Bobath Ner21
Bobath Ner21
Gerber
L’approche NER 21 utilise le concept Bobath actuel comme cadre de référence. Elle est indi-
quée pour toutes symptomatologies du système nerveux central. Elle insiste sur les facteurs
contextuels, personnels et environnementaux de la classification internationale du fonction-
nement (CIF) décrite par l’OMS. Tout en tenant compte des déficiences sous-jacentes, les
stratégies thérapeutiques proposées abordent le traitement sous l’angle de l’activité et de la
Approche thérapeutique
participation qui sont directement liées à l’amélioration de l’indépendance fonctionnelle et
de la qualité de vie.
neuro-environnementale
Cet ouvrage détaille l’approche NER 21 en s’appuyant sur le parcours thérapeutique de plusieurs
personnes atteintes d’hémiparésie, d’hémiplégie ou d’ataxie. Il montre comment l’intégration
La rééducation est trop souvent une activité confinée à un cabinet ou un centre de rééducation. Michèle H. Gerber
et les contributrices de cet ouvrage se placent du côté de la personne traitée, dans son environnement quotidien.
Les avancées de la neurophysiologie nous ont montré que l’approche environnementale en neurologie est incon-
tournable. À lire et à intégrer dans sa pratique.
Dominique MONNIN – Responsable Recherche & Qualité en Physiothérapie aux Hôpitaux universitaires de Genève.
Michèle H. Gerber est une formatrice et une thérapeute passionnante et passionnée. Avec la collaboration d’auteurs
et de chercheurs renommés, elle nous offre ici une belle synthèse de recherches, ainsi qu’une démarche scientifique
étayée. Grâce à ses exemples concrets, ce livre permet de cerner les problématiques bio-psychosociales des personnes
cérébrolésées et propose des réponses innovantes aux kinésithérapeutes, ergothérapeutes, orthophonistes et théra-
peutes des soins.
Concept NER 21
Florence JEAY – Ergothérapeute DE (Paris), Bc es Sciences en ergothérapie (Montréal), Master Sciences de l’éducation
(Rouen/France), responsable formation continue à l’ANFE.
neuro-environmental Rehabilitation 21st Century
Cet ouvrage, écrit par des expertes-cliniciennes, met l’accent sur la satisfaction des patients et présente une approche
unique qui tient compte de l’intégration des systèmes neuraux dans la démarche de réadaptation. L’ensemble de l’ouvrage
est un bel exemple de raisonnement clinique interdisciplinaire. Sous la direction de Michèle H. Gerber
Ana Inés ANSALDO – Professeure agrégée, département d’orthophonie et d’audiologie, faculté de médecine, université
de Montréal, directrice de l’enseignement, Institut universitaire de gériatrie de Montréal, directrice de laboratoire, centre Préface de Daniel Bourbonnais
de recherche de l’IUGM.
+
Conception graphique : Baptiste Manchon
www.deboeck.fr
De Boeck-Solal
47, rue d’Enghien
75010 Paris
Tél. : 01.72.36.41.60
© De Boeck Supérieur SA
Éditions De Boeck Université
Fond Jean Pâques 4, B1348 Louvain-la-Neuve
Imprimé en Belgique
Dépôt légal :
Bibliothèque nationale, Paris : janvier 2014 ISBN : 978-2-35327-186-3
As we let our own light shine, we unconsciously give other people permission to do the same.
(En laissant notre propre lumière irradier, nous permettons
inconsciemment aux autres de faire de même.)
Nelson Mandela
Parfois la vie nous teste et met à l’épreuve notre capacité d’adaptation. Les cinq sens des handica-
pés sont touchés, mais c’est un sixième qui les délivre. Bien au-delà de la volonté, plus fort que tout,
sans restriction, ce sixième sens qui apparaît, c’est simplement l’envie de vivre.
Grand Corps Malade, Patients, 2012, Éditions Don Quichotte
T H É O R I E ET PRÉSENTATION DE CAS CLINIQUES V
Sommaire
Contributrices et contributeurs............................................................................................................ V
Sommaire............................................................................................................................................. VII
Préface................................................................................................................................................. IX
Avant-propos........................................................................................................................................ XI
3 Le deuil fonctionnel................................................................................................................... 43
7 Intégrer la personne avec aphasie sévère aux décisions qui la concernent ............................ 105
V
VI Chapitre 1 S O M M A I R E
16 Établir une relation mère-fille équilibrée malgré l’ataxie et la paralysie faciale...................... 261
Remerciements.................................................................................................................................... 349
T H É O R I E ET PRÉSENTATION DE CAS CLINIQUES VII
Contributrices et contributeurs
VII
VIII Chapitre 1 C O N T R I B U T R I C E S ET CONTRIBUTEURS
Témoignages
Dr. PD Blaise Haldimann : médecin spécialisé en médecine interne, Sierre (Suisse).
Préface
Avant-propos
XI
1
Introduction
Michèle H. Gerber
1
2 Chapitre 1 I N T R O D U C T I O N
presque illimitée. Par la suite, seules les thérapies prou- Davies a mis l’accent sur la présence constante d’une
vées scientifiquement ont été reconnues et acceptées. héminégligence dans ce syndrome, présence contestée
Actuellement, le pendule semble revenir au centre en par Pérennou dans ses premières publications. Celui-ci
intégrant le clinical-based practice (CBP) à l’EBP, ce qui reconnaît toutefois son existence lorsque l’atteinte est
valorise l’expertise des cliniciennes et correspond à leur sévère. Par contre, la mise en évidence de l’atteinte
éthique et à leurs valeurs professionnelles. d’une verticale posturale subjective ne remet nullement
Dans le cas d’une atteinte hémiparétique ou hémi- en question l’approche thérapeutique effectuée depuis
plégique, on cherche à stimuler le côté parétique tout plus de 25 ans. Les thérapeutes confrontées à des per-
en diminuant voire empêchant les compensations par sonnes manifestant une atteinte de la perception erro-
l’utilisation excessive du côté le moins atteint : voilà née de la ligne médiane du corps n’ont pas attendu que
le pilier fondamental de la philosophie de l’approche ce syndrome soit reconnu par les données probantes, ni
NER 21, fondée sur le concept Bobath décrit par la qu’il soit relié au SNC, pour agir en appliquant des stra-
physiothérapeute Berta Bobath dès les années 1960, et tégies thérapeutiques efficaces.
qui est en constante évolution grâce aux instructrices
d’IBITA (International Bobath Instructors Training 2.2.2. L’importance du contrôle postural sur la pro-
Association) [11]. La démarche NER 21 est égale- duction de la parole et la déglutition
ment une approche biopsychosociale et écologique qui L’approche NER 21 met l’accent sur l’importance
va bien au-delà de la simple rééducation de la patholo- de l’allongement axial actif (AAA), c’est-à-dire du tronc
gie que présente la personne hémiparétique ou hémi- et de la nuque. L’expérience clinique montre l’influence
plégique car elle s’intéresse à la personne dans sa glo- positive de cet alignement sur le contrôle postural.
balité et à l’intégration active de celle-ci dans son plan NER 21 considérant le corps dans son entier, il est
d’intervention. logique que les thérapeutes en orthophonie en fassent
partie. Berta Bobath a cherché à comprendre les liens
2.2. La validation scientifique entre l’efficacité de la production de la parole et la
de l’expérience clinique déglutition dans les atteintes neuro-musculaires. Elle a
intégré le travail de l’orthophoniste auprès des enfants
Nombreux sont les exemples dans lesquels l’expé- souffrant d’une paralysie cérébrale ainsi qu’auprès des
rience clinique anticipe de plusieurs années la preuve adultes avec des atteintes acquises du SNC, et plu-
scientifique. sieurs orthophonistes ont collaboré au développement
du concept pour les troubles de la parole et de la déglu-
2.2.1 L’importance de l’expérience clinique dans le tition (Crickmay, 1966 ; Morris, 1972 ; Alexander,
processus de validation scientifique : l’exemple du 1987 & 2000). L’orthophoniste anglaise Kay Coombes
syndrome pusher a beaucoup travaillé avec Berta Bobath et les instruc-
L’exemple de la description du syndrome pusher ou trices du concept Bobath (adultes et enfants) auprès
de latéropulsion décrit par Patricia M. Davies en 1985 d’adultes hémiparétiques ou hémiplégiques, et a déve-
[12] illustre bien cette réalité. Davies décrivit ce syn- loppé la thérapie de la face et de la voie orale (facial oral
drome sur la base de son observation clinique et pro- tract therapy, ou FOTT) [16]. Certaines de ses tech-
posa des stratégies thérapeutiques basées sur le concept niques de rééducation ont été présentées dans le livre de
Bobath. Dans son enseignement, elle relevait que ce phé- Patricia M. Davies : Steps to follow (2000). L’efficacité
nomène se manifestait principalement chez les patients de ces interventions a été démontrée par Hansen,
présentant une hémiparésie ou une hémiplégie gauche. Engberg et Larsen (2008) [17] et par Carien, Beurskens
Jamais au préalable, ce syndrome pusher n’avait été et Heymans (2003) [18].
