Ca 3069 FR
Ca 3069 FR
(CNSHB)
(CNSHB)
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Présenté par Dr Framoudou Doumbouya
(point focal raies-requins)
Chef Adjoint du Département Pêche
Artisanale
INTRODUCTION
Sous la tutelle du Ministère chargé des pêches, le Centre National des Sciences Halieutiques de
Boussoura (CNSHB) est un service public à caractère scientifique ayant une autonomie financière. Il
a pour mission de contribuer au développement des pêches en Guinée par une meilleure
connaissance des ressources halieutiques, de leur environnement et de leur utilisation.
Pour accomplir cette mission, le CNSHB réalise des études pluri et interdisciplinaires sur les
principaux déterminants du secteur de la Pêche et de l’Aquaculture (durabilité des écosystèmes,
dynamique des exploitations, valeur économique du secteur).
Les ressources mondiales de Raies et Requins sont aujourd’hui dans une situation de pleine et/ou de
surexploitation selon les zones.
Pour aider à la conservation des requins, plusieurs actions ont été ainsi entreprises depuis 1997 à
l’échelle sous-régionale, pour l’analyse de la situation des populations de raies et requins et des
pêcheries (description de la filière et élaboration d’hypothèses quant au statut des stocks)
Consciente du mauvais état des stocks des requins de par le monde, la FAO a élaboré en 1999 le
Plan d’Action International pour la Conservation et la Gestion Durable des Requins (PIA).
Dans le cadre du Programme Régional de Conservation de la zone Marine et côtière en Afrique de
l’Ouest (PRCM), le Plan Sous-Régional d’Action pour la conservation et la gestion des requins
(PSRA-Requins) a été adopté en 2001 par la CSRP et soutenu par un projet en exécution depuis
2004. Ce projet se décline sous différents aspects liés à la recherche ( études bioécologiques, socio-
économiques), à l’élaboration de mesures de gestion, à la facilitation de leur mise en application.
La pêche aux requins1 s’est beaucoup intensifiée pendant les vingt (20) dernières années dans les
pays côtiers ouest africains, particulièrement en pêcherie artisanale guinéenne au cours des dix (10)
dernières années. Cette exploitation des requins s’est remarquée bien avant la connaissance de leur
biologie et des statistiques relatives à leurs captures en Guinée.
De nos jours, la Guinée constitue une plaque tournante de cette activité liée non seulement à la
commercialisation des ailerons, mais aussi à celle des sous-produits (salé-séché, fumé séché et frais).
A partir de la Guinée, d’importantes quantités des produits de requins (ailerons) sont expédiées dans
les marchés du Sud-est asiatique.
Les populations de requins se trouvent dans un état de pleine exploitation, voire de surexploitation
dans plusieurs pays de la Sous Région (Mauritanie, Gambie, Sénégal , Guinée-Bissau, et Guinée),
Par ailleurs, on sait non seulement que cette activité devient croissante, mais aussi que l’équilibre de
l’écosystème marin dépend dans une large mesure des interactions entre les différents groupes
trophiques.
Ainsi, pour ces différentes raisons, il s’avère important d’envisager des mesures d’urgence,de
protection et de gestion durable et rationnelle de ces espèces, d’autant plus que les poissons
cartilagineux représentent le maillon supérieur de la chaîne trophique dans l'écosystème aquatique.
Ce maillon est constitué d'individus vulnérables à cause de leurs caractéristiques biologiques
(reproduction tardive et faible fécondité).
1
Le terme Requins désigne ici les raies et les requins
2
Parmi les multiples programmes d’étude du Centre National des Sciences Halieutiques de Boussoura
(CNSHB) figure l’étude des pêcheries de raies et requins dans les eaux guinéennes.
Suite aux recommandations de la Commission Sous régionale des Pêches (CSRP), les pays
membres sont tenus d'adopter des Plans d'Action Nationaux. Ce document présente celui de la
Guinée pour la Conservation et la Gestion Durable des populations de raies et requins dans la ZEE.
Eléments Généraux
La pêche est une activé économique et culturelle très importante en Afrique de l’ouest. Elle constitue
la première source de devises pour plusieurs pays et fournit de nombreux emplois et des revenus aux
populations côtières.
