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Sociologie Générale Cour L2

Le document présente un cours de sociologie générale axé sur les paradigmes individualiste et constructiviste, en expliquant comment ces approches permettent d'analyser les phénomènes sociaux. Il décrit les courants théoriques associés à chaque paradigme, notamment l'individualisme méthodologique de Weber et l'interactionnisme symbolique. L'objectif est d'aider les étudiants à comprendre et à mobiliser ces paradigmes dans leurs recherches sociologiques.

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Oumou Kalssoum Ndiaye
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Sociologie Générale Cour L2

Le document présente un cours de sociologie générale axé sur les paradigmes individualiste et constructiviste, en expliquant comment ces approches permettent d'analyser les phénomènes sociaux. Il décrit les courants théoriques associés à chaque paradigme, notamment l'individualisme méthodologique de Weber et l'interactionnisme symbolique. L'objectif est d'aider les étudiants à comprendre et à mobiliser ces paradigmes dans leurs recherches sociologiques.

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Licence 2 Sociologie Générale

Université Cheikh Anta Diop de Dakar


SOCIOLOGIE
Sociologie, Licence 2 1

SOCIOLOGIE GENERALE

Selon quelle approche expliquer le réel ? Cette question a trouvé sa réponse dans la
production scientifique théorique.

Paradigme en sociologie :

Un paradigme est une représentation du monde, une manière de voir les choses, un
modèle cohérent de vision du monde qui repose sur une base définie. L’idée que la recherche
scientifique est ancrée dans un exemple que les chercheurs utilisent comme un modèle pour de
futures investigations. On a ainsi : le paradigme holiste, individualiste et constructiviste. Il y a
des courants théoriques qui correspondent à chacun des paradigmes. Par exemple, chez les
individualistes, on accorde la primauté de l’auteur sur la définition du phénomène social.

Dans ce cours, on va privilégier le courant constructiviste ou interactionniste.

Un paradigme se construit grâce à un contexte.

NB : c’est l’individualisme qui est la cause de la révolution française de 1789 ; donc les français
vont mettre sur place des théories basées non sur l’individualisme mais le holisme. Cette
doctrine refuse de partir de l’individu pour expliquer les phénomènes sociaux.

Objectifs du cours :

Amener l’étudiant à assimiler les paradigmes, les courants qui y correspondent, tout en
sachant en mesure :

- d’identifier la particularité de chaque courant interne au paradigme,


- de distinguer les éléments de convergence et de divergence,
- d’assimiler ces paradigmes et leurs courants afin de pouvoir les mobiliser dans le
cadre de la recherche.
Sociologie, Licence 2 2

PLAN DU COURS :

Chapitre 1 : Paradigme individualiste

1. L’individualisme chez MAX WEBER / GEORG SIMMEL


2. L’individualisme méthodologique de RAYMOND BOUDON
3. L’analyse stratégique de MICHEL CROZIER
4. L’actionnisme d’ALAIN TOURAINE

Chapitre 2 : Paradigme constructiviste

1. L’interactionnisme symbolique (Ecole de Chicago, La Théorie de la déviance de


BECKER, Stigmate d’ERVING GOFFMAN)
2. Socioconstructivisme de PIERRE BOURDIEU
3. L’ethnométhodologie de GARFINKEL
4. La phénoménologie de SCHUTZ
Sociologie, Licence 2 3

Introduction :

Question de sociologie :

Comment analyser les rapports entre le «social» et l’ «individuel», entre les structures et les
agents ? Il y a trois types de réponses classiques à cette question structurante qui renvoient à
trois types de paradigme.

• modelage des conduites par les structures


Sociologie de la sociales
détermination • l'acteur n'existe pas

• font résulter les structures sociales de


Sociologies de l'aggrégation, de la coordination ou de la
l'action régulatipon des actions individuelles
• importance de l'acteur

• la structure conjointe des conduites et des


les sociologues de structures sociales, par des interdépendances
au sein de configurations sociales
la construction et de • les interactions dans le temps, entre des
l'identité sociale trajectoires individuelles et des appartenances
collectives.

NB : il n’y a pas d’entretien dans la sociologie holiste parce qu’elle est plus vouée aux
statistiques. De plus, pour cette sociologie, les normes sont données une fois pour toute et
s’imposent aux individus. Par contre, pour les individualistes, l’individu est un être doté de
raison, qui pense, réfléchi et agit. Donc il faut l’interroger pour comprendre ses actes. Ils pensent
qu’il faut quelque part transgresser les normes. Quant aux interactionnistes, il y a une situation
d’interaction et que celle-ci n’est pas forcément physique ou géographique mais elle peut aussi
être répartie dans le temps, dans l’espace entre nos appartenance collectives. Ils étudient les
rapports que les individus entretiennent entre eux dans une configuration sociale.
Sociologie, Licence 2 4

Quelques rappels sur le Holisme :

Le holisme est un courant de pensée qui part du tout social pour expliquer les comportements,
les choix, les décisions des individus. Selon les sociologues holistes, la société exerce des
contraintes sur les individus au cours du processus de socialisation pour les amener à
s’intégrer, à s’insérer dans le «tout social» et leur permettre de s’y épanouir. Ces contraintes
déterminent les rôles tenus par les individus au sein de la société.

«postule l’existence d’un ordre sous-jacent aux phénomènes, dont la mise en évidence est le
but de la connaissance sociologique. (…) les acteurs individuels intériorisent des modèles de
comportement et des schèmes d’action définis en dehors d’eux». BERTHELOT, p.90

C’est la société qui définit les modèles de comportement, les schèmes d’actions et c’est à
l’individu de les intérioriser.

Principes :

1. La réalité est constituée de «tout»,


2. La représentation des structures sociales en termes d’êtres collectifs, réels et
autonomes,
3. La structure prime sur l’individu,
4. La structure ne se réduit pas à une somme d’actions individuelles,
5. La structure exerce une contrainte absolue ou forte sur les fonctions individuelles,
c’est-à-dire que l’individu n’a pas de choix, il n’y a pas de demi-mesure.

Quelques auteurs holistes :

 KARL MARX et le matérialisme dialectique :

Les conditions économiques déterminent l’anatomie d’une société. Mieux, la conscience


des hommes ne détermine pas la réalité, c’est la réalité qui détermine leur conscience. Il y a
ainsi une proximité avec AUGUSTE COMTE pour qui l’ «esprit est déterminé par des
conditions historiques et sociales». Marx rattache ainsi la conscience à un mode de production,
ensemble composé d’une infrastructure.*

 EMILE DURKHEIM :

Les faits sociaux sont des manières d’agir, de penser et de sentir qui s’imposent à
l’individu. Ils sont doués d’une puissance impérative et coercitive et s’imposent aux individus.
La cause déterminante d’un fait social doit être recherchée par rapport aux faits sociaux
Sociologie, Licence 2 5

antérieurs et parmi l’état de conscience individuelle. Les actes individuels sont expliqués par la
société et les normes sociales.

 LEVI-STRAUSS :

Le structuralisme est une théorie selon laquelle l’être humain ne peut être appréhendé qu’à
travers un réseau de relations symboliques qui sont autant de structures auxquelles il participe
sans en être conscient.

Chapitre 1 : Paradigme individualiste

Ce paradigme part d’une analyse de l’action individuelle pour comprendre la société. Il


faut retenir aussi que : l’individu dispose d’une capacité indépendante du «groupe» dont il fait
usage de façon rationnelle. L’individu, défini comme un être rationnel qui fait des choix pour
atteindre ses objectifs dans un environnement donné.

La rationalité de l’auteur peut simplement signifier que l’acteur a de «bonnes raisons»


de ce qu’il fait, l’action a un sens, une signification pour celui qui agit. La société est ainsi le
fruit de l’action individuelle, elle ne résulte ni de lois historiques ne de mécanismes généraux
qui dépassent les individus.

Pour les individualistes, l’individu est un être libre, c’est un ACTEUR. Contrairement
aux holistes qui pensent que l’individu est juste un AGENT qui ne fait que suivre les normes
sociales.

NB : le paradigme individualiste s’intéresse à l’individu et à ses motivations personnelles.


L’individu appartient à une société et vit dans celle-ci mais la société ne détermine pas son
comportement. Elle ne l’impose pas, de manière déterministe, des comportements. La société
n’est que le fruit de l’action individuelle.