décrit et aucune explication médicale n’existait. Ce n’est L’approche NER 21 considère que la dysarthrie et
que suite aux publications de Karnath (2000) [13] et la dysphagie sont intimement liées sur le plan neuro-
de Pérennou (2002) [14] que fut présentée une explica- anatomo-physiologique. Parole et déglutition doivent
tion physiopathologique de ce syndrome qui serait dû à donc être traitées en synergie comme un ensemble dyna-
une pathologie des gravicepteurs se manifestant par une mique nécessitant une approche globale de la posture
perception pathologique de la verticale posturale subjec- corporelle. Nous estimons que la tête et le cou font par-
tive (VPS) par rapport à la verticale subjective visuelle tie d’une entité à la fois proximale, puisque ceux-ci sont
(SVV). Les auteures relèvent le rôle prépondérant de situés dans l’axe postural, et distale, puisqu’ils contri-
l’hémisphère droit dans cette élaboration d’un modèle buent à la production de mouvements fonctionnels spé-
interne de verticalité et dans le contrôle de l’élaboration cifiques. Gerber et Julien (chapitre 8, « Évolution d'une
du corps par rapport à la pesanteur. Ils concluent que le personne présentant une dysarthrie et une dysphagie sévères
fait de « pousser » vers le côté parétique au moyen des de type ataxique ») ont développé des traitements en
extrémités du côté sain est un comportement postural binôme « physiothérapeute + orthophoniste » en consi-
qui conduit les patients à aligner leur posture en érec- dérant la personne traitée comme étant au cœur de son
tion avec une référence erronée de la verticalité [15]. processus thérapeutique. L'étude de Phillips et al. [19]
4 Chapitre 1 I N T R O D U C T I O N
montre l'efficacité du travail du contrôle musculaire de de s’impliquer plus facilement dans sa réadaptation.
la posture sur la parole. Une étude dirigée par Julien NER 21 suggère donc d’abolir les uniformes blancs
[20] est en cours pour déterminer les liens entre posture des professionnels de la santé et de porter plutôt des
et parole. Des résultats préliminaires semblent démon- habits de couleurs vives (afin de stimuler l’attention
trer des liens entre certains paramètres de la parole et du côté parétique où se tiennent les thérapeutes) et
une posture assise thérapeutique optimale (2013). des vêtements quotidiens auxquels on ajoute un signe
de reconnaissance afin de les différencier des autres
2.2.3. L’importance de l’alignement du tronc personnes non-thérapeutes (voir l’étude menée par
Panturin [21] argumente cette stratégie en rappe- Vuadens et Gerber sur l’influence des habits de cou-
lant que Mittelstaedt a trouvé d’une part des récep- leurs sur la récupération des personnes présentant une
teurs de pression situés dans les reins, qui d’après hémiparésie [28], chapitre 5, « Rôle du neurorééducateur
Ammons sont connectés neurologiquement au cerve- dans la réhabilitation des personnes victimes d’un AVC »).
let, et d’autre part des récepteurs de tension situés dans
les ligaments connectés avec les grands vaisseaux san- 2.4. NER 21, Bobath et la thérapie par la
guins près de la colonne vertébrale. Elle propose donc contrainte : similitudes et différences
de faciliter les récepteurs impliqués dans la verticale cliniques
posturale subjective (VPS) en mobilisant passivement La thérapie par la contrainte, ou constraint induced
et activement le tronc inférieur sur un tronc supérieur movement therapy (CIMT), consiste à immobiliser le
stabilisé. Ces stratégies font partie intégrante de l’ap- bras sain pour favoriser la participation du membre
proche NER 21. atteint dans des séances de répétitions de mouvements.
Son efficacité a été démontrée grâce à une étude à
Ainsi, l’approche NER 21 vise à redonner des infor- grande échelle de Wolf et Winstein (2006) [24] réa-
mations sensori-motrices favorisant un meilleur contrôle lisée aux États-Unis et intitulée : EXCITE Stroke Trial
postural et, par conséquent, permet une correction de l’ali- (EXCITE étant l’acronyme d’Extremity Constraint
gnement physiologique. L’approche s’intéresse directe- Induced Therapy Evaluation). La philosophie de base
ment au système atteint et aux déficiences sous-jacentes des concepts NER 21, Bobath et de la thérapie par la
qui en résultent. Elle s’oppose en cela à l’utilisation de stra- contrainte est similaire puisqu’ils recherchent tous les
tégies compensatoires telles que la vision. En effet, l’ap- trois la limitation maximale des compensations par le
proche NER 21 utilise la vision afin de recruter le réper- côté sain. Ces trois approches privilégient la stimulation
toire sensori-moteur (central set) en demandant au patient du côté le plus atteint dans le cas d’une hémiparésie, et
de regarder un objet devant soi, dans son champ visuel par stimulent la participation active de la personne.
exemple, mais elle ne demande que très rarement à la per-
sonne de remplacer la perception du corps par la vision. 2.4.1. Les études EXCITE et ICARE :
intérêt et limites
2.3. L’approche NER 21 et l’approche centrée ➤➤ L’étude EXCITE
sur la personne concernée Même si l’étude EXCITE (Extremely constraint
Dans l’approche patient-oriented readaptation/ induced therapy evaluation) à propos de la thérapie
patient-centered reeducation, la personne atteinte dans par la contrainte est très prometteuse et laisse envi-
son intégrité physique est au centre de sa réadapta- sager à de nombreux patients des résultats très posi-
tion et les thérapeutes gravitent autour d’elle (Randall tifs dans un court laps de temps, il est dommage que
& McEwen, 2000) [22]. Encore trop souvent, les spé- ces publications omettent souvent de préciser les cri-
cialistes colloquent et rendent leur verdict sans consul- tères d’exclusion (l’héminégligence, les problèmes de
ter la personne concernée. Ce n’est que par la suite perception ou neuropsychologiques), alors qu’ils sont
que celle-ci peut intervenir dans la discussion concer- présents chez la plupart des personnes en réadapta-
nant ses choix ou projets de vie et souvent uniquement tion. Les candidats à l’étude EXCITE devaient éga-
en présence du médecin. Bien des personnes n’ont pas lement avoir au préalable des possibilités de mouve-
le courage d’exprimer leurs désirs et continuent d’être ments sélectifs du membre supérieur et de la main
impressionnées par les « blouses blanches ». Elles ont parétique que peu de personnes profitant d’une réa-
également peur de vexer le corps médical et préfèrent lui daptation dans nos contrées peuvent réaliser.
laisser le pouvoir de décider à leur place. Dans les pays
où cette culture de respect des « blouses blanches » est ➤➤ L’étude ICARE
remise en question voire abolie, comme en Amérique L’étude ICARE en cours évalue la praticabilité
du Nord et en Australie, on s’aperçoit que l’individu a et l’efficacité de la thérapie par la contrainte avec des
davantage conscience de ses droits mais également de individus présentant une hémiparésie en phase précoce
ses devoirs. La collaboration est ainsi plus équilibrée et et un potentiel de récupération moins élevé que pour
est construite sur un respect mutuel. Ceci lui permet l’étude EXCITE.
3. L ' I N T É G R A T I O N DES NOTIONS DE LA NEUROPLASTICITÉ DANS NER 21 5
3.3 Importance de l’environnement actuellement dans ce sens car l’idéal est vraisemblablement
sur la neuroplasticité d’avoir à disposition différentes structures. Ces nouveaux
Les découvertes récentes sur la neuroplasticité mettent lieux de rééducation et réadaptation semblent être effi-
en évidence la nécessité de la participation active de la per- caces et économiques. L’approche NER 21 peut être pra-
sonne et l’importance d’un environnement proche de sa tiquée dans n’importe quel lieu de réhabilitation, car elle ne
réalité [27]. Cet aspect de la recherche scientifique remet nécessite pas de matériel spécifique : NER 21 utilise l’en-
en question la pertinence de centres de réadaptation sou- vironnement et le matériel à disposition, que ce soit le lieu
vent hors des lieux de vie des patients et proposant un de vie privé, professionnel, de loisirs ou de sport, l’hôpital
environnement architectural très différent de celui dans (soins intensifs, médecine, hôpital de jour) ou le centre de
lequel ils ont évolué avant leur atteinte. Si divers centres en réadaptation.
