façon. Ce qu’il faut retenir c’est que ce n’est pas
quelque chose qui se construit au cours de l’action, c’est quelque chose qui se construit en
dehors parce qu’elle est influencée par notre environnement, des valeurs. Pour SCHUTZ, le
sens est préconstruit mais en réalité, il se construit beaucoup plus au fil de l’action.
L’individu va traduire les différents angles sur lesquels lui apparait le monde social, donc
des phénomènes. Ce qui fait qu’en face de différentes situations, il va adopter des conduites,
des actes multiples plus différents selon sa position dans le groupe, selon les types de groupe
etc. et cela va influer sur son interprétation, sur son vécu. C’est-à-dire son comportement va
prendre, ou bien va être construit au fil de l’action, il ne se construit pas en dehors de l’action
mais au-dedans de celle-ci. Alors que pour WEBER, le sens se construit en dehors.
Sociologie, Licence 2 35
WEBER: SCHUTZ:
en dehors au dedans
l'action
sociale
construit
e
Le sens de l’action n’est pas rationnel, pour SCHUTZ, au sens où il y aurait une raison
portée par l’individu. Pour lui, ce sens va se construire au fil des actions. Donc dans la
sociologie compréhensive de SCHUTZ, il y a une pré-construction du monde par des auteurs
différents de par leurs positions, cette précompréhension va avoir une compréhension au fil des
actions. Cela rejoint la pensée de SIMMEL qui dit que les motivations sont des contenus qui
auront des formes dans les interactions.
C’est pour cela que SCHUTZ dit qu’il faut revenir aux choses mêmes et les décrire telle
qu’elles se présentent à la situation, sans référence à une quelconque réalité.
Postulats :