Courants théoriques :

- Sociologie compréhensive de MAX WEBER, sociologie de GEORG SIMMEL qui a


inspiré l’interactionnisme américain,
- Individualisme méthodologique de BOUDON,
- Analyse stratégique de CROZIER,
- Mouvements sociaux de TOURAINE.
Sociologie, Licence 2 6

o SOCIOLOGIE COMPREHENSIVE DE MAX WEBER

Il est l’un des premiers sociologues à développer une approche compréhensive de la


société (s’écarte de la sociologie positiviste). Il est le précurseur de l’individualisme
méthodologique qui soutient que les phénomènes sociaux résultent des actions individuelles. Il
est inspiré de la philosophie allemande (KANT) qui insiste sur l’individu en tant qu’un être
doué de liberté, de raison et poursuivant des buts et donnant sens à ses actions.

Selon WEBER :

- L’homme est un «être de conscience» qui agit en fonction de sa compréhension du


monde et des intentions qu’il a.
- Les normes, les valeurs et les rôles sociaux ne sont que des possibilités offertes à
l’individu qui conserve toujours une marge de liberté dans l’exercice de ces rôles.
- L’individu réinterprète ces normes, ces codes et forge son individualité à travers la
possibilité qu’il a de choisir son chemin dans une société de plus en plus complexe.

WEBER : une manière spécifique de définir la sociologie

La sociologie est une science qui va se focaliser sur l’action des individus. Le sociologue
doit donc chercher à comprendre les raisons qui ont poussé un individu à agir de telle ou telle
manière ainsi que les conséquences de son action.

MAX WEBER EMILE DURKHEIM


L’action sociale est le résultat des décisions Les phénomènes sociaux résultent de causes
prises par les individus, chaque individu extérieures qui s’imposent aux individus et
donnant sens à son action. influencent ainsi leurs actions.

Weber part de l’individu pour comprendre et C’est ce qu’on appelle le «déterminisme».


expliquer la société : en reconstruisant le sens
que les individus donnent à leurs actions, on
peut expliquer le fonctionnement de l’action
sociale.
Sociologie, Licence 2 7

La sociologie a pour objet d’étudier les actions : la sociologie se doit d’étudier l’action
sociale ou l’activité sociale, c’est-à-dire «une science qui se propose de comprendre par
interprétation l’activité sociale et par là d’expliquer causalement son déroulement et ses
effets».

Toute action n’est pas une action sociale :

- ACTION = toute conduite à laquelle un individu accorde une signification et une


intentionnalité.
- ACTION SOCIALE = action entreprise en tenant compte des réactions des autres
(ouvrir la porte parce que quelqu’un a toqué).

Traits de la sociologie de WEBER :

- Le refus des explications déterministes au profit de la pluralité des causes, de la


singularité historique et culturelle, du probabilisme et du libre-arbitre. Cela n’empêche
pas la prise en compte des contraintes qui infléchissent le comportement.
- La neutralité axiologique : le savant doit savoir écarter ses opinions et suspendre ses
jugements quand il observe les événements.
- L’activité sociale doit être en premier interprétée, le sociologue reconstruit le sens que
l’individu donne à ses actions, l’action sociale étant le produit des décisions prises par
l’individu. Elle doit ensuite être expliquée en tenant compte que les individus ne sont
pas forcément maitres de toutes les conséquences de leurs actions.
- Une opposition épistémologique relativiste et une prise en compte des facteurs
historiques qui impliquent de recourir à l’analyse historique.

Pour WEBER, les actions sociales peuvent prendre quatre formes :

1. L’action traditionnelle : comportement guidé par la coutume ou d’une croyance de


longue date.

Exemple : le signe de croix pour un catholique, l’habillement d’un talibé «baay faal».

2. L’action affective : ce sont les réactions instructives.

Exemple : une gifle sous le coup de l’émotion.

L’individu a une faible conscience du sens qu’il donne à son action.


Sociologie, Licence 2 8

3. L’action rationnelle «en valeur» : action fondée sur des valeurs et qui ne tient pas
compte des avantages ou inconvénients qu’elle peut procurer.

Exemple : le respect de la parole donnée.

4. L’action rationnelle «en finalité» : un calcul couts avantage. L’individu se fixe un


objectif et détermine les moyens les plus efficaces pour y parvenir.

L’individu a une forte conscience du sens qu’il donne à son action.

Rationalisation et désenchantement du monde :


 Processus de rationalisation des activités sociales :
- Caractéristiques la plus significative des sociétés modernes et en particulier de
l’occident moderne.
- Les actions rationnelles en finalités prennent le pas sur les actions traditionnelles.
- «Intellectualisation du monde», affaiblissement de la religion catholique et
développement de la philosophie favorisent la diversité des valeurs.
- Essor des sciences et des techniques qui permettent de mieux comprendre et de mieux
maitriser le monde mettant ainsi progressivement fin aux mythes de croyances
religieuses.
 «Désenchantement du monde» :

La magie et le surnaturel disparaissent progressivement comme moyens d’explication du


monde, au profit de la science. On va expliquer le monde par la capacité d’agir, par la capacité
de la science.

Le capitalisme et la bureaucratie : deux concrétisations de la rationalisation

- Capitalisme :

L’organisation méthodique des facteurs de production dans le but de réaliser un profit au sein
d’une entreprise. Le capitalisme mène des actions rationnelles en finalité.

- Bureaucratie :

C’est une forme d’organisation qui repose sur une forme de domination légale rationnelle : un
individu obéit à un second car celui-ci a légalement le droit de lui donner un ordre.
Sociologie, Licence 2 9

Ethique protestante et esprit du capitalisme :

Weber observe que le capitalisme s’est développé en priorité dans les pays ou des régions
marquées par le protestantisme. Il se demande si l’éthique protestante ne serait pas un des
facteurs qui aurait favorisé le développement de l’esprit du capitalisme. L’éthique protestante
repose sur cinq doctrines que WEBER résume :

1. Il existe un Dieu transcendant qui gouverne le monde


2. Ce Dieu a prédestiné chacun au salut ou à la damnation
3. Dieu a créé le monde pour sa propre gloire
4. L’homme doit travailler à la gloire de Dieu en développant les activités humaines
dans la société
5. Les choses terrestres, en particulier le plaisir, appartiennent à l’ordre du péché.

Cette éthique aurait, selon Weber, incité les protestants :

 A adopter un comportement rationnel (ne pas perdre son temps à des activités futiles)
 A travailler (dans une entreprise… mais pour la gloire de Dieu)
 Et à préférer l’épargne à la consommation (car le plaisir est répréhensible).

Il y aurait donc une relation étroite entre l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme.
Weber pense ainsi avoir démontré non pas que le protestantisme est la cause du capitalisme
mais que l’éthique protestante a favorisé l’esprit du capitalisme qui est un des facteurs
explicatifs de son apparition.

Weber a trouvé une affinité entre :

- L’esprit du capitalisme qui se caractérise par la recherche rationnelle et systémique du


profit par l’exercice d’une profession ainsi que le réinvestissement de l’épargne.
- et, l’éthique calviniste qui a engendré une morale individuelle favorable aux conduites
rationnelles que doit tenir l’entrepreneur capitaliste.
Sociologie, Licence 2 10

o INDIVIDUALISME METHODOLOGIQUE DE BOUDON

Raymond BOUDON (1934) fut le premier à introduire ce courant de pensée en France


après avoir l’avoir étudié aux Etats-Unis dans les années 1960. Il est décédé en avril 2013. Il
est le plus grand contradicteur de Pierre BOURDIEU, un des rares sociologues libéraux dans le
monde contemporain avec Michel CROZIER.

Influences :

- L’utilitarisme de l’école classique,


- Les positions épistémologiques des sciences sociales de F. VON HAYEK et KARL
POPPER : un phénomène social est toujours la conséquence d’actions individuelles.
- Contributions majeurs d’Alexis de TOCQUEVILLE et de Vilfred PARETO.
- Héritage classique de Max WEBER : chaque action individuelle pouvait être soit
rationnelle, soit critique, soit rationnelle (en valeur ou en finalité).
- BOUDON a élargi la rationalité à l’ensemble des comportements individuels mais elle
est rationalité limitée, alors la tradition à HERBERT SIMON.