Europe se targuent d’avoir créé des lieux de réadaptation
avec des espaces et équipements très généreux et sophisti-
qués (portes automatiques, restaurant-cafétéria et couloirs
larges), il existe d’autres approches de centres de réadapta- 4 Principes d’application de NER 21
tion. En Afrique du Sud, par exemple, les quelques centres NER 21 s’inspire du concept Bobath et de Bobath-
de réadaptation et leurs satellites ouverts pour les théra- based rehabilitation (BBR). Le concept Bobath est une
pies ambulatoires (dans les townships) ont une dimension approche de neuroréadaptation basée sur la résolution
et une infrastructure beaucoup plus proches de la réalité de situations problématiques. Il s’applique à toute per-
du lieu de vie des patients ; l’aspect financier a peut-être sonne présentant des perturbations de la fonction, du
conditionné ces choix mais ils s’avèrent plus efficaces dans mouvement et du tonus provoquées par une lésion du
la récupération des fonctions avec une personne ayant des système nerveux central. Son but est d’optimiser l’indé-
problèmes perceptifs. La perte de temps des thérapeutes pendance fonctionnelle et la qualité de vie en amélio-
lorsqu’elles se déplacent d’un patient à l’autre tend à mettre rant le contrôle postural et les mouvements sélectifs, par
en évidence la pertinence de petites structures comme elles exemple au moyen de facilitations [28].
existent déjà en Afrique du Sud ou au Québec (points de Ces facilitations peuvent être directement appli-
services). D’après les connaissances actuelles de la science quées par les thérapeutes en procurant des informations
du mouvement (contrôle et apprentissage moteur), l’en- tactiles-kinesthésiques, mais elles peuvent tout aussi
vironnement le plus adéquat est celui qui se rapproche le bien être indirectement induites par d’autres stratégies :
plus de celui précédant la lésion. Ceci parle en faveur d’une modulation de l’environnement, choix d’activités recru-
réadaptation à domicile. Le virage ambulatoire canadien a tant le répertoire sensori-moteur (central set) et surtout
montré plusieurs avantages de son efficacité tout en gar- motivation de la personne grâce à un choix d’activités
dant des centres de réadaptation spécialisés pour la réa- correspondant à ses attentes.
daptation précoce et pour les cas complexes nécessitant un La difficulté réside dans l’écart parfois irréduc-
encadrement important et professionnel. Plusieurs pays tible entre ce que souhaite la personne et ce qui est réali-
tels que la France, la Suisse ou l’Allemagne, se dirigent sable. Prenons l’exemple du désir de rejouer du piano avec
5. É V A L U A T I O N SYSTÉMIQUE ET RAISONNEMENT CLINIQUE DE NER 21 7
aucune ou très peu de récupération du bras parétique ; il patient, qui déterminera la gravité des déficits à pal-
est alors nécessaire d’analyser avec la personne les diverses lier. L’évaluation clinique doit être effectuée dès le pre-
composantes requises pour cette activité et de lui proposer mier jour, en binôme physiothérapeute-ergothérapeute
une approche pas à pas. Si les thérapeutes ne promettent si possible. Cela permet un gain de temps et d’éner-
jamais une récupération totale de la capacité fonctionnelle gie. Un service intranet entre les diverses intervenantes
aux personnes traitées, elles encouragent une vision posi- est également d’une grande aide pour faire passer l’in-
tive de chaque petit retour sensori-moteur. Les patients formation sans que le patient se voit posé plusieurs
doivent avoir l’intime conviction d’être considérés comme fois les mêmes questions, ce qui fragilise avec raison sa
des adultes et non comme des enfants. confiance dans notre efficacité. Les modèles d’évalua-
Dans la phase initiale de réadaptation, la personne tion sont nombreux et la complémentarité de ceux-ci
peut se reposer plus qu’il ne serait souhaitable sur les font leur richesse. Il n’y a pas un exemple d’évaluation
thérapeutes, rendant plus difficile sa responsabilisation qui satisfasse dans tous les cas.
et freinant sa participation optimale. Elle doit sentir de
notre part de l’empathie. Notre fonction devient alors 5.2. Échelles utilisées
celle de coach. Choisir un coaching, c’est-à-dire conseiller,
instruire et accompagner plutôt que prendre en charge la
5.2.1. Échelle sur l’étendue d’une déficience (OMS)
personne et risquer de stimuler la passivité, est une nou-
Dans le modèle de la Classification internatio-
velle attitude qui peut surprendre dans certains pays où
nale du fonctionnement (CIF), les degrés de déficience
une forme de paternalisme ou de maternalisme est habi-
sont décrits suivant la grille de référence ci-dessous.
tuelle dans le milieu médical et paramédical. Le pou-
Le code qualificatif générique sur l’échelle négative est
voir décisionnel sur soi-même doit être maintenu dans la
utilisé pour indiquer l’étendue ou l’importance d’une
mesure où il est une des clés du succès visant une amélio-
déficience.
ration de la situation biopsychosociale [29]. Notre atti-
tude doit être proactive et positive : encourager et félici-
ter constamment. D’après Merzenich, cette attitude est Déficience observée Score
le meilleur stimulateur de la plasticité neuronale. Pas de déficience 0-4 %
La personne garde libre choix et autonomie intel- Déficience légère 2-24 %
lectuelle, même si celle du mouvement est limitée. Cette
Déficience modérée 25-49 %
même attitude est à observer envers les partenaires de
personnes traitées, il faut non seulement éviter absolu- Déficience grave 50-95 %
ment de s’immiscer dans leur couple, mais aussi préser- Déficience très grave 96-100 %
ver le plus possible un rapport émotionnel et non théra-
peutique entre eux. Le rapport intime doit être préservé
afin de permettre au couple de survivre à ce déséqui- 5.2.2. Échelle sur l’étendue d’une symptomatologie
libre momentané et cette remise en question du couple. Vuadens et Gerber proposent une échelle adaptée
Responsabiliser la personne atteinte lui permet d’ac- inspirée de celle de l’OMS, mais mettant l’accent sur la
cepter l’aide de son ou sa partenaire, chacun gardant à gravité des symptômes en faisant une distinction entre
l’esprit que c’est en tant que conjoint(e), et non pas de hémiparésie et hémiplégie.
pseudo-thérapeute, qu’il/elle intervient. La personne non
atteinte dans le couple souffre souvent de la culpabilité Déficience observée Score
d’être « valide » et elle ne s’accorde que peu de répit. Cela
conduit à un épuisement émotionnel à court ou moyen Attaque ischémique transitoire (AIT) – 0-4 %
symptomatologie anodine
terme désastreux pour le couple. Celui-ci est confronté à
de nombreux défis car il doit trouver un nouvel équilibre Hémiparésie légère 2-24 %
(voir chapitre 2 « BPS-D Deconditioning Syndrome », page Hémiparésie modérée 25-49 %
xx). Malheureusement, les séparations sont fréquentes. Hémiparésie grave 50-95 %
Hémiplégie 96-100 %
5. évaluation systémique et
raisonnement clinique de NER 21 5.3. Approche éco-systémique
Les découvertes en neuroplasticité corroborent la intégré dans NER 21. Nous attendons donc avec intérêt
plupart des hypothèses élaborées il y a plus de 50 ans les résultats de l’étude ICARE.
par Berti Bobath [37] et auxquelles NER 21 adhère : Le retard d’explication scientifique ne doit pas
• réorganisation et amélioration du contrôle empêcher les thérapeutes de traiter les personnes pré-
postural entraînant un meilleur contrôle des sentant une atteinte neurologique selon une approche
mouvements ; non encore validée scientifiquement, si l’expérience cli-
• réalisation du potentiel de récupération du côté nique a déjà montré qu’elle satisfaisait les patients et
parétique ou plégique ; qu’elle améliorait leur qualité de vie. L’efficacité dans
• empêchement des compensations par le côté la récupération de l’indépendance fonctionnelle est une
sain ; autre preuve de l’efficacité d’une approche, même en
• stimulation et participation active de la personne ; l’absence d’étude scientifique.
• intégration de l’entourage.
Dans l’approche NER 21, la compensation n’est L’approche NER 21, intégrant les connaissances
souhaitée que lorsqu’il n’y a pas ou plus de moyen d’ac- les plus récentes de la science du mouvement, se situe
tiver tout ou partie du côté parétique ou plégique. donc tout à fait dans la mouvance actuelle de la réhabi-
La recherche scientifique sur la thérapie par la litation neurologique [40].
contrainte met l’accent sur la durée de l’entraînement, qui
devrait être de 6 à 8 heures par jour. Cela peut paraître
nouveau, mais en réalité, Mme Bobath préconisait déjà,
dans les années 1960, le concept des « 24 heures ». 8. Références
La validation de la thérapie par la contrainte pour 1. Kernbaum, S. (2008). Dictionnaire de médecine
les personnes avec un bon potentiel de récupération est Flammarion, 8ème édition, Paris : Flammarion, 1133 p.
favorable à NER 21 puisqu’elles partagent l’hypothèse 2. Garnier, Delamare (2012). Dictionnaire illustré des
théorique du potentiel de récupération du côté parétique. termes de Médecine. 31e édition : Maloine, 1054 p.
Elle a démontré la pertinence de notre hypothèse de base 3. Wainsten, J.-P. (2012). Le Larousse médical.
commune : il existe bel et bien un potentiel de récupéra- Larousse, 1113 p.
tion du côté parétique et le moyen de le recruter consiste 4. OMS : Classification internationale du fonction-
à empêcher la compensation par le côté le moins atteint. nement, du handicap et de la santé (CIF), 2001,
Intégrer en plus la notion de qualité du mouvement, spé- www.oms.int/cif
cifique à l’approche NER 21, peut optimiser la récupéra-
tion fonctionnelle. Si l’expérience scientifique fait encore 5. OMS : www.who.int/entity/disabilities/cbr/en,
défaut pour prouver cette évidence clinique, c’est aussi à Community-based rehabilitation.
cause du manque d’intérêt des personnes impliquées dans 6. Landrum, P.K., Schmidt, N.D. & LcLean, A., et
la recherche à développer des paramètres d’évaluation de al. (2008). Outcome-oriented rehabilitation. Aspen
la qualité, qui préfèrent les paramètres quantitatifs, net- Publishers Inc., 325 p.
tement plus faciles à cibler. 7. Shumway-Cook, A., Woollacoot, M. (2011).