Les filières de pêche artisanale sont bien organisées, avec un partage des métiers bien défini et des
éléments essentiels de la structuration sociale dans toute la zone côtière ouest africaine. Ce secteur
d’activité a accueilli de nombreux acteurs nouveaux au cours des trente dernières années, issus pour
la plupart des populations des régions intérieures de la grande sécheresse des années 70 et les crises
économiques des années 80 et 90.
Les politiques volontaristes des Etats visant à développer la pêche artisanale ont été appuyées par
des financements importants des agences de coopération internationales. L’introduction de nouvelles
technologies (engins de pêche, motorisation et froid) a permis une augmentation rapide de l’effort de
pêche. L’idée prédominante était que les stocks côtiers, peu exploités, pouvaient supporter une
mortalité par pêche bien supérieure à celle à laquelle ils étaient alors soumis.
Malgré des chutes de rendement constatées localement, les pêcheurs, convaincus que « les requins
fuyaient l’exploitation » et qu’il fallait partir les chercher ailleurs ont investi de nouvelles zones de
pêche. Parallèlement les acheteurs de chair salée séchée ou d’ailerons prospectaient auprès d’autres
communautés dont les zones de pêche étaient vierges de pêche aux requins.
Ressources
L’exploration de la base des données sur les différentes campagnes d’évaluation des ressources entre
1985 et 1998 a permis le dénombrement de 20 espèces de requins et 22 espèces de raies (cf.
tableaux 1 et 2).
Les campagnes de chalutage effectuées sur les fonds de 0 à 200 m et les captures réalisées au cours
de cette période par les différentes pêcheries ont mis en évidence l’existence d’une riche population
de raies et de requins dont les plus abondantes sont : Dasyatis margarita, D. centroura, Gymnura
micrura, Rhinobatos rhinobatos, Zanobatus schoenleinii, Rhizoprionodon acutus, Carcharhinus
limbatus, Leptocharias smithii et Sphyrna lewini. Les espèces rarement rencontrées sont :
Rhinoptera marginata, Torpedo torpedo, Rhinobatos cemiculus, Torpedo marmorata et Sphyrna
mokarran,.
BAH (1990), pendant son étude sur les poissons Chondrichtyens a enregistré principalement 10
espèces de requins et 9 espèces de raies.
Les travaux de Domain F. (1989) montrent que l’espèce Dasyatis margarita a été la plus abondante
dans les captures entre 1985–1988 avec un pourcentage de capture de 6 à 22 % en saison sèche.
Tableau. 1 : Les espèces de raies et requins capturées dans les bandes côtière et intermédiaire (0 à
60 m) d’après Blache et al. (1970); Fischer et al. (1981), Bondar et al . (1985),
Trophimov et al. (1988) ; Domain (1989)
3
C. brevipinna (Muller et Henle, 1841)
D. margarita (Gunther,1870 )
D. margaritella (Compagno et Roberts, 1884)
Dasyatis
Dasyatidae
D. centroura (Mitchill, 1815)
D. hastata (Gran, 1883)
D. pastinaca (Linnaeus, 1758)
Urogymnus U. asperrimus (Bloch et Schneider, 1801)
Sphyrnidae S. couardi (Cadenate 1950)
S. lewini (Cuvier, Griffit et Smith
Sphyrna
S. mokarran (Rüppel, 1835)
Ginglymostomati G. cirratum (Pronater 1783 ) G
dae inglymostoma
Hexanchidae Heptranchia H. perlo (Bonnaterre,1788)
Squalidae Squalus S. blainvillei (Risso,1826 )
Gymnuridae Gymnura G. micrura (Bloch et Schineder 1801 )
Mobulidae Manta M. bitrostis (Donndorff,1798 )
M. thurstoni (Beebe et Tee van 1938 )
Mobula
M. rochebrunei (Vaillant, 1879)
Myliobathidae Pteromylaeus P. bovinus (G. et Saint Hilaire, 1817)
Rhinopteridae R. marginata (E. Geoffroy, Saint-hiliaire,
Rhinoptera 1817)
R.. bonasus (Mitchill,1815)
Rhinobatidae R. rhinobatos (Linnaeus, 1758)
Rhinobatos R. cemiculus ((E. Geoffroy, Saint-hiliaire,
1817)
Rhincodontidae Rhincodon R. typus (Smith, 1829)
Rajidae Raja R. miraletus (Linnaeus,1758)
Pristidae Pristis P. pectinata (Latham, 1794 )
Torpedinidae T. nobiliana (Bonaparte, 1835 )
Torpedo
T. torpedo (Linnaeus, 1758 )
Platyrhinidae Zanobatus Z. schoenleinii (Muller et Henle,1841)
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Tableau. 2 : Liste des espèces de raies et requins capturées dans le plateau externe
(60 -200 m) d’après Blache et al. (1970); Fischer et al. (1981),
Bondar et al . (1985), Trophimov et al. (1988) ; Domain (1989)
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au sud de Bijagos pour éviter les eaux les plus froides (courant des canaries) qui baignent le nord de
la sous région en saison sèche (M. Ducrocq, 2000).