NB : BOUDON est d’accord avec WEBER sur la rationalité de l’individu. Mais il n’est pas
d’accord sur l’existence des quatre formes de rationalité. Il écarte toute forme de déterminisme
qu’a essayé de nuancer WEBER dans les deux formes de rationalité. Pour lui ; chaque fois
que l’individu fait quelque chose c’est parce qu’il a intérêt à le faire. Donc il nous parle
d’une rationalité basée sur l’INTERET. L’individu n’a pas de faible conscience à ce qu’il fait,
comme le pense Weber, mais il a de bonnes raisons à ce qu’il fait.

Il est ainsi le défenseur d’une sociologie de la rationalité individuelle, c’est-à-dire d’une


sociologie du bon sens partagé par tous et qui va à l’encontre du structuralisme génétique de
BOURDIEU ou du HOLISME souvent imputé de DURKHEIM. Selon lui, la société n’était
que le produit d’un effet d’agrégation des actions, des comportements individuels et des
interactions entre les actions rationnelles. En d’autres termes, pour BOUDON, les actions
microsociologiques des individus du monde social entrainent les phénomènes
macrosociologiques par un processus d’effet émergent.
Sociologie, Licence 2 11

Fil conducteur de l’analyse :

Selon BOUDON : «l’individu, et non le groupe, est l’atome logique». Il s’agit donc de
ramener les phénomènes macroscopiques (non-intentionnels) auxquels la sociologie s’intéresse
à leurs causes microscopiques (intentionnelles).

Expliquer un phénomène social, c’est toujours en faire la conséquence d’actions


individuelles. On ne peut comprendre le social qu’à partir des intentions des acteurs.

«le principe de l’individualisme méthodologique énonce que pour expliquer un


phénomène social quelconque – que celui-ci relève de la démographie, de la science politique,
de la sociologie ou de toute autre science sociale particulière – il est indispensable de
reconstruire les motivations des individus concernés par le phénomène en question, et
d’appréhender ce phénomène comme le résultat de l’agrégation des comportements individuels
dictés par ces motivations…»

 Modèle rationnel de l’homo sociologicus :

Pour expliquer le comportement ou les croyances de l’acteur social, il faut tenter de


démontrer que celui-ci a des raisons de faire ce qu’il fait ou de croire ce qu’il croit.

 L’intentionnalité rationnelle de l’action individuelle :

Conduit donc nécessairement à concevoir les acteurs sociaux comme autonomes par
rapport aux structures sociales. Cela ne signifie pas que toute influence de l’environnement
serait exclue.

L’homo sociologicus est doté d’une autonomie variable en fonction du contexte dans
lequel il se trouve. Il est soumis à des passions, à des intérêts qu’il cherche à satisfaire en
utilisant les moyens qui lui semblent les meilleurs. C’est un agent intentionnel et rationnel
capable de placer les données extérieures sous le contrôle de la conscience.

RATIONALITE – FINALITE – INTENTIONALITE :

Les êtres humains, selon BOUDON, peuvent avoir des comportements surprenants. Ses
comportements répondent cependant à une rationalité. Les acteurs sociaux ont toujours de
bonne raison d’agir comme il faut. Cette rationalité est basée sur l’intérêt ou un but recherché.
Sociologie, Licence 2 12

Les individus sont insérés dans un contexte social mais leurs comportements sont tous dotés de
finalité.

BOUDON, dans La logique du social, montre que plusieurs «analyses précédentes


suggèrent que la compréhension des relations de causalité que le sociologue décide entre les
propriétés des systèmes d’interactions et de comportement des individus n’est possible que si
ces comportements sont conçus comme des actions dotées de finalités». 1979, pp. 33-36

Pour saisir les logiques des comportements des individus, il faut accéder au
raisonnement. Expliquer le comportement rationnel d’un individu = mettre en évidence les
bonnes raisons qui l’ont poussé à adopter ce comportement.

Analyse des inégalités d’accès aux différents stades de la société :

- BOURDIEU et PASSERON : Les héritiers, 1964 ; La reproduction, 1970

L’école est un instrument de reproduction sociale au service des classes dominantes


(reproduction sociale). Les inégalités scolaires sont liées au fonctionnement de l’instruction
scolaire. La réussite scolaire des enfants des classes dominantes ne s’explique pas par leur talent
(don) mais par leur héritage culturel (capital) que l’école permet de fructifier. Légitimation des
inégalités sociales par le processus de sélection sociale (diplôme scolaire). Mesures proposées
pour lutter contre les inégalités : traiter les élèves différemment en fonction de leur origine
sociale (mesures spécifiques).

- RAYMOND BOUDON (l’inégalité des chances, 1972) :

L’école est neutre, les inégalités scolaires ne sont que le résultat des stratégies
individuelles qui est différent selon l’origine sociale. L’école est un ensemble de «points de
bifurcation». A chaque point de bifurcation, les stratégies individuelles varient.

Les familles comparent les couts et les bénéfices de leurs choix à chaque décision tant
que les couts sont «aux bénéfices», on continue les études. Les familles issues du milieu
modeste surestiment le cout et sous-estiment les bénéfices du diplôme alors que c’est le
contraire dans les familles privilégiées. Pour BOUDON, la meilleure lutte contre les inégalités
scolaires serait de lier la carrière scolaire aux résultats des élèves, les professeurs orientent les
élèves en fonction de leurs résultats.
Sociologie, Licence 2 13

Individualisme méthodologique :

La finalité et la rationalité de l’acteur, intérêt et rationalité de l’individu qui calcule pour


atteindre un objectif mais ses intentions peuvent être contrariées par celles des autres acteurs
placés dans des situations où il y a des contraintes qui peuvent contrarier ses objectifs (effets
pervers).

 Effets pervers et effets de composition :

L’action des individus, en s’agrégeant, produisent des résultats sociaux, collectifs. Un


ensemble d’actions individuelles entrainent donc des effets d’agrégation dont la conséquence
est la formation de phénomènes sociaux que vont étudier les sociologues.

Le phénomène collectif n’est que la résultante de cet agrégat d’actions humaines


s’enchevêtrant dans les configurations particulières, dans des stratégies qui sont orientés en vue
d’une finalité.

- La réalité sociale peut être un effet pervers :

Les effets pervers sont des phénomènes qui résultent de la juxtaposition de comportements
individuels sans être inclus dans les objectifs recherchés par les acteurs.

 Les embouteillages,
 La dévalorisation des diplômes est la conséquence de la démocratisation de
l’enseignement et la surqualification des étudiants (effet pervers et ordre social),

Il y a une indétermination partielle du social dès lors que celui-ci est le résultat d’actions
individuelles libres.

NB : effets pervers = intérêt du moment

Il y a ainsi deux catégories d’effets pervers :

 Effets simples :

Ils résultent d’une addition des comportements individuels. C’est parce que tous les
entrepreneurs calvinistes se comportent de la même manière que le capitalisme nait et se
développe.
Sociologie, Licence 2 14

 Effets complexes :

Certaines décisions des acteurs sociaux, au lieu d’être agrégatives, soient


désagrégatives.

La liberté des acteurs ne conduit pas nécessairement à leur collaboration. Leurs actions, au lieu
de se combiner, peuvent s’opposer et ainsi produire des effets qui leur échappent (effets
pervers).

Nb : il y a là une différence avec CROZIER qui pense que l’individu doit collaborer pour avoir
ce qu’il veut. Or, pour BOUDON, l’individu ne collabore pas, il a une liberté qui le lui permet.

Récapitulation :

Effets simples = qui est finalement positif

Effets complexes = qui est finalement négatif

o ANALYSE STRATEGIQUE DE MICHEL CROZIER

Que signifie Analyse stratégique ?