Une alternative serait d’évaluer non pas directe- Motor control: Translating Research into Clinical
ment la qualité du mouvement mais plutôt le degré de Practice. Lippincook Williams & Wilkins, 656 p.
satisfaction ou la qualité de vie, exprimés par la per-
8. Raskin, S.A. (2011). Neuroplasticity and
sonne atteinte et son entourage, suivant une approche
Rehabilitation, The Guilford Press, 351 p.
associant quantité et qualité. Le syndrome du décondi-
tionnement physique et biopsychosocial (voir chapitre 9. Sackett, D.L., Strays, D.E., Richardson, W.S.
« BPS-D ») propose un programme de réhabilitation Rosenberg, W., Haynes, R.B. (2000) Evidence-
complexe visant ces deux aspects et les échelles origi- based medicine: How to practice and teach EBP (2nd
nales de NER 21 présentées dans cet ouvrage pourront, ed.), New York : Churchill Livingstone.
espérons-le, être un moyen efficace à son évaluation. 10. McKibbon, K.A. (2008). Evidence-based-practice,
Il sera enfin intéressant de voir la praticabilité de Bull Med Libr Assoc, 1998 July; 86(3):396–401.
l’approche CIMT et l’efficacité de la thérapie par la 11. International Bobath Instructors Training
contrainte avec des personnes présentant un potentiel de Association: documents www.ibita.org
récupération faible car dans ce cas, l’approche hands-on
12. Davies, P.M. Steps to follow. Springer, 2000, 2nd ed.
préconisée dans certaines circonstances par les approches
NER 21 et Bobath consistant à faciliter les mouvements 13. Karnath, H.O., Broetz D. The origin of contraver-
par des prises manuelles s’avérera peut-être de grande sive pushing: evidence for a second graviceptive sys-
valeur. Le shaping, décrit comme les techniques de modi- tem in humans, Neurology, 2000; 55(9): 1298-304 .
fications comportementales alliant la facilitation du 14. Pérennou, D.A., Amblard, B., Laassel, M.,
mouvement de lent à rapide, de facile à difficile, est déjà Benaim, C., Hérisson, C., Pélissier, J. Archives
8. R É F É R E N C E S 11
of Physical Medecine and Rehabilitation, 2002; City, Utah, American Physical Therapy Association,
83(4):570-5 pp. 30-33.
15. Pérennou, D.A., Mazibrada, G., Chauvineau, 27. American Congress of Rehabilitation Medicine,
V., Greenwood, R., Rothwell J., Gresty, M.A., Montréal (2010). Notes personnelles.
Bronstein, A.M. Lateropulsion, pushing and ver- 28. Vaughan Graham, J., Eustace, C., Brock, K.,
ticality perception in hemisphere stroke: a causal Swain, E., Irwin-Carruthers, S. The Bobath Concept
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Le syndrome
de déconditionnement
2
biopsychosocial, ou BPS-D syndrome
Michèle H. Gerber, Dre Ursula K. Imhof
13
14 Chapitre 2 L e syndrome de déconditionnement biopsychosocial , ou B P S - D s y n d r o m e
Post-stroke-model « PBDS »
Michèle H. Gerber, physical therapist, senior instructor IBITA (Bobath concept)
Dr. med Ursula K. Imhof, physician, specialized in rehabilitation and psychosomatic
Post-stroke Model of
Physical Biopsychosocial Deconditioning Syndrome “PBDS”
Alteration of : Weakness Delayed Fatigue Biopsychosocial Global endurance Global endurance deficit :
recovery implications deficit : cardio- selective and global
Functional ability vascular respiratory muscular endurance
Inadequate Fixation
No control Fixation through less Increased
No search for from the less muscle control Muscle
involved side
information involved side Difficulty with (Overactivity) imbalance
initiation of Définition of « PBDS »
movement
Muscle Decrease of general physical condition with implications for work, family
imbalance and sexual relationships, social life, leisure and sports generated by:
[email protected] • Presence of pain, neuromuscular disorders, psychological disorders
[email protected] (irritability, depression) and fatigue
• Decrease of functional independance, quality of life and self-esteem
Imhof
© Michèle H. Gerber/Ursula K. Imhof
Modèle « BPS-D Syndrome » : Modèle « Biopsychosocial Deconditioning Syndrome » post-AVC : M.H Gerber / Dre U.K. Imhof
Condition biopsychosociale
« Top-down approach »
Symptômes/Signes : S-IF
Ajustement-Adaptation
(indépendance fonctionnelle)
Transformation
Équilibre
Absence d’information Interprétation erronée/ Information + Interprétation correctes Réponse atypique Hyperactivité du côté
et de réactions Réactions atyiques Réactions apprpriées à la pesanteur le moins atteint
Fixation
La fréquence cardiaque maximale doit plutôt être 2.5.2. Les symptômes et signes S-QV
mesurée lors d’un effort physique très intense mais de Les symptômes influençant la qualité de vie (S-QV)
courte durée (4 à 6 minutes et après un échauffement sont caractérisés par la faiblesse musculaire, la fatigue et
adéquat), par exemple sur un tapis roulant ou sur un la récupération tardive.
ergomètre. Si cela n’est pas praticable, il est possible
d’utiliser la formule suivante pour la fréquence car- ➤➤ La faiblesse musculaire
diaque d’entraînement : 170 – ½ âge (Israël, 1982). La faiblesse musculaire désigne une capacité réduite à
Françoise Colle, lors de la 15e journée de Menucourt, générer une tension musculaire dans la verticale du corps.
met en exergue que la ·VO2 maximale des personnes après C’est également la capacité insuffisante à générer une ten-
un AVC varie en moyenne de 14,4 à 16,6 ml/kg/min sion dans le muscle afin de réaliser posture et mouvement.
alors qu’un sujet sain non spécifiquement entraîné oscille Andrews et Bohannon, dans leurs multiples publi-
entre 35 et 40 ml/kg/min. Gordon, dans les recomman- cations, ont décrit la faiblesse musculaire du côté paré-
dations de l’American Heart Association (ACSM 2000) tique mais précisent qu’elle est visible également du côté
met l’accent sur des programmes d’entraînement en aéro- le moins atteint (côté sain). Les muscles du tronc pré-
bie incluant des exercices de marche ou de réentraîne- sentent une faiblesse des deux côtés et tous les mou-
ment du membre supérieur, ou l’association des deux vements du tronc en sont affectés. Ada, Shepherd et
à un minimum de 40 % de la fréquence cardiaque de al., en 2000, ont démontré que la faiblesse musculaire
réserve et si possible de maintenir l’entraînement entre contribue à la diminution de la dextérité, de la préhen-
40 et 70 % de la consommation maximale d’oxygène ou sion et de la fonction de la main.
de la fréquence cardiaque de réserve. La fréquence car- Edstrom définit quant à lui la faiblesse musculaire
diaque de réserve est la différence entre la fréquence car- comme l’incapacité à générer une tension. Il s’en suit une
diaque maximale et la fréquence cardiaque de repos. atrophie sélective des fibres musculaires I/II, une activa-
Pour les personnes sous bêtabloquants, le calcul de tion atypique (ou diminuée) du nombre et du taux des
la fréquence cardiaque prévisible d’après l’âge est ajustée motoneurones et conduit à une capacité réduite à générer
à 85 % (220 – l’âge ou 180 – l’âge). une tension musculaire dans la verticale du corps.
Burtin, dans son article « Réentraînement et hémi- Un petit rappel historique s’impose ici : Gerber, ins-
plégie » [15], rappelle qu’en observant la marche, la dis- tructrice du concept Bobath, publiait en 1985 dans le
tance parcourue au test de 6 minutes de marche est de Journal de l’association suisse de physiothérapie, un article sur
215 à 378 m, pour des valeurs communes de 500 à 600 la rééducation post-AVC par le ski de fond adapté d’après
m. La ·VO2 max diminue jusqu’à atteindre 55 à 75 % de le concept Bobath. Elle proposait déjà d’intégrer à toute
la norme seulement, soit 15 à 17 ml/min/kg, alors que rééducation post-AVC un programme visant l’améliora-
la valeur minimale couramment retenue pour l’indépen- tion de l’endurance globale. En ce temps-là, poser l’hypo-
dance quotidien est de 14 ml/min/kg. La marche physio- thèse qu’un problème de force existait chez une personne
logique est une activité à faible coût énergétique. Chez la hémiparétique n’était pas acceptée de façon unanime.
personne hémiparétique, le coût énergétique de la marche Son observation clinique trouvait, quatre ans plus tard,
et des activités de la vie quotidienne est multipliée par 1,5 une confirmation scientifique par l’étude de Bourbonnais
à 2 fois. qui mettait en évidence la faiblesse musculaire chez la
Afin de pallier ce problème, nous proposons l’utili- personne hémiparétique (paralysie partielle) ou hémi-
sation de l’échelle de Borg et de l’échelle NER 21. Ces plégique (complète). Elle invalidait une des hypothèses
deux échelles mesurent le niveau de fatigue perçue et de base de Bobath qui supposait que le contrôle sensori-
permettent une adaptation individuelle mais efficace de moteur était responsable de la pseudo-faiblesse.
l’effort ; elles sont en plus facilement utilisables pour les Notre hypothèse commune est maintenant accep-
personnes avec une aphasie. tée unanimement après bien des débats parmi les
Faiblesse
Activation des fibres musculaires diminuées
spécialistes du concept Bobath, même si les moyens suivantes. Cette diminution de temps peut être considé-
proposés pour y remédier divergent. rée comme une amélioration de l’endurance musculaire.