Les pêcheries
❑ Les armateurs
Ils sont souvent très difficiles à identifier et sont quasiment invisibles sur le terrain où ils se font
représenter par des professionnels de la pêche. Il s’agirait d’hommes nantis pratiquant toujours
d’autres activités commerciales ou administratives. Dans les conditions actuelles, on ne saurait
donner leur effectif même de façon approximative. Il n’ y a qu’à Kamsar qu’on trouve deux
armateurs guinéens faisant travailler en tout six embarcations de ce type. Aucune femme ne semble
avoir investi dans la pêche des requins, du moins parmi les guinéens et les investisseurs sont tous
âgés de plus de 45 ans.
❑ Mareyeurs et Transformateurs
On compte 30 hommes et 3 femmes impliqués dans cette activité à Kamsar et 20 femmes à Kassa.
Ces femmes bénéficient de la majorité des captures faites par les pêcheurs étrangers. Ces femmes
contribuent à la préparation des marées par la fourniture du sel aux pêcheurs contre l’obtention d’une
garantie d’achat des carcasses obtenues au cours de la marée. Ainsi, tout comme cela se passe au
niveau des autres types de pêcheries, ces gens bénéficient de près de 70% des débarquements totaux
effectué par pêcheurs. D’après une estimation faite à Kamsar en 2004, seuls 37% des carcasses
reviennent aux guinéennes fumeuses de requins,(caractérisation des pêcheries spécialisées de raies et
requins ; rapport SOLIE et al, 2005).
De nos jours, avec ses principales embarcations composées de Botis, de Flimbotes, de Salans et de
Yolis, la pêche artisanale utilise un ensemble d’engins de pêche liés à son origine, à son influence
extérieure et à sa diversité. Ce sont : les filets maillant- calés à grandes mailles (FMCgm), filet
maillant- calés à très grandes mailles (FMCtgm), Filet maillant calé grande maille avec glacière
(FMCgmG), filets maillant- calé à très grandes mailles avec glacière (FMCtgmG), Filet maillant calé
petite maille (FMCpm), filets maillant- dérivants à Ethmalose (FMDE), filets maillant- encerclants à
Ethmalose (FMEE), Filet Maillant Encerclant à Mulet (FMEM) filets maillant- encerclant à otolithes
(FMEO), filets tournants (FT), lignes (LI), Ligne avec glacière (LIG), les palangres (PA), Palangre
avec glacière (PAG).
Ces engins de pêche disposent des capacités de capture plus ou moins sélectives. Leurs spécificités
déterminent par conséquent les types de prélèvement qu’ils sont susceptibles d’opérer sur les
ressources. Pour Chavance et al. (1994), la connaissance et la classification des différents engins
sont particulièrement nécessaires à la compréhension et à la gestion des exploitations halieutiques.
Les données statistiques sur les raies et requins montrent de manière générale qu’en pêche artisanale,
les captures ont été plus importantes en 2000 avec 1936 tonnes de raies et 685 tonnes de requins. En
pêche industrielle, la plus grande capture a été obtenue en 2002 avec 1599 tonnes de raies et 165
tonnes de requins.
De 1995 à 2003, la part de toutes catégories confondues de filets maillants dans les captures est de
31, 12% contres 21, 44% pour les palangres.