«L’analyse stratégique de Michel CROZIER se situe, dans le paysage de la sociologie
française, à mi-distance entre l’approche de R. BOUDON et celle de P. BOURDIEU. Elle
s’écarte en effet autant de l’idée de la toute-puissance d’un individu autonome et égoïste
(intérêt) que de la toute-puissance d’un déterminisme structurel».
Ce qui différencie BOUDON de CROZIER c’est qu’ils n’ont pas les mêmes conceptions
de l’individu. Celui-ci est, selon BOUDON, un être égoïste qui a un intérêt. C’est d’autant plus
vrai d’ailleurs qu’il ne cherche que son intérêt et s’en fout du reste. Par contre, pour CROZIER,
l’individu est stratégique. Il a besoin de collaborer avec l’autre pour avoir ce qu’il veut. En
définitive, CROZIER n’est d’accord avec BOUDON que sur le fait que l’individu est un être
de l’intérêt. Aussi, la rationalité n’est pas limitée de la même manière.
Point de vue de CROZIER :
La sociologie n’est pas seulement étude du comportement d’acteurs rationnels et
orientés par leurs propres intérêts (différence avec BOUDON). Pour lui, c’est l’étude de
l’acteur rationnel, une rationalité limitée, mais aussi stratégique.
Sociologie, Licence 2 15

CROZIER a une vision de la sociologie où l’acteur prend une place centrale, avec une
acception particulière (individu stratégique).
- l’individu est bien un ACTEUR,
- il évolue dans des CONTRAINTES,
- il a une MARGINALITE DE LIBERTE qu’il utilise de façon STRATEGIQUE dans
son interaction avec autrui,
- COLLABORATION afin d’arriver à obtenir ce qu’il veut.

Postulats de base :

conduites
existence acteurs ont la
sont
d'agents possibilité de
rationalité construites
libres ayant développer
par les
leurs limitée acteurs dans
leurs stratégies contingente un contexte
propres dans les
buts en vue de
systèmes
certains buts

L’individu ne peut pas OPTIMISER mais peut obtenir un MINIMUM DE


SATISFACTION, contrairement à BOUDON. Les contingences sont liées au fait que les gens
qui sont en face de l’acteur élaborent eux aussi des stratégies. Donc, l’individu a une rationalité
limitée, et pour évoluer dans ce qu’il fait, l’individu est obligé de tenir compte de ces autres
agents.
Sociologie, Licence 2 16

Pour atteindre leurs buts :

- les acteurs poursuivent leur conduite n'est donc


leurs propres stratégies pas entierment prévisible
- utilisent les ressources puisque changenate.
dont ils dispoent de L'acteur ajuste
maniere stratégique constamment sa conduite
- tiennent compte des aux données nouvelles
contraintes du moment auxquelles il se trouve
confronté

Le comportement se construit dans des configurations qui vont se faire par des stratégies
lui permettant de contrôler une situation, une ressource etc.
Exemple du phénomène bureaucratique :
Selon CROZIER, la bureaucratisation contient elle-même les germes de son
dysfonctionnement.
- Les acteurs inclus dans une situation bureaucratique peuvent manquer d’efficacité à
cause des règles officielles,
- Celles-ci ne peuvent en effet prévoir toutes les situations,
- Dans ces conditions, cela permet à certains individus de prendre une parcelle de pouvoir
à coté de ce qui est prévu pour les règlements,
- Centralisation et multiplication des règles aboutissant à la constitution de «cercles
vicieux bureaucratiques» qui rigidifient l’organisation,
- La bureaucratie n’élimine pas le développement de relation de pouvoir parallèle, car le
principe structurant de l’organisation : les relations de pouvoir. Ces dernières reposent
sur la maitrise des zones d’incertitude.
Pour CROZIER, pour qu’il ait plus de productivité, l’individu ne doit pas suivre les
règles officielles de la bureaucratie mais seulement d’avoir une marge de liberté de pouvoir les
modifier et d’évoluer plus vite. Mais on ne peut pas gommer ces relations de pouvoir parce que
c’est le pouvoir qui fait vivre l’organisation. Les individus s’approprient les normes officielles
mais, de par leur stratégie, créent s’auto-organisent et évoluent de manière plus stratégique. Ils
Sociologie, Licence 2 17

créent des NORMES PRATIQUES qui vont devenir en quelque sorte de nouvelles règles
grâce à leur SAVOIR EXPERIENCIEL.
L’Acteur et le système :
Comment en fonction des conditions organisationnelles, les acteurs répondent aux
normes en adoptant des conduites qui leurs sont favorables (différence avec BOUDON). Dans
les conditions de l’action, l’individu ne peut pas trouver la «solution optimale» étant donné les
contraintes dans lesquels il agit : il doit se contenter d’une solution praticable, accessible,
possible. C’est donc la fin du «One best way» cher à l’organisation scientifique du travail de
TAYLOR, basé sur la prévisibilité.
Rationalité limitée et stratégie :
Pour CROOZIER, l’être humain est incapable d’optimiser t donc sa rationalité est limitée par
celle des autres. Par contre, pour BOUDON, comme que l’individu peut optimiser sa rationalité
est donc limitée par les effets pervers.
 Rationalité limitée et stratégie (CROZIER)/ Rationalité limitée et effets pervers
(BOUDON) :
«L’être humain est incapable d’optimiser. Sa liberté et son information sont trop
limitées pour qu’il parvienne. Dans un contexte de rationalité limitée, il décide de façon
séquentielle et choisit pour chaque problème qu’il a à résoudre la première solution qui
correspond pour lui à un seuil minimal de satisfaction». (Crozier, Friedberg, 1977 : 46)
La décision rationnelle de l’acteur est «statisfactory (Crozier) and optimysing (Boudon)».
Le comportement de l’individu s’inscrit dans une stratégie relationnelle dont la rationalité
limitée se définit par rapport :
- Aux enjeux ou aux projets qui sont les siens,
- Par rapport aux règles du jeu et aux interactions,
- Enfin, par rapport aux atouts dont il dispose.
1. L’acteur n’a que rarement des objectifs clairs et des projets cohérents,
2. Son comportement est actif. C’est-à-dire que même contraint, il n’est pas totalement
limité,
3. Ce comportement a toujours un sens. Cette rationalité est liée, non à des objectifs clairs
et explicites, mais aux comportements des autres acteurs,
4. Ce comportement présente un double aspect : offensif (la saisie d’opportunités en vue
d’améliorer sa situation), et défensif (le maintien et l’élargissement de sa marge de
liberté).
Sociologie, Licence 2 18

Offensif = il faut chercher à contrôler les ressources des autres


Défensif = il faut préserver le minimum que vous avez
Actif = il va faire évoluer ses objectifs
Clair = il va se construire une rationalité claire en fonction des opportunités.
Concept de stratégie :
 STRATEGIE :
Ensemble de comportements que les acteurs adoptent en vue de préserver leurs chances
d’obtenir un minimum de satisfaction. La stratégie est par essence dynamique. La stratégie des
acteurs représente leur position, leur parti dans le jeu et est fonction de leurs jeux mais aussi de
leurs ressources (enjeux). Les ressources peuvent prendre la forme de savoir, d’une expertise,
d’un statut, d’une légitimité, etc. dépendamment des perceptions des différents acteurs. (KLIJN
et al. 1995).
La stratégie est un comportement que l’individu adopte en tenant compte du jeu, des
ressources qu’il n’a pas et que les autres possèdent.
 L’intérêt personnel est absolu (pour BOUDON). Contrairement à CROZIER,
l’intérêt que l’individu va avoir est un satisfactory, un minimum de satisfaction. Le
comportement de l’individu est à la fois intérieur et extérieur parce qu’il est offensif (tient
compte des ressources que les autres ont) et défensif (préserve les ressources qu’il possède).
Concept de pouvoir :
Le pouvoir est «la capacité d’un acteur à structurer des processus d’échange plus ou
moins durables en sa faveur, en exploitant les contraintes et opportunités de la situation pour
imposer les termes de l’échange favorable à ses intérêts» (FRIEDBERG, 1993).
Le pouvoir n’est pas un attribut, c’est «la capacité de A d’obtenir que, dans sa relation
avec B, les termes de l’échange lui soient favorables».
- Capacité qu’un individu ou un groupe d’agir à un autre individu ou un autre groupe,
- Capacité, agir, autre : trois mots qui supposent un caractère relationnel à cette notion
de pouvoir.
Le pouvoir n’est pas un attribut, on ne nait pas avec. Le pouvoir de A trouve son origine
donc dans le contrôle de la zone d’incertitude pertinente pour B, au sein d’une relation
d’interdépendance entre A et B.
Sociologie, Licence 2 19

si l'étudiant, pour une


le professur a du pouvoir
raison ou une autre, en
sur un étudiant parce qu'il
vient à se désintéresser de
est le seul responsable de la
l'obtention de son diplome,
note attribuée à l'examen de
le professeur perd son
fin d'année.
pouvoir.