Les années d’expérience clinique des auteures dans Une évaluation subjective de la durée nécessaire pour
un centre de réadaptation situé dans les Alpes suisses, se sentir « reposé » permet une objectivation simple de
profitant d’une source d’eau thermal à 51 °C (à Loèche- l’amélioration de l’endurance globale et ainsi de l’effica-
les-Bains) les ont confrontées à de nombreuses situa- cité de la récupération.
tions de déconditionnement physique chez les per-
sonnes avec une atteinte de l’appareil locomoteur, plus 2.5.3. Les signes S-D montrant les déficiences sous-
spécifiquement la spondylarthrite ankylosante. Le bien- jacentes
fait d’un réentraînement intensif associant les thérapies Les signes mettant en évidence les déficiences sous-
individuelles et en groupes, à sec, dans la piscine et sur jacentes peuvent être analysées en relation avec l’équi-
les pistes de ski de fond, les a conduites à faire le lien, libre, dans le sens large du terme.
dès les années 1980, avec les symptômes observés dans L’acquisition et le maintien de l’équilibre néces-
les atteintes neurologiques. Réalisant qu’une transposi- sitent un contrôle intact des éléments suivants :
tion linéaire de ce type de traitements n’est pas la solu- • contrôle postural ;
tion, elles ont focalisé leur attention sur l’adaptation • coordination ;
spécifique d’un tel entraînement pour les atteintes neu- • informations sensori-motrices et tonus postural.
rologiques centrales. La force explosive n’étant que très
Un déficit de chacun de ces symptômes met en péril
rarement nécessaire dans la vie quotidienne, c’est tout
l’équilibre.
naturellement vers l’entraînement de la force-endurance
que leurs travaux se sont dirigés. ➤➤ Définition de l’équilibre
➤➤ La fatigue L’équilibre est souvent défini comme la capacité du
corps à maintenir une position contre pesanteur. Il peut
La fatigue est décrite par Basmajian comme étant un
être statique ou dynamique (Viel). Si l’équilibre inter-
phénomène complexe et vraisemblablement un com-
vient dans les divers symptômes primaires, les consé-
plexe de nombreux phénomènes. Son intensité est dif-
quences sur l’indépendance fonctionnelle s’aggravent
ficile à quantifier.
Selon les dictionnaires usuels, la fatigue est la sen- toutefois de façon significative en présence des symp-
sation désagréable de difficulté à effectuer des efforts tômes secondaires et tertiaires.
physiques ou intellectuels, provoquée par un effort Pour Shumway Cook et Woollacott, l’équilibre
intense, par une maladie ou sans cause apparente. Selon (balance) est la capacité à contrôler le centre de gravité
Medline Plus, la fatigue est définie comme un sentiment (center of mass) par rapport à la base de sustentation (base
de lassitude, d’épuisement ou un manque d’énergie. of support).
Même si la personne ressentant une fatigue ➤➤ Enjeux de l’équilibre
désire arrêter l’entraînement, il est judicieux de l’en- L’équilibre joue un rôle déterminant pour la condition
courager à continuer afin de stopper le cercle vicieux biopsychosociale, que ce soit pour l’indépendance fonc-
de déconditionnement. Toutefois le fait de propo- tionnelle ou pour la qualité de vie. Son déficit est un
ser un programme comportant des séries d’exercices facteur de risque majeur. Les études de Benenato et
entrecoupés de pauses montre à la personne que sa Andersson en 2009, de Mackintosh en 2005, Belgen
fatigue est prise en compte sans que l’entraînement et Lamb en 2006 ont toutes mis en évidence l’incidence
soit interrompu. de chute chez la personne après une attaque cérébrale :
La fatigue est un sentiment subjectif et varie d’après de 25 % à 46 %.
les individus, leur éducation et leur culture. L’échelle 36 % admettent être tombée durant leur séjour à
NER 21 d’effort, décrite ultérieurement dans ce cha- l’hôpital, 47 % ont vécu une chute dans les six premiers
pitre, propose un moyen facile à objectiver cette sensa- mois après leur sortie de l’hôpital. Ces résultats sont très
tion subjective. inquiétants et doivent attirer notre attention sur ce dan-
➤➤ La récupération tardive ger quel que soit le stade d’évolution.
La récupération tardive constitue un paramètre impor- Shumway Cook et Woollacott (notes personnelles)
tant pour doser adéquatement l’intensité du programme précisent que 20 % des personnes ayant expérimenté
thérapeutique. Pour avoir le résultat le meilleur, l’inten- des chutes déclarent une peur récurrente de retomber,
sité du programme thérapeutique devrait être à la limite influençant négativement leur confiance dans les dépla-
optimale ressentie par la personne, ni inférieure, ni maxi- cements, diminuant significativement leur qualité de
male. Le temps nécessaire à récupérer après un entraîne- vie. Les personnes présentant, avant l'AVC, un équi-
ment peut être utilisé comme paramètre objectivable. S’il libre déficient, une condition physique pauvre, un état
fallait une heure pour que la personne retrouve la sensa- dépressif, une estime de soi diminuée, une médication,
tion de repos après l’effort, il lui faudra vraisemblable- un déficit visuel ou une incontinence ont des facteurs de
ment de moins en moins de temps durant les semaines risques de chute accrus.
20 Chapitre 2 L e syndrome de déconditionnement biopsychosocial , ou B P S - D s y n d r o m e
2.6. Contrôle postural, coordination, l’observation des activités physiologiques montre une
sensibilité superficielle et profonde, prédominance à l’asymétrie sur la symétrie pure dans la
tonus postural majorité des activités des extrémités et l’expérience cli-
nique a montrée que le but visé doit déterminer la posi-
2.6.1. Le contrôle postural tion des pieds : si le but est de se lever pour marcher,
alors le pied parétique (et surtout le talon) doit être en
Le contrôle postural dynamique peut être considéré
charge à plat, l’avant-pied sain est en arrière afin d’ai-
comme le commun dénominateur du mouvement, la der par sa force accrue les premiers degrés du lever, puis
posture étant le maintien d’une position du corps durant rapidement le membre inférieur non parétique effectue
une certaine période (Riva). Pour Shumway Cook et un pas ; si par contre le but est de se mettre debout et
Woollacott, le contrôle postural est le fait de contrôler d’y rester, alors le pied non parétique vient se mettre à
la position du corps dans l’espace afin d’atteindre orien- la hauteur de l’autre pied dès le début du lever réalisé.
tation et stabilité (2010) ; l’orientation étant la capacité
à maintenir une relation appropriée entre les segments 2.6.2. La coordination
du corps, entre le corps et la pesanteur ; la stabilité ou
équilibre étant la capacité à contrôler le centre de gra- Les encyclopédies médicales la décrivent comme l’en-
vité par rapport à la base de sustentation. semble des fonctions neurologiques permettant que
Il est possible de définir le contrôle postural comme les mouvements restent harmonieux et fluides. Ainsi
étant la capacité à activer des ajustements posturaux sont maintenus les postures initiales et les mouve-
anticipatifs (APA) permettant les mouvements du ments n’ayant pas une action réflexe. La coordination
corps et des extrémités de manière à réaliser une tâche des mouvements se fait par un contrôle permanent des
avec succès, avec un minimum d’énergie et un maxi- muscles agonistes et des muscles antagonistes. La coor-
mum d’efficacité. Il est stimulé par l’attention, la per- dination met en jeu diverses fonctions qui agissent en
ception, la mise en situations environnementales mul- permanence, à chaque instant et simultanément.
tiples et diverses, surprenantes et inattendues (Gerber). D’abord le cerveau reçoit des informations en prove-
Nadeau a posé une nouvelle hypothèse lors des nance des articulations, grâce à la sensibilité profonde. De
Journées françaises de kinésithérapie de 2011, sur la rai- la même façon, le tonus musculaire, la position des articu-
son d’une présence d’asymétrie lors d’exécution de tâches lations et donc la posture du corps sont transmis au cer-
fonctionnelles chez la personne hémiparétique : « En veau. Par ailleurs, l’oreille interne informe le cerveau sur la
général, l’exécution des activités fonctionnelles est carac- position du corps par rapport à la verticale, ainsi que sur la
térisée par une diminution de la vitesse des mouvements et vitesse à laquelle il se déplace. Enfin, la vision et l’audition
de l’endurance, par une utilisation de stratégies compen- informent le cerveau de l’environnement immédiat.
satoires et par une asymétrie dans l’exécution des mou- Le cerveau envoie des ordres pour maintenir, modi-
vements. Mais quelle est la raison de cette asymétrie ? » fier ou stopper le mouvement de certains muscles par
L’hypothèse émise est que l’asymétrie serait le résultat rapport à d’autres. Les voies qui assurent cette motricité
d’une volonté de la personne à produire des niveaux d’ef- sont les voies pyramidales.