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Tableau 3 : Catégories d’engins utilisées dans la pêche accessoire des raies et requins en Guinée
(Manuel d’utilisation des questionnaires PA, CNSHB-1994)
Maillage ou
Code Nom local Pourcentage Chute Longueur
N° Nom français No hameçon
engins (Soussou) % (m) (m)
(mm)
1 Filet Maillant Founfounyi
FMDE Dérivant à Ethmalose 11, 55 30-39 4-7 400-600
2 Filet Maillant Calé à Kuta yèlè
FMCgm 18, 60 40-59 <7 400-800
grandes mailles
3 Filet Maillant Calé à Legotine
FMCtgm très grandes mailles Sereki yèlè 5, 86 >=60 <7
600 – 1800
4 FMCgmG Filet
maillant
calé
grande
maille
avec
glacière
Legotine
2, 88 >= 60 <7
5 Filet maillant calé à très Legotine
FMCtgmG grande maille avec 3, 14 >= 60 <7
glacière
6 Filet maillant calé petite Legotine
FMCpm 0, 89 < 30 <4
maille
7 Filet Maillant Encerclant Gboya
FMEO 18, 86 30-39 7-9 600 - 800
à Otolithe
8 Filet Maillant Encerclant Sèki yèlè
FMEM 3, 35 20-25 4-9
à Mulet 600 - 800
9 FMEE Filet Maillant Encerclant Bonga yèlè
6, 07 30-39 9-19 800-1200
à Ethmalose
10 Filet tournant (Senne Reggae
FT 0, 93 50 42 600 - 1000
tournante)
11 PA Palangre Bendounyi 1200
20, 64 - 1000 – 2000
hameçons
12 PAG Palangre avec glacière
Bendounyi
0, 80
13 Ligne Konyi
LI 5,43 3 - 5 hameçons
14 LIG Ligne avec glacière
Konyi
0, 93
Le cadre institutionnel
Plusieurs institutions sont impliquées ou susceptibles de l’être dans la gestion des
pêcheries ou la valorisation des captures de sélaciens en Guinée. Il s’agit notamment de la
Direction Nationale des pêches Maritimes (DNPM), du Centre National des Sciences
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Halieutiques de Boussoura (CNSHB), du Centre National de Surveillance des Pêches
(CNSP), de la Direction Générale du Service d’Inspection et d’Analyse de la Qualité des
Produits de Pêche et de l’Aquaculture (SIAQPPA), de la Direction Nationale des Eaux e t
Forêts (DNEF) à travers son point focal : CITES.
La DNPM est la structure nationale chargée de mettre en place les conditions permettant
de réaliser les objectifs majeurs assignés à la pêche maritime dont l’aménagement et la
préservation des ressources. Dans le cadre de la mise en œuvre du plan sous régional
d’action pour la gestion et de conservation des Requins, le CNSHB a désigné un point
focal du plan d’action national de gestion et de conservation des requins.
Il faut tenir compte du rôle très important des organisations socio- professionnelles des
pêches maritimes comme la CONAPEG (Coordination Nationale des Pêcheurs de
Guinée), l’Association des Femmes Mareyeuses de Guinée, l’Union Nationale des
Pêcheurs Artisans de Guinée (UNPAG) regroupant des dizaines et centaines de membres
repartis le long du littoral.
Ces structures sont des partenaires privilégiés pour l’application de toutes mesures de
gestion prises et la valorisation des captures de raies et de requins.
La concertation entre ces différents acteurs permettrait l’organisation de consultations
régionales, nationales et locales pour l’information, l’éducation et la sensibilisation des
pêcheurs et leur plus forte implication à la gestion des pêcheries de raies et requins.
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D’autre part, le finning, qui consiste à ne prélever que les ailerons et à rejeter la carcasse
des requins capturés, a été identifié comme un des principaux facteurs de dégradation des
populations de requins, entraînant également des dommages sur l’environnement marin.
Il existe un problème général d’information, de données statistiques et de connaissance des
ressources. En particulier, l’absence d’un système de suivi tenant compte de la spécificité
des pêcheries de requins représente une contrainte majeure à lever pour une utilisation
durable de ces ressources. Dans les systèmes de collecte du CNSHB les captures de
requins sont répertoriées globalement sous la rubrique «raies et requins » sans accent
particulier sur les principales espèces dominantes avec les autres sélaciens.
Il est constaté :
− Une chute des rendements et une diminution des grands producteurs dans les
captures due à la pleine exploitation liée à une forte demande d’ailerons dans les
marchés régionaux et internationaux
− Une forte pression sur les ressources pendant les périodes de reproduction et de
croissance des zones côtières peu profondes qui sont les mois de novembre-
décembre pour les raies guitares (Rhinobatos cemiculus) et mai-juin pour les
requins bordés (carcharhinus limbatus).