 Caractère relationnel et réciproque du pouvoir :


La réciprocité inclut l’idée d’une pression possible de celui qui reçoit un ordre sur celui
qui le donne. Donc avoir le pouvoir c’est posséder une ressource qui est pertinente et sera une
zone d’incertitude pour l’autre.

 Les ressources du pouvoir :


- La contrainte
- La légitimité
 Les sources du pouvoir :
- Possession d’une compétence difficilement remplaçable
- Maitrise des relations avec l’environnement
- Communication
- Utilisation des règles organisationnelles
Sociologie, Licence 2 20

1ere source
possession d'une compétence ou d'une spécialisationdifficilement remplacable

2eme source
relations entre l'organisation et son (ses) environnement(s): relais entre deux sous-
systèmes (marginal sécant)

3eme source
controle des flus d'informations

4eme source
connaissance et à l'utilisation des règles organisationnelles

Concept de zone d’incertitude :


Ce concept met l’accent sur l’autonomie et le pouvoir, deux notions liées :
Exemple : la supérieure hiérarchique n’a pas 100% de certitude que ses consignes seront
suivies. Il y a des incertitudes quant à la manière dont les subalternes vont interpréter ses
consignes.
Chaque acteur dispose donc quel que soit l’endroit où il se trouve, d’une zone
d’incertitude au sein de laquelle son comportement incertain, imprévisible pour les autres
acteurs .
 La zone d’incertitude :
- part d’indétermination d’une situation
- marge d’autonomie dont dispose un acteur qui correspond en partie aux
atouts/handicaps qu’il a pour peser sur la situation.
La capacité d’influer sur autrui donc n’est pas uniquement liée à la position hiérarchique des
membres des organisations.
Sociologie, Licence 2 21

ANALYSE DES MOUVEMENTS SOCIAUX : ALAIN TOURAINE

Le concept majeur d’Alain TOURAINE c’est l’historicité. Sa sociologie est centrée sur
l’étude des mouvements sociaux : «des systèmes dynamiques et revendicatifs qui sont portés
par des acteurs historiques et qui ont pour objet de faire vacilier ou de renverser les structures
du pouvoir étatique en place».
Son analyse cherchait à comprendre comment les sociétés se produisent elles-mêmes à
travers leurs conflits, leurs modes de négociation et d’organisation.
TOURAINE, historien de formation, place au centre de sa sociologie l’étude des
changements, des mutations et des mouvements sociaux.
 Comment est-on passé en occident d’une société primitive, agraire et traditionnelle
à une société moderne de type post-industrielle ?
Donc ce qui intéresse TOURAINE c’est l’Analyse des mouvements sociaux.

Le travail de TOURAINE en trois temps :

1. Sociologie du travail et de la conscience ouvrière,


2. Les événements de Mai 68 et les coups d’Etat militaires en Amérique Latine vont
l’amener à concentrer son intérêt sur l’étude des mouvements sociaux,
3. La troisième période s’ouvre avec Le retour de l’acteur (1984) et donne lieu à la
publication des ouvrages suivants :
- Critique de la modernité (1992),
- Qu’est-ce que la démocratie ? (1994)
- Pourrons-nous vivre ensemble, égaux et différents ? (1997)
Ces ouvrages présentent les thèmes qui lui tiennent à cœur et dont l’idée dominante est celle
du sujet, considérée comme principe central d’action des mouvements sociaux.
Sociologie du travail et la conscience ouvrière :
Dans la société industrielle, la domination était essentiellement économique et le
mouvement ouvrier était central. A partir de cette analyse, il va étudier la conscience ouvrière.
 Les revendications du mouvement ouvrier :
- La diminution du temps de travail,
- Repos hebdomadaire obligatoire en 1906,
Sociologie, Licence 2 22

- Journée de huit heures en 1919


- Semaine de 40 heures et congé payé de 15 jours en 1936.
Analyse le déclin de ce mouvement ouvrier dans la société post-industrielle.
 La société industrielle :
C’est un nouveau type sociétal : non plus réductible à la seule accumulation du capital. Dans
ce cadre, la nature de la domination et du conflit social se trouve modifiée, au-delà de
l’opposition classique du capital et du travail. Ainsi, les mouvements sociaux inhérents à
cette société sont plus de nature culturelle qu’économique. L’action collective déborde
désormais la seule sphère du travail.
Sociologie des mouvements sociaux :
Les événements de mai 1968 : une plaque tournante dans l’évolution de la sociologie de
TOURAINE. Il diagnostique la transition d’une pure domination économique vers une
domination culturelle :
- A l’opposition entre prolétaire et bourgeois, se substituerait l’opposition entre ceux qui
ont des savoir-faire et ceux dont la position dans le système médiatique assure un large
influence.
- Début des années 70 : nouveaux mouvements sociaux (mouvements féministes,
régionalistes…)
- Le conflit part d’un groupe et va rejoindre la communauté.
La vision de TOURAINE se situe à distance :
- Des sociologues MARXISTES : pour lui, les conflits ne sont pas indépassables. On
doit avoir toujours une confrontation entre les dominants et les dominés, pas de
changement. Or, pour TOURAINE, le mouvement social regroupe aussi des bourgeois
que des prolétaires pour combattre leurs intérêts. Ils luttent ensemble contre ceux qui
dirigent, qui organisent.
- Des sociologues fonctionnalistes : pour lui, l’individu ne fait pas que s’adapter à
l’environnement, il peut également le modeler par le biais des mouvements sociaux.
Pour lui, l’individu seul ne peut pas transformer la société, il doit se mettre avec les
autres (collaboration).
Le mouvement social est ainsi une conduite organisée d’un acteur collectif luttant contre son
adversaire pour la direction sociale de l’historicité.
Sociologie, Licence 2 23

 L’historicité :
C’est la capacité d’une société à se produire, à se transformer elle-même notamment
par le biais de la création de ses propres orientations culturelles. C’est une action collective
visant à changer les comportements et/ou les institutions en un sens, à un groupe actif et
organisé.
Les mouvements sociaux sont en conflit, non pas contre un groupe dominant ou pour
défendre une position économique mais bien pour le contrôle des orientations sociales et
culturelles de la société. L’Historicité devient l’enjeu des rapports de classes.
Caractéristique d’un mouvement social :
Tout mouvement social se structure autour des trois principes :
- d’identité : il doit avoir conscience de lui-même,
- d’opposition : il doit identifier clairement l’adversaire,
- de totalité : il doit avoir conscience de l’enjeu de son combat : l’historicité.
1. Principe d’identité : «qui lutte ?» : c’est la définition de l’acteur par lui-même
Un mouvement social ne peut s’organiser qui si cette définition est consciente mais la formation
du mouvement précède largement cette conscience.
2. Principe d’opposition : «qui est l’adversaire ?»
Un mouvement ne s’organise que s’il peut nommer son adversaire. Le conflit fait surgir
l’adversaire, forme la conscience des acteurs en présence.
3. Principe de totalité : «pourquoi lutter ?»
Le principe de totalité renvoie à l’historicité (la capacité d’un peuple à se transformer).
Sociologie, Licence 2 24