forts semblables des deux côtés. « Ces personnes ont la Parallèlement, les voies extrapyramidales assurent
capacité de performer symétriquement mais comme elles les postures et le contrôle des mouvements volontaires.
présentent une force musculaire diminuée du côté paré- Toutes ces données sont coordonnées par le cervelet qui
tique, elles choisissent de réduire leur mise en charge ou joue en quelque sorte le rôle de cerveau secondaire.
leur temps d’appui sur le membre parétique (ou à l’in-
verse de prolonger celui du côté non parétique) afin de 2.6.3. La sensibilité superficielle : douleur, toucher
produire des efforts similaires des deux côtés du corps au et température
niveau des articulations. » La présence de trois facteurs La sensibilité superficielle ou extéroceptive est définie
semble jouer un rôle dans cette asymétrie : le déficit de par la capacité discriminatoire (permettant la différentia-
perception, la mémoire pré-lésionnelle du niveau d’effort tion) entre le toucher et la température et la douleur. Elle
(référence interne) et le déficit d’endurance. affecte l’indépendance fonctionnelle et la qualité de vie de
Cette hypothèse est d’autant plus intéressante pour façon bien moins importante qu’une diminution même
notre approche thérapeutique actuelle car bien que la légère de la sensibilité profonde et de la proprioception.
vraie symétrie était proposée jusque dans la décen-
nie 1990 dans le concept Bobath, depuis plusieurs 2.6.4. La sensibilité profonde : sens vibratoire et
années maintenant, nous privilégions les activités bipo- proprioception
dales asymétriques (ou bimanuelles asymétriques) plu- Le sens vibratoire (pallesthésie) est testé avec un diapa-
tôt que la vraie symétrie, pour autant que l’unipodal ne son et son implication fonctionnelle en cas de déficience
soit pas une option évidemment. Autrefois, l’idée du est peu décrite.
côté non parétique « montrant l’exemple » à l’autre était La proprioception, par contre, joue un rôle essen-
considérée comme une solution à encourager. Mais, tiel dans la récupération fonctionnelle. C’est la capacité
2. L E SYNDROME DE DÉCONDITIONNEMENT BIOPSYCHOSOCIAL (BPS-D) 21
à détecter et à identifier la position de chaque partie possible. La position couchée n’est pas représentative
de son corps par rapport aux autres et de percevoir son car la nuque et le tronc ne sont pas activés contre pesan-
propre corps par rapport à l’environnement proche et teur ; d’autres parts, peu d’activités fonctionnelles s’y
lointain. Un déficit de cette qualité entraîne des limita- passent.
tions dans les activités fonctionnelles plus importantes Les informations sensori-motrices se manifestent
que lors de diminution de la sensibilité superficielle. sous trois formes différentes :
Le test de mirroring est très utile afin de déterminer la • absence d’information et donc de réaction ;
manière dont la personne sent la position de son corps. • informations existantes mais interprétation erro-
La vision obstruée par un cache-yeux (préférable à une née avec apparition de réactions atypiques (le
fermeture active des yeux souvent diminuée en présence terme atypique est actuellement préféré à celui de
de paralysie faciale, même discrète), le membre paré- pathologique) ou hors normes physiologiques ;
tique supérieur ou inférieur est placé passivement dans • informations et interprétations appropriées.
diverses positions, la personne doit reproduire la même
position avec le côté le moins atteint. Afin de gagner 2.6.5. Le tonus postural
du temps lors du test, il est conseillé de commencer par Le tonus postural est un état de tension des muscles qui
des positions complexes, y compris distales (doigts, sur- s’exerce de façon constante. Il montre une réponse aty-
tout pouce, poignet, pro-supination). Trois à cinq posi- pique à la pesanteur du côté le plus atteint et une hyper
tions suffisent par série car la concentration nécessaire activité du côté le moins atteint, également nommé
est grande et peut faire défaut lorsque le test perdure. fixation ou hyperactivité. Du côté le plus atteint, trois
Les auteures conseillent de privilégier la position assise stades apparaissent progressivement :
(soutenir le tronc par un dossier si nécessaire) pour tes- • durant la phase flasque, les stimulations et le
ter le membre supérieur et inférieur, voire debout si contrôle du tonus sont absents, la dysbalance
musculaire est sous-jacente ;
• dans la phase hypotonique, le tonus est inférieur
Modèle « BPS-D » à la norme physiologique personnelle d’avant
Programme thérapeutique complexe l’atteinte et la tentative de mouvement fait appa-
raître une initiation atypique caractéristique à
l’hémiparésie. Le contrôle musculaire est inadé-
Autres
quat et la dysbalance musculaire est apparente ;
Musicothérapie • dans la phase hypertonique, le tonus est supé-
TaïChi
rieur à la norme physiologique personnelle
d’avant l’atteinte et les problèmes de contrôle et
dysbalance musculaire s’accroissent.
Programme Les tests de mobilisation passive et de placing
de base permettent d’avoir une impression subjective. Le pla-
Jeux adaptés Sports adaptés cing est un test à effectuer contre pesanteur : l’ex-
trémité parétique est placée passivement dans une
Boccia, boules,
Patient/e
Marche, position complexe puis il est demandé à la personne
fléchettes, tapis roulant,
échecs géants, entraînement de maintenir seule la position. Une incapacité à la
billards, thérapeutique, maintenir va se manifester ou par un mouvement de
Kiné-physio-
football de table,
thérapeute, ergo-
ski de fond, curling, chute, signalant une faiblesse musculaire, ou par une
ping-pong, tennis, basketball,
cartes (debout), thérapeute, Neuro- course, aquajogging, composante de mouvement atypique, un schème de
bowling,… psychologues, volleyball, flexion ou extension par exemple. Un mouvement
Orthophonistes
Équipe des soins,
badmington,… vers la pronation alors que la supination est à main-
Ateliers prof. tenir montre un tonus élevé des pronateurs. Ce test
simule de façon plus réaliste ce qui se passe durant
les activités fonctionnelles et est ainsi à privilégier
Occupationnel par rapport à la mobilisation passive. L’évolution des
Théâtre, concert, chœur, connaissances cliniques a montré que le tonus mus-
joutes amicales culaire n’est pas l’élément dominant dans les limita-
(sport-jeux), cuisine,
jeux de cartes,…
tions fonctionnelles mais bien plutôt la perception et
le manque d’endurance.
© M.H. GERBER/U.K. IMHOF
Il est ainsi de plus en plus évident qu’une inter
action importante existe entre la proprioception, l’en-
durance et le répertoire sensori-moteur ou central set,
Figure 4. Programme thérapeutique complexe (2007)
mémoire prélésionnelle des automatismes acquis.
22 Chapitre 2 L e syndrome de déconditionnement biopsychosocial , ou B P S - D s y n d r o m e
Figure 5. Des activités multiples sur les pistes de ski de fond ou sur la plage (cf. chapitre 9).
1
Les pictogrammes ont été conçus et réalisés par le CSCOE qui est un or- Il a comme mission de développer, entre autres, de l’expertise en suppléance
ganisme sans but lucratif ayant comme fonction primaire de servir à l’acqui- à la communication pour les individus présentant des troubles sévères de la
sition de la communication chez les personnes ayant des troubles du langage. communication orale et écrite et de sensibiliser (site www.cscoe.com).
24 Chapitre 2 L e syndrome de déconditionnement biopsychosocial , ou B P S - D s y n d r o m e
L’effort maximal est représenté par le pictogramme environnementaux, c’est-à-dire tous les aspects du monde
d’une personne qui transpire et qui est placée tout en haut physique, social et attitudinal, qui peut être codé en utili-
de la graduation en rouge. Les gradations permettent sant la composante “facteurs environnementaux”. »
d’objectiver les modifications exprimées subjectivement. Afin d’être en concordance avec la CIF, NER 21
En conjuguant les résultats de l’échelle bien-être/ propose une échelle qui peut être utilisée soit en fonc-
fierté et de celle d’effort, il est possible de les quantifier tion des capacités ou de la performance selon ce qui est
et de les mettre en relation. Dans ce contexte, la percep- évalué. Il est ainsi important de toujours préciser si l’ac-
tion d’effort et de bien-être peut être objectivée et com- tivité évaluée est au niveau capacité ou performance.
parée de façon plus réaliste.