− Des insuffisances au niveau de la réglementation
Solutions à envisager:
Face à ces difficultés, il faut dès lors envisager un certain nombre de mesures dans le cadre d’une
exploitation et d’une gestion durable des populations de raies et requins en Guinée.
Cette notion de gestion s’appuie sur le principe de précaution qui permet de prendre des mesures
conservatoires de prudence lorsqu'une situation critique est avérée, en attendant que la recherche
fournisse des résultats formels.
Un effort de recherche supplémentaire est à fournir à l'échelle de la sous-région et dans chaque pays
afin de disposer d'un niveau d'information supérieur et plus homogène.
Il faut revoir les systèmes de collecte statistiques, travailler sur la biologie et notamment la
reproduction, suivre de façon fine la fraction, exploitée, mener un travail harmonisé entre les
différents centres de recherche de la sous-région. Cela se justifie d'autant plus que l'aspect régional
de la pêcherie a été confirmée (migration des pêcheurs, selon les saisons, à la poursuite du poisson,
de la Mauritanie à la Guinée)
Un effort de réglementation des mouvements et de l'accès aux ressources pour les pêcheurs étrangers
apparaît nécessaire dans la perspective d'une gestion durable de ces ressources.
Il existe un intérêt à élaborer et à mettre en œuvre un système de taxes ou de droit de pêche comme
outil de gestion de l'effort de pêche.
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Lorsque l'activité devient non rentable, il est nécessaire d'envisager la reconversion des acteurs, en
prenant en compte les aspects socioéconomiques.
En raison de la difficulté de développer des systèmes d'évaluation spécifiques, il est recommandé les
requins dans les programmes de recherche et les systèmes de suivi.
Le finning devrait être interdit pour promouvoir l'utilisation totale des requins capturés. Cette
interdiction devrait s'accompagner de l'obligation de valoriser totalement les requins capturés et de
débarquer les ailerons avec les carcasses correspondante.
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▪ Elaborer des mesures techniques d'aménagement des pêcheries de requins
▪ Mettre en place dans les différentes localités de pêche, des cadres de concertation entre les
différents acteurs. Ces cadres (conseils locaux des pêches artisanales maritimes devraient
permettre de promouvoir le dialogue pour une conservation et une gestion durable des
ressources halieutiques, en général et des requins en particulier).
▪ Elaborer une stratégie de communication pour accompagner les actions qui seront menées
dans le cadre de la conservation et de la gestion des requins.
▪ Mener une campagne de sensibilisation de l'opinion publique sur la conservation et la gestion
durable des requins
▪ Organiser un atelier national multi-acteurs de concertation pour une gestion durable des
populations de requins
Dans le cadre de la mise en œuvre du Plan National d'Action pour la Conservation et la Gestion des
Requins, des activités prioritaires ont été identifiées. Parmi elles, certaines revêtent une dimension
nationale et d'autres sont à exécuter à l'échelle sous régionale.
Un des problèmes majeurs pour la gestion des populations de requins réside dans la connaissance
des espèces et la capacité des gestionnaires et techniciens des pêches à reconnaître les différentes
espèces.
Une connaissance fine des aspects liés à la biologie des raies et des requins, notamment pour ce qui
concerne la reproduction, constitue l’un des préalables à la définition des règles de leur exploitation
car ce sont ces caractéristiques qui les rendent si vulnérables à la mortalité par pêche.
La capacité à suivre l’évolution des populations de requins au travers des systèmes de suivi des
pêches est actuellement très faible du fait que les systèmes statistiques de pêche considèrent
l’ensemble des espèces capturées dans un nombre très limité de rubriques. L’écrasement de
l’information empêche toute estimation des captures par espèces et rend par conséquent difficile
l’évaluation des risques de surexploitation.
La première étape qui doit être entreprise dans la perspective d’une modification du système de suivi
est une formation des techniciens des pêches et des observateurs à l’identification des espèces. Un
suivi parallèle au suivi des débarquements permettra de donner rapidement des indications sur les
modifications à apporter dans le futur.