GEORG SIMMEL
SOCIOLOGIE : ETUDES SUR LES FORMES DE SOCIALISATION

Georg SIMMEL commence par réfuter l’idée selon laquelle la sociologie est l’étude
de tout ce qui est humain. Donc pour lui, faire de la sociologie une science dotée d’un objet
autonome exige donc de renoncer à faire d’elle la science de tous les phénomènes sociaux.
Selon lui, le XIXe siècle est la période au cours de laquelle l’individu cherche à se connaitre par
rapport à la société. Les sciences qui se développent à cette période faisaient que «l’individu
n’était que le point où se nouaient les fils sociaux». (SIMMEL, 2010, p.40)
Pour lui, la sociologie n’est pas la science des phénomènes sociaux parce que la
sociologie ne s’intéresse pas à tous les phénomènes sociaux, il y a d’autres sciences sociales
qui s’en chargent. Pour SIMMEL, on ne peut pas passer sous silence de l’individu dans la
sociologie du XIXe siècle. L’individu devient le point où se noue les fils sociaux. Il refuse
d’étudier la société comme un substrat initial dont les individus seraient les produits. Pour lui,
la sociologie est donc l’étude des formes de l’action réciproque des individus.
- Démonstration kantienne :
A la suite de KANT, SIMMEL établit que l’esprit n’est pas un dispositif passif, il est activité,
principe de construction et de mise en forme.
- Propriété spécifique du social : le relationnel
De là découle que, chez l’auteur, le sociologique signifie avant tout un relationnisme. Deux
notions clés : action réciproque et forme.
Pour SIMMEL, la sociologie c’est l’étude du relationnel ou l’étude des actions
réciproques. Elle est la science des actions réciproques : il y a société là où il y a une action
réciproque de plusieurs individus, par exemple les échanges, les relations de vie, de jeu…
 ACTION RECIPROQUES sont «socialisation» : peuvent engendrer un effet sur les
autres ou recevoir un effet venant des autres.
La sociologie est alors l’étude de cette socialisation parce que science des actions
réciproques. C’est sur la base d’une séparation conceptuelle entre les formes et les contenus de
la socialisation que la sociologie deviendra une science dotée d’un champ disciplinaire
spécifique.
Sociologie, Licence 2 25

La sociologie formelle selon Georg SIMMEL :


Pour appréhender une réalité insaisissable parce que résultante d’une multitude d’actions
individuelles, il est nécessaire de s’appuyer sur des modèles ou constructions mentales. Cette
approche condamne les démarches qui visent plutôt à dégager des lois sociologiques
universelles comme l’entreprend DURKHEIM, par exemple :
On ne peut pas dégager de régularités sociales macroscopiques universelles du fait que la
réalité se présente comme un état aléatoire et instable résultant d’un fourmillement
d’interactions individuelles.
On ne peut pas réduire la société à des lois parce qu’elle est instable. C’est dans le cadre des
interactions que nait la réalité sociale. L’intérêt a un intérêt qui va être coloré, calibré
d’interaction (différence avec BOUDON qui dit que l’individu a des intérêts et ce sont ceux-ci
qui le guident).
SIMMEL est un individualiste qui a progressé dans l’interactionnisme parce que ses dires
sont typiquement interactionnistes. Les normes n’existent pas en dehors des cadres sociaux
d’expériences. Ce sont les interactions qui donnent une coloration aux formes.
«Il y a société là où il y a action réciproque de plusieurs individus. Cette action réciproque
nait toujours de certaines pulsions en vue de certaines vue… (Contenus)».
Pulsions, intérêts, buts, tendances, états et moments psychiques pouvant engendrer un effet
sur les autres ou recevoir un effet venant des autres = contenu, en quelque sorte la matière de la
socialisation. Ces matières, ces motivations ne sont pas encore en elles-mêmes d’essence
sociale : la faim ou l’amour, le travail ou le sentiment religieux, la technique ou les fonctions et
les produits de la vie intellectuelle ne représentent pas encore la socialisation. Ces contenus,
d’abord individuels, ne deviennent sociaux que par les formes de l’action réciproque. Ce sont
les actions réciproques qui produisent, par leur seul développement, des normes contraignantes
du fait qu’elles ne sont pas pourtant pas institutionnelles, qu’elles ne découlent pas de la
coercition d’organes sociaux s’imposant aux individus déviants.
Ce ne sont plus le nombre des acteurs ni la durée de leur relation qui servent de marqueur
social, mais la forme de socialisation configurée par eux en dehors des mobiles et des intérêts
matériels qui ont suscité l’action réciproque.
- L’objet de la sociologie consiste à édifier donc une sociologie «pure» ou «formelle».
Extraire les formes de la socialisation de leurs contenus et fins, des pulsions qui les ont
suscités mais ne sont pas encore sociale par elles-mêmes.
Sociologie, Licence 2 26

- Simple coexistence d’individus ne constitue pas d’emblée une société pour que cette
dernière existe : il faut que les individus entrent en relation, les uns avec les autres,
directement ou par l’intermédiaire d’un tiers, qu’il existe différents types d’influence
les uns sur les autres.
On n’est donc pas dans un moment où l’individu agit d’intérêts personnels mais dans une
situation ou relation d’interdépendance, c’est-à-dire liée à des influences qu’il a sur les autres
et que les autres ont sur lui.
 Réfutation d’un individualisme atomique et d’une démarche holiste :
- La démarche de SIMMEL ne saurait être holiste. Il est contre le déterminisme social,
«clé en main de la société». Il a une conception particulière de l’unité procédant de
l’interaction entre différents éléments. Par ailleurs, l’individualisme chez lui n’est pas
un atome initial et irréductible, il est issu d’échanges réciproques.
- Au sens empirique, l’unité n’est pas autre chose que l’action réciproque d’éléments. Le
seul jeu des interactions produit la société dont la sociologie se propose d’étudier les
formes.
SIMMEL : un des grands précurseurs de l’interactionnisme américain ?

Chapitre 2 : Le paradigme interactionniste

Les courants interactionnistes trouvent leurs origines dans l’Ecole de Chicago et la


sociologie phénoménologique. Ils cherchent à comprendre le sens des phénomènes et de ses
rapports sociaux via les interactions et la communication propre à la vie quotidienne. Les
théories interactionnistes portent le regard sur les constructions sociales qui découlent des
interactions entre les individus, les acteurs, les membres…
Courants :
 L’interactionnisme symbolique :
- Ecole de Chicago (la première était une école d’écologie urbaine)
- Théorie de la Déviance de BECKER
- Stigmate de GOFFMAN
 L’ethnométhodologie de GARFINKEL
 La phénoménologie de SCHUTZ
Sociologie, Licence 2 27

NB :
- Si on veut comprendre le phénomène social, il faut mettre cela en relation avec les
interactions et non avec les structures ou les rationalités. Le comportement que vous
allez adopter n’est que le reflet que les autres ont eu sur vous, et vous sur eux, c’est-à-
dire les interactions.
- La sociologie de Pierre BOURDIEU est devenue une sociologie constructiviste parce
qu’elle a commencé à prendre en compte les constructions sociales.

L’école de Chicago et les étapes fondatrices de l’interactionnisme :


- Pourquoi une vision interactionniste aux Amériques et non une vision holiste ?
Parce qu’aux Amériques, il y a un peuplement différent avec le développement de la
technologie, beaucoup de gens vont venir s’y installer. Il y a donc un multiple apport de peuples
faisant que les cultures deviennent de plus en plus différentes. Donc il ne peut pas y avoir une
culture de référence. Sur ce, la vie sociale doit être faite d’interactions.
- Une vision pragmatique :
La sociologie est mise sur place pour régler ou résoudre les problèmes sociaux. Les américains
sont pragmatiques. Donc la sociologie américaine va avoir aussi une orientation pragmatique,
une vocation d’aider les personnes.
 Contexte de la ville de Chicago :
- Fin du XVIIIe siècle :
Il y avait un accroissement démographique et industrielle important. Il va s’en suivre des
problèmes liés à l’emploi, aux conflits ethniques périodiques entre les anciens et les néo-
immigrants, voire d’émeutes violentes.
- Chicago est alors le théâtre de multiples «problèmes urbains» traduisant un profond
malaise social : pauvreté, zones d’habitats délabrées, délinquance, criminalité, conflits
interculturels…
C’est pour ces raisons que la sociologie va être moins académique, plus pratique pour entrer au
cœur des «lieux» et des problèmes. Entre 1920 et 1930, ce courant tient une place centrale dans
la sociologie américaine : une analyse microsociologique de la ville et des formes concrètes de
la vie urbaine.
La sociologie empirique de Chicago fut initiée et institutionnalisée par :
- A. W. SMALL (fondateur du département et de la revue American Journal of sociology)
Sociologie, Licence 2 28