4.4. L’ échelle NER 21 de douleur (figure 9)
4.3. L’ échelle NER 21 de capacité / L’échelle NER 21 de douleur permet de quantifier l’in-
performance (figure 8) tensité de la douleur ressentie par la personne. Elle
L’OMS, dans la Classification internationale du fonc- peut être quantifiée globalement ou spécifiquement en
tionnement, du handicap et de la santé (CIF), décrit les posant des questions ciblées permettant de la localiser.
codes qualificatifs de capacité et de performance comme Elle permet ainsi de savoir si une activité réalisée occa-
suit : « Le code qualificatif de capacité se réfère à l’apti- sionne une douleur spécifique.
tude d’une personne à effectuer une tâche ou mener une
action. Ce code qualificatif définit le niveau de fonction- 4.5. L’ échelle NER 21 de oui/non (figure 10)
nement le plus élevé qu’une personne est susceptible d’at- L’échelle NER 21 de oui/non permet, en posant des
teindre dans un domaine donné à un moment donné. La questions fermées et ciblées, de confirmer et de nuan-
capacité est évaluée dans un environnement uniforme ou cer des réponses oui/non classiques. La gradation en
normalisé, et reflète donc l’aptitude de la personne ajus- 5 points permet de nuancer l’intensité du oui/non et
tée des facteurs environnementaux. Le code qualifica-
d’apporter des nuances les affirmations et négations de
tif de performance décrit ce que la personne fait dans
la personne concernée en permettant des réponses de
son cadre de vie habituel. Cet environnement impli-
types « plus ou moins » ou « je ne sais pas ».
quant un contexte sociétal, la performance telle qu’elle
est notée par ce code qualificatif peut aussi être entendue
comme “implication dans un situation de la vie réelle”
4.6. Interprétation des échelles NER 21
ou “expérience vécue” par les personnes dans leur cadre Les cinq échelles originales NER 21 offrent une nouvelle
de vie habituel. Ce cadre de vie comprend les facteurs piste à l’évaluation quantifiée. En effet, l’OMS considère
4. L E S ÉCHELLES NER 21 DE BIEN-ÊTRE, D’EFFORT, DE CAPACITÉ, DE DOULEUR ET DE OUI/NON 25
Les Mains animées du CSCOE-Québec. Ainsi, l’ex- questionnaire car il n’est pas comparable aux questions
plication de l’effort est facilitée par le mouvement habituelles que les thérapeutes posent durant leur thé-
d’enlever la sueur sur le front avec deux doigts, celle rapie. Le questionnaire n’est pas nominatif.
de la fierté d’avoir réussi par un geste de brandir la vic- Il peut être posé intégralement, il dure alors envi-
toire et celles du oui ou du non par le pouce dirigé vers ron 15 minutes, ou partiellement. Les questions spéci-
le haut ou vers le bas. Avec l’échelle de douleur, la thé- fiques à une situation peuvent aisément être ajoutées à
rapeute est invitée à pointer la partie du corps suscep- tout moment.
tible de présenter une douleur. L’expérience clinique Les échelles NER 21 de bien-être et d’effort sont
nous indique que l’utilisation des gestes en accompa- utilisées pour évaluer les impressions subjectives des per-
gnement de la parole est particulièrement utile lorsque sonnes atteintes ou de leurs proches et leurs permettre, en
les troubles de la compréhension sont sévères. tout temps, de les exprimer. Elles sont en cela innovantes
Pour plus d’information concernant la communica- car elles changent le paradigme classique qui donne aux
tion multimodale, les thérapeutes sont invités à consulter professionnelles de la santé le pouvoir décisionnel.
les banques Parlerpictos et Les Mains animées2 ainsi que le
Pour des évaluations comparatives sur plusieurs
Guide de l’intervenant du formulaire multimodal des niveaux
jours, semaines ou mois, il est possible de proposer
d’intervention médicale (NIM) et de la réanimation cardiores-
que le visage du milieu représente la situation précé-
piratoire (RCR) Julien et Dechelette 20123. Des exemples
d’applications concrètes des échelles NER 21-GIJ avec des dent l’atteinte. La personne décrit la situation actuelle ;
personnes ayant des troubles de la communication sont les échelles utilisées ont soit le visage souriant en haut
également abordés dans le chapitre 7. (bien-être), soit le visage transpirant en haut (effort). La
différence avec la situation actuelle permet de quantifier
l’évolution positive ou négative.
11. « La perception de votre corps a-t-elle changé que vous pratiquez le moins volontiers. Ne choisissez
depuis que vous combinez traitement individuel et que ce que vous avez exercé depuis votre atteinte. »
entraînement thérapeutique ? » (écchelle NER 21 OUI/ c Baby-foot
NON) c Billards
12. « Comment évalueriez-vous votre envie de sor- c Ping-pong
tir, d’aller à la rencontre des gens, au restaurant, à la café- c Boccia, jeux de boules, pétanque
téria, faire les boutiques, dans votre lieu de culte depuis c Badminton, jeux de fléchettes
l’entraînement thérapeutique ? » (échelle NER 21 de c Tennis
capacité/performance) c Golf, minigolf
13. « L’entraînement thérapeutique a-t-il facilité c Autres :..............................................................
votre intégration avec les autres patients ? » 2. « Selon vous, quelle est l’utilité de ces
c non entraînements ? »
c oui
D’abord, la thérapeute effectue une évaluation globale
14. « Votre humeur et votre moral se sont-ils amé- grâce à l’échelle NER 21 de bien-être, de « très utile » à
liorés depuis votre entraînement thérapeutique ? » « inutile ».
c non Puis : « Évaluez l’efficacité du travail sur les machines,
c oui
1 désignant la machine la plus efficace, 9 la moins
efficace. »
5.2.4. Entraînement thérapeutique
c Vélos pour les membres inférieurs
1. « Classez les activités suivantes par ordre de
c Tapis roulant
préférence, 1 désignant ce que vous aimez le plus
c Leg press
et 8 ce que vous pratiquez le moins volontiers. Ne
choisissez que ce que vous avez exercé depuis votre c Rotation pour le tronc
atteinte. » c Flexion du tronc
c Vélos pour les membres inférieurs c Extension du tronc
c Tapis roulant c Vélo pour les bras
c Leg press c Machines pour les bras (extension, flexion, etc.)
c Rotation du tronc c Exercices avec le Medflex® ou le Teraband®
c Flexion du tronc (élastiques)
c Extension du tronc Enfin, la thérapeute effectue une évaluation de la thé-
c Vélo pour les bras rapie personnelle grâce à l’échelle NER 21 de bien-être, de
c Machines pour les bras (extension, flexion, etc.) « très utile » à « inutile ».
c Exercices avec le Medflex® ou le Teraband®
(élastiques)
2. « Que préférez-vous ? »
c l’entraînement individuel 6. Étude observationnelle
c l’entraînement en groupe et subjective de l’efficacité
du programme complexe
5.2.5. Entraînement dans l’eau
1. « Classez les activités suivantes par ordre de proposé
préférence, 1 désignant ce que vous aimez le plus
L’étude sur le post-stroke model PBDS et les effets d’un
et 8 ce que vous pratiquez le moins volontiers. Ne
choisissez que ce que vous avez exercé depuis votre programme spécifique de réentraînement a été présen-
atteinte. » tée pour la première fois en 2005 aux États-Unis lors
c Natation de la III STEP Conference donnée par les auteures.
c Gymnastique individuelle L'étude consiste en un questionnaire décrit ci-dessous,
c Gymnastique en groupe couplé avec un ensemble de tests validés, comme le
c Wet vest Rivermead et la MIF.
2. « Que préférez-vous ? » Concernant l’évaluation de la mesure d’indépen-
c l’entraînement individuel dance fonctionnelle (MIF) et le Rivermead sur deux et
c l’entraînement en groupe dix semaines, on voit clairement une amélioration chez
les 4 personnes hémiparétiques intégrées à l’étude – de
5.2.6. Sports adaptés et jeux la 5e personne n'ont pu être utilisés. L’amélioration est
1. « Classez les activités suivantes par ordre de pré- plus nette lors des deux premières semaines et se stabi-
férence, 1 désignant ce que vous aimez le plus et 8 ce lise par la suite.
6. É T U D E OBSERVATIONNELLE ET SUBJECTIVE DE L’EFFICACITÉ DU PROGRAMME COMPLEXE PROPOSÉ 29
Bike
5
Bike
5
Treadmill
6
Treadmill
7
8
Legpress Leg press
8
2
7
Pat PatG
Rotation trunk Rotation
Pat
6
7
trunk PatK
Flex trunk Pat PatC
5
1
Ext trunk PatL
3
Ext trunk
2
Armbike
4
0
Armbike
3
Medflex
0
a. b.Medflex
4
Figure 13. a . Plaisir à utiliser la machine b. Efficacité perçue des machines d'entraînement
a. b. c.