11
Activité 1.1 : Former le responsable national du PAN-Requins à l’identification des espèces de raies
et requins et à leur étude bio-écologique à travers des cours organisés par le PSRA-
Requins
Activité 1. 2 : Former les techniciens des pêches et les observateurs à l’identification des espèces de
requins et à la collecte d’informations sur la biologie et les captures des différentes
pêcheries
− Faire participer des techniciens et des observateurs embarqués aux cours de formation
organisés par le PSRA-Requins au niveau sous régional.
− Organisation en Guinée par le Responsable du Plan National d’Action pour la Conservation
et la Gestion des Requins d’un atelier de formation théorique et d’une formation de terrain.
Nous ne sommes pas actuellement capables de caractériser l’effort de pêche total déployé au niveau
national pour la pêche aux requins. Leur exploitation est le fait que les pêcheries artisanales
spécialisées totalement ou partiellement utilisent une variété relativement importante d’engins et de
techniques de pêche (filets, calés, filets dérivants, palangres, sennes de plage, sennes tournantes,
etc.).
La connaissance du nombre d’embarcations et des captures réalisées permettrait de mieux
appréhender l’effort de pêche total actuel et le nombre d’embarcations qu’il conviendra de
considérer dans le cadre d’un plan d’aménagement des ressources en requins.
L’un des objets essentiels du Plan International d’Action de la FAO est d’obtenir une meilleure
estimation des captures de requins par espèce et par pêcherie. Il est pour cela nécessaire de faire
apparaître au mieux les espèces et au minimum les grands groupes d’espèces dans les statistiques de
pêche des différents Etats.
Généralement, les requins sont regroupés en quelques catégories d’espèces dont les niveaux
d’abondance locale, le statut ou les caractéristiques biologiques sont très différents. Développer les
outils d’une meilleure connaissance impose une refome des systèmes statistiques nationaux et
l’introduction de lignes d’information supplémentaires.
On peut par exemple imaginer un système distinguant au minimum les groupes d’espèces suivants :
Requins marteaux/ requins pélagiques/ raies et poissons-pailles/ raies côtières/Rajidae/
squatinidae/chimères. Des indices d’abondance des différentes espèces au sein de ces groupes
permettraient d’estimer le captures par espèces. Une connaissance des tailles moyennes capturées
permettraient ensuite d’estimer les captures en nombre d’individus.
Ce travail, s’il constitue un chantier important et plus particulièrement dans la perspective d’obtenir
des données comparables à l’échelle de la sous-région, est cependant l’une des seules voies pour
parvenir au niveau d’information nécessaire à la production de recommandations argumentées dans
le cadre d’un plan d’action requin.
Activité 2. .1 : Estimation des statistiques de pêche (l’effort de pêche total, captures ciblées et
accessoires)
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Cette activité nécessitera les opérations suivantes:
Activité 2. 2: Modification des systèmes de statistique de pêche pour faire apparaître les captures de
raies et requins des différentes pêcheries artisanales et industrielles
Ce travail doit être conduit après les différentes études et formation qui permettront de collecter une
somme d’informations importantes en vue du renforcement des capacités des techniciens des pêches
(techniciens de terrain et observateurs embarqués) .
Il implique un travail de fonds tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle sous – régionale.
▪ Quelles sont les activités véritablement rentables et celles qui ne sont plus du fait de
l’effondrement des populations et des rendements de la pêche ?
▪ Quels sont les acteurs pour lesquels la pêche aux requins est l’unique source de revenus et
ceux pour lesquels il s’agit d’une activité alternative facilement dispensable ?
▪ Quels sont les niveaux de revenus des différents acteurs et leurs évolution depuis une dizaine
d’années ?
Cette étude doit permettre de comprendre quels sont les indicateurs sur lesquels il conviendrait
d’agir pour diminuer le niveau d’exploitation des raies et requins dans la sous-région (on a par
exemple dit que certains pêcheurs dont l’activité n’est plus rentable poursuivent cependant les
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campagnes au requins afin de bénéficier des crédits qui leur sont proposés par les commerçants
exportateurs d’ailerons).
− Etablissement d’une typologie des acteurs et des comptes d’exploitation type par groupe
d’acteurs et par type d’activité (pêche, salage-séchage, fumage, transport, crédit, mareyage
exportation des sous-produits, etc.).
− Proposition d’indicateurs pertinents et d’un système de suivi pour permettre sur l’évolution
des différents aspects dans les années à venir.