- WILLIAM THOMOS (auteur, avec F. ZANIECKI, du livre de Paysan polonais en


Europe et aux Etats Unis)
- R. PARK (journaliste reconverti à la sociologie et ancien étudiant de Georg SIMMEL)
- E. W. BURGESS
NB : cette première école est une école d’écologie urbaine, elle n’a pas créée
l’interactionnisme mais en est la base.
 La première école de Chicago : écologie urbaine
Les vagues successives de migrants transforment la ville, d’où une instabilité de l’équilibre
urbaine qui s’illustre par une «désorganisation-réorganisation». Il va y avoir une analyse des
modes d’occupation, de transformation des «aires» de répartition des populations.
La ville de Chicago est qualifiée de «laboratoire social» : au moyen de l’observation
participante in situ, les sociologues analysent les interactions sociales et recueillent du ressenti,
des représentations qu’en donnent les acteurs.
Ils vont pointer une méthodologie particulière : l’observation. Ainsi, celle-ci a été
privilégiée par les interactionnistes. Les entretiens sont aussi utilisés non pas dans une
perspective individualiste parce que tout simplement l’individu n’est pas le réservoir des
mobiles, c’est dans les interactions que se construisent les phénomènes, aux vécus (l’expérience
sociale).
 La seconde école de Chicago : école interactionniste
Entre deux guerres aux années 1950 : H. BLUMER et E. HUGHES : Démarche empirique sur
la sociologie.
 Expression «Interactionnisme symbolique»
 GOFFMAN définit l’interactionnisme comme un «système social en miniature», selon
lui «l’influence réciproque que les partenaires exercent sur leurs actions respectives
lorsqu’ils sont en présence physique immédiate les uns des autres». (GOFFMAN, Les
cadres de l’expérience, 1914).
L’interactionnisme symbolique :
Il puise ses racines aux années 1950 : l’interactionnisme symbolique renouvelle la tradition dite
de l’ «école de Chicago», courant qui plonge ses racines dans :
1. Le pragmatisme philosophique de J. DEWEY : souci d’être proche du concret, du
particulier, de l’action et opposée aux idées abstraites et vagues de l’intellectualisme.
2. La sociologie des «formes» de G. SIMMEL : action réciproque de plusieurs. Ce que la
sociologie doit observer, ce sont les liens qui existent entre les individus : les choses se
Sociologie, Licence 2 29

réalisent en situation, les actions réciproques entre les individus, les contenus (les états
mentaux) vont prendre une forme particulière dans les interactions.
3. Les approches psychologiques de G.H. MEAD (1863-1931) et de C.H. COOLEY :
l’interactionnisme symbolique (communication verbale et non-verbale) entre les
individus déterminent le sens que ces derniers accordent au monde, à leurs états
mentaux. BLUMER, élève de MEAD, va développer une microsociologie
interactionniste s’opposant aux paradigmes dominants en sociologie : le
fonctionnalisme et le culturalisme.
Trois principes fondamentaux de l’interactionnisme symbolique :
- Les humains agissent à l’égard des choses en fonction du sens que ces choses ont pour
eux.
- Ces sens sont dérivés ou proviennent des interactions de chacun avec autrui.
- C’est dans un processus d’interprétation mis en œuvre par chacun dans le traitement des
objets rencontrés que ce sens est manipulé et modifié.
NB : pour les individualistes, le sens des choses est lié à la rationalité de l’individu, alors
que pour les interactionnistes, le sens des choses est construit dans les interactions.
Un principe qui dispose que les faits sociaux ne s’expliquent pas par des
caractéristiques propres aux individus, ou par des structures sociales déterminantes qui
s’imposeraient aux individus.
NB : c’est en présence d’autrui que nous pouvons avoir un comportement accepté. La
norme est donc une construction sociale, c’est-à-dire en présence avec les autres, du fait
des influences réciproques qu’on va être d’accord sur certaines choses. Autrement dit, sur
ce qui est acceptable et sur ce qui ne l’est pas.
L’originalité de l’interactionnisme est :
- de considérer l’action réciproque des êtres humains et les signes qui les rendent visible
comme le phénomène social majeur.
- de considérer que le comportement humain n’est pas une simple réaction à
l’environnement mais un processus interactif de construction de cet environnement.
- de considérer que la société, les institutions, les classes sociales ou la conscience
collective n’ont pas de réalité indépendante des interactions sociales.
Sociologie, Licence 2 30

H.S. BECKER ET LA THEORIE DE LA DEVIANCE

Les études sur la déviance portaient sur le milieu social dudit déviant et sur sa personnalité.
- L’écologie urbaine interprétait la déviance à partir de la désorganisation sociale
- Le courant culturaliste mettait en évidence de sous cultures délinquantes
- Fonctionnalistes : concept d’ «anomie» pour expliquer le phénomène (avec MERTON).
BECKER : «théorie interactionniste de la déviance» ou théorie de l’«étiquetage». La
statistique désigne la déviance comme un écart par rapport à la moyenne, mais l’approche
interactionniste de BECKER en fait un concept dynamique (relation).
Pour BECKER, le déviant c’est la «personne dont le comportement s’écarte de la norme
sociale admise et définie dans le cadre des interactions avec les autres». Cette norme n’est
pas antérieure aux interactions, elle n’a de sens que dans le cadre des interactions. Pour qu’il
ait déviance, il faut trois éléments :
1. Une norme
2. Une transgression de la norme
3. Une désignation de cette transgression par quelqu’un.
Les interactions sociétales créant de la déviance, par réaction aux transgressions ; puis en
instituant des normes dont le non-respect entraine la déviance.
Dans OUTSIDERS (ouvrage) : l’élément constitutif de la déviance n’est plus le comportement
en tant que tel de l’individu déviant mais le fait que les autres le qualifient ainsi. Le déviant est
donc celui auquel cette étiquette a été appliquée.
 Les entrepreneurs de la morale et la Déviance :
BECKER a porté le regard sur ce qu’il a appelé «les entrepreneurs de la morale». Ils
élaborent et font appliquer les normes auxquelles ces déviants ne conforment pas. Ce sont des
acteurs qui se mobilisent pour qu’une activité donnée soit catégorisée socialement comme
déviante. BECKER cherche ainsi à montrer que la marijuana n’est devenue illégale aux Etats-
Unis qu’à la suite d’une campagne menée par des entrepreneurs de la morale.
Toute étude de la déviance, pour BECKER, ne doit pas penser les actions comme, en soi,
déviantes, mais comme ayant été définies comme telles par des entrepreneurs de morale.
- La déviance n’est rien d’autre comme construction sociale. Elle dépend de la situation
sociale ; c’est-à-dire des interactions.
Sociologie, Licence 2 31

ERVING GOFFMAN ET LE CONCEPT DE STIGMATE

Dans Stigmate, les usages sociaux des handicaps (1963) : GOFFMAN (1922-1982)
s’intéresse aux «différences» qui tendent à discréditer socialement les individus. Il pose la
question de la norme et de la marginalité (anormalité) et plus largement celle de la construction
de l’identité sociale.
Modèle de l’acteur social dramaturge et ritualité de la vie quotidienne :
- La vie sociale comme une scène sur laquelle l’auteur social joue un rôle dans une
représentation où il ne doit pas « perdre la face ».
GOFFMAN travaille sur la notion d’interaction en plaçant ce principe dans la formation de
l’identité. Cette dernière est l’expression dans la perception que les individus ont du rôle
social qu’ils jouent dans la société. Cette perception ne peut être établie qu’à partir des
interactions dans laquelle l’individu évolue.
- La société est un monde interactif et les individus ont conscience de leur rôle social,
celui-ci répondant aux attentes des autres personnes.
 La présentation du soi :
La vie sociale est une scène (région où se déroule la représentation), avec ses acteurs, son
public et ses coulisses (espace où les acteurs peuvent contredire l’impression donnée dans la
représentation).
Façade = différents éléments avec lesquels l’acteur peut jouer, tel le décor, mais aussi la
façade personnelle (signes distinctifs, statut, habits, mimiques, sexe, gestes).
Les acteurs se mettent sur scène offrant à leur public l’image qu’ils se donnent.
La scène = cadre social d’expérience, situation. On se présente sur la scène avec les images
que les autres attendent de nous. Or, si nous nous présentons avec des images non attendues par
le public, nous sommes toute de suite stigmatisés. Voilà l’idée de GOFFMAN.
 STIGMATE :
Traits jugés hors norme : représentent moins des attributs objectifs que des étiquettes opposées
au cœur des interactions pour les individus dit normaux.
- Passé des individus
- Handicaps
- Tares de caractère
- Homosexualité
- Appartenance à un groupe donné, etc.
Sociologie, Licence 2 32

La stigmatisation désigne une «relation» entre le «stigmatisé» et le dit «normal», d’où une
nuance entre identité sociale virtuelle et réelle. L’identité sociale virtuelle est celle qui est
stigmatisable.