Figure 14. Travail sur l’ergomètre a. Schéma atypique non souhaité b. et c. Positions des membres supérieurs conseillées
a b
Les talons sont en charge sur la plateforme. Si le finalité. Souvent, quelques adaptations pour amélio-
patient utilise son schème d’extension, l’avant-pied rer l’équilibre permettent à la personne de l'utiliser à
glisse en dehors du support. Il prend conscience de l’extérieur. Dans le cas de la patiente présentée sur la
son erreur et peut réajuster sa position. Les muscles figure 17.a, l’hémiparésie est due à une infirmité céré-
abducteurs et rotateurs externes de la hanche sont brale ; l’alignement du tronc et surtout des extrémi-
aussi activés ce qui est particulièrement judicieux tés droites est impossible mais ce vélo adapté lui per-
pour les tendances en extension, adduction et rota- met de se déplacer de façon indépendante dans la ville.
tion interne. L’autre avantage de cette machine L’augmentation du tonus lors du déplacement ne lui
est que le tronc est soutenu pendant le travail des permet pas de tenir le guidon avec la main droite. Le
membres inférieurs. vélo est utilisé durant la thérapie pour apprendre à la
Le vélo traditionnel peut être remplacé par un patiente à régulariser son tonus postural du membre
vélo assis (figure 16.a) ou plus tardivement par le mar- supérieur droit en utilisant le guidon latéral ou cen-
cheur (figure 16.b) qui simule la marche et intègre égale- tral (figures 17.c et d). Le plaisir, la fierté, l’amélioration
ment la contre-rotation des ceintures et impliquent les de l’endurance globale et l’indépendance fonctionnelle
membres supérieurs. sont des éléments dont il faut tenir compte même si,
Enfin, utiliser un vélo à l’extérieur est synonyme pour un œil de thérapeute visant l’alignement, cela
de plaisir accru et peut être envisagé comme une nécessite une grande flexibilité d’esprit !
b c
Figure 18. La main parétique tient le dos de la chaise Figure 20. Thérapie en groupe avec un jeu de cartes
6. É T U D E OBSERVATIONNELLE ET SUBJECTIVE DE L’EFFICACITÉ DU PROGRAMME COMPLEXE PROPOSÉ 33
Pleasure in therapeutic games la raison pour laquelle ils sont surtout indiqués pour
les personnes présentant un trouble de la parole ou du
Badmington/Tennis langage. La difficulté à communiquer n’entraîne que
Climbing
trop souvent l’absence de visite de l’entourage, famille
ou amis. Le fait d’avoir quelque chose à faire ensemble
Pooltable Pat K
Pat C
sans devoir parler enlève beaucoup d’angoisse dans la
Darts
Pat L communication. Ce genre d’infrastructure est donc
Table tennis Pat Ga très fortement conseillé dans les salles de loisirs acces-
Minigolf sibles aux patients et à leurs visites, également durant
Babyfoot les week-ends.
Boccia
6.3.2. Avantages des activités en groupe pour les
personnes post-AVC en externe
Figure 21. Plaisir pris aux jeux thérapeutiques Les activités en groupe pour cette population améliorent
leur « outcome » comme l’a démontré l’étude de Eng
[29], en 2003, dans « A community-based group exer-
cice program for persons with chronic stroke » : l’amélio-
rappeler de ne pas l’utiliser) ou par les deux mains pour
ration de leur situation est en partie due à la collégialité
le patient de droite ayant une ataxie. qui se développe entre les participant/es, les encoura-
Le golf, ou le minigolf, permet de travailler une gements et le soutien qu’ils/elles se donnent pendant et
activité bimanuelle asymétrique des membres supé- hors de l’activité thérapeutique. Le bénéfice social est
rieurs, nécessitant une attention importante et une pré- démontré par plusieurs publications, celle de Teixeira-
cision des mouvements ainsi qu’un déplacement du Salmela entre autres (1999). Nos résultats concordent
poids du corps d’un pied à l’autre s’effectuant sponta- avec ceux de Brinkmann et Hoskins (1979) concernant
nément ; ce qui est particulièrement avantageux avec les l’augmentation de l’estime de soi et le sentiment de bien-
personnes craignant de charger le côté lésé. Une per- être exprimés par les patient/es, surtout lorsque le pro-
sonne ayant peu d’équilibre et un problème de percep- gramme d’entraînement leur permet de choisir parmi
tion pourra putter appuyé contre un coin de la pièce plusieurs options ; cela leur redonne l’impression de
(figure 22.c) ou faisant face au coin. reprendre le contrôle sur leurs vies et a un impact positif
Le mur de grimpe est une option à utiliser, surtout sur d’autres aspects psychosociaux : reprendre un hobby
si celui-ci peut être incliné avec des angles variables. laissé de côté ou avoir le courage de se rendre au café ou
restaurant pour retrouver des ami/es.
6.3. Avantages de ces activités
6.4. L’importance de la musique
6.3.1. Pour les personnes avec aphasie ou dysarthrie dans la réadaptation neurologique
Le jeu de boules, le billard ou le babyfoot, ne néces- La musique est utilisée dans la plupart des thérapies pro-
sitent aucune capacité à s’exprimer clairement ; c’est posées par les auteures, que ce soit durant les activités de
a b c
groupes, de réentraînement sur les machines ou durant en charge le membre inférieur parétique, a entièrement
certaines thérapies individuelles. oublié cette crainte lorsque la thérapeute lui a mon-
Si la musique est couramment utilisée pour stimu- tré comment les personnes de sa tribu marchent lors
ler l’exercice physique dans les salles de gymnastique, de funérailles, de fête ou de marche de protestation :
pour coordonner les mouvements dans le sport (golf, de grands pas frappant fortement le talon au sol, asso-
natation ou autres) ou pour la relaxation, les thérapeutes ciés à une flexion des hanches et genoux. Le chapitre 10
en rééducation ont parfois une attitude très réticente donne un autre exemple de rééducation réussie grâce à
envers son utilisation. Ce n’est pas l’avis des auteures la musique : suite à un traumatisme crânien, Samuel,
qui intègre depuis de nombreuses années ce médium qui avait perdu la capacité de sauter, a pu en recruter le
tout en portant un regard critique sur l’action provo- souvenir pour la première fois et après plusieurs années
quée. Voici quelques propositions d’utilisation associant lors d’une séance de danse en groupe.
le rythme au mouvement. La musique peut également s’avérer utile pour la
rééducation de la dysarthrie : le fait d’associer un mou-
6.4.1. Utilisation de la musique dans la thérapie vement de rotation du tronc associé à un glissement vers
L’orchestre NER 21 est un petit groupe dans lequel l’avant avec la main ataxique sur une table, tout en pro-
chaque personne frappe le rythme sur un instrument duisant un son permet de le prolonger et de l’améliorer
de musique (éventuellement construit par elle-même) (voir chapitre 7).
sur un morceau de blues, jazz, musique country, bré-
silienne ou autre, mais significative pour le groupe 6.4.2. La danse thérapeutique
(figure 23). La musique doit être assez forte pour que Le but de la danse thérapeutique n’est pas de réaliser des
les erreurs de rythme ne soient pas mises en évidence. performances acrobatiques mais le simple fait d’alterner
Les morceaux de musique ne doivent pas être trop le poids du corps d’un pied à l’autre permet d’améliorer
longs (environ 3 minutes chacun) et entrecoupé de l’équilibre et la mise en charge sur les pieds. Elle per-
jeux thérapeutiques, de sourires et de plaisir surtout ! met en outre de proposer au couple de danser sur une
Le but est d’une part de créer une situation ludique et musique qui leur est chère.
joyeuse, d’autre part de stimuler le contrôle postural si Afin d’induire un allongement du tronc hémiparé-
souvent déficient. tique, le bras atteint est posé sur l’épaule du partenaire
Associer le mouvement au rythme de la musique (pour autant que cela soit sans douleur) qui le main-
peut aider certains patients à retrouver la faculté d’effec- tient avec le sien. Ce balancement debout, en présence
tuer des gestes. Nous nous souvenons qu’une personne de thérapeutes, permet souvent de diminuer la crainte
hémiparétique de culture africaine, hésitant à mettre des partenaires à toucher l’être aimé et de dédramatiser
Remerciements
Approche thérapeutique
participation qui sont directement liées à l’amélioration de l’indépendance fonctionnelle et
de la qualité de vie.
neuro-environnementale
Cet ouvrage détaille l’approche NER 21 en s’appuyant sur le parcours thérapeutique de plusieurs
personnes atteintes d’hémiparésie, d’hémiplégie ou d’ataxie. Il montre comment l’intégration
La rééducation est trop souvent une activité confinée à un cabinet ou un centre de rééducation. Michèle H. Gerber
et les contributrices de cet ouvrage se placent du côté de la personne traitée, dans son environnement quotidien.
Les avancées de la neurophysiologie nous ont montré que l’approche environnementale en neurologie est incon-
tournable. À lire et à intégrer dans sa pratique.
Dominique MONNIN – Responsable Recherche & Qualité en Physiothérapie aux Hôpitaux universitaires de Genève.
Michèle H. Gerber est une formatrice et une thérapeute passionnante et passionnée. Avec la collaboration d’auteurs
et de chercheurs renommés, elle nous offre ici une belle synthèse de recherches, ainsi qu’une démarche scientifique
étayée. Grâce à ses exemples concrets, ce livre permet de cerner les problématiques bio-psychosociales des personnes
cérébrolésées et propose des réponses innovantes aux kinésithérapeutes, ergothérapeutes, orthophonistes et théra-
peutes des soins.
Concept NER 21
Florence JEAY – Ergothérapeute DE (Paris), Bc es Sciences en ergothérapie (Montréal), Master Sciences de l’éducation
(Rouen/France), responsable formation continue à l’ANFE.
neuro-environmental Rehabilitation 21st Century
Cet ouvrage, écrit par des expertes-cliniciennes, met l’accent sur la satisfaction des patients et présente une approche
unique qui tient compte de l’intégration des systèmes neuraux dans la démarche de réadaptation. L’ensemble de l’ouvrage
est un bel exemple de raisonnement clinique interdisciplinaire. Sous la direction de Michèle H. Gerber
Ana Inés ANSALDO – Professeure agrégée, département d’orthophonie et d’audiologie, faculté de médecine, université
de Montréal, directrice de l’enseignement, Institut universitaire de gériatrie de Montréal, directrice de laboratoire, centre Préface de Daniel Bourbonnais
de recherche de l’IUGM.
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Conception graphique : Baptiste Manchon