Activité 2. 4 : Collecte des savoirs empiriques des communautés côtières à propos des espèces de
requins (état des stocks, zones de reproduction, alimentation, migration, etc.)
Les pêcheurs artisans et les communautés côtières en général ont une connaissance plus ou moins
fine des éléments de leur environnement en fonction de l’exploitation qu’ils en ont faite
traditionnellement en entretenant des relations culturelles et spirituelles entre-eux.
Ces connaissances contiennent, au travers de lectures et de représentations particulières, des
informations importantes à propos du comportement, des schémas migratoires et de manière
générale de l’éco-biologie des espèces . On peut également apprendre le rôle de certaines zones
jouant une fonction particulière pour certaines espèces au cours de leurs cycles vitaux (nurseries,
etc.).
Ainsi, la collecte des connaissances empiriques permet d’établir rapidement des hypothèse à propos
de l’écologie de certaines espèces, à confirmer dans le cadre de programmes scientifiques, et des
indications sur l’évolution des populations des différentes espèces qui seront importantes dans la
perspective d’aménager les zones de pêches et les ressources halieutiques.
Les requins constituant par ailleurs des groupes d’espèces remarquables de l’écosystème marin, il est
fréquent que l’imaginaire collectif et les légendes locales véhiculent des éléments de connaissance
liés à une longue observation.
Cette valorisation des savoirs locaux trouvera en outre toute son importance lors de l’élaboration
participative des règles de pêche, les communautés locales se sentant bien plus impliquées que dans
une simple consultation.
La réalisation de cette activité se fera à travers d’enquêtes auprès des anciens des communautés
côtières en ce qui concerne les zones ayant une importance particulière, la reproduction, la migration
,l’évolution des populations et les comportements depuis une génération d’homme.
Activité 3. : Opération de sensibilisation des pêcheurs et des mareyeurs dans les principaux
sites de débarquement de raies et requins
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Bien que l’exploitation des requins continue un sujet de plus en plus abordé depuis trois à quatre
années, la plupart des acteurs professionnels ainsi que des techniciens des pêches sur le terrain n’ont
qu’une connaissance très partielle de la problématique qu’elle constitue.
La biologie de ces grands prédateurs généralement ignorée et particulièrement leur vulnérabilité à la
moralité par pêche, la destination et l’utilisation des sous-produits échappent généralement aux
pêcheurs voire même aux mareyeurs, et les prix pratiqués aux différentes étapes du circuit de
production sont souvent source d’étonnement voire d’indignation pour les acteurs de la base.
Par ailleurs, les actions actuellement en cours aux différentes échelles (locale : PAN- Requins, sous
régionale : PSRA - Requins et mondiale : PIA – Requins, etc.) sont très peu connues et il est toujours
impensable pour un professionnel de s’imaginer appliquer des mesures de limitation de
l’exploitation d’une ressource migratrice lorsque celle-ci est exploitée dans les pays voisins.
Il est nécessaire de faire partager un niveau minimum d’information et de sensibiliser l’ensemble des
acteurs de la pêche sur les risques liés à une raréfaction voire une disparition des prédateurs dans un
écosystème marin.
Aussi, il a été jugé nécessaire de mener des actions pour informer et sensibiliser les professionnels et
les techniciens des administrations des pêches sur le terrain sur l’organisation du marché mondial
des sous-produits des raies et requins, sur les risques liés à la surexploitation et sur les actions en
cours pour la conservation et la gestion durable de leurs populations.
Cette opération devrait se dérouler à la suite des ateliers de concertation afin de constituer au-delà
de la sensibilisation, une occasion de restituer la teneur des débats et des recommandations.
La reconnaissance par l’ensemble des acteurs de l’intérêt d’adopter une approche dans la conception
et la mise en application des règles d’exploitation des ressources en raies et requins justifie la mise
en place de réunions de concertation et de sensibilisation pour faire le point de la situation, restituer
les résultats obtenus et recueillir les attentes des différents groupes d’intérêts.
Activité: Organisation d’ateliers nationaux multi-acteurs de concertation pour une gestion durable
des populations de requins
− Identification des groupes d’acteurs et leurs représentants
− Organiser des ateliers de concertations et poser les bases d’une stratégie d’aménagement
participative des ressources en raies et requins.
Cette action sera réalisée durant la troisième année de mise en œuvre du PSRA-Requins.
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