LA SOCIOLOGIE PHENOMENOLOGIQUE DE SCHUTZ

La théorie interactionniste :

Pour les interactionnistes, la réalité sociale se construit. Elle ne renvoie pas à une base
psychologique de l’individu, c’est-à-dire à ses motivations (une intentionnalité que l’on
retrouverait dans l’individu et qui oriente le sens de ses actions). La réalité sociale se construit
au fil des interactions. Elle n’est pas aussi prédéterminée par des structures et n’est pas motivée
au plan individuel. Pour Georg SIMMEL, l’intention est un contenu qui doit être socialisée, elle
va avoir une forme au cours des interactions. C’est ce qu’on va aussi retrouver dans la pensée
de SCHUTZ de manière singulière parce qu’il va beaucoup plus donner du poids à trois
concepts : concept de phénomène, de l’expérience et de réalités multiples.

L’originalité de l’interactionnisme est de considérer que l’individu est lui-même influencé


par les autres et vis-versa. C’est-à-dire que la motivation que je vais avoir est préconstruite dans
mon esprit mais elle ne vaut pas grande chose. C’est seulement lorsque je vais me confronter
aux autres qu’elle va avoir une réalité, une forme, une orientation particulière. Ainsi, la
conscience collective, les normes, les valeurs n’échappent pas à l’individu. Tous ceux-ci sont
une construction de l’individu au processus des interactions.

C’est ce que SCHUTZ va reprendre en parlant de Réalités multiples parce que finalement
nous sommes dans plusieurs types de réalités et que chaque réalité renvoyant à une situation,
va donner place à une expérience singulière et celle-ci va même avoir une manière d’influencer
sur notre manière d’interpréter le monde : d’où la notion de phénomène.

L’expérience va influencer le sens de nos actions au fils des interactions. C’est cela qui va
faire évoluer nos motivations, cela va nous renvoyer à une forme de réalité.

Histoire de SCHUTZ :

Il faut toujours partir de l’histoire, du vécu de l’auteur pour comprendre sa théorie, sa


pensée. Alfred SCHUTZ est un allemand, il est mort en 1959. Il a été confronté naturellement,
en Allemagne, à la théorie de Max WEBER et de Georg SIMMEL. Et comme celui-ci,
Sociologie, Licence 2 33

SCHUTZ va s’exiler aux USA en raison du nazisme. Il va arriver en 1939 aux USA et va lui-
même être confronté à ce qu’il va appeler les Réalités multiples (l’expérience est faite de
plusieurs réalités différentes). Il était avocat d’affaire, chercheur en sciences sociales et
musicien.

Ce vécu personnel et ce vécu expérimenté vont être des éléments importants dans la
réflexion qu’il va développer.

Il est influencé par la sociologie de WEBER qu’il va beaucoup critiquer. Il va se poser


et s’opposer à WEBER. Il est aussi influencé par la philosophie phénoménologique d’Edmund
HUSSERL : c’est à lui que SCHUTZ emprunte le concept de phénoménologie. HUSSERL
pense que nous avons une intentionnalité mais celle-ci ne vaut pas grandes choses si on ne tient
pas compte de l’expérience. Parce que c’est dans cette expérience que l’intention va avoir une
coloration. C’est ce qu’il appelle la réduction phénoménologique. Même ce que nous voulons
ne vas pas renvoyer à notre intentionnalité mais va renvoyer à l’agir. C’est dans les expériences,
lorsque nous allons agir avec les autres, que notre intention va se construire.

Arrivé aux USA, il va être influencé par le pragmatisme américain avec la tradition
philosophique pragmatique de John DEWEY, William JAMES, Georg Herbert MEAD : étudier
les formes concrètes de la société.

 Phénomène = situation / expérience

C’est en fonction de la situation qu’on va avoir une intention. Or, pour WEBER, l’individu a
d’abord ses motivations, ses intentions, ses objectifs qu’il cherche à résoudre. L’intention, pour
HUSSERL, se construit dans les phénomènes (les expériences, les situations), et qu’on va
définir ce qu’on cherche.

 Réalités multiples = c’est dans les différentes situations que nous allons avoir des
intentions, des motivations. L’intention ne sert pas à grande chose tant qu’on n’est pas
en interaction avec les autres.
Critiques des travaux de Max WEBER par SCHUTZ :

Weber distingue l’ACTION de l’ACTION SOCIALE. L’action est un comportement


humain auquel l’auteur individuel relie un sens subjectif. Il n’y a pas une dimension sociale
quand on parle de l’action tout court de l’individu. L’action sociale est une action telle que,
en vertu de sens visé par le ou les acteurs, elle se rapporte aux comportements des autres
et est orientée de ce fait dans son déroulement. Donc, on parle d’action sociale dès qu’il y
Sociologie, Licence 2 34

a les autres. Ce qu’il faut retenir au-delà de cette définition, c’est que pour WEBER, la
caractéristique principale de l’action sociale c’est la relation significative que l’auteur établit
avec la réalité qui l’environne, et spécialement avec autrui.

C’est dans ce cas de figure qu’il a développé les quatre formes de rationalité. Pour WEBER,
si le comportement de l’individu est lié à ce qui l’environne et à autrui, c’est qu’il renvoie juste
à certaines normes, certaines valeurs, à une tradition, à une activité charismatique qui fait que
chacun d’entre nous, finalement, partage ces idées.

Exemple :

C’est parce que je suis musulman que si je vous dis que j’ai pris, à la fin du mois, mon
salaire et je suis allé à Touba pour le donner au marabout. Celui qui est musulman ou celui qui
est mouride comprend cela. Et c’est probable que lui aussi fasse la même chose. C’est-à-dire
qu’on va avoir un comportement déterminé par un environnement et qui peut être partagé par
tous.

SCHUTZ va critiquer la notion de SENS. Le sens que je vais donner à mon action est
influencé par quelque chose que je partage avec les autres. Selon WEBER, les mêmes
phénomènes sont interprétés de la même façon. Ce qu’il faut retenir c’est que ce n’est pas
quelque chose qui se construit au cours de l’action, c’est quelque chose qui se construit en
dehors parce qu’elle est influencée par notre environnement, des valeurs. Pour SCHUTZ, le
sens est préconstruit mais en réalité, il se construit beaucoup plus au fil de l’action.

L’individu va traduire les différents angles sur lesquels lui apparait le monde social, donc
des phénomènes. Ce qui fait qu’en face de différentes situations, il va adopter des conduites,
des actes multiples plus différents selon sa position dans le groupe, selon les types de groupe
etc. et cela va influer sur son interprétation, sur son vécu. C’est-à-dire son comportement va
prendre, ou bien va être construit au fil de l’action, il ne se construit pas en dehors de l’action
mais au-dedans de celle-ci. Alors que pour WEBER, le sens se construit en dehors.
Sociologie, Licence 2 35

WEBER: SCHUTZ:
en dehors au dedans

l'action
sociale
construit
e

Le sens de l’action n’est pas rationnel, pour SCHUTZ, au sens où il y aurait une raison
portée par l’individu. Pour lui, ce sens va se construire au fil des actions. Donc dans la
sociologie compréhensive de SCHUTZ, il y a une pré-construction du monde par des auteurs
différents de par leurs positions, cette précompréhension va avoir une compréhension au fil des
actions. Cela rejoint la pensée de SIMMEL qui dit que les motivations sont des contenus qui
auront des formes dans les interactions.

La phénoménologie c’est en fait une voie pour la sociologie d’interroger le mode


d’apparaitre du monde à une conscience, c’est-à-dire comment le monde nous apparait à notre
conscience. Comment on va interpréter les choses, les donner du sens au fil de l’action ou des
actions. Les phénomènes sont donc ce qui se manifeste à nous, ce sont les situations. C’est en
fonctions de cela que nous allons construire de la motivation, de l’intention.

C’est pour cela que SCHUTZ dit qu’il faut revenir aux choses mêmes et les décrire telle
qu’elles se présentent à la situation, sans référence à une quelconque réalité.

Postulats :

- Le sens de l’action se découvre au cours des activités quotidiennes,


- On interprète les choses dans le cadre de l’action